Québec science, 1 janvier 2022, Septembre
[" QUEBEC SCIENCE Insaisissable énergie noire + Comment traquer cette force étrange qui domine l\u2019Univers?Zoom sur les dinosaures polaires ADN : nouvel élan pour la généalogie SEPTEMBRE 2022 F o ndé e n 1962 \u2022 Fondé en 1962 \u2022 Fo n d é e n 1 9 6 2 \u2022 F o n d é e n 1 9 6 2 \u2022 F o ndé e n 1962 \u2022 Fondé en 1962 \u2022 Fo n d é e n 1 9 6 2 \u2022 F o n d é e n 1 9 6 2 \u2022 60 ans QUEBEC SCIENCE dès le 14 septembre les mercredis à 22 h à la télé et sur le web www.savoir.media la fabuleuse histoire des sciences au Québec © Archives Université de Montréal C2_03-05_SOMMAIRE E?DITO_BABILLARD_QS_2023.indd 2 ? ILLUSTRATION DE LA COUVERTURE : SHUTTERSTOCK.COM SOMMAIRE 12 6 P.Q U É B E C S C I E N C E S U R L E V I F P.50 Chercheuse en vedette Marie-Laurence Lemay, la dompteuse de phages SEPTEMBRE 2022 6 Cabinet des curiosités L\u2019habit ne fait pas le moine, mais il révèle les secrets de nos ancêtres.8 Un inventaire des semences d\u2019antan Les collections des banques de semences sont-elles complètes ?10 La revanche des nerds Les sciences de la nature sont de plus en plus populaires au cégep.11 Crypto-Bismol Des techniques de microscopie lèvent le voile sur le célèbre liquide rose.14 Et si l\u2019on abaissait l\u2019âge du droit de vote ?Les jeunes de 16 et 17 ans votent dans plusieurs pays.Une bonne idée ?La mystérieuse énergie noire est traquée par de nouveaux instruments.REPORTAGES 18 Un sous-marin à l\u2019hôpital Des chercheurs se penchent sur les vertus de la médecine hyperbare.22 Les dinosaures polaires De plus en plus de fossiles de dinosaures sont trouvés près des pôles Nord et Sud.26 La recherche top secrète Le Québec abrite le plus grand centre de recherche pour la défense du Canada.38 Fracasser le mur du temps grâce à l\u2019ADN Les tests génétiques mènent à des découvertes généalogiques inédites.44 Une place au soleil Des chercheuses autochtones du Mexique renversent les stéréotypes.Le côté obscur de la force 4 Édito par Mélissa Guillemette Les premiers de classe 5 Babillard | 9 Carnet de santé Par la Dre Alexandra S.Arbour | 11 Technopop Par Gabrielle Anctil | 12 Polémique Par Jean-François Cliche | 52 Culture Par Émilie Folie- Boivin | 54 Rétroviseur Par Saturnome E N C O U V E R T U R E SEPTEMBRE 2022 | QUÉBEC SCIENCE 3 P.32 C2_03-05_SOMMAIRE E?DITO_BABILLARD_QS_2023.indd 3 ? Éditorial MÉLISSA GUILLEMETTE @mguillemett 4 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2022 Les premiers de classe D eux personnes se présentent en même temps au quai surplombant un m a g n i f i q u e récif de corail.Pour l\u2019explorer à sa guise, chacune loue un équipement complet.La première a grandi dans une famille de plongeurs, l\u2019autre n\u2019a vu de bouteilles d\u2019air comprimé que dans les films.Selon vous, qui a le plus de chances de se sentir comme un poisson dans l\u2019eau ?De se rendre le plus loin ?La réponse est évidente.Ce qui est moins connu, c\u2019est que cette métaphore vaut aussi pour le milieu de la recherche.À chaque rentrée scolaire, des étudiantes et étudiants dits « de première génération » commencent leur parcours aux études supérieures.Leurs parents n\u2019ont été ni au cégep ni à l\u2019université, mais qu\u2019importe : ces jeunes font leur propre chemin ! Un chemin qui ne sera pas toujours de tout repos.Car être une recrue de première génération, c\u2019est souvent éprouver à la fois de la fierté et de la honte.C\u2019est être fier de la route parcourue et honteux de ne pas avoir un bagage semblable au reste de la classe.Des travaux québécois datant de 2012 parlent même d\u2019un « choc culturel », un peu comme celui qu\u2019on peut vivre lors d\u2019un voyage dans un pays très différent du sien.« J\u2019ai du mal à entrer en relation avec les autres.On me dit que les autres me perçoivent comme quelqu\u2019un de bizarre.Je détonne », a confié l\u2019une d\u2019elles à l\u2019occasion d\u2019un sondage mené par l\u2019Université McGill il y a quelques années.Ce sentiment explique peut-être que ces individus se tournent moins facilement vers leurs professeurs et leurs pairs pour surmonter les défis scolaires, a mis en lumière une revue de la littérature parue en 2020 dans le journal scientifique Review of Educational Research.Ils vont plutôt tenter de résoudre leurs difÏcultés de façon indépendante, avec l\u2019aide d\u2019Internet.Ils se sentent les seuls responsables de leurs apprentissages, alors qu\u2019il faut tout un village pour obtenir un diplôme d\u2019études collégiales, un baccalauréat, une maîtrise, un doctorat.Être étudiant ou étudiante de première génération, c\u2019est également se sentir tout à la fois capable et coupable.« Capable », car ils n\u2019ont pas volé leur place, « coupable » parce qu\u2019ils ne peuvent contribuer au revenu de la famille pendant leur formation ou parce que leur parcours paraît étrange aux yeux de leurs parents.Cela ne signifie pas que ces parents découragent leurs rejetons dans leurs études, attention ! Une autre enquête, réalisée dans des facultés américaines de génie et publiée il y a deux ans dans l\u2019International Journal of STEM Education, a montré que la population étudiante dans son ensemble mentionne l\u2019importance du soutien familial.C\u2019est le soutien procuré qui varie : les premières générations bénéficient d\u2019un soutien affectif lors de leur choix de programme, puis d\u2019encouragements pendant les semestres.Leurs collègues dont les parents avaient fait des études supérieures ont reçu plus d\u2019informations relatives à leur domaine d\u2019études pour effectuer leur choix de programme, en plus du soutien affectif pendant les études.Sur Twitter, on célèbre désormais cette identité de première génération par le mot- clic #firstgen.Des étudiants et étudiantes, des personnes nouvellement diplômées, des membres du corps professoral partagent leurs bons coups, encouragent leurs semblables et revendiquent leur différence.Tant mieux ! Le meilleur antidote à la honte est la solidarité.La recherche en éducation commence d\u2019ailleurs à renverser son approche.Si l\u2019on présentait traditionnellement les premières générations comme ayant un déficit à combler, on tente désormais de voir ce qu\u2019elles apportent au monde de l\u2019éducation et de la recherche ou de déterminer comment le milieu universitaire peut s\u2019adapter à ces personnes plutôt que l\u2019inverse.Enfin ! Des ressources existent pour les premières générations dans certains établissements.À l\u2019Université de Montréal, la Bourse d\u2019accessibilité Daniel Jutras, d\u2019une valeur de 3 000 $, leur est réservée, tandis que le groupe de soutien 1st Up met des pairs en relation à l\u2019Université McGill.Encore faut-il que l\u2019information leur parvienne.Mon souhait est que tous ceux et celles à qui leurs parents ont passé le flambeau soient attentifs aux besoins des nouvelles et nouveaux venus en cette rentrée scolaire 2022.Tendez-leur la main sans attendre.Ils sont nombreux.En 2017, ils comptaient pour 59 % de l\u2019effectif étudiant dans le réseau de l\u2019Université du Québec (UQ), contre 41 % dans les autres établissements francophones et 34 % chez les anglophones.Plus on avance dans les études supérieures, moins ils sont nombreux, montre un rapport de 2019 de l\u2019UQ, signe que la recherche apparaît encore comme une chasse gardée ou, à tout le moins, comme un espace nébuleux.Alors que certaines tranches de la population perdent confiance en la science, peut-on se passer de futurs et futures scientifiques qui ont des réseaux différents, des perspectives complémentaires ?Je suis moi-même une #firstgen.Si le baccalauréat m\u2019avait permis de découvrir le monde de la recherche, qui m\u2019était inconnu, qui sait, peut-être aurais-je fait grimper les statistiques des professeures et autres chercheuses #firstgen ?J\u2019aurais probablement aimé la plongée\u2026 C2_03-05_SOMMAIRE E?DITO_BABILLARD_QS_2023.indd 4 ? Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D SEPTEMBRE 2022 | QUÉBEC SCIENCE 5 SEPTEMBRE 2022 VOLUME 61, NUMÉRO 2 Rédactrice en chef Mélissa Guillemette Rédactrice en chef adjointe Marine Corniou Journalistes Annie Labrecque, Raphaëlle Derome Collaborateurs Gabrielle Anctil, Maxime Bilodeau, Jean-François Cliche, Émilie Folie-Boivin, Damien Grapton, Rachel Hussherr, Alexandra S.Arbour, Saturnome, Emmanuelle Steels, Jean-Pierre Sylvestre Correctrices-réviseures Sophie Cazanave, Christine Dumazet Directrice artistique Natacha Vincent Photographes/illustrateurs/graphistes Françoise Abbate, François Berger, Louise Bilodeau, Audrey Desaulniers/Orcéine, Félix Guimond, Aline Legault, Christinne Muschi, Bruno Paradis, Vigg Éditeur Jean-François Rheault Vice-présidente marketing, communications et partenariats Marie-Hélène Juneau Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projets, communications marketing Maryvonne Charpentier Conseillère, relations de presse et marketing Stéphanie Couillard SERVICE AUX ABONNÉS : 514 521-8356, poste 504, ou 1 800 567-8356, poste 504 serviceclient@velo.qc.ca PUBLICITÉ : Claudine Mailloux 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Impression Solisco Distribution Messageries Dynamiques Parution : 25 août 2022 (580e numéro) Abonnement Canada, 1 an : 41 $ + taxes États-Unis, 1 an : 84 $ Outre-mer, 1 an : 126 $ Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2022 \u2013 Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514 521-8356, poste 504 1 800 567-8356, poste 504 Un changement d\u2019adresse : serviceclient@velo.qc.ca Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca Magazine Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (QC) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca BABILLARD Au sujet de notre éditorial sur l\u2019écriture inclusive, qui citait la physicienne Pauline Gagnon Et les in?rmiers ?Madame Gagnon utilise les termes « les physiciens et les physiciennes » quand elle parle.C\u2019est super correct.Mais tout le monde ne précise pas cela.Ainsi, dans le domaine de la santé, on ne parle que des infirmières, sous prétexte qu\u2019elles sont majoritaires ; pourtant, parler des infirmiers et des infirmières serait plus réaliste.?Réjean Guay Non sexiste et élégant J\u2019invite Québec Science à lire les recommandations de l\u2019OfÏce québécois de langue française (OQLF) pour une écriture non sexiste si ce n\u2019est déjà fait.L\u2019OQLF y travaille depuis 10 ans.[\u2026] L\u2019OQLF recommande de limiter l\u2019utilisation des doublets abrégés aux cas où l\u2019espace est réduit, comme dans un tableau.De plus, l\u2019OQLF insiste sur le fait que « tous les signes, excepté les signes doubles que sont les parenthèses et les crochets, entraînent des difÏcultés de rédaction, de lecture ou de compréhension ».Ce qu\u2019on appelle « écriture inclusive » semble vouloir se démarquer par l\u2019utilisation du « doublet abrégé avec point médian ».[\u2026] J\u2019enjoins à Québec Science de s\u2019élever au-dessus de la mêlée.Québec Science pourrait donner l\u2019exemple en refusant de se soumettre au conformisme ambiant et en développant un style rédactionnel à la fois non sexiste et élégant en suivant les recommandations de l\u2019OQLF.?Raymond Aubin Dans ce numéro, nous vous proposons de plonger dans la noirceur cosmique\u2026 Ma collègue Marine Corniou explique savamment ce qu\u2019est l\u2019énergie noire : « Une force étrange qui domine notre univers.» Saviez-vous qu\u2019il y a seulement cinq pour cent de matière visible dans l\u2019Univers ?Comme passionnée de la couleur, qui est au cœur de mon travail, cette donnée m\u2019a renversée ! L\u2019invisible ou l\u2019insaisissable est carrément omniprésent.Pour illustrer le sujet en page couverture, j\u2019ai choisi le noir.Toutes les autres couleurs sont des reflets de la lumière, mais lui ne fait pas partie du spectre visible des couleurs ; il est absence de lumière.Bonne lecture, à travers les nuances de noir du cosmos.?Natacha Vincent, directrice artistique NOTRE COUVERTURE MARINE EN COLOMBIE Notre journaliste Marine Corniou a remporté une bourse du Fonds québécois en journalisme international.Elle aura bientôt l\u2019occasion d\u2019aller en Colombie pour réaliser un reportage qui sera ensuite publié dans le magazine.À suivre ! BIENVENUE À BORD ! Notre nouvelle chroniqueuse Technopop est Gabrielle Anctil.Cette ancienne travailleuse des technologies convertie en journaliste est une référence en la matière.Elle travaille notamment pour les émissions Moteur de recherche et En ligne.Elle a ce talent pour dénicher les sujets les plus originaux et un regard critique et sensible sur les effets des technologies sur la société.N\u2019hésitez pas à communiquer avec elle si des enjeux précis vous intéressent : technopop@quebecscience.qc.ca ! QUEBEC SCIENCE Insaisissable énergie noire + Comment traquer cette force étrange qui domine l\u2019Univers?Zoom sur les dinosaures polaires ADN : nouvel élan pour la généalogie SEPTEMBRE 2022 Fondé en 1962 ?Fondé en 1962 ?F o n d é e n 1 9 6 2 ?F o n d é e n 1 9 6 2 ?Fondé en 1962 ?Fondé en 1962 ?F o n d é e n 1 9 6 2 ?F o n d é e n 1 9 6 2 ?60 ans QUEBEC SCIENCE COURRIER DES LECTEURS C2_03-05_SOMMAIRE E?DITO_BABILLARD_QS_2023.indd 5 ? CABINET DES CURIOSITÉS À lire sur notre site Web : « L\u2019agriculture est née pour habiller les humains, pas pour les nourrir » D es peaux de bête au chandail bedaine, les vêtements ont toujours occupé une place centrale dans toutes les sociétés, protégeant nos corps glabres du froid, du soleil et de la rudesse de la vie.Loin de n\u2019être que fonctionnelle, la tenue vestimentaire joue mille rôles : parure, symbole d\u2019appartenance, indicateur de statut et de fonction, signe politique ou religieux, accessoire de transgression sociale\u2026 De plus, l\u2019histoire de notre garde-robe est étroitement associée aux découvertes (vers à soie, teintures), aux progrès techniques (rouet, métier à tisser) et chimiques (polyester, élasthanne).Quoi de mieux, donc, que les vieux bas, les fonds de pantalons et les robes démodées pour raconter une époque passée ?Hélas, les vieux vêtements se conservent horriblement mal ! Pour se ?gurer la mode d\u2019antan, les archéologues doivent généralement se contenter de dessins, de textes ou de témoins indirects, comme les nombreuses aiguilles retrouvées sur des sites préhistoriques.Ou encore de traces de pieds chaussés de mocassins datant de 30 000 ans, découvertes il y a peu dans la grotte de Cussac, en France.En 2021, on a aussi mis au jour dans une grotte marocaine 62 outils en os permettant de racler des peaux ; ils auraient entre 90 000 et 120 000 ans, ce qui en fait les plus anciennes preuves d\u2019une activité de tannage chez Homo sapiens.Mais ce sont surtout les textiles tissés ou tricotés, rarement préservés, qui captivent les archéologues.Ils témoignent d\u2019un savoir-faire complexe et d\u2019une utilisation créative des ressources.L\u2019habileté à entortiller des ?bres pour en faire des ?ls remonte à loin : une étude portant sur des ?bres d\u2019écorce, publiée en 2020 dans Scienti?c Reports, laisse entendre que les Néandertaliens maîtrisaient la technique, probablement pour fabriquer cordes et paniers.BOUTS DE CHIFFONS Le record du plus vieux tissu est toutefois détenu par une étoffe trouvée dans les années 1960 à Çatalhöyük, un site néolithique turc considéré comme la première ville du monde.« Ce tissu n\u2019est pas vraiment un vêtement : il était enroulé autour de la dépouille d\u2019un enfant posée dans une corbeille et enterrée sous le sol de la maison, indique Antoinette Rast-Eicher, chercheuse à l\u2019Université de Berne et spécialiste des ?bres anciennes.Sa fonction avant ce rite funéraire n\u2019est pas connue.» Il date de 6700 à 6500 avant notre ère et en a long à dire.Alors qu\u2019on présumait jusqu\u2019ici qu\u2019il s\u2019agissait de lin, sa véritable nature vient d\u2019être révélée par l\u2019archéologue dans un article paru dans Antiquity.« C\u2019est du liber [écorce interne] de chêne ; j\u2019ai trouvé des restes de cellules perforées typiques de cet arbre », précise-t-elle.Si la soie, la laine, le coton et le lin ?gurent au palmarès des ?bres les plus tissées de l\u2019histoire, chaque peuple a d\u2019abord utilisé ce qu\u2019il avait sous la main : outre le chêne, on a découvert du tissu à base de palmier fabriqué il y a 7 000 ans par les premières communautés en Floride ; des vêtements confectionnés avec des bananes sauvages en Mélanésie ; et d\u2019autres probablement faits d\u2019agave au Pérou.Quant aux Dorsétiens de l\u2019île de Baf?n, ils utilisaient des ?ls tressés et tissés, à base de fourrure et de tendons de lièvre et de bœuf musqué, bien avant l\u2019arrivée des Européens.Au-delà des fragments textiles, quelques pièces quasi complètes ont tout de même traversé le temps, à l\u2019instar de la « robe Tarkhan » découverte en Égypte en 1913.Selon les datations au carbone 14 effectuées en 2015, l\u2019étoffe en lin daterait de la Ire dynastie, soit il y a plus de 5 000 ans, ce qui en fait le plus vieux vêtement tissé jamais exhumé.Autre trésor : le doyen des pantalons, trouvé à Yanghai, en Chine, sur un guerrier mort il y a 3 000 ans environ.Sa confection en laine est remarquable.Dans un article paru cette année en mars, des chercheurs de l\u2019Institut archéologique allemand détaillent les quatre techniques de tissage et de tressage employées pour conférer au vêtement solidité aux genoux et élasticité à l\u2019entrejambe.Fait intéressant, ces techniques provenaient de différentes régions d\u2019Asie.À la croisée de plusieurs routes nomades, les tisserands de Yanghai ont su combiner des artisanats pour offrir la tenue idéale à leurs combattants, qui commençaient tout juste à guerroyer à cheval.Il y a fort à parier que les 130 milliards de pièces de vêtements fabriquées chaque année de nos jours dans le monde n\u2019auront pas autant de choses à raconter.Dommage pour les archéologues du futur ! 6 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2022 L\u2019habit ne fait pas le moine, mais il révèle les secrets de nos ancêtres.Zoom sur quelques trésors rétro.Par Marine Corniou LA GARDE?ROBE DE L\u2019HISTOIRE Chaussettes fabriquées autour du 4e siècle, exhumées en Égypte à la ?n du 19e siècle.Elles étaient portées avec des sandales.IMAGE : VICTORIA AND ALBERT MUSEUM, LONDRES La robe Tarkhan, en lin, date de 3400 à 3100 avant notre ère.Elle a été trouvée dans un cimetière égyptien.IMAGE : MUSÉE PETRIE D\u2019ARCHÉOLOGIE ÉGYPTIENNE/UNIVERSITY COLLEGE DE LONDRES Aiguilles mises au jour à Xiaogushan et Zhoukoudian Upper Cave, en Chine, et à Strashnaya Cave, en Sibérie, et datées entre 45 000 et 30 000 ans.IMAGE : FRANCESCO D\u2019ERRICO, LUC DOYON, MALVINA BAUMANN (JOURNAL OF HUMAN EVOLUTION, 2018) Le pantalon de l\u2019homme de Turfan est considéré par les archéologues comme un trésor du « patrimoine culturel mondial ».IMAGE : DOMINIC HOSNER/INSTITUT ARCHÉOLOGIQUE ALLEMAND Tissu de Çatalhöyük (6700-6500 avant notre ère) IMAGE : ANTOINETTE RAST-EICHER/ARCHEOTEX SUR LE VIF IMAGE : TERRE PROMISE 8 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2022 L\u2019agriculture s\u2019uniformise dangereusement.Les plantes cultivées dans le monde auraient perdu plus de 75 % de leur diversité, selon l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture.Devant cette érosion, les efforts se multiplient depuis les années 1960 afin de conserver dans des banques de semences les variétés ancestrales, c\u2019est-à-dire les plantes sélectionnées par des centaines d\u2019années d\u2019agriculture artisanale et locale.Mais jusqu\u2019à récemment, il était difÏcile de dire si ces efforts avaient porté leurs fruits.Une étude signée par plus de 50 chercheurs lève le voile sur la question.Une vaste modélisation a permis au groupe d\u2019estimer qu\u2019en moyenne 63 % de la diversité ancestrale des 25 groupes de plantes cultivées qui ont été sélectionnés pour l\u2019étude était représentée dans les banques de semences à travers le monde.Ces résultats, publiés dans le journal Nature Plants au mois de mai, sont très prometteurs, commente Julie Sardos, chercheuse en diversité génétique à l\u2019organisme de recherche Biodiversity International et au Centre international d\u2019agriculture tropicale.