Le couac, 1 octobre 2006, octobre
La honte de la droite, p 3 Photographier pour faire exister, P.7 Nos petits monstres préférés, P s Un drôle d'oiseau Vol.10 • n° 01 m m m m m m m Octobre 2006 &i m m m i&i m m i 3,50$ Le gouffre a cartographie du terrorisme est assez simple à faire : elle coïncide en gros avec celle de l'impérialisme de conquête.L'une et l'autre se superposent plutôt exactement.Les territoires où sévit le terrorisme sont les mêmes que ceux où règne cet impérialisme.C'est en gros le même découpage: la Palestine, l'Irak, l'Afghanistan.L'occupation est le principal facteur qui provoque le terrorisme.Cela ne veut pas dire que l'impérialisme n'existe que dans ces territoires.Prenez l'Amérique latine, où il n'y a pas à proprement parler d'occupation et où il y a justement bien moins de terrorisme organisé qu'au Moyen-Orient.Dans les trois pays occupés que je mentionne se concentre une violence extrême, qui n'a pas son équivalent ailleurs.Si l'occupation est la grande cause, le terrorisme qui la suit immanquablement est une défense et les terroristes dont il s'agit sont des résistants.Il faut cependant noter par ailleurs une étrange conséquence du désordre infini dans lequel l'Irak se trouve plongé: la quasi-guerre civile entre deux confessions du même Islam.Cela est d'une autre nature.Mais il est possible que ce pourrissement n'ait pu se produire qu'à la faveur de la dislocation du pays, déjà en proie aux conséquences de la guerre et de l'occupation.Du reste, l'une des deux factions force, et la force, ne pouvant triompher, ne fait que créer à mesure une violence contraire, laquelle se constitue en opposi- est accusée de complaisance envers les États-Unis.Là encore l'occupation est donc visée.Celle-ci est un phénomène statique.Elle ne peut bouger ni prendre fin.Elle est prisonnière.Il faut que l'occupant reste là, immobilisé, continuant paradoxalement d'alimenter le terrorisme et le désordre sans pouvoir les maîtriser, de sorte que cet antagonisme forcené est comme une situation fermée, un panier de crabes.Les États-Unis, en pareille matière, ne comptent que sur la tion permanente.C'est ainsi que la résistance, qui n'a guère d'autres moyens que la terreur, installe dans le monde une forme de guerre anarchique et néanmoins cohérente, depuis des forces pratiquement insaisissables.S'ensuit alors un état général d'hostilité plus ou moins active ou plus ou moins larvée, qui ne peut aboutir.Sans parler de l'incroyable anarchie qui fait que l'on s'attaque aussi, sans discrimination, à des civils, à des concitoyens.Ici on est obligé de reconnaître qu'on ne comprend plus.Mais pendant ce temps, étant donné ces ennemis, armée d'occupation et résistants, qui ne peuvent être ni vainqueurs ni vaincus, quelque accident effroyable peut éclater en s aucun temps, là ou ï ailleurs, qui provo-1 querait des conséquences et des LU 1 Poi"TE// amènerait des éléments de proportionnelle.« C'est dans le regard des gens de droite qu'on s'aperçoit qu'on est de gauche.» - Guy Bedos Avant d'être démocratique, a-t-il écrit en avril 2005, un gouvernement doit être capable de gouverner.En ce sens, es institutions politiques doivent toujours être commandées par une saine conscience de l'autorité avant de s'engager dans une forme particulière de régime politique.» La dernière trouvaille de Bock-Côté, encore une fois accueillie à page ouverte dans La Presse du 9 août : «Ce n'est pas malgré son conservatisme qu'Harper est parvenu à gagner la sympathie des Québécois, mais grâce à lui.» Bien sûr, la gauche n'est pas immaculée.Et je pense avec l'humoriste Guy Bedos que c'est parfois difficile d'être de gauche, surtout si on n'est pas de droite.Mais pourtant, quand on pense ne serait ce qu'un instant à ce que l'humanité doit à la droite en matière d'exploitation, de misère, de domination, d'injustice et quoi