L'union médicale du Canada, 1 septembre 1918, Septembre
[" 1 4 L L\u2019UNION MEDICALE DU CANADA Revue mensuelle de médecine et de chirurgie, fondée en 1872.2 ES + pa PUBLIÉE PAR MM.R.BOULET, M.A.LeSAGE, MM.L.de L.HARWOOD, J.E.DUBE, A.MARIEN, Tout ce qui concerne la rédaction doit être adressé à M.le Dr A.LeSAGE, 46, Avenue Laval, Montréal.Rédacteur en chef Tout ce qui concerne l\u2019administration doit être adressé à M.T.VALIQUETTE, 2734 Christophe-Colomb ou Boîte Postale No 3026.Téléphone St.Louis 1767.A Vol.XLVII SEPTEMBRE 1918 No 9 Diagnostic des maladies contagieuses (1) Par le Dr J.E, LABERGE Médecin en chef du département des maladies contagieuses de la Ville de Montréal.Messieurs, L\u2019étude des maladies contagieuses est un travail très étendu ; pour ne pas dépasser le temps qui m\u2019est assigné,je me borneral a passer en revue avec tous les principaux symptômes de quelques-unes de ces maladies; celles que, dans l\u2019exercice de vos fonctions d\u2019inspecteur de district, vous serez le plus souvent appelés à diagnostiquer ; fe sont la fièvre typhoide, la diphtérie, la fièvre scarlatine, la rougeole, la variole et la varicelle.De la promptitude de votre action, de la sûreté de votre diagnostic dépendra souvent le sort de toute une population; un retard de.quelques jours dans l\u2019emploi des mesures prophylactiques sera cause qu'une épidémie sérieuse sévira dans un village, une paroisse ou une ville.Il est donc de la plus haute importance que le méde- çin hygiéniste ait des données certaines sur lesquelles il pourra s\u2019appuyer pour établir son diagnostic et protéger le public contre l\u2019invasion de toute épidémie.Dans ce travail j\u2019essaierai de présenter des cas types et se terminant par la guérison ; naturellement, il est bien entendu, que la mort peut survenir à chacune des périodes de ces maladies par lexacerbation des symptômes que je vais décrire.Mon but est de vous rappeler brièvement les symptômes qui vous (1) Communication à la VIIe Convention des services sanitaires de \u2018 la P.Q.| NES 418 L'UNION MÉDICALE DU CANADA permettront de reconnaître ces différentes maladies dès le début et de résumer en peu de mots les soins prophylactiques qui doivent être employés pour prévenir les épidémies.\u2019 FIEVRES TYPHOIDES L\u2014Fievres typhoides\u2014Cette maladie peut apparaître en tout temps mais elle semble sévir avec plus d\u2019intensité en automne; elle affecte surtout les adultes de 20 à 30 ans.Elle est causés par un microbe connu, le bacille typique d\u2019Eberth.Quand l\u2019économie est envahie par cet agent infectieux les premiers symptômes observés sont des maux de têtes, des douleurs lombaires, des faiblesses dans les jambes, de l\u2019inappétence, de la sensibilité à la pression dans les fosses iliaques, et une légère diarrhée.Cette diarrhée et cette sensibilité dans les fosses iliaques sont dues à l\u2019irritation du petit intestin au niveau de ces organes lymphoides connus sous le nom de plaques de Peyer.Cette irritation fait bientôt place à un processus inflammatoire qui produit une ulcération et qui peut aller jusqu\u2019à la perforation de l\u2019intestin, il peut intéresser des vaisseaux sanguins et causer des hémorrhagies plus ou moins considérables.Le malade accuse souvent au début de sa maladie des saignements de nez, peu considérables, mais qu\u2019il est bon de se rappeler de mê- \u2018me que des bourdonnements d\u2019oreilles et du vertige.Avec l\u2019invasion du bacille la températude s\u2019élève graduellement à 100, 101, même à 103 et 104 degrés, elle est toujours plus élevée le soir que le matin et la rémission matutinale quoique plus basse que le soir précédent est plus élevée que le matin de la veille.Cette élé- \u2018vation de la température s\u2019observe pendant une semaine, puis elle \u2018reste élevée avec rémission matutinale pour huit à dix jours et enfin descend graduellement à la normale.Le patient est plongé dans un état de stupeur, de prostration extrême ; c\u2019est un symptôme très important: il délire, i! attache peu d\u2019importance a ce qui se passe autour de lui, il est très affaibl: et sprouve de la répugnance a lever sa tête de con oreiller a caus: des aux de tête qu\u2019il éprouve.° L\u2019apparence de la langue dans la fièvre tvphoide est intéressante à observer; elle est tremblottante, chargée, pâteuse, fendillée.En palpant attentivement les fosses iliaques, le médecin constatera beaucoup de déplacement de gaz du borborylgme dans cette région.Une éruption très discrète apparaît vers le huitième ou dixième jour sur la surface de la peau de l\u2019abdomen et de la poitrine, ce sont L'UNION MÉDICALE DU CANADA 419 de petites vésicules très fines que l\u2019on ne voit bien qu'avec une loupe qui apparaissent comme des taches rosées.Un élément de diagnostic important que je n\u2019ai pas le temps de décrire mais qui est précieux dans le cas douteux; c\u2019est le séro diagnostic; vous ptélevez «chez le patient quelques gouttes de sang dans un tube stérilisé et vous adressez ce sang à un laboratoire de bactériologie ; je vous conseille fortement de ne pas négliger ce moyen de vous éclairer dans les -cas douteux.Dans les cas douteux confirmez la clinique par le laboratoire Cette maladie peut être confondue avec l\u2019entérite gastro-intestinale aigüe, mais dans ce cas la température n\u2019a pas la caractéristique de celle de la fièvre typhoide, pas de taches rosées, pas de borborygme, ni de sensibilité dans les fosses iliaques, les douleurs siègent plutôt dans la région ombilicale.Avec la disparition de la fièvre la convalescence commence, l\u2019appétit revient, quelquefois vorace, mais il faut surveiller l\u2019alimentation des malades, la moindre indigestion peut être cause de rechutes souvent fatales.Il est intéressant de réfléchir à ce qui s\u2019est accompli chez le typhique lorsque la convalescence s\u2019est établie L\u2019économie a réussi à former des antidotes qui neutralisent l\u2019effet des poisons secrétés par les bacilles qui sont encore présents et en grand nombre dans l'intestin mais qui ne produisent plus leurs effets malfaisants chez le malade pourvu qu\u2019une cause débilitante ne le mette pas dans les conditions de moindre résistance, Ces microbes sont toujours virulents et peuvent causer des rechutes ou communiquer la maladie à d\u2019autres personnes.\u2018C\u2019est pourquoi les selles de ces convalescents doivent toujours être considérées comme dangereuses pour la santé publique et doivent être désinfectées pendant un \u201cmois même après que le malade est rétabli.\u2018Soyez sur vos gardes, Messieurs, en présence des cas de grippe intestinale ou de paratyphoi- de, ce sont presque toujours des cas de fièvres typhoides attenués, mais pouvant infecter toute une localité.Lorsque vous êtes en présence d\u2019une menace d\u2019épidémie recommandez à la population menacée de recourir aux injections préventives aujourd\u2019hui couramment employées, et avec des succès reconnus par tout le monde.L\u2019eau est le véhicule par excéllence qui transmet le microbe d\u2019individus à individus, il faut donc veiller avec beaucoup de soins ,pour prévenir la pollution des eaux d\u2019alimentation et dans les temps d\u2019épidémie recommandez aux gens de ne boire que de l\u2019eau bouil- Jie ou de l\u2019eau absolument à l\u2019abri de toute contamination. 420 L'UNION MÉDICALE DU CANADA DIPHTERIE Diphtérie\u2014 Maladie produite par un microbe très connu, B.Klebs Loeffler, se rencontre surtout chez les enfants de un à dix ans et se manifeste plutôt dans les climats froids et tempérés, l\u2019automne et le printemps., lorsque la maladie présente un caractère bénin, pour les deux ou trois premiers jours, elle diffère peu d\u2019un simple mal de gorge; la membranne dans ces cas n\u2019apparaît que vers le milieu du second jour, c\u2019est dans ces cas que la bactériologie nous rend des services très précieux en nous permettant de dépister à bonne heure la maladie, d\u2019instituer un traitement précoce et efficace et par des mesures sages prévenir la dissimination de la maladie.Donc en présence d\u2019un enfant souffrant d\u2019un mal de gorge douteux, il est du devoir de tout médecin, mais surtout du médecin hygiéniste, de recourir au diagnostic bactériologique.Le siège de prédilection de la diphtérie est le pharynx, le larynx ou les fousses nasales; c'est d\u2019abord une maladie locale qui en peu de temps produit une infection générale; elle est caractérisée par la formation d\u2019une fausse membrane généralement unilatérale au début, très adhérente, d\u2019un blanc nacré, d\u2019un gris fer plus ou moins étendue; cette fausse membrane est formée par l\u2019implantation des bacilles sur la muqueuse où ils produisent une irritation qui amene au point inoculé des leucocytes, nos organes de défense; ces leucocytes, vaincus par les bacilles, forment avec les cellules superficielles de la muqueuse et la fibrine du sang un mince coagulum très adhérent.Cette fausse membrane s\u2019étend, s\u2019épaissit rapidement et dans les 24 heures qui suivent, la maladie peut être devenue très grave; de fait, une diphtérie non traitée ou improprement traitée est toujours une maladie très grave, | Dès que les bacilles se sont impla:ités sur la muqueuse les toxines qu\u2019ils secrètent pénètrent dans l\u2019organisme et produisent une infection générale, L\u2019enfant se plaint de maux de tête, de malaise général; i} y a de la fièvre 101, 102, 103 degrés; la fausse membrane s\u2019étend, s\u2019épaissit, de petites hémorrhagies peuvent se produire au moindre attouchement, une plus grande quantité de poison pénètre dans l\u2019organisme, la fièvre augmente, les maux de têta sont plus prononcés, les glandes du cou, siège de la défense de l\u2019organisme sc tuméfient, ils sont douloureux; la voix est nasonnée; le petit malade présente une toux rauque due au progrès de la maladie dans Je larynz; la respiration devient de plus en plus gênée, le pouls est L'UNION MÉDICALE DU CANADA 421 rapide, il faiblit, c\u2019est l\u2019effet du poison sur le coeur; l\u2019odeür de lhaleine du malade est nauséabonde.Ce processus dure de sept a dix jours; puis les symptômes peuvent s\u2019amender et le malade guérir, quoique rarement, conservant une paralysie plus ou moins considérable, effet de la toxine sur les centres nerveux.Cette paralysie peut être limitée aux muscles du pharynx ; lorsque le petit malade boit des liquides ceux-ci lui passent par le nez.Cette paralysie peut affecter le coeur et l\u2019enfant meurt subitement d\u2019une syncope cardiaque.Si les fausses membranes ont envahi le larynx elles peuvent fermer complètement la lumière du conduit de la trachée et l\u2019enfant peut mourir de suffocation dans quelques heures.\u2018 Lorsqu\u2019on fait une prise dans la gorge ou dans les fosses nasales d\u2019un malade supposé infecté par le bacille de la diphtérie, il vaut mieux, autant que possible, faire cette prise sous la membrane, sur la membrane on peut avoir une culture négative c\u2019est surtout en dessous de la membrane qu\u2019on aura plus de chance d\u2019avoir le Klebs Loeffler.La diphtérie peut être confondue avec une amygdalite or- dianire, mais dans ce cas le pouls est fort, bondissant, les glandes \u201cne sont généralement pas prises, l\u2019inflammation est bilatérale, l\u2019exsudat apparaît plus à bonne heure, il est purulent, n\u2019est pas adhérent à la muqueuse qui ne saigne pas au moindre attouchement vu qu\u2019il n\u2019y a pas de vaisseaux de nouvelle formation.SCARLATINE Scarlatine.\u2014 On ne connaît pas encore l\u2019agent infectieux qui cause cette maladie, mais il existe certainement et la fièvre scarlatine est une maladie très contagieuse.Elle atteint surtout les enfants de 1 à 10 ans; la gorge et les fosses nasales semblent être le siège de la maladie.La période d\u2019incubation est de 3 à 7 jours, Au début on observe un peu de nasillement, le malade se plaint de maux de tête, la température s\u2019élève rapidement, dans les premières douze heures elle peut atteindre 103, 104 et même 135 de- grès.Le pouls est très rapide; la langue \u2018est sèche, très chargée au début; le malade a mal à la gorge, il a des nausées, des vomissements ; de l\u2019inappétence, et dans les 24 ou 48 heures qui suivent, une rougeur apparaît d\u2019abord sur le cou, sur la poitrine puis sur la ipeau de l\u2019abdomen et enfin elle se généralise à tout le corps, Cette éruption se présente d\u2019abord comme un petit pointillé, très fin, rouge ; ces petites taches peuvent se fusionner et toute la peau deve- 422 L'UNION MEDICALE DU CANADA nir d\u2019un rouge tres vif.Une particularité qu\u2019il est intéressant de noter, c\u2019est que chez les personnes qui portent des jarretières, sous ces jarretières il n\u2019y a pas d\u2019éruption.Par la pression on peut .faire disparaître cette rougeur pour quelques instants, mais le petit pointillé initial persiste.La muqueuse du pharynx, les amygdales présentent aussi cette éruption par petites taches rouges; elles se recouvrent d\u2019une secrétion muco-purulente d\u2019un blanc jaunâtre.Cette secrétion est bien différente de la fausse menbrane diphtérique qui est adhérente à la muqueuse sous-jacente et elle est d\u2019une ecnleur blanc nacrée, d\u2019un gris sale.La secrétion dans la fièvre scarlatine est jaunâtre et n\u2019adhère pas à la muqueuse.Cette inflammation de la muqueuse du pharynx peut se propager par la trompe d\u2019Eustache jusqu\u2019à l\u2019oreille moyenne et causer des otites moyennes suppurées très rebelles.Le facies des malades a quelque chose de remarquable; l\u2019enfant a la fièvre, ses joues sont colorées, mais le pourtour de la bouche, les lèvres et le pourtour du menton sont pâles, très pâle.Cette pâleur tranche si bien avec la couleur des joues due à la fièvre qu\u2019elle constitue un élément de diagnostic qu\u2019il ne faut pas négliger de remarquer; les ganglions du cou sont le siège souvent d\u2019ine inflammation intense.Vers le 5ème ou le 6ème jour, par conséquent plus tard que dans la diphtérie, ils deviennent gros, durs, douloureux, ce processus inflammatoire peut aller jusqu\u2019à la suppuration.La langue aussi préseñte un aspect qu\u2019il faut retenir; son extrémité, surtout, est caractéristique; cette particularité est due à la turgescence des papilles qui lui donne l\u2019apparence d\u2019une fraise.La langue quoique chargée au début laisse percer les papilles qui sont très rouges; lorsque la langue s\u2019est nettoyée, au début de la jlesquamation, elle est luisante et lisse, mais les papilles restent turgescentes; ces pupilles durcies par la congestion donnent au toucher une sensation de rudesse, c\u2019est la langue de chat des auteurs, contrairement à ce qu\u2019on observe dans la rougeole où la langue est lisse et unie, La peau surtout celle de l\u2019abdomen offre aussi cette particularité, les papilles de la peau sont plus proéminentes; la peau présente cet aspect qu\u2019on est convenu d\u2019appeler chair de poule.Après trois ou quatre jours d\u2019une température élevée, 103, 104 et même 105 degrés, la fièvre diminue très rapidement, l\u2019éruption palit, le mal de gorge disparaît peu à peu.L\u2019urine présente quelques fois de l\u2019albumine qui disparaît généralement avec le repos au lit et une alimentation appropriée.La desquamation apparaît vers les septième ou dixième jours après le début de la maladie.Il arrive quelquefois qu\u2019on n\u2019apperçoit pas la desquamation, elle peut manquer i L'UNION MÉDICALE DU CANADA 423 \u2018c\u2019est très rare, un oeil exercé remarquera qu\u2019à l\u2019extrémité des doigts, sous les ongles, la peau commense à se détacher; à la partie antérieure au pourtour du plis de