Bulletin de la Bibliothèque nationale /, 1 décembre 1970, décembre
Bulletin de la Bibliothèque Nationale ____ ?an ?an Montréal — Volume 4, Numéro 3/décembre 1970 Sommaire La Documentation cinématographique à la Bibliothèque nationale du Québec La Cinémathèque canadienne .une opinion La Nuit de la poésie .un Livre de Lumière Une semaine culturelle de la francophonie Les Belles-soeurs de Michel Tremblay: d'abord et avant tout, un son libérateur Pierre Allard Michel Patenaude Claude Haeffely Claude Haeffely Jean-Claude Germain La documentation cinématographique à la Bibliothèque nationale du Québec Depuis le 5 octobre, date officielle de l'ouverture du Département de documentation cinématographique, les chercheurs, les critiques et les cinéphiles ont maintenant à leur portée la collection de cinéma la plus riche au Canada et l'une des quatre plus grandes en Amérique du Nord.Cette prestigieuse collection, qui forme présentement le noyau du Département de documentation cinématographique, est l'oeuvre de M.Guy-L.Côté, cinéaste et président fondateur de Connaissance du cinéma et ancien président de la Cinémathèque canadienne.M.Côté, assisté de son épouse Nancy Côté, a collectionné avec un dynamisme et une patience à toute épreuve des milliers de documents: 6,000 volumes et 27,000 livraisons de périodiques, touchant 760 titres.Si M.Côté a pu amasser une telle masse de documents, il le doit en partie aux nombreux amis et connaissances qu'il s'était faits dans le domaine cinématographique à travers le monde.Le fond de la collection a été constitué en grande partie au moment où M.Côté fondait la Cinémathèque canadienne, en 1963.Depuis, M.et Mme Côté se sont consacrés à l'acquisition de tout document concernant l'art cinématographique.Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 1503 Seule une description exhaustive des documents de cette précieuse collection permettrait de l'apprécier à sa juste valeur.Nous nous en tiendrons, toutefois, à une description sommaire qui, espérons-nous, en soulignant quelques-unes de ses caractéristiques essentielles et, en énumérant ses documents les plus significatifs, permettra d'en soupçonner la richesse.Les programmes de festivals et de ciné-clubs Comme masse physique, ces documents constitueraient des dizaines de caisses.En effet, tous les programmes de manifestations cinématographiques qui ont eu lieu à travers le monde depuis une dizaine d'années peuvent être retrouvés au Département.Nous découvrons parmi ces documents, pour n'en citer que quelques-uns, les festivals d'Adélaïde, Brisbane, Chicago, Edimburg, Cannes, Montréal, Moscou, Bruxelles, Bergame, Popoli, Durban, Berlin, Londres, New-York, San Francisco, Sydney, Venise, Stratford et de plus le Festival du film maudit de Biarritz, le festival Internacional de cinema do Brasil ainsi que celui de San-Sebastian.En ce qui a trait aux programmes et ouvrages des ciné-clubs, les intéressés pourront y trouver une trentaine de titres, dont la série complète de la publication de la Fédération des ciné-clubs.Les périodiques Comme la plupart des périodiques spécialisés, les périodiques de cinéma ont toujours eu certaines difficultés à survivre.C'est ce qui explique le nombre restreint de titres dont la parution s'est échelonnée sur plusieurs années.Certains n'ont eu qu'une très brève existence; tel est le cas de Candelight Room (1963), et Ciné-Jazz (1968) de Montréal.La bibliothèque offre une étonnante variété de périodiques de cinéma; plus de 760 titres dont 175 abonnements courants.Par exemple, il est intéressant d'examiner certaines revues anciennes et d'y retracer toute la vie artistique du cinéma des années 1910 à 1925 et de découvrir ainsi quelles étaient les idoles de l'époque.Ces magazines s'appellent: Cinémagazine (1921), 176 nos, Ciné Journal (1918), Ciné pour tous (1919), Picture Show (1921),104 nos, Walturdaw Weekly Budget (1913), 66 nos, Panorama (1919), Transactions of the Society of Motion Picture Engineers (1920), Close Up (1927), Le Tout Film (1927), Mon ciné (1922), Interciné (1929) : celui-ci est une publication issue de l'Organisme de la Ligue des Nations pour l'éducation cinématographique.Nous trouvons également la série presque complète de la grande revue soviétique du cinéma Istkutvo Kino de Moscou.Même si elle n'est éditée qu'en langue russe, ses deux cents numéros n'en