encore, comment comprendre qu'on puisse se faire une gloire de s'en réclamer?Guy Bedos, encore: «C'est dans le regard des gens de droite qu'on s'aperçoit qu'on est de gauche.» MICHEL RIOUX * Me les cassent aussi certains faiseux qui font profession de mondialistes autoproclamés tout en fermant les yeux sur le rôle proprement impérialiste joué par le Canada, semblant préférer cette domination coloniale au risque assumé de nous déterminer nous-mêmes au Québec, État y compris.Le masque tombe Le vrai Harper à Finie la comédie.Non sans une certaine habileté, le premier ministre fédéral a d'abord entrepris de séduire le Québec, visant surtout le premier ministre Charest qui, au fond, est comme lui un conservateur.Pendant un bon moment, ça marchait.On a lancé des mots que l'on croit magiques : « fédéra-lisme asymétrique», «présence du Québec à l'Unesco», correction du «déséquilibre fiscal».Mais le stratagème ne pouvait durer.L'entourage albertain de Harper a mis le holà.Pas question de revenir à l'accord du lac Meech.La grogne des autres provinces se faisait déjà entendre.Au Québec, le doute s'installait.Un pitoyable strapontin dans la délégation canadienne à l'Unesco ne répondait pas à l'ambition québécoise d'une vocation internationale.Les propos de Harper sur le déséquilibre fiscal se noyaient dans le vague.Refusant de relancer le débat constitutionnel, Jean Charest a cru régler les problèmes dans les rapports des provinces avec Ottawa en mettant sur pied le Conseil de la fédération, qui, espérait-il, permettrait aux provinces de parler d'une seule voix.Ce fut un fiasco.Les provinces ne voyaient pas du même œil ni le déséquilibre fiscal ni les règles de péréquation, les «riches» s'opposant aux «pauvres».De son côté.Harper tenta de lancer un nouveau débat, sur la durée du mandat des sénateurs qui, à l'heure actuelle, n'a pas d'autre limite que la retraite à 75 ans.Le pétard a fait long feu.Mais attention! Ce n'est que l'amorce.Depuis déjà longtemps, les provinces de l'Ouest réclament une tranformation.du sénat qui va beaucoup plus loin que la simple durée du mandat.Cela s'appelle la réforme des trois E: un sénat efficace, élu et égal.Le troisième E est particulièrement discutable.Il signifie, par exemple, que l'île-du-Prince-Édouard élirait autant de sénateurs que le Québec ou l'Ontario.Ainsi, cette réforme diminuerait le poids du Québec, déjà insuffisant, dans la Confédération.La réalité, c'est que Harper est antiquébécois, dans la plus pure tradition Canadian.Dans les discussions sur les préparatifs du 400e anniversaire de Québec, son gouvernement a eu l'outrecuidance d'exiger que la loi 101 soit mise entre parenthèses pendant toute l'année 2008, comme si la fondation de notre capitale par le Français Samuel de Champlain était un haut fait du bilinguisme anglo-colonial à venir.Autre signe de mépris de l'Histoire, Ottawa aurait aussi exigé, pour délier les cordons de la bourse subven-tionnaire, que cette commémoration soit l'occasion de célébrer la « diversité » canadienne.Le masque tombe.La comédie a assez duré.PIERRE DE BELLEFEUILLE Bonne fête Travail ! Comme chaque année, tout le Québec était en congé le 4 septembre dernier pour célébrer le Travail, [e premier mai prochain, toujours pas de congé férié pour les travailleurs et travailleuses.En revanche, le gouvernement Charest compte proposer toute une série de nouvelles fetes nationales: la fête de la Soumission la fete de l'Esclavage et celle de l'Aliénation.Enfin, un gouvernement honnête.Liens diplomatiques, liens de sang Le Canada, l'Afghanistan , et les Etats-Unis Il fallait s'y attendre: des soldats canadiens meurent en plus grand nombre en Afghanistan et voilà des éditorialistes et des «experts» qui nous expliquent pourquoi il faut qu'il en soit ainsi.Admettant explicitement que l'opinion publique au Canada ressent un