La presse, 26 novembre 1998, B. Élections 98
[" Montréal, \\ jeudi ™ 26 novembre J998 EDITORIAL / OPINIONS sept L'ADQ de Mario Dumont a mordu dans le vote libéral ANDRÉ PRATTE Le Parti québécois jouit maintenant d'une avance considérable sur le Parti libéral, révèle un sondage CROP-La Presse-TVA-Toronto Star réalisé du 19 au 23 novembre, soit dans les jours qui ont suivi le débat des chefs.Après répartition des indécis et discrets selon la méthode CROP, le Parti québécois recueille 46 % des intentions de vote, contre 39 % pour le Parti libéral et 13 % pour l'Action démocratique du Québec.Par rapport au sondage réalisé par la même maison dix jours plus tôt, le PQ a perdu deux points et le PLQ cinq points.Ces pertes ont profité à l'ADQ ( +7 points ), le débat télévisé provoquant un fort « effet Dumont ».Dans l'espoir de prédire avec encore plus de précision le vote de lundi prochain, CROP a ensuite écarté de ses calculs les personnes qui ne sont pas inscrites sur la liste électorale ou qui ont déclaré qu'elles ne voteraient pas ou très probablement pas.L'exercice donne une victoire encore plus nette au PQ avec 48 % des intentions de vote, comparativement à 38 % pour le PLQ et 13 % pour l'ADQ.Si ces intentions de vote devaient se concrétiser le 30 novembre, le PQ accroîtrait sans doute sa majorité à l'Assemblée nationale.En 1994, les péquistes avaient enlevé 30 sièges de plus que les libéraux avec une proportion pratiquement égale du vote, 44 %.En 1981, le PQ avait raflé 80 sièges, la meilleure récolte de son histoire, avec 49 % du vote.Depuis le début de la présente campagne, le fossé entre les péquistes et les libéraux au sein de l'électorat francophone s'est trans- formé en gouffre.Le PQ obtient aujourd'hui 50 % du vote francophone contre 22 % pour le PLQ.« Les péquistes peuvent difficilement aller au-delà de 80, 85 sièges, en raison de l'existence de circonscriptions acquises aux libéraux, souligne le vice-président de CROP, Claude Gauthier.La grande inconnue, c'est de savoir si les gens qui appuient l'ADQ vont continuer de le faire jusqu'au jour du vote.Plusieurs d'entre eux ont pris leur décision après le débat, c'est donc un choix un peu soudain.» Retour à la case Johnson Ce sondage ramène à toutes fins pratiques le PLQ à la case Johnson.En février dernier, un sondage CROP donnait 15 points d'avance au PQ ( 52 % contre 37 % ) parmi les électeurs qui exprimaient une préférence.L'ampleur de l'écart avait convaincu Daniel Johnson de démissionner, ouvrant ainsi la voie à la venue de Jean Charest.Huit mois plus tard, l'effet Charest passé, le PQ a repris une avance de 13 points chez les électeurs décidés.D'ailleurs, les sympathisants libéraux ont pratiquement lancé la serviette : on n'en trouve plus que 32 % pour croire à une victoire de leur parti, tandis que 50 % prédisent désormais le retour au pouvoir du PQ.Dans l'ensemble de la population, ils sont désormais 71 % à prédire la réélection des péquistes.Le parti dirigé par Lucien Bou- chard domine partout hors de l'île de Montréal, où les libéraux mènent par 11 points.Dans la banlieue de la région métropolitaine, celle de l'indicatif régional 450, le PQ mène par 7 points.C'est là, soutiennent certains analystes, que se joueront les élections de lundi prochain.Aux élections de 1994, le PQ a obtenu 8 points de plus que les libéraux dans la région de l'indicatif 450.À l'inverse de Mario Dumont, le chef libéral, Jean Charest, a perdu des plumes depuis le débat : on ne trouve plus que 27 % des électeurs à le choisir comme « le plus apte à diriger le Québec » ( -7 points depuis notre dernière enquête ), contre 46 % qui préfèrent Lucien Bouchard ( +3 points ) et 11 % qui optent pour Mario Dumont ( +4 points ).Est-ce l'effet des nouvelles faisant état des effets pervers de la nouvelle assurance-médicaments ?Toujours est-il que la proportion d'électeurs insatisfaits du gouvernement Bouchard a bondi de six points pour atteindre 43 %.Une courte majorité (51 %, -3 points) de Québécois restent satisfaits de l'actuel gouvernement.La campagne électorale fut ennuyante, ont dit des observateurs.Ce n'est pas tout à fait l'avis des Québécois, dont 57 % disent s'intéresser à cette lutte.C'est le plus haut taux d'intérêt enregistré par CROP depuis la campagne électorale de 1981, qui allait reporter René Lévesque au pouvoir, une défaite amère pour le chef du PLQ de l'époque, Claude Ryan.