Le couac, 1 juin 2000, juin
I L'après congrès du PQ pagelTj Suite au naufrage de la sociale-démocratie façon PQ, Bouchard vogue en toute quiétude.Serge Haiimi page 4 Guerres : les bienfaits de la liberté de la presse sont-ils en train de s'effacer devant ses méfaits ?I La philo pour tous page 7 1 Quelle place pour les femmes dans l'histoire de la philosophie?itff FAIRE 1 ¦ ce { LES INS C POURI RAGEF CRETI Jui Un drôle d'oiseau es fbtjrrs; W I rV-L^r Z~T%~ I * STiZESSéES, FEKMêES MAIS a tÀBRI DES COLUfOfZMSS Le Couac, juin 2000, page 4 INTERNATIONAL Le bourrage de crâne de la guerre «La nouvelle censure» Préfaçant la pièce de Karl Kraus, Les Derniers jours de ('Humanité, le philosophe lacques Bouveresse se demande si les bienfaits de la liberté de la presse ne sont pas en train de s'effacer devant ses méfaits.Question tabou, il l'admet.Mais est-elle vraiment aussi tabou que cela ?La pièce de Karl Kraus stigmatise les journalistes et le bourrage de crâne de la Grande Guerre.Elle est hélas d'actualité.Et elle le redeviendra dès la prochaine opération militaire.Car, après Timisoara et l'invasion américaine de Panama (décembre 1989), après la guerre du Golfe (août 1990-mars 1991), après Maastricht (septembre 1992), ce que chacun vient de vivre au moment de la guerre du Kosovo -la purification «démocratique» dissimulée sous l'habit de lumière d'une bataille contre la «purification ethnique», l'hystérie propagandiste, les mensonges, les exagérations, les manipulations, les intimidations, les dissimulations, les anathèmes - tout cela amoindrirait terriblement le désir le plus forcené de défendre la «liberté de la presse».C'est-à-dire par exemple la liberté pour Matra Hachette de posséder l'information (Tele' 7 jours, Europe 1, le \ournal du dimanche, Paris Match, et tant d'autres), sa diffusion (NMPP, Relais H) et.la fabrication des missiles nécessaires à l'exécution des missions militaires rendues populaires grâce à l'information.Ainsi, au moment où la presse Hachette poussait à la guerre totale au Kosovo et assimilait les adversaires de l'OTAN à des «.complices de Milosevic*.les usines Matra fabriquaient tranquillement, moyennant 1 million de francs l'unité, ces missiles guidés au laser qui trouvèrent dans les Balkans quelques «bavures» à faire.Mais un tel rapprochement - imprudent, insolent, outrancier - entre production d'armes et production d'idées, création de valeur pour l'actionnaire et combat pour les valeurs «humanitaires», inutile de le chercher dans la grande presse, fût-elle formellement indépendante des généraux, des marchands de canon et des vendeurs d'eau.Les réseaux d'alliance, ou «synergies», garantissent à la fois la loi du silence et le choix par I' «information» d'informations idéologiquement formatées pour favoriser la contemplation béate de la nouvelle économie au service du vieil empire : «Diana», «Monica», «Laeetitia», etc.On pourrait ironiser sur l'inceste apparemment voluptueux entre une prévarication institutionnalisée et la concoction obstinée d'une insignifiance tellement tapageuse qu'on la dirait destinée à couvrir le bruit du frottement des corps.Mais ce qui désarme l'ironie au profit du ressentiment, c'est le ton hautain et permanent des croisés de l'ordre médiatico-marchand.Leur magistère sur l'opinion est désormais si peu discuté, leur omniprésence tellement assurée, qu'ils voudraient en plus feindre le rôle d'arbitre des élégances intellectuelles.Tel directeur d'hebdomadaire socialo-publici-taire dispose ainsi de deux émissions régulières dans la principale radio publique, tel directeur d'un grand quotidien parisien du matin anime un talk-show littéraire, tel directeur d'un grand quotidien parisien du soir, passé sans embûche de la LCR à la LCI, mande dans un salon audiovisuel ses «intellectuels» de la semaine.C'est-à-dire très précisément ceux (BHL, Sollers, Sollers, BHL) qui édito-rialisent déjà dans le grand journal de référence, peut-être parce qu'entre autres qualités, ils ne manquent jamais de saluer en bonne place - et comment ne serait-elle pas la meilleure - les ouvrages de ses deux directeurs.Ce néototalitarisme onctueux, emprunt de révérence pour le «débat», exige le concours du quarteron de penseurs formatés qui savent s'affronter sur des broutilles et couvrir du fracas de leurs petites divergences la profondeur de leurs convergences inavouées.Dont la démocratie et le marché.Alors que le second, censitaire, ne peut que haïr la première, égalitaire, le dogme d'une corrélation entre les deux, d'abord développé par la pensée ultra-libérale la plus vermoulue, a fini par contaminer l'espace public, parfois avec l'appui des simulateurs de la contestation.Et dans une presse qui ne cesse de clamer que sa liberté est garantie par le concours des annonceurs, qui discuterait encore ce genre de postulat ?Déjà, sous réserve d'une très providentielle faillite des boursicoteurs de la «net-économie», la valeur du site interactif des grands périodiques représente trois ou quatre fois celle du journal lui-même.Un journal sans lequel ce site n'existerait pourtant pas ou ne vaudrait rien.Une telle irrationalité (le pouvoir de vendre du vent) irrigue les fantasmes des quelques journalistes dominants qui découvrent qu'ils pourront bientôt ajouter la fortune matérielle au capital de respect que leur assure déjà leur position d'arbitre de tous les «débats».Quand les manipulations de l'information sont habituelles, quand des fabricants d'armes diffusent la morale du jour, quand l'espace public, déjà endeuillé par les privatisations, est envahi par le fracas publicitaire et boursier, quand de «grands» journalistes ne rêvent que de faire équipe avec les maîtres de la planète - lesquels sont aussi les maîtres des médias - quand une pensée de marché ampute notre compréhension du monde, et quand tout cela se fait au nom de la liberté, comment ne pas partager un instant le sentiment de Karl Kraus qu'appliquée à la presse la «liberté» vaut à peine mieux que la censure ?SERGE HALIMI Serge Halimi.journaliste au Monde diplomatique, vient de faire paraître, en collaboration avec son collègue Dominique Vidal, un petit livre sur la désinformation lors de la guerre du Kosovo: L'Opinion, ça se travaille.Agone/Comeau & Nadeau, 2000 Le présent article a d'abord paru dans le numéro du 25 avril 2000 de Aulre Futur, publié par la CNT, éditrice de Combat syndicaliste et de Temps Maudits.Offre d'emploi en milieu dangereux Que diriez-vous, si l'on vous offrait de devenir cadre pour une organisation qui a au-delà de 500 cadres et des milliers d'employés?Il s'agit d'un emploi qui paie plus de 150 000 $ annuellement.Les horaires sont flexibles et il y a des possibilités de se faire des revenus additionnels.Quant à l'atmosphère de travail, disons que selon les statistiques tenues par l'organisation, vos compagnes et compagnons cadres auront le profil suivant : • 29 ont été accusés d'avoir abusé physiquement de leur conjoint.• 7 ont été mis sous arrêt pour fraude.• 19 ont été accusés d'avoir signé des chèques sans provision.• 3 ont été arrêtés sous inculpation d'assaut physique.• 117 ont déjà déclaré faillite dans au moins deux entreprises.• 71 ne se qualifient plus pour obtenir du crédit auprès de Visa, MasterCard etc.• 14 ont été arrêtés suite à des inculpations reliées à la drogue.• 8 ont été arrêtés suite à du vol à l'étalage.• 21 sont présentement mis en cause dans des poursuites judiciaires privées.