malaise face à l'engagement des troupes canadiennes en Afghanistan, vite ils nous enjoignent d'être raisonnables et déclarent que retirer nos soldats minerait nos liens politiques avec nos alliés, au premier chef les États-Unis.Notre diplomatie a donc un prix, celui du sang de nos soldats et celui d'Afghans anonymes, morts pour que l'honneur diplomatique du Canada soit sain et sauf, lui.C'est ce que nous explique à mots à peine couverts, le 6 septembre 2006, l'éditorialiste et directeur du Devoir, Bernard Descôteaux, pour qui «le Canada ne peut pas (.] se retirer d'Afghanistan tout de go en laissant les autres pays membres de la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS) seuls aux prises avec le problème afghan».«Problème afghan» est une belle formule qui ressemble à l'expression «problème noir», utilisée aux États-Unis dans les années 1960 par des Blancs qui n'allaient tout de même pas dire qu'il y avait dans leur grand pays un problème Blanc.Pour l'Afghanistan, et l'Irak d'ailleurs, il serait sans doute plus précis de dire qu'il y a un problème d'invasion militaire à laquelle réagit par les armes une part de la population (les «terroristes»).Ces nuances intéres- sent peu Descôteaux, qui s'inquiète surtout que «le Canada perdrait toute crédibilité» en abandonnant sans l'achever ce projet d'invasion militaire à prétention civilisatrice.Et dire que depuis les années 1950, le Canada se bâtissait une solide crédibilité diplomatique précisément en se cantonnant au rôle de maintien de la paix et en ne participant pas à des opérations militaires offensives.Cette approche semble dépassée, à en croire l'éditorialiste à La Presse André Pratte, qui déclare le même jour que «rien ne serait plus néfaste pour la crédibilité du Canada que de se retirer d'une telle mission.Qui prendra le gouvernement canadien au sérieux, ensuite.» Quelques jours plus tard, Denise Bombardier signe une chronique dans Le Devoir, y expliquant que « notre existence internationale s'est aussi construite sur les responsabilités que nous devons assumer, parfois au prix de vies humaines».Que le sang coule, donc, pour préserver notre honneur canadien.Pour Descôteaux, le Canada « a mis un doigt dans un engrenage dont il ne peut plus s'extirper sans se blesser.» Perdre le doigt, admettons-le, est très embêtant en temps de guerre, car alors comment presser sur la gâchette?Pour éviter cette blessure, mieux vaut donc laisser les soldats être broyés par « l'engrenage», avec en prime quelques Afghans.Le lendemain, Le Devoir propose en page « Idées » celles de Marc André Boivin, Coordonnateur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix (sic.) de l'Université de Montréal, qui revient précisément d'Afghanistan avec une belle certitude.« Une chose est claire: se retirer maintenant porterait un coup dur à la crédibilité internationale du Canada.» Crédibilité aux yeux de qui ?Des gens de la rue au Pakistan, en Irak, en Iran, en Palestine, et ailleurs dans les pays musulmans, aux yeux des pacifistes, ou aux yeux des chancelleries occidentales, de la Maison Blanche et des salles de rédaction?S'il trouve les liens diplomatiques plus importants que la vie humaine, pourquoi donc cet expert des opérations de paix n'est pas resté en Afghanistan pour participer à la boucherie, une feuille d'érable sur le cœur, et ainsi accroître notre crédibilité internationale.