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La presse
La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. L'influence des journalistes de La Presse s'étend aujourd'hui au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias. [...]

La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. Très rapidement, le journal se présente comme un quotidien d'information indépendant et abordable pour la population ouvrière. Il veut se démarquer des journaux d'opinion, organes de partis politiques, qui sont fort courants à l'époque.

Sa fondation résulte d'une rivalité entre deux factions du Parti conservateur fédéral. William Edmond Blumhart, secrétaire et gendre de l'important homme d'affaires Louis-Adélard Senécal, affilié au clan du conservateur Joseph-Adolphe Chapleau, lance La Presse pour concurrencer le journal Le Monde qui appuie le premier ministre John Alexander MacDonald.

Un quotidien nommé Le Nouveau Monde voit d'abord le jour à la mi-octobre 1884. Après la publication de quatre numéros, il change de nom pour La Presse. Le premier numéro du journal est publié le 20 octobre 1884.

Le succès de La Presse est rapide, mais le journal est un gouffre financier. Après quelques changements de mains, il est racheté en 1889 par Trefflé Berthiaume, typographe à La Minerve. La modernisation du journal, entre autres avec l'intégration d'illustrations aux faits divers et l'impression par linotypes, permet de rendre l'entreprise rentable.

Trefflé Berthiaume sera à la tête de La Presse de 1889 à 1904 et de 1906 à 1915, année de sa mort. Arthur Berthiaume, son fils, prend alors en charge le journal. Trefflé Berthiaume lui a légué la propriété du journal qui, selon une clause testamentaire, devra appartenir à ses descendants pendant plusieurs générations. Nombre de disputes familiales éclateront dans les décennies suivantes, jusqu'à l'achat de La Presse par Paul Desmarais en 1967.

En 1913, le tirage de La Presse atteint déjà 121 000 exemplaires. Il augmente jusqu'au début des années 1960, alors qu'il atteint près de 300 000 exemplaires.

Une grève des employés et des cadres du journal éclate en 1958. Jean-Louis Gagnon, alors journaliste fort réputé, est appelé pour réinstaurer un climat de confiance. Il introduit la signature des journalistes au bas des éditoriaux et au début des reportages, ce qui permet la reconnaissance et le vedettariat des journalistes.

À partir de cette époque charnière, les postes de responsabilité éditoriale sont attribués à des journalistes renommés dont Gérard Pelletier, Roger Champoux, Jean-Paul Desbiens, Roger Lemelin, Jean-Guy Dubuc, Vincent Prince, Alain Dubuc et André Pratte.

En 1964, une autre grève, qui dégénère en lock-out, bénéficie à Pierre Péladeau, qui profite des événements pour lancer le Journal de Montréal. En 1971 et 1972, La Presse connaît un long lock-out qui lui fait perdre des lecteurs au profit du Journal de Montréal et du Montréal-Matin. Le tirage de La Presse passe de 285 000 en 1962 à 203 000 en 1966, puis à 165 000 en 1975.

Le tirage du journal atteint toutefois de nouveau des chiffres impressionnants dans les années 1980 (plus de 300 000 pour l'édition du samedi), chiffres qui sont près de se maintenir au début du XXIe siècle.

La Presse s'est rapidement imposée par la qualité de ses illustrations. Quelques grands illustrateurs et caricaturistes y ont d'ailleurs fait carrière : Albert-Samuel Brodeur, Georges Latour, Albéric Bourgeois, Pierre Dorion, Roland Berthiaume (Berthio), Jean-Pierre Girerd et Serge Chapleau. Les photographies de Conrad Poirier et d'Antoine Desilets ont aussi illustré les pages de La Presse.

L'influence des journalistes de La Presse s'étend au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La Presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1977, vol. III, p. 112-118.

FELTEAU, Cyrille, Histoire de La Presse, Montréal, La Presse, 1983-1984, 2 vol.

Éditeur :
  • Montréal :[La presse],1884-2017
Contenu spécifique :
B. Plus
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Nouveau monde (1884)
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La presse, 2000-06-23, Collections de BAnQ.