l\u2019aisselle on remarquera au niveau des papilles de la peau que l\u2019épiderme est mortifié et commence à s\u2019exfolier.Généralement la desquamation se fait d\u2019une façon plus apparente de grands morceaux de peau se détachent et tombent, la peau du malade semble recouverte d\u2019écailles comme celle d\u2019un poisson.On a vu quelques fois la peau des doigts se détacher comme des doigts de gants.Généralement la desquamation est terminée dans les trente jours qui suivent le début de la maladie.La contagion est possible à toutes les périodes de la maladie même pendant la desquamation ; il faut donc isoler ces malades pendant toute cette longue convalescence, qui, du reste, doit être suivie bicn attentivement pour prévenir toute complication, soit au rein, soit au coeur, complication qui feront de ces malades des néphrétiques ou des cardiaques pour le reste de leur vie, s\u2019ils ne sont pas soumis à un régime approprié à leur état.Soyez sur\u2019 vos gardes, Messieurs, avec la scarlatine, elle affecte quelquefois une allure bizarre, capricieuse, incohérente.Il y a des épidémies de scarlatine dont on ne peut pas saisir le mode de contagion.C\u2019est qu\u2019il y a des angines scarlatineuses sans autres symptômes apparents que l\u2019angine; tout le processus spécifique se cantonne au niveau de la muqueuse pharyngée, ces cas sont méconnus et ils peuvent transmettre la maladie.Ces formes bénignes souvent guérissentt incomplètement et les malades conservent des lésions permanentes soit au rein soit au coeur; précisément parce que leur maladie n'ayant pas été diagnostiquée, ils n\u2019ont pas été traités; les symptômes pharyngés sont donc de la plus haute importance, ROUGEOLE Rougeole\u2014Le début de cette maladie est assez vague, mais même à cette période de début, la rougeole est très contagieuse.On observe d\u2019abord un peu d\u2019éternuement, de légers maux de tête, un peu de fièvre, sensation de chaleur dans la gorge ; puis en quelques heures apparaissent d\u2019autres symptômes plus caractéristiques de la maladie.iCe sont des démangeaisons, des écoulements du nez, du larmoiement.L'enfant fuit la lumière, il éprouve sur la conjonctive une sensation de corps étrangers qui le fatigue beaucoup.Il se plaint de démangeaison, de chaleur, de brûlement dans la gorge et dans le nez, la langue est chargée; l\u2019enfant a des nausées, des quintes de toux; il 424 L'UNION MÉDICALE DU CANADA est plutôt mal à l\u2019aise que réellement malade.Ces symptômes durent en général quatre jours et quelquefois il est difficile, même pour un médecin expérimenté de dire réellement ce qua enfant.Cepen- dans, Messieurs, c\u2019est la période de la maladie la plus contagieuse.| Quelque temps avant que l\u2019éruption apparaisse, 12 à 24 heures, et en plaçant ce malade bien en face de la lumière, on peut voir des petits points blancs grisûtres transparents qui tranchent bien sur le fond rouge lisse de la muqueuse buccale.Lorsque ces petits points blancs sont peu nombreux et espacés on peut mieux les observer, on remarque qu'ils forment le centre d\u2019une tache rouge, rose d\u2019abord, qui devient en quelques heures d\u2019un rouge vif et tout autour la muqueuse est de couleur normale; s\u2019ils sont très nombreux toute la muqueuse est rouge et les petits points blancs simulent du sable qu\u2019on aurait saupoudré sur ce fond rouge.C\u2019est ce qu\u2019on appelle le signe de Koplik.Ce que je viens de décrire du signe de Koplik démontre ct explique quelques autres symptômes que nous observons et qui sont la conséquence de cette éruption papuleuse.Ainsi le larmoiement, la photophobie, la démangeaison dans le nez, l'écoulement du nez etc.sont dus à cette éruption papuleuse qui cause une irritation des yeux du nez ou du larynx, Cette éruption se produit également sur la muqueuse des bronches de là les accès de toux dont ces malades sont si incommodés, cile est la cause primaire de cette complication si redoutable la broncho-pneumonie.\u2018Cette éruption se produit également sur la muqueuse du tube digestif et elle est cause des nausées et des vomissements dont nous avons parlé.L\u2019épithélium du rein doit être aussi affecté, ce fait expliquerait les désordres observés du côté de cet organe.Ces considérations nous font comprendre l\u2019importance de garder les malades au repos, à la diète, et nous engager à prendre toutes précautions nécessaires pour éviter chez eux ces complications si redoutables qui sont les broncho-pneumonies, les néphrites, ete, etc.Vers le quatrième ou cinquième jour de la maladie l\u2019éruption apparaît, elle est typique.Elle apparaît d\u2019abord sur les joues, sur le front, ce sont des taches rouges plus ou moins étendues, séparées par des espaces de peau saine ; ce n\u2019est pas comme dans 1a scarlatine un pointillé fin qui apparaît d\u2019abord sur le corps.Les contours de l\u2019éruption de la rougeole sont plus ou moins réguliers; avec le temps ces rougeurs s\u2019étendent elles deviennent de plus en plus foncées et le centre de ces plaques surplombe de sorte que la peau a une appa- « rence de bouffissure, apparence pommelée à contour plus ou moins I UNION MEDICALR DU CANADA 425 régulier.Cette éruption prend à peu près deux jours à sortir complètement, puis elle palit et enfin il s\u2019établit une légère desquamation, l\u2019épiderme tombe en petites particules très fines comme de la poudre d\u2019amidon ; cette desquamation est bien différente de celle de la fièvre scarlatine l\u2019_épiderme dans cette dernière maladie se détachant par morceaux.On ne connait pas le microbe de la rougeole mais il existe certainement et la maladie est très contagieuse ; surtout au début.II est donc indiqué, dès le début, d\u2019isoler ces malades.Ce microbe in- conna semble doué d\u2019une faible résistance au rayon du soleil, on choisira donc pour isoler les malades une chambre bien ensoleillée.VARIOLE .Variole\u2014Voici encore une maladie dont on ne connait pas encore le microbe mais on ne doute pas qu\u2019il existe, cette maladie est très contagieuse et à toutes ses périodes.Elle débute d\u2019abord par de la fièvre, des nausées, des vomissements, des douleurs lombaires, des maux de tête.La température du début peut s\u2019élever jusqu\u2019à 103 et 105 degrés, la peau est chaude et sèche.Cette température tombe vers le troisième jour alors que l\u2019éruption apparaît.Cette première élevation de la température qui tombe alors que l\u2019éruption apparaît est pathognomonique de la variole, aucune autre maladie présente cette particularité.Cependant dans les cas très graves de variole confluente on n\u2019observe pas cette particularité, la température reste élevée.\u2018On attribue cette élévation initiale de la tempé- pature à l\u2019effort que fait l\u2019économie dans la lutte qu\u2019elle engage contre le microbe envahissant.Vers le troisième jour l\u2019éruption apparaît, le malade se sentant mieux est tout surpris de constater ces petites taches qui ne lui disent rien d\u2019important.Ce sont d\u2019abord de petites papules, dures au toucher qui dans les trois jours qui suivent se transforment en vésicules.Ces vésicules, d\u2019un blanc nacré, sont entourées d\u2019une zone inflammatoire qui est le siège d\u2019une démangeaison' considérable; elles sont cloisonnées, et en les piquant avec une aiguille elles ne se vident pas entièrement ; ce cloisonnement est ce qui reste des cellules épithéliales du derme, c'en est le squelette ; c\u2019est vous dire que l\u2019éruption est dermique.Ce fait vous explique la cicatrice indélébile qui persiste après la guérison.Trois jours plus tard les vésicules se transforment en pustules et à ce moment la température s\u2019élève jusqu'à 103 et 105 degrés et même au- 426 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA delà dans les cas très graves.C\u2019est la fièvre dûe à la suppuration, c\u2019est alors de l\u2019auto-infection, Lorsque l\u2019on perce ces pustules, il s\u2019en échape un liquide séro-purulent quelquefois teinté de sang.Cette éruption peut se présenter sur toutes les parties du corps même dans la bouche, le pharynx, le larynx et dans les fosses nasales.Ces faits vous expliquent que les malades sont incommodés par des accès de toux très persistants, c\u2019est l\u2019irritation produite par l\u2019éruption qui en est la cause; de même la déglution est quelquefois pénible c\u2019est toujours dû à la même cause, On remarque cette éruption à la face palmaire des mains et sous la plante des pieds.Vers le douzième jour de la maladie la dessiccation commence et les croutes tombent vers le dix-huitième jour ; cependant dans les mains et sous la plante des pieds l\u2019épiderme résiste et il faut enlever cet épiderme pour libérer les eroutes desséchées.Dans les cas ordinaires trois ou quatre semaines après le début de la maladie la desquamation est complète et ies malades sont guéris Il ne faut pas lever la quarantaine tant que toutes les croutes, toutes les gales ne soient tombées.Je vous ai décrit une forme ordinaire de la maladie mais les symptômes peuvent être plus ou moins prononcés; on peut n\u2019avoir à constater qu\u2019une éruption très discrète quelques éruptions, seulement huit à dix; quelquefoi l\u2019éruption est tellement généralisée que les vésicules se fusionnent les unes dans les autres alors on a la variole confluente ; quelque fois le processus inflammatoire est tellement profond qu\u2019il attaque les vaisseaux sanguins et alors on aura des hémorragies dans les pustules, c\u2019est la variole hémorragique presque toujours mortelle.Mais c\u2019est toujours le même processus dans les cas légers comme dans les cas graves: trois jours de symptômes prodromiques, trois jours de papules, trois jours de vésicules, trois jours de pustules; papules, vésicules ou pustules évoluent toutes en méme temps à chacune de leurs périodes.Les enfants comme les adultes, les deux sexes sont également affectés, la maladie ne respecte que ceux qui sont vaccinés.Efforçons-nous donc de rendre aussi générale qu\u2019il nous sera possible cette excellente mesure préventive qu'est la vaccination et recommandons la revaccination en temps d\u2019épidémie.Une vieille vaccination peut amoindrir les caractères de la variole mais elle ne protège pas toujours complètement contre toute atteinte.Il faudra garder en quarantaine pendant onze jours toute personne non vaccinée qui aura été exposée à la contagion et garder sous observation pendant le même temps toute personne vaccinée.et es _s 1 + &- 0 L UNION MEDICALE DU CANADA 4127 VARICELLE Varicelle.\u2014C\u2019est une maladie éruptive très contagieuse et dont on ne connaît pas encore l\u2019agent infectieux.Elle a été longtemps confondue avec la variole mais elle en diffère essentiellement et un médecin averti ne s\u2019y trompe pas.C\u2019est une maladie de l\u2019enfant cependant les adultes peuvent exceptionnellement en être atteints.Il est probable que les adultes ont acquis 'immunité en contractant la.maladie dans leur jeune age.La période d\u2019incubation est assez incertaine, quelques auteurs disent quatorze jours, d\u2019autres vingt-un jours, d\u2019autres sept jours.La maladie débute par de la fiévre qui peut aller parfois jusqu\u2019à 103 et 104 degrés, caractère très important.cette fièvre persiste après que l\u2019éruption a apparu contrairement à ce que l\u2019on observe dans la variole.Am bout de 24 heures on voit apparaître les premières vésicules surtout sur le tronc; elles peuvent apparaître aussi, mais plus rarement, sur d\u2019autres parties du corps même sous la plante des pieds et dans la face palmaire des.mains.Cette éruption est d\u2019abord une macule rosée qui devient vé- gicule dans les 12 ou 24 heures qui suivent.Elle est sous-épidermique et laisse échapper tout son contenu dès qu\u2019on: la perce, c\u2019est un liquide clair et transparent, très rarement lactescent ou purulent.Les éléments de cette éruption ne sont pas tous identiques en ce sens.que les premières vésicules se dessèchent lorsque d\u2019autres ne font qu\u2019apparaître c\u2019est-à-dire qu\u2019on assiste 4 une succession d\u2019émuption contrairement à ce qu\u2019on observe dans la variole où l\u2019éruption est uniforme et est complète d\u2019emblée.- Lies vésicules de la varicelle n\u2019ont.pas toutes une forme ronde, comme dans la variole, il y en a qui sont.plus ou moins ovales, irrégulières, elles se dessèchent dans l\u2019espace de deux à trois jours puis tombent dès le 7ième jour ne laissant généralement pas de cicatrices vu qu\u2019elles sont sous-épidermiques.Dans la variole l\u2019éruption est dermique ce qui explique dans ce dernier cas la cicartice indélébile.Quelquefois par des grattages l\u2019enfant peut infecter secondairement ces vésicules alors elles peuvent laisser des cicatrices mais ces cicatrices sont plus petites et moins profondes que celles de la variole.La dessiccation, comme je viens de le dire, se fait vers le troisième jour après l\u2019apparition de la macule contrairement à ce qu\u2019on observe dans la variole ou la dessication n\u2019apparaît que vers le douzième jour.| I] est important de noter ici que la vaccination ne protège pas contre la varicelle, par conséquent lorsqu\u2019un enfant bien vacciné pré- 428 L'UNION MÉDICALE DU CANADA sente des symptômes qui vous font hésiter entre la varicelle et la variole cette vaccination doit vous engager à vous prononcer pour la varicelle.PROPHYLAXIE Prophylaxie \u2014Lorsque nous avons découvert qu\u2019une maladie contagieuse sévit dans une paroisse, dans un village, ou dans une ville, notre rôle à nous hygiénistes n\u2019est pas de traiter ces malades, notre rôle consiste à protéger contre la contagion ceux qui sont indemnes.Il faut isoler les malades et lorsque la guérison est compiète désinfecter les logis.