« Cela nous encourage à persévérer dans notre travail », soutient-elle.Un travail d\u2019inventaire colossal a d\u2019abord été nécessaire pour récolter les données destinées à « nourrir » ces simulations par ordinateur.Pendant trois ans, de nombreux voyages, dans plusieurs banques de semences sur la planète, ont été effectués.Au total, les enregistrements de quelque 100 000 semences répertoriées un peu partout ont été passés en revue pour afÏner le modèle.Le but des chercheurs : esquisser la biodiversité des plantes étudiées, leur répartition géographique et, finalement, leur représentation dans les diverses bibliothèques autour du globe.Cet inventaire des variétés ancestrales a permis de mettre en évidence certaines lacunes.Alors que les variétés de lentilles et de bananes sont parmi les mieux représentées dans les banques, il existe des trous pour d\u2019autres espèces.C\u2019est le cas pour le millet perlé, les pois et les patates, dont la diversité des variétés ancestrales ne serait sauvegardée dans les collections internationales qu\u2019à hauteur de 30 à 50 %.« Les trous sont surtout d\u2019origine géographique », précise Julie Sardos, qui a participé à plusieurs voyages de collecte, notamment dans les îles de l\u2019océan Pacifique.Certaines zones sont sous-représentées parce qu\u2019elles sont difÏciles d\u2019accès ou soumises à un contexte politique tendu.DIS-MOI CE QUE TU SÈMES, JE TE DIRAI QUI TU ES Les cultures d\u2019antan possèdent un bagage génétique précieux dans lequel il est possible de puiser pour créer de nouvelles variétés à cultiver, d\u2019où l\u2019importance de les protéger.Elles s\u2019enracinent également dans l\u2019histoire des communautés qui les ont développées.Les inventorier, c\u2019est « faire une enquête pour mieux comprendre d\u2019où l\u2019on vient », indique Julie Sardos.Les noms de certaines variétés sont imprégnés d\u2019une histoire forte qui reflète l\u2019identité culturelle d\u2019un peuple.Ainsi, « le bananier Navente est intimement lié au mythe d\u2019origine de la tribu de Bougainville [une île de Papouasie-Nouvelle-Guinée] : la plante aurait enfanté les jumeaux fondateurs de cette communauté », raconte la chercheuse.C\u2019est vrai chez nous aussi.« Les variétés ancestrales sont l\u2019histoire d\u2019une famille, d\u2019un clan, des Premières Nations », assure Lyne Bellemare, productrice de semences ancestrales au Québec.Elle met d\u2019ailleurs Un inventaire des semences d\u2019antan Protéger les plantes cultivées par nos ancêtres pour mieux nourrir l\u2019humanité de demain : voilà l\u2019objectif des banques de semences à travers le monde.À quel point ces collections sont-elles complètes ?Par Rachel Hussherr La populaire tomate Mémé de Beauce, une variété ancestrale du Québec, s\u2019est taillé une place dans la banque de semences du Centre de recherche et de développement de Saskatoon. Carnet de santé Dre ALEXANDRA S.ARBOUR @alexandraarbour SEPTEMBRE 2022 | QUÉBEC SCIENCE 9 un point d\u2019honneur à reconstituer les « mémoires » des variétés locales, qu\u2019elle rend ensuite disponibles sur le site Internet de son entreprise, Terre Promise.Sa tomate Mémé de Beauce, par exemple, a été retrouvée sous les planches d\u2019un grenier lors d\u2019une rénovation en 1995.Aucun potager n\u2019avait été cultivé à cette adresse depuis plus de 60 ans.Sur les quelque 200 graines récupérées, 3 ont germé, accordant un second soufÒe à cette variété.Si elle reconnaît l\u2019importance des banques de semences, la productrice souligne que les plantes ont aussi besoin d\u2019être cultivées pour continuer de s\u2019adapter à l\u2019environnement local, aux insectes, aux changements climatiques.« Si l\u2019on réveillait quelqu\u2019un en hibernation depuis 50 ans, il ne saurait pas comment utiliser un cellulaire », illustre-t-elle.Les semenciers incarnent d\u2019ailleurs un lien essentiel entre les collections à grande échelle et les jardiniers et agriculteurs, d\u2019après Lyne Bellemare.Même si les banques rendent leurs semences accessibles gratuitement, « il faut prouver qu\u2019on veut faire de la recherche, qu\u2019on va cultiver la plante pour l\u2019améliorer ou se servir de mécanismes de sélection pour les obtenir », dit celle qui a ramené du passé la Veine Rose, une variété de pomme de terre récupérée à la banque de semences de Fredericton, au Nouveau-Brunswick.Du côté des scientifiques, le travail continue aussi.« Notre recherche, c\u2019était surtout de la science pour l\u2019action », mentionne Colin Khoury, l\u2019un des auteurs principaux de l\u2019étude.Le directeur de la science et de la conservation au jardin botanique de San Diego en sait quelque chose : il a répondu à la demande d\u2019entrevue de Québec Science du Pérou, où il recherchait des variétés anciennes de la pomme de terre dans le berceau du tubercule, sur les hauts plateaux andins.Vous voilà vieux et malade.Hospitalisé pour un problème X, votre cœur s\u2019arrête\u2026 Quelques longues minutes s\u2019écoulent avant qu\u2019une vaillante in?rmière remarque que vous êtes inerte dans votre lit.Ne sentant aucun pouls, elle déclenche le « code bleu » : une équipe accourt à votre chevet.On débute illico la réanimation cardiorespiratoire ou RCR : de tout son poids, un préposé appuie sur votre sternum à raison de 100 fois par minute.Cric-crac ! C\u2019est le bruit de vos côtes qui cassent\u2026 Une in?rmière pique dans votre bras une grosse aiguille pour vous administrer médicaments et solutés.Au même moment, une inhalothérapeute aspire les vomissures dans votre bouche a?n que le médecin y insère un tube qui ira jusqu\u2019à vos poumons vous apporter de l\u2019oxygène.Deux minutes passent.On prend la décision de dé?briller : on vous envoie 200 joules dans le corps dans l\u2019espoir de « redémarrer » votre cœur.Et l\u2019on recommence à masser\u2026 Si le pouls est toujours absent au bout d\u2019une demi-heure, le médecin prendra la décision de mettre ?n à la réanimation et déclarera votre décès.Si, au contraire, votre cœur se remet à battre, vous prendrez la route de l\u2019unité des soins intensifs, où vous serez maintenu dans un coma arti?ciel pendant quelques jours.Émergerez-vous de ce coma ?Peut-être, mais il y a fort à parier que vous devrez passer plusieurs mois en rééducation pour retrouver vos capacités.Si vous faites partie des malchanceux, vous terminerez vos jours dans un CHSLD, ayant besoin d\u2019être nourri, changé et lavé au quotidien.Pour la « belle mort », on repassera.Cette mise en situation est peut-être crue, mais elle n\u2019a rien d\u2019une exagération.Une personne sur deux survit à un arrêt cardiaque survenu en milieu hospitalier.De 15 à 20 % des patients survivants sortiront de l\u2019hôpital dans le même état qu\u2019ils y sont entrés, et cette proportion diminue avec l\u2019âge.Évidemment, plusieurs facteurs in?uencent le pronostic, principalement la cause de l\u2019arrêt cardiaque, la présence de témoins et l\u2019état de santé initial du patient.Cela entraîne des coûts énormes pour le système de santé et des conséquences importantes pour les patients et leurs proches.La RCR n\u2019est pas un soin miracle ni banal.Pourtant, une personne qui est hospitalisée ou dont l\u2019état se détériore se voit systématiquement poser la question : « Si votre cœur s\u2019arrête, souhaitez-vous qu\u2019on pratique des manœuvres de réanimation ?» Peu de gens refusent ce soin présenté de la sorte, et ils ont tout à fait le droit ! Ils s\u2019imagineront revenir à la vie sans heurt, comme dans les ?lms.Et si l\u2019on avait pris le temps de parler du pronostic, d\u2019explorer les volontés du patient quant à sa fin de vie en lui caressant la main, la décision aurait-elle été tout autre ?Eh bien non ! Une étude publiée dans le JAMA dans les années 1990 a con?rmé qu\u2019aborder le pronostic et accompagner les proches ne change pas la décision du plus grand nombre de vouloir être réanimé\u2026 Pourquoi ?Parce que choisir la RCR, c\u2019est se battre et parfois, ça marche.Préférer s\u2019en aller doucement, c\u2019est jeter l\u2019éponge.À moins de changer la perspective ?Au lieu de voir la réanimation comme un possible gain de temps de vie, on peut la considérer comme la perte du privilège d\u2019une mort sereine.Voilà qui rappelle la « théorie des perspectives », qui a valu à l\u2019un de ses auteurs, Daniel Kahneman, un prix Nobel.Cette doctrine économique veut que, comme individu, nous évaluions de manière asymétrique la perspective de perte et de gain, notre aversion pour les pertes étant plus grande que notre préférence pour les gains.Pourquoi ne serait-ce pas vrai aussi en matière de santé ?Reprenons la mise en situation.Vous êtes vieux et malade.Vous allez à l\u2019hôpital pour un problème X.Au lieu de savoir si vous voulez être réanimé, le médecin vous demande plutôt ce qu\u2019est, pour vous, une belle mort\u2026 Moi, j\u2019ai changé ma réponse.Et vous ?Cœurs sensibles s\u2019abstenir SUR LE VIF IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM 10 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2022 Ç a bouillonne de plus en plus dans les laboratoires des cégeps.Lentement mais sûrement, les programmes de sciences font le plein d\u2019étudiants.À la rentrée de 2015, les étudiants en sciences représentaient 29 % des inscrits du secteur préuniversitaire.Six ans plus tard, c\u2019était 33 %.Une croissance modeste, mais constante, attribuable essentiellement aux adolescents.Car si d\u2019autres programmes (surtout ceux du secteur technique) attirent un mélange d\u2019adultes, d\u2019étudiants étrangers ou de cégépiens ayant changé de programme, les admis en sciences de la nature sont à 91 % des finissants de cinquième secondaire, selon le Service régional d\u2019admission du Montréal métropolitain.Les courbes démographiques prévoient que la cohorte du secondaire croîtra jusqu\u2019en 2026 : ça pourrait jouer du coude dans les labos au cours des prochaines années\u2026 « On va avoir de la difÏculté à les caser ! » s\u2019exclame Caroline Cormier, enseignante de chimie au cégep André-Laurendeau.Contrairement aux classes de mathématiques ou de français, qui comptent régulièrement une quarantaine d\u2019étudiants, les laboratoires de ce collège du sud-ouest de l\u2019île de Montréal ne peuvent en accueillir que 32 à la fois.Il faudra aussi recruter plus d\u2019enseignants pour former tout ce beau monde.« Dans notre département, on cherche des gens qui ont une formation en chimie, oui, mais aussi un profil d\u2019enseignant, et cela devient plus difÏcile à trouver qu\u2019il y a quelques années », souligne son collègue Bruno Voisard, coordonnateur au département de chimie.UN INTÉRÊT QUI SE MAINTIENT Tous ces jeunes choisissent-ils la voie scientifique par intérêt ou simplement pour se garder toutes les portes ouvertes à l\u2019université ?Après tout, traditionnellement, « quand on ne sait pas où l\u2019on veut aller et qu\u2019on a de bonnes notes, on va en sciences ! » remarque Pierre Doray, sociologue de l\u2019éducation à l\u2019Université du Québec à Montréal.Or, ceux qui s\u2019inscrivent à l\u2019université après l\u2019obtention d\u2019un diplôme d\u2019études collégiales en sciences optent pour une discipline scientifique 8 fois sur 10.La part des sciences est aussi en croissance à l\u2019université, puisqu\u2019elle est passée de 28 % de l\u2019effectif total de premier cycle en 2013 à 32 % en 2020.Qu\u2019est-ce qui explique la tendance ?Est-ce le fruit des campagnes de promotion des carrières scientifiques ?Les jeunes issus de l\u2019immigration sont-ils plus susceptibles d\u2019étudier en sciences que les autres ?Le ministère de l\u2019Enseignement supérieur, l\u2019Association pour l\u2019enseignement de la science et de la technologie au Québec et les experts en éducation consultés par Québec Science n\u2019avaient pas de réponses claires à offrir, certains étaient même surpris en prenant connaissance des données ! Caroline Cormier tente une hypothèse : « Peut-être qu\u2019aujourd\u2019hui la science est moins perçue comme une chasse gardée ?Ce sont peut-être les échos de la Révolution tranquille et du rapport Parent [ce document de 1963 a jeté les bases du système d\u2019éducation public québécois], de cette volonté de démocratiser l\u2019accès à l\u2019éducation pour les francophones\u2026 » Qui sait ?Voilà un bon objet d\u2019étude pour les gens des sciences\u2026 humaines.Ça tombe bien, ils sont encore majoritaires dans les cégeps et les universités ! La revanche des nerds Les sciences de la nature sont de plus en plus populaires au cégep.On ne sait pas encore pourquoi.Par Raphaëlle Derome Crypto-Bismol Par Damien Grapton GABRIELLE ANCTIL @_ganctil Technopop SEPTEMBRE 2022 | QUÉBEC SCIENCE 11 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM ; ILLUSTRATION : NICOLE ALINE LEGAULT C onnu pour soulager les malaises gastriques, le Pepto-Bismol n\u2019était pourtant pas facile à digérer pour les chimistes depuis sa commercialisation, il y a plus d\u2019un siècle : la structure moléculaire de son ingrédient actif résistait à leurs analyses.C\u2019est l\u2019utilisation de techniques avancées de microscopie électronique qui a permis à une équipe suédoise de lever le voile sur le célèbre liquide rose.Les résultats des chercheurs ont été publiés dans Nature Communications en avril 2022.Jusqu\u2019ici, sa structure faisait l\u2019objet de spéculations et de prédictions dans les livres de chimie.« Le sous-salicylate de bismuth [l\u2019ingrédient actif] n\u2019est pas soluble, explique Alexandre Gagnon, professeur de chimie à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM), qui n\u2019a pas participé à ces travaux.Les méthodes traditionnelles ne fonctionnaient donc pas pour analyser sa structure.» C\u2019est notamment le cas de la cristallographie aux rayons X, la méthode la plus répandue pour déterminer la structure des molécules, qui requiert des cristaux de bonne qualité en grande quantité, ce qui est impossible avec le sous-salicylate de bismuth.« Le sous-salicylate de bismuth a tendance à former de très petits cristaux », poursuit Alexandre Gagnon, qui est titulaire de la Chaire de recherche UQAM en épigénétique et chimie médicinale.Les chercheurs de l\u2019Université de Stockholm ont donc utilisé deux techniques de pointe.D\u2019abord, « la diffraction avec un faisceau d\u2019électrons plutôt que des rayons X permet d\u2019étudier des cristaux de plus petite taille et de moins bonne qualité », mentionne le chercheur.L\u2019analyse de l\u2019interaction du faisceau d\u2019électrons avec les cristaux de sous-salicylate de bismuth formés en laboratoire permet de déduire la structure de la molécule cristallisée.Ensuite, la microscopie électronique en transmission à balayage a permis de fournir une image de l\u2019empilement des molécules.L\u2019équipe a ainsi découvert que le composé a une structure multicouche, avec des variations dans la séquence d\u2019empilement des molécules.« La structure polymérique est très belle et explique pourquoi c\u2019est un composé insoluble », commente Alexandre Gagnon.Employé pour ses propriétés anti- microbiennes durant les épidémies de gastroentérites du début du 20e siècle, le Pepto-Bismol est le fidèle compagnon des estomacs fragiles.Selon Alexandre Gagnon, décrypter sa structure permet de mieux comprendre son mécanisme d\u2019action.« On prend du Pepto-Bismol depuis 120 ans et l\u2019on va continuer d\u2019en prendre, mais peut-être que ces travaux vont permettre de mettre au point un médicament encore plus efficace », conclut-il.Avec l\u2019accroissement des applications de suivi menstruel, les données sur les règles sont de plus en plus abondantes.Et c\u2019est tant mieux : un tel suivi aide à garder un œil sur sa santé globale.Mais ces données ne sont pas toujours utilisées à bon escient.« Si vous suivez vos cycles menstruels grâce à une appli, cessez de vous en servir et détruisez vos données.Maintenant », enjoignait sur Twitter l\u2019avocate américaine Elizabeth C.McLaughlin au lendemain de la fuite d\u2019un document révélant le renversement prochain du jugement protégeant le droit à l\u2019avortement aux États-Unis.L\u2019effet potentiellement pervers de la collecte massive de ce type de données sur les droits sexuels, comme celui à l\u2019avortement, inquiète les experts depuis de nombreuses années.Avec l\u2019annulation de l\u2019arrêt Roe c.Wade, la crainte que ces données puissent être employées dans des poursuites judiciaires continue de défrayer la chronique.Malgré l\u2019anonymat qu\u2019est censé offrir le grand volume de données, de multiples études ont prouvé qu\u2019il est facile de combiner les sources pour retrouver à qui les données appartiennent.La solution est-elle réellement de supprimer son application de suivi menstruel ?