« Comme cette année, 1981 était une élection post-référendaire, fait remarquer le sondeur Claude Gauthier, et ce fut la plus forte victoire du PQ.» Intentions de vote au Québec (19-23 novembre 1998) PQ PLQ ADQ PÉ Autres NVP/NSP Refus Total Québec (1003) 42% 31% 12% 1% -% 14% Montréal métro\t36\t38\t10\t1\t\t\u2014\t15 Québec métro\t49\t21\t15\t1\t\t-\t13 Autres régions\t48\t26\t13\t1\t\t\u2014\t11 Francophones\t50\t22\t14\t1\t\t-\t13 Non-francophones\t6\t74\t2\t5\t\t\u2014\t13 Hommes\t42\t32\t12\t1\t\t1\t11 Femmes\t42\t30\t11\t1\t\t\u2014\t15 18-34 ans\t41\t31\t14\t2\t\t\u2014\t12 35-54 ans\t50\t25\t11\t1\t\t-\t13 55 ans et plus\t32\t41\t10\t1\t\t1\t16 S'il y avait des élections provinciales aujourd'hui au Québec.\t\t\t\t\t\t\t pour lequel des partis suivants voter iez-vo us?\t\t\t\t\t\t\t Sondage CROP 98\t\t\t\t\t\t\t Après répartition des indéàs1\t\t\t\t\t\t\t \t\tPQ\tPLQ\t\tADQ\t\tAutres 19au23nov.93\t\t46\t39\t\t13\t\t2 6 au 11 nov.98\t\t48\t44\t\t6\t\t2 30 oct.au 4 nov.98\t\t46\t45\t\t7\t\t2 15 au 21 oct.98\t\t44\t45\t\t9\t\t2 Élections 12 sept.94\t44.7\t\t44.3\t\t6,5\t\t4,5 (1) Méthode de répartition où CROP accorde 60% de la non-réponse au PLQ.30% au PQ et 10% à l'ADQ r / V > 4 f Infographie La Presse Perception de l'engagement de Bouchard quant à la tenue d'un référendum «gagnant»1 Le vote péquiste coulé dans le béton Pas de référendum Peut-être Certainement NSP Total (1003) 12 38 41 (1) Le premier ministre Bouchard a promis de réunir les «conditions gagnantes» pour un référendum lors de son prochain mandat.Il a aussi dit qu'il ne ferait pas de référendum «perdant»?Selon vous, cet engagement signifie-t-il que si le gouvernement du Parti québécois est réélu il y aura.certainement un référendum sur la souveraineté au cours du prochain mandat?Pour ou contre la tenue d'un référendum sur la souveraineté2 Pour Contre NSP Total (1003) 28 63 (2) Personnellement, êtes-vous pour ou contre la tenue d'un référendum sur la souveraineté du Québec au cours du prochain mandat si le Parti québécois est réélu?Infographie La Presse Se peut-il que les derniers jours de campagne permettent à Jean Charest de renverser la tendance et de l'emporter à l'arraché ?Sinon, pourrait-il au moins limiter les dégâts, éviter que le PQ augmente la majorité qu'il détient à l'Assemblée nationale ?Tout est possible en politique, mais les données de notre plus récent sondage CROP indiquent que la mission sera fort difficile à mener à bien.« Il ne reste plus de grands événements dans la campagne, fait remarquer Claude Gauthier, vice-président de CROP.L'impression générale qui se dégage du sondage, c'est que la tendance n'est pas sur le point de se renverser.Môme les électeurs libéraux, à 50%, pensent que le Parti québécois va gagner.» La proportion d'électeurs se disant toujours disposés à changer d'idée n'est plus que de 20%.Le vote péquiste paraît particulièrement solide : 85% des personnes manifestant l'intention de voter PQ affirment que leur choix est définitif.C'est le cas de 76% des électeurs libéraux.Reste l'ADQ : 44% des sympathisants adéquistes envisagent de changer d'idée d'ici au 30 novembre.C'est moins qu'il y a deux semaines, mais c'est encore beaucoup.C'est là que Jean Charest doit aller chercher des appuis.Séduits par Mario Dumont lors du débat, ces électeurs sont-ils susceptibles d'être convaincu par les appels du chef libéral en fin de campagne ?Ce n'est pas impossible.Parmi eux, sept sur dix sont contre la tenue d'un référendum sur la souveraineté au cours du prochain mandat du gouvernement, et six sur dix voteraient NON si un tel référendum avait lieu aujourd'hui.Une majorité d'adéquis-tes sont insatisfaits du gouvernement Bouchard.Par contre, à choisir entre Lucien Bouchard et Jean Charest comme premier ministre, ils préfèrent le président du Parti québécois.Quand on