Le couac, 1 mars 2000, mars
Pierre Bourdieu page 5 Un inédit exclusif du sociologue français : quel rôle pour les spécialistes des sciences sociales ?Mère Teresa page 6 Une odeur de sainteté qui sent le ranci.Réseaux d'affaire page 9 L'America's Society, ou des petits malins au contrôle d'un continent —1 û en < z RA UI z PA U UE COI BLACK OSSÉD 3 0 o.Un drôle d'oiseau couac, CoiÀç, COlÀç, j 00 Vol.3 • n° 6 Mars 2000 2,75 $ Encore à Côté, le Roch Ancien journaliste reconverti dans la chronique d'humeur chez Voir, Roch Côté écrivait à propos de la lutte contre les OGM que lorsque «les célébrants de Greenpeace entreprennent un exorcisme, je me sens guidé dans le sens contraire.» Traduction: plus les gens sont informés, plus j'ai l'air d'un con Toujours à côté, le Roch C'est Roch Côté qui doit être content, le très conservateur Globe ami Mail partage son avis sur les dangeureux militants anti-Frankeinstein food.«Aux archi-conservatcurs de Greenpeace et aux autres de cet acabit qui usent d'arguments anti-modernes, nous disons non.Les vrais libéraux n'exigent pas de la certitude dans les affaires humaines; nous acceptons de petits risques là où on peut espérer obtenir de grands bénéfices.» Traduction: mieux vaut foutre en l'air le patrimoine génétique mondial que de faire baisser le cours des actions de compagnies comme Monsanto.Fidélité toute canine Francine Grimaldi, vadrouille clinquante coiffée d'un turban, conclut sa chronique du 28 janvier par un de ces grands coups de langue dont elle a le secret : «En terminant, je voudrais offrir mes meilleurs vœux de bonheur à mon boss, Roger D.Landry .» On avait presque oublié que ces deux concierges de l'information sont parents de la fesse gauche depuis qu'ils ont parrainé le même toutou, Maskou, un labrador noir offert à lacques Chirac en 1987, L'ambassadeur à poil long est mort en 1998, mais ce n'est pas une raison pour oublier la famille.Guy La forest L'un n'empêche pas l'autre eux ratiocineurs, en- Dtre autres, ont illustré par leur pensée politique la seconde moitié du siècle au Québec: Léon Dion, Gérard Bergeron.Il fallait toujours juger par leur Aboutir invariablement, après combien d'efforts, avec quel courage, aux choses telles qu'elles étaient, aux pentes telles qu'elles inclinaient.politique tremblante la logique de ces Aristote.Celle-là aboutissait invariablement, après combien d'efforts, avec quel courage, aux choses telles qu'elles étaient, aux pentes telles qu'elles inclinaient.Aujourd'hui, c'est Guy Laforest.Laforest vient cependant de briser tous leurs records et, par la logique, moyen puissant, de révéler à son tour sa politique.L'accident était imprévisible.Le philosophe n'a pas vu venir.Entendu de mes oreilles à la radio, le 14 février: — « Êtes-vous souverainiste ou fédéraliste?» — « Les deux! » a laissé échapper le penseur, pour l'éternité.C'est fait.Le grand intellectuel a tout dit.C'est déjà comme son testament, le suis une chose et son contraire, le suis pour et je suis contre, l'un et l'autre et simultanément.Mais je suis à l'ADQ, voilà, — ce qu'on venait d'annoncer dans l'instant.Laforest continuera sans doute d'enseigner.Il faudra quit démontre que le rouge et le bleu, que le blanc et le noir, c'est la J'Ai uti m ùèiitè même chose, et qu'il invoque en même temps le principe de contradiction, énoncé dans Aristote.Ce sera facile.L'ADQ lui servira d'exemple, car Dumont c'est un peu tout ça, plus Laforest.Mais enfin, après tout, qu'est-ce qu'il y a tant?Cela se voit tous les jours en Russie.C'est comme si l'on demandait à Popov: — «Êtes-vous communiste ou capitaliste?» — «Bah, en somme, les deux.» PIERRE VADEBONCŒUR Vol KLM 0672 pour un fasciste ordinaire Mais qu'est-ce que je faisais là, au milieu de ces journalistes qui couraient derrière lôrg Haider à l'aéroport de Dorval?Il court vite, le monsieur.Il a déjà fait des marathons, souvent suivi par des caméras.Il a donc l'habitude.À Dorval, il a fini par arrêter sa course afin de répondre aux questions qui fusaient de toutes parts.Blouson de cuir, sourire de playboy, voix calme, l'air faussement décontracté, le juriste autrichien a répondu sans faire de vague à des questions d'une bêtise souvent abyssales.Une journaliste d'un réseau de télévision anglophone : «Avez-vous l'impression d'avoir été mal compris?» Et Haider de se lancer dans une réponse parfaitement circulaire, c'est-à-dire sans queue ni tête, pour le plus grand plaisir de la dite journaliste.Le poli M Haider est le fils de deux membres fondateurs du Parti nazi autrichien.Son oncle lui a légué plus de 150 km2 de terre.Il est riche.II a du style.Il sait plaire En 1986, il prend la tête du Parti de la liberté (FPO), un parti fondé en 1956 par l'ancien SS Friedrich Peter.Ceci explique cela: puisque ce n'est pas gentil de critiquer le fondateur, on ne critique pas les SS, ces soldats blonds reponsables des camps de la mort et de la réorganisation de l'économie allemande.Sur les SS, en 1995, M.Haider a d'ailleurs eu ses bons mots: «Des hommes honnêtes, qui ont du caractère et qui, malgré des critiques sévères et des attaques, sont restés fidèles à leurs convictions jusqu'à aujourd'hui ».Et à propos du IIIe Reich d'Hitler, en 1991: «En ce temps-là, il n'y avait pas de chômage, la poli- tique était bonne.» Dans le même registre, en 1999: «Nous n'avons pas besoin d'étrangers: qu'ils restent là où ils sont.» le note au passage, bien que ce soit sans importance, surtout pour une journaliste, que le site actuel du FPQ offre des liens avec celui du Front national, du White Pride Nationalist, du Ku Klux Dessin d'Honoré pour Charlie Hebdo Klan et autres organisations charitables du même genre.Mais je m'éloigne.A-t-il été mal compris, le monsieur?En tout cas, je n'y comprenais plus rien.Vous dirais-je que j'ai été très impoli avec l'aimable monsieur?Devant ces journalistes qui n'aimaient pas à l'évidence se servir de leur tête, j'ai un peu perdu la mienne, l'ai lancé à tout ce beau monde un vilain mot : «fasciste».L'espace d'un instant, les regards se sont tournés vers moi.Il y a eu un petit moment de silence.Et le jeu a repris de plus belle.«M.Haider ceci, M.Haider cela.» Et M.Haider a fait trois petits tours et s'en est allé prendre son avion pour Amsterdam, comme un grand, sans garde du corps.Alors je me suis dit : Haider est un garçon poli qui porte des chemises brunes Hugo Boss et qui est mal compris.Le pauvre Mais est-il vraiment fasciste?Le FPO compte d'abord sur l'appui de financiers et d'industriels.En fait, Haider se déclare d'abord et avant tout en faveur du libéralisme le plus ultra, comme en témoigne son programme.Haider souligne que ce programme correspond à plusieurs égards à celui de l'ancien président américain Ronald Reagan.Et c'est vrai.« Nous nous battons pour un marché libre », explique le chef du Parti de la liberté en entrevue à The Gaxtte.Tout le reste, à ses yeux, n'est qu'accessoire.Un républicain de l'Alabama, du Texas ou de la Virginie ne se reconnaîtrait-il pas dans un tel programme ?Et plus près de nous, vous ne songez pas à des gens les mêmes idées ?JEAN-FRANÇOIS NADEAU Historia Trouvez les erreurs.Publicité pleine page du nouveau canal de télé appelé Historia: «1960.Après des années de gouvernement de l'Union nationale, le peuple québécois exprime son désir de changement en souscrivant au slogan du Parti libéral de lean Lesage «Maîtres chez nous».S'amorce alors un incroyable mouvement que l'on baptisera Révolution tranquille.Le ministre des Ressources naturelles, René • Lévesque.nationalise toutes les compagnies d'électricité de la province pour donner naissance à Hydro-Québec.Le gouvernement prend le contrôle du système scolaire, jusque là dirigé par l'Église, le modernise et le démocratise.Pour plusieurs, ces années marquèrent l'avènement du Québec moderne » Première erreur: en 1960, le slogan de «l'équipe du tonnerre» du Parti libéral était: «C'est le temps que ça change!».Le slogan «Maîtres chez nous» marquera les élections de 1962, qui avait valeur de référendum sur la nationalisation de l'électricité.Deuxième erreur: l'Hydro-Québec, créée par le gouvernement d'Adé-lard Godbout, existait déjà depuis 1944.Troisième erreur ou demi-erreur: les Églises, la catholique et la protestante, ont conservé jusqu'à aujourd'hui un droit de regard sur le régime scolaire, d'où le rapport Proulx dont on parle beaucoup.Pour un canal historique, promet.ça MAX s'adapter ! Faut partager, alors partageons aussi les déchets.Le premier magistrat de la capitale du Nevada a recommandé que les États-Unis trouvent un pays du tiers-monde pour stocker des déchets nucléaires., (AP.21-02) mais a^esr-ce œop Von i£tuiotf, 1 SHUSH Le Couac, mars 2000, page 2 La mort d'un ami Pierre Saint-Germain, ex-journaliste à La Presse, socialiste et indépendantiste, est décédé subitement le 13 janvier dernier.Rédacteur aux pages internationales du quotidien, il s'était trouvé à Santiago, seul journaliste canadien sur les lieux, lors du coup d'État de Pinochet, en septembre 1973.Sa chambre d'hôtel donnait sur la place Moneda, où se déroulait le plus fort de l'action.Quelques jours plus tard, il assista, à ses risques, aux obsèques du poète communiste Pablo hieruda.Une petite réunion a eu lieu chez les Saint-Germain pour rendre hommage au disparu.Entre autres témoignages, celui-ci.de notre collaborateur Pierre Vadeboncoeur.Quand on pense à Pierre Saint-Germain, l'image qui s'impose avec le plus d'évidence, c'est qu'il était poète.Voilà, dans son cas, une image assez inattendue, vu, à certains égards, l'idée qu'il se faisait de lui- même, vu par exemple l'importance presque illimitée qu'il accordait à la politique dans sa pensée et dans ses préoccupations, et vu aussi la passion envahissante qu'un système politique, le marxisme, avait déterminée chez lui.le ne cessais de découvrir dans ses attitudes, dans son discours, dans les signes que chacun donne de soi-même sans s'en apercevoir et jusque dans des aspects comme la politique, en apparence fort éloignés de la poésie, cette poésie même.Cette donnée de sa personnalité se retrouvait en toutes choses chez lui.Il se croyait ratio- naliste, mais en réalité, plutôt, il était tout sentiment et émotion.Il pensait la politique, mais avant tout il la rêvait.Il se disait philosophiquement matérialiste, mais son inspiration ne l'était pas, ni son comportement.II se disait avec raison radicalement antireligieux puisqu'il l'était, mais, par tempérament, il était un homme de croyance, croyance qu'il avait toute investie dans l'idéal révolutionnaire.C'est que ce qui dominait chez lui tenait en premier lieu de la sensibilité.Cette sensibilité, si évidente dans sa physionomie, expliquait beaucoup de choses.C'est par ce côté squ'on pouvait comprendre les différentes facettes de a personnalité, ses façons, ses affections, et des aspects aussi divers que sa manière de vivre, la fidélité têtue à ses idées, et ces idées elles-mêmes, d'ailleurs.Cette sensibilité le manifestait d'un travers à l'autre.l'ai pris conscience de cela en particulier au temps de la petite enfance de sa fille Catherine, quand Pierre, s'occupant d'elle, l'entourait d'un univers merveilleux qu'il créait au jour le jour, avec une abondance incroyable, en lui racontant des histoires qu'il inventait à mesure — des centaines et des centaines d'histoires, me dit aujourd'hui Catherine.Et je me souviens de l'expression de Pierre quand il parlait de cela, et de ses attitudes envers l'enfant.Un pur poète.La maison des Saint-Germain était une maison ouverte.Pierre et Madeleine recevaient des amis, ils le faisaient avec une générosité, une profusion et un plaisir communicatifs, et ces rencontres étaient une fête, dans le beau décor du lac Charlebois, dans leur salon, ou à table.Nos souvenirs communs remontaient cependant bien plus loin, par exemple à nos rencontres à l'île Cadieux, près de Vaudreuil, en 1953.Cet été-là, ma femme et moi voyions souvent les Saint-Germain au chalet qu'ils avaient loué avec Michel van Schendel et Adèle Lauzon.Dans ces réunions amicales, deux ou trois tendances de la pensée de gauche étaient représentées et s'affrontaient.Pierre a toujours aimé rire et il avait beaucoup d'humour, comme Madeleine d'ailleurs.Les convictions de Pierre étaient assez différentes des miennes à certains points de vue, mais une amitié réciproque transcendait sans difficulté les unes et les autres, et l'esprit festif faisait le reste.De plus, j'appréciais que ses idées, que je ne partageais pas toujours, répondent chez lui à des absolus et correspondent à des choix fondamentaux qu'il n'a jamais repris.Pierre aimait les oiseaux, les bêtes, les arbres, les fleurs, et, depuis l'année de sa retraite, il menait une existence de campagnard, lisant aussi beaucoup et se tenant au fait de l'évolution politique dans le monde.Là encore, sa vraie nature pouvait s'épanouir, favorisée par cette nouvelle vie où il pouvait s'abandonner à son imagination, à la rêverie, au soin des choses de la nature.Un trait, entre autres, restera dans notre souvenir: Pierre était quelqu'un d'attachant.|e ne me souviens pas de l'avoir, comme on dit, jamais critiqué.Ces deux ou trois dernières années, Marie et moi n'avons pas eu l'occasion de le voir, mais je puis vous assurer que nous pensions à lui.Voilà ce qui témoigne le plus d'une amitié.Car cela démontre le cas qu'on fait réellement d'une personne.C'est finalement là l'hommage que nous sommes tous venus lui rendre ici.P.V.Altruisme Mario lean, humoriste de carnaval, «a décidé de subir sous peu une vasectomies (7 \ours.26-2) Une petite opération pour Mario, un grand pas pour l'humanité.On s'en fout ! «La mode est aux grosses au Niger » (La Presse, 21-02).Collabo Pensée du gros Réjean Tremblay-.«Ce qu'il y a de merveilleux dans le sauvetage des Expos, c'est qu'il est î'ceu-vre d'hommes d'affaires qui ont fait passer l'intérêt de la communauté avant leurs intérêts immédiats*.(La Presse, 22-02) Bien sûr.bien sûr.Et Labatt qui met son nom sur le tas de béton, c'est pour le bonheur de la populace peut-être?Pop nazi te Couac a mené sa petite enquête pour éclaircir le mystère de la présence de Jorg Haider à Montréal.Jorg est venu prendre des cours de danse dans le sous-sol de notre « Véro » nationale ! Le playboy tendance nazi compte en effet intégrer les célèbres contorsions de Véro dans Le Fuhrer, l'émission télé qu'il animera cet automne en Autriche.COURRIER DES LECTEURS Allez au diablel (.) Ou'avez-vous donc à geindre, sans arrêt, sur tout, tout le temps?L'économie du Québec ne s'est jamais si bien portée.Libre à vous de continuer à dénoncer des épou-vantails.Mais qui cela intéresse-t-il ?|.| Vu les bêtises que vous colportez, je me demande bien pourquoi on ne vous a pas interdit d'augmenter votre nombre de pages.Liberté d'expression, j'imagine.locelyn David, Québec Franche langue pour franc-tireur le lis tous les mois Le Couac, que j'apprécie.D'autant plus et notamment parce que les organes critiques traditionnels, eu égard à la question politique et sociale québécoise, sont depuis quelques années tombés en panne de façon dramatiquement inquiétante.Le Gouvernement québécois, par exemple, plutôt que de considérer la nation à 00,6% du pays de Félix depuis 1995, se comporte passivement comme si l'Idée d'Indépendance était fichue (et comme si d'ailleurs un discours d'État articulé, convaincant, énergique, ne constituait pas en lui-même .une «condition gagnante»).Le Parti de Lucien Bouchard et le Bloc de Gilles Duceppe, impedimenta de la Souveraineté?le pense aussi au Devoir qui est hélas! redevenu un journal de French Canadians à la Benoît Lauzière.et qui nous ramène à nouveau (ou fort peu s'en faut) à un rapport mollasson avec le Rest of the Can (pendant ce temps, La Presse, Le Soleil, L'Actualité', Radio-Canada et.tous leurs nombreux, insidieux et rampantins «postes affiliés», dont Roaers Communications ingurgitant goulûment Vidéotron, inondent le Québec de leur propagande de/pour Lousy Frenchs bienheureusement minoritaires dans le Canada tyrannique des Dion, des Chrétien et des Copps, véritables fauteurs de guerre civile devant l'Histoire).Cela dit, il est vrai que la mort reste la voie royale pour parvenir au Ciel.Mais revenons au Couac.Comme j'aime, ainsi je châtie.Sans modestie.Vraie ou fausse.Alors permettez-moi ce mot également critique à votre égard quoique sur un plan, disons, plus technique.1.D'une édition à l'autre, le nombre de fautes de langue est tout simplement phénoménal.Au début, on veut croire qu'il s'agit de maladresses typographiques, mais il faut se rendre à l'évidence qu'il s'agit d'autre chose, le pense au premier chef aux erreurs d'orthographe, mais de grammaire aussi.Quant à la syntaxe.C'est extrêmement dommage.Car de la sorte, à tort ou à raison, le contenu même des textes perd beaucoup de crédibilité.Quand on lit un article ou un commentaire miné par une langue approximative, il est d'emblée difficile pour le lecteur d'accorder toute leur valeur aux opinions émises.2.Les allusions assez fréquentes à la fellation relèvent à mes yeux d'un comportement d'adolescent un peu attardé.C'est gratuit et décidément vulgaire.Pareille rhétorique n'ajoute absolument rien ni à l'intelligence ni, le cas échéant, à la (souvent sympathique) férocité du propos.En outre ce geste, beau et de grande puissance affective dans l'intimité des amant/e-s, n'a rien à voir avec le caractère servile que Le Couac lui « insémine ».Comme quoi pauvreté de langue va souvent de pair avec le relâchement au plan de la formulation des idées.Quelle que soit la pertinence de celles-ci par ailleurs.De grâce, aidez-moi à vous rester fidèle.Déjà que j'ai résilié un abonnement vieux de 15 ans au Devoir.lean-Luc Gouin, Sec.ours@vif.com On demande au Couac.l'ai l'honneur de vous demander de bien vouloir me fournir quelques renseignements portant sur l'immigration au QUébec», et je souahite recevoir la Documentation ou le guide d'immigration au Québec comme exemplaire, pour la présenter dans ma recherche (concours — DEA de la direction départementale Sciences Humaines à l'Université de Paris 1 Sorbonne).Bensafia Samir La Plaine Saint-Denis, France N.D.L.R.D'après vous, les chances que ce bon lecteur réussisse son diplôme sont de combien ?La dérive du Couac Si c'est la nostalgie du non lu qui vous attire, du Devoir en plus petit et qui se parle à lui même, je vous annonce qu'il existe.Il s'agit de la dérive du Couac, le canard perdu qui tourne à gauche, gauche, gauche gauchement.On est très loin du début, très loin de l'espoir d'avoir du drôle sérieux ou du sérieusement drôle.[.] l'aime énormément monsieur de Bellefeuille, homme d'une infinie culture, d'une plume fine et d'un dévouement sans compte (et dans ce cas-ci à son compte) pour le Québec, l'aime moins les menaces déguisés de outing, vous savez ces manœuvre de délations homosexuelles que la «communauté » gay aime utiliser pour faire avancer sa cause, c'est en page 6 du numéro de février.Il est facile de descendre les gens qui aiment Céline Dion, qu'Archambault le fasse si bassement n'est pas digne de lui.En prime, ce mois-ci, Rebelles, un autre grand média d'analyses politico-sociales socialistes, on sollicite mon abonnement.Inutilement.Vouloir recevoir un journal de gauche, je choisirais L'Aut Journal, il existe, il est distribué et il a un style.Il est de combat, il est des combats.[.) |ean-Yves Durocher.Écrivez-nous! Le Couac publie les commentaires de ses lecteurs.Les textes doivent être courts.Nous apprécions les disquettes.Pour nous rejoindre, le courrier demeure une bonne façon: Le Couac, 2124 rue Laurier Est, Montréal, H2H IB9.Télécopieur: (514) 521-5599.Vous pouvez aussi envoyer vos textes à : jfncouac@sympatico.ca La tentation du clair-obscur tonnante révolution que celle faite par le député du Bloc québécois, Benoît Sauvageau.Au moment même où le fédéral compte adopter une loi sur la clarté du prochain référendum au Québec, il a lu devant des parlementaires la question référendaire que le gouvernement Chrétien compte poser à des Montagnais du Lac Saint-|ean.Lisez plutôt, ça se passe de commentaires.: «Acceptez-vous et approuvez-vous l'entente de règlement, datée à des fins de référence le 14e jour de décembre 1999, intervenue entre la bande des Montagnais du Lac-Saint-lean et Sa Majesté la Reine du chef du Canada?«Acceptez-vous de sanctionner conformément aux articles 38 ( I ) et 39 de la Loi sur les Indiens, la cession, à titre absolu, à sa Majesté la Reine du chef du Canada par la bande des Montagnais du Lac-Saint-lean, de tous ses droits et ceux de ses membres sur tous les lots des terres de réserve du rang IX du canton de Ouiatchouan?«En votant OUI, vous autorisez le chef de la bande des Montagnais du Lac-Saint-lean ou tout autre membre du conseil de bande dûment autorisé par résolution, à signer au nom du Conseil de bande, *-*-de la bande et de ses membres, tous les documents et à prendre toutes les mesures nécessaires pour rendre exécutoire l'entente de règlement et la cession à titre absolu de tous les lots des terres de réserve du rang IX du canton de Ouiatchouan.OUI ou NON?» Y.S.-PLOGUES Radiothon C1SM 89,3 FM présente son radiothon annuel du jeudi 16 au dimanche 19 mars 2000.Quatre jours d'animations et de spectacles des plus diversifiés ! Sortir de la pensée unique C'est le titre d'un débat organisé par la revue Possibles à l'occasion du lancement d'un numéro thématique.Les participants: Gilles Dostaler (économiste).Francis Dupuis-Déri (couacquiste), Gabriel Gagnon (sociologue) et Jacques Pelletier (essayiste).La rencontre a lieu le mercredi 29 mars 2000 à 19h30, à l'Université du Québec à Montréal, local DR200 du pavillon Athanase David, 1430 rue Saint-Denis.Métro: Berri.Renseignements : (514) 539-1316.POUR S'ABONNER Par téléphone : (514) 274-5468 • (800) 361-1431 Par la pOSte : PERIODICA II55, avenue Ducharme, Outremont (Québec) H2V IE2 Via Internet : www.lecouac.net • Abonnement d'un an : 26 $ + taxes = 29,91 $ • Abonnement de deux ans : 46 $ + taxes = 52,91 $ Abonnement institutionnel et de soutien : 50 $ + taxes = 57,51 $ • Abonnement de groupe d'un an ( 10 copies par parution): 200 $ + taxes = 230,08 $ • Abonnement d'un an à l'étranger : 42 $ Nom Adresse Code postal Courriel Téléphone Le Couac 2124, av.Laurier Est, Montréal, Québec, H2H IB9 Téléphone: (514)521-5499 Télécopieur: (514)521-5599 Fondateurs: Pierre de Bellefeuille et lean-Francois Nadeau Rédacteur en chef: |ean-François Nadçau Collaborateurs: Cilles Archambault, Normand Baillargeon, Stéphane Batigne, Victor-Lévy Beaulieu, Pierre de Bellefeuille, Mario de Blois, Pierre Bourdieu, Luis Cusino, Thierry Discepolo, Bruno Dubuc, Guillaume Lecointre, Vladimir Moll, François Patenaude, Stanley Péan, Martin Petit, Benoît Perron, Michel Rioux, Yves Schaeffner, Pierre Vadeboncoeur, Nadine Vincent, lean Ziegler.Illustration: Boris, Serge Ferrand, Luc Giard, Bruno Laporte, Gilles Laporte, Honoré (avec l'aimable autorisation de Charlie Hebdo).Graphisme: Marguerite Binette Nous remercions Charlie Hebdo pour sa collaboration.Visitez notre site Web: www.lecouac.net Abonnement: François Patenaude au (514) 287-9467 Publicité: François Patenaude au (514) 2S7-9467 ISSN 1480-2074 • N" de publication (Poste Canada) 1213369 Imprimé au Québec Ce journal n'a pas été acheté par la famille Desmarais, la famille Péladeau ou Sir Blac k. Le Couac, mars 2000, page 3 Montréal, ville de clowns L'équipe du Couac se doutait déjà depuis quelque temps que la Ville de Montréal était gouvernée par une bande de clowns.Elle en a eu la confirmation par un communiqué émis le 16 février dernier par l'Hôtel de ville.On y apprend que les autorités municipales investiront «70 000$ pour la réalisation d'une étude de faisabilité sur la création de la Cité des arts du cirque» à même le site de l'ancienne carrière Miron.Ça donne presque envie de faire tourner des ballons sur son nez.LES PMMRES RiPoSTEnt"; L'ACCUEIL BtftfMEflU fU5I0NME "THE HAST 8/4LTIMORE DoVJnTonJUM Refuge !' Cinq minutes avec un bon employé : Mario Roy et les pirates En deux coups de cuillère à pot, clair comme à son habitude, mon ami Normand vient d'offrir à l'étranger que je suis quelques clés - notamment tirées du modèle chomskien d'analyse des médias - du fonctionnement de la presse québécoise, et de la grosse Presse en particulier : développement des pensées du patron et soutien de ses affaires ; dosage idéologique et commercial ; fonction des employés : Foglia-caution-de-pluralisme ; Picher & Dubuc-coursiers-en-bourse ; Gagnon-écho-de-son-maître, etc.Nous sommes le jeudi 10 février et je n'ai pas fini mon café que je ne résiste pas à m'arrêter un instant sur l'ex-gauchiste de service vendant une rhétorique apprise dans ses jeunes et courtes années léninistes : mroy@lapresse.ca s'inquiétant de « La toile déchirée ».Mario-savant donne le ton .- « La technologie accroît de façon exponentielle les facultés de celui qui la maîtrise |.| dans le bien comme dans le mal.» Un poncif, c'est un truc à demi faux et à demi vrai : très pratique donc.Mario précise-t-il que maîtriser n'est pas utiliser une technologie ?précise-t-il de quelles facultés il s'agit ?Un ouvrier sent-il ses facultés décuplées de produire exponentiellement plus depuis que son patron lui a permis de « maîtriser » une nouvelle machine ?Pourquoi Mario cache-t-il que, le plus souvent, ne maîtrise une technologie que celui qui la possède ?que celui-là seul voit ses facultés accroître exponentiellement ?que cette croissance ne se mesure aujourd'hui, finalement, qu'en argent ?Mario-conteur raconte que des pirates d'Internet (des « hackers ») ont réussi à paralyser les fonctionnements de Yahoo!, Amazon, eBay, Buy et CNN.Mario-techno explique la technique : envoi d'un gigaoctet par seconde d'« informations bidons » (traduction de la mar-colang : « ne rapportant rien » ou « empêchant de faire des sous ») ; et le résultat : accès bloqué, pendant une heure à quatre heures, pour les « véritables utilisateurs ».Quittons le virtuel une seconde : durant une à quatre heures, quelques gros supermarchés ont été fermés.privant leurs véritables utilisateurs de.faire leurs courses.provoquant un véritable drame pour la société civile.mettant la démocratie en danger.Mario-le-penseur hulule que « les pertes directes |.| sont impossibles à chiffrer ».Qui a perdu ?et quoi ?Ah oui ! les véritables utilisateurs et le droit d'acheter.Le client-roi a dû reporter l'exercice de sa puissance, l'achat, durant une à quatre heures.Et les employés, qu'ont-ils perdu ?Mario ne raconte pas comment Amazon coince dans des box étroits ses assistants-machines aux facultés décuplas devant augmenter exponentiellement leurs capacités à traiter les commandes suivant des cadences contrôlées comme aux meilleures années du taylorisme.(Au fait, ça me fait penser que la direction de Ford vient d'offrir à ses employés un accès gratuit au Net.comme Ford avait dans le temps permis à ses ouvriers de pouvoir acquérir les voitures qu'ils fabriquaient et ainsi lancer la consommation et la production de masse - toujours la même histoire des facultés (de déplacement) décuplées pour le plus grand profit exponentiel des marchands (de voitures.) Surtout, Mario-VRP hulule aux pertes impossibles à chiffrer pour que l'entendent les grands présents de la démocratie de marché : les actionnaires, jeunes héritiers parasites ou vieux otages des fonds de pension.Et Mario-coursier en arrive au cœur du sujet : « Ce qui souffre le plus est la crédibilité même du Net, le niveau de confiance à l'endroit de sa sécurité, essentielle en matière commerciale ».On y est.Mario s'inquiète que les gogos qui investissent comme des bêtes sur le Net n'ouvrent les yeux sur la réalité du virtuel, justement sa virtualité ; que la « nouvelle économie » - avec des guillemets, comme Mario sait si bien les utiliser pour mettre en doute la réalité que les mots employés recouvrent -, que la « nouvelle économie » donc soit rattrapée par l'économie réelle.Mario ne veut pas que le vent ne se vende plus aussi bien - il pourrait perdre son emploi à la fin.Mais Mario-moraliste poursuit, pour ne pas s'étonner que l'on puisse « éprouver une sorte d'admiration pour l'habileté des "hackers" » car « le rebelle en chacun de nous (sic : où dont le rebelle s'est-il planqué dans Mario ?| peut |.| saluer cette victoire des "petits" contre les "gros" ».Pourquoi les guillemets, Mario ?Qui va croire que Yahoo!, Amazon, eBay, Buy et CNN ne sont pas réellement des gros qui ont réussi en quelques longues dizaines de minutes à se débarrasser d'insectes qui les piquaient : de réellement petits hackers ?On arrive presque au bout, où Mario-impérieux s'attaque à ce « vandalisme |qui est.], de toute forme de crime, le plus gratuit, le plus puéril, le plus inutile ».De quel vandalisme s'agit-il Mario ?qu'est-ce qu'ils ont vandalises les pirates ?Ah oui, les « pertes directes » !.le « manque à gagner » de quelques gros capitalistes?Un crime de lèse-bénéfice.Certes, mais : en quoi gratuit, Mario ?en quoi puéril ?Mario ne nous a-t-il pas expliqué que cette attaque (sans guillemets, Mario, sans guillemets : c'était bien une attaque) menaçait « la crédibilité même du Net, le niveau de confiance à l'endroit de sa sécurité, essentielle en matière commerciale »?Ça me rappelle cette histoire de Freud voulant récupérer son chaudron chez un voisin : « D'abord, tu me l'as jamais prêté, de toute façon il était percé, et en plus je l'ai perdu ! » Et Mario-maestrial de conclure : « La destruction (.) est rarement constructive ».Parlant encore dans le vague Mario dit-il constructif pour qui ?destructeur de quoi ?|e n'ai pas lu Mario chroniquer l'intervention de l'OTAN au Kosovo - mon café étant froid, je n'ai pas le temps d'aller chercher -, mais je vois mal Mario expliquer comment les industries occidentales se partagent aujourd'hui les bénéfices de la reconstruction d'un pays détruit par leurs armées.À moins que Mario n'ai alors surfé sur un autre poncif pour expliquer que le bonheur des uns fait le malheur des autres.Quels uns, Mario ?quels autres ?T.D.Quand c'est pas OK, t'es K.O.Depuis qu'elle a remis sa démission, la rectrice de l'UQAM Paule Leduc a frouvé une nouvelle occupation.Après les heures de bureau, elle récupère les canettes de Coke dans les poubelles de l'institution, «le ministre de l'Education nous a donné des consignes pour améliorer l'efficacité de l'université» , répéterait-elle sans cesse.Faire des heureux «Louise Deschâtelets a l'intention de faire une vieille heureuse» (Journal de Montréal, 24-02).En tout cas, si elle prend sa retraite tout de suite, elle fera des milliers d'heureux.Garanti! Nouveau Les policiers présentent un nouveau plan dans les écoles : «)e réfléchis avant d'agir».ifrpeftK Procès Procès — classique — de quatre policiers à New York : « Le coup est parti tout seul 40 fois, M.le juge.A notre avis, il faut incriminer le revolver.» v LE REGARD OBLIQUE Stéphane rongé par les mites ous avez sûrement connu de ces spécialistes du calembour dont on dit avec compassion «qu'ils n'en manquent pas une».Stéphane Dion a autant d'humour et d'esprit de gaudriole que Madame Thatcher.Veillerait-il avec autant d'attention qu'elle au sort d'Augusto, je l'ignore.Stéphane Dion ne fait pas de jeux de mots.À vrai dire, il a autant d'humour et d'esprit de gaudriole que Madame Thatcher.Veillerait-il avec autant d'attention qu'elle au sort d'Augusto, je l'ignore.Mais chose certaine, il n'en manque pas une.Évoquant l'autre jour la Société Saint-Jean-Baptiste, il a parlé de boules à mites.Avec une virtuosité qui étonne, cet universitaire a appris à parier comme son chef.À quoi lui ont donc servi des cours reçus et donnés, si! accepte à tout propos un ton qui conviendrait mieux à un animateur de tribune téléphonique qu'à un ministre?Il a de plus en plus l'air d'un clown dont la tête apparaîtrait au bout d'un ressort dès qu'on ouvrirait la boîte dans laquelle il se cacherait.11 n'en manque pas une, mais il n'est pas drôle, il a les mots, les attitudes d'un préfet de discipline.On sent que le béton n'est jamais loin.Ce qui n'arrange rien, il a une voix de fausset parfaitement ridicule qui cadre mal avec son apparence de père fouettard.Choisit-il de s'exprimer en anglais, l'effet est plus désastreux encore.Il donne alors l'impression d'un joueur de hockey québécois qui en est à sa première saison avec une équipe américaine.La différence, c'est que Stéphane n'a plus vingt ans et qu'il ne soulèvera jamais de foule.Un refuge pour les utilisateurs de boules à mites {je chercherais bien le terme français idoine, mais je n'ai pas le temps, et ça défigurerait la pensée de l'idéologie de l'Université de Montréal), la SS)B?jadis, peut-être.Maintenant, vraiment pas.l'en parle à mon aise, n'étant membre d'aucune organisation.Mais d'où vient cette manie de vouloir terrasser à tout prix un adversaire déjà à bout de souffle alors qu'on a élu son camp qui est celui de l'arrogance?juge-t-on que le Parti québécois ne s'est pas suffisamment nui en ne pariant pas d'indépendance et en multipliant les bourdes?À moins que comme Stéphane on ne sache plus qu'utiliser l'arme de l'arrogance simpliste des combats de rue si chère à son chef.Les boutes à mites ne rongeraient-elles pa^ plutôt les bases fragiles de la démocratie canadienne?GILLES ARCHAMBAULT Le régne de l'indécision La tradition l'exige: le président du Parti québécois prononce le discours d'ouverture au conseil national trimestriel.Le samedi 5 février, Lucien Bouchard sème l'émoi chez les militants — et surtout chez les journalistes — en ouvrant clairement la porte au report du référendum sur la souveraineté jusqu'après les prochaines élections générales.Encore la tradition: dimanche après-midi, à la clôture de la réunion, le «chef» donne une conférence de presse.Surprise! On l'a mal interprété.Il reste lié à l'engagement de tenir le référendum durant le présent mandat.Que conclure, sinon que le premier ministre est indécis?Reconnaissons cependant que sur une autre question, celle d'un référendum portant sur un autre enjeu que la souveraineté, qui allait être lancée par lean-François Lisée, M.Bouchard a tranché, usant du procédé de la petite phrase qu'affectionne la classe politique française: «il est de ces choses essentielles qui échappent à la tactique.» Établie à l'époque de René Lévesque que les militants adoraient, la tradition veut aussi qu'à son entrée dans la salle des délibérations, le président du parti soit longuement acclamé.Mais ce qui était un accueil spontané, fait d'affection et d'admiration, est devenu un tapage frelaté et vide de sens, accompagné d'une méchante musique tonitruante.On devine que le bunker est inquiet, à l'approche du vote de confiance auquel M.Bouchard devra se soumettre, lors du congrès national, en mai.Une popularité de commande vaut-elle la vraie confiance?PIERRE DE BELLEFEUILLE CHB GOBMAQ.A éteATTOhJ • André-Philippe Gagnon, modèle de réussite, vit près de Las Vegas dans une «gated city» sillonnée 24 heures sur 24 par des gardes armés.En plus, «il ignore tout de la vie de son quartier.» (La Presse, 14-2) Sait-il au moins que sa femme couche avec un de ses personnages?• Andrew Gagnon, homme charitable, a engagé une «.nanny parachutée des Philippines» (La Presse, 14-2).Hélas, ce n'est jamais aussi efficace qu'une nanny portugaise de Westmount.• Andrew P.Gâwgnon, imitation de réussite hollywodienne: «ça ne me dérange pas que les enfants étudient en anglais».(La Presse, 14-2).Seul hic «le niveau des écoles privées est moins élevé ici qu'au Québec» • Nathalie Petrowski, esprit subtil de La Presse, admire «l'extraordinaire technique mimétique d'André-Philippe».Son numéro d'imitateur du gros con riche américain est en effet très réussi. INTERNATIONAL Le Couac, mars 2000, page 4 Peine de mort Un homme de cœur George W.Bush, candidat présidentiel, a ordonné l'exécution de 119 détenus depuis qu'il est devenu gouverneur du Texas en 1995.Il en a gracié un, en juin 1999, devant l'évidence d'une grave erreur judiciaire.Bush détient ainsi la meilleure moyenne aux États-Unis.feu De 39 500 détenus en 1990, le nombre de détenus au Texas est passé à 127 000 en 1999.Imaginez ce que sera la population carcérale des États-Unis avec Bush comme président.À votre service Un condamné à mort, Goerge McFalrland, s'est plaint de s'être vu assigner pour sa défense un avocat de 72 ans qui dormait tout le temps.Réponse du juge: « la constitution ne précise pas que l'avocat doit être réveillé.» (Le Monde, 18-2) Bouffe À www.tdcj.state.tx.us/stat/finalmeals.htm, adresse du Service carcéral américain, on donne la liste exhaustive de ce que les condamnés à mort bouffent avant leur exécution.En général, on bouffe bien: steak, petits pois, salade, yogourt, etc.Enfin une preuve de la bonté du système pénal américain: on ne leur fait pas manger du McDo.Impolitesse Betty Lou Beets, exécutée le 24 février, a refusé de prendre son dernier repas.(AP, 25-2) No Vacancy Le nombre de détenus dans les prisons américaines est de 2 millions cette année, soit deux fois plus qu'au début des années 1990.Ordures En général, les condamnés à mort, même s'ils ne sont pas toujours vraiment coupables, sont des ordures.Ce doit être cela qui fait dire à George W.Bush que «la culpabilité de chaque détenu ne fait aucun doute dans mon esprit.» Mais comme en général les politiciens sont aussi des ordures, comment ça se fajt qu'eux ne sont pas exécutés?Patientez Excell White, dans le comté de Collin au Texas, a attendu 8982 jours (24 ans) dans les couloirs de la mort avant d'être exécuté le 30 mars 1999.Pour sa part, Sammie Felder )r, du comté de Harris, a attendu 8569 jours (23 ans) avant d'être tué le 15 décembre 1999.Pardon Betty Lou Beets, condamnée à mort dans l'État du Texas, a demandé à la commission (Boards of Pardons and Paroles) qui a le pouvoir de commuer une peine capitale en emprisonnement à vie d'examiner son cas.(AFP, 20-2) Un hic : cette commission de 18 membres ne se réunit jamais.Les membres qui y siègent se contentent d'envoyer leur décision par télécopieur.Voilà une autre preuve du caractère regrettable de cette politique de la peine de mort: ses responsables n'utilisent même pas le courriel.Le record au Texas nombre d'executions par etat depuis 1976 1976: rétablissement de la peine de mort total 1999 2000* texas 8 virginie i 75 14 2 floride SHHNMI44 1 missouri ¦¦41 9 louisiane NNM25 1 CAROLINE DE SUD ¦H 24 4 - géorgie -¦¦23 ¦ arkansas 4 - oklahoma ¦121 6 2 alabama H 20 2 6 arizona 7 CAROLINE DU NORD H 15 4 - illinois ¦p2 WÈËËËÊÈÊÊ delaware ¦ 10 2 - nevada ¦ 8 iiifimiiii * Au 25 février 2000 Vive la piastre américaine ! Dans La Presse du 21 février dernier, une tout petite pub perdue au milieu d'une page nous annonce un colloque qui a pour titre : «Le Canada devrait-il adopter le dollar américain comme devise?».Quatre bons messieurs économistes vont en débattre.Il s'agit de Pierre Fortin, l'économiste de service du PQ et de Radio-Canada, Marcel Côté de l'omniprésente firme SECOR, |ohn Crow, ancien gouverneur de la Banque du Canada et ami intime de Brian Mulroney et lohn McCallum de la Banque Royale.Ça promet ! Prochainement sur nos écrans : L'agonie du dollar canadien ! Un porte-parole de la Esmeralda Exploration limited, la compagnie minière australienne responsable du désastre écologique du Danube: «Rien ne prouve que le cyanure ait pu tuer les poissons du Danube.Il y a pu y avoir d'autres causes.» (te Monde, 18-2) Monsieur le juge, je vous l'assure, ces poissons souffraient tous au préalable de graves troubles cardiaques.Et c'est sous l'influence de leur mauvais exemple en matière d'alimentation que toute la flore aquatique a soudain éprouvé le besoin de se suicider.Les chiffres de la « tolérance zéro » La répression, c'est Pour les autres ! La politique démago-sécuritaire de la « tolérance zéro » a été inventée aux États-Unis lors de la grande revanche des forces conservatrices consécutive à la guerre du Vietnam.Le retour de la peine de mort date de 1976.Avec l'arrivée du crack et l'affolement répressif qui suivit, les années 1980 se donnèrent des allures de « manière forte » en inventant le terme de « tolérance zéro », comme s'il y avait eu une tolérance avant.Cette politique n'avait bien évidemment pas pour objectif de s'attaquer aux causes profondes de la délinquance, ni dé toucher la criminalité en col blanc, qui cause des dommages économiques et humains infiniment plus grands que le vandalisme et la drogue.Les premiers à trinquer furent les consommateurs de cannabis, qui allèrent en nombre croissant remplir les prisons, aux côtés des consommateurs de cocaïne et de crack.Les études montrent que la tolérance zéro eut pour principal effet non pas une baisse de consommation de drogues, mais un engorgement des prisons et un essor phénoménal des prisons privées.L'objectif fut atteint: la voie publique devint plus « propre ».Lorsque les sociologues publièrent à la fin de l'année dernière les statistiques relatives aux délits commis sous le régime de la tolérance zéro, les résultats ne contentèrent pas tout le monde.Par exemple, les féministes américaines avaient demandé des lois de tolérance zéro contre la violence conjugale.Les appels de détresse de femmes battues se soldaient trop souvent par de simples réprimandes des policiers à l'encontre du mari, qui n'était pas emmené au poste, et qui pouvait donc retaper sa dame une fois les policiers partis.Sous le régime de la tolérance zéro, les policiers furent tenus d'emmener quelqu'un au poste.Voilà une mesure propre à améliorer la précision des statistiques.Lorsque les sociologues publièrent celles-ci, on se rendit compte que le monde était un peu plus compliqué que celui de Mickey.D'après le New York Times, selon les endroits aux États-Unis, entre un quart et un tiers des personnes emmenées au poste étaient des femmes.batteuses! Du coup, l'application de la tolérance zéro fut critiquée.Les défenseurs des femmes prétendirent que ces femmes ne faisaient que se défendre, et que les pénaliser aurait pour effet d'inciter les femmes à ne plus appeler la police.Manque de pot, cette parade est sans fondement, puisque aucune statistique n'est disponible pour savoir qui exactement avait appelé les policiers: l'homme, la femme ou les voisins.Dans un procès banal pour détention de cannabis, un juge a fortement critiqué la tolérance zéro parce qu'il se voyait obligé par elle d'enfermer trois policiers en prison pour plusieurs années.Si les jours de la tolérance zéro sont comptés, on ne va pas le déplorer.Mais aux États-Unis, les réacs, tout comme une partie des forces dites « de gauche », ne critiquent ces lois ni pour leur stupidité, ni pour leur inutilité, ni pour leur inhumanité.Elles sont remises en cause lorsqu'elles frappent les membres du lobby auquel on appartient.Très mal foutue la société qui concocte ses lois en pensant que la répression, c'est toujours pour les autres.GUILLAUME LECOINTRE (Charlie hebdo, N° 400) Crime et chatouillements Clinton au créneau, conférence de presse avec les gros cyberbon-nets, FB! sur les dents, menaces de longues années de prison.Les petits malins qui ont chatouillé les sites internet des nouveaux maîtres du monde ne pensaient peut-être pas avoir commis un tel crime de lèse-majesté.La première leçon à tirer de l'anecdote, c'est qu'on ne rigole pas avec le commerce électronique.Les ennemis cybernétiques numéro un n'ont pourtant rien volé et rien détruit.Ils n'ont ni tué ni escroqué.Ils n'ont pas jeté des milliers de personnes au chômage, n'ont pas pratiqué la corruption, le chantage, l'abus de position dominante, l'exploitation du tiers-monde, le conflit d'intérêt, le délit d'initié, ni aucun des crimes économiques contre l'humanité qui ont libre cours chez leurs «victimes».Ils n'ont fait qu'utiliser la machine à consommer qu'on leur vante sur tous les fronts médiatiques depuis quelques années.Certes, ils l'ont utilisée excessivement, ils ont abusé, ils ont surconsommé, mais guère plus que ce qu'on nous ordonne de faire à longueur d'annonces publicitaires.Ah mais non, là ça ne marche plus, ils n'avaient pas compris, les petits malins.Pas compris que lorsqu'on vante la liberté d'Internet, c'est la liberté de vendre et d'acheter qu'il faut comprendre, pas de se connecter tous en même temps sur le même site pour faire chier quelques archimilliar-daires et leurs actionnaires.Maintenant, ils savent.Et nous aussi.STÉPHANE BAT1GNE Lf I I I I I I I II I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I Ll Le despote L'affaire des subventions électoralistes du ministère du Développement des ressources humaines est le pire scandale politique que le Canada ait connu depuis belle lurette, lean Chrétien a beau se précipiter à la défense de sa protégée, lane Stewart et son chef sont irrémédiablement compromis dans une sordide opération d'achat de votes.Circonstance aggravante: cette entreprise de corruption est financée non pas par les fonds du parti, mais par nos impôts.II y a pire encore.Le despote Chrétien trahit une règle fondamentale de la démocratie parlementaire: la responsabilité ministérielle.En répétant comme un perroquet qu'il ne s'agit que d'un problème administratif, comme si cela ne concernait ni lui ni sa ministre, il cherche à faire porter le blâme par les fonctionnaires, qui n'ont pas le droit de se défendre.Cette attitude est d'une lâcheté inqualifiable.Personne dans son camp ne proteste publiquement.Le despote mène d'une main de fer.C'est encore lui qui, par la loi dite «sur la clarté», entend enfermer le Québec dans une prison constitutionnelle.Cet ignare qui massacre deux langues massacre aussi les droits fondamentaux du peuple québécois.Quelques Canadiens anglais commencent à comprendre, mais, de toute évidence, dans l'ensemble du Canada anglais, la francophobie fait recette.La volonté de domination l'emporte sur le fameux fair play.Le despote est son instrument.La démocratie canadienne n'est-elle plus qu'un souvenir?PIERRE DE BELLEFEUILLE H ¦¦¦¦¦¦¦¦¦ ¦.m.i.i.Par Dieu ! (On n'y croit pas, mais avouez que ça produit un effet.) Abonnez-vous! Par téléphone : ^^tt)r^ (514)274-5468 _ ^fi (800)361-1431 X 1 Les charmes bucoliques des États-Unis: Les prisons Amnistie internationale vient de rédiger un imposant rapport sur les violations des droits humains aux États-Unis intitulé «Les mêmes droits pour tous».Voici quelques faits tirés de ce rapport concernant les conditions de détention des prisonniers et des prisonnières: • Encore aujourd'hui, des détenus meurent faute de soins médicaux adéquats.• Certains prisonniers sont obligés de porter une ceinture paralysante.Elle peut être actionnée à distance par un gardien et envoie de puissantes décharges électriques.• Les prisonnières sont fréquemment victimes de sévices sexuels car les prisons emploient (au mépris des normes internationales) un personnel masculin pour surveiller les détenues.• Certaines prisonnières sont violées à répétition et n'osent pas porter plainte de peur de représailles.• Lors des accouchements ou lorsqu'elles allaitent leur nouveau-né, il arrive que des détenues soient enchaînées à leur lit d'hôpital ou portent des menottes.GÉRONIMO TREMBLAY Heil Haider! L'accueil de Montréal a déçu |ôrg Haider.«Toronto sera plus intéressante», s'est contenté de dire le petit nazi autrichien (La Presse, 17-2).Depuis le temps qu'on vous le dit que c'est mieux à Toronto: le maire Bourque n'y prend pas ses exemples pour rien, allions donc! Mine de rien Pour justifier le fait que les soldats canadiens aient été armés de mines au Timor-Oriental, le ministre de la Défense Lloyd Axworthy, par ailleurs partisan de l'élimination des mines antipersonnel, a indiqué qu'«ils ne les avaient pas utilisées» (Le Devoir 15-02).C'était pour offrir en cadeau, peut-être?Humour autrichien L'humour autrichien est bienfaisant, inépuisable.Deux anecdotes du passé.Envahissant Vienne au printemps 1938, les nazis allemands commencèrent tout de suite à terroriser les intellectuels, les démocrates.Un commando de braillards en chemise brune envahit le modeste appartement du vieux docteur Freud à Berggasse.Ils volèrent l'argent, les bibelots, la vaisselle, tout.Dès leur départ, les voisins accoururent, interrogèrent Freud, tentèrent de le consoler.Celui-ci eut ce commentaire: « le les envie, ces gaillards! Si moi, pour mes visites domiciliaires dans le quartier, je ramassais autant d'argent qu'eux, je serais heureux.» L'ambassadeur de Grande-Bretagne fit peu après sortir Freud et sa famille de la Vienne occupée.Arrivé à Londres, Freud reçut du gouvernement anglais une villa qui S'éblouit, lui qui n'avait jamais connu que l'appartement sombre de Berggasse.ll se tint sur le seuil de la somptueuse demeure, leva le bras droit et, devant les officiels médusés, s'exclama: « Merci, mein fuhrer! Heil Hitler! » JEAN ZIGLER (Charlie Hebdo, No.399) Les Patriotes de 1837-1838 LAURENT-OLIVIER DAVID Les Patriotes \tg^ del837-1838 VT* L'autorité du peuple même.« J'avais quinze ans.Chez mes parents, à Châteauguay, il y avait quatre ou cinq livres, pas plus.Dans le tas.Les Patriotes de David.Je découvrais un trésor.» — Pierre Falardeau En vente dans toutes les librairies, 14,95 $ 368 pages • Diffusion Prologue i mm m s BOURDIEU Une érudition Le Couac, mars 2000, page 5 «Quel rôle les spécialistes en sciences sociales peuvent-Ils jouer dans le mouvement social, à l'échelle nationale et surtout Internationale, c'est-à-dire au niveau même où se joue, aujourd'hui, le destin des individus et des sociétés ?» Pierre Bourdieu, professeur au Collège de France, est notamment l'auteur de Contre-feux et Sur la télévision, deux ouvrages publiés aux Editions Raisons d'agir Ie remercie Edward Saïd pour son invitation à participer à cette discussion et pour les paroles amicales qu'il a prononcées.|e regrette de n'avoir pu être parmi vous aujourd'hui, mais j'espère que, grâce aux techniques de communication à distance, je serai réellement auprès de vous et que nous pourrons esquisser au moins un dialogue.Comme je n'ai pas beaucoup de temps, et que je voudrais que mon discours soit aussi efficace que possible, j'en viendrai directement à la question que je souhaite poser devant vous : les intellectuels et, plus précisément, les chercheurs, et, plus précisément encore, les spécialistes en sciences sociales, peuvent-ils et doivent-ils intervenir dans le monde politique et à quelle condition peuvent-ils le faire efficacement ?Quel rôle peuvent-ils jouer dans le mouvement social, à l'échelle nationale et surtout internationale, c'est-à-dire au niveau même où se joue, aujourd'hui, le destin des individus et des sociétés ?Comment peuvent-ils contribuer à l'invention d'une nouvelle façon de faire de la politique ?Premier point : pour éviter tout malentendu, il faut poser clairement qu'un chercheur, un artiste ou un écrivain qui intervient dans le monde politique ne devient pas pour autant un homme politique ; selon le modèle créé par Zola à l'occasion de l'affaire Dreyfus, il devient un intellectuel, ou, comme on dit aux États-Unis, un public intellectual, c'est-à-dire quelqu'un qui engage dans un combat politique sa compétence et son autorité spécifiques, et les valeurs associées à l'exercice de sa profession, comme les valeurs de vérité ou de désintéressement où, en d'autres termes, quelqu'un qui va sur le terrain de la politique mais sans abandonner ses exigences et ses compétences de chercheur.