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[" 5LP0101B0623 b1-plus2000 5LP0101B0623 ZALLCALL 67 12:52:21 06/28/00 B Plus2000 Le cahier mensuel du prochain millénaire B Montréal, Vendredi 23 juin 2000 Voici le sixième des 12 cahiers mensuels Plus 2000.À la fin de chaque mois, nous vous proposons des reportages rétrospectifs et prospectifs préparés avec l\u2019appui de collaborateurs prestigieux.Aujourd\u2019hui, dans la série 100 ans à Montréal, préparé en collaboration avec le musée McCord, un reportage photographique sur les Saint-Jean-Baptiste du début du siècle.À lire ci-dessous et en pages 10 et 11.Bonne lecture! Mémoire Le mur de Berlin et celui.de Washington ! page B4 Histoire Montréal, ville de fêtes civiques pages B10 et B11 Pionniers Les nouveaux travailleurs du XXIe siècle pages B8 et B9 Des histoires de Saint-Jean-Baptiste Demain L\u2019Atlas du XXe siècle: L\u2019Amérique latine La fête religieuse de Saint-Jean- Baptiste a toujours eu une importance toute particulière pour tous les catholiques d'Europe, et spécialement pour ceux de France, où, historiquement, le roi lui-même allumait le feu de la Saint-Jean dans la nuit du 23 au 24 juin.Une fois en terre d'Amérique, les Français ont continué de souligner cet événement.Les Relations des jésuites font allusion à cette coutume dès 1636, alors que la ville de Québec ne comptait encore que 200 âmes.La Saint-Jean fut longtemps avant tout, pour les Québécois, une fête religieuse, qui donnait souvent lieu à des processions dans les rues de la ville, comme c'était le cas de plusieurs autres fêtes, par exemple celles de la Vierge Marie, de saint Joseph ou de sainte Anne.C'est en 1834 que cette fête religieuse est devenu un symbole national pour les Québécois, lorsque Ludger Duvernay et quelques autres Montréalais ont fondé une société d'entraide et de secours dont le nom en dit long sur ses objectifs : «Aide-toi et le ciel t'aidera ».Cette société est devenue plus tard la Société Saint-Jean-Baptiste.Et c'est le 24 juin 1834 que le même Ludger Duvernay et une soixantaine de Montréalais d'origine francaise et anglaise ont organisé un banquet patriotique, la première véritable célébration «nationale» de la Saint-Jean.Ce banquet fut apparemment un grand succès puisque le journal La Minerve concluait, dans son édition du 26 juin 1834, que «cette fête dont le but est de cimenter l'union des Canadiens ne sera pas sans fruit.Elle sera célébrée annuellement comme fête nationale et ne pourra manquer de produire les plus heureux résultats».Rappelons que le terme «Québécois» n'était pas encore d'usage à l'époque.Mise en veilleuse pendant et après les soulèvements des patriotes de 1837 et 1838, la fête nationale renaît à Québec, en 1842, sous le couvert d\u2019une fête religieuse, et elle donne lieu à une grande procession.L\u2019année suivante, l\u2019expérience se répète à Montréal, dans les mêmes circonstances.Ce furent nos premiers véritables «défilés de la Saint-Jean».L\u2019histoire raconte que chaque année, l\u2019organisateur en chef du défilé se réservait la tâche de trouver un garçonnet aux cheveux bouclés qui incarnerait le héros de la fête nationale.Avec sa brebis, l\u2019enfant devait prendre place sur le dernier char allégorique d\u2019un défilé qui, à l\u2019époque, était bien plus haut en couleur que ceux d\u2019aujourd\u2019hui.Au siècle dernier, le photographe William Notman a immortalisé plusieurs des garçonnets qui ont personnifié le héros de notre fête nationale.Grâce à la collaboration du musée McCord d\u2019histoire canadienne, qui possède les archives de la collection Notman, nous vous proposons une série de photographies qui témoignent de cette période.De haut en bas et de gauche à droite vous pouvez voir les Jean- Baptiste de 1879, 1862, 1870, 1867, 1869, 1874 et 1871.Chaque fois, le célèbre photographe a travaillé en studio en tentant de créer un environnement conforme à l\u2019idée qu\u2019on se faisait à l\u2019époque du personnage.L\u2019histoire a oublié le nom de ces garçons qui ne se sont sans doute jamais plus retrouvés devant des foules comme celles pour lesquelles ils ont défilé le 24 juin.Pourtant, même si saint Jean-Baptiste ne fait plus partie des défilés de notre fête nationale, l\u2019image du garçonnet aux cheveux bouclés et de sa brebis reste intimement liée aux cérémonies entourant la Saint-Jean.C\u2019est dire à quel point cette image est inscrite dans l\u2019imaginaire populaire québécois.Notre chroniqueur Pierre Vennat raconte en page 9 comment son oncle Émile fut ainsi choisi, en 1907.Il en profite pour rappeler tous les débats autour de la symbolique de l\u2019enfant et de sa brebis, raconte pourquoi, en 1963, après 120 ans, la brebis est disparue, puis l\u2019enfant luimême quelques années plus tard.N\u2019est-il pas intéressant, aujourd\u2019hui, de s\u2019interroger sur ces symboles de notre passé ? 5LP0201B0623 b2-vendredi-edito 5LP0201B0623 ZALLCALL 67 00:24:24 06/23/00 B B 2 LA PRESSE, MONTRÉAL, VENDREDI 23 JUIN 2000 Editorial ANDRÉDESMARAIS PRÉSIDENT DU CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION GUY CREVIER PRÉSIDENT ET ÉDITEUR MARCELDESJARDINS VICE-PRÉSIDENT ET ÉDITEUR ADJOINT YVES BELLEFLEUR DIRECTEUR DE L\u2019INFORMATION ALAINDUBUC ÉDITORIALISTE EN CHEF Le Québec en fête Une fête nationale n\u2019est pas un gros festival.C\u2019est aussi, jusqu\u2019à un certain point, un événement politique.Il suffit de regarder les fêtes nationales qui se multiplient en juillet pour s\u2019en convaincre.La fierté d\u2019être canadien, américain ou français, qui s\u2019exprime dans ces célébrations, avec ses élans patriotiques, ses drapeaux, et parfois ses déploiements militaires, est porteuse d\u2019un message politique.Alain Dubuc adubuc@lapresse.ca Le 24 juin n\u2019échappe évidemment pas à la règle.Avec un petit quelque chose de plus.Il n\u2019y a pas de défilés militaires au Québec, mais le concept même de fête nationale est lourd de connotations, puisque l\u2019existence de cette nation est au coeur d\u2019un débat politique.Au Québec même, la réalité de la nation québécoise fait l\u2019objet d\u2019un large consensus qui transcende les familles politiques et les appartenances culturelles.Mais tant que le Canada anglais ne sera pas à l\u2019aise avec l\u2019existence de cette nation, et tant que les Québécois ne se seront pas entendus sur la façon dont elle doit s\u2019articuler, la Saint-Jean-Baptiste pourra difficilement être un rendezvous apolitique.Ce n\u2019est cependant pas une raison pour en remettre.Parce que les Québécois sont profondément divisés sur la question, il est dans l\u2019intérêt de tous de dépolitiser la fête dans la mesure du possible.Mais aussi parce que le moment même que le Québec a choisi pour célébrer son existence appelle à la fête.La Saint-Jean-Baptiste, une fête chrétienne, descendante lointaine des célébrations païennes du solstice, marque le début des vacances scolaires, le premier grand congé de l\u2019été, où les gens veulent justement mettre de côté un débat qui, pour la plupart, est devenu profondément ennuyeux.C\u2019est pour cette raison que le fait que le gouvernement du Québec confie cet événement à un organisme comme la Société Saint-Jean Baptiste, associée aux factions les plus militantes du mouvement souverainiste, n\u2019est ni heureux, ni rassembleur.Et encore moins la surenchère dans laquelle s\u2019est lancée le gouvernement fédéral, qui dépensera au Québec les trois quarts du budget de la Fête du Canada.Quel gaspillage de fonds publics.Mais surtout, quelle mauvaise lecture de la réalité québécoise.Le 1er juillet ne pourra jamais détrôner le 24 juin dans le coeur des Québécois francophones, même chez les fédéralistes, parce que ce sont les symboles de réalités qui ne se situent pas sur le même plan.Le 24 juin, avec ses élans patriotiques, permet aux Québécois d\u2019exprimer leur identité dans ce qu\u2019elle a de plus profond et de dire qu\u2019ils sont avant tout québécois.Par contre, le sentiment d\u2019appartenance au Canada, que ressent une majorité de Québécois, fait de fierté, de sécurité, d\u2019adhésion à certains principes, ne passe ni par la passion ni par le désir de célébration.Une identité double, à géométrie variable, dont le fragile équilibre ne peut être assuré par de futiles guerres de drapeaux.Mais surtout, le Québec a bien d\u2019autres choses à fêter que son débat politique.La Saint-Jean est d\u2019abord et avant tout la célébration de la culture québécoise dans toutes ses expressions.Ce n\u2019est plus, depuis longtemps, la fête d\u2019un nationalisme défensif où les Canadiens-français se tournaient vers leur saint patron.On est bien loin de la bataille pour la survivance et du petit garçon bouclé qui, dans son char allégorique, incarnait le Précurseur le temps d\u2019une parade.Ce que fêtent maintenant les gens, qui ont surmonté leur peur de disparaître, c\u2019est bien davantage leurs succès, la force et le rayonnement de leur culture, leur confiance dans l\u2019avenir.Ce revirement, on le voit dans la célébration de la Saint-Jean elle même, mais aussi dans les rassemblements qui l\u2019entourent, le Grand Prix de Montréal ou le Festival de Jazz qui, chacun à leur façon, illustrent bien à quel point la société québécoise a changé, à quel point elle s\u2019est ouverte sur le monde et est capable d\u2019un rayonnement international.Ces événements illustrent aussi la complexité croissante du tissu social québécois, la capacité des Québécois d\u2019être ensemble au-delà de la langue et des origines.La Fête nationale a emprunté le même chemin et ses organisateurs ont d\u2019ailleurs fait des efforts significatifs pour la « désouchiser », comme l\u2019illustre le rapprochement, heureux, avec les Mohawks, qui participeront cette année au défilé.Il est vrai que cette identité plurielle est davantage le reflet de la réalité montréalaise que de celle du Québec dans son ensemble.Mais n\u2019oublions pas que Montréal, c\u2019est la moitié de la province, et que les changements qui s\u2019y opèrent se répandent tranquillement à travers le territoire.Souvenons-nous comment le choc de l\u2019Expo 67, qui a ouvert le Québec sur le monde, fut un phénomène montréalais qui a rapidement déferlé sur la province.N\u2019oublions pas aussi que si les fêtes de la Saint-Jean sont ce qu\u2019elles sont, si le Grand Prix de Montréal comporte des attraits qu\u2019on ne retrouve sur aucun autre circuit, si le Festival de Jazz attire autant par les bains de foule qu\u2019il permet que par les spectacles qu\u2019il présente, c\u2019est grâce à une forme de convivialité qui est l\u2019expression d\u2019un des traits distinctifs de cette culture québécoise.Bien sûr, les Saint-Jean ne se ressemblent pas toutes.Il y a dix ans, juste après l\u2019échec de Meech, les Québécois n\u2019avaient pas le coeur à rire.Cette année, l\u2019atmosphère sera certainement plus joyeuse, parce que les choses vont assez bien, l\u2019économie a le vent dans les voiles, le chômage baisse, à un tel point qu\u2019on sent qu\u2019il ne faudrait pas grand chose pour que le Québec connaisse un véritable décollage et retrouve la vigueur et le rayonnement qu\u2019il avait avant le long déclin qui l\u2019a tant affaibli depuis trois décennies.Un espoir assez tangible pour que les Québécois puissent exprimer, dans cette fête de la Saint- Jean, une certaine sérénité et une confiance dans l\u2019avenir.La «french connection» Vivendi Universal, l\u2019entité dans laquelle se fond Seagram, deviendra le premier conglomérat de l\u2019« entertainment » \u2014 comme disent les Parisiens \u2014 à être solidement implanté sur les deux continents, l\u2019Europe et l\u2019Amérique.Et l\u2019un des premiers acteurs en importance dans le domaine de la musique, notamment dépositaire des oeuvres du groupe U2 et d\u2019Herbert von Karajan, d\u2019Ella Fitzgerald et de Johnny Hallyday.Au surplus, le nouveau géant est français, de sorte que Hollywood verra pour la première fois un Gaulois présider aux destinées d\u2019un de ses « majors », Universal Studios, la firme qui a bricolé les dinosaures de Stephen Spielberg ! N\u2019est-il pas fantastique de voir ainsi les inlassables pourfendeurs de la mondialisation, les casseurs de McDonald\u2019s, les chantres de la diversité culturelle, les américanophobes en chef de la planète, saisir à bras le corps, par dessus les frontières, de gros et juteux morceaux de cette culture populaire à impact universel qui, hier, était méprisée et honnie ?