leur demande d'évaluer, sur 10, la campagne des chefs, ils donnent un 5,7 à M.Bouchard et un 4,2 à M.Charest.Enfin, 81% des partisans de Mario Dumont croient que le PQ va remporter les élections.Pour sa part, Claude Gauthier doute que la stratégie adoptée en fin de campagne par le chef libéral lui attire beaucoup de votes : « L'irréversibilité et tout ça, il n'y a plus grand-monde qui achète ça.On ne peut plus faire peur aux gens autant qu'avant avec des référendums.Dans la mesure où M.Cha- rest semble perdre le contrôle, ça contribue à raffermir l'image qu'on est plus en sécurité avec un gouvernement Bouchard.» Sortir le vote On a remarqué lors des élections passées que le vote péquiste était en définitive un peu plus faible que ce qu'avaient prévu les sondages, notamment parce que les jeunes, favorables au PQ, votent en moins grand nombre que leurs aînés.Parmi les personnes âgées de 18 à 34 ans interrogées par CROP cette fois-ci, 9% concèdent qu'il est peu probable qu'elles aillent voter le 30 novembre, contre seulement 3% parmi les personnes âgées de 55 ans et plus.Pourtant, on trouve un peu moins d'électeurs péquistes disant qu'ils n'iront pas voter lundi prochain, à peine 4%, contre 7% parmi les libéraux.Les adéquistes sont de toute évidence moins politisés que les sympathisants des autres partis : 64% d'entre eux disent être peu ou pas intéressés par la présente campagne.On voit que la petite organisation de l'ADQ aura tout un défi lundi : non seulement convaincre les électeurs de voter pour elle, mais surtout les convaincre de se rendre aux urnes.Un message clair: pas de référendum Intentions de vote au référendum (19-23 novembre 1998) \tOui\tNon\tNVP/NSP/PR \t%\t%\t% Total (n:1003)\t37\t55\t8 Montréal métro\t32\t61\t7 Québec métro\t40\t52\t8 Autres régions\t41\t49\t10 Francophones\t42\t48\t10 Non-francophones\t10\t86\t4 Hommes\t39\t54\t7 Femmes\t35\t55\t10 18-34 ans\t41\t53\t6 35-54 ans\t44\t47\t9 55 ans et plus\t21\t68\t11 Si un référendum avait lieu aujourd'hui sur la même question que celle qui a été posée lors du dernier référendum de 1995.c'est-à-dire sur la souveraineté assortie d'une offre de partenariat au reste du Canada, voteriez-vous OUI ou voteriez-vous NON?Si Ton suppose que les sondages favorables à la souveraineté figurent au premier plan des conditions gagnantes, Lucien Bouchard aura beaucoup à faire pour y parvenir s'il est réélu.Selon la plus récente enquête CROP-Id Pressc-TVA-Toronto Star, 60 % des Québécois voteraient contre la souveraineté-partenariat si un référendum avait lieu aujourd'hui.C'est dix points de plus qu'au référendum du 30 octobre 1995, alors que le NON l'avait emporté de justesse.La domination croissante des péquistes dans les sondages n'a donc pas été accompagnée d'une montée de ferveur souverainiste.Au contraire, les appuis au projet de Lucien Bouchard se retrouvent à leur plus bas niveau depuis juin dernier.Comme c'est le cas depuis plusieurs mois, la grande majorité ( 63 % ) des Québécois affirment qu'ils ne veulent pas de référendum pendant un éventuel prochain infographiez.jp/-csse mandat du Parti québécois.Seuls les sympathisants péquistes sont favorables à la tenue d'une telle consultation, et encore par une faible marge ( 52 % contre 40 % qui sont contre ).Explication de Claude Gauthier, responsable du sondage CROP: « Comme une forte majorité des gens croient que le Parti québécois va gagner, ils sont d'autant mieux placés pour dire à M.Bouchard qu'ils ne veulent pas de référendum, et que s'il en faisait un, il retournerait à la case départ de 1980.Autrement dit : « Faites en pas un tout de suite ! » Bouchard fédéraliste ?L'option souverainiste n'obtient l'appui d'aucun groupe socio-démographique de la population québécoise.Par exemple, les francophones sont majoritairement contre ( 54 % ), de même que les jeunes ( 57 % ).Ces données viennent appuyer les résultats du sondage An-gus Reid-Radio-Canada, qui faisaient ressortir le voeu des Québécois de voir M.Bouchard travailler à « améliorer la position du Québec à l'intérieur de la fédération canadienne ».Que comprennent les Québécois quand