À se demander aussi si Denise Bombardier, Bernard Descôteaux et André Pratte, qui ont sans doute passé l'âge de porter l'uniforme uni-folié, aimeraient que leurs enfants - s'ils en ont -soient présentement en Afghanistan à bombarder des Afghans et à se faire canarder en retour.Mais à chacun selon ses compétences, soit faire couler le sang pour les soldats et couler l'encre pour les éditorialistes et autres experts si empressés de nous expliquer la valeur diplomatique du sang qui coule.Il faut être prêt à payer ce « tribut », déclare André Pratte qui pourtant ne paie rien du tout, restant bien à l'abri si loin du champ de bataille.Ce sang perdu a une valeur diplomatique, certes, mais surtout pour ceux qui ne risquent pas de perdre le leur.FRANCIS DUPUIS-DÉRI NATIONAL Le Couac, octobre 2006, page 4 Le cercle de zoologie politique Winston-Smith Le cycle de la vie chez les jeunes loups Le cercle de zoologie politique Winston-Smith présente cette semaine un article de bas-fonds qui a nécessité une vaste recherche empirique étendue sur toute une génération de louveteaux, suivis de la naissance jusqu'au trépas par notre équipe de chercheurs du Winston institute.Nous présentons aujourd'hui le tableau le plus complet jamais réalisé sur ce sujet fascinant.Les jeunes loups naissent en général dans les tanières d'Outremont ou dans les steppes lavalloises mais se retrouvent très tôt au pied des montagnes pour recevoir leur éducation de base.Les «graines de leader» apprennent les trucs du métier auprès des sages vaches grasses d'antan qui ruminent la vieille matière dans les fourrages du collège Pré-Bœuf.Vers la fin des années de collège, la sélection naturelle permettra à ceux qui s'adaptent le mieux de joindre la Fédération étudiante des loups collégiaux (FELC).Là-bas, les plus impétueux seront vite tempérés par les plus dociles et un climat de meute cordial, unanime et servile permettra d'assurer la stabilité de l'ordre animal.Des rituels de purification permettent de sublimer les pulsions agressives des jeunes loups.Toute l'énergie est mise dans la fête, celle qui exulte, celle qui épuise, pourvu qu'il y ait l'ivresse.On célèbre le mythe des vieux loups morts pour la révo-loup-tion.et ça suffit.Et, au moment de l'action, toute la meute se retrouve à la mer, à boire et à hurler à la lune.La maturité sexuelle est atteinte lors d'un rite de passage sur la montagne, au pied du totem du Phallus géant.Là, le jeune loup est tondu de sorte qu'il ne lui reste qu'une crête de poil enduite de pommade au centre du crâne.Cette tradition, appelée «faux-hawk» donne symboliquement au jeune loup toute la force de prédation du faucon.ou du vrai.Les plus aguerris entrent alors dans le cénacle de la Fédération étudiante universitaire des loups (FEUL).Dès ce moment, le jeune loup entreprend de séduire des femelles à volonté pour se les approprier et élargir la meute.La compétition est d'ailleurs féroce entre jeunes loups.Il faut vite améliorer ses mécanismes de défense et tisser des alliances.Il vaut mieux intimider l'autre en exhibant des crocs d'une blancheur immaculée que de mordre pour vrai et risquer d'abîmer sa fourrure.C'est à ce moment que s'entame la mue.Le pelage des jeunes loups alpha commence à prendre une teinte bleutée qui indique leur statut supérieur et l'avenir qui leur est promis à la tête de la meute.Le jeune loup regarde ses prédécesseurs avec appétit et n'aspire qu'à les dévorer, non seulement pour s'engraisser, mais aussi pour s'approprier leurs pouvoirs.Vers la fin de la vie, le pelage fonce et le sourcil grisonne.Le cerveau s'atrophie jusqu'à ressembler à une cervelle d'oiseau, mais le verbe reste haut, lusqu'au jour où le père s'écrase dans une mare de son propre sang bleu, mordu à la jugulaire par un jeune loup aux canines acérées, marmottant: «Tu quoque andré.lupus est.» Homo hominis LE CERCLE DE ZOOLOGIE POLITIQUE WINSTON-SMITH cercle.winston.smith@gmail.com Les jeunes loups entreprennent alors de s'entretuer pour savoir qui aura le privilège de distribuer à la meute les cadavres putréfiés rapportés des chasses passées, tout en s'octroyant la part du lion.Qu'importe que cette viande soit avariée ou qu'elle vienne à manquer: l'important est de s'en assurer la gestion dans l'immédiat.
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