« Maintenant que les Français se sont engagés dans une opération majeure de nature mondialisante, peutêtre se montreront-ils moins agressifs », ironise le Herald Tribune.Cela veut-il dire que, de ce jour, le Nouveau Monde virtuel des Yankees sera colonisé par une sorte de « french connection » de la pellicule et du gigaoctet ?Certes non.Et pour deux raisons.D\u2019abord, le nouveau joueur, né de l\u2019achat de l\u2019empire Bronfman par Vivendi / Canal Plus, une affaire de 34 milliards, ne devient pas vraiment, comme on l\u2019a beaucoup dit, le numéro 2 mondial de la communication et du divertissement.Mais tout juste un autre équipier dans une joute de titans à laquelle participent déjà AOL-Time Warner, Disney, News Corporation, CBS-Viacom et Bertelsmann.Tous ceux-là génèrent d\u2019ailleurs des chiffres d\u2019affaires annuels considérablement plus élevés (de 16 à 32 milliards) que les filiales « communication » de Vivendi Universal, lesquelles comptabilisent des entrées de moins de 9 milliards.Ensuite, les choses ne fonctionnent plus ainsi, tout simplement.Dans le domaine de la communication et de la culture populaire, les États-Unis deviennent de plus en plus un carrefour géographique où s\u2019entrecroisent à une vitesse folle les intérêts, d\u2019une part, et les contenus, d\u2019autre part, sans que l\u2019on sache très bien quels drapeaux accrocher aux produits de la fusion de l\u2019un et l\u2019autre.Ils sont déjà légion aux États-Unis, les étrangers contrôlant de vastes secteurs de la communication, du divertissement, de l\u2019information et de la culture : les Japonais dans l\u2019audio-visuel ou les Allemands dans le livre (et l\u2019automobile, pour glisser un mot d\u2019une « vieille » industrie), par exemple.À un autre niveau, les Pokemons japonais et les Teletubbies britanniques occupent la même scène \u2014 la grande \u2014 que les crooners latino-américains et les chanteuses.canadiennes.Bref, on voit bel et bien croître cette « Amériquemonde » qu\u2019annonçait, il y a presque dix ans, l\u2019essayiste Alfredo Valladao.Que, cessant pour un instant de gémir, la France prenne sa place sur cette planisphère ne peut que réjouir ceux que Charles de Gaulle appelait, sans arrière-pensées colonisatrices, les Français d\u2019Amérique.DROITS RÉSERVÉS PASCAL ÉLIE, collaboration spéciale LA BOÎTE AUX LETTRES edito@lapresse.ca La démocratie en prend pour son rhume n Concernant le dossier des congés parentaux, M.Bouchard s\u2019interroge sur la capacité de M.Chrétien à gouverner.voulant même porter la chose devant les tribunaux.Devant le refus total de M.Bouchard de rencontrer les maires de la couronne nord, représentant de simples citoyens, on ne s\u2019interroge plus sur la capacité de M.Bouchard à gouverner.On connaît la réponse.La démocratie en prend pour son rhume.Thérèse HÉBERT-C.Laval-des-Rapides Pas de place pour nous à l\u2019école n Je suis une intellectuelle de seize ans.J\u2019éprouve un grand besoin d\u2019exprimer mon opinion sur l\u2019ennemi des intellectuels de mon âge : l\u2019école secondaire.Cet endroit où, parfois, trop de gens passent inaperçus, l\u2019attention étant principalement portée sur les retardataires, les décrocheurs, les absents, les drogués, les voyous.Bref, sur tous ceux qui n\u2019en ont rien à paître de l\u2019école.Sur les trois mille élèves qui fréquentent mon école, il y a certes d\u2019autres intellectuels, qui restent toutefois dans l\u2019ombre à cause du trop peu de place qu\u2019on leur accorde dans une école secondaire.Qui sont ceux dont les oreilles retroussent en entendant le niveau de langage laissant à désirer de la plupart des jeunes ?Qui sont ceux dont les yeux s\u2019exorbitent lorsqu\u2019ils trouvent une erreur de français dans un texte ou sur la façade d\u2019un commerce ?Qui sont-ils ?On ne le sait pas.Certains se cachent, inquiets de devenir la risée d\u2019une bande d\u2019idiots.D\u2019autres longent les murs, quelques livres à la main, les yeux ailleurs.On ne les entend jamais.Pourquoi ?Parce que nous n\u2019avons pas notre place dans une école secondaire.Nous serions bien, ensemble, parce que nous nous comprenons.Et ce n\u2019est pas parce que nous sommes moins nombreux que nous ne méritons pas notre place, que nous devons attendre les études post-secondaires pour se forger un nom.Selon moi, l\u2019école secondaire est abrutissante.Le seul enseignement enrichissant, durant ces longues années, réside dans les livres que nous consultons à l\u2019école, durant un inutile cours d\u2019enseignement moral ou à la bibliothèque, où nous nous réfugions à la pause du dîner, lorsque nous ne pouvons plus supporter les conversations incroyablement idiotes des « autres ».J\u2019ai un message à transmettre à tous ceux qui se reconnaissent dans ce texte : n\u2019oubliez jamais qui vous êtes et surtout, n\u2019attendez aucune reconnaissance de l\u2019école secondaire.Tout ça reste à venir.Cessez de marcher la tête baissée.Demain, c\u2019est vous qui mènerez le monde ! Myriam GAGNON Blainville Entreprise de démolition n Il était inévitable, sans doute, qu\u2019une entreprise d\u2019éducation permanente, de démocratie économique et de salubrité publique, devienne hélas ! la cible de certains reporters et commentateurs toujours en quête de prétendues « affaires », de prétendus « conflits d\u2019intérêts », d\u2019où la récente mise en cause de l\u2019Association de protection des épargnants et investisseurs du Québec et, par là même, de son fondateur et président honoraire, Yves Michaud.Le culte du sensationnaliste et de la démagogie a conduit quelques folliculaires à jeter le soupçon sur l\u2019indépendance et l\u2019objectivité de l\u2019Association.Cette entreprise de démolition est d\u2019autant plus navrante et odieuse qu\u2019elle vise une organisation modèle et unique en son genre, vouée à l\u2019information et à la défense des petits épargnants, dont les résultats impressionnants sont le fruit de l\u2019action courageuse, habile et persévérante d\u2019un petit nombre de militants, au premier chef Yves Michaud.Le financement de l\u2019association a toujours été parfaitement transparent.Les membres du Conseil se prononcent sur l\u2019opportunité et sur l\u2019acceptation de toutes les subventions et contributions, qui doivent laisser intacte l\u2019indépendance de l\u2019association, et par ailleurs, les membres ont accès en permanence à cette information.On ne peut que déplorer le développement d\u2019une campagne pareillement injuste, qui risque d\u2019affaiblir l\u2019une des manifestations les plus heureuses et les plus fructueuses en matière de démocratie économique chez nous.On peut se demander si tel n\u2019était pas le but recherché par une démarche dont l\u2019inspiration a quelque chose de suspect.Jean-Marc LÉGER 5LP0301B0623 b3-vendredi-edito 5LP0301B0623 ZALLCALL 67 00:28:01 06/23/00 B LA PRESSE, MONTRÉAL, VENDREDI 23 JUIN 2000 B 3 Briser les barrières Lysiane Encore une fois, ce sera une fête joyeuse, amicale et conviviale.La SSJB garde le cap sur la politique d\u2019ouverture inaugurée l\u2019an dernier, avec un défilé nocturne chevauchant l\u2019ouest et l\u2019est de Montréal, un défilé ouvert où, dans la brèche faite l\u2019an dernier par le régiment des Black Watch, s\u2019engouffreront des troupes libanaise, hongroise, africaine et même mohawk.Un défilé moderne aussi où les clowns, les acrobates et les tam-tams remplaceront les thèmes « songés », lourds de sous-entendus politiques, qui avaient trop longtemps été la marque de commerce des défilés de la Saint- Jean.Bref, un défilé renouant avec l\u2019esprit de la fête, où tous les Montréalais devraient se sentir bienvenus, au-delà des différences d\u2019origine et d\u2019opinion.Même le Mouvement national des Québécois, un organisme voué à la promotion de la souveraineté, a diffusé, pour la Fête nationale, un communiqué rigoureusement apolitique.Sous le titre « Et si on se lançait des fleurs ?», sa présidente Louise Paquet dit qu\u2019« il est temps de tendre la main au lieu du poing ».Quant à Guy Bouthillier, il a travaillé fort pour changer la culture de la SSJB.On l\u2019a vu, dernièrement, célébrer par quelques phrases en yiddish un étonnant rendez-vous dans les locaux historiques de la rue Sherbrooke avec des personnalités de la communauté juive.La semaine suivante, il était à Kahnawake, amorçant une tentative de réconciliation avec la communauté mohawk.La participation d\u2019une troupe de danseurs et de chanteurs mohawks au défilé est loin de faire l\u2019unanimité dans la communauté amérindienne ; mais c\u2019est un premier pas, surtout quand on pense qu\u2019il y a dix ans seulement, on était à la veille de cette immense fracture qu\u2019a constitué la crise d\u2019Oka.« J\u2019en ai soupé, disaitil, de vivre dans une ville où il y a des barrières infranchissables avec les Mohawks et toutes sortes de groupes.Il faut briser ces barrières.» Oui, il faut les briser, et c\u2019est aux francophones de vieille souche de faire le premier pas : ne sontce pas eux, après tout, qui forment la majorité ?n n n Comme le climat a changé en dix ans ! En 1990, jour pour jour, l\u2019accord du lac Meech s\u2019effondrait comme un château de cartes, et l\u2019orage grondait derrière une Saint-Jean très politique.Cet été-là fut un été chaud, bourré d\u2019humiliations et de ressentiment, car tout de suite après la faillite de Meech, les barricades se dressaient à Kanesatake.Le mépris d\u2019un côté, les armes de l\u2019autre ! L\u2019été de toutes les colères finit par passer et, à la fin de cette décennie, les Québécois francophones se retrouvent plus sûrs d\u2019eux qu\u2019à aucun moment dans leur histoire, \u2014 et somme toute heureux.n n n Pour un peu, on croirait même que la politique s\u2019est évaporée ! Certes, c\u2019est une illusion.D\u2019abord parce qu\u2019il n\u2019existe pas de collectivité sans politique, même si l\u2019on n\u2019en parle pas.Ensuite parce que personne n\u2019ignore que ni le MNQ, ni la SSJB n\u2019ont renoncé au militantisme souverainiste ; leurs dirigeants ont simplement compris qu\u2019on n\u2019attrape pas les mouches avec du vinaigre.Les souverainistes ont effectivement intérêt à nouer des liens d\u2019amitié avec les diverses minorités, non pas tant dans l\u2019espoir de les amener à voter OUI que parce qu\u2019un climat de bonne entente favorise la pénétration de l\u2019option en milieu francophone, de même que l\u2019image du Québec à l\u2019étranger.Et puis après ?Où est le problème ?Quel que soit le statut politique du Québec de l\u2019avenir, tout le monde ne peut qu\u2019y gagner si les diverses communautés qui forment le Québec d\u2019aujourd\u2019hui apprennent à vivre ensemble plutôt que de se contenter de coexister.Et tant mieux si le MNQ et la SSJB s\u2019efforcent de reconstruire les ponts démolis par des décennies de malentendus.Il n\u2019y aura jamais trop d\u2019ouvriers pour cette tâchelà.n n n Oui, les Québécois paraissent heureux en cette première Saint-Jean de l\u2019an 2000.L\u2019une des raisons de cette sérénité est que le gouvernement Bouchard ne parle plus de référendum, lequel semble même avoir été reporté aux calendes grecques par un premier ministre qui a maintes fois déclaré qu\u2019il n\u2019en sera pas question avant les prochaines élections.Ce répit était ardemment souhaité par une écrasante majorité de Québécois (les sondages sont clairs là-dessus).Cette obstination à ne pas vouloir de référendum est extrêmement révélatrice.Cela veut dire que les Québécois francophones, en tout cas une solide majorité d\u2019entre eux, ne souhaitent pas la souveraineté.mais qu\u2019ils préfèrent