(C'est-à-dire, en passant, que l'opposition que l'on fait souvent, dans la tradition anglo-saxonne, entre scholarship et committment est peut-être dépourvue de fondement : les interventions des artistes, des écrivains ou des savants -Einstein, Russell ou Sakharov - dans l'espace public trouvent leur principe, leur fondement, dans une « communauté » consacrée à l'objectivité, à la probité et au désintéressement.C'est d'ailleurs à son respect supposé de ces lois morales non écrites, autant qu'à sa compétence technique, que le scholar doit son autorité sociale.) En intervenant ainsi, il s'expose à décevoir (le mot est beaucoup trop faible), ou mieux, à choquer : choquer, d'un côté, dans son propre univers, ceux qui, choisissant la facilité vertueuse de rester enfermés dans leur tour d'ivoire, voient dans le committment un manquement à la fameuse « neutralité axiologique » identifiée à tort à l'objectivité scientifique ; choquer, d'un autre côté, dans le monde politique, ceux qui voient en lui une menace pour leur monopole et, plus généralement, tous ceux que son intervention dérange.Il s'expose, en un mot, à réveiller toutes les formes d'anti- intellectualisme qui sommeillent ici et là, un peu partout, chez les puissants de ce monde, banquiers, patrons et hauts fonctionnaires, chez les journalistes, chez les hommes politiques (surtout de gauche), presque tous, aujourd'hui, détenteurs de capital culturel, et, bien sûr, chez les intellectuels eux-mêmes.Mais condamner l'anti-intellectualisme, qui a presque toujours pour principe le ressentiment, ce n'est pas exempter pour autant l'intellectuel de toute critique de l'intellectualisme : la critique à laquelle l'intellectuel peut et doit se soumettre lui-même ou, en d'autres termes, la réflexivité critique, est un préalable absolu à toute action politique des intellectuels.Le monde intellectuel doit se livrer en permanence à la critique de tous les abus de pouvoir ou d'autorité commis au nom de l'autorité intellectuelle ou, si l'on préfère, à la critique de l'usage de l'autorité intellectuelle comme arme politique ; il doit se soumettre aussi à la critique du scholastic bias, dont la forme la plus perverse, et qui nous concerne particulièrement ici, est la propension à un révolutionnarisme sans objet et sans effet : je pense en effet que l'élan aussi généreux qu'irréaliste qui a porté nombre d'intellectuels de ma génération à s'en remettre aveuglément aux consignes de Parti inspire encore trop souvent aujourd'hui ce que j'appelle le campas radicalism, c'est-à-dire la propension à confondre les choses de la logique et la logique des choses, selon la formule impitoyable de Marx, ou, plus près des réalités actuelles, à prendre des révolutions dans l'ordre des mots, ou des textes, pour des révolutions dans l'ordre des choses.Une fois clairement posés ces préalables critiques, apparemment négatifs, je crois pouvoir affirmer que les intellectuels (j'entends toujours par là les artistes, les écrivains et les savants qui s'engagent dans une action politique) sont indispensables à la lutte sociale, tout particulièrement aujourd'hui, étant donné les formes tout à fait nouvelles que prend la domination.Nombre de travaux historiques ont montré le rôle qu'ont joué les think tanks dans la production et l'imposition de l'idéologie néo-libérale qui gouverne aujourd'hui le monde ; aux productions de ces think tanks conservateurs, rassemblements d'experts appointés par les puissants, nous devons opposer les productions de réseaux critiques, rassemblant des « intellectuels spécifiques » (au sens de Foucault) dans un véritable intellectuel collectif capable de définir lui-même les objets et les fins de sa réflexion et de son action, bref, autonome.Cet intellectuel collectif peut et doit remplir d'abord des fonctions négatives, critiques en travaillant à produire et à disséminer des instruments de défense contre la domination symbolique qui s'arme aujourd'hui, le plus souvent, de l'autorité de la science ; fort de la compétence et de l'autorité du collectif réuni, il peut soumettre le discours dominant à une critique logique qui s'en prend notamment au lexique (« mondialisation », « flexibilité », etc.), mais aussi à l'argumentation, et en particulier à l'usage des métaphores ; il peut aussi le soumettre à une critique sociologique, qui prolonge la première, en mettant au jour les déterminants qui pèsent sur les producteurs du discours dominant (à commencer par les journalistes, économiques notamment) et sur leurs produits ; il peut enfin opposer une critique proprement scientifique à l'autorité à prétention scientifique des experts, surtout économiques.Mais il peut aussi remplir une fonction positive en contribuant à un travail collectif d'invention politique.L'effondrement des régimes de type soviétique et l'affaiblissement des partis communistes dans la plupart des nations européennes et sud- américaines a libéré la pensée critique.Mais la doxa néo-libérale a rempli toute la place laissée ainsi vacante et la critique s'est réfugiée dans le « petit mondei » académique, où elle s'enchante elle-même d'elle-même, sans être en mesure d'inquiéter réellement qui que ce soit en quoi que ce soit.Toute la pensée politique critique est donc à reconstruire, et ce ne peut pas, comme on a pu le croire en d'autres temps, être l'œuvre d'un seul maître à penser livré aux seules ressources de sa pensée singulière, ou porte-parole autorisé par un groupe ou une institution pour porter la parole supposée des gens sans parole.C'est là que l'intellectuel collectif peut jouer son rôle, irremplaçable, en contribuant à créer les conditions sociales d'une production collective d'utopies réalistes.11 peut organiser ou orchestrer la recherche collective de nouvelles formes d'action politique, de nouvelles façon de mobiliser et de nouvelles façons de faire travailler ensemble les gens mobilisés, de nouvelles façon d'élaborer des projets et de les réaliser en commun.11 peut jouer un rôle d'accoucheur en assistant la dynamique des groupes en travail dans leur effort pour exprimer, et du même coup découvrir, ce qu'ils sont et ce qu'ils pourraient ou devraient être et en contribuant ainsi à la récollection et à l'accumulation de l'immense savoir social sur le monde social dont le monde social est gros.Il pourrait ainsi aider les victimes de la politique néolibérale à découvrir les effets diversement réfractés d'une même cause dans les événements et les expériences en apparence radicalement différents, surtout pour ceux qui les vivent, qui sont associés aux différents univers sociaux (champs), médecine, éducation, services sociaux, justice, etc.d'une même nation ou de nations différentes.La tâche est à la fois extrêmement urgente et extrêmement difficile.En effet, les représentations du monde social qu'il s'agit de combattre, contre lesquelles il faut résister, sont issues d'une véritable révolution conservatrice, comme on disait, dans l'Allemagne des années trente, des mouvements pré-nazis.Les think tanks d'où sont sortis les programmes politiques de Reagan ou Thatcher, ou, après eux, Clinton, Blair, Schroder ou lospin, ont dû, pour être en mesure de rompre avec la tradition du Welfare State, opérer une véritable contrerévolution symbolique et produire une doxa paradoxale : conservatrice, cette doxa se présente comme progressiste ; restauration du passé dans ce qu'il a parfois de plus archaïque (en matière de relations économiques notamment), elle donne des régressions, des rétrocessions, pour des réformes ou des révolutions.Cela se voit bien dans toutes les mesures visant à démanteler le Welfare State, c'est-à-dire à détruire tous les acquis démocratiques en matière de législation du travail, de santé, de protection sociale ou d'enseignement.Combattre une telle politique, c'est s'exposer à apparaître comme conservateur lorsqu'on défend les acquis les plus progressistes du passé.Situation d'autant plus paradoxale que l'on est amené à défendre des choses que l'on souhaite au demeurant transformer, comme le service public et l'État national, que nul ne songe à conserver en l'état, ou les syndicats ou même l'École publique, qu'il faut continuer à soumettre à la critique la plus impitoyable.C'est ainsi qu'il m'arrive aujourd'hui d'être suspecté de reniement ou accusé de contradiction lorsque je défends une École publique dont je n'ai pas cessé'de rappeler qu'elle remplissait une fonction conservatrice.Il me semble que les scholars ont un rôle déterminant à jouer dans le combat contre la nouvelle doxa et le cosmopolitisme purement formel de tous ceux qui n'ont à la bouche que des mots comme « globalisation » ou « global competitiveness ».Cet universalisme de façade qui sert en fait les intérêts des dominants : c'est ainsi qu'il sert à condamner comme régression politiquement incorrecte vers le nationalisme la seule force, celle de l'État national, que, en l'absence d'un État mondial et d'une banque mondiale financée par une taxe sur la circulation des capitaux, les pays dits émergents, Corée du Sud ou Malaisie, puissent opposer à l'emprise des multinationales ; qu'il permet de diaboliser et de stigmatiser, sous l'étiquette infamante d'islamisme par exemple, les efforts de tel ou tel pays du sud pour affirmer ou restaurer son « identité ».À cet universalisme verbal, qui fait aussi des ravages dans les relations entre les sexes, et qui laisse les citoyens isolés et désarmés en face des puissances économiques internationales, les committed scholars peuvent opposer un nouvel internationalisme capable d'affronter avec une force véritablement internationale des problèmes qui, comme les questions d'environnement, pollution atmosphérique, couche d'ozone, ressources non renouvelables ou nuages atomiques, sont nécessairement « globaux », parce qu'ils ne connaissent pas les frontières entre les nations ou entre les « classes » ; et aussi des problèmes plus purement économiques ou culturels qui, comme la question de la dette des pays émergents ou la question de l'emprise de l'argent sur la production et la diffusion culturelles (avec la concentration de la production et de la diffusion cinématographique, de l'édition, etc.), peuvent réunir des intellectuels résolument universalistes, c'est-à-dire réellement soucieux d'universaliser les conditions d'accès à l'universel, par delà les frontières entre les nations, et en particulier entre les nations du Nord et du Sud.Pour ce faire, les écrivains, les artistes et surtout les chercheurs qui sont déjà, par profession, plus enclins et plus aptes que toute autre profession à dépasser les frontières nationales, doivent transcender la frontière sacrée, qui est inscrite aussi dans leur cerveau, plus ou moins profondément selon les traditions nationales, entre le scholarship et le committment, pour sortir résolument du microcosme académique, entrer en interaction avec le monde extérieur (c'est-à-dire notamment avec les syndicats, les associations et tous les groupes en lutte) au lieu de se contenter des conflits « politiques » à la fois intimes et ultimes, et toujours un peu irréels, du monde scolastique, et inventer une combinaison improbable, mais indispensable: le scholarship with committment, c'est-à-dire une politique d'intervention dans le monde politique qui obéisse, autant que possible, aux règles en vigueur dans le champ scientifique (et dont ceux que vous avez invités à votre tribune ont donné déjà de magnifiques illustrations, à propos de la politique étrangère des États-Unis ou de la question palestinienne notamment).Ce qui, étant donné le mélange d'urgence et de confusion qui est de règle dans le monde de l'action, n'est véritablement et pleinement possible que pour et par une organisation capable Les représentations du monde social qu'il s'agit de combattre, contre lesquelles il faut résister, sont Issues d'une véritable révolution conservatrice, comme on disait, dans l'Allemagne des années trente, des mouvements pré-nazis.d'orchestrer le travail collectif d'un ensemble international de chercheurs, d'artistes et de savants.Dans cette entreprise collective, c'est sans doute aux savants que revient le rôle primordial, à un moment où les forces dominantes ne cessent d'invoquer l'autorité de la science, économique notamment.Mais les écrivains, et surtout peut-être les artistes (et tout spécialement, parmi eux, ceux qui, comme Hans Haacke et Nancy Frexer, pour ne citer que deux de mes amis américains, ont déjà engagé leur talent dans des combats critiques) ont aussi leur place, importante.« 11 n'y a pas de force intrinsèque de l'idée vraie », disait Spinoza, et ce n'est pas le sociologue qui peut lui donner tort.Mais il peut suggérer aussi que les écrivains et les artistes pourraient, dans la nouvelle division du travail politique, ou, plus exactement, dans la nouvelle manière de faire la politique qu'il s'agit d'inventer, jouer un rôle tout à fait irremplaçable : donner de la force symbolique, par les moyens de l'art, aux idées, aux analyses critiques, et, par exemple, donner une forme visible et sensible aux conséquences, encore invisibles, mais scientifiquement prévisibles, des mesures politiques inspirées par les phibsophies néo-libérales.l'aimerais, pour conclure, rappeler ce qui s'est passé à Seattle.|e crois que, sans en surestimer l'importance, on peut voir dans cet événement une première expérience, exemplaire, qu'il faut analyser, pour tenter de dégager les principes de ce que pourraient être les moyens et les fins d'une action politique internationale dans laquelle les acquis de la recherche seraient transformés en manifestations politiques réussies ou même en instruments d'intervention rapide d'une nouvelle forme d'Agit Prop ; ce que pourraient être, de façon plus générale, les stratégies de lutte politique d'une nouvelle Organisation non-gouvernementale définie par un dévouement {committment) total à l'internationalisme et une adhésion entière au scholarship.-.poids de la structure du champ lié à la position du journal dans l'espace des journaux, poids de la précarité statutaire qui, à travers l'insécurité, exerce une formidable censure sur les journalistes, surtout les plus jeunes ; analyse de la genèse du produit journalistique ou télévisuel, véritable artefact réductible à ses conditions de fabrication, etc.PIERRE BOURDIEU * Intervention au Modem Language Association Meetings, Chicago, en décembre 1999, où étaient notamment présents Edward Saïd et Noam Chomsky.Texte à paraître dans le prochain numéro de la revue Agone (N° 23, printemps 2000). Le Couac, mars 2000, page 6 «rr: Mère Teresa Histoire d'un mythe Fondatrice de l'ordre des Missionnaires de la Charité, mère Teresa est devenue, dans les dernières années de sa vie, l'emblème dune mission auprès des plus déshérités qui la promettait, de son vivant, à la béatification.ous savons peu de choses Nsur l'enfance de mère Teresa, née Agnes Gonxha Bojaxhiu dans une famille de notables catholiques d'origine albanaise, le 27 août 1910 près de Skopje, grande cité commerçante de Macédoine.Elle raconte elle-même que, membre de la paroisse du Sacré-Cœur, c'est sous l'influence d'un père jésuite qu'elle s'intéressa au travail missionnaire à l'âge de 12 ans, concevant pour la première fois l'idée que sa vie devrait être consacrée à répandre la charité catholique chez les pauvres.C'est à l'âge de 18 ans que, toujours selon son témoignage, elle quitta une famille très heureuse pour se faire sœur.Elle commença sa formation au couvent de la congrégation de Notre-Dame de Lorette établie à Dublin, avant d'être envoyée vers la mission des sœurs de Lorette à Darjeeling (Bengale), où elle prend l'habit le 23 mai 1929.Deux ans plus tard, elle choisira le nom de Marie Teresa de l'enfant lésus en référence à Thérèse de Lisieux.D'abord affectée à un misérable dispensaire perdu dans la jungle bengali, elle enseignera ensuite l'histoire et la géographie au collège Sainte-Marie réservée aux jeunes filles des castes aisées.À trente-huit ans, elle claque la porte de son collège pour « aider les pauvres, vivre avec eux : c'était un ordre, une certitude », dira-t-elle.L'Ordre des Missionnaires de la charité Le 16 août 1948, mère Teresa abandonne l'habit occidental pour enfiler un sari blanc, bordé de bleu, avec une croix sur l'épaule : l'habit des Missionnaires de la charité, qu'elle fonde le 7 octobre 1950.Les premiers sœurs furent d'anciennes élèves du collège Sainte-Marie, qui refusèrent avec mère Teresa tout confort matériel pour vivre au milieu des pauvres et pour eux.Le premier acte symbolique des Missionnaires de la charité fut l'ouverture, en 1952, d'un mouroir, dans le quartier très populaire de Kalighat, qui accueillera jusqu'à 60 000 personnes venues pour être soignées, mais le plus souvent pour mourir entourées.Dans la lignée des grands charismatiques comme saint Vincent de Paul et saint François d'Assise, mère Teresa semble s'être donnée la mission de secouer la conscience de son temps.Les Missionnaires de la Charité regroupent aujourd'hui plus de 4 000 religieuses et 40 000 sœurs laïques dans 120 pays ; et une « branche » masculine, créée en 1965, de 600 frères.Les missionnaires sont répartis dans 600 « maisons » - hôpitaux, mou roi rs, léproseries - dont un tiers en Inde.Quelques observateurs de ce mythe vivant, qui atteignit son apogée peu avant sa mort, se sont toutefois demandé si les raisons de ce large consensus médiatique sur la sainteté de mère Teresa ne venait pas du fait que le monde riche souhaite croire que quelqu'un, quelque part, fait quelque chose d'utile en faveur des plus pauvres.Soutenue par les plus hautes autorités de l'Église catholique, son autorité fut immense, tant en Inde auprès du premier ministre qu'ensuite à Washington.Souvent en déplacement auprès de lean-Paul il, mère Teresa fut également présente sur les terrains où elle partait à la rencontre de la souffrance humaine - aborigènes en Australie, réfugiés palestiniens en lordanie, crève-la-faim en Ethiopie, victimes de tremblements de terre au Guatemala, de la guerre à Beyrouth, etc.Récoltes de Don de Charité, politique et lutte contre l'avortement La récolte de dons pour ses missions mena l'« ambassadrice des pauvres » dans des visites qui ne furent, toutefois, pas toujours en accord avec l'idée que l'on se fait d'une « politique de la charité ».On peut ainsi compter des visites officielles aux chefs d'États américains et britanniques les plus marqués par des politiques inégalitaires (Ronald Reagan et Margaret Thatcher, puis Bill Clinton), son soutien apporté à des dictatures (les Duvaliers à Haïti et Enver Hoxha en Albanie), à des escrocs notoires (Charles Keating et Robert Maxwell) et à des faussaires évangélistes (lohn-Roger du MSIA - jugé « hautement dangereux » par l'Association de surveillance des sectes).Héroïne d'une charité hypermédiatisée, mère Teresa fut souvent critiquée pour ses méthodes autoritaires et notamment ses idées très arrêtées sur la morale familiale et sur l'avortement.Des prises de positions qui la