« Dire aux gens de ne pas utiliser ces plateformes puissantes s\u2019ils ne veulent pas être surveillés déraisonnablement équivaut à blâmer la victime », écrivait la chroniqueuse Zeynep Tufekci dans le New York Times.Selon l\u2019informaticienne, il est plus que temps que les pays légifèrent pour protéger les utilisateurs en imposant aux entreprises des mesures strictes de chiffrement des données.Au Québec, la Loi modernisant des dispositions législatives en matière de protection des renseignements personnels doit entrer en vigueur cet automne.Elle encadrera la collecte de données par les entreprises opérant dans la province.Mais si c\u2019est de l\u2019État qu\u2019on souhaite se protéger ?Pour le moment, c\u2019est à nous de connaître et de choisir les outils qui respectent la vie privée.Pour le suivi menstruel, les applications Drip, Euki et Periodical reçoivent l\u2019aval d\u2019experts.Il faudra beaucoup plus pour assurer aux internautes un respect de leur vie privée sur le Web.Leur santé en dépend.Les mégadonnées de votre utérus Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf 12 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2022 ILLUSTRATION : VIGG U ne étude, c\u2019est juste une étude », dit-on en journalisme scientifique pour signifier qu\u2019il vaut toujours mieux attendre que des résultats soient reproduits avant de s\u2019affoler.Dans le cas du lien entre l\u2019extraction de gaz de schiste et la santé des nouveau-nés, il y a longtemps qu\u2019on a dépassé ce point : les questionnements sont légitimes.L\u2019exploitation des gaz de schiste, rappelons-le, consiste à injecter des fluides sous très haute pression dans des formations géologiques profondes afin de les fracturer et d\u2019en libérer le gaz naturel.La technique fait craindre que les fluides de fracturation, qui contiennent de nombreux produits chimiques, remontent contaminer les nappes phréatiques, bien qu\u2019on n\u2019ait jamais fait la preuve d\u2019un risque élevé.Les études sur les bébés nés à proximité de puits de gaz de schiste, elles, montrent plus clairement qu\u2019il semble y avoir un problème, même s\u2019il reste encore une part de flou.Elles n\u2019ont pas toutes observé exactement la même chose, mais il s\u2019en dégage quand même une tendance assez nette.Les unes ont trouvé une association avec les naissances prématurées, mais pas avec les bébés de faible poids, alors que d\u2019autres ont établi le contraire ou même un lien avec la mortalité fœtale.Certains travaux ont rapporté un lien entre le nombre de puits situés à moins de 2,5 km des habitations et les problèmes néonataux, tandis que d\u2019autres ont relevé un effet à des distances allant jusqu\u2019à 10 km.Par ailleurs, ce ne sont pas toutes les études qui décèlent ce type d\u2019association.Mais dans l\u2019ensemble, tout indique qu\u2019il se passe quelque chose à proximité des puits de gaz de schiste et que ce « quelque chose » nuit au développement du fœtus.Les choses se corsent quand on tente de mettre le doigt sur les mécanismes exacts qui pourraient être en cause.Dans des études dirigées par la toxicologue de l\u2019Université de Toronto Élyse Caron-Beaudoin, on a découvert que la densité de puits autour d\u2019une résidence était associée à des concentrations plus élevées de composés organiques volatils (ou COV : comme le chloroforme, le xylène ou le toluène) à la fois dans l\u2019air et dans l\u2019eau des maisons.La source de ces polluants n\u2019était toutefois pas clairement établie, même si les fluides de fracturation sont un « suspect » évident.Les travaux scientifiques sur la question ont proposé une myriade d\u2019autres causes potentielles imputables à l\u2019industrie des gaz de schiste, au-delà de la fracturation.L\u2019intense camionnage qui accompagne le forage et la fracturation de ces puits est une source de stress potentiel, que ce soit par le dérangement qu\u2019il occasionne ou par ses conséquences sur la qualité de l\u2019air.Une étude menée dans le nord-est de la Colombie-Britannique a aussi mis au jour des fuites dans environ 10 % des puits (surtout des émanations de gaz ; les migrations de liquides hors des enveloppes de ciment étaient beaucoup plus rares).Et le torchage, soit le fait de brûler une partie du gaz qui sort d\u2019un puits, est également sur le banc des accusés.Fait intéressant : dans plusieurs de ces travaux, les effets nocifs étaient concentrés (parfois entièrement) chez des femmes appartenant à des groupes défavorisés, comme les femmes de couleur et les hispanophones aux États-Unis ou les Autochtones au Canada (Élyse Caron-Beaudoin a mesuré plus de COV dans les résidences des Autochtones que dans celles des non-Autochtones).« Une de nos hypothèses, dit la chercheuse, est que certains groupes comme les agriculteurs et les populations autochtones dans le nord-est de la Colombie-Britannique sont plus vulnérables aux effets de cette industrie en raison de leurs contacts plus étroits avec l\u2019environnement, ce qui pourrait augmenter leur exposition à ces produits.Il y a également une panoplie d\u2019expositions non chimiques liées à cette industrie ?bruit, pollution lumineuse, stress ?qui peuvent affecter certains groupes de façon disproportionnée : il y a plusieurs études sur ces sujets.Finalement, nous savons que certains groupes socio- économiques souffrent d\u2019iniquités en matière de santé [malnutrition, expositions antérieures à d\u2019autres polluants par exemple] qui peuvent être exacerbées par une exposition environnementale supplémentaire.» L\u2019industrie interprète ces vulnérabilités différemment, faisant souvent valoir que les problèmes néonataux surviendraient sans égard aux activités industrielles aux alentours, en raison du niveau de défavorisation des régions où se déroulent souvent ses activités.Elle avance également qu\u2019il est possible que les secteurs propices à l\u2019exploitation des gaz de schiste soient naturellement associés à des concentrations plus fortes de certains contaminants.Il se pourrait qu\u2019une partie des écarts constatés tienne effectivement à cela.Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019heure n\u2019est plus à se demander s\u2019il y a vraiment un problème, mais plutôt à en déterminer (urgemment) les causes.Naître à l\u2019ombre d\u2019un puits de gaz de schiste « Un concours pour les classes, les jeunes et les adultes 21 septembre 2 022 Journée nationale Je lis la science ! 5 000 $ de livres et magazines* Prix à gagner GRAND PRIX Un bon d\u2019achat de 1 000 $ chez leslibraires.ca pour la classe gagnante PRIX SECONDAIRES \u2022 Quatre prix d\u2019une valeur de 500 $ chacun pour les classes \u2022 Cinq prix d\u2019une valeur de 200 $ chacun pour les jeunes en participation individuelle \u2022 Cinq prix d\u2019une valeur de 200 $ chacun pour les adultes en participation individuelle * Les prix sont tirés au hasard parmi toutes les inscriptions reçues dans chaque catégorie.Les lots de livres et magazines sont faits en fonction du niveau scolaire ou de l\u2019âge des gagnants.Une présentation du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada Participez en classe ou à la maison Le 21 septembre*, les jeunes, les adultes et les classes des écoles primaires et secondaires canadiennes sont invités à consacrer un moment de la journée à des lectures scientifiques : \u2022 livre documentaire \u2022 magazine de vulgarisation scientifique \u2022 roman de science-fiction \u2022 BD sur un thème scientifique \u2022 biographie d\u2019un chercheur \u2022 etc.Détails du concours et inscriptions : www.jelislascience.com * Pour tenir compte des contraintes possibles des enseignants, la période de lecture pourra être tenue le 20, 21 ou le 22 septembre.Organisé par : Partenaires : En collaboration avec : et de l\u2019Amérique Au cœur du Québec Découvrez une foule de suggestions de lecture au : www.jelislascience.com ou avec le mot-clic #jelislascience 14 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2022 ENTREVUE IMAGE : ÉLECTIONS QUÉBEC Et si l\u2019on abaissait l\u2019âge du droit de vote ?Les jeunes de 16 et 17 ans devraient-ils avoir le droit de vote ?Le Sénat du Canada en a débattu au printemps.Plusieurs pays le permettent.Qu\u2019en dit la recherche ?Par Raphaëlle Derome SEPTEMBRE 2022 | QUÉBEC SCIENCE 15 IMAGE : OWEN EGAN P rès d\u2019un Canadien sur cinq a moins de 18 ans.Même s\u2019ils sont et seront touchés par les actions (ou l\u2019inaction) des gouvernements, enfants et adolescents ne peuvent choisir leurs représentants politiques.Si certains groupes proposent d\u2019abolir l\u2019âge minimal pour voter, des partis politiques et organismes de la société civile, comme le mouvement #Vote16 et Unicef Canada, se sont prononcés en faveur du vote dès 16 ans.La sénatrice manitobaine Marilou McPhedran pilote même un projet de loi en ce sens ! Alors que le Québec s\u2019apprête à choisir son prochain gouvernement, nous avons discuté du sujet avec Valérie-Anne Mahéo, professeure au Département de science politique de l\u2019Université Laval et membre du Centre pour l\u2019étude de la citoyenneté démocratique.Spécialiste de l\u2019engagement politique chez les jeunes, elle croit que la société aurait tout à gagner à les éduquer à la démocratie\u2026 dès la maternelle ! Québec Science : Au Canada et ailleurs dans le monde, l\u2019âge du droit de vote a longtemps été ?xé à 21 ans.À quel moment et pour quelles raisons a-t-il été abaissé à 18 ans ?Valérie-Anne Mahéo : Cette réforme a eu lieu un peu partout dans les pays démocratiques dans les années 1960-1970.L\u2019idée était d\u2019être en phase avec d\u2019autres marqueurs de la vie adulte : comme les jeunes de 18 ans étaient déjà en âge de travailler, d\u2019être parents, de conduire, on considérait qu\u2019ils devaient aussi avoir le droit de voter.Il n\u2019y a pas eu de grand débat.Cet argument est de nouveau utilisé aujourd\u2019hui par ceux qui sont en faveur du vote à 16 ans.Ils voient dans la situation actuelle une inadéquation entre la citoyenneté économique et la citoyenneté politique.QS Vous étudiez la désaffection électorale chez les jeunes adultes.Est-ce qu\u2019abaisser l\u2019âge légal du vote pourrait renverser la vapeur ?VAM Au Canada et dans beaucoup de pays industrialisés, la participation électorale diminue ; chaque nouvelle génération vote moins que les jeunes d\u2019avant.Le contexte du premier vote, à 18 ans, n\u2019est pas forcément idéal : beaucoup de jeunes quittent le milieu familial à cet âge, déménagent pour les études, le travail\u2026 On ENTREVUE 16 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2022 leur demande de s\u2019intéresser à la politique alors qu\u2019il y a tous ces changements dans leur vie ! Certains suggèrent donc d\u2019offrir une première expérience de participation électorale à 16-17 ans, quand ils sont encore chez leurs parents et à l\u2019école.Ces milieux peuvent les aider à s\u2019informer, à se mobiliser et, on l\u2019espère, à aller voter.QS Le vote à 16 ans existe déjà dans certains pays.Quelles en sont les retombées ?VAM Partout, quand on donne le droit de vote aux 16-17 ans, ils se présentent aux urnes, du moins la première fois ! On l\u2019a vu en Écosse [où plus de 100 000 d\u2019entre eux ont voté au référendum de 2014], en Autriche, dans les lands allemands et lors de projets pilotes aux municipales en Norvège.Il est difÏcile de vérifier si cet effet se maintient dans le temps.Dans plusieurs pays, les données sur la participation électorale par groupes d\u2019âge ne sont pas publiques.Il faut donc se fier à des sondages qui demandent aux répondants s\u2019ils ont voté ou s\u2019ils ont l\u2019intention de voter à la prochaine élection\u2026 On ne sait pas si ces études estiment de manière fiable et précise la portée de la réforme.On peut supposer que ces jeunes votent davantage, même par la suite, car généra lement, quand on commence à voter, on continue à le faire.QS Militez-vous pour la cause ?VAM Certains de mes collègues se sont dé clarés en faveur du vote à 16 ans.Moi, je suis une politologue empirique : je ne me base pas juste sur la théorie pour juger d\u2019une situation, je me fonde aussi sur les preuves.Et pour moi, elles ne sont pas nettement en faveur d\u2019une réforme.Je pense néanmoins que le vote à 16 ans a le potentiel d\u2019augmenter la participation électorale des jeunes et leur intérêt pour la politique, surtout si on l\u2019accompagne d\u2019éducation à la citoyenneté.QS Quels sont les arguments de ceux qui s\u2019opposent au vote à 16 ans ?VAM Ils s\u2019inquiètent de la qualité de la parti cipation électorale.Ils jugent que les jeunes ne sont pas assez matures ou sophistiqués politiquement pour avoir un vote informé.La démocratie pourrait en pâtir, selon eux.QS Les jeunes de 16 ans sont-ils vraiment moins matures que ceux de 18 ans ?VAM Avec mon collègue Éric Bélanger, nous avons comparé les attitudes, l\u2019engagement et la sophistication politique des jeunes de 16-17 ans avec ceux des 18-20 ans.Nous avons démontré que les 16-17 ans connaissent mieux les institutions politiques.Ils sont encore à l\u2019école et c\u2019est donc frais dans leur mémoire.Ils ont aussi plus d\u2019intérêt pour la politique que les 18-20 ans.Cela nous amène à penser que les 16-17 ans voteraient probablement autant que les 18-20 ans si on leur accordait ce droit.Par contre, les 18-20 ans se sentent un peu plus outillés pour comprendre la politique.Et quand nous leur posions des questions sur différents sujets, leurs idées étaient plus cohérentes.Mais la différence n\u2019était pas très marquée entre les deux groupes.Et dans l\u2019ensemble, nous n\u2019avons rien trouvé qui laissait craindre un danger pour la démocratie si les 16-17 ans votaient.QS Certains contestent l\u2019idée même d\u2019un âge minimal pour voter.Accorder le droit de vote à 12 ans ou même aux plus jeunes, est-ce réaliste ?VAM Personnellement, je ne suis pas en faveur de cette idée.Ce serait un gros poids sur les épaules d\u2019enfants qui ne possèdent pas forcément les outils, d\u2019un point de vue cognitif, pour assumer cette responsabilité.Je pense qu\u2019il faut mettre des limites, mais où ?Là est la question.QS On considère souvent que les jeunes sont in?uencés par leurs parents.Mais vous étudiez aussi l\u2019inverse : l\u2019in?uence qu\u2019ont les enfants sur leurs parents ! VAM La théorie sur la socialisation politi que, soit l\u2019apprentissage de la politique, a toujours vu les enfants comme une page blanche que les parents et les professeurs peuvent remplir de leurs valeurs.Mais les enfants ne sont pas passifs ! Il y a quelques années, j\u2019ai donné un atelier sur la démocratie dans la classe de maternelle de mes enfants.Après, des parents m\u2019en ont reparlé : leur enfant avait vu des pancartes électorales et les incitait à voter.À cinq ou six ans ! J\u2019étais ébahie ! Cela m\u2019a fait réaliser que l\u2019apprentissage de la politique n\u2019est pas nécessairement unidirectionnel.Les enfants peuvent édu quer leurs parents, éveiller leur intérêt et même les mobiliser.QS Comment stimuler cette dynamique ?VAM En 2017, avec Élections Québec, nous avons testé une activité d\u2019éducation à la démocratie dans des classes de cinquième et sixième année.Nous y abordions le vote, les pétitions, les manifestations, la relation avec son député et les médias.Après l\u2019atelier, les jeunes avaient plus de connaissances par rapport à la politique.Leurs parents aussi, et ceuxci sont davantage allés voter aux élections municipales que les autres ! Puis, en 2018, il y a eu les « petits bureaux de vote » aux élections provinciales.Le but était d\u2019offrir aux enfants une première expérience de participation électorale : FAIRE VOTER LES ENFANTS ?En décembre 2021, 13 Canadiens de 12 à 18 ans ont déposé à la Cour supérieure de l\u2019Ontario une contestation judiciaire de l\u2019âge du droit de vote.Appuyés par l\u2019organisme d\u2019aide juridique Justice for Children and Youth, ils arguent que les empêcher de voter est anticonstitutionnel et discriminatoire.L\u2019article 3 de la Charte canadienne des droits et libertés prévoit en effet que chaque citoyen canadien a le droit de vote.L\u2019article 15 stipule quant à lui que les lois s\u2019appliquent à tous de manière égale, peu importe l\u2019âge.Le recours pourrait être entendu au plus tôt l\u2019an prochain.Une poursuite similaire avait été rejetée en 2002 en Alberta.Le tribunal avait reconnu la violation des droits constitutionnels des jeunes, mais jugé qu\u2019elle était justi?ée par l\u2019importance de protéger l\u2019intégrité du système électoral. Découvrez le monde à vélo Vous roulez, on s\u2019occupe du reste ! Vélo Québec Voyages Pro?tez d\u2019un encadrement attentif, incluant le soutien mécanique et la présence d\u2019un guide.Événement Faites partie d\u2019un grand rassemblement cycliste tel que la Petite Aventure et le Grand Tour.En liberté Choisissez votre date de départ parmi plusieurs destinations.Formule pour cyclistes autonomes ! Groupe sur mesure Roulez avec les vôtres! Décidez de la date, de la destination et de la durée.RÉSERVEZ MAINTENANT ! veloquebecvoyages.com 514 521-8356 \u2022 1 800 567-8356, poste 506 p h o t o : D i a n e D u f r e s n e e t Y v a n M o n e t t e remplir un bulletin de vote et le déposer dans l\u2019urne [ils ne choisissaient pas de candidats, mais se prononçaient sur l\u2019importance du vote].Certains enfants ont aussi reçu un carton les invitant à venir voter.Cela a fonctionné : au lieu de voter seuls, les parents se sont rendus au bureau de scrutin avec leurs enfants.Voir son parent voter est un modèle fort.QS Pourquoi est-ce important que les jeunes participent aux élections?VAM Les jeunes ont des besoins différents du reste de la population, que ce soit en matière d\u2019éducation, de logements abordables, de santé.Ils sont plus ouverts à la diversité et plus inquiets des changements climatiques.S\u2019ils votent moins, c\u2019est dramatique, car les politiques publiques ne refléteront pas leurs intérêts.OBTENTION DU DROIT DE VOTE AU CANADA 1867 : hommes propriétaires de 21 ans et plus 1918 : femmes propriétaires de 21 ans et plus 1947 : non-propriétaires et Canadiens d\u2019origine asiatique 1960 : membres des Premières Nations avec statut d\u2019Indien 1970 : personnes de 18 ans et plus 1993 : personnes avec une dé?cience intellectuelle 2002 : détenus purgeant une sentence de plus de deux ans 2019 : citoyens expatriés depuis plus de cinq ans QS Le pays de Galles a nommé une commissaire aux générations futures.Elle aide les décideurs à soupeser l\u2019effet à long terme de leurs décisions.Si l\u2019on avait la même chose ici, qu\u2019est-ce qui changerait ?VAM Cela pourrait compenser un peu le fait que les jeunes votent moins.Les constructions d\u2019autoroutes, le troisième lien [un projet de tunnel entre Québec et Lévis] et l\u2019exploration pétrolière ne seraient probablement pas aussi populaires si l\u2019on avait des mécanismes législatifs pour mieux aligner les politiques publiques sur les préoccupations des nouvelles générations. vec ses hublots étanches, ses lourdes portes coulissantes et ses innombrables cadrans, la chambre hyperbare de l\u2019Hôtel-Dieu de Lévis a des allures de sous-marin.Même ses parois pressurisées, visibles et audibles (pschitt !) lorsqu\u2019on s\u2019en approche, rappellent l\u2019univers des submersibles.À l\u2019intérieur d\u2019un des trois sas indépendants, une poignée de personnes en chemise d\u2019hôpital sont assises dans des fauteuils avec ce qui a tout l\u2019air d\u2019un scaphandre vissé sur la tête.Un tube approvisionne leur masque facial en air ou plutôt en oxygène pur.Les patients respirent une concentration élevée de ce gaz incolore, inodore et insipide en regardant calmement la télévision.Il faut bien tuer le temps ; un traitement de deux heures, c\u2019est long ! À l\u2019extérieur de la chambre rectangulaire longue de 13 m ?c\u2019est la plus grande installation hyperbare civile au Canada, avec sa capacité de 18 usagers ?, le professeur du Département de kinésiologie de l\u2019Université Laval Neal William Pollock dépeint cette scène digne d\u2019À la poursuite d\u2019Octobre rouge, Sean Connery en moins.