Lucien Bouchard leur dit qu'il travaillera à établir les conditions gagnantes d'un prochain référendum sur la souveraineté ?En gros, la plupart des péquistes croient qu'il y aura « peut-être » un référendum, tandis qu'une forte majorité de libéraux pensent qu'il y aura « certainement » un référendum.Selon le sondeur Gauthier, « il est évident qu'une bonne partie des gens qui s'apprêtent à voter Parti québécois ne votent pas pour la souveraineté, mais ils achètent la stratégie proposée par M.Bouchard ».Méthodologie Les résultats du sondage reposent sur 1003 entrevues téléphoniques effectuées du 19 au 23 novembre 1998.D'un point de vue statistique, un échantillon de cette taille est précis à 3 points près, 19 fois sur 20.La marge d'erreur augmente lorsque les résultats portent sur des sous-groupes de l'échantillon.i \\ B2i LA PRESSE, MONTRÉAL, JEUDI 26 NOVEMBRE 1998 André Desmarais président du conseil d'administration Roger D.Landry président et éditeur Claude Masson éditeur adjoint Marcel Desjardins directeur de l'information Alain Dubuc éditorialiste en chef Votons pour l'enjeu réel a campagne électorale provinciale qui se termine aura été aussi étrange et aussi dénuée d'intérêt que la campagne électorale de Montréal.La population a le sentiment que les politiciens ont fait campagne en effleurant les sujets qui l'intéressent, en évitant soigneusement de se mouiller vraiment et en contournant la question la plus fondamentale de toutes quant à notre avenir.Pourtant, depuis qu'un des deux grands partis politiques du Québec prône la séparation du Canada, il n'y a pas d'élections ordinaires au Québec Chaque élection pose la question fondamentale de la possible grande brisure de notre pays.La vraie question qui se pose, aujourd'hui, n'est pas seulement de savoir si le gouvernement sortant a fait un bon travail ou s'il faut plutôt le remplacer par le Parti libéral de M.Jean Charest.Au-delà de ce premier test, peut-on ignorer le grand voile de confusion dont le premier ministre, M.Lucien Bouchard, entoure la tenue possible d'un référendum et peut-on feindre d'ignorer la menace de séparation qu'il continue de brandir ?Dans son bilan de gouvernement, le plus grand mérite que se reconnaît le tandem Bouchard-Landry est celui de progresser vers le déficit zéro en l'an 2000.On verra si à terme, l'argent est là.Mais le ménage financier s'est fait aux dépens des établissements de santé, des commissions scolaires, des municipalités et de tous ces corps publics à qui l'État québécois a infligé un pelle-tage massif de dépenses.Curieux qu'au niveau canadien, les compressions soient des « intrusions fédérales » et qu'au niveau québécois, on parle de projet de société et de solidarité.On se prend pourtant à rêver de compressions au sein des structures de l'État québécois lui-même et de l'abolition d'organismes et de programmes qui, une fois créés, ne sont jamais remis en question.M.Mario Du-mont a abordé ce sujet avec raison.La politique péquiste à l'égard de la région de Montréal a été un échec sur toute la ligne.La création d'un ministère de la Métropole n'a servi qu'à créer une nouvelle bureaucratie provinciale monitorant les structures municipales de la région.Heureusement qu'on a eu la lucidité de ne pas créer en plus la Commission de développement de la métropole qui n'aurait guère eu plus d'utilité que l'Agence métropolitaine de transport.Le gouvernement du Québec a renié ses promesses de pacte fiscal pour Montréal et n'a fourni d'aide à la Ville qu'en faisant main-basse sur des éléments d'actif des Montréalais comme Blue Bonnets et le Biodôme.Le réseau routier montréalais et les ponts entourant l'île craquent.Le gouvernement du Québec impose aux quatre grandes universités montréalaises un sous-financement chronique et leur interdit d'augmenter leurs frais de scolarité, ne fût-ce que pour compenser l'inflation.Le même gouvernement a fermé neuf hôpitaux dans la région de Montréal et vidé le réseau de 15 000 employés expérimentés.Le gouvernement continue de tourner la tête lorsqu'on lui signale que 90 000 citoyens de la région de Montréal se sont fait