plaçaient parmi les représentants les plus réactionnaires d'un catholicisme intégriste - et en faisaient l'un des principaux fers de lance de la publicité idéologique du Vatican.Deux interventions publiques suffisent à illustrer le type d'engagement politique que mena mère Teresa : à Madrid en 1982, elle apporta, aux côtés de la droite espagnole conservatrice, son soutien à la contestation de la législation autorisant le divorce, l'avortement et le contrôle des naissances ; à Knock, en Irlande, où mère Teresa déclara : « Promettons à Notre-Dame qui aime tant l'Irlande que nous ne laisserons jamais un seul avorte-ment se produire dans ce pays.Et pas de contraception non plus ».On peut se demander si l'engagement de mère Teresa aux côtés des plus pauvres ne se réduisait pas à l'exercice d'une compassion indissociable de la condamnation morale de la contraception et de l'avorte-ment.Ceux-ci étant liés au contrôle des naissances, on peut se demander si une telle attitude ne prive pas les plus pauvres de l'un des seuls moyens jamais imaginés pour qu'ils puissent s'en sortir, si un tel exercice de la charité chrétienne ne consiste pas au maintien de « ceux qui sont dans le caniveau un aperçu des étoiles ».Un parcours très médiatique On peut dater les débuts de la diffusion médiatique de l'image de mère Teresa aux années 1970, avec un documentaire, Something beautiful for God (Quelque chose de magnifique pour Dieu) - qui fut également l'objet d'un livre.Au début des années 1990, une vingtaine d'ouvrages étaient disponibles, qui tous déclinaient les attributs d'une personnalité toute dédiée à ceux qui souffrent dans le monde : Mère Teresa -.Aider les pauvres.Une Femme d'amour.Protectrice des affligés.Aux service de ceux qui souffrent dans le monde.L'Amie des sans-ami.Un Cœur pour tous les enfants de Dieu.Le I 1 décembre 1979, le prix Nobel de la Paix confirma sa mission d'ambassadrice de la charité chrétienne.Mais ce prix ne fut pas le dernier d'une série de récompenses qu'elle avait déjà reçue.En 1971 : prix du Lotus miraculeux (Inde), prix lean XXIII de la Paix (Vatican), médaille du Bon Samaritain (USA), médaille |ohn F.Kennedy (USA) ; en 1972, prix Magsaysay (Inde) ; en 1973, prix Templeton (Grande-Bretagne), en 1975, la FAO frappe une médaille spéciale ; en 1976, prix Albert Schweitzer ; en 1979, prix Balzan (Italie) ; etc.Canonisée de son vivant, celle que le président Clinton évoqua comme l'« un des géants de notre époque » mourut le 5 septembre 1997.Ses obsèques au stade Netaji à Calcutta furent l'occasion, pour de nombreux chefs d'État, de lui rendre publiquement hommage.Plus d'une-trentaine de pays étaient ainsi représentés, qui suivirent un cortège surmonté de paroles d'affection (« Vous êtes notre Cendrillon.Nous vivrons toujours avec vous »).Si la « sainte de bidonvilles » eut droit à de fastueuses funérailles d'État dignes de Gandhi, le gouvernement albanais décréta trois jours de deuil national et le président Clinton associa Lady Diana et mère Teresa, « deux femmes remarquables qui ont montré au monde comment donner un sens à sa vie par le souci des autres » ; ce que lean-Paul n exprima en déclarant que « cette sœur, universellement connue comme la mère de pauvres, nous laisse à tous, croyants et non-croyants, un exemple éloquent ».Quelques observateurs de ce mythe vivant, qui atteignit son apogée peu avant sa mort, se sont toutefois demandé si les raisons de ce large consensus médiatique sur la sainteté de mère Teresa ne venait pas du fait que le monde riche souhaite croire que quelqu'un, quelque part, fait quelque chose d'utile en faveur des plus pauvres.Parce que cette croyance est nécessaire, nous ne nous inquiétons pas outre mesure des motifs et des pratiques de ceux qui remplissent ce mandat de charité.D'autant plus que les missionnaires s'adressent, souvent et avant tout, pour leur donner satisfaction, aux donateurs, plutôt que de s'appliquer à soulager les opprimer - qui ne sont de toute façon pas en situation de se plaindre.THIERRY DISCEPOLO Faut s'adapter ! Il ne faut plus dire nous sommes tous des juifs allemands mais : nous voulons tous devenir des Suisses allemands ! Révélation « Les rumeurs sur la santé du pape irritent le Vatican » titre La Presse du 12 février.Moi c'est le pape qui m'irrite ! - Le Saint-Siège.Ben voyons donc ! lean Paul II se rend en Egypte.Il tient à souligner la nature «purement religieuse, et non politique »de sa visite au Proche-Orient (La Presse, 21-02).Pas besoin de le préciser mon lean-Paul, ça va de soi.La religion c'est comme l'économie : ce n'est pas politique du tout.La Bobsnie Lors d'une entrevue récente sur les ondes de la radio de Radio-Canada (13-2), le très érudit Raoul Duguay a parlé de la guerre en «Kosovie».Il faisait probablement allusion au conflit qui a opposé les Kosoviens avec les Serbos.À moins que ça ne soit avec les Croassiens ?Ou encore les Yagoslaviens de la défunte Yagovaslie ?.Attendez.c'était, pas avec la Snoopy-Hérzégovine ?.En tout cas c'était dans ce coin-là ! PREMIERE MONDIALE licr au 9 avril Un rassemblement international de folie créatrice engagée et de résistance par l'absurde.Une parade, Le grand Tintamarre de l'absurde, samedi le 1" avril à midi à la statue Félix Leclerc au parc Lafontaine, donnera le coup d'envoi de ces 9 jours.Venez faire valser la folie.Concours de costumes.Revendication : V-.de la richesse aux pauvres et 'A ae la richesse aux riches .l'autre composante culturelle de la fête des fous est la fantaisie en tant que critique de la société.Démasquer la vanité des puissants fait toujours paraître leur pouvoir moins irrésistible.C'est pourquoi les tyrans tremblent devant les bouffons et les dictateurs interdisent les chansonniers.-Harvey Cox, La jeté des fous www.symlblium2000.org Info: (514) 985-0225 Paul Lejeune Un Français au «royaume des bestes sauvages» C'est le poète Claude Roy qui a dit que la Bastille était tombée sous le coup de la ruée des Huron s, des Iroquois, des Montagnais, des Canadiens — bref du Nouveau Monde — en apportant un modèle de civilisation différent de celle qu'on connaissait.Ces textes de Paul Lejeune, rédigés en 1634, '*T* comptent à ce titre parmi les morceaux les plus importants de la littérature issue de la Adresse.254 pages, 14,95$ Nom Bon de commande à nous retourner par courrier; Comeau & Nadeau Érjrrmms .c.p.129, suce, de Lorinaier, Montréal (Québec) H2H 1VQ Code postal Je règle par: ?Mandat O Chèque Courriel _ WÊÊÊÊIÊÊKmmMill Wi'tV,«t i»v**i t.v'iw«.ii i.i\\ .««.ai ttvït.itii* .Téléphone, tes les librairies, 14,95 $ ECONOMIE Le Couac, mars 2000, page 7 Il ¦ ¦ ¦¦ ¦ ¦ ¦ ¦.¦.¦.¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦ Les succès stories du capitalisme COCA-COLA Coca-Cola s'est imposée sur le marché américain vers la fin du XIXe siècle grâce à la quantité non négligeable de cocaïne présente dans son breuvage (avant 1903) et à ses millions de dollars dépensés en publicité et marketing.Le produit est aujourd'hui distribué dans plus de 185 pays et « Coca-Cola » est la marque de commerce la mieux connue au monde, au point d'être devenue un symbole de la culture américaine.Mais derrière cet indéniable succès se cache le bras charitable de l'État américain.À la fin des années 1930, tout n'allait pas pour le mieux pour Coca-Cola.Même si l'entreprise avait survécu avec brio à la Grande Dépression de 1929, son marché était de plus en plus attaqué par les « imitateurs » dont le plus important était Pepsi-Cola.De plus, les résultats des premières tentatives de conquête des marchés extérieurs avaient été plutôt mitigés.En 1922, une incursion en territoire français s'était soldée par de graves nausées et problèmes gastriques chez les consommateurs, obligeant Coca-Cola à se retirer du marché pour une bonne vingtaine d'années.Ailleurs, les volumes de vente étaient des plus faibles.En fait, Coca-Cola demeurait pour l'essentiel confiné à ses marchés traditionnels d'Amérique du Nord (États-Unis, Canada, Porto-Rico et Cuba).Tout cela allait changer avec l'entrée en guerre des Américains en décembre 1941, à la suite de l'attaque de Pearl Harbour par les laponais.Dès le mois suivant, Coca-Cola se lançait dans une campagne de lobbying auprès de l'armée et du gouvernement américains afin de démontrer l'importance de son produit pour le moral des troupes.Grâce à cette campagne de relations publiques, Coca-Cola fut exemptée du rationnement sur le sucre, la principale matière première du Coke, alors que ses concurrents étaient eux rationnés de 20% à 50% par rapport à leur consommation d'avant-guerre.Mais l'effet le plus tangible de ce lobbying fut de convaincre le haut commandement de l'armée de la nécessité d'approvisionner les soldats américains en Coca-Cola, peu importe où ils se trouvaient dans le monde.L'armée américaine a donc fourni à ses frais du Coca-Cola aux quatre coins du monde.Puis, elle a fait construire les usines d'embouteillage par ses ingénieurs et ses soldats.Coca-Cola a ensuite pu vendre au plein prix son produit embouteillé à la population.Une polémique a éclaté en 1942 lors d'envois massifs de Coca-Cola en Australie, alors que l'effort de guerre dans le Pacifique exigeait des armes et des munitions.L'armée aurait-elle quelque peu négligé le transport de matériel militaire pour acheminer la précieuse boisson gazeuse?Quoi qu'il en soit, des bouteilles de Coke ont été utilisées d'urgence dans le Pacifique comme isolateurs électriques! Des pilotes américains s'en sont également servis pour bombarder des aéroports japonais lors de «Coke Runs» visant à perforer les pneus des avions ennemis! À la fin de la guerre, les soixante-quatre usines d'embouteillage construites aux frais de l'armée américaine en Europe, en Asie, en Afrique et dans le Pacifique ont été données à la compagnie Coca-Cola.Durant les deux années qui ont suivi la fin de la guerre, l'armée américaine a continué à expédier à travers le monde du matériel pour Coca-Cola sans que cette dernière n'aie à débourser un sou.Il semble bien que Coca-Cola ait été un des principaux vainqueurs de la Deuxième Guerre mondiale.En 1948, ses profits net d'impôts étaient de 36 millions S, contre seulement 3 millions $ pour Pepsi-Cola.Sur les 11 millions de vétérans américains, 64% préféraient Coca-Cola comme boisson contre seulement 8% pour Pepsi.Selon Coca-Cola, l'expansion outre-mer de ses activités aurait en temps normal exigé des millions de dollars d'investissement et au moins 25 années d'efforts; avec la guerre, tout cela n'a pris qu'environ 5 ans avec des déboursés fort modestes pour la compagnie.Merci à l'armée américaine pour faveur obtenue! MARTIN POIRIER Sources : OLIVER, Thomas, The real Coke, the real story, Penguin Books, 1986; PENDERGRAST, Mark, For God, Country and Coca-Cola, Collier Books, 1993.» ¦ ¦ ¦.I ¦ I ¦ I I I I I ¦.I ll l l ¦¦ l l l.t &&8ffANcL Le couizze du Couac Heinz ce n'est pas que du ketchup ! Jeff Burger, président de Heinz USA Foodservice, a beau poser nu dans une baignoire emplie de sachets de ketchup dans le rapport annuel 1999 de la compagnie, il ne faut pas oublier que les activités de cette multinationale ne se limitent pas à la vente de ketchup.En témoignent ces informations glanées dans le rapport annuel 1999 et le deuxième rapport trimestriel de l'année 1999 de la célèbre compagnie.I- Laquelle des affirmations suivantes est fausse ?A) Le chiffre d'affaires de la compagnie Heinz pour l'année 1999 était de plus de 9,3 milliards $ (US).B) Les «Wagwells Tender Lovin'Chews».une friandise pour chien fabriqué par une filiale de Heinz, contiennent des suppléments vitaminés et des antioxydants.C) En Angleterre, Heinz fabrique, à l'intention des tout-petits, des pâtes en forme de Pokémon, de Barbie et de Télétubbies.D) Les «Spinwheels super crunchy roasted chocolate peanuts with barbecue», sont de délicieuses friandises pleines de saveur et de nutriments.2- La compagnie Heinz compte plusieurs sites internet.Laquelle des adresses suivantes n'est pas une adresse de la compagnie de Pittsburgh?A) HeinzPet.com B) ierkyTreats.com C) Heinzbaby.com D) Bullshit.com 3- La marque de thon Star Klst (la plus vendue au monde) est une propriété de Heinz.Star Kist est présente au Ghana depuis 30 ans.Jerry John Rawllngs, président du Ghana, a été reçu en roi à Pittsburgh en 1999.Heinz a tenu à célébrer les «relations exceptionnelles «entre le Ghana et sa compagnie.Laquelle des affirmations suivantes est vraie?A) Heinz a construit en 1994, au Ghana, une des plus grandes usines de transformation de thon d'Afrique au coût de 17 millions $ (US).Les exportations annuelles de l'usine sont de l'ordre de 60 millions $ (US).B) Cette usine transforme 40 000 tonnes de thon chaque année pour les marchés africains et européens.À titre d'information, soulignons que cela représente l'exportation d'environ 700 000 Céline Dion (en supposant que Ceuuuline pèse environ 57 kilos).C) William R.Johnson, pdg de Heinz, a dit à propos de M.Rawlings : «Sous sa gouverne visionnaire, le Ghana est devenu un modèle de développement et un partenaire prévilégié pour les investisseurs.(.) Le président Rawlings est le représentant d'une nouvelle génération de leaders africains qui confient la renaissance de leurs pays au secteur privé et aux institutions démocratiques».D) Toutes ses réponses.4- SI Heinz n'est pas que du ketchup, les activités de la compagnie comportent néanmoins AUSSI la vente de cette sauce tomate vinaigrée.Laquelle des affirmations suivantes est fausse?A) En 1999, Heinz contrôlait un tiers du marché mondial du ketchup.B) En 1999, Heinz a vendu plus d'un milliard $ (US) de ketchup à travers le monde ! C) Si la consommation de ketchup per capita à travers l'Asie atteint le niveau de la Thaïlande, les ventes de ketchup Heinz seront multiplié par 40 ! D) Le sang des Étasuniens est composé à 25% de ketchup.FRANÇOIS PATENAUDE Réponses: 1- D, 2- D, 3- D, 4- D (en fait le sang des Étasuniens est composé à 33% de ketchup!) I pes HonToioaiegT limé scfeMe qucrtfoeMu f AUPCA tet oui.MAte QUÛiPmo'k iee> -tACH&z.je tes et ?ufe.s il C&*ie, ce, SONT 6MCORÊ LES COPAMS qa\ FÉI20MT L'ENQUê-fÊ., ALORS,,, ^ | * SURTOUT A&Ç&S ÊrT(26 Ju&iéS PAP CETTE ?SRjpO - COU« l PS& CAÇ> JUâé-S &*?LA COUS PC POLlCiÊR£ C©MïfT ©WIÏKÊTS Les frères Johnson : ce mois-ci, Daniel, alias Averell Après avoir fait connaissance avec Pierre-Marc Johnson, alias |oe le mois dernier, nous nous intéressons maintenant à Danie Johnson fils, alias Averell.Si le grand niais de la célèbre famille Dalton est reconnu pour avoir l'estomac dans les talons, Averell Johnson, lui se distingue par son air «d'avoir toujours les pieds dans les plats».Son visage tendu, son sourire constipé et son regard de merlan frit ; tout cela concoure à lui donner l'air d'une crampe sur pattes.Ce qui n'est pas sans nuire lorsque l'on a des ambitions politiques Mais, rendons à César ce qui appartient à César.Durant son règne comme chef du Parti libéral du Québec, Averell lohnson a réussi avec brio à faire oublier tout ces défauts.À vrai dire, il a tellement bien réussi à faire oublier ses imperfections qu'il s'est fait oublier lui-même ll fut tellement exempt de charisme comme chef de l'opposition, que ses alliés ont décidé de le remplacer à la tête du Parti libéral du Québec.Il a été «tassé »pour faire place à Jean Charest, qui devait être un invincible Samson à la chevelure bouclée, mais qui se révéla plutôt un Little Beaver à la réputation surfaite et au crâne déchaussé.Mais commençons par le commencement Maître Daniel lohnson est allé à la bonne école, ou plutôt, aux bonnes écoles.Après avoir obtenu un doctorat en droit de l'Université de Londres et un MBA de l'Université de Harvard, il est admis au Barreau du Québec au début de I967.Spécialiste du droit corporatif, il est recruté par Power Cor- DensmarïsP?uU! E» «999a U pmàafak prometteur.tellement impressionné par ses bons et loyaux services qu'il le nomma vice-président de Cireat-west IJseeo lac, «une pro- power pour les priété de.Power Corporation questions légales en 1978.Connais- au bercail il devient membre du conseil d administratk>n de sant Paul Desmarais (un homme qui a horreur de l'inutile) on peut supposer que la filiation politique de Daniel lohnson n'était pas sans lui plaire.Comme de fait, en I98l, le poulain de l'écurie Desmarais se lance dans la course politique.Daniel lohnson a été ministre Libéral sous Robert Bourassa à la fin des années 80 et au début des années 90.Pendant tout ce temps, il piaffe d'impatience.En 1993 (enfin!), Averell devient chef du Parti libéral du Québec, poste qu'il occupera jusqu'en 1998.En 1994, honneur suprême, Averell lohnson devient Premier ministre du Québec (non élu par suffrage universel, tout comme ce fut le cas pour son frère Pierre-Marc «Joe» lohnson en I985).II connu un règne lilliputien de huit mois en tant que Premier ministre du Québec.Daniel lohnson quitte la politique active en 1998 (l'épisode «Samson» Charest) et retourne à la pratique du droit corporatif chez McCarthy Tétrault, quatrième plus grand cabinet d'avocats au Québec et l'un des plus grands au Canada.Averell lohnson rejoint d'autres avocats de gros calibre chez McCarthy Tétrault dont: Gérald Tremblay (président du cabinet au Québec) et Richard Drouin, ancien président d'Hydro-Québec En 1999, le poulain prometteur, devenu cheval boiteux, rentre au bercail.II devient membre du conseil d'administration de Great-West Lifeco inc., une compagnie de portefeuille qui détient les actions de la Great-West, une compagnie d'assurance vie, qui est la propriété de.Power Corporation de Paul Desmarais! Bref, chassez le naturel et il revient au galop! Si le passage en politique des frères lohnson n'a pas marqué la mémoire de la population québécoise, il a marqué celle des grandes corporations privée qui, comme nous l'avons vu, ne les ont pas oubliés.D'autres institutions se rappellent des frères lohnson.Ils ont en effet reçu l'Ordre de la Pléiade — qu'ils ont accepté le 28 janvier dernier — une décoration internationale attribuée aux «personnalités ayant oeuvré au développement de la francophonie».Eh bien! Qui se serait douté que les lohnsons ont contribué au rayonnement de la francophonie?! C'est quand même pas mal pour Daniel, grand défenseur de la couronne, qui na pas hésité à se déclarer ardent monarchiste sur les ondes de Radio-Canada à la suite du référendum tenu en Australie sur cette question.Depuis 1998, Daniel lohnson a rejoint l'élite établie autour du lac Memphrémagog qu'on surnomme innocemment la «gang du lac».Cette «gang» est le résultat d'une formidable concentration de personnes influentes et d'argent au pourtour du lac Memphrémagog.lean «frisou» Charest fait bien sûr partie de cette gang très «libérale» où il fait bon être vu.Pas besoin de vous dire que pour faire partie de la «gang», mieux vaut être riche, puisqu'il existe peu de propriétés en-deçà de 300 000 $ dans le coin.Parmi les membres de la «gang du lac» il y avait, au milieu des années 1990, des gens tels que : Jean-Coutu (vendeur de suppositoire bien connu), Pierre Karl Péladeau (Québécor), Yves Fortier (ex-ambassadeur à l'ONU et avocat chez Ogllvy Renault), Claude Castonguay (Banque Iaurentlenne), Mordecai Richler (écrivain et francophobe notoire), Gretta Chambers (Université Me GUI), Charles Sirois (Téléglobe), Guy St-Pierre (SNC-Lavalln), Paul Gobeil (Métro-Richelieu), Claude Chamberland (Alcan), Jean Monthy (Bell), et, bien sur, Paul Desmarais fils (Power Corporation).Comme on peut le constater, la sympathique «gang du lac» attire la crème de la crème.Quoi de plus normal alors, pour la femme de Daniel «Averell» lohnson, que de s'ouvrir une pâtisserie dans le coin.Qui sait l'effet que produiront ces millefeuilles, choux, éclairs, et autres tartes sur notre grand Averell d'ex-Premier ministre?Peut-être se trans-formera-t-il en entarteur de bourgeois blasés qui discutent autour du lac?On peut rêver.FRANÇOIS PATENAUDE ET BENOIT PERRON Bernard, Termite de luxe Déçu d'apprendre que «les organisateurs du forum jde Davos) se défendent d'agir comme un club exclusif» [Le Devoir, 27-0I), Bernard Landry s'est consolé en apprenant que le droit d'accès aux conférences est toujours fixé à 10 000 $.«Ça évite que les couloirs de l'hôtel soit aussi bondés que ceux de nos urgences», aurait-il déclaré entre deux toasts à la santé des contribuables québécois.EfaD Le Couac, mars 2000, page 8 Spécialistes en émeutes QUÉBEC Le super-mon-oncle Lucien Bouchard a félicité les jeunes d'avoir chamboulé le programme du Sommet, à l'intérieur des murs, et cela est à son honneur Mats i! a blâmé les jeunes dont la manifestation, devant le Grand Théâtre de Québec, a mal tourné.Or selon Le Devoir du 24 février, les témoins et les gens des médias affirment que ce ne sont pas les jeunes qui ont déclenché le désordre, mais plutôt la police de Québec qui, sans avertissement, a lancé une bombe lacrymogène.Avez-vous remarqué que la moindre manifestation tenue à Québec a tendance à tourner à l'émeute?Deux cents personnes sur une place, et voilà une émeute.Pourtant, on trouverait difficiiement ville plus calme et sans histoire.Mais on dirait qu'il y a là une police spécialisée dans la création des conditions gagnantes pour faire du grabuge.Le premier ministre semble s'être fié au rapport de la Sûreté du Québec pour condamner les manifestants, il devrait savoir que ce corps policier, dont les membres commettent impunément de graves abus de pouvoir en paralysant la circulation afin de faire chanter le gouvernement, est bien capable d'arranger les choses à sa façon.MAX Tout un choix ?ujs tes cmCK&cits aux présider italics arsiWikicKnes sont en few® île ks .petae -de -rrKut (56 suis ve GdERRZ Cornue F)0hJ ?ËRC Peine de mort « Que voulez-vous enseigner avec votre exemple ?Qu'il ne faut pas tuer.Et comment enseignez-vous qu'il ne faut pas tuer ?En tuant.» — Victor Hugo EnRÇSVWT % (J\ logique TEL F(CS»?.Affaires d'initiés « Vous avez besoin de moi car je suis riche et vous êtes pauvre ; faisons donc un accord entre nous -, je permettrai que vous ayez l'honneur de me servir, à condition que vous me donniez le peu qui vous reste pour la peine que je prendrai de vous commander.» lean-lacques Rousseau, 1755 Au salaire minimum, pendant 40 heures par semaine et durant 52 semaines par année, il aurait fallu 129 ans à un travailleur ordinaire pour accumuler la somme de 1,8 million de dollars touchée par le vice-président sortant de la Banque Nationale en guise d'indemnité de départ.Ce n'est pas rien.Mais il y a pire encore, si faire se peut : les initiés, qui lèvent des options comme autant de lapins.Contrairement à ces spéculateurs qui font dans le parasitisme comme d'autres font dans la dentelle, ce travailleur aurait vu son maigre salaire réduit par des im- ^^^^^^^^^b^^^^b pots prélevés à la source, alors que ces malins dont l'activité principale s'apparente à celle des vautours, auront pu déduire de leurs gains souliers vernis, parties de golf, limousine de fonction, dîners bien arrosés, tuxedo, ski dans les Alpes et autres douceurs qu'en certains milieux on s'accorde, l'âme en paix, parce qu'on fait partie de cette minorité sans laquelle le peuple ne saurait survivre, parce qu'on est des privilégiés et parce qu'on le sait ! Sans oublier que dans le plusse beau pays du monde, le fruit du travail est taxé à cent pour cent alors que le fruit de la spéculation ne l'est qu'à soixante-quinze.Faut-Il que soit terriblement émoussée notre capacité d'indignation et que soit bien grande notre résignation collective pour qu'on endure sans mot dire.Chaque samedi, La Pressé publie un résumé de transactions boursières réalisées par des «initiés».Expression révélatrice en ce sens qu'elle s'applique à une personne qui se trouve dans le secret des choses ; une personne, en quelque sorte, qui aurait traversé avec succès les rites d'une quelconque initiation, passage obligé pour une «.admission à une religion, un culte, dans une société secrète, à un état social particulier-».Chaque samedi, on raconte par exemple comment M.Untel, haut dirigeant de la compagnie Unetelle, profitant de sa situation, a revendu 100 000 actions à 20 $ l'unité, actions qu'il avait obtenues auparavant à vil prix, quelque chose comme 3 $, par exemple.M.Untel, dont on se demande ce qu'il a de si différent pour faire ainsi la passe, encaisse plus de 1 700 000 dollars dans la même journée.Chaque samedi, cela s'étale dans une impudence totale ! Cela se raconte comme une partie de baseball, comme un miraculeux voyage de pêche ! Cela se décrit comme si les dollars en question en étaient de Monopoly! Mais, grands dieux! ces dollars, imprimés à Ottawa à l'Hôtel de la Monnaie, ce sont les mêmes dollars avec lesquels on paie la femme de chambre qui court du matin au soir dans l'hôtel pour remplir sa tâche.Ce sont les mêmes dollars avec lesquels on paie le préposé aux bénéficiaires qui devra torcher les vieillards dont il a la garde dans son centre d'accueil.Ce sont les mêmes dollars avec lesquels on paie l'ouvrière qui voit passer devant son plan de travail, dans l'abattoir froid et humide, 4 000 poulets à l'heure.Faut-il que soit terriblement émoussée notre capacité d'indignation et que soit bien grande notre résignation collective pour qu'on endure sans mot dire.À toutes les époques, boursicoteurs, spéculateurs, agioteurs et autres spécimens de même acabit se sont livrés à ces activités proprement parasitaires, faisant officiellement profession de faire travailler de l'argent qui, la plupart du temps, se trouve être celui des autres.L'immense scandale des « junks bonds », aux USA, avait mis en évidence la corruption érigée en système et donné une fois de plus raison à Winston Churchill qui disait: « Vous volez un rail de chemin de fer ¦.vous êtes un bandit et on vous met en prison.Vous volez la compagnie de chemin de fer ¦.vous êtes un homme d'affaires et on vous nomme au Sénat».MICHEL RIOUX La science du Couac Régression du côté de l'évolution Le 11 août 1999, la Commission de l'éducation de l'État du Kansas a voté pour retirer la théorie de l'évolution (ainsi que celle du Big Bang) de ses programmes scolaires.L'enseignement des fondements de la biologie ne sera pas interdit.Il sera plutôt laissé à la discrétion de chaque professeur, précisent les autorités de cet état de l'Amérique profonde.Sauf que.Sauf qu'un jeune qui tombera sur un prof créa-tionniste ne parlant que du jardin d'Éden pourra se retrouver sur les bancs d'université en pensant bien honnêtement que le monde s'est fait en six jours ! Stephen lay Gould, une sommité en paléontologie, réagissait violemment dans le Time une semaine à peine après cette annonce.Pour résumer la situation, il citait une réplique de Dorothée, la petite fille dans le Magicien d'Oz: «Ils appellent toujours ça le Kansas, mais je ne crois plus qu'on soit toujours dans le monde réel.» Car ce n'est pas une petite hypothèse marginale qui est rétrogradée ici au rang de curiosité parascolaire.L'évolution des espèces est la pierre angulaire de toute la biologie et, par extension, de toutes les sciences de l'Homme (anthropologie, psychologie, linguistique, etc.).C'est un fait reconnu par l'ensemble de la communauté scientifique.Un fait aussi certain que la révolution de la Terre autour du Soleil.Il est vrai qu'il n'y a jamais de certitudes absolues en science.Mais certains phénomènes ont reçu l'appui de tant d'observations qu'il devient malhonnête et pervers de nier leur existence.Et qu'on ne vienne pas me dire qu'on n'a jamais directement observé l'évolution ! De l'infiniment petit à l'infiniment grand, la science a toujours procédé par inference pour comprendre ce qui n'était pas directement visible.Sans l'inférence, adieu physique des particules.Adieu aussi astronomie, géologie et tout ce qui s'est déroulé sur de longues périodes avant l'arrivée de l'Homme.Bref, sans l'inférence comme outil pour saisir l'évolution, on ne comprendrait rien à l'origine du monde.A moins, bien sûr, de s'en remettre à la main de Dieu comme au Kansas.La Commission de l'éducation de l'État du Kansas a voté pour retirer la théorie de l'évolution (ainsi que celle du Big Bang) de ses programmes scolaires Mais le Kansas, qu'est-ce qu'on en a à foutre ?Pas grand chose, si c'était un cas isolé.Malheureusement, c'est plutôt la pointe de l'iceberg: Un récent sondage Gallup montre en effet que près d'un Américain sur deux (47 %) rejette la théorie de l'évolution ! Au Canada, environ un sur trois.Pour Brian Alters, directeur du département des sciences de l'éducation à l'Université McGill et spécialiste de l'enseignement de l'évolution, plusieurs facteurs expliquent ce rejet massif, dont la méconnaissance de la théorie elle-même.Une de ses études sur le sujet révèle ainsi que 45 % de ceux qui ne croient pas à la théorie de l'évolution ne la comprennent pas correctement.Ils pensent par exemple qu'une mutation ne peut jamais être bénéfique.Difficile alors, j'en conviens, de voir la complexité d'une main comme le fruit d'accidents délétères.Mais le hasard des mutations n'a rien de néfaste en soi.Il crée simplement de la diversité.Il donne du pire comme du meilleur.Et le meilleur peut rendre mieux adapté à son environnement.D'où une vie plus longue et de plus nombreux descendants.Des descendants qui hériteront de ces bons coups du hasard et les transmettront à leur tour.Peu à peu, la population évolue et devient donc plus apte à vivre dans un milieu particulier.Les autres, ceux qui ont été défavorisés par leurs mutations, n'ont pas laissé de descendants pour nous en parler.Ce mécanisme, proposée par Darwin pour la première fois dans Lorigine des espèces en 1859, est la fameuse sélection naturelle.Or la sélection naturelle n'est pas à elle seule la théorie de l'évolution.C'est le moteur principal, mais il y en a d'autres (la symbiose, la coopération.) comme l'a abondamment illustré SI.Gould dans ses livres.Comme quoi un évolu-tionniste convaincu peut aussi compter parmi les critiques les plus sévères du darwinisme comme seul et unique moteur de l'évolution.Mais selon Brian Alters, beaucoup de gens rejettent la théorie de l'évolution parce qu'ils la sentent incompatible avec leurs croyances religieuses.Science et religion sont pourtant deux langages différents à propos du monde.L'une nous dit comment la nature est, l'autre propose une manière de se comporter dans celle-ci.Vouloir les mélanger nous ramène tout droit au Moyen Âge, là où une infection virale banale comme le sida aurait pu facilement passer pour un châtiment divin.Et puis ceux qui voudraient absolument une preuve directe que l'homme descend du singe n'ont qu'à regarder du côté de nos dirigeants.Leur comportement en est souvent la preuve la plus tangible.BRUNO DUBUC bruno.dubuc@moncourrier.com Régicide Une dame qui travaillait aux cuisines de Sa Majesté la reine du Canada (et d'Angleterre, d'Australie, de Nouvelle-Zélande, de lamaïque, etc) a fait remarquer qu'il serait facile d'empoisonner la souveraine adorée.Elle a été congédiée.En d'autres temps, en d'autres lieux, on l'aurait décorée.Décoration La bonne Adrienne Clarkson, vice-reine en titre, est venue à Montréal pour remettre quelques médailles en fer blanc à l'Hôtel de ville.Pendant que Madame tenait son rôle de souveraine de carnaval, la ministre Maltais et le maire Pierre Bourque convenaient d'offrir à la population un discours du haut du balcon de l'édifice, histoire de jouer à Charles de Gaulle.Beau et vaste théâtre que celui de notre politique.Et passionnant, en plus.¦ I ¦ I I I II I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I Tasse*toi mononcle « Small is beautiful - vivre sobrement à l'heure des mégafusions » clame la une du Voir (3-2).Le lecteur intéressé à en savoir plus ouvrira le journal.pour s'apercevoir que l'hebdo a vendu ses cinq premières pages à des annonceurs.Aussi pathétique que les baby-boomers qui se croient éternellement jeunes, Voir continue à se prendre pour un journal indépendant.Évidemment, l'hebdo ne risque pas d'être victime d'une fusion: Transcontinental est déjà l'un de ses plus gros actionnaires.™ ¦ ¦.¦ I ¦ ¦ ¦ I ¦.I I ¦ ¦ ¦ I ¦ I ¦ ¦ Croassez et multipliez La Presse du 14 février rapporte qu'au sud de l'Angleterre, les crapauds en mal de femelles forniquent avec les nains de jardin.Et dire que ce sont les Anglais qui nous traitent de Fucking frogs.Rubrique mode « Votre cravate rayée va-t-elle avec votre veston à carreaux?Devriez-vous porter une robe cocktail ou un tailleur pour cette rencontre sans prétention avec un client ?», s'interroge La Presse (2-2) en annonçant une soirée consacrée à l'étiquette, organisée par des comptables et des conseillers en relations industrielles.Au royaume des aveugles, les daltoniens font moins dur.La semaine prochaine, la mairesse Andrée Boucher donne des cours de maquillage.Tout s'explique Alors que Le Devoir révélait que l'économie montréalaise rattrape tranquillement celle de Toronto (19-02-2000), le National Post précisait deux jours plus tard que Pierre Bourque avait passé «51 jours à l'étranger en 1999», soit plus d'un sixième de son temps (22-02-99).Quand le jardinier s'en va, l'économie fleurit?Les prêtres succombent «La mortalité due au sida est plus élevée chez les prêtres que dans le reste de la population américaine» (ta Presse, 31-01 2000).Un grand merci au Pape de les avoir convain eus de la futilité des condoms, grâce à lui, il y a de bonnes chances que la profession périclite.D'autant qu'il n'y a aucun risque qu'ils se reproduisent entre eux.LE PREMIER FESTIVAL ANARCHISTE DE MONTRÉAL samedi, le 6 mai 2000, lOhOO à 18h00 1710 Beaudry (entre Ontario et Ste-Catherine), métro Beaudry livres:ini> ::: revues:: affiche*:: ateliers :-: débats:;: musée anarchiste ^discussions* musique * Unifie * puésic:: videos: garderie * et plus 514-769-9059 lomhrenoirefa tao.ca i t BLOC-NOTE Le Couac, mars 2000, page 9 La philo pour tous: (7/12) Locke : empirisme et libéralisme M on regret.Pas vous?Ah bon.Quittons Montaigne et la Renaissance et entrons à présent dans le XVIIe siècle.De ce XVIIe siècle, retenons simplement ici que c'est celui où se produisent deux bouleversements considérables et qui seront, comme vous le verrez, très lourds d'impacts jusqu'à nos jours.Le premier bouleversement concerne la connaissance, la vie des idées et il s'agit de la révolution scientifique ; le deuxième concerne le politique et il s'agit cette fois de la montée puis de la contestation de l'Absolutisme, contestation qui aboutit au libéralisme chez Locke.C'est que j'ai choisi de vous parler de lohn Locke (1632-1704), qui avait des choses importantes à dire sur ces deux thèmes.En fait, par ses travaux et ses réflexions, Locke (avec d'autres, il faut bien le dire .) a contribué à ouvrir, sur le plan de la théorie de la connaissance et sur celui du politique, des chantiers aujourd'hui encore très actifs.Vaut-il la peine d'aller y travailler?Pour vous aider à vous faire votre propre opinion sur le sujet, attardons-nous un peu aux idées du monsieur.Locke est un des principaux fondateurs de cette théorie philosophique appelée l'empirisme.Essayons de faire comprendre en termes simples de quoi il retourne.Peu ou prou, les diverses écoles philosophiques avaient jusque là abordé la question de la connaissance.On se demandait typiquement ce qui constitue une connaissance véritable, comment elle s'acquiert, et donc quelle en est l'origine et encore comment elle se justifie en tant que telle.Platon, on s'en souviendra, abordait déjà de telles questions et il leur donnait des réponses, puissantes et originales.À l'époque de Locke, la Révolution scientifique a lieu.Copernic, puis Galilée puis Newton élaborent la première science empirique et expérimentale : la mécanique classique.C'est une percée intellectuelle majeure.Elle conduira à reprendre la question de l'origine et de la justification des connaissances et amènera même à la poser spécifiquement pour ce type de connaissance nouveau et d'un pouvoir de conviction inédit qu'est la connaissance scientifique.Deux écoles se distinguent bientôt ; l'empirisme, justement inauguré par Locke; le rationalisme dont Descartes est le représentant-type.L'empiriste avance que c'est l'expérience qui est la source de nos connaissances (en général) et de la connaissance scientifique (en particulier); le rationaliste met l'accent sur la raison et admet l'existence d'idées innées (i.e.qui ne doivent rien à l'expérience).Ce chantier-là est toujours bien actif et toujours stimulant à fréquenter.Par exemple, le vaste problème soulevé par Locke et Descartes et leurs successeurs a une composante qu'on peut appeler psychologique : comment expliquer le riche foisonnement de nos idées et toutes les composantes de notre activité mentale : pour Locke, selon une célèbre formule, l'esprit est une table rase, que l'expérience vient garnir.Descartes, les rationalistes, Chomsky aujourd'hui, on l'aura deviné, s'opposent à ce point de vue.Pour le moment, l'esprit conserve beaucoup de ses mystères et, en ce sens, les réflexions de Locke et de Descartes sont toujours à l'horizon des travaux de ceux, nombreux, qui cherchent aujourd'hui à le comprendre.L'empirisme (comme le rationalisme) a aussi une composante plus directement liée aux sciences : comment se construit et se valide la connaissance scientifique?.Cette question demeure également très présente dans la pensée contemporaine.En fait, une discipline toute neuve a été élaborée pour étudier la science, les principes qui la fondent, ses méthodes et ainsi de suite: on appelle cette discipline l'épistémologie.L'absolutisme, maintenant.On désigne par ce mot une conception de l'État et du politique qui s'élabore à partir de la Renaissance et qui caractérise des types de gouvernement monarchiques dans lesquels la totalité du pouvoir est concentrée dans les mains du souverain.Liés à la Contre-Réforme catholique, ces régimes sont surtout présents dans les pays catholiques d'Europe.Locke intervient dans le débat dans la foulée de la Guerre civile puis de la Révolution qui ont lieu dans son pays.l'Angleterre, et pour réfuter les thèses d'un théoricien absolutiste qui soutient cette position par le biais du droit divin (i.e.: c'est Dieu qui veut que le monarque ait tous les pouvoirs!).Après quoi, Locke propose, sous ie nom de libéralisme, une conception du politique promise à un riche avenir.Locke avance que l'ordre politique doit faire respecter les droits naturels de l'individu.Ces droits sont ceux que chacun a sur sa propre personne mais aussi ceux qu'il a sur les choses qu'il acquiert ou transforme par son travail.Bref : l'état de société doit faire respecter ces droits (liberté individuelle et propriété) dont disposent les êtres humains à l'état de nature et qui sont donc tenus ici pour des droits naturels.L'État est donc une convention, librement et mutuellement consentie, qui garantit ces droits naturels.L'absolutisme?Mais on voit aussitôt qu'il n'est pas naturel! Comme on peut également assurer que le droit, voire le devoir de résistance existe dans le cas où le pouvoir outrepasse ses fonctions.À partir de là.le libéralisme qui se dessine ici aura une riche descendance.Le libéralisme politique d'abord, que Montesquieu (1689-1755) viendra bientôt enrichir de l'idée d'une séparation des pouvoirs (le législatif, l'exécutif, le judiciaire); le libéralisme économique, ensuite, avec Adam Smith, qui chantera pour sa part les vertus du «libre» marché.Locke influencera profondément la Constitution américaine (1776).Bill Gates pense sans doute que c'était un très grand penseur, d'autant que l'argent est tenu pour une convention naturelle et que les droits sur ce qu'il permet d'acquérir sont aussi tenus pour naturels : ça tombe bien, hein! Mais on peut aussi penser que l'actuel néolibéralisme n'est qu'une construction idéologique, n'ayant guère de rapport avec le libéralisme classique.Politique et épistémologie : les questions qu'agitait Locke sur ces deux plans, il y a plus de trois siècles, restent d'une indéniable actualité et d'une grande importance théorique aussi bien que pratique.RAYMOND-LA-SCIENCE (baiIlargeon.normand@uqam.ca) Deux lectures : lohn Locke, Essai philosophique concernant l'entendement humain, Vrin, Paris, 1989.iohn Locke, Traité du gouvernement civil, Garnier-Flammarion, Paris, 1992.U cw&rf win erndhoe 208 p.• 22,95 $ XYZ éditeur, 1781, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L 3Z1 Téléphone: (514) 525.21.70 • Télécopieur: (514) 525.75.37 Courriel : xyzed@mlink.net Trop vus à la tévé Météo boulot dodo If en connais dont je tairai les noms, cher petit ami fidèle, qui n'osent pas faire ça chez eux mais qui se paient une chambre de motel, une après-midi par semaine, pour se livrer corps et surtout âme à leur vice secret, allongés sur un couvre-lit en jersey synthétique jaune seventies.11 faut vraiment n'avoir aucune dignité, c'est cruel à dire, mais ils en sont là.l'en connais d'autres - ne me demande pas lesquels, tu serais déçu - qui se sont abonnés au câble pour cette même et unique raison que la raison ne connaît pas: regarder les prévisions météorologiques diffusées par une chaîne de télévision spécialisée.Or, tu connais la règle d'or des chroniqueurs — dont je fais officiellement partie, même si mes potinages d'arrière-couloir sur les veudettes en mal d'éclairage s'apparentent plus au publireportage.Non?Tu ne connais pas?Comment ça?C'est vrai que toi, tu es le peuple, le «Lecteur», comme on dit dans les rédactions.Tu es l'éponge informe et invertébrée qui va absorber sans même s'en rendre compte les inepties les plus confondantes que des rédacteurs vendus à l'insignifiance vomissent à coups de copier-coller.Tu es l'étalon de l'ignorance de ceux qui te parlent dans les médias en t'espérant aussi incompétent qu'eux.Ainsi donc, tu ne peux pas savoir comment on choisit un sujet de chronique.le ne devrais pas le faire, cher petit ami non initié aux arcanes de notre noble, impénétrable et belle profession, mais ta naïveté confondante m'émeut à un point tel que je ne peux m'empêcher de te confier notre secret (à condition que tu n'ailles pas le répéter dans les autres journaux où je travaille sous un pseudonyme).Alors voilà.Le but de tout chroniqueur, tu l'auras deviné, j'espère, c'est de se montrer plus intelligent non seulement que le Lecteur, mais aussi que ses confrères et connesœurs de la salle de rédaction (ceux-là le jalousent secrètement en diffusant de fausses rumeurs sexuelles sur son compte autour de la machine à café).Comment avoir l'air plus intelligent que tout le monde?C'est bien simple, il suffit de repérer deux événements comparables dans l'actualité récente, de les raconter sur un mode cynique en prenant bien soin d'y glisser quelques joualeries, superlatifs, anglicismes et vulgarités, puis d'en tirer une généralisation hâtive rehaussée de quelques références à un site internet ou à l'auteur américain (qu'on citera en anglais) d'un best seller sur la question.Et le tour est joué! On appelle ça une «tendance» - ou un «trend», quand on écrit dans un mensuel féminin très branché.Regarde le grand Martineau, notre maître à tous: il fait cela à la perfection et sa virtuosité lui vaut de jouer de la «tendance à dix» dans tous les médias du royaume.Si tu relis le premier paragraphe de cette chronique, cher consommateur de médias, tu te souviendras qu'il était question de météo.Avant de m'aventurer dans cet aparté tapissé de sincérité, j'étais prêt à te dévoiler une nouvelle «tendance»: celle qui donne de plus en plus d'importance à l'auscultation du temps qu'il fait, qu'il a fait et qu'il fera peut-être, l'étais décidé à te dire des choses comme «le sujet est tellement excitant que dans les bulletins d'information, on coupe maintenant en deux l'intervention du météorologue de service pour mieux stimuler les glandes salivaires des drogués à l'image-satellite».l'aurais enchaîné avec la crise du verglas médiatisée, avec les tornades tropicales dont les Américains observent les méfaits en real-time, avec la profusion technologique que les grands réseaux utilisent pour rendre le moindre cumulo-nimbus plus glamour que Lara Fabian, l'aurais ricané du haut de mon estrade publique en relevant qu'on passe plus de temps à scruter la carte météo informatisée que le ciel au-dessus de nos têtes.Bref, j'aurais chronique et j'aurais terminé en te traitant, cher ami trop naïf, de dégénéré du bulbe ou d'atrophié du cortex, ce que font les autres chroniqueurs sans te le dire.Ça sera pour le mois prochain.LUIS CUSINO Les réseaux d'affaires L'America's Society À l'instar de la Commission trilatérale (voir # janvier 2000 du Couac) rAmerica's Society est un réseau d'affaires élitiste réunissant princi paiement des mâles blancs, riches, influents et autocrates qui se ren contrent plusieurs fois par année pour deviser en catimini de la bonne marche du monde.Pour être considéré de ses pairs, le ploutocrate ambitieux et arriviste se doit de faire partie d'un réseau d'affaires.Le terme «réseau d'affaires» n'existe que depuis 20 ans, mais sa struc ture, elle, existe depuis le début des temps.Autrefois appelée Société secrète pour éluder tout regard indiscret, le réseau d'affaires est l'ap pellation revue et corrigée par la rectitude politique de U Franc-Maçonnerie néolibérale.L'expression «réseau d'affaires», cela fait plus noble, plus respectable.En comparaison, le terme «Société secrète» alimente la suspicion générale.Pas le réseau d'affaires.Au contraire! L'America's Society est un réseau d'affaires existant depuis plus de 20 ans.Créée par David Rockefeller (Standard Oil-Exxon et Chase Manhattan Bank), c'est le pendant américain de la Commission tri latérale fondée par ce même Rockefeller en 1973.L'America's Society est un réseau d'affaires politico-fiancier regroupant l'élite sociétale des amériques dans les secteurs de la finance, de la communication de l'industrie et de la politique L'America's Society, qui a pignon sur rue à New York, est un réseau d'affaires tissé serré à l'intérieur d'un autre réseau d'affaires Commission trilatérale, elle-même imbriquée à l'intérieur d'un réseau plus complexe: la Table Ronde Des Neuf.Ces poupées russes de l'influence et du pouvoir ont un seul objectif : l'instauration d'un Nouvel Ordre Mondial.Pour y parvenir il leur faut contrôler l'information et les capitaux financiers, lis se sont donc donnés les moyens d'arriver à leurs fins.L'America's Society, a sacré Lucien Bouchard Pape du consensus étriqué et béni toutes les entreprises publiques québécoises pour qu'elles se transforment en entreprises privées Si tous les chemins de la foi passent par Rome, les chemins du fric passent obligatoirement par Wall Street.Les adorateurs du veau d'or membres de l'America's Society se rencontrent régulièrement pour s'assurer que la société évolue dans le sens de leurs intérêts mercantiles.Dans ce cénacle du pouvoir, il n'y a qu'un seul conseiller québécois : André Desmarais (fils de l'omniprésent Paul Desmarais de Power Corporation), président de La Presse, du Conseil Commercial Slno-Canadien, du Conseil Consultatif de Hong-Kong et époux de France Chrétien (fille d'un certain Jean Chrétien qui exerce le métier de Premier ministre du Canada.).Défenseur acharné du fédéralisme canadien et du libre-échange tous azimuts, André Desmarais jouit donc d'une position stratégique pour informer Wall Street de tout bouleversement politique survenant au Canada susceptible d'étioler leur pouvoir de domination du milieu des affaires.En 1977, alors qu'il était nouvellement élu Premier ministre du Québec, René Levesque s'est rendu à New York pour expliquer les visées indépendantistes de son parti, aux membres de l'America's Society.Ce fut un désastre.Les 200 membres de l'America's Society présents lors de son allocution, se sont inquiétés pour leurs investissements au Québec et ont puni l'élève épris de liberté en lui imposant des sanctions économiques.La punition semble avoir porté fruit, puisque, chez les bonzes du PQ, il semble que l'indépendance du Québec (qui était, il fut un temps, porteuse d'un projet de société.) ne peut se faire sans l'appui de l'America's Society ! En décembre 1994, le nouveau Premier ministre du Québec.Jacques Parizeau, affichait complet pour son discours devant les membres éminents de l'America's Society à New York.Pour rassurer les éternels angoissés de la finance, Parizeau a rappelle aux investisseurs amnésiques que le Québec a été la première province canadienne à appuyer l'Aléna.En bref, il leur a certifié qu'un Québec souverain ne constituerait pas une menace à leur enrichissement.Le discours de Parizeau a plu aux membres de l'America's Society, car l'homme a réussi à atteindre leurs portefeuilles.Mais il n'y a pas que les «méchants séparatistes» qui rendent des comptes à l'America's Society.En mars 1995, le ministre canadien des Finances, Paul Martin, s'est rendu à New York prononcer un discours dans un hôtel cinq étoiles devant des membres de l'America's Society.En juin 1996, l'America's Society a reçu en grande pompe Mike Harris Au menu lors de ces deux rencontres : compression des dépenses dans les programmes sociaux, modification de l'assurance maladie et de l'assurance emploi, élimination du déficit et baisse des impôts.La poutine habituelle, quoi ! Enfin, l'actuel Premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, s'est rendu à New York en avril 1999.Devant plus de 200 loups de l'America's Society, la brebis égarée du Québec s'est fait l'apôtre du libre-échange des Amériques, de l'atteinte du déficit zéro et de la réduction des dépenses publiques.Mais surtout -gage de soumission suprême- il a dit : «Les Québécois sont les plus grands admirateurs des États-Unis au monde».Après le discours de Lucien, les oracles de l'America's Society se sont réunis en concile à huis clos.Après quelques minutes de délibérations, le Collège du néolibéralisme qu'est l'America's Society, a sacré Lucien Bouchard Pape du consensus étriqué, apôtre de la non-intervention étatique et béni toutes les entreprises publiques québécoises pour qu'elles se transforment en entreprises privées (par la foi dans le Grand capital de son Premier ministre).Le Pape Luiu premier est revenu triomphant de son pèlerinage en terre capitaliste.Avec Lucien aux commandes on peut être certains que l'America's Society continuera d'exercer son influence sur le projet d'indépendance du Québec ; que les États-Unis demeureront le modèle pour le PQ et que socialement, politiquement ou économiquement, rien ne changera dans la belle province : ce sera Business As Usual! BENOIT PERRON Abonnez-vous! Par téléphone : (514)287-9467 *% Le Couac, mars 2000, page 10 CULTURE Usée au pays des merveilles 1 ean-François Usée est une plume agréable et un doux rêveur à vaste I prétention de penseur politique.Il publiait il y a quelques années Dans l'œil de l'aigle, puissante réflexion où l'auteur, après certaines rencontres aux USA, se faisait fort de soutenir que le gouvernement américain considérait d'un œil paterne l'éventualité de l'accession du Québec à l'indépendance.Cette opinion plutôt niaise, une vraie bonne nouvelle, a eu alors le grand succès qu'elle méritait.Lisée est devenu célèbre, conséquence de son idée-choc, conséquence aussi du titre de son livre, titre assez dramatique, nous devant l'aigle, l'aigle pourtant cruel, nous regardant d'une manière bonhomme — saisissant tableau.II suffit en somme de prendre une chose, de l'enlever, de la tourner de bord, de l'abaisser, de la remonter, de la programmer, de l'annuler provisoirement, de la faire ressurgir comme un lapin.Lorsque par le suite M.Bouchard décida de le prendre auprès de lui, quelques-uns, se rappelant l'aimable fantaisie sur l'œil de l'aigle, se sont — pas mal inquiets — posé des questions sur la sagacité du nouveau conseiller.Il semblait à plusieurs, d'après son livre, que ce garçon devait avoir tendance à se faire des réalités une représentation assez curieuse.Pour lui, ce qui pèse vraiment de tout son poids dans les choses devait paraître plus ou moins impondérable, de sorte qu'il pourrait en jouer avec élégance, les déplacer, les combiner à son gré, leur accorder une valeur toute relative, selon l'imagination, comme dans cette histoire de l'aigle.Les objets flottent.On n'a qu'à les mettre où on veut.Et tout s'arrange.Cette fois-ci, d'après sa thèse récente, on prend le souverainisme, on l'ôte de là, on met différents morceaux à sa place, on vote, on gagne, et puis on convoque Ottawa (et les provinces).Alors ça marche.Le fédéral, pressé par rien, s'ôte de là lui aussi.Les provinces se tassent à leur tour.Comme dans le temps du trip de monsieur Allaire, naguère.Comme avec Fulton-Favreau, jadis.Comme à Victoria, jadis aussi.Comme beaucoup d'autres fois.Comme toujours en somme.Voilà ce qui s'appelle une idée neuve.Pendant ce