constituent pas moins une très grande valeur.Périodiques canadiens de cinéma Il est étonnant de constater qu'il s'est publié au Canada au-delà d'une centaine de titres.Parmi les 95 titres que nous possédons, certains sont demeurés quasi inconnus tels Film Fun (Toronto), Ciné-Jazz (Montréal) et d'autres comme Canadian Indépendant (1936/1940), Cinéma Showcase (1967), Ciné World (1963), Coth (1967) de Régina en Saskatchewan, Evidence, Magazine du cinéma et de la radio (1943), Radio Guide (1934), Realist Film Review (1952), Zoom (1962).La rareté de ces numéros constitue la principale valeur de cette collection.La collection des livres A première vue, la cinématographie semble être un sujet bien délimité et très spécialisé.Mais le cinéma, comme on le sait, est une industrie, puis un art.Conséquemment, les aspects économiques et artistiques élargissent sensiblement cette spécialisation.Actuellement, la bibliothèque possède un thésaurus décrivant plus de 275 termes laissant voir l'étendue du sujet.2 BULLETIN DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE/DÉCEMBRE 1970 Comme base de référence, la collection se compose de plus de 500 annuaires, dictionnaires, encyclopédies, et « Who's who.» Les monographies couvrent la documentation de 65 pays parmi lesquels la France et les Etats-Unis sont fortement représentés.Le fonds représentant les biographies couvre plus de 700 réalisateurs, acteurs, producteurs de tous les pays et totalise 1,300 ouvrages.C'est ainsi qu'il est maintenant possible d'avoir une documentation assez variée allant des précurseurs de Louis Lumière en passant par S.M.Eisenstein, Chaplin, J.-L.Godard jusqu'à Lilian Gish, les Barrymore, Marilyn Monroe et les grands producteurs Darryl Zanuch et Samuel Goldwyn.Droit du cinéma (63 ouvrages) La loi cinématographique est un aspect important de la collection.En effet, chaque pays possède ses lois propres concernant la production, la distribution ainsi que l'exploitation des films et des salles de projection.Censure (60 ouvrages) Tout comme le droit du cinéma, la censure diffère sensiblement d'un pays à l'autre.Par exemple, la question du sexe est presque inexistante dans le cinéma soviétique et asiatique contrairement au Danemark où ce thème est particulièrement exploité.Histoire du cinéma Vingt-cinq ouvrages ont trait à la préhistoire du cinéma et une centaine abordent l'histoire proprement dite du cinéma des débuts à nos jours; parmi ceux-ci on compte onze ouvrages de l'historien du cinéma Georges Sadoul.Esthétique et théories du cinéma Une cinquantaine d'ouvrages font le point sur les diverses théories et essais esthétiques du cinéma.Plusieurs volumes ont été publiés au tout début de l'histoire du cinéma: tels The Photoplay; A Psychological Study, de Hugo Munsterberg, The Art of the Moving Picture, de Vachel Lindsay ( 1916), Le cinéma, de Henri Diamant-Berger (1919), pour n'en citer que quelques-uns.Il y a encore les ouvrages d'Henri Agel, Jean Mitry, Jean Epstein, V.l.Pudovkin et la plupart des oeuvres de S.M.Eisenstein.L'érotisme Ce thème étant l'une des préoccupations majeures de l'actualité cinématographique, de nombreux ouvrages ont été publiés depuis cinq ans sur ce sujet.Entre autres, soulignons l'existence de deux ouvrages de luxe remarquable: Amour-érotisme & cinéma de Ado Kyrou, et l'Erotisme au Cinéma (en 4 volumes), Technique de l'érotisme et A History of Eroticism de Lo Duca.Le cinéma scientifique (33 ouvrages) Beaucoup moins populaire auprès du grand public, le cinéma scientifique se divise généralement en trois groupes: les films de recherche, les films d'enseignement et les films dits de "vulgarisation".De plus, nous possédons plusieurs catalogues de films 16mm publiés par le Canadian Film Institute d'Ottawa, sans oublier une dizaine de listes des films scientifiques des principaux pays.Le cinéma documentaire (30 ouvrages) Le documentaire est l'un des aspects du cinéma à la fois les plus riches et les plus divers.En effet, le documentaire est devenu un instrument de première importance pour la connaissance du monde dans lequel nous vivons.Le Canada, qui a une longue tradition dans le domaine du documentaire, est reconnu internationalement par la qualité de ses films.Ce qui justifie l'importance accordée à cet aspect dans la collection.BULLETIN DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE/DÉCEMBRE 