\u2018Cette quarantaine des malades doit être effective et pour qu\u2019elle soit effective, il est important que ceux qui doivent s\u2019y soumettre en connaissent les raisons et la nécessité, ceci c\u2019est de l\u2019éducation et il incombe au médecin de district de s'appliquer à instruire le peuple, à lui faire voir dans cette mesure quelquechose d\u2019humanitaire, à lui faire comprendre qu\u2019il n'y a pas là une persécution, une punition, un acte déshonorant et que la quarantaine ne peut pas dire prison.Faites appel à l'esprit de charité, à l\u2019esprit de justice de notre population, les gens comprendront et ils observeront mieux les règlements qui leurs sont imposés.La désinfection par des agents chimiques est encore appliquée, et je crois qu\u2019elle doit être encore appliquée mais faites comprendre au peuple qu\u2019il est un puissant dé- sinfecteur à la portée de tous, mais dont on ne sait pas se servir, c\u2019est le SOLEIL; insistez pour que la chambre du malade soit bien exposée aux rayons du soleil, qu\u2019on les laissent pénétrer à profusion dans cette chambre, que le malade lui-même soit le plus possible comme plongé dans un bain de lumière.Qu\u2019une propreté rigoureuse soit le seul luxe de cette chambre de malade, que les déjections, les secrétions soient détruites immédiatement, soit par des solutions désinfectantes, soit par la chaleur.Comme prophylaxie des maladies contagieuses, je vous engage d\u2019insister pour que les enfants souffrant de tumeurs adénoides soient opérés et je vous prie de me permettre une petite digression sur, ces adénoides, petites tumeurs lymphoides situées sur la voûte du pharynx en arrières des fosses nasales.Elles gènent la respiration considérablement.elles se contaminent très facilement, la moindre irritation les inflamme, elles dérangent la digestion et compromettent les organes de l\u2019audition par leurs sécrétions infectées, muqueuses ou mêmes purulentes.Ces petites tumeurs lymphoides, masses de tissus embryonnaires sans défenses, sont L'UNION MÉDICALE DU CANADA 429 la porte d\u2019entrée pour beaucoup de germes de maladies contagieuses, la tuberculose, la diphtérie, la fièvre scarlatine, la rougeole, la méningite cérébro-spinale, Et quand les bacilles de ces maladies se sont implantés chez un enfant ayant des adénoides; la maladie revêt toujours un caractère plus grave et n\u2019oubliez pas que ce sont ces malades qui sont le plus souvent atteints puisque les microbes trouvent là un terrain qui leur est propice et que ce terrain est sans défense.Il est donc important comme mesure de prophylaxie contre les maladies contagieuses de faire opérer les enfants qui souffrent d\u2019adénoides.S\u2019il y a des porteurs de germes qui peuvent semer la contagion on peut dire que les adénoidiens sont des receveurs de germes qui peuvent transmettre les maladies et augmenter de virulence.En débarrassant ces enfants de ces excroissances si nuisibles et si dangereuses vous protégez les enfants eux-mêmes et vous protégez leur entourage.Encore deux mots d\u2019hygiène préventive et j'ai fini.Veillez bien attentivement à ce que l\u2019eau soit indemme de toute contamination.Que d'épidémies l\u2019eau polluée n\u2019a-t-elle pas causées ?Il vous appartient Messieurs de faire comprendre aux habitants des villes, des villages, des campagnes, l\u2019importance des mesures \u2018 qu\u2019ils doivent prendre pour protéger leur eau d\u2019alimentation contre toute \u2018 possibilité de contamination ; en agissant ainsi vous préviendrez des epidémies surtout des épidémies de fièvres typhoides.Engagez les gens à se faire vacciner et à faire vacciner leurs enfants dès leur bas age; c\u2019est par la vaccination que nous chasserons de notre province la variole, cette plaie hideuse qui désole encore nos campagnes et qui devrait être disparue depuis longtemps; ici c\u2019est encore à l'éducation que vous devez avoir recours, vous y arriverez avec du tact, de la pa- trencé et de la douceur.Efforcez-vous d\u2019obtenir l'inspection médicale des enfants d\u2019écoles, c'est un moyen bien efficace de prévenir les cpidémies car c\u2019est par l\u2019école souvent que l'infection se généralise \u2018ais toute une paroisse.I inspection médicale des écoles épure les maisons d\u2019éducation en isolant les porteurs de germes. L\u2019infirmiére hygiéniste (1) Par le Dr J.A.BAUDOUIN Inspecteur général du Conseil Supérieur d\u2019Hygiène du P.Q.La guerre actuelle qui sévit actuellement en Europe ne démon- tre-t-elle pas, entre autre choses, une différence considérable dans la stratégie adoptée par les généraux et les armées actuellement en présence comparée aux méthodes employées il y a un siècle et même quelques années seulement?De même dans la lutte que nous avons entreprise contre la maladie et les causes évitables de tant de décès prématurés ne devons-nous pas, nous aussi, améliorer et multiplier les moyens que nous pouvons avoir à noire disposition afin d\u2019offrir à nos nombreux ennemis une opposition plus vigoureuse et de plus en plus victorieuse ?.En effet depuis des découvertes mémorables de l\u2019immortel Pasteur l\u2019hygiène s\u2019est élevée de l\u2019état de confusion et d\u2019empirisme où elle gisait à la hauteur de la méthode exacte de la démonstration expérimentale.La connaissance scientifique de l\u2019étiologie d\u2019un grand nombre de maladies jusque là obscures est devenue de plus en plus générale et, comme conséquence naturelle, les organisations sanitaires ont évolué de façon à comprendre non seulement les causes individuelles mais aussi les causes sociales de la maladie.Aussi le directeur d\u2019un bureau d\u2019rygiène ne peut-il plus, seul et sans aide, résoudre favorablement les problèmes multipliés et de plus en plus complexes qui se pressent à son attention.Il a donc dû s\u2019adjoindre de coopérateurs.Il sait en effet que l\u2019hygiène est avant tout une science pratique dont les préceptes doivent être vécus par chacun des membres de la société pour qu\u2019elle puisse donner tout le rendement qu\u2019elle est susceptible de fournir, Il lui faut donc prendre contact avec les individus eux-mêmes, Comment peut-on y réussir?Les lois et les règlements font beaucoup, il est vrai, pour assurer la protection\u2019 de la santé publique.Aussi leur nécessité estelle admise partout, mais ils ne sauraient répondre à toutes les données du problème.Des centaines et des milliers d\u2019individus vivent sans la moindre connaissance des lois et (1) Communication 4 la VIIe Convention annuelle des services sanitaires, P.Q.LE ee TIT L'UNION MÉDICALE DU CANADA 431 des règlements d\u2019hygiène faits pourtant pour leur protection.Il est facile d\u2019en donner quelques exemples.| Combien de familles, dans chaque pays soit-disant avancé dans la civilisation, qui passent leur triste existence dans des taudis infectes ; combien de pères de famille qui travaillent de longues heures dans des usines, des magasins ou des bureaux insalubres; combien de mères de famille qui par ignorance ne font rien pour prévenir la contamination à domicile des aliments et surtout du lait, cette nourriture essentielle de l\u2019enfant ; combien de tuberculeux qui sèment les bacilles innombrables, que contiennent leurs expectorations et leur salive, dans leur logement, dans ceux de leurs parents et de leurs amis, dans les usines et partout; combien de cas de maladies contagieuses, par conséquent évitables, doivent leur origine à des contacts directs ou indirects à cause de mesures d\u2019isolement qui manquent complètement ou qui ne sont pas suffisamment prises; combien de maladies sont dues à des porteurs de 'bacilles non recherchés ou à des cas bémins qui ne sont pas soupçonnés et qui passent inapperçus ; combien d\u2019enfants trouvés, à l\u2019inspection médicale des écoles, souffrant de différents défauts physiques at qui ne reçoivent aucun traitement à cause de la négligence, de l\u2019ignorance, de la pauvreté des parents ou pour toute autre raison ; combien de problèmes sociaux relèvent.du développement insuffisant de l\u2019esprit de certaines gens et qui ne sont pas prévus par les règlements; combien de malades, qui reçoivent cependant un bon traitement, dont la guérison est retardée ou compromise a cause des conditions déplorables dans lesquelles ils sont placés; combien de cas de cécité dus à l\u2019ophthalmie purulente des nouveau-nés qui arrivaient pu être évitée ; etc, etc.Cette triste énumération pourrait encore s\u2019allonger beaucoup.Mais ces quelques exemples suffisent pour montrer la complexité des problèmes auxquels le directeur d\u2019un bureau d\u2019hygiéne moderne doit donner une solution.Pour les traiter convenablement le personnel mis à sa disposition a été peu à peu augmenté.On lui a donné d\u2019abord un inspecteur sanitaire pour la suppression de toutes n'uisan- ces sanitaires alors qu\u2019on les tenait responsables d\u2019un si grand nombre de maladies.A cet offcier sont venus s\u2019ajouter l\u2019inspecteur de la plomberie, l\u2019inspecteur des aliments, le médecin inspecteur des écoles, etc.Mais le travail si recommendable e t si nécessaire que font ces officiers de nos départements municipaux d\u2019hygiène répond-il à tous nos besoins?Plusieurs ont cru que non puisqu\u2019ils se sont adjoints encore un autre officier auquel a été confié un grand nombre d\u2019activités 432 L'UNION MÉDICALE DU CANADA nouvelles: c'est l\u2019infirmière hygiéniste.Quelle réception devons- nous faire à cette nouvelle arrivée?Devons-nous admettre sa coopération ou lui refuser impitoyablement l\u2019entrée?Voilà bien la question à étudier.Aussi le secrétaire-directeur du (Conseil supérieur d\u2019hygiène de la province dans son dernier rapport (1) peut-il dire province de Québec pour l\u2019année finissant le 30 juin 1917, page 30.avec raison: \u201cLes revues d\u2019hygiène sont remplies des bons résultats que donne à l\u2019étranger l\u2019emploi de l\u2019infirmière visiteuse, Nous nous demandons, de plus en plus, si l\u2019emploi d\u2019infirmières visiteuses ne constituerait pas, également pour cette province, la solution désirée : faire donner dans chaque logis la leçon de chose qui y manque au- jourd\u2019hui.L\u2019historique du développement considérable qu\u2019ont prises les associations de gardes-malades, le travail que les infirmières hygiénistes sont appelées à faire, les résultats obtenus ailleurs par leur entremise nous aideront à nous former une opinion À ce sujet.I1\u2014HISTOIRE DU MOUVEMENT DES GARDES-MAILADES Comme pour le traitement médical des malades par des hommes de l\u2019art, la pratique de leur faire donner les soins nécessaires à leur domicile par d\u2019autres personnes chargées de suivre à leur égard les indications des médecins, remonte à la plus haute antiquité.Ne lit-on pas en effet dans l\u2019Ancien Testament qu\u2019il était du devoir de tout juif \u201cde visiter les malades afin de leur témoigner de la sympathie, de les encourager et d\u2019aider à les soulager de leurs souffran- s\u201d.(1) Et ce qui se faisait en Judée, se pratiquait aussi aux Indes, en Egypte, en Grèce et à Rome.(1) , Lorsque, au début de l\u2019ère chrétienne s\u2019ouvrirent les hôpitaux, Jes soins à donner aux malades reçurent une impulsion nouvelle.Ce fut une des formes multiples d\u2019exercer la charité envers son prochain., Aussi, il se fonda des ordres religieux d\u2019hommes et de femmes dont le but était de soigner les malades.Citons entre autres, les Frères de la Charité, ordre établi à Grenade en 1540 par Saint- Jean de Dieu; la Congrégation de la Visitation de Marie, fondée à Annecy en 1610 par Saint-François de Salles et Madame de Chantal ; les Soeurs de la Charité, communauté fondée en 1634 par \u2018Saint-Vin- cent de Paul.C\u2019est ce grand saint, qui a poussé si loin le dévoue- (1) Vingt-troisiéme rapport du Conseil supérieur d\u2019hygiène de la i(1) Public Health Nursing by Mary Sewall Gardner, 1916.(1) Mary Sewall Gardner, op.cit. 3 .UNION MEDICALE DU CANADA 433 ment pour son semblable et qui, comprenant bien toute \u2019importance de la visite des malades pauvres, disait de ses Soeurs de la Charité: \u201cLeur couvent doit étre la maison des malades; leur cellule, la chambre de ceux qui souffrent; leur chapelle, l\u2019église .paroissiale ; leur cloître, les rues de la ville ou les salles de l\u2019hôpital.\u201d (2) Mais les services que rendaient ces gardes-malades, comme ceux qui relevaient des médecins du reste, se limitaient aux soins des malades, suivant Je vieil adage de la profession médicale: consoler toujours, soulager souvent, guérir quelquefois, Mais depuis qu\u2019est née la science de l\u2019hygiène, la profession des.médecins , comme celle des infirmières, ont poussé plus loin leur ambition.Les médecins les premiers, fidèles à leurs traditions et à leur devoir, se firent les prosélytes de la nouvelle doctrine.Puis les gardes-malades entrèrent en scène, et aujourd\u2019hui le travail qu\u2019elles font sur le terrain de la prophylaxie couvre presque tous les pays et s\u2019étend à un grand nombre des problèmes que pose l\u2019hygiène, En Angleterre, dès 1887 fut fondé l\u2019Institut des Infirmières du Jubilé de la Reine Victoria dans le but non seulement de procurer les soins nécessaires au domicile des malades pauvres, mais aussi d\u2019enseigner, dans ces milieux le plus souvent négligés, les préceptes de l\u2019hygiène.On s\u2019apperçut bientôt qu\u2019il fallait une préparation spéciale aux gardes-malades afin de les metttre en mesure de remplir pleinement leur mission auprès de leurs protégés.Aussi, dès 1888, on posa comme règle que les gardes, avant d\u2019être admises à faire partie de l\u2019Institut, devaient suivre, en sus de leur stage de trois ans d\u2019hôpital, un cours spécial de 8 mois.Aujourd\u2019hui l\u2019Institut s\u2019étend à tout le pays et sert de modèle aux organisations similaires, En Suède, en Norvège, en Finlande, en Hollande, en Allemagne, des associations plus ou moins avancées de gardes-malades, sont en existence.(1) Dans la Nouvelle-Zélande, les gardes-malades de l\u2019Association connue sous le nom de \u201cPlunket nurses\u201d, du nom du gouverneur de Parchipel, font du service dans les iles, chacune couvrant un territoire d\u2019un rayon de 50 milles.(2) En France, il existe une école spéciale pour la formation de ces gardes.On l\u2019appelle \u201cl\u2019Ecole des Infirmières visiteuses de France\u201d.C\u2019est cette école qui fournit notamment aux Comités départemen- (2) Mary Sewall Gardner, op.cit.(1) Mary Sewall Gardner, op.cit.(2) New Zealand Society for the Health of Women and Children.U.S.Department of Labor, 1914. 434 L'UNION MÉDICALE DU CANADA taux, formés recemment par le Gouvernement, les infirmières nécessaires à la poursuite intensive de la campagne antituberculeuse.(1) Aux Etats-Unis l\u2019organisation de ces associations d\u2019infirmières commença en 1877.En 1890 il y avait déja 21 de ces associations.Mais le développement de ce système ne commença à prendre réellement de l'extension que vers 1905, alors qu\u2019il n\u2019y avait dans tout le pays que 136 gardes, tandis qu\u2019aujourd\u2019hui on en compte plus de 5,000.Il y en a dans les grandes cités, les petites villes, les districts ruraux et dans les régions éloignées des montagnes.Elles se rendent utiles auprès des tuberculeux, des enfants, des cas de maladies mentales, des ouvriers dans les usines, des femmes enceintes, des cas de maternité et de ceux qui vivent dans des logements insalubres.Depuis 1912 elles se sont formées en une Association Nationale couvrant tout le pays.Il y a en plus aux Etats-Unis une revue vouée spécialement aux intérêts des infirmières visiteuses, (2) L'an dernier le Département d\u2019Hygiène de l\u2019Etat de New-York a divisé le territoire de l\u2019état en 13 districts dont chacun\u2018 a été confié à une infirmière hygiéniste.Elles s\u2019occupent exclusivement d\u2019hygiène publique concurremment avec les officiers de district qui y avaient déjà été nommés.(1) L\u2019Etat du Massachusetts en a fait autant pour ses 8 districts sanitaires.(2) On voit donc qu\u2019aux Etats-Unis l\u2019institution des gardes-malades hygiénistes est définitivement entrée dans les moeurs.Aussi en 1915, M.Lee K.Frankel, de New-York, pouvait déjà écrire: \u201cLe jour est passé où il fallait défendre la cause des infirmières visiteuses.Elles sont maintenant reconnues comme un facteur important dans l\u2019amélioration de la santé publique.\u2018Commencée comme une oeuvre de pilanthropie dans le but d\u2019apporter les soins médicaux jusque dans les logements des pauvres, cette institution a évolué rapidement.Aujourd\u2019hui l\u2019infinmière visiteuse ne sert pas seulement pour les fins prilanthropiques, mais elle est encore utilisée par les directeurs des bureaux municipaux d\u2019hygiène, par des associations privées qui s\u2019intéressent à prévenir les maladies, par les (1) Office international d'hygiène publique.Paris, Février 1918, page 182.(2) Mary Sewall Gardner, op.cit.(1)! Health News.New York State Department of Health.January 1918.(2) American Journal of Public Health, January 1918. L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 435 établissements industriels pour les aider à prendre soin de leurs employés,et par les compagnies d\u2019assurance afin d\u2019améliorer le bien- être physique de leurs assurés.(1) Le dernier développement de l\u2019oeuvre aux Etats-Unis a été sa.- confirmation définitive par les autorités enseignantes.C\u2019est ainsi qu\u2019à commencer du mois d\u2019octobre de cette année l\u2019Université Johns Hopkins inaugurera un cours spécial pour la formation d\u2019infirmières hygiénistes.