Le couac, 1 juillet 2008, juillet
Cinéma et télévision: le sous-financement des réalisatrices p.4 Ressources naturelles : l'état lamentable des océans p.5 Retour sur le Ier mai : l'amnésie des syndicats québécois p.8 r Un drôle d'oiseau Ce numéro est commandite par Bourrick Gold.parce que le silence est d'or.Vol.11 • n° 10 m m m m m m uillet 2008 3.50 \m Le règne « Military men are dumb, stupid animals to be used as pawns for foreign policy.» Henry Kissinger Le 11 iuin dernier, se déroulait, pour la troisième journée à Montréal, le Forum économique international des Amériques.On pouvait y croiser de nombreuses personnalités canadiennes.Même le maire Tremblay est venu profiter du buffet.Devant l'entrée de l'Hôtel Hilton, rue de la Gauchetière, quelques manifestantEs allaient et venaient.Sur leurs pancartes, des photos d'un homme, toujours le même, et des slogans « Kissinger, assassin ! ».Des manifestantEs néEs ici ou ailleurs ; au Chili, par exemple.La venue de Kissinger au Québec est passée comme une lettre à la poste.Pas de commentaires, pas d'étonne-ment et une couverture complaisante des médias qui rapportent quelques mots de son discours d'hier.En le présentant tantôt comme un ancien diplomate ou secrétaire d'État, tantôt comme le récipiendaire du Prix Nobel de la paix (sic!), aucun journaliste n'a la conscience morale de rappeler également ses nombreux faits d'armes.Il faut préciser que parmi les très nombreux et fiers commanditaires du forum, on retrouve La Presse, La Gazette et le National Post.Dans ces conditions, comment la population québécoise peut-elle s'offusquer que l'on accueille ici à bras ouverts l'un des plus grands criminels de guerre de l'histoire?Un criminel assigné à comparaître dans l'impunité Photo : Bruno Dubuc plusieurs pays, dont le Chili, le Brésil, l'Argentine, le Paraguay, la France et l'Espagne et qui a aujourd'hui bien du mal à voyager.Ici, il est reçu en ami.La venue de Kissinger au passée comme une lettre Québec est à la poste.Rappelons-nous simplement quelques-unes de ses réalisations.En 1970, Kissinger organise des bombardements secrets au Cambodge et au Laos afin d'étendre le fiasco qu'est déjà alors la Photo : Bruno Dubuc guerre du Vietnam; en 1971, il autorise le meurtre de centaines de milliers de civils par les militaires pakistanais; en 1973, il finance et dirige le coup d'État au Chili pour y instaurer Pinochet, avec les conséquences (torture, disparition et meurtre de milliers de personnes) que l'on sait et, en 1975, il appuie l'invasion du Timor Oriental (200 000 morts).Plus récemment, il a participé à l'instrumentalisation des attentats du 11 septembre et conseillé d'attaquer l'Afghanistan puis l'Irak1.Mentionnons que Kissinger ne manque pas d'ironie, puisque son discours du 11 juin portait sur la perte de souveraineté des pays.Autre ironie du jour : Michelle Bachelet, présidente du Chili, était elle aussi présente au forum.Ayant été emprisonnée et torturée sous Pinochet, elle a précisé • « l'avais mon opinion sur M.Kissinger par le passé.Maintenant, je ne veux rien dire».Maintenant, c'est l'économique qui prime.ISABELLE BAEZ I Pour plus d'information, voir le l'ouvrage de Christopher Hitchens, Les crimes de monsieur Kissinger.www.bibliomonde.com/livre/crimes-monsieur-kissinger-les-1457.html Après Barricfi, Banro II millions : les actions d'Écosociété sont à la hausse ! DÉ|À poursuivis pour la coquette somme de 6 mil-lions de dollars, les Éditions Écosociété et les trois auteurs du livre Noir Canada, viennent de se voir coller une deuxième poursuite aux fesses par la compagnie minière canadienne Banro qui leur réclame 5 millions de dollars pour diffamation.Les passages visés concernent une fois de plus des données émises par des sources sérieuses et crédibles, telles que les rapports des experts mandatés par le Conseil de sécurité de l'ONU, les observations de la commission d'enquête dirigée par le député congolais Christophe Lutundula ou des articles de Dominic Johnson, journaliste allemand chevronné spécialiste de l'Afrique.Réaction à chaud d'Alain Denault, auteur principal de Noir Canada, quelques heures après avoir reçu cette seconde poursuite : « Ça veut dire qu'on peut fermer les universités demain matin.C'est la consécration de la langue de bois.Qu'on peut parler de "gouvernance" et de "droit de l'Homme" dans de beau rapports, mais quand il s'agit de faire un travail argumentatif sérieux à partir de sources crédibles et d'amener ça dans la sphère publique, on voit qu'actuellement on ne peut pas.Alors les masques tombent et l'on est en droit de parler d'une démocratie de pacotille.La liberté d'expression n'existe ici que tant qu'on ne s'en sert pas.Si ce que l'on dit peut véritablement affecter l'ordre des choses, alors on se prend des procès.Des procès qui sont des comédies, mais qui font qu'on ne peut plus parler.» Saluons d'entrée de jeu le caractère plus raisonnable du montant de la poursuite de Banro (5 au lieu de 6 millions) qui fait preuve d'une retenue tout à son honneur.Soulignons ensuite la délicatesse d'avoir inscrit cette seconde poursuite en Cour supérieure de l'Ontario, et non pas du Québec comme pour la poursuite de Barrick Gold, histoire d'être suite en page 3 Jeune femme recherchée ! Qui sera la « sorcière» de Québécor cet été?Les paris sont ouverts : après Karla Homolka, Geneviève leanson, Myriam Bédard, Nathalie Simard et lulie Couillard, le loumal de Montréal a besoin d'une jeune femme, de préférence pulpeuse, à clouer au pilori de sa première page semaine après semaine cet été Faites vos jeux1 MUSIRONIE La faim dans le monde Tous les intervenants qui ont participé au Forum mondial sur la crise alimentaire sont unanimes: le service de traiteur était excellent.MUSIRONIE L'importance de la qualité Le journal La Presse annonce qu'il fera le pari de la qualité.André Pratte, Réjean Tremblay, Lysiane Gagnon, Claude Piché et les autres demeurés écriront encore pour le journal, mais le papier sera plus blanc qu'avant.MUSIRONIE Trahir Qu'est-ce que ie m'en vais chercher là?Tel ou tel individu, impliqué pourtant, évite le mot, n'a même pas conscience de la chose, ignore ce que c'est.Vous ne le coincerez pas.Il conserve sa pleine estime de soi.C'est un politicien.Mais voyez la violence des politiques qu'il applique.Il les pratique par-dessus vous, par-dessus tout le monde, contre l'opinion publique, comme la politique de guerre de Harper, imperturbablement, impérialement.La démocratie est emportée dans, le flot de ces décisions politiquement arbitraires.La trahison déchire la démocratie.Mais le politicien l'ignore lui-même.Étrange, l'occulte substitution du pouvoir officiel par des pouvoirs cachés mais souverains.Le soi-disant gouvernement est seulement leur bras politique.Cela se voit entre autres par nos menées au Moyen-Orient.Quelques horreurs, simplement à titre d'exemples.Les sables bitumineux d'Alberta.Le port méthanier au Québec et devant Québec.La guerre où Harper nous embarque quasiment par décret, les dizaines de mil- liards dilapidés dans l'armement au Canada, et les centaines de milliards que le gouvernement annonce à même fin sur vingt ans.La vassalisation accélérée du Canada sous Harper, qui se colle inconditionnellement à Washington.Ce ne sont pas là de petites fautes, des politiques douteuses isolées, des choses de second ordre.La trahison fait dans l'énorme.Pour décrire ce qui se passe ainsi, il n'y a cependant guère moyen d'employer de mots ayant une charge proportionnée à leur sujet, l'en suis tout à fait conscient ici.«Trahir» n'est qu'un gros mot.Le politicien est dans la honte, mais, par une sorte de mécanisme psychologique, il masque la faute et protège ainsi l'idée qu'il se fait de sa propre intégrité.Il ne revient pas là-dessus, c'est un homme neuf.L'idée de faute n'est pas courante non plus sous la plume des commentateurs.On vend le pays mais ce n'est rien.Les politiciens tiennent admirablement bien leur rôle de composition.L'idée de trahison est complètement absente, même et surtout dans l'esprit de l'intéressé.Il n'y a que des affaires à discuter.Il y a des pour et il y a des contre, et voilà tout.Pourtant, qu'est-ce qui est en jeu ?Le pays, son autonomie, des valeurs, des interdits majeurs, de grands intérêts publics et politiques, la liberté politique.Aucune importance.Ça va?Ça va.Les entremetteurs s'en tirent.Ils ne sont pas mis en cause.Leur figure publique est sauve, du moins à leurs propres yeux.Tout de même, insistons.Il y a Rabaska, il y a les sables bitumineux, il y a les intérêts du pétrole, il y a la guerre, qui est un scandale moral, politique et même juridique.Il y a la débauche des crédits militaires.Il y a le pays qu'on liquide.Mais il n'y a pas de trahison.PIERRE VADEBONCŒUR Le Couac, juillet 2008, page 2 Le compteur de l'inadmissible Au 1er juillet 2008, cela fait 912 JOURS que Abdelkader Belaouni se terre dans l'Église St-Gabriel pour ne pas être déporté Pour l'aider : www.soutienpourkader.net Des autocollants dérangeants tes GROS.sors ton vélo! un char a montréal?heille, réveille! TU FAIS CHIER; TU POURRAIS MARCHER! MOI, MOI JE, JE, JE, JE, JE MOI, JE.LE 6 SEPTEMBRE DERNIER, Jean-François Vincent et Stefanie Schenk ont posé plus de 3000 autocollants «choquants» sur les véhicules situés dans des quartiers à proximité du centre-ville de Montréal, dans le but de rappeler la dégradation de la qualité de vie due à l'utilisation excessive des véhicules à essence en ville.Ce geste leur a valu une contravention de 310 $ chacun pour avoir contrevenu à l'article 47 du Règlement sur la propreté, le civisme et le respect de l'arrondissement Ville-Marie.Cette «Action-Autocollant» a par la suite été appuyée par le Collectif Montréal à Vélo (MAV), une association de cyclistes utilitaires qui juge indispensable de susciter la réflexion sur la dépendance à l'automobile, et ce, non seulement auprès des citoyens, mais des décideurs politiques.« Il est vrai que plusieurs initiatives ont été entreprises par l'administration Tremblay pour encourager le transport alternatif à la voiture à Montréal » affirme Fannie Dulude, membre du Collectif MAV.«Cependant, ces mesures sont étouffées par tous les grands projets de développement récemment dévoilés, qui valorisent et encouragent l'utilisation de l'automobile : le boulevard Notre-Dame à 8 voies, l'échan-geur Turcot, le futur village commercial Griffintown, l'expansion graduelle du béton sur le Mont-Royal et ainsi de suite.Il est essentiel de repenser complètement le transport urbain, en faveur d'un système humain, efficace et agréable pour tout le monde.» Tout comme les membres d'Action-Autocollants, le MAV considère que les conséquences de la culture automobile sont si préoccupantes qu'il est justifié d'enfreindre les lois sur l'affichage afin que le message soit diffusé.D'autant plus que ces actions ont été faites dans un esprit pacifique et qu'en plus toutes les précautions ont été prises afin de ne pas endommager le bien d'autrui ou le mobilier de la ville.WON D.RANGER Pour plus d'information sur le Collectif Montréal à Vélo : www.montrealavelo.org Lapsus radio-canadien Tout ce qui "couche" Julie Couillard concerne le domaine public.» Excuses officielles Stephen Harpon a présenté des excuses officielles, le 11 juin dernier, aux autochtones agressés dans les pensionnats fédéraux.Le Premier ministre a déjà mentionné qu'il s'agira d'excuses sincères et respectueuses, ajoutant qu'à l'avenir, on tâchera d'utiliser un lubrifiant plus performant.MUSIR0NIE COURRIER DU LECTEUR Le monde serait-il en train de changer?Depuis un certain nombre de mois, quelques changements d'importance se produisent à l'échelle de la planète, laissant croire à un début de virage dans le bon sens pour l'avenir de l'humanité.Ces changements peuvent, à première vue, paraître de mauvaises nouvelles mais cachent souvent des progrès sur le plan écologique.Augmentation du prix du pétrole L'augmentation importante du prix du pétrole depuis quelques