1970 3 La télévision et le système EVR (190 ouvrages) Le progrès réalisé dans la production des films et émissions pour la télévision a créé des liens de plus en plus étroits entre le cinéma et la télévision.Avec la mise sur le marché du système EVR, la diffusion des films sera sans doute modifiée.Bientôt le film sur bobine miniature s'achètera tout comme la cassette et le disque.L'individu visionnera son film à domicile et le succès ou la réussite financière d'un film variera selon les goûts multiples du public: ainsi les différentes catégories de films auront autant de chance de se développer que le film romantique ou western.Scénarios et romans (1500 titres) La collection contient de nombreux scénarios et romans ayant servi de base à l'élaboration d'oeuvres cinématographiques.La plupart des scénarios sont inspirés de romans américains ou français ayant fait l'objet d'une édition en livre de poche.Essais (175 ouvrages) Quelle a été l'orientation du cinéma jusqu'ici et quelle sera sa destinée?Support et moyen de propagation au service des idéologies, instrument de réflexions, "Usine de rêves" comme l'indique si bien l'un des ouvrages d'Ilya Ehrenbourg.Enfin, nombre d'essais provenant des plus grands critiques et historiens du cinéma complètent ce secteur qui illustre bien l'évolution des idées sur le cinéma au cours des années.Ce bref aperçu ne laisse voir qu'une partie des documents qu'on peut consulter au Département de documentation cinématographique.De fait, la documentation aborde un ensemble de sujets beaucoup plus étendus et plus variés; tels le cinéma comique, le cinéma d'amateurs, le cinéma sur la jeunesse (250 ouvrages), le cinéma et la littérature, le cinéma et l'enfant, le cinéma et le théâtre, le cinéma et la religion, sans négliger les aspects plus techniques comme la couleur, le montage, le truquage, la bande sonore, le costume, les décors, les formats (vista-vision, cinerama).etc.L'avenir du Département de documentation cinématographique Si, aujourd'hui, une bibliothèque de cinéma peut encore se permettre de se limiter au cinéma exclusivement, cette façon de procéder tombera au fil des années de plus en plus en désuétude.En effet, depuis MacLuhan, le cinéma a tendance à être considéré comme faisant partie d'un tout appelé moyens de communication ou « mass média ».L'évolution des techniques de diffusion de l'image et du son, l'avènement des satellites de communication engendrent inévitablement une foule de possibilités nouvelles allant des études de psycho-sociologie des moyens de communication de masse aux nouvelles inventions techniques de diffusion.Notre collection possède déjà une quarantaine d'ouvrages de base sur les « mass média »; mais il est prévu que ce domaine très important sera développé considérablement dans les années à venir.L'évolution modifiera certainement l'idée que nous nous étions faite d'une bibliothèque strictement limitée à la cinématographie.Pierre Allard.La cinémathèque canadienne .une opinion Il peut sembler ridicule de recourir à l'imprimé pour étudier le cinéma.On peut penser que l'instrument premier et unique de connaissance dans ce domaine est l'oeuvre elle-même et que la critique ou l'essai publiés ne sont que des documents de seconde main.L'essentiel d'ailleurs du travail d'une cinémathèque consiste à permettre un retour continuel au film pour le mieux découvrir.4 BULLETIN DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE/DÉCEMBRE 1970 Cependant l'histoire du cinéma ne se limite pas aux oeuvres.Elle s'établit à l'intérieur d'un contexte et ce qu'on écrit sur le cinéma éclaire les films et les influence bien souvent.Eisenstein n'est pas que l'auteur du Cuirassé Potemkine; son oeuvre de théoricien a aussi marqué une partie du cinéma et ses efforts pour définir sur le plan de la philosophie marxiste la spécificité du cinéma représentent une étape importante de la pensée cinématographique.L'intérêt d'un centre de documentation comme celui qu'on vient d'inaugurer à Montréal est donc de rassembler et de mettre à la disposition du public les documents essentiels de la pensée sur le cinéma.Pour une cinémathèque, la documentation est un prolongement nécessaire de la vision des films.Il existe soixante-quinze années de réflexion sur le cinéma.Cette réflexion touche toutes les disciplines; elle peut aussi bien être l'oeuvre d'un