La presse, 7 septembre 2003, F. lectures
[" EXCEPTIONNEL TRÈS BON FFFF BON FFF PASSABLE FF SANS INTÉRÊT F NOS CRITIQUES DE LA SEMAINE CA H I E R F | L A P R ES S E | MONTRÉAL | DIMANCHE 7 S E PTEMBRE 20 03 Constat d'accident et autres textes Paul Auster > Récits FFF 1/2 Page 3 Lettres à l'abbé Baillargé à propos d'éducation Louis Fréchette > CORRESPONDANCE FFF 1/2 Page 4 Fille de la colère, Michel Peyramaure > BIOGRAPHIE FFF 1/2 Page 4 Pour une langue française non sexiste, Céline Labrosse > ESSAI FFF 1/2 Page 4 JOCELYNE LEPAGE VoirMISSION en F2 PREMIÈRE SCÈNE dupremierroman d'unnouvel auteur chez Boréal:un étalon, sexedressé, monteune jumentqui hennitintensément.Ça vous rappelle quelquechose?Ondiraitunextraitdes Fillesde Caleb n'est-cepas?Onsetrompe, maison ade bonnesraisonsde setromper.Lenouvel auteur s'appelle Fernand Dansereau.Ilest le réalisateur de ce téléromantrèspopulairedanslesannées quatre-vingt-dix.Son roman, Le Coeur en cavale, selitcomme on regarde une télésérie, tellementlesimagessont précises.Ilracontel'histoired'unriche cultivateur dudébut dusiècle unpeutrop libredemoeurs augoût ducuré.Parlant des Filles , Arlette Coustureafinalement cédé àlapression etécritle troisième tome de cettesaga.Leromansortiraen novembrechez Libre Expression et s'intitule L'Abandon de lamésange.Bon.C'est àpeuprèstout cequ'il yaà tirerdesprogrammesde larentrée des livresquébécoiscetteannée.Graphisme DAVID LAMBERT, La Presse© MISSION IMPOSSIBLE ! LA RENTRÉE DES LIVRES Drôle d'Amélie Page 5 Amélie Nothomb Savourez le magazine Ricardo En vente dès Incluant toutes les recettes de l'émission maintenant LE MEILLEUR DE L'AUTOMNE ! MISSION Suite de la page F1 L'art de se faire des amis On blague, mais à part L'Histoire de Pi, de Yann Martel, chez XYZ, dont on a abondamment parlé, il n'y a pas grand-chose qui accroche spontanément l'attention dans la masse de documents récents annonçant la publication de centaines de livres d'ici le Salon du livre de Montréal, en novembre.Essoufflement ?Effets pervers de la quantité considérable de produits offerts par l'industrie du livre ?Effets normaux de la réduction des subventions promises par le PQ quand il était au pouvoir?Toujours est-il que les listes envoyées par les principales maisons d'édition contiennent beaucoup de premiers romans dont on ne peut rien dire, sauf parler de leurs auteurs quand ils sont déjà connus dans d'autres domaines, et beaucoup, beaucoup de traductions, en particulier de l'anglais canadien.Et de l'espagnol mexicain, le Québec étant cette année l'invité de la Foire du livre de Guadalajara, au Mexique.Les hommes ont écrit en plus grand nombre que les femmes.C'est le cas, en particulier, dans la fiction.L'ensemble de la production est par ailleurs tellement dépareillé qu'il est difficile d'y déceler des tendances.Le retour de la religion, par exemple, avec Yann Martel en tête de file.Mais non.C'est peutêtre pour l'an prochain.Allons-y donc au pif et précisons ici qu'il s'agit de la rentrée des livres en général, sauf les livres pratiques, et pas seulement de la rentrée littéraire.> Adieu, Betty Crocker.Le titre est tellement sympathique que le nouveau roman du bon conteur d'histoires qu'est François Gravel devrait se lire comme on mange un brownie.L'histoire d'une femme ordinaire des années 60 qui, supposons- nous, faisait des biscuits avec des Rice Krispies.Aux éditions Québec-Amérique.> Le Pas de l'ourse, de Douglas Glover.Pour en avoir lu quelques pages, disons que c'est un roman réjouissant mettant en vedette une Française délurée et sexy abandonnée sur une île du Saint-Laurent, au début de la colonie.L'auteur, originaire du sud de l'Ontario, vit aujourd'hui dans l'État de New York.Aux éditions du Boréal.> Les Misères de Banana.À cause du nom de l'auteur, Jésus K.Une farce hénaurme, dit l'éditeur Jacques Lanctôt.Mais qui donc se cache derrière ce pseudonyme ?C'est ce que nous tenterons de découvrir.