ne pas avoir à voter contre.La seule façon de sortir de cette impasse sans perdre la face, c\u2019est de ne pas avoir de référendum.C\u2019est un état d\u2019esprit que Lucien Bouchard a bien compris, et que Jean Charest aurait intérêt à saisir.La stratégie libérale qui consiste à concentrer le tir sur l\u2019option souverainiste va à contre- courant des sentiments de la population, qui ne veut pas mettre les souverainistes au pilori parce qu\u2019ils représentent non seulement une partie d\u2019elle-même mais aussi, qui sait, une sorte de garantie pour l\u2019avenir, une arme en réserve au cas où.Les Canadiens français, on le sait, sont de très grands consommateurs de polices d\u2019assurance- vie, et la prudence n\u2019est pas la moindre de leurs caractéristiques.Or, ce mélange de prudence et de fierté, de même que l\u2019insécurité latente propre à toutes les minorités, les poussent à vouloir garder la souveraineté dans le coffre où reposent les idées lointaines et vagues.Ils en voudraient au politicien qui les forcerait à rouvrir ce coffre qui est pour l\u2019instant verrouillé à triple tour.Ils en voudraient tout autant au politicien qui les forcerait à mettre la hache dedans.Solution : on vit comme si la souveraineté n\u2019existait pas.Même le milieu des affaires a fini par le comprendre, qui réinvestit à tour de bras dans l\u2019économie montréalaise.Le jour où un gouvernement québécois déciderait de ramener le Québec là où il devrait être, c\u2019est-à-dire au centre de la scène fédérale canadienne, les Québécois seraient probablement très nombreux à se réjouir de retrouver un rôle de premier plan dans le pays dont ils ne veulent pas se séparer ; mais cela devra se faire tacitement, sans qu\u2019il soit nécessaire de proclamer la victoire d\u2019une option sur l\u2019autre et de forcer les souverainistes à une retraite humiliante.Opinions La démocratisation: un enjeu majeur pour le «modèle québécois» Il faut diminuer le pouvoir des bureaucrates et des politiciens DOMINIQUE GARREL L\u2019auteure est endocrinologue à l\u2019Hôtel-Dieu de Montréal et professeure titulaire à l\u2019Université de Montréal.Aujourd\u2019hui, je suis de garde à l\u2019Hôtel-Dieu de Montréal pour le suivi des patients diabétiques.Lors de ma tournée, je me rends au département des soins intensifs ou se trouve une patiente que je connais bien.Elle est soignée pour la fibrose kystique, une maladie héréditaire grave qui atteint les poumons et le pancréas.Je trouve la patiente assise sur son lit en train de finir de déjeuner.Je demande à son infirmière comment il se fait que cette patiente n\u2019ait pas encore été transférée à l\u2019étage, dans un environnement plus conforme à sa condition.Réponse: la patiente refuse son transfert.Raison: l\u2019étage où elle est soignée, par une équipe sur-spécialisée comprenant un médecin pneumologue, des infirmières et des inhalothérapeutes (spécialistes de la fonction respiratoire) a été fermé.Fermé définitivement.Les infirmières qui y travaillent ont le choix entre la relocalisation dans un autre pavillon du CHUM, sans rapport avec la pneumologie, encore moins la fibrose kystique, et quitter le CHUM.Cette patiente a fait une crise d\u2019anxiété car elle ne sait pas où elle va être soignée et par qui.Les médecins de l\u2019étage en question ont appris le matin même la fermeture de leurs l i t s , sans avoir été consultés ni avoir eu la possibilité de relocaliser la totalité de l\u2019équipe ailleurs.L\u2019Hôtel-Dieu du CHUM a développé au fil de nombreuses années une expertise exceptionnelle dans le traitement des adultes porteurs de fibrose kystique.Cette expertise n\u2019est pas seulement une question de compétence scientifique, c\u2019est une question de travail en équipe et de relations humaines.C\u2019est l\u2019équipe tout entière qui inspire la confiance des patients, pas seulement le médecin.Cette équipe a été démantelée d\u2019un trait de plume par une bureaucratie aveugle et irresponsable.Combien de souffrances et combien de démantèlements allons-nous encore subir avant que des changements profonds ne soient introduits dans notre système de santé?L\u2019un de ces changements est de diminuer le pouvoir des bureaucrates et des politiciens et d\u2019augmenter celui des usagers et des médecins.Si une patiente préfère rester dans un département de sons intensifs au lieu de regagner sa chambre à l\u2019étage, c\u2019est que toute l\u2019institution est dans le coma.PIERRE PAQUETTE Économiste, l\u2019auteur est vice-président du Bloc québécois.Au cours des derniers mois, il a beaucoup été question de ce qu\u2019on appelle communément le modèle québécois.Pour certains, le modèle québécois se distingue essentiellement par l\u2019importance de la place de l\u2019État dans l\u2019économie québécoise et le débat tourne alors sur l\u2019importance de sa place dans notre société.Il me semble qu\u2019une telle approche réduit la portée réelle de la façon originale qu\u2019ont les Québécoises et les Québécois d\u2019organiser leurs relations économiques et sociales.Pour quelques experts, le modèle québécois se caractérise essentiellement par la place de l\u2019État ainsi que par nos institutions économiques publiques (SGF, Caisse de dépôts et de placements.) et privées (Mouvement Desjardins, Fonds de solidarité, Fondactions.).En fait, ces institutions économiques sont parties prenantes d\u2019une façon originale de faire et de gérer nos relations économiques, sociales et culturelles.Cette façon de faire met à contribution de diverses manières l\u2019État québécois, les acteurs sociaux, les milieux institutionnels et communautaires.Elle s\u2019effectue au plan local, régional et national.Elle n\u2019a pas de caractère aussi institutionnalisé que dans d\u2019autres sociétés.Dans ce sens, le modèle québécois, loin d\u2019être figé, s\u2019est constamment adapté aux besoins du Québec et de sa population.Il est donc pour le moins réducteur de limiter la réflexion sur cette originalité à sa seule dimension économique et à la place qu\u2019occupe l\u2019État dans la société québécoise.La réalité d\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est que l\u2019État québécois s\u2019inscrit, avec un rôle primordial, il est vrai, dans une dynamique où toutes les composantes sociales du Québec ont un rôle à jouer.Ces relations sociales originales sont entre autres une conséquence de la Révolution tranquille.Par exemple, la création du Conseil du patronat du Québec, en 1969, répond aux besoins des milieux d\u2019affaires de se donner une voix cohérente dans ce dialogue social avec l\u2019État et avec les acteurs sociaux.Un des enjeux majeurs pour le Québec d\u2019aujourd\u2019hui comme pour de nombreuses sociétés, c\u2019est de réconcilier le développement économique et le développement social.Pour relever ce défi avec succès, l\u2019implication de toute la société civile est essentielle.C\u2019est ce qui explique, par exemple, que le sommet socioéconomique de 1996 comptait outre le gouvernement, les associations patronales et syndicales, un nouvel acteur : les milieux communautaires.Les déclarations récentes de Gérald Ponton, de l\u2019Alliance des manufacturiers et des exportateurs du Québec, sur l\u2019importance de la participation des groupes communautaires avec les partenaires du marché du travail pour gérer les mesures actives de main-d\u2019oeuvre, illustre bien cette originalité du Québec.Il est clair qu\u2019une économie de taille relativement modeste et ouverte comme celle du Québec nécessitera toujours, pour des raisons à la fois économiques et sociales, un rôle plus important du secteur public que dans des économies de plus grande taille.Comme société, le Québec doit continuer à privilégier la voie de la responsabilité et de la solidarité.Des études récentes concluent que dans les pays de l\u2019OCDE, il y a une corrélation très forte et positive entre le volume des dépenses publiques (en % du PIB) et le degré d\u2019ouverture aux échanges extérieurs.En d\u2019autres termes, une protection sociale forte et bien pensée peut être un facteur de compétitivité pour une économie qui se mondialise.Les cas des Pays-Bas, de la Norvège, du Luxembourg, de l\u2019Autriche et du Danemark en sont des exemples.Cette protection sociale n\u2019a pas nécessairement pour prix un chômage élevé comme le pensent certains.Pour reprendre les cas des pays cités précédemment, leurs taux de chômage sont tous inférieurs à celui du Canada.Pour les individus comme pour les entreprises, le niveau de fiscalité et de réglementation acceptable est fonction des bénéfices qu\u2019ils estiment en tirer en contrepartie : infrastructure routière, système d\u2019éducation meilleur, services publics efficients, environnement propre et sécuritaire, relations de travail positives.Le Québec doit donc poursuivre ses efforts pour débureaucratiser et organiser de façon originale ses services collectifs afin que les Québécoises et les Québécois bénéficient au maximum de leurs investissements collectifs faits par le biais de la fiscalité.Le modèle québécois peut être un atout pour faire face aux défis de la mondialisation tout en maintenant des normes sociales élevées.En effet, si les règles du commerce international peuvent diminuer l\u2019utilisation des outils traditionnels de l\u2019État, elles ne peuvent en aucun cas restreindre la capacité d\u2019une société à se doter d\u2019une dynamique sociale originale pour faire face aux enjeux de cette ouverture des marchés.L\u2019enjeu de la démocratisation La reconnaissance du rôle stratégique de l\u2019État québécois doit aller de pair avec une augmentation du poids des communautés locales et de l\u2019importance de la société civile dans la vie sociale et économique du Québec.C\u2019est ce qui explique que les pratiques de concertation se sont développées beaucoup depuis le début des années 1990.Ces pratiques, loin d\u2019être des relents corporatistes comme le soutiennent certains, constituent un processus fondé sur un dialogue constant entre l\u2019État et la société civile pour rendre possible la mise en oeuvre de stratégies partagées de développement économique et social.À ce titre, il s\u2019agit d\u2019un moyen qui renforce la démocratie si elle vient en appui au travail des élus.Elle permet, en effet, à ceux-ci de faire des choix de manière plus informée et plus transparente en prenant en compte tous les intérêts présents dans la société québécoise.C\u2019est un processus qui s\u2019appuie sur le débat et nécessite le renforcement de la vie démocratique.La démocratie peut être renforcée en précisant les règles de la consultation et de la concertation.Ces règles sont encore largement informelles, certains acteurs mieux organisés et mieux nantis que d\u2019autres ont plus de facilités à se faire entendre.Il importe donc de rééquilibrer les capacités de représentation des acteurs sociaux.De même, il faut trouver les moyens de revaloriser le rôle des élus et des institutions démocratiques et de les rapprocher des citoyennes et des citoyens.L\u2019enjeu de la souveraineté La décentralisation politique fait partie des moyens pour progresser sur cette voie.L\u2019Étatpartenaire accepte de réduire le degré de centralisation du pouvoir et s\u2019emploie à faire de la place à un accroissement des responsabilités des communautés régionales et locales, tout en assurant les protections sociales de base.Or, cette décentralisation est difficilement envisageable dans le cadre du fédéralisme canadien parce que, comme le soulignait le président de la CSN, Marc Laviollette, elle affaiblirait l\u2019État québécois face à l\u2019État fédéral.C\u2019est particulièrement vrai dans le nouveau contexte créé par la signature par les provinces, à l\u2019exception du Québec, de l\u2019entente cadre sur l\u2019union sociale.Rappelons que cette entente permet au gouvernement fédéral d\u2019intervenir dans les champs de compétence des provinces et de verser directement des subventions à des organismes ouvrant dans ces champs.Il s\u2019agit-là d\u2019un autre aspect de la politique de centralisation du gouvernement fédéral.On le voit bien par cet exemple, la réflexion sur le modèle québécois ne peut être dissociée du débat sur le statut du Québec.La portée et les moyens de cette dynamique sociale originale ne sont pas les mêmes dans le cadre d\u2019une province ou d\u2019un pays souverain.