« De 60 à 70 % des utilisateurs de la chambre sont traités pour des lésions provoquées par la radiothérapie, comme les radionécroses.Ils la fréquentent cinq jours par semaine, de deux à trois mois en moyenne », explique le titulaire de la Chaire de recherche en médecine hyperbare et de plongée sous-marine, qui vient d\u2019être mise sur pied.Si depuis son inauguration, en 2013, le mastodonte de 90 t permet 3 000 traitements par année, il fera désormais aussi ofÏce de laboratoire.Le but : former davantage de praticiens à l\u2019art délicat de la médecine hyperbare et en évaluer les applications nouvelles, émergentes ou prometteuses.DONNEZ-MOI DE L\u2019OXYGÈNE La chambre peut atteindre une pression équivalant à celle qu\u2019on ressent à 50 m de profondeur sous l\u2019eau ou six fois la pression atmosphérique.Aujourd\u2019hui, pour ces patients, la pression à l\u2019intérieur de l\u2019habitacle est « seulement » de 2,4 fois celle de l\u2019air ambiant.Cette plongée artificielle permet à l\u2019oxygène pur qu\u2019ils inhalent de se diffuser environ 20 fois mieux dans leur sang, donc dans l\u2019ensemble de leur organisme.C\u2019est une conséquence de la loi de Henry, établie par le physicien britannique du même nom au début du 19e siècle : la quantité de gaz dissous dans un liquide est proportionnelle à la pression subie par le liquide.L\u2019oxygénothérapie hyperbare stimule ainsi la formation de vaisseaux sanguins et la croissance de nouveaux tissus, ce qui est tout particulièrement indiqué pour soigner des plaies complexes et venir à bout d\u2019infections persistantes.D\u2019ailleurs, sur les 14 états pathologiques pour lesquels l\u2019Undersea and Hyperbaric Medical Society (UHMS) a reconnu l\u2019efÏ- cacité de ce traitement, plusieurs ont trait à la cicatrisation.Les blessures telles que l\u2019ulcère plantaire diabétique et les greffes cutanées mal cicatrisées figurent sur la liste de cette organisation qui fait autorité ?Santé Canada aligne d\u2019ailleurs ses recommandations sur les siennes.Parmi les autres affections, on trouve l\u2019empoisonnement au monoxyde UN SOUS-MARIN À HÔPITAL 18 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2022 À Lévis, des chercheurs se penchent sur les vertus nombreuses \u2013 et aux prétentions parfois exagérées \u2013 de l\u2019utilisation médicale de l\u2019oxygène à une pression supérieure à la pression atmosphérique.PAR MAXIME BILODEAU SANTÉ MARIN La chambre hyper- bare de l\u2019Hôtel-Dieu de Lévis peut accueillir 18 patients.C\u2019est la plus grande installation civile de ce type au Canada.IMAGE : NEAL W.POLLOCK SANTÉ de carbone à la suite de l\u2019inhalation de gaz d\u2019échappement par exemple.« Nous avons à peine quelques cas par année, surtout lors de la saison de la chasse et en hiver, lorsque des appareils fonctionnant à l\u2019essence sont utilisés à l\u2019intérieur d\u2019un bâtiment », souligne le Dr Dominique Buteau, médecin-chef du service de médecine hyperbare du Centre intégré de santé et de services sociaux de Chaudière-Appalaches.Les maux de décompression font évidemment partie des affections traitées.Ces incidents surviennent lorsque le corps est confronté à une baisse rapide de la pression environnante, comme lorsqu\u2019un plongeur revient à la surface sans passer par des paliers de décompression.Il souffre alors de divers malaises, telles des douleurs articulaires causées par la formation de minuscules bulles d\u2019azote dans les tissus.Dans le jargon, on parle des bends pour décrire ce phénomène semblable à celui qui se produit quand on ouvre une canette de boisson gazeuse.Dans ces moments-là, les victimes sont placées dans un environnement hyperbare pour y suivre un protocole strict visant à dissoudre les bulles d\u2019azote, qui s\u2019écrasent sous la pression.Mieux vaut alors s\u2019armer de patience ; ces traitements peuvent durer plus de six heures ! Par ailleurs, « l\u2019intérêt des chercheurs pour la médecine hyperbare naît souvent de leur propre pratique de la plongée sous- marine, note Neal William Pollock, lui-même amateur de cette activité.C\u2019est comme ça qu\u2019ils font connaissance avec la chambre hyperbare, parfois bien involontairement.» APPLICATIONS POSSIBLES Le jour de notre visite, une plus petite chambre à deux places, dont la coque en acrylique peut accueillir une longue civière, est réquisitionnée pour une expérience pilotée par Neal William Pollock.Avant d\u2019y pénétrer, une volontaire répond aux questions de Jocelyn Boisvert, responsable de la sécurité hyperbare et coordonnateur du Centre de médecine de plongée du Québec.« Prenez-vous des médicaments ?Avez-vous les oreilles bouchées ?Des troubles cardiaques connus ?» lance en rafale le technicien.La participante, en bonne santé, ne porte aucun maquillage ni vêtement en tissu synthétique.De longs bas blancs, faits exclusivement de coton, lui sont fournis.Ces mesures de sécurité sont prises pour minimiser les risques d\u2019incendie à l\u2019intérieur du caisson.L\u2019oxygène est, après tout, un gaz très inflammable.Tout au long de sa descente à une pression de presque trois atmosphères absolues, soit 18,3 m de profondeur, le sujet se pince le nez, ferme la bouche et expire de l\u2019air, qui se dirige vers les trompes d\u2019Eustache.C\u2019est la manœuvre de Valsalva, qui permet d\u2019équilibrer la pression dans l\u2019oreille moyenne et donc d\u2019éviter un barotraumatisme.« En théorie, la pression à l\u2019intérieur de la chambre peut endommager les tympans.Mais en pratique, les patients ressentent à peine un léger inconfort ; plusieurs compensent l\u2019augmentation de la pression en avalant leur salive, tout simplement », indique Neal William Pollock.De fait, il y a peu de contre-indications à l\u2019oxygénothérapie hyperbare.Même les insufÏsants cardiaques, dont le cœur peine pourtant à pomper sufÏsamment de sang pour bien oxygéner et nourrir l\u2019organisme, n\u2019ont pas à s\u2019inquiéter.Le moment fort de l\u2019étude survient dès la sortie de la chambre.La participante est alors conduite en fauteuil roulant ?et à grande vitesse ! ?jusqu\u2019à la nouvelle unité d\u2019imagerie par résonance magnétique du tout aussi flambant neuf pavillon du Centre régional intégré de cancérologie.Moins de cinq minutes plus tard, la voici allongée dans ledit appareil, où son cou, sa tête et son cerveau sont virtuellement découpés en fines tranches.Le but : apprécier la diminution progressive de la suroxygénation dans ces tissus par rapport à ce qu\u2019ils étaient avant le passage en chambre hyperbare.« Certaines tumeurs cancéreuses répondent mieux à la radiothérapie lorsqu\u2019elles sont bien oxygénées.L\u2019oxygénothérapie hyperbare pourrait améliorer l\u2019efÏcacité de ces traitements », avance le Dr Buteau.S\u2019ils s\u2019avèrent positifs, les résultats, pas encore publiés, devront être reproduits chez des sujets atteints de cancer.Dans tous les cas, ils viendront bonifier l\u2019édifice des connaissances relatives à la médecine hyperbare.Quelques études ont par exemple été menées chez des personnes souffrant de COVID-19 depuis le début de la pandémie.Des séjours répétés en chambre hyperbare seraient utiles pour diminuer les symptômes de l\u2019infection, voire pour soulager des patients en détresse respiratoire.Mais « ces résultats préliminaires doivent être répétés avant qu\u2019on puisse conclure à l\u2019efÏcacité du traitement », nuance Neal William Pollock.Aucun projet dans ce sens n\u2019a actuellement cours à l\u2019Hôtel-Dieu de Lévis.Les recherches sur l\u2019oxygénothérapie hyperbare bénéficient aussi\u2026 aux astronautes ! Lors de leurs sorties à l\u2019extérieur de la Station spatiale internationale, dans laquelle règne une pression normale, les hommes et les femmes de l\u2019espace doivent revêtir une combinaison dans laquelle la pression est équivalente à celle au sommet du mont Everest.Sans contre-mesures appropriées, ce contraste peut induire un mal de décompression.Pour l\u2019éviter, les astronautes se soumettent à des protocoles pouvant durer jusqu\u2019à une douzaine d\u2019heures avant l\u2019activité extravéhiculaire.« J\u2019ai contribué à les mettre au point », précise Neal William Pollock, qui a passé une partie de sa carrière à l\u2019Université Duke, en Caroline du Nord, où l\u2019on trouve des installations hyperbares.La moitié de son financement provenait alors de la NASA.CHARLATANISME ?Augmenter la caution scientifique pour l\u2019utilisation clinique de l\u2019oxygénothérapie hyperbare constitue l\u2019autre cheval de bataille de la chaire de l\u2019Université Laval.Sur ce terrain, il y a fort à faire : on recense plusieurs affections pour lesquelles aucune preuve scientifique n\u2019existe quant à l\u2019utilité de ce traitement, et ce, malgré des prétentions contraires.Certaines cliniques privées proposent ainsi des séances pour traiter la sclérose en plaques, la maladie de Lyme, l\u2019autisme et même la fibromyalgie, des troubles qui ne font pas partie de ceux répertoriés par l\u2019UHMS.« Méfiez-vous de quiconque annonce ou offre le traitement hyperbare pour soigner [c]es maladies, recommande d\u2019ailleurs Santé Canada.Rien ne démontre l\u2019utilité de ce traitement en l\u2019occurrence.» Au Québec, la saga de la paralysie cérébrale a fait couler beaucoup d\u2019encre.Le feuilleton débute au début des années 2000, quand un groupe de chercheurs montréalais publie une étude dans le prestigieux journal The Lancet.Pendant deux mois, l\u2019espace de 40 traitements, 111 enfants atteints de 20 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2022 IMAGE : NEAL W.POLLOCK IMAGES OU PHOTOS : XXXXXXXXXXXXX SEPTEMBRE 2022 | QUÉBEC SCIENCE 21 DE RARES ACCIDENTS DE PLONGÉE Le Québec n\u2019est pas un haut lieu de la plongée sous-marine ?on y tutoie le fond de l\u2019eau de manière récréative à peine une poignée de mois par année.Cela se re?ète dans le faible nombre d\u2019accidents de décompression qu\u2019on y recense.Avec des collègues, Neal William Pollock et Dominique Buteau ont compilé tous les appels et courriels reçus entre 2004 et 2018 par le Centre de médecine de plongée du Québec, situé à l\u2019Hôtel-Dieu de Lévis.Sur les 3 232 contacts répertoriés en près de 15 ans, moins de 10 % concernaient des cas de décompression urgents où la santé, voire la vie était menacée, apprend-on dans une étude parue en 2021 dans Diving and Hyperbaric Medicine.À Lévis, les accidents de décompression ne sont pas traités dans la chambre multiplace, mais bien dans une version miniature à deux places qui ressemble à s\u2019y méprendre à un caisson.Historiquement, on nommait l\u2019accident de décompression « maladie des caissons » en référence aux grands travaux de génie exécutés dans les profondeurs au 19e siècle.Les travailleurs qui ressortaient de ces caissons pressurisés, pour empêcher l\u2019eau d\u2019envahir les chantiers, étaient aux prises avec les mêmes symptômes.L\u2019appareil, opérationnel depuis 1999, est fort semblable à ceux qu\u2019on trouve dans une dizaine de centres hospitaliers du pays, d\u2019un océan à l\u2019autre.C\u2019est dans celui-ci que Sylvain Lelièvre a été placé au début des années 2000 à la suite d\u2019une embolie gazeuse cérébrale grave survenue en plein vol entre les Îles-de- la-Madeleine et Montréal.Le traitement n\u2019a malheureusement pas eu les effets escomptés ; l\u2019auteur, compositeur et interprète de Marie-Hélène n\u2019est jamais ressorti du coma dans lequel il était plongé.Il est décédé peu après.Un patient dans la chambre hyperbare à deux places, le premier appareil que l\u2019hôpital a acquis en 1999 paralysie cérébrale sont soumis soit à un traitement de 1,75 atmosphère avec 100 % d\u2019oxygène, soit à un air normal (21 % d\u2019oxygène) à 1,3 atmosphère.Résultat : les deux cohortes voient leurs symptômes diminuer, ce qui ne permet pas de trancher le débat.L\u2019étude est néanmoins brandie comme une preuve de l\u2019effet thérapeutique de l\u2019oxygénothérapie hyperbare chez ces enfants.Les autorités médicales, dont l\u2019UHMS, rejettent ses conclusions, sur la base de ses failles méthodologiques qui auraient entraîné un effet de participation, c\u2019est-à-dire une amélioration de l\u2019état de santé due au simple fait de prendre part à une étude.En 2014, rebelote : certains des chercheurs engagés dans cette première étude reviennent à la charge avec de nouvelles données qui en corroborent les résultats.Ironiquement, elles sont publiées dans les pages de la revue savante Undersea and Hyperbaric Medicine, propriété de l\u2019UHMS, qui ne reconnaît pourtant toujours pas l\u2019intérêt thérapeutique du traitement pour ces enfants\u2026 Il n\u2019en fallait pas plus pour relancer la discussion et forcer l\u2019Institut national d\u2019excellence en santé et en services sociaux (INESSS) du Québec à s\u2019y pencher.Son avis, publié en février 2020, clôt la controverse : « À la lumière des données scientifiques, contextuelles et exponentielles colligées, et en l\u2019absence de démonstration d\u2019une valeur thérapeutique, l\u2019INESSS [pense] que l\u2019ajout [de ce traitement] à la gamme de services publics pour traiter les enfants avec une paralysie cérébrale ne constitue pas une option juste et raisonnable.» Cette position est encore celle qui prévaut.Les deux hôpitaux du Québec où l\u2019on trouve des chambres hyperbares ?l\u2019Hôpital du Sacré-Cœur-de-Montréal dispose aussi de telles installations ?ne peuvent donc traiter que les patients qui répondent aux indications reconnues.Ce qui n\u2019empêche manifestement pas des cliniques privées d\u2019offrir le traitement à gros prix.Ou à des particuliers de se procurer des caissons portatifs à parois souples non homologués et contre lesquels Santé Canada met en garde.« Cette médiatisation malheureuse de la médecine hyperbare pour soigner à peu près tout et n\u2019importe quoi nuit à la crédibilité de la discipline », regrette Neal William Pollock.La détresse de ces victimes, elle, est pourtant bien réelle.» Les tours de sous-marins, aussi intrigants soient-ils, ne sont pas magiques. D ans l\u2019imaginaire collectif, les dinosaures sont continuellement associés à de gros reptiles écailleux vivant dans des climats chauds.Il est vrai que, durant leur règne, qui a duré près de 160 millions d\u2019années, ces animaux vivaient sur une planète beaucoup plus chaude qu\u2019elle ne l\u2019est de nos jours.Reste que non seulement ils avaient colonisé toutes les niches écologiques, mais ils vivaient également dans les régions les plus froides de la planète.Depuis le début des années 1950, les géologues ont mis au jour des ossements fossilisés de dinosaures en Australie et en Arctique (Alaska, Yukon, Nunavut, Groenland, Sibérie, Hokkaido) et, depuis 1986, en Antarctique.Ces fossiles datent tous d\u2019une même et longue période allant du Jurassique inférieur (-200 millions d\u2019années) à la fin du Crétacé (-65 millions d\u2019années), pour un total d\u2019environ 135 millions d\u2019années.Durant ces périodes, l\u2019Australie était très proche de l\u2019Antarctique, près du pôle Sud.Quant à l\u2019Arctique nord-américain, il se trouvait déjà en zone arctique.Cela signifie que les dinosaures ont bel et bien connu des mois d\u2019obscurité et des températures froides à la toute fin du Crétacé, même si les températures moyennes à ces latitudes étaient bien plus élevées qu\u2019aujourd\u2019hui (une dizaine de degrés en moyenne).Découverts tardivement, les sites de fossiles polaires sont aujourd\u2019hui fouillés par des paléontologues du monde entier.Cette présence dans un froid relatif est-elle le résultat de migrations annuelles ?C\u2019est ce qu\u2019ont avancé des scientifiques, notamment pour les dinosaures trouvés au Canada.« La croyance selon laquelle certaines espèces de dinosaures faisaient des migrations entre l\u2019Alberta [au climat subtropical à l\u2019époque] et l\u2019Alaska remonte à plus de 30 ans, à une époque où l\u2019on n\u2019avait pas encore fait d\u2019études anatomiques détaillées et où l\u2019âge des dépôts fossilifères n\u2019était pas bien connu », explique le paléontologue québécois François Therrien, conservateur de paléoécologie au Royal Tyrrell Museum of Palaeontology, à Drumheller, en Alberta.Au cours des 20 dernières années, nous en avons appris beaucoup plus sur ces animaux.« Nous savons maintenant que, malgré le fait que les dinosaures découverts en Alaska étaient très proches, du point de vue évolutif, des espèces trouvées en Alberta, ils appartenaient à d\u2019autres espèces.De plus, ces animaux n\u2019ont pas vécu à la même époque, les dinosaures de l\u2019Alaska ayant vécu quelques millions d\u2019années plus tard que ceux de l\u2019Alberta.» Vraiment, l\u2019hypothèse de dinosaures migrant entre l\u2019Alberta et l\u2019Alaska ne tient pas la route ! Le coup de grâce a été porté à la théorie à l\u2019été 2021.Donald Brinkman, également du Royal Tyrrell Museum of Palaeontology, en compagnie de plusieurs paléontologues américains, a publié un article dans Current 22 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2022 SCIENCES LES DINOSAURES POLAIRES De plus en plus de fossiles de dinosaures sont trouvés près des pôles Nord et Sud.De quoi soulever de sérieuses questions au sujet de la biologie de ces animaux et de leur disparition.PAR JEAN-PIERRE SYLVESTRE Vue d\u2019artiste du Nanuqsaurus, un dinosaure de la famille des tyrannosaures, dont les restes fossiles ont été trouvés en Alaska.Son crâne fait une soixantaine de centimètres de long, contre 1,5 m pour celui de son cousin le Tyrannosaurus rex.IMAGE : NATHAN-E-ROGERS SCIENCES Biology sur la découverte d\u2019œufs et de sites de nidification de dinosaures polaires dans des falaises au-dessus du fleuve Colville, en Alaska.« Nous n\u2019avons pas seulement démontré la présence de restes périnatals \u2013 dans l\u2019œuf ou juste éclos \u2013 d\u2019une ou deux espèces, nous avons plutôt documenté au moins sept espèces de dinosaures se reproduisant dans l\u2019Arctique », explique M.Brinkman.Grâce à ces découvertes, François Ther- rien ajoute que « nous savons maintenant que ces espèces se reproduisaient à ces hautes latitudes, car les ossements des nouveau-nés sont trop petits pour que ceux-ci aient pu participer à de longues migrations.Il semblerait donc que les espèces de dinosaures qui vivaient dans les régions subarctiques y passaient toute leur vie ».DES DINOS OURS BLANCS Les dinosaures de l\u2019Arctique étaient donc bien des espèces endémiques des régions polaires.Rien que sur le versant nord de l\u2019Alaska, les paléontologues américains ont répertorié 12 genres différents de dinosaures.Et on y a découvert plusieurs nouvelles espèces.Ainsi, en 2012, Anthony Fiorillo et Ronald S.Tykoski, deux paléontologues du Perot Museum of Nature and Science de Dallas, ont décrit une nouvelle espèce de cératopsien, le Pachyrhinosaurus perotorum, d\u2019après plusieurs fragments crâniens mis au jour dans des carrières près du même fleuve Colville.En 2014, les mêmes chercheurs du musée de Dallas ont décrit une nouvelle espèce de tyrannosaure arctique : le Nanuqsaurus hoglundi ou « lézard ours blanc ».Une belle trouvaille « locale », alors qu\u2019on a longtemps pensé que les restes des tyrannosauridés repérés dans les dépôts crétacés de la côte nord de l\u2019Alaska appartenaient soit au Gorgosaurus soit à l\u2019Albertosaurus, des dinosaures albertains.Puis, en 2015, trois autres chercheurs de l\u2019Université de l\u2019Alaska de Fairbanks ont décrit une nouvelle espèce d\u2019hadrosaure (plus connu sous le nom de « dinosaure à bec de canard ») découverte dans un gisement recelant plus de 6000 os appartenant aussi bien à des adultes qu\u2019à des juvéniles.Ils l\u2019ont nommée Ugrunaaluk kuukpikensis, c\u2019est-à-dire le « brouteur ancien du fleuve Colville » en langue inupiaq.Enfin, en 2019, des paléontologues japonais et américains, dont Anthony Fiorillo, ont présenté une nouvelle espèce encore non identifiée d\u2019hadrosauridés du genre Lambeosaurus dans le nord de l\u2019Alaska.D\u2019autres genres de dinosaures ont été trouvés dans les gisements alaskains, notamment un droméosauridé, et peut-être un pachycéphalosauridé.Ces dinosaures ne sont connus que par des fragments d\u2019os fossilisés, et leur espèce reste à déterminer.Autre grande découverte des dernières années : de nombreuses traces de pas laissées sur une plaque de roche localisée par Tony Fiorillo au parc national de Denali dans le nord de l\u2019Alaska.Elles indiquent que certains de ces animaux, notamment des hadrosauridés, vivaient sur place et se déplaçaient en troupeaux d\u2019adultes et de jeunes.