chimiste que d'un sociologue.Il y a là un cheminement qui se fait et il n'est que normal qu'il puisse se prolonger ici.Michel Patenaude La Nuit de la poésie Un Livre de lumière Depuis l'invention de l'imprimerie, la poésie se diffusait essentiellement par le livre.Sous forme de plaquettes plus ou moins volumineuses, la poésie circulait, mais circulait le plus souvent lentement, à l'intérieur d'un cercle restreint d'amateurs.Peut-être grâce à la chanson, le poème a retrouvé depuis peu une certaine tradition orale.Mais aujourd'hui, les voix des poètes ne sont plus nues.En profitant de toutes les possibilités qu'offre la technique, les poètes peuvent songer maintenant à monter de véritables spectacles.Paroles, images, sons, gestes .se croisent, se mêlent et se conjuguent pour solliciter toute l'attention du public-spectateur.Poésie-choc, poésie vécue dans l'instant, dont le pouvoir est sans doute très différent de celui de la lecture, mais qui permet, pour le moins, d'atteindre le plus grand nombre.Jusqu'à présent, quand les poètes se rencontraient, cela donnait une anthologie: c'est-à-dire une sorte d'échantillonnage, plus ou moins arbitraire, de poètes plus ou moins connus.Personne n'était satisfait, les anthologies se succédaient sans pouvoir jamais contenter les uns ni les autres.Le livre de lumière que présente aujourd'hui les éditions SECAS est d'abord un document lié à un événement vécu.Et nous voilà replongés au coeur de cette nuit de la poésie qui se déroulait au Théâtre du Gésu à Montréal, dans la nuit du 27 au 28 mars 1970.Signalons, pour mémoire, que c'était la première fois au Québec qu'une cinquantaine de poètes, chansonniers, animateurs, cinéastes, photographes .se rencontraient pour se partager durant douze heures toute une nuit consacrée à la parole et aux images.Qu'un livre de lumière soit mis à la disposition des professeurs, voilà semble-t-il, un instrument nouveau pour enseigner la littérature québécoise.Ce livre témoin rappelle que la poésie est une matière terriblement vivante, suffisamment volcanique, pour ne pas se laisser enfermer entre les pages d'un manuel courant, habituel.Un livre de lumière peut très vite faire éclater les cadres conventionnels et libérer l'imagination de chacun pour devenir le nouvel outil de travail capable d'appréhender le phénomène-poésie actuel.Le 29 octobre dernier, Jacques Flahault, directeur des éditions SECAS, venait donc présenter à la Bibliothèque nationale, ce livre de lumière composé de soixante diapositives en couleur synchronisées avec une bande sonore.Le commentaire écrit et dit par Michel Garneau, d'une parfaite simplicité, nous redonnait, je crois, avec chaleur et vérité, l'itinéraire de cette nuit fameuse.Sortie des livres, la poésie revient au livre mais pour se lire, ce BULLETIN DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE/DÉCEMBRE 1970 5 livre a besoin de lumière.Avec le son, les poètes retrouvent une voix.Un tel livre qui prolonge avec tant de force ce genre d'événement peut très bien en susciter d'autres.C'est dans cette perspective créatrice que nous croyons à la valeur de cette courageuse initiative.Claude Haeffely Une semaine culturelle de la francophonie Fondé en mai 1969, grâce à une subvention de recherche de l'université de Sherbrooke, le Centre d'étude des littératures d'expression française (CELEF), organisait du 5 au 10 octobre dernier une semaine culturelle consacrée au roman d'expression française.Si les communications ne manquèrent pas d'intérêt, et je pense notamment à la conférence de G.Joyaux sur le roman maghrébin, chacun fit son exposé sans vraiment rechercher le contact avec les "autres".Il aurait été pour le moins intéressant d'amorcer des études comparées, en relevant les différences ou ressemblances que ces littératures peuvent avoir entre elles.Pour les nombreux auditeurs présents à ce colloque, il aurait été également beaucoup plus profitable de se diviser de temps à autre en ateliers afin d'étudier certains problèmes précis: comme par exemple celui de la diffusion des oeuvres et des livres à travers la francophonie.Problème essentiel pour l'édition québécoise qui demeure tragiquement isolée.Quoiqu'il en soit, pour une première expérience, il n'en reste pas moins que ces quelques jours de rencontres ont été encourageants et positifs.Il serait maintenant indispensable de renouveler