années commence à donner des fruits écologiques : Les ventes des 4 x 4 et de VUS ont diminué de 30 % aux Etats-Unis, ce qui amène les compagnies à revoir la production automobile et l'orienter vers les voitures compactes et peu consommatrices d'essence.Le monde du trafic aérien est en crise.Les compagnies annoncent des pertes spectaculaires, ce qui présage l'augmentation du coût des billets et, par conséquent, la réduction des voyages en avion.Certaines compagnies ont déjà décidé de réduire leur flotte.Le coût du transport en général ayant augmenté, la circulation des marchandises à l'échelle de la planète commence à rencontrer des difficultés.C'est un premier signe du fléchissement du mouvement de mondialisation.Crise alimentaire La crise alimentaire est dramatique, puisqu'elle met en péril la survie même de centaines de millions de personnes dans les pays pauvres.Toutefois, cette situation fait que certains acteurs internationaux envisagent maintenant la promotion de l'agriculture vivrière (soit des productions agricoles par de petites unités pour consommation locale) plutôt que les cultures de produits d'exportation avec l'agriculture industrielle.Biocarburants La production d'éthanol à partir de maïs et autres produits agricoles a provoqué une pénurie et des augmentations de prix des aliments.S'en est suivi une contestation à grande échelle qui ne pourra laisser les gouvernements indifférents.On a même entendu que cette production était «un crime contre l'humanité ».Voilà donc quelques éléments de l'actualité qui laissent croire à un monde en changement, favorables à long terme sur le plan environnemental.Même si ces changements ne sont pas faits sur une base écologique planifiée et volontaire, peut-être notera-t-on bientôt une réduction de l'émission de gaz à effet de serre ainsi que d'autres progrès écologiques.Pascal Grenier, président Groupe de simplicité volontaire de Québec Erratum Relativement à l'encadré de la page 6 du dernier numéro.C'est André Desmarais, président du CA de La Presse, qui a épousé France Chrétien, fille de lohnny.La Presse publie régulièrement des photos du couple sur son 36, de même que presque tous les numéros de la revue M du Musée des Beaux-arts de Montréal.Ils sont de tous les soupers bénéfices qui rassemblent la grande bourgeoisie montréalaise, quand elle fait la charité autour d'un buffet bien garni, devant les photographes de presse.Quant à Paul fr on le voit peu.C'est son épouse Hélène (et non sa sœur) qu'on voit trop.Portrait de famille : argent.canoe.com/lca/ chroniques/heritierdesmarais/archives/2007/09/ 20070928-160936.html Merci à Jacques Bouchard pour ces corrections.Le Couac 6940, rue logues Montréal (Québec) H4E 2W8 Téléphone : (514) 596-1017 Vous voulez collaborer au Couac?Vous pouvez nous faire parvenir vos textes (max.700 mots)/dessins/photomontages par courriel, via notre site Internet : www.lecouac.org.Fondé en 1997 par Pierre de Bellefeuille et Jean-François Nadeau CO REDACTEURS EN CHEF : Guillaume Beaulac, Bruno Dubuc, Simon Tremblay-Pepin.COLLABORATEURS : Isabelle Baez, Pierre de Bellefeuille, Patrick Cadorette, Francine Campeau, Louise Caroline Bergeron, Michel Collon, Martin Dufresne, René Girard, Clôde de Guise, Yvette Pageau, Yvon D.Ranger, Michel Rioux, Valentin Tardi, Simon Tremblay-Pepin, Pierre Vadeboncœur, Ramon Vitesse.ILLUSTRATIONS ET PHOTOS : Bobidochc, Boris, Bruno Dubuc, Serge Ferrand, Marie-Julie Garneau, Luc Giard, Hal, Vanya Rose , Valentin Tardi, Ramon Vitesse.MISE EN PAGE: Coopérative Molotov - molotovcoop.org IMPRIMÉ PAR : les travailleurs et travailleuses syndiquées de Payette et Simms inc.DISTRIBUÉ PAR : Gladu distribution Abonnement et publicité : (514) 596-1017 ISSN 1480-2074 • No de publication (Poste Canada) 1213369 Imprimé au Québec POUR S'ABONNER Par téléphone : (514) 596-1017 Par la poste : Le Couac 6940, rue logues, Montréal (Québec) H4E 2W8 Adressez votre chèque à : Le Couac.• Abonnement d'un an : 30,42 $ + taxes = 35,00 $ • Abonnement de deux ans : 52,15 $ + taxes = 60,00 $ • Abonnement institutionnel et de soutien : 52,15 $ + 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Je vais faire une folle de moi.» Elle devait ajouter, la bouche un brin pâteuse, mais l'œil plutôt guilleret : «Je n'ai pas été nommée gouverneure générale parce que je suis une femme, ou parce que je suis immigrante ou parce que je suis Noire.Non.Mais parce que je suis hot.» Même sa sœur Nadège ne l'avait pas trouvée drôle et s'en était ouvert dans une lettre à la presse.«Par certains des propos que tu as tenus, tu as fait fi de ton devoir de respecter le caractère strictement symbolique de ta fonction.Tu as eu la triste maladresse de mettre tes deux pieds sur le terrain politique.Ainsi, la prochaine fois que tu auras à porter un toast afin de clore l'un de tes discours, évite donc de bégayer.Se moquer aussi subtilement de tous ceux et de toutes celles qui aspirent à faire du Québec un pays souverain, n'y a-t-il pas là une intention politique à peine dissimulée?» Faire une folle d'elle, avait-elle dit en cette soirée qui n'en devint pas pour autant un événement d'octobre.Elle a tenu parole.Au-delà même de toute attente.Car pour son propre malheur - et un peu pour le nôtre aussi -, elle ne s'est pas arrêtée dans sa course incandescente et a poursuivi allègrement pour nous faire revivre, ici comme en France, la transe transcanadienne.Bien sûr que cela peut vous monter à la tête, surtout si on l'a légère, de se faire dire qu'on est le successeur de Samuel de Champlain.Ou encore de lire dans Libé qu'on serait un heureux mélange de Lady Di et de Nelson Mandela.On en a connu d'autres qui n'ont pas survécu au king size ego trip sur lequel ils s'étaient engagés, confirmant à nouveau cette règle d'airain suivant laquelle la roche Tarpéienne est bien proche du Capitole.Pensons ici à cette étoile très filante que fut Maximus 1er Bernier et à son égérie aux multiples relations, Julie Couillha'd.Mais quant à savoir si la vice-reine du Canada est ou non une reine-nègre, cela dépend de la réponse qu'on apporte aux deux questions qui suivent.• Ou bien la vice-reine du Canada n'est qu'une potiche attirée par les ors et les velours qui viennent avec la fonction, à quoi il faut ajouter l'aisance matérielle assurée pour ses vieux jours, auquel cas elle ne sait pas au juste ce qu'elle fait ni ce qu'elle dit, et on aura compris pourquoi Radio-Canada l'avait tablettée avant qu'elle ne reçoive l'appel de Paul Martin.• Ou bien la vice-reine du Canada sait très bien, au contraire, ce qu'elle fait et saisit tout le sens de ce qu'elle dit, auquel cas, en reniant les convictions qu'elle avait souventes fois affichées, elle accepte volontairement de contribuer à une opération de nation building Canadian et se met résolument au service du pouvoir fédéral.Si, ce qui semble bien être le cas, c'est cette dernière hypothèse qui est la bonne, les personnes qui, dans le temps, mettaient leur réputation et leurs compétences au service du dominateur et du colonisateur, s'appelaient en Afrique des rois-nègres.Il y en eut aussi en Asie, de ces rois.Et on a connu ici même au Québec des rois-nègres qui n'étaient même pas Noirs.C'étaient des Blancs qui se mettaient au service du pouvoir central pour mieux étouffer les volontés d'émancipation du peuple québécois.Le Québec a toujours compté un certain nombre de rois-nègres.Vous voulez des noms ?Dans un documentaire tourné en 1991 et portant le titre La manière nègre, le prince-consort, Jean-Daniel Lafond, présentait la future vice-reine en compagnie de poètes engagés dans la lutte pour l'indépendance du Québec, les Chamberland, Godin, Ferretti, Vallières, Laferrière et autres alors qu'ils levaient ensemble leurs verres «à l'indépendance et aux indépendances».Face à pareille trajectoire, quelque chose reste sur le cœur et provoque la nausée : voir cette petite vice-reine d'opérette accepter ainsi, avec le sourire, de frotter les carreaux du boss fédéral, à Ottawa.MICHEL RIOUX Le Couac, juillet 2008, page 3 Pourquoi deux Québecs ?Il y a deux Québecs.Un qui parle français et l'autre qui parle anglais.Le premier Québec, comme de raison, a ses écoles.Et l'autre Québec a lui aussi ses écoles.Comme de raison?C'est à voir.Quoi?Vous niez les droits historiques de la minorité anglophone?Pas vraiment.Ces droits, conquis sur les plaines d'Abraham, n'ont pas d'autre noblesse que celle des armes.Ils ne comprennent pas le droit à un régime scolaire distinct.Il y a aussi, bien sûr, des dispositions constitutionnelles canadiennes, mais celles-ci, relativement récentes, n'ont jamais été approuvées formellement par le Québec.Et alors?Ces interminables débats sur l'accès à l'école anglaise?Ils perdraient leur raison d'être s'il n'y avait désormais qu'un seul Québec, le Québec français, et un seul régime scolaire, comme c'est le cas dans la grande majorité des pays souverains.Ceci n'exclut pas la possibilité, pour les minorités culturelles qui le désirent, d'établir à leurs frais un enseignement supplémentaire privé.Cependant, le régime unique peut être organisé de façon à satisfaire les besoins essentiels des minorités culturelles, selon le profil de la population dans chaque arrondissement scolaire.D'ailleurs, au delà du bilinguisme, l'école québécoise devrait encourager le trilinguisme.Les jeunes Québécois s'intéressent à l'espagnol, au portugais, à l'italien, au grec, au polonais, aux langues autochtones et, de plus en plus, au mandarin.Deux régimes scolaires creusent une division profonde dans la population.Ils soutiennent, là où elle existe, une certaine francophobie dont l'origine est parfois atavique.Des voix s'élèvent pour s'étonner du bilinguisme de fait que pratique le gouvernement du Québec, alors qu'il n'y a au Québec qu'une seule langue officielle, le français, La loi 101 était nécessaire.Encore faut-il que le gouvernement soit le premier à l'observer avec rigueur.Et pourquoi pas une commission d'enquête sur le régime scolaire unique?PIERRE DE BELLEFEUILLE Centre-gauche L'Action démocratique du Québec réorganise son équipe parlementaire afin de se recentrer.Selon Mario Dément, le Parti penche un peu trop vers la gauche depuis quelques temps.MUSIR0NIE Commission d'enquête (1) Les conclusions de la Commission Bouffon-Talheure sont maintenant connues: il faut cesser de gaspiller des fonds publics dans des commissions.MUSIR0NIE Commission d'enquête (2) Le gouvernement du Pakistan a demandé à l'ONU de faire enquête sur l'assassinat de l'ex-première ministre Benazir Bhutto.Les conclusions préliminaires de l'enquête sont maintenant rendues publiques: elle est bel et bien morte.MUSIR0NIE suite de la page I bien sûr de doubler les frais d'avocats de la petite maison d'édition.Bien que les groupes écologistes ne fondaient pas trop d'espoir là-dessus, la promesse du ministre de la justice du Québec, Jacques Dupuis, de déposer un projet de loi anti-slapp avant la fin de la session parlementaire n'était peut-être pas non plus étrangère au choix de la juridiction ontarienne pour cette deuxième poursuite.Or contre toute attente, le projet de loi 99 qui fut effectivement déposé vendredi le 13 juin dernier a agréablement surpris les différents groupes écologistes du Québec.À première vue, plusieurs des éléments du projet de loi reprennent les demandes de ces groupes, notamment en ce qui concerne la définition du caractère abusif d'une poursuite ainsi qu'en donnant la possibilité aux victimes de SLAPP de recouvrer des dommages de la part de la personne qui a intenté la poursuite, y compris les administrateurs d'une personne morale.De plus, si la poursuite est considérée comme abusive par le juge, le fardeau de la preuve sera aussi renversé : c'est l'initiateur de la poursuite qui devra justifier son action en justice et prouver que celle-ci n'est pas excessive.Sinon, la poursuite pourra être rejetée, ou bien se poursuivre mais sous plusieurs conditions.Le juge pourra notamment ordonner qu'une aide financière soit accordée à la partie défenderesse si elle n'est pas en mesure de «valablement faire valoir son point de vue » par manque de moyens financiers.Ceci dit, les juristes de la Ligue des droits et libertés du Québec pensent que le projet de loi 99 dans sa forme actuelle risque de ne pas s'appliquer automati- quement aux causes pendantes comme celle d'Écosociété.Ceux-ci recommandent donc d'intégrer à la loi une disposition transitoire qui rendrait explicite l'application de la loi aux causes pendantes.D'autres inquiétudes importantes subsistent aux yeux de la Ligue des droits et liberté : l'aide financière consentie aux victimes apparaît limitative et la problématique des clauses-bâillons dans les ententes hors cour reste entière.Néanmoins André Bélisle, dont l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) a été victime d'une SLAPP qui lui a coûté très cher, se dit satisfait à 80 % du projet de loi dans sa forme actuelle.Il faudra cependant espérer que la loi soit bonifiée du 20% restant, élément crucial pour Écosociété et les auteurs de Noir Canada.À suivre, donc.WON D.RANGER La « strappe » Al'heure où l'on discute de la place des symboles religieux faisant partie de notre héritage québécois je revendique le retour de la « strappe » dans nos écoles, dans nos maisons.Et, pourquoi, pas en exhiber une, plus grande que nature, juste à côté du crucifix à l'Assem- Ah ! C'était le bon temps.Tu désobéissais?Paf ! Un bon coup de strappe te ramenait rapidement aux valeurs du patrimoine.blée nationale?Car pour ceux qui comme moi s'en souviennent, c'était l'instrument privilégié des Frères qui nous enseignaient les valeurs morales religieuses québécoises.La valeur dominante étant la crainte, la crainte de Dieu et la crainte de l'enfer, celui-ci étant composé d'images effrayantes qu'on nous inculquait dans nos têtes d'enfants prétendument coupables.Ah ! C'était le bon temps.Tu désobéissais?Paf! Un bon coup de strappe te ramenait rapidement aux valeurs du patrimoine.Tu osais prononcer un « sacre » ?Paf ! La main de cuir de Dieu s'abattait subito presto.Ah ! La strappe.Que de beaux souvenirs ! Habituellement, celle-ci était confectionnée avec un cuir de bonne qualité, environ !4 de pouce d'épaisseur (1 cm), sur une largeur de 3 à 4 pouces (10 cm) et d'une longueur variant entre 6 pouces et 1 pied (15 à 30 cm).Le titulaire pouvait la donner directement en classe devant les élèves stupéfaits, mais le plus souvent c'était le renvoi vers le bureau du directeur où là, seul avec le tortionnaire, la volée de coups pouvait être pénétrante.Effet pédagogique assuré.Ah ! C'était le bon temps.RENÉ GIRARD Péages à Montréal L'ADQ se dit d'accord pour qu'on installe des péages autour de Montréal, mais plutôt que de charger 3 $ aux gens qui veulent entrer dans la métropole, les troupes de Mario Dément proposent qu'on charge 10 000 $ aux personnes qui tentent de sortir de la ville pour aller montréaliser le Québec.MUSIR0NIE W3 y Coi h s, 10 ans *vde Co»»aCS quarantaine auteurs ayant publié en nos pages durant la dernière décennie.Des auteurs dont les textes donnent à penser et, considérant le monde dans Commandez dès maintenant votre exemplaire en nous envoyant un chèque de 28 $ {25 $ ?3 $ de frais d'envoi) à Tordre de « Le Couac », au 1872 Gauthier, Montréal, Qc, Et n'oubliez L< ' ""IS pas d'indiquer votre adresse postale de retour I Le Couac, juillet 2008, page 4 DROIT DES FEMMES Une loi Epp.eurante Une coïncidence comme ça ne s'invente pas.Le 5 mars dernier, en fin d'après-midi, le député Ken Epp et ses collègues conservateurs faisaient adopter en 2e lecture à Ottawa le projet de loi C-484, qui accorde un statut de personne aux fœtus.Ils y arrivaient grâce au soutien de 26 députés libéraux anti-choix et à l'absence de 10 autres.dont l'ineffable Stéphane Dion qui, au même moment, servait des mini-canapés roses à des femmes journalistes pour leur vanter le travail de son parti à l'appui des droits des femmes ! Les Zapartistes vont devoir se forcer pour faire mieux dans l'absurde.Depuis, les ténors masculins du PLC multiplient les assurances aux femmes que C-484 va être battu en troisième lecture en septembre.Ils refusent toutefois de forcer la main - conscience oblige ! - aux éléments intégristes du PLC ; au Québec, Massimo Pacetti et Richard Scarpaleggia ont voté pour C-484 (une Vatican Connection ?).Toujours optimiste, le libéral Bob Rae invite des conservateurs à voter contre leur projet de loi.Un autre dauphin de Dion, Justin Trudeau nous assure que des extraterrestres seraient couverts par la Charte des droits et libertés au Canada.Il faut croire qu'ils sont de sexe mâle parce que d'autres projets de loi intégristes menacent également le libre choix au Canada.En attendant que les libéraux redescendent des nuages et écoutent leurs propres députées - qui tirent la sonnette d'alarme - 1500 personnes qui ne croient pas aux miracles ont pris la rue à Montréal le 1er juin, à l'initiative des jeunes féministes de la Coalition pan-québécoise contre C-484.Vingt ans après le soutien à Chantale Daigle, ce fut un beau moment.Une manif surraëliste Le cortège était coloré et festif malgré la pluie, avec une saynète, des pancartes et slogans iconoclastes, des discours short 'n sweet et des musiques «endiablées» -Dissidence, Aretha Franklin et le son des djembés, faisant taire les cloches d'une église catho.Il y eut même distribution de pommes et d'eau de source, et, pour finir, l'entartage d'un Pink Block de Raéliens vieillissants qui testaient leur secte-appeal en chandails roses « La Féminité est l'Avenir de l'Humanité».Partie du Plateau, la manif a fait le tour du centre-ville avec des pauses dénonciatrices devant une clinique de chirurgie esthétique, une église et le consulat des États-Unis, ceux par qui le mal arrive.Le lendemain, le Collège des médecins du Québec Bvb.hochc og rompait son silence et dénonçait à son tour le projet C-484.Il paraît que chez les Iroquois, un chef qui perdait la mappe pouvait à tout moment être rétrogradé par une femme qui lui faisait tomber le bonnet à cornes.Attention, messieurs Harper et Dion.MARTIN DUFRESNE Muet comme une tombe La GRC ne déposera finalement aucune accusation contre le parti Conserviteur, puisque les interrogatoires répétés des dernières semaines sur la dépouille de Chuck Cadman n'ont apporté aucune preuve tangible de corruption.MUSIR0NIE Tumeur L'opération au cerveau du sénateur Ted Kennedy est un franc succès.Les médecins ont réussi à ne lui retirer que sa tumeur : il n'est donc pas devenu républicain.MUSIR0NIE Privatisation Après l'annonce par le gouvernement conserviteur de la privatisation de 40 % des laboratoires publics fédéraux, Stephen Harpon a refusé tout commentaire en prétextant qu'il s'agissait là d'une question d'ordre privé.MUSIR0NIE Les réalisatrices aux prises avec un bien mauvais scénario Une petite question, en préambule : d'après vous, qui a réalisé le premier film de fiction de l'histoire du cinéma ?Méliès?Les frères Lumière?Eh bien, non.Il s'agit plutôt d'une femme, Alice Guy, véritable pionnière née en France qui a travaillé longtemps pour Gaumont, avant d'aller vivre aux États-Unis et d'y fonder une maison de production.Avez-vous déjà entendu parler de cette brave femme?Non?Vraiment?Eh bien, vous êtes comme tout le monde, puisque l'histoire du cinéma a gentiment balayé son œuvre (près de 700 films.) sous le tapis.On sait aujourd'hui que c'est parce qu'Alice Guy était une femme.Une chance, on n'est plus en 1886 (date de son premier film), mais plutôt en 2008, plus d'un siècle plus tard.Un siècle, ça vous change le monde.Sauf.le monde de la réalisation.Aujourd'hui encore, on balaye sous le tapis les œuvres de nombreuses réalisatrices.Comment?En les décourageant, en ne leur attribuant pas de subventions.ou si peu.Une chance : les femmes sont têtues.Le Couac a d'ailleurs rencontré pour vous deux réalisatrices qui n'ont pas encore dit leur dernier mot, Isabelle Hayeur et Eve Lamont.C'est grâce à elles et à leur groupe de pression, les Réalisatrices équitables, que nous avons pu assister à la projection du film de Marquise Lepage Le jardin oublié, documentaire de 53 minutes sur la vie et l'œuvre d'Alice Guy à la Casa Obscura en mai dernier.Les Réalisatrices équitables sont nées il y a plus d'un an, des suites d'une soirée de janvier 2007, au cours de laquelle quelques-unes de nos réalisatrices québécoises avaient donné rendez-vous à une de leur collègue française, Coline Séreau, pour jaser de l'imaginaire des femmes au cinéma.La conversation a dévié sur les obstacles que les réalisatrices doivent surmonter, plusieurs d'entre-elles témoignant de leur grande difficulté (voire de leur impossibilité) à faire de nouveaux films.De cette discussion est née une meilleure prise de conscience de la disparité hommes-femmes dans l'octroi des subventions aux réalisateurs et réalisatrices.Elles ont pu comparer les chiffres avec ceux de 1987 et se rendre compte que non seulement l'affaire n'avait pas avancé, mais qu'elle semblait présenter une légère régression.S'en ai donc suivi un regroupement d'une trentaine de réalisatrices du cinéma et de la télévision du Québec, aujourd'hui soutenues par 155 réalisatrices sympathisantes (des débutantes et des chevronnées œuvrant aussi bien au cinéma qu'à la télévision, en documentaire ou en fiction).À ce chiffre s'ajoute une vingtaine de militantes.En mars dernier, une étude intitulée « La Place des réalisatrices dans le financement public du cinéma et de la télévision au Québec - 2002 à 2007» était rendue Eve Lamont et Isabelle Hayeur, lors de la présentation de l'étude aux réalisatrices en décembre 2007.Crédit : Marie-Julie Garneau.De gauche à droite, de face: Isabelle Hayeur, Renée Beaulieu, Lisa Sfriso, Eve Lamont, Lucette Lupien.De gauche à droite, de dos: Myriam Fougère, Marilou Gingras, Marie-Pascale Laurencelle, Sylvie Groulx, Marquise Lepage, Sonia Leontieff.Lors d'une réunion en mars 2008 à l'ARRQ.Crédit : Vanya Rose publique.Commandée par les Réalisatrices équitables et l'Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ) à l'Institut de recherches et d'études féministes (IREF) de l'UQAM, cette étude a fait ressortir des chiffres déprimants.Ainsi, alors que les femmes représentent la moitié de la population québécoise et quasiment la moitié des étudiantEs en cinéma (de 43 à 45 % suivant les programmes), elles ne comptent que pour 29 % des membres de l'Association des Réalisateurs et réalisatrices du Québec.L'étude d'une quinzaine de pages (1) montre clairement où va l'argent des principaux soutiens en réalisation que sont le Fonds canadien de télévision ( FCT), Téléfilm Canada, la SODEC, l'ONFet le Conseil des Arts du Canada.En voici donc les grandes lignes.Sur les 1540 projets acceptés par le FCT de 2002 à 2007, 73 % étaient réalisés par des hommes, 27 % par des femmes.Quant aux montants accordés, sur 994 millions de $, les femmes n'ont reçu que 10 %.Ce chiffre est l'équivalent d'un bon coup de massue sur la tête des réalisatrices car le FCT est la plus importante source de financement public en production au Canada.Et ça ne s'arrange pas lorsque viennent les chiffres des subventions octroyées à la « crème » de l'univers audiovisuel, soit les projets de long métrage.Là, les femmes ne représentent plus 27 % des projets, mais 13 %! C'est dire à quel point l'imaginaire des femmes est présent à la télévision.À Téléfilm Canada, c'est 13 % également des dons attribués au long métrage qui l'ont été à des femmes.À la SODEC, le scénario est encore pire, puisque les femmes ne représentent que 11 % des projets de long métrage de fiction.À noter qu'au lieu de s'arranger, la situation empire puisque, aujourd'hui, les femmes reçoivent en pourcentage 2 points de moins qu'il y a 20 ans.Les données changent lorsqu'on arrive aux organismes producteurs « publics » ayant un mandat avant tout culturel ; bref, là où il y a moins d'argent à faire.À L'ONF, les femmes ont réalisé 37 % des projets.C'est mieux, mais on est encore loin du taux des diplômées des écoles de cinéma (43 à 45 %).Même situation au Conseil des Arts du Canada (là où les femmes déposent le plus de projets) où 36 % des projets acceptés vont aux femmes.Un point important de l'étude : plus les budgets sont élevés (long métrage de fiction, variété-spectacle), moins les femmes sont représentées.De plus, lorsqu'elles ont accès à la réalisation, les femmes font des films à plus petits budgets que leurs collègues masculins dans une même catégorie.Pas de quoi se réjouir ni même se dire qu'on est sur la bonne pente ! Mais si les Réalisatrices équitables ont montré ces chiffres ce n'est pas pour se rouler par terre et pleurer tout leur saoul, mais pour que les choses soient clairement identifiées et, à partir de là, prises en considération afin que la vapeur puisse être renversée.Suite à l'étude, les Réalisatrices équitables ont fait plusieurs recommandations dans le but de parvenir à une parité hommes/femmes quant à l'octroi des deniers publics.Elles demandent, entre autres, que les institutions de financement tiennent des statistiques et qu'elles en fassent part annuellement au gouvernement, que des recherches soient effectuées afin de déterminer plus profondément les obstacles chroniques qui se dressent devant les femmes réalisatrices et que l'équité soit une partie intégrante des programmes de financement existants.L'étude a été très bien accueillie.On a pu lire différents articles de soutien dans les médias, lesquels ont enfin des chiffres prouvant ce que les réalisatrices (les «mieux» placées pour le savoir) savaient et disaient depuis longtemps.Dans les faits, à l'ARRQ, on a créé le Comité-Équité qui s'attarde sur les (bien mauvaises) conditions de travail des réalisatrices en télévision.Les Réalisatrices équitables ont réussi à rencontrer Christine St-Pierre, ministre de la Culture des Communications et de la Condition féminine (bonne combinaison en l'occurrence) et ne comptent pas s'arrêter là puisqu'elles ont aussi dans la mire les représentants en financement des organismes cités plus haut.De plus, elles ont écrit un mémoire et se sont présentées devant le Comité permanent du patrimoine canadien de la Chambre des communes en 2007.Actions qui ont mené à une recommandation dans le rapport final du Comité, paru en février 2008.Bref, elles ne lâcheront pas, c'est sûr! Mais bon, pendant ce temps, de jeunes humoristes pourront encore faire joue-joue avec la caméra et étaler leurs fantasmes sur grand écran, de jeunes auteurs inconnus aussi, alors que des réalisatrices chevronnées devront encore faire des films de commande ou que de jeunes réalisatrices changeront encore de branche, histoire de pouvoir subvenir à leurs besoins.À force d'enfoncer le clou, est-ce qu'on va tous et toutes être enfin convaincuEs que ce n'est pas juste le 8 mars qu'il faut pointer du doigt les injustices que vivent les femmes et exiger haut et fort l'équité?ISABELLE BAEZ i Pour lire l'étude au complet, rendez-vous sur le site www.realisatrices-equitables.org ARNAQUES TRANSNATIONALES Océans en péril Le Couac, juillet 2008, page 5 Le 7 iuin 2008, avait lieu la Journée mondiale des océans.Ils couvrent 70 % de la superficie terrestre, sont de plus en plus pollués et l'ensemble de la vie marine est menacée par la surpêche.Depuis le début de l'ère industrielle 48 % de la pollution atmosphérique de C02 est absorbée par les océans qui jouent un rôle essentiel dans la régulation du climat.Ils sont à bout de souffle.Le fort développement du trafic maritime, la vétusté de certains navires et le manque de formation de certains équipages ont des impacts sur les habitats marins : déballastages, rejets de déchets, dégazages sauvages.Aux pollutions strictement marines, il faut ajouter les pollutions d'origine terrestre (eaux d'égout non traitées, engrais, pesticides, produits chimiques.) qui représentent plus de 75 % de la pollution des océans Entre Hawaii et la Californie existe une vaste plaque de déchets de plusieurs millions de tonnes, formant une île plus grande que la France.Dans toutes les mers, y compris dans les régions polaires, on trouve des déchets flottants composés, notamment, de tout ce que l'industrie peut produire en plastique.Ces polluants terrestres contaminent toute la chaîne alimentaire, du plancton jusqu'à l'humain.La surexploitation et la mauvaise gestion des pêcheries ont déjà entraîné quelques effondrements spectaculaires de pêcheries.La zone de pêche à la morue, au large de Terre-Neuve, s'est effondrée en 1992.Les stocks de cabillaud en mer du Nord et en mer Baltique prennent désormais la même direction.Le stock de poissons n'est plus que le 6e de ce qu'il était en 1990.Les trois quarts des extinctions se sont produites depuis 1972.La pêche industrielle a détruit plus de 90 % de la population mondiale de mar-lins, d'espadons, de thons et de raies.Quatre fois plus de poissons péchés qu'il y a 50 ans ! Grâce aux sondeurs acoustiques, aux appareils à ultrasons, aux systèmes de navigation électroniques, aux hélicoptères et à la photo satellite, les pêcheurs sont aujourd'hui capables de localiser les bancs de poissons même dans des eaux troubles et peuvent donc déployer leurs filets parfois immenses avec une marge d'erreur quasi nulle.Les poissons n'ont aucune chance.Le chalutage de fond consiste à tirer d'énormes filets lestés sur le plancher de l'océan.Des grandes plaques de métal et des roues de caoutchouc attachées à ces filets se déplacent au fond et détruisent presque tout sur leur passage.Au rythme actuelle du chalutage, les fonds accessibles auront été labourés d'ici 16 ans.Etant donné que les bateaux se spécialisent en général dans une, voire quelques espèces, tous les autres poissons pris dans les filets, pourtant eux aussi comestibles, sont rejetés à la mer morts ou blessés.C'est la pêche aux crevettes tropicales qui donne lieu au plus grand gaspillage.Pour chaque kg de crevettes tropicales, 10 kg de poissons et autres animaux marins sont capturés accidentellement et rejetés à la mer.Quelque 85 millions de tonnes de poissons sont prélevées à chaque année, soit quatre fois plus qu'il y a 50 ans.Un certain nombre de pays s'ingénient depuis des décennies à empêcher que soient définis des quotas de pêche basés sur les recommandations scientifiques.A l'échelle de la planète, deux fois plus de bateaux de pêche sont en circulation que ne l'autoriserait un développement durable et harmonieux de ce secteur économique.Les conséquences de la surpêche sont dramatiques : 17 % des espèces pêchées à des fins commerciales de par le monde sont déjà surexploités et 52 % risquent de l'être à très court terme.Parmi les espèces les plus mal en point, on trouve le cabillaud, le flétan de l'Atlantique, la baudroie (ou lotte), le sébaste et l'espadon.Des espèces comme le thon rouge et différentes espèces de requins et de raies sont même en voie d'extinction.De plus, on exploite les zones riches en poissons dans les régions en développement à des prix dérisoires (0,75 euro le kg de thon (1,20 $)) dans un accord récent signé entre la France et la Mauritanie).La pêche illégale - communément appelée de manière plus prosaïque et technique : pêche illicite non déclarée et non réglementée (illegal, unreported and unregulated fishing, IUU) - est le fléau des océans.En 2001, on a dénombré 1 300 navires illégaux pratiquant la pêche industrielle.Beaucoup parmi les pêcheurs ne respectent pas les quotas et les effectifs baissent à vue d'œil.En Méditerranée, un thon rouge sur trois est capturé illégalement.Souvent vidé et nettoyé à bord du bateau de pêche, le thon est ensuite transféré sur un bateau réfrigérant.Celui-ci transporte ensuite son butin jusqu'au Japon ou dans d'autres pays extra - européens sans que la marchandise ne soit amenée à terre et enregistrée dans un port européen.Réserves marines et ça presse ! Seulement 0,6 % de la surface des océans est protégée Les réserves marines sont un outil mondial indispensable à la protection de l'environnement marin, y compris contre la pollution liée en particulier à l'élimination des déchets (déchets radioactifs, munitions et dioxyde de carbone).Les réserves marines à grande échelle sont des zones fermées à toute extraction, comme la pêche et l'exploitation minière, ainsi que l'élimination des déchets.Dans ces endroits, il peut y avoir des zones centrales où aucune activité humaine n'est autorisée, par exemple dans les régions qui servent de référence scientifique ou dans les lieux où les habitats ou les espèces sont particulièrement sensibles.À l'intérieur des réserves, la taille des populations augmente et les individus vivent plus longtemps, deviennent plus grands et développent une capacité reproductive accrue.Environ 250 000 espèces marines sont connues - entre 500 000 et 1 million restent à découvrir ! Greenpeace prône l'établissement de 40 % de réserves marines (équivalant aux aires protégées terrestres) pour la préservation des océans.Ça presse ! De plus Greenpeace a édité un guide de consommation du poisson, Et ta mer, t'y penses?, qui peut-être consulté en ligne : www.greenpeace.fr/presse/oceans/ GuideEco-Conso.pdf CLÔDE DE GUISE Au fond du puits Un canadien meurt à Kandahar en tombant dans un puits.Vu les objectifs visés par cette guerre, on regrette que ce ne soit pas dans un puits de pétrole ou encore dans un puits de ravitaillement du circuit Gilles-Villeneuve.Saut en hauteur Le chômage américain a fait un bond si spectaculaire lors du dernier mois que le gouvernement songerait à lui fournir une perche et à l'envoyer participer aux Jeux Olympiques de Pékin.MUSIR0NIE Pouvoir divin Des parents du Wisconsin ont laissé leur fille de 11 ans mourir dans un coma diabétique parce qu'ils croyaient que la prière pouvait l'aider.Ils ont réussi à démontrer que la prière aide effectivement à se rapprocher de Dieu.MUSIR0NIE 10 guerres, 10 médiamensonges Chaque guerre est précédée d'un grand médiamensonge.Aujourd'hui, Bush menace le Venezuela et l'Equateur.Demain, l'Iran?Et après, à qui le tour?Avec, dans le rôle de la marionnette, le président Uribe, narcotraf iquant et massacreur d'Indiens (quatre millions de déplacés).Lequel Uribe prétend avoir trouvé dans l'indestructible ordinateur de Raul Reyes (FARC) des preuves du soutien de Chavez au «terrorisme» et de militarisation de la région.Des journaux comme Le Monde répercutent cette campagne de propagande pour la prochaine guerre de Bush.Rappelons simplement combien de fois les mêmes Etats-Unis et les mêmes médias nous ont déjà manipulés.Chaque grande guerre est «justifiée» par ce qui apparaîtra plus tard (trop tard) comme une désinformation.Inventaire rapide.I.Vietnam (1984-1975)_ Médiamensonge : Les 2 et 3 août 1964, le Nord-Vietnam aurait attaqué deux navires US dans la baie du Tonkin.Ce qu'on apprendra plus tard : L'attaque n'a jamais eu lieu.C'est une invention de la Maison-Blanche.Véritable objectif : Empêcher l'indépendance du Vietnam et maintenir la domination US sur la région.Conséquences : Millions de victimes, malformations génétiques (Agent Orange), énormes problèmes sociaux.4.Irak (1991) 8.Afghanistan (2001) 2.Grenade (1983) Médiamensonge : La petite île des Caraïbes est accusée de construire une base militaire soviétique et de mettre en danger la vie de médecins US.Ce qu'on apprendra plus tard : Entièrement faux.Le président US Reagan a fabriqué ces prétextes de toutes pièces.Véritable objectif : Empêcher les réformes sociales et démocratiques du premier ministre Bishop (qui sera assassiné).Conséquences : Répression brutale et rétablissement de la mainmise de Washington.3.Panama (1989) Médiamensonge : L'invasion vise à arrêter le président .Noriega pour trafic de drogue.Ce qu'on apprendra plus tard : Bien que créature de la CIA, Noriega réclamait la souveraineté à la fin du bail du canal.Intolérable pour les USA.Véritable objectif : Maintenir le contrôle US sur cette voie de communication stratégique.Conséquences : Les bombardements US ont tué 2.000 à 4.000 civils, ignorés des médias.Médiamensonge : Les Irakiens auraient volé les couveuses de la maternité de Koweït-City.Ce qu'on apprendra plus tard : Invention totale par une agence publicitaire payée par l'émir du Koweït, Hill S- Knowlton.Véritable objectif : Empêcher que le Moyen-Orient résiste à Israël et acquière son indépendance envers les USA.Conséquences : D'innombrables victimes par la guerre, puis un long embargo y compris sur les médicaments.5.Somalie (1993) Médiamensonge : Monsieur Kouchner se «met en scène» comme héros d'une intervention humanitaire.Ce qu'on apprendra plus tard : Quatre sociétés US avaient acheté un quart du sous-sol somalien riche en pétrole.Véritable objectif : Contrôler une région militairement stratégique.Conséquences : Ne parvenant pas à la contrôler, les Etats-Unis maintiendront la région dans un chaos prolongé.6.Bosnie (1992 - 1995) Médiamensonge : La firme US Ruder Finn et Bernard Kouchner mettent en scène de prétendus camps serbes d'extermination.Ce qu'on apprendra plus tard : Ruder Finn et Kouchner mentaient.C'étaient des camps de prisonniers en vue d'échanges.Le président musulman Izetbegovic l'a avoué.Véritable objectif : Briser la Yougoslavie trop à gauche, éliminer son système social, soumettre la zone aux multinationales, contrôler le Danube et les routes stratégiques des Balkans.Conséquences : Quatre années d'une guerre atroce pour toutes les nationalités (musulmans, serbes, croates).Provoquée par Berlin, prolongée par Washington.7.Yougoslavie (1999) Médiamensonge : Les Serbes commettent un génocide sur les Albanais du Kosovo.Ce qu'on apprendra plus tard : Invention pure et simple de l'Otan comme le reconnut [amie Shea, son porte-parole officiel.Véritable objectif : Imposer la domination de l'Otan sur les Balkans, et sa transformation en gendarme du monde.Installer une base militaire US au Kosovo.Conséquences : Deux mille victimes des bombardements OTAN.Nettoyage ethnique du Kosovo par l'UCK, protégée par l'Otan.Médiamensonge : Bush prétend venger le 11 septembre et capturer Ben Laden.Ce qu'on apprendra plus tard : Aucune preuve que ce réseau existe.De toute façon, les talibans avaient proposé d'extrader Ben Laden.Véritable objectif : Contrôler militairement le centre stratégique de l'Asie, construire un pipeline permettant de contrôler l'approvisionnement énergétique de l'Asie du Sud.Conséquences : Occupation de très longue durée, et forte hausse de la production et du trafic d'opium.9.Irak (2003) Médiamensonge : Saddam posséderait de dangereuses armes de destruction, affirme Colin Powell à l'ONU, éprouvette en main.Ce qu'on apprendra plus tard : La Maison-Blanche a ordonné à ses services de falsifier des rapports (affaire Libby) ou d'en fabriquer.Véritable objectif : Contrôler tout le pétrole et pouvoir faire chanter ses rivaux : Europe, Japon, Chine.Conséquences : L'Irak plongé dans la barbarie, les femmes ramenées à la soumission et l'obscurantisme.10 Venezuela - Equateur (2008?) Médiamensonge : Chavez soutiendrait le terrorisme, importerait des armes, serait un dictateur (le prétexte définitif ne semble pas encore choisi).Ce qu'on sait deja : Plusieurs médiamensonges précédents se sont déjà dégonflés • Chavez tirant sur son peuple, Chavez antisémite, Chavez militariste.Mais la diabolisation continue.Véritable objectif : Les multinationales US veulent garder le contrôle du pétrole et des autres richesses de toute l'Amérique latine, ils craignent la libération sociale et démocratique du continent.Conséquences : Washington mène une guerre globale contre le continent : coups d'Etat, sabotages économiques, chantages, développement de bases militaires près des richesses naturelles.Conclusion Chaque guerre est précédée et « justifiée » par un grand médiamensonge.Et notre inventaire est loin d'être complet ! Empêcher les guerres, c'est d'abord démasquer ces médiamensonges le plus tôt possible et le plus largement possible.MICHEL COLLON MACHISME Le Couac, juillet 2008, page 6 Un Grand Prix.de consolation ! La première fin de semaine de juin, à Montréal, c'est le début de la saison de chasse à la chaire, la foire annuelle des châssis, de la vitesse et des bumpers, soit le Grand Prix de Formule 1 du Canada.Pour con-tribuer un brin de dissonance à cette harmonie des rites voués aux charmes de la pitoune et à la puissance des pistons, les con-sœurs Julie Chateauvert et Valérie Perron ont imaginé la CON-SOL (CON 501, dixit la plaque d'immatriculation de la bête mobile1), à l'invitation de La Centrale, galerie/powe-rhouse, et sous l'inspiration du concours Prenez les Commandes Bl d'une compagnie de broue dont j'oublie le nom.À partir d'un splendide proto-phallus en peluche blanche - installation créée antérieurement par Valérie Perron, et qui vibre, messieurs-dames, pour le plus grand plaisir de votre popotin dès que celui-ci se pose sur cet étrange banc - et de quelques roues, les deux con-plices se sont fait un char pouvant aller et venir avec grâce sur la St-Laurent.Elles ont pu ainsi récupérer des éléments de promotion classique de l'écurie BMW Sauber, dont les jeunes gars qui déambulaient tous de logos vêtus, avec un écran fixé au-dessus de la tête (culte de l'image oblige) et affublés de portables (on pense à des « consoles » dès qu'on voit ces accessoires sur eux assis brièvement sur la CON SOL) pour offrir des photos et faire des beaux yeux aux passants.Les Virage vert Afin d'améliorer son image, la Formule 1 prend le virage écologique à une telle vitesse qu'elle laisse une énorme trace de brake.mais verte! MUSIRONIE galantes con-mères ont plutôt détourné les éphèbes rencontrés de leur grand œuvre en les invitant à leur tour à poser leur cul sur le poilu fauteuil, à s'intégrer au bel objet pour en devenir le vivant appendice, le temps d'une photo immortalisant ce plaisir, trop souvent réservé aux seules femmes, d'être si bellement réifié.Tout ceci sur un ton léger, subversion et résistance manifeste à la poupounisa-tion générale de la ville, à cette célébration du tout-le-corps-décérébré.En effet, à cette fête du vroum-vroum, cortex cérébral s'abstenir ! Ses capacités gênantes à former des opinions risquent à tout moment de faire sortir de leur torpeur éthylique les joyeux insouciants qui se rincent l'œil et le gosier, pour réaliser que l'amusement n'est que titillation insignifiante de leurs plus élémentaires fonctions et ne sert que le profit des valeureux commanditaires qui la perpétuent sans relâche, car c'est, après tout, sur ces réflexes qu'ils capitalisent et font « rouler » leurs viriles entreprises.Le défilé de la CON SOL au cœur de la Main, parmi les filles tout sourire et cœur sur la main qui vous tendent des tracts glacés : quel contraste avec la diffusion du dernier rapport du Secrétariat à la Condition féminine.Ce rapport décillant nous apprend que les stéréotypes sexuels sont encore bien vivants et servent tous azimuts à faire vendre toutes les bébelles obsolescentes qu'exige le culte de l'image et qui génèrent tant de déchets.Que l'hypersexualisation affecte non seulement les jeunes filles mais infeste les nouveaux médias et s'y renforce, contribuant notamment à augmenter la violence dans les relations amoureuses et à amenuiser l'estime de soi des jeunes femmes en encourageant le paraître (de plus en plus stylisé au porno phallocrate) au détriment de l'être, du bien-être et de l'épanouissement global.Une belle peau plutôt qu'une belle personnalité.C'est un choix.Un choix de société moderne, madame : parce que vous le méritez bien ! Un «choix» qui fait rire quand on le jouxte aux dires de ceux qui se croient lucides parce qu'ils remettent en question le degré de libre-arbitre des femmes dans leur choix, quand celui-ci est de À cette fête du vroum-vroum, cortex cérébral s'abstenir ! porter un voile.C'est assez comique, ces réactions que provoquent le choix de la pudeur ou de la piété, comme celui de certaines femmes qui choisissent de se mettre un tissu sur leur tête plutôt qu'un string dans la raie ou moins que rien sur les mamelles.Dans notre belle province, les femmes sont tellement « égales » que plus de 30 ans après l'affranchissement de la Révolution Tranquille, celles-ci se «doivent» de ne plus se couvrir la tête comme des nonnes, non môssieur, car elles sont maintenant libres d'aller dévoilées, et ce, notez bien, qu'elles le veuillent ou non.C'est tout à fait cohérent, non ?Hélas, non.Le Grand Prix, la CON SOL qui jure avec la parade, le rapport du Secrétariat, tout cela en trois jours ça nous fait confronter nos idéaux et constater pénisblement2 que celui de l'égalité entre les sexes, les genres, les rôles et leurs valeurs respectives, est encore loin d'être atteint.L'exploitation de l'excitation liée à la reproduction sexuée caractérisant notre espèce mammifère persiste à nous faire croire que les humains se divisent facilement en deux catégories simplistes, mâle-femelle, dont une sert clairement de faire-valoir, d'objet de divertissement ou de consommation à l'autre.On vous laisse deviner qui est quoi dans toute cette affaire.On se contente, pour conclure, de se réjouir d'une action artistique et ironique comme la CON SOL, qui témoigne de l'infatigable énergie, de la vivacité et de l'intelligence du féminisme radical3 actuel, malgré le triste courant de recrudescence du petit sexisme ordinaire.Souhaitons voir plus souvent des femmes prendre la rut (sic) avec courage et esprit créatif pour confronter brillamment les stéréotypes (CON SOL «doll-be» stéréo pour l'an prochain?).Alors qu'à toutes les tribunes on clame que les femmes dominent les pauvres hommes désormais sans repères (sic, sic et re-sic), qu'il y a matière à s'inquiéter avec le Bill C-484 qui frôle la remise en question du droit à l'avorte-ment4, devant le regain - qu'on espère passager - de la droite dichotomisante et de son attitude répressive, culpabilisa-trice et mortifère, il y a lieu de sourire à la vue de ces femmes qui ripostent en nature.Une grosse (bi)bitte en minou blanc, immatriCULée CON 501, qui déambule et invite les bellâtres à poser, ça ne règle rien à l'iniquité, ça ne redresse pas le sort des femmes mais, en quelque part, en attendant que la société embraye, ça .con-sole ! LOUISE CAROLINE BERGERON 1 Sur la plaque, la devise proposée était « Les p(i)lottes complotent» 2 Le «s» de pénisble est ici silencieux, comme tant de «e» au bout des mots.3 Radical (du latin radix, racine) : qui cherche à atteindre la racine des problèmes.4 Passé la deuxième lecture au Parlement au moment de rédiger ce texte ; le tout reprend à la session d'automne 2008.BlatteMan frappe un nœud.Clic! Vous allumez dans la cuisine, et une douzaine de blattes filent dans toutes les directions.C'est un peu ce qui est arrivé au début mai quand des journalistes, psychologues et politiciens ont dû réagir à chaud à la sortie de l'ouvrage collectif « Le mouvement masculiniste au Québec - L'antiféminisme démasqué », qui montre leurs accointances avec l'idéologie du « désarroi des hommes ».Il y avait de quoi détaler.Mélissa Biais, Francis Dupuis-Déri et leurs neuf collègues d'écriture brossent un tableau documenté des sophismes, malversations, agressions et délires qu'imposent depuis vingt-cinq ans au Québec les ultras de la «condition masculine».Surtout, ils démontrent le rôle des pisse-copie, éditorialistes, columnists d'humeur, psychologues populaires, politiciens, documentaristes et autres antiféministes « embedded » qui enjolivent et accréditent des outrances misogynes pour les répercuter dans les mass média.On fait ainsi de «l'homme en détresse», présenté comme censuré et castré, la caution psychologi-sante d'un antiféminisme bien traditionnel, où l'agresseur ne fait que frapper « la cause de sa souffrance » pour citer le visqueux Yvon Dallaire.Comme l'humble coquerelle, cette intimidation ne date pas d'hier.Ève-Marie Lampron trouve chez Jean-lacques Rousseau et lors de la Révolution française les débuts d'une complainte agressive sur la dévirilisation de l'homme par la notion de l'égalité pour les femmes.Diane Lamoureux retrace, dans une actualité plus récente, la passe des « Yvettes » - des femmes engagées dont les éditorialistes Lise Bissonnette, Marc Laurendeau et Marcel Adam ont réussi à faire, en 1980, une « preuve » de la résistance des Québécoises au féminisme.Mélissa Biais retrace le même genre de job de bras révisionniste par les Roch Côté, Guy Corneau et autres idéologues qui ont tenté de faire de la tuerie de Polytechnique, il y a 19 ans, une «démonstration» que les féministes étaient allé trop loin.Dur dur d'être de droite Pour le célèbre journaliste d'enquête allemand, Gunter Wallraff, le déni des responsables en dit souvent plus long que l'exposé de leurs méfaits.C'est ce qu'on a pu constater en mai lorsque les chantres du masculinisme se sont bousculés aux micros radio pour aggraver leur cas en tentant de se laver les mains de leurs propos, pourtant dûment cités par les auteur-es du Mouvement masculiniste au Québec.À Benoît Dutrizac qui s'indignait que les auteur-es tentent de faire croire que les masculinistes qualifiaient Marc Lépine de héros et de victime, on a vu un des premiers propagandistes du mythe de l'homme dépossédé de la parole, Georges-Hébert Germain, répondre (d'une plage de République Dominicaine) que ben oui, Lépine en était une victime.Moment de gêne.Ne s'embarrassant pas de faits, Dutrizac a simplement ignoré les dizaines d'exemples cités par Mélissa Biais de cette héroï-sation/victimisation de l'assassin de Poly.Et quand Dupuis-Déri a refusé de comparaître à son micro sans Mélissa Biais, boycottée par l'animateur, ce dernier a eu l'impudence de prétendre que FDD s'était « désisté » à la dernière minute.Cheap shot, monsieur le franc-tireur.Fort de l'arrivée en trombe d'autant de nouvelles voix dans le champ féministe, Le mouvement masculiniste au Québec enrichit notre perspective de la droite.Il le fait en retraçant dans plusieurs sphères le travail de sape masculiniste : harcèlement politique et personnel des organisations de femmes (Emilie St-Pierre), fléchissement temporaire du CSF qui a failli se saborder i! y a 3 ans (Karine Foucault), travestissement des données statistiques à l'Institut de la statistique du Québec (Louise Brossard), compromission de forums comme le Centre des médias alternatifs du Québec (Mathieu lobin), ajout à l'oppression des gais par une propagande viriliste normative (Janik Bastien Charlebois), exploitation mensongère des données sur le suicide, dans une démarche qui risque de pousser encore plus d'hommes à cette extrémité (Dupuis-Déri), lesbophobie dans les propos orduriers des animateurs de sites Internet mascu.Le tableau est détaillé et convaincant même si on aurait dû y ajouter quelques touches : par exemple, la lutte contre l'avortement au nom des droits du père, le travail négationniste du lobby des pères incestueux, et un tableau plus réaliste des ravages masculinistes en droit de la famille.Plusieurs idéologues associés au mouvement masculiniste disent ouvertement que « l'identité masculine» et l'égalité sont incompatibles.Marie-Ève Surprenant, Biais et Dupuis-Déri concluent sur un aperçu enthousiasmant des formations Casser la vague, données depuis quelques années par des femmes en lutte pour tenir tête aux tentatives masculinis- tes d'intimidation, de de culpabilisation et de détournement de ressources essentielles.Bref, un beau ménage de printemps.et un ajout exceptionnel à l'analyse féministe matérialiste de l'appropriation des femmes.YVETTE PAGEAU Le mouvement masculiniste au Québec - L'antiféminisme au Québec, M.Biais et F.Dupuis-Déri et coll., Éditions du remue-ménage, 2008,24,95 $ Mâle barré Un super-héros chouchou des médias, Andy Srougi, est venu faire un dernier petit tour devant la Cour supérieure du Québec le 4 juin pour s'en prendre à nos collègues d'A Bâbord.Comme c'est souvent le cas avec les antiféministes, des médias en ont profité pour offrir un pont d'or aux ultras de Fathers4Justice.Brian Myles, du Devoir, a même prêté au plaignant l'excuse de déboires conjugaux pour justifier ses imprécations, hurlées au micro du tribunal.Marc Lépine aurait-il droit aujourd'hui à une page entière du Devoir, avec photo couleurs, comme le président de F4J, trois jours plus tôt dans le journal de Montréal?Malgré une défense béton, où la chercheure Francine Descarries, de l'UQAM, a détaillé et confirmé la pertinence de l'analyse du texte d'À Bâbord, le juge Henri Richard a pris la cause en délibéré pour l'été - au lieu de simplement envoyer paître Srougi et sa prétention d'avoir vécu un gros mal de tête après avoir lu son nom dans une note de bas de page.Cherchant à résoudre un «problème de communication » entre le mouvement des femmes et ses opposants, le magistrat a longuement expliqué à l'alpiniste masqué du pont Jacques-Cartier que les femmes vivaient bel et bien, contrairement aux hommes, une oppression systémiaue.Espérons que sa décision sera inattaquable et fera précédent contre ces incessants procès du féminisme.En effet, si Srougi est aujourd'hui reconnu comme « plaideur quérulent » depuis février 2007, à la demande du Barreau du Québec, d'autres «activistes des droits de l'Homme» annoncent ce qui ressemble à des poursuites-bâillons d'essai contre un peu tout le monde, y compris « l'auteur d'un ouvrage récent ».Ce harcèlement juridique sera-t-il financé à même des pensions alimentaires non versées?.Le « Triumvirus » • La Tribu du Verbe < • Musironie • • Le Couac • www.latribuduverbe.com, www.musironie.com et www.lecouac.org 3 fréquences de publication Quotidien, hebdomadaire, mensuel.3 types de médias Blogue, radio, journal.Un même but Tirer sur la connerie où qu'elle soit ! CULTURE Le Couac, juillet 2008, page 7 Pour qui ?Pour quoi ?Faisons une place au hip hop Il est toujours difficile de recenser un livre écrit par des gens qu'on considère sinon ses amis alors ses camarades de lutte politique.Plus difficile encore quand on trouve qu'ils ont erré.Le livre L'avenir est à gauche compte des textes des gens de gauche parmi les plus influents et intéressants du Québec.Dans l'ensemble je suis plutôt d'accord avec tout ce qu'on y présente.le problème se trouve peut-être là, justement.Ce n'est donc pas par opposition aux textes eux-mêmes que j'ai un problème, c'est plutôt l'existence même de cet ouvrage qui m'embête.En fait, pour être honnête, il faudrait poser la question à Pierre Mouterde qui a dirigé ce collectif.Publier un ouvrage collectif demande beaucoup d'effort et on le fait avec un but en tête.À la lumière du résultat, celui qui a dirigé ce texte considère-t-il être parvenu à ses objectifs?De mon côté, j'en doute.Comme ils ne sont pas clairement présenté dans le livre, je tenterai ici de montrer que, malgré une excellente intention, se livre ne parvient à aucun des objectifs qu'il aurait pu avoir.Reste à voir si je frappe dans le mille ou non et si ce livre sert des objectifs que je ne vois pas.Faire connaître la gauche au grand public Un premier objectif que j'envisage serait celui de la massification des idées de gauche.Lavenir est à gauche voudrait rejoindre Monsieur-et-Madame-Toulmonde pour leur faire comprendre qu'il faut adhérer, dans leur cœur ou dans leurs gestes, à la gauche politique.Ce livre servirait à faire connaître les idées de gauche et à les valoriser.Deux problèmes se posent si le livre sert cet objectif.Le premier est son titre et son ton.Pour acheter et lire un livre qui s'appelle Lavenir est à gauche, il faut d'abord savoir ce qu'est la gauche alors qu'il est loin d'être démontré que les masses québécoises identifient clairement ce qu'est la gauche et ce qu'est la droite.Ensuite, le ton semble souvent s'adresser plus aux militants ayant des références de gauche (l'Internationale, la lutte de classe, l'exploitation, le socialisme, etc) qu'a des gens qui n'auraient pour référence politique que ce que la télé montre de la vie politique québécoise.Promouvoir Québec solidaire auprès de la gauche québécoise Si le livre ne s'adresse pas au grand public alors il pourrait servir d'outil promotionnel pour l'option politique partisane que représente Québec solidaire au sein de la gauche politique déjà existante et active.À lire les (souvent très bons) textes de Françoise David, Amir Khadir, Claude Vaillancourt, Valérie Guilloteau, Jacques B.Gélinas, Gabrielle Gérin et Pierre Mouterde on pourrait le croire.Si c'est le cas, il aurait fallu mieux coordonner l'ensemble.Un titre du genre Pourquoi nous choisissons Québec solidaire, un sujet déterminé pour chacun des auteurs (pour éviter les répétitions parfois agaçantes entre ces textes) et, surtout, se concentrer sur les débats internes au parti en évitant d'inviter des auteurs qui ne veulent par participer à une entreprise promotionnelle de ce genre (Marco Silvestro, Diane Lamoureux, etc.).Susciter un débat au sein de la gauche Comme ces auteurs extérieurs à Québec solidaire sont bien présents, on pourrait croire alors que l'ouvrage sert à ouvrir un débat sur ce que devrait faire la gauche au Québec.Le débat est important et des lignes de tensions sont visibles dans L'avenir est à gauche.Une réflexion interne sur nos choix, mais aussi sur notre capacité à travailler ensemble malgré des choix différents serait un atout intéressant.Si c'était l'objectif, il me semble là encore qu'on manque le bateau.L'ouvrage contient trop de textes qui défendent substantiellement des idées semblables et qui favorisent Québec solidaire.Des textes qui proposent certes des positions alternatives, mais qui n'entrent pas vraiment dans une confrontation frontale avec l'option partisane (ce qui aurait le mérite d'être intéressant) et un titre consensuel qui ne laisse pas entendre qu'il y aura du débat.De plus, on trouve un grand absent, les progressistes des autres partis (PQ, PVQ, etc) qui ont des espoirs au sein de ces organisations.Bref, on trouve d'excellents textes dans Lavenir est à gauche.Les militantes et militants de gauche liront avec grande attention ceux de Marco Silvestro (qui devrait être distribué dans les écoles) et de Raymond Favreau (qui pose avec un grand sérieux le débat sur la décroissance).Ceux qui veulent découvrir la gauche ou Québec solidaire liront les textes très clairs et pédagogiques de Pierre Mouterde et Françoise David.Mon souci est que, d'un côté comme de l'autre, ils n'ouvrent jamais ce livre, faute de savoir qu'il les concerne.SIMON TREMBLAY-PEPIN MOUTERDE, Pierre et al.L'avenir est à gauche.Douze contributions pour un renouvellement de la gauche au Québec, Écosociété, Montréal, 2008,175 p.l' avem1r ctT 0, gauche ^écmiéîé Mon oreille de baby-boomer a eu du mal à s'habituer à ce son rap, à cet.«énerve-ment musical » comme je l'appelais il y une paire d'années, influencée par un rap de bas étage aux propos misogynes et violents des années 80.Depuis certains groupes ont dépassé l'enceinte des initiés; l'un d'eux m'a franchement étonnée.Comme je n'ai jamais rien perdu à m'ouvrir à de nouvelles formes, je suis allée au lancement de l'album épony-me de Payz Play en mai dernier.Et je me suis mise à aimer leurs chansons, mélange de rap et d'électro, et à danser sur leur musique.Payz Play est formé de Égypto, RU, Dj Ephiks et Dj Naes, des artistes de l'ancien groupe Atach Tatuq.Comme souvent dans ce monde-là, d'autres artistes se joignent à eux à l'occasion.Pour les connaître mieux, j'ai rencontré Égypto et RU un midi, simplement, autour de salamis, pâtés et tomates.Quand je parle d'électro, je sens une certaine réticence.RU m'explique : «Oui, c'est du rap electro, mais à notre manière; on ne voudrait pas être catégorisé.» En tout cas, la qualité musicale de leur disque ne fait aucun doute.l'ai vu un certain lien avec le slam, surtout dans la chanson l! était 2 fois.où le texte est scandé plutôt que chanté.Égypto me rappelle que « rap signifie» rythm and poetry «et que forcément.même si ici une plus grande place est faite à la musique.Ce qui les caractérise aussi, c'est que leurs textes sont remplis d'humour.RU : «Quand j'écoute de la musique, je n'ai pas le goût d'écouter les nouvelles.» Égypto : « On ne voulait pas que ce soit sérieux, surtout pas moralisateur.Même avec Atach Tatuq, Plastic doré par exemple, on ne s'est jamais pris au sérieux.» La mise en scène lors des spectacles démontre en effet que s'ils ont une parole à livrer, ce n'est pas de façon pesante.Pourtant, j'entends dans leurs chansons une réflexion sur notre société, un regard posé sur ce qui nous entoure, mais elles nous poussent plutôt à sourire.Ils sont des impressionnistes du rap : par petites touches, ils dépeignent des scènes de la vie urbaine.Autant de chansons, autant de tableaux à légère tendance iconoclaste.À les écouter, je réalise que ce sont des têtus qui ont de grands projets : d'abord faire le tour de la province avec l'album; c'est déjà commencé et ça répond bien.Puis, ils n'aimeraient rien de moins qu'aller ailleurs : le reste du Canada, les États-Unis, l'Europe.le Japon.Devant mon sourire incrédule, RU m'explique : «Au Japon, ils sont ouverts à tout.Ils ne sont pas barrés avec la langue.Même s'ils ne comprennent pas les paroles, ils sentent le rythme et ils embarquent.La scène underground est importante à Tokyo.Il y a là une masse populaire vraiment grande.» Et quand je les pousse à se plaindre un peu comme il se doit, me semble-t-il, Égypto me reprend : « Ici, on ne peut pas s'asseoir; c'est un travail de longue haleine.Le bassin est tout petit pour tous les artistes qui existent au Québec.Mais on est déjà contents de la couverture médiatique.Que Radio-Canada parle de nous le matin, c'est un signe de changement.» RU en rajoute : «Aucun groupe de rap n'est affiché en méga-panneau sur l'autoroute 15; ça c'est bon pour Gregory Charles et Louis-José Houde.Ça sera toujours plus difficile pour le hip hop, parce qu'on s'adresse à une génération qui va facilement sur Internet télécharger toute la musique qu'ils désirent.Mais je suis content de voir que dans le top 200, il arrive que des groupes de rap québéquois vendent plus d'albums que des groupes américains; ça c'est nouveau.» Ils concluent tous les deux que le marché du rap se développe considérablement au Québec et que même si c'est un tout petit marché, c'est drôlement plus difficile de percer aux États-Unis qu'ici.Pour l'instant, ils sont très fiers de l'album qu'ils lancent sur le marché.Ils ont raison de l'être : c'est un très bon album, qui nous fait bouger, qui nous fait sourire, qui nous fait réfléchir.Pas si mal, non ?FRANCINECAMPEAU Histoire de famille TQS : Le CRTC craint de créer un dangereux précédent en prenant une décision en faveur des frères Rémillard sans que ceux-ci n'aient eu, au préalable, à offrir de pot-de-vin à ses membres.MUSIR0NIE Espionnage Luc Lavoie nie servir de taupe du parti conservi-teur chez Québécor puisqu'une taupe ne voit rien, alors que lui surveille tout.MUSIR0NIE Palmarès musical Près de deux mois après avoir été lancé, le nouvel album de Garou est certifié platte.MUSIR0NIE brigitte bordel, Sous les tropiques le néant (Piasses Piasses) Véritables Ramones yéyé punk sixties tout en français, ce quatuor montréalais a le chic et le choc de truffer ses textes de trouvailles et de troisième sens qui raviraient le plus cynique corbeau.« Il pleut des lumières de Noël », « Ça fait trois jours que mon surmoi n'est pas rentré coucher» ou «nos jolis vestons riment avec perdition» sont de ces grimaces au chant vaguement hébété sur des rythmes endiablés agrémentés de volutes de claviers douteux probablement piétines plutôt que joués avec le doigt.Disons donc un pur blast de rock avec des passages surf qui fleurent bon l'abomination sulfureuse! Dans Je suis, joviaux, ils balancent : «Car je suis un adepte de Ravachol / Les biens que t'as sont ceux que tu me voles »! philippe b, Taxidermie (Proxenett/ Fusion 3) Dans la nouvelle chanson, ce Philippe, ou plutôt ces Philippe puisqu'ils sont au moins deux doté de ce prénom dans le groupe, se posent en débardeurs de mots et de concepts inusités.Baptêmes sur cette manie à la Robinson Crusoe de l'être humain à tout arroser d'eau bénite, Sur la dérive des continents là où tout fout le camp ou encore celle-là qui donne le titre à ce deuxième album sur ces trophées de chasse comme autant de «restants de beau d'avant»! Avec des musiques aérées comportant violon, alto, accordéon, claviers, guitares et autres programmations, on se sentira déporter dans les arcanes de réflexions inopinées.yves desrosiers, Chansons indociles (Audiogram/ Select) À la manière d'un folklore urbain, Desrosiers récupère et rafistole pour réaliser quelques sculptures sonores et entrelacs de mots pour mieux arpenter trottoirs et ruelles.Multi instrumentiste le plus souvent à la guitare, mais également à la lapsteel, pour augmenter la porté de ses textes qui dépeignent, en toute simplicité, de vibrantes épopées.Le conquérant, Le déporté et Égarement clérical donnent même dans des portraits pour mieux déterminer ce qui serait universel dans ces textes plus confiés que chantés tellement l'aspect intimiste semble cher à ce clochard musicien© Dans Circus, il y va ainsi : « Le cirque d'un monde halluciné/ Une piste pleine d'infortunés/ Le cirque d'un rêve a dérapé/ Dans des méandres insoupçonnés ».RAMON VITESSE the boondocks, t.5 Ma femme est blanche et elle me déteste (Dargaud) d'Aa-ron Me Gruder Ce bédéiste noir dans la trentaine a révolutionné, sinon politisé, l'art du comic strips - ou si vous préférez de la bande dessinée publiée dans les quotidiens.Dans ce tome, toujours aussi bien traduit par un historien du comic américain, l'auteur ajoute un texte qui permet d'entrevoir l'ampleur du choc post 11 septembre chez lui qui saute à pied joint pour abattre les dominants.Dans les bandes présentées, soulignons celles qui massacrent la censure en l'exagérant au point de la ridiculiser.Par exemple, sur l'interdiction de publier des codes de décryptage pour les DVD.Truffées de références culturelles et d'analyses souvent contradictoire entre les deux frérots cette BD reste une référence de débats au sein de la culture noire américaine.martha jane cannary, Les années 1852-1869 (Futuropolis) de Mathieu Blanchin et Christian Perrissin Le dessinateur est un cas d'espèce pour avoir publié un peu partout mais souvent chez des petits éditeurs autant que pour avoir créé Onomatopée, une collection jeunesse BD hors norme chez Lito avec laquelle il publia, notamment, des histoires de cambrioleurs sympati-ques et d'animaux ségrégationnistes.Son dessin, jamais académique, paraît toujours piqué au vif et il met du vent dans les voiles de l'écriture nerveuse de Perrissin.Cette saga de celle que l'on nommait Calamity Jane, qui fera trois tomes de 120 pages, ne célèbre qu'une chose : sa quête de liberté! La préface de David B.souligne le surnom attribué à Jane pour marquer son énergie phénoménale à parcourir les territoires et les interdits sociaux de même que la qualité des auteurs pour nous plonger dans le vif d'une femme débridée! burquette (Les 400 Coups) de Francis Desharnais Pastiche d'un (pseudo?) militant gauchiste qui, seul, élève son adolescente en décidant de combattre sa superficialité galopante en la contraignant à porter une petite burqua; soit une burquette.L'auteur a choisi l'approche du comics trip pour un ensemble qui n'en demeure pas moins cohérent.Mieux, les chutes fréquentes et l'apparition de personnages nouveaux, relancent constamment l'intérêt du lecteur en multipliant les réflexions possibles.Avec un dessin dépouillé agrémenté de nuages d'encre diluée, on trouve un bel équilibre avec des textes rythmés.VALENTIN TARDI Le Couac, juillet 2008, page 8 RETOUR SUR LE 1er MAI Mouvement syndical québécois Esclaves salariés et fiers de l'être ?Le premier mai dernier, entre 600 et 800 personnes ont pris part à une manifestation anticapitaliste organisée à Montréal pour commémorer la Journée internationale des travailleurs et travailleuses.L'événement, mis sur pied par une coalition ad hoc de groupes et d'individus pour qui le Premier mai constitue toujours un symbole fort de la lutte de classe, s'est terminé abruptement dans une orgie de répression policière aussi abjecte que gratuite (Voir l'article ci-bas ou le communiqué au www.cmaq.net/node/29951).La manifestation était essentiellement composée des éléments les plus radicaux - explicitement anticapitalistes - des milieux militants, étudiants et communautaires, ainsi que d'une foule bigarrée de précaires en colère, de sans-emploi, d'anarchistes, de communistes révolutionnaires et de révoltés sans attaches.Toutes et tous ont en commun la mémoire des luttes acharnées menées depuis des siècles par la classe ouvrière internationale contre l'oppression du Capital et pour l'abolition du salariat, cet esclavage maquillé.Depuis plus de 120 ans, celles et ceux qui vivent ou côtoient au quotidien la misère et l'exploitation capitaliste choisissent à cette occasion de prendre la rue et d'afficher leur fierté de classe.Le gros de la soi-disant «classe ouvrière» québécoise, cette masse informe jalousement gardée par les institutions syndicales du pays, brillait par son absence.C'est que les apparatchiks, fidèles à eux-mêmes, avaient choisi encore cette année d'attendre le week-end, soit le 3 mai (!), pour fêter le Premier mai.Cette tendance lourde des syndicats à oublier la valeur et la teneur symbolique du Premier mai (pour ne pas faire de vagues sur le «marché du travail») s'affiche depuis quelques années au Québec, à chaque printemps.Si seulement leurs sorties mondaines pouvaient encore refléter la force et la solidarité d'une classe ouvrière unie, on pourrait encore pardonner aux syndicats leur «déficience historique», mais plusieurs observateurs s'entendent désormais pour dire que ces marches du 3 mai (ou du 29 avril !!) sont de plus en plus pathétiques et impertinentes au fil des ans.Pourquoi le mouvement ouvrier québécois fête-t-il « le travail » au mois de septembre et non pas « les travailleurs et travailleuses » le Premier mai de chaque année, comme toutes celles et tous ceux qui reconnaissent et rendent encore hommage aux luttes prolétaires passées et contemporaines, d'un bout à l'autre de ce monde malade?Voilà une question que l'on pourrait avec raison souhaiter adresser aux mandarins des institutions syndi- cales du pays.On serait aussi tenté de leur demander pourquoi tant d'entre eux et elles, jadis si virulentes dans leur dénonciation du capitalisme s'empressent aujourd'hui d'accommoder leurs coutumes aux « impératifs » pragmatiques du système autrefois honni et, par la même occasion, de tourner le dos à celles et ceux qui ont encore le courage de se dire «anticapitalistes».V«ll ÉTiE* OÙ ÙWANr *CN,I« CoMG< Wf VOTONSJ Car si l'on peut du bout des lèvres, par dépit ou dérision, pardonner aux syndicats leur amnésie chronique, on ne peut que dénoncer leur manque total de solidarité avec celles et ceux qui organisent les rassemblements radicaux du traditionnel May Day, celles et ceux qui y participent, et surtout celles et ceux qui subissent brutalité policière et répression politique pour avoir ainsi choisi d'exprimer leur conscience sociale et leur fierté de classe.Rappelons qu'au Premier mai 2004, alors que les syndicats daignaient organiser une manifestation du May Day (parce que le 1er tombait un samedi cette fois-là !), le service d'ordre syndical n'a pas hésité à s'interposer violemment entre des militants anticapitalistes et la division anti-émeute du Service de police de Montréal.Et par « s'interposer entre », nous voulons dire «brutaliser les militantes à la place des flics».Souvenons-nous aussi qu'en 2005, les quelques centaines de syndicalistes et syndiquées «full patch» qui prirent part à la marche du May Day s'étaient réfugiées dans le Medley pour siffler des bières froides alors que la répression policière s'abattait à nouveau, tout juste à l'extérieur du bar, sur les précaires, anarchistes, communistes révolutionnaires et autres anticapitalistes rassemblés pour l'occasion.N'oublions pas non plus la violence disproportionnée (scie mécanique dans la porte, tirage par les cheveux, claques sur la gueule et coups de pied au cul) qui a marqué l'expulsion par les «goons» de la FTQ d'une poignée d'anarchistes qui avaient occupé le bureau d'Henri Massé, le Premier mai 2007, justement pour dénoncer le caractère immobiliste et profondément récupéré du syndicalisme québécois.Cette tendance anti-solidaire s'est définitivement confirmée en 2008, alors que les directions de toutes les centrales syndicales confondues, non contentes d'avoir complètement ignoré la manifestation anticapitaliste du Premier mai, n'ont même pas cru bon d'émettre un communiqué pour dénoncer le caractère sauvage et arbitraire de l'intervention policière, qui visait cette fois-ci à casser la manifestation sans motif valable.Cette désolidarisation est profondément méprisable et a tous les attributs d'une authentique trahison.Si la lutte des classes est bien vivante en 2008, elle semble désormais s'articuler sur de nouveaux axes.La classe syndicale québécoise, celle qui fête pitoyablement « le travail » le premier lundi de septembre et se soumet apathiquement au calendrier de l'ordre capitaliste, se détourne maintenant ouvertement de ce qu'elle considère sans doute, à tort, comme une survivance importune du lumpenprolétariat : la meute précaire, bigarrée, gueularde et fièrement anticapitaliste qui préfère encore prendre la rue montréalaise le Premier mai, envers et malgré la répression policière et l'absence cruelle de solidarité sociale.Il me semble qu'il serait grand temps que ce qui reste de la base prolétaire passe enfin par-dessus les têtes dégarnies des gardes-barrières syndicaux et se réapproprie son histoire en exigeant, par la grève et le combat, que le Premier mai retrouve le caractère révolutionnaire et résolument anticapitaliste que lui avaient donné ses pionniers et pionnières.Malheureusement, il est peut-être déjà futile d'attendre que cette classe déformée se reprenne en main et accepte de sacrifier certains privilèges au nom des solidarités sociales et des valeurs humanistes qui jadis fleurissaient ses discours.Une chose est certaine cependant, le Premier mai 2009, et chaque année ensuite, la sous-classe anticapitaliste reprendra bravement la rue montréalaise pour faire valoir son histoire et rendre hommage à celles et ceux qui sont tombées de part l'histoire sous le joug des exploiteurs ou sous le coup des trahisons.PATRICK CADORETTE L'auteur est travailleur précaire.Il milite au sein du collectif Bloquez L'empire.Le premier mai 2008, il fut brutalisé, arrêté et accusé de voies de faits sur agent, d'entrave et d'attroupement illégal, pour avoir refusé de fuir devant l'agression sauvage du SPVM.Voir le vidéo au www.actualitecitoyenne.info Récit au «je» d'une répression policière ordinaire Cette année, une vaste coalition de groupes sociaux avait décidé d'organiser sa propre manifestation et de ne pas se joindre à la grosse manifestation syndicale appelée deux jours plus tard, le samedi 3 mai.Avec un slogan comme « Le capitalisme est notre misère ! Manifestons notre colère ! », c'est à cet événement que j'avais plutôt décidé d'accorder mon appui.Je trouvais son message plus clair et radical que celui des syndicats.Car c'est bien beau de défendre le système de santé public (thème de la marche syndicale de cette année), mais ne pas mettre de l'avant que c'est le capitalisme sauvage dans lequel on baigne qui le gruge constamment pour le donner au privé, c'est se mettre la tête dans le sable.Bref, j'arrive un peu en retard sur la rue Ontario et la manif, qui vient vers moi, est_déjà en route.Il y a beaucoup de noir et de rouge, certes, mais on est loin de la manif annuelle contre la brutalité policière : pas de rage ciblée contre les flics omniprésents, plutôt une atmosphère de chaude solidarité contre un système qui, justement, tend toujours à nous isoler pour mieux nous acheter à bas prix.Plus j'avance avec eux, plus je remarque la diversité des marcheurs de tous âges, y compris plusieurs enfants en poussette ou à pied avec leur maman.L'atmosphère bon enfant incite les commerçants de la rue Ontario à sortir sur leur porche et à accepter avec plaisir les dépliants qu'on leur tend pour expliquer le but de la marche.Je me laisse tranquillement glisser vers l'arrière de la manif ou une petite fanfare joue des airs militants que fredonnent les marcheurs.À un moment donné, la section percussion de la fanfare devient de plus en plus présente, tout en marquant le rythme d'une manière quelque peu désordonnée.Curieux, je me retourne vers eux pour voir qui sont ces nouveaux musiciens pas encore tout à fait capables de marcher et de tenir le rythme en même temps.C'est alors que je m'aperçois que mes percussionnistes amateurs sont en fait une ligne de policiers anti-émeute qui s'approchent en ligne derrière la manif en frappant leur matraque contre leur bouclier.N'en étant pas à ma première manif, j'aurais dû comme à mon habitude prendre alors la première rue perpendiculaire pour me soustraire à l'arrestation de masse malheureusement écrite dans le ciel.Mais la manif était si calme, et les gens tellement plus perplexes qu'apeurés ou agressifs, que j'ai continué à marcher avec eux.Mais ce qui devait arriver arriva.Juste avant la rue De Lorimier, alors que, « comme par hasard », nous longions la longue clôture d'une école d'un côté de la rue et les grilles de commerces de l'autre, la manif se met à refouler.Traînant mon vélo d'une main avec moi et ne voulant pas le pousser sur les jambes de ceux qui venaient de s'immobiliser devant moi, je m'arrête donc à mon tour.Sauf que derrière moi, les flics s'étaient pompés et criaient de plus en plus fort : « Move, move ! ».Même pas capables de nous réprimer en français.« Je veux bien, mais où est-ce que tu veux que j'aille ?» lançais-je au flic qui était devant moi et qui me regardait avec un mauvais œil.En guise de réponse, je reçus un coup de matraque dans le ventre.Sympathique.C'est là Il faudra bien avant longtemps faire cesser ces abus de pouvoir qui minent à la base (.) les fondements de ce que devrait être une démocratie.que j'ai compris la pleine utilité du petit bout de matraque de cinq ou six pouces qui dépasse de l'autre côté du long bout de la matraque : ça rentre plutôt bien dans les abdos quand tu ne t'y attends pas.Encore heureux qu'il ne m'ait pas frappé juste un peu plus haut, ce con.Avec le peu de graisse qui protège mon squelette, il aurait facilement pu me péter le sternum.Avec le cœur juste derrière, ça n'aurait pas été une bonne idée.C'est alors que je me suis réveillé.En avant de la manif, un cordon d'anti-émeute, qui semblait plus dense que celui derrière nous, bloquait complètement le passage.Avec les clôtures de chaque côté, et les cochons qui nous «vargeaient» dessus derrière, on était faite, comme on dit.Pardonnez mon langage un peu émotif ici, mais quand on voit une vieille dame se faire pousser violemment (heureusement quelqu'un l'a soutenue sinon elle tombait par terre), une poussette d'enfant (avec l'enfant dedans) se faire tasser avec sa mère si durement que la poussette en vacille, quand on voit, surtout, la peur dans les yeux de la petite fille de six ans d'une amie qui regarde tout ça, alors on devient quelque peu émotif.Ça s'appelle avoir une réaction humaine devant des actes inhumains.C'est ce que je me suis évertué à crier aux flics en face de moi, me disant qu'au moins si je passais la soirée assis à terre avec des menottes dans le dos, je n'allais pas me retenir en plus pour leur dire ce que je pensais d'eux.Mais au moment où une jeune fille à côté de moi commençait à me dire que ce n'était pas la peine, que je parlais à des robots (ce qui était vrai, le dressage policier étant passé maître dans l'art de faire disparaître toute trace de jugement dans le cerveau de ses fantassins), à ce moment précis donc, un phénomène aussi surprenant qu'étrange survint : les flics commencèrent à reculer, lentement, d'une manière aussi coordonnée qu'ils l'avaient fait pour nous coincer (les ordres leur étant clairement venus de plus haut), jusqu'à nous ouvrir une porte de sortie par une rue perpendiculaire.« Quelle étrange stratégie.», me dis-je alors, tout de même content de retrouver ma liberté.Mais ce qui allait se passer ensuite me montra que, loin d'être étrange, cette manœuvre avait exactement réussi le but qu'elle poursuivait : disperser les manifestants.En effet, les gens peu habitués à ce genre de répression se sont éloignés en en étant quittes pour une bonne frousse.«Je vais y penser deux fois avant de retourner dans une telle manifestation » se disaient-ils sans doute.Les autres, exaspérés par le comportement de la police, avaient maintenant la rage au cœur et haranguaient les « robotcops ».Situation toute à l'avantage de ces derniers qui n'attendaient alors que les gestes de revanche des plus outrés pour cueillir leurs auteurs comme un fruit mûr, avec toute la délicatesse qu'on leur connaît.C'est arrivé à l'un de mes amis dont je n'ai pas vu l'offense.Mais à voir la façon dont il s'est fait ramasser, ça ressemblait plus à l'arrestation d'un forcené qui venait de tirer dans une école qu'à un militant qui scandait des slogans en distribuant des tracts dix minutes auparavant.Car voilà ce qui agace au plus haut point : des gens qui se tiennent ensemble et diffusent un message cohérent sur les injustices et l'exploitation dont eux et une majorité de leurs semblables font l'objet.Cela, pourtant, s'appelle le droit de manifester, et c'est un des acquis les plus précieux de nos soi-disant démocraties.«Soi-disant » parce que tout, dans les lois, est assez flou pour permettre à n'importe quel constable de police municipal, de décréter qu'il a un doute raisonnable (raisonnable pour qui, selon quels critères?) que tel ou tel attroupement menace l'ordre public.Or, il faudra bien avant longtemps faire cesser ces abus de pouvoir qui minent à la base, à la racine (on y revient toujours), les fondements de ce que devrait être une démocratie : le pouvoir du peuple par le peuple, une peuple qui doit être informé des enjeux qui le concernent et des voies qui s'offrent à lui pour rendre sa société plus juste.En bout de ligne, c'est le maire de Montréal, Gérald Tremblay, qui aurait la responsabilité de faire cesser les tactiques de bas étage de sa police qui étouffent toute tentative d'amener sur la place publique les problèmes les plus criants.Mais il est sans doute plus occupé à dîner avec un quelconque promoteur immobilier qui va « revitaliser» sa ville qu'il aime tant, surtout quand ses rues sont propres, c'est-à-dire vides de toute revendication sociale.Mais il y a un facteur que le pouvoir en place a peut-être sous-estimé.C'est la clarté scandaleuse d'un coup de force anti-démocratique comme celui de ce 1er mai 2008.Le pouvoir en place dispose de nombreux moyens, de commissions en tables de concertation, pour faire semblant d'écouter nos revendications.Mais les gens qui, comme moi, étaient à cette manifestation et ont vu la répression gratuite et sans raisons autres que celle de nous faire taire, font en quelques heures le cheminement politique qu'ils auraient sans doute fait en plusieurs années.Tout s'accélère alors et des gens plutôt tolérants et modérés de nature en viennent à prendre la plume pour dire que ce qu'ils ont vu est inacceptable.C'est ce que je fais aujourd'hui, comme plusieurs autres par divers moyens.Et je le fais au « je», du fond du cœur, parce que la très grande majorité de mes concitoyens en ont encore un, de cœur.Et que les plus grands changements sociaux que l'on chérit aujourd'hui sont toujours venus de là.BRUNO DUBUC
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