Ça fait pas mal de monde ! DU SANG FROID À quoi ressemblait la vie des dinosaures dans ces régions subarctiques ?Rappelons qu\u2019à cette époque, l\u2019Alaska était situé encore plus loin au nord qu\u2019il ne l\u2019est présentement et que les conditions de luminosité étaient peut-être encore plus extrêmes qu\u2019elles ne le sont aujourd\u2019hui.« C\u2019est donc dire qu\u2019il y aurait eu plusieurs mois d\u2019obscurité, mais également plusieurs mois de clarté », indique François Therrien.Selon le professeur Fiorillo, la température moyenne durant les mois les plus chauds, en été, variait entre 10 et 12 °C dans cette partie du monde au cours du Crétacé.Et en hiver, la température moyenne était sous le point de congélation.Comment les dinosaures faisaient-ils pour endurer ce froid ?Et là se pose une autre question, débattue depuis longtemps : les dinosaures avaient-ils le sang chaud ou froid ?« Le fait qu\u2019il y ait eu des dinosaures dans les régions de hautes latitudes, mais pas de reptiles ectothermes [à sang froid] tels que des tortues, des crocodiles et des champsosaures [un genre éteint de reptiles d\u2019eau douce], semble indiquer que les dinosaures avaient un métabolisme plus intense que celui des reptiles, dit François Therrien.Certains dinosaures, tels les petits théropodes, qui étaient couverts de plumes filamenteuses semblables au duvet des oiseaux modernes pouvaient se garder au chaud.» Plusieurs études, dont une à laquelle M.Therrien a participé en 2020 dans Science Advances, ont démontré que les dinosaures possédaient une température corporelle plus élevée que celle de leur environnement, ce qui laisse croire qu\u2019ils étaient capables de générer leur propre chaleur.Cette température aurait tourné autour de 35-40 °C, selon ces travaux qui ont analysé la composition chimique des coquilles d\u2019œufs pour en déduire à quelle température elles se sont constituées.« Cependant, les dinosaures régulaient probablement leur température différemment des animaux endothermes [à sang chaud] modernes, comme les mammifères et les oiseaux modernes », souligne le paléontologue.D\u2019autre part, grâce à des études récentes faites sur des os fossiles de dinosaures australiens et antarctiques, dont les anneaux de croissance ressemblaient en tout point à ceux des dinosaures d\u2019autres latitudes, nous savons que la plupart des dinosaures polaires n\u2019hibernaient pas.D\u2019ailleurs, il aurait été difÏcile pour certaines grosses espèces, comme le Pachyrhinosaurus et le Nanuqsaurus, de trouver un « petit coin » où se cacher et se protéger du froid pendant tout l\u2019hiver.On a trouvé des traces de peau de ces animaux, et aucune n\u2019a présenté une quelconque empreinte de poils ou de duvet.On peut imaginer que certains de ces dinosaures polaires étaient enveloppés d\u2019une épaisse couche de graisse parfaitement isolante.Il faudra attendre les prochaines découvertes pour y voir plus clair ! TRIAS -251 millions d\u2019années Apparition des dinosaures Extinction des dinosaures -200 millions d\u2019années -145 millions d\u2019années -65 millions d\u2019années JURASSIQUE ÈRE MÉSOZOÏQUE CRÉTACÉ 24 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2022 IMAGES : KEVIN MAY ; JAMES HAVENS IMAGES OU PHOTOS : XXXXXXXXXXXXX SEPTEMBRE 2022 | QUÉBEC SCIENCE 25 Pat Druckenmiller et Greg Erickson (Université de l\u2019Alaska de Fairbanks et Université d\u2019État de Floride) extraient un os de dinosaure d\u2019une roche le long du ?euve Colville, en Alaska.Vue d\u2019artiste de deux tyrannosauridés adultes et de leurs petits vivant dans les régions arctiques au Crétacé.Les dinosaures de l\u2019Arctique étaient bien des espèces endémiques des régions polaires.Rien que sur le versant nord de l\u2019Alaska, les paléontologues américains ont répertorié 12 genres différents. 26 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2022 SCIENCES LA RECHERCHE TOP SECRÈTE Le plus grand centre de recherche canadien dans le domaine de la défense est basé au Québec.Visitez-le avec nous.PAR MÉLISSA GUILLEMETTE est bien la première fois de ma carrière qu\u2019on m\u2019interdit d\u2019apporter mon enregistreuse, alors que je dois réaliser une enfilade d\u2019entrevues.En fait, personne n\u2019entre au Centre de recherches de Valcartier avec des appareils électroniques personnels, pas même un cellulaire.La règle vaut aussi pour le scientifique en chef de l\u2019établissement, Bruno Gilbert, que je rejoins de l\u2019autre côté du poste de contrôle.Les journalistes sont par ailleurs très rares par ici ; ce serait la première fois depuis une vingtaine d\u2019années qu\u2019un individu de mon espèce franchit le grillage\u2026 « On va vous présenter ce qui est de nature publique, prévient M.Gilbert.On ne voudrait pas diffuser des détails sur les vulnérabilités des équipements des soldats, par exemple\u2026 » Une occasion d\u2019avoir une idée, bien que très partielle, de ce qui se passe derrière ses portes closes.Il m\u2019a préparé un programme militaire : tout est réglé au quart de tour.« Vous allez voir : au Centre de recherches de Valcartier, une journée, c\u2019est pas assez ! » lance-t-il, reprenant le slogan du parc aquatique tout proche.Tout comme ce parc, le terrain du Centre est immense: 16 km2 répartis sur trois secteurs.Des bâtiments anciens sont disposés en grappes, près de la rue, et juste à côté, un nouvel édifice, imposant, est en construction ; il abritera 80 laboratoires.Derrière, de plus petits bâtiments qui servent à des expériences sont disséminés ici et là dans une plaine verte.Pour relater l\u2019histoire du lieu, Bruno Gilbert (qui a pris sa retraite depuis ma visite) m\u2019entraîne dans une salle « à conversation sensible », c\u2019est-à-dire qu\u2019elle offre une atténuation acoustique et une protection contre l\u2019interception électronique.Les activités ici datent de la Première Guerre mondiale.La base des Forces canadiennes Valcartier fut érigée en camp d\u2019entraînement en 1914.Puis, lors de la Seconde Guerre mondiale, l\u2019usine de munitions Arsenal fédéral ouvre de l\u2019autre côté de la rue; 5 000 personnes y travaillent.Comme il faut tester la production, un laboratoire de balistique est construit.Ce dernier est à l\u2019origine de la création du Canadian Armament Research and Development Establishment en 1945, qui deviendra le Centre de recherches de Valcartier.C\u2019est le plus important des sept centres de Recherche et développement pour la défense du Canada à travers le pays, qui disposent d\u2019un budget annuel total de plus de 400 millions de dollars et emploient 1 200 personnes.Dans ce grand réseau, il y a des scientifiques de toutes sortes, « comme des psychologues et des économistes, mais à Valcartier, on a plutôt des chercheurs en sciences \u201cdures\u201d », précise leur patron.Mais attention : « On n\u2019est pas là pour créer de la propriété intellectuelle.On est plutôt des intégrateurs de connaissances », indique mon guide.Leur mission ?Voir venir les nouvelles technologies militaires, les essayer et les améliorer, ainsi que conseiller le ministère de la Défense nationale et le gouvernement canadien dans leurs achats.Bref, on est loin des zones de combat.« Mais on a quand même envoyé des scientifiques en Afghanistan\u2026 » Ils ont par exemple aidé au déploiement d\u2019une nouvelle technologie d\u2019avertisseur laser.Si vous imaginez Bruno Gilbert vêtu de kaki, vous faites erreur.Bien qu\u2019il y IMAGE : MICHEL VIGNEAULT, PHOTOGRAPHE, VISDOC, RDDC, VALCARTIER Sur le site du Centre de recherches de Valcartier, un exercice de brûlage de poudres excédentaires d\u2019artillerie a cours sur une table conçue par les équipes scienti?ques pour cet usage.L\u2019outil est désormais utilisé par les Forces armées canadiennes. SCIENCES ait une base militaire juste à côté, « le Centre de recherches n\u2019appartient pas à l\u2019armée canadienne », souligne-t-il.Sur les 480 employés qui travaillent ici, 439 sont des civils, dont il fait partie, contre 41 militaires.Le « camo » est néanmoins bien représenté dans les hautes sphères : le lieutenant-colonel Christian Picard est directeur adjoint du centre.L\u2019expert du kaki est toutefois un civil nommé Jean Dumas, de la section Guerre électro-optique.Malgré son style tout sauf extravagant \u2013 jean, t-shirt, veste en laine polaire et cheveux très courts \u2013, on le surnomme le « Versace de Valcartier ».« Ça fait 25 ans que je fais de la guenille, plus précisément du camouflage », déclare-t-il en guise de présentation.En effet, les motifs des habits des soldats canadiens ne sont pas choisis au hasard ; M.Dumas étudie la question en profondeur.Il dépose différents morceaux de tissu sur une table.Jusqu\u2019à la fin des années 1990, un uniforme vert uni habillait les militaires.Il a été délaissé au profil du dessin de camouflage canadien (DCamC) « Forêt tempérée », mis au point par une firme danoise pour déjouer les systèmes de vision ennemis.Le motif est fait de carrés vert clair, vert foncé, marron et noirs, un peu comme des pixels.« Il a failli ne pas être adopté.Les femmes des généraux ne l\u2019aimaient pas.Elles demandaient : pourquoi c\u2019est foncé ?Pourquoi c\u2019est carré ?Eh bien, parce que ça réduit la visibilité de 25 % ! » Le ministère de la Défense a ensuite procédé à l\u2019achat d\u2019un logiciel pour produire les motifs.Une version « Régions arides » a été réalisée pour le déploiement en Afghanistan, avec des carrés plus gros, car les cailloux des zones désertiques sont plus grands que les détails de la forêt, ainsi qu\u2019une version blanche pour le Nord.Le but n\u2019est pas de plaire, mais de réduire le risque de blessure, de sauver des vies.Tout tissu est d\u2019ailleurs soumis à des tests rigoureux, notamment pour voir s\u2019il permet aux militaires d\u2019échapper à la détection dans le proche infrarouge (juste au-delà du rouge visible par l\u2019œil humain), utilisée la nuit.« On emprunte des soldats quelques jours et on joue à la cachette », indique Jean Dumas.Le camouflage thermique, qui permettrait d\u2019éviter d\u2019être repéré par la chaleur, est un sujet de recherche actif chez Recherche et développement pour la défense du Canada.Quoi qu\u2019il en soit, la « guenille » fait toujours jaser.C\u2019est bientôt le motif DCamC « Multi-terrain », une sorte de mélange entre les versions forêt tempérée et régions arides, qui soulèvera les passions, puisqu\u2019il ornera la majorité des uniformes.Il a fait ses preuves.« On l\u2019a testé en Australie et dans le sud-ouest des États-Unis, dans la jungle, la savane et la prairie.À ce jour, les femmes des généraux sont contentes ! » dit à la blague le Versace de Valcartier.LE SPECTRE DES ÉGARÉS On entre maintenant dans le laboratoire de Caroline Turcotte, de la section Surveillance et reconnaissance électro-optique.Le photographe militaire qui m\u2019accompagne (je ne pouvais apporter mon propre appareil photo, évidemment) fait quelques clichés.« On va réviser les photos après pour s\u2019assurer qu\u2019il n\u2019y a pas de matériel scientifique classifié », précise le duo de représentantes des communications de la Défense nationale qui m\u2019accompagne.Dans la pièce inondée de soleil, un étrange bloc rouge surmonté de caméras attire l\u2019œil.Il s\u2019agit d\u2019un système d\u2019imagerie hyperspectrale que l\u2019équipe de Vincent Roy et Caroline Turcotte a conçu pour qu\u2019il puisse être monté à bord d\u2019un avion.Muni d\u2019un stabilisateur, il balaie le paysage pour capter le rayonnement réfléchi par chaque petit bout de terrain, afin d\u2019en déterminer la nature.« Le pays est très grand, rappelle Caroline Turcotte.Des gens partent en motoneige et se perdent.On s\u2019est demandé si la technologie hyperspectrale, qui capte la lumière visible et le proche infrarouge, pouvait donner un coup de main pour les sauvetages », auxquels les Forces armées canadiennes participent.Justement, la scientifique nous montre une image de tests réalisés à proximité d\u2019Iqaluit en été.« On a mis sur le terrain plusieurs objets, dont un parachute vert, un gilet de sauvetage et quatre manteaux de fourrure, puis on a survolé la zone à 1 500 mètres d\u2019altitude.» Les images ont ensuite été analysées à l\u2019aide d\u2019une unité de calcul rapide et d\u2019algorithmes qui ont réussi à identifier le parachute, l\u2019élément le plus distinctif, et le gilet de sécurité.Pour les manteaux, qui se fondaient parfaitement dans le décor, la tâche semblait quasi impossible.Or, sur l\u2019image spectrale que nous montre la scientifique, quatre points alignés apparaissent clairement : les manteaux ! « Ça va au-delà de la couleur.On peut détecter et identifier les matériaux.On peut aussi s\u2019en servir pour la détection de traces dans la neige.Car quand une motoneige passe, les grains de neige réfléchissent différemment la lumière.» Enfin, la peau humaine a une signature spectrale précise.Cet outil sert-il à repérer l\u2019ennemi également ?« Le système a été évalué pour des applications de recherche et de sauvetage.Nous ne pouvons pas faire de conjectures sur d\u2019autres utilisations potentielles », me précisera-t-on.Mon marathon d\u2019entrevues se poursuit.À la section Commandement, contrôle et renseignement, la chercheuse spécialisée en intelligence artificielle Hengameh Irandoust m\u2019accueille avec un scénario angoissant : un navire vient de repérer une attaque de missile.Que doit faire le commandant ?« Pendant la phase d\u2019analyse, il y a beaucoup d\u2019informations importantes à traiter, énormément de variables à considérer, souligne la scientifique.Les données sont incomplètes et ambiguës.L\u2019opérateur du navire est en surcharge cognitive.Ça mène à des erreurs.» Le travail de cette scientifique consiste à mettre au point un système pour aider le commandant\u2026 sans pour autant le remplacer.« Au début, la recherche essayait d\u2019automatiser tous les processus de gestion de la bataille.Mais il y a eu un changement de paradigme : l\u2019humain doit rester là pour les décisions critiques.On ne veut pas qu\u2019il soit en surcharge cognitive, mais si on automatise la gestion à 100 %, il ne sera plus alerte ! Il ne faut pas qu\u2019il perde ses compétences.» Son équipe tente donc d\u2019exploiter les forces respectives des humains et celles des systèmes informatiques et des capteurs.Pour que le partenariat réussisse, il faut que l\u2019humain croie profondément au système.« On réfléchit donc aux caractéristiques d\u2019un système fiable qui s\u2019exprime de façon ordonnée.Il faut que le système soit transparent, intègre, cohérent », afÏrme la chercheuse.Enfin, l\u2019interface du système d\u2019aide à la décision doit être soignée pour que l\u2019utilisateur voie rapidement le bilan de la situation.On dit que l\u2019argent est le nerf de la guerre, mais c\u2019est aussi le cas des données ! Dans le laboratoire de Sylvie Buteau, un camion prend toute la place.Je grimpe à bord pour comprendre sa raison d\u2019être : détecter 28 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2022 IMAGES : MICHEL GUITARD, PHOTOGRAPHE, VISDOC, RDDC, VALCARTIER IMAGES OU PHOTOS : XXXXXXXXXXXXX SEPTEMBRE 2022 | QUÉBEC SCIENCE 29 Caroline Turcotte montre des photos de zones nordiques où un système d\u2019imagerie hyperspectrale a été testé.Jean Dumas connaît le motif DCamC dans ses moindres détails.DES CHERCHEURS QUI N\u2019ONT PAS À PUBLIER En recherche, on dit souvent que les scienti?ques doivent « publier ou périr ».En effet, ils subissent une forte pression pour diffuser leurs travaux dans des revues prestigieuses, à défaut de quoi leur ?nancement et leur statut professionnel seront en jeu.Ce n\u2019est pas le cas pour les chercheurs du Centre de recherches de Valcartier.La publication n\u2019est pas pour autant interdite.Quand une étude n\u2019est pas jugée « sensible », elle peut être diffusée dans les revues savantes ou communiquée dans les congrès.« On va dans les conférences de l\u2019Optical Society, par exemple, cite le scienti?que en chef de l\u2019établissement, Bruno Gilbert.Mais si on vient de faire une découverte, on ne va peut-être pas en parler.» La rigueur scienti?que demeure de mise.Les travaux trop secrets pour être publiés sont quand même soumis à un processus interne de révision par les pairs a?n qu\u2019on s\u2019assure de la validité des résultats. un agent biologique à distance, qu\u2019il s\u2019agisse de virus, de bactéries, de champignons ou de toxines.« On a tous été confinés en 2020 en raison d\u2019une menace de nature biologique [le virus de la COVID-19], mais on pourrait aussi être confrontés à ce type de menace à la suite d\u2019une dissémination intentionnelle ou accidentelle.» Pour déceler ces aérosols, le camion réunit des technologies dites « de détection en retrait ».« On ne veut aucun contact entre le détecteur et la menace, explique la chercheuse.Pas besoin, donc, de s\u2019habiller avec la combinaison de protection CBRN [chimique, biologique, radiologique et nucléaire] pour avoir l\u2019information recherchée », et cela accélère le temps de réponse.Mais comment repérer de loin ce qui est microscopique ?L\u2019équipe détermine d\u2019abord une zone de surveillance.Un système lidar infrarouge balaie cette zone à la recherche d\u2019un nuage d\u2019aérosols.S\u2019il en trouve un, le système envoie des impulsions laser ultraviolettes (UV) là où le nuage a la concentration la plus élevée.« On exploite une caractéristique du matériel biologique : quand une substance biologique est excitée par des UV, de la fluorescence est émise.» Le système lidar collecte cette fluorescence, ce qui permet de faire la classification du nuage détecté.L\u2019équipe utilise des éléments inoffensifs afin de mettre au défi ses systèmes, y compris des virus et des bactéries non dangereuses et du blanc d\u2019œuf, qui joue parfaitement le rôle d\u2019une vilaine toxine.« On va dans le champ tester tout ça.On met au défi les technologies et on améliore le tout, que ce soit du côté logiciel ou matériel.» En espérant qu\u2019ils ne trouveront jamais un vrai nuage pathogène\u2026 JAMBE EN GÉLATINE Bruno Gilbert m\u2019entraîne de l\u2019autre côté de la rue, sur la base militaire, pour atteindre un immense garage aux stores baissés.On doit y retrouver l\u2019équipe de Protection et effets d\u2019armes.« Ces gens-là ont fait exploser tous les véhicules des Forces armées canadiennes », assure-t-il.Des mannequins attendent d\u2019être exposés aux différents risques qui planent sur les militaires en zone de guerre.Aujourd\u2019hui, pas d\u2019explosion au programme.L\u2019équipe s\u2019est plutôt payé ma tête en me faisant enfiler une combinaison militaire, l\u2019objectif ofÏciel étant de me faire ressentir le poids écrasant de l\u2019équipement du soldat type sur le terrain, qui représente en soi un risque de blessure.Les chercheurs développent eux-mêmes leurs protocoles de test selon les nouvelles réalités du terrain.En Afghanistan, les engins explosifs improvisés parsemés sur les routes ont modifié le risque associé à la circulation des véhicules blindés.Pour simuler les effets de l\u2019explosion d\u2019un tel engin sous un véhicule, ils ont installé dans leur laboratoire une grande « tour de chute ».Ce type d\u2019équipement sert normalement à évaluer l\u2019effet d\u2019une chute sur un mannequin.Quel lien avec une charge explosive enfouie ?