• Seulement pour l'année 1998, 84 ont été arrêtés pour ivresse au volant.Si vous refusez de travailler avec ces gens c'est que vous refusez un emploi en tant que membre du Congrès des États-Unis d'Amérique.Vous savez ces gens chargés de concevoir et adopter des lois pour que les citoyens et citoyennes se comportent décemment dans la vie.{Statistiques tirées de 1998 USA) ANDRÉ BOUTHILLER On les aura! Depuis décembre 1998, les avions de combat américains et britanniques bombardent l'Irak presque quotidiennement.L'embargo instauré voilà presque 10 ans contre l'Irak sévit toujours.Bilan : les bombes et le manque de médicaments ont causé la mort de dizaines de milliers d'Irakiens, principalement des civils.Heureusement, le 27 avril, une dépèche annonçait «la défection d'un proche» de Saddam Hussein.Encore un effort, champions du monde libre et des guerres humanitaires, dans mille ans, Hussein sera seul dans son palais.Le mythe de la croissance démographique Lm Inde vient d'atteindre le milliard d'habitants.Un Indien sur deux est analphabète, plus de 300 millions vivent avec un dollar par jour ( (quand ce n'est pas moins), près de 145 millions n'ont pas accès à l'eau potable et aux services de base, 60 millions d'enfants sont forcés au travail.Chez les détenteurs de capitaux et les analystes de même acabit, c'est la panique ; à ce rythme, s'alarmaient-ils sur les ondes de Radio-Canada, l'Inde ne pourra jamais s'imposer comme grande puissance économique.Alors on s'empresse de conclure que la source de tous ces maux, vous l'aurez deviné, c'est la croissance démographique.Ainsi, à la sortie de certaines villes de l'Inde vous pouvez désormais apercevoir des panneaux mettant en garde la population : « La croissance démographique est encore plus dangereuse que la bombe atomique ! » On se fout de la gueule de qui ?Bien sûr, que je suis bête ! Si nous nous enlisons actuellement dans un désastre écologique pratiquement irréversible, la faute en revient sûrement à cet enfant de Bangalore, qui doit travailler 14 heures par jour, dans une fabrique de feux d'artifices, pour à peine gagner ce qu'il faut pour se payer un repas.Peut-être est-ce la faute de ces femmes du Kerala, un État du Sud de l'Inde, qui, de génération en gériération, conservent leurs semences pour assurer une nourriture saine et diversifiée aux membres de leur communauté.Considérer les femmes, les minorités ethniques ou le Tiers-monde, tout aussi responsables des problèmes actuels — qui sont tout autant politiques, économiques qu'écologiques —,que les puissantes élites économiques, les multinationales et les bureaucraties, relève de l'hypocrisie et de la démagogie la plus grossière.Ce n'est pas un hasard, ou une volonté de la nature si 80 % de la population mondiale survit avec moins du quart de la production mondiale.La consommation du 1,2 milliard de riches (20 % de la population) accapare à elle seule une quantité de ressources qui dépasse ce que la planète entière peut supporter, il est clair que les puissances économiques entretiennent des relations parasitaires avec le reste et du monde, et non l'inverse.Pour comprendre les problèmes telle la famine, la pauvreté et l'analphabétisme — ou tout autre enjeu —, il faut remonter à leurs causes sociales, et y remédier par des moyens sociaux.La croissance démographique n'a rien a y voire ; tout comme notre modèle de développement, il s'agit bel et bien d'un mythe.Des pays comme l'Inde pourraient facilement assurer leur subsistance si des institutions contrôlées par les intérêts américains comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ne les contraignaient pas à une agriculture d'exportation, au détriment d'une agriculture de subsistance.L'argument massue de la croissance démographique fait appel à des notions anti-humanistes se rapprochant dangereusement de l'eugénisme.Il n'y a qu'un pas à franchir vers ce raisonnement pervers qu'on devrait accepter l'épidémie de sida comme moyen de réduire le nombre de celles et ceux en trop.Ce n'est rien de moins que l'argument de rapaces qui ne servent que le capital et la violence des institutions étatiques, et qui sont les premiers — les seuls en fait — à profiter de la situation.MARIE-EVE LAMY t£fci*Of4*oesA8£TE9 MAISONS .lafbissajesrmscire/ il- f*éf ÊBÊ LA f&fi&sicti Rassurant Londres a décidé de contribuer à la réforme agraire au Zimbabwe.Dommage que les Anglais aient tardé autant, ils auraient pu envoyer au Zimbabwe Augusto Pinochet, grand spécialiste de la gestion des réformes économiques.Vive le goulag chinois! Les esclavagistes enfin récompensés Dans son vaste bureau avec vue sur le lac, au palais des Nations de Genève, Mike More, ancien docker du port de Wellington (Nouvelle-Zélande) et l'actuel directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), savoure discrètement sa victoire.L'entrée de la Chine à l'OMC est pratiquement acquise.Le coup de pouce décisif: l'intervention publique, la semaine passée, de Bill Clinton en faveur de la candidature chinoise.Chaque cinquième homme sur Terre est un Chinois.Avec l'entrée de la Chine la mondialisation du commerce, et donc le triomphe de l'idéologie du libre-échange sont presque parfaits.L'inquiétant Jiang Zemin — costume Cardin, lunettes Calvin Klein et gueule d'apparatchik arrogant — règne en maître sur la nation la plus peuplée du monde.C'est en 1978 que son prédécesseur, Deng Xiaoping, survivant de la Commune de Shangai de 1927 (immortalisée par La Condition humaine d'André Malraux), a proclamé la politique dite des «Quatre Modernisations» (des transports, de la défense, des télécommunications et de l'industrie) et ouvert l'immense Chine aux capitaux d'investissement et à la technologie occidentaux.Résultat, la Chine côtière et méridionale abrite aujourd'hui des enclaves comparables à la fois à Silicon Valey et à Baltimore: la technologie de pointe, l'industrie hyper-moderne.Mais, du 1,3 milliard de Chinois, une majorité sont des paysans.Dans les campagnes abandonnées par le capitalisme de la jungle, des centaines de millions d'hommes, d'enfants et de femmes périssent lentement de misère, de sous-nutrition chronique, de désespoir.Et pendant tout ce temps, l'appareil du parti unique et sa police secrète terrorisent les dissidents et épurent les universités de tout élément «occidentalisé».Les libertés publiques ?Inexistantes.Un immense goulag abrite des centaines de milliers d'opposants démocrates et «déviants politiques» de toute sorte.Mais le pire probablement se passe au Tibet: dans ce pays himalayen et bouddhiste, envahi il y a plus d'une génération, la résistance populaire n'a jamais cessé.Aujourd'hui, les apparatchiks de Pékin, leur armée et leur police pratiquent une véritable politique de génocide: la torture systématique, les disparitions, les exécutions sommaires tentent de briser la résistance populaire.La politique étrangère des nababs de Pékin n'est pas triste non plus: En 1992, ils ont signé le traité de non-prolifération nucléaire.Aujourd'hui, ils assurent l'armement nucléaire de la dictature militaire du Pakistan, attisant des conflits mortels (Cachemire, etc.) en Asie du Sud.En Corée du Nord, 22 millions de personnes souffrent d'un dictateur dément: Kim long-il.Depuis 1995, 2 millions de personnes y sont mortes de faim.La tyrannie de Pékin est l'allée fidèle de Pyongyang.Et Pékin, bien sûr, continue de protéger tendrement les bourreaux khmers rouges du Cambodge.Les Nations unies veulent faire juger par un Tribunal, semblable à celui qui juge les