littéralement voler leur vote au référendum de 1995 par l'annulation illégale de leurs bulletins.Le même gouvernement a rétabli la « police de la langue » qui nous a valu d'être ridiculisés à l'échelle du continent par l'émission 60 minutes et qui traque la dangereuse langue anglaise dans les hôpitaux.Après le référendum de 1995, les vitrines des magasins, recouvertes de papier, ont été les témoins désolants de la grande torpeur dans laquelle le gouvernement péquiste avait plongé le centre-ville de Montréal.De plus en plus de Montréalais ne se reconnaissent pas dans ce gouvernement et dans cette province.En définitive, le plus grand mérite de M.Bouchard aura été de nous débarrasser de M.Jacques Parizeau, le premier ministre le plus irresponsable que le Québec ait connu.Quelle sorte de gouvernement de rechange nous promet le Parti libéral du Québec ?Le dernier mandat du gouvernement de M.Robert Bourassa, terminé par M.Daniel Johnson, ne fut pas particulièrement réussi.Leurs budgets ont comporté d'immenses déficits.Leur parti en a payé le prix en 1994.Peut-on espérer mieux de ce parti sous la houlette de M.Charest ?M.Charest avait plutôt bien commencé sa campagne à ce chapitre, lançant enfin une discussion sur la fiscalité québécoise.Malheureusement, on l'a vu battre en retraite dès que les péquistes l'associèrent à M.Mike Harris \u2014 comme si la performance économique de l'Ontario avait quelque chose de honteux.À voir aussitôt les péquistes répliquer en promettant à leur tour des réductions d'impôts, il est manifeste qu'il s'agissait là d'une bonne piste.M.Charest avait évidemment un excellent filon également avec le dossier de la santé.Il n'est pas difficile de montrer un visage plus convivial que celui de M.Rochon.Mais, à l'évidence, les citoyens ne sont pas sûrs que les gouvernements ont tellement de marge de manoeuvre dans le contrôle des coûts de la santé.Même avec ce dossier lourd, M.Charest a eu de la difficulté à ébranler ses vis-à-vis.Que ce soit dans le domaine de l'économie, de la santé ou de l'éducation, M.Charest a fait l'effort d'articuler un programme, mais il n'a pas toujours su le défendre avec conviction.Au chapitre constitutionnel, il n'a pas osé vraiment s'aventurer.Enfin, pas plus que M.Bouchard qui traîne encore la vieille garde péquiste, M.Charest n'a pas réussi à attirer dans son entourage des vedettes impressionnantes et à constituer une équipe nouvelle solide.Bref, la campagne électorale n'a pas permis de faire ressortir une équipe vraiment dominante, qui nous permet à elle seule, de décider de notre vote.?ara L'incertitude politique est malheureusement la vraie question entre toutes qui se pose à nouveau à cette élection.Je sais qu'il n'est pas de bon ton de parler de ce sujet dans les cercles intellectuels québécois.Comme il n'est pas de bon ton de remettre en question le « modèle québécois » qui n'est autre chose en réalité que le vieux modèle passéiste de l'intervention de l'État dans l'économie.Mais comment peut-on se fermer les yeux plus longtemps sur le bilan comparatif québécois qui résulte des deux phénomènes ?Lorsqu'il s'agit de chômage ou de pauvreté, de décrochage ou de suicide chez les jeunes, le Québec est en tête du peloton par rapport au reste du pays et du continent.Lorsqu'il s'agit d'investissements, de nouvelles constructions, de création d'emplois, le Québec vient à la queue.Le revenu moyen des Québécois est inférieur et leurs maisons valent moins cher qu'à Toronto, Vancouver ou Cal-gary.Les équipements publics sont délabrés.Et les Québécois ont moins d'épargne et de placements.Les jeunes vont chercher leur avenir ailleurs.Quiconque voyage dans les autres grandes villes du continent peut le constater à l'oeil nu.Le Québec a pris du retard et, malheureusement, continue d'en prendre, année après année.Le constat est dur et désolant.Mais combien longtemps continuera-t-on de se le cacher et de feindre d'en ignorer les causes ?Il y a manifestement un prix à payer pour maintenir le grand nuage noir de l'incertitude politique.Même lorsque les libéraux sont au pouvoir, les péquistes peuvent se consacrer