« La chute vers le bas permet de générer des forces vers le haut lors de la décélération du mannequin, et elles sont représentatives de certains types de forces observées lors d\u2019une explosion sous un véhicule.C\u2019est un peu contre-intuitif, je l\u2019avoue, mais les deux génèrent des accélérations verticales vers le haut », indique un ingénieur de l\u2019équipe, Robert Durocher.Pour que ces simulations soient valides, il faut des mannequins encore plus précis que les modèles commerciaux de base.Sur une table, un cerveau en gelée rose donne le ton.Une colonne vertébrale conçue avec des matériaux « biofidèles » et munie de capteurs est également mise au point, et on me parle d\u2019une jambe en gélatine.Le groupe n\u2019a qu\u2019à contacter la section Prototypage du Centre pour que les pièces deviennent réalité.L\u2019équipe a aussi accès à un corridor balistique de 220 mètres de long pour étudier le comportement des balles en vol et à des sites extérieurs pour reproduire une explosion en toute sécurité.Elle teste actuellement différents modèles de gilets pare-balles qui seraient plus confortables pour les femmes.« Est-ce le même niveau de protection ?Y a-t-il un risque de ricochet ?» demande le responsable du groupe de recherche, Simon Ouellet.Les réponses qu\u2019ils trouveront influeront sur le choix de l\u2019équipement.Son équipe analyse également de véritables cas.« Quand un décès survient dans le théâtre des opérations, on rapporte l\u2019équipement et on voit ce qui n\u2019a pas marché », dit Simon Ouellet.Un rappel de la dure réalité de la guerre, loin des laboratoires.QUEL BUDGET ?Recherche et développement pour la défense du Canada dispose d\u2019un budget d\u2019environ 400 millions par année (dont 65 millions pour le Centre de recherches de Valcartier).À titre comparatif, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada a reçu 1,3 milliard en 2020-2021 et le Conseil de recherche en sciences humaines, 554 millions.Nos voisins du Sud sont les plus dépensiers en matière de recherche et développement liés à la défense, et de loin.En 2020, ils y ont investi près de 0,4 % de leur PIB.Plus de la moitié du budget total alloué par le gouvernement américain à la recherche vise d\u2019ailleurs la défense.Parmi les membres de l\u2019Organisation de coopération et de développement économiques suivent la Corée du Sud (un peu plus de 0,2 % de son PIB) et la France (environ 0,06 %).Le Canada est loin derrière (environ 0,01 %).À ceux qui estiment que les dépenses canadiennes demeurent trop importantes, l\u2019historien des sciences Yves Gingras rappelle que l\u2019État a le mandat d\u2019assurer la sécurité de ses citoyens.Pour y arriver, il effectue deux types de recherche à l\u2019interne : celle qui vise à établir des normes (par exemple au sujet des polluants chez Environnement et Changement climatique Canada) et celle qui concerne le monde militaire.« Tous les pays font ça ; c\u2019est non seulement normal, mais inévitable », dit le professeur à l\u2019Université du Québec à Montréal.Quant au fait que le ministère de la Défense ?nance des chercheurs dans les universités, son opinion est claire.« On défend beaucoup la liberté universitaire ces temps-ci.Elle inclut la liberté d\u2019accepter ou pas un contrat du genre ! » SCIENCES 30 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2022 IMAGES : JOCELYN TESSIER, RDDC/MDN; MICHEL GUITARD, PHOTOGRAPHE, VISDOC, RDDC, VALCARTIER Des chercheurs du Centre de recherches de Valcartier utilisent et fabriquent des modèles bio?dèles de parties du corps humain.Ce camion est équipé de technologies de détection de menaces biologiques à distance.INNOVER Plus de 400 subventions et contrats de recherche ici L\u2019avenir est Université du Québec à Chicoutimi Autant par la qualité de son corps professoral que par les efforts soutenus de sa communauté étudiante, l\u2019UQAC se distingue au Québec, au Canada et mondialement grâce à ses projets de recherche.uqac.ca/recherche-et-creation À écouter parler les cosmologistes, on se demande parfois s\u2019ils ne font pas de la magie noire plutôt que de la science.Non seulement ils lisent dans le passé de l\u2019Univers en regardant les étoiles, mais ils parsèment en plus leurs discussions de mots aussi poétiques que mystérieux, comme céphéides et géantes rouges, chandelles standards et rayonnement diffus.Bien sûr, leurs hypothèses sur l\u2019histoire du cosmos reposent sur des observations validées, des lois physiques et de solides équations.Du big bang à aujourd\u2019hui, leur théorie tient tout à fait la route \u2013 du moins, elle explique très bien ce que montrent les télescopes.À un détail près.Un détail énorme, qui prend de plus en plus de place, autant au sein de l\u2019Univers lui-même que dans les congrès de cosmologie : l\u2019énergie noire.Le terme semble sorti d\u2019un manuel de sorcellerie, mais il est bien choisi.Car, à première vue, cette force a tout d\u2019un élément surnaturel.Impossible de la décrire ; elle ne ressemble à rien de ce qu\u2019on connaît.Et pourtant, elle constitue à elle seule plus des deux tiers du contenu énergétique du cosmos.« La seule chose qu\u2019on sait d\u2019elle, c\u2019est qu\u2019on ne sait rien », résume humblement Robert Brandenberger, cosmologiste et professeur de physique théorique à l\u2019Université McGill.Si on est certains de sa présence, c\u2019est parce qu\u2019on en mesure les effets : l\u2019énergie noire pousse l\u2019Univers à s\u2019agrandir de façon accélérée, et elle gagne sans cesse en puissance.Ce phénomène énigmatique force les scientifiques à revoir toutes leurs certitudes.Pour investiguer, ils se sont dotés de télescopes puissants, qui opéreront depuis la Terre et dans l\u2019espace.« On devrait avoir un portrait plus clair d\u2019ici quelques années.C\u2019est important d\u2019avoir des programmes complémentaires pour voir si on fait les mêmes observations, ou si on décèle des incohérences.Cela va nous aider à savoir vers quelle théorie nous orienter », souligne Nathalie Palanque-Delabrouille, directrice du Département de physique du Lawrence Berkeley National Laboratory en Californie et porte-parole pour l\u2019instrument DESI (pour Dark Energy Spectroscopic Instrument), en fonction sur un télescope d\u2019Arizona depuis 2021.Certes, l\u2019énergie noire n\u2019est pas le seul mystère à tenir les physiciens en haleine.À vrai dire, on ne sait expliquer que 5 % du contenu actuel de l\u2019Univers, à savoir uniquement la matière visible, qui constitue les galaxies, les planètes, les humains et les extraterrestres potentiels.Les 95 % restants sont constitués d\u2019énergie noire et de matière noire.Cette dernière nous échappe elle aussi, mais on peut se la figurer plus facilement.Formée de particules inconnues, elle apporte de la masse aux galaxies et leur permet de ne pas se disloquer.De nombreux détecteurs LE CÔTÉ OBSCUR DE LA FORCE 32 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2022 ESPACE Découverte en 1998, l\u2019énergie noire déconcerte les chercheurs.Ce ?uide inconnu, qui pousse l\u2019Univers à s\u2019étendre toujours plus vite, est désormais traqué par un arsenal de nouveaux instruments.Le début de la ?n de l\u2019énigme ?PAR MARINE CORNIOU CE Cette illustration représente l\u2019histoire de l\u2019Univers, du bas (avec le big bang en blanc) vers le haut (aujourd\u2019hui).Après le big bang, notre cosmos a subi une in?ation spectaculaire, puis a continué à refroidir et à s\u2019étirer, ce qui a rendu possible la formation des galaxies.Depuis six milliards d\u2019années, l\u2019expansion s\u2019accélère.En cause : l\u2019énergie noire.IMAGE : NICOLLE R.FULLER, NATIONAL SCIENCE FOUNDATION ESPACE sur Terre tentent d\u2019ailleurs « d\u2019attraper » ces grains invisibles\u2026 L\u2019énergie noire, elle, requiert un tout autre effort d\u2019imagination.Est-ce un fluide, de la matière, une particule ?Sorte de « brouillard » omniprésent et répulsif, elle contrecarre la gravité ; sous son emprise, une pomme lancée en l\u2019air se mettrait à accélérer vers le ciel plutôt que de retomber.« On est dans une situation paradoxale.On arrive à quantifier les composantes de l\u2019Univers avec une précision de l\u2019ordre du pour cent : 70 % d\u2019énergie noire, 25 % de matière noire, 5 % de matière visible.Mais on ne sait rien des deux composantes majeures.C\u2019est assez frustrant ! On aimerait vraiment comprendre leur nature », confie Nathalie Palanque-Delabrouille.Comment s\u2019y prendre ?Avant de plonger dans les détails techniques, des rappels sur l\u2019histoire de l\u2019Univers s\u2019imposent.Vieux de 13,8 milliards d\u2019années, l\u2019Univers a d\u2019abord connu une phase infiniment dense et chaude, puis son expansion a débuté de façon explosive.En se dilatant, il s\u2019est refroidi, ce qui a permis aux premiers atomes d\u2019émerger, puis aux galaxies de se former.Le cosmos s\u2019étend encore aujourd\u2019hui, comme un ballon qui gonfle tranquillement.C\u2019est ce que l\u2019astronome américain Edwin Hubble a confirmé en 1929, en se basant sur d\u2019autres travaux.En observant de lointaines galaxies, il constate que leur lumière nous parvient plus rouge que prévu.C\u2019est le fameux « décalage spectral » (ou redshift), qui est semblable à ce qui se passe sur le plan sonore lorsqu\u2019un camion de pompier passe devant nous.Lorsqu\u2019il s\u2019approche, le son de la sirène paraît plus aigu, et plus grave lorsqu\u2019il s\u2019éloigne.« Le redshift, ça revient au même.La lumière qui nous parvient d\u2019un objet qui s\u2019éloigne de nous en raison de l\u2019expansion de l\u2019Univers voit sa longueur d\u2019onde étirée.Elle est décalée vers le côté rouge du spectre lumineux, car l\u2019Univers s\u2019est étiré entre le moment d\u2019émission et l\u2019observation », précise Nathalie Palanque-Delabrouille.Bref, les galaxies « s\u2019éloignent » sous l\u2019impulsion initiale du big bang, et elles fuient d\u2019autant plus vite qu\u2019elles sont lointaines.En toute logique, on s\u2019attendait à ce que cette expansion ralentisse peu à peu, freinée par la force d\u2019attraction exercée par le contenu de l\u2019Univers.Mais en 1998, coup de théâtre : deux équipes qui essaient de mesurer ce ralentissement à l\u2019aide d\u2019étoiles lointaines en explosion (voir l\u2019encadré en page 37) montrent qu\u2019au contraire, l\u2019expansion s\u2019accélère.Comme si une force soufÒait de plus en plus fort pour gonfler le ballon ! Les équipes en question se sont partagé le prix Nobel de physique en 2011 \u2013 non sans avoir fait voler en éclats le tableau plutôt cohérent dépeint jusqu\u2019alors.Quel est donc ce soufÒe venu de nulle part ?Les termes énergie noire ou énergie sombre émergent.N\u2019y cherchez pas un sens profond ni une définition de sa nature.« C\u2019est juste un nom ! Toutes les théories pour l\u2019expliquer sont laborieuses », afÏrme Laurence Perreault-Levasseur, professeure au Département de physique de l\u2019Université de Montréal.REMONTER LE TEMPS Il a fallu du temps pour mettre au point les instruments nécessaires à la traque.« On veut mesurer ses propriétés et voir si sa valeur change dans le temps, en regardant loin dans l\u2019histoire de l\u2019Univers », résume- t-elle.Rappelez-vous : regarder « loin », en cosmologie, revient à voir le passé, puisque la lumière qui nous parvient aujourd\u2019hui d\u2019une étoile ou d\u2019une galaxie l\u2019a en fait quittée il y a très longtemps (même la lumière du Soleil met 8 minutes à nous parvenir).En fait, regarder loin permet d\u2019observer des « strates » d\u2019univers d\u2019autant plus anciennes qu\u2019elles sont éloignées.La quête des cosmologistes commence donc par un coup d\u2019œil dans le rétroviseur.Leur but : cartographier avec précision l\u2019Univers pour retracer l\u2019effet de cette force au fil des âges.C\u2019est notamment le principe du projet DESI, qui récolte un flot de données depuis quelques mois.Pendant cinq ans, cet instrument fera un relevé de plus de 35 millions de galaxies pour dresser la plus grande carte tridimensionnelle du cosmos jamais établie.« DESI nous permettra de regarder jusqu\u2019à 12 milliards d\u2019années en arrière, avec une très grande précision », explique Nathalie Palanque-Delabrouille.DESI est constitué de plusieurs spectro- graphes installés sur le télescope américain Mayall.En « décortiquant » la lumière des objets célestes en différentes longueurs d\u2019onde, l\u2019instrument mesure le décalage vers le rouge (et donc la distance) de quatre catégories d\u2019objets, des plus proches aux plus lointains.Les grosses galaxies servent de repères jusqu\u2019à quatre milliards d\u2019années en arrière, puis c\u2019est le tour des galaxies rouges, très lumineuses, jusqu\u2019à huit milliards d\u2019années, des jeunes galaxies bleues qui permettront de remonter à 10 milliards d\u2019années, et enfin des quasars (des noyaux très actifs de galaxies) pour sonder l\u2019Univers le plus ancien.Toutes les vingt minutes, DESI vise pas moins de 5000 cibles.Une cadence vertigineuse ! De son côté, le satellite Euclid, qui doit décoller en 2023, mènera un peu le même type d\u2019enquête, cartographiant le tiers de la voûte céleste en profondeur (jusqu\u2019à 10 milliards d\u2019années).Ce télescope de l\u2019Agence spatiale européenne doit évaluer le décalage vers le rouge de dizaines de millions d\u2019entre elles.À eux deux, DESI et Euclid multiplieront par au moins 10 le nombre d\u2019objets de notre carte de l\u2019Univers.L\u2019observatoire Vera-C.-Rubin, actuellement en construction dans le désert d\u2019Atacama, au Chili, prêtera main-forte à Euclid et à DESI.« Ce télescope optique va scanner tout le ciel de l\u2019hémisphère Sud, toutes les trois nuits, pendant dix ans », indique Laurence Perreault-Levasseur.« Ce n\u2019est pas un spectrographe, donc il n\u2019offrira pas la troisième dimension, la profondeur.Sorte de « brouillard » omniprésent et répulsif, l\u2019énergie noire contrecarre la gravité.Elle pousse l\u2019Univers à s\u2019agrandir de façon accélérée.34 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2022 IMAGES OU PHOTOS : XXXXXXXXXXXXX SEPTEMBRE 2022 | QUÉBEC SCIENCE 35 25 % de matière noire 70 % d\u2019énergie noire 5 % de matière visible DANS L\u2019UNIVERS.Une vue d\u2019artiste du satellite Euclid de l\u2019Agence spatiale européenne, dont le départ est prévu pour 2023.Il a pour objectif d\u2019étudier les pro priétés de l\u2019énergie noire en scrutant la position d\u2019un milliard de galaxies.En quelques mois de service, DESI a déjà cartographié 7 millions de galaxies.Cette carte préliminaire en représente 400 000.La Terre est au centre, et les galaxies les plus éloi gnées se trouvent à 10 milliards d\u2019annéeslumière.Le télescope Mayall à l\u2019Observatoire de Kitt Peak, aux ÉtatsUnis, a été équipé de l\u2019instrument DESI, qui cartographiera plus de 35 millions de galaxies.IMAGES : P.MARENFELD ; NOIRLAB/NSF/AURA \u2022 ESA\u2022D.SCHLEGEL/BERKELEY LAB À PARTIR DE DONNÉES DE DESI ; M.ZAMANI (NSF\u2019S NOIRLAB)\u2022ESA/ATG MEDIALAB (SATELLITE) ; NASA, ESA, CXC, C.MA, H.EBELING ET E.BARRETT (UNIVERSITÉ DE HAWAII/IFA), ET AL.ET STSCI ESPACE Mais son grand atout est sa cadence ; il va plutôt chercher les événements variables, comme les supernovæ », précise Nathalie Palanque-Delabrouille.Ce que les chercheurs souhaitent observer en particulier, c\u2019est le moment charnière où l\u2019énergie sombre a commencé à stimuler l\u2019expansion.Car ce coup d\u2019accélérateur s\u2019est surtout fait sentir sur les six derniers milliards d\u2019années.Avant cela, l\u2019énergie noire était probablement présente, mais discrète.« Son effet était moins apparent.Or au fur et à mesure que l\u2019espace s\u2019étend, il y a de plus en plus d\u2019énergie noire.C\u2019est contre-intuitif, mais elle ne se dilue pas dans l\u2019espace, contrairement à la matière et à la radiation », explique Laurence Perreault-Levasseur.Si bien que, de négligeable, elle est devenue de plus en plus abondante, puis a pris le dessus sur la matière pour être aujourd\u2019hui majoritaire.Comme si elle surgissait du vide, à mesure que celui-ci enfle ! AGENCEMENT COSMIQUE Au-delà de ce point de basculement, les scientifiques s\u2019intéressent aux empreintes que l\u2019énergie noire a laissées sur la géométrie de l\u2019Univers, en particulier sur les amas de galaxies.Car ses propriétés dictent la vitesse et la manière dont ces grandes structures cosmiques se forment.Si la gravitation régit l\u2019agrégation de la matière, son effet est contré par la dilution produite par l\u2019expansion.Ainsi, plus celle-ci est rapide (donc plus il y a d\u2019énergie noire), plus la formation des structures cosmiques est ralentie.Fait intéressant, ces structures se sont agglutinées par endroits sur la toile de l\u2019espace-temps, laissant d\u2019autres pans du cosmos moins densément « peuplés ».« La répartition des galaxies n\u2019est pas aléatoire, explique Nathalie Palanque-Delabrouille.En fait, on retrouve des motifs (voir l\u2019encadré ci-dessous) qui sont liés à l\u2019Univers primordial, des sortes d\u2019anneaux sur lesquels se concentrent les amas de galaxies.» Ce n\u2019est qu\u2019en accumulant des millions de points LIRE LES SIGNES DU CIEL C\u2019est notamment en repérant certains motifs de matière dans l\u2019Univers que les scienti?ques espèrent voir l\u2019in?uence de l\u2019énergie noire.D\u2019où viennent ces dessins ?Tout a commencé, juste après le big bang, par une « soupe » primordiale immensément dense et chaude.Le tout jeune Univers était alors totalement opaque ; impossible pour la lumière d\u2019y circuler.Dans ce plasma de matière ionisée, d\u2019électrons et de photons, des ondes de pression (telles des ondes sonores) se sont propagées à partir de minuscules variations de la densité.« C\u2019est un peu comme lorsqu\u2019on jette des cailloux dans un lac.Chaque caillou crée un cercle, une vaguelette qui s\u2019éloigne de l\u2019endroit de l\u2019impact.Dans l\u2019Univers, cela correspondait en fait à des ondes de photons et de matière », explique la physicienne Nathalie Palanque-Delabrouille.Puis, environ 380 000 ans après le big bang, le cosmos refroidit suf?samment pour devenir « transparent » : les électrons s\u2019associent aux protons pour former les premiers atomes d\u2019hydrogène, libérant ainsi l\u2019espace pour que la lumière se propage en?n.