(2) ~ Au (Canada le mouvement commença en 1898 à l\u2019occasion des fêtes jubilaires de la Reine Victoria.L\u2019Ordre des Gardes-Malades Vv ictoria fut organisé d\u2019après les principes qui avaient quidé les fondateurs de l\u2019Institut semblable qui existait déjà en Angleterre.Le développement de cet ordre se divise en trois périodes: les années de formation, 1898-1900; les années d\u2019organisation d\u2019hôpitaux, 1900-1908; et les années marquées par l\u2019extension de l\u2019Ordre dans les districts ruraux, 1909 à aujourd\u2019hui.\u201cA la fin du second cycle, lit-on dans le dernier rapport de 1\u2019Ordre, pour l\u2019année 1916, on remarqua des signes manifestes d\u2019un réveil général de la conscience publique en faveur de la pratique de l\u2019hygiène publique; en conséquence l\u2019horizon de l\u2019infirmière-visiteu- se devint considérablement plus vaste, et un travail beaucoup plus étendu s\u2019offrit à son activité.La religion de la prévention s\u2019affirma et lOrdre des Gardes-Malades Victoria se mit à la hauteur de la situation.Nous constatons une pression de plus en plus forte de sorte que dans presque tous les endroits où sont établies mos infirmières, on s\u2019occupe d\u2019hygiène infantile, de visites pré-natales, d\u2019hygiène scolaire, d\u2019hygiène industrielle, de service social en relation avec les hôpitaux, de tuberculose, et d\u2019un travail spécial pour les compagnies d\u2019assurance\u201d.\u201cAfin d\u2019être en mesure de faire donner aux infirmières tous les services nouveaux qu\u2019on attend d\u2019elles présentement, l\u2019Ordre a amélioré leur formation en ajoutant 4 mois de cours spécial au stage régulier de 3 ans qu\u2019elles font dans les hôpitaux.Ainsi préparées les infirmières peuvent avec profit entreprendre le travail spécial qu\u2019on leur demande dans le domaine de l\u2019hygiène.C\u2019est ainsi que des infirmières hygiènistes ont pu être nommées par le Département d'Hygiène de la province du Manitoba pour s\u2019occuper d\u2019hygiéne (1) Standards in Visiting Nurse Work, by Lee K.Frankel.Read at a Meeting of the National Organization for Public Health Nursing.June 22, 1915.(2) The Johns Hopkins University circular.January, 1918. 436 L'UNION MÉDICALE DU CANADA scolaire et faire l\u2019éducation de la population.Leur travail est purement préventif, elles ne donnent aucun soin aux malades.\u201d \u201cUne ère nouvelle a été ouverte par l\u2019extension de l\u2019Ordre affx districts ruraux où se trouve une population peu nombreuse distribuée sur un territoire étendu.Chaque district est supposé couvrir une étendue qui ne doit pas dépasser 30 milles de superficie, Un bon début a été fait dans ce sens, mais depuis que la guerre est commencée il a été difficile de donner a cette nouvelle initiative tout le développement qu\u2019elle mérite & cause du manque de gardes.\u201d Dans la province de Québec, ces infirmiéres en grand nombre rendent un service précieux dans plusieurs municipalités.Le même rapport de 1916 nous donne en effet les renseignements suivants: A Montréal, sur un total de 111,182 visites, 4,832 ont été faites pour des nourrissons, 152 pour des tuberculeux, 1,001 chez des femmes enceintes, 4,079 au sujet de l\u2019hygiène infantile, 3,098 comme complément de l\u2019inspection médicale des écoles.A Grand\u2019Mère les visites se repartissent comme suit: tuberculose 1, nourrissons 124, femmes enceintes 25, hygiène infantile 47, sur un total de 3,070.Aussi le Dr J.A.C.Ricard de Grand\u2019- Mère a-t-il pu écrire: \u201cLe travail de ces Dames est très apprécié par les canadiennes-françaises.\u201d A Sherbrooke, le nombre de visites a été le suivant: n'ourris- sons 106, tuberculose 3, visites pré-natales 133, hygiène infantile 197, hygiène scolaire 13, sur un total de 3,421.A Westmount, le rapport indique les chiffres suivants: nourrissons 28, tuberculose 21, visites pré-natales 129, hygiène infantile 217, sur un total de 3,249 visites.A Lachine, les visites se divisent comme suit: nourrissons 131, visites pré-natales 73, hygiène infantile 43, sur un total de 1,820 visites.A Ste-Anne de Bellevue, nous lisons les chiffres suivants: nourrissons 28, visites pré-natales 74, sur un total de 1,388 visites.Ce qui fait écrire au Dr L.N.F.Cypihot de cette ville: \u201cL\u2019Ordre des Gardes-Malades Victoria fait certainement beaucoup de bien et la population en général sait apprécier cette oeuvre.\u201d Dans le comté de Charlevoix, le nombre de visites est le suivant: tuberculose 6, visites pré-natales 4, hygiène infantile 16, nourrissons 8, sur un total de 1,174 visites.Pour le comté de Gaspé le rapport est le suivant: visites prénatales 8, hygiène infantile 14, nourrissons 37, sur un total de 607 visites. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 437 Le rapport donne pour tout le Canada les chiffres suivants: visites pré-natales 5,974, hygiène infantile 70,749, hygiène scolaire 4,646 visites.Partout ces infirmières cherchent à se rendre utiles aux personnes qu\u2019elles viennent ainsi visiter en mettant à leur bénéfice les connaissances spéciales qu\u2019elles ont acquises.Suivant l\u2019exemple de l\u2019Université américaine, l\u2019Université Mc- Gill commencera, à sa prochaine session, un cours spécial pour les gardes-malades graduées.(1) Enfin il existe aussi à Montréal l\u2019Association canadienne-fran- çaise des gardes-malades Ville-Marie.Fondée au mois de juillet 1913, cette association rend aussi des services signalés à notre population, Son rapport de 1915 porte en effet que ses 4 gardes-malades ont fait, entre autres, 379 visites pour des cas de pédiatrie, 16 visites pour des cas de maladies infectieuses.(1) IL\u2014 MISSION DE L\u2019INFIRMERIE HYGIENISTE Il y a d\u2019abord une distinction à faire entre la garde-malade, telle qu\u2019on l\u2019entend ordinairement et l\u2019infirmière hygiéniste proprement: dite.La première fait sa principale occupation\u2019 des soins à donner aux malades en vue de les soulager et de les guérir, la seconde ne fait du traitement qu\u2019en autant que la préservation non seulement du malade mais aussi de son entourage est concernée.Son rôle principal consiste donc à faire de l\u2019éducation pratique et en action, et cela au domicile même des personnes qui sont immédiatement intéressées à recevoir son enseignement.La nécessité paraît bien en effet s\u2019en imposer puisque, comme le dit si bien le Bulletin mensuel du Département d\u2019Hygiène de Toronto: \u201cCeux qui ne lisent pas (on les compte par milliers dans toutes les grandes villes) doivent être instruits à leur domicile.C\u2019est dans les logements de nos villes que doit être posée la fondation de tout travail d\u2019hygiéne publique, ce qui s'obtient par l\u2019intermédiaire des informières visiteuses.C\u2019est là le rôle principal de l\u2019infirmière hygièniste, de faire pénétrer les notions d'hygiène dans toutes les maisons.L\u2019instruction faite au moyen de démonstration pratique se donne à l\u2019endroit même où il est nécessaire et traite tous les problèmes que l\u2019on peut rencontrer à la maison : Hygiène, pré- (1) Canadian Medical Association Journal, June +418.(1) L'Union Médicale du Canada, Avril 1916. 438 L'UNION MÉDICALE DU CANADA natale et infantile, tuberculose, maladies contagieuses et les mille et une conditions qui touchent à l\u2019hygiène font l\u2019objet de cett enseignement.Dans chacun de ces cas, la garde-malade apporte l\u2019assistance et les conseils voulus.\u201d (1) , Le Dr S.Boucher, directeur du Département d\u2019Hygiène de Montréal, tient le même langage quand il dit: \u201cNous devons convenir que parmi la population il n\u2019y a que certains groupes qui se rendent d\u2019eux-mêmes à l\u2019invitation d\u2019assister aux conférences et aux expositions d'hygiène, de fréquenter les dispensaires spéciaux et autres endroits semblables, qui lisent la littérature qui est distribuée.C\u2019est pourtant ceux qui en auraient le moins besoin, si bien que les bureaux d\u2019hygiène sont souvent obligés d\u2019envoyer faire l\u2019éducation individuelle dans les maisons même des familles.(1) C\u2019est aussi l\u2019opinion du Dr Charles V.Chapin, de Providence R.L, qui dit: \u201cL\u2019éducation intensive de la population à l\u2019endroit de l\u2019hygiène est maintenant considérée la pierre angulaire de la prophylaxie.\u201d (2) Mais pour que ce plan réussisse, il faut qu\u2019il y ait entente parfaite entre le Département d\u2019Hygiène, ainsi que les infirmières qui le représentent auprès des familles, et la profession médicale.Ces bonnes relations sont faciles à obtenir quand les cas rencontrés par les infirmières sont invariablement référées au médecin de la famille intéressée.C\u2019est ce qui se pratique à Toronto concurremment avec les Gouttes de Lait.(Chaque fois qu\u2019on y apporte un bébé, on prend note du nom du médecin de famille et on lui adresse la carte suivante: On nous informe que vous êtes le médecin de cette famille.Si vous nous y autorisez, nous serons heureux de surveiller la santé de cet enfant, et chaque cas de maladie qui pourra survenir vous sera référé Toutes les observations que nous pourrons avoir, tels que Je poids, les maladies antérieures, etc, seront mises à votre disposition en tout temps.Nous apprécierons l\u2019intérêt et la coopération que vous voudrez bien nous accorder.(1) C\u2019est ainsi que le rôle d\u2019un département d'hygiène et des infir- :mières est bien défini.Il se limite à la surveillance des familles afin de prévenir toute maladie.Jamais il ne doit entrer dans le domaine médical et instituer un traitement quelconque.Numéro de Décembre 1916.(1) Communication faite à la section d\u2019hygiène de la Canadian Me- «dical Association, June 1917.Bulletin Sanitaire, Janvier-Juin 1917.(2) A Report on State Public Health Work, (1) Public Health Journal.April 1918, page 170. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 439 C\u2019est ainsi la façon de pocéder à Winnipeg telle que définie dans le dernier Bulletin du Département d\u2019Hygiène de cette ville.On y lit en effet: \u201cLe travail des infirmières est d\u2019un caractère prophylactique et éducationnel, et dans les cas de maladies, les parents sont immédiatement avertis d'appeler leur médecin de famille.Les infirmières en aucune façon n\u2019enfreignent ces prérogatives.Lorsque le médecin réfère des cas aux infirmières, ses instructions sont suivies à la lettre tant pour la durée que pour la nature des services demandés.(1) C\u2019est là d\u2019ailleurs le conseil que l\u2019on donne aux gardes-malades dans les ouvrages qui traitent de la question.\u201cLa règle veut, y lit-on, que chaque cas appartienne professionnellement au médecin et non pas à la garde; par conséquent elle ne doit pas prendre sur elle des devoirs et des responsabilités qui appartiennent au médecin.Ceci signifie qu\u2019elle ne doit pas tenter de poser un diagnostic, elle ne doit pas prescrire, ne doit pas recommander un médecin en particulier ni un changement de médecin, ne doit pas suggérer au malade de se rendre à un hôpital excepté si le médecin l\u2019a conseillé, et elle me doit jamais critiquer par parole ou par signe quelconque, aucun membre de la profession médicale.(Comme question de fait, l\u2019infirmière hygiéniste partout a augmenté et non pas diminué le travail des médecins.(1) Que si en certains endroits on a pu adresser des reproches \u2018justifiés à des gardes-malades qui n\u2019avaient pas suivi les règles de l\u2019étiquette professionnelle il faut bien se garder de condamner l\u2019institution elle-même à cause de fautes commises par des unités parti- culieres.Le facteur humain n\u2019est-il pas le même partout?Chaque profession n\u2019a-t-elle pas certains membres qui ne cadrent pas avec l\u2019ensemble de leurs confrères?\u201cAb uno disce omnes\u201d serait donc ici une généralisation qui serait de nature à priver la société des avantages considérables que peuvent lui procurer les infirmières hygiènistes dans la solution de problèmes importants de l\u2019hygiène publique.Les principales questions en effet qui demandent l\u2019intervention opportune de l\u2019infirmière hygiéniste sont les suivantes: hygiène infantile, tuberculose, inspection médicale des écoles, maladies contagieuses.(1) Numéro de Juin 1918.(1) Mary Sewall Gardner, op, cit. L'UNION MÉDICALE DU CANADA I.\u2014HYGIENE INFANTILE Les statistiques démontrent \u2018partout que les deux principales causes de la mortalité infantile sont les influences que l\u2019on est convenu d\u2019appeler pré-natales et la gastro-entérite.\u2018 Or, on sait \u201cque la diminution de la mortalité infantile constitue, pour une autorité sanitaire, un des champs d\u2019action les plus profitables.\u201d (1) Mais pour faire une lutte qui puisse donner des résultats encourageants il faut s\u2019occuper de l\u2019enfant avant et après sa naissance.T] faut donc qu\u2019un bureau municipal d'hygiène, qui a à coeur de diminuer sa mortalité infantile, se mette en contact avec toutes les mères expectantes comme avec tous les n'ouveau-nés de la municipalité, Or, pour remplir ce rôle, pour savoir, comme le dit si bic Madame P.E.Lamarche, la secrétaire de l\u2019Assistance Maternelle de Montréal, \u201cpour savoir, d\u2019une main délicate, soulever la gran: indigence d\u2019une mère, il faut une autre femme.\u201d (1) : C\u2019est donc l\u2019infirmière hygiéniste qui sera l\u2019intermédiaire nécessaire.Elle expliquera à la jeune femme qui va devenir mère que 37%, soit plus du tiers, de la mortalité infantile constatée aux Etats-Unis et au Canada survient chez les enfants âgés de moins d\u2019un mois.Elle lui fera comprendre que dans la plupart des cas, ces décès sont dus au manque de soins de la mère avant la n'aissance de l\u2019enfant.Elle l\u2019encouragera à se mettre sous la direction d\u2019un médecin pendant le temps de sa grossesse.Elle verra ensuite si sa protégée suit bien les indications données par le médecin touchant la surveillance des urines, la nourriture, les sorties au grand air, l\u2019exercice modéré, le soin des seins, la pratique des bains et l\u2019hygiè.du vêtement.Si le revenu du mari est insuffisant à subvenir aux frais d\u2019une nourriture appropriée le cas est référé aux sociétés de secours qui peuvent apporter l\u2019aide voulue.Après la naissance de l\u2019enfant les visites de l\u2019infirmière conti- muent, pour enseigner à la mère comment avoir soin de l\u2019enfant e.comment le nourrir, la garde insistant toujours sur la nécessité l\u2019alimentation maternelle.Plus tôt, en effet, commence la surveillance de l\u2019enfant meilleurs sont les résultats.(1) Charles V, Chapin Op.cit.(1) Sixième assemblée annuelle de l\u2019Association Maternelle de Montréal.Rapport de la secrétaire. L'UNION MÉDICALE BU CANADA 441 Qu'on en juge par les chiffres suivants que donne le Bulletin du Département d\u2019Hygiéne de Winnipeg: \u201cDans le cours du mois de Juin 1916, 203 nouveaux cas ont été visites; de ce nombre 23 seulement étaient nourris artificiellement.Durant le mois de juin 1914, 254 nouveaux cas étaient visités et de ce nombre 139 étaient nourris artificiellement.La surveillance contnuelle des mères et des femmes expectantes au moyen des visites à domicile fait beaucoup pour procurer aux nourrissons leur alimentation naturelle, et comme résultat le taux de la mortalité parmi les enfants visités par les infirmières diminue rapidement.