> Le Quatuor d'Asbestos, par Esther Delisle et Pierre K.Malouf.Esther Delisle se rachètera-t-elle auprès des Franco-Québécois avec cet ouvrage qui traite de la grève de l'amiante de quatre points de vue ?Le point de vue des mineurs, qui ont débrayé sans avertir ; du premier ministre Duplessis et du patron de la mine, qui y ont vu un complot judéo-maçonnique ; du Devoir, pour qui les mineurs étaient les victimes de l'impérialisme américain, et de Pierre Elliot Trudeau, pour qui cette grève fut l'acte de naissance d'une nouvelle province de Québec.Son acte de naissance publique itou.Ça promet ! Chez Varia.> Pute de rue, de Roxane Nadeau.On reconnaît ici la marque de la maison d'édition Les Intouchables, prête à tout pour que l'on parle d'elle.Refera-t-elle l'exploit du Seuil avec Putain, de Nelly Arcan ?Il paraît que le livre est écrit par une vraie prostituée qui s'en est sortie.Restons dans le sexe.On nous en promet avec Meurs, mon amour, meurs, de Benoit Dutrizac, un des deux francs-tireurs.Chez Libre Expression.Il y en aura aussi dans L'Amour obscène, de Patrick St-Amand.La fille à la sexualité troublante s'appelle Roxanne.Roxanne qui ?Roxanne Nadeau?À la très sérieuse maison d'édition Hurtubise HMH.Confessions Il y a des livres qui feront parler, mais on ne sait trop comment les aborder.Prenez Goodbye Canal 10, signé Coconoix, le pseudonyme d'une femme qui a été violée par son père quand elle était petite, ce père étant un « bouffon public du canal 10 », il y a quelques décennies.Ce genre de confession est toujours gênant.C'est sûr que tout le monde se demandera qui est le coupable.Chez XYZ, l'éditeur de L'Histoire de Pi.Et un autre récit qui s'annonce troublant mais pas pour les mêmes raisons : celui de Roméo Dallaire, qui était commandant de la force de maintien de la paix des Nations unies au Rwanda pendant le génocide des Tutsis et qui en est revenu complètement bouleversé et transformé.Une transformation qui a ressemblé à une descente aux enfers.Sa critique des autorités sera dure.Le titre promet : J'ai serré la main du diable.Aux éditions Libre Expression.Jean-François Bertrand, ancien ministre et leader du gouvernement du Parti Québécois sous René Lévesque, poursuit sa confession entreprise l'an dernier.Je suis un bum de bonne famille raconte son histoire, une autre histoire de descente aux enfers, cette fois dans la drogue et l'alcool.Aux éditions de l'Homme.Biographies À qui l'honneur des biographies cette année ?À Raël, une biographie non autorisée, heureusement, et une commande des Intouchables au journaliste Martin Bisaillon.Et à Claude Blanchard, un ouvrage autorisé celui-là signé France Duval, chez Trait d'Union.Mais les mémoires de Charles Aznavour, Le Temps des avents, chez Flammarion Québec, devrait susciter l'intérêt de ses nombreux fans.Après Trudeau et Landry, le journaliste Michel Vastel s'attaque à Jean Chrétien, gros morceau que ce P'tit gars de Shawinigan.Aux éditions de l'Homme.Vous connaissez Wilfrid Derome?Non?Ce grand trou dans votre culture devrait être comblé par Jacques Côté (habituellement auteur de polars) qui publiera l'histoire du fondateur du premier laboratoire de médecine légale et de police en Amérique.Dans son temps, au début du XXe siècle, ce Canadien français de Québec était célèbre.On le consultait de partout.C'est même lui qui a fondé le laboratoire qui a servi à Elliott Ness dans sa poursuite d'Al Capone et de sa bande.L'auteur a gagné le concours (et une bourse de 20 000 $) lancé par La Presse et les éditions du Boréal pour écrire cette biographie.Cadeau de Noël Aussi bien le dire tout de suite, le cadeau qui se retrouvera le plus souvent sous les sapins dans les foyers où il y a encore un grandpapa a bien des chances d'être La Glorieuse histoire du Canadien, depuis 1909 jusqu'à ce que l'équipe soit moins glorieuse.« Full » illustré de photos de Newsy Lalonde, Morenz, Maurice Richard, Guy Lafleur et autres joueurs.