criminels de l'ex-Yougoslavie et du Rwanda, six des principaux dirigeants khmers rouges détenus à Phnom Penh.La Chine, membre permanent du Conseil de sécurité, élève son veto.La charte de l'OMC ne connaît pas de clause sociale.Toute marchandise (service, etc.) produite dans un État signataire— quelles que soient les conditions sociales de sa production — accède librement au marché mondial.Dans le goulag chinois, des centaines de milliers de prisonniers sont astreints aux travaux forcés.Ils fabriquent notamment des éléments de transistors, des segments d'ordinateurs hautement prisés par les industriels américains et japonais.Les nababs rouges gagnent tous les ans, grâce au travail esclave, des millions de dollars.L'accession de la Chine à l'OMC aura donc un effet heureux: le travail esclave trouvera enfin sa légitimité internationale ! JEAN ZIEGLER [Charlie Hebdo.No 411 ) Les Derniers jours de l'humanité « À la différence des intellectuels les plus critiques de mon environnement immédiat, Kraus faisait une chose assez héroïque qui consistait à mettre en question le monde intellectuel lui-même.» Kart Kraus — Pierre Bourdieu « Je ne connais personnellement pas d'auteur qui ait décrit plus magistralement que Karl Kraus le sentiment de résignation et d'im- I puissance avec lequel la plupart d'entre nous subissent aujourd'hui le pouvoir de la presse et des médias, à peu près comme on supporte une calamité.» — Jacques Bouveresse 9} Les Derniers jours de l'humanité • 240 pages, 25,95$ Bon de commande à nous retourner par courrier: Comeau & Nadeau Éditeurs c.p.129, suce, de Lorimier, Montréal (Québec) H2H IVO Je règle par : ?Mandat ?Chèque Nom Adresse.Code postai Courriel_ .Téléphone.Traduit de l'allemand par J.L.Besson et H.Chrisophe En vente dans toutes les librairies, 25,95 $ Une industrie hilarante! (lère de 2) De concert avec la très drôle Hydro-Ontario, la très propre Énergie atomique Canada Ltée a tout bonnement décidé de réactiver les quatre mignons réacteurs CANDU de la centrale nucléaire Bruce A située au bord du lac Huron.Dans une lettre adressée à Bill « The Cigar » Clinton datant du 3 mars 1999.lean « The Têtard » Chrétien donnait son feu vert aux essais exigeant des transformations aux chaleureux réacteurs ontariens.Grâce à ces modifications, il est désormais possible d'utiliser un rigolo mélange de 97 % d'oxyde d'uranium et 3 % de plutonium, mélange aussi nommé MOX (mixed oxide fuel), à titre de substitut à l'uranium.Le 14 janvier dernier, le Canada recevait directement du très bon pays de l'Oncle Sam, les premiers 5 kilogrammes des quelque 100 tonnes de MOX qu'il doit recevoir au cours des 25 prochaines années.Même si des experts en transport avaient clairement signifié qu'il fallait éviter le transit aérien de ce produit, les caissons de sécurité pouvant joyeusement céder lors d'un écrasement, c'est tout de même par un bel hélicoptère qu'est arrivée cette première livraison.Le plutonium inclus dans le MOX provient du démantèlement de l'arsenal nucléaire étasunien et russe.Coût total de tous ces déplacements internationaux potentiellement dangereux de MOX : environ deux milliards de beaux dollars divisés entre les contribuables canadiens et ontariens.Évidemment, les deux sympathiques gouvernements n'ont pas osé spécifier que grâce à la combustion du MOX, le Canada accumulera beaucoup de déchets plutôt inquiétants.Le procédé utilisé a pour léger problème de laisser 30 % de plutonium après usage.Ce détail peu important a fait dire à plus d'un et d'une spécialistes qu'au lieu de favoriser une diminution planétaire de la quantité de matériaux radioactifs, la stratégie canadienne risque de multiplier la quantité de sites contenant des matières hautement toxiques.Dans cette énorme poubelle, nous retrouverons des « rebuts » pouvant éventuellement être recyclés.Et on ne parle pas de cette industrie grandissante du recyclage des matières radioactives qui ne trouvent plus preneur depuis la fin de la guerre froide, ni de la plus grande utilisation de ces substances dans divers domaines.Revenons à ces superbes réacteurs canadiens.Notre « expertise » en matière d'énergie nucléaire s'est développée grâce au généreux financement public de la recherche et du développement des réacteurs CANDU.Ces réacteurs nécessitant de l'uranium pour leur fonctionnement ont été vendus au Pakistan, à l'Inde, à la Chine, à l'Argentine, à la Roumanie et à la Corée du Sud.Le passé nous apprendra que le combustible livré se débarrasse mal de sa fâcheuse habitude d'être détourné vers une utilisation militaro-lobotomisante; le cas récent des essais nucléaires en Inde et au Pakistan en témoigne largement.Malgré cela, le gouvernement canadien persiste toujours à présenter la vente de ces inoffensifs réacteurs comme l'exportation du bienveillant savoir-faire du « plus meilleur pays au monde ».En allant de l'avant avec ce magnifique projet de transformation des réacteurs de la centrale Bruce A, l'industrie nucléaire canadienne ouvre une coquette boîte de Pandore.L'exportation de cette brillante technologie dans les pays possédant déjà des réacteurs CANDU justifie une très utile circulation de MOX et le cheminement possible qu'il tend à prendre.Du plutonium dans le MOX?Bof.Un détail! Plusieurs pays, dont le reluisant Canada, possèdent déjà des quantités phénoménales de déchets radioactifs; l'utilisation du MOX risque de faire augmenter ce joli tas de rebuts d'environ.3 000 tonnes.Mais rassurons-nous et sourions : il n'en coûtera que 13 milliards $ aux contribuables afin de « gérer » le tout.MARTIN PETIT Ça ne s'invente pas La porte-parole du Collectif pour une loi sur l'élimination de la pauvreté se nomme Louise Lafortune.Petite annonce L'école de personnalité lean Charest, offre ses cours à prix réduit.ECONOMIE On nous prend pour des Consommateurs Plus ou moins moins Chaque fois que j'emprunte les transports urbains et souterrains, je pense à cette chanson d'Urbain Desbois qui dit comme ça: «Le gros du monde / pense que deux moins / ça donne un plus / mais le vrai p'tit monde comme toi pis moi / sait bien que la plupart du temps / ça donne juste / plus ou moins moins.» Quel rapport?Une annonce affichée dans toutes les voitures du métro, sur laquelle une femme proclame: «|e suis fière d'être une perdante».La première réaction, c'est de se réjouir en se disant que les publicitaires ont enfin réalisé que le monde ne se compose pas uniquement de winners sans foi ni loi, sans peur et sans reproche, sans état d'âme et sans limites.Bref, on y voit un clin d'œil à la simplicité et à la modestie.Et puis, le gros bonhomme assis devant l'affiche se lève et le reste de l'annonce apparaît.Comment avait-on pu être aussi naïf?Il ne s'agissait que d'une accroche pour un programme de «contrôle de poids» baptisé, je vous le donne en centigrammes, je vous le donne en milligrammes, MinimaPLUS.Notez l'oxymore du nom.Plus de kilos en moins, moins de surplus pondéral, plus de moins et moins de plus, dans un joyeux flou compulsif.Toujours plus pour le consommateur incapable d'envisager son existence autrement que sous la forme d'une croissance infinie.Toujours moins pour sa part de conscience récalcitrante qui clame «Small is beautiful».Bref, parce que je maigris, je crois échapper à la tyrannie de la consommation, alors que je ne fais que transférer mon appétit sur un autre produit, celui qui fait maigrir, dans une dialectique de la consommation et de la privation, le crois me priver de