L'Incunable : bulletin de la Bibliothèque nationale du Québec, 1 mars 1984, mars
BULLETIN DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU QUEBEC l'incunable Montréal, 18e année, no 1 Mars 1984 Ministère des Affaires culturelles Bibliothèaue nationale du Québec ISSN 0825-1746 } 'il [fltmjTcpul femur.I] l'incunable Le Bulletin fait peau neuve A propos de L'incunable André Laurendeau, journaliste, ou l'incandescence sous le givre « Mon père ce héros au sourire si doux » Grâce à André Laurendeau, je suis devenu le Frère Untel Comment j'ai connu André Laurendeau?&3 Professeure et écrivaine Montréal — 18' année, no I — Mars 1984 Éditeur : Jean-Rémi Brault Directeur et rédacteur en chef : Louis Chantigny Adjoint au rédacteur en chef et directeur de l'édition : Louis Bélanger Secrétaire à la rédaction : Louise Lecavalier Directeur de la photographie : Jacques King Courrier de la deuxième classe Enregistrement n" 1503 Dépôt légal — 1er trimestre 1984 Bibliothèque nationale du Québec ISSN 0825-1746 Reproduction autorisée des textes non copyright, sur demande et mention de l'auteur et de la source.Les articles publiés n'engagent que leurs auteurs.LE BULLETIN DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU QUÉBEC est publié trimestriellement.Il est distribué gratuitement à titre personnel.On peut se le procurer en adressant sa demande à la Bibliothèque nationale du Québec.Service de l'édition 1700, rue Saint-Denis Montréal (Québec) H2X 3K6 Le spleen de cette génération Quand « Bona » se souvient .La généalogie apprivoisée Le Père Lévesque : un homme vertical Le Père Lévesque se penche sur son passé La belle alliance du mot et de l'image Larguez les amarres Point de repère : Radar et Périodex se fusionnent Jean-Rémi Brault ( 'onservatettr en chef Arthur Gladu ( 'ollaboration spéciale Louis Chantigny Secrétariat à l'information Pages 3 4 7 Francine Laurendeau 11 ( 'ollaboration spéciale Jean-Paul Desbiens 15 C 'ollaboration spéciale Gérard Pelletier 18 Collaboration spéciale Roland Auger 22 Direction dit développement et de la conservation des collections Pierre de Grandpré 23 Collaboration spéciale Willie Chevalier 25 Collaboration spéciale Daniel Olivier 27 Collaboration spéciale Doris Lussier 28 Collaboration spéciale Roger Duhamel 30 ( 'ollaboration spéciale Mario Hébert 33 Hnrcaii de la bibliographie courante Yvan Morier 40 Bureau de la conservation Pierre Deslauriers 44 Direction des services bibliographiques L'INCUNABLE — MARS 1984 éditorial Le Bulletin fait peau neuve Nous sommes particulièrement heureux de présenter un Bulletin de lu Bibliothèque nationale du Québec rajeuni, endimanché et même casqué d'un nouveau titre.Et paradoxalement, au moment de cet effort de rajeunissement, ce nouveau titre renvoie le lecteur quelques siècles en arrière.Car, à l'origine, faut-il le rappeler, l'incunable identifiait un imprimé produit entre 1450 et 1500.Si par Jean-Rémi Brault bien que le Québec n'a pas produit d'incunable si nous appliquons cette notion de façon rigoureuse.Mais tous les bibliophiles québécois, depuis Philias Gagnon jusqu'à Marie Tremaine, ont toujours reconnu que les documents produits au Québec avant 1800 pouvaient être coiffés du titre d'incunables.La Bibliothèque nationale possède et conserve précieusement des incunables.Outre les 73 incunables français, elle conserve quelques centaines d'incunables québécois.Et ces documents constituent quelques-uns parmi les plus précieux et les plus importants documents qu'elle s'efforce de conserver et de rendre disponibles.C'est donc en pensant au caractère particulier de ce type de document que nous avons décidé que, désormais, le Bulletin de la Bibliothèque nationale du Québec s'appellera L'incunable.Même s'il est vrai que la Bibliothèque nationale doit conserver tous les types de documents de toutes les époques, nous croyons que la mention du plus précieux inclut tous les autres.Identifier le bulletin sous ce vocable, ce n'est donc pas exclure les autres types de documents des autres époques, c'est au contraire les inclure tous dans un concept documentaire qui comprend toute la panoplie de la production documentaire québécoise.Ce changement de nom ne signifie pas que nous entendons modi-fierla politique du bulletin.Comme par le passé, nous souhaitons qu'il constitue un véhicule privilégié pour faire connaître les services et les richesses de cette institution nationale.Et ces richesses, qui sont la raison d'être des services, se renouvellent et augmentent tellement que nous réussissons à peine à les faire connaître.Cette politique a toujours été entendue dans un sens large.Et il convient, croyons-nous, qu'elle s'applique non seulement aux richesses manuscrites, mais qu'elle s'étende à certains documents publiés dont l'intérêt manifeste justifie la présentation.Ainsi, ce premier numéro de L'incunable accorde une place importante au journaliste et écrivain André Laurendeau, à l'occasion de la publication d'une biographie rédigée par monsieur Denis Monière.En plus d'être doté d'une personnalité exceptionnellement riche et d'une vaste culture, l'ancien rédacteur en chef du Devoir a joué un rôle capital dans la vie sociale, politique et culturelle de la communauté québécoise.Les témoignages que nous avons recueillis et regroupés dans la présente parution rappellent cette place unique que Laurendeau a occupée dans l'évolution du peuple québécois.Contribuer à faire connaître les richesses de la Bibliothèque nationale, c'est du même souffle collaborer à la diffusion du patrimoine documentaire québécois.Tel est le mandat essentiel de L'incunable.O L'INCUNABLE — MARS 1984 3 À propos de Lincunable par Arthur Gladu La direction de la Bibliothèque nationale du Québec décidait dernièrement de donner le nom L'incunable à son bulletin trimestriel.Ayant été demandé pour préparer une nouvelle présentation de la couverture, je veux expliquer rapidement les raisons motivant mon choix dans l'arrangement graphique de la première page.L'impression tabellaire ou incunable est définie comme étant une empreinte obtenue à l'aide de planchettes ou caractères en bois portant l'empreinte de mots ou de figures, employée au XV1 siècle.La couverture est reproduite à l'aide d'un encadrement tiré d'une xylographie de cette époque (fig.1 ).Le procédé, destiné à remplacer l'enluminure, était le premier procédé mécanique mettant les connaissances à la portée de tous.Les enluminures étaient des oeuvres d'art consistant surtout à orner des textes calligraphiés d'ornements, d'initiales perlées, brodées ou à fleurs (fig.2) produites en un seul exemplaire, et de ce fait réservées à une classe privilégiée.Il serait injuste de ne pas remonter à une époque beaucoup plus ancienne pour retrouver la première idée de multiplier l'image ou l'écriture par des moyens artificiels.En Extrême-Orient, on gravait à l'envers sur des blocs ou planches de bois, des textes sacrés ou des images.Après encrage, on les pressait isolément sur une feuille, formant ainsi des pages imprimées d'un seul côté.Ce procédé primitif ne permettait pas bien sûr une production rapide et indéfinie mais il représentait déjà un avantage sensible sur les enluminures copiées à la main.Ce moyen était déjà employé vers la fin du VIe siècle de notre ère, une date que nous croyons fort respectable.De 960 à 1278, sous la dynastie des Soung, l'impression à l'aide de tablettes atteignit presque la perfection.De multiples imprimés sont conservés à la Bibliothèque nationale de Paris, et le British Museum possède deux livres de ce genre, dont l'un daté de 1368.En Europe, l'impression tabellaire débute par les cartes à jouer pour ensuite aborder l'édition.On exécute des ouvrages destinés au peuple, qui n'avait pas le moyen d'acheter les livres manuscrits réservés aux gens riches.On emploie d'abord des planches de bois d'une seule pièce, sculptée ou gravée (voir fig.1 ).Ensuite on ajoute aux illustrations en relief des caractères de bois ou de métal.Dans la Impression tabellaire d'une page extraite d'un livre de prière du XV* siècle.Elle fut trouvée, en 1959, parmi des imprimés chez un bouquiniste des quais de la Seine.Après l'impression, les initiales étaient colorées manuellement.4 L'INCUNABLE — MARS 1984 première catégorie, mentionnons la Bible des pauvres, le Donat, livres de grammaire en latin.Parmi les incunables typographiques, c'est-à-dire alliant les caractères mobiles à l'illustration gravée, mentionnons Le grand pardon de Notre-Dame de Reims de Jean du Pré.première affiche imprimée en France (fig.3), la Bible Mazarine (1450-1455 le Psautier de 1457, etc.Cette période de l'incunable se termine vers le début di XVI1 siècle, avec l'introduction du caractère mobile d Gutenberg, dont nous reproduisons une page extraite de la Bible à 42 lignes (fig.4), comportant une initiale imprimée et non dessinée.Au risque de déborder du sujet, je voudrais souligner le souci de l'espacement et de l'alignement parfait produit par le dépassement dans la marge des signes de ponctuation.Pour revenir à la présentation graphique de ce bulletin, il me semblait exagéré d'employer le caractère gothique pour le titre.Le caractère français Univers fut employé pour le mot incunable.Consolons-nous de cette hérésie en se rappelant que le dessin de cette lettre est tiré de la série des antiques et prend son origine sur le grec d'inscription.Je dois mentionner que les « prêt-à-photographier » pour cette couverture ont été préparés par un étudiant en design à l'université du Québec, M.Jean Lachance.Terminons cette brève histoire de l'incunable, en citant cette pensée du poète Brébeuf, du temps de Louis IX, qui illustre bien, encore aujourd'hui, ce grand art de l'imprimerie : .un art ingénieux De peindre la parole <& de parler aux yeux Et, par des traits divers, des figures tracées.Donner de la couleur & du corps aux penfées.Engage comme professeur à l'École des arts graphiques de Montréal en 1946 ; il produit, avec Dumouchel, les premiers cahiers d'art québécois: Les Ateliers d'arts graphiques.Enseigne ensuite à l'École des Beaux-Arts de Montréal en communication graphique qui se transforme en université (du Québec) où il oeuvre depuis dans la section design graphique.Enseigne aussi à .Sir George Williams, Université de Montréal.University of Western Ontario, etc.Donne des cours itinérants à travers le Québec aux hebdos régionaux pendant douze ans.Etudie au Rochester Institute of Technology, au Lithographic Technical Foundation, à l'Imprimerie Nationale de France, à l'Institut de Polygraphie de Moscou, etc.On compte parmi ses réalisations importantes : le Nouveau Journal, l.a Presse, La Patrie, Le Droit.Le Nouvelliste, etc.Il est membre honoraire de la Société des graphistes professionnels du Québec et conseiller des hebdos du Canada.Enluminure trouvée chez un bouquiniste des quais de la Seine, vers 1950.L'INCUNABLE — MARS 1984 5 Le Grand pardon de Notre-Dame de Reims de Jean du Pré.Première affiche imprimée en France.Extraite des Conférences de M.A.Christian, direction de l'imprimerie nationale de France en 1900, sur les origines de l'imprimerie en France.Bible à 42 lignes de Gutenberg, extraite du livre des origines de l'imprimerie en France de M.A.Christian, directeur de l'imprimerie nationale de France en 1900.L'INCUNABLE — MARS 1984 6 Les co-présidents de la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme : André Laurendeau et A.Davidson Dunton.1re partie André Laurendeau, journaliste, ou l'incandescence sous le givre ment objective les carrières édifiantes de divers sauveurs, leaders providentiels, chefs de file ou maîtres à penser.En fait, puisque l'on insite, quelles leçons aurions-nous à tirer de ces maîtres qui n'ont jamais su répondre à une seule des questions angoissantes de notre époque ?Les inégalités sociales, par exemple, l'injustice institutionnalisée, la médiocrité partout, l'avenir sans issue, une société bloquée, bref, le système .De grâce, soyons sérieux ! On nous affirme, on nous répète, on nous assure sur le ton péremptoire d'une certaine aigreur que la jeunesse d'aujourd'hui s'est libérée, entre autres Dieu merci, de notre vieux culte du héros.Avis, donc, aux aspirants Plutarque en démangeaison de réécrire quelques vies exemplaires d'hommes illustres: prière de s'abstenir ! Qu'ils ne perdent leur temps, et surtout pas le nôtre à évoquer d'une plume émue, nostalgique, ou fausse- par Louis Chantigny « .Je n'aime tien autant que de parler on d'entendre parler à voix basse.C'est ainsi, me semble-t-il, qu'a quelque chance d'être dite la vérité de l'homme.».Jean Guéhenno, Carnets du vieil écrivain.L'INCUNABLE — MARS 1984 7 Un observateur sensible et compréhensif Même s'il faisait partie des notables, donc de l'establishment, André Laurendeau aurait été sensible à cette colère.Il eût compris cette amertume.Volontiers aurait-il admis que ses centaines d'éditoriaux et ses milliers de bloc-notes ont effectivement suscité plus de questions que de réponses.Jamais, en outre, n'aurait-il nié, soit l'échec, soit l'avortement, soit la vanité de son action : ses luttes contre la conscription de MacKenzie King; l'opposition du Bloc Populaire au régime Duplessis ; sa participation en qualité de co-président de la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, dont la mort lui aura au moins évité de connaître les lendemains .Hypersensible qu'un rien meurtrissait, il a souffert, combien plus qu'on ne saurait le dire, des reproches très durs, cruels même, que lui a adressés, et que lui adresse encore la génération des nationalistes «durs et purs».Comme il avait souffert, plusieurs années auparavant, des accusations courroucées de son ancien chef politique, Maxime Raymond, et de la condamnation sévère de son vieux maître, le chanoine Lionel Groulx.' Encore là aurait-il admis, sans faux-fuyants, n'être pas allé au bout de soi-même, s'être arrêté en cours de route, et ne pas avoir franchi l'ultime étape du choix clair, définitif et tranché que l'on attendait de lui.En faveur de l'indépendance, bien sûr.Et d'un Québec socialiste tout au moins, sinon marxiste, comme de bien entendu.Même au plan personnel Laurendeau avouerait, à sa façon, dans son style « pastel », selon le mot de Gérard Filion, n'avoirjamais conclu.Devait-il poursuivre une carrière d'écrivain, de dramaturge, de romancier, qu'il n'avait qu'effleurée ?Dans son rôle d'éditorialiste au Devoir, en raison même de son influence au sein de l'intelligentzia qui recherchait son avis, des conseils, voire des directives, n'aurait-il pas dû I.Voir l'article de Gérard Pelletier en page 18.André Laurendeau au Devoir.partager les doutes, les angoisses, peut-être même et davantage encore les contradictions et les déchirements de sa vie intérieure, fût-ce au sujet du mariage, de la Foi en Dieu ?Extirpés de leur contexte, des mentalités du temps, du climat socioculturel, ces scrupules — car c'en étaient dans toute l'acceptation du terme — portent certes à sourire.Pourquoi donc faire tout un drame de ce qui ne serait aujourd'hui qu'un épisode assez banal 7 D'où l'extrême sévérité de quelques-uns qui ne parviennent pas à comprendre, et du fait à pardonner qu'un homme public de sa stature ait laissé sa vie privée le détourner de ses fins, de son devoir.Comment comprendre aujourd'hui cette douceur?Notre époque se prête en effet bien mal à la compréhension d'un homme comme Laurendeau.Nous vivons sous le régime des doctrinaires crispés et du terrorisme intellectuel.Jean-Paul Sartre a instauré le style et sacralisé les nouvelles règles du jeu : étouffer sous ses glapissements toute vérité suscep- tible de « désespérer Billancourt » ; interdire de parole toute opposition à LA Cause ; qui ne partage pas nos certitudes n'est pas un adversaire mais un ennemi, un salaud, un chien, un traître qu'il faut abattre.Ces excès, ces « bavures » n'ont pas cours au Québec ?Qu'on se rappelle une certaine liste de noms publiée — quelle ironie ! — dans le Devoir .À l'ère de l'insulte et de l'invective, dans cette nouvelle version du « Crois, ou meurs » que nos tribuns dénonçaient pourtant avec une belle indignation, l'homme de nuances et de dialogue qu'était Laurendeau n'aurait guère sa place.En avait-il la prémonition, quand il écrivit : « Il me semble que nous réussissions mieux nos habitants que nos intellectuels » ?Tout Laurendeau se trouve dans ce « // me semble .», et ce grand point d'interrogation.Pour reprendre le jargon cher à nos sociologues chevelus, il était l'homme du questionnement.Au terme d'une longue réflexion, jamais n'aurait-il agressé l'intelligence de son lecteur en lui proposant autre chose que « sa part de vérité, et encore avec quelle délicatesse, et combien de pudeur., D'une grande ouverture d'esprit, ou mieux, selon les termes de Charlotte Boisjoli, d'une «grande ouverture du coeur », Laurendeau chercha toujours à comprendre l'autre thèse, l'autre version, fût-elle d'un adversaire moins conciliant.Il l'a certes démontré lors de quelques audiences publiques de la Commission B & B dans l'ouest canadien.En témoigne aujourd'hui Michel Roy, qui suivit tous les travaux de la Commission à travers le pays, pour le compte du Devoir.Face à l'intolérance et à la sottise .«J'y ai découvert un Laurendeau très attentif, qui écoutait avec beaucoup de respect ce que les gens avaient à dire dans ces audiences.Parfois, il faut bien le signhler, certains disaient 8 L'INCUNABLE — MARS 1984 Première audience de la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, à Ottawa en novembre 1963.Au premier plan, M.Michel Roy, maintenant éditeur adjoint à La Presse.des sottises sur le pays, le Québec en particulier, ou exprimaient des préjugés dénotant un fanatisme .' En fait, c'est inouï ce que j'ai pu entendre, et nous-mêmes journalistes réagissions vivement .