Écrit par Pierre Bruneau et Léandre Normand.Aux éditions de l'Homme.IL Y A BEAUCOUP de journalistes pour qui écrire dans un journal ne suffit pas.Il faut aussi qu'ils se retrouvent sur les tablettes des librairies, où le papier jaunit moins vite.Ce syndrome frappe même nos amis de La Presse.Ainsi donc, cette année, Anne Richer a décidé de plonger courageusement dans le roman.Résultat : Éloïse ou l'été rouge, qui s'annonce comme un roman tiré par les cheveux.rouges.Une histoire rocambolesque, promet Trait d'Union.Richard Hétu, notre correspondant à New York, qui avait publié un roman historique l'an dernier (La Route de l'Ouest, VLB éditeur) arrive cette fois avec une Lettre ouverte aux anti-Américains.Non, ce n'est pas une apologie des États-Unis et encore moins de Bush fils, mais une description d'un pays complexe, non monolithique, capable du pire et du meilleur.En novembre, à l'Hexagone.Aussi à l'Hexagone, le journal de bord de notre éditorialiste en chef, André Pratte, pendant la longue campagne électorale au Québec qui s'est terminée par la victoire de Jean Charest.Le titre : Le Temps des girouettes.Qui sont les girouettes?La réponse très bientôt.Dans la collection Autour du monde, Pierre Vincent, qui gagne sa vie en voyageant, propose un ouvrage dans lequel il traite, d'une manière personnelle, des voyages qu'il a préférés.Aux éditions Québec-Amérique.Aux même éditions, Jean Beaunoyer s'attaque cette fois au Cirque du Soleil, après Céline Dion, René Angélil, Gilles Villeneuve et Alys Roby.Beau n'en a que pour les étoiles.Le titre n'est pas encore trouvé ; il le sera sûrement pour le Salon du livre, en novembre.Et Sonia Sarfati sort le quatrième titre de la série pour enfants « Laurie l'intrépide », Un ratgarou dans la nuit (Boréal Maboul).Mais qu'est-ce qu'elle va encore inventer ?\u2014Jocelyne Lepage Roméo Dallaire couche sur papierson expérience rwandaise.Roxane Nadeau, auteure de Pute de rue, rééditera-t-elle le coup d'éclat de Nelly Arcan ?Photo RÉMI LEMÉE, Archives La Presse Bon conteur d'histoires, titre prometteur : Adieu, Betty Crocker de François Gravel fait partie des titres à surveiller.Curiosité SAVIEZ-VOUS qu'il existe depuis peu un Dictionnaire des écrivains émigrés au Québec 1800-1999 ?Dany Laferrière y est, de même que Sonia Sarfati et David Homel, pour ne nommer que des gens associés à La Presse.Ça leur fait tout drôle, disent-ils.Un chapitre est consacré aux écrivains juifs.On se demande à qui cet ouvrage pourra servir, pourquoi il a été fait.Est-ce que cela se fait dans d'autres pays ?Six cents auteurs s'y retrouvent.Les éditions Nota bene le publient en collaboration avec le Centre de recherche interuniversitaire sur la culture et la littérature québécoises (CRICLQ).Ces auteurs représentent le cinquième des écrivains au Québec, soit le double de la proportion d'immigrants dans la population en général.Ce qui constitue un apport considérable à la culture québécoise.« C'est cet apport méconnu et pourtant fondamental, dit le communiqué, que met en valeur ce premier Dictionnaire des écrivains émigrés au Québec, qui se base sur les principes d'une réinterprétation de l'histoire littéraire définie comme une histoire de la vie littéraire et non plus comme une histoire de la littérature.» (J.L.) La rentrée du voisin collaboration spéciale Encore le mois de septembre, et encore la rentrée.Pour le chroniqueur que je suis, c'est le moment de jeter un coup d'oeil à tous ces livres qui traînent depuis des mois sur les tablettes, vestiges du printemps passé, dont je n'ai pas eu l'occasion de vous entretenir.Comme au Nouvel an, je prends une résolution : je vous promets (et je me promets à moi aussi !) de vous parler de deux poids lourds : L'Intuitionniste, de Colson Whitehead, chez Gallimard, et La Main de Dante, de Nick Tosches, chez Albin Michel.Colson Whitehead est un jeune auteur noir américain qui fait du polar sur fond racial.Quant à Nick Tosches, pas besoin de le présenter aux lecteurs du Rolling Stone et aux amateurs de culture populaire américaine.Apparemment, son roman est une tentative de marier La Divine Comédie à la série mafieuse The Sopranos.On va voir.