consommation alors que je consomme de la privation.Couper les poils en trois Dans le même ordre d'idée, l'annonce télévisée pour les Mach III de Gillette fait l'éloge d'un rasoir à trois lames qui enlève plus de poils.Vous suivez?Plus de lames pour moins de barbe.Le but à atteindre est encore le moins, et le moyen en est le plus.Là où ça devient franchement comique, c'est lorsqu'on se souvient des publicités que ce même fabriquant nous servait, il y a une quinzaine d'années, pour son modèle à deux lames, le Gillette G2.Rappelez-vous: une animation nous montrait comment «la première lame tire le poil» et comment «la deuxième coupe le poil à la racine avant qu'il ne se rétracte.» Comparez maintenant avec ce que fait le Mach III de Gillette: la première lame tire le poil, la deuxième le coupe un peu et la troisième le tronçonne à la racine, avant qu'il ne se rétracte.Conclusion?Elle est simple: la lame que Gillette a ajoutée à son rasoir, c'est celle du milieu, celle qui ne fait rien ou presque.Education* Autre campagne sur les murs du métro ces derniers temps: celle du ministère de l'Éducation.Eh oui, même les ministères ont des choses à dire.même si, dans le cas présent, il y a de quoi douter que les concepteurs de la campagne ont atteint le stade du langage, lugez plutôt: sous le même slogan exclamatif («L'éducation, parle-moi de ça!»), chacune des déclinaisons montre la photo d'un «jeune» surmontée d'une éructation verbale aux allures de mantra positiviste et creux.Une fois, c'est «Vas-y!».L'autre, c'est «Tiens bon!» On a miraculeusement échappé aux «Yo!» et autres «Go!» qui auraient logiquement dû compléter le tableau.Aussi peu de mots sur une affiche payée par le ministère de l'Éducation laisse perplexe.S'imagine-t-on qu'il suffit d'un quota de deux mots par point d'exclamation pour attirer et retenir l'attention des «jeunes»?Est-ce l'aveu que les «jeunes» ne sont pas capables d'en lire plus et que toute communication avec eux doit forcément passer par des formules aussi nouvelâgeuses qu'insignifiantes?En bannissant tout message verbal au profit d'une vague mise en situation, cherche-t-on à illustrer la politique d'éducation québécoise, qui mise tout sur la pédagogie aux détriments du contenu?En demandant au «jeune» de parler d'éducation (au Ministère?aux profs?à la société?), Iaisse-t-on encore la moindre place à l'enseignant, la moindre chance à la transmission des savoirs?ou bien a-t-on totalement achevé l'évolution qui fait de l'élève l'égal du maître, son partenaire, son chum?STÉPHANE BATIGNE [ vingt Mine, ueuss sous la mer.de 5'1RÂÎW£ AVEC CM A' mes Fesses a* foures les pRÊMiéRes , cav/iAR., perïT&- fours ,.£?l ov/EDX LE PERKliER eoUQUiM.LE DERMiER V'xSQUB - RiÉKJ QUE FOUR MOi - MO PRO&LEMO ! ?P£M Pour leô EEÔTiVALÔ: J'v/OÏS tou& LEO SPÊCtACLES DE JAZZ.PE rock, T>" humour.pethéâtre ,„ETS| j'AA'y PRENDS BiEN .J'ME EAîS ÏNN/iTER A* PARiS, new yoRK, Hollywood, cammeg .Pour des lancements ! VACCQUC je- OPîTiQUE.JE CRTTïQUE.MAiS iVVAïS PAS ME -Ti^ER PANS LE APRES 30ANS DECE0OULOTDE LECUE-CULS.Ô'ME SUiS PAYE UN APPART AU C£NTR£-\/t' LLE.ET LA\ALOR£ QUE J'Ai PU f R»C ET QUE-!>E PEUX ENEi'N PÉNONCER CEfflE MERpE QUE j'Ai PUE*LiCiSÉE TOUTE MA VïE„.JEfRAiE AVEC LES PLUS QROÔ.LES PLUS POURRiS.JOB! JJOTE'.Î6 remercie CpiTi'QUES ET CHRONIQUEURS (ELISES) D£ LEUR COrtSTANfE iMSPÎRATtON.Le Couac, juin 2000, page 5 r CONFIT D'INTERETS Charles Sirois première partie : le cancre Il était une fois au Royaume du Saguenay un garçon un peu niais que ses camarades de classe appelaient « Charles le cancre » Quand les insultes fusaient, le petit Charles, né à Chicoutimi en I954, serrait immanquablement les poings et se disait « quand je s'ra grand, je s'ra intelligent ».Malheureusement, Charles Sirois n'est jamais devenu intelligent Alors pour se rattraper il a amassé la quatrième fortune du Québec après les Bronfman, les Bombardier et les Desmarais Que voulez-vous, il y a une différence entre ce que con veut et ce que con peut Après des études en finances à l'Université de Sherbrooke puis à l'Université Laval, Charles le conquérant se lance en affaires dans l'une des nombreuses compagnies de son paternel (Simon Sirois, un entrepreneur de Chicoutimi et grand spéculateur boursier) : Setelco Charles a du flair, puisqu'il s'agit d'un marché non réglementé à très faible concentration industrielle.Mais, hélas, avoir du flair en affaires ne contribue pas à changer un cancre en génie.Alors pour compenser son manque d'intelligence, Charles serre les poings et se dit « si je s'ra pas intelligent, ben au moins je s'ra riche ».Charles Sirois emprunte donc 200 000$ de son oncle Denis Sirois et propulse l'entreprise paternelle au sommet.Setelco devient National Pagette puis fusionne avec le géant Bell pour devenir BCE Mobile Sirois fait le pari du sans fil et ambitionne d'équiper les 6 milliards d'humains d'un téléphone sans fil.Son objectif est de supplanter le traditionnel téléphone et de le remplacer par un téléphone mobile avec un seul numéro de téléphone à vie pour chaque propriétaire Partout à la grandeur du globe, Sirois veut imposer le cellulaire.Nous soupçonnons même que l'amour maladif de Charles pour les cellu laires soit lié au fait que des études scientifiques ont démontré les risques de cancer du cerveau reliés à l'utilisation répétée de ces appareils fonctionnant aux micro-ondes.Il s'est probablement dit : « si je s'ra con, au moins je s'ra pas tout seul ».Charles Sirois créé son propre Holding privé; Télésystème, dont les principaux actionnaires sont Télémex (composé de Gestion Charles Sirois, principal actionnaire, de son père et de son oncle Denis) et la Caisse de Dépôt et Placement du Québec.En I992, Sirois fait l'acquisition de Téléglobe, une entité fédérale, avec son pote Jean Monty de Bell Canada Entreprises (BCE).Puis il fera l'acquisition de TIW (Télésystème Mobiles International), spécialisé dans les télécommunications sans fil, avec comme partenaire principal Ted Rogers de Rogers Communications Viendra ensuite Microcell Télécommunications (services de communications personnelles) avec comme partenaire Sprint Par la suite, Sirois fait l'acquisition de Coscient (aujourd'hui Motion International), un groupe de production de programmation qui occupe la deuxième place au Canada derrière Alliance Atlantis et qui a produit notamment: Sous le Signe du Lion, Les Débrouillards, Notre-Dame-de-Paris, La Fin du Monde est à 7 heures Pour protéger sa fortune et assurer la sécurité de sa femme Thérèse Dallaire et de leurs deux enfants François Charles (24 ans et v.