à plein temps à maintenir la menace bien vivante.Le deuxième élément qui cloche dans le « modèle » est l'abus de taxes.Au Québec, les politiciens prennent l'argent dans les poches des citoyens, non seulement pour leur fournir les services gouvernementaux habituels, mais aussi pour jouer aux Pères Noël et aux gens d'affaires.Nous sommes parmi les plus pauvres et pourtant le gouvernement continue de mettre la main dans nos poches pour nous « offrir » des programmes sociaux coûteux que des sociétés plus riches que la nôtre ne se paient pas.Pensons à ce nouveau régime d'assurance-médicaments que personne n'avait réclamé.Partout dans le monde, l'expérience démontre que l'intervention des politiciens dans l'économie est désastreuse.Et pourtant, on continue de voir le ministre des Finances Bernard Landry se porter au secours de tous les Ken-worth, utiliser la Caisse de dépôt et placement comme le « slush fund » du gouvernement et financer à coup dé 2 milliards $ les rêves de grandeur de son ami Claude Blanchet à la SGF.Les Tricofils, les Steinberg, les Davie n'ont pas encore servi de leçon.Si l'État cessait de prendre notre argent pour le donner à dépenser à des apprentis sorciers des affaires ou de la social-démocratie, il nous en resterait tous davantage pour l'utiliser à nos propres fins, que ce soit pour étudier, investir, lancer des entreprises, construire de nouvelles maisons, nous doter de nouveaux équipements, réparer nos écoles, nos hôpitaux et nos rues, bref agir nous-mêmes, créer et faire tourner l'économie.et produire une meilleure base de revenus pour l'État.Le vote de lundi ne porte pas sur l'extension du métro à Laval, sur l'ajout d'une heure de cours au primaire, ou sur les garderies à 5 $, aussi importants soient ces sujets pour les publics qu'ils touchent.Il porte même sur des enjeux encore plus larges que la performance générale du gouvernement sortant et les perspectives qu'il nous offre au plan économique, durant son prochain mandat.La valse-hésitation de M.Bouchard ne nous laisse aucun choix.Le vote porte sur le prolongement de l'incertitude politique résultant de la menace d'un autre référendum, au cours des quatre prochaines années, ce dont 70 % de la population ne veut pas.Si vous pensez que le gouvernement a pris au sérieux la création d'emplois.Qu'il a bien géré la réforme des hôpitaux.Qu'il a fait un bon travail pour la région de Montréal.Qu'il ne vous enlève pas trop d'argent sur votre chèque de paie.Qu'il ne fera pas tout pour créer des chicanes avec Ottawa.Que les référendums n'ont pas de conséquences économiques négatives pour les Québécois.Que la séparation du Québec de l'ensemble canadien n'aurait pas de conséquences désastreuses pour notre collectivité.Alors, reportez le Parti québécois au pouvoir.Mais si vous en avez assez de voir le Québec s'appauvrir, votez pour la seule solution de rechange, le parti de M.Charest.Sûrement que ce parti ne fera pas de miracles du jour au lendemain.Mais il propose les conditions incontournables pour voir le Québec prendre sa place parmi les régions prospères du pays et du continent.Sa position à l'égard du Canada ne fait pas de doute : il veut conserver le Québec au sein du Canada et il ne veut pas d'autres référendums suicidaires.Pour ces raisons essentielles, il faut battre le gouvernement péquiste et voter pour le Parti libéral.Roger D.Landry Président et éditeur OPINIONS Municipalités: un peu de respect s.v.p.! MARIO LAFRAMB0ISE L'auteur est président de l'Union des municipalités du Québec.C'est avec grand étonne-ment que l'Union des municipalités du Québec a pris connaissance de la réaction du premier ministre du Québec, M.Lucien Bouchard, aux demandes répétées des municipalités depuis le début de la campagne électorale, à propos du transfert de 375 M $ de Québec aux municipalités.Alors que nous demandions poliment, pour éviter des hausses de taxes, que les partis aient la décence de cesser de valser avec l'argent des contribuables fonciers en iaisant des milliards de dollars de promesses, c'est par un tonitruant
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.