À cet égard, le Bloc Québécois a pris l\u2019engagement de poursuivre la réflexion sur la souveraineté et sur la démocratisation des institutions politiques ainsi que du modèle québécois, une réflexion que nous souhaitons faire avec le plus grand nombre.Car, pour nous, c\u2019est bien sur ce plan que se situent les enjeux.La question n\u2019est pas moins ou plus d\u2019État, mais un État meilleur, pivot d\u2019un modèle québécois plus démocratique.PHOTOTHÈQUE, La Presse Pierre Paquette Un des enjeux majeurs pour le Québec d\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est de réconcilier le développement économique et le développement social.Une équipe a été démantelée d\u2019un trait de plume par une bureaucratie aveugle et irresponsable. 5LP0401B0623 b4-plus2000 5LP0401B0623 ZALLCALL 67 12:52:17 06/28/00 B B 4 LA PRESSE, MONTRÉAL, VENDREDI 23 JUIN 2000 PIERRE MERTENS collaboration spéciale, BRUXELLES, Belgique Je compte quelques amis juifs qui, aujourd\u2019hui encore, pour rien au monde ne visiteraient l\u2019Allemagne \u2013 et Berlin en particulier.Du temps que j\u2019ignorais mes origines juives, j\u2019étais comme eux.Ce fut, curieusement, en vérifiant mon identité que l\u2019envie me vint d\u2019y aller, et même d\u2019y rester un certain temps.À Berlin-Ouest, veux-je dire.Au temps où il y avait encore un mur.Un mur où se heurter le front.Un mur à détruire.Un mur menaçant mais, dans un sens, protecteur.( Il me semblait parfois qu\u2019au coeur de cette enceinte, on était, jusqu\u2019à un certain point, protégé de l\u2019insignifiance, de la frivolité intellectuelle.Un mur peut être aussi un miroir\u2026) C\u2019était une ville lacustre et forestière.Abîmée par les bombardements de 1945 et plus saccagée encore par les urbanistes.Un immense terrain vague en travers duquel le Mur serait tombé telle une hache.Elle exhibait ses plaies ( de meurtrière, et de victime aussi ).À cause de cela, sans doute, cette vieillarde, qui comptait plus de 750 ans, avait l\u2019air terriblement jeune.Pas belle, parfois hideuse, mais pleine de charme.De plusieurs charmes, dont certains empoisonnés.Il s\u2019agissait donc d\u2019une île.Mais, bizarrement, c\u2019était le territoire estallemand qui avait l\u2019air encerclé.Réduit à l\u2019asphyxie.Ce qui explique que le siège, au moment où on ne l\u2019attendait plus, ait été levé.Et que la RDA se soit effondrée.On pouvait se sentir très seul à Berlin-Ouest.La cité elle-même ne constituait-elle pas un solipsisme?Il était facile de s\u2019y égarer.Et de ne retrouver ses repères que grâce au Mur\u2026 Par la force des choses : un lieu de mémoire.Partout, on rappelait les crimes immenses qui avaient été, ici, ourdis.Mais aussi les velléités de résistance au nazisme qu\u2019on y avait manifestées à l\u2019aube de la guerre.Au bord du lac de Wannsee, le grand romantique Heinrich Von Kleist s\u2019était, autrefois, suicidé.Et, longtemps après, Eichmann et Heydrich jetèrent «les bases de la solution finale du problème juif».Quand je sus que j\u2019étais juif \u2014 je crois que je tombai juif comme on tombe amoureux \u2014, je décidai d\u2019aller vivre là-bas pour voir comment c\u2019était.Je ne visitai jamais, deux jours de suite, la même ville.Tantôt fracturée, déchirée, plusieurs fois ruinifiée.Tantôt hospitalière, écologique et municipale.Un église célèbre «le souvenir» d\u2019un très ancien monarque.Mais tant d\u2019Histoire est tombée, depuis lors, sur tout cela, en avalanche, que ce ne sont pas les souvenirs qui manquent.Quel oeil jette sur ce paysage Nefertiti ici présente ?J\u2019ai connu une vieille clocharde qui passait toutes ses journées à arpenter, avec un caddy chargé de menues provisions, le Kurfürstendamm.Elle ne devait jamais apercevoir deux fois de suite les mêmes perspectives.Que ne pourrait-elle pas raconter au terme de ses expéditions au tréfonds d\u2019un panorama naturellement expressionniste ?On dit qu\u2019à présent le Mur est tombé.Ce fut l\u2019occasion d\u2019organiser une belle fête.L\u2019euphorie a gagné tous les environs\u2026 La «réunification» s\u2019est-elle, pour autant accomplie ?C\u2019est une autre histoire.Parfois il semble qu\u2019un fossé profond a seulement pris la place d\u2019une muraille.Et que l\u2019Ouest amputé de son enceinte éprouve comme une douleur fantomale\u2026 Mais semblable nostalgie apparaît bien déplacée, n\u2019est-ce pas ?C\u2019est un sujet tabou.Un écrivain d\u2019ici, qui avant de recevoir le prix Nobel, avait eu le malheur d\u2019insinuer que la grande réconciliation n\u2019était pas encore accomplie, on l\u2019a proprement lynché dans maints journaux\u2026 Il faudra plus d\u2019une génération pour que les Allemands n\u2019apparaissent plus nicht versöhnt (irréconciliés).«Rome ville ouverte»\u2026 «Jérusalem délivrée»\u2026 Et Berlin ?Ville rouverte.Mais comme un dossier, ou une blessure ?B4 LA PRESSE, MONTRÉAL, VENDREDI 23 JUIN 2000 de gens et en tua des centaines de milliers d\u2019autres, sans oublier ceux, plus nombreux encore, qui privés de vivres, de médicament et d\u2019eau potable, moururent de maladie, de faim ou périrent noyés.À l\u2019époque, on s\u2019attarda à peine sur cette tragédie.C\u2019était comme si les deux évènements s\u2019étaient déroulés sur des planètes différentes, ou tout du moins, de part et d\u2019autre d\u2019une muraille invisible.D\u2019un côté se trouvaient les gens importants, ceux qui comptaient, de l\u2019autre, ceux dont on pouvait se passer.Presque inconsciemment, un nom me vint à l\u2019esprit pour qualifier cette muraille cauchemardesque: le Mur de Washington.À chaque instant, des millions de gens tentent de franchir ce mur et rares sont ceux qui s\u2019en sortent indemnes.J\u2019aurais pu l\u2019appeler le Mur de Londres, de Sao Paulo, que sais-je encore.Car ce mur existe partout, il traverse le temps et l\u2019espace, conquiert peu à peu les coeurs, les esprits, les rues, les continents.Plus long que les latitudes et les longitudes mises bout à bout, son origine se confond avec celle de l\u2019Histoire du monde.Ce mur n\u2019est pas constitué de matériaux cassables, tangibles, de barbelés, de fortifications ou d\u2019électrifications.Et pourtant, il est imprenable car il est imbriqué de haine et de préjugés, cimenté de peur et recouvert d\u2019ignorance.C\u2019est un mur qui sépare les riches des pauvres ; les forts des faibles ; les honnêtes contribuables, tant chéris par les médias, des malades et des affamés, si peu ADAM ZAMENZAD, collaboration spéciale, PAKISTAN Responsable de la construction de la grande muraille de Chine, le général Meng T\u2019ien fut contraint par l\u2019empereur Ch\u2019in de se suicider une fois sa mission accomplie.«Il est vrai, reconnut, dit-on, le général, que j\u2019ai commis un crime qui mérite la mort.De Lin-t\u2019ao à Liao- Tung, j\u2019ai édifié des ramparts et creusé des fossés sur plus de dix mille li.Sur une telle distance, j\u2019ai forcément tranché les veines de la terre.Voilà mon crime.» Durant l\u2019hiver 1989, comme tant d\u2019autres, je regardais la télévision avec une fascination confinant à l\u2019hypnose.Ivres de joie, des milliers de Berlinois de l\u2019Est et de l\u2019Ouest semblaient se délecter à faire tomber morceau par morceau le perfide mur de Berlin.Un commentaire accompagnait les images.J\u2019appris qu\u2019entre 1949 et 1961, 2,5 millions d\u2019Allemands de l\u2019Est étaient passés illégalement à l\u2019Ouest.C\u2019est ainsi qu\u2019en 1961 furent posées les fondations du mur, qui n\u2019était alors constitué que de fil de fer barbelé et de blocs cylindriques.Par la suite, tout cela fut bien sûr remplacé par un mur de béton coiffé de barbelés et agrémenté de clôtures électrifiées, de fortifications, de miradors et d\u2019armes à feu.Bientôt, le mur s\u2019agrandit et finit par séparer entièrement Berlin-Ouest de l\u2019Allemagne de l\u2019Est.J\u2019appris également que malgré de déploiement de forces, 5000 personnes parvinrent à franchir le mur et 5000 autres furent capturées en tentant de le faire.Centre-quatre-vingt-onze malheureux perdirent la vie dans l\u2019aventure.À peu près à la même époque, le Bangladesh fut ravagé par un terrible cyclone, qui jeta à la rue des millions photogéniques ; les politiciens de l\u2019humanité, les chrétiens du Christ.Partout, dans le monde, il faudrait des millions de gens ivres de joie pour abattre ce mur morceau par morceau et réunifier ce monde fragmenté.Fragmenté par les barrières de la richesse, de la vanité, de la cupidité, de la suffisance.Et par les lois antinaturelles, inventées par l\u2019homme pour contrer les lois universelles de la nature, tel que le droit inaliénable des humains, des animaux et des oiseaux de migrer pour échapper à la violence, à la guerre, à la famine ou à la pauvreté, ou simplement pour le plaisir de voyager ou de trouver l\u2019âme soeur.De nombreuses espèces d\u2019animaux et d\u2019oiseaux périraient si on leur ôtait la liberté de migrer ou de changer d\u2019habitat s\u2019ils venaient à manquer de nourriture ou si leur reproduction était menacée.Il en va de même des humains.Peu importe que ceux qui subissent ce destin soient aujourd\u2019hui considérés par d\u2019autres comme des sous-hommes, car au bout du compte, nous serons tous concernés.Lorsque l\u2019on se balade dans les rues de n\u2019importe quelle grande ville, la présence de ce mur invisible devient plus évidente encore.Il suffit de voir comment les honnêtes citoyens enjambent les épaves humaines recroquevillées dans les coins, leur couverture étendue devant eux dans l\u2019espoir qu\u2019on y jette une pièce.Ne dirait-on pas qu\u2019un mur presque palpable s\u2019est formé entre les bons élèves et le reste du monde, fortifiant leurs chevilles, caressant leurs cuisses, soutenant leur dos, raidissant leur nuque, redressant leur tête et leur nez ?Lorsqu\u2019il y a 20 ans, je quittai le Pakistan pour la première fois, j\u2019eus la chance d\u2019entrer dans de nombreux pays grâce à mon seul passeport.Aucun visa ne me fut demandé.Dans chaque aéroport, à chaque frontière terrestre, on me posait quelques questions et on tamponnait mon passeport avant de me laisser repartir.En France, on ne me demandait rien du tout.Je n\u2019avais qu\u2019à produire mon passeport pour qu\u2019on me fasse entrer d\u2019un signe de la main et avec un grand sourire.Quelques années plus tard, j\u2019en étais réduit à faire la queue pendant trois jours sous la pluie devant l\u2019ambassade de France à Londres, et tout cela pour une visite de deux jours à Paris.On me demanda un certificat de travail et je dus faire la preuve de mes revenus, montrer mon billet de retour et produire des références pour que l\u2019on me remette le formulaire d\u2019inscription.Actuellement, grâce à Shengen, ces formulaires sont en libre accès.Voilà comment j\u2019étais traité, moi, digne représentant de la classe moyenne doté d\u2019une bonne culture générale et d\u2019un honorable emploi d\u2019enseignant.Malheur aux pauvres, aux simples, aux analphabètes.De nos jours, il n\u2019existe pas pire insulte, crime plus abject que d\u2019être réfugié économique.Pourtant, dans les temps bibliques, connus pour leur dureté, le droit d\u2019une personne à émigrer en cas de famine et de pauvreté était bien établi.De même que les États-Unis et le Canada doivent leur existence même à des réfugiés économiques.Mais aujourd\u2019hui, avec l\u2019émergence de ce mur \u2013 ce mur qui tranche les veines non plus seulement de la terre mais de l\u2019humanité tout entière \u2013 les nouveaux réfugiés sont accueillis à coups de pied dans les fesses.En outre, ce mur n\u2019en finit pas de grandir et il atteint aujourd\u2019hui des proportions jamais égalées par le Mur de Berlin.Maintenir