-p.d'une filiale de Téléglobe) et Marie-Hélène (22 ans et étudiante en communication), Charles Sirois acquiert les Entreprises Microtec, spécialisées dans les systèmes de sécurité et de domotique.Puis notre bleuet ambitieux fera l'acquisition de Spectra Telecom (intégration de réseaux sans fil), de Public Technologies Multimedia (nouveaux médias) et de Look Communications (télévision par micro-ondes) avec comme vice-président, Louis Villeneuve, anciennement de Bombardier et de Bombardier Capital.Sirois possède également trois sociétés de capital de risque soit: ARGO Global Capital, Telsoft et GSM Capital Avec Gestion Charles Sirois, le bleuet sans fil se lance dans l'immobilier.Il contrôle 50% du Château Mont-Sainte-Anne de Québec avec comme partenaire Maurice Roussin, un promoteur immobilier de Québec et est actionnaire du Centre de Ski Stoneham.Avec Téléglobe, Charles est devenu commanditaire de l'écurie BAR (British American Racing) et du beau Jacques Villeneuve Pour aider au rayonnement de son empire, Charles Sirois s'est constitué un conseil consultatif international sur lequel siègent- Edgar Bronfman Fils (Seagram), Frank Biondi (Studios Universal et Seagram), Esther Dyson (Edventure Holding), Diana Lady Dougan (membre senior du Center for Strategic & International Studies de Harvard et ex-collaboratrice du président Ronald Reagan et ambassadrice permanente des USA), et Walter Bigelow Wriston (ex-président de Citicorp).Sirois peut également compter sur les conseils de Guy Crevier (anciennement de Motion International et maintenant à La Presse) et de Pierre Laferrière, président de Téléglobe Entreprises en 1995.Laferrière (anciennement de Secor) est président de la Chambre de Commerce du Montréal Métropolitain et de l'Institut International des Télécommunications.Charles a beau être immensément riche il n'est toujours pas un génie.Il vient d'ailleurs d'essuyer plusieurs échecs.La campagne de recrutement de gens d'affaires qu'il chapeautait pour le parti Libéral a été un flop; son livre « Passage obligé » est d'une nullité consternante; le rachat de Téléglobe par BCE et la chute des actions de Téléglobe (une perte de plus de 10 milliards $ en bourse en I999) ont sérieusement ébranlé sa crédibilité.En bref, Charles le cancre est de retour.Mais le petit Charles ne perd pas espoir et se dit en serrant les poings : « tant que je s'ra riche, je s'ra invincible ».C'est ce que nous verrons le mois prochain.BENOIT PERRON ET FRANÇOIS PATENAUDE Le MouIwNOIR JOURNAL D'OPINION KT D'INFORMATION l'I I s miiiiii VM ni I I I I ni l>.Écrire, lire, penser Autrement Un empêcheur de tourner en rond.qui défrise le ridicule Disponible en kiosque partout, même à Montréal.Abonnement : 20 S pour un an (6 numéros) Informations : 418-724-6647 courriel : moulon(il des transformation!! importantes.Nous de\enons aussi orphelins d'un r«at qui abandonne de phis en plus les démunis a leur sort de rejets d une nouvelle économie Journaliste objectif Robert-Guy Scully a déclaré à La Presse que ses émissions n'ont jamais fait de propagande (12-5).Il aurait aussi avoué par la même occasion être un socialiste et un indépendantiste.Virus «Quatre jours après que le virus informatique ILOVEYOU a frappé des millions d'ordinateurs, trois suspects ont été arrêtés à Manille», colportent les médias.La belle affaire! Vingt ans après la fondation de Microsoft, qui crée des bogues sur des centaines de millions d'ordinateurs, Bill Gates court toujours.rh(àocHc mm La science du Couac Éloge d'un citoyen du monde Qu'est-ce qu'un «grand scientifique» ?Celui dont les travaux sont les plus cités dans les journaux spécialisés ?Dans les manuels scolaires ?Celui qui léguera son nom à un institut ou à une rue ?Ou plutôt des gens qui n'ont pas seulement fait avancer la science mais tout simplement notre compréhension de l'être humain ?l'opté sans hésiter pour les seconds.Pour ces scientifiques qui ont également pris position dans les débats de leur temps.Pour ces hommes et ces femmes qui, par leurs questions dérangeantes, ont toujours bousculé l'ordre établi.Celui qui s'est imposé pour inaugurer ce genre biographique est carrément inclassable.Pour être iconoclaste comme lui, je ferai donc du mauvais journalisme mais du bon suspense en vous laissant le découvrir au fil des indices.Premier indice, il a bien failli réussir un doublé'insolite: le prix Nobel de médecine et la Palme d'Or à Cannes ! On lui décerna bien le prix Albert Lasker, équivalent américain et antichambre du Nobel, pour la découverte de la chlorpromazine, le premier tranquilisant.Mais pour le Nobel, la légende dit que ce sont les jurés de son propre pays, la France, qui ont tout fait pour le lui faire rater.On ne pardonne pas facilement à un petit chirurgien de la marine de mettre sur pied un laboratoire autogéré qui fonctionne sans aide de l'État, grâce aux brevets sur les molécules qui y sont fabriquées.Quant à son incursion dans le monde du cinéma, elle est le fruit d'une admiration mutuelle.Celle qu'il portait au réalisateur de "L'année dernière à Marienbad", «film sur la mémoire sans le dire».Et celle qu'Alain Renais avait pour son œuvre qui l'avait sorti d'un état dépressif et lui avait donné l'impression de mieux comprendre ses contemporains.Ça a donné Mon oncle d'Amérique.Palme d'Or à Canne en 1980.Un film après lequel on ne voit plus jamais son patron de la même façon.A ceux qui le voyaient comme un bienfaiteur de l'humanité, il rétorquait : «Je suis plutôt un bienfaiteur de moi-même.» Foncièrement individualiste et anticonformiste, anarchiste diront certains, notre homme n'en pense pas moins que «la seule éthique qui vaille est celle valable pour l'espèce, et non pour des sous-groupes qui aboutissent toujours à des morales castratrices.» Pour le psychiatre français Edouard Zarifian «il bousculait beaucoup de monde car il avait une extraordinaire liberté de ton.» Quand on lui reprochait d'être à l'origine des tranquilisants qui sont souvent employés abusivement, il répondait: «C'est votre société invivable qui pousse les gens à prendre des tranquilisants !» Et quand il a voulu intituler l'un de ses livres «De mes couilles au cosmos», titre qui résumait à merveille ce délire singulier, à mi-chemin entre le roman existentiel et l'essai scientifique, son éditeur l'a supplié de changer d'idée.Nombre de domaines qu'il a défriché il y a trois ou quatre décennies sont aujourd'hui des sujets brûlants d'actualité.On n'a qu'à penser aux radicaux libres ou à son fameux concept «d'inhibition de l'action», qui englobe stress, burn out et dépression.Dans ce siècle de spécialisation à outrance, il fut l'un des premiers à mettre en pratique une véritable interdisciplinarité.Et malgré la fécondité de sa démarche, toute sa vie on lui dira de se mêler de ses affaires.Quarante ans plus tard, on annonçait l'année dernière une injection de fonds sans précédent au pays pour favoriser l'interdisciplinarité dans la recherche en santé.Faudra-t-il alors attendre encore 40 ans avant d'admettre qu'il faut «donner une vue d'ensemble des différents niveaux d'organisation qui concourrent à nos comportements au lieu de marteler des connaissances pointues en vue de l'acquisition d'une "job"» ?Car pour lui, la seule façon de transformer véritablement les rapports sociaux serait d'enseigner à chaque individu comment son cerveau s'est constitué et s'est conditionné.Ce message révolutionnaire, on le retrouve dans ses nombreux ouvrages.Ainsi, s'il fait «L'éloge de la fuite» dans son livre le plus connu, c'est peut-être parce que sa «Nouvelle grille», comme «Copernic, n'a pas changé grand-chose».Et que malgré son appel à «L'agressivité détournée», on trouve toujours «La colombe assassinée».Si donc «Dieu ne joue pas aux dés», il ne reste à «L'homme imaginant» que son «Discours sans méthode» pour réinventer «La vie antérieur».Finalement, dernier indice : il nous a quitté le 18 mai 1995, à l'âge de 80 ans.Vous avez raison, il s'appelait Henri Laborit.Et c'était pour moi plus qu'un grand scientifique.C'était un Citoyen du Monde.BRUNO DUBUC bruno.dubuc@moncourrier.com Au sommet de l'Everest Depuis les bas-fonds de l'existence où ils croupissent, les hommes jugent inacceptables l'idée qu'il existe un lieu sur terre où même la neige ne serait pas salie par leur présence.Afin de rendre l'humanité tout à fait heureuse, il fallait donc conquérir