Le couac, 1 mars 2007, mars
Les médias accréditent le dégel des frais de scolarité, p.3 Norman Bethune: L'admirable histoire d'un héros, pj Jacques Brassard: Moustachu, et pour cause, p.8 Vol.10 • n° 06 Mars 2007 3,50 m L'année des cochons uand le gars se lève pour aller travailler, il ne dit pas qu'il s'en va au bureau, comme à peu près tout le monde.En fait, il ne dit pas un mot.Parce que c'est à l'abattoir qu'il s'en va.Un abattoir de cochons où, 24 heures sur 24, on en saigne près de 30 000.Vous avez déjà entendu des cochons dans un enclos, les heures qui précèdent leur abattage?Pleurent et crient comme des enfants.Allez passer 8 heures avec eux.Vous avez vu le gars qui égorge les cochons accrochés au train roulant au-dessus de sa tête?Un coup de couteau aux quinze secondes environ.Le sang qui gicle partout.Ceux qu'on appelle les saigneurs finissent avec des troubles psychologiques.Il a fallu quatre votes pour que les travailleurs d'Olymel acceptent finalement de se faire passer un nouveau contrat dans la gorge.De l'acharnement très peu thérapeutique.«Sont fous de refuser les offres», ont clamé plusieurs bien-pensants dans les tribunes téléphoniques.Ils ne pourraient endurer ce type de travail plus d'une demi-journée, ces gérants d'estrade qui ne savent pas de quoi ils parlent, comme d'habitude, excités par des histrions comme Proulx.Retour en arrière Ça se passait il y a plus de 35 ans, dans une entreprise métallurgique de l'Est de Montréal.La cinquantaine de travailleurs en grève depuis un moment étaient réunis pour voter sur la dernière proposition patronale, qui contenait une série de reculs sur tous les plans, le revois encore le conseiller syndical, très ému, expliquant aux travailleurs que s'ils refusaient cette dernière proposition, c'était certain que l'usine fermerait.En commençant par les plus âgés, les travailleurs avaient défilé au micro en disant: «Dans ces conditions, pas question de retourner travailler là.Qu'ils la ferment, leur usine! » Ça s'appelle la dignité ouvrière.On l'a revue récemment dans la Beauce.Mais il s'en trouve un peu partout, surtout dans la bonne société, à ne pas pouvoir la reconnaître quand elle passe, la dignité.Ce qu'il faut savoir, c'est qu'une convention collective, ça se bâtit lentement.Un peu comme la petite maison qu'on achète pour, une année, refaire la galerie, finir le sous-sol plus tard, changer les fenêtres quand on a réussi à mettre un peu d'argent de côté.Une convention, ça s'améliore au fur et à mesure des négociations.C'est ainsi qu'après 27 ans, la convention des travailleurs d'Olymel avait atteint un niveau intéressant.Trop pour la Fédérée et le mercenaire à sa solde, Lucien Bouchard.Il y a quelques années, j'avais dit de ce ténébreux qu'il avait commencé en De Gaulle et fini en Pinay, du nom d'un ancien ministre des Finances de France occupé tout entier à gérer à la petite semaine.En dépit des grands airs qu'il se donne et de la morgue dans laquelle il se drape, quel manque de sens de l'État chez cet homme, qui fut premier ministre, et qui se dévoue depuis à la solde des entreprises, en monnayant ses talents pour mettre des travailleurs à genoux.Devenir l'homme lige du patronat ! Il faut le voir, l'œil charbonneux, le sourcil froncé, théâtral, hiératique et mangeant ses mots.« Faut faire Il y en a qui sont cochons à l'année.des sacrifices!» Bon pour les autres, les sacrifices.Bon pour les petits, les obscurs, les sans-grade.Il est payé combien, le Lucien, pour mettre les ouvriers à plat ventre dans la gravelle comme il vient de le faire chez Olymel et comme il l'a fait chez Vidéotron, à la SAQ, chez Alouette ou encore Corus de Toronto, dont il a défendu les intérêts contre des travailleurs de Montréal ?Autour de 1000 $ l'heure, paraît-il.Et la Fédérée là-dedans?Une coopérative, la Fédérée.Il y a 35 ans, j'ai commis un pamphlet au titre qui se révèle prophétique: La Fédérée est capitaliste ! Avec des coopératives comme ça, on n'a pas besoin de capitalistes, en effet.De retour du lapon, trois jours après la reddition des travailleurs de Vallée-lonction, le pdg de la Fédérée a confié à la presse que sa priorité était d'augmenter les salaires de ses cadres.Dans l'astrologie chinoise, l'année du cochon a commencé le 18 février.Il me semble pourtant que depuis que j'ai l'âge de raison, il y en a qui sont cochons à l'année.MICHEL RIOUX
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