les pauvres, les faibles, les gêneurs, les non-conformistes derrière leurs frontières terrestres, revient en fait à se débarrasser d\u2019eux.Pourtant, il n\u2019existe plus d\u2019état ethniquement « pur ».Tous abondent aujourd\u2019hui de toutes sortes de diversités.Donner carte blanche à la majorité au nom de la démocratie ou armer la minorité au nom de la liberté, ne peuvent que mener à la catastrophe.Seules la compassion et la conquête de sa propre insignifiance peuvent faire une brèche dans ce mur.Chaque mois, des auteurs du monde entier nous parlent des lieux qui les ont marqués.Les lieux de mémoire du XXe siècle Plus 2000 Né au Pakistan, Adam Zamenzad est l\u2019auteur de plusieurs romans dont My friend Matt and Hena the Whore, The 13th House (La Treizième Maison), ou The Gorgeous White Female, pour lequel il a obtenu le David Higham Prize.Il y évoque son pays natal mais aussi ses nombreux voyages qui l\u2019ont mené de l\u2019Asie vers l\u2019Afrique et l\u2019Europe.Il enseigne actuellement l\u2019anglais à Prague.Le «mur» de Washington Pierre Mertens est né à Bruxelles en 1939.Juriste de formation, il est d\u2019abord observateur au Proche-Orient, en Amérique latine, dans les pays de l\u2019Est, avant de devenir professeur de littérature comparée et journaliste.Il a passé 18 mois à Berlin comme boursier du Berliner Kunstler-programm.C\u2019est un auteur prolifique de romans, dont L\u2019Inde ou l\u2019Amérique (1969) ou Les éblouissements (1987), de nouvelles et de pièces de théâtre.Berlin, ville rouverte La Presse 23 juin 2000 Page B5 manquante 5LP0601B0623 b67-plus2000 5LP0601B0623 ZALLCALL 67 12:51:55 06/28/00 B B6 LA PRESSE, MONTRÉAL, VENDREDI 23 JUIN 2000 B7 Plus2000 Le capitaliste de l\u2019intellect aux gènes n Leif Edvinsson 55 ans, Expert en capital intellectuel, Vice-président et directeur du capital intellectuel, Skandia Insurance Company Ltd.www.skandia.se Stockholm, Suède « Les modèles traditionnels de comptabilité, qui ont si bien décrit les entreprises pendant la moitié d\u2019un millénaire, sont aujourd\u2019hui dépassés par la révolution qui s\u2019opère dans les entreprises modernes.» Leif Edvinsson, directeur du « capital intellectuel» dans l\u2019entreprise suédoise de services Skandia, ne mâche pas ses mots.Cet homme, qui conseille aussi bien son entreprise, son gouvernement et l\u2019ONU, théorise déjà le travail de demain.Sa fonction, encore rare aujourd\u2019hui, pourrait bientôt devenir cruciale : elle consiste à identifier et à diffuser les compétences humaines au sein du réseau international de l\u2019entreprise, afin de multiplier son efficacité.Et ça marche : en 10 ans, Skandia est passée de la 300e à la quatrième place mondiale dans son secteur, son chiffre d\u2019affaires a augmenté de 40 %, alors que ses effectifs sont restés stables (10 000 personnes).Comment ?En écoutant Edvinsson et en construisant un réseau mondial de 95000 experts externes, payés à la commission et reliés à la société par intranet.« Nous utilisons les décalages horaires pour ne jamais nous arrêter de travailler.» Une méthode qui fait des émules: le «networking» à la Skandia se diffuse partout et Edvinsson vient de gagner le prestigieux prix du Brain Trust londonien, où il était en compétition avec \u2026 Bill Gates.Une idée «jean»-iale n Peter Del Rio 40 ans, Chef d\u2019entreprise Cofondateur et PDG, Interactive Custom Clothes Company www.ic3d.com New York, États-Unis Après avoir travaillé à Wall Street pendant 14 ans, Peter del Rio a inventé un nouveau type de marketing.En 1996, il crée « InterActive Custom Clothes » (ic3d), une entreprise qui illustre ce que certains appellent déjà une révolution : le « sur-mesure de masse,» nouveau modèle économique qui doit mettre fin au modèle fordiste de la standardisation.L\u2019idée est simple : grâce à un logiciel d\u2019intelligence artificielle, entièrement conçu par Peter, qui gère les données fournies par les clients (tailles, matière, motif), ic3d fournit à chacun le jean de ses rêves, exactement à sa taille et sans surcoût.Ic3d n\u2019est pas la seule du secteur.Levi\u2019s s\u2019est aussi lancé dans l\u2019aventure avec son programme «Personal Pair.» Mais selon Peter, « Levi\u2019s fait du faux sur-mesure.Seule l\u2019intelligence artificielle, qu\u2019il n\u2019utilise pas, permet de dessiner le jean parfait.Levi\u2019s ne fait que retoucher les modèles existants .» Et ic3d a une autre longueur d\u2019avance : en combinant son logiciel high-tech et Internet comme unique support de vente, l\u2019entreprise a trouvé la formule parfaite pour le consommateur de demain.Comme le souligne Peter, ic3d a été lancée le jour d\u2019«Independence Day», la fête nationale américaine, « pour bien insister sur le droit fondamental de chacun à la liberté de choix.» Le prof qui venait du froid n Isak D.Froumin 43 ans, Chercheur en sciences de l\u2019éducation Directeur de l\u2019Institut de pédagogie expérimentale, Université de Krasnoyarsk, Russie Au coeur de la Sibérie, dans l\u2019école expérimentale « Univers » créée il y a dix ans pour réformer le système éducatif soviétique, le professeur Isak Froumin invente une nouvelle manière d\u2019enseigner.Avec une équipe de chercheurs en psychologie et pédagogie de l\u2019Université de Krasnoyarsk, il a élaboré une méthode qui repose sur un échange permanent entre élèves et professeurs et part d\u2019un constat en forme de manifeste : « En Russie, la liberté que nous avons gagnée depuis à peine 10 ans est utilisée par beaucoup de gens pour leur seule utilité personnelle.J\u2019essaie d\u2019apprendre à mes élèves qu\u2019il faut l\u2019utiliser pour le bien de tous, car la vie en société est impossible autrement.» En pratique, il part de l\u2019expérience personnelle de chacun pour aborder l\u2019éducation civique et les problèmes de société en général \u2013 qu\u2019ils soient politiques, économiques ou sociaux.Pour cela, les enseignants font parler les élèves sur leurs problèmes personnels, puis les amènent à concevoir ces problèmes comme des cas particuliers illustrant des tendances sociales plus globales.Le but ?Créer dans l\u2019école un climat général propice à la naissance d\u2019une société harmonieuse.Aujourd\u2019hui, « Univers » compte 2000 élèves et des dizaines d\u2019écoles ont éclos en Russie sur le même modèle.Des chercheurs étrangers s\u2019intéressent aussi à l\u2019expérience, dont la valeur d\u2019exemple dépasse largement la Russie.Mad Marx n Charles Handy 68 ans, Philosophe social, London Business School Londres, Royaume-Uni Cet homme a un double mérite : non seulement il pose les bonnes questions, mais il y apporte surtout des réponses peu communes.Charles Handy est persuadé que l\u2019entreprise va devenir un instrument de libération pour l\u2019homme.Son raisonnement est simple: la propriété comme base de la richesse est une notion périmée.C\u2019est aujourd\u2019hui sur l\u2019intelligence et la compétence que repose la valeur.Ce qui amène cet ancien cadre international de Shell, créateur de la London Business School, à une conclusion inattendue : «Karl Marx avait raison: le monde serait meilleur si les travailleurs détenaient les moyens de production.» Bonne nouvelle: avec l\u2019avènement de l\u2019ère post-machine, c\u2019est possible.«Nous, les individus, ne pouvons plus être possédés par une entreprise, explique-t-il.Nous sommes condamnés à être libres.» Pour gérer cette liberté née de la désalarisation et créer un monde meilleur, Handy propose de considérer la vie comme la gestion d\u2019un portefeuille d\u2019actions, avec des actionstravail, des actions-vie sociale et des actions-famille : ainsi, gains et pertes peuvent se compenser et équilibrer la vie de chacun.Pour Handy, la nouvelle organisation du travail donne à l\u2019homme les moyens de se ressaisir de sa liberté et de profiter enfin de la liberté de choix sur laquelle repose, après tout, le capitalisme.Cyberprof n Pedro Hepp 49 ans, Ingénieur Coordinateur national du Projet Enlaces (Liens), Institut d\u2019informatique éducative, Université de La Frontera www.enlaces.cl Temuco, Chili Pedro Hepp est un ingénieur pas comme les autres.Poussé par sa femme et ses quatre enfants, il se spécialise dans les logiciels éducatifs et s\u2019attèle bientôt à un grand projet : utiliser la technologie pour démocratiser l\u2019éducation.En 6 ans, il a fait du « Proyecto Enlaces, » projet pilote mis en oeuvre dans la région la plus pauvre du Chili, l\u2019une des réformes les plus réussies du système éducatif chilien, et une expérience que la Banque mondiale considère comme le meilleur exemple d\u2019introduction d\u2019Internet à l\u2019école.L\u2019idée de départ est d\u2019interconnecter toutes les écoles chiliennes, pour permettre une meilleure circulation des nouvelles méthodes pédagogiques, au lendemain du rétablissement de la démocratie.Un enjeu de taille dans un pays d\u2019inégalités criantes, et dont la géographie ne facilite pas les choses.Enlaces fournit les écoles (secondaires et primaires) en ordinateurs multimédia et forme les professeurs.Liés par le réseau, les élèves correspondent entre eux, développent des projets en ligne ou organisent des «jeux olympiques éducatifs ».Enlaces a également développé des logiciels d\u2019apprentissage ainsi que des lieux de rencontre sur son site et des liens à d\u2019autres sites en espagnol.Pour Pedro Hepp, «le succès de ce projet pourrait ouvrir de nouvelles opportunités aux millions d\u2019enfants de la planète ».Le nouveau Gutenberg n Michael Hart 53 ans, Professeur de texte électronique, Directeur, Projet Gutenberg promo.net/pg/ Champaign, États-Unis En découvrant Internet en 1971 sur un campus américain, Michæl Hart a eu «une intuition visionnaire.» «J\u2019ai compris que, pour le grand public, la vraie valeur des ordinateurs ne résiderait pas dans leur puissance de calcul mais dans leur capacité à faire circuler de l\u2019information et des connaissances.» Ce fils d\u2019instituteur, fier de ses origines modestes, lance alors le projet Gutenberg, qui lui vaudra pendant longtemps une réputation de sympathique illuminé : mettre sur Internet le patrimoine littéraire de l\u2019humanité, pour rendre les livres accessibles à tous.Après des années de vaches maigres, c\u2019est seulement au début des années 1990 que le projet décolle vraiment, quand Internet commence à se diffuser.Dès lors, les bénévoles affluent, proposent des livres déjà numérisés, assurent la promotion du site ; ils sont un millier aujourd\u2019hui, dont plusieurs dizaines à temps complet.La bibliothèque virtuelle, dont des sites existent sur chaque continent contient près de 1500 ouvrages et s\u2019accroît en moyenne de 45 titres par mois.Seul obstacle : à cause des lois sur le copyright, l\u2019essentiel de la littérature du vingtième siècle lui échappe.Mais Michæl Hart n\u2019est pas prêt de renoncer : il passera outre.« Les éditeurs s\u2019arrangeront sans doute pour me faire jeter en prison mais ça m\u2019est égal.Il y aura un procès public et ce sera une tribune idéale.» Syndicaliste de demain n Sara Horowitz 36 ans, Syndicaliste Directrice, Working Today («Travailler aujourd\u2019hui») www.workingtoday.org New York, États-Unis Comme son père et son grand-père, Sara Horowitz est syndicaliste.Mais c\u2019est un nouveau type de syndicat que cette New-Yorkaise de 34 ans a inventé en 1995 en lançant «Working Today.» L\u2019organisation, qui compte déjà 60 000 membres, s\u2019adresse uniquement aux travailleurs indépendants, qu\u2019ils soient publicitaires, journalistes pigistes, chauffeurs de taxi ou comptables à temps partiel.«De la même façon que la révolution industrielle a provoqué l\u2019émergence des syndicats, nous devons aujourd\u2019hui développer une nouvelle vision adaptée à l\u2019économie de l\u2019information, » explique Sara Horowitz.Son idée est simple : puisque les travailleurs indépendants représentent aujourd\u2019hui le tiers de la population active américaine, il faut « casser l\u2019ancien système» qui rattache les droits sociaux de l\u2019individu à l\u2019entreprise qui l\u2019emploie.