l'Everest, le plus haut sommet de la planète.Un homme y posa les pieds pour la première fois en 1953, à près de 9000 mètres d'altitude.Lexploit.depuis, fut renouvelé à d'innombrables reprises.En témoigne les cadavres de bonbonnes d'oxygène et de pièces d'équipement abandonnés un peu partout sur la haute montagne.L'humanité se contemple, heureuse et satisfaite de sa capacité à renouveler pareil exploit.Les neiges du sommet ont peu à peu glissé jusqu'aux salles des nouvelles.Et le bon alpiniste sait désormais qu'il n'a plus à aller tout en haut pour toucher au bonheur de l'humanité.Il n'a en fait qu'à se frayer un chemin jusqu'aux zones inhospitalières des salles de nouvelles.Avec un peu de talent, il y deviendra un véritable héros de la montagne: on le fera un peu gigoter devant une caméra et l'humanité sera assurée qu'il domine la nature.Plus de 300 alpinistes, sans compter les sherpas qui les accompagnent en altitude, tentent ces jours-ci de gravir l'Everest.Ainsi une des difficultés de l'heure sur l'Everest demeure les embouteillages.Les passages sont étroits.Les équipes progressent donc lentement, souvent à la queue les unes des autres.C'est André Laperrière, chef d'un groupe d'alpinistes québécois, qui le disait tout bonnement l'autre jour, sur les ondes de la radio de Radio-Canada.À la radio, Laperrière laissait entendre un souffle court, difficile.Lui et ses camarades tentaient alors de gravir une face de la montagne sans oxygène, histoire d'ajouter au coefficient de difficulté de leur expédition.À quand un record d'ascension à cloche-pied, à saute-mouton, avec un bandeau sur les yeux ou avec une main attachée dans le dos?Les médias ne demanderaient sans doute pas mieux.Au Québec, il s'enflent déjà de leur enthousiasme volatil pour la moindre équipe de chez nous qui foulera la neige à 9000 mètres plutôt qu'au pied de la porte de sa maison.La tête bien plantée dans la neige médiatique, on doit donc continuer d'écouter un Bernard Voyer gloser à l'infini et se dire, avec des exclamation de joies, à quel point l'humanité a besoin d'aussi grands esprits pour conquérir les sommets de la raison.JEAN-FRANÇOIS NADEAU Les Patriotes de 1837-1838 L'autorité du peuple même.« J'avais quinze ans.Chez mes parents, à Châteauguay, il y avait quatre ou cinq livres, pas plus.Dans le tas, Les Patriotes de David.Je découvrais un trésor.» — Pierre Falardeau Les Patriotes de 1837-1838 • 368 pages, 14,95$ Bon de commande à nous retourner par courrier: Comeau & Nadeau Éditeurs c.p.129, suce, de Lorimier, Montréal (Québec) H2H 1V0 Je règle par : ?Mandat ?Chèque Nom Adresse.Code postal.Courriel_ .Téléphone.En vente dans toutes les librairies, 14,95 $ 368 pages • Diffusion Prologue BLOC-NOTE e S Le Couac, juin 2000, page 7 La philo pour tous: (10/12) Des femmes philosophes Et les femmes dans Bonne question.'histoire de la philosophie ?xixe siècle.Auparavant, particulièrement auxxvie, xvsie et xviue siècles, les histoires de la discipline mentionnaient volontiers les contributions de femmes à la philosophie.Renouant avec cette tradition, plusieurs chercheuses (il s'est ici toujours agi de chercheuses.) ont exhumé des noms et des oeuvres qu'on avait déplorablement oubliées.Si vous examinez les histoires de la philo publiées en français ou en anglais (et, j'en ferais le pari, dans toutes les autres langues.) au cours de ce siècle, vous constaterez qu'on ne mentionne pour ainsi dire aucune femme philosophe.Au mieux, on évoque, en passant, un nombre extrêmement limité de femmes ayant publié des écrits philosophiques, toujours mineurs, ça va de soi.Conclusion?Il n'y eut pas de femmes philosophes avant notre glorieuse époque.Au total, la plupart des personnes formées en philo ont donc en général sur la question les mêmes lumières que le grand public : on aurait bien du mal à citer plus que quatre ou cinq femmes philosophes, au nombre desquelles figurent le plus souvent exclusivement des contemporaines : Hannah Arendt, Simone Weil et Simone de Beauvoir étant le plus souvent nommées.Il y a dans tout ça une troublante occultation de l'his-toire de la discipline.Mais, heureusement, des travaux récents ont commencé à rétablir la vérité historique et ainsi contribué à ouvrir un nouveau champ de recherche, passionnant.il faut savoir que l'occultation de la place, voire de l'existence, de femmes dans l'histoire de la philo est un phénomène récent, qui date essentiellement du Parmi les dizaines de noms de femmes philosophes de l'Antiquité, notons celui de Hypatia (370/75-41 5).Philosophe, mais aussi mathématicienne et astronome, sa grande réputation lui vaudra d'être nommée philosophe du Musée d'Alexandrie.Mais il faut insister : il y a eu, dans l'Antiquité, des dizai-nés de femmes philosophes, appartenant à chacune des grandes écoles de pensée de la période et leurs oeuvres et leurs idées étaient volontiers discutées avant le xixe siècle.Du Moyen-Âge et de la Renaissance, on a également tiré de l'oubli plusieurs philosophes.Entre tant d'autres, Hildegard de Bingen (1098-1179) apparaît désormais comme une figure exceptionnelle et de nombreux travaux lui ont été consacrés qui mettent en évidence une oeuvre encyclopédique, riche et influente qui a tour à tour abordé les principales disciplines intellectuelles de son temps Marie de Gournay (1565-1645).fille adoptive et première éditrice des oeuvres complètes de Montaigne, est une autre figure majeure.Elle aussi a beaucoup Assez fort pour elle, mais conçu pour le crétin Il existe au Québec un désodorisant au parfum de « nouvelle voiture »./WOIMS D'iMFûS.PLUS DC FILMED* COU CHEAP PU V£AJDA£D( SotR.r Le saviez* vous La Banque de Montréal compte ouvrir 12 succursales dans les supermarchés 1GA au Québec (La Presse 15-3).MÊf*E PU La démocratie c'est trop lent «Comme ii aurait fallu des audiences publiques qui auraient facilement pu durer un an.on a décidé de court-circuiter le processus car !a rapidité était l'essence de l'affaire.Si on a Nasdaq, c'est parce qu'on a été beaucoup plus vite que certains autres ».- Bernard Landry mSBm Cami avant Camus Fantaisiste et humoriste, dessinateur, comédien, fou de théâtre, romancier Henri Cami ( 1884-1958) se fait toute sa vie une certaine idée du rire, un rire décapant, poussé jusqu'au paroxysme d'un absurde d'avant Camus lui-même Cela lui vaut -ce n'est pas rien- l'admiration de Chaplin.Il invente le Cul-de-jatte-presse-papiers-dans-un-mi-nistère, l'Écrevisse-à-rebrousser-les-siècles, la Marchande-de-quatre-saisons-à-colères-rentrées, la Duchesse-aux-reins-frénétiques, l'Auteur-antarctique-d'une-opérette-esquimaude, la Dompteuse-en-escalier et le Ventriloque-jaloux Son valet-fauteuil, qui a perdu ses membres dans une explosion de colère et s'est fait mettre, pour continuer à servir son maître, des bras et des pieds de fauteuils à roulettes, est un classique.Sans parler de l'explorateur qui rentre furieux parce que la forêt n'est plus vierge.Dans Drames de la vie courante, on croise un « mari » qu' découpe son mobilier en petits morceaux pour mieux déménager, un propriétaire d'une mouche chasseresse, une femme adultère et son amant toréador, un Roméo et une luliette modernes qui prennent un narcotique pour s'endormir et se réveiller 60 ans plus tard à cause des parents récalcitrants, un jeune comédien qui incarne le général Cambronne et n'arrive pas à dire le seul mot qu'il doit prononcer, portant très court GUY N.TROTTIER Henri Cami, Drames de la vie courante, Paris.Pau vert, 1999 