\u201d (1) De plus les gardes se tiennent en\u2019 relation constante avec les Gouttes de Lait, l\u2019une d\u2019entre elles étant toujours présente à la consultation.Elles encouragent les mères à apporter leurs enfants à la consultation qui y est donnée par un médecin.La garde de service prend le poids et la mesure de l\u2019enfant, et, si le développement est jugé normal, on encourage la mère à continuer le mode d\u2019alimentation commencé; s\u2019il est trouvé au-dessous de la normale, le médecin qui préside à la consultation ou le médecin de famille, suivant la préférence indiquée par la mère, prend charge du cas, recherche la cause et indique comment y rémédier.Il appartient alors à l\u2019infirmière de continuer la surveillance de l\u2019enfant pour que les instructions données par le médecin soient fidèlement suivies à la maison.Ce système de visites domicilaires est jugé tellement important que le Bulletin Mensuel de l\u2019Etat de New-York déclare \u201cqu\u2019un grand nombre d\u2019infirmières devraient être employées dans les petites villes pour faire à domicile l\u2019éducation des mères à l\u2019endroit de l\u2019hygiène infantile surtout dans les classes pauvres.Cette méthode donnerait probablement de meilleurs résultats que ceux que l\u2019on peut obtenir pour l'établissement et le maintien deséGouttes de Lait.\u201d (1) De son côté le \u2018Conseil Médical Général du Département de la Défense Nationale aux Etats-Unis, à une conférence tenue récemment à Washington, adoptait la résolution suivante: \u201cRéalisant que les infirmières hygiénistes constituent un facteur essentiel dans la lutte contre la mortalité infantile, nous recommandons que l\u2019on fasse tous les efforts possibles pour empêcher que ces infirmières, préparées spécialement dans ce but, soient dérangées de leur travail (1) Numéro de Juillet 1916.(1) Numéro de Janvier 1918. 442 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA et que les soins donnés par elles soient reconnus officiellement comme service de guerre.\u201d (2) Il est en effet reconnu, d\u2019après le Dr Charles V.Chapin, que \u201cla direction personnelle de la mère fait plus pour l\u2019enfant que de lui fournir un bon lait.Car la valeur de la littérature (pamphlets ou circulaires) est probablement considérable, quoique l\u2019expérience ait démontré qu\u2019elle est de beaucoup inférieure à l\u2019enseignement personnel.D\u2019après les connaissances que nous avons maintenant, le travail réellement effectif en vue de réduire la mortalité infantile dépend de l\u2019intensité de l\u2019effort fait par les infirmières visiteuses dans l\u2019éducation personnelle des mères, complété par les Gouttes de Lait, les consultations, les concours de nourrissons et les hôpitaux.\u201d (1) C\u2019est aussi l\u2019opinion du Dr C.E.A.Winslow, professeur d\u2019hygiène publique à l\u2019Université de Yale, et membre de la Mission de la Croix Rouge en Russie, en 1917.Constatant la mortalité infantile élevée de Pétrograd (251 par 1,000 naissances en 1915) il fait la remarque judicieuse suivante: \u201cCe qui manque surtout, c\u2019est l\u2019éducation à domicile faite par des infirmières, moyen qui s\u2019est révélé un facteur si vital aux Etats-Unis.(2) À Montréal, en 1916, 1,546 visites ont été faites par les infirmières municipales au domicile des nourrissons apportés aux Gouttes de Lait.(1) Et le Dr S.Boucher, dans une lettre adressée aux curés de la ville, énumérant les moyens dont dispose le Département d\u2019Hygiène pour lutter contre la mortalité infantile, ne manque pas de souligner \u201cles visites à domicile par des infirmières compétentes pour la démonstration pratique des notions acquises.\u201d (2) Mais il déplore que le nombre de visites ne soit pas plus élevé.\u201cLe nombre des infirmières, (9) dit-il, actuellement employées par la ville est tout à fait insuffisant, il devrait être porté à 30.Ces infirmières seraient employées à l\u2019oeuvre de la protection: de l\u2019enfance du commencement de juin jusqu\u2019à la fin de septembre.\u201d (3) (2) Weekly Bulletin of the Department of Health.City of New York, March 23, 1918.(1) «Charles V, Chapin, Op, cit, (2) Public Health Reports issued weekly by the United States Public Health Service.December 28, 1917.(1) Rapport du Bureau Municipal d\u2019Hygiéne et de Statistique.(2) L\u2019éducation des mères.Bulletin d\u2019Hygiéne, Cité de Montréal, Mars 1918.(3) La mortalité mfantile.Bulletin d'Hygiène, même numéro. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 443 Enfin doit-on limiter aux villes seulement les avantages que donnent ces infirmières dans la réduction de la mortalité infantile ?Hélas nos statistiques ne démontrent que trop que même dans les districts ruraux la mortalité infantile est très élevée, Heureusement que la démonstration a été faite dans la Nouvelle-Zélande \u201cd\u2019étendre aux mères de famille qui habitent les campagnes l\u2019enseignement qui leur est nécessaire au sujet de la puériculture et de faire l\u2019éducation des jeunes filles sur l\u2019hygiène du logement et sur lhy- giène infantile.Avussi, grâce à ce travail intensif qui a été fait a\u201d tout l\u2019archipel, on a eu la consolation de remarquer une diminution notable dans la mortalité infantile qui est maintenant (1912) de- 51 par 1,000 maissances, soit la plus basse qui existe dans aucun: pays du monde.\u201d(1) : TUBERCULOSE Ici encore le travail des infirmières peut être des plus fructueux.Elles visitent les malades chez uex, les instruisent au sujet de leurs soins personnels ; elles indiquent aussi les précautions à prendre pour préserver de la contagion les autres membres de la famille, elles distribuent des crachoirs et des mouchoirs de papier qu\u2019il est facile de brûler, elles s\u2019informent si les revenus sont suffisants pour faire donner au malade la nourriture erconstituante dont il a besoin ; si le cas est au début et que la chose soit possible, elles encouragent le malade à faire une cure de sanatorium; dans le cas contraire elles continuent la surveillance à domicile; elles portent une attention spéciale aux enfants si susceptibles d\u2019être contagionnés, les dirigent aux dispensaires pour les faire examiner par les médecins de service, sil n\u2019y a pas de dispensaire elles conseillent fortement l\u2019examen périodique par le médecin de famille.| C\u2019est d\u2019ailleurs là l\u2019organisation qui existe actuellement en France pour la lutte antituberculeuse telle que décrite par le Dr E.Errge- ric, inspecteur départemental d\u2019hygiène de la Loire, \u201cLorsque, dit-il, pour une Taison quelconque l\u2019admission dans les sanatoriums ou les hôpitaux n\u2019est pas possible, on s\u2019efforce, grâce au concours des infirmières visiteuses et des infirmières traitantes des dispensaires à la prpohylaxie qu\u2019à l\u2019assistance.\u201d (1).(1) New Zealand Society for the Health of Women and Children.United States Department of Labor, 1914.(1) Revue d\u2019Hygiène et de Police Sanitaire.Décembre 1917, p.809. -444 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Le Dr Léon Bernard définit à son tour cette méthode par le terme \u201cd'assistance prophylactique à domicile.\u201d \u201cElle repose, dit- il, sur l\u2019action d\u2019infirmières visiteuses.De fait, ajoute-t-il, la plupart des comités départementaux, véritables dispensaires d\u2019hygiène sociale, ont orienté leur activité dans ce sens, et ont aujourd\u2019hui réalisé une organisation d\u2019ensemble de visites à domicile, visant autant à la prophylaxie qu\u2019à l\u2019assistance.\u201d (1b De plus M.Brisac, directeur de l\u2019Assistance, et de l\u2019Hygiène Publiques au Ministère de l\u2019Intérieur de France, donne la description suivante de l\u2019organisation de la lutte contre la tuberculose en France pendant la guerre: \u201cA l\u2019heure actuelle, l\u2019oœeuvre antituberculeuse de guerre comprend 3 ordres d\u2019institution: les hôpitaux sanitaires, l23 stations sanitaires, les comités départementaux d\u2019assistance aux an- clens militaires tuberculeux.\u201d \u201cLes hôpitaux sanitaires ont été avant tout créés comme hôpitaux de rriage.\u201d \u201cLes stations sanitaires sont des sanatoriums, les malades n\u2019y restent qu\u2019une moyenne de 3 mois; ce ne sont pas des établissements de cure, mais bien des maisons d\u2019éducation hygiéniques.Il est impossible de les garder plus longtemps à cause du grand nombre de malades qui y sont dirigés et à cause de l\u2019inexistence de toute ins- \u2018titution antérieure.Des infirmières spécialisées ont été recrutées parmi les élèves de l\u2019Association des Infirmières visiteuses de France, dotant les stations d\u2019un personnel muni d\u2019une éducation technique parfaite.\u201d \u201cComités départementaux.Mais ce n\u2019était là que la première \u2018partie de la tâche que s\u2019était imposé le Ministère de l\u2019Intérieur et ses efforts risquaient même d\u2019être vains si les malades, une fois éduqués et souvent améliorés, avaient, au sortir des stations sanitaires, été abandonnés à eux-mêmes; il fallait de toute nécessité que la sollicitude des pouvoirs publics les suivit jusque dans leurs foyers, C\u2019est là la raison d\u2019être des comités départementaux.Leur action se manifeste sous trois formes: l\u2019assistance à domicile, le traitement au sanatorium, le traitement à l\u2019hôpital.L\u2019assistance à domicile constitue le programme essentiel des comités.A cet effet, le comité recrute un personnel technique, destiné à visiter les tuberculeux.\u201d (1) Et cette organisation antituberculeuse de France repose sur \u2018l\u2019expérience acquise en la matière.En effet, nous dit encore le Dr (1) Revue d\u2019Hygiène et de Police Sanitaire, décembre 1917, page 827, (1) Office international d\u2019hygiéne publique, Octobre 1917. «= = R&R.WAT Me | L'UNION MÉDICALE DU CANADA 445 L.Bernard, \u201cles moyens sociaux de lutte antituberculeuse sont désormais théoriquement bien définis: c\u2019est avant tout le dispensaire, centre d\u2019action, de recherche, de soins aux tuberculeux et de préservation de leur foyer; puis les établissements d'hospitalisation, sanatorium pour les malades curables, asiles pour les incurables; enfin les diverses institutions de préservation de l\u2019enfance, de placement pour le travail, de logements salubres, ete, groupés autour du dispensaire.Le fonctionnement du dispensaire départemental est assuré par les praticiens du pays, avec les auxiliaires habituels, moniteurs, infirmières-visiteuses, etc.\u201d (1).Puis le même docteur Bernard, qui occupe la charge importante de secrétaire général du comité national d\u2019assistance aux anciens militaires tuberculeux, ajoute dans une autre circonstance: \u201cIl n\u2019est pas douteux que l\u2019avenir de l\u2019oeuvre antituberculeuse est subordonnée au concours du corps mélical.Rien ne doit être entrepris sans son adhésion ; mais on peut être sûr que celle-ci ne manquera pas.Le médecin, souvent sceptique parce qu\u2019il a vu bien des choses, a souvent paru mettre obstacle aux initiatives d\u2019hygiène sociale, contester les principes, et s\u2019opposer aux applications de la lutte antituberculeuse.,Mais, quand il verra que les organes d\u2019assistance et les mesures .de préservation sont enfin fondées sur des bases solides, quand il se verra appelé à en manier le mécanisme et à en constater l\u2019efficacité, qui pourrait douter que le corps médical, qui a toujours donné les preuves de son désintéressement, n'apporte son appui à une entreprise de salut national.\u201d (1) .Tout le mécanisme de la lutte antituberculeuse en France est si bien pensé et fonctionne maintenant si régulièrement que la Commission américaine de l\u2019Institut Rockfeller de préservation contre la tuberculose en a reconnu la validité et coordonne ses efforts avec la nouvelle organisation.On cherche maintenant en France à faire bénéficier la campagne des mêmes avantages.\u201cIl est possible de créer presque partout des dispensaires ruraux à très peu de frais, nous assure le Dr.E.Eme- ric, afin de dépister les malades jusque dans les villages, juque dans les hameaux les plus reculés, N\u2019oublions pas que la recherche et le dépistage des malades sont à la base de notre programme de prophy- lixie sociale.\u201d (1) (1)' Office International d\u2019Hygiène Publique, Juillet 1917, p.893.(1) Revue d'Hygiène et de Police Sanitaire, Décembre 1917, page 829.(1) Revue d\u2019Hygiène et de Police Sanitaire, Décembre 1917, p.814. 446 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA On est arrivé à la même conclusion aux Etats-Unis, comme le démontre le Dr Chas.V.Chapin.\u201cLa principale fonction du dispensaire, dit-il, est de faire le diagnostic de la maladie; de diriger les malades soit aux sanatoria soit aux hôpitaux, et, ce qui est le plus important, de faire visiter les malades à leur domicile par des infirmières visiteuses.L\u2019infirmière visiteuse est un des facteurs les plus importants dans la lutte contre la tuberculose.Non seulement elle pénètre dans la maison du tuberculeux pour lui enseigner comment il doit vivre, mais elle découvre d\u2019autrs eas qui n\u2019étaient pas encore connus, et, ce qui est mieux, cherche à préserver les enfants des familles de tuberculeux.Elle fait aussi l\u2019inspection du logement qu\u2019elle porte sur une fiche, s\u2019enquiert de son état de salubrité, de la diète de la famille, etc, et donne des conseils afin de permettre à la famille de rémédier aux défectuosités qui sont les causes de la mauvaise santé de ses membres.\u201d (1) C\u2019est aussi suivant ces données qu\u2019ont été prises par le gouvernement en Italie les nouvelles mesures contre la tuberculose.\u201cL?\u2019action nécessaire de propagande hygiénique pourra être exercée par des dames visiteuses qui se livreront \u2014 gratuitement \u2014 et comme cela se fait déjà dans quelques villes avec un grand succès, à la diffusion dans les familles pauvres des notions élémentaires de défense contre la contagion.C'est une forme rapide de propagande très simple, qui est des plus suggestive.Pour la formation de ces dames visiteuses, on devra également étendre et multiplier les cours d\u2019instruction, qui ont déjà été commencés dans la capitale, comme centre de rayonnement.\u201d (2) Faut-il s\u2019étonner maintenant que l\u2019on procède de la même façon au Canada et pour les mêmes raisons.En effet, nous dit le Dr George D.Porter, \u201cun grand nombre de soldats dont les expectorations renfermaient encore des bacilles après 6 mois de traitement au sanatorium, ont fait preuve d\u2019une grande insouciance au sujet de leurs expectorations.Que de pareils malades aient la liberté de rentrer dans leur foyer, et c\u2019est aussitôt un danger immédiat pour toute la famille, surtout pour les enfants.D\u2019autres patients ne sont pas plutôt sortis du sanatorium qu\u2019ils négligent les soins les plus élémentaires dont on leur faisait une règle, Inutile de dire que dans de tels cas les bacilles ne tardent pas à reprendre leur oeuvre de destruction.\u201d (1) : (1) Charles V.Chapin, Op.cit.(2) Office International d\u2019Hygiène Publique, Février 1918, p.177.(1) Dix-septième Convention annuelle de l\u2019Association canadienne de préservation cotre la tuberculose, page 14. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 447 La nécessité s'impose donc de surveiller ces malades à leur domi- cilee La même constatation est faite à nos dispensaires antituberculeux.En effet on lit dans le dernier rapport du Président du Conseil Médical de l\u2019Institut Bruchési, le Dr J.E.Dubé, la déclaration suivante: \u201cLe Dr James Alexander Miller, de la clinique Vanderbilt, de New-York, écrivait en 1904.