« Subitement, c\u2019est comme si le lac avait gelé.Toutes les vaguelettes se sont ?gées en l\u2019état.La matière, constituée de ce qu\u2019on appelle des baryons (des protons et des neutrons qui composent les atomes), s\u2019est retrouvée là où les photons l\u2019avaient portée.Or les photons se déplaçant à la vitesse de la lumière, on sait exactement quelle distance ces vaguelettes ont eu le temps de parcourir en 380 000 ans », poursuit-elle.Les empreintes circulaires, qui portent le nom barbare d\u2019oscillations acoustiques baryoniques (BAO), ont formé des « noyaux » de matière qui ont par la suite donné naissance aux galaxies.Tout s\u2019est étiré, superposé et entrecroisé depuis, « mais avec des méthodes statistiques, on doit pouvoir retrouver ces motifs, grâce aux nouveaux télescopes.L\u2019étirement des motifs aux différentes époques va nous renseigner sur les variations du taux d\u2019expansion ».Quant à la toute première lumière émise lorsque les photons se sont échappés de la soupe, elle s\u2019appelle « fond diffus cosmologique » et est encore perceptible aujourd\u2019hui.Elle constitue en quelque sorte l\u2019image de départ du ?lm de la dilatation cosmique.Lors de simulations, les scienti?ques partent de l\u2019Univers actuel et tentent de « rembobiner la cassette » selon différents paramètres d\u2019énergie noire.L\u2019idée étant que les paramètres qui permettront le mieux de revenir au fond diffus cosmologique sont vraisemblablement ceux qui ont présidé jusqu\u2019ici à son expansion.Un autre élément crucial dans la boîte à outils des chasseurs d\u2019énergie noire.En repérant les empreintes circulaires héritées de l\u2019enfance de l\u2019Univers, les cosmolo- gistes pourront décrypter l\u2019in?uence de l\u2019énergie noire sur ces motifs.36 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2022 IMAGE : ZOSIA ROSTOMIAN (LBNL), SDSS-III, BOSS que les chercheurs pourront, de manière statistique, repérer ces motifs circulaires.« En comparant ensuite leur taille à travers les époques, on verra comment ils ont grandi, ce qui donnera des indices sur le taux d\u2019expansion et l\u2019énergie noire.» Les premiers relevés cartographiques de DESI seront publiés sous peu, mais il faudra de longues analyses avant d\u2019en savoir plus sur la nature de cette force répulsive\u2026 C\u2019est justement sur le décryptage des données que Laurence Perreault- Levasseur concentre ses efforts.« Cette nouvelle génération de télescopes va produire des quantités inouïes de données.Nous aurons besoin de l\u2019intelligence artificielle pour accélérer les simulations et connecter nos observations aux paramètres qu\u2019on veut mesurer », explique cette spécialiste de l\u2019apprentissage machine appliqué à la cosmologie.« Sans ces outils automatiques, le décryptage des données prendrait littéralement des centaines d\u2019années ! » souligne- t-elle.Les modélisations permettront de confronter différents scénarios d\u2019expansion aux observations et de déduire ce qui colle le mieux à la réalité.L\u2019IMPORTANCE D\u2019ÊTRE CONSTANTE Dès que les mesures seront claires, les cosmologistes disposeront d\u2019un premier élément de réponse, en découvrant si la densité de l\u2019énergie sombre est constante dans le temps ou si elle fluctue.Le premier cas de figure est le plus simple : Albert Einstein lui-même avait introduit dans ses équations de la relativité générale une « constante cosmologique » qui pourrait bien correspondre à cette énergie.« Au- jourd\u2019hui, la constante cosmologique est compatible avec les observations.Rien ne nécessite qu\u2019on aille au-delà », résume Jean-Philippe Uzan, physicien théoricien à l\u2019Institut d\u2019astrophysique de Paris.Mais selon la valeur de cette constante, que la panoplie de nouveaux instruments aidera à déterminer, on pourrait avoir plus ou moins de difÏcultés à faire tenir le modèle.Seconde option : l\u2019énergie noire n\u2019en fait qu\u2019à sa tête et varie au fil de l\u2019histoire.« Beaucoup de voies ont été explorées, il y a des dizaines de modèles envisagés, poursuit Jean-Philippe Uzan.Si je devais parier, je ne saurais pas sur quoi miser ! Il pourrait s\u2019agir d\u2019un nouveau type de matière.Ou encore, nous pourrions être amenés à carrément modifier la relativité générale.» Auquel cas Einstein se retournerait dans sa tombe, lui qui ne s\u2019est jamais trompé jusqu\u2019ici ! Peut-être que ses équations flanchent à très grande échelle, ou qu\u2019il a tout simplement oublié un ingrédient, une cinquième force omniprésente, en plus des quatre connues qui régissent la physique.« On sait que la théorie d\u2019Einstein n\u2019est pas une théorie complète », rappelle Robert Brandenberger.La physique de l\u2019infiniment grand et celle de l\u2019infiniment petit, décrite par la mécanique quantique, sont presque parfaites chacune de leur côté, mais elles sont incompatibles\u2026 « Si on comprenait toutes les forces de manière quantique, on aurait peut-être une explication pour l\u2019énergie noire.C\u2019est l\u2019idée à l\u2019origine de la théorie des cordes », indique le physicien de l\u2019Université McGill, qui travaille justement sur cette approche complexe, la plus étudiée des théories d\u2019unification.Autant dire que la question est épineuse.Et l\u2019enjeu, majeur.Au-delà de l\u2019élucidation de la nature profonde de notre Univers, cette quête permettra aussi de saisir son destin.Le cosmos s\u2019étendra-t-il à jamais ?Si l\u2019énergie noire vient à manquer, s\u2019effondrera-t-il sur lui-même, dans un « big crunch » ?Chose certaine, il y a des raisons d\u2019espérer.« Ce genre de situation, où un modèle fonctionne très bien mais où une composante est manquante, s\u2019est déjà produit par le passé.Ça a parfois conduit à de grandes découvertes, rappelle Nathalie Palanque-Delabrouille avec enthousiasme.C\u2019est avec des masses manquantes qu\u2019on a découvert Neptune, par exemple, et les neutrinos ! On est en train de scruter l\u2019Univers avec une précision inédite, donc on espère qu\u2019on va mettre le doigt sur le mystère.» Et enfin expliquer la magie noire par de la science.LES CHANDELLES COSMIQUES Les étoiles meurent parfois en rendant service à la science.C\u2019est le cas des su- pernovæ de type Ia, grâce auxquelles on a découvert que l\u2019expansion de l\u2019Univers accélérait.Ces explosions se produisent dans des systèmes d\u2019étoiles doubles, lorsqu\u2019une étoile très vieille atteint 1,44 fois la masse de notre Soleil en « avalant » son étoile compagne.Le scénario est toujours le même, si bien que la luminosité du cataclysme est constante.C\u2019est pourquoi les astronomes utilisent ces événements (plutôt rares) comme des « chandelles standards ».Comme ils connaissent exactement leur intensité lumineuse, ils peuvent en déduire la distance : plus le ?ash est fort, plus la supernova est proche.Pour « calibrer » ces chandelles, notons qu\u2019ils utilisent d\u2019autres phares cosmiques, les céphéides, qui sont des étoiles plus proches dont la luminosité « pulse » \u2013 la fréquence de ces pulsations permettant de déterminer l\u2019éclat intrinsèque de l\u2019étoile.En étudiant par ailleurs le décalage vers le rouge du rayonnement de toutes ces lanternes, on peut estimer l\u2019ampleur de la dilatation du cosmos.Le verdict, en 1998, fut sans appel : les supernovæ les plus lointaines étaient moins brillantes, donc plus distantes, que ce à quoi les chercheurs s\u2019attendaient en cas de décélération de l\u2019expansion.Celle-ci s\u2019accélérait plutôt.IMAGE : NASA/CXC/U.TEXAS epuis quatre ans, Dominic Gagnon passe beaucoup de temps sur Internet.Le jour, l\u2019homme de 41 ans est professeur d\u2019anglais au primaire dans une école de Québec.Mais dans ses temps libres, plusieurs heures par semaine, il fait ses recherches.Avec quelques collaborateurs chevronnés, il débusque des affaires aux ramifications internationales et révèle des secrets qui viennent ébranler certaines des plus grandes familles québécoises.« On n\u2019est pas des tripeux de sous-sol.Ce qu\u2019on fait, personne d\u2019autre ne le fait », souligne-t-il.Complotistes ?Lanceurs d\u2019alerte ?Non.Généalogistes amateurs.« Je suis conscient que mes proches me trouvent drôle », admet Dominic Gagnon en parlant de son loisir peu commun.Son intérêt pour la généalogie remonte à l\u2019adolescence.« J\u2019ai commencé de manière traditionnelle, en lisant sur l\u2019histoire des Gagnon.J\u2019ai ensuite passé un test génétique pour vérifier si j\u2019étais vraiment un Gagnon.Mais ça fait longtemps que je ne m\u2019intéresse plus juste à l\u2019histoire de ma famille ! » Pendant des décennies, la généalogie a été affaire de vieux papiers : actes de naissance, de mariage et de décès, recensements, registres paroissiaux \u2013 aujourd\u2019hui numérisés par millions et accessibles d\u2019un 38 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2022 FRACASSER LE MUR DU TEMPS GRÂCE À L\u2019ADN À l\u2019ère des tests génétiques bon marché, la généalogie mène à des découvertes inédites.Quitte à brasser l\u2019arbre généalogique de milliers de Québécois ! PAR RAPHAËLLE DEROME SOCIÉTÉ ILLUSTRATION : FRANÇOIS BERGER DIRECTION ARTISTIQUE : NATACHA VINCENT x I \u2018x > x \".Xf > - * : 4 = x S : ne ; { a ar 1 = = -\u2014\u2014\u2014\u2014 + i Fa - ua = Te , \u2014\u2014 \"us mes à # Pam a Ws oar ak We =\u201d, ay, il \u2014\u2014 \u2014 ro \u2014 gp - LÉ - \"+ \u2014.= > PS ny = i EJ Sry Pb war me = ¥ ric ~ AL The Ri ns ES he] wa \u2014 om 3 \"\u2018r Cd F \u2019 Ny - x 4; a -\u2014 SF Fog f ii FJ ®< am wa r ¢ rf , Pi i E.wh 0: : : /i Hii, °; 7 / j ., 2 2 I; / ! ; -3 à Le ; { J i .fi) to ; 4 2 wi Fil ba Page, 1 U 4 \"al \u2019 ! Fr, *r \u201c2, rar ! 4°?\"4 % A / wn.! if ATI T4 re f : a, wm Ps ; oh rr le fs ?, F4 Fi A] 4, dr + [A ; a = Ey - ; ey i re .ar \u201d, LI oh ; ah \u2018+ a \u201c2 el a.à 42 lr -* %.3 ; J ' ne WT .sr 1 ; ue ir sr ER Ih 4 A ; \u2018a Ar - Ÿ .a # 8 ; ne rr re ve, 214 2 Hr ry Le FE pere f- ve: yy ; Ir £ * 3 or i : ty - my A J ; Fe EY \u201cPere al - vs Fe 4 fi ma Li wa = : + Ar \u2018 5 + ?» re 7 Lx - => 2 __ = ry * F + # ; * ; : Le tyr =\" 1 * ty : hy : J : Japp 8 ep = wa \"+ JF = x Zi AL rf., rat lu Ta ab : i er 4&5 mar yi ! LY =r pari -., of, fi Ÿ à ci Fr.} L » \" \u2018 / y ! 4 1.LI] + Ff de - x \"eT ! £.?LL - \u201c - d py + i Pat ; f : ma n°\u2019 mw < \" f A vat, # \"fr # ar .G AN N À [ \u20ac 7 k 4 dr \u2018A À ç \\ > À : Ta) f \u201c~~ Ji Ko - md 2 i / \u201c J a\u2019 LE , , = _N - \u2014\u2014 \\ SN N = F, f J I, J x SC a, ASS \\ AS a \u2014 Po = AN I pe > ; | di Ne .5 \u2014\u20142res | = \u2014=\u2014\u2014 AN - = \u2014\u2014 A - \u2014 « 4! NA 4 \u2014 = Ye Le\" A WY \\ ~~ om , 7 = / = * 44 \\ .Sow A \\ LC N ¢ / | # / | / f | / ~~ / 4 #} d'a Pv 1/ SOCIÉTÉ seulement pour l\u2019accès aux études, mais aussi pour le financement de leurs recherches », explique Alejandra Vargas, spécialiste principale du programme éducation et sciences du CRDI.La décision fut donc prise de soutenir douze candidates autochtones au Mexique pour qu\u2019elles réalisent un programme de recherche postdoctoral de trois ans, ce que fait actuellement Soledad Pech Cohuo.L\u2019enveloppe totale consacrée au projet est de 1,5 million de dollars canadiens.Au siège du Centre de recherche en technologie et design du Jalisco, à Mérida, elle s\u2019initie aujourd\u2019hui à la chimie verte.Passionnée par l\u2019étude des polymères synthétiques mais inquiète de la prolifération des résidus plastiques, elle travaille sur l\u2019élaboration de polymères biocomposés.Dans le cadre d\u2019un postdoctorat, elle cherche ainsi une solution de rechange aux plastiques fabriqués à partir de dérivés du pétrole.Ses pellicules biodégradables sont composées de chitosane obtenu à partir de résidus de crevettes, un produit de la pêche très important au Yucatán, et d\u2019amidon, issu des graines de noyer maya (Brosimum alicastrum).Elles pourraient servir d\u2019emballages alimentaires aux propriétés antibactériennes, antimicrobiennes et antioxydantes.Cela permettrait de retarder la dégradation de certains aliments et de prolonger leur temps de conservation.RÉSEAU D\u2019ENTRAIDE Les deux cohortes de boursières post- doctorales (2018-2021 et 2019-2022) se composent chacune de six chercheuses.Sept peuples autochtones du Mexique sont représentés : il y a quatre Mayas originaires du Yucatán ; une Maya tseltal et une Maya mam de l\u2019État du Chiapas ; deux Zapotèques, une Mixtèque et une Mazatèque de Oaxaca ; et deux Otomies de l\u2019État de Mexico.Ensemble, elles ont constitué un réseau de femmes autochtones scientifiques, le REDMIC, une plateforme pour créer des interactions et des convergences entre leurs projets de recherches.Au-delà de leur programme de recherche postdoctoral, les boursières développent un projet d\u2019éducation communautaire en rapport avec leur champ d\u2019études.Pour ce volet, le CRDI octroie à chacune une aide de 50 000 pesos (3150 dollars canadiens) à deux reprises : lors de la première et de la deuxième année de leur postdoctorat.Certaines d\u2019entre elles réalisent leur projet directement dans leur communauté d\u2019origine.Soledad Pech Cohuo a organisé huit ateliers éducatifs, étalés sur deux semaines, dans le petit village de Tixcacal, d\u2019environ 1300 habitants, à dix kilomètres de Mérida.Jusqu\u2019en 2020, cette petite communauté dépendait économiquement de son hacienda, un domaine où était autrefois cultivée la fibre de sisal, pour la production de cordages, et converti en hôtel.De nombreux événements, mariages et réceptions étaient organisés dans l\u2019élégant édifice rouge et blanc qui domine les lieux avant que l\u2019hacienda ne ferme ses portes sous l\u2019effet de la pandémie de COVID-19.Le lieu n\u2019est pas redevenu le poumon économique qu\u2019il était.Les ateliers de la chercheuse, orientés sur la production d\u2019aliments et le recyclage des résidus, sont conçus pour redonner un coup de pouce économique à la communauté.Les participants mettent à profit l\u2019intégralité des fruits par l\u2019entremise de la préparation de confitures et de la récupération des pelures pour fabriquer des bioplastiques ; ils préparent des conserves alimentaires ; ils apprennent les bases du compostage.Ils s\u2019entretiennent aussi des bénéfices pour la santé des fruits régionaux et du noyer maya\u2026 « Le but est de potentialiser les aptitudes des habitants pour qu\u2019ils puissent monter des entreprises communautaires ou s\u2019auto-employer », explique Soledad Pech Cohuo.Dans la maison communale, une petite bâtisse coloniale jaune dans la rue principale de Tixcacal, une douzaine d\u2019habitantes \u2013 un seul homme figure parmi les participants \u2013 sont rassemblées autour de deux tables et suivent attentivement les consignes des chercheurs qui assistent « la doctora Soledad ».Ce jour-là, pendant que les oiseaux s\u2019égosillent dans les branches de l\u2019immense flamboyant du jardin, les femmes apprennent le fonctionnement de la levure dans la pâtisserie en préparant un pan de muerto, un pain sucré typique du jour des morts, et des tortillas de blé.« C\u2019est très utile, je vais appliquer tout ce qu\u2019on a appris pour élaborer des préparations et les vendre », témoigne Jamie Moo Euán, une jeune Maya dont le mari vient d\u2019émigrer aux États-Unis par manque de travail.Nancy González Canché, une autre boursière du programme de postdoctorat, a profité d\u2019un voyage dans sa terre natale pour participer aux ateliers de sa collègue et enseigner aux habitants de Tixcacal les possibilités du recyclage des agrumes et des coques de noix de coco pour la fabrication de matériaux servant à capter l\u2019énergie solaire.La chercheuse de 38 ans est originaire de la petite communauté de Tekit, dans l\u2019État du Yucatán, mais elle réalise son programme de postdoctorat au Centre de recherches optiques d\u2019Aguascalientes, dans le centre du Mexique.Chimiste de formation, elle conçoit des technologies thermosolaires.Dans son laboratoire, les pelures d\u2019agrumes sont soumises à un processus de pyrolyse visant leur transformation en pigments qui absorbent la lumière.Ceux-ci sont ensuite utilisés pour la fabrication de revêtements peu coûteux et durables.Fille d\u2019une femme de ménage et d\u2019un ouvrier agricole, Nancy González Canché n\u2019était pas prédestinée à devenir scientifique.« Mes parents ayant à peine terminé le cycle primaire, je me concentrais énormément pour tout comprendre à l\u2019école, car je savais que personne ne pourrait m\u2019aider pour mes devoirs à la maison », raconte-t-elle, tout en soulignant le soutien moral que ses parents lui ont apporté pour l\u2019inciter à poursuivre des études.Elle a aussi croisé la route de professeurs qui ont su canaliser son potentiel pour les sciences.Pour financer ses études universitaires, elle a travaillé comme femme de ménage.C\u2019est seulement grâce à cet emploi qu\u2019elle a pu, Passionnée par l\u2019étude des polymères synthétiques mais inquiète de la prolifération des résidus plastiques, Soledad Pech Cohuo travaille sur l\u2019élaboration de polymères biocomposés.46 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM/ EMMANUELLE STEELS IMAGES OU PHOTOS : XXXXXXXXXXXXX SEPTEMBRE 2022 | QUÉBEC SCIENCE 47 La chercheuse Soledad Pech Cohuo, à Mérida SOCIÉTÉ après plusieurs trimestres à l\u2019université, acheter son premier ordinateur.Nancy González Canché évoque également la difÏculté de se frayer un chemin dans l\u2019univers universitaire et scientifique sans référent féminin et avec peu de modèles autochtones.« Je n\u2019étais pas directement discriminée, mais on me regardait comme un ovni », dit-elle en riant.Son histoire fait écho à celle de Sole- dad, fascinée par les sciences depuis toute petite et encouragée par ses parents, qui a dû faire sa place un peu à contre-courant.Son baccalauréat en poche, Soledad a d\u2019abord été engagée comme superviseuse de production dans une grande entreprise de boissons gazeuses, où elle a subi les préjugés de ses collègues.« Les hommes ne me respectaient pas, ils vivaient mal le fait que je leur donne des ordres », se souvient-elle.C\u2019est lorsque son chef lui suggère de demander la permission de son mari pour assister à une formation que la jeune femme quitte le monde de l\u2019entreprise pour investir celui de la recherche.Le parcours hors norme de ces femmes ne doit pas faire oublier qu\u2019au Mexique, près d\u2019un demi-million d\u2019enfants autochtones de 3 à 17 ans ne vont pas à l\u2019école.C\u2019est pour cette raison, selon l\u2019historien du CIESAS David Navarrete, spécialiste des processus éducatifs des peuples autochtones, que les efforts publics se sont concentrés durant des décennies sur l\u2019inclusion des autochtones au niveau primaire et secondaire, mais pas universitaire.« C\u2019est le secteur de la population mexicaine le plus exclu de tous les bénéfices du développement, de manière encore plus aiguë sur le plan éducatif, et en particulier au niveau universitaire », analyse-t-il.La brèche est tangible : 18,6 % des Mexicains de plus de 15 ans ont fait des études supérieures, contre 7,2 % parmi les autochtones.Et si l\u2019on considère les plus de 25 ans ayant réalisé une maîtrise, l\u2019écart se creuse encore : ils sont 2,5 % dans la population en général, mais seulement 0,8 % parmi les autochtones.« Un facteur fondamental qui explique le parcours exceptionnel de ces femmes autochtones scientifiques est le soutien de leur famille.Malgré la précarité, malgré leur condition de femmes, leurs parents les ont incitées à étudier au lieu de devenir mères au foyer », signale David Navarrete.L\u2019exemple de Zoila Mora Guzmán, 35 ans, est particulièrement évocateur.Élevée dans l\u2019extrême pauvreté, dans une maison au sol en terre et au toit en paille de Chiquihuitlán, un village de l\u2019État de Oaxaca, cette biochimiste issue de l\u2019ethnie mazatèque a conclu l\u2019an dernier son post- doctorat au Centre de recherches scientifiques d\u2019Ensenada, en Basse-Californie, grâce au PEPMI.Elle y a étudié l\u2019effet d\u2019un récepteur d\u2019une protéine, le facteur de croissance transformant bêta, dans la prévention et le traitement des métastases osseuses du cancer du sein.Ses quatre frères aînés ont quitté la maison très jeunes pour partir travailler en ville.Mais le père de Zoila Mora Guzmán, analphabète, a toujours prédit à sa fille une grande carrière.