r'ArvEHrt?m écrit, mais notamment une Égalité des hommes et des femmes (1622) qu'on aimerait retrouver, à prix abordable, sur les rayons de nos librairies.L'oeuvre de Anne Conway (1631-1679) exercera une grande influence sur le philosophe W.Leibniz, qui reprend d'elle le concept de monade, catégorie centrale dans sa pensée comme dans celle de Conway.Au siècle suivant, une figure marquante est celle de Mary Wollstonecraft (1757-1797).11 est vrai que cette philosophe est mieux connue, notamment pour Vindication of the Rights of Woman ( 1792).D'autres noms?Catherine Maccaulay écrit au xvme siècle, sur l'éducation mais surtout sur l'œuvre de Hobbes; Sophie de Grouchy, marquise de Condorcet traduit puis écrit sur la Théorie des sentiments moraux d'Adam Smith.Au xvur* siècle, le thème de l'éducation est central dans les écrits de femmes philosophes et, partant, la discussion des idées de Rousseau.Ce qui n'exclut pas de leur part un intérêt soutenu pour les sciences naturelles et en particulier pour la physique newtonnienne dont témoigne notamment l'oeuvre d'Emilie du Châtelet, qui traduit justement les Principia .de Newton (1756).l'arrête là, avant que ce texte ne devienne une simple enumeration de noms.Mais je vous invite, si le cœur vous en dit, à jeter un œil attentif sur le sujet.Car on l'aura compris : il faut applaudir à cette redécouverte d'une part importante de l'héritage de la philosophie occidentale et espérer que l'important travail amorcé se poursuivra.RAYMO N D-LA-SCIENCE (BAILLARGEON.NORMAND@UQAM.CA) Une lecture : Le meilleur ouvrage de référence sur le sujet, à ma connaissance, a été publié en anglais : WAiTHE, M.E.(ed) A History of Women Philosophers, 3 volumes, Dordrecht, 1987-1991.Remue-méninges Connaissez-vous la psychologie évolutionniste?Disons pour être très bref que c'est un champ de recherche récent qui s'efforce de lier la biologie évolutionniste et la psychologie pour résoudre divers problèmes concernant notamment l'esprit humain.Résultats contestables et contestés, mais qui ne sont pas sans mérite non plus.L'esprit est ici volontiers décrit comme étant composé de modules spécialisés qui ont émergé au cours de l'évolution de l'espèce et pour des raisons adaptatives.Ce qui nous amène à un vraiment chouette remue-méninges - il s'agit en fait d'une expérience célébrïssime de la psychologie contemporaine.Voici la règle d'un jeu de 3rtes dont les cartes ont sur une face une lettre, sur l'autre un chiffre: toute carte qui a une voyelle sur une face, a un nombre impair sur l'autre.Vous y êtes?Bien.On dépose devant vous quatre cartes, dont seule une face est visibie.Vous voyez : E - 3 - 4 - D.La question est : quelle(s) cartels) retournerez-vous pour vérifier si la règle annoncée est ici respectée?Si vous voulez, arrêtez à présent de lire et pensez-y bien.Vous revoici?Bien.Un autre problème.Cette fois, vous travaillez dans une discothèque qui fait payer l'entrée aux hommes mais n'impose pas de paiement aux femmes.Les clientes et clients déambulent dans cette boîte et portent chacun une carte; sur une face de chaque carte, leur sexe (M ou F); sur l'autre, s'ils ont (P| ou non (non P) payez leur entrée.Vous relevez quatre cartes, dont vous ne voyez qu'une face On lit : M, P, non R F La question : quelles cartes retournerez-vous cette fois?La plupart des gens n'ont pas de difficulté avec cette dernière tâche : on retourne M : il doit avoir payé; on ne retourne pas P ; tant pis pour elle, si elle a payé!: on retourne non P : ce ne doit absolument pas être un homme; on ne retourne pas F : qu'elle ait ou non payé ne change rien.Presque tout le monde échoue le premier problème.Or.pensez-y bien à présent, ils sont formellement identiques.Et la réponse est la même dans les deux cas: il faut retourner les cartes 1 et 3.Explication de l'énigme selon les psychologues évolution-nistes?En gros, ils arguent que le deuxième problème (et pas le premier) active un module de détection des tricheurs.Ont-il de grande importance dans notre évolution?Que cette explication soit la bonne ou non (je n'y crois pas trop, je dois dire.) l'énigme est stimulante, je trouve Et vous?Ici Robert-Guy Scully Quand vous entendez le beau Robert-Guy, vous savez maintenant que c'est Stéphane Dion qui vous parle.Gracieuseté d'un certain « Bureau d'information du Canada » qui paie Radio-Canada en sous-main pour déverser dans votre salon la prose des fédéralistes, au coût de 20 millions $ par année.Et c'est vous qui payez.Maintenant vous savez A Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal *^J/* 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal (Québec) H2X 1X3 ssjb Tél.: (514) 843-8851 Télécopie : (514) 844-6369 f Site web : www.cam.org/~ssjb Courriel : ssjb@cam.org I » * I ?1 LIVRES Le Couac, juin 2000, page 8 La culture à numéro Après le remarquable travail d'embaumeur professionnel réalisé par Yves Lavertu sur la momie charançonnée de lean-Charles Harvey, voici, en traduction, la vie d'un autre «grand intellectuel» québécois.Cette fois-ci, des croque-mort des Editions du Burial procèdent à l'exhumation de la charogne panée du colonel Sanders.Le Roi du poulet de Robert Tremblay est un livre très tendance comme on dit à Radio-Ghanada Tendance de quoi?Tendance de rien.Tendance tout simplement, épais! Pour Tremblay l'avenir de la littérature québécoise passe par le marché et «l'entertainment business».Selon les pages financières de La Presse-.«Après des études ^^^^^^^^^ très poussées en marketing, HHH^^^H l'auteur conclu que le marché chinois est beaucoup plus lucratif que le marché américain.Contrairement à nos créateurs d'avant-garde qui produisent maintenant de la culture québécoise américaine, Tremblay choisit de créer une culture canadien ne-d'expression-franco-fun-d'un-océan-à-l'autre en chinois.Le résultat est renversant.» tion française, elle-même traduite du best seller pékinois de Rubber Tremblay, redevenu pour le marché deep local Robert Tremblay.«Pourquoi se contenter de la littérature régionale quand on peut faire de la littérature universelle?Think big, sti» déclarait lacques Godbout débordant d'enthousiasme à Bazzo, à Bureau, à Martineau, à Bobino, à l'Heure des quilles et à la Semaine verte.Malgré mes désaccords avec Godbout, ce cinéaste pan-canadien somme toute assez provincial, je crois aussi que Tremblay est un précurseur, un exemple, un modèle pour tous les créateurs québécois.Il faut aller de l'avant, nous ouvrir sur le monde.Nous retardons.Son best-seller, écrit directement en mandarin et publié à PéKin aux Éditions du peuple, sort à New-York un an plus tard, traduit en anglais.Le succès est instantané.Colossal.Pour le New-York TiWs, «Rubber Tremblay is the greatest American writer of the century* Conquis par le talent de l'auteur, l'anti-clérico-fédéraliste lacques Godbout publie maintenant la traduction québécoise de la traduc- Au théâtre, par exemple, la tendance est présentement aux pièces américaines, traduites en français.Une régression infantile.On se croirait revenu à l'époque des Baronets, de César et ses Romains, des Gants Blancs ou des Habits Roses, paquetant leurs salles avec des hits américains en français.De la même manière, les luttes acharnées de l'Union des artistes pour développer une industrie locale de la post-synchro me semblent relever d'une conception vieillie de la culture.On veut nous refaire le coup du «Kentucky Fried Chicken» devenu «Le poulet du Colonel», simple opération cosmétique découlant du «Bill One 0 One»: la même marde mais en français.Mais pourquoi se contenter d'une culture de traduction, alors qu'on peut fabriquer ici de Les journalistes mouillent leurs culottes parce que des porteurs de valises, des «jobbers», des cinéastes québécois de troisième ordre, réalisent pour Hollywood des films de douzième ordre.l'original américain de meilleure qualité et à meilleur prix?C'est l'autre tendance de notre avant-garde intellectuelle: produire pour le marché mondial une culture américaine subventionnée Made in Quebec.Nos «grantartistes» fabriquent maintenant de la musique américaine, du cinéma américain, du théâtre américain, de la tévé américaine, de l'art américain, mieux que les Américains eux-mêmes.Et les journalistes mouillent leurs culottes parce que des porteurs de valises, des «jobbers», des cinéastes québécois de troisième ordre, réalisent pour Hollywood des films de douzième ordre.