\u201cIl est réellement vrai que la garde-malade expérimentée, énergique, intéressée et capable d\u2019assumer ce travail, peut faire plus que le médecin pour connaître la condition exacte des tuberculeux et pour corriger les défauts de leur habitation.Nous considérons que la garde-malade est un facteur indispensable dans la solution de ce problème, et comme résultat de ses efforts, nous pouvons au moins dire que chaque cas visitée est transformé d\u2019un foyer dangereux de contamination en une source de connaissance diligente et intelligente de ce qu\u2019est la tuberculose.\u201d Cette opinion de l\u2019éminent organisateur de la lutte antituberculeuse, le Bureau médical de l\u2019Institut Bruchési la partageait depuis la fondation de l\u2019oeuvre.Le travail de la soeur visiteuse prenait à ses yeux une importanse capitale.Elle devait être l\u2019auxiliaire puissante du médecin, la continuatrice de son action, l\u2019ange gardien du malade.\u201d Puis le Dr J.À.Jarry, le directeur médical de l\u2019Institut Bruchési nous fait rapport que: \u201cles visites des religieuses gardes-malades au domicile des tuberculeux ont atteint le chiffre respectable de 3,051.Les inspecteurs mis à notre disposition par la ville de Montréal ont fait 1,226 premières visites et 2,491 visites subséquentes.\u201d (1) Même constatation au Royal Edward Institute.Le 7è rapport annuel de l\u2019Instittutt contient en effet l\u2019admission suivante: \u201c\u201cL\u2019officier médical en chef de notre Institut, le Dr Harding, est d\u2019avis que Defficacité d\u2019un dispensaire dépend de L\u2019habileté des infirmières.Les infirmières sont un \u2018des facteurs les plus puissants dan's la lutte antituberculeuse.Les infirmières ont fait 3,905 visites, les inspecteurs de la ville 3,331.\u201d \u2018(1) Le dispensaire de la Ligue antituberculeuse de la ville de Qué- bac a aussi son infirmière.Et dans le 6è rapport annuel du dispensaire, le Dr E.M.A.Savard, parlant du travail accompli par cette garde expéimentée, qui a fit au cours de l\u2019année 847 visites d\u2019éducation, l\u2019appelle justement un \u201capostolat social\u201d.(1) Dix-septième Convention annuelle de l\u2019Association canadienne de préservation contre la tuberculose, page 124.(1) Dix-septième Convention annuelle de l\u2019Association canadienne de préservation contre la tuberculose, page 137. L UNION MEDICALE DU CANADA III.\u2014INSPECTION MEDICALE DES ECOLES L\u2019infirmière joue encore ici un rôle important: Ses devoirs peuvent se diviser en trois groupes: travail auprès des enfants à l\u2019école, travail auprès des parents à leur domicile, travail auprès des médecins et des dentistes pour le traitement des enfants.A l\u2019école, l\u2019infirmière aide le médecin dans son examen des enfants, peut prendre au préalable l\u2019histoire de famille et l\u2019histoire pathologique antérieure de chaque enfant, prendre son poids, mesurer sa, taille, faire l\u2019examen nécessaire de la vue et de l\u2019ouïie, voir à la propreté de la tête, des dents, des habits, etc.Le médecin inspecteur, après avoir consulté la fiche de l\u2019enfant, préalablement remplie sur ces points par l\u2019infirmière, et y avoir inséré les résultats de son examen plus complet au sujet de la nutrition, des amygdales, des tumeurs adénoïdes, des dents, des ganglions, etc, est alors plus en\u2018 mesure de se former rapidement une opinion plus exacte de son état de sanét et partant de donner des avis plus motivés et plus appropriés.L\u2019infirmière se rend alors au domicile des élèves, y rencontre les parents, et leur démontre l'importance de suivre les conseils donnés par le médecin, la nécessité d\u2019instituer les traitements indiqués.Si le mauvais état de la santé de l\u2019enfant paraît résulter des conditions insalubres du logement ou d\u2019une alimentation mal «omprise ou insuffisante, l\u2019infirmière profite de sa visite pour parler de l\u2019hygiène du logement, de l\u2019hygiène de l\u2019alimentation ou de tout autre point qui lui est suggéré par l\u2019analyse du cas présent.Si la pauvreté des parents est en cause, elle peut encore ici chercher à intéresser quelque société de binfaisance, Conférence de Saint-Vincent de Paul ou autre, au sort de cette famille dans le besoin., Enfin l\u2019infirmière offre ses services pour faciliter le traitement des défauts physiques signalés par le médecin inspecteur.Elle accompagne l\u2019enfant chez le dentiste, chez l\u2019oto-rhinologiste, chez l\u2019oculiste, au dispensaire ou chez le médecin de famllee suivant le cas, .Il est facile de réaliser l\u2019influence considérable de l'infirmière qui vivent ainsi s\u2019intéresser si activement à la santé des enfants.Les parents Alors peuvent plus facilement réaliser la nécessité de faire traiter leurs enfants.Au contraire si l\u2019inspection médicale des écoles n\u2019est pas complétée par le travail de suite (following up) fait par une infirmière une certaine partie, et plus considérable qu\u2019on ne le croit, du travail fait par le médecin à l'école ne donne aucun résultat.C\u2019est au point qu\u2019un médecin anglais a pu écrire: \u201cMon travail com- L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 449 mence et finit par un envoi interminable d\u2019avis, et il s\u2019arrête là parce qu\u2019on y porte peu d\u2019attention.\u201d (1) De son côté, le docteur S.Joséphine Baker, Directrice de la Division de l\u2019Hygiène Infantile du Département de New-York, écrit: \u201cNous devons réaliser que l'inspection médicale des écoles qui\u2019 néglige de donner plus qu\u2019une inspection superficielle pour la recherche des maladies contagieuses et des défauts physiques n\u2019est pas digne d\u2019une considération sérieuse.De semblables systèmes sont réellement une perte d\u2019argent et d\u2019effort, et sont même nuisibles en ce sens qu\u2019ils donnent à la société une fausse raison de satisfaction, tandis que l\u2019enfant n\u2019en retire que rarement un bénéfice permanent et que le seul résultat qu\u2019ils donnent consiste dans la compilation de statistiques complètement inutiles.\u201d (1) C\u2019est parce que l\u2019on comprend bien cette vérité que l\u2019on généralise de plus en plus l\u2019intervention de l\u2019infirmière comme complément nécessaire de l\u2019inspection médicale des écoles.En effet le dernier rapport annuel (1916) de Montréal nous apprend que les infirmières ont fait 698 visites au domicile des \u2018enfants des écoles.De son côté, le Dr C.R.Paquin, Directeur du Département d\u2019Hygiène de Québec regrette de n\u2019avoir à son service de l\u2019inspection médicale qu\u2019une seule infirmière : \u201cCe n\u2019est pas, dit-il, dans le Rapport des opérations du Bureau d\u2019Hygiène de Québec pour l\u2019année 1917, ce n\u2019est pas avec le concours d\u2019une seule inspectrice et les quelques heures que les médecins municipaux ont pu consacrer à cette cause qu\u2019on peut être rassuré sur un sujet aussi important.\u201d Puis Melle Alice Pagé, l\u2019infirmière, nous inofrme qu\u2019elle a fait durant l\u2019année 318 visites dans les écoles et 1,386 visites au domicile des élèves.Souhaitons que le bel exemple donné par les villes de Montréal et de Québec soit suivi par les autres municipalités de la province.IV.\u2014.MATLADIES CONTAGIEUSES Le controle des maladies contagieuses est toujours difficile.Tous ceux qui ont quelque expérience dans l\u2019administration de l\u2019hygiène puisique sont unanimes sur ce point.\u2018C\u2019est que bien des facteurs interviennent dans la dissémination de ces maladies: manque de déclaration, manque d\u2019isolement, ou quarantaire insuffisante, cas bénins (1) Public Health Nursing by Mary Sewall Gardner, page 264.(1) Mary Sewall Gardner \u201cop.cit.Page 269. 450 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA Qui passent inapperçus et même insoupçonnés.Mais la cause première, celle qui explique toutes les autres, n\u2019est-elle pas ici comme sur les autres chapitres de l\u2019hygiène, l\u2019ignorance de la population?La nécessité s'impose donc de répandre les notions de cette science bienfaisante.Or, comment et où peut-on faire cet enseignement avec plus de profit, si non au moment même et dans la famille où sévit une de ces maladies, \u2019éducation des parents étant faite par une in- firmiére dans la maison même où se trouve le cas.C\u2019est d\u2019ailleurs la façon de procéder à New-York.On sait en effet qu\u2019il y a dans le Département municipal d\u2019Hygiène un personnel d\u2019infirmières chargées exclusivement de traiter à domicile les malades souffrant de rougeole, de diphtérie et de fièvre scarlatine.(1) Une démonstration nous a été faite dernièrement dans notre province de l\u2019influence heureuse des infirmières dans le contrôle des maladies contagieuses.Au cours des épidémies de fièvre typhoide fui ont sévit, notamment à St-Jean, à Farnham, à St-Lin, des infirmières ont été appelées afin d\u2019aider les médecins à enrayer le fléau.Elles prenaient soin des cas, sous direction médicale, et faisaient prendre à la maison les précautions usuelles pour prévenir la conta- \u2018gion de entourage des malades.On sait quels résultats heureux ont été obtenus par leur entremise, et les médecins, de même que les curés, particulièrement M.le curé de St-Lin, sont heureux de reconnaître le bon travail accompli par les infirmières dans ces occasions.Les infirmières hygiénistes remplissent en outre d\u2019autres rôles très utiles.\u2018C\u2019est ainsi qu\u2019elles font un service spécial relevant des hôpitaux par lequel elles surveillent à leur domicile les malades qui sortent des salles afin que leur guérison complète soit assurée par une bonne hygiène à la maison.Elles sont aussi attachées aux établissements industriels non seulement pour panser les blessés, mais aussi pour surveiller et améliorer les conditions sanitaires des usines.Ælles sont aussi à l\u2019emploi de compagnies d\u2019assurance afin de traiter, suivant les indications des médecins, leurs assurés malades et aussi de surveiller leur hygiéne.Pour résumer, nous voyons donc que les infirmières constituent un moyen excellent de faire l\u2019éducation individuelle nécessaire de la population, qu\u2019elles sont un facteur important dans la lutte contre la .mortalité infantile, contre la tuberculose et les autres maladies con- \u2018 (1) Mary Sewall Gardner, Op.cit, page 188. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 451 tagieuses, qu\u2019elles assurent un rendement plus considérable à l\u2019inspection médicale des écoles.\u2018 Mais si ces infirmières peuvent rendre des services si précieux, ne devons nous pas nous employer à faciliter et à étendre leur action bienfaisante au sein de notre population tant rurale que urbaine ?Déjà à notre Convention de Montréal, en septembre 1913, le Dr ËÆlzéar Pelletier esquissait un plan de lutte antituberculeuse, couvrant toute la province, avec le concours de nos admirables commu- \u2018pautés religieuses de femmes, dont quelques-unes, notamment les soeurs de la Providence, ont déjà commencé sur ce terrain un travail excellent, Mais ce que le Dr Pelletier dit de la lutte antituberculeuse ne pourrait-il pas s\u2019entendre aussi de la lutte contre la mortalité infantile, de l\u2019inspection médicale des écoles, de la lutte contre les maladies contagieuses ?Voilà bien, semble-t-il, la clef de la solution, l\u2019infirmière religieuse, portant l\u2019étendard de l'hygiène, pénétrant dans toutes nos demeures, à la campagne comme à la ville, apportant partout conso- Jations et bons conseils.Pourquoi ne lui ouvrirait-on pas bien larges nos portes?Notre population, en effet, habituée à voir la religieuse à l\u2019école, à l\u2019hôpital, aimera aussi, à n\u2019en pas douter, à lui souhaiter la bienvenue jusque dans ses foy'ers.g Et alors la mère de famille canadienne, mieuq renseignée sur les préceptes de la puériculture, pourra avec plus de succès suivre le conseil qu crie le poëte: : \u201cMonte autour des berceaux la garde solennelle.\u201d (1) Alors nous aurons la \u2018consolation de voir baisser sensiblement les chiffres de notre mortalité tuberculeuse, nous aurons moins de maladies contagieuses à déplorer, et nos enfants des écoles jouieront d\u2019une santé plus florissante parce qu\u2019elle sera mieux protégée.(1) L\u2019appel aux armes, par Albert Lozeau, L'Action française, février 1918. NECROLOGIE Le Professeur Emmanuel-Persillier Lachapelle Doyen de la Faculté de Médecine 1845-1918 La profession médicale canadienne vient de perdre une de ses grandes figures.: Le Professeur Emmanuel Persillier Lachapelle, doyen de la Faculté de Médecine de l\u2019Université Laval et président du, Conseil Le Professeur Emmanuel-Persillier Lachapelle Supérieur d\u2019Hygiéne de la Province de Québec n\u2019est plus.It s\u2019est éteint le 1er août 1918.Le souvenir de cet homme, qui fut une de nos gloires, mérite d\u2019être conservé dans les archives de notre histoire professionnelle, non seulement à cause du souvenir affectueux que nous en gardons, mais encore pour l\u2019exemple qu\u2019il laisse aux générations qui lui succèdent. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 453 C\u2019est au Sault aux Récollets le 23 décembre 1845, que le Docteur E.-P.Lachapelle vit le jour.Il descendait d\u2019un des premiers colons de Ville-Marie.Ses ancêtres immédiats furent tous des hommes d\u2019intelligence, d\u2019énergie, et d\u2019un esprit public remarquable.La plupart exercèrent une influence considérable sur la destinée de plusieurs de nos paroisses du district de Montréal.Son grand\u2019père, quand se fit l\u2019abolition de la tenure seigneuriale, devint l\u2019acquéreur de plusieurs moulins dont les seigneurs désormais privés du droit de mouture, \u2018avaient cru devoir se désaisir, et contribua d\u2019une manière efficace, au développement de l\u2019industrie et de la culture dans cette région.C\u2019est à l\u2019esprit progressif de cet aïeul que l\u2019on doit la construction du pont Lachapelle, qui encore aujourd\u2019hui est le grand moyen de communication entre les paroisses de l\u2019îÎle de Montréal et celles de l\u2019Ile Jésus.Son père, vieux gentilhomme campagnard, fut toujours l'ami et le conseiller de ses co-paroissiens \u2014 Plusieurs fois, on lui offrit des honneurs politiques: il eut pu représenter le comté à la Chambre ;\u2014 il préféra toujours la vie plus tranquille et l\u2019action plus restreinte de son village.[ Il vint passer les dernières années de sa vie chez son fils, à Montréal, et ceux qui l\u2019ont connu, se rappellent son air digne, son urbanité, sa bonté et la culture de son esprit.Sa mère, Marie-Zoé Toupin, appartenait à une famille qui a donné à l\u2019Eglise canadienne plusieurs de ses membres distingués.Femme \u2018éminemment chrétienne, elle sut 'envelopper son foyer d\u2019une atmosphère profondément religieuse, Nous retrouverons toujours chez son fils l\u2019empreinte sensible du siMon qu\u2019elle a tracé.| Elevé dans un tel milieu, le jeune Lachapelle puisa des qualités de coeur et d'esprit qui furent la base de son caractire.Aussi peut-on dire que lorsqu\u2019il entra au Collège de Montréal, pour y faire ses études classiques, ses professeurs avaient dès lors en lui, une matière précieuse à pétrir.Le vénérable abbé Troie, supérieur de ISt-Sulpice, son contemporain au collège, nous apprend qu\u2019il était un élève droit.énergique et grave.avec une inflexibilité native, corrigée toutefois par une grande tendresse.\u2014 On voyait déjà poindre les qualités qui devaient le distinguer au cours de sa carrière, \u2014 Il fit de solides études. 