« Quand j\u2019étais enfant, se souvient-elle, ma mère m\u2019apprenait à faire des tortillas et je courais accueillir mon père qui revenait du travail aux champs pour lui raconter.Mais lui se fâchait : « Il est hors de question que ma fille apprenne à faire des tortillas, elle sera une professionnelle brillante ! » Sciences, technologie, ingénierie, mathématiques : ce ne sont pas les filières de prédilection des étudiants d\u2019origine autochtone au Mexique, et encore moins des femmes.« Ces étudiants s\u2019orientent majoritairement vers l\u2019éducation et les sciences humaines et sociales, vers des carrières qui leur permettent de résoudre les problèmes concrets de leurs communautés », analyse Maria Antonieta Gallart, coordinatrice du programme au sein du CIESAS.Ils deviennent professeurs, avocats ou traducteurs et interprètes de langues autochtones.Depuis dix ans, cette anthropologue supervise également un programme plus vaste de bourses de maîtrise et de doctorats pour étudiants autochtones dans toutes les branches universitaires, femmes et hommes confondus.« Au sein même des peuples autochtones, il y a une grande disparité, explique Maria Antonieta Gallart.Certains ont des trajectoires éducatives mieux consolidées que d\u2019autres, notamment les Nahuas, répartis dans toute la vallée centrale du Mexique, ou les communautés de Oaxaca.Malheureusement, nous luttons encore pour attirer des étudiants issus de peuples importants, comme les Huichols (centre-ouest du Mexique) ou les Tarahu- maras (nord, État du Chihuahua).» Les trois boursières rencontrées sont unanimes sur un point : le PEPMI représente une occasion unique de consolider leur carrière scientifique.« Les caractéristiques du programme, et notamment sa durée de trois ans, alors que les postdoctorats sont souvent limités à un an, nous offrent d\u2019énormes possibilités, notamment celle de proposer notre propre projet de recherche, d\u2019acquérir du matériel et de réaliser un projet communautaire », afÏrme Nancy.Un des effets du PEPMI a été, pour ces chercheuses, de revendiquer fièrement leurs origines.Ces dernières sont même une force, ont-elles constaté.« En tant que femmes autochtones nous avons une vision scientifique particulière, qui consiste à chercher des solutions à partir des ressources dont nous disposons.» Il faudrait le dire à un certain portier d\u2019hôtel.MEXIQUE Le programme décrit dans cet article et la production de ce reportage ont été rendus possibles grâce au soutien du Centre de recherches pour le développement international du Canada (CRDI).48 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM/ EMMANUELLE STEELS IMAGES OU PHOTOS : XXXXXXXXXXXXX SEPTEMBRE 2022 | QUÉBEC SCIENCE 49 Le projet communautaire de Soledad Pech Cohuo inclut des ateliers de confection de conserves, d\u2019élaboration de compost et de fabrication de bio- plastique à partir de pelures de fruits.Le dernier jour est consacré à la pâtisserie. 50 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2022 Blanc, jaune ou orangé, peu importe : les Canadiens fondent pour le cheddar ! Bon an, mal an, ils engloutissent en moyenne plus de trois kilos de ce fromage à pâte dure originaire d\u2019Angleterre.Comme plusieurs autres produits laitiers fermentés, le cheddar n\u2019existerait toutefois pas sans le précieux coup de pouce de Lactococcus lactis.C\u2019est grâce à cette bactérie que le lait coagule et se transforme en caillé, première étape nécessaire à l\u2019obtention d\u2019un délice fromagé à insérer préférablement entre deux tranches de pain grillées.Bien entendu, l\u2019industrie laitière prend toutes les précautions possibles afin de faciliter la vie de Lactococcus lactis.Malgré tout, des invités-surprises viennent parfois importuner cette artisane du cheddar.Leur nom : les phages virulents de lactocoques appartenant au groupe sk1.Autrement dit, des virus qui s\u2019attaquent aux bactéries.Un en particulier a retenu l\u2019attention de Marie-Laurence Lemay lors de son doctorat en microbiologie réalisé à l\u2019Université Laval : p2.« Il se trouve que c\u2019est aussi un phage modèle sur lequel on disposait préalablement de beaucoup d\u2019informations », se souvient celle qui est aujourd\u2019hui chercheuse postdoctorale au sein du laboratoire d\u2019Yves Brun, rattaché au Département de microbiologie, infectiologie et immunologie de l\u2019Université de Montréal.Dans ce projet de recherche, elle a exploité l\u2019outil CRISPR-Cas9 afin d\u2019étudier les gènes de p2 qui « ordonnent » la fabrication des protéines impliquées dans l\u2019infection de Lactococcus lactis.« On était alors en 2014, on commençait à peine à parler de ce fameux outil d\u2019édition génétique.Ma mission était de transférer ce système d\u2019une bactérie à une autre qui ne le possédait pas dans l\u2019espoir de rendre p2 inopérant », raconte celle qui a obtenu, à la fin 2021, une bourse d\u2019excellence en recherche dans le cadre du programme L\u2019Oréal-UNESCO Pour les femmes et la science.Ce prix soutient de jeunes scientifiques canadiennes sélectionnées par un comité d\u2019experts à un moment charnière de leur carrière.Il aura finalement fallu une année et demie avant que Marie-Laurence Lemay réalise ce tour de force.« Cela n\u2019avait jamais été fait auparavant.Une chance que j\u2019ai une tête de LA DOMPTEUSE DE PHAGES MARIE-LAURENCE LEMAY S\u2019EMPLOIE À BONIFIER NOS CONNAISSANCES SUR LES PHAGES, DES VIRUS QUI S\u2019EN PRENNENT AUX BACTÉRIES, LES BONNES COMME LES MAUVAISES.CHERCHEUSE EN VEDETTE EN PARTENARIAT AVEC LES FONDS DE RECHERCHE DU QUÉBEC PHOTO : LOUISE BILODEAU SEPTEMBRE 2022 | QUÉBEC SCIENCE 51 cochon, parce que l\u2019incertitude quant à la faisabilité de ce transfert était grande », indique-t-elle.Dans la foulée, elle a rédigé un protocole long d\u2019une vingtaine de pages, publié en 2018 dans Bio-protocol, une revue savante accessible gratuitement.Cela est primordial, explique la principale intéressée.« À quoi sert de développer un tel outil si personne n\u2019est en mesure de l\u2019utiliser ?Encore aujourd\u2019hui, c\u2019est un de mes articles qui me rendent le plus fière.» Marie-Laurence Lemay s\u2019intéresse ces temps-ci aux « bons » phages, qui peuvent être une solution de rechange aux antibiotiques.Ces médicaments sont utilisés pour prévenir et traiter les infections bactériennes.Les bactéries ont cependant la fâcheuse tendance à évoluer au fil du temps, ce qui les amène à développer une résistance à ces molécules.Les conséquences sont nombreuses : augmentation des dépenses médicales, prolongation des hospitalisations, voire hausse de la mortalité.L\u2019Organisation mondiale de la santé considère d\u2019ailleurs la résistance aux antibiotiques comme un problème de santé publique comparable en dangerosité à celui d\u2019une pandémie.Les phages pourraient donc être utilisés en renfort, parce qu\u2019ils sont capables de tuer des bactéries nocives pour la santé.Encore faut-il comprendre comment ils ciblent, infectent et tuent les bactéries, ce à quoi s\u2019évertue la chercheuse.« Je m\u2019intéresse cette fois-ci à un autre phage nommé phi CbK, qui infecte la bactérie Caulobacter crescentus [qui ne touche pas les humains] et a la particularité de posséder un gros bagage génétique, ce qui en fait un modèle intéressant.Pour ce faire, je recours à des outils comme la microscopie à fluorescence », spécifie Marie-Laurence Lemay.À terme, les résultats de ces travaux pourront être transposés à des bactéries à l\u2019origine d\u2019infections chez l\u2019humain, comme Staphylococcus aureus et Escherichia coli.Elle a en tout cas ce qu\u2019il faut pour s\u2019acquitter de cette autre mission complexe, y compris une expérience d\u2019une année à titre de responsable du Laboratoire de recherche et développement chez Agropur.C\u2019est d\u2019ailleurs cette parenthèse industrielle qui a confirmé son désir d\u2019embrasser pour de bon une carrière universitaire.« Marie-Laurence est une meneuse née, estime Sylvain Moineau, professeur au Département de biochimie, de microbiologie et de bio-informatique de l\u2019Université Laval, qui l\u2019a dirigée au troisième cycle.La Faculté de médecine dentaire est même allée jusqu\u2019à créer un Prix de leadership pour le lui remettre ! » Une anecdote qui vaut la peine d\u2019en faire tout un fromage.Par Maxime Bilodeau Les questions de Rémi Quirion * Le scienti?que en chef du Québec conseille le gouvernement en matière de science et de recherche, et dirige les Fonds de recherche.SCIENTIFIQUE EN CHEF DU QUÉBEC * P H O T O : C H R I S T I N N E M U S C H I Quel parcours ! Qui a été votre mentor pendant votre cheminement dans l\u2019univers de la recherche ?J\u2019en ai eu plusieurs, mais, si je dois n\u2019en nommer qu\u2019un, ce sera Sylvain Moineau, qui a sans aucun doute été l\u2019un des plus importants pendant mon cheminement.J\u2019ai fait ma maîtrise et mon doctorat dans son laboratoire.Sylvain est of?cier de l\u2019Ordre du Canada, en plus d\u2019être l\u2019un des chercheurs les plus in?uents au monde dans le domaine des phages.Malgré tous les honneurs qu\u2019il a reçus, il reste simple, modeste, à l\u2019écoute.C\u2019est un leader modèle.Il m\u2019a accordé la liberté et la con?ance dont j\u2019avais besoin pour m\u2019accomplir en tant que jeune scienti?que.Dans quels autres secteurs industriels les phages pourraient-ils être mis à contribution ?Dans tous les secteurs où il y a des bactéries.Ils recèlent en effet un potentiel économique et environnemental important pour les industries agroalimentaires, pharmaceutiques, biotechnologiques et des ressources naturelles.De votre point de vue, quelles sont les différences entre l\u2019univers universitaire et celui de la recherche dans le secteur privé ?D\u2019après mon expérience, il y a plus de place pour la recherche fondamentale dans le monde universitaire, alors que, dans le secteur privé, la recherche appliquée est priorisée.Une autre différence importante réside dans le fait que les occasions d\u2019emploi sont beaucoup plus nombreuses dans le secteur privé.Cela dit, que ce soit dans les universités ou dans les industries, les scienti?ques ont tous les mêmes objectifs, soit apprendre et créer de nouvelles connaissances.Quel est l\u2019impact économique de ces recherches pour le secteur de la santé ?Il est énorme pour le secteur de la santé, quoique dif?cilement évaluable.Par exemple, l\u2019industrie des biotechnologies, qui se chiffre à des milliards de dollars, n\u2019aurait pas vu le jour sans l\u2019étude des interactions phages-bactéries.La découverte des systèmes de restriction-modi?cation dans les années 1950, la puri?cation des enzymes de restriction près de deux décennies plus tard ainsi que la caractérisation des systèmes CRISPR-Cas dans les années 2000 ont été possibles grâce à l\u2019étude de la réponse bactérienne à l\u2019infection aux phages.Aujourd\u2019hui, ces technologies sont indispensables en recherche et pour certaines applications en santé.scienti?que-en-chef.gouv.qc.ca facebook.com/SciChefQC @scichefqc 52 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2022 CULTURE R E G A R D E R Un Québec forgé par la science La science est à la base de bien des révolutions et la série La fabuleuse histoire des sciences au Québec revient sur les moments pivots de notre société.À chaque épisode sa décennie : cela commence à partir des années 1920, marquées par la fondation de l\u2019Acfas ; les années 1930 abordent la création de l\u2019Institut de microbiologie et d\u2019hygiène de Montréal (aujourd\u2019hui le Centre Armand- Frappier Santé Biotechnologie de l\u2019Institut national de la recherche scienti?que), tandis que la vision de l\u2019écosystème avancée par Pierre Dansereau donne le ton aux années 1950.La naissance du magazine Québec Science (allô !), la psychiatrie et les grands enjeux sociologiques liés à l\u2019orientation et l\u2019identité sexuelles sont autant d\u2019occasions pour les experts invités de raconter tout le chemin parcouru et celui que nous sommes en train de tracer.La fabuleuse histoire des sciences au Québec,à Savoir média, dès le 14 septembre à 22h, 15 minutes par épisode Imaginez qu\u2019il existe une machine à voyager dans le temps capable de catapulter les meilleurs documentaristes de la BBC 66 millions d\u2019années en arrière.Ces pros de la vidéo auraient l\u2019occasion de suivre les dinosaures comme ils l\u2019ont fait pour les éléphants et les dauphins à long bec dans Planet Earth et Blue Planet.Ce serait terriblement excitant, n\u2019est-ce pas ?Eh bien les images hyperréalistes de l\u2019ambitieuse série Prehistoric Planet nous donnent l\u2019illusion qu\u2019ils y sont parvenus ; c\u2019est à s\u2019en décrocher la mâchoire ! Le rendu visuel tient davantage du dernier Roi Lion que du Monde jurassique : logique sachant que le producteur délégué Jon Favreau est aux commandes, lui qui s\u2019est fait les dents sur le célèbre conte de Disney.La série déclinée en cinq épisodes suit les standards habituels de la dynastie documentaire jusque dans la narration par sir David Attenborough.Les plus récentes découvertes paléontologiques s\u2019animent ainsi sous nos yeux et révèlent les comportements de ces géants disparus ainsi que de la faune et la ?ore qu\u2019ils côtoyaient.Ce papa tyrannosaure nageant avec ses petits, la parade nuptiale électrisante des ammonites, ce fabuleux Deinocheirus qui a maille à partir avec les moustiques et la surprenante bataille entre deux Dreadnoughtus ne sont que quelques-uns des nombreux moments forts de la série.Ces éléments animés sont intégrés à de vrais paysages.Pour ces panoramas, l\u2019équipe a parcouru le monde à la recherche de milieux naturels analogues à ceux que les habitants du crétacé auraient pu fréquenter.Ils ont visiblement dépensé sans compter.Prehistoric Planet, sur Apple +, environ 40 minutes par épisode IMAGE : APPLE+ ÉMILIE FOLIE?BOIVIN @efolieb Toujours vivants REGARDER SEPTEMBRE 2022 | QUÉBEC SCIENCE 53 LIRE Les couleurs du corail Les récifs coralliens ne sont qu\u2019une goutte dans toute la super?cie océanique : ils occupent moins de 0,1 % des fonds marins.La science n\u2019en a pas moins à raconter sur ces riches écosystèmes, comme en témoigne le livre Étonnants récifs, dirigé par la biologiste française Laetitia Hédouin.Composé de 80 courts textes nourris par les recherches scienti?ques que mène depuis 50 ans le Centre de recherches insulaires et observatoire de l\u2019environnement, l\u2019ouvrage permet une immersion complète dans ces réservoirs de biodiversité.Ses explications brèves, mais assez détaillées, en font un imposant tour d\u2019horizon.Il aborde la formation et le fonctionnement des récifs et réserve des articles denses sur la bioérosion récifale et les dé?s rencontrés par les larves de coraux.Un beau, très beau programme enrichi de magni?ques photos.Étonnants récifs, sous la direction de Laetitia Hédouin, CNRS Éditions, 304 p.Nom d\u2019une pipe ! Vous mourez d\u2019envie de savoir s\u2019il y a vraiment trois rivières à Trois-Rivières, d\u2019où vient le gentilé des habitants d\u2019Havre-Saint-Pierre (les Cayens) et pourquoi la rivière Nahanni est surnommée la « mangeuse d\u2019hommes » ?Ce que cache le nom des lieux est décidément pour vous.Dans son livre fouillé et saupoudré de ?nes touches d\u2019humour, le géographe et professeur de l\u2019Université Laval Henri Dorion offre une escapade toponymique à la découverte de l\u2019origine de noms de maints lacs et rivières, de montagnes, de villes et d\u2019endroits plus ou moins connus d\u2019ici et d\u2019ailleurs.Ses chapitres courts foisonnent d\u2019anecdotes et fourniront amplement de quoi alimenter la conversation lors d\u2019un road trip sur les routes secondaires du Québec.Ce que cache le nom des lieux, par Henri Dorion, Éditions MultiMondes, 328 p.ÉCOUTER Arc-en-ciel en éducation Si le balado Les voix multiples explore la réalité des personnes LGBTQ2+ dans le milieu universitaire, la curiosité des personnes hétérosexuelles cisgenres sera très certainement piquée par les enjeux abordés dans cette série conçue par l\u2019Institut national de la recherche scienti?que.Les témoignages et expériences que partagent les six invités révèlent l\u2019importance de l\u2019accès à un réseau accueillant pour faciliter l\u2019inclusion et l\u2019af?rmation de soi a?n que chacun puisse se sentir en sécurité et trouver sa place.Les termes et dé?s qui pourraient être restés dans l\u2019angle mort des hautes instances sont expliqués avec doigté, le ton est bienveillant et les organisations à l\u2019écoute y trouveront amplement matière à ré?exion pour s\u2019assurer de mettre en place les ressources nécessaires à l\u2019épanouissement professionnel et personnel de leurs ouailles.Les voix multiples, à télécharger sur votre plateforme de balados préférée EXPLORER La forêt au bout des doigts Qu\u2019elle soit urbaine ou ancienne, la forêt promet de révéler quelques-uns de ses mystères au cours d\u2019une prochaine balade grâce à l\u2019application mobile Arborescence.Conçu d\u2019abord pour le réseau collégial et mû par une mission pédagogique, l\u2019outil pro?te maintenant au grand public fasciné par la botanique.Ses clés d\u2019identi?cation faciles d\u2019utilisation permettent de mettre un petit nom sur plusieurs spécimens de la ?ore québécoise.Les ?ches explicatives aident à se familiariser avec le vocabulaire et offrent même quelques précieux secrets d\u2019initiés pour parvenir, par exemple, à distinguer notre cher érable à sucre de l\u2019érable de Norvège.Arborescence, disponible sur votre plateforme de téléchargement préférée IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM LIRE Question de temps De quoi sera fait le monde dans 20 ans ?Les spéculations abondent.Une chose est certaine : la température du thermomètre global grimpe.Dans son essai L\u2019illusion carboneutre : quel temps fera-t-il vraiment après 2050 ?, le professeur émérite de l\u2019Institut national de la recherche scienti?que Gaëtan Lafrance se penche sur cette chose mouvante qu\u2019est l\u2019évolution du climat, dont les modèles brossent un tableau incomplet, faute de données.Le spécialiste en prévision énergétique et analyse des comportements des consommateurs décortique ces modèles avec lucidité.Il pose également des questions brûlantes d\u2019actualité quant à la transition énergétique à effectuer ainsi qu\u2019aux choix collectifs que nous devrons faire.Sans être utopiste, la vision du futur de l\u2019auteur est lumineuse et optimiste\u2026 tant qu\u2019on opère des changements radicaux ensemble et maintenant.L\u2019illusion carboneutre : quel temps fera-t-il vraiment après 2050 ?, par Gaëtan Lafrance, Éditions MultiMondes, 236 p. 54 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2022 L\u2018HISTOIRE DES SCIENCES VUE PAR SATURNOME RÉTROVISEUR quebecscience.qc.ca 514 521-8356 | 1 800 567-8356, poste 504 L?heure est à la science Abonnez-vous! Québec Science rayonne depuis 60 ans ! Abonnez-vous maintenant et économisez jusqu\u2019à 51 %.68 $ + taxes 2 ANS 94 $ + taxes 3 ANS Aussi disponible en version numérique. Incontournables Portes ouvertes Samedi 22 octobre 2022 portesouvertes.uqam.ca "]
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