temps-là, on laisse tomber la proie pour l'ombre, l'obstination pour la démission, la stratégie de la constance pour celle des finasseries, l'idée maîtresse, historique, porteuse, mobilisatrice, incontournable, pour des idées secondaires et dévalantes, pour un marchandage impuissant, pour une logique descendante, qui forcément s'installerait au lieu et place de l'idée-force qui tient le Québec debout depuis plus de trente ans.Mais Lisée pense que, si nécessaire, on replacerait à volonté l'histoire dans la logique de la souveraineté.Comme ça.Comme un décor qu'on change et qu'on ramène.Il suffit en somme de prendre une chose, de l'enlever, de la tourner de bord, de l'abaisser, de la remonter, de la programmer, de l'annuler provisoirement, de la faire ressurgir comme un lapin.C'est tout simple.Les objets n'ont pas de poids.On est dans l'apesanteur.Quelques journalistes s'y trouvent aussi, d'ailleurs, avec leur confrère.PIERRE VADEBONCOEUR |ean-François Lisée, Sortie de secours, Montréal, Boréal, 2000 Roger Dé au FFM Le 22 janvier, La Presse annonçait que son éditeur, Roger D.Landry, ferait partie du jury du prochain Festival des films du monde.Pour quelle raison?C'est le journaliste au cinéma de La Presse qui a eu la difficile tâche d'expliquer cette surprenante nomination.On apprend ainsi sous la plume de Luc Perreault que Roger D.aime «les belles histoires, les scénarios bien racontés, les dialogues pétillants» et qu'il cite en exemple Le Bossu de Philippe de Broca, mais aussi The Talented Mr Ripley et Le Président, avec Jean Gabin.D'ailleurs, avec sa collection de plus de 2 000 films vidéo, son système de cinéma-maison «rendrait jaloux bien des professionnels».En somme, on l'aura compris, Roger D.est un «cinéphile averti».Pas sûr que le FFM s'en remette.Pour ne pas vivre dans le mensonge d'État Durant des décennies, la mise en cause de la nature socialiste de l'URSS exposait à se voir traiter de «fasciste» ou d'«hitléro-trotskiste» par des staliniens qui tenaient le haut du pavé avec, parfois, de très funestes conséquences.On ne devait pas toucher à l'Arche sainte de la «construction du socialisme sur un sixième du globe», sauf à être, objectivement aussi bien que subjectivement, un suppôt de la Gestapo ou de l'impérialisme.L'ancien communiste yougoslave, Ante Ciliga, essaya en vain de déboulonner ce mythe tenace dans son livre, Dix ans au pays du mensonge déconcertant (réédition chez Champ libre, 1978), analysant l'URSS comme une société de classe fondée sur de nouveaux «et encore plus terribles» rapports d'exploitation et d'oppression.Depuis 1989, on pourrait donc dire à juste raison à la suite de Noam Chomsky que «avec l'effondrement du système soviétique, il existe une occasion de ranimer cette pensée socialiste libertaire |.| qui n'avait pu résister aux assauts doctrinaux et répressifs des principaux systèmes de pouvoir».Mais, aujourd'hui que l'URSS est derrière nous, l'affirmation de sa nature non-socialiste passe pour toujours aussi incongrue dans tous les lieux de la «parole légitime».Les néo-staliniens appartiennent désormais à la dernière espèce protégée par les bons écologistes de la gauche de gouvernement, mais la simple qualification de l'URSS comme société non-socialiste (b à ba de la critique révolutionnaire anarchiste et ultra-gauche depuis les années 1920.) attire d'emblée les feux de la critique et de la suspicion sur celui qui aurait l'impudeur de se laisser aller à une affirmation aussi incongrue, pour ne pas dire inconvenante.Nous sommes ainsi passés en quelques années d'un «mensonge déconcertant» à un autre, alors que le principe même d'un changement social radical est assimilé par les commentateurs autorisés à un révolutionnarisme de mauvais aloi, sinon à une complaisance coupable pour les tyrannies totalitaires du siècle.Si l'URSS était bel et bien la réalisation du socialisme, son effondrement barre définitivement l'horizon et nous sommes condamnés à vivre dans ce monde.Feu François Furet s'employa à visser les derniers boulons de ce bel édifice théorique où le totalitarisme, l'État-Parti, le travail forcé et les camps de concentration devenaient pour l'immense majorité des exploités de l'Est et de l'Ouest l'exact synonyme de l'émancipation sociale par un simple tour de passe-passe sémantique.Michel Barrillon s'attaque à cette question essentielle avec beaucoup de conviction et de méthode.Il peut ainsi démontrer, en s'appuyant sur l'œuvre de George Orwell, la nécessité d'opérer les rectifications sémantiques qu'impose le discours falsificateur des maîtres, indispensable au maintien de leur domination.Il définit donc l'URSS comme un «capitalisme réellement existant» en rappelant l'imitation qu'elle fit du modèle de l'économie allemande durant la Première Guerre mondiale ; puis en établissant l'apparition et le rôle d'une nouvelle classe de dominants, la fameuse «nomen-klatura».Cela l'amène tout naturellement à voir dans le léninisme un anticommunisme ; idéologie d'intellectuels postulant l'immaturité intrinsèque des classes laborieuses à rencontre de toute la praxis du mouvement autonome des travailleurs depuis ses origines.Il s'attaque enfin à la difficile question du scientisme de l'œuvre de Marx, mais sans véritablement innover par rapport aux critiques déjà formulées par Cornélius Castoriadis ni, non plus, sans la sympathie pour l'œuvre marxienne à dégager des interprétations des épigones marxistes d'un Maximilien Rubel.Il n'en pose pas moins quelques questions essentielles, bien dans l'air du temps, sur «la prétendue nécessité de l'étape capitaliste» et la question des ravages d'un progrès technique mû par les seuls besoins de la reproduction du système capitaliste.Malgré des sources historiques quelquefois surprenantes (pourquoi, par exemple, citer André Glucksmann ou Daniel Cohn-Bendit sur l'insurrection de Kronstadt en ignorant les travaux essentiels de Paul Avrich, Ida Mett ou Alexandre Skirda ?), le petit livre de Michel Barrillon est à lire en priorité par tous ceux qui ne veulent pas se résoudre aux catastrophes par trop prévisibles que la résignation et la démission préparent à un système mortifère.ANTE ILESCU Michel Barrillon, D'un mensonge «.déconcertant-» à l'autre Rappels élémentaires pour les bonnes âmes qui voudraient s'accommoder du capitalisme, Marseille/Montréal, Agone/Comeau & Nadeau,l999 Belle jeunesse Faut-il y voir une conséquence du changement de siècle et de millénaire que l'Occident a choisi de vivre par anticipation un an avant la date véritable?Ces temps-ci, on n'en a que pour les jeunes.En cette ère où se multiplient symposium, congrès et autres autels sacrés de la langue de bois, cela étonne d'autant plus que nos politiciens ont ces dernières années fait peu de cas de ces quasi-citoyens sauf quand il a fallu leur apprendre à coups d'amendes qu'il est malvenu de contester l'ordre établi.Pour leur bien, objectera-t-on, à l'instar de parents tyranniques sur le point d'administrer une raclée à leur progéniture.En effet, pour former une nouvelle génération de moutons de Panurge, mieux vaut les prendre au berceau ! Et puis, il y a ces fameuses «conditions gagnantes» à réunir coûte que coûte.À Bouquinville depuis l'automne, on a beaucoup péroré sur la place de «la relève» dans la machine éditoriale québécoise.La discussion ne s'est hélas pas souvent élevée au-dessus du blabla promotionnel obligé des «nouveaux éditeurs » désireux de tirer la couverture médiatique de leur bord — réflexe légitime, j'en conviens.Force nous est cependant de reconnaître que les éditeurs établis n'avaient pas négligé les «nouvelles voix» autant qu'on voudrait le faire croire.Sinon comment expliquer que Christian Mistral, Louis Hamelin, Hélène Monette, Sylvain Trudel, Pierre Gobeil, Lise Tremblay, Brigitte Caron, Stéphane Bourguignon, Andrée A.Michaud, Francine D'Amour, Emmanuelle Turgeon, Anne Legault, Zoomba, Yan Muckle, Serge Lamothe, pour n'en nommer qu'une quinzaine, aient émergé au fil de douze dernières années?le poursuis ici mes réflexions sur les thématiques de prédilection du «jeune roman québécois» amorcées dans les pages de La Presse.Écrites alors que leurs auteures et auteurs étaient encore dans la vingtaine, la majorité des premières œuvres évoquées ci-haut racontent les dérives de héros désabusés au cœur d'une jungle urbaine embrumée par les vapeurs éthyliques, les bouffées de hasch et autres brouillards artificiels.Ce qui ressemblait à une mode littéraire se révèle en définitive l'expression du désœuvrement, voire du désarroi de ces générations «sacrifiées», c'est-à-dire nées pendant la décennie du post-baby-boom.C'est d'ailleurs dans ce sillage que s'inscrit le premier roman de lulie Hivon, Ce qu'il en reste.Dans son recueil de chroniques parues dans Le Devoir entre 1992 et 1996, lacques Allard avait en référence à un tableau d'Ozias Leduc qualifié nos œuvres romanesques contemporaines de «romans mauves»; ici, il s'agit plutôt du «roman de Mauve», puisque c'est le nom qu'a choisi la narratrice de lulie Hivon, en rupture avec son milieu bourgeois.Le contexte général de son histoire ne dépaysera pas les habitués des lettres québécoises : les SONDAGE LÉGER & LÉGER SUR LES JEUNES DE 19-34 ANS LA GÉNÉRATION SANDWICH PAS TRÈS CONSISTANTE ?bars à l'ambiance «gothique» du Plateau, l'appart crasseux et minuscule qui s'oppose à ces bungalow familiaux que l'on a déserté par crainte d'y étouffer.Fuyant cette maison hantée par le souvenir de son frère qui s'est pendu pendant le réveillon de Noël, Mauve s'éprend d'un couple de jumeaux, Olivier et Rose, «anges noirs au teint pâle» rencontrés par hasard dans un bar.Avec eux et son voisin-ami-amant Etienne, elle vivra une merveilleuse histoire d'amour et d'amitié en quatuor.jusqu'à ce que leur passé les rattrape tour à tour et les contraigne à franchir le seuil de l'âge adulte.D'ici à ce que ça arrive, ils occupent leurs jours à peindre - oui, ils ont des ambitions artistiques - et à soigner une inconnue recueillie après qu'elle ait été agressée dans le stationnement d'un centre commercial.Amnésique.Claudia (puisque c'est ainsi que nos mousquetaires l'ont baptisée) incarne un moment cet idéal d'oubli bénéfique auxquels tous sauf Etienne semblent aspirer.Mais les appels réguliers de la mère de Mauve, enfermée dans sa banlieue avec un mari neurasthénique, marquent le temps du récit en attendant l'inévitable catastrophe.On s'en doute parce que le prière d'insérer nous a prévenus, le dénouement sera tragique.Chez Hivon, qui a fréquenté le cinéma, la narration est réglée au quart de tour selon les règles rigoureuses de l'écriture scénaristique.Par bonheur, les qualités du style empêchent Ce qu'il en reste de sombrer dans le mélo.Rédigée dans un accès d'enthousiasme éditorial compréhensible, la quatrième de couverture affirme que nous attentions ce livre, «icône de la génération vingt-trente ans».Ce n'est pas tout à fait exact.Si nous ne l'attendions pas comme une terre sèche réclame la pluie, nous nous réjouissons néanmoins que ce très beau roman nous soit offert sans préavis, signalant l'arrivée d'une écrivaine prometteuse.STANLEY PÉAN Du fond de mon arrière-pays Le mythe du miteux Ulysse Je n'ai pas encore vu UOdyssée que Dominic Champagne et Alexis Martin présentent sur la scène du Théâtre du Nouveau Monde mais les critiques que j'ai lues sur leur adaptation du classique de Homère me laissent croire que le malentendu perdure toujours par-devers le personnage d'Ulysse dont on a fait le grand héros de la littérature occidentale.Généralement, on ne voit dans l'Odyssée qu'un énorme voyage initiatique, parsemé d'embûches, et que l'avisé Ulysse subit sans que jamais son intégrité ne soit menacée vraiment tant son désir de revoir Ithaque, sa femme Pénélope, son fils Télémaque et son père Laerte le conscrit absolument.Pour plusieurs, Ulysse est l'archétype de la résistance, de la vaillance, du courage et de l'appartenance au pays natal.N'est-ce pas lui qui, par la ruse de son creux cheval de bois, a mis fin aux dix années de guerre sainte devant Troie ?Mais quand on relit, d'abord à travers LUiade, la légende du personnage d'Ulysse, le mythe nous apparaît sous un tout autre éclairage : Ulysse ne voulait tellement pas participer à la guerre de Troie qu'il simula la folie pour ne pas avoir à être enrôlé.S'il y consentit enfin, c'est que les recruteurs grecs mirent le petit Télémaque, alors âgé de deux ans, dans le sillon d'un labour «pour voir si le père arrêterait sa charrue en reconnaissance de son fils».Ulysse faillit lui passer sur le corps, ce qui n'est pas précisément le type d'action qui fait de n'importe quel personnage un héros.Une lecture un tant soit peu discursive de l'Odyssée nous renseigne encore bien davantage sur la valeur réelle du prétendu héros.Tout au long de sa voyagerie, il a beau être aidé par une flopée de déesses, l'avisé Ulysse l'est si peu qu'il contribue lâchement à la mort de presque tous ses compagnons.Quand il leur porte secours, c'est presque toujours trop tard et parce que les bonnes fées font tout le travail pour lui.lamais Ulysse ne s'intéresse aux peuples qu'il découvre : il les méprise, les raille et les extermine, tout fier en plus de pouvoir leur voler leur butin.Un drôle de héros que celui-là qui, pour toute idéologie, n'a que celle des génocides qu'il provoque partout où il passe.Un beau torse mais sans cœur dedans, tel est Ulysse.C'est sans doute pour cela que les dieux l'aiment tant ! Sans jamais s'interroger sur rien, il est l'exécuteur de leurs basses œuvres, en échange d'un peu de cul, d'un peu d'argent et d'un peu de bronze.Une lecture un tant soit peu discursive de l'Odyssée nous renseigne encore bien davantage sur la valeur réelle du prétendu héros.Quand Ulysse se retrouve enfin à Ithaque, ça ne se renmieute pas.S'il revoit Pénélope qui l'a attendu en ne trouvant rien de mieux à faire que de tisser le suaire de son beau-père Laerte (réduit à garder des cochons aux confins d'Ithaque), c'est pour l'abîmer de bêtises : «Malheureuse ! lui dit Ulysse, lamais en une faible femme les dieux n'ont mis un cœur plus sec que le tien, un cœur aussi fermé que le tien.» Et parce que le grand lit conjugal a été déplacé pendant son absence, Ulysse d'accuser Pénélope d'adultère ! Vraiment miteux le mythe de ce grand amour supposément aussi indétissable que la toile fabriquée par Pénélope et que la quenouilleuse se le tienne enfin pour dit ! Remarquez que dans toute cette histoire-là, le fils Télémaque ne vaut pas davantage que son avisé de père : trop veule pour faire face aux prétendants qui veulent saillir sa mère, il ne sort de sa passivité et de sa lâcheté que par un acte pitoyable.Son premier ennemi, Télémaque l'abat par derrière, tout fier de voir couler autant de sang à si peu de frais.Et l'avisé Ulysse de le féliciter d'avoir su viser aussi juste, comme de bien entendu.Tel père tel fils, pour que l'épaisseur perdure, et le mensonge épique avec.Heureusement, il existe au moins une grande exception à ce déni du sens vrai que représente le pseudo-mythe d'Ulysse en tant que héros.On la doit à lames loyce, le plus grand des écrivains du vingtième siècle : dans son roman précisément intitulé Ulysse, il détissa l'Odyssée et rendit le véritable Ulysse à lui-même, en faisant l'anti-héros par excellence des temps modernes, velléitaire à mort, prétentieux, discoureur, menteur, obsédé du sexe mais mauvais mari, père manqué et amant sirupeusement libidineux.Cet Ulysse-là s'appelle Leopold Bloom et, question de vérité, n'a rien à envier à l'autre.«Il serait temps qu'on apprenne vraiment à lire !» disait lames loyce.Pour les tisseurs de vent ulyssiens, que voilà un avis pertinent.VICTOR-LÉVY BEAULIEU Homère, Odyssée, Paris, Folio classique, 1999.lames loyce, Oeuvres complètes.Tome 1, Paris, Éditions Gallimard, 1995.Éternité des gens de lettres C'est la pullulation des artistes qui prouvait à Flaubert la mauvaise santé de l'art.On peut difficilement ne pas songer à notre actualité.Mais ce mauvais esprit poursuit : « Quand je songe que quantité de gens de lettres maintenant jouent à la Bourse ! Si ce n'est pas à vomir ! Comme tous ces poètes-là eussent été de bons épiciers, il y a cent ans ! quand il était impossible de gagner de l'argent avec sa plume, quand ce n'était pas un métier.Il y a plus de bourgeoisisme pur dans les gens de lettres que dans les épiciers.» La boucle est bouclée entre ce cher \diotde la famille, tel que Sartre ausculta Flaubert sur plus de deux mille pages, et sur ce cher Bernard-Henri Levy qui, avec l'aide de toute l'industrie médiatique et éditoriale, vient de violer la dépouille de l'enfant des Mots.Miracle des avatars : l'icône de l'engagement dans toutes les causes perdues (pacifiste anti-colonial de la Cause du peuple) vient de se réincarner dans l'expert en causes gagnantes (chantre impérialiste et valet patronal drogué au narcissisme).TD lulie Hivon, Ce qu'il en reste, Montréal, XYZ éditeur, 2000 Les plaisirs de la vie C'est le titre d'un nouveau livre de Dominique Noguez (éditions Manuels Payot).Pas d'espace pour une critique, mais une phrase, pour donner une idée : «ce qu'il faut instaurer ou préserver ou relancer, c'est en priorité la capacité d'utopie, c'est-à-dire la non-soumission au fait, à l'état de fait — la liberté, le jeu, l'aptitude à imaginer quelque chose de mieux, non en rêve seulement mais avec la volonté entêtée d'y atteindre.» S3 raine S3 Le Quai des livres Vente et achat de livres d'occasion de qualité ACHAT À DOMICILE / OUVERT 7 JOURS 523-5383 Vf / 56 5 LA UR1ER E.(ENTRE FABRE ET MARQUETTE)
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