L'itinéraire, 1 janvier 1999, février
[" fadutAtMàr, rmduKfi,^ ^j^fak & LA VIOLENCE c'bt pw tdujow frappant maij ça fait toujours mal Québec et ses partenaires communautaires L'Itinéraire est produit et vendu en majeure partie par des sans-emploi, des personnes Itinérantes, ex-itinérantes ou toxicomanes, dans le but de leur venir en aide et de permettre leur réinsertion sur le marché du travail.Pour chaque numéro vendu 2 dollars, 1 dollar revient directement au vendeur.Les profits de L'Itinéraire servent à financer les coûts de production du journal, les projets de réinsertion sociale, et le Café sur la rue, destiné aux personnes itinérantes.La direction de L'Itinéraire tient à rappeler qu'elle n'est pas responsable des gestes des vendeurs dans la rue.Si ces derniers vous proposent tout autre chose que le journal, ils le font à titre personnel.Si vous avez des commentaires sur les propos tenus ou le comportement des vendeurs, communiquez sans hésiter avec le responsable de la distribution, Michel Desjardins au (514) 597-0238, poste 32.InFo POUR VENdRE l'ITINÉRAIRE.CaH sur ta Mit, m 1104, rue Ontarjo Est (coîn Amherst) CAFE SUR LA : RUE.aous voin l$/heure pour Des gens de la rue ou de milieu modeste se côtoient au Café sur la rue dans une ambiance agréable.De bons petits repas à 3,50 $ (2,25 $ pour les membres) sont servis par des gens en réinsertion sur le marché de l'emploi.Un cuisinier leur apprend à travailler et à gérer une cuisine.Le Café sur la rue est également le premier café électronique pour personnes démunies.Il n'en coûte que 1$ l'heure pour naviguer sur Internet ou utiliser un ordinateur.Des animateurs offrent de la formation gratuite à ceux qui n'ont aucune expérience en informatique.Ce projet a été réalisé grâce entre autres à la participation de Vidéotron et du Gouvernement du Québec.Café sur la rue: 1104, rue Ontario Est (angle Amherst), téléphone: (514) 597-0238, poste 32, fax:(514) 597-1544.Attention aux fraudeurs! Nous tenons à vous rappeler que personne n'a le droit de faire du porte-à-porte ou de solliciter des dons auprès des commerçants au nom de L'Itinéraire.Dites non aux fraudeurs et faites parvenir directement vos chèques au journal.La formation professionnelle des travailleurs(euses) au journal Lltineraire a été rendue possible grâce, entre autres, au Ministère de la Métropole, à la CDEC du Plateau Mont-Royal/ Centre-Sud, à la Ville de Montréal, à la Régie régionale de la santé Montréal-Centre et à l'UQAM.1907, rue Amherst, Montréal (Québec) H2L 3L7 Tél.: (514) 597-0238 Fax:(514) 597-1544 Courriel: itinéraire@videotron.ca Site internet: http://itineraire.educ.infinit.net Le groupe communautaire L'Itinéraire est un organisme de charité fondé en 1989 pour aider les itinérants.Le conseil d'administration est composé en majorité par des gens ayant connu l'itinérance ou la toxicomanie.Le journal L'Itinéraire présentement vendu sur la rue depuis 1994, prend ses racines en 1992, alors qu'il était destiné aux gens en difficulté, distribué gratuitement dans les ressources d'aide et maisons de chambres.Plus de la moitié de cette publication est rédigée par des personnes ayant connu l'itinérance.Les articles écrits par des journalistes pigistes professionnels portent la mention «collaboration spéciale.» Enfin, les propos tenus dans les pages de Lltineraire n'engagent que la responsabilité de leur auteur.t Conseil d'administration du /v n» Groupe communautaire l \\wl L'Itinéraire: î.\u2014^^fc Président: Mario Lanthier ^ Vice - président: Luc Lenoir Secrétaire: Réjean Mathieu Trésorier: Guy Lapointe Conseillères: Claudette God ley, Michelle Wilson, Gabnelle Girard.Comité de direction: Serge Lareault, Denise English, Michel Desjardins.Equipe de production du journal: Rédacteur en chef: Serge Lareault Adjointe à la rédaction: Cathy Bazinet Comité éditorial: Serge Lareault.Réjean Mathieu, Luc Lenoir.Collaborateurs:Cylvie Gingras, Gina MazeroIIe.Pierre Demers, Serge Bergeron, Alain Coulombe, Éric Cimon, Claude Brûlé, Léo-Paul Lauzon et François Patenaude.Photographes: Philhpe Burnet, Robert Simoneau, Éric Cimon.Illustration: André-Philippe Côté.Révision: Jean-Paul Baril, Marie-Tbérèse Déry, Michèle Jolicoeur, Robert-Yves Lalonde, Marie-Paule Arbour, André Martin.Mots croisés: Gaston Pipon.Infographie: Jocelyne Sénécal, Serge Lareault.Distribution: Michel Desjardins (coordinateur), Michèle Wilson, Michel Gendron.Imprimeur: Hebdo Litho Tirage: 15 000 exemplaires vendus par des itinérants et de sans-emploi dans les rues du centre-ville de Montréal Administration du groupe: Publicité: Éric Cimon.Secrétaire-comptable: Sylvie Boos Coordination du Café sur la rue: Denise Englis\" Mario Lanthier (adjoint).Resp.Café électronique: Sébastien Langlais(coord ISSN 1481-3572 L'Itinéraire est membre de la N ASN A L'Association nord-américaine des journaux de rue Son tirage est certifié par A2DA et de /k L'IUninlrt ect enUèrement recyclable Photo page couverture: Phillipe Burnet (Agence Stock Photo) Journal l'Uinéuire ¦ lonltéil \u2022 janvier 1Uî Branchez vous \t 1 1\t \t \t l'alternative en éducation En vous branchant sur InfiniT éducation, vous pénétrez au coeur de la pédagogie.Plus de 25 sites instructifs, vivants et animés, pour mieux apprendre.education, infin ît.net Branchez votre école à haute vitesse! Renseignements : (514)281-9149 1 888 246-2256 Vidéotron Sommaire Actualités 4 Suicide: Comment se garder en vie?6 Les jeunes de la rue et le métro 18 On demande aux banques d'épargner les pauvres 10 Vivre dans la rue sans mourir de froid 7 Vaillancourt, sculpteur intemporel 16 Photos d'itinérants.et de dignité 20 La rue Ontario en chansons et en poésie Hommage 24 Alain Demers, directeur administratif de L'Itinéraire, meurt subitement à l'âge de 37 ans.Ses collègues et amis lui rendent un dernier hommage.\tChroniques 13\tBaptiste 15\tGlobe-trottoir 28\tRestas à moins de 10$ 29\tMots-croisés 30\tProf Lauzon 31\tCourrier des lecteurs Des Faubourgs de Montréal Centre de services 2422, boul.de Maisonneuve Est Montréal (Québec) H2K 2E9 Télécopieur: (514) 521-2511 Centre de services financiers aux entreprises 1662, rue Ste-Catherine Est Montréal (Québec) H2 2J4 Télécopieur: (514) 527-8147 Téléphone: (514) 524-3051 poste 223 André Jean Directeur général Adresse postale 1399, rue Ontario Est Montréal (Québec) H2L 1S2 c.d.Faubourgs® videotron.ca Télécopieur: (514) 524-9566 LES OEUVRES DE Tél.LA MAISON DU PÈRE 550, boul.René-Lévesque Est Montréal (Québec) H2L 2L3 (514) 845-0168 Fax: (514) 845-2108 Semaine de prévention du suicide du 14 au 20 février EN catriy Bazïnet Ce n'est un secret pour personne, le Québec détient un des plus haut taux de suicide au monde.Ce qui est troublant, par contre, c'est que 80% des personnes qui se suicident sont des hommes dans la force de l'âge.En fait, environ trois hommes par jour, majoritairement âgés entre 20 et 40 ans, s'enlèvent la vie.Ces derniers, selon une étude de l'Association québécoise de suicidologie, auraient du mal à demander de l'aide en cas de détresse.La situation socioéconomique du Québec a-t-elle quelque chose à y voir?L'attitude sociale?La performance, érigée en valeur absolue, a-t-elle engendré une peur de l'échec si importante qu'elle pousse à évaluer la vie en terme de réussite et de revers?Le suicide du journaliste Gaétan Girouard Trois hommes par jour, majoritairement âgés entre 20 et 40 ans, s'enlèvent la vie.en est un exemple éloquent.Nous avons tous été troublés par son suicide parce que visiblement, cet homme avait tout pour être heureux : argent, famille, carrière professionnelle brillante.À quoi tient donc le bonheur?D'autres, qui auraient pourtant toutes les raisons de vouloir mettre un terme à leur existence, réussissent à trouver un sens à leur vie à travers des choses simples.L'exemple de Fernand, camelot à L'Itinéraire, est la preuve que la notion de succès est une ques tion de perception.Depuis trois ans, beau temps, mauvais temps, il reste debout sur son coin de rue, toute la journée, pour vendre entre cinq et sept exemplaires du journal.A première vue, ça peut sembler bien peu.Pas pour Fernand.Issu d'une famille aux prises avec l'alcoolisme, il s'est exilé des terres à bois gaspésiennes pour rejoindre la grande ville, Montréal, dans l'espoir d'y trouver du travail, mais à aussi animé du désir de faire sa t place dans le monde.^ Emplois précaires, relations sociales difficiles, Fernand était en mode de survie: il réussissait à peine à se maintenir la tête hors de l'eau.«J'avais l'impression qu'on me critiquait, qu'on méjugeait.J'avais beaucoup de difficulté à m'exprimer.J'en étais rendu à penser au suicide.» Puis, la vie lui a tendu une perche : il a trouvé une nouvelle famille au groupe communautaire L'Itinéraire.Il a commencé à vendre le journal.« Le journal m'a beaucoup aidé.J'ai recommencé à m'exprimer.Pour moi, L'Itinéraire, c'est un succès.» Les gens simples ont souvent l'art d'apprécier les milliers de petites choses du quotidien.Après tout, comme le disait Saint-Exupéry, l'essentiel est invi-X sible pour les yeux.Fernand vend L'Itinéraire au coin des rues Amherst et Ontario L'Abri d'espoir (514) 934-5615 Centre d'hébergement à court et moyen terme pour femmes en difficulté Service d'écoute pour personnes en détresse 1\trEL-AIDE\t\t \t¦\th\tm \t935-1101\t\t Au bout du fil 24 heures/jour 7 jours/semaine Bilingue 4 y Journal l'Itinéraire Montréal \u2022 février 183S Echecs Faut Pas se suicidER pour ça! CUudj Why Be BÉcik BrûLé Mot inventé par l'homme pour faire vivre à d'autres des émotions désagréables.J'en ai vécu, beaucoup trop de gens en vivent de plus en plus aujourd'hui.Pourquoi le mot échec fait-il trembler les personnes parfois jusqu'au suicide?L'échec est l'incapacité d'atteindre les buts fixés dans une vie.Pourrions-nous, gens dits «civilisés», faire en sorte d'atteindre de petits buts avant de planifier une vie entière?Un échec reste un échec, aussi longtemps que tu ne t'en sers pas pour trouver le cadeau qui se trouve derrière.J'ai beaucoup expérimenté au cours des 17 ans à itinérer à travers le Canada et l'Ouest américain.Je me suis retrouvé sur la montagne à Hollywood, Californie, à 20 ans, inexpérimenté, illégal.La majorité de mes proches s'interrogeaient, ne comprenaient simplement pas ma façon de rêver.Il faut vivre les choses pour les comprendre.Pendant longtemps, certains m'ont presque fait admettre que j'étais WRONGl Mais les victoires, personne n'y portait attention.Les Québécois dénigrent les gens qui font les choses différemment.C'est pourtant l'unicité de chacun qui fait tourner la terre depuis bientôt 2 000 ans.L'échec ne signifie pas que tu as été stupide.Il signifie que tu as eu le courage d'expérimenter et que tu pourrais peut- être explorer une autre avenue.Lorsqu'en 1977, je suis parti à l'aventure, j'avais une très vague idée de l'Ouest et de la vie itinérante qui m'attendaient.J'en avais seulement entendu parler par des chums.Ils commençaient leur histoire, comme celle du Klondike.Mon imagination surpassait la vitesse d'un roller-coaster.L échec ne veut pas dire que tu es un raté.Il est plus juste de penser que tu peux m Sur le plateau de tournage du film Beyond Mozambic, qui paraîtra bientôt, Claude Brûlé, vendeur et journaliste à L'Itinéraire en compagnie de Carole taure.apprendre à en tirer des conclusions.Pendant 17 ans, j'ai voyagé, itinéré, exploré et expérimenté.J'étais un Jack of All Trade.J'ai fondé ma propre compagnie Ail Stars Trades, une compagnie de rénovations, avec peu de moyens et, plus tard, j'ai fait faillite.J'ai alors expérimenté la signifi- cation du mot échec dans tous ses sens.L'échec ne veut pas dire que tu n'as pas fait ton possible, mais que tu devrais peut-être t'y prendre d'une autre façon.Oui, j'ai vécu dans l'illusion et dans le brouillard.J'ai su tirer profit des bad trips de tout acabit.Ma philosophie d'alors était: «Je vais battre le système à ma manière».Debout, face à la porte de fer de ma cellule, je regardais dehors, au loin, songeant à ma vie.Trop souvent depuis notre tendre enfance, nous, Québécois, nous répétons : «Tu ne feras jamais rien de bien dans la vie.» L'échec ne veut pas dire que tu es inférieur, il signifie que tu n'es pas parfait.Je peux toujours repousser mes limites de plus en plus loin.Jouer au cinéma, oui c'est possible.J'ai décidé de vivre une passion que je ne croyais pas possible.Les gens disaient: «tu rêves.» Depuis que je suis à L'Itinéraire, je fais du cinéma.Après «Quiconque meurt meurt à douleur», de Robert Morin, j'ai participé au film «Snake Eyes» de Bryan de Palma.Et tout récemment, j'ai figuré dans «Beyond Mozambic» de Lewis Furey avec entre autres Carole Laure.Après tout ce que j'ai vécu, qui aurait cru que je ferais tout ça aujourd'hui?Si le projet que tu as entrepris ne fonctionne pas, il y a peut-être une meilleure voie pour toi.Restons debout devant l'adversité.Croire en ses rêves, c'est ten-dre la main au destin.Daniel Dubois Gérant administrateur 501, rue Mont-Royal Est Montréal (Québec) H2J 1W6 Tél.: 521-3481 Fax: 521-1660 Une organisation vouée à notre scène et à notre communauté.SHARP Montréal a besoin de votre aide dans la lutte contre le racisme organisé.INFORMEZ NOUS! (514)851-1205 \u2022 sharpmtl@hotmail.com CP.491 Mtl.PQ.Canada H2L 4K4 jqumal L'Itinéraire \u2022 Montréal \u2022 février 1993 Editorial La STCUM et les jeunes de la rue Les Intervenants mettent Leur expérience en commun Serqe LareauIt RÉdACTEUR EN chtf Ul Tn pas important vient d'être franchi dans l'aide aux jeunes de la rue qui vont s'abriter dans l'entrée de la station de métro Berri-UQAM, à l'angle de la rue St-Denis et du boulevard Maisonneuve.Après la répression policière, ou l'opéra à tue-tête dans la bouche de métro, la STCUM a décidé de créer une table de concertation, réunissant la sécurité du métro, la Hpl Ville, la police et divers intervenants sociocommunautaires, tels le Bon Dieu dans la rue, Passage, Tandem, L'Itinéraire et -«**> plusieurs autres, afin de trouver des solutions pour «vraiment» aider les jeunes, mais également pour sécuriser les usagers du métro.Des solutions ont émergé de ces rencontres et la STCUM posera des gestes concrets pour harmoniser les relations entre «tous» les usagers du transport en commun.La STCUM a donc décidé de créer un poste d'«officier de liaison».«Cette personne en habit de surveillant aura pour mandat de mieux comprendre les jeunes, de s'informer de leur réalité et leurs besoins, explique Marc Boursier, lieu-teijarit de groupe prévention la STCUM.L'officier de liaison devra également rencontrer les principaux organismes d'aide aux jeunes afin de savoir où référer ces derniers lorsqu'ils sont mal pris.» Il ne s'agit pas de créer un poste de travailleur de rue à la STCUM, mais bien de s'assurer qu'il y a un agent de sécurité détenant l'information nécessaire pour apporter une intervention plus positive.Il s'agit là d'une sérieuse évolution dans les rapports entre la sécurité du métro et les jeunes de rue.La concertation a porté ses fruits puisque la STCUM, qui cherchait surtout, selon certains intervenants, à se débarrasser des jeunes, a fini par comprendre le rôle que joue le métro dans leur vie.Ces jeunes en révolte contre la société, qui rejettent notre système parce qu'ils ne s'y reconnaissent pas, trouvent un lieu d'appartenance et de socialisation dans la rue.Malgré la souffrance et les conditions de vie parfois pénibles, c'est là qu'ils se retrouvent entre eux.Ce n'est pas en les repoussant d'un coin de rue à l'autre que l'on va régler la situation et encore moins les aider.Bien sûr, il faut diminuer les irritants pour l'ensemble de la population.Il y a de nombreuses plaintes exprimées par les usagers de la station Berri-UQAM.Pourtant, selon les chiffres, il y a moins de violence là qu'aux stations Villa Maria ou Plamondon.Les plaintes des usagers relèveraient des préjugés et de la peur que suscitent encore les gens de la rue.Un officier «averti», posté en permanence à l'entrée de la station, permettra de rassurer les voyageurs.Il pourra également montrer aux jeunes à ne pas nuire aux usagers du métro en dégageant, par exemple, les sorties ou les escaliers.De plus, les agents de sécurité recevront une formation par les intervenants du Bon Dieu dans la rue afin de mieux comprendre les jeunes.L'accent sera mis sur la communication.Il faudra que ces deux groupes apprennent à se parler sans «s'envoyer chier».Il est donc à espérer que cette intervention des groupes communautaires auprès des jeunes et des agents de sécurité fonctionnera.Il s'agirait d'une première véritable réussite de mise en commun des ressources publiques et communautaires qui diminuerait la judiciarisation des jeunes, au lieu de les évacuer.Car ils connaissent des difficultés graves.Dans la rue, dans les entrées de métro, ils sont sollicités par les pimps ou les vendeurs de drogues.Ils n'ont pas besoin, en plus, de souffrir de la répression de la part des autorités.Les agents de la police de Montréal et de la sécurité du métro se doivent d'être plus compréhen-sifs.Mais également le grand public.La prochaine étape du groupe de concertation sera d'élaborer des projets tels une table d'information dans le métro qui aidera à combattre les préjugés.Ce sont les efforts de tous qui nous permettront de soutenir notre jeune génération en crise.Car à l'aube de l'an 2000, la révolte contre la société et la fuite dans l'errance est beaucoup plus dramatique qu'elle ne l'a jamais été.Le taux de mortalité chez les jeunes de la rue est deux fois plus important que celui de la population en général.Il est urgent d'agir |«fiïi?l 4> JowJiaUljiéiaiJi Montréal - févriw 135S 3 Une entrevue exclusive avec AmmÀ ikilUw&wl, le SCulpTEUR ÎNTEMpOREl contre Les injustices de notre TEivtps Armand Vaillancourt est l'un de nos plus célèbres sculpteurs.Il a remporté plusieurs prix, participée plusieurs expositions et symposiums et créé de nombreuses oeuvres, tant ici qu'à l'étranger.Sa sculpture -fontaine la plus célèbre demeure celle de San Franscisco où le groupe U2 a donné un concert retentissant On peut voir ses oeuvres, souvent des pièces monumentales, aussi bien dans les musées montréalais qu'au Carré Saint-Louis, au parc du Mont-Royal, à Chicoutimi ou à San Francisco.Il a travaillé avec tous les matériaux: bois brûlé, fer, acier, granit, polymère, et même le sable ou la neige.Innovant souvent dans les techniques.Depuis quelques années, il a exécuté des séries de tableaux et de murales pour des événements et des actions souvent collectives.En 1993, il reçoit le prix du Québec Paul-Emile Borduas pour l'ensemble de son oeuvre.C'est à la fois un artiste et un homme engagé contre tes injustices sociales, fortement identifié aux organisations populaires et à certains groupes d'exclus commes les prisonniers et les femmes battues.Pierre Demers ColliboRAr/o/v special Armand Vaillancourt, le célèbre sculpteur québécois qu'on voit partout défendre toutes les injustices du monde, se porte bien.Le 3 septembre prochain, il aura 70 ans.Il ne les fait pas.Ce qui le tient en vie et en forme: sa révolte contre ce qui ne tourne pas rond, et surtout, les nombreuses demandes d'appui de groupes, d'associations, d'organismes, d'amis, d'élèves, de profs.Il a un horaire aussi chargé que celui d'un député.D roule tout le temps et ne s'en plaint pas.Il aime bouger, tout faire à la fois.Il est partout et depuis quelque temps, même dans les vitrines des boutiques America.America, America Depuis quelques mois, des photos d'Armand Vaillancourt font le tour du monde, sous forme de publicité des boutiques America et Tristan et Iseult.Les gens ont été surpris de le retrouver ainsi sur la place publique, sur le marché des boutiques de mode à grande échelle, dans les magazines des capitales canadiennes et américaines.Les jeunes qui fréquentent ces boutiques l'ont découvert: «C'est qui ce gars-là qui ressemble au Christ?» Lui qui a toujours dénoncé la société de surconsommation et de gaspillage répond aisément.«Je suis comme une sculpture vivante dans cette publicité, dit-il.L'an dernier, j'ai fait des photos avec le photographe Cari Lessard pour la revue Ocean Drive.Les gens $ America les ont aimées et sont venus me chercher par la suite parce que j'avais l'air intemporel.Comme un défi au temps.Ça mélange le monde de me voir sur ces photos.Je suis comme une belette.Je fais des trous partout et on ne sait jamais où je vais réapparaître.J'ai toujours eu un côté showman.J'aime bien poser pour les photographes.Je deviens ma propre sculpture.Je ne pense pas m'enrichir avec ces contrats.Je gagne 3 à 400 $ par séance de pose.Je le fais par amitié pour la photographie, tout simplement.» Les racines d'un sculpteur-cultivateur Armand Vaillancourt habite avenue de l'Esplanade, en face du Mont-Royal, dans son atelier-maison (et musée), chauffé pour la première fois de sa vie après avoir passé des hivers à combattre des tuyaux congelés.«Quand j'étais étudiant aux Beaux-Arts, en 1950, je montais à la course le Mont-Royal à travers le bois directement, pas par le sentier.Ça nous gardait en forme, moi et mes amis, entre autres l'illustrateur Vittorio.Une autre chose qui m'a gardé en forme toute ma vie, c'est la danse dans les discothèques avec mes blondes et surtout le travail dur.Mon sport préféré c'est de pelleter de la terre, de la petite pierre, de la neige, j'ai toujours couru après la grosse ouvrage.Je suis un fils de cultivateur.Toute ma carrière part de là.» «Mon père était un raconteur né, poursuit-il.D pouvait tenir des heures les gens autour de ses histoires.Moi j'étais très gêné quand je suis arrivé à Montréal, venant de mon village de Black Lake.Ça m'a pris du temps avant de devenir la grande gueule que je suis aujourd'hui.J'avais de la misère à décoder le langage de la ville.J'étais très timide.Je m'ennuyais de la nature et des espaces de la campagne.» Une Grande Noiceur pas si noire que ça Armand Vaillancourt, contrairement à d'autres artistes, ne dénonce pas les années 50, celles de la Grande Noirceur et du régime Duplessis.«Tout était possible à ce moment-là dans mon domaine, raconte-il.On pouvait tout faire, comme sculpter un arbre pendant trois ans au centre-ville de Montréal.Il n'y avait pas de règles du jeu et des milliers de fonctionnaires pour tout réglementer comme aujourd'hui.» Au cours de sa carrière, il a eu souvent maille à partir avec les ministères et les bailleurs de fonds qui subventionnent les créateurs.La plupart de ses projets ont été refusés depuis des années et ses ateliers de fonderie saisis par le premier venu.«On a détruit mes moyens de production.Aujourd'hui, je donne mes sculptures et mes tableaux au lieu de les vendre.J'essaie aussi de récupérer certaines de mes oeuvres dans les encans.J'en ai des milliers éparpillés sur plus de 40 ans.» La solidarité et l'itinérance Vaillancourt est le 16e enfant d'une famille «prolétarienne» de 17.C'est dans cette «commune» qu'il a appris la solidarité et aussi le culte du travail.Les voisins s'entraidaient tout le temps.On reconstruisait les fermes brûlées par la foudre et les incendies.Les travaux se terminaient toujours par des grosses fêtes.«Je n'ai jamais attendu la bonne conscience des autres.Je suis un gars de logique.La ferme m'a appris cela.» Le sculpteur se souvient des mendiants qui passaient régulièrement à la maison paternelle.Ce fut son premier contact avec le phénomène de l'itinérance.«Us restaient 4 à 5 jours à la maison.Jambe de bois et les autres.On avait hâte de les revoir à chaque hiver.Souvent on les logeait dans la grange avec les animaux, mais ils n'avaient pas le droit de fumer.Us nous apportaient des nouvelles de partout.Il y avait aussi des déserteurs qui venaient parce qu'on était près des lignes américaines.La police et l'armée les poursuivaient.On les cachait pour qu'ils puissent se sauver par la suite.On était de leur bord.» Sur la route.et dans la rue Étudiant, Vaillancourt a parcouru l'Amérique à pied, sur le pouce, sans argent, pour expérimenter encore davantage le goût de la route et de l'itinérance.Au cours de ces voyages, il a découvert l'histoire de l'art et ses créateurs préférés en visitant systématiquement tous les musées des villes américaines.«Je voyageais sans le sou.Je dormais dans des dortoirs à Harlem, à 35 cents la nuit.Je couchais souvent dans les prisons.Je quêtais ma nourriture dans les restaurants.Pour moi, la pauvreté est une expérience très concrète.Je marchais des milles et des milles quand le pouce ne prenait pas.Tout seul.La marche est l'un des plus beaux cadeaux qu'on nous ait donnés.C'est le signe de notre liberté.» «Et, quand j'étais jeune sculpteur à Montréal, au début des années 50, j'ai squatté je ne sais plus combien d'immeubles Jnntl itlhirtltt Montréal -février 1999 avec des camarades.On n'avait pas de sac de couchage.On dormait habillés avec trois, quatre couches de gilets et de bas.L'hiver, on logeait rue Bleury dans un atelier qu'on appellait Place-des-arts.Il y avait six pouces de glace sur le plancher.On crevait de froid.Pendant des années, nos ateliers, c'étaient des squats.La police nous a expulsés de là des dizaines de fois.On vivait sans le sou et sans abri.Libres.Ça me révolte de savoir qu'il y a près de 30 000 itinérants à Montréal.Je crois qu'ils sont beaucoup plus nombreux à vivre des conditions d'itiné-! rant dans les quartiers pauvres de la ville.Pendant que les riches ; s'enrichissent un peu plus chaque jour.» Missionnaire ou révolté?Vaillancourt n'aime pas se faire traiter de \"missionnaire\".| Il accepte toutefois qu'on le considère comme un révolté.«Je suis révolté depuis toujours, depuis bientôt 70 ans.C'est ma condition normale, surtout quand je vois des choses comme cette liste de 472 femmes et enfants assassinés par des hommes depuis le 6 décembre 1989.Il y a des limites.La prise de conscience des injustices commence là, pour moi.Dans des cas quotidiens qui nous sautent aux yeux.Faut être solidaire de ces gens-là et essayer de les aider.C'est ce que je fais.Mon engagement social est bien concret.Je lutte pour la liberté, la justice, l'indépendance de mon pays aussi.Je suis aussi très impliqué dans la Fondation jeunesse 2000 depuis bientôt 13 ans.Il faut aider les jeunes qui sont de plus en plus nombreux à se retrouver dans la rue, abandonnés des adultes.QueIqueS'Unes des oeuvres de VajUancourt Accessibles À tous dans La RÉqioN montréaIaIse: 1958 : Sculpture sur bois.Aéroport interna tional de Montréal.Dorval.1964 : La force.Symposium, Parc du Mont-Royal.Montréal.1967 : Murale de béton sur trois étages.Centre administratif de l'Exposition uni verselle de Montréal.1984 : Portes en chêne massif.Palais des conj grès de Montréal.1986 : Justice et Paix.Saint-Léonard.1987 : L'enclos.École Marc-Aurèle-Fortin, Rivière-des-Prairies.1989 : Paix, Justice et Liberté, complexe du Canal de Lachine, Montréal.1990 : Sculptures.Parc du Carré Saint-Louis, 1990: Aux jeunes, laissons-leur la paix.Maison des jeunes Kekpart, Longueuil.1997 : En novembre, don de trois gravures pour l'Accueil Bonneau.Je leur donne des sculptures et des tableaux.Je les aide à financer leurs activités.Je suis révolté, mais je suis ouvert à toutes les discussions.Je ne tolère pas qu'on me dise quoi faire ou quoi penser.Je suis un être libre et je paie assez cher pour assumer cette liberté.Ma liberté, je la fais partager à celles et ceux qui sont victimes d'injustices.» Travailler avec les jeunes Depuis quelques années, Vaillancourt a animé beaucoup d'ateliers de création dans des écoles primaires et secondaires à Montréal et un peu partout en province.Il est constamment en demande pour coordonner des projets de sculpture avec des jeunes.Il aime beaucoup travailler avec eux.Mais avec ses ateliers de création, il n'a pas du tout l'intention de reproduire des petits Vaillancourt.«Je leur dis de suivre leur voie d'abord et avant tout.L'éducation ne consiste pas à dire à quelqu'un de faire ceci plutôt que cela.Je leur montre à faire de la sculpture, de la peinture pour mieux ensuite assumer leur autonomie.C'est cela qui m'intéresse.Leur permettre de se révéler à eux-mêmes.Et ensuite je m'alimente de leur énergie, c'est cela aussi qui me tient en vie.».C'est pour tout cela qu'il n'est pas étonnant de voir Armand Vaillancourt, le sculpteur intemporel, dans les habits et les images publicitaires de la nouvelle génération.Le corps ne fait que révéler l'éternelle jeunesse d'un coeur d'artiste engagé.il Hvnl l'Ululant ¦ Montréal -février 1SS9 Sans Vivre dans la rue.iR dE FROid PiERRE DEMERS ColUboRATÏON special Pourquoi coucher dehors l'hiver, dans des sacs de couchage d'été trop légers, quand on est itinérant, jeune ou vieux, homme ou femme, intoxiqué ou pas?Pourquoi risquer d'en mourir ou de se geler une main, un pied, le nez ou les deux oreilles à 25 sous zéro, au lieu de dormir dans un refuge?Pourquoi baver l'hiver dehors la nuit au lieu de faire le tour en attendant les nuits plus chaudes ?Pourquoi?Pourquoi se geler pour rien?Pour s'entêter contre le froid?Pour en finir sans le faire?Des itinérants, des intervenants, des témoins répondent et commentent l'expérience qui se répète chaque hiver.Comme si l'on pouvait oublier la rigueur du froid, son hypocrisie.Loner ou en gang J.P., environ 30 ans, d'origine américaine, héroïnomane, dort partout l'hiver, parfois dehors, la plupart du temps dans des portiques chauffes de blocs appartements, rue Sherbrooke Ouest, dans des vestibules de guichets automatiques, à la porte du métro, là où la chaleur se pointe.Dehors, la drogue l'aide.Il ne gèle pas quand il est gelé.«Je suis un loner [solitaire].J'ai mes spots pour dormir l'hiver.Parfois la police m'arrête, me surveille.J'ai 25 tickets pas payés pour avoir dormi dans le métro.Je menace les autres des fois, mais je n'ai jamais frappé personne.Ça m'écoeure.Le système est mal fait.Je suis enragé, moi.Comme je suis Américain, j ' ai pas le droit au BS.J'ai pas d'argent et j'en ai besoin pour ma dope.Ça fait trois ans que je suis dans la rue.Je ne me rends pas compte qu'il fait froid, je me gèle toutes les nuits l'hiver.Quand j'ai pas de place pour dormir, je vais téter un café chez Durikin ' Donuts.Je suis tout seul.Je me tiens avec personne, moi.L'été, c'est le paradis, on peut dormir dehors partout tout le temps.» D'autres se tiennent plus en gang et dorment dehors l'hiver presque toujours ensemble dans des petites communes d'itinérants improvisées ou pas.Surtout au centre-ville où les buildings anonymes et les parkings sont plus nombreux.C'est le cas de Gilles, 33 ans, alcoolique, rencontré un dimanche matin de décembre près de l'édifice de l'Hydro, boulevard René-Lévesque.Il est installé sur le trottoir d'une ruelle près d'une bouche d'air chaud d'un parking d'hôtel, pas loin.À l'abri du vent, à l'abri des curieux.La ruelle est dissimulée derrière de gros édifices.L'hiver, il couche là, depuis quatre ans, avec cinq, six chums.Alcooliques comme lui ou intoxiqués à la coke.«On se tient tous.On se prête de l'argent quand on en a besoin pour boire ou se droguer.Des fois on va coucher dans les refuges, mais c'est rare.Ça ferme trop tôt et ils n'acceptent pas de gens comme nous.Le plus dur, c'est quand on se lève le matin.Des restaurants - ceux du quartier chinois surtout - nous donnent de la bouffe.C'est plus dur le dimanche matin.Mon dépanneur ouvre une heure plus tard et je dois attendre ma bière.J'ai une cirrhose du foie.J'ai un dossier à St-Luc et à Notre-Dame.Ils ne peuvent rien faire pour moi.Je me sauve toujours de l'hôpital après deux ou trois jours quand j'y vais.Quand je bois, ça ne fait pas mal.On gèle pas ici.Même quand il neige et qu'il fait très froid.On a toujours de la chaleur.Et puis si on gèle, on va passer la nuit dans des restaurants de la rue St-Laurent.C'était mieux avant quand il y avait Dernier Recours.Maintenant les refuges sont trop sévères, trop réglementés.Et la tension est trop forte quand c'est plein.Certains cherchent le trouble.» La nuit est longue, le trip est court En décembre toujours, le groupe d'artistes ATS A (Action terroriste socialement acceptable) a monté un camp de réfugiés coin Ste-Catherine/Jeanne-Mance avec la collaboration de l'armée canadienne et de la Old Brewery Mission.Pendant cinq nuits et cinq jours ils ont accueilli des itinérants, jeunes et vieux, pour leur permettre de se réchauffer, de dormir et de manger chaud.Ils veulent remonter le camps chaque année pour en faire une sorte de cri d'alarme pendant le temps des fêtes pour signaler au monde qu'on trouve aussi ici des réfugiés de l'intérieur, qui n'ont rien pour vivre et attendent tout des autres.Annie Roy, qui a fondé l'ATSA et la Banque à bas avec Pierre Allard en décembre 1997, commente son expérience.«Ils sont nombreux ceux et celles qui dorment dehors l'hiver.La nuit est longue.On recevait environ 120 personnes par jour et nuit dans notre camp de réfugiés.Souvent ce sont ceux qui sont mal organisés dans leur tête qui restent dehors l'hiver.Ceux qu'on a sortis des institutions pour les abandonner à la rue, laissés à eux-mêmes.Les jeunes se tiennent plus en gang.Les vieux sont plus solitaires, plus démunis contre le froid.Ils se font une vie autour des besoins primaires.Ils n'ont pas le temps de penser à autre chose.Ça dérange de monter des camps de réfugiés comme cela en plein coeur de la ville.On se croirait dans un pays de l'Est comme on voit à la télé avec l'armée qui surveille.Les passants se questionnent.Les commerces autour grognent.La ville nous donne les permissions au compte-gouttes.On veut le refaire chaque année si l'on trouve l'énergie et les moyens qu'il faut.» Coucher dehors par choix?Pierre Lord, directeur de la Maison du Père, pense que non.«Ce n'est pas un choix de rester dans la rue l'hiver.Ils sont multiprobléma-tiques ces gens-là quand ils nous arrivent.Quand il fait très froid, on refuse personne.La plupart de ceux qui couchent dehors l'hiver sont désorganisés mentalement et souvent judiciarisés.Surtout les jeunes.Ils ont peur de tout, y compris des refuges.La surconsommation de drogue provoque chez eux une santé mentale très fragile.On est contre la collecte des sacs de couchage qui donne l'illusion aux itinérants qu'on peut s'en servir pour dormir dehors sous zéro.C'est fou, ce raisonnement.Nous, on leur donne des sleepings pour qu'ils puissent dormir au chaud dans un premier logement souvent mal chauffé.Ici à la Maison du Père, on fait des rondes de nuit pour s'assurer que les itinérants ne dorment pas près des portes.L'hiver dernier, on en a trouvé un les mains gelées qui s'était endormi derrière la maison.» Parfois, c'est un trip de jeune de dormir dehors l'hiver.Ça dure un temps.Mais peu résistent à l'expérience.Stéphane, 20 ans, rencontré au Bunker, rue St-Hubert, en parle.« Quand je vois les jeunes sur le trottoir collés sur une bouche d'air chaud, j'ai envie de leur dire d'aller coucher chez leur mère.On couche pas dehors pour le fun l'hiver.Moi des fois, je couche au métro Sherbrooke ou près d'un hôtel.Quand je le fais, je n'ai pas le choix.Les polices nous surveillent tout le temps.Elles nous donnent des tickets parfois.Je suis dans la rue depuis huit ans.Les hôtels n'aiment pas nous voir dormir près de leur édifice.Je dors dans des squats aussi.Mais j'aime mieux dormir au Bunker quand je peux.Dehors tu dors juste d'un oeil.» André Chauvette, directeur du Bunker, croit lui aussi que c'est une minorité qui couche dehors l'hiver, souvent recrutée dans le noyau dur des jeunes de la rue.«On rencontre environ 1 000 jeunes différents par année ici et c'est peut-être 15% de ces jeunes qui vivent littéralement dans la rue.Souvent ils connaissent mal les ressources parce qu'ils viennent en grande partie des régions (65% ne sont pas de Montréal) après une fugue de leur centre ou de leur famille d'accueil.En fugue parfois aussi de leur propre milieu familial.La toxicomanie les perturbe et dérègle souvent leurs valeurs, leur instinct de survie.Sur l'héro tu ne gèles pas l'hiver dehors.Ils peuvent même perdre la notion du temps.Le bon Dieu dans la rue voit environ 2500 jeunes par an et 85% de ces jeunes ne sont plus dans la rue après six mois.C'est une minorité qui vit et dort dans la rue l'hiver comme l'été.Que faire pour eux?Il faut s'en occuper.Activer leurs désirs.Le démon à combattre ce n'est pas la drogue, c'est l'abandon.Et surtout arrêter de les judiciariser en leur donnant des tickets.Il y a des polices qui méritent la prison pour harceler ainsi les jeunes de la rue.» Dormir dehors l'hiver malgré soi Deux policiers rencontrés dans un vestibule de guichet automatique rue Berri au centre-ville parlent de leur ronde de nuit quand il fait froid l'hiver.À leur façon ils ouvrent la porte à une certaine solution à ce problème criant.«Quand il fait très froid on les amène à l'urgence et on essaie de leur trouver une place dans les refuges.Mais certains ne veulent rien savoir.Comme cette Anglaise qui se promène avec sa montagne de sacs en faisant les poubelles, jour et nuit.Il y a plus de jeunes qu'avant dans les rues.Ça nous saute aux yeux pour nous qui patrouillons la nuit.Il y a un règlement qui nous permet de leur trouver un abri pour la nuit quand ils sont malades mentaux.Mais certains s'entêtent et ont peur de nous.On aurait besoin de patrouilles spécialisées pour les aider davantage l'hier, quand il fait froid, comme celle de la Old Brewery Mission , par exemple, ou la roulotte à Pops.Ou ouvrir le métro pour eux toute la nuit quand il fait trop froid.Leur ouvrir des lieux accessibles sans trop de règlements.» En attendant, des itinérants, jeunes et vieux, hommes et femmes, risquent leur vie l'hiver quand il fait trop froid dans les rues de Montréal.Abandonnés à eux-mêmes, réfugiés de l'intérieur. IL a doRivii cIans un PencIant Gîna MazeroIIe CameIot au CarrÉ'St'Lou'is Métro BiRni UQAM, sortie St-Den'is Aventurière de nature, j'ai réussi un exploit grandiose: celui de sortir de l'itinérance un homme, Michel Côté, qui vend maintenant le journal L'Itinéraire.Moi, j'ai gagné mon ciel et j'en suis très fière.« Pour passer les hivers, je me saoulais.En premier, je me couchais dans les lockers et le monde appelait la police quand on me voyait entrer.Une fois, j'ai cassé une bière avec ma main parce que la bouteille était vide et que j'en voulais d'autre.Je pissais le sang, on voyait jusqu'à l'os et le concierge n'a rien fait.Il a fait le tour de moi avec une mop et il a câlissé son camp.Ensuite, j'ai été chez un ami et il m'a emmené à l'hôpital », raconte-t-il.Michel a couché dans un «derrière de van» pendant quatre ans.Il poursuit: « Je passais par là et je cherchais une place pour me mettre à l'abri.Il n'y avait pas d'autres endroits.J'ai gardé cet endroit parce que j'avais la paix.D'ailleurs, les propriétaires m'ont donné la van.La police ne venait pas me déranger et c'était plus proche pour faire ma run de canettes.Je trouvais les sleeping bags dans les vidanges.Avant cela, j'ai couché sur un tapis et un sous-tapis pendant environ un an.Chaque fois qu'il neigeait, je me réveillais avec de la neige sur moi.J'étais couché sur du frette et ça me donnait l'envie d'uriner plus fréquemment.J'avais hâte de retourner dans mes sleeping bags car, en sortant, je perdais toute ma chaleur.Plusieurs fois, le soir, je mettais de Gina et Michel à l'intérieur de la van dans laquelle ce dernier a dormi pendant des années, malgré le froid.l'eau dans un thermos et le matin l'eau s'était transformée en glace.Dès fois, les policiers venaient voir ce que je faisais là, jusqu'à temps qu'ils soient habitués.J'avais un couteau et un ouvre-boîte pour me débrouiller.Le monde me donnait de l'argent et les restaurants me faisaient bouffer gratis.Je n'ai jamais manqué de rien.Le jour, je passais mes journées dans les centres d'achats, à la bibliothèque et dans l'aréna du quartier.» Le 8 décembre 1997, tout a basculé.Michel a été frappé par une voiture.Des fractures aux jambes qui ont laissé des séquelles: des petites plaques de métal dans les jambes.Il n'était pas souhaitable qu'il retourne vivre dans le froid et l'humidité.C'est là que j'ai pris Michel sous mon aile.Il n'avait pas travaillé depuis au moins dix ans, il n'avait pas de compte en banque, pas d'identité.Aujourd'hui, grâce à moi, il peut dormir au chaud et au sec.Il a décidé de changer de vie, de devenir sobre et il a suivi, grâce au journal, des cours de journalisme et d'Internet.à I'aiJresse suivante 1907, Amhîbsi, MtI (Out) HJt JL7 CONTRIBUEZ Nom.Prénom.AdRESSE .TÉL.Montant _ auprès plus dÉMUNis J( dtsinî RECEvoin u« «ki d'ixpoi \"\"\"-^ (Pour ioui moutant de 10 S et plus) O J \\12> \\2s JowaUïMiaire Bwitiûl \u2022 féwiei 1339 L'Itînêuajre c'est: \u2022 Un journal qui a permis à plus de 600 vendeurs de se sortir de l'impasse; \u2022 Un travail pour des dizaines de personnes en réinsertion à l'emploi; \u2022 Un café sans but lucratif pour les gens à faible revenu; \u2022 Le premier café internet de Montréal offrant l'accès à l'informatique pour presque rien'et des cours gratuits; \u2022 Une solidarité renouvelée entre vous et les plus démunis de notre société. Venule L'Itinéraire cJans U neîcje et Le fRoid Serqe BtRCjERON Vendre le journal L'Itinéraire demande une bonne dose de courage.Il faut affronter le grand public, ne pas être gêné devant la froideur de certaines personnes.Mais plus encore, quand il fait -30 degrés, ça prend une bonne dose de conviction.Nos camelots sont bien braves de passer autant d'heures dans la rue à vendre malgré les intempéries.N'hésitez pas à leur décocher un sourire au passage, cela leur réchauffera le coeur.À la merci du froid «Quand c'est froid, c'est plus difficile, affirme Micheline.Entre -8 et -10 degrés, je peux rester dehors un peu plus de 2 heures de suite.En bas de -20, c'est beau quand je passe 45 minutes.» Certains sont plus résistants au froid, d'autres, moins.' Par contre, le principal problème causé par la température et le temps vient des gens eux-mêmes.«Il y a moins de monde dans la rue.Ceux qui restent marchent plus vite et s'arrêtent moins.» Les stocks baissent alors beaucoup moins vite.Il faut être plus patient.Faire preuve d'imagination est souvent la seule façon de réussir à écouler les exemplaires.Mais trouver un moyen efficace pour attirer l'attention des gens et les convaincre d'enlever leurs gants et de plonger la main dans leur poche relèvent de l'exploit.Pour Yvon, qui travaille à la station de métro Sherbrooke, à part ses clients réguliers, ses acheteurs potentiels sont ceux qui sortent du métro.«Les usagers qui entrent sont pressés de rejoindre les quais.Ils sont encore trop gelés pour s'arrêter près des portes.» Victoire de la ténacité «Un peu avant Noël, je vendais L'Itinéraire près de la SAQ, avenue Mont-Royal, raconte Claude.Il y avait alors une belle file d'attente.Je parlais aux gens, je faisais des blagues, mais je n'en vendais pas.Les gens gelaient et n'avaient pas l'air d'être encore dans l'ambiance des Fêtes.Je leur ai proposé de chanter des chansons à répondre.J'ai dû insister beaucoup et, finalement, j'ai commencé à en vendre quelques-uns.Une femme m'en a même acheté deux parce qu'elle disait qu'elle avait aimé mon «show».» Daniel, pour sa part, raconte qu'une fois il a essayé de vendre le journal à un chauffeur de taxi dont la voiture était arrêtée tout près de lui.«Il m'a répondu qu'il était occupé à travailler et qu'il ne voulait pas être dérangé, commente Daniel.Je suis demeuré au même endroit et j'ai continué à vendre sans m'occuper de lui, malgré le froid.Au bout de quinze ou vingt minutes, il est sorti de son auto et m'en a acheté un.» | Baptiste le clochard j d'André-Philippe Côté paru aux éditions Soulières On meurt éi pRoid aux États-Unis! Bien des sans-abri américains sont morts de froid cette année.Mais ce n'est pas nécessairement parce qu'il faisait -20 degrés celcius.À ce jour, il n'existe qu'une seule recherche sur les cas d'hypothermie et de décès parmi les sans-abri, en milieu urbain.Deux médecins japonais ont pratiqué des autopsies et leur rapport a été publié en 1991.Il est démontré que 50% des décès causés par le froid sont survenus lorsque la température extérieure était au-dessus de 0°.La moitié de ces sans-abri étaient soûls et sont décédés alors que la température se situait «entre 0° et 5°», ont-ils écrit.Les chercheurs de Tokyo ont aussi démontré que le nombre record de décès causés par le au froid se situaient en décembre, janvier et février.S'ajoutent à cette liste les mois de mars et novembre, mais de façon moins significative.Dans le comté Adams aux États-Unis, six municipalités ont adopté un plan d'urgence pour les Centres d'hébergement, lisait-on dans le journal de rue du Colorado, le Denver Voice.Mais cette procédure d'urgence mettrait la vie des itinérants en danger.Elle permet aux Centres de dépasser leur capacité de logement en ajoutant des matelas sur le sol lorsque la température baisse en-dessus des 32° F (0° C).Mais elle ne tient pas compte du facteur vent ou de l'humidité., Denver a longtemps refusé d'inclure le facteur vent dans son évaluation d'une \"température critique\", mais depuis la mort de quatre sans-abri pour cause d'hypothermie, elle a changé d'idée.Il aura fallu le décès de quatre hommes en douze mois pour que la Ville établisse des standards tenant compte du facteur vent.Clinique d'impôt populaire pour les gens à faible revenu Pour la cinquième année consécutive, la clinique d'impôt populaire offrira ses services aux personnes à faible revenu, à la Paroisse Sacré-Coeur (2000A Alexandre de Sève), du 1er février au 30 avril.Seule clinique d'impôt qui procède à la récupération de TPS d'années antérieures pour les prestataires d'aide sociale, elle propose des prix fort raisonnables : 5$ pour les retraités et les prestataires d'aide sociale, 10$ pour les travailleurs à faible revenu et, pour les travailleurs autonomes, des tarifs à partir de 15$, pouvant varier selon la charge de travail.Pour prendre rendez-vous, contactez le 990-3789.\u2022 \u2022 \u2022 CeIer sous La pluie Pour avoir un adrî La ville de Santa Monica en Californie a de bonnes intentions : dans le cadre de son programme municipal Abri contre le temps froid et humide, elle offre un toit aux sans-abri en cas d'averse.Mais l'enfer est aussi pavé de bonnes intentions, si l'on en croit l'organisme d'aide aux itinérants Side By Side.Selon ce groupe, les itinérants sont obligés d'attendre aux points de rencontre, sous la pluie, qu'on passe les chercher pour les conduire vers un endroit chaud et sec.David Busch, porte-parole du groupe, s'insurge contre les pratiques de la Ville : « La municipalité feint d'ignorer que ces sites sont à l'extérieur et n'ont pas de toits.Nous croyons que cela fait partie du plan de la Ville pour exclure les sans-abri des quartiers riches de Santa Monica.Actuellement, cette pratique affecte plus de 200 personnes.C'est inacceptable.» Afin de démontrer l'absurdité de la situation, l'organisme Side By Side a décidé d'organiser une conférence de presse et une manifestation.lors de la prochaine averse.[wg^ CIRQUE DU SOLEIL 8400, 2e Avenue, Montréal (Québec) Canada H1Z 1M6 ^4> .JoutiiaU'ItijiéiJitiJMliéal ¦ février 1S38 Nouvelles provenant de différents journaux de rue à travers le monde Cylvie CiNqRAS Des MOTAnds protègent Us cens de U rue Annabel Hepworth, journaliste au Big Issue australien, a rencontré un groupe de motards qui n'a rien d'une bande de hors-la-loi.Les Kings Cross se sont donné pour mission de faire régner le respect dans les rues.Leurs objectifs?Réconforter leurs' frères et soeurs motards en leur rendant visite en prison; assister les handicapés en fauteuil roulant et aider les enfants sans-abri.Il y a quelques semaines, ils ont même organisé un service commémoratif pour des enfants en fugue, des prostituées et pour des détenus.Munie d'une charte officielle où on peut lire : «Quand t'es correct, personne ne s'en souvient; quand t'es pas correct, personne n'oublie», la bande s'évertue à multiplier les bonnes actions.Un soir, vers 20 heures, le groupe a stationné près d'un club XXX, le Pussy Cat, rue Kings Cross.Correspondant au look traditionnel des motards, Animal Bike Preacher (Randall Nelson) arbore un T-shirt non classique avec squelettes et os croisés, ainsi qu'une veste de cuir dont l'endos est couvert d'un souvenir mémorable: une effigie d'un film de bikers des années 70.Stone, une version australienne de Easy Rider, ressemble à l'image qu'on a d'un gars de bécik: fou, malin et dangereux.Soudain apparaît une jeune de la rue.La blonde ado de 15 ans se dirige vers Animal pour recevoir un gros câlin.Cette jeune fille est une des nombreuses femmes (la plupart sont des prostituées, junkies ou fugueuses) que les motards protègent lorsqu'elles vont dans les piqueries, les hôtels et les bars de la rue Kings Cross.«Ici, on rencontre toutes sortes de monde.En fermant les hôpitaux psychiatriques, Kings Cross est devenu une plaque tournante pour les psychiatrisés», de dire un membre des Kings Cross.Lefty raconte: «Un soir, une des filles de la rue est venue me voir parce qu'elle était harcelée.Elle devait se rendre sur Kings Cross et m'a demandé de l'accompagner.Quand nous sommes arrivés là-bas, deux dealers m'ont donné une raclée.Cela arrive parfois».Animal a vécu son enfance en orphelinat et a connu la prison.Depuis 1954, il a roulé sa bosse.Lorsqu'on lui demande pourquoi il a passé les dix dernières années sur Kings Cross, il répond: «Je suis venu ici parce qu'intérieurement, je suis en paix.Beaucoup de personnes n'ont pas cette paix à cause de ce monde rempli d'illusions.Il y a très peu à faire avec la réalité, quelle qu'elle soit.».AboNNEMENT À L'It.NERA.RE Nom \u2014 Adresse Tél.:_ Prénom Un abonnement d'un an 34,78 $ Abonnements 17,38$ (12 numéros) 2,4Î $ TPS supplémentaires 1$ $ TPS v 2,79$TVQ v 1,40$TVQ Cj 40,00$ Total Cj 20,00 $ Total Nombre d'abonnements_À compter du mois de_ Signature_ Envoyez un chèque ou mandat poste à l'ordre du Journal l'Itinéraire à l'adresse suivante: 1907, rue Amherst, Montréal (Québec), H2L 3L7 Expo-photos Une histoire d'itinÉRANTS.ET il diqNiTÉ Serge Bergeron En décembre dernier, pour célébrer le 5e anniversaire de Option By town, une maison pour sans-abri d'Ottawa, Jules Rémi Villemaire a organisé une exposition photographique assez particulière.En trois jours, une cinquantaine d'itinérants sont passés par son studio pour se faire tirer le portrait Mais ce n'était qu'un début.Jules Rémi Villemaire est franco-ontarien et habite Ottawa.Photographe professionnel depuis 1972, il s interesse a i info graphie depuis plus de huit ans.Très tôt dans sa carrière, porté par l'admiration qu'il voue à Diane Arbus et Cartier Bresson («mes deux grandes inspirations»), il s'intéresse au reportage-photos à caractère social.Ses proches et collaborateurs l'ont surnommé «l'œil de l'Ontario français».En plus de la dimension sociale, une bonne partie de son oeuvre tourne autour des manifestations artistiques et culturelles franco-ontariennes qu'il a couvertes pour le compte de la revue Liaison dont il a été le photographe attitré pendant plusieurs années.Environ 50 itinérants, tous résidants de la maison Option Bytown, ont accepté de se faire photographier dans le studio de Jules Rémi Villemaire, photographe et infographe reconnu dans l'Ontario français.L'exposition, composée d'une cinquantaine d'agrandissements, a été autant appréciée du public que des usagers de la maison Option Bytown.L'organisateur voyait cet événement comme la prémisse de quelque chose de plus important.«Essentiellement, les photos que j'avais prises étaient des snap shots.J'ai essayé de rendre mes modèles le plus naturel possible, mais c'étaient tout de même des photos de studio.Et dans ce contexte particulier, les gens ont de la difficulté à rester eux-mêmes.» L'artiste s'est interrogé un moment à savoir ce qui différenciait les sans-abri de ceux qui ont un toit.Et finalement, l'idée d'une autre exposition lui est venue.«J'ai repris les mêmes photos et, grâce à l'infographie, je les ai remises dans un contexte social différent.De portraits conventionnels, j'ai donné une tout autre personnalité à mes modèles», explique M.Villemaire.De là est née l'idée de The No Nam.es/Les oubliés.Le message de cette exposition est double.On voit d'abord dans le portrait original une certaine dignité «parfois difficile à saisir et que la population en général croit absente chez les itinérants».Ensuite, vient l'arrière-plan qui représente des lieux qui leur sont souvent interdits: maison cossue, parc, cuisine bien aménagée.«Pour les itinérants, la voiture, le logement, l'argent et même les droits fondamentaux, ce sont des choses qui leurs sont interdites», de dire M.Villemaire.Plus globalement, l'artiste cherche à exprimer que rien ne doit être pris pour acquis et qu'un jour on peut se retrouver à leur place.Une exposition qui bouscule les préjugés L'artiste a montré quelques-uns de ses montages à des proches.«Pour certains, le choc a été grand parce que rien ne différenciait vraiment l'itinérant du véritable propriétaire de la maison en arrière-plan, de la mère de famille ou du promeneur dans le parc.» Les montages de M.Villemaire sont pour ainsi dire prêts à être présentés au grand public.Mais l'organisation d'un tel événement demande temps et argent.«Nous sommes présentement en négociations, mais une exposition coûte très cher, au minimum 3 000 dollars, seulement pour l'impression des photos».Chose étonnante ou signe des temps, il a réussi à obtenir une commandite d'une manière assez peu habituelle : il a fait du troc.«J'ai offert de donner des cours d'infographie à un laboratoire de développement en échange du tirage de mes montages.L'offre a été acceptée parce que le traitement informatique des photos représente l'avenir du médium et que les employés n'étaient pas au courant de ce qui se fait présentement».Bravo à M.Villemaire qui, le temps d'une photographie, a su exprimer l'essence de la dignité humaime, présente chez tout individu, si démuni soit-il.Photos: Jules Rémi Villemaire on (iemancie aux banques d'ÉpARqNER u pauvre mon(ie CAThy Bazjnet Les banques canadiennes font des milliards de profits chaque année, mais elles ne réinvestissent pas suffisamment dans la communauté afin de lutter contre la pauvreté.Au contraire, par une série de mesures qui visent continuellement les petits salariés, elles contribuent à les maintenir dans un état de précarité.De plus, elles quittent les quartiers défavorisés et ne prêtent que rarement aux entrepreneurs locaux qui désirent pourtant revitaliser ces secteurs de la ville.Lors d'une conférence de presse, le 24 janvier dernier, L'Itinéraire a appuyé le député du Bloc québécois, Réal Ménard, dans sa «croisade» visant à faire adopter par la Chambre des communes son projet de modification de la Loi sur les banques afin qu'elles participent au développement de notre communauté.Dans le quartier Centre-Sud, où L'Itinéraire a ses bureaux, les banques ont fermé des succursales avec les années, et elles songent à en fermer d'autres parce qu'elles trouvent qu'il n'y a pas ici assez d'argent à gagner.Les plus démunis du quartier, les bénéficiaires de l'aide sociale notamment, ont souvent bien du mal à s'ouvrir un compte bancaire.Les banques leur refusent ce droit parce que ceux-ci ne déposent pas assez d'argent, coûtent plus cher en services qu'ils ne rapportent.En un mot, elles considèrent qu'ils ne sont pas rentables.Les Caisses populaires Desjardins acceptent de leur offrir ce service, mais leur réclament toutes sortes de frais, que les plus riches n'ont pas à débourser.Si vous faites partie de l'Ordre des ingénieurs du Québec, ou si vous gardez toujours un solde de plus de 1000 $ à votre compte, vous n'aurez pas à défrayer les services Interac.Les assistés sociaux et les petits travailleurs, eux, ne cessent de payer.De plus, les banques causent continuellement des tracas aux petits salariés.Par exemple, elles gèlent les chèques de paie des travailleurs, parfois jusqu'à cinq jours.La plupart refusent de dégeler le chèque de paie au complet, ce qui met dans la gêne les personnes qui ont besoin de leur argent pour payer leurs factures.Un prêt bancaire est également très difficilement accessible.Nous nous sommes aperçus que ces pratiques ne sont pas les mêmes partout, mais qu'elles sont plus exigeantes dans lès quartiers défavorisés comme le nôtre.Une banque communautaire Les banques traitent avec mépris les individus de nos quartiers défavorisés, mais le phénomène n'est pas unique à Montréal.Le ministre des Finances de Colombie-Britannique a même déjà évoqué la possibilité de devoir créer à Vancouver une banque communautaire, tellement les institutions bancaires de cette ville refusaient systématiquement d'ouvrir un compte bancaire aux assistés sociaux et aux plus pauvres.Service essentiel «Il est temps que le gouvernement du Canada reconnaisse qu'en cette fin de siècle, un compte bancaire devient un service essentiel pour l'épanouissement économique de nos citoyens; il est temps qu'il oblige les banques à cesser leur discrimination sur la base de la condition sociale», a déclaré Serge Lareault, le rédacteur en chef de L'Itinéraire lors de la conférence de presse.Une loi pour promouvoir l'équité en matière de réinvestissement communautaire nous apparaît essentielle.Notre communauté a besoin qu'une partie des milliards des profits qu'elle contribue à apporter aux banques lui revienne afin, en bout de ligne, de susciter une vitalité économique qui rapportera encore plus à ces institutions.Institut pour lutter contre la pauvreté Réal Ménard a déclaré : «Il y a des collectivités entières où les banques sont délibérément absentes, et dans les cas où les banques sont présentes, l'accès aux services bancaires pour les personnes à faible revenus demeure un réel problème que seule l'adoption d'une loi par le législateur peut corriger, à l'instar de ce qui existe aux États-Unis depuis 1977.» M.Jean-Jacques Bohémier, également présent à la conférence en sa qualité de porte-parole du Collectif en aménagement urbain Hochelaga-Maisonneuve, a mis de l'avant qu'une façon par laquelle les banques peuvent s'impliquer est la rénovation résidentielle à partir des programmes gouvernementaux existants : «Dans un quartier comme Hochelaga-Maisonneuve, on ne peut espérer lutter efficacement contre la pauvreté et la détérioration du milieu urbain sans une solide intervention en matière de rénovation résidentielle.Or les banques refusent systématiquement de s'associer au montage financier des propriétaires, les privant ainsi de l'aide individuelle dont ils ont besoin et de l'effet d'entraînement collectif nécessaire au quartier Hochelaga-Maisonneuve.» «Le fédéral doit faire bouger les banques, elles qui contrôlent notre société, tant l'avenir des individus, que celui des entreprises et même des gouvernements.Elle refusent souvent ce prêt parfois si nécessaire à la création d'emplois.Elle contrôlent aussi de plus en plus le marché de l'assurance, ce qui est loin d'être rassurant», affirme Serge Lareault.Le projet de loi de M.Ménard, qui a été débattu et refusé par la Chambre des Communes en mai dernier, reviendra à l'ordre du jour de la Chambre cette année.Le député a mis sur pied une vaste campagne de sensibilisation au problème et, actuellement, une pétition circule dans tout le Québec pour appuyer sa démarche.«Ce que nous demandons simplement aux banques canadiennes, c'est d'épargner le pauvre monde, et non d'épargner sur leur dos», de conclure M.Lareault.Loi sur le réinvestissement communautaire Les Américains plus progressistes que nous.Le projet de loi du député Réal Ménard portant sur le réinvestissement communautaire s'inspire d'une loi américaine, le Community Reinvestment Act, en vigueur aux États-Unis depuis 1977.Celle-ci prévoit qu'une institution financière réglementée est tenue de démontrer qu'une partie de l'argent déposé répond aux besoins de la collectivité en matière de crédit: les prêts consentis aux organismes communautaires doivent s'accorder avec les prêts aux individus, aux petites et moyennes entreprises.Le réinvestissement communautaire, c'est l'équilibre qui doit exister entre les dépôts payants et les prêts qui aident les communautés à se développer.Des organismes de surveillance américains évaluent et rendent publique la façon dont les institutions financières s'acquittent de leurs tâches envers leur communauté.En 1996, on a prêté 147 milliards au titre du développement communautaire et du soutien aux entreprises, en vertu du Community Reinvestment Act.Cette loi a aussi eu pour effet d'encourager certaines banques à prendre des initiatives intéressantes : comptes réservés aux consommateurs qui utilisent un nombre limité de chèques; possibûité de traiter gratuitement cinq chèques par mois impossibilité de geler les fonds d'un client pour une période excédant deux jours ouvrables; absorption d'une partie des coûts reliés à un prêt hypothécaire : évaluation, recherche de titre, vérification de crédit.Au Canada, la loi viserait principalement les succursales bancaires situées dans un quartier où le taux de chômage est égal ou supérieur à la moyenne nationale.Les banques auraient l'obligation d'analyser leurs opérations et de mesurer l'écart entre l'ensemble des dépôts et des prêts.Elles devraient fournir un rapport auprès du surintendant des Institutions financières, faisant état de cette analyse et des mesures prises en vue de réaliser l'équité en matière de réinvestissement communautaire.Après consultation auprès des organismes communautaires, le surintendant analyserait les rapports soumis par les succursales bancaires et déterminerait si celles-ci ont fait des efforts raisonnables.Le rapport serait ensuite soumis au ministre et rendu public.Ces mesures permettraient enfin de voir les banques canadiennes s'investir dans la lutte à la pauvreté.ïOiïdACTION salue les artisans ainsi que celles et ceux qui encouragent L'ITINÉRAIRE.FOND4C770/v-CSN oeuvre pour le maintien et la création d'emplois chez nous, en investissant soixante pour cent de son actif de l'année précédente dans les enteprises québécoises.16 000 actionnaires bénéficient d'avantages fiscaux facilitant l'accumulation d'épargne pour la retraite tout en participant au maintien et à la création d'emplois.de des REER 1998-1999 Vous pouvez nous joindre tous les jours de 9 à 17 heures FOND4C77QA/ LE FONDS DE DÉVELOPPEMENT £j POUR LA COOPERATION i ET L'EMPLOI 2 100 boul.de Maisonneuve Est, Montréal (Québec), H2K 4S1 514 525-5505 ou 1 800 253-6665 Ceci ne constitue pas une offre publique de valeurs.Vous obtiendrez toutes les informations requises dans le prospectus de Fondation, Mario Péluso et Gilles Jodoin La rue Ontario en cIiansons et en poésJE _Bryan Djonne Quand un artiste chante les rues St-Timothée et Ontario, c'est notre milieu qu'il chante.Quand il a connu des moments difficiles, c'est notre réalité qu'il fredonne.Ajoutez à cela quatre années passées à jouer dans le métro, des textes qui nous parlent d'errance et d'exil, une authenticité presque déroutante, et vous obtenez un artiste taillé sur mesure pour notre mensuel.Mario Péluso est né à Angliers au Témiscamingue, d'une mère québécoise et d'un père italo-algonquin.A 17 ans, il découvre Neil Young, une véritable révélation, et achète à petit prix la guitare d'un Amérindien fauché, bien déterminé à suivre les traces de son nouvel idole.L'élément déclencheur Il touche à tout, mille et un métiers, mille et une misères.Un jour en revenant du boulot, il se retrouve seul, abandonné par sa blonde, séparé de son enfant, privé de ses biens.Il n'en fallait pas plus pour que ses rêves de jeunesse refassent surface.Il quitte le nord-ouest québécois.«Quand je suis arrivé à Montéal, je ne connaissais personne.J'étais cassé comme un clou, j'habitais chez des amis.J'pouvais même pas avoir de B.S., j'avais même pas d'adresse, méchant cercle vicieux.J'voulais pas travailler, j'voulais faire de la musique, faire un disque», raconte-t-il.Il essuie le refus des producteurs à plusieurs reprises, lui qui n'accepte aucun compromis.Il fait ses classes dans le métro pendant quatre ans.Bien qu'il n'ait pas fait fortune sur les quais de la station Square- Victoria, cette période se veut très fertile: Dans mon village, Témiscaming'.Empreintes de nostalgie, ces oeuvres plongent dans son passé; ses souvenirs, souvent drôles, sont toujours touchants.Mais on ne se bâtit pas une carrière, surtout pas une réputation, à chanter sa poésie dans les souterrains de la métropole.«Je m'étais donné une limite de temps, j'voulais pas passer le reste de ma vie à jouer dans le métro.Un jour, une ancienne blonde à moi m'a inscrit au concours Ma première Place des Arts.On a retenu ma candidature, et j'ai cessé de jouer dans le métro.» Le rêve se concrétise Mario Péluso remporte finalement le prix de la meilleure chanson de l'année, avec la superbe Je t'appelle.Les producteurs l'ont maintenant dans leur mire, et apprécient sa musique aux influences country et folk, parfois rock, non sans rappeler Neil Young ou encore Bob Dylan.Les choses se mettent à aller très vite, la réussite devient évidente.«Les mêmes chansons qui sont sur mon album n'intéressaient pas les producteurs avant le concours.On ne retournait même pas mes appels.Mais suite à l'intérêt des journalistes et aux bonnes critiques, les compagnies de disques se sont intéressées à moi», poursuit Péluso.Avant même de signer un contrat de disque avec BMG Québec, il écrit deux textes pour Isabelle Boulay, dont La lune, qui n'est pas sans contribuer aux succès de la jeune interprète.Fidèle à ses idées, il refuse toujours de faire des compromis, et les producteurs n'ont d'autres choix que de lui donner carte blanche.Un album à son image Péluso a finalement le feu vert, convaincu de la justesse de ses pièces, la pro- duction de son disque se fait en douze jours.«Ca faisait six ans que je travaillais à ce projet, je n'allais pas prendre deux ans pour endisquer!» Résultat: un premier disque qui charme dès sa sortie.Malgré tout est un véritable voyage dans l'âme et les souvenirs de l'auteur-compositeur-interprète.Un album qui traduit bien la sincérité et l'authenticité du personnage.Des textes très convaincants, évoquant sa nostalgie des grands espaces, ses réflexions sur la faune métropolitaine ou encore les femmes qu'ils a aimées.On n'a pas fini d'entendre parler de Mario Péluso.Grâce à l'appui des médias écrits et télévisuels, le vidéo de son dernier single, St-Timothée/Ontario, passe tous les jours à l'antenne de Musique Plus.Cette chanson décrit le choc culturel qu'éprouve un gars des régions qui débarque dans le quartier Centre-Sud. ST'TiMOtIiÉe/OnTAMO - Mario Peluso J'ai trouvé un appartement Avec une taverne juste en bas Fait un premier versement Plus d'tracas pour un mois J'ai placé mon p'tit univers Avant d'entamer le whisky Fermé la porte du frigidaire En ne prenant rien pour acquis J'ai branché ma vieille chaîne stéréo Wish i could hear an old folk song Comme y'avait rien de trop beau C'tait une vieille toune de Neil Young Assis au bord d'ia baie window Le regard fixé sur la rue Une fausse blond' en talons hauts Racolait comme dans les vues Sous un balcon dans la ruelle Un chien gris pis son junkie Y fouillait dans les poubelles De la shooting gallery J'ai gossé avec mon antenne Which i could hear my favorite song Une qui m'rappelle mon ancienne Qui s'foutait de moi comme de Neil Young Comme accroché à un rêve La lune s'paye encore ma gueule Quand l'innocence s'achève On s'sent toujours un peu tout seul Coin St-Timothée/Ontario I drank all my ghost alone Gilles Jodoin, intervenant auprès des sans-abri au Centre Dollard-Cormier, travaille dans ce quartier.Cet automne, il réalisait son propre un album intitulé Wabo.Un de ses titres, Rue Ontario, dresse un portrait de la situation précaire que vivent plusieurs de ses habitants.Wabo, c'est le prétexte à la création de l'intervenant-poète.Un personnage tout droit sorti de son imaginaire, un homme sombre et mystérieux, digne des légendes de nos grands-pères.Agé de 46 ans, il dit écrire depuis toujours; pour ce qui est de la musique, c'est plus récent.«J'écrivais plusieurs chansons, puis elles restaient dans mon tiroir avec mes shorts pis mes ti-corps.J'avais besoin de quelque chose pour communiquer, la poésie me permettait de m'extérioriser.» Difficile, le métier d'intervenant.C'est d'ailleurs pourquoi ce disque a vu le jour.Incapable d'en parler librement, pudique face à ce qu'il est et ce qu'il fait, ses chansons se veulent un cri d'alarme, un compte rendu de l'état de son monde.«J'ai de la misère à parier de ma job, parce que je me heurte à des préjugés, même de la part de mes proches.Dire que ça peut aniver à tout le monde de se retrouver à la rue, ne plaît pas à tout le monde.Rue Ontario est la toune qui me rejoint le plus, qui reflète le plus mon travail quotidien.On se fait une idée de l'itinérance d'après ce qu'on voit; la misère physique, l'itinérance ce n'est pas ça, c'est d'être sans appartenance dans son coeur et sa tête», explique-t-il.Gilles Jodoin n'a pas d'auditoire ciblé, il ne compte pas non plus en faire un outil pédagogique; malgré tout, c'est sur le plan personnel qu'il en tirera des bienfaits.«Peut-être qu'il est destiné à ceux qui sont à côté de la track, parce qu'un straigt ne pounait pas comprendre ça.Mais si c'est un supplice pour eux de l'écouter, c'est autre chose, ça risque de les éloigner.Si je le fais écouter à ma clientèle, ce sera par surprise, l'impact sera meilleur.J'entrerai jamais dans mes frais, j'ai même pas de droits d'auteur; par contre, j'aurai vomi à mon goût!» «La musique, c'est comme injecter du sang à la poésie.» Gilles Jodoin Rue Ontario - Gilles Jodoin Chambre à iouer Rue Ontario Chauffée, meublée Y'a rien d'trop beau Vue sur l'enfer Balcon arrière P'tit poêle fourni Coq'relles aussi Prix abordable Pour misérables.J'ouvre le châssis Je r'garde la ville Déjà midi Frigidaire tranquille Les classes sociales S'en vont à mail Moé c'est demain Qu'ma m'sentir bien L'gouvernement Va m'mettre dans l'rang M'a tout acheter M'a tout payer Le dépanneur Qui m'a fronté Ma grande noirceur M'a tu la geler L'TV Hebdo M'en vas l'flusher Rue Ontario Ça va grouiller.[.Faut ben que j'dine J'mange mes sardines L'milieu du mois C'toujours comme ça C'pas bon ça bumme Y'en a ben trop Ça cogne à porte Faut pas j'capote L\" propriétaire Est en calvaire Paye moé ma chambre Ou ben décampe La rue Ontario a aussi sa revue poétique: Steak haché u REVUE SteaU poétique Pierre Demers ColUboRATioN spEciale Steak haché, revue poétique ronéotypée - au sous-titre frondeur la vérité se passe un doigt - en est à son neuvième numéro.La revue est tirée à 150 exemplaires grâce au dévouement de sa roue de secours, le libraire Richard Gingras du Chercheur de trésors, rue Ontario.La «direction tatouage lit téraire» a été confiée malgré lui au poète Denis Vanier.Ce sont deux animateurs littéraires bien connus, Arthur-Alain Painchaud et Robert Tanguay, qui ont créé cette revue conviviale en juin 1998 se donnant comme objectif louable de la publier tous les mois.Le libraire de la rue Ontario admet les limites de l'entreprise littéraire.«C'est un papier qu'on distribue le soir d'un party.J'y tiens personnellement une chronique culinaire dans laquelle on retrouve une recette à base de steak haché.Mais maintenant après quelques numéros, ça devient plus sérieux, on reçoit plus de textes et je n'ai plus le temps de m'en occuper.C'est une idée qui évolue J'ignore comment tout ça va finir».kAchÉ, dE u rue Ontario Le directeur littéraire, le poète iconoclaste de la rue Ontario, Denis Vanier, avoue lui aussi l'ambiguïté du rendez-vous poétique.«On publie des poètes de toutes les générations, des connus comme Patrice Desbiens, et des inconnus.Mais on n'est pas une garderie.On ne veut pas publier des poèmes d'enfants d'école.On n'est pas un container.Je voudrais qu'on demeure exigeant malgré tout, outre le fait que ma direction littéraire soit parfois contestée».Les partys de lancement de Steak haché, au Faubourg, rue Ontario, sont déjà mémorables.On en profite pour permettre aux collaborateurs de lire quelques-uns de leurs poèmes ou textes de circonstance.Les autres se saoulent.Faites attention: lés numéros de Steak haché disparaissent rapidement.Pour s'en procurer, se rendre au Chercheur de trésors, 1339, rue Ontario Est.Député de Laurier Sainte Marie 1717, bout.René Lévesque Ouest, bureau 310, Montréal (Québec) H2L Tél.: (514) 522-1339 Fax: (514) 522-9899 pour toi Un Centre d# désintoxi pour alcooliques et toxicomanes.* ' s'- Ouvert 24 heures par jo 7 jours par semaine.Tu te sens seul, tu souffres, tu as mal, ta vie n'est plus que peurs, dis-toi qu'aujourd'hui le soleil brillera pour toi, si tu as le courage de lui demander qu'il prenne ta main et te guide * dans la tempête de ta vie 1 Côte Terrebonne, Terrebonne (Québec) J6Y 1G8 (450) 964-7077 22 ?JoiirnaU'llinÉairi.Ito.'éal-léwiei 13SS Etre itinérant en Russie La cIescente en enFer d'uN ciroyEN russe Ei»ic CiMON I \"1 y a trois ans, Sasha était camionneur à .Saint-Pétersbourg en Russie.Âgé de 35 ans, il vivait dans un appartement qui devait, dans quelques jours, devenir le sien puisque sa mère venait d'emménager dans l'est du pays.Une formalité administrative.Une petite vie pas mal du tout pour un Russe dans le contexte de la crise économique.Tout s'annonçait bien, mais le destin en a décidé autrement.L'Itinéraire l'a rencontré à Saint-Pétersbourg.Lors de l'une de ses livraisons, Sasha s'est fait intercepter par la police.Malheureusement pour lui, il n'avait pas d'argent pour offrir un pot-de-vin à un officier qui, en représailles, lui a confisqué ses papiers.Sans papiers, il est impossible de circuler en Russie.Sasha a donc perdu son emploi.Pour obtenir des papiers officiels, il faut débourser 850 roubles (85$ canadiens), somme que Sasha cherche laborieusement cherché à amasser depuis trois ans.Il a ensuite perdu son appartement, qui était au nom de sa mère et, puisque qu'il n'a pu prouver son identité, il n'a pu le mettre à son nom.En quelques jours, Sasha s'est retrouvé sans argent, sans emploi et sans logement, seul dans les rues de Saint-Pétersbourg.Il essaie alors de trouver des emplois journaliers à droite et à gauche, juste assez pour survivre.La santé et les conditions d'hygiène sont loin d'être optimales et il y a peu de services offerts aux sans-abri.Il passe ses journées près de la Gare de Moscou, où la Fondation Médecins Sans Frontières vient en aide aux nombreux exclus du système russe.Au mois de novembre dernier, Sasha a reçu une autre tuile sur la tête.La milice de Saint-Pétersbourg, soucieuse de l'image et de la propreté de la ville, procède à la «déportation», deux soirs par semaine, d'itinérants qui se tiennent près de la Gare Moscou et les emmènent en dehors de la ville.Le seul critère de sélection de la milice: la propreté.Sasha s'est donc fait interpeller, alors qu'il marchait dans la rue, et s'est fait entasser dans un camion militaire avec une trentaine d'autres badauds.Il y avait aussi des personnes âgées, des malades et des estropiés.Après avoir fait plus d'une trentaine de kilomètres en dehors de la ville, les passagers sont priés de descendre du camion après avoir été fouillés et soulagés de leurs biens.Sacs, allumettes, chocolats et tout autre objet sont confisqués.Par cette nuit d'hiver, à -17 degrés, hommes, femmes et enfants sont laissés en pleine forêt, avec leur courage pour seul espoir.Après six heures de marche, Sasha a réussi à retourner à Saint-Pétersbourg et à obtenir de l'aide au refuge parrainé par Les Bas-Fonds, le journal de rue de Saint-Pétersbourg.Lors de la conférence internationale des journaux de rue à la fin novembre, Sasha est venu raconter sa pénible et pathétique histoire et l'absurdité que le système lui a fait vivre.Heureusement, on n'a plus à s'inquiéter du sort de Sasha.Les délégués des journaux de rue lui ont donné les 850 roubles dont il avait besoin pour ravoir ses papiers, obtenir un appartement et, éventuellement, retrouver un emploi.On peut cependant se demander comment va la vieille dame qui était dans le camion avec Sasha et qui n'avait que des bottes trouées lors de la nuit de sa «déportation».\u20acgfee3ameê>amt-fean La foi est une expérience personnelle mais elle se vit et se célèbre aussi en communauté.Culte le dimanche à 10h30 110, rue Sainte-Catherine Est, Montréal, angle De Bullion Pastorale des mariages: boîte vocale #2 (514) 866-0641 www.egliseunie.org M St-Laurent ou Berri-UQAM 4> Li e 5 janvier dernier, Alain Demers, membre et directeur administratif du iupe communautaire L'Itinéraire, cédait subitement à l'âge de 37 ans.s'agit là d'une grande perte pour le groupe qui voit ainsi partir un membre iportant, un ami, mais également un Promoteur de projets d'aide aux dému- Alain Demers était une personne mgagée dans la lutte à la pauvreté car il savait, mieux que personne, les difficultés qu'éprouvent ceux et celles qui n'entrent pas dans le moule de notre société.Le mal de vivre, la toxicomanie, la perte de tous ses biens, Alain Demers l'a vécu.Il a également souffert des préjugés et du manque de confiance que l'on témoigne envers ceux qui ont «un trou dans leur cv», ceux que l'on appelle les marginaux parce iqu'ils n'ont d'autre choix que de vivre s la marge.Alain est né à Montréal d'un milieu aisé et aurait pu faire des études en administration pour devenir ges-Onnaire.Il a terminé un dec en sciées humaines, mais a dû abandonner s études.Ses problèmes se sont multipliés et il s'est retrouvé à la rue, somme des milliers d'autres.En 1993, il a commencé à ïéquenter le café-rencontre de ^'Itinéraire et s'est impliqué dans le projet naissant d'une maison d'édition informatique.Il a également participé à la production et à la distribution de 'édition informatique.Il a également participé à la production et à la distribution de l'édition spéciale de L'Itinéraire de mai 1993.Il a été attiré par cet organisme qui lui permettait d'échanger avec les autres et de construire un idéal d'équité sociale.En mai 1994, lorsque L'Itinéraire a commencé a être vendu sur la rue,Alain en a été le premier rédacteur en chef.Ses capacités, sa compétence et son leadership l'ont amené à prendre en charge l'administration du groupe communutaire L'Itinéraire.Il a grandement participé à l'essor et au succès du groupe.Le journal et le Café sur la rue se sont énormément développés et l'implication d'Alain y est pour beaucoup.Il a cru en la réussite de L'Itinéraire et à l'importance de donner «une deuxième chance» à ceux et celles qui veulent s'en sortir, mais aussi pour faire tomber les préjugés.En octobre dernier, il affirmait encore dans un discours prononcé dans le cadre de la Journée mondiale pour rélimination de la pauvreté: «L'Itinéraire constitue un tremplin pour les gens qui souhaitent acquérir une expérience de travail qui n'auraient pas la chance de vivre ailleurs, à cause des préjugés qui pèsent sur eux.L'expérience nous démontre que les pauvres ont souvent une meilleure vision de ce qu'une société devrait être.» Alain a travaillé d'arrache-pied pour que L'Itinéraire devienne la voix des sans-voix et soit reconnu comme un véritable instrument de réinsertion sociale.Il croyait au potentiel des personnes et à leur capacité de se dépasser.Il était au coeur de tous les projets de L'Itinéraire et faisait le lien entre les membres.Il voyait au développement économique du café comme du journal et aidait les collaborateurs à s'insérer dans leur milieu de travail.Également très impliqué socialement, il siégeait à de nombreux comités et se faisait un devoir d'y représenter la voix des plus démunis.Photo: Eric Cimon Ses amis et collègues conservent le souvenir d'une personne ayant suivi un itinéraire peu commun pour parvenir à la réussite.Il a su démontrer qu'il est possible de réaliser de grandes choses même lorsque l'on part de loin.Alain laisse des amis et parents inconsolables, mais un organisme en santé qui poursuivra la mission que son directeur administratif a assuré pendant des années.Michel Desjardins Denise English Serge Lareault François Thivierge (par intérim) Le comité de direction Groupe communautaire L'Itinéraire nommages a /Alain Uemers Je salue bien bas Alain Demers qui a su réaliser de grandes choses et militer pour la défense des droits des démunis, malgré une vie difficile.Je garde le souvenir d'une personne qui avance péniblement dans la vie, poussant inlassablement sa pierre comme Sisyphe, avec courage et détermination.Serge Lareault Salut, Alain, Je trouve ça bien platte que tu nous aies quitté si tôt.Tu faisais du vrai bon boulot.C'est grâce à toi que j'ai connu le journal et que je m'y suis intéressé.J'espère que tu guideras de là-haut ton remplaçant afin que nous puissions continuer ton oeuvre.Je ne t'oublierai jamais, mon cher frère.J'espère que tu nous as vraiment quittés pour un monde meilleur.Repose-toi enfin.Alcatraz Mon cher Alain, Tu étais mon rayon de soleil du matin et mon partenaire de l'équipe que nous formions ensemble, toujours en train de me taquiner pour me faire rire.Je garderai en mémoire le souvenir de notre complicité au travail ainsi que musicale le midi.Toi qui avais les réponses à mes questions.Tout en sachant que tu veilleras sur nous, je prierai pour toi.Je t'aime.Ta secrétaire, Sylvie xxx Une pensée vaut mille mots et j'en aurai toujours une pour toi.J'ai grandement apprécié ton amitié et il me reste un peu de toi dans de beaux souvenirs.Tu resteras toujours mon ami.Ton chum, Michel D.Ce cher Alain, dévoué et fier, a su faire germer l'idée qui maintenant donne de la voix à des centaines de personnes.De projet en projet, de réalisation en réalisation, il a toujours su nous surprendre.Encore aujourd'hui, il le fait en nous donnant à sa façon cette leçon de vie.Eric Cimon Mon cher Alain, Je t'ai connu dans le respect avec tous tes secrets.Nous avons cheminé pendant de longues années sans nous juger.Tu as su m'encourager et m'aider à foncer dans l'amitié Dans ton regard tu n'avais pas à parler.C'est dans mon silence peiné que je vais te regretter.Mais tu seras toujours dans mes pensées pour m'aider à continuer.Je t'aime, ton amie, __Denise English Alain, tu as été un trésor pour moi.Toi et les autres m'avez sorti de la rue (rétabli aujourd'hui).Le journal est toute ma famille ici-bas.Bonne route.Au revoir, pense à toute ta famille du groupe.Merci encore, et encore Merci.Gui Soleil Alain, je viens vers toi pour te donner un dernier coup de chapeau.Autant en amitié tu pouvais être innocent et désinvolte, autant au travail tu pouvais être sérieux et conscencieux.C'est ce souvenir le plus précieux que je garderai de toi, Alain.Sois en paix et en plénitude.Luc Lenoir I Alain, je sais que là où tu es, tu es bien.Fini la souffrance, les problèmes.Merci d'avoir été parmi nous toutes ces années, je sais que tu veilleras sur nous.Donne-moi la force de continuer, le courage de changer les choses que je peux.Merci.Micheline Lefebvre Une pensée pour Alain, Une pensée pleine de tendresse et d'affection pour un être qui était pour moi d'une sensibilité à fleur de peau.Puisses-tu, Alain, t'en-voler vers les étoiles et la lumière avec en ton âme toute la paix qu'on ne retrouve pas sur cette terre.et que tu as cherchée.En mon coeur, ton souvenir restera avec beaucoup de tendresse.Johanne Poulin Pour mon ami Alain, Toi, qui étais toujours souriant quand j'arrivais au bureau, tu me disais toujours \"Bonjour Monsieur le Président.\" J'aimais voir la fierté de ton travail accompli et quand tu finissais ta journée pour aller donner une conférence.Tu resteras toujours dans ma mémoire et je serai toujours heureux de f avoir connu.Salut Alain.ton chum Mario Merci aux Groupes communautaires, parents et amis qui ont manifesté leurs condoléances et offert leur support à la suite du décès d'Alain Demers. Montréal, le 13 janvier 1999 Chers amis, Je viens d'apprendre le décès subit d'Alain Demers.Permettez-moi de vous dire, au nom de toute l'équipe Atd Quart Monde, que nous partageons votre peine en ce moment douloureux.Pour préparer son intervention au nom de L'Itinéraire, pour le 17 octobre, journée mondiale du refus de la misère, j'ai eu l'occasion privilégiée de travailler avec Alain.Ce qui m'a frappé, c'est son approche des personnes qui vivent la misère, la honte et l'exclusion tous les jours.Il les voyait comme des \"vraies\" personnes avec leurs rêves, leurs espoirs.Il me disait combien ces personnes exclues ont un message essentiel de justice, de partage et de fraternité qui interpelle chacun de nous.Même si cela peut paraître facile à dire en un moment difficile, je vous souhaite à tous de vous serrer encore plus les coudes pour développer ce projet de solidarité auquel Alain croyait tellement.Bien amicalement Philippe Hamel CDEC Le décès d'Alain Demers est une perte importante pour Lltineraire CcnUc-Sud/Plofou Mont-Roycl Corporation de Développement Économique et Communautaire L'équipe de la CDEC l'appréciait beaucoup.Alain trouvait toujours le moyen d'arriver à une solution et il avait cette habileté de faire cohabiter la vision économique et sociale.Nous garderons en mémoire ce collaborateur de longue date.Il va nous manquer énormément! Ci O 0» > 356S, rue lirrl, buitou 200¦ Montréal IQlibll) H2L 4G3 «lèphoni : (SU) H5-C0tClllK«IW( ; I5MI 84S-7244»comrlel : n)««
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