454 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Mais ce fut surtout dans les classes de sciences qu\u2019il se montra réellement remarquable.Il étudia la médecine à l\u2019Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal.Nous n\u2019avons pas de détails précis sur sa vie d\u2019étudiant.Ce qui nous démontre qu\u2019il fut a cette époque, l\u2019élève sérieux qu\u2019il avait été au collège, c\u2019est qu\u2019en 1869, immédiatement après l\u2019obtention de son diplôme, le professeur d\u2019Orsonnens, depuis doyen de PEcole de Médecine, se l\u2019attacha comme associé.On est généralement sous l\u2019impression que le professeur Lachapelle n\u2019exerça jamais beaucoup la médecine.\u2018C\u2019est une erreur, La vérité est toute autre.Pendant nombre d\u2019années, il a pratiqué et on peut dire qu\u2019il ne renonça complètement à l\u2019exercice de sa profession que lorsqu\u2019il devint contrôleur de la Ville de Montréal.Pendant plusieurs années, il fut avec la plupart de ses collègues de l\u2019Université Laval, médecin de l\u2019Hôtel-Dieu.Il eut une clientèle nombreuse et distinguée ; il fut le médecin de plusieurs communautés religieuses, entre autres des Religieuses du Bon Pasteur.Nombre de nos bonnes familles conservent avec reconnaissance, le souvenir de ses soins dévoués et éclairés.\u2018Son esprit méthodique et juste avait attiré l\u2019attention des compagnies d\u2019assurance et le professeur Lachapelle fut un des premiers Canadiens-français à occuper le poste de confiance de médecin-exami- nateur, pour des compagnies qui, si on excepte les Artisans et la Sauvegarde, étaient pour la plupart anglaises.Toutefois son travail de praticien, malgré toute sa valeur, n\u2019est pas son principal titre à notre souvenir.Son oeuvre est beaucoup plus vaste, il fut un des précurseurs de ce mouvement social dont on voit aujourd\u2019hui l\u2019épanouissemnet.La réforme du Collège des Médecins, l\u2019établissement du conseil Provincial d\u2019Hygiène, la fondation de la faculté de Médecine de l\u2019Université Laval, celle de l\u2019hôpital Notre-Dame sont des oeuvres auxquelles son nom restera toujours attaché.XX Vers 1870, la profession médicale n\u2019avait pas encore l\u2019organisation régulière qu\u2019elle possède aujourd\u2019hui.Nos compatriotes surtout n\u2019avaient pas dans la direction des affaires professionnelles la part d\u2019influence à laquelle leur nombre.et leur valeur leur donnaient droit.FE NET amv Dames aigu CS L'UNION MÉDICALE DU CANADA 455 Déjà cependant dans différents centres, de petits groupes se formaient, s\u2019agitaient; un mouvement de progrès commençait à se dessiner.\u2018Avec son coup d\u2019oeil, le professeur E.-P.Lachapelle ne tarda pas- à voir quel bien pourraient faire ces différents groupes, si on pouvait.parvenir à en obtenir un travail coordonné dans l\u2019intérêt de la profession.an orm\u2014\u2014\u2014\u2014 am va.al x 0.- Nous le voyons dès lors parmi les fondateurs de l\u2019Union Médicale, dont 1) fut non seulement le rédacteur, mais encore le bailleur de- fonds.On sait quel rôle important cette revue a joué dans la discussion de nos problèmes.Un peu plus tard, il fit partie du comité- chargé de jeter les bases de la Société Médicale, où il fit sentir son.influence progressive, Lia grande question qui agitait le corps médical à cette époque, était l\u2019uniformité des examens de Médecine pour les différentes.provinces.On parlait dès lors de l\u2019établissement d\u2019un bureau fédéral.La profession médicale francaise ne s\u2019opposait pas au principe.\\ Malheureusement le projet de loi statuait que non seulement la formation.médicale, mais encore l\u2019instruction classique, seraient sous- le contrôle du gouvernement fédéral.(était évidemmentporter atteinte aux droits acquis de nos institutions d\u2019enseignement.Déjà le professeur Rottot avait jeté le cri d\u2019alarme et la discussion du \u2018projet avait été remise à plus tard.Cette rédoutable épée de Damoclès fut pendant plusieurs années une menace pour nous.C\u2019est de cette arme que se servit le professeur Lachapelle pour réveiller l\u2019apathie de nos compatriotes et pour reconstituer le Bureau Provincial en nous y donnant une représentation proportionnée à notre importance.Pendant quinze ans, le Dr Lachapelle fit partie, la plupart dw temps comme président, du Bureau Médical de la Province.Durant toute cette époque il a dirigé les destinées du Collège, d\u2019une main énergique, il lui a imprimé une direction vers le progrès, et toujours il a tenu haut et ferme le drapeau de notre autonomie.Auprès de nos compatriotes anglais, il s\u2019est toujours montré le fier représentant de sa race; il a rencontré chez eux le respect et la considération qu\u2019ils ne manquent jamais de professer pour ces lutteurs qui revendiquent fermement leur droit et qui ne reculent pas devan* l\u2019obstacle.i 456 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Par la force de sa logique et par la courtoisie de ses procédés, il sut se faire des amis de ses plus redoutables adversaires, Son prestige en a fait le trait d\u2019union entre les médecins de langue anglaise et ceux de langue française, et ces derniers lui sont redevables d\u2019une partie de l\u2019influence dont ils jouissent à présent.La question du Conseil Fédéral qui avait cessé d\u2019attirer l\u2019attention, devait revenir: êlle revint.Cette fois le professeur E.-P.Lachapelle était lun des artisans de la loi modifiée.{ Il eut la satisfaction de constater que notre collège était devenu assez puissant pour faire adopter des conditions qui garantissent tous nos droits.Il fut le premier représentant de la Faculté de Médecine de l\u2019Université Laval dans ce Conseil Fédéral pour lequel il avait travaillé et qu\u2019il en ait enfin réussi à faire établir sur des bases équitables.fe ue we i a L\u2019année 1885 fut une année sombre pour Montréal.Une épidémie de variole sévissait dans toute la province et causait dans les villes surtout des ravages énormes.Le professeur E.-P.Lachapelle qui, à cette époque, était parvenu à une position éminente, employa toute son influence pour combattre les préjugés contre la vaccination ; 11 fit une campagne des plus utiles et de concert avec le profes seur Hingston, il prit une large part à l\u2019organisation.L\u2019épidémie fut jugulée; mais instruit par l\u2019expérience de la nécessité de toujours être prêt à parer les éventualités, il prit l\u2019initiative de la création d\u2019un bureau permanent avec juridiction sur toutes les municipalités de la Province.C\u2019est ainsi que fut créé, en 1887, le Conseil Supérieur d\u2019Hygiène de la Province, dont il a toujours été le président jusqu\u2019à sa mort.Cette oeuvre est-elle suffisamment connue ?Réalise-t-on ce qu\u2019ont produit les conférences publiques, aujourd\u2019hui établies partout?les recherches scientifiques sur l\u2019étiologie, la marche et les suites des maladies contagieuses qui sévissent parfois dans le pays?Est-on bien au courant des méthodes efficaces et rapides, employées par le Conseil, non seulement pour prév enir, mais encore pour juger la contagion et les épidémies ?Au fur et à mesure de leur développement, le professeur Lachapelle a suivi les progrès de l\u2019Hygiène pratique et 11 s\u2019est constamment fait un devoir d'en faire l\u2019application dans l\u2019intérêt de nos populations. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 457 Qualité toujours rare chez un homme d\u2019action, il sut s\u2019entourer, soit pour faire des recherches scientifiques ou statistiques, soit pour donner des conférences, soit pour rédiger les lois ou pour les mettre à exécution, d\u2019un personnel de collègues d\u2019une valeur indiscutable.(C\u2019est sans doute en partie pourquoi, avec des ressources restreintes, il sut toujours faire face aux situations les plus difficiles.Dans la direction scientifique du Conseil, il s\u2019est montré observateur froid et rigoureux, serupuleux des lois de la logique, modéré dans ses jugements.{ Parmi les nouvelles acquisitions apportées sans cesse au domaine commun, il a su faire la part de ce qui est bon et de ce qui est dou- tcux ou faux, et il a donné comme base à son service des notions scientifiques, quelques-unes nouvelles, mais toutes solidement établies.La loi de la santé publique de la Province de Québec est une des plus justes et des plus efficaces que l\u2019on rencontre.D\u2019autres oeuvres d'hygiène occupèrent son activité: il prit part à la fondation de la Ligue anti-tuberculeuse de Montréal et il fut l\u2019un des membres les plus dévoués du Conseil d\u2019administration du Royal Edward Institute.fe oe oe Le nom de Emmanuel Persillier Lachapelle est trop étroitement lié à la fondation de l\u2019Université Laval, à Montréal pour que nous nous vornions à le rappeler d\u2019une façon générale.Nous touchons, ici, une des périodes les plus troublées de l\u2019histoire de l\u2019enseignement supérieur dans la Province de Québec; période que nous n\u2019oserions rappeler, si le recul du temps, en apaisant l\u2019âpreté des luttes, ne nous montrait la valeur indiscutable de l\u2019homme et le patriotisme sincère de ceux qui de part et d\u2019autre jouèrent un rôle sur la scène de cette époque.Ce que la classe instruite voulait alors c\u2019était la fondation d\u2019une université catholique, à Montréal.Malheureusement la population n\u2019était pas suffisamment nombreuse, ni assez riche pour maintenir deux Universités, À Québec, Laval n\u2019était pour ainsi dire encore qu\u2019à ses débuts, son existence n\u2019était pas assurée d\u2019une manière certaine.Il eût été imprudent de fonder, à ses côtés, une institution qui efit .été un obstacle à son développement.Par ailleurs, la chaire de Rome avait désapprouvé l\u2019affiliation des écoles catholiques à des universités protestantes.Or c\u2019était la position qu\u2019occupait l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal. L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA Il serait injuste de contester les mérites de l\u2019ancienne Ecole de- Médecine.Dans des temps pénibles, alors que nous n\u2019avions aucune relation avec la France, qu\u2019il ne se faisait au pays aucune importation de littérature médicale française, elle a formé des hommes qui ont été l\u2019honneur de la profession non seulement au Canada, mais encore à l'étranger.Des circonstances difficiles l\u2019avaient forcé de s\u2019affilier à l\u2019université protestante Victoria de Cobourg, dont elle\u2019 n\u2019eut toujours, du reste, qu\u2019à se louer.Du moment qu\u2019il devint évident que les chances d\u2019une université autonome à Montréal devenaient de plus en plus problématiques ; quand un décret papal eut défendu formellement l\u2019affiliation d\u2019écoles professionnelles catholiques à des universités d\u2019autres croyances, le Docteur E.Persilier Lachapelle, avec la sûreté de son coup \u2018d\u2019oeil, vit qu\u2019il n\u2019y avait qu\u2019un moyen de conserver à Montréal, nos institutions catholiques et même de préparer pour des temps plus heureux, leur autonomie future: ce moyen c\u2019était de joindre leur sort à celui de l\u2019Université Laval.Un seul chemin pouvait conduire au but et il le proposa résolument à ses collègues.Au début, le plus grand nombre l\u2019approuvèrent ; plus tard, quelques-uns, espérant contre toute possibilité, revinrent à leur première idée d\u2019obtenir, dès lors, une université libre.Au fond, tous les hommes étaient mûs par un même patriotisme- et un même dévouement à la science.Là où commencaient les divergences d\u2019opinions, c\u2019était sur le mode d\u2019action le plus efficace de rendre service à la cause commune de l\u2019éducation.Le Dr E.Persilier Lachapelle déploya, pendant toute cette période agitée, un talent d\u2019organisation et une finesse diplomatique hors ligne.Il écrivit peu sur la question.Pour cet homme d\u2019action, le temps était un élément trop précieux pour qu\u2019on en fit une dépense qu\u2019il jugeait inutile.Il avait vu le but à atteindre.Que fallait-il de plus?\u2018Avec le concours des professeurs qui partageaient ses vues, il se mit résolument à l\u2019oeuvre, et, détail piquant, pendant qu\u2019amis et adversaires, entassaient mémoires sur mémoires, en pleine polémique, grâce à son énergique initiative, en septembre 1879, la faculté de Médecine de l\u2019Université Laval ouvrait ses portes à Montréal.Le personnel enseignant était réellement remarquable.Aux côtés du Professeur Rottot, qui avait été nommé doyen, siégeaient le Dr L'UNION MÉDICALE DU CANADA 459: E.-P.Lachapelle, secrétaire et professeur de physiologie ; les Professeurs Laramée, Dagenais, Lamarche, Ricard, Brosseau, de l\u2019ancienne école.A eux était venue s\u2019adjoindre toute une pléiade de médecing plus jeuens, dont quelques-uns avaient étudié en Europe, et apportaient à l\u2019Université les lumières de la science françaie : S.Lachapelle, Desrosiers, Berthelot, Lafond, Duval, Filiatrault, et Foucher, qui reste- aujourd\u2019hui le seul survivant de cette génération.Les luttes ne s\u2019apaisérent pas immédiatement.Les deux écoles désormais rivales coexistèrent jusqu\u2019en 1891.Cette année vit le terme de cette dissension où des hommes remarquables avaient mis le meilleur de leur talent: les deux Ecoles s\u2019unirent définitivement.La vieille garde, D\u2019Orsonnens, Hingston, Desjardins, l\u2019honorable- sénateur Paquette, Durocher, Demers, Brunelle, Migneault, Guérin vinrent apporter l\u2019appui de leur expérience et le poids de leur personnalité aux forces de la nouvelle faculté.Dans cette fusion, l\u2019Ecole de Médecine ne disparut pas.Elle contribua loyalement de tout ce que l'expérience lui avait appris et de tous les privilèges que lui avaient accordés une charte très libérale.On ne pouvait terminer plus dignement, et rallier dans un ensemble plus harmonieux les forces de la profession médicale.Telle fut loeuvre à laquelle le nom du Professeur E.-P.Lachapelle restera désormais attaché aux yeux de l\u2019histoire.Cette réunion sous une même direction, d\u2019écoles isolées, fit évidemment faire à l\u2019éducation supérieure un grand pas vers le progrès et le Professeur E.-P.Lachapelle a véeu assez longtemps pour en être le témoin.Il avait cependant une ambition plus haute: il avait rêvé que ce groupement, devenu fort et puissant à Montréal, pourrait un jour, prendre lui-même en main la direction de ses destinées.Il nous a quittés sans en avoir vu l\u2019accomplissement.Comme Je législateur des temps bibliques, est-il venu mourir à l\u2019entrée de la terre promise où il avait guidé son peuple?En 1912, le Professeur E.-P.Lachapeille fut choisi comme doyen de la Faculté de Médecine et il occupa cette charge jusqu\u2019à sa mort.Le décanat dans nos facultés n\u2019est pas simplement un poste d\u2018honmeur: c\u2019est une lourde charge. L'UNION MÉDICALE DU CANADA Dans la phase d\u2019organisation que nous n\u2019avons pas encore fini de traverser, il faut à ce poste des hommes de caractère, des organisateurs, qui soient en même temps des hommes d\u2019études, Avec des ressources limitées notre regretté doyen avait l\u2019ambition de faire beaucoup.\u201cNos universités catholiques, répétait-il souvent, n\u2019ont pas de but qui leur soit plus cher que de former et de grossir l\u2019armée des travailleurs de la science moderne\u201d.Il était convaineu que chaque peuple a son génie particulier et que les universités doivent s'organiser selon le génie du peuple qu\u2019elles représentent.Aussi toutes ses réformes sont-elles marquées au coin du génie de la race française.Il résolut ce grand problème de toutes les époques: suivre avec un même zèle la tradition et le progrès.À la faculté, nous l\u2019aimions d\u2019une affection respectueuse, il incarnait la raison et le calme, la possession de soi-même et la notion réfléchie du devoir.L\u2019Hôpital Notre-Dame fut fondé l\u2019année qui suivit l\u2019établissement de l\u2019Université, à Montréal.On peut dire que c\u2019est l\u2019oeuvre à jaquelle le Dr Lachapelle a donné tout son coeur.Depuis que l\u2019Hôtel-Dieu avait été reconstruit dans son site actuel, loin des quartiers populeux du centre, un hôpital dans cette partie de la ville était devenu un besoin urgent.À! ce moment, il vit quelle importance une telle institution pourrait avoir non seulement au point de vue philanthropique, mais encore pour l\u2019enseignement.Un petit groupe de médecins, les professeurs Rottot, Lachapelle, Laramée, Brosseau, Dagenais, Desrosiers, Foucher aidés de deux philanthropes de notre race, dont le nom mérite d\u2019être conservé, E.A.Généreux et C.P.Hébert se mirent à la tête du mouvement.Ils furent puissamment aidés par l\u2019abbé Rousselot et par les Messieurs de St-Sulpice qui, depuis sa fondation, ont toujours continué leur générosité envers l\u2019Hôpital.Presque au début, le Dr Lachapelle prit en main l\u2019administration du nouvel Hôpital.Il en surveilla les intérêts avec un soin jaloux, il administra ses finances avec prudence et économie; il s\u2019ingénia à lui créer, soit par la charité publique, soit par des dotations, des revenus suffisants.Le professeur Sir Wm.Osler a fait la remarque, que dans les institutions hospitalières où ne se donne \u2018pas d'enseignement clinique, L'UNION MÉDICALE DU CANADA 461 les diagnostics et les traitements sont rarement à la hauteur du progrès moderne.On n\u2019y rencontre pas généralement le même intérêt, la même étude complète des cas, et des particularités du traitement.L\u2019ambition du Dr Lachapelle était de faire de l\u2019Hôpital Notre- Dame un centre d\u2019étude: il voulait que les malades pussent bénéficier de tous les progrès de la science.Grâce à son administration, l\u2019Hôpital Notre-Dame possède au- jourd\u2019hui des laboratoires bien outillés, des salles d\u2019opération moder- ues, des services de médecine, \u2018de chirurgie, de gynécologie, d\u2019ophtalmologie, d\u2019électrothérapie qui ne le cèdent à aucun hôpital en ce pays.Comme surintendant, médecin, président dw conseil d\u2019administration, le Dr Lachapelle déploya, au service des malades, à l\u2019amélioration de l\u2019enseignement clinique, à la direction générale de cette oeuvre, ses solides capacités administratives et son dévouement inlassable.L\u2019Hôpital Notre-Dame est devenu une oeuvre nationale et on ne concevrait pas aujourd\u2019hui la population canadienne-française sans lui.Re ww On ne lui ménagea pas les honneurs.En 1887, la Société 'St-Jean-Baptiste l\u2019élisait président général.En 1894, il était nommé président de l\u2019American Publie Health Association.Deux ans plus tard, il fut choisi pour représenter le Canada, au Congrès de Médecine de Mexico, ét au Congrès International de Médecine, à Paris, en 1900.Au Congrès International de la tuberculose, en 1908, il était l\u2019un des délégués officiels du Canada.En reconnaissance de ses services à ses concitoyens, l\u2019Université McGill lui conféra le titre honorifique de Docteur en Médecine.En 1898, le gouvernement français le créa Chevalier de la Légion d\u2019Honneur.L\u2019oeuvre du Dr E.-P.Lachapelle n\u2019a pas été seulement médicale et philanthropique, Il s\u2019est aussi occupé de finance.Il fut l\u2019un des directeurs du Crédit-Foncier au Canada; organisateur et président de la Caisse d\u2019Administration Générale; censeur de la banque Provinciale du Canada.De 1910 à 1914, il fut contrôleur de la Ville: les citoyens de Montréal bénéficièrent de son intégrité, de son expérience et de son habileté administrative. L'UNION MÉDICALE DU CANADA En politique le Dr E.-P.Lachapelle avait toujours été libéral.Son parti se serait honoré en l\u2019appelant au Sénat et c\u2019est une source de regret pour ses concitoyens que les exigences de la politique ne lui aient pas permis d\u2019y siéger.Là, sur un théâtre plus vaste, un homme de sa valeur et de son caractère eut pu rendre à son pays les plus grands services.Nous venons, au nom de la profession, avec les sentiments d\u2019une douleur profonde, déposer sur sa tombe, à peine fermée, le tribut de nos regrets, de notre profond respect et de notre vive reconnaissance.L.E.FORTIER. ai 7 Ca JO LE PROFESSEUR LOUIS DE LOTBINIERE HARWOOD.Doyen de la Faculté de Médecine Laval, à Montréal.Photo Dupras-Colas NOUVELLE LE NOUVEAU DOYEN DE LA FACULTE DE MEDECINE, LE PROFESSEUR LOUIS DE LOTBINIERE HARWUOD.À l\u2019unanimité, les membres du Conseil ont élu le professeur Louis de Lotbinière Harwood, doyen de la Faculté de Mèdecine pour succéder au regretté docteur Lachapelle, décédé récemment.Un tel accord, pour désigner un successeur à «ce poste si honorable et pourtant si périlleux en ce moment, prouve, mieux qu\u2019un long \u2018discours, que le nouveau titulaire réunit la somme des qualités re- quiises pour occuper avec autorité le fauteuil de la présidence, à savoir: une éducation soignée, une instruction solide, et une réputation sans cesse grandissante de citoyen honorable et de chirurgien habile.Les uns\u2014qui ne le fréquentent guère\u2014s\u2019étonneront peut-être de l\u2019avancement rapide et sûr de notre nouveau doyen, mais les autres \u2014 les intimes \u2014 savent qu\u2019il le mérite car il est, seul, l\u2019artisan de sa carrière déjà bien remplie et encore inachevée.Il est de ceux qui organisent l\u2019avenir dans le présent en le fortifiant de toutes les collaborations utiles empruntées aux milieux les plus divers et qui s\u2019offrent avec complaisance au \u201cpassant\u201d averti qui sait les distinguer.(Pest ainsi que l\u2019intelligence devance le hasard et que la clairvoyance écarte le fatalisme, cette plaie de nos classes dirigeantes qui croient dans les décrets insondables des lendemains, et qui se réfugient dans \u2018\u201cl\u2019à quoi bon\u201d plutôt que de réagir par un effort individuel ou collectif contre les abus de toutes sortes et les préjugés du temps.Il y a, là, croyons-nous, une erreur à dissiper, une opinion à redresser.\u2014 Notre nouveau doyen pense ainsi, sa carrière le démontre.\u2018Amcien interne à lhôpital Notre-Dame, il y apprit de bonne heure la leçon du pauvre qui l\u2019aimait à cause de sa bienveillance, et il connut le prestige du riche, qui de recherchait et le retint à cause de son nom historique et de son charme très-personnel.Noblesse oblige, il rendit les armes.Tl aurait pu, à ce moment, vivre magnifiquement en marge de la médecine dont il connaissait déjà les alléchantes promesses, et 464 L'UNION MÉDICALE DU CANADA fréquenter en dilettante les salons du \u201cmonde où l\u2019on s\u2019amuse\u201d, mais il n\u2019écouta guère ses appels réitérés.Fidèle à ses convictions, il revint à sa médecine avec une ardeur et une ambition nouvelles, et il opta d\u2019emrblée pour le travail contre le farniente monotone et stérile des cercles où l\u2019on s\u2019ennuie, lorsqu\u2019on s\u2019y égare.Ses débuts sont donc heureux, il nous donne, en cette occasion, une belle leçon d\u2019énergie.Il s\u2019embarque pour Paris, afin d\u2019étudier la gynécologie d\u2019une manière spéciale et exclusive.Après un séjour de deux années chez son vénéré maître Pozzi\u2014qui vient de tomber sdus la balle meurtrière d\u2019un client reconnaissant \u2014 il revient à Montréal où il entre .à l'hôpital Notre-Dame comme assistant du professeur Brennan a la clinique gynécologique.À la mort de celui-ci, la Faculté le désigne pour occuper la chaire vacante.En 1906, il devient surintendant de l\u2019Hôpital Notre-Dame et de Hopital St-Paul: deux postes onéreux qu\u2019il occupe encore aujour- d\u2019hui à la satisfaction de tous et au grand bénéfice de l\u2019hôpital.C\u2019est là que, depuis treize ans, il dépense ses énergies afin de promouvoir les intérêts de la Maison et d\u2019entretenir de bons rapports entre les médecins, les religieuses et le public réciproquement.Il a mris une part active dans Jes deux campagnes de souscriptions publiques qui ont rapporté des sommes importantes au fonds de secours.À la même date il devenait président du bureau médical de l\u2019Hôpital Notre-Dame.Il a été constamment réélu depuis.En 1916, lorsqu\u2019il s\u2019est agi de fonder d'hôpital militaire Laval, il eccepta la présidence du comité général chargé de recueillir des fonds et de solliciter des adhésions sérieuses qui mussent en assurer le succès.Il fit alors des démarches nombreuses et souvent peu agréables Bref, la critique désarma bientôt en face des résultats acquis.L\u2019Ho- pital Laval avait groupé des hommes sur qui l\u2019Université pouvait compter pour faire honneur à son nom là-bas.Le Gouvernement Français en a reconnu l\u2019importance et l\u2019utilité en décorant le directeur, qui le méritait assurément.Nous supposons que la décoration des civils, au Canada, par les Gouvernements étrangers et aussi une oeuvre d\u2019après-guerre!.Notre nouveau doyen attendra, car il la mérite pour l\u2019initiative qu\u2019il a prise dans l\u2019organisation de cet hôpital militaire.\u2014 Es, + +4 reve \u2014y L'UNION MÉDICALE DU CANADA 465 En 1911, il était élu membre du Conseil de la Faculté de Médecine en remplacement du professeur Lamarche.Le professeur Harwood est un gynécologue d\u2019une grande maîtrise à cause de ses études, qu\u2019il poursuit constamment, et de sa longue expérience acquise tant à l\u2019hôpital que dans son cabinet particulier, toujours très achalandé.C\u2019est, avant tout, un chirurgien conservateur.Son diagnostic est sûr, sa méthode opératoire rapide et savante.Comme professeur, il est aimé de ses élèves pour sa clarté et son élocution facile.Il dirige son enseignement dans le but de faire, de chacun d'eux, non pas des spécialistes, mais plutôt des médecins avertis qui sachent prévoir une complication, un danger possible et les prévenir par un bon conseil.Son élection comme doyen ouvre une voie nouvelle à son activité.La présidence du Cionseil n\u2019est plus une sinécure.La médecine a marché depuis vingt ans.\u2018Chaque jour, elle franchit des étapes stupéfiantes.La Faculté de Médecine doit suivre le mouvement pas à pas.L\u2019enseignement en est la pierre de touche.Les forces vives d\u2019une université sont ses professeurs.C\u2019est au doyen qu\u2019il appartinet de faire, chaque année, l\u2019inventaire des méthodes d\u2019enseignement et des résultats acquis.Les élèves ont aussi des devoirs importants à remplir.On ne peut concevoir la vie universitaire sans ordre.La tête doit diriger les membres.La jeunesse ne doit pas poursuivre des études sérieuses, comme celle de la médecine, à la façon des coursiers sur un champ de steeple-chase: le plus rapide et le premier au but.L\u2019assiduité aux cours est nécessaire; un séjour prolongé et méthodique dans les salles de nécropsie et dans les laboratoires est indispensable si l\u2019on veut résoudre les problèmes sur lesquels on a longuement médité dans les salles de cliniques, et leur ambition ne doit pas se résumer dans le seul programme des vacances à outrance.On doit les persuader qu\u2019un contact ininterrompu avec les malades est nécessaire pour suivre l\u2019évolution des symptômes et en retenir la véritable signification.De temps à autre une révision des programmes d\u2019études s\u2019impose à cause de l\u2019évolution incessante des sciences médicales.Les professeurs ont done le devoir d\u2019échanger fréquemment leurs vues sur une foule de questions importantes, ils doivent se réunir sou- veut, fréquenter les congrès étrangers et, si possible, faire des séjours répétés dans les cliniques des grands pays. - 466 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Seule une organisation universitaire est en mesure de pourvoir à l\u2019exécution d\u2019un tel programme.L'initiative personnelle devient trop onéreuse.Toutes ces questions relèvent de la haute initiative du doyen et s\u2019imposent à son attention.Il pourra s\u2019inspirer d\u2019une pensée de Fournière dans son Essai sur l\u2019individualisme, et l\u2019inscrire en marge des nouvelles délibérations du Conseil, car il est des universités comme des individus: \u201cL\u2019individu le plus complet, le plus libre, dit-il, n\u2019est pas celui qui s\u2019enferme dans sa masure et y crève de faim et d\u2019ennui, mais celui qui passe sa vie sur le marché, donnant ce qu\u2019il a, recevant ce qui lui manque car il n\u2019existe pas plus d\u2019individus hors de la suciété pouvant se passer d\u2019elle et réalisant l\u2019individualisme absolu, qu\u2019il n\u2019existe de société sans individu\u201d.\u2014Le doyen d\u2019une faculté de médecine me fait songer au semeur qui regarde monter les blés.Il savoure à chaque instant le plaisir qu\u2019il aura d\u2019en lier les nombreux épis en gerbes fécondes d\u2019où il tirera le délicieux froment.Notre nouveau doyen est très lient, nous aurons de belles gerbes.ALBERT LESAGE. L'UNION MÉDICALE DU CANADA Le Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec A notre Bureau, jeudi, le 15 août 1918, a eu lieu la présentation des candidats au poste de gouverneurs du Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec, pour la période 1918-1922.Ont été déclarés élus unanimement : MM.les docteurs: J.-A.MacDonald, Montréal E.-G.Asselin, Montréal J.-U.Archambault, Hull Albert Laurendeau, St-Gabriel-de- Brandon Ls-Ph.Normand, Trois-Riviéres Edmond Savard, Chicoutimi Arthur Simard, Québec J.-E.Bélanger, Lévis Narcisse Cantin, Beauce H.Pontbriand, Sorel J.-M.Longtin, Laprairie Alex.Saint-Pierre, Montréal R.Boulet, Montréal Dans cinq districts électoraux sur dix-huit il y a contestation.Le vote secret sera dépouillé, en notre Bureau, le premier mercredi de septembre 1918, à 5 heures du soir, Les examens préliminaires pour l\u2019étude de la médecine auront lieu mardi et mercredi, les 3 et 4 septembre prochain, à l\u2019Université Laval de Québec.Tous les gouverneurs élus ou qui le seront, sont notifiés par le présent avis de vouloir bien se rendre à l\u2019Hôtel du Gouvernement à Québec, mardi, le 24 septembre 1918, pour entendre la proclamation des élus et choisir les officiers du Bureau pour le terme 1918-1922.Dans l'après-midi du mardi 24 septembre 1918, aura lieu, au même endroit, la réunion du Comité des créances.Au même endroit, mercredi, le 25 septembre 1918, à 10 heures du matin, aura lieu la réunion annuelle des Gouverneurs du Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec.(Par ordre) Le REGISTRAIRE du C.M.et C.P.Q.Dr JOSEPH GAUVREAU 468 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Le prodige Monsieur Rondon avait un oeil de verre, Et chaque nuit, pour le bien ménager, Dans un godet, en belle eau de rivière, Jusqu\u2019au matin il le laissait plonger.Or il advint, si l\u2019on en croit Phistoire, Qu\u2019un soir mon borgne, au gosier toujours sec, Sans y penser, étourdiment, va boire L\u2019eau du godet, et voire d'oeil avec.Par quel chemin et de quelle manière L?oeil, en glissant de travers ou tout droit, Comme un bouton dans une boutonnière, Se nicha-t-il juste en certain endroit ?Je n\u2019en sais rien, mais cela se conçoit.On conçoit bien aussi que la colique Suivit de près cet accident comique, Et que Rondon, souffrant comme un damné, Jetait des cris, appelait à son aide.\u201cJe meurs! Dubois, cours chez monsieur René.\u201cCours, et dis-lui qu\u2019il m\u2019apporte un remède !\u201d Seringue en main, lunettes sur le nez, Voyez d\u2019ici ce bon pharnracopole Agenouillé, sans se douter de rien, Puis, découvrant ce que vous savez bien, S\u2019arrêter net et perdre la parole.\u201c\u2014 Monsieur, lui dit le malade aux abois, - \u201cQu\u2019avez-vous donc à tant rester en garde?\u201c\u2014 Monsieur, depuis cinquante ans que j\u2019en vois, \u201cC\u2019est le premier qui me regarde !\u201d Pons de Verdun, 1778."]
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