«C'est un des nôtres qui a dessiné par ordinateur les mouettes et la boucane du Titanic».Et les producteurs de film en rotent de plaisir, parce qu'on oscarise leur Hemingway dessiné par un russe, ou que Las Vegas porte aux nues un pauvre type capable de réciter le livre de téléphone de la Ville de Montréal au grand complet.Et les cinéastes du régime se gargarisent d'art.«Benetton» avec leur sous-produit américain «Home Made» qu'on traduira éventuellement en dialecte local pour les attardés de la réserve québécoise.Mais depuis la parution du libre de Rubber Tremblay, cette avant-garde se trouve elle-même déphasée et dépassée.Un avenir nouveau et radieux s'ouvre pour l'exportation de la culture québécoise.Transformons-nous donc en gardes rouges de la consommation culturelle et adoptons résolument le mandarin comme langue commune de création.Un énorme marché de I 300 000 000 d'habitants nous ouvre ses portes.PIERRE FALARDEAU Robert Tremblay, Le Roi du poulet.Burial, Montréal, 2000.896 pages Au nord du nord Grand voyageur, géographe, écrivain, lean Morisset vient de publier Récits de la terre premières, composés de cinq courts textes issus d'un monde que nous connaissons si mal: l'ar-tique .«De toute façon, c'était les Blancs qui se donnaient l'obliga- tion de nommer ainsi le territoire, sur leurs cartes, censément pour faire plaisir aux Esquimaux, qui ne leur avaient pourtant rien demandé» Un petit livre délicieux.lean Morisset, Rec/ts de la terre première, Leméac, 2000, 84 pages Investissement Investissement dans la culture.Agnès Maltais, la très vive et intelligente ministre de la Culture du Québec, annonce en grande pompe que plusieurs millions seront consacrés à la rénovation de l'Institut de police de Nicolet.Au Québec, la culture se mène par le gros bout du bâton, c'est bien connu.Retour sur une guerre «humanitaire» Il faut a tout prix lire le petit livre signé par Serge Halimi et Dominique Vidal, tout deux journalistes du Monde Diplomatique.Il révèle à quel point l'opinion public s'est fait berner tout au long de la guerre menée par l'OTAN contre les Serbes.Dénonçant la démagogie des politiciens et des militaires, Halimi et Vidal s'en prennent tout spécialement au manque de sens critique de leurs collègues journalistes qui ont ainsi laissé entendre que 100 000 à 500 000 Kosovars avaient été tués par les Serbes.Or d'où provenaient ces chiffres0 De l'armée de libération du Kosovo (UCK).L'OTAN les a transmis aux journalistes occidentaux qui les ont relayé au public.On ne parle plus aujourd'hui de 500 000 «massacrés», mais plutôt de 2 000 morts dont la majorité auraient été non pas des civils, mais des combattants kosovars et serbes.Halimi et Vidal montrent bien comment les chiffres farfelus et les images chocs repris ad nauseam par les médias ont permis à l'OTAN de solidifier l'appui populaire à une guerre qui était inopportune tant d'un point de vue politique (aucun parlement n'a approuvé le déclenchement de cette guerre) que militaire (l'OTAN a frappé des cibles civiles et elle a déversé sur le Kosovo et la Serbie 31 000 obus à l'uranium appauvri).Les criminels de guerre de l'OTAN ne seront vraisemblablement jamais châtiés puisque le Tribunal international est contrôlé par l'OTAN.Le livre d'Halimi et de Vidal ne répond certes pas à toutes les questions que l'on peut se poser au sujet de cette guerre du Kosovo.À ce sujet, on lira aussi avec intérêt Contes et légendes de la guerre éthique, par Daniel Bensaïd Si Halimi et Vidal révèlent de façon convainquante les mécanismes de la manipulation de l'opinion publique, ils n'offrent guère de solutions (fallait-il laisser Kosovars et Serbes s'entre-tuer?).Mais ce livre a tout de même l'immense mérite de nous rendre méfiant devant ce slogan absurde d'aintervention humanitaire».Non seulement n'y avait-il pas de «génocide» en cours au Kosovo, mais l'OTAN, en 78 jours de guerre, a sans doute tué à elle seule autant de civils que les Serbes et les Kosovars en plusieurs mois.Étrangement, ni les médias, ni les intellectuels qui se sont rangés derrière l'OTAN ne semblent considérer qu'il est important de revenir aujourd'hui sur tous ces paradoxes.On aurait espéré mieux d'une guerre «humanitaire» tout autant que d'une presse «libre».FRANCIS DUPUIS-DÉRI Serge Halimi & Dominique Vidal, Lopinion, ça se travaille : les médias, l'OTAN & la guerre du Kosovo, Agone/Comeau&Nadeau, 2000, 94 p.Au salon du livre de Trois-Rivières Samedi 29 avril, alors que le Salon du livre de Trois-Rivières bat son plein, Le Nouvelliste daigne consacrer sa bienveillante et lumineuse attention à l'événement.En première page, on annonce que le déménagement du salon est apprécié par le public et on invite le lecteur à consulter la page 6 pour des «textes et photos».Là, un article nous apprend que «tout le monde est content» et un autre, accompagné d'une photo, nous indique que la visite du caricaturiste Serge Chapleau et du poète |.-F.Poupart au pénitencier local s'est bien déroulée.Dieu soit loué.La madame responsable du kiosque du Nouvelliste au salon du livre était surprise de se voir demander où il était question d'écrivains et de livres dans son journal: «|e ne sais pas.)e le feuillette tellement machinalement, vous savez.» ]ean Meslier Né en 1664 dans un petit village des Ardennes, lean Meslier souhaite «que tous les nobles fussent pendus et étranglés avec les boyaux des prêtres».Lui-même est prêtre et ce n'est qu'à sa mort, en 1729, que l'on découvrira que cet homme, en apparence sans histoire, avait écrit durant les nuits noires d'encre de son existence plus de 1000 pages où il en appelait ainsi à une révolution afin de mettre un terme aux abus, aux injustices et aux usurpations de toutes sortes dont les pauvres gens sont depuis toujours les victimes.On doit à Armand Farrachi, déjà l'auteur d'un magnifique livre intitulé Les Ennemis de la Terre (Exils Éditeurs), d'avoir mis à jour les passages les plus significatifs de l'œuvre de Meslier.Imaginez donc un curé de campagne qui écrit ceci à l'usage de ses ouailles: «Votre salut est entre vos mains.|.| Vous avez tous les moyens et toutes les forces nécessaires pour vous mettre en liberté et pour rendre esclaves vos tyrans mêmes.» JEAN-FRANÇOIS NADEAU Martineau Paraît que Richard Martineau se demande pourquoi il est sur la liste des personnalités à entarter.Est-ce que ça vaut la peine que quelqu'un lui explique?Curé Meslier, Mémoire, Préface de Armand Farrachi, Paris, Exils Éditeurs, 2000 Abonnez-vous ! jktoiyl r&piiQuCQue Par
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