Évidemment, tous les livres que nous n'avons pas encore lus sont des nouveautés.Pour moi, le Faust de Goethe garde tout l'attrait de la nouveauté, bien qu'il soit sorti depuis quelques siècles.Les éditeurs, ces bêtes étranges, misent beaucoup sur les nouvelles nouveautés, c'est-à-dire les parutions de cet automne.Jouons leur jeu un peu.Commençons par ce fabulateur qui se plaît à réécrire l'histoire du Canada, Douglas Glover.Cet homme à l'imagination baroque et au langage éclaté nous offre Le Pas de l'ourse, le récit (fictif, bien sûr) d'une jeune femme « de mauvaise vie » larguée par des explorateurs français sur une île du golfe Saint-Laurent.Elle n'y meurt pas.Au contraire, elle réussit à attirer des hommes, des animaux et divers esprits du monde invisible qui l'aident à survivre à cette épreuve.Lynn Coady est le genre de Torontoise à l'allure super-dure et super-branchée, qui écrit des chroniques dans le vénérable Globe and Mail.Je ne l'ai jamais rencontrée, mais sa petite photo dans le journal me conseille la prudence.On dit qu'elle possède une plume puissante, et j'ai hâte de lire son nouveau livre chez Leméac, Les Saints de Big Harbour.L'ex-Montréalais George Szanto, qui a longtemps enseigné à Mc Gill avant de prendre une retraite anticipée sur l'île paradisiaque de Gabriola, en Colombie-Britannique, est un amoureux du Mexique.Je connais ses récits magiques qui ont pour décor l'État de Michoacán, et c'est pour ça que je lirai avec vous La Condesa, qui sortira cet automne chez XYZ Éditeur.Avant Noël, je tenterai de faire venir de la France le Sweet Soul Music, de Peter Guralnick, chez le petit éditeur Allia.Sans conteste, Guralnick est le meilleur chroniqueur et historien de la musique populaire américaine, et le seul à avoir su écrire sur Elvis Presley avec intelligence.Ce volume traite de la scène musicale à Memphis pendant ses années de gloire, où des Noirs et des Blancs de bonne volonté se sont mis ensemble pour faire danser l'Amérique.Aimez-vous Sam& Dave ?Bien sûr que oui ! Alors, vous ne pourrez pas vous passer de cet essai sur la musique qui explique beaucoup de choses sur l'Amérique.Comme beaucoup d'entre nous, Louise Erdrich a du sang indien qui coule dans ses veines.Un quart, un huitième, un seizième ?Qu'importe \u2014cette Américaine a construit une identité littéraire sur cette partie de son ADN.Heureusement, elle écrit très bien et, cet automne, chez Albin Michel, elle nous livre un Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse.Où donc se trouve Little No Horse ?Qui lira verra.En temps normal, le voisin se contente de parler de livres en français traduits de l'anglais.Mais comme toutes les règles sont faites pour être brisées, je vous entretiendrai de Spoken Here, un essai en anglais de l'ex-journaliste de The Gazette Mark Abley.Il vient de sortir un livre sur les langues en voie de disparition \u2014 des threatened languages, comme il les appelle.Non, le français au Québec ne fait pas partie du lot.Abley explore le sort de la langue mohawk au Québec, et du yiddish à Montréal, et de l'occitan et du provençal en France, deux langues qui sont tombées sous la domination du français.Oui, parfois notre langue est impérialiste ! Parlant de langue et de langues, je consomme un grand nombre de traductions de livres américains faites en France.Souvent je souffre d'indigestion.La Tache, de Philip Roth, et Enterrez-moi debout, d'Isabel Fonseca, coulent merveilleusement bien en français.La qualité de l'original attire-t-elle une meilleure traduction ?Pas forcément.Parfois il s'agit d'un problème d'imagination : le traducteur n'ose pas se donner le même élan créatif que l'auteur.Le personnage du roman Choke, de Chuck Palahniuk, qui affiche une joyeuse vulgarité en langue originale, traite son pénis de dog et ses testicules de dice \u2014 des dés.Je vous assure, Doux Lecteurs (et Douces Lectrices), que personne de langue anglaise ne se sert de ces appellations.Sauf le personnage de Palahniuk.Douée de cette langue folle, sa vulgarité devient comique, une invention, une sorte de fête.Voilà ce qui manque à la version française.Connaissez-vous Serge Filippini?C'est un romancier français qui fait un peu de traduction de l'anglais aussi.Et c'est un ami à moi.Chaque fois que Serge a une traduction à faire, je reçois une longue liste de questions sur le sens de certains mots.Et c'est normal.Ne pas savoir, ce n'est pas un péché.Mais ne pas savoir qu'on ne sait pas, si.Tous les traducteurs, de quelque langue qu'ils soient, