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La presse
La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. L'influence des journalistes de La Presse s'étend aujourd'hui au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias. [...]

La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. Très rapidement, le journal se présente comme un quotidien d'information indépendant et abordable pour la population ouvrière. Il veut se démarquer des journaux d'opinion, organes de partis politiques, qui sont fort courants à l'époque.

Sa fondation résulte d'une rivalité entre deux factions du Parti conservateur fédéral. William Edmond Blumhart, secrétaire et gendre de l'important homme d'affaires Louis-Adélard Senécal, affilié au clan du conservateur Joseph-Adolphe Chapleau, lance La Presse pour concurrencer le journal Le Monde qui appuie le premier ministre John Alexander MacDonald.

Un quotidien nommé Le Nouveau Monde voit d'abord le jour à la mi-octobre 1884. Après la publication de quatre numéros, il change de nom pour La Presse. Le premier numéro du journal est publié le 20 octobre 1884.

Le succès de La Presse est rapide, mais le journal est un gouffre financier. Après quelques changements de mains, il est racheté en 1889 par Trefflé Berthiaume, typographe à La Minerve. La modernisation du journal, entre autres avec l'intégration d'illustrations aux faits divers et l'impression par linotypes, permet de rendre l'entreprise rentable.

Trefflé Berthiaume sera à la tête de La Presse de 1889 à 1904 et de 1906 à 1915, année de sa mort. Arthur Berthiaume, son fils, prend alors en charge le journal. Trefflé Berthiaume lui a légué la propriété du journal qui, selon une clause testamentaire, devra appartenir à ses descendants pendant plusieurs générations. Nombre de disputes familiales éclateront dans les décennies suivantes, jusqu'à l'achat de La Presse par Paul Desmarais en 1967.

En 1913, le tirage de La Presse atteint déjà 121 000 exemplaires. Il augmente jusqu'au début des années 1960, alors qu'il atteint près de 300 000 exemplaires.

Une grève des employés et des cadres du journal éclate en 1958. Jean-Louis Gagnon, alors journaliste fort réputé, est appelé pour réinstaurer un climat de confiance. Il introduit la signature des journalistes au bas des éditoriaux et au début des reportages, ce qui permet la reconnaissance et le vedettariat des journalistes.

À partir de cette époque charnière, les postes de responsabilité éditoriale sont attribués à des journalistes renommés dont Gérard Pelletier, Roger Champoux, Jean-Paul Desbiens, Roger Lemelin, Jean-Guy Dubuc, Vincent Prince, Alain Dubuc et André Pratte.

En 1964, une autre grève, qui dégénère en lock-out, bénéficie à Pierre Péladeau, qui profite des événements pour lancer le Journal de Montréal. En 1971 et 1972, La Presse connaît un long lock-out qui lui fait perdre des lecteurs au profit du Journal de Montréal et du Montréal-Matin. Le tirage de La Presse passe de 285 000 en 1962 à 203 000 en 1966, puis à 165 000 en 1975.

Le tirage du journal atteint toutefois de nouveau des chiffres impressionnants dans les années 1980 (plus de 300 000 pour l'édition du samedi), chiffres qui sont près de se maintenir au début du XXIe siècle.

La Presse s'est rapidement imposée par la qualité de ses illustrations. Quelques grands illustrateurs et caricaturistes y ont d'ailleurs fait carrière : Albert-Samuel Brodeur, Georges Latour, Albéric Bourgeois, Pierre Dorion, Roland Berthiaume (Berthio), Jean-Pierre Girerd et Serge Chapleau. Les photographies de Conrad Poirier et d'Antoine Desilets ont aussi illustré les pages de La Presse.

L'influence des journalistes de La Presse s'étend au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La Presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1977, vol. III, p. 112-118.

FELTEAU, Cyrille, Histoire de La Presse, Montréal, La Presse, 1983-1984, 2 vol.

Éditeur :
  • Montréal :[La presse],1884-2017
Contenu spécifique :
B. Référendum 95
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Nouveau monde (1884)
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Références

La presse, 1995-10-28, Collections de BAnQ.

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[" CAHIER La Presse Montréal, samedi 28 octobre 1995 Bouchard Éditorial Opinion Le Monde tout changé DENIS LESSARD Ouel que soit le résultat lundi, la campagne qui s'achève passera à l'histoire.On avait déjà vu bien des changements de cap dans les camps qui traînent de la patte, mais bien peu auront été aussi efficaces que le coup de barre du OUI, en début de campagne.Avec le recul, une donnée frappe : à quel point le camp fédéraliste aura sous-estime la force, et surtout la durée de l'effet Bouchard dans la joute référendaire.Le camp du NON a joué une partie très défensive.avec un seul point d'avance.En marquant un but en troisième période, le OUI ne faisait pas qu'égaliser les chances : il obtenait un momentum qui donnera, jusqu'à lundi soir, des sueurs froides aux fédéralistes.« Le NON aurait pu avoir son 60 %, mais avec une bonne campagne », résume le spécialiste des sondages, Pierre Drouilly.Comme Claude Gauthier, de CROP, il croit que les stratèges du NON se sont décidés bien tard à faire vibrer la corde émotive en faveur du Canada.Pour M.Gauthier, le NON aura aussi mésestimé le niveau d'exaspération d'une partie de la population à l'endroit du régime fédé-dal.« |e n'ai jamais vu autant de volatilité dans le vote, une campagne avec de telles fluctuations, à la hausse comme à la baisse », constate Grégoire Golin, le sondeur du NON.Le NON paraissait avoir le vent en poupe en début de campagne.Daniel Johnson martelait ses discours sur les conséquences économiques de la souveraineté, avec, en fond de scène, des dérapages embarrassants des Claude Garcia et Laurent Beaudoin.Jacques Parizeau répliquait méticu-leusement aux arguments économiques, aux scénarios inquiétants que faisait pleuvoir le camp du NON.Mais faisant irruption dans l'arène, Lucien Bouchard fit, d'entrée de jeu, table rase de ces querelles de chiffres, jeta aux orties les études sur la souveraineté et adopta un discours plein d'émotion, pinçant les cordes de la fierté des électeurs et de leur indignation devant le rapatriement de 1982.M.Bouchard parvint à la fois à se faire rassurant \u2014 l'accent était bien plus sur le partenariat que sur la souveraineté \u2014 sans se mettre en contradiction avec le chef du OUI, Jacques Parizeau.L'effet Bouchard Au bout du compte, des sondages montrent que Lucien Bouchard aura influencé trois fois plus d'électeurs que Jacques Parizeau ou Daniel Johnson.Ses déclarations maladroites sur la « race blanche » ou ses hésitations sur PHOTO PC Avec le recul, une donnée frappe ; c'est de voir à quel point le camp fédéraliste a sous-estimé la force, et surtout la durée de l'effet Bouchard.la séquence des événements après un OUI sont passées en coup de vent, emportées rapidement par la campagne.Contre Lucien Bouchard, Daniel Johnson eut de la difficulté à choisir ses armes.Sans réplique de Bouchard, sa campagne sur les conséquences économiques de la souveraineté devint un monologue qui, chaque jour, reculait dans la liste des nouvelles télévisées.Chez les stratèges du NON, on était bien perplexe devant Lucien Bouchard, ne sachant pas comment attaquer un politicien qui suscite tant d'engouement \u2014 dans des salles surchauffées, les gens se bousculaient pour le toucher.Tous ceux qui connaissent Jacques Parizeau savent que son orgueil en a pris pour son rhume quand il a dû céder sa place à Lucien Bouchard aux commandes d'une campagne n'allant nulle part après une semaine.La remontée rapide du OUI dès qu'il eut quitté l'avant-scène l'a laissé carrément pantois, dit-on.Même sur le plan logistique, cette campagne bicéphale fut salutaire au OUI.Ainsi.Jacques Parizeau obtenait passablement de « couverture » comme premier ministre et chef du OUI, bien plus, par exemple, que Jean Cha-rest, le second violon du NON.Le « fusil à deux coups » du OUI contribua aussi à faire tomber le projet de débat télévisé que voulait éviter à tout prix le camp souverainiste, convaincu que M.Parizeau se serait retrouvé sur la défensive.Les stratèges du NON refusèrent les conditions exorbitantes posées par ceux de Jacques Parizeau \u2014 la préparation du débat aurait coûté à Daniel Johnson au moins trois jours de campagne en préparation.Du côté du OUI, avec le tandem Bouchard-Parizeau, la campagne ne ralentissait même pas.Piégé en fin de course Le chef du NON Daniel Johnson avait parié gros en décidant dès le début que le camp fédéraliste ne mettrait rien sur la table ; pas de revendications constitutionnelles, une campagne tout entière bâtie sur les conséquences économiques d'un NON.Le resserrement des intentions de vote juste avant le fil d'arrivée aura piégé Jean Chrétien.Pendant des mois, il avait rassuré le Canada an- .glais ; il faisait son affaire de la campagne référendaire, estimant que le NON l'emporterait sans que des promesses soient faites au Québec.A quelques jours du vote, selon les sondages, même s'il avait voulu jeter des engagements spectaculaires dans la balance, il n'aurait pas été pris au sérieux.Si le NON l'emporte lundi, sa crédibilité au Canada anglais sera sérieusement écorchée.Devant la remontée du OUI en fin de campagne, les résolutions conciliantes à l'endroit du Québec, adoptées à la vapeur au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Ecosse et en Ontario, avaient l'air de verres d'eau jetés sur un incendie.Une dette énorme Essentiellement, Ottawa n'avait pas prévu le revirement \u2014 la voix angois- sée des stratèges fédéraux devant leur sondages internes en disait long sur leur inquiétude en début de semaine dernière.Des libéraux provinciaux, en coulisses, maugréent déjà contre une campagne qui n'a pu tenir la route quand les sondages se sont faits plus serrés.Passe encore que des intervenants de l'extérieur ( MM.Garcia ou Beaudoin ) suscitent des controverses inutiles.On a sourcillé toutefois quand un politicien comme Paul Martin y est allé de prévisions hyperboliques \u2014 le million d'emplois menacés \u2014qui donnent des munitions a l'adversaire ; c'était déjà plus difficile à expliquer.Mais rien ne va plus quand Daniel Johnson et Jean Chrétien peuvent être mis en contradiction sur une question aussi délicate que la reconnaissance de la société distincte.Chez les péquistes, le sentiment est plus unanime : que le OUI ou le NON l'emporte lundi, les souverainistes auront une dette énorme envers Lucien Bouchard.Si le NON l'emporte.Si le OUI l'emporte.Jacques Parizeau a décidé depuis longtemps qu'il veut rester à la tête du gouvernement.À moins, bien sûr, d'un résultat désastreux, mais improbable si on se fie aux sondages.Un premier ministre qui veut rester en poste est fort difficile à déloger, car il a toute latitude pour placer ses joueurs aux postes stratégiques.Lucien Bouchard quittera rapidement Ottawa et le Bloc québécois .pour aller pratiquer le droit à Montréal.M.Bouchard est la seule menace objective pour Jacques Parizeau s'il convoitait Québec.Même bien organisé, Bernard Landry ne bougera pas, prévoit-on.Seul moment embarrassant pour M.Parizeau, un congrès des membres, incontournable après le référendum où la question du leadership se posera.On remarque déjà que la cote de satisfaction à l'endroit du gouvernement a monté, sans égard aux fluctuations de la popularité de la souveraineté.Première opération ; Parizeau remaniera de fond en comble son Conseil des ministres \u2014 il le fera d'ailleurs aussi si le OUI l'emporte, mais plus tard.La rentrée parlementaire sera reportée le plus loin possible, probablement au 28 novembre.Une victime déjà désignée ; Richard Le Hir, qui sera retourné aux banquettes arrière.Rita Dion ne-Marso lais a moins à s'inquiéter, mais de gros joueurs \u2014 Jean Garon à l'Éducation et le président de la Chambre, Roger Bertrand, notamment \u2014 seront touchés.Une promotion acquise, Rémy Trudel, et une autre, probable, Sylvain Simard.La structure des délégués régionaux sera sérieusement réévaluée ; elle avait été conçue avec l'échéance référendaire en tète.Pas de démissions en vue au Conseil des ministres.Même un souverainiste inconditionnel comme Jacques Léonard a déjà indiqué, en coulisses» qu'il resterait à bord.Quelques députés toutefois pourraient claquer la porte.après le remaniement.Sur le front fédéral-provincial, la stratégie dépendra de la force du OUI.Deux ministres, Guy Chevrette et Bernard Landry, a-t-on appris, ont déjà proposé une démarche où Québec «c exigerait » des pouvoirs particuliers d'Ottawa, la formation de la main-d'oeuvre notamment.Ultimement, il pourrait y avoir des « référendums sectoriels » sur ces pouvoirs.Une série de compressions budgétaires, très douloureuses, est à prévoir, mais le coupable est déjà trouvé ; Ottawa et ses coupes dans les transferts aux provinces.Du côté du PLQ, deux thèses s'affrontent, plusieurs croient que Daniel Johnson sera sauf au premier but si le NON l'emporte et que les inquiétudes de fin de campagne seront choses du passé.Mais déjà des militants disent publiquement que la force de son ascendant sur les libéraux dépend du score de lundi.Sa faible cote auprès des francophones cause une inquiétude lancinante au PLQ.Ue résultat serré lundi le plongerait dans l'embarras, le NON ayant clairement perdu l'avance qu'il avait prise en début de campagne.Déjà des députés fidèles ont eu à tàter des militants sur « ce qui se dit » dans le parti quant au leadership.Daniel Johnson perdra d'ici quelques mois, dit-on, un précieux lieutenant dans le caucus, André Bourbeau, qui retournerait au privé après 25 ans de vie publique.Une fronde organisée s'active déjà dans l'Est du Québec.Reste toutefois à savoir si ce mouvement pourrait se rallier derrière un aspirant.On fait circuler, sans toujours avoir leur consentement, des noms de successeurs éventuels ; de Paul Gobeil à Pierre Paradis en passant par Yves Séguin et Liza I ml la Oue ce soit par cinq points ou cinq dizièmes, le scénario sera le même.Dans les heures qui suivent, le premier ministre Parizeau y va d'une déclaration destinée à rassurer les marchés financiers, et surtout, les Américains.Du côté souverainiste, on prévoit d'ailleurs que le premier ministre Chrétien ferait de même très rapidement.L'Assemblée nationale sera rappelée beaucoup plus tôt que la date prévue, le 28 novembre.La convocation de la Chambre dès la fin de la semaine ou au début de la suivante permettra à M.Parizeau d'y aller d'une déclaration solennelle, encore une fois pour se faire rassurant.Dans le camp du OUI, on dit savoir que sur le coup Washington dira que c'est le statu quo dans les relations avec leurs voisins du Nord, une position qui sera temporaire : les Américains voudront rouvrir l'ALENA.Déjà les marchés financiers semblent avoir prévu, en partie, une victoire souverainiste, éva-lue-t-on.et le gouvernement du Québec a aussi terminé son programme d'emprunts.On ne s'attend pas à ce que les pays fassent rapidement la queue pour reconnaître le Québec, aussi longtemps que le Canada n'aura pas accepté d'amorcer des négociations avec sa province, reconnaissant du même coup le sens du vote.Le gouvernement Parizeau n'aura qu'un message au lendemain du OUI : pas question de « cassure », de changement subit dans le fonctionnement des institutions déjà en place.L'été dernier, un groupe d'une demi-douzaine de hauts fonctionnaires a eu à préparer la proposition de départ du gouvernement du Québec dans les discussions avec Ottawa.Les ministères ont dû aussi préciser comment ils pourraient intégrer les employés fédéraux du Québec dans leurs champs de responsabilité.Devant la masse des sondages défavorables au OUI, dans l'entourage de Michel Carpentier \u2014 le premier fonctionnaire \u2014, on travaillait bien davantage sur des scénarios de défaite jusqu'à la mi-octobre.Advenant un OUI, Québec, dans les jours qui suivent le scrutin, fera parvenir officiellement à Ottawa son « offre formelle » de partenariat \u2014 essentiellement l'entente tripartite liant les chefs du PQ, du Bloc et de l'ADQ \u2014, qui aurait reçu la sanction de l'Assemblée nationale.À Ottawa, on essaiera de gagner du temps avant de reconnaître officiellement le résultat.Entre-temps, Jean Chrétien misera sur les secousses inévitables sur le marche boursier, la devise et les taux d'intérêt, des déménagements de sièges sociaux, en espérant que dans l'opinion publique un doute surgisse quant à la viabilité de la souveraineté.Daniel Johnson demandera lui aussi un temps de réflexion.Il aurait du reste à consulter ses instances.Si le OUI est net, il se pliera au verdict populaire, mais ses jours seraient probablement comptés à la tête du PLQ.Jean Chrétien aura à subir des pressions énormes des premiers ministres provinciaux à qui Ottawa avait demandé de rester sur la touche durant la campagne référendaire.Confiant en début de campagne, Ottawa n'a pas de « plan B » très détaillé.Le Conseil prive a des documents de stratégie qui examinent une guérilla juridique où Ottawa plaiderait que le Québec n'a pas, en vertu de la Constitution, le droit de se séparer, la façon la plus sûre de prolonger l'incertitude politique et économique.Si le OUI est net.Ottawa n'aura guère d'autre choix que de se préparer à négocier \u2014 une conférence fédérale-provinciale sera un passage obligé.Un gouvernement où Ton retrouve des Québécois aux postes clés perdra beaucoup de légitimité et pourrait forcer Jean Chrétien à déclencher un référendum national ou des élections, avec les risques importants de ressac qu'une telle démarche comporterait au Québec. B2 LA PRESSE.MONTRÉAL.SAMEDI 28 OCTOBRE 1995 EDITORIAL Paul Desmarais Roger D.Landry président du conseil président d'administration et éditeur Claude Masson éditeur adjoint Marcel Desjardins directeur de l'information Alain Dubuc editonaliste en chef Notre choix : rester Canadiens Fidèle à sa mission.La Presse a consacré des ressources considérables à la couverture de la campagne référendaire Nous avons aussi commenté dans cette page les péripéties de la campagne, suivant la politique éditoriale que nous affichons publiquement.Au moment où nos lecteurs et tous les Québécois sont appelés à répondre à la question.La Presse tient à leur présenter sa vision des enjeux et le choix qu'elle leur recommande, en tout respect.La vraie question qui se pose à nous aujourd'hui est la suivante : est-ce que nos problèmes sont si grands qu'il vaille la peine d abandonner le Canada?Les Québécois sont nationalistes.Ils sont fiers d'avoir conservé leur langue, d'avoir leur culture propre et de constituer une société développée.Ces acquis, ils ont le sentiment de les avoir gagnés de haute lutte et ils ont l'éplderme très sensible lorsquapparait la moindre menace.En ce sens, tous les Québécois sont nationalistes, y compris tous les fédéralistes.L'autonomie à la Duplessis.le Maîtres chez nous» de Lesage et « Légalité ou l'indépendance » de Johnson père ont à tour de rôle touché nos cordes sensibles comme peuple fier de son identité et fier d'émerger.De tout temps, il s'en est trouvé parmi nous qui supportent mal la coexistence du français et de l'anglais et notre coexistence comme peuple avec les anglophones au sein du Canada.Encore aujourd'hui, malgré la place prédominante qu'occupe le français au Québec et le rôle important que jouent les francophones dans les institutions fédérales, beaucoup estiment leur identité menacée au Canada et n'attendent rien qui vaille du gouvernement fédéral.Selon les sondages, le noyau dur de ces partisans de la rupture représente environ 30 pour cent des citoyens.Cela dit.les sondages sont aussi constants quant à la volonté des Québécois de rester Canadiens.Autant les Québécois sont nationalistes, autant ils sont fiers d'être Canadiens et Ils veulent continuer d'appartenir à ce grand pays qu'ils ont contribué à bâtir.Je suis Montréalais.Québécois et Canadien sans difficulté : il s'agit là d'attributs qui se marient parfaitement.L'appartenance au Canada nous a façonnés tout autant que notre appartenance au Québec.Il faut être justes : c'est au sein du Canada que nous sommes parvenus à conserver notre langue et à développer notre culture et c'est au sein du Canada que le Québec est devenu une économie dynamique.Les « demandes traditionnelles » du Québec, que certains aiment invoquer, se sont toujours situées à l'intérieur de l'ensemble canadien.Encore aujourd'hui, le Canada demeure notre meilleur tremplin et notre meilleure stratégie de développement dans un continent où nous représentons moins ae deux pour cent de la population.Si la question posée aujourd'hui était « voulez-vous donner un mandat au gouvernement pour négocier un nouveau partenariat avec le reste du Canada, sans parler de séparation ».Il est probable qu'il obtiendrait l'adhésion d'une bonne majorité de Québécois.( Encore que l'on ne sache pas toujours très bien ce qu'on attend de plus.le gouvernement du Québec et l'Assemblée nationale Jouissent déjà de pouvoirs extrêmement étendus.Et encore, qu'on en mette beaucoup sur le dos de la Constitution : par exemple, le Québec a pleine et entière juridiction sur l'éducation et on ne peut pas blâmer le gouvernement fédéral pour l'état actuel du système scolaire ^québécois ).une réforme des Institutions au Canada est Inévitable.Comme les entreprises du secteur privé, les gouvernements doivent se réinventer, réduire leur tailie, aplatir leurs structures, devenir plus sélectifs et plus performants dans les services qu'ils offrent à la population.Le gouvernement fédéral, ainsi que des gouvernements provinciaux, ont déjà amorcé cet exercice.Le gouvernement du Québec tarde à la tâche mais ne pourra éviter de le faire quel que soit le résultat du référendum.La solution de nos problèmes économiques nous dirige tout droit vers une plus grande décentralisation au Canada et une remise en question des responsabilités des divers ordres de gouvernement Beaucoup d'autres provinces le souhaitent également.Mais telle n'est pas la question qui nous est présentée.Le gouvernement péquiste nous demande si nous voulons que le Québec devienne souverain immédiatement, quel que soit le résultat de son éventuelle offre de partenariat avec le reste du Canada.Devenir souverain, cela veut dire devenir un pays séparé qui ne fait plus partie du Canada et qui n'a plus rien à dire dans les décisions qui se prennent au Canada.Les Québécois ne pourraient plus bénéficier des avantages de ce pays.Le Québec n'aurait rien à dire, par exemple, dans l'octroi du passeport canadien, contrairement à ce qu'on laisse croire, il est malheureux de constater que.selon les sondages, le tiers de ceux qui se préparent à voter oui ignoraient encore Jusqu'à récemment le sens réel du mot souveraineté.Certains porte-parole du OUI ont beau mettre l'accent sur la négociation d'un nouveau partenariat, la question posée aux Québécois porte toujours d'abord et avant tout sur la séparation du Québec.La majorité des Québécois ont toujours répondu NON à une telle question et ils doivent continuer de répondre NON.Nos problèmes avec le Canada ne sont pas dune telle envergure qu'il faille recourir à la séparation comme solution ultime et irréversible.Peu importe son résultat, le référendum pose une question qui continue de diviser les Québécois.Il faut espérer de nos dirigeants politiques, des deux côtés, un leadership particulièrement éclairé après le 30 octobre.Les citoyens, normalement, se résignent à une défaite électorale, lis acceptent l'autorité d'un gouvernement qu'ils n'ont pas eux-mêmes choisi mais qui a été élu par une majorité de votes.Les citoyens acceptent de se plier à une loi dont ils ont combattu l'adoption.Mais Ils ne sont pas susceptibles de se ranger si facilement lorsque l'enjeu d'un vote est le sort d'une option beaucoup plus profonde, touchant l'intégrité d'un pays existant.Ce qu'il faut retenir, lundi prochain, au moment du vote, c'est que nous jouons notre avenir collectif, et non plus seulement le mode de gestion de nos affaires publiques qui est l'enjeu habituel des élections qui se défont comme elles se font.Ce choix sur notre avenir, il est Irréversible.Si le OUI l'emporte, les partisans du Canada ne disparaîtront pas par enchantement, voilà que nous serons encore plongés pour des mois, sinon des années, dans la mare constitutionnelle et le démantèlement du Canada.Quelle perspective désastreuse ! A l'heure où la mondialisation nécessitait toutes nos énergies pour nous positionner sur l'échiquier planétaire et préparer adéquatement nos jeunes aux défis qui les attendent, voilà que nous serions encore absorbés par des querelles internes, inutiles et stériles.Si.au contraire, les Québécois redisent leur fol au Canada et que le NON l'emporte, nous pourrons nous concentrer davantage sur nos vrais problèmes et nos vrais défis, particulièrement le développement de Montréal et celui de nos réglons.Tout ne sera pas réglé pour autant : les tenants de la séparation ne seront pas disparus comme par magie.Mais le climat sera plus favorable à la recherche de solutions et à la réconciliation nationale.Tant il est vrai que la politique est l'art du possible, l'heure ne sera plus aux dogmes mais à la recherche de consensus.À la vraie question que nous posions au début, notre réponse ne saurait être plus claire : aucune des préoccupations actuelles des Québécois ne justifie que nous abandonnions les avantages d'être Canadiens, que nous brisions ce pays et que nous nous lancions dans une aventure.Cela étant, le Canada a intérêt à rechercher sans délai des solutions harmonieuses aptes à favoriser la réconciliation dont nous avons grand besoin.il faut assurer à tous les Québécois.Jeunes ou vieux, un avenir stable et prometteur.Le temps n'est pas à la recherche d'astuces, de potions magiques ou de faux-fuyants.Le temps est plutôt à la recherche de solutions réalistes et pragmatiques.Il faut voter NON.il faut rester Canadiens.Roger D.Landry Président et éditeur Et les lendemains.Ceux et celles qui espéraient que prenne fin la division entre Ouébécois de toutes origines et de toutes langues, au lendemain du 30 octobre, en seront quittes pour remettre à plus tard ce beau rêve.Car, quel que soit le résultat du référendum, rien ne sera définitivement réglé.Si le oui devait l'emporter par une faible marge, le gouvernement fédéral tiendra sans doute à son tour son référendum national pour connaître l'opinion de l'ensemble des Canadiens : le Canada doit-il ou non négocier un partenariat économique et politique avec le nouveau pays du Québec ?Si le NON devait gagner par une mince majorité, le gouvernement du Parti québécois proclamera « A la prochaine fois » et il est à prévoir qu'un autre référendum aura lieu d'ici la fin du premier mandat du PQ.Tout sera à recommencer.Le référendum de 1995, contrairement à celui de 1980 qui était voulu, n'a pas été désiré.Il a été imposé.De là le désintéressement qui a perduré Jusqu'à ce que son déclencheur, le premier ministre Parizeau.fasse appel à son « sauveur ».M.Lucien Bouchard.Qu'en serait-il d'un autre référendum, provincial ou national ?Comment les gens réagiraient-ils ?Dépendant de la conjoncture aussi bien économique que politique du moment, les Québécois iraient-ils jusqu'à changer d'idée par rapport au choix qu'ils feront lundi ?Des deux référendums, le québécois et le canadien, quel serait alors le résultat retenu ?Mais il y aura les lendemains immédiats du 30 octobre.Il y a risque d'amertume, d'agressivité.d'Intolérance, de vengeance des perdants; de satisfaction, de débordement, d'orgueil, de triomphalisme des gagnants.Mais y aura-t-il vraiment des gagnants à cette longue épreuve référendaire ?On peut gagner une cause, mais si ce gain devait provoquer un profond déchirement entre Québécois, ce serait plus grave que la cause elle-même.Le résultat de lundi soir prochain sera-t-ll suffisamment clair et net pour éviter que le Québec soit divisé en deux ?Ce Québec qui est déjà cassé en deux entre riches et pauvres, entre Montréal et les réglons, entre anglophones et francophones.Le sera-t-il maintenant entre les partisans du oui et les sympathisants du NON ?Entre francophones eux-mêmes qui sont loin d'être unanimes sur la question ?Compte tenu du ton et de l'allure qu'a pris la campagne référendaire, au cours des dernières semaines, le vote des Ouébécois sera émotif.De rationnel qu'il était prévu, Il y a à peine un mois, le vote prendra une bonne portion d'émoti-vité.Les gens voteront autant avec leur coeur qu'avec leur raison : c'est un bon dosage Mais cette émotivlté, exagérément provoquée et abusivement accentuée par les porte-parole des camps du OUI et du NON, réussira-t-elle à se contrôler, à se maîtriser, le 31 octobre et les Jours, semaines et mois suivants ?Les Ouébécois sont ou ont déjà été reconnus pour leur « joie de vivre », leur bonne humeur, leur gentillesse proverbiale, leur sens de l'humour, leur acceptation des autres, leur sens du partage, leur compréhension, leur solidarité.Que le OUI ou le NON l'emporte, lundi soir, il sera plus essentiel que Jamais de retrouver ces qualités majeures de notre société.Par mesure de prévention, il faut déjà faire appel au calme, à la sérénité, à la maturité du peuple québécois, au-delà des options politiques des uns et des autres.Plus le résultat sera serré, davantage il faudra accepter les choix contraires, dans sa famille, dans son milieu de travail, dans son environnement Au cours des deux derniers Jours, les responsables des camps du OUI et du NON doivent cesser les basses attaques envers leurs adversaires, les provocations à l'endroit de ceux et celles qui ne pensent pas comme eux.De toute façon, Ils ont tout dit ce qu'ils avaient à dire.Leur message a été entendu.Les Johnson et Parizeau.Chrétien et Bouchard.Dumont, Roblllard et Charest doivent concentrer leurs derniers messages sur l'appel à la modération, au calme, à la quiétude, à la retenue, à la mesure, à la réserve, à la pondération, à la raison, à la sagesse, à la sérénité.Jusqu'à un appel à la paix entre Québécois au lendemain du 30 octobre.Cens daffalres.financiers, Investisseurs doivent aussi garder la tête froide avant de prendre toute décision.Et les chefs syndicaux, plus habitués aux emportements verbaux, doivent aussi faire preuve de retenue puisque toute provocation, à ce moment-ci.risque d'affecter les emplois de leurs membres Claude MASSON DWOfTS RÉSERVÉS La chance d'être Québécois et Canadiens MARCEL ADAM endant des mois, les Ésondages an non K\u2014 çaient qu'une bonne majorité de Québécois répondraient NON à la question référendaire.Mais, ces dernières semaines, le camp souverainiste a fait des gains qui lui donnent maintenant espoir de remporter son référendum.Cela, grâce surtout à Lucien Bouchard et aux effets combinés d'un verbe obnubilant et d'une personnalité charismatique.lusque là, le débat n'était pas un modèle d'élévation intellectuelle, mais les leaders des deux camps le maintenaient à un certain niveau de rationalité en discutant des conséquences économiques et autres de la séparation du Québec.L'arrivée à l'avant-scène de M.Bouchard a eu pour effet d'évacuer la raison du débat et de rabaisser le discours indé- pendantiste au niveau des tripes avec un discours excitant les passions par l'exaltation du nationalisme ethnique.Ce changement de contenu et de ton pourrait faire gagner le OUI si cette partie devenue volatile de l'électorat ne revenait pas à son premier sentiment.Même si les chances sont minces qu'une opinion procédant de l'émotion puisse être modifiée par des arguments de raison, il ne faut pas désespérer de la mèche qui fume encore.Car rien ne garantit que la partie des électeurs qui a été déstabilisée par l'effet Bouchard ne pourrait pas se raviser encore.Les électeurs qui, avec le temps et la réflexion, s'étaient fait une opinion sur les enjeux politiques ne devraient jamais se laisser détourner de celle-ci par une campagne électorale ou référendaire.Ils devraient voter comme ils entendaient le faire avant que ne débutent la propagande mensongère et les discours racoleurs destinés à les faire voter de la façon la plus déraisonnable qui soit, sous l'effet de l'intoxication.Ce serait folie que de briser le Canada sur un coup de coeur ou de tête, ou par lassitude, ou, plus bête encore, pour qu'il se passe quelque chose.Il faut n'avoir rien à perdre et tout à gagner pour se séparer d'un pays.Le fait que le Québec a la liberté de se séparer et la capacité de surmonter avec le temps les dangereux soubresauts et les coûteuses conséquences de la rupture, devrait démontrer aux Québécois la futilité de la dangereuse entreprise révolutionnaire qu'on leur propose.La sécession ne se justifie que pour survivre ou s'affranchir d'un joug tyrannique.C'est pourquoi on n'a jamais vu se dissoudre une démocratie moderne, libérale et hautement industrialisée comme la nôtre.Cette semaine, le président américain Bill Clinton a dit q?ie le Canada est un pays « incroyablement important pour le monde », en plus d'être \u20ac un grand partenaire des États-Unis »; et d'ajouter que, bien sûr, tous les pays ont des problèmes, mais que les choses vont fondamentalement bien au Canada, une contrée qui suit la bonne voie et est dotée de valeurs « dont nous sommes tous fiers ».Bill Blinton a aussi rappelé ce qu'il disait à Ottawa, en février dernier : le Canada sert de modèle aux États-Unis et nu monde entier parce qu'il montre comment des personnes de cultures différentes peuvent vivre ensemble en harmonie, respectant leurs différences et travaillant côte à côte.Voilà qui me confirme dans l'idée que la sécession du Québec ferait scandale dans le monde, où le Canada témoignait de la possibilité de faire cohabiter et prospérer, dans la paix et la coopération, des citoyens de nationalité et de langues différentes adhérant aux mêmes grandes valeurs philosophiques, morales et culturelles.Les raisons qui font percevoir le Canada comme un pays modèle, devraient inciter les Québécois à refuser l'aventure souverainiste en se disant ce que disait le politologue Stéphane Dion, mercredi dernier : « C'est toute une chance que d'être Québécois et Canadiens sur cette pauvre planète.» Lysiane Gagnon LA PRESSE, MONTRÉAL.SAMEDI 28 OCTOBRE 1995 Opinions Lettre de Montréal Décentralisation : il va falloir se mettre au travail sans attendre une autre crise * ru *-1 ».a.\u2022 « m i L'éditorialiste en chef de La Presse, Alain Dubuc, et le président et éditeur du Toronto Star, John Honderich, poursuivent ici leur correspondance sur leurs visions respectives du Canada et du Québec.La présente lettre d'Alain Dubuc paraît en anglais dans le Star.ear John, |e comprends parfaitement le découragement et la frustration que vous avez ressentis, quand La Presse a refusé de publier, samedi dernier, le cahier spécial de huit pages que vous nous aviez destiné, avec toutes ses lettres que vos lecteurs adressaient aux Québécois.Sans reprendre le débat qui a entouré cette histoire, je tiens a rappeler que ce cahier n'a pas été publié parce qu'il aurait été considéré comme une dépense électorale.Cela peut sembler surprenant hors du Québec, mais notre loi du financement populaire a le bras long.On l'a encore vu, cette semaine, quand le Président des élections du Québec a décrété qu'il était illégal pour le CP de proposer des tarifs à rabais aux Canadiens voulant venir à Montréal dire aux Québécois de rester au Canada.Mais je dois aussi vous dire que toute cette histoire, votre excellente idée, l'élan de vos lecteurs, le débat que cela a suscité, illustre parfaitement les différences profondes entre le Québec et le reste du Canada et, paradoxalement, les raisons qui poussent tant de Québécois à voter OUI.Quand vous avez lancé un appel à vos lecteurs, leur réponse massive a montré à quel point les Canadiens tenaient à leur pays, voulaient que le Québec y reste, et voulaient exprimer leur frustration parfaitement compréhensible.Il est difficile pour les Canadiens des autres provinces de savoir que leur avenir se joue sans qu'ils aient le moindre mot à dire.Pour toutes ces raisons, j'aurais beaucoup aimé que cela soit publié, parce que ces lettres contenaient des éléments d'information qui auraient permis aux Québécois de comprendre mieux les sentiments qui animent les Canadiens.Mais je n'ai pas cru une minute, vous le savez, que cet élan aurait pu convaincre un seul Québécois indécis de pencher vers le NON.Au contraire, si cette vaste opération de dialogue avait eu un effet électoral, cela aurait surtout contribué à favoriser le camp souverainiste.John, j'ai même reçu le plus beau bouquet de fleurs de ma carrière, deux douzaines de belles roses, et deux petits drapeaux, un bleu et un rouge, d'une gentille dame de Brandford.J'ai trouvé cela touchant.et bien inutile.Il y a à cela des raisons culturelles.Cette façon de dialoguer ne touche pas les Québécois, qui trouvent ces messages d'amour un peu « quétaines » et, surtout, hors rapport.Cela ne veut pas dire qu'on ne s'aime pas.Les millions de Québécois qui ont voyagé dans les autres provinces et les Canadiens anglais qui viennent ici se trouvent mutuellement sympathiques.Mais un référendum, c'est autre chose.C'est un phénomène politique, éminemment collectif, qui appelle des réponses collectives, et non pas une somme de réflexes individuels.Est-ce que les Blancs de Los Angeles, après les émeutes qui ont déchiré cette ville, ont écrit aux Noirs pour leur dire qu'ils les aimaient.Non.Est-ce que les Londoniens écrivent aux Irlandais ?Non.À la limite, on pourrait même trouver que ces messages d'amour sont condescendants, bien sûr involontairement, de la même eau que les « some of my best friends are French ».C'est également vrai de cette opération visant à amener des Canadiens à Montréal, ce week-end, opération qui risque surtout de nous rappeler les hordes albertai-nes qui débarquaient pour la Coupe Grey.C'est peut-être sympaîbi-que, mais complètement « irrelevant ».Mais il y a une raison beaucoup plus fondamentale à notre malaise.Ce que vos lecteurs nous ont dit, avec la plus grande bonne volonté, est exactement le message qui a amené tant de Québécois à voter OUI.Le message de ces lettres, presque unanime, c'est de dire aux Québécois : «c Restez, nous vous aimons, nous avons besoin de vous, mais ne demandez rien d'autre.» « Stay on, but stay out ».À peu près personne n'a dit :« Nous voulons que vous restiez, mais nous savons qu'il y a des problèmes, et voici ce que nous sommes prêts à faire pour les régler.» Tout le problème est là.Le problème auquel réagissent les Québécois, c'est l'arrogance du gouvernement central, et particulièrement celle du régime Trudeau, dont on retrouve des échos chez ses successeurs, l'exclusion constitutionnelle dont le Québec a été la victime, le refus canadien d'accepter de reconnaître formellement la différence québécoise.Nous le savons tous : si l'entente du lac Meech avait été acceptée, nous n'en serions pas là aujourd'hui.On peut bien déplorer le fait que les Québécois réagissent encore si fort à la perte de quelques symboles, mais les sondages montrent que cette colère est bien là et qu'elle explique la remontée du OUI.Le mot clé de cette campagne, c'est la fierté.Honnêtement, personne ne sait plus ce qui arrivera le jour du référendum.Je crois toujours que le NON va l'emporter, et j'ai l'impression d'avoir de bons éléments d'analyse pour prévoir que la marge sera plus forte que les sondages le laissent croire.Mais je sais aussi que, depuis le début de la campagne, je me suis mis le doigt dans l'oeil avec mes excellentes analyses et que je n'ai pas plus vu venir que les autres la vague du OUI.Mais, peu importe le résultat, même si le OUI l'emporte de justesse, la donnée qui décrit le mieux le sentiment des Québécois, ce n'est pas le pourcentage d'entre eux qui auront voté OUI, que ce soit 49 ou 51 pour cent.Ce qui est significatif, c'est qu'indépendamment de leur façon de voter, une très grande majorité des francophones resteront très insatisfaits du résultat.Les sondages nous ont montré que si les électeurs québécois étaient certains que le projet de partenariat du camp souverainiste serait accepté par le reste du Canada, 55 p.cent des Québécois voteraient OUI, ce qui signifie 65 à 70 de la population québécoise francophone.Cette donnée, centrale, est une mesure accablante du degré d'insatisfaction que les Québécois ressentent au sein de la Confédéra-tion et de leur désir de changement.Et voilà pourquoi il y aura peu de gagnants au lendemain du référendum si le NON l'emporte.Ni, bien sûr, chez les souverainistes, ni chez ceux qui, en votant NON.ont fait échec au projet souverainiste, mais se retrouvent dans une situation qui ne leur offre pas les perspectives dont ils rêvent.Il y aura du soulagement dans l'air, mais pas de joie.Si le OUI l'emporte, au-delà de toutes les interprétations que Ton pourra en faire, et de toutes les raisons, parfois contradictoires, qui auront amené les Québécois à ce choix, le message de fond sera le même : un désir de changement, exprimé de façon plus claire.Les Québécois francophones ont le sentiment qu'au lendemain d'un NON, ils se retrouveront dans un Canada qui ne leur offre pas de perspectives de changement.Ce blocage, ce sont les Canadiens eux-mêmes qui l'annoncent.À cet égard, les sondages effectués dans le reste du Canada sont révélateurs.Celui que CROP a réalisé, à la mi-septembre, montre que si un peu moins que 55 p.cent des anglo-canadiens ne sont pas prêts à accepter des changements mineurs pour accommoder le Québec, seulement 19 pour cent accepteraient des changements majeurs.En termes concrets, un peu moins de la moitié accepteraient l'idée de la société distincte, mais les deux tiers refuseraient l'idée de pouvoirs accrus pour le Québec.Si on exprime cette attitude dans le langage politique québécois, il s'agit d'une offre de statu quo.Cette déception et cette absence d'ouverture, sans nécessairement dominer la vie politique et sociale québécoise, resteront toutefois une source permanente de tension.Et ça va réexploser un jour.C'est de ce blocage qu'il faut s'affranchir.Comment?D'abord, même si la voie constitutionnelle semble bloquée, il est essentiel que le Canada trouve le moyen de reconnaître le concept de société distincte.C'est un symbole, mais il est important pour les Québécois, ne serait-ce que pour panser les plaies du rapatriement et de Meech.Sur le plan des principes, il semble élémentaire qu'un pays civilisé comme le Canada accepte de reconnaître formellement l'existence et la spécificité de l'importante minorité francophone.Mais la perspective d'avenir la plus porteuse, celle qui permet de croire que le Canada n'est pas figé, se situe sur un tout autre terrain.Le Québec et le Canada peuvent compter sur des perspectives de renouvellement comme ils n'en ont jamais connues dans le passé.Cette chance, unique, c'est celle qu'offrent les pressions vers la décentralisation et la redéfinition du gouvernement central qui se multiplient ti travers le Canada.C'est là-dessus qu'il faudra travailler, sans attendre une autre crise.À la prochaine.Alain « Depuis un mois, j'ai vu mon coin de pays renouer avec l'espoir.» VICTOR-LÉW BEAULIEU L auteur est écrivain, #est mardi le 24 octobre 1995.Il est deux heures du matin.le voudrais dormir mais je n'y arrive pas.le pense à la journée que je viens de vivre, je pense au mois que je viens de vivre et je cherche à comprendre.Comme co-président du Comité du OUI pour le comté de Rivière-du-Loup et pour la région du Bas Saint-Laurent, j'ai parcouru près de trois mille milles au volant de ma voiture, j'ai participé à des meetings politiques à Montréal, à Sherbrooke, à Québec, à Cabano.à Rivière-du-Loup, à Trois-Pistoles et à Rimouski.l'ai pris la parole toutes les fois que j'ai pu, j'ai dit au monde qui voulait l'entendre que, le 30 octobre prochain, j'échangerais volontiers les cinquante ouvrages que j'ai publiés, les quatre téléromans que j'ai écrits et la centaine d'heures que j'ai rédigée pour la radio afin d'avoir lé droit de pouvoir enfin vivre dans un pays qui soit le mien, afin d'avoir le droit de pouvoir enfin écrire au présent une réalité qui, jusqu'à maintenant, ne s'est toujours conjuguée qu'au passé.\u2022 Il me semble qu'un tel engagement, ce n'est pas rien.Il me semble que mettre l'idée de pays plus haute que l'idée de littérature dans laquelle vous avez brûlé trente ans de votre vie, ce n'est pas rien.Pourtant, je n'ai pas eu l'impression d'avoir été compris, non pas par le monde dit ordinaire à qui je m'adressais, mais par ceux qui ont pour fonction dans la société de rendre compte des mots des autres.Aucun journaliste n'a repris mes propos, aucun média n'a donné suite aux interventions que j'ai faites sur le sujet.Était-ce véritablement moins important que tous ces coups de gueule qui se sont donnés à droite et à gauche durant la campagne référendaire, dans une perversion presque hallucinante du langage ?le ne sais pas vraiment quoique je pense que tout cela a beaucoup à voir avec la façon qu'on a de pratiquer le journalisme comme à la façon qu'on a d'envisager la politique.Comme c'est la première fois que je m'en mêle, je crois y avoir fait quelques petites découvertes, notamment à Rivière-du-Loup quand M.Lucien Bouchard y est venu.Toute la presse, la nationale comme la régionale, était là.Elle est arrivée en même temps que M.Lucien Bou- Vlctor-Lévy Beaulieu chard et elle est repartie en même temps que lui.II en est resté quinze secondes dans un bulletin de nouvelles, l'ai compris alors que la campagne référendaire ne se passait pas vraiment dans le pays réel mais dans deux studios de télévision, l'un à Ottawa et l'autre à Que-bec, j'ai compris que dans ces deux studios-là de télévision, les vedettes politiciennes se parlaient entre elles, se répondaient les unes aux autres et que je n'avais pas vraiment besoin d'être là pour que ça continue indéfiniment.Les journalistes non plus n'avaient pas besoin de moi pour que ça continue indéfiniment.M.Lucien Bouchard parti, pourquoi seraient-ils restés même cinq minutes de plus à Rivière-du-Loup ?Ils n'étaient pas là pour connaître le pays réel mais pour passer rapidement d'un studio de télévision à un autre, d'un bulletin de nouvelles à un autre, le dernier enterrant toujours le précédent dans une représentation dérisoire parce que non signifiante.Pourtant, j'ai vu mon coin de pays vivre depuis un mois comme je ne l'avais encore jamais vu vivre.Pourtant, j'ai vu mon coin de pays s'enthousiasmer pour un projet véritablement collectif, j'ai vu mon coin de pays capable de s'interroger sur son avenir pour les bonnes raisons, j'ai vu mon coin de pays renouer avec l'espoir et désirer enfin entrer dans son histoire en assumant le prix de sa liberté.Et sans que ça ne fasse jamais même un simple bulletin de nouvelles de dix secondes à la télévision ni un entrefilet dans le journal, j'ai entendu parler plusieurs des femmes et des hommes vivant dans mon coin de pays, je les ai entendus parler et ce fut une révélation pour moi : quelle beauté dans leur langage, quelle précision dans leurs mots et quel foisonnement dans leurs images ! On était bien loin des comptes rendus aseptisés et platement uniformes de Radio-Canada, on était bien loin des billets écrits par tous ces pseudo-journalistes qui, tout le temps de la campagne référendaire, n'ont parle qu'a partir de ce qu'ils entendaient ou voyaient à la télévision, à moins qu'ils ne l'aient fait d'une fenêtre de leur maison, sans beaucoup de courage ni d'à-propos.Évidemment, je ne parle même pas de cette manipulation éhontée qu'ont représenté les pages éditoriales de la plupart de nos journaux.Quelle dérision, quelle déréliction ! Quelle indignité et quel mépris pour ce peuple dont je suis ! l'espère seulement que le 30 octobre, nous aurons le courage de mettre fin à ce mépris-là.l'espère seulement que le 30 octobre, je n'aurai pas entendu pour rien toutes ces femmes et tous ces hommes qui m'ont parlé non pas d'un irréel studio de télévision mais de toute la profondeur du pays vrai.C'est toujours mardi le 24 octobre 1995.Il est maintenant cinq heures du matin.Je voudrais dormir mais je n'y arrive pas.J'ai besoin d'être conforté dans mon espérance.Alors je m'habille, je sors de la maison, je monte dans ma voiture et je prends la route nationale.Bientôt, je me retrouverai à Saint-Jean-de-Dieu.ou à Saint-Cyprien.ou à Sully, ou dans les Lots Renversés, ou bien à Rimouski.Ce sera dans une simple petite cuisine, un simple petit snack-bar, un simple petit sous-sol d'église ou bien dans la simple petite arrière-boutique d'un simple petit commerçant.Mais il y aura du café, il y aura de la chaleur, il y aura de la compassion, il y aura envers et malgré tout l'habitation de la liberté Le deuil Quoiqu'il arrive, la moitié du Québec sera en deuil lundi prochain, et je ne sais pas laquelle des deux douleurs sera la plus pénible à voir : celle des Québécois qui auront perdu leur dernière chance de toucher au pays rêvé, ou celle des Québécois qui auront vu leur part de l'héritage canadien leur glisser d'entre les mains.Si, comme l'annoncent les sondages, le camp vainqueur l'emporte par une marge aussi fine que du papier de soie, la frustration du perdant sera a la limite du tolérable.avec ce que cela comporte de conséquences pour le tissu social déjà fragile de Montréal.('écoutais l'autre soir au rallye du OUI, à Verdun, Jacques Parizeau parlant à ses militants, les suppliant d'aller chercher chacun un vote.« Le pays, vous le tenez entre vos mains.presque.» On sentait l'urgence, la tension surhumaine vers l'idéal enfin à portée de vue.Il y a deux semaines maintenant que les souverainistes ont des raisons de cro;»-e qu'ils ont une bonne chance de l'emporter.! I .'allait que cette victoire tant voulue leur soit dérobée par une faible marge, on n'ose penser à leur colère, à leur chagrin.Je voyais l'autre soir, au rallye du NON, à Verdun, la foule se pressant autour de l'auditorium, immobile sous la pluie, les pieds enfoncés dans la tourbe boueuse, en état de choc comme les victimes incrédules d'un accident majeur, n'osant croire au malheur qu'annonçaient les sondages.S'il fallait qu'on leur apprenne, lundi, qu'ils perdront leur identité canadienne à moins de s'exiler du Québec, on n'ose penser à leur colère, à leur chagrin.Il y a des semaines que je compte les jours.Vivement le 30 octobre, me disais-je, qu'on en finisse avec cette campagne qui divise les familles, dresse des amis d'enfance les uns contre les autres, et qui nous plonge dans un enfer d'insultes, de menaces et de haine.Mais plus les jours passaient, plus je voyais se dessiner l'insoutenable image d'un Québec coupé en deux parts égales, plus je souhaitais que ce jour-là disparaisse de nos vies.Hier, à CKAC, on annonçait un voyage de groupe au Yémen avec l'ancien créditiste Yvon Dupuis et l'animateur Gilles Proulx.L'idée de m'y embarquer m'a traversé l'esprit ! C'est dire à quel point j'appréhende cette soirée du 30 octobre.Elle pourrait marquer le début d'une crise sans fin, le début du premier grand déchirement d'une contrée qui a jusqu'ici échappé aux vraies souffrances.Comme l'adulte jusque-là heureux perdant soudain sa mère.Ou son père.Le premier deuil.Perdre le Québec vu comme un pays complet.Ou perdre le Canada.Qui veut choisir entre son père et sa mère?Qui veut se faire arracher le coeur ?C'est pour cela que les gens n'en voulaient pas, de ce référendum.C'est pour cela qu'ils en parlaient si peu, il y a seulement un mois, comme s'ils espéraient qu'en n'en parlant pas, le référendum se volatiliserait mais c'était, bien sûr, avant le surprenant décollage de la campagne du OUI, avant ce puissant feu de brousse qui embrase la terre du Québec, ravissant les uns et terrifiant les autres.Les uns voient la terre illuminée, les autres voient la terre brûlée.* * * Il faut pourtant voter, il faut pourtant choisir.Mais d'abord, débroussaillons le terrain de cette histoire de partenariat.Advenant l'indépendance, il y aura, c'est évident, des négociations entre les deux pays \u2014 arrangements commerciaux, ententes sur le partage de la dette, etc.Mais l'union politique, la citoyenneté commune, les pouvoirs partagés moitié-moitié entre deux pays dont l'un est trois fois plus gros que l'autre ?Oubliez ça.C'est un écran de fumée.Votez OUI et vous votez pour que le Québec devienne un pays indépendant.C'est possible, c'est faisable, c'est un défi exaltant.L'indépendance serait effectivement l'aboutissement logique d'une longue démarche, l'unique façon de donner à la nation canadienne-française, aujourd'hui principalement concentrée sur le territoire du Québec, un pays où elle serait majoritaire.Si c'est cela qu'on veut, eh bien ! c'est aujourd'hui ou jamais.( Enfin, probablement.on ne va quand même pas s'infliger pareille épreuve à tou^ les dix ans ! ).Cela implique toutefois que l'on renonce au Canada.Il ne sera pas plus facile d'aller travailler en Alberta ou en Ontario qu'aux États-Unis.Le préjugé favorable qui existe au Canada anglais envers la langue française disparaîtra sous le choc de la se cession.Votez NON et vous votez pour que le Québec continue à faire partie du Canada.C'est une option plus conservatrice, dans la mesure ou elle comporte beaucoup moins d'inconnues, dans la mesure aussi où cela nous permet de garder à la fois le Québec, ou les francophones restent majoritaires et tous nos droits au sein du Canada.II faut alors, bien sûr, accepter l'idée de rester minoritaires dans les domaines de compétence fédérale.Mais cela aussi peut être un défi exaltant, ri l'on sait bien utiliser nos talents et l'influence réelle que nous donne le poids politique du Québec qui est la deuxième plus grosse province après l'Ontario.* * * Il y a autre chose : l'instinct.Avant de faire votre croix, fermez les yeux.Imaginez comment vous vous sentirez, mardi matin, si le OUI passe.Imaginez comment vous vous sentirez, mardi matin, si le NON passe.Peut-être êtes-vous nombreux à dire que d'un côté comme de l'autre, vous serez malheureux, ne serait-ce que par empathie pour ceux de vos proches qui auraient voté différemment.Mais quand même, reportez-vous à mardi matin.L'un des deux résultats vous laissera plus serein, plus heureux, moins triste ou moins inquiet.Oubliez les grands mots.Oubliez les clichés des politiciens.Vous votez pour vous, seulement pour vous.Vous ne votez même pas pour vos enfants Ufl sont assez grands pour faire leur choix tout seuK s'ils ont le droit de vote.S'ils sont encore trop jeunes pour voter, ils affronteront de toute façon, dans vingt ans, des défis dont vous n'avez menu pas idée.Votez pour vous seule e ).Le vote est un acte solitaire, un geste d'homme libre, de femme libre, et les deux options sont également honorables. RÉFÉRÉ LA PRESSE, MONTRÉAL.SAMEDI 28 OCTOBRE 1995 Dessine-moi un mouton Jean-Paul Desbiens JEAN-PAUL DESBIENS \u2022t FRANÇOIS CARON MM.Desbiens et Caron sont auteurs et analystes de la situation politique du Québec et du Canada LFété dernier (déjà!), je demandais au cosignataire du pré-sent texte: « Qu'arriverait-il si le référendum était reporté à sept ans d'ici et, qu'entre-temps, il ne soit plus jamais question de la fièvre obsidionale constitutionnelle ?» Une fièvre obsidionale, soit dit en passant, c'est une maladie oui frappait les villes assiégées durant les époques reculées.Il me répondit : « Le monde, il ferait ouf ! » De cette réaction on ne peut plus spontanée, et venant d'un homme fort placide, tirons trois conclusions : \u2022 la première, c'est que la campagne référendaire est beaucoup trop longue; \u2022 la deuxième, c'est que ce référendum aura été une opération coûteuse et inutile ; \u2022 enfin, ce référendum aura été imposé aux citoyens par calcul politique enrobé d'astuces.Dire que la campagne référendaire aura été trop longue n'exige pas de commentaires.Nous reviendrons sur les deux autres points annoncés ci-dessus.Auparavant, rappelons que le 3 septembre 1994, nous qualifiions de référendaire l'élection générale du 12 septembre.Il fallait savoir, nonobstant son slogan électoral, que le Parti québécois ne cherchait pas le pouvoir en vue de nous donner un non gouvernement, mais en vue de réaliser son projet sécessionniste.Il fallait savoir cela et voter en conséquence.Le Parti québécois a été porté au pouvoir.Ce qu'il lui restait à faire, car il en avait le pouvoir, c'était de demander aux citoyens voulez-vous que le Québec se sépare du Canada, oui ou non ?« Scrutin référendaire », disions-nous.La suite des événements semble bien nous donner raison.Toute la machine gouvernementale a été engagée dans le cuisinage du référendum.Cela va du «c remplacement » de hauts fonctionnaires jugés « mous », à la présentation d'un avant-projet de loi, en passant par Paris.D'astuce en pèlerinage, le citoyen-électeur finira peut-être par «c dessiner un mouton », lequel, dans le conte que l'on sait, se trouvait dans une caisse.Le Parti québécois a eu peur de la réponse à une question claire.Il a donc multiplié les astuces pour déguiser son projet et blouser les citoyens.Référendum et démocratie Si la démocratie veut dire quelque chose, c'est bien ceci : un gouvernement démocratiquement élu cherche à connaître la volonté populaire et ensuite, à administrer la chose publique en conséquence.Quand on est le premier ministre d'un gouvernement démocratiquement élu, on a la responsabilité de respecter la volonté du peuple et d'abord, chercher à la connaître.S'il s'agit du cours ordinaire des choses, lequel est déjà assez complexe, merci, les élections périodiques dégagent une expression de la volonté populaire qui permet l'exercice démocratique du pouvoir.Le cours ordinaire des choses, en effet, s'applique à des modalités de l'existence d'une société, et les décisions à leur sujet sont modifiables et réversibles.S'il s'agit d'une question qui touche à l'être même, il en va autrement.Prenons un exemple simple : je n'ai pas besoin d'une longue délibération avant de changer d'appartement ou avant de me soumettre à une intervention chirurgicale mineure.Mais s'il s'agit de déménager dans un autre pays, ou de l'amputation d'un rein ou d'un poumon, je dois y penser plus sérieusement, même si je suis sous l'urgence, j'ai notamment besoin d'être bien informé des conséquences du déménagement ou de l'intervention chirurgicale.La sécession Dans la situation politique où nous sommes placés, il ne s'agit pas de modalités d'existence ; il s'agit de l'être même.La sécession est une opération majeure.Preuve en soit qu'on ne l'appelle pas par son nom.Pourtant, les responsables ont l'obligation d'informer soigneusement le patient.Un référendum est un instrument à cette fin, à deux conditions : \u2022 le patient est bien informé et non pas blousé ; \u2022 le chirurgien est indifférent.C'est à vous de décider, cher bénéficiaire ! # Dans le cas qui nous occupe, nous ne sommes pas informés et le chirurgien n'est pas indifférent.Il ne veut pas rater son « opération ».Il y tient à son « opération », à tout prix.En clair, le chirurgien ( les chirurgiens ) ne veut pas rater son référendum.Chacun se tue à le répéter, Lucien Bouchard en tête.Ils ont pris beaucoup de peine à concocter leur ques- « Épuisée par un long débat, l'opinion accepte qu'on la dupe, poun/u qu'on la repose.» ( Tocquevllle ) « Après 14 mois d'absence de gouvernement de décisions différées, d'études misérables mais coûteuses, dont Lucien Bouchard lui-même n'a pas jugé utile de prendre connaissance, nous nous retrouvons devant une question à tiroirs, comme lesjokes du même nom, plus divisés que Jamais.Quel que soit le résultat de ce référendum, le 31 octobre, nous ne serons pas plus avancés.Nous sommes peinturés dans un coin.» tion.Bref, fallait-il un référendum ?Pour qui ?Qui c'est qui voulait un référendum à tout prix ?C'est un étrange paradoxe que des responsables politiques, en régime démocratique, aient peur de connaître la volonté de leurs sujets, alors que leur discours devrait être le suivant : « Nous voulons la sécession du Québec, mais nous ne voulons pas la faire en cachette.Nous voulons donc savoir si, OUI ou NON, Vous êtes d'accord avec nous.Nous ne voulons pas vous vendre un chat dans un sac.Nous vous informons donc que la sécession exigera de nous tous des sacrifices considérables et durables.Toute honnête déclaration en faveur de la sécession doit s'appuyer sur la connaissance des sacrifices que l'on est prêt à faire pour la réaliser.» Peinturés dans le coin Nous n'avons pas été jugés dignes de ce discours.Après 14 mois d'absence de gouvernement, de décisions différées, d'études misérables mais coûteuses, dont Lucien Bouchard lui-même n'a pas jugé utile de prendre connaissance, nous nous retrouvons devant une question à tiroirs, comme les jokes du même nom, plus divisés que jamais.Quel que soit le résultat de ce référendum, le 31 octobre, nous ne serons pas plus avancés.Nous sommes peinturés dans un coin.Cette situation est un lieu commun des caricaturistes, comme celle du naufragé solitaire sur une île, ou celle de l'ivrogne qui rentre rond et tard à la maison et que sa femme attend avec un rouleau à pâte.Nous nous sommes peinturés dans un coin.Et qu'est-ce qu'on fait quand on s'est peinturé dans un coin ?Réponse : on marche sur la peinture ou bien on attend que la peinture sèche.Marcher sur la peinture fraîche, ça laisse des traces, attendre qu'elle soit sèche demande du temps.Il faut avoir un bourdalou entre les cuisses et une couple de sandwiches dans sa poche.Nous nous sommes peinturés dans le coin en ceci qu'un OUI massif n'est pas plausible ; un NON massif non plus.Un résultat serré autour du OUI ou du NON nous ramènerait à la case de 1980.Ben ! Faut aimer ça.Le 30 octobre, quelque part vers 21 h, nous ne serons pas plus avancés pour deux raisons .\u2022 la question était confuse et délibérément confondante ; \u2022 le vrai débat aura été occulté.Le sens d'un OUI et celui d'un NON La campagne référendaire qui s'achève n'aura pas brillé par la rationalité du discours ni par la retenue dans les dépenses.Les « études » du ministre Le Hir, à elles seules, auront coûté dix millions.Or, dès sa nomination comme négociateur, Lucien Bouchard a balayé sous le tapis ces études encombrantes commanditées par un gouvernement dont il ne fait pas partie.La suite des interventions de M.Bouchard a commencé par garantir un partenariat qu'il se faisait fort d'imposer à l'ensemble du Canada si 25 % de la population de celui-ci voulait bien lui en donner le mandat.Le partenariat ainsi assuré par un coup de baguette magique, la souveraineté va de soi.Mais récemment il est revenu au credo de M.Parizeau : un OUI veut dire souveraineté, avec ou sans partenariat ( La Presse, 19 octobre ).Dès lors, lecteurs astucieux ou blousés, quel sens donnerez-vous à votre OUI ou à votre NON, le 30 octobre ?Un OUI veut dire deux sortes de choses : des choses certaines et des choses incertaines.Parmi les effets certains, mentionnons : \u2022 proclamation de la souveraineté par l'Assemblée nationale ; \u2022 abandon de la citoyenneté canadienne ; \u2022 création d'un nouveau pays avec toutes attributions idoines ( frontières, armée, monnaie, passeport, etc.) ; \u2022 sacrifices à faire pour démanteler un pays et en créer deux autres sur les ruines du premier ; \u2022 prise en compte des autochtones.Ces derniers ont clairement fait savoir qu'ils tenaient à demeurer citoyens canadiens.On ne peut pas laisser ce grave problème en veilleuse.On ne peut pas faire comme si on ne les avais pas entendus.On doit donc s'attendre à ce que les autochtones se réclament d'une légitimité au moins équivalente à celle des sécessionnistes, et qu'ils opteraient pour un processus et des moyens de leur choix pour demeurer dans un pays qu'ils auraient décidé de ne pas quitter.On ne peut pas passer sous silence un problème qui peut devenir rapidement explosif et prendre une ampleur insoupçonnée.Parmi les effets incertains, mentionnons toutes les questions inhérentes à une nouvelle Constitution reposant pour l'heure dans les limbes des futuribles.Par exemple, advenant la Croclamation de la sécession du Qué-ec, d'ici un an, quand le prochain rendez-vous électoral aurait-il lieu ?Il va de soi que le premier Président de la République serait désigne confor- mément à la Constitution qui établirait la durée de son mandat.Supposons que la future constitution québécoise, à l'instar de la gaullienne, stipule que le Président est élu pour sept ans.Le prochain rendez-vous électoral serait situé autour de l'an 2004.Pas mal de vieux peureux vont être morts.Dans le cadre des travaux de la Commission Bélanger-Campeau, on a identifié pas moins de vingt-deux ententes à conclure, dont l'ampleur et la complexité sont sans commune mesure avec la saga de l'amiante.Au surplus, le partenaire avec lequel il faudrait traiter aura bien d'autres intérêts à promouvoir ou à défendre que la stricte rentabilité financière d'une multinationale au sang froid.En étant optimiste, supposons que l'on « règle » deux ententes par année.« Fezez » le calcul ! Par ailleurs, quel sens un NON prendrait-il, inévitablement ?Il s'ensuivrait, comme pour le OUI, des effets certains et des effets incertains.Parmi les effets certains, le minimum serait le statu quo et le maximum, dans un avenir prévisible, un Canada décentralisé à cinq régions, comme la géographie et l'histoire finiront bien par l'imposer.Parmi les effets incertains, on ne peut pas écarter des turbulences sociales plus ou moins graves.Ajoutons qu'après un OUI ou un NON, le redressement des finances publiques demeurera à l'ordre du jour.La seule question qui se pose est de savoir de combien de crans il faudra se serrer la ceinture : quatre ou cinq après un OUI, deux ou trois après un NON ?Faites votre choix.Des perles La campagne qui s'achève a fourni une bonne récolte de « perles » rhétoriques.Il est fâcheux que « le plus grand exercice démocratique de l'histoire du Québec » ait été présenté comme une astuce par le premier ministre lui-même.On a eu « le tricheur » et le « naufrageur » ; nous voici avec l'astucieux et le magicien.Guy Bouthillier, pour sa part, nous rappelle « que dans l'instantané d'un vote référendaire, il y a l'éternité qui nous interpelle » ( La Presse, 7 octobre ).On n'est pas loin du toujours, jamais des sermons sur l'enfer de naguère.Auparavant, Pierre Graveline soutenait que voter en faveur de la souveraineté est une obligation morale ( Le Devoir, 26 janvier 1995 ) le conviens que voter est une obligation morale, mais je pense que l'on peut voter non, sans devoir s'en confesser.|e ne pense pas non plus que nous sommes appelés à notre «dernier rendez-vous collectif ».Le 30 octobre ne marquera pas la fin de l'histoire.C'est probablement Mme Andrée Ferretti qui emporte la palme des sommations.Dans une lettre ouverte à M.René-Daniel Dubois, elle écrit : « Se pourrait-il que tu sois devenu un pète-sec de l'intelligence, un arc-bou-té sur le confort de l'insignifiance, un renieur à gages de notre histoire et de sa logique ?» M.Dubois répond, en substance, qu'il n'entend pas se sou- S mettre à ce genre de chantage et manoeuvrer, sur commande, la « pompe à trémolos ».Mme Ferretti ne donne guère envie d'embarquer dans sa chaloupe.En réponse à Laurent Beaudoin, PDG de Bombardier, qui s'était prononcé pour le NON, Yvon Marti-neau, président d'Hydro-Québec, dénonçait « l'alliance irrespectueuse de la peur et du rapetissement » ( Le Soleil, 27 septembre ).Ben ! Quand on est président d'Hydro-Québec.on n'a guère de raison d'avoir peur de la séparation, comme ne disent pas les pé-quistes.De toute façon, quand on nage dans ces eaux-là, OUI ou NON, on aura une prime de séparation.Quant au « rapetissement », à part les Cris et Brigitte Bardot, il n'y a guère de danger non plus pour Hydro-Québec.Par -30 C, faut Hydro.Parler « d'irrespect » à propos de la peur qu'éprouvait le citoyen moyen, c'est précisément de l'irrespect.Les petits NOMS ont tout à fait raison d'entretenir quelque peur vis-à-vis de la sécession.]e connais plusieurs petits NOMS qui n'auront pas réussi, dans toute leur vie, à se ramasser la moitié des primes de séparation des gros NOMS.Comme il fallait s'y attendre, la Société des alcools du Québec et Loto-Québec, à l'exemple d'Hydro-Québec, rompaient elles aussi avec le Conseil du patronat du Québec, par respect pour leur clientèle, elles aussi, et à titre de protestation contre le NON de Bombardier.Ce respect soudain pour la clientèle nous parait décrété.On va boire OUI, on va gratter OUI, on va motoneiger comme avant.Comment imaginer que MM.Beaudoin et Martineau se retrouvent prochainement autour d'une même table?Ils le feront bien.L'argent n'a pas d'odeur, comme disait l'inventeur des vespasiennes.Nous répétons que le 30 octobre, nous ne serons pas plus avancés, et si nous ne sommes pas ( encore ) séparés, il est tout à fait sûr que nous serons plus divisés que jamais.Une partie de la population veut se faire donner le mandat de dépouiller l'autre partie d'un bien auquel elle tient viscéralement : sa citoyenneté.Saint Paul, tout juif qu'il était, tenait, lui aussi, à sa citoyenneté romaine.Quelle que soit la répartition des OUI ou des NON, en regard d'un choix aussi grave, aussi divisif, il ne sera pas facile de gouverner.Il ne s'agira plus, en effet, d'avoir un nombre majoritaire de députés à l'Assemblée nationale.Il s'agira de gouverner entre 40% ou 50% des citoyens.Et non pas selon une modalité de la vie publique ( augmentation des taxes, regroupement d'institutions, etc.), mais sous une forme nouvelle d'existence.Enfin, il ne s'agira pas d'une situation provisoire et réversible.Un adolescent peut quitter la maison et y revenir ; mais un État ne peut pas faire son baluchon et revenir chez le bonhomme cinq ans après.Il n'est pas vrai que le fédéralisme est un concept ( et une pratique ) uni-voque.Le Parti québécois piège le citoyen-électeur en braquant la vie po-* litique sur l'alternative sécession ou statu quo.Une reorganisation du pouvoir fédéral serait possible, notamment par la création de cinq grandes régions qui décideraient d'un nouveau pacte fédératif et d'une répartition différente des pouvoirs entre le gouvernement central et ceux des régions en question.La condition préalable serait l'émergence de forces politiques correspondantes dans les régions.Ces régions sont bien connues ; elles sont le fait de la géographie et de l'histoire.Le malheur, c'est que le débat politique est confisqué par la «c question du Québec ».Au Québec même, le débat est enferré dans l'alternative réductrice créée par le Parti québécois.Tout se passe comme s'il n'y avait pas de solution de rechange.Et pendant ce temps, on escamote des problèmes autrement plus sérieux pour la vraie vie du vrai monde.Nous sommes conscients de n'avoir pas relevé beaucoup d'effets positifs résultant d'un OUI majoritaire.Les raisons en sont que les savantes études qui devaient faire la lumière là-dessus ont été retournées à leurs auteurs avant diffusion.Nous n'avons pas les moyens d'y suppléer.Reste l'histoire récente des pays qui ont opté pour l'indépendance par proclamation unilatérale, après négociations ou même après une guerre.Depuis l'indépendance de l'Algérie, par exemple ( 1962), quelle république nouvelle a fait le bonheur de ses citoyens ?Tout ça pour dire que le 30 octobre, nous votons NON.Le choix n'aura pas été facile.Nous sommes deux vieux, mais nous avons ( encore ) le droit de vote.Nous avons attrapé la « fièvre obsidionale ».Ben ! Dans une société « assic-gée » par elle-même, comment éviter le rhume ?Dieu sait pourtant que nos derniers mois sous la lune ne seront guère affectés par le résultat de cette opération. LA PRESSE.MONTREAL.SAMEDI 28 OCTOBRE 1995 A 1 F E ;t S A U U il B5 - Un référendum de tranchées MICHELS OUIMET T ous les soirs, le député Camille Laurin fait du porte-à-porte dans son comté de Bourget.Tous les soirs, il grimpe des marches, frappe à des portes, se présente et essaie de convaincre des indécis.Même s'il a 73 ans, il arpente son quartier, bloc par bloc, maison par maison.Ses adversaires aussi.Parce que c'est là, sur le terrain, que le référendum va se gagner.« Quand les sondages sont à égalité, en bout de piste, c'est la machine qui fait la différence », explique Cler-mont Côté, le directeur de l'organisation du comité national du OUI.« On a beau avoir toutes les stratégies qu'on voudra, c'est sur le terrain que les élections se gagnent », affirme du son côté le directeur général du Bloc québécois.Bob Dufour.lamais les sondages n'ont été aussi serrés et le suspense aussi grand.Les deux camps sont pratiquement à égalité depuis deux semaines, du jamais vu, précise Jean-Marc Léger, président de la maison de sondages Léger et Léger.En 1994, le Parti québécois avait récolté 44,75 p.cent des suffrages et le Parti libéral 44,40 p.cent.À peine 13 744 voix séparaient les deux partis.Sur quatre millions d'électeurs.Cette année, le même scénario risque de se répéter.Le référendum va se jouer sur deux points de pourcentage, si on se fie au dernier sondage CROP qui met le OUI à 49 p.cent et le NON à 51 p.cent.Et deux points, c'est environ 80 000 personnes, note le sociologue Pierre Drouilly.« Si vous repartisse/, ces 80 000 personnes sur les 20 000 sections de vote des 125 circonscriptions, dit-il, ça fait une moyenne de quatre votes par sec-lion.» « Environ 10 p.cent des électeurs ne sont pas encore branches, explique lean-Marc Léger.Us sont indécis ou leur vote n'est pas solide, c'est-à-dire qu'ils peuvent encore changer d'idée.Ça représente à peu prés 500 000 personnes.C'est très peu.» « À la veille de l'élection de lac ques Chirac, en France, ajoute-t-il.seulement 55 p.cent des gens disaient que leur choix était définitif.Règle générale, que ce soit en Angleterre, en France ou au Québec, 70 p.cent des électeurs affirment qu'ils ne changeront pas d'idée à la veille d'un scrutin.Aujourd'hui, c'est 90 p.cent des gens qui assurent que leur choix est arrêté.C'est exceptionnel.» Ce sont ces 10 p.cent de gens « non branchés » qui vont faire la différence entre une victoire ou une défaite.Bref, c'est un référendum de tranchées qui se gagne pouce par pouce, bloc par bloc, maison par maison.La chasse aux indécis Les indécis sont littéralement traques par les comités du OUI et du NON : on les appelle une, deux et même trois fois \u2014 c'est l'opération pointage \u2014, on va cogner à leur porte et on essaie de les convaincre.Ce sont eux qui vont faire pencher la balance et les deux camps le savent.«On a une dizaine d'équipes qui font du porte-à-porte tous les soirs pour aller voir les indécis identifiés par le pointage», affirme Michel Goyer, directeur de l'organisation du photo ROBERT SKiNNER L3 Presse Le député de Bourget.Camille Laurin, fait du porte-à-porte dans son comté.On le voit en présence d'un électeur.Yanlck Bloomer.Au fond, on aperçoit sa directrice de campagne.Doiis Morris.OUI dans Vimont.C'est un comté chaud que le député péquiste David Cliché a perdu en 1989 parce que son organisation était déficiente.En 1994, il a compris la leçon.Il a quadrillé sa circonscription et il a arraché la victoire par 128 voix.« Dans une élection, le travail de terrain se fait beaucoup par le candidat qui doit arpenter chaque pouce carré de son comté.Il doit être partout, soutient Clermont Côté, l'organisateur du comité national du OUI.Dans un référendum, c'est une idée qu'on défend et il peut y avoir des dizaines d'équipes qui font des rencontres, du porte-à-porte.des assemblées de cuisine, de la distribution d'information et du pointage.Dans un référendum, ce travail est plus important que dans une élection.» « Dans une élection, on élit 125 candidats, explique de son côté Pietro Perrino, directeur des opérations pour le comité national du NON.Dans un référendum, c'est comme si on avait un seul grand comté et 125 sections de vote.» Pietro Perrino s'en tient à une stratégie classique qui a fait ses preuves dans le passé.« le ne réinvente pas la roue, dit-il.Dans toute élection, il y a trois étapes importantes.Il faut s'assurer que tous nos sympathisants sont bien inscrits sur la liste électorale, il faut les identifier en faisant du pointage et il faut faire sortir le vote.» Même s'il n'y a pas de candidat dans un référendum, toute l'organisation de la campagne se fait à partir des circonscriptions et dans certaines d'entre elles, la lutte est très chaude.Dans Cremazie, par exemple, le comté du ministre des finances, lean Campeau, qui a remporté la victoire avec seulement 400 voix de majorité en 1994, les comités du OUI et du NON travaillent d'arrache-pied et traquent les indécis.« On fait du porte-à-porte cible plutôt que général comme en 1994, explique le directeur des opérations de la campagne du OUI dans Crémazie, Marcel A.Dupont.Il y a 37 000 électeurs dans le comté.On ne peut pas tout faire alors on va vers l'essentiel, c'est-à-dire les indécis.Crémazie n'a jamais été un comté facile.On a beaucoup d'allophones et de personnes âgées.» Dans Vimont, le comité du NON fignole les détails.Les organisateurs ont réussi à faire installer des bureaux de scrutin dans les trois plus importantes résidences pour personnes âgées, qui sont traditionnellement plus fédéralistes que souverainistes.« On a dû fighter pas mal fort là-dessus, assure Martin Fradet, l'organisateur du NON dans Vimont.Dans ces trois résidences, il y a 1000 personnes et en 1994, David Cliché a remporté le comté par seulement 128 voix.» « Quand c'est très serré, le souci du détail devient important, souligne Clermont Côté.U faut s'assurer, par exemple, que tous ceux qui travaillent pour nous le jour du scrutin sont allés voter par anticipation.» Les troupes du OUI sont gonflées à bloc par l'effet Bouchard et les sondages ; mais, précise Pierre Drouilly, il faut se méfier.Elles sont peut-être plus présentes et plus bruyantes sur le terrain, mais le Parti québécois a tendance à « gagner ses campagnes et perdre ses élections ».Quant au vent de panique qui souf- flerait sur le camp du NON, Pietro Perrino n'en a cure.« Les seuls qui parlent de panique sont Lucien Bouchard et (acques Parizeau, replique-t-il.Moi, je ne le sens pas.De toute façon, le vote fédéraliste est toujours sous-estimé dans les sondages.Même les Drouilly de ce monde doivent le reconnaître.» Pendant que les Canadiens débarquaient à Montréal pour dire aux Québécois qu'ils les aiment, Camille Laurin continuait à faire son porte-à-porte.Lundi soir, il a croisé un vieux monsieur dans la rue qui lui a dit qu'il était « indécis ben raide ».Camille Laurin lui a longuement vanté les mérites de la souveraineté, en fumant cigarette sur cigarette.Lundi, le OUI et le NON mettront leur formidable machine en marche pour faire sortir le vote.Environ 200 000 personnes, dont une grande partie sont des bénévoles, travailleront pour les deux camps, vérifiant scrupuleusement si leurs sympathisants sont allés voter.C'est comme ça aussi qu'une élection se gagne.1980 et 1995 : deux campagnes bien différentes YVES BOISVERT o uelle qu'en soit l'issue, le référendum de lundi a peu à voir, de l'avis quasi unanime, à avec celui du 20 mai * A 1980.W « La principale différence avec le référendum de 1980, c'est qu'on est 15 ans plus tard ! » dit Claude Morin, dont le goût pour les formules terre à terre ne s'est pas démenti.Celui qui fut ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes dans le cabinet de René Lévesque, et qui a inspiré la fameuse question de 1980, met en relief l'histoire constitutionnelle des 15 dernières années, celle du rapatriement, du beau risque, de Meech et de Charlottetown, comme une épine au pied du camp du NON.« L'intervention massive des big shots d'affaires dans la campagne du NON n'a pas eu l'impact qu'ils croyaient », ajoute M.Morin.qui pense que le NON a mené une campagne essentiellement négative, contrairement à 1980.«Ce fut cette année la défense du fédéralisme tel qu'il est, tandis que le OUI, au point de vue de l'image, a misé sur l'espoir », dit-il.« |e me souviens qu'en 1980, on savait que Trudeau interviendrait et ça m'inquiétait beaucoup.Là, Chrétien intervient, et ce n'est pas inquiétant du tout.» Même s'il refuse de critiquer la stratégie du OUI cette année, M.Morin croit encore que la question du référendum de 1980 était la bonne.« Avec cette question aujourd'hui, ça aurait passe comme une balle ! » dit-il.Il se refuse toutefois à faire un pronostic public à quelques jours du vote.« Les deux dernières semaines, en 1980, on savait très bien qu'on allait perdre.C'était épouvantable.Lévesque disait : 'Ça ne va pas très bien, mais tout d'un coup.' » Le sénateur |ean-Claude Rivest, qui était député libéral provincial en 1980, voit cette année un débat beaucoup moins « simpliste », moins rempli d'émotivitc.« l'ai circulé beaucoup dans les cégeps et dans les universités, et je suis frappé de voir la maturité du débat.On se demande comment ça marcherait, ou pas, on se pose des questions sur l'ALENA, le dollar, etc.» dit M.Rivest.« En 1980, la question promettait un deuxième référendum, et c'a donné une force de départ au OUI.Plusieurs personnes disaient : on va voter OUI.et NON au deuxième référendum.Mais 15 jours avant le vote, le débat était : Québec vs Canada, tout simplement.« La séquence est la même cette année, et on est revenu à ce choix fondamental.Avec cette différence, toutefois qu'aujourd'hui les indécis se demandent : est-ce qu'il va y avoir du changement ?» M.Chrétien a compris « En 1995.ce qui est un lourd handicap pour le NON, ce sont les échecs constitutionnels répétés ».dit M.Rivest.« Moi, je suis profondément convaincu que M.Chrétien, sachant que l'opinion publique canadienne a change, voudra faire des changements.Il a compris, peut-être tard, mais il a compris qu'il faut reconnaître le Québec Pendant les négocia- tions sur Meech, je faisais des discours privément où je disais aux hauts fonctionnaires de partout au Canada : si Meech ne passe pas, c'est la meilleure façon de faire renaître le mouvement souverainiste.Et c'est ce qui s'est passé ! « Personne dans le camp souverainiste ne pouvait sérieusement prétendre en 1980 que le Canada ne se renouvellerait pas ; il n'y avait pas le début de la moindre preuve, à l'époque », dit le politologue Daniel La-touche, qui fut conseiller de René Lévesque jusqu'en février 1980.«Les fédéralistes avaient le beau et le bon bout du bâton.» « Et puis, le Livre beige des libéraux de Claude Ryan, ça contenait une vision, ça faisait le point sur 15 ans de réflexion.De notre côté, le Livre blanc sur la souveraineté-association, ça évoquait les ancêtres et tout le reste, ça faisait très cul-cul.« En 1980.tout le monde au Canada anglais, comme ici.n'avait qu'une obsession : reconstruire le Canada, l'ai passe l'année dans des colloques, des rencontres partout au Canada, à l'épcque.Cette année, j'ai reçu une invitation, d'Alberta.« La deuxième chose, cette année, c'est que le clivage gauche-droite n'est plus le même.En 1980, vous aviez quelques syndicats qui y allaient d'un 'OUI critique*.Plusieurs gauchistes disaient que le OUI était le projet de la petite-bourgeoisie francophone, etc.Et puis Trudeau, ce n'était pas exactement Newt Gin-grich ! Le Canada était à lavant-garde.Toutes les réformes du Parti québécois n'étaient que du rattrapage par rapport a d'autres provinces.» Les sondages ne permettent pas de conclure sur l'issue du vote, dit M Latouche, qui ne croit pas que le OUI a « changé » sa stratégie en mettant Lucien Bouchard a lavant-scène.« le ne pense pas qu'ils aient trouve ça tout d'un coup, que Lucien Bouchard est plus populaire que lacques Parizeau ! «En 1980, au début du mois de mai, je me souviens d'avoir dit à Lévesque : monsieur le premier ministre, vous perdez 1,5 point dans le vote chaque semaine.U m'a répondu : Et puis, qu'est-ce que vous suggérez que je fasse ?Effectivement, il n'y avait rien à faire, (e ne connais pas d'exemple d'une campagne électorale qu'on a reviré de bord avec succès après lecture de sondages.Une fois que la campagne est commencée, c'est trop tard.» Le consultant Pierre Pettigrew, chef de cabinet de Claude Ryan en 1980, croit que cette année, « les contributions intellectuelles ont été beaucoup plus fortes pour le NON, alors que c'était le contraire en 1980.» Il observe que plusieurs ministres pe-quistes étaient de grands technocrates ( lacques-Yvan Morin, Claude Morin.lacques Parizeau, etc.) propres a inspirer confiance.Il ne voit pas l'équivalent maintenant.« Par contre, des gens qui se sentent fragiles économiquement, et qui trouvaient du réconfort dans la solidarité canadienne, semblent se dire en 1995 qu'ils n'ont plus rien à perdre, ce qui 061 une immense erreur, étant donné qu'on a un PIB inférieur à la moyenne canadienne.» « Finalement, note-t-il, le débat a porte sur la souveraineté en 1980 même si la question était sur un mandat de négocier, alors qu'en 1995, c'est sur la souveraineté, et la campagne insiste sur le mandat de négocier ! » Celle qui a frappe la formule « le Canada est mon pays, le Québec est ma patrie », reprise par le premier ministre Chrétien cette semaine, Mme Solange Chaput Rolland, est déçue du ton de la campagne présente.« Il y avait moins de difficultés économiques à l'époque, et il me semble qu'il y avait plus de conviction.On n'est pas tellement emballé par ce qu'on voit en ce moment.Il y avait en 1980 une sorte de chaleur, de respect pour les uns et les autres », dit-elle.Le politologue Vincent Lemieux remarque d'abord la différence des leaders.« L'effet Bouchard n'est pas construit sur la promesse d'un partenariat, dit-il.Les gens n'y croient pas beaucoup.« Ce que M.Bouchard réussit à recréer, en parlant de peuple, de fierté, c'est une partie de l'émotion au moment de Meech.ce sentiment d'humiliation de bien des Québécois.M.Parizeau ne peut provoquer cette émotion, car il n'a jamais cru à Meech et a lutté contre cela.Mais M.Bouchard l'a défendu, et il y est identifie.« La crédibilité de M.Bouchard est plus grande.Il pouvait exploiter le rapatriement de 1982.mais dans la population, personne ne se souvient de ça.sauf les spécialistes.Dans l'ensemble de la population, ce qui a été rev senti comme une humiliation, c'est l'entente avortée du lac Meech.» M.Lemieux observe que le leader le plus populaire en 1980 était de loin Pierre Elliott Trudeau, même face a René Lévesque.Lévesque était plus populaire que Claude Ryan, chef du NON.mais à 40 p.cent contre 50 p.cent.Enfin, le politologue de l'Université Laval observe que la moyenne des quatre derniers sondages effectues pendant la campagne de 1980 donne 42.8 au NON et 58.5 p.cent au OUI Le résultat, rappelons-le.fut de 59,9 p.cent pour le NON et 40.1 p.cent pour OUI 6 LA PRESSE.MONTRLAL.SAMEDI 28 OCTOBRE 1995 ! m m .PHOTOS PC L'Intronisation de Lucien Bouchard comme porte-parole du camp souverainiste et négociateur en chef du Ouébec a relancé le camp du OUI.Pendant ce temps, le camp fédéraliste.Daniel Johnson en tête, s'enfonçait dans le seul axe stratégique choisi : NON à la séparation et guerre des chiffres.Et si l'improbable victoire du OUI se produisait ?PIERRE DROUILLV département de sociologie Université du Québec à Montréal ne stratégie est d'autant plus efficace qu'elle demeure cachée.Elle est aussi d'autant plus efficace qu'elle est complexe.Elle est enfin d'autant plus efficace qu'elle est inattendue et qu'elle surprend l'adversaire.Le camp du NON nous a fourni, lors de cette campagne référendaire, une grande indigence de pensée stratégique.En effet, dès la fin du mois d'août, le camp fédéraliste a établi un seul axe stratégique : NON à la séparation et guerre des chiffres pour dire que le projet souverainiste constitue une menace à la sécurité économique des Québécois.Avec une argumentation aussi monocorde, et donc aussi monotone, il a fallu rapidement monter le ton pour capter et maintenir l'attention des électeurs : cela a donc donné des déclarations de plus en plus fracassantes, qui ont culminé avec le million d'emplois menacés si le OUI gagne.Il existe quand même des façons honorables de défendre le fédéralisme, qui sur le plan des principes est un régime politique éminemment respectable.Il existe aussi des façons honorables de défendre le Canada « qui n'est quand même pas le goulag », comme le disait René Lévesque.Il devrait donc exister des façons dignes de convaincre de voter NON.Ce n'est pas l'attitude que le camp du NON a adoptée au cours de cette campagne référendaire.Le discours purement économiste des dirigeants fédéralistes est typique des élites néo-libérales, qui ne comprennent toujours pas l'importance du symbolique pour assurer la cohésion des sociétés.Le camp du NON en paye aujourd'hui le prix.À partir des premiers sondages qui annonçaient une défaite sévère pour le OUI, le camp du NON s'est lancé dans une opération d'écrasement de l'adversaire, croyant tenir là la recette d'une victoire historique sur le mouvement nationaliste.Il a par le fait même amené les souverainistes à réviser en profondeur leur propre stratégie, elle aussi fondée sur un discours trop économiste, et donc trop défensif.Sur le terrain économique, ceux qui proposent un changement ont toujours le fardeau de la preuve, et celle-ci est pratiquement impossible à administrer.Si l'improbable ?Aujourd'hui, en fin de campagne, les sondages indiquent une remontée spectaculaire, et inattendue, du OUI, qui donne à rêver aux souverainistes.Et si l'improbable se produisait ?Et si l'imprévisible victoire du OUI survenait ?Comment expliquer ce revirement soudain de l'opinion publique ?Au début de la campagne référendaire, c'est-à-dire depuis le dépôt de la question jusqu'à la fin septembre, les sondages indiquaient clairement que le OUI se dirigeait vers une défaite sévère : il obtenait environ 39 % des intentions de vote déclarées, contre 45 % environ pour le NON.Avec une répartition réaliste des répondants discrets ( c'est-à-dire 25 % d'entre eux pour le OUI et 75 % pour le NON ), cela anticipait une défaite du OUI avec environ 42 % des voix.Nous l'avons écrit, c'était le pire scénario que l'on pouvait envisager pour le OUI : une sorte de répétition de ce qui s'était passé en 1980.Notre analyse était fondée sur les tendances lourdes de l'opinion publique depuis un Sondages référendaires depuis le dépôt Résultats bruts Pondération Pondération proportionnelle réaliste de la question\tN\tNon\tOui\tDiscrets\tNon\tOui\tNon\tOui Léger & Léger (8/9)\t959 .'»» .*.'.¦** -j»- V V VM\t42,9\t43,8\t13,3\t49,5\t50,5\t52,9\t47,1 Sont (12/9)\t¦v \u2022.*\u2022*.' r*v - ?.»¦\u2022 1003\t45,0\t37,0\t18,0\t54,9\t45.1 9\t58,5\t41,5 Compas (14/9)\t500\t40,0\t\u2022 36,0\t24,0\t52,6\t47,4\t58,0\t42,0^* Créatec (19/9) V.V»,-.+. VA A .« S «-.W \u2022 .* -> ^ \u2022 '¦ \u2022 «¦\u2022-*\t1004\t46,2\t38,8\t15,0 .\t54,4\t45,6\t57,5 42,6 *.'» \u2022\u2022»»\u2022.M ^ .-v * V V 1 t\t 'V.V \u2022 \u2022 ¦ ^ r \" r m 4W .9 \"V *
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