avant longtemps cette manifestation en songeant peut-être à réunir poètes, éditeurs, critiques, animateurs .et d'organiser en différents points du Québec, une série de confrontations dont la Bibliothèque nationale demeurerait le point de départ et le centre de rayonnement.Claude Haeffely Les Belles-soeurs de Michel Tremblay: d'abord et avant tout, un son libérateur Le 6 novembre courant, le Département des manuscrits recevait le manuscrit autographe de la pièce de théâtre Les Belles-soeurs de Michel Tremblay; une acquisition des plus importantes pour l'histoire théâtrale québécoise.Posséder un manuscrit peut être primordial mais en connaître le « prestige » en rapport avec la culture au Québec est à la base de l'intérêt qui nous a poussés à demander à M.Jean-Claude Germain, ami de l'auteur, de nous évoquer la richesse de cette pièce de théâtre.Le théâtre québécois commence avec Les Belles-soeurs de Michel Tremblay.J'entends, bien sûr, le théâtre des auteurs et non celui des comédiens qui jusqu'à la venue du père Legault et de ses Compagnons, n'avaient jamais pu s'empêcher d'« enquébécoiser » même les plus parisiens des boulevards.Dire ainsi que le théâtre québécois commence avec Les Belles-soeurs de Michel Tremblay peut sembler, à prime abord, une remarque des plus conventionnelles dans un pays où pendant des années la distraction favorite des auteurs dramatiques, et des littérateurs en général, fut de se demander annuellement si la littérature ou le théâtre québécois existait?Un peu comme une femme incrédule et névrosée qui refuserait de croire qu'elle est enceinte parce qu'elle n'accouche pas sur l'heure.Pour moi, la grossesse ne prend sa signification qu'une fois que l'enfant est né.Naissance qui est tout à la fois la fin d'une chose et le début d'une autre.Avec ses Belles-soeurs, Michel Tremblay mettait fin au réalisme théâtral tel que pratiqué par des auteurs comme Gratien Gélinas, Marcel Dubé, Guy Dufresne ou Françoise Loranger.Et en même temps, ses Belles-soeurs en étaient l'aboutissement naturel.Tremblay donnait là une réponse définitive à cette question obsédante que tous, hommes de théâtre autant que spectateurs, ne pouvaient que se poser à chaque nouvelle pièce: le théâtre 6 BULLETIN DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE/DÉCEMBRE 1970 québécois existera-t-il?Depuis la création des Belles-soeurs au Rideau Vert en août 1968, il est maintenant clair pour tous qu'il existe.Et de ce fait, tout ce qui est venu avant prend sa signification, a une signification.Tout ce qui, jusque-là, avait pu sembler stérile, apparaît maintenant comme une étape de la gestation.Jamais une pièce ne fut autant attendue que Les Belles-soeurs et c'est sans doute ce qui explique pourquoi, lors de la lecture publique organisée par le Centre d'essai des auteurs dramatiques en mai 1968, elle fut immédiatement reconnue par le public.Parce qu'il faut bien le dire, Les Belles-soeurs doivent leur carrière au public.Ecrite en 1965, refusée en 1966 par le jury du Festival d'Art dramatique, ignorée par divers metteurs en scène qui l'ont eue entre les mains, la pièce de Michel Tremblay a été imposée aux gens de théâtre par le public.Et si on en juge par les réactions des gens de théâtre eux-mêmes, c'est là une chose qu'ils n'aiment pas du tout.Ainsi la directrice du Théâtre du Rideau Vert répète-t-elle à qui veut l'entendre qu'elle n'aime pas cette pièce « vulgaire » qui a pourtant donné à sa compagnie de théâtre un de ses plus grands succès de public et qu'elle doit reprendre tous les ans, pour plaire à « son » public.Quand le Théâtre du Nouveau Monde ou le Théâtre Populaire du Québec se sont tournés vers Michel Tremblay pour lui commander une pièce, ce fut, dans les deux cas, pour lui en commander une « écrite en français ».Bref, Les Belles-soeurs ont transformé le théâtre québécois malgré lui et ce, avec la plus belle complicité qui soit, celle du public.Ecrite en « jouai » c'est-à-dire en montréalais, la pièce de Michel Tremblay est d'abord et avant tout un son.Un son qui fit tomber le mur dressé, depuis toujours, entre la scène et le spectateur québécois.Une fois ce mur tombé, tout devenait possible.En fait, du jour au lendemain, tout devint possible.Chacun entendit à sa façon l'appel à la vérité que lance Tremblay dans ses Dans un merveilleux petit livre, L'A.B.C.de la lecture, Ezra