« Mais lui conservait un calme olympien, il revenait ci la charge, posait précautionneusement des questions.Il voulait savoir pourquoi ce bonhomme en était rendu hi.Il disait souvent : — « Je suis en train d'apprendre le Canada connue on apprend l'histoire, la géographie, les mathématiques, parce que ce pays nous révèle des visages que l'on connaissait mal » Michel Roy poursuit: «A la fin de cette première grande ronde d'audiences, Laurendeau disait encore : — « Est-ce que ces deux peuples veulent vraiment encore vivre en- semble ?Quel intérêt y a-t-il à continuer de vivre ensemble ?Et à quelles conditions sont-ils disposés à vivre ensemble ?» «Laurendeau, raconte Michel Roy.revenait sans cesse sur ces conditions.Pour lui, il s'agissait là de questions fondamentales.» Et ce, malgré la froideur de l'accueil, l'agressivité des interventions, les préjugés les plus bêtes, les sottises les plus démoralisantes.Des années plus tard, sans doute dans les mêmes salons d'hôtel, face à la même intolérance sinon aux mêmes individus, Solange Chaput-Rolland allait éclater en sanglots, et quelques-uns de ses collègues masculins de la Commission Pé-pin-Robarts, se répandre en imprécations de toutes sortes.Michel Roy, qui n'est guère l'homme des emportements intempestifs, ne comprend tou- jours pas au prix de quelle maîtrise de soi André Laurendeau est toujours demeuré calme, courtois dans ses propos, délicat dans ses mises au point, avec ce ton et cette élégance de seigneur qui lui étaient propres.Malheureusement, ce qui fait ici l'honneur de tout intellectuel n'est pas, ou n'est plus apprécié de la sorte.Peur de se mouiller, refus de se compromettre, voilà ce que d'aucuns ont vu ou dénoncé dans les écrits de Laurendeau.« Après tous ses d'une part.et d'autre part, ses par ailleurs et ses en revanche, finira-t-il un jour par se brancher, et nous dire une fois pour toutes, sans t'est-de ben-que oui, t'est-de-ben-que non, s'il est pour, ou s'il est contre ?», s'écriait-on en certains milieux.Il se refusa les facilités de la démagogie Bien que ces réactions le blessaient beaucoup plus qu'il ne le laissait paraître, Laurendeau se refusa toujours à la facilité des invectives, des attaques brutales, des condamnations sommaires, n'en déplaise au goût du jour, ou de certains.Son confort intellectuel, ses satisfactions d'amour-propre, il ne se serait jamais permis, et encore moins pardonné de les gagner à bon compte en flattant l'instinct plutôt que la raison de son lecteur.Observateur averti des affaires publiques, il n'était pas sans savoir qu'à ses bloc-notes tout en demi teintes, un large public préférait les papiers tempétueux et tonitruants de Gérard Fi-lion, son voisin de page, son ami.Sur l'indéfectible amitié que se portèrent ces deux hommes, que tout par ailleurs opposait, nous reviendrons plus loin.Un fait néanmoins demeure, qu'il importe, ici, de souligner : Gérard Filion fut et demeurera peut-être le plus grand pamphlétaire qui ait jamais signé un premier-montréal dans les pages du Devoir.En atteste le souvenir, toujours vivace, que l'on conserve de quelques-uns de ses éditoriaux, un quart de siècle plus tard.L'INCUNABLE — MARS 1984 9 Qu'on ne s'y trompe pas : Laurendeau admirait Filion.Il lui enviait sa faconde carrée, sa truculence rabelaisienne, ses papiers dont un seul coup de hache — et han ! — fendait la bûche, version moderne du noeud gordien.« Mais quel intérêt aurais-je à forcer mon registre pour faire du mauvais Filion! », me confia-t-il, un jour qu'il était en veine de confidences et que nous discutions de style.« Gérard excelle dans son genre, qui n'est pas le mien, et je pense que les lecteurs du Devoir gagnent à cette différence de rythme et de ton .» Qui songerait un seul instant à reprocher au style sec de Stendhal l'absence des périodes majestueuses si caractéristiques de Chateaubriand ?Le célèbre adage de Buffon, « le style, c'est l'homme », ou pour le citer correctement, « le style, c'est l'homme lui-même », personne ne l'illustrait mieux que Laurendeau.Impossible de s'y méprendre : on le reconnaissait, dès la première ligne, à ce ton, à cette « petite voix », comme l'on disait de Mozart.Cette phrase courte, sèche en apparence, mais toute frémissante d'une sensibilité qui donnait à son style une résonnance, un velouté particuliers.Il y avait le ton Laurendeau, comme l'on disait le ton Barrés, et plus récemment le ton Mauriac : celui des bloc-notes, justement, mais la méchanceté en moins, la chaleur sympathique en plus, et cette faculté de comprendre autrui, qui lui semblait si naturelle.Duplessis, un ennemi?Laurendeau avait l'art du croquis incisif.Dans sa remarquable préface à Ces choses qui nous arrivent2, Fer-nand Dumont rappelle bien à propos qu'« // n'aurait pu avoir qu'un seul ennemi : Duplessis.«Pourtant, écrit Dumont, personne n'a mieux parlé du vieux politicien.( .)Vous relirez, ce portrait de Duplessis finissant : «Il est dur, il mène.Il est seul: il y a dans ce vieillissement solitaire une cer- 2.Chronique des années 19f>l-tlJM.par André Laurendeau.Éditions HMH.M.Gérard Filion.Circa 1965 (Jean le photographe enr.) taine grandeur.Quand on est malade et vieux, ça n 'estplus aussi drôle de gouverner : mais il le faut, il le faut, où irait la province sans cela ?.Il impose sa volonté ; il donne à ses adversaires le sentiment d'une étrange force inexpugnable, mais ses intimes voient sa main chercher en tâtonnant le bouton de l'ascenseur.Ayant vu autour de lui tant de lâcheté, il s'enfonce davantage dans le mépris des hommes.» De tous les hommages rendus à André Laurendeau l'éditorialiste, le plus grand, et le plus vrai, provient de simples lecteurs.Ils disaient, en substance : « Quand je le lis, j'ai l'impression d'être intelligent, » Cette qualité, rarissime chez nos journalistes contemporains, il faut bien le dire, et le déplorer, Laurendeau la tenait peut-être surtout du fait qu'il n'était pas un penseur, mais un pensant.Il possédait cet art de décortiquer sous vos yeux les problèmes les plus complexes avec la grâce et l'absence d'efforts apparents d'un gymnaste dans ses exercices les plus difficiles et les plus périlleux.D'un problème donc, d'une question ardue, il nous découvrait chacune des facettes, les présentait sous divers éclairages, souvent dans une perspective historique inattendue, étonnante.Voici.voilà tirez vos conclusions, semblait-il nous murmurera l'oreille, et l'on avait bel et bien le sentiment d'entendre sa voix.Un scalpel de teinte pastel Rien, chez lui, du doctrinaire qui entraîne des masses fanatisées, donc aveugles.Rien non plus du «maître à penser », si l'on entend par là quelqu'un qui réfléchit à votre place et vous évite tout effort.Un style pastel, pour reprendre le mot de Gérard Filion.Attention, toutefois, de confondre avec rosâtre, invertébré.Gérard Pelletier le décrit à merveille dans son article : «( .) Laurendeau, tout en nuances, maniait le scalpel le mieux aiguisé qui fût, tranchant jusqu'à l'os, mais en douceur, ou bien asphyxiait ses victimes sous une ironie si fine qu'on ne se rendait compte seulement après coup à quel point elle était efficace.» Personnalité fascinante, dont on ne cesse de découvrir de nouveaux aspects.Le visage de André Laurendeau ne se révèle que peu à peu.Alternent sur ses traits ombre et lumière, trompeuses tour à tour, la seconde peut-être davantage que la première.L'incandescence sous le givre, pour emprunter le sous-titre d'un ouvrage récent consacré à Jacques Chardonnc.Francine, sa fille aînée1, Yves et Jean, ses fils, Charlotte Boisjoli dont nous reparlerons, ses anciens collègues au Devoir, de vieux amis, peut-être un adversaire, qui nous donnera la clef de l'homme, ou nous entrebâillera la porte ?Suite au prochain numéro 3.Voir son article dans ce numéro en page 11.10 L'INCUNABLE — MARS 1984 Autour de deux textes inédits «Mon père ce héros au sourire si doux» (Victor Hugo, Apres la bataille) Qu'est-ce qu'une fille peut bien trouver à dire sur son père — pour lequel elle nourrit des sentiments plutôt que des idées — qui soit d'intérêt public ?C'est du moins la question que je me posais avant d'entreprendre la rédaction de cet article.Quand on me demande ce que je pense du livre de Denis Monière (André Laurendeau et le destin d'un peuple, éditions Québec/Amérique), par F ranci ne Laurendeau France (à l'heure de la montée des fas-cismes, du Front populaire et de la guerre civile espagnole) et le retour difficile dans un Québec où « la crise avait renforcé les attitudes conservatrices des Canadiens français alors que sa propre trajectoire intellectuelle Francine Laurendeau je réponds que j'en apprécie le travail de recherche, de débroussaillement.Même si ses inexactitudes m'ont fait tiquer (dès la première ligne : Voyages au pays de l'enfance n'est pas un roman), c'est avec un vif intérêt que j'ai parcouru cette description méthodique de l'évolution intellectuelle d'un homme né en 1912 jusqu'à sa mort en 1968.J'ai trouvé particulièrement éclairantes les pages sur son séjour en l'avait amené à prendre conscience des abus du capitalisme, des droits légitimes des ouvriers et de l'urgence des réformes sociales.» (p.108) Je suis très étonnée qu'un Roger Duhamel conteste les expressions du genre « grande noirceur duplessiste » ou « oppression cléricale » employées par Monière, et l'accuse même de « hargne fanatique «.Mais où vivait donc cet homme ?Sur la même planète peut-être que Leopold Richer ou Robert Rumilly ?Ce n'était en tout cas pas la nôtre à nous qui avons bel et bien traversé cette période de la grande noirceur duplessiste et qui avons subi l'oppression cléricale.La galère du non retour Je ne suis pas historienne et, vivant à l'étranger de I960 à 1966, je n'ai suivi que de loin l'aventure de la Commission Laurendeau-Dunton.Mais j'ai toujours eu l'impression que si mon père s'était senti moralement obligé d'en accepter la coprésidence (c'est lui qui avait lancé, dans un article au Devoir, l'idée de cette commission d'enquête), il ne savait pas dans quelle galère il s'embarquait.Il ne pouvait pas prévoir que ce travail ingrat se prolongerait de longues années et le forcerait à s'exiler à Ottawa dans une solitude austère dont je ne devais avoir la révélation qu'en mai 1968 lorsque les circonstances me firent découvrir son triste petit appartement de célibataire.Ironie du sort, il n'aura même pas pu mourir en français, jusqu'au dernier soupir victime du bilinguisme canadien dans cet hôpital où la majorité du personnel s'exprimait en anglais .Tout cela, je l'ai retrouvé en filigrane dans le livre de Denis Monière auquel je n'ai vraiment rien de sérieux à reprocher, sauf peut-être une impalpable absence de chaleur humaine et une tendance à croire que les aspirations musicales et littéraires de notre père relevaient d'un certain dilettantisme, d'une fuite du réel plutôt que d'un besoin vital.C'est compréhensible.Monière n'a pas connu personnellement André Laurendeau et l'aborde à travers ses écrits, avec les précautions scientifiques du politico-logue.Mais il ne semble pas curieux de l'homme de chair et de sang.De l'artiste, du musicien, de l'amoureux inconditionnel de Debussy.De l'homme déchiré entre ses options personnelles et les options que lui imposait (du L'INCUNABLE — MARS 1984 11 La famille Laurendeau, en 1959.En commençant par la gauche puis en remontant derrière le sofa, pour finir au centre le garçonnet : Jean, André Laurendeau, Francine, Olivier, Mme Ghislaine Laurendeau tenant Geneviève, et enfin Yves.(Sylvie n'était pas encore née).moins voulait-il le croire) une société conformiste.Deux textes pourront je crois, sur ces deux points, aider à la connaissance d'André Laurendeau.Le premier, peu connu, est une réponse à Clément Lockquell qui l'accueillait à la Société royale du Canada, le 21 novembre 1964.J'en citerai quelques passages.Le second est un inédit.Il s'agit d'une lettre écrite en juillet 1964 à son fils Jean qui étudiait alors la musique à Paris.Je la citerai à peu près intégralement.Atmosphère baignée de musique Mais d'abord quelques souvenirs personnels.J'ai été, littéralement, éle- vée dans la musique.Chez mes grands-parents paternels (Arthur Laurendeau et Blanche Hardy), les élèves de solfège, de piano et de chant défilaient du matin au soir.Parfois, toute petite, j'accompagnais mon grand-père au jubé de la Cathédrale Saint-Jacques (aujourd'hui Marie-Reine-du-Monde) où il exerçait la fonction de maître de chapelle.Je m'asseyais sur le banc des basses dont la seule vibration des voix faisait tourner les pages de mon missel.Il s'amusait à faire chanter à ses petits-enfants des airs, entre autres, de La Basoche, tandis que ma grand-mère, plus respectueuse des étapes, m'enseignait le solfège et les premiers rudiments du piano.Ghislaine Perrault, ma mère, était il me semble une bonne pianiste.Elle avait même suivi à Paris, dans sa jeunesse, les cours (publics) d'Alfred Cortot.Mais l'âme de la vie musicale de la maison, c'était mon père.Quand je dis avoir été élevée dans la musique, il serait plus juste de dire dans Debussy et dans Ravel.Un de mes premiers souvenirs d'enfance, c'est moi, dans les bras de mon père qui danse sur le rythme endiablé de La Valse de Maurice Ravel.Mais c'est avant tout P elle as et Mélisande, cet opéra de Claude Debussy sur un texte de Maurice Maeterlinck, qui constitue l'atmosphère sonore dans laquelle nous avons baigné toute notre en- 12 L'INCUNABLE — MARS 1984 fance, les aînés du moins (par rang d'âge : moi, Jean et Yves).Pour mieux savourer ce drame musical qui chaque fois nous bouleversait, nous éteignions toutes les lumières.Dans l'obscurité, nous plongions dans un émerveillement contemplatif troublé seulement par les obligatoires changements de disques et les questions du petit frère ou de la petite soeur inquiets de savoir si Pelléas avait rendu l'âme.C'est de son père qu'André Laurendeau avait hérité de cette passion.« Mon père, étudiant à Paris, avait découvert Debussy quatre ans après la création de Pelléas, quand souvent encore le parterre bourgeois grondait et sifflait, tandis que le poulailler hurlait d'enthousiasme.Cela m'était conté, avec cent anecdotes, à travers les bouffées d'un cigare d après-dîner, près d'un crachoir où mon père expectorait avec discrétion.De même, il me parla souvent de Phèdre, que Sarah Bernhardt lui avait révélée.»' Cet amour ne devait jamais se démentir.« Une fois abandonnés travaux et croisades de l'adolescence.je n'ai jamais étudié Pelléas ni Boris, je n'y ai jamais pratiqué de recherches systématiques, par exemple, quant aux thèmes et aux développements.L'objet demeurait mystérieux, le mystère était accepté, j'y revenais comme à l'office.A quoi m'aurait servi, à moi qui ne suis pas musicien, de démonter cette mécanique '.' Les seuls mots qui conviennent sont de nourriture et de communion.Ceux qui ne partageaient pas ma foi, je n'ai jamais tenté de les convaincre — comme un croyant qui méprise l'apologétique a pitié des âmes opaques incapables de recevoir la lumière.»' Le pianiste compositeur Mon père était un pianiste sensible et imaginatif.Du plus loin qu'il m'en souvienne, je le vois assis au piano, je l'entends nous jouant les adorables pièces du Children's Corner (toujours I.Réponse de M.André Laurendeau de la Société Royale du Canada, Ecrits du Canada français numéro 35.Debussy) par nous cent fois réclamées.Ou interprétant des réminiscences de ses propres compositions — dans le fond de ma mémoire, il m'ar-rive d'entendre les accords d'une nostalgique Hantise du bleu.Ou rêvant, il avait une grande facilité d'improvisation.Bien sûr, il n'y avait pas que Debussy.Nous écoutions souvent Boris Godottnov, de Moussorgsky, nous savions par coeur L'Enfant et les sortilèges, de Ravel.Et des textes parlés, bien oubliés aujourd'hui, comme cette Vie privée d'Adam et Eve (était-ce sur une musique de Georges Auric ?), ou ce traditionnel Noël de l'oncle Sébastien, de Léon Chancerel, Quand un grand-oncle mélomane nous ramena d'Europe Jeanne au bûcher (imaginez le colis: tout l'oratorio d'Arthur Honegger en disques 78 tours), ce fut un événement mémorable dans la famille.L'écoute musicale était chez nous, à l'époque, la grande affaire.Un jour, un jeune Français vint frapper à la maison : il débarquait du bateau, envoyé par des amis de mes parents.Mon père, qui écoutait un concert en direct à la radio, ne daigna pas le recevoir avant la fin et le fit attendre deux bonnes heures, à ma grande honte.Et quand, à Noël, nous recevions des disques, l'urgence de les entendre était telle que nous imposions le silence à nos malheureux cousins qui ne goûtaient pas nécessairement en plein réveillon La Danse des morts (du même Honegger) et qui ne perdaient pas une occasion de se moquer de Pelléas en parodiant le texte de Maeterlinck .(Encore aujourd'hui, j'agace mes proches parce que je suis incapable d'écouter de la musique à moitié: on écoute (et on se tait) ou on n'écoute pas .) « Et c'est ainsi que, embrassant ma propre existence, je puis aujourd'hui conclure que j'ai déchu, d'abord de la musique et la littérature, puis de la littérature à l'action et au journalisme, sans vraiment savoir pourquoi.Et cependant, dans les régions obscures de soi où s'élaborent les vraies hiérar- DENIS MONlERE ANDRE LAURENDEAU chies des valeurs, le premier mot qui surgit est musique, et le premier nom Debussy.»' L'homme ambivalent Mais il faut également parler du côté sombre d'André Laurendeau, de son côté quej'appellerais, subjectivement, négatif.Cet homme, pas du tout conventionnel dans sa façon d'être, jugeait néanmoins que certaines choses ne devaient pas être dites, du moins explicitement, quand on occupait une Anrjrt LAURENDEAU BEAUCHEMIN L'INCUNABLE — MARS 1984 13 fonction honorable de notre société intégriste d'alors.En d'autres termes, il estimait que le chef du Bloc populaire (parti catholique), ou le rédacteur en chef du Devoir (journal catholique), devait se conformer, en apparence du moins, aux canons d'une morale qu'il réprouvait.Cette prudence, que je trouvais excessive, m'a à plusieurs reprises opposée à lui, avec le radicalisme de ma jeunesse.Je demeure convaincue que si son roman, Une vie d'enfer, a peut-être raté sa cible, c'est que, publié après d'infinies tergiversations, il est sorti avec huit ans de retard sur son époque.Quant à sa vie sentimentale, qu'il ait connu plus qu'un seul amour, qui songerait aujourd'hui à s'en indigner?Le rédacteur en chef du Devoir s'est astreint au secret absolu, à une discrétion presque inhumaine.Pour les mêmes raisons, il se devait d'être catholique.Que mon père ait été croyant dans son enfance et sa prime jeunesse, je n'en ai jamais douté.Le moyen de faire autrement ?Mais je ne l'ai à peu près jamais vu à l'église dans un temps où la messe du dimanche et la communion pascale étaient obligatoires (je parle des années 40 et 50).Il nous racontait que, souffrant d'agoraphobie et de claustrophobie, il ne pouvait se joindre à la foule dominicale .Petits, nous gobions cette histoire, d'autant plus qu'elle avait un fond de vérité.