«Working Today » fonctionne donc comme une association de consommateurs qui négocie pour ses membres, en échange d\u2019une cotisation de 10 dollars, assurances, matériel informatique, bureaux ou billets d\u2019avion à bas prix.C\u2019est aussi une bourse d\u2019échange et d\u2019information, et surtout un port d\u2019attache auquel ses membres restent fidèles, tout en voguant d\u2019un emploi à l\u2019autre.Pour eux, Sara Horowitz écrit les nouvelles lois du travail.Et espère « inventer une nouvelle forme de démocratie ».Le travail en voie de disparition n Dominique Méda 38 ans, Philosophe et haut fonctionnaire Responsable de la recherche, ministère de l\u2019Emploi et de la Solidarité www.travail.gouv.fr Paris, France Dominique Méda a une révolution d\u2019avance.Alors qu\u2019en France on cherche des solutions pratiques pour réduire le chômage, elle conteste dans son livre Le travail, une valeur en voie de disparition la place exagérée qu\u2019a pris le travail dans nos sociétés.Pour cette jeune philosophe, qui est aussi haut fonctionaire au ministère du Travail français, définir le travail comme le fondement du lien social est une erreur, et une erreur dangereuse.«Le seul lien économique ne suffit pas à rendre harmonieuse une société, affirme-t-elle.Au contraire.Il y a dans notre religion de l\u2019économie une espèce de démission : on croit que l\u2019économie nous dicte des lois naturelles, alors que celles-ci ne correspondent à rien de concret.» Reprenant Aristote, elle souligne qu\u2019il existe quatre grands types d\u2019activités humaines : les activités productives certes, mais aussi politiques, culturelles et privées.Pour sortir d\u2019une société dualisée et bientôt invivable, il faut garantir à chaque individu la possibilité \u2013 et donc le temps \u2013 d\u2019avoir une vie amoureuse et familiale, de s\u2019investir dans la politique et les associations, de se cultiver aussi.Est-ce possible ?Dominique Méda y croit : « Je pense que cette évolution recoupe le désir d\u2019un certain nombre de personnes.Il y a un phénomène de ras-le-bol dans nos sociétés aujourd\u2019hui, et pas seulement en France.» Les pionniers du troisième millénaire L\u2019école de la deuxième chance n Chris Peat 44 ans, Éducateur, Royaume-Uni Directeur, École de la deuxième chance de Leeds (Second Chance School) Leeds À Leeds comme dans beaucoup d\u2019autres villes britanniques, la croissance économique des dernières années a produit des richesses et des exclus.Chris Peat, qui travaille depuis plus de 13 ans dans les quartiers difficiles de la ville, a voulu leur donner une deuxième chance: « Je voulais établir une passerelle entre les emplois nés du boom économique à Leeds et les populations les plus désavantagées, qui ne trouvaient pas de travail, » explique-t-il.Il a donc créé l\u2019 « École de la deuxième chance », une expérience éducative originale qui met en pratique l\u2019idée nouvelle de formation permanente.L\u2019école s\u2019adresse à des jeunes chômeurs qui ont quitté l\u2019école sans aucune qualification.Son équipe, qui mêle éducateurs sociaux et anciens professeurs, propose des cours de base en anglais et mathématiques.Pour le reste, chacun est libre de se concocter sa propre formation, en utilisant les ateliers \u2013 informatique, design, cuisine \u2013 à disposition des élèves, et en suivant des cours dans l\u2019un des trois collèges associés au projet.En pratique, la moitié des élèves choisissent de se spécialiser dans les technologies de l\u2019information et de la communication.Aujourd\u2019hui les élèves affluent et des partenariats ont été noués avec des entreprises qui garantissent stages et souvent emplois.Enfin, Leeds est reliée par réseau électronique à 12 autres écoles-pilote, grâce au soutien de la Commission européenne.Les nouveaux travailleurs Les processus de travail évoluent à un rythme accéléré en cette fin de siècle.La combinaison des facteurs technologiques, démographiques, sociaux, culturels, politiques ou économiques fait en sorte que les modèles traditionnels ne sont plus dominants et que plusieurs modèles alternatifs se développent parallèlement.Nous vous proposons dans ces deux pages les portraits de neuf pionniers qui, chacun à leur façon, contribuent à modifier la place que le travail occupe dans la vie de tous les jours. 5LP0801B0623 b8-plus2000 5LP0801B0623 ZALLCALL 67 12:52:10 06/28/00 B BB88 LAL APRPERSESSES,E M, MONOTNRTÉRAÉLA, LV,EVNEDNRDERDEID 2I32 J3UJIUNI 2N0200000 Madame Ricci, une femme discrète, avait un sens incroyable du drapé, dit Nathalie Gervais.Mais cette technique, aussi magistrale puisse-t-elle être, me semblait appartenir au passé.Par ailleurs, son univers, toujours aussi lumineux et empreint de positivisme, m\u2019a, lui, semblé intemporel, au même titre que «Roméo et Juliette, Tristan et Iseut, et porteur de sens dans notre quotidien actuel qui manque terriblement de poésie ».Après avoir étudié l\u2019histoire de la maison Ricci, fondée au tournant des années trente, la philosophie de Robert Ricci, fils de Nina, est ce qui a semblé l\u2019héritage le plus précieux de la maison aux grands yeux de Gervais.Faut dire qu\u2019il parlait d\u2019abord de liberté, de féminité et de mouvement.Des mots clés dans l\u2019histoire de la mode du siècle dernier.La quête du confort En fait, à bien y regarder, l\u2019évolution de la mode du XXe siècle aura été une longue quête du confort.Avec bien sûr une exception à cette règle portant le nom de Christian Dior: en 1947, le couturier parisien faisait scandale avec ses robes étranglant \u2013 à nouveau \u2013 la taille, confectionnées avec des kilomètres de tissu.Le «New Look», comme on l\u2019a baptisé, a même fait descendre des New-Yorkaises à Times Square, horrifiées par tant de gaspillage par ces temps de grandes restrictions.«Il y a eu aussi bien sûr Chanel qui, dans le courant des années vingt, a définitivement marqué le paysage de la mode dans cette sublimation du sport-chic, poursuit Nathalie Gervais.En fait, au début du siècle, Coco Chanel a ouvert ce que j\u2019appelle la troisième voie avec des vêtements à la fois raffinés et décontractés, taillés dans des jerseys.Du jamais vu.À l\u2019époque, on n\u2019observait que deux courants: ou bien des vêtements très VIVIANE ROY collaboration spéciale Il y a eu le génie de créateurs comme Coco Chanel, André Courrèges ou Jean-Paul Gaultier.Mais ce qui allait marquer la mode le plus profondément au siècle dernier, ce fut.la Seconde Guerre mondiale.« Du jour au lendemain pratiquement, les femmes, qui faisaient leur entrée massive dans les usines de guerre, ont adopté un nouveau code vestimentaire plus confortable, en commençant par le pantalon », dit Nathalie Gervais, la Montréalaise qui a brillamment repris les commandes de Nina Ricci à Paris, en octobre 1998.La créatrice de 37 ans nous accordait une entrevue téléphonique pour revisiter le siècle de mode qui a pris fin et imaginer ce que sera le XXIe.Son mandat à la maison de couture de l\u2019avenue Montaigne ?Après un séjour chez Gucci et Valentino, la jeune maman de William- Alec, 4 mois et demi, veut ramener la maison dans « l\u2019air du temps» \u2013 justement le nom du parfum vedette de la société, qui jouit toujours d\u2019un succès mondial quelques décennies après son lancement.Si la fragrance, dont elle vient tout juste de redessiner le flacon \u2013 nous le voyons ici photographié en première mondiale \u2013 a toujours su flotter d\u2019une mode à l\u2019autre, on ne peut en dire autant du prêt-à-porter masculin et féminin de chez Nina Ricci.Mais Mme Gervais allait changer cela en débarquant dans les studios de création du huitième arrondissement.«La collection Ricci est de loin celle qui m\u2019a le plus marquée la semaine dernière à Paris, indique Dali Sanschagrin, journaliste à l\u2019émission D.à MusiquePlus.Nathalie Gervais propose une mode optimiste, à la fois empreinte d\u2019histoire et de modernité.» figés et corsetés chez les nantis, ou alors des tenues nettement moins élaborées chez les ouvriers.» Selon la directrice artistique de Ricci, après celle de la Deuxième Guerre mondiale, il faudra attendre au début des années 60 pour assister à une autre révolution de la mode.Celleci coïncide avec la venue d\u2019André Courrèges et de Pierre Cardin, qui arrivent avec la minijupe et les tissus synthétiques.Et, en sus, une vision globale de la mode.Une vision très commerciale, axée sur le marketing, que reprennent aujourd\u2019hui des figures de proue comme Tom Ford.« Dans le courant des années soixante-dix, Yves Saint Laurent a également effacé les frontières entre vêtement féminin et masculin, estime Nathalie Gervais.Le premier smoking pour femme, désormais un grand classique, c\u2019est Saint Laurent qui l\u2019a imaginé.Il a aussi repoussé les frontières entre bon et mauvais goût avec ses longues robes marocaines toutes colorés, à l\u2019époque mal vues, qu\u2019il a pourtant hissées au rang de la haute couture.» Puis, à la même époque, l\u2019Américain Halston, le premier, va utiliser des étoffes luxueuses comme la paillette, la fourrure et le cachemire pour confectionner une mode « sportswear».Et le tailleur n\u2019a plus jamais été pareil après qu\u2019Armani eut tout repensé et allégé sa charpente il y a une vingtaine d\u2019années.Au même moment surgissait la mode japonaise plus intellectuelle de Yohji Yamamoto et Comme des garçons qui balayait du revers de la main les architectures habituelles de la mode occidentale.Leur slogan, dit Gervais: détruire pour mieux reconstruire.Enfin, dans le courant des années quatre-vingt-dix, l\u2019Américain Tom Ford, qui a fait renaître de ses cendres la griffe Gucci, a été le premier à repenser l\u2019industrie de la mode du luxe.Dans l\u2019univers minimaliste de la dernière décennie du siècle, le Texan a injecté un fort dosage de sexe et de rock and roll dans ses collections.Une recette qui lui a valu gloire et fortune.Nathalie Gervais sait de quoi elle parle: elle a collaboré avec lui de 1994 à 1996.La mode du futur Et maintenant ?«Après plus d\u2019une décennie d\u2019esthétique zen, nous nous rapprochons d\u2019une mode plus personnelle, plus individualiste.Je pense que la banalité et l\u2019uniformité n\u2019ont plus de place dans notre société inondée d\u2019images.Dans un monde de haute technologie, les choses faites à la main auront une valeur ajoutée.On le constate d\u2019ailleurs déjà chez les jeunes qui ont un penchant pour les choses artisanales.» En même temps, à l\u2019ère Internet, où l\u2019on a accès en un quart de seconde à tout ce qui bouge sur Terre, les valeurs et images refuges stéréotypées ne tiennent plus la route.« On clique d\u2019une image comme d\u2019une personne à l\u2019autre.Malheureusement, dans cette histoire, les rapports humains en souffrent.Dans ce monde de plus en plus étourdissant, les gens vont d\u2019abord être à la recherche de confort dans le sens large.Confort dans leurs vêtements (d\u2019où le succès du lycra), mais également dans leur tête, dans leur âme avec l\u2019essor des spas, des centres de relaxation.» En ce sens, Mme Gervais croit que la mode du siècle qui débute reprendra des grands thèmes des années soixante mais de façon nettement moins naïve.«Dans la mode du futur, il sera question de liberté et de positivisme éclairé, dit-elle.On voit déjà des traces de cette nouvelle attitude avec le retour de la couleur et un penchant pour les accessoires qui décorent la silhouette.Le total look, du style Chanel de pied en cap, se fera de plus en plus rare.On préférera les mélanges plus personnels.«Désormais, mes clientes portent un chemisier Ricci, avec un jean tout tordu, une montre Chanel et un blouson Gucci.Auparavant, on avait besoin du vêtement pour montrer son appartenance sociale, alors qu\u2019aujourd\u2019hui, le concept est tout à fait révolu.On sait très bien qu\u2019on n\u2019a «besoin » de rien.Seulement, pour perdurer, l\u2019industrie du luxe va devoir continuer à faire rêver les gens.» Et s\u2019il y a quelque chose qui vous file entre les doigts, c\u2019est le rêve.Pour faire vibrer ses clients, Nathalie Gervais s\u2019applique à être aussi vraie que possible.