Pound établit une distinction entre les « inventeurs », c'est-à-dire ceux qui ont trouvé une nouvelle forme littéraire ou théâtrale dont l'oeuvre nous en donne le premier exemple connu et les maîtres, c'est-à-dire ceux qui ont su combiner un certain nombre de ces formes existantes et qui les ont utilisées mieux que leurs inventeurs.Michel Tremblay appartient à la catégorie des maîtres.Formellement Les Belles-soeurs tout comme En pièces détachées ou La Duchesse de Langeais, n'ouvrent pas une nouvelle avenue au théâtre québécois.L'école réaliste existait avant lui.L'importance des Belles-soeurs ne tient pas tellement à sa forme réaliste même renouvelée, mais bien à son immense pouvoir « catalyseur ».Une force catalysatrice tellement puissante qu'elle a permis et explique l'explosion que connaît le théâtre québécois depuis deux ans.Tout, autant l'apparition de la création collective, l'existence de groupes comme Le grand Cirque Ordinaire ou le Théâtre du Même Nom, le succès d'une lecture publique comme celle de la pièce de Sauvageau, Wouf-Wouf*, l'enracinement des divers groupes de théâtre amateur dans leur réalité régionale, le désir de plus en plus grand qu'ont les acteurs comme les metteurs en scène d'être eux-mêmes sur scène.Tout cela est maintenant possible depuis que Tremblay a fait sauter l'embâcle.Avec Les Belles-soeurs, Michel Tremblay a forgé un son qui ne pourra jamais plus être tu .Jean-Claude Germain Belles-soeurs.Chacun y répondit à sa façon.«Lecture à la Bibliothèque nationale du Québec - Mars 1969.BULLETIN DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE/DÉCEMBRE 1970 Publications de la Bibliothèque nationale du Ouébec D D Les Ouvrages de référence du Québec Introduction bibliographique aux principaux ouvrages de consultation du Québec dans toutes les disciplines.Comporte 609 notices bibliographiques avec annotations établies d'après l'examen des documents mêmes.Index des auteurs et des titres.Mises à jour prévues tous les deux ans.Format: 63/4" x 93/4".189 p.$4.50.En vente exclusivement au Bureau de l'Éditeur officiel du Québec Hôtel du Gouvernement Québec QUÉBEC Bibliographie du Québec Bibliographie courante des publications québécoises ou relatives au Québec.Les quatre livraisons de 1969 comprennent 1,254 notices.La rétrospective de 1968 vient d'être publiée, de même que l'index cumulatif 1968/69.La politique de distribution de cette publication est en voie de révision.Présentement, elle est distribuée gratuitement aux bibliothèques, aux maisons d'édition, aux librairies, ainsi qu'à toute association ou institution qui en font la demande par écrit à la Bibliothèque nationale du Ouébec Bureau des publications 1700, rue Saint-Denis Montréal (129) OUÉBEC Format: 7" x IOV2".Publication trimestrielle.CO Comité de rédaction: Claude Haeffely Ginette Henry Gisèle Hogue Jacques Lafontaine Pierre Mailloux Collection Jacques Mordret Catalogue d'une collection privée acquise par la Bibliothèque nationale d'un Français devenu, depuis plusieurs années, Québécois d'adoption, et constituant le premier d'une série de bibliographies, sur divers sujets, que la bibliothèque a l'intention de publier.Ce catalogue présente des ouvrages rares, des manuscrits, dont le plus ancien remonte à 1316, et de nombreux documents sur la période de la Révolution française.Cette publication, à tirage limité, est distribuée aux bibliothèques nationales à travers le monde, aux importantes bibliothèques du Québec et du Canada ainsi qu'à certaines bibliothèques universitaires françaises.Répertoire des bibliothèques du Québec Compilé par LEE POLLOCK sous les auspices de la Section des Bibliothèques de recherche et des bibliothèques spécialisées (A.C.B.L.F.).Montréal, Ministère des Affaires culturelles du Québec, 1970.Publication distribuée gratuitement à toutes les bibliothèques faisant partie de ce répertoire, aux maisons d'édition et aux librairies.Tirage limité.Distribution gratuite Si vous désirez recevoir notre bulletin à titre personnel, nous nous ferons un plaisir d'inscrire votre nom sur notre liste permanente d'envoi.Veuillez adresser votre demande à: Bibliothèque nationale du Québec Service des Publications 1700, rue Saint-Denis Montréal (129) QUÉBEC 8 BULLETIN DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE/DÉCEMBRE 1970
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.