(Plus tard, mon père devait subir une psychanalyse pour tenter de se délivrer de ses insomnies, migraines et phobies.Il était entre autres sujet au vertige.) Sauf que ces malaises ne l'empêchaient pas d'aller au théâtre et au cinéma quand il y tenait vraiment, quitte à s'asseoir au dernier rang de la salle, près de la sortie.Nous n'avons pas longtemps été dupes de cette comédie.D'autant plus que nous avions sous la main, dans la bibliothèque familiale, à peu près tous les bons auteurs mis à l'Index par notre mère la sainte Église .Mais notre père avait, sur ces sujets délicats, l'art d'éluder les questions, de détourner la conversation.Il ne m'a parlé que beaucoup plus tard de sa vie amoureuse.Quant à sa «crise» religieuse, il l'a décrite dans une lettre à son fils Jean.« Donc, j'ai perdu la foi, et si je puis mettre une date sur cet aveu, c'est grâce à toi qui ne t'en doutais guère.Tu as fait ta première communion le 19 mai 1945.D'habitude, à cette cérémonie, les parents communient eux aussi : je l'avais fait pour Francine deux ans plus tôt.Mais je venais de m'avouer que je ne le pouvais plus.Je me suis donc fait porter malade, et j'ai passé la journée dans mon lit — furieux de devoir jouer cette comédie.Je m'y croyais forcé : j'étais chef provincial d'un parti officiellement catholique, je siégeais comme député en face de Duplessis dont le règne commençait.J'avais trente-trois ans.Je me débattais « contre le doute » depuis au moins sept ans, peut-être depuis dix ans (1935, mon arrivée à Paris), peut-être depuis toujours.(.) Mais en cette année 1945, il a fallu que je me rende, que je m'admette à moi-même : il n'y a plus rien, c'est fini.Les deux années précédentes, le temps pascal m'avait posé des problèmes de conscience, j'avais communié au conditionnel.Désormais le conditionnel lui-même serait malhonnête.J'ai repris ma vie au présent (de l'indicatif), sans foi, sans communion.« On vit sur plusieurs paliers.1942, 43, 45 me rappellent des souvenirs politiques : j'étais livré à l'action.Comment, à travers ces assemblées, ces caucus, ces causeries à la radio, ai-je eu le temps d'avoir une vie intérieure ?En 1945, Pâques est tombé pendant la session, où je travaillais comme un déchaîné : et quand même, par en dessous, une crise qui se dénoue.«Personne ne l'a su, rigoureusement personne sauf maman (la vôtre, non la mienne bien sûr).Comment vous confier ce que vous n'auriez pas compris et vous aurait troublés ?J'ai pris l'habitude du silence.(.) Au reste, j'avais peur d'une indiscrétion et, socialement, j'avais besoin du secret car j'étais journaliste à un quotidien catholique.André Laurendeau, son épouse Ghislaine et Francine.« Ceci me posait un problème.Je me disais : ai-je le droit ?Le lecteur me prend pour ce que je ne suis pas.Mais j'ai toujours tenté d'organiser ma pensée publique (religieuse) en fonction de ce qu'on me croyait : c'était facile, je reste imprégné de catholicisme, je lisais et me tenais au courant.C'est une gymnastique que je ne conseille à personne.C'est comme de jouer dans-une serrure avec une mauvaise clef: tu fausses la serrure.J'en suis encore là : le secret m'est toujours socialement nécessaire, et je le trouve honteux, beaucoup moins cependant que jadis ; j'en ai pris mon parti.Mon père et ma mère sont morts sans savoir que je les avais quittés.«Si maintenant tu me demandes pourquoi j'ai perdu la foi, je te répondrai que je ne le sais pas tout à fait.( .) Ici encore, ça s'est passé sur deux plans.Au niveau conscient et rationnel, des objections, et notamment la non-universalité de l'Eglise après 20 siècles, le fait qu'on attrappe sa foi avec sa race, par le hasard de la naissance : « Si j'étais né aux Indes, je serais hindou avec autant de bonne foi que je suis catholique » ; des objections plus précises sur l'historicité du Christ et la valeur mythique du personnage.14 L'INCUNABLE — MARS 1984 Grâce à André Laurendeau, je suis devenu le Frère Untel Comme je ne me souviens plus quel héros de roman, toute prière, toute cérémonie liturgique me devenait prétexte à interrogation angoissée : « Quand je prie, en fin de compte, est-ce que je me parle à moi-même ?» En ce temps-là — nous vivions à N.D.G., donc c'était en 1938 ou 1939-40 —, je m'obligeais à une visite quotidienne à l'église (des dominicains).C'est devenu un supplice.Prier m'ennuyait.Bientôt prier me fut un supplice : point de roses ni de parfums, seulement des épines.Puis, je me sentais étouffer: j'aurais voulu m'enfuir, il fallait que je me prenne au collet et me maintienne à genoux par la peau du cou .J'ai cessé ces visites, j'ai tenté de me traiter par la douceur, comme un malade.Dans ce temps-là, ton confesseur te dit : « C'est une tentation ».Mais il me semble que ce sont les parties les plus nobles de mon être qui sont engagées.« Orgueil.» Merde au confesseur.« Mais tout ceci reste extérieur.Au dedans de moi, aucune voix — aucune expérience, jamais de ce que les chrétiens nomment grâce : ou alors, d'autres explications aussi plausibles d'un phénomène ressenti comme émotionnel.Est-ce que la quête de la foi était en soi un phénomène religieux ?J'ai été maintenu quelques temps entre ciel et terre par le mot que Pascal prête à Jésus : « Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais déjà trouvé.» Puis la vertu de cette apologétique s'est dissipée.J'ai commencé à me dire : «Au désert, ma soif ne fait pas qu'une source existe.» En d'autres termes : ce n'est point parce que j'ai soif que l'eau va se mettre à sourdre.« J'ai donc ressenti d'abord la perte de la foi comme un manque, un vide, ou même comme une infirmité.Je n'avais pas l'agnosticisme conquérant, mais honteux.Je n'aurais pas eu l'idée de m'en glorifier, mais de l'avouer, si je l'avais cru possible.Aussi me suis-je souvent reconnu dans La ligne du risque», de Pierre Vadboncoeur.«J'ai connu d'autres sentiments.Par instants, l'univers catholique me semble absurde, je comprends mal que des êtres intelligents acceptent d'y vivre.Je lui préfère mes propres incohérences.» (Saint-Gabriel de Brandon, juillet 1964) ?par Jean-Paul Desbiens Je n'ai pas choisi le titre de cet article par complaisance ou dans l'idée d'accrocher ma charrette à la locomotive de Laurendeau.J'ai choisi ce titre parce qu'il décrit parfaitement la cause et la nature de mes relations avec lui.La cause d'abord : j'avais écrit une lettre personnelle à André Laurendeau à la suite d'un article qu'il avait signé dans Le Devoir et qui mettait l'école en accusation.André Laurendeau décida de publier ma lettre, mais connaissant les règles communautaires se rapportant à la publication de textes par un religieux, il m'avait préalablement informé qu'il me trouverait un pseudonyme.J'ai donc connu mon pseudonyme en même temps que les lecteurs du Devoir.Je vis avec depuis ce temps.Quant à la nature de mes relations avec André Laurendeau, elle participe à l'importance, dans ma vie, de ce qu'il faut bien appeler l'aventure des Insolences.Jusque-là, je connaissais André Laurendeau comme lecteur du Devoir ; à partir de là, et pendant près de 10 ans, je fus admis dans son amitié.Mais voyons un peu comment les choses se sont développées.Retour en arrière Nous sommes en 1959.J'étais professeur à Chicoutimi où j'enseignais, entre autres disciplines, le français.J'étais également responsable d'un des nombreux clubs, cercles, mouvements, chorales, corps de cadets où les élèves s'inscrivaient pour compléter leur formation, meubler leurs loisirs bref, tout ce qu'on appelle maintenant les affaires étudiantes par opposition à l'étude elle-même.Le mouvement que l'on m'avait confié s'appelait l'AJC : Association des Jeunes Canadiens.Précisons tout de suite que ce mouvement n'avait rien à voir avec celui des Jeunes-Canada dans lequel Laurendeau a milité au début des années trente.L'AJC était, cependant, elle aussi, un mouvement d'inspiration nationaliste.Mais c'était un mouvement moribond qui regroupait à peine quelques centaines de membres sur l'ensemble du territoire québécois, avec quelques sections plus vieilles et plus dynamiques au collège de Lévis et de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, notamment.Le secrétariat permanent était à Montréal.Les activités des sections étaient du type cercle d'étude.L'activité extérieure principale (à Chicoutimi, en tout cas), c'était la célébration de la fête de Dollard.Jean-Paul Desbiens Vers cette époque, il y avait eu une mini-polémique dans les journaux autour du caractère de ce personnage.Les uns le tenaient pour un aventurier ; les autres, pour un héros.Le chanoine Groulx avait publié une brochure où il défendait la thèse du héros national.Écrivant ces choses, vingt-cinq ans plus tard, je me rends compte de l'importance que Dollard a eue dans ma vie d'écolier et jusqu'au début de ma vie de professeur.Je pense bien que nous aurons été les derniers à nous préoccuper de Dollard.Aujourd'hui, on ne sait toujours pas comment appeler le congé L'INCUNABLE — MARS 1984 15 du troisième lundi de mai : Fête de Dollard ?Fête de la Reine?N'importe ! Ce congé fait partie des 13 jours fériés, négociés et coulés dans les conventions collectives de travail.Le Vendredi-Saint également.Tout commence en mystique et tout finit en juridique.En vérité, je ne savais trop comment «animer», comme on ne disait pas à l'époque, la section dont j'étais responsable.J'eus l'idée d'aller rencontrer Laurendeau à Montréal.Obtenir le rendez-vous fut plus facile que je ne l'imaginais.C'était en mars I960.Laurendeau me reçut chez lui.J'étais très impressionné par mon audace et son urbanité.Nous parlâmes de Dollard et de questions d'éducation.Depuis octobre précédent, j'avais commencé à écrire, sans plan déterminé, quelques lettres au Devoir qui devinrent ce que l'on sait.Je me souviens que j'avais pressé Laurendeau d'intervenir davantage en matière d'éducation.Il avait répondu qu'il se sentait un peu loin de ces problèmes.Un an plus tard, il s'en était rapproché.Que l'on se souvienne de son éditorial intitulé : L'Université dit NON aux Jésuites.Et voilà pour la première rencontre.Nouvelle dimension de ma vie A la suite de la publication des Insolences, je l'ai rencontré deux ou trois fois.Du même coup, je me trouvais en contact avec une bonne partie du Tout-Montréal: journalistes, artistes, professeurs d'université, collaborateurs de Cité Libre, etc.J'étais mal préparé à occuper cette dimension soudaine que prenait ma vie.Le chien savant peut être étonnant ; il n'en demeure pas moins à la merci du dompteur ou des aspirants-dompteurs.Laurendeau fut la discrétion même.La prévenance aussi.Il avait souffert, il souffrait encore, du commerce mondain : le monde des chers collègues est féroce sous le vernis urbain.Le monde politique aussi.Tous les mondes.En I960, Laurendeau avait derrière lui 25 ans de recherche, de combats, de succès, de défaites.Il voulait me prévenir contre la désillusion.Il me disait : « Vous êtes provisoirement connu, presque célèbre.Mais attendez-vous à retomber dans l'oubli.Préparez-vous-y.» Il me disait encore : « Les intellectuels sont présentement avec vous; ils sont bien obligés, le courant est trop fort.Mais ils ne vous aiment pas : vous êtes trop peuple.» Farouche et compliqué, il m'arri-vait, bien sûr, de gaffer.Il souriait et parfois trouvait moyen de fournir une explication avantageuse à certains de mes comportements.Il en portait quelques-uns sur le compte de l'émerveillement (ce fut un de ses mots).D'autres auraient dit naïveté.Il m'avait, pour ainsi dire, adopté.Il m'introduisit dans ses confidences.C'était un oiseau de nuit et moi aussi : nous avons longuement parlé tous les deux durant les séjours que je fis chez lui à Saint-Gabriel-de-Brandon, à mon retour d'Europe.J'y connus sa femme et ses enfants dont Sylvie, la dernière, qui avait à l'époque six ou huit ans et qui avait inspiré Voyage au pays de l'enfance.Tout le temps que je fus en Europe, dans les circonstances que l'on sait, c'est-à-dire contre mon gré, nous entretînmes une correspondance régulière.En plein milieu de l'Atlantique, sur le bateau qui m'amenait en exil, je reçois un télégramme.On imagine ma surprise : mon départ avait été tenu secret.C'était Laurendeau.Je ne savais même pas que l'on pût rejoindre un passager en cours de route.Le père de Laurendeau mourut pendant mon séjour en Europe.Il avait rédigé, pour ses enfants, une espèce d'hommage posthume à son père.Un texte d'une vingtaine de pages dactylographiées.Il m'en avait fait tenir une copie, m'introduisant ainsi dans le cercle familial élargi.Quelques jours avant sa mort, j'étais allé le voir chez lui.Il était question que j'entre au Devoir et je voulais savoir comment il voyait la chose.Il lui restait encore un an à titre de coprésident de la commission Lauren-deau-Dunton, mais ensuite, il devait revenir à son journal.C'était un dimanche.Le mercredi suivant, il était frappé par une hémorragie cérébrale.Quelques jours après sa mort, à la demande de Michel Roy, j'avais publié dans le Devoir un bref hommage dont je reprends ici quelques paragraphes dans l'idée qu'ils reflètent une émotion fraîche.André Laurendau m'honorait de son amitié.Je sais que j'emploie un grand mot.J'avais pris la peine de vérifier le sens selon lequel il l'employait à mon endroit: formule d'urbanité?ou m'offrait-il vraiment son amitié ?Car il ne me serait pas venu à l'esprit d'habiter la maison de l'amitié avec Laurendeau.J'avais demandé son aide et ses conseils, mais je le voyais trop loin de moi.Ma génération reconnaissait des aînés.Et ce fut l'amitié.Il me comprenait, sans trop me prendre au sérieux, comme il faut faire.J'ose dire qu'il m'aimait.Et moi aussi, avec un mélange de respect.Je viens de perdre un ami.Nous autres, les bêtes à encre, il ne nous suffit pas d'avoir de la peine : il faut la dire au moins à soi-même.Peut-être a-t-on 16 L'INCUNABLE — MARS 1984 moins de peine que ceux qui ne disent rien.Une peine moins absolue.Je cherche maintenant à me dire ce que Laurendeau a été pour moi, ce que je retiens de lui.D'abord, sa rigueur.Il aimait les nuances, il passait pour subtil et il n'aimait point trop cela.Faut-il entendre finassier'.' Pas branché ?C'est possible.Pourtant, il avait nommé ses amours, et il s'y tenait.Mais sa nature répugnait aux grossièretés, je ne dis pas aux vulgarités, ce qui va de soi.Où d'autres travaillent à la hache, et il admettait qu'on le fit, lui travaillait au canif.Il est plusieurs façons de servir des valeurs.L'important, c'est d'être fidèle.Laurendeau s'engageait progressivement, mais une fois engagé, il ne lâchait plus.Il avait nommé ses amours : on sait son amitié pour Saint-Denys Garneau ; on sait comme il aimait la musique.Un détail : devant mon peu d'enthousiasme pour Pelléas et Mélisande, il m'avait dit : « Vous ne pouvez pas être mon ami si vous n'aimez pas Pelléas et Mélisande.» Ce n'était pas loin d'être un avertissement.Musique, théâtre, voyages au pays de l'enfance : la petite fille, la sienne, Sylvie, qui s'étonnait qu'il la reconnût un jour qu'elle étrennait des souliers neufs.Musique, théâtre, c'aurait été son monde : la vraie vie.La vie vraie, ce fut la politique.L'art des arts, bien sûr, et il le savait, mais un art sans perfection et sans consolation.C'est quand même là qu'il a été utile.Mais il s'y sentait de corvée.C'est ailleurs qu'il aurait aimé laisser sa trace.J'interprète peut-être.Je suis sûr, en tout cas, que nos événements nous ressemblent.Là où Laurendeau a travaillé, c'est là qu'il devait le faire.Nous le perdons au moment où nous avons tant besoin de références ; où sa voix égale et sûre nous aurait aidés à garder le ton.Je mesure à quel point il m'a aidé à me définir.A propos d'un homme comme Laurendeau, on se pose forcément la question : où serait-il aujourd'hui?Que penserait-il de tel ou tel problème ?De là à tenter de le faire parler, à tenter de le récupérer, la pente est fatale, je veux dire inévitable.On est toujours tenté d'aligner les morts sur la grille de lecture en usage vingt ans plus tard.Où serait Laurendeau aujourd'hui ?En politique, serait-il fédéraliste ou indépendantiste ?Quelle lecture ferait-il de notre situation actuelle ?Je ne réponds pas, car je l'ignore.Ce que je sais, c'est qu'un homme ne se dément pas.Nul ne rejette la femme de sa jeunesse.Je dis ça de mon côté de la punition.Une femme dirait-elle : nulle ne rejette l'homme de sa jeunesse?Ma référence, à ce sujet, c'est Isaïe, qui a parlé pour tout le monde.Il est bien clair que Laurendeau avait partie liée avec le Québec.Détail : on sait comme il était doué pour la musique.Il me disait : « Tout le temps que je fus en France, je prenais grand soin de ne pas adopter l'accent français.» On dirait maintenant : l'accent pointu.«Je ne voulais pas, continuait-il, être perçu comme un retour-d'Europe.» Plus tard, il écrivit un article sur ce thème, accompagné d'une caricature de Berthio où l'on voyait un retour-d'Europe s'exclamant : « Salut, bande de caves ! » A l'époque de son retour d'Europe à lui, le risque était réel.En plus des émigrés aux USA, nous avons connu bon nombre d'émigrés à l'intérieur: des hommes qui, après avoir respiré l'air du large, ne surent plus se réhabituer à l'air d'ici.Il faut convenir que l'air fut rare, un bon bout de temps.Qui se souvient de la proscription des Enfants du paradis'! Qui se souvient de la polémique autour de l'autre film : Hiroshima, mon amour que Laurendeau, justement, conduisit ?Me remémorant Laurendeau, je mesure le chemin que nous avons fait.Le chemin qu'il fallait faire.Je mesure aussi un peu mieux comment un homme comme lui a dû vivre son propre trajet.Car enfin, de par ses origines familiales, sa culture, sa sensibilité, ses chances aussi, il était en avance parmi nous.Il n'en a pas moins choisi de rester parmi nous.Il est mort en plein dilemme.Les Anciens disaient : de mortuis, nil nisi bonum.Dites du bien des morts ou taisez-vous.Je dis qu'il faut beaucoup aimer ceux qui ont beaucoup assumé.Qu'il s'agisse de morts ou de vifs, aimer augmente.?DESBIENS, Jean-Paul (le Frire Untcl).-Appartenance cl liberté.Propos recueillis par Louise Bouchard-Accolas, Les Editions JCL.inc.Saint-Nazaire, 1983.190, Ag/p.«JEAN-PAUL APPARTENANCE ET LIBERTÉ Propos recueillis par I ouisc Bouchard Assolas L'INCUNABLE — MARS 1984 17 Comment j'ai connu André Laurendeau ?En lisant, au collège, les tracts publiés, dans les années 30, par le mouvement Jeunes-Canada.C'est pourquoi sans doute j'ai cru qu'il était de beaucoup mon aîné, alors qu'il l'était de bien peu.Pensez : il parlait en public et l'on imprimait ensuite le texte de ses discours, à l'intention des étudiants.C'était donc un vieillard ou presque aux yeux de mes quinze ans qui s'usaient à fabriquer des vers latins.Je découvris beaucoup plus tard que cet ancêtre, au moment dont je parle, passait tout juste la vingtaine.Cependant, même après cette découverte et tout au long des années qui suivirent, il m'inspira toujours une affectueuse déférence qui devait marquer par la suite notre longue amitié.Rencontre avec l'homme Je ne rencontrai Laurendeau, après l'avoir lu pendant plusieurs années, qu'aux alentours de 1940 et c'est un père de famille déjà qui m'accueillit, entouré d'une épouse aussi intimidante que jolie et de quelques enfants.Entre-temps, mon admiration pour cet aîné n'avait fait que grandir.Lui le nationaliste n'avait-il pas rompu avec son entourage sur un point capital en refusant de voir en Franco un sauveur, lors de la guerre civile en Espagne ?A mes yeux déjeune chrétien profondément troublé par les bénédictions officielles qui pleuvaient sur le nationalisme fascisant du Caudillo, un tel écart ne pouvait passer inaperçu.Mais notre première rencontre n'avait rien à faire avec la politique.Il s'agissait plutôt d'activités estudiantines.L'Action nationale avait lancé quelques années plus tôt un concours de vacances à l'intention des collégiens.Le succès de l'entreprise était devenu encombrant pour la rédaction de la revue et Laurendeau voulait que la J.E.C.prenne la relève.Un ou deux ans s'écoulèrent ensuite sans aucun contact entre nous.Puis, en 1942, il nous lança un second s.o.s.parce que la Ligue pour la défense du Canada, machine de guerre (si j'ose dire) dirigée contre la conscription, lui créait des problèmes de main- par Gérard Pelletier d'oeuvre.Cette ligue, si mon souvenir est exact, avait organisé un vote de paille par correspondance sur la question du service militaire obligatoire.La réponse du public prit une telle ampleur qu'André se vit bientôt envahi par un courrier monstre dont il ne savait plus que faire.Je le revois, dans son modeste bureau de la rue Viger, complètement débordé par les nouvelles vagues de lettres qui arrivaient lante et profonde qui ne refusait aucun défi, cet homme qui devait nous donner tant de preuves de son courage .battait en retraite, avec le sourire, quand il s'agissait de planter un clou pour y suspendre un tableau ! Il était (et se reconnaissait) d'une telle ineptie manuelle que je fus renversé d'apprendre, quelques années plus tard, qu'il savait tenir le volant d'une voiture ! Satisfaction de ses curiosités fondamentales Mon troisième entretien avec lui fut « Journée d'étude » du Devoir, le 23 mars 1963.De gauche à droite : Michel Roy, Gérard Pelletier, Jean Marchand et Pierre Laporte.chaque jour, alors que chaque table, chaque fauteuil, chaque rebord de fenêtre et le parquet même gisaient déjà sous une épaisse couche d'enveloppes à décacheter .Ceux qui ont connu André Laurendeau ne s'étonneront pas une seconde du fait qu'il se soit senti désemparé devant cette masse de lettres à ouvrir et à départager entre le Non et le Oui.Car l'homme était réputé pour sa rare inaptitude à régler certaines questions d'ordre matériel.Cet esprit d'une singulière agilité, cette intelligence bril- sans doute l'un des plus brefs, mais aussi des plus étonnants que nous ayons jamais eus.C'était, je crois, pendant l'été de 1943, au milieu d'une élection à laquelle il était mêlé.La presse parlait de lui tous les jours et je l'imaginais accablé de travail, dormant à peine, uniquement préoccupé de l'issue de sa campagne, incapable d'en distraire sa pensée, fut-ce pour une seconde.Et quand je le croisai, Place d'Armes, tout à fait par hasard, un certain midi, je voulus savoir comment il s'arrangeait d'un tel régime : 18 L'INCUNABLE — MARS 1984 « Vous n'avez même pas le temps de lire, je suppose ?— Ah mais oui ! Ça, je le prends toujours.Justement, je suis plongé ces temps-ci dans l'Éducation sentimentale de Flaubert.Quel curieux ouvrage ! Je ne l'avais jamais lu.Vous le connaissez '! » Une demi-heure durant, debout au grand soleil, près du monument de Maisonneuve, il m'entretint de Flaubert, comme s'il n'avait eu rien à faire, ce jour-là, de plus important.Je devais apprendre, dans la suite de nos rapports, que cette disponibilité étonnante à ses curiosités fondamentales résistait à tout, y compris aux plus dures exigences de l'action.Je ne saurais dissimuler la joie que m'apporta cette rencontre.Il n'était pas banal, à cette époque, de croiser un candidat qui pouvait s'intéresser, en pleine campagne électorale, à l'amour de Frédéric pour Madame Arnoux ! À Genève où je séjournai en 1946-47, je reçus de Laurendeau quelques lettres.Il avait lu un de mes papiers, dans un hebdo montréalais, et voulait en savoir plus long sur l'émergence du communisme dans les pays d'Europe que je parcourais alors.C'est la seule correspondance que nous ayons jamais échangée.Comme je regrette que les lettres d'André n'aient pas survécu à mes nombreux déménagements et que je n'en trouve plus trace dans mes papiers ! Car Laurendeau était un remarquable épistolier.Le style intime et détendu de la correspondance lui allait à merveille, comme d'ailleurs celui du téléphone dont il usait si volontiers.Le plaisir de la conversation Ai-je noté qu'André Laurendeau était noctambule ?Pour l'attraper au saut du lit, il fallait l'appeler vers onze heures du matin, pas plus tôt.C'est seulement à la fin du jour qu'il se mettait à vivre vraiment.Sans aucun motif de caractère urgent, il pouvait vous joindre au téléphone à minuit et vous entretenir pendant une heure, comme il l'eût fait dans votre salon ou dans son bureau.Pour lui, la conversation était la conversation et le truchement d'une ligne téléphonique n'y changeait rien du tout.Moi qui ai ce moyen de communication en douce horreur, André arrivait à me retenir à l'appareil pour de très longues discussions et de très importantes, quand nous ne pouvions prévoir une rencontre dans des délais raisonnables.Son humeur téléphonique ne différait en rien de son comportement ordinaire.Il faisait les mêmes pauses, observait les mêmes silences prolongés.Les premières fois, je m'énervais, croyant la communication coupée ; je criais : « Allô ! Allô ! » Mais la voix d'André, très calme, poursuivait au bout du fil : « Je suis là.Je réfléchissais — Ecoutez : si par exemple le gouvernement avait donné un appui raisonnable aux coopératives d'habitation, auriez-vous écrit le même article ?» J'anticipe, bien sûr.La conversation dont me revient ce fragment remonte à l'époque où nous étions tous deux au Devoir, c'est-à-dire à la fin des années 40.Mais c'est encore grâce à André que j'y fus avec lui.Le début d'une longue association fructueuse Nous étions rentrés d'Europe, mon épouse et moi, à l'été 1947, mais pour quelques mois seulement.Dès après l'accouchement d'Alec, qui portait notre deuxième enfant, nous retournions à Paris, c'était entendu, pour nous joindre à l'équipe naissante de l'U.N.E.S.C.O.Aussi étions-nous installés de façon assez précaire dans le minuscule appartement d'une amie, boulevard Saint-Joseph, où nous hésitions encore à défaire nos bagages.Et Laurendeau surgit là, vers la fin du mois d'août, par un après-midi tor-ride.Il portait un pantalon clair, une chemisette à col oavert ; il accepta le troisième et dernier fauteuil du vivoir minuscule où nous l'accueillions.Quand il eut casé ses longues jambes dont il donnait toujours l'impression de ne savoir que faire, et allumé une demi-cigarette (il les coupait en deux « pour fumer moins » disait-il), il aborda le sujet de sa visite.Gérard Filion « Filion veut savoir si vous seriez intéressé à faire partie de la nouvelle équipe du Devoir.Je sais bien que vous allez refuser.Vous êtes déjà engagé dans le travail international ; je ne vous vois pas contremander votre retour à Paris.Mais je vous en parle par acquis de conscience.Je ne voudrais pas que vous me disiez un jour, dans cinq ou dix ans: Ah! si vous m'en aviez parlé, en 47 ! » Par acquis de conscience aussi il me parla, presque négligemment, des luttes qui s'annonçaient.Il siégeait à Québec depuis 44, sous la férule de Maurice Duplessis, comme député du Bloc populaire.Il voyait tenir, avec une rare clairvoyance, le combat royal des années 50 entre l'Union nationale et les tendances progressistes.11 nous quitta ce jour-là, ma femme et moi, avec ses bons voeux pour notre travail à l'U.N.E.S.C.O.et son regret que la vie nous sépare une fois de plus.Or, le lendemain, je lui passais un coup de fil ; deux jours plus tard nous déjeunions tous les deux avec Gérard Filion, directeur du Devoir; le lundi suivant, j'entrais à la rédaction du journal .La mesure de l'éditorialiste et de l'écrivain André Laurendeau reste pour moi un maître en journalisme.Peut-être n'ai-je pas suffisamment connu l'homme politique mais c'est comme éditorialiste et comme écrivain, il me L'INCUNABLE — MARS 1984 19 semble, qu'il devait donner toute sa mesure.A la direction du «quotidien de la rue Notre-Dame » comme on nommait alors le Devoir, il devait former avec Gérard Filion un extraordinaire tandem fondé sur autant de contradictions que d'idées communes.J'ai rarement connu deux associés plus radicalement différents l'un de l'autre.Filion avait une voix de stentor qui dominait facilement l'intense tapage d'une salle de rédaction à l'ancienne ; Laurendeau, sans microphone, pouvait à peine se faire entendre à trois pas.Filion, dans ses éditoriaux-coups-de-poing, taillait à la hache, frappait à tour de bras, assommait l'adversaire ; Laurendeau, tout en nuances, maniait le scalpel le mieux aiguisé qui fût, tranchait jusqu'à l'os, mais en douceur, ou bien asphyxiait ses victimes sous une ironie si fine qu'on se rendait compte seulement après coup à quel point elle était efficace.Les deux hommes différaient jusque dans leurs méthodes de travail.Filion dictait ses éditoriaux à sa secrétaire ; Laurendeau, qui ne sut jamais taper à la machine, écrivait tout de sa main et d'une calligraphie qu'un seul linotypiste, à l'atelier, pouvait lire.Au vrai, Laurendeau ne détenait, comme rédacteur en chef, aucune autorité «juridique».En revanche, son autorité intellectuelle était considérable.Pour les jeunes de la boîte, un compliment de lui valait mieux qu'une promotion.J'attendis moi-même cette consécration jusqu'à la toute fin de mon séjour au Devoir.Elle m'échut un beau matin alors que paraissait dans le journal le dernier d'une série d'articles sur les crèches et les orphelinats du Québec.«J'ai beaucoup aimé ce reportage », me dit André.«Jusqu'à maintenant, je ne vous trouvais pas sans talent mais .ce que vous écriviez gardait un relent deJ.E.C.C'était toujours un peu plus enthousiaste que solide, le militantisme prenait le pas sur l'analyse.Cette fois-ci, ça y est : votre série m'apprend que vous êtes désormais un journaliste adulte.Et puis, au fait, vous ne croyez, pas que nous pourrions désormais nous tutoyer ?» La solidité de l'amitié Au cours des vingt ans qui suivirent, nous nous sommes tutoyés en effet et sommes devenus des amis.Séparés par des occupations divergentes, nous trouvions cependant le moyen de nous voir régulièrement, soit pour déjeuner en ville, soit pour écouter ensemble chez lui, un enregistrement qu'il venait d'acquérir, soit qu'il vint chez moi pour discuter le coup avec Trudeau, Lévesque et Marchand, au début des années 60.André Laurendeau ne pouvait pas Le chanoine Lionel Groulx (Photo Armour Landry) vivre sans musique ni sans faire partager à son entourage le plaisir qu'il y prenait.Je me souviens de soirées entières consacrées à Pelléas, à Wozzeck, qu'il faisait tourner sur un appareil assez médiocre, la lït-jî n'étant pas encore au point, à ce moment-là.Je me souviens aussi de longues conversations consacrées à ses écritures, qu'il s'agît d'une pièce de théâtre qu'il avait sur le métier ou de deux ouvrages qui n'avaient pas encore de titre et qu'il appelait « le petit roman » et « la grande machine ».Souvent, sa littérature nous ramenait à l'auteur lui-même et André acceptait de se raconter un peu.Il m'avoua un jour, avec une stupéfiante candeur, qu'il avait passé d'innombrables heures en compagnie de Saint-Denys Garneau « sans jamais soupçonner que j'avais affaire à un grand poète.Pour moi c'était un bon copain mais un être assez prosaïque.Je suis passé à côté, complètement ! » Les remises en question A d'autres moments, il mettait en cause l'orientation de sa propre vie.Ne l'avait-on pas fourvoyé dans l'action ?N'était-il pas davantage doué pour écrire, pour créer une oeuvre littéraire, celle qu'il s'efforçait maintenant de « sauver des eaux » mais au milieu de quelles sollicitations distrayantes, nées de son passé politique et de sa carrière de journaliste ?Je ne comprenais pas qu'il pût douter ainsi et c'est hier seulement, en lisant le récent et remarquable ouvrage de Denis Monière', que j'ai saisi à quel point André avait été influencé, orienté par son milieu familial et par les circonstances, non pas certes contre son gré mais d'une façon contraignante, et peut-être contraire à sa nature profonde.M.Monière cite des documents auxquels personne avant lui n'avait eu accès et qui constituent pour moi un complément singulièrement éclairant aux révélations toujours pudiques qu'André faisait sur lui-même.* * * Je m'arrête ici, non certes que je n'aie plus rien à dire mais au contraire parce que trop de souvenirs se bousculent dans mon esprit, plus « importants » peut-être que ceux dont je viens de parler.Je voudrais terminer sur deux banalités.La première, c'est qu'un homme comme Laurendeau échappe à la règle du: «personne n'est irremplaçable».I.André Laurendeau et le destin d'un peuple par Denis Monière.Québec/Amérique, Montréal.198.1.20 L'INCUNABLE — MARS 1984 Après plus de quinze ans, nous sentons chaque jour encore, nous qui l'avons connu, à quel point il nous manque.Son départ a creusé dans le « dialogue civil » au Québec un immense trou qui n'est toujours pas comblé.La seconde consistera à dire que mon amitié pour Laurendeau, l'affection déférente que j'ai toujours pour lui vont de pair avec une profonde admiration pour l'homme tel qu'il fut : généreux, courageux, accueillant, fin, sensible, subtil, prodigieusement intelligent et vif, nature riche et complexe, tiraillée entre l'action et la contemplation, entre la foi et le doute, imbu de l'Évangile et ennemi de toutes les théologies .Je refuse le jugement de Lionel Groulx, pour qui André eut toujours la plus grande affection, qui fut le maître de sa jeunesse et qui l'écrase dans ses Mémoires avec une implacable sévérité, pour ne pas dire une incroyable suffisance.Parlant de Laurendeau et de Gérard Filion, au moment où tous deux quittent le Devoir, le chanoine voit en eux : « Deux magnifiques esprits qui nous auront fait défaut et qui n'auront pu suivre la ligne de leur vie ».Et il ajoute : Le spectacle le plus douloureux de ma vie aura été celui de tous ces talents avortés, arrêtés court, de tant de lâchages en cours de route, de tant de vies déviées de leur ligne »:.Je trouve singulier qu'on prétende connaître mieux qu'André lui-même cette « ligne » de sa vie dont il aurait dévié.Je trouve passionnant, au contraire, l'itinéraire intellectuel de ce « grand esprit » qui ne consentit jamais à se bloquer une fois pour toutes sur des positions immuables, qui s'intéressa à tous les courants de pensée, qui ne refusa jamais de prendre des risques, de repartir à zéro et qui combattit, sa vie durant, le fanatisme, l'intolérance et la mesquinerie.Bien sûr, je ne suis pas chanoine.Mais je crois comprendre pourquoi André se méfiait des théologiens .?2.Lionel Groulx, Mes Mémoires, Tome IV.p.314.Fides, Montréal, 1974.DEMANDE D'EMPRUNT La Bibliothèque nationale désire emprunter les publications suivantes pour compléter ses collections pour fins de microfilmage Échos-Vedettes Vol.I Année 1963/64 au complet Vol.2 Année 1964/65 au complet Vol.3 Année 1965/66 Nos 1 à 23 23 janv.au 26 juin 1965 No 25 10 juil.1965 No 30 14 août 1965 No 31 21 août 1965 Plus Télé-Programme au complet Vol.4 Année 1966/67 No 33 3 sept.1966 No 40 22 oct.1966 Plus Télé-Programme au complet Vol.5 Année 1967/68 No 5 18 fév.1967 No 14 22 avril 1967 Plus Télé-Programme au complet Vol.6 Année 1968/69 Télé-Programme des Nos 1 à 4 17 janv.au 8 février 1968 Vol.7 Année 1969/70 Télé-Programme du No 27 17 juillet 1969 No 52 8 janvier 1970 Vol.8 Année 1970/71 No 17 7 mai 1970 Plus Télé-programme des Nos 1 à 26 17 janv.au 9 juillet 1970 Nos 32 et 33 20 août au 27 août 1970 Vol.9 Année 1971/72 Télé-programme du No 16 29 avril 1971 No 22 10 juin 1971 No 24 24 juin 1971 No 25 1" juil.1971 No 30 5 août 1971 Nos 36 à 39 16 sept, au 7 oct.1971 No 45 18 nov.1971 Vol.10 Année 1972/73 Télé-programme du No 26 6 juillet 1972 No 37 23 sept.1972 Veuillez communiquer avec le Service de prêt entre bibliothèques Bibliothèque nationale du Québec 1700, rue Saint-Denis MONTRÉAL (Québec) H2X 3K6 tél.: (514) 873-4553 TELEX 05561294 L'INCUNABLE — MARS 1984 21 La littérature au féminin Professeure et écrivaine par Roland Auger Madeleine Gagnon a fait carrière dans l'enseignement universitaire.Elle a mis en veilleuse cette activité pour se donner davantage à l'écriture après avoir déjà publié plusieurs ouvrages.Elle poursuit son engagement amorcé depuis longtemps à l'épanouissement de la littérature faite par les femmes.Ces trois aspects sont hautement représentés dans l'ensemble des textes divers qu'elle a préparés, qu'elle a supervisés comme directrice de thèse, qu'elle a orientés comme professeure, qu'elle a publiés.Ses collaborations sont nombreuses à plusieurs revues, ses participations à maints symposia, congrès, colloques, tant au Québec qu'à l'étranger.Ayant bénéficié de bourses d'étude, chaque fois elle en est revenue enrichie, appronfondissant toujours son cheminement, aiguillant aussi les étudiantes et étudiants qui lui étaient confiés sur de nouvelles pistes de recherche.On n'a qu'à parcourir ses dossiers pour constater avec quel sérieux, quelle profondeur elle prépare et étaye la matière de chacun des cours qu'elle est appelée à donner.Ses évaluations de travaux peuvent paraître sévères mais combien justes et motivées.Les thèmes abordés: archétypologie, le sujet féminin, la nouvelle écriture, approche psychologique du phénomène littéraire, sujets à la fois difficiles et audacieux sont traités avec une profonde conscience.Quelques-uns de ses ouvrages, dont nous n'entreprendrons pas ici le compte-rendu et encore moins la critique témoignent du même désir d'approfondissement.Ne citons comme exemple que deux titres au passage : L'autre bord de l'hiver et Amour parallèle.On pourrait citer d'autres textes — inédits ceux-là — qui font preuve de la constante préoccupation Madeleine Gagnon (Photo Kèro) de l'auteure : Une féminité textuelle, Ce féminin qui hante l'écriture, L'écriture d'ici, L'écriture malgré tout, Le plaisir d'écrire.On constate avec quelle patiente insistance l'enseignante aussi bien que la femme qui écrit s'applique à creuser le sillon et à marquer nettement le chemin d'un avènement qu'elle veut toujours plus précis, plus motivé et qui reflète une volonté de faire voir systématiquement en bonne pédagogue et en profonde conscience de convictions inaltérables.D'ailleurs on est frappé par le nombre d'activités qu'elle a su mener de front: journal de voyage, confé- Madeleine Gagnon Au coeur de la lettre poésie vlb éditeur rences, collaboration soutenue avec une autre écrivaine — française celle-là — Hélène Cixous qui a fait elle aussi sa marque dans l'évolution de la littérature au féminin.Notre auteure, encore jeune, profondément engagée veut continuer de se vouer à l'écriture plus pleinement.Il lui reste sûrement beaucoup de choses à dire.Nous savons qu'avec elle ce ne sera jamais superficiel.Souhaitons toutefois que les étudiantes et les étudiants qu'elle a mis en piste sauront continuer avec elle le chemin et que d'autres jeunes après eux pourront encore tirer avantages de ses leçons par cet enseignement prolongé que seront ses écrits à venir.Témoin d'une époque, comme le sont les écrivains qui comptent, à l'avant-garde d'un mouvement qui prend de plus en plus d'importance, celui qui démontre l'égalité des chances dans le domaine de la littérature, cette femme sérieuse, appliquée et pourtant modeste et chaleureuse quand on a la chance de lui parler, trace la voix à bien d'autres et nous remplit de fierté par la qualité de son oeuvre.La Bibliothèque nationale du Québec s'enrichit, à l'avantage des chercheurs, d'une source précieuse de documents qui marqueront une étape importante de notre évolution littéraire par l'avènement de l'écriture féminine en nombre et en qualité.?22 L'INCUNABLE — MARS 1984 nos richesses manuscrites Le spleen de cette génération Même si l'on ne trouve, au fonds Gilbert Langevin (MSS-44), aucun inédit dont la publication paraisse urgente, l'on y peut cueillir une foule de renseignements utiles sur les collègues en littérature de ce poète, c'est-à-dire sur la génération qui a commencé à écrire au cours des années 60, gravitant notamment autour des éditions Atys.On y découvre, par exemple — à moins que ce renseignement, dont je ne puis aujourd'hui vérifier l'origine, ne provienne des fonds Denise Boucher ou Madeleine Gagnon : je reparlerai en particulier de cette dernière à propos de la nouvelle littérature féminine des années 70, — on y découvre une réaction masculine positive à la représentation des Fées ont soif: celle de Langevin lui-même, qui a eu l'impression d'y apprendre quelque chose, de participer à une nouvelle dimension du réel.À l'origine, en 1961, Gilbert Langevin se disait professeur de lettres à l'« Université ouvrière de Montréal ».Une dizaine d'années plus tard, à l'occasion de la remise de ses manuscrits à la Bibliothèque nationale, il faisait suivre sa signature de ces titres : Gilbert Langevin (Photo James Gauthier) MSS 178 L'INCUNABLE — MARS 1984 par Pierre de Grandpré «Poète schizophrène national, paranoïaque universel et mégalomane international » ; et il fournissait la liste des destinataires de ses lettres — ils sont une trentaine — «à rechercher, pour livre posthume ».À défaut, donc, de ses propres lettres, le fonds Gilbert Langevin contient celles de ses correspondants, — plusieurs fort révélatrices sur cette génération de poètes et de prosateurs.les fées onf soif de Denise Boucher f Miroir d'une génération Ainsi, probablement du début des années 60, cette lettre non datée de Jacques Renaud : « Certains annoncent Canada Dry, Player's, Pepsi-Cola.Moi, j'annonce liberté.Chacun son patron.Je suis écrivain .Le prix de location du mur extérieur (durée illimitée) sera fixé en Cour municipale le 5 novembre .» .« Il faut apprendre à bien pisser, bien pisser sur la société», ajoute une lettre dans le même sens de 1962.André Brochu, lui, écrit en style poli, adulte, un peu condescendant.Et voici André Major, en 1961 : «J'ai tout le temps pour écrire, an-nonce-t-il, étant contraint de délaisser mes études à cause de certaines idées ».Il ajoute : « Tout est à réinventer dans cette colonie.Tout, et y manquer serait si bête ».Avant de se marier et d'aller enseigner à Edmunston, en 1959, Roch Carrier écrit : «Je crois à la vie, à la joie.Je cherche la vie, je la guette .Louis Caron m'a appris que tu n'es pas aussi heureux que je le suis .Crois en toi».En 1960, il revient à la charge: «La poésie n'est pas dans les mots.Elle est dans la vie.Il y a trop de poètes, trop peu de vivants, de viveurs ».Gilles Leclerc, qui se présente comme «l'ex-homme de joie», déplore, en 1959, l'esprit « paroissial » du Saguenay, où « les hommes sont naturellement de trop.Ils doivent alors songer à émigrer ».Louis Caron se fait le confident de Langevin, le 19 juillet 1959 : « Tu viens de traverser une crise intérieure [d'autres correspondants y font allusion : Diane Pelletier-Spiecker, Reginald Hamel .] .Pas nécessaire- André Major (Photo Keystone) MSS 178 Roch Carrier (Photo Keystone) MSS 178 Louis Caron MSS 178 Gaston Miron MSS 178 ment décadente lorsque comprise et dominée comme (ce) semble être le cas pour toi.Là se révèle l'homme véritable.Je n'ai pas à rire lorsque tu me (dis) que tu as la certitude d'avoir vécu ta mort .Car simplement je te respecte .L'homme qui vit sa mort peut ensuite porter à Dieu le témoignage le plus grand d'amour qu'un être humain peut donner .Je respecte et admire les gens qui vivent leur mort et en sortent vainqueurs.Ceux-là sont les vrais hommes, c'est ceux-là qui deviendront les simples qui auront encore leur grandeur .Le labyrinthe de souffrances que tu as exploré comportait sans doute bien des peines qui n 'auront plus à se manifester par la suite .C'est là que Camus se trompe.Il dit que la douleur étant éternellement la même, on n'a jamais deux fois la même douleur .Je pense comme toi que tout homme lucide est en proie au désespoir qui procure à l'homme cette rage d'exister le plus absolument possible .Tu n'es pas inutile .Les vies inertes ne ressentent pas leur inutilité ».Il faudrait citer encore Jean Marcel, Juan Garcia, Jean Royer, une vingtaine d'autres lettres.Tenons-nous en à deux autres témoignages.Les conseils d'un aîné Voici d'abord la lettre d'un aîné, Gaston Miron, donnant à Langevin d'utiles conseils, en juin 1958 ; lui recommandant surtout de se défier des clichés et des lieux communs : « Justement parce que je te trouve du talent, je serai très franc .Il faut rechercher l'image neuve, la trouvaille, bref ce que personne n'a encore dit et qui ne peut être dit que par moi.En d'autres mots, sois personnel, unique, singulier .Méfie-toi de la poésie descriptive, de Tenumeration .Et maintenant, les bons côtés.En général, tu as le sens du rythme (ou de la musique) .Il y a des vers très beaux, nécessaires, vrais.De la simplicité, du spontané.Il y a des images justes ».Huit ans plus tard, à vingt-huit ans, Gilbert Langevin obtenait le prix Du Maurier pour Un peu plus d'ombre au dos de la falaise.A cet âge-là, «Zéro Legel » — pseudonyme tardif de l'auteur de Mortuaire — pouvait écrire : «L'insolite est ma seule raison d'être ».La leçon d'originalité avait presque trop porté ! Et puis, voici la lettre d'un frère en poésie, Pierre Chatillon, écrivant à son « alter ego » plus ou moins inconnu, le 7 novembre I960: «Je viens d'obtenir une bourse pour aller, l'an prochain, étudier à la Sorhonne l'histoire de l'art.Je veux faire des recherches sur le sens du sacré chez les Primitifs.Au fond, toujours ce secret désir de « fouler le camp » au Paradis des tribus lointaines.La civilisation m'écoeure.On se brûle dans ces pays idiots, à force d'essayer de vivre et d'aimer.Je suis heureux de l'absence totale et définitive de tout bonheur, de tout désir surtout de bonheur en moi.El je suis très heureux, crois-moi.Il faut bien que lu Misère soit l'état heureux, quand on n'a plus que ça .Ensuite, sale buse, tu es peut-être, de tous les gens (je ne parle pas des feuillages et des plantes) que j'ai connus jusqu'ici, celui qui présente, intuitivement parlant, le plus d'affinités avec les paradoxes de ma personne, et pourtant, tu es le seul avec qui je n'aie pas eu cinq minutes pour m'entretenir ».?24 L'INCUNABLE — MARS 1984 Quand «Bona» se souvient.Nos politiciens (pardon, soyons polis : nos hommes politiques) signent depuis environ deux décennies des livres et parfois les rédigent eux-mêmes.Il s'agit d'exposés assortis de promesses et, plus souvent, de mémoires dans lesquels ils se donnent, c'est humain, le beau rôle.Dès 1953, encore jeune, M.Bona Arsenault, passé quelques années plus lot du Parti conservateur au Parti libéral, entreprenait de se raconter dans Maigre les obstacles et de justifier son changement d'allégeance.A peine octogénaire, il publie des Souvenirs et Confidences qui pourraient porter le beau titre d'un beau roman anglais, AU Passion Spent.Toujours attaché à sa seconde famille politique au point de situer au premier rang dans l'histoire du Canada M.Trudeau, encore « là » au moment où ces lignes sont écrites, M.Arsenault contemple son passé avec le détachement d'un sage et porte sur des adversaires, en qui il ne vit jamais des ennemis, des jugements empreints de sérénité, ce qui serait bien, mais aussi de générosité, ce qui est mieux.Après avoir consacré aux conservateurs l'ardeur de sa jeunesse et sa soif de dévouement, M.Arsenault était candidat indépendant en 1945 dans la circonscription de Bonaventure.Knfin député aux Communes, il se ralliait aux libéraux.Réélu en I949eten 1953, il était emporté par le balayage de Die-fenbakeren 1957.Trois ans plus tard il prenait place dans la soi-disant équipe par Willie Chevalier du tonnerre formée par Jean Lesage, qui devait vaincre l'Union Nationale dirigée par Antonio Barrette.Une équipe « religieuse » Il n'est pas sans intérêt de rappeler un fait passé sous silence dans Souvenirs et Confidences.Duplessis ayant laissé planer des doutes sur les convictions religieuses de ses adversaires, l'organisation libérale avait conçu en I960 l'idée singulière de distribuer un dépliant avec photos et notes biographiques, notes juste assez longues pour notifier au bon peuple que presque tous ses candidats avaient dans leur parenté un curé, un vicaire, une religieuse, un religieux .Quant à lui, « Bona », comme l'ont appelé familièrement tant de personnes, était père d'une missionnaire au Japon dans la Congrégation de la Présentation de Marie de 1953 à 1971, année de son décès à Himeji.Il parle d'elle avec une émotion communicative.Donc, en I960, M.Arsenault devient député de Matapédia à l'Assemblée législative, maintenant nationale depuis Jean-Jacques Bertrand, et, quelques jours plus tard, ministre des Terres et Forêts jusqu'en 1962, ensuite ministre de la Chasse et des Pêcheries pour quatre mois, puis secrétaire de la province d'avril 1963 au 16 juin 1966.Il conserve cependant son siège de député en 1970 et en 1973 et le perd en 1976.Le travailleur infatigable .L'auteur détaille naturellement ses réalisations de ministre et il confirme ainsi l'impression qu'il donnait : celle d'un administrateur laborieux et efficace.Parce qu'il était haut en couleur, jovial, très accessible, parce qu'il tenait parfois des propos candides (à dessein ?), parce que tout en travaillant beaucoup son sens de l'humour l'empêchait de se prendre au tragique, de se prendre pour un autre, des journalistes plus ou moins malicieux l'ont caricaturé, lui ont fait un temps la réputation d'un politicien futile.Il fut au contraire, probablement, le plus sûr conseiller de Jean Lesage.Il se montre trop discret à ce sujet, ce qui entache son livre d'une lacune.11 manque un chapitre sur la célèbre réunion du Lac-à-l'Épaule et les élections de 1962 qui en furent la conséquence.Si le mémorialiste Arsenault est à jamais tenu au secret ministériel, tout finit quand même par se savoir.et conseiller discret Dans un gouvernement formé en partie de « prime donne » réformistes dont quelques-unes voulaient faire table rase, il était de beaucoup le ministre le plus doué de flairélectoral.On a toutes les raisons de le croire, c'est lui qui convainquit ses collègues qu'en se hâtant trop de « changer la société », ils n'obtiendraient de nouveau mandat qu'à la condition d'en appeler au peuple tout de suite sous un prétexte propre à l'exalter.M.Arsenault y fait d'ailleurs allusion quand, analysant « les multiples causes de la défaite de 1966».il écrit: «Pour qu'elle puisse être convenablement digérée par l'électoral, toute transformation Daniel Johnson L'INCUNABLE — MARS 1984 25 de la vie d'une population doit être effectuée par étapes.» Le prétexte à des élections prématurées était tout trouvé : M.René Lévesque avait posé comme première condition de son adhésion au Parti libéral (comme naguère Philippe Hamel à Maurice Duplessis) l'étatisation de toutes les entreprises d'énergie hydro-électriques du Québec.On en discutait depuis quelques mois.Avec le slogan « Maîtres chez nous » le tour était joué, si l'on ose dire.Le gouvernement Lesage pourrait se maintenir au moins jusqu'en 1966.Précisons que la prescience de M.Ar-senault n'était pas miraculeuse.Trois fois candidat malheureux dans sa première incarnation politique, il était particulièrement rompu à l'analyse des avatars électoraux.L'expérience lui avait enseigné qu'il vaut mieux prévenir la défaite que reconquérir le pouvoir.Et puis, ses fonctions ne lui déplaisaient pas du tout ; il voulait les exercer encore longtemps .Un esprit objectif De son réalisme politique (ou électoral), du gros bon sens avant et après Jean Lesage (Photo Keystone) MSS 178 26 tout, M.Arsenault donne plusieurs preuves dans ses jugements sur les personnalités qu'il a connues.«5/ Maurice Duplessis eut encore été vivant, écrit-il, lors des élections générales de 1960, Jean Lesage serait-il alors devenu premier ministre du Québec ?» Non, répondront la plupart des citoyens alors adultes, adversaires lucides ou partisans de l'Union Nationale.Et les «Duplessis watchers », dont les rangs s'éclaircissent, sauront gré à M.Arsenault de sa mise au point honorable : « Maurice Duplessis, tel que je l'ai connu, ne correspondait pas beaucoup à la caricature qui a été fabriquée de lui et projetée sur l'écran en ces dernières années ».Épris de justice comme on vient de le voir, l'auteur de Souvenirs et Confidences écrit des pages sensibles sur l'attachant Daniel Johnson et il va jusqu'à énumérer les principales mesures du gouvernement de Jean-Jacques Bertrand, dont l'ensemble est impressionnant.À lire cet ouvrage, on se rassure : un partisan n'est donc pas toujours un fanatique ! Et l'on se dit que presque tous ses gouvernements ont fait progresser le Québec d'une façon ou de l'autre, trop souvent malgré un pouvoir central astucieux et opiniâtre dans sa cupidité et dans sa volonté d'uniformisation et de prépotence.Il va de soi que M.Arsenault exprime avec chaleur ses sentiments à l'égard de Jean Lesage qui l'a fait ministre et le lui devait bien.Il évite l'excès dans la louange et, ami véritable, explique les contradictions du caractère de son ancien chef.Il oublie toutefois, et c'est désolant, de signaler que Lesage se révéla, dans l'opposition autant qu'au pouvoir, bon serviteur du Québec.Refrénant l'amertume qu'il ne pouvait ne pas ressentir, digne et vigilant il suggéra aux gouvernements de ses deux successeurs immédiats des amendements judicieux à leurs projets de loi que Johnson et Bertrand eurent la sagesse d'accepter.Les rats de son parti ne lui pardonnèrent pas cette grandeur d'âme.Leurs rangements le poussèrent à la démission.Sa vie — on peut le penser, le craindre — en fut abrégée.Le succès mérité L'avant-dernier chapitre de Souvenirs et Confidences s'intitule « Mes travaux d'histoire et de généalogie ».Le dernier: «Un homme heureux».L'auteur.De ce bonheur conscient on se réjouit car c'est à la force du poignet, sans calembour, que l'ancien bûcheron, fils de colon, s'est taillé des succès dont il a raison d'être fier.A quelques semaines près, du même âge que le fondateur et premier doyen de la faculté des sciences sociales de Laval, le T.R.P.Georges-Henri Lévesque, il lui fallait une louable curiosité intellectuelle, un grand désir d'apprendre, de se perfectionner, et aussi de l'humilité, pour s'inscrire à cette institution.Peut-être du courage aussi, car « Bona » était encore d'étiquette conservatrice et Duplessis pouvait lui tenir rigueur de cette « mauvaise » fréquentation.Il lui fallait encore un grand amour de sa petite patrie et un esprit de travail remarquable pour, plus tard, ministre assidu, sollicité, député soucieux de ses commettants, mener de Jean-Jacques Bertrand L'INCUNABLE — MARS 1984 La généalogie apprivoisée front et à bien des tâches d'historien.«Je me levais, explique-t-il, à quatre heures du matin, après avoir pris un café je pouvais travailler sur mes textes jusqu'à huit heures de façon à arriver à mon bureau du parlement pour neuf heures.» Et ses témoins savent qu'il était malgré cela toujours accueillant, de bonne humeur.II ne faudrait pas oublier de mentionner, car l'amnésie dispute à l'ignorance le titre de grand mal démocratique, que tous les parlementaires fédéraux et provinciaux doivent une fière chandelle à M.Arsenault.Ils devraient en vérité lui élever un monument.C'est lui qui fit instituer un plan de retraite pour les députés aux Communes, en vigueur depuis le 1er janvier 1952, et qui « a depuis servi de modèle pour la mise en oeuvre de plans de retraite analogues par les gouvernements provinciaux.» En ces temps de vaches maigres, ce rappel peut faire froncer les sourcils du contribuable moyen mais ce n'est pas la faute de M.Arsenault si le législateur exagère.Souvenirs et Confidences n'est d'aucune façon un chef-d'oeuvre ; le moins prétentieux des mémorialistes, M.Arsenault s'offusquerait de compliments outrés.Il raconte simplement des épisodes de sa vie d'honnête homme bien remplie, grandement utile.On ne perd pas son temps à lire son récit à profusion illustré de photographies car on se trouve en compagnie d'un personnage charmant, foncièrement bon, qui n'a demandé qu'à servir par la politique en salissant le moins possible ses mains d'ancien travailleur manuel.Les Rumilly de l'avenir trouveront précieux cet ouvrage : en pratiquant par conscience professionnelle des recoupements, ils constateront que M.Arsenault n'a faussé aucun fait s'il n'a pas raconté tout ce qu'il savait, tout ce qu'il sait.Et ils conviendront que l'homme heureux de Sillery, de Bona-venture et de Clearwater Beach en Floride méritait, lui, ses deux pensions d'ancien parlementaire.?par Daniel Olivier Non seulement les québécois ont-ils la chance de pouvoir bénéficier de registres d'état civil très bien tenus, mais encore pourront-ils bientôt se considérer à bon droit comme des privilégiés de la recherche généalogique tant les répertoires et les outils de recherche d'envergure sortent des presses à un rythme régulier.On avait connu en 1980 la parution de la première série du Répertoire des actes de baptême, mariage, sépulture et des recensements du Québec ancien du Programme de recherche en démographie historique de l'Université de Montréal.Malgré toutes ses qualités, ce remarquable travail n'avait pas suscité généralement l'enthousiasme de la majorité des généalogistes qui l'ont toujours considéré trop difficile d'accès, trop hermétique.René Jette a pour sa part réussi à concilier la rigueur et la masse d'information contenue dans l'ouvrage du PRDH avec la facilité d'accès à laquelle des générations de généalogistes s'étaient peu à peu habitués à l'utilisation des dictionnaires Tanguay et Drouin ; son Dictionnaire généalogique des familles du Québec, tout en puisant aux sources du PRDH, est une reconstitution facile de lecture des familles du Québec jusqu'à 1730.Le seul fait d'avoir présenté sous une forme plus «digestible » ces milliers de données couvrant plus d'un siècle représente un travail gigantesque qui à lui seul devrait mériter à l'auteur l'admiration et la reconnaissance des historiens en général et des chercheurs en généalogie en particulier.Contrairement à ce qu'une publicité un peu trop audacieuse avait suggéré avant la publication, l'oeuvre de Jette n'a sûrement pas fait (du moins pas encore, bien qu'une suite soit prévue) du Tanguay une stricte pièce d'archivé ou de bibliophilie ; il est fort probable, pour ainsi dire assuré, que de nombreuses omissions, lacunes ou erreurs seront signalées à l'auteur de sorte qu'une éventuelle édition révisée pourrait même s'avérer utile.Il est même un peu surprenant de ne pas trouver dans l'ouvrage une invitation à souligner à l'auteur ce genre de manquements inévitables dans une telle compilation.D'approche plus souple, avec quelques innovations fort intéressantes (appendice des individus non identifiés, mention systématique de présence dans les recensements, dates de décès et sépulture, de naissance et baptême clairement identifiées, données relatives aux professions) le Dictionnaire de monsieur Jette devrait probablement connaître une carrière tout aussi prestigieuse que celle du monumental ouvrage du curé de Sainte-Hénédine.Il nous faut seulement souhaiter que son auteur puisse trouver la motivation de poursuivre l'oeuvre entreprise afin que ce « contrôle généalogique » de la population québécoise soit au moins étendu au-delà du milieu du XVIIL siècle.Dans une démarche globale de réappropriation de notre passé collectif, la généalogie permet vraiment à chaque individu d'avoir une approche on ne peut plus intimiste de l'histoire et en ce sens l'ouvrage de René Jette nous paraît être une contribution fondamentale à la connaissance approfondie du peuple québécois et de ses origines.?Dictionnaire généalogique L'INCUNABLE — MARS 1984 27 Le Père Lévesque : un homme vertical «Et moi, sur cette terre, je suis le héraut des vérités en marche.» (Le poète russe Maiakovski) C'est le propre des grands hommes de réveiller et de lancer en avant l'histoire qui s'endormait.Le Québec dormait depuis longtemps dans sa certitude de posséder tranquillement la vérité quand le Père Lévesque fit irruption dans son histoire intellectuelle et politique pour le réveiller et lui rappeler, par son enseignement et son action, que la vraie vie est un ajustement constant aux changements qui tissent son évolution.Ce fut le commencement de ce qu'on a justement appelé par la suite notre «révolution tranquille ».La place de cet homme est petite dans les manchettes de notre fébrile actualité, mais elle est grande dans notre histoire.Une histoire qui serait incomplète et injuste si elle ne racontait pas comment et combien le Père Lévesque a marqué son époque par la justesse et l'audace de ses idées et par le courage ardent qu'il a déployé à combattre pour elles.Un homme de lumière J'ai eu dans ma vie un privilège immérité : celui de vivre pendant quinze ans dans l'intimité intellectuelle et le rayonnement moral de cet homme exceptionnel.C'est à lui que je dois mes très modestes connaissances scientifiques et c'est dans son enseignement et son exemple que j'ai puisé le goût de travailler avec une « prudence audacieuse » aux transformations nécessaires de notre société.Le Père Lévesque, c'était un maître.Dans la plénitude du mot.Je n'ai jamais connu de professeur sachant mieux que lui expliqueret rendre limpides tous les aspects des sujets qu'il abordait.Son enseignement était d'une clarté lumineuse.Tout y était présenté dans un ordre éclatant.Ses cours étaient un plaisir pour l'esprit.C'était un pédagogue remarquable.Il était aussi un homme d'analyse.Il excellait à nous démonter en pièces détachées tous les éléments des doctrines, des philosophies et des sys- par Doris Lussier tèmes, toujours avec un souci de scu-puleuse honnêteté intellectuelle, et à en faire la critique la plus objective.Un homme de synthèse également.Il possédait ce que Sertillanges appelait « cette faculté royale de se placer au coeur des choses et d'en apercevoir tout le rayonnement ».Esprit à la fois ample et pénétrant, il voyait d'un premier coup d'oeil l'essentiel des problèmes.Qu'il s'agît du domaine de la pensée ou de l'action, il saisissait les choses dans leur ordre, et son regard d'aigle embrassait comme naturellement les ensembles sans jamais perdre de vue le détail du réseau complexe des relations qui unissent les êtres entre eux et les intègrent dans une unité supérieure.Un homme de communication hors pair.Il avait non seulement de la clarté dans les idées mais aussi de la magie dans son verbe.Au point d'être intellectuellement contagieux, si je puis dire.Cela tient sans doute à sa chaleur humaine.Le Père Lévesque, en effet, c'est l'accueil, le coeur, la bonté.Et l'humour aussi, ce frère souriant de l'humilité.Bref, un être délicieux, qu'on ne peut pas ne pas aimer.Et un homme d'ordre enfin.Il nous parlait toujours de l'ordre.L'ordre, c'était la réalité centrale de sa pensée et de son action.Toute sa vie intellectuelle a été une recherche de l'ordre dans les idées.Et toute son action sociale a été une recherche de l'ordre à mettre dans la société.« L'ordre, organisation de la liberté et de la justice en vue du bien commun, » disait-il.Il a été professeur d'ordre et facteur d'ordre.Mais cet ordre, c'était un ordre démocratique.C'est-à-dire basé sur la justice, bien sûr, mais aussi sur la liberté.A une époque où la société québécoise pliait en silence sous le joug d'une quasi-dictature spirituelle et temporelle au nom du vieil adage « l'autorité vient de Dieu », le Père Lévesque a osé rappeler à la face de tous les pouvoirs que « la liberté aussi vient de Dieu ».Cela a fait du bruit.Et beaucoup de bien ! 11 nous enseignait le pluralisme.Et la tolérance envers ceux qui ne pensent pas comme nous.Nous n'avons malheureusement pas toujours suivi ses conseils.Dans l'ardeur des combats que nos orientations politiques différentes voire âprement opposées nous ont conduits à mener, il nous est arrivé de prononcer des mots injustes qui dépassaient certainement les intentions du coeur et risquaient d'endolorir et peut-être de tuer des amitiés que nous croyions à toute épreuve.Cela m'est arrivé à moi le premier qui suis pourtant un homme doux ayant en horreur toutes les formes de la violence, la verbale incluse.Ce sont des choses que l'on regrette dans son for intérieur et qu'on se pardonne mal — si involontaire qu'ait été le mal qu'elles font — et qu'il faut avoir l'humilité repentante de reconnaître pour garder l'amitié, «première vertu du citoyen » comme disait Aristote.La grande tristesse des batailles politiques, que nous prétendons toujours mener au nom de la justice, c'est que leur feu nous aveugle souvent au point de nous faire oublier la loi de la fraternité.Un fondateur Quand on pense à tous les mouvements et à toutes les institutions novatrices dont il a été l'âme et l'artisan, on se demande comment un seul homme a pu tant entreprendre et si bien réussir.Lisons seulement la liste partielle que voici : 1938 — Il fonde l'École des sciences sociales, économiques et politiques.1939 — Il fonde le Conseil supérieur de la Coopération.1940 — Il est l'inspirateur de la création de L'Association canadienne pour l'éducation des adultes.1940 à 1949.— Il est membre de l'exécutif du Conseil du travail du Québec.1941 à 1951.— Il est membre du Conseil d'orientation économique du Québec.1952 — Il co-préside la Commission royale d'enquête sur les arts, les lettres et les sciences.28 L'INCUNABLE — MARS 1984 Et comme si ce n'était pas assez de fonder ici, il va, dès la fin de son mandat comme doyen de la Faculté des sciences sociales de l'Université Laval de Québec, fonder l'Université du Rwanda, à la demande expresse du gouvernement de ce pays.Rien que ça.Qui dit mieux ?Mais son grand oeuvre reste la Faculté des sciences sociales de Laval.Cette institution est la synthèse créatrice de son esprit scientifique et de son engagement de citoyen.Dans sa conception et sous sa direction, cette Faculté a été non seulement un lieu d'enseignement et de recherche scientifiques, mais aussi, et largement, l'âme, l'inspiration et le fer de lance d'un mouvement dont l'action a fini par donner naissance à cet immense déblocage spirituel et politique que fut la «révolution tranquille » des années 60.A l'époque de sa fondation, la Faculté est apparue comme une institution révolutionnaire.D'abord bien vue des pouvoirs religieux et civils, qui ont même favorisé son avènement, parce qu'ils ne voyaient sans doute pas toutes les virtualités de changements radicaux qu'elle apportait dans l'étude de la société québécoise et dans l'action qu'elle exerçait sur cette société, la Faculté a par la suite été en butte d'abord à des soupçons, puis à leur hostilité ouverte et finalement à leur persécution pure et simple, je crois que le mot n'est pas trop fort.Un homme de combat C'est à ce moment-là que le Père Lévesque a montré de quelle intelligence et de quel courage il était armé.Car il a dû subir, venant d'hommes d'Église et d'hommes d'État aussi réactionnaires les uns que les autres, des attaques terribles, mesquines et quelquefois inqualifiables.On a tout essayé pour l'abattre.Tout.Jusqu'à tenter par les moyens les plus odieux de noircir sa réputation d'homme et de religieux.Des hommes d'Église ont été mêlés à cette turpitude.« Tant de fiel entre-t-il dans l'âme des dévêts ! » Cette cabale était d'autant plus perverse que l'homme à abattre est d'une sensibilité et d'une délicatesse d'âme qui le rendaient particulièrement vulnérable à tout ce qui touchait sa réputation.J'ai vécu tout cela, à côté de lui, et j'en garde le souvenir d'une chose infiniment triste.Tout autre que le chêne qu'il était se serait écroulé sous les coups.Pas le georges henri LEVESQUE PERE DE LA RENAISSANCE QUEBECOISE Robert Parisé uluin KluHk« Père Lévesque.Il a résisté à tout.Debout.Avec une force qui commandait l'admiration.Cette force, il la trouvait dans sa foi, bien sûr, mais aussi, beaucoup, dans l'affectueuse fidélité de tous ceux qui, depuis le tout début s'étaient associés à son oeuvre, avaient foi en elle et en lui, et constituaient en quelque sorte sa petite armée : ses professeurs, ses étudiants, des collègues de l'Université qui comprenaient, et ceux qui, dans diverses associations et dans le peuple, sentaient la grave nécessité de son combat.Et l'appui de son Ordre aussi qui s'est montré magnifique.Les Dominicains sont merveilleux.Et il s'est battu.Comme un lion.Pour la « non-confessionnalité des coopératives » d'abord.Une lutte homérique.On rit de ça aujourd'hui : pensez donc, des coopératives catholiques ! Eh bien oui, il a fallu le faire.Et ç'aété dur.C'est alléjusqu'à Rome.Et puis ce fut la bataille de la liberté académique ; liberté qu'il dut défendre contre, à la fois, la force de la dictature obscurantiste du satrape Duplessis (qui coupait les octrois à la Faculté parce que, selon lui, on y enseignait des hérésies politiques) et la navrante et inqualifiable faiblesse d'un recteur qui trouvait que perdre 25 000,00 $.c'était payer trop cher la liberté académique défendu par un doyen devenu « trop dispendieux pour l'Université » — ce sont ses propres termes : j'ai devant moi la lettre odieuse qu'il a envoyée au Père Lévesque.C'est impensable.Puis ce fut la fameuse grève d'Asbestos.Et Y affaire Mgr Charbonneau au cours de laquelle nous avons vu une sinistre coalition césaro-cléricale intri-quer jusqu'à Rome pour obtenir la tête d'un archevêque qui, lui aussi, avait préféré la position verticale à l'agenouillement devant le «chef».Un entraîneur d'hommes Inspirés par l'audacieuse mais solide philosophie et par le contagieux exemple du Père Lévesque.des hommes sont sortis de cette Faculté qui ont par la suite, à des titres différents et dans des fonctions diverses, marqué le destin de la société québécoise.La politique, la fonction publique, le mouvement coopératif, et combien d'autres institutions ont bénéficié de la compétence reconnue et des idées libératrices qu'ils avaient héritées du maître.Tous ces hommes ne sont pas nécessairement d'accord sur les moyens pratiques concrets de faire passer les principes dans la réalité.C'est normal pour la simple raison que, regardant cette réalité de postes d'observation différents, ils ne peuvent la voir de la même façon : les angles et les éclairages ne sont pas pareils.Mais tous, je pense, quel qu'ait été par la suite leur cheminement personnel, ont été profondément marqués par la pensée et l'action du grand Dominicain.Au seuil de sa verte vieillesse, le Père Lévesque peut regarder son oeuvre avec fierté.Il est un homme heureux.Il aura eu le rare privilège de voirde son vivant blondir les blés de sa vaste moisson et lever le pain dont il a été le ferment.Maintenant que les quatre vents de la vie ont dissipé la fumée de ses grandes batailles, il peut avec une humble joie savourer l'ampleur de sa victoire.Quant à nous qui avons les premiers mis nos pas dans les siens, et qui avons marché avec enthousiasme dans le sillon de sa pensée et de son action, notre nostalgie est joyeuse.Car elle ranime le souvenir d'une aventure somme toute féconde.Et nous devons ce bonheur à la valeur d'un homme simple et brûlant qui est arrivé parmi nous, un jour, vêtu d'une robe blanche, et qui a osé entreprendre de secouer la torpeur du Québec et de relancer en avant une histoire qui s'endormait.Le Père Lévesque, c'est un homme-lumière, un homme-force, un homme-ferment.Un homme vertical.Un homme.?L'INCUNABLE — MARS 1984 29 Le Père Lévesque se penche sur son passé On prête à mon professeur de rhétorique, le Jésuite Jacques Cousineau, le mot suivant, qui est tout à fait dans son style.Déambulant un jour devant un couvent de l'Ordre des Frères Prêcheurs et apercevant, au fronton de l'édifice, gravé dans la pierre, le mot latin Veritas, il aurait fait cette remarque à son compagnon : « On reconnaît bien là les Dominicains : toujours mettre la vérité à la porte ! » Ce n'est évidemment qu'une boutade, et sans doute apocryphe.Elle me revient en mémoire à la lecture des Souvenances* du R.P.Georges-Henri Lévesque qui, au terme d'une longue vie à plusieurs égards comblée, n'a jamais eu de cesse de cerner la vérité, même si elle empruntait souvent à ses yeux des visages différents.Il serait pharisaïque de lui en faire grief, car nous sommes tous plus ou moins à notre insu victimes de mirages.Influence indéniable Il ne fait aucun doute que le Dominicain au sourire entraînant a exercé dans notre petit milieu intellectuel une influence considérable.Il a fortement marqué ses élèves, devenus aussitôt ses disciples, et qui lui ont conservé une fidélité sans faille.Est-ce le fait d'un pur hasard si ces hommes qui ont connu des carrières brillantes dans la vie publique et l'enseignement supérieur se sont tout naturellement engagés, à de rares exceptions près, dans les sentiers tortueux de l'opportunisme libéral ?Certes, il n'est pas interdit de situer la pensée de Louis Saint-Laurent au-dessus de celle de Lionel Groulx.