À parler le langage de l\u2019artiste.Pas celui du marketing.« J\u2019essaie d\u2019inscrire une nouvelle sorte de poésie dans un contexte moderne», résume-t-elle.Une idée que ne renierait pas Nina Ricci.Entrevue / Nathalie Gervais « La mode, c\u2019est la construction d\u2019un rêve constamment réinventé, c\u2019est un acte de foi dans l\u2019harmonie.Quand quelque chose se fige, elle meurt.» Nathalie Gervais est directrice artistique chez Nina Ricci depuis 1998.La Montréalaise de 37 ans, qui dirige les ateliers de création installés dans le huitième arrondissement à Paris, est ainsi au coeur des tendances actuelles de la mode.Chaque mois, un spécialiste commente la saga des grandes aventures artistiques, culturelles, sportives et technologiques du siècle.Les sagas du XXe siècle Plus 2000 1 Les cosmétiques, accessoires indissociables de la mode.Deux modèles de la dernière collection Nina Ricci.3 Le nouveau flacon du parfum L\u2019Air du temps.2 1 La mode du XXe au XXIe siècle La quête du confort et de la liberté 3 2 La Presse 23 juin 2000 Page B9 manquante 5LP1001B0623 b10-plus2000 5LP1001B0623 ZALLCALL 67 12:52:04 06/28/00 B BB1100 LAL APRPERSESSES,E M, MONOTNRTÉRAÉLA, LV,EVNEDNRDERDEID 2I32 J3UJIUNI 2N0200000 Cent ans à Montréal Plus 2000 Montréal, ville de fêtes civiques 1 À quelques heures du défilé de la Saint-Jean-Baptiste, et suite aux photographies de la première page de ce cahier, nous vous proposons, en collaboration avec le musée McCord, quelques documents qui rappellent d\u2019autres processions mémorables de l\u2019histoire de Montréal.Des soeurs et des jeunes filles défilent dans la rue Notre Dame, à Lachine, à l\u2019occasion d\u2019un Congrès eucharistique régional, en 1931.Deux arches monumentales érigées en 1860 pour la visite du prince de Galles à Montréal, la première rue Sainte-Catherine, le seconde place d\u2019Armes.Ces arches furent évidemment démontées après le départ du monarque.Parade en l\u2019honneur de la reine Victoria, dans la rue Saint-Jacques, en 1897, l\u2019année du jubilé de la souveraine britannique.Procession de la Fête- Dieu, vers 1900, à la place d\u2019Armes.On aperçoit l\u2019église Notre-Dame à l\u2019arrière-plan.Chaîne d\u2019apparat de la Société Saint-Jean- Baptiste, formée de fleurs de lys et de feuilles d\u2019érable, vers 1890-1900.6 5 4 2 3 1 Sources: Musée McCord d\u2019histoire canadienne 690, Sherbrooke Ouest Montréal, H3A 1E9 © La Presse, Équipe des projets spéciaux / Musée McCord 3 4 5 2 6 5LP1101B0623 b11-plus2000 5LP1101B0623 ZALLCALL 67 12:52:01 06/28/00 B LALA PRPERSESSES,E M, MOONTNRTÉRAÉLA, LV,EVNEDNRDERDEID 2I32 J3UJIUNI N20200000 B1B1 11 Cent ans à Montréal Plus 2000 Émile, où la «procession» avait un caractère plus religieux que les défilés qui suivirent, symboliser le «saint patron» était un honneur pour toute la parenté, des grands-parents aux simples cousins.Près d\u2019un siècle plus tard, on en parle encore chez nous et sans aucun doute dans toutes les autres familles des «élus».Le petit garçon, les Canadiens français de l\u2019époque l\u2019imaginaient comme le protecteur de la brebis.Et dans la brebis, personne, au temps de mon oncle Émile et même plus tard, ne voyait de symbole péjoratif.Bien sûr, on y voyait le symbole d\u2019un peuple encore fragile.Mais surtout, le petit saint Jean et sa brebis symbolisaient un peuple jeune, appelé à devenir grand et fort.Bref, ils représentaient l\u2019avenir et non pas un «un peuple de moutons», de «suiveux», comme on a voulu nous le faire croire après la Révolution tranquille, alors que la plupart des symboles d\u2019avant 1960 ont été rejetés.Bref, mon oncle Émile et ses nombreux successeurs jusqu\u2019en 1962 ne représentaient en rien la résignation.Mais en 1963, dans la foulée de la Révolution tranquille, on a aboli le mouton.Puis quelques années Pour les autres, le petit saint Jean-Baptiste, c\u2019était le patron des Canadiens français.Mais dans ma famille et pour ma mère, saint Jean-Baptiste évoquait surtout le souvenir de mon oncle, Émile Brisebois.Parce que mon oncle Émile, mort trop jeune, quelques années avant ma naissance, avait été choisi comme le symbole de la «race» comme on disait à l\u2019époque, en 1907, lors des grandes «processions de la Saint-Jean», qui depuis 1842, avaient lieu dans la métropole avant les grands défilés avec chars allégoriques qui, eux, datent de 1924.Avoir un des siens choisi pour faire saint Jean-Baptiste, donc choisi pour représenter tous ses compatriotes, c\u2019était tout un honneur pour une famille.Non seulement le garçonnet choisi, dont l\u2019âge variait entre 6 et 8 ans, défilait-il, surtout après 1924, devant des dizaines de milliers de compatriotes comme clou d\u2019un grand défilé attendu avec impatience dans une ville où la télévision n\u2019existait pas encore, mais surtout, le petit berger et son mouton symbolisaient le Canada français tout entier.Même à l\u2019époque de mon oncle plus tard, le petit saint Jean-Baptiste lui-même faisait place à un grand saint Jean adulte et barbu, symbolisant le nouveau Québec fort qu\u2019on désirait désormais représenter.Mais tous ceux qui ont connu la période précédente gardent la nostalgie de ce petit frisé, symbole d\u2019avenir.Plusieurs années après la mort d\u2019Émile Brisebois et de mes grands-parents, on conservait encore dans la famille un grand portrait de mon oncle dans son costume de patron national des Canadiens français.Dans les papiers laissés par ma mère à son décès l\u2019an dernier, j\u2019ai retrouvé une miniature de ce cadre qui avait fasciné mon enfance.Mais ce que je ne savais pas, c\u2019est que le petit Jean-Baptiste pouvait garder son mouton.L\u2019anecdote a été racontée, il y a deux ans, à Paul Roy, par Michel Gagné qui, en 1949, avait été l\u2019un des successeurs de mon oncle Émile.En même temps, Gagné avait levé le voile sur la façon dont les petits saints Jean étaient choisis.Il semble que chaque année, l\u2019organisateur en chef du défilé se voyait confier la tâche de trouver un garçonnet aux cheveux bouclés qui incarnerait le héros de la fête nationale et qui, avec sa brebis, devait trôner sur le dernier char allégorique d\u2019un défilé qui, à l\u2019époque, quoi qu\u2019on en dise, était bien plus haut en couleur que ceux d\u2019aujourd\u2019hui.Dans le cas de Gagné et, semble-t-il, de mon oncle Émile, l\u2019organisateur l\u2019avait choisi par hasard, en marchant dans la rue.Et c\u2019est ainsi que le candidat choisi et ses parents avaient été convoqués au Monument-National et préparés à leur rôle.Et comme mon oncle, s\u2019étaient vu adjoindre une brebis apprivoisée.Or, s\u2019il faut en croire Michel Gagné, dont les parents étaient allés chercher le mouton dans une ferme de Saint- Barthélémy, on lui avait permis de le garder tout l\u2019été suivant le défilé.Et c\u2019est ainsi que durant tout l\u2019été 1949, boulevard Gouin, on pouvait souvent voir le petit Michel promener Boco en laisse, tel un chien.Lorsque vint la rentrée scolaire, Michel Gagné reprit le chemin de l\u2019école et Boco, celui de l\u2019épicerieboucherie, où on en fit des côtelettes, après l\u2019avoir dûment saigné et occis.Cela dit, je n\u2019ai jamais su comment mon oncle Émile avait baptisé son mouton et s\u2019il l\u2019avait mangé.Le petit mouton et le saint Jean-Baptiste bouclé firent partie des processions puis des grands défilés qui suivirent, de 1842 à 1962.Pendant 120 ans! Puis, dans la foulée de la Révolution tranquille, l\u2019on fit disparaître le mouton, devenu symbole de soumission.À la suite de l\u2019émeute de 1968, quand policiers et indépendantistes s\u2019affrontèrent à l\u2019occasion de la présence de Pierre Elliott Trudeau sur l\u2019estrade d\u2019honneur, puis du renversement de la statue de saint Jean-Baptiste en 1969, les défilés furent abolis, à l\u2019exception de celui de 1981.Lorsqu\u2019on reprit la tradition, en 1990, on tenta bien d\u2019insérer un gigantesque et mythique mouton de bois et d\u2019acier, baptisé «mouton de Troie» et qui, selon le président de la SSJB du temps, Jean Dorion, se voulait un extravagant clin d\u2019oeil à notre mémoire d\u2019adulte.«Il s\u2019agit, avait-il dit, de réhabiliter un symbole jadis négatif et de montrer que le Québec a repris du poil de la bête.Une nation comme un individu doit exorciser ses images pour aller plus loin.Le mouton de Troie veut dire que la société québécoise a évolué.» Le nouveau symbole ayant été plus ou moins bien compris, le mouton et le petit saint Jean n\u2019ont jamais réapparu depuis.Témoignage / Pierre Vennat Lorsque j\u2019étais «p\u2019tit gars» à Montréal, dans les années 40, il y avait trois sortes de défilés que je n\u2019aurais jamais manqués pour tout l\u2019or au monde: les défilés militaires, parce que mon père est mort au front en 1942; le défilé du père Noël, parce qu\u2019il était synonyme de rêve et de cadeaux pour les enfants que nous étions; et surtout la «parade de la Saint-Jean-Baptiste», rue Sherbrooke, pour voir le petit saint Jean-Baptiste aux cheveux bouclés, sa peau de mouton et la petite brebis.Chaque mois, un témoin du dernier siècle à Montréal nous parle de son cheminement et des changements survenus dans son domaine de prédilection.Émile Brisebois et son mouton, symbolisant tous deux l\u2019avenir du Canada français lors d\u2019une des premières processions de la Saint-Jean, au début du XXe siècle, en 1907.Mon oncle et son mouton. 5LP1201B0623 b12-plus2000 5LP1201B0623 ZALLCALL 67 12:51:58 06/28/00 B BB1122 LAL APRPERSESSES,E M, MONOTNRTÉRAÉLA, LV,EVNEDNRDERDEID 2I32 J3UJIUNI 2N0200000 Oui, allô?Téléphone Chaque mois, un regard sur l\u2019évolution des objets qui font partie de notre quotidien.Les objets du quotidien Plus 2000 Inventé par Alexander Graham Bell, en 1876, le téléphone est vite devenu un appareil familier des foyers, partout dans le monde.Les premiers modèles, encombrants et fragiles, étaient souvent montés sur un mur.Le modèle « chandelier » a introduit l\u2019idée d\u2019un appareil de comptoir, puis l\u2019«Ericofon » a montré qu\u2019on pouvait construire un téléphone monobloc.La technologie sans fil a ensuite permis le développement des portables et on connaît la suite.Cellnet portable G.B., 1980 L\u2019un des premiers modèles de téléphone portable, lourd, rigide et finalement peu pratique en comparaison avec les modèles actuels.Candlestick É.-U., vers 1910 L\u2019un des modèles les plus populaires de l\u2019histoire, ce téléphone «chandelier» cache derrière son apparente simplicité une conception technique sophistiquée.Nokia 9000.Communicator Finlande, 1996 (à gauche et ci-dessus) Cet appareil, qui allie miniaturisation et multifonctionalité, est le prototype des téléphones portables modernes.Mis au point par l\u2019équipe de Nokia, cet apareil offre l\u2019accès Internet et possède une mémoire de 8 mo.Videophone Japon, vers 1980 Le principe du vidéophone est expérimenté depuis plusieurs décennies, mais son usage reste pour l\u2019instant très limité.Neophone G.-B., 1929 Le premier modèle en plastique, d\u2019abord noir puis dans une gamme complète de couleurs.Swatch Twinphone Suisse, 1994 Le fabricant de montre suisse a adapté son approche graphique au dessin d\u2019un téléphone très spectaculaire qui laisse paraître à travers son boîtier translucide l\u2019ensemble du mécanisme.Mickey Mouse G.-B., 1980 C\u2019est dans les années 1970 que les manufacturiers de téléphones ont pris des libertés avec le dessin classique des appareils.Ce modèle, de la companie britannique Plessey, est exemplaire d\u2019une tendance qui combine humour et fonctionnalité.Ericofon Suède, 1946 Créé par les dessinateurs Blomberg, Lysell et Thames, cet appareil était le premier à combiner tous les éléments d\u2019un téléphone en un seul morceau.Skeleton Suède, cers 1900 Produit au tournant du siècle par la compagnie L.M.Ericsson, ce modèle fut diffusé partout dans le monde."]
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