Évolution de son cheminement idéologique Au sujet de cet historien, le Père Lévesque fait preuve d'une charité un peu condescendante.Il est visiblement agacé que dans ses Mémoires, Groulx fasse allusion à l'ancien étudiant de Lille en écrivant de lui qu'il était «en par Roger Duhamel ce temps-là, plus que fervent nationaliste.» Au fait, j'aurais souhaité ne pas devoir attendre le second tome des Souvenances pour que le mémorialiste s'explique nettement sur son revirement idéologique, sur son abandon de nos valeurs traditionnelles.S'il s'éloigne de Groulx, nous confie-t-il, c'est qu'il a trouvé son nationalisme « absolu, intransigeant et trop porté à se définir comme la valeur primordiale, à travers une confusion abusive du national et du religieux.» Georgcs-I Icnri Lévesque S( )i\i;,\.v\(i;s H ciiOvUciishvcc Simon, luiras 1.LÉVESQUE, Georges-Henri.— Souvenances, I, Éditions La Presse, Montréal 1983, 374 pages.S'efforçant de porter un jugement nuancé sur l'homme même, il lui reproche « un certain pessimisme.» J'en conviens aisément, mais on avouera que le spectacle de tant de défections — eorruptio optimi pessima — favorise plus la lucidité affligée que l'optimisme.Je comprends mal qu'on puisse regretter qu'un homme de convictions fermes soit « fortement imbu de sa vocation.» Le Père Lévesque a toujours été imbu de la sienne et nous lui en savons gré.Le Christ vomit les tièdes, il le sait bien ! L'auteur avoue volontiers que l'écriture lui est pénible ; c'est le cas de tous les bons orateurs de son rang.Aussi bien a-t-il recours à un procédé quia servi à Goethe dans ses entretiens avec Eckermann.Le Père Simon Ju-tras a accepté ce rôle de faire-valoir, qui relance la conversation dès qu'elle risquerait de s'égarer.Les échanges entre les deux confrères s'effectuent avec beaucoup de naturel et contribuent au charme de l'ouvrage.Les confidences du Père Lévesque Dès les premières pages, le Père se livre avec une franchise désarmante.Il reconnaît d'entrée de jeu son égocen-trisme, son «goût grandissant d'être le premier partout.» Il va plus loin en notant qu'il a toujours été déchiré par le dilemme : « Me servir ou servir.» Qu'il me permette de lui dire qu'il a admirablement réussi à associer l'un et l'autre, pour son plus grand bien, et pour le nôtre.Qui aurait en effet le courage odieux de le lapider pour avoir aimé « le confort, les aises, la bonne table, la galante compagnie et les beaux voyages » ?La créature bénit le Créateur de sa création.L'un de ses frères en saint Dominique, Lacor-daire, n'a-t-il pas soutenu que le bonheur est la vocation de l'homme?Il reprend, comme en écho : « J'avais été gâté par la vie, trop porté par la bienveillance de tous ceux qui m'entouraient.» Cette gratitude n'est pas fréquente.Ses origines Fils du lac Saint-Jean, il reste attaché à sa petite patrie et il la célèbre en termes émouvants, qui rejoignent même ceux qui n'ont pas vu le jour aux rives de Roberval.Une famille nombreuse, une joyeuse maisonnée de filles et de garçons bien vivants, guidés par des parents exemplaires.Les études, d'abord chez les Maristes, puis au Séminaire de Chicoutimi, se déroulent harmonieusement.L'adolescent est déjà un battant, il se hisse normalement aux premières places.Parmi ses professeurs, il fait mention spéciale de Félix-Antoine Savard, qui fut un remarquable éveilleur.Il est 30 L'INCUNABLE — MARS 1984 irrité que le romancier l'ait traité de « Reverend Father from coast to coast, » ajoutant de son ancien maître «qu'il fut un nationaliste aident, comme moi, mais qu'un jour il bouda sérieusement ma sorte de fédéralisme.» Au juste, de quelle sorte de fédéralisme s'agit-il, et en existe-t-il tant d'espèces différentes?En tout cas, le Père Lévesque peut se réjouir de la convertion in extremis de Mgr Savard, qui rédigea un testament politique où il brûlait tout ce qu'il avait adoré.La noble fierté de Menaud n'a pas su résister aux faiblesses de l'âge.Ses maîtres à penser Le jeune homme est avide de connaissances et se cherche des phares.Il fait preuve d'un sain élec-tisme, —j'ai failli écrire de libéralisme et d'aucuns auraient pu y voir un jeu de mots déplacé.Son tempérament romantico-catholique s'accommode spontanément des grands ténors de 1830 (Lacordaire, Lamennais, Monta-lembert) et quiconque le connaît ne s'étonnera guère qu'il ait vibré aux rimes sonores du père Hugo.Il est également normal qu'il se soit senti attiré par les travaux excellents et trop oubliés aujourd'hui de Le Play, de Tour-ville, de Demolins.Les saints de son calendrier littéraire révèlent la sûreté de son goût: Péguy.Claudel, Bloy, Mauriac, Giono et, bien entendu, Balzac.Dans cette liste, la présence de Dostoïevski surprend davantage: très peu Karamazov, le bon Père ! Au chapitre des influences profondes, je lis avec délices l'hommage rendu à Thomas d'Aquin.Le jeune religieux y découvre ce qui s'y trouve, soit « une méthode de penser, une façon de vivre, une vision du monde, un éclairage sur le Créateur et son oeuvre.» Sur ce sujet, on lira des pages à chaud qui transmettent une conviction que les années n'ont pas émoussée.Le thomisme est aujourd'hui remisé au magasin des accessoires périmés, depuis que les amis du Père Lévesque ont détruit les collèges classiques.Il est vrai que l'Eglise elle-même n'a pas témoigné d'un zèle extrême pour ce qu'on a longtemps estimé être la philosophie naturelle du christianisme.Notre âge a dépassé le réalisme modéré de l'Aquinate.La fidélité de ses souvenances Le religieux possède une excellente mémoire de tous les événements aux- quels il s'est activement mêlé et il apporte un témoignage, aussi précieux que discutable, sur sa participation au brassage des idées à la veille de la guerre.C'est ainsi qu'il a dénoncé le parti CCF dont l'étiquette socialiste lui faisait redouter la lèpre communiste ; c'était accorder beaucoup d'importance à une formation social-démocrate, par définition et heureusement inopérante.En se reportant à cette époque, il ne faut pas sourire qu'il ait accordé son adhésion enthousiaste aux sympathiques hurluberlus du Crédit social.Qu'il veuille aujourd'hui se dédouaner et se démarquer de ces deux groupements marginaux, c'est son privilège, mais il nous fera difficilement croire que nous leur devons la Banque du Canada et les allocations familiales.Beaucoup de noms propres émail-lent ces confidences.C'est une justice à rendre au Père Lévesque qu'il porte sur les gens qui ont traversé son existence un jugement serein, équitable ; ils bénéficient souvent de sa grande indulgence.Ainsi a-t-il quelque mérite à louer son vieil ami, le Père Papin Archambault.qui ne partageait pas ses convictions sur les questions sociales.Je n'ai aucun mal à partager son admiration pour le Père Sertillanges, ce merveilleux humaniste, pour le Père Gaudrault, d'une finesse hautaine et parfois moqueuse, et pour le Père Delos, un esprit d'un bel équilibre.À vrai dire, la seule condamnation sans appel vise l'un de ses professeurs, au début de l'École des sciences sociales de Québec.Ce qu'il écrit, avec une dureté tout à fait légitime, de Marcel Clément ne heurtera que ceux qui n'ont pas connu ce triste individu.Il se croyait — la lecture de ses écrits les plus récents démontrent qu'il n'a pas varié dans sa conviction — le seul et authentique détenteur de la vérité révélée.Redoutable dépôt .Ce confident privilégié du Saint-Esprit verrait dans Mgr Lefebvre un dangereux avant-gardiste.Il est inévitable que les souvenances de l'un invitent les commentaires de l'autre.À ce dernier de savoir se taire et de regretter de n'avoir relevé que quelques thèmes.Il y en a tellement dans ce livre, qui ne couvre que la moitié de la vie de l'auteur.Nous en savons néanmoins assez dès ce premier volume pour nous confirmer dans cette idée que le Père Lévesque a été avant tout un homme d'action doué de qualités exceptionnelles.Animateur de grande classe, sans doute inégalé, il a cru être — ou on a cru qu'il était — un penseur, quand il n'était, ce qui est déjà beaucoup et plus que la majorité d'entre nous, un remarquable commu-nicateur, un vulgarisateur, un intrépide entraîneur.Il a tellement donné que l'erreur de plusieurs d'entre nous aura peut-être été d'exiger de lui autre chose et davantage que ce qu'il pouvait offrir.Au terme de sa longue et passionnante conversation, le Père feint de redouter « les risques évidents de vantardise, de forfanterie ou de fatuité.» Qu'il se rassure : cet écueil, il ne l'a pas évité ! Mais ne serait-ce pas un paradoxe de rédiger ses mémoires sans parler de soi ?S'il eût médit de lui-même, nous n'aurions pas ajouté foi à cette manoeuvre d'abaissement.D'une intuition sûre, n'avait-il pas choisi comme sujet de sa thèse de doctorat : l'amour de soi ?Habemus confî-tentem rerum .Blague à part, pourquoi n'éprouverait-il pas une dilection particulière pour son plus proche prochain, qui est au demeurant un homme profondément estimable ?Mgr Félix-Antoine Savard (Photo Keystone) MSS 178 L'INCUNABLE — MARS 1984 31 vient de paraître RÉPERTOIRE attribués par DES NUMÉROS ISBN a Bibliothèque nationale du Québec Troisième édition par Pierre Alla.il La Bibliothèque nationale du Québec, à titre de représentante de l'Agence francophone pour la numérotation internationale du livre (AFNIL) et avec l'accord de l'International Standard Book Number (ISBN), attribue depuis janvier 1979 les numéros ISBN aux éditeurs francophones canadiens.La Bibliothèque nationale du Québec tout comme l'Association des éditeurs canadiens s'est ainsi jointe aux autres institutions membres de l'AFNIL telles la Bibliothèque nationale de France, le Cercle de la Librairie, le Syndicat national de l'édition, la Bibliothèque Royale Albert 1er de Belgique, l'Association belge des éditeurs de langue française et la Société des libraires et éditeurs de la Suisse romande.Tout éditeur francophone canadien, qui en fait la demande, se voit assigner un numéro d'identification, qui varie selon le nombre de titres produits, et reçoit gratuitement son cahier de numéros et attribue un ISBN à chacun de ses titres déjà publiés ou en cours de publication.Il est important de souligner que les ISBN attribués depuis janvier 1979 sont précédés du chiffre 2 comme numéro d'identification du groupe linguistique francophone.Antérieurement à l'adhésion de la Bibliothèque nationale du Québec au sein de l'AFNIL, les éditeurs francophones canadiens recevaient un ISBN précédé du chiffre 0 correspondant au groupe anglophone.Cette troisième édition, comprenant au-delà de 1 300 "éditeurs" se compose de trois sections: RÉPERTOIRE ALPHABÉTIQUE des mots ou sigles distinctifs du nom de l'éditeur suivi des adresses et numéros de téléphone.INDEX NUMÉRIQUE des numéros de l'ISBN, qui identifie l'éditeur, précédés de l'indicatif 2 et suivis des mots ou sigles distinctifs de l'éditeur.TABLE DE CORRESPONDANCES qui renvoie de l'ancien numéro précédé de l'indicatif 0 au nouveau numéro précédé de l'indicatif 2.Des mises à jour ou des nouvelles éditions sont publiées périodiquement.Les nouveaux acquéreurs de ce document, présenté dans une reliure en vinyle à feuilles mobiles, devront adresser leur demande à la Bibliothèque nationale du Québec et défrayer le coût initial de 4 $.Le prix inclut les mises à jour.Ministère des Affaires culturelles Bibliothèque nationale du Québec 32 L'INCUNABLE — MARS 1984 acquisitions La belle alliance du mot et de l'image Au jardin d'aimer / [aérographies d'Irénée Lemieux).— Québec: Éditions La Minerve, [1982].— 46,[1] f.: ill.en coul.; 51 cm.Éd.limitée à 20 exemplaires numérotés et signés contenant des poèmes choisis et des aérographies d'Irénée Lemieux.(Reliure dans un emboîtage): 1 600,00 $.BEAULAC, Mario Traces I texte inédit de Mario Beau-lac ; lithographies originales de Yvone Duruz.— [Montréal]: Éditions les Frayères, [1983] (Montréal: P.Guillaume).— [35] p.: ill.en coul.; 27 x 29 cm.Éd.limitée à 40 exemplaires numérotés et signés par l'auteur et l'artiste plus 6 exemplaires hors commerce.— Le portefeuille a été réalisé par Odette Drapeau-Milot.Cf.p.[35].— « Le papier de la couverture a été fabriqué à la main par David Carruthers, papeterie Saint-Armand, Montréal.» — P.[35].(Cart, dans un portefeuille): 225,00 $ BELL, Célyne Hier, aujourd'hui, demain I Célyne Bell, Pierre Bourassa.— Québec: Éditions Aries [1983].— 1 portefeuille (13 cahiers, 12 feuilles de pl.): ill.en coul.; 53 cm.Éd.limitée à 15 exemplaires numérotés et signés.(Dans un emboîtage) : 1 200,00 $ BELL, Célyne Imago étolienne I Célyne Bell, Pierre Bourassa.— Québec : Éditions Ariès, [1983].— 1 portefeuille ([35] f.): ill.en coul.; 35 cm.Éd.limitée à 25 exemplaires numérotés et signés par l'artiste.(Dans un emboîtage): 600,00 $ BELL, Célyne Ombres chinoises I Célyne Bell.Pierre Bourassa.— Québec : Éditions par Mario Hébert Liste des livres d'artistes acquis par la Bibliothèque nationale du Québec en 1983, compilée au Bureau de la bibliographie courante à partir des notices bibliographiques rédigées par ce Bureau et publiées dans la Bibliographie du Québec mensuelle.Ariès, [1983].— 1 portefeuille ([13] cahiers, [12] feuilles de pl.) : en coul.: 53 cm.Éd.limitée à 15 exemplaires numérotés et signés par les auteurs.(Dans un emboîtage) : 1 200,00 $ BELLEFLEUR, Léon La Passion du regard I Léon Belle-fleur ; cinquante dessins accompagnés d'un texte de Marcel Bélanger.— Saint-Lambert, [Chambly] : Editions du Noroît, cop.1982 ([Montréal] : Presses Élite, 1982).— 123 p.: ill., portr.; 31 cm.— (Le Coeur dans l'aile: 3) Éd.limitée à 1 000 exemplaires dont 110 sont accompagnés d'une eau-forte originale de L.Bellefleur (tirée par Louis Pelletier) et signée par lui.— La plupart des pages sont imprimées d'un seul côté.ISBN 2-89018-071-9 (br.): 25,00 $ (100,00 $ pour l'éd.de tète avec une eau-forte originale).CANTIN, Marco L'Écho du silence I [poèmes choisis et illustrés de multiples de Marco Can-tin].— Vanier : Éditions des Blés d'or, [1983].— 69 p.[30] f.de pl.: ill.en coul.; 48 cm.Éd.limitée à 30 exemplaires numérotés et signés par l'artiste.(Rel.dans un emboîtage): 1 950,00 $.CARREAU, Aline Toxicologie I avec dix xylographies originales de Aline Carreau et un texte inédit de Philippe Carreau.— [Montréal] : Éditions Tige féconde.[1983] (Montréal : P.Guillaume).— 1 emboîtage ([12] cahiers, [10] feuilles de pl.) : en coul.; 59 cm.Éd.limitée à 60 exemplaires signés par l'artiste et l'auteur plus 6 exemplaires hors commerce.— Emboîtage de Pierre Ouvrard.Cf.cahier [12].— L'emboîtage est rehaussé d'une céramique signée Dominique Carreau.Cf.cahier [12].— Impression des xylographies : Aline Carreau.Cf.cahier [12].1 500,00 $ COLLETTE, Jean-Yves Rimes I par Jean Yves Collette.— [Montréal]: NBJ, cop.1983 (Montréal: F.Louder.1983).— [12] f.; 21 cm.Éd.limitée à 74 exemplaires ordinaires plus 18 exemplaires spéciaux comportant la signature et une illustration de l'auteur.(Br.) : 10,00 $ (20,00 $ pour l'ex.avec illustration).Contes de Noël / Hélène Thi-beault .[et al.].— Québec : Éditions La Minerve.[1983].— ]35] f.[31] f.de pl.: ill.en coul.; 38 cm.Éd.limitée à 100 exemplaires numérotés, signés et illustrés par Irénée Lemieux.— Dépouillement : Anne et ses amis / par Hélène Thibeault.Non, je ne veux pas de poupée pour Noël / Ghislaine Duchesne.L'oiseau de verre / par Rolande Cielny.(Rel.dans un emboîtage) : 750,00 $.CÔTÉ, Michel Blanc/noir et blanc I [textes et graphies de] Michel Côté.— Saint-Lambert [Chambly] : Éditions du Noroît, cop.1982 (Montréal : Ateliers Bilodeau-Perreault, 1982).— 1 em- L'INCUNABLE — MARS 1984 33 boîtage (7 cahiers, 5 feuilles de pl.pliées) ; 30 cm.Éd.limitée à 140 exemplaires signés par Fauteur plus 10 exemplaires hors commerce.— «L'emboîtage a été conçu et réalisé par Pierre Ouvrard ».— Cahier 7.ISBN 2-89018-067-0: 60,00 $.CYR, Gilles Diminution d'une pièce I Gilles Cyr.— [Montréal] : Espacement, cop.1982 (Montréal : Impr.Wilco, 1982).— [37] p.; 19 cm.Éd.limitée à 240 exemplaires numérotés, dont 90 illustrés d'un dessin de César Bérenguier (10 exemplaires avec une suite du dessin) et signés par l'auteur et l'artiste.ISBN 2-920467-04-2 (br.) : 5,95 $.— ISBN 2-920467-02-6 (éd.de luxe, avec une suite du dessin) (br.) : 90,00 $.DUPRÉ, Serge Envol vers des pays de chasse et de pêche I avec Serge Dupré et Denis Nadeau.— [Saint-Germain-de-Grantham] : Dupré, cop.1982 (Drum-mondville : Impr.Paris, 1982).— [156 p.] : ill., portr.; 24 cm.Éd.de luxe limitée à 100 exemplaires numérotés et signés par l'auteur et l'artiste plus 20 exemplaires hors commerce.— L'emboîtage a été réalisé aux ateliers La Tranchefile.(Rel.): 17,95 $.—(Rel.dans emboîtage) : 350,00 $.FILION, Pierre Axes intérieurs I Pierre Filion ; avec trois dessins de Jacqueline Birade.— [Montréal] : Éditions du Silence, 1982.— 33 p.: ill.en coul.; 24 cm.Éd.limitée à 50 exemplaires signés par l'auteur et l'artiste.ISBN 2-920180-03-7 (br.): 20,00 $.FRANCOEUR, Lucien Une prière rock I texte inédit de Lucien Francoeur ; gravures originales de L'Ile.Gravure Jocelyne Ayrd-Bélanger Monique Dussault.— [Montréal]: Éditions du Pôle, [cop.1983] ([Montréal] : P.Guillaume).— 1 emboîtage ([8] cahiers, [7] feuilles de pl.): en coul.; 60 cm.Éd.limitée à 30 exemplaires signés par l'auteur, la gravure et l'imprimeur plus 5 exemplaires hors commerce.— Impression des gravures: Monique Dussault, Cf.cahier [1].— «La présentation est signée Claude Beau-soleil».— Cahier [1].— «Pierre Ouvrard, maître-relieur, a réalisé l'emboîtage ci partir d'une steatite gravée et polie d'André Charhonneau et d'une huile sur toile en monotype signée M.D.».— Cahier [ 1 ] I 200,00 $.FRANTZ, Michel Elle I [texte de] Michel Frantz ; [illustrations de] Irénée Lemieux.— Québec : Éditions La Minerve, [ 1983].— [46] f., [32] f.de pl.: (certaines en coul.) ; 44 cm.Éd.limitée à 100 exemplaires numérotés et signés par l'artiste et l'auteur.(Cart, dans un emboîtage): 1 280,00 $.GAREAU-DES BOIS, Louise Pulsion = pulse I suite poétique inédite de Louise Gareau-Des Bois ; eaux-fortes originales de Ghitta Cai-serman-Roth.— Montréal : Éditions Glyph, [1983] (Montréal: P.Guillaume).— 1 emboîtage (|'8| cahiers, [5] feuilles de pl.): en coul.; 42 cm.Éd.limitée à 65 exemplaires signés par les auteurs plus 7 exemplaires hors commerce.—Tirage des eaux-fortes : 34 L'INCUNABLE — MARS 1984 L'île.Gravure Michel-T.Tremblay Luc Nadeau.Cf.cahier [8].— Typographie : Mario Beaulac.Cf.cahier [8).375,00 $.GAUVREAU, Jules Le Coureur de marathon I idée originale, Jules Gauvreau ; texte, Yves Thériault ; photographies, Jules Gauvreau.— [Joliette] : J.Gauvreau, cop.1982 ([Montréal]: Ateliers des sourds).— 1 emboîtage (1 vol., [50] feuilles de pl.) ; 37 cm.Éd.limitée à 60 exemplaires plus 10 exemplaires hors commerce signés de l'auteur, de l'écrivain et portent le sceau de l'éditeur.— Réalisation du prototype de la réplique du sigle du Marathon International de Montréal et conception du sceau de l'auteur : Luc Vanasse.— Cf.f.[11].— Sérigraphie de la page couv.du vol.: Normand Ulrich.— Cf.f.[12].— Emboîtage: Pierre Ouvrard.— Cf.f.[12].500,00 $ GIGUÈRE, Roland Paroles visibles I [douze sérigraphies originales de] Roland Giguère.— IMontréal]: Éditions Erta, [ 19831.— 1 porte-feuille ([3] feuilles, [12] feuilles de pl.) : en coul.; 69 cm.Éd.limitée à 30 exemplaires signés par l'artiste.— Le portefeuille est de Pierre Ouvrard.1 500,00 $ GINGRAS, Gilles-E.Clairvoyances : [20] eaux-fortes / [ouvrage réalisé par Gilles-E.Gingras assisté de Andrée Champigny] ; [poèmes de Sylvie Sicotte], — [Sut-ton]: [Édition Monticule], [1983].— 1 emboîtage (20,[ 1 ] feuilles, [2] feuilles de pl.) : en coul.; 42 x 51 cm.Titre de la gravure de l'emboîtage : à Mirabel.— Éd.limitée à 40 exemplaires numérotés, titrés et signés par l'artiste plus 5 exemplaires hors commerce.— ¦< Calligraphie : Jacques Pigeon» — Feuille [21].— « Ebéniste : Jean Charpentier».— Feuille [21].3 300,00 $ GIRERD La Cour est ouverte I [sept sérigraphies originales de Jean-pierre Gi-rerd] : [pour la Fondation du barreau du Québec].— [Mont-Royal]: Éditions Bourguignon, [1982] (Montréal: G.Ruel).— 1 emboîtage ([9] cahiers, [7] feuilles de pl.) : ill.en coul.; 60 cm.Éd.limitée à 250 exemplaires comprenant 7 sérigraphies signées par l'artiste plus 61 exemplaires hors commerce.— «L'emboîtage a été réalisé par Reliure Gala ».— Cahier [ I ].— « Dessin graphique : René Mas-sicotte ».— Cahier [1].925,00 $ GUITARD, Marie-Thérèse J'ai tant de choses ci dire .I texte, Marie-Thérèse Guitard ; huile originale, Muriel Faille.— Saint-Jean-sur-Richelieu : Éditions Kimanie, (1983] ([Montréal]: P.Guillaume, 1983).— 1 portefeuille (3 cahiers) : ill.en coul.; 32 cm.Éd.limitée à 10 exemplaires tous signés par l'auteur, l'illustrateur et portant le sceau de l'éditeur.— Portefeuille de Pierre Ouvrard, Cf.cahier [3].125,00 $ L'île / [onze estampes originales de) Jocelyne Aird-Bélanger .[et al.] ; [textes de] Michèle Lalonde .[et al.] ; [une co-production de l'atelier de l'île et d'Iconia].— Mont-Royal : Ico-nia, 1983 (Montréal: Atelier Simon).— 1 portefeuille ([14] feuilles, [II] feuilles de pl.): certaines en coul.: 59 cm.— (Collection Suite québécoise).Éd.limitée à 30 exemplaires titrés, numérotés et signés par les artistes plus 18 exemplaires hors commerce.— Portefeuille : Pierre Ouvrard.Cf.feuille [14].1 200,00 $ LA CHANCE, Michaël Le Prince sans rire I de Michaël La Chance ; 12 planches en taille-douce et à l'eau-forte, Louis-Pierre Bougie ; [et un après-dire de Gaston Miron].— Montréal : Éditions Lui-même, 1983 (Montréal: P.Guillaume).— 1 portefeuille (8, [3] cahiers) ; 50 cm.Éd.limitée à 28 exemplaires numérotés et signés par l'artiste et l'auteur plus 10 exemplaires hors commerce.— « // a été tiré hors-texte une suite de planches seules, avec une planche additionnelle ».— Cahier [11].— «Les planches et le texte de l'ensemble des tirages ont été imprimés sur papier pur chiffon, moitié lin et moitié coton, avec un filigrane aux initiales de l'artiste, spécialement fait main èi la Papeterie Saint-Armand à Montréal ».— Cahier [11].2 000,00 $ LACROIX, Georgette Astrorama I [texte.Georgette Lacroix, illustrations] Pierre Bourassa.— Québec : Éditions Ariès, 1982.— 1 portefeuille (14 cahiers, 12 feuilles de pl.) : ill.en coul.; 33 cm.L'INCUNABLE — MARS 1984 35 Éd.limitée à 25 exemplaires numérotés et signés par l'artiste.600,00 $ LACROIX, Georgette Sports en fête I Georgette Lacroix, Irénée Lemieux.— Vanier: Éditions des Blés d'or, [1983].— 73 f.: ill.en coul.; 52 cm.Éd.limitée à 20 exemplaires numérotés et signés par l'auteur et l'artiste.(Rel.dans un emboîtage): 1 990.00 $.LANDE, Lawrence M.(Lawrence Montague) The Political economy of New France as developed by John Law, Compagnie des Indes & the French-Canadian Traders : a bibliography I compiled by Lawrence M.Lande ; [with collaboration, Alfred R.Van Pe-teghem].— [Montréal]: [L.M.Lande], 1983.— xii, 98 p.: fac.-sim.; 28 cm.« From manuscripts and printed material in his private collection ».— Éd.limitée à 100 exemplaires numérotés et signés par l'auteur.(Rel.): 125,00 $ LAPOINTE, Gatien Le Premier paysage : 15 poème si 15 dessins I Gatien Lapointe, Christiane Lemire.— [Trois-Rivières] : Écrits des Forges, [1983].— [40) f., [15] f.de pl.: en coul.; 20 cm.— (Collection Radar ; 7) Éd.limitée à 13 exemplaires signés par les auteurs plus 2 exemplaires hors commerce.— Poèmes transcrits à la main par G.Lapointe sur parchemin Vent d'automne des Papeteries Saint-Gilles de Saint-Joseph-de-la-Rive ; chaque exemplaire est accompagné de quinze dessins originaux de C.Lemire.Cf.f.[29].ISBN 2-89046-039-8 (br.) : 400.00 $ Danse dans la neige.(Photo Maurice Perron) LECLAIR, Michel L'Esprit du chef I [conception et exécution de la gravure, Michel Le-clair: texte de la légende, Benoit Racine].— IMontréal]: [Loto-Québec], [1983] (Montréal: M.Leclair).— 1 portefeuille (2 cahiers): ill.en coul.; 31 cm.— (Collection Loto-Québec ; 7) Titre du cahier 2.— Éd.limitée à 82 exemplaires signés par l'artiste.— « Composition typographique et impression des textes par Pierre Guillaume à Montréal ».— P.de justification.— Portefeuille de Pierre Ouvrard.Cf.p.de justification.LECOR, Tex Ports et gens de la mer/ sérigraphies de Paul-Tex Lecor = Ports and people of the sea / serigraphs of Paul-Tex Lecor.— Montréal : Éditions La Frégate ; Multi-Art, 11982].— 1 portefeuille ([2] feuilles, [5] feuilles de pl.) : en coul.; 64 cm.Titre de la feuille [2].— Titre du portefeuille : Prix Tex Lecor.— Éd.limitée à 50 exemplaires plus 13 exemplaires hors commerce signés et numérotés par l'artiste.— Les sérigraphies sont tirées par Guy Ruel et portent les sceaux de l'Atelier de celui-ci et des maisons d'édition.Cf.feuille |2).— Un texte en français de Roger Devigne accompagne chaque album.— Cf.feuille [2].ISBN 2-920047-08-6: 1 ()()(),()() $ LEMIEUX, Irénée Collier de perles I [aérographies, Irénée Lemieux).— Québec: Éditions La Minerve, [1983].— 47 f.: ill.en coul.; 47 x 37 cm.Éd.limitée à 20 exemplaires numérotés et signés par l'illustrateur.(Rel.dans un emboîtage): 1 600,00 $ LEMIEUX, Irénée Elle et lui: Ipoèmes choisis| / illustrés d'aérographies de Irénée Le-mieux|.— Vanier: Éditions des Blés d'or, 1983.— 3 vol.: ill.(certaines en coul.) ; 51-52 cm.Éd.limitée à 12 exemplaires numérotés et signés par l'artiste.— Le lieu d'édition et l'éditeur varie: Québec: Éditions La Minerve, vol.2.(Rel.dans des emboîtages) LEMIEUX, Irénée Noël, jour d'amour I Ipoèmes choisis de différents auteurs ; avec 20 aérographies de Irénée Lemieux].— Québec : Éditions La Minerve, [1983], — 47 f.: ill.en coul.; 52 cm.Éd.limitée à 20 exemplaires numé-rotés, signés et illustrés par l'artiste.(Rel.dans un emboîtage): 1 600,00 $ LEMIEUX, Irénée Pour aimer, pour rêver: [poèmes choisisl / [aérographies de Irénée Lemieux).— Québec: Éditions La Minerve, [ 1983].— 47 f.: ill.en coul.; 50 cm.Éd.limitée à 20 exemplaires numérotés et signés par l'artiste.(Rel.dans un emboîtage): I 600,00 $ LEROUX-PERRON, Hermine Les Brûlis I poèmes de Hermine Leroux-Perron ; xylographies de Janine Leroux-Guillaume ; [préface, Béatrice 36 L'INCUNABLE — MARS 1984 Poirier dit Lafleur).— (Montréal): Éditions les Imagiers, 1983 (Montréal : P.Guillaume).— 36 p.: ill.(certaines en coul.) ; 31 cm.Éd.limitée à 64 exemplaires numérotés et signés par l'auteur et l'artiste et initiales par le typographe-imprimeur.— Exemplaire relié par Pierre Ouvrard et tissé en lin par Lise Alix.Cf.p.de justification.(En cahiers dans un emboîtage): 750,00 $ LONGFELLOW, Henry Wadsworth Evangeline : a tale of Acadie /[ Henry W.Longfellow ; was illustrated by Monique Mercier].— Montréal: Éditions la Frégate, [1982] (Montréal : Typographie DB).— 108 p., [11] f.de pl.: ill.; 37 cm + 11 lithographies.Éd.limitée à 90 exemplaires numérotés et signés par l'artiste : 20 sont numérotés I à XX et comprennent 11 lithographies en noir et blanc accompagnés des mêmes lithographies coloriées à la main par l'artiste; 10 sont numérotés 1 à 10 et comprennent 11 lithographies en noir et blanc plus une série des mêmes lithographies en noir et blanc ; 60 sont numérotés 11 à 60 et comprennent 11 lithographies en noir et blanc.Cf.p.de justification.— Les 11 lithographies ont été tirées à la main par Paul Séguin et chacune est signée par l'artiste.—Cf.p.de justification.— Le texte a été composé à la main par le maître typographe Michel Willems.Cf.p.de justification.ISBN 2-920047-05-1 (en cahier dans un emboîtage) : 1 300,00 $ McMURRAY, Line Bluff I Line McMurray.— [Montréal] : NBJ, cop.1983 (Montréal: F.Louder, 1983).— [12] f.; 21 cm.Éd.limitée à 74 exemplaires ordinaires plus 18 exemplaires spéciaux comportant la signature et une illustration de l'auteure.(Br.): 10,00 $ (20,00 $ pour l'ex.avec illustration).MALENFANT, Nicole Le Loup-garou I [conception et exécution de la gravure, Nicole Malenfant ; texte de la légende, Michel La-brosse].— [Montréal): [Loto-Québec], [1983] (Québec: N.Malenfant).— 1 portefeuille (2 cahiers): ill.en coul.; 31 cm.— (Collection Loto-Québec ; 6) Titre du cahier 2.— Éd.limitée à 83 exemplaires signés par l'artiste.— « Composition typographique et impression des textes par Pierre Guillaume à Montréal ».— P.de justification.— Portefeuille par Pierre Ouvrard.Cf.p.de justification.MALENFANT, Paul Chanel Le Mot à mot I Paul Chanel Malenfant ; avec dix dessins de Réal Dumais.— Saint-Lambert, [Chambly]: Éditions du Noroît, cop.1982 ([Montréal] : Presses Élite, 1982).—90 p.[l] f.de pl.: ill.; 23 cm.Éd.limitée à 1 000 exemplaires, dont 100 exemplaires signés par l'au- Une prière rock.(Photo Jacques King) teuret l'artiste et réservés aux Amis du Noroît.Les cinquante premiers exemplaires comportent une gravure originale de l'artiste.ISBN 2-89018-06M-7 (br.): 10,00$ (éd.originale), 50.00 $ (tirage de tête avec gravure originale de R.Dumais).MARANDA, Nicolas Le Drame d'une civilisation I Nicolas Maranda ; [illustrations de Mario Cantin].— Vanier: Éditions des Blés d'or, [1983).— 47 f.: ill.en coul.; 36 cm.Éd.limitée à 100 exemplaires numérotés et signés par Mario Cantin.(Rel.dans un emboîtage) : 300.00 $ MARCEL, Jean Tristan et Iseult I de Richard Wagner: traduction et adaptation de Jean Marcel ; illustrations de Mikie Assif : préface de Charles Dutoit.— [Verdun] : E.I.P.[1982] ([Montréal]: Presses Élite).— 72 p.: ill.en coul.; 26 cm.Éd.de luxe limitée à 100 exemplaires signés par l'auteur et l'artiste plus 5 exemplaires hors commerce.(Br.) : 29,95 $.— (Rel.dans un emboîtage): 135.00 $ MARIE-AN AST ASIE, soeur Vitrail inachevé I Marie-Anastasie ; gravures de l'auteur.— Montréal : Éditions du Grainier, [1983].— 91 p.: ill.: 19 cm.— (Collection Le Gabarit).Éd.limitée à 540 exemplaires numérotés.ISBN 2-920387-08-1 (br.): 7.00 $ MASSON, Henri Hommage aux Plouffe I [8 sérigraphies originales d'] Henri Masson.— Montréal: Éditions Éternité, [1983].— 1 portefeuille ([1] feuille, [8] feuilles de pl.) : en coul.; 59 cm.L'INCUNABLE — MARS 1984 37 Titre du portefeuille.— Éd.limitée à 250 exemplaires contenant 8 sérigraphies numérotées et signées par l'artiste plus 80 exemplaires hors commerce, plus 12 autres exemplaires avec un texte inédit de Roger Lemelin sur chacune des gravures.— Le portefeuille est signé : La Tranchefile.Cf.feuille [1].1 500,00 $ MEROLA, Mario Plans sonores I [un titre et 5 estampes de] Mario Merola.— Montréal : Éditions à l'Orée, 1983 ([Montréal] : S.Lacroix).— 1 portefeuille ([3] feuilles, [5] feuilles de pl.): ill.en coul.; 68 cm.Éd.limitée à 36 exemplaires numérotés et signés par l'artiste dont 11 exemplaires hors commerce.— « L'impression est de Serge Lacroix ».P.de justification.— Portefeuille de Pierre Ouvrard.Cf.p.justification.600,00 $ MORENCY, Pierre Voici Québec I Pierre Morency, Guy Cloutier; estampes originales de Luc Archambault.— Québec : Éditions de la Grande-Allée, cop.1983 ([Québec] : Ateliers de Crétac).— 1 emboîtage ([ I ] cahier, [10] feuilles, [5] feuilles de pl.) : en coul.; 74 x 89 cm — 1 brochure (16 p.) + 1 estampe: en coul.; 76 x 102 cm.Éd.limitée à 150 exemplaires signés par les auteurs et l'artiste plus 53 exemplaires hors commerce.— Impression des sérigraphies : Jean et André Lemieux.Cf.feuille [10].— Emboîtage : Pierre Ouvrard, Cf.feuille [10].1 400,00 $ OUELLETTE, Fernand Éveils I Fernand Ouellette ; neuf lithographies originales de Léon Belle-fleur.— [Outremont] : L'Obsidienne, [19821 (Montréal: P.Guillaume).— 1 emboîtage (12 cahiers): ill.en coul.; 35 x 27 cm.Éd.limitée à 32 exemplaires plus 8 exemplaires hors commerce, tous numérotés, signés par l'auteur et l'artiste.— Les lithographies originales ont été tirées à l'atelier de Paul Séguin.Cf.cahier [12].— L'emboîtage a été réalisé par Pierre Ouvrard.Cf.cahier [12].1 200,00 $ Ouvrage / [avec 14 estampes originales de Suzie Allen .et al., et deux textes de Gatien Lapointe].— [Trois-Rivières] : [les Artistes], [1983] (Trois-Rivières : Atelier Presse papier).— 1 emboîtage ([4] feuilles, [14] feuilles de pl.: certaines en coul.; 72 cm.Éd.limitée à 45 exemplaires dont 20 hors commerce signés, numérotés et titrés par les artistes et le poète.— L'emboîtage est de Marguerite Gagnon.Cf.feuille [4].600,00 $ Pâté chinois / [texte de Léo Rosshan-dler] ; [avec les gravures de Francine Beauvais, Nicole Benoit, Lucienne Cornet, Chantai Dupont, Lucien Go-beil, Tin Yum Lau, Hélène Richard Lehoux, Serge Lemoyne, Louise La-voie-Maheux, Lauréat Marois, Pierre-Léon Tétreault, François Vincent].— [Montréal] : [M.Tétreault Art contemporain] ; [les Artistes], [1983] ([Montréal] : Impr.Renaud).— 1 emboîtage ([3] feuilles, [12] f.de pl.) : ill.en coul.; 72 cm.Éd.limitée à 30 exemplaires plus 24 exemplaires hors commerce, numérotés, titrés et signés parles artistes.— «Achevé d'imprimer par chacun des artistes dans leur atelier, pour l'exposition » Nouveaux regards sur la Chine « du 20 janvier 1983 ».— Feuille [3].— L'emboîtage est de Villemaire Frères Ltée.Cf.feuille [3].2 150,00 $ (950,00 $ pour le prix de lancement).PIERRE, Claude Arc en neige I texte de Claude Pierre; planches de Marie-J.Musiol.— [Hull] : [M.-J.Musiol], [1983] (Montréal: P.Guillaume).— I portefeuille ([2] f., [5] f.de pl.) : ill.en coul.; 40 x 60 cm.Éd.limitée à 34 exemplaires numérotés et signés par l'auteur et l'artiste plus 11 exemplaires hors commerce.— « Les sérigraphies ont été tirées par Marie-Jeanne Musiol et John Uguc-cioni.» — F.[2].250,00 $ PILOT, Martin La Planète B-05 I Martin Pilot ; [illustrations de Marco Cantin].— Va-nier: Éditions des Blés d'or, [1983].— [15]f.,[9]f.de pl.: ill.en coul.;37 cm.Éd.limitée à 100 exemplaires numérotés et signés par l'auteur et l'artiste.(Rel.dans un emboîtage) : 275,00 $ PLAIN, Denis Montréal, 1978-1980 I [44 photographies de] Denis Plain ; postface de Vic-tor-Lévy Beaulieu.— [Montréal]: [l'Auteur], [1982].— 2 emboîtages ([10] feuilles, [45] cahiers) ; 67 cm.Éd.limitée à 7 exemplaires signés par l'artiste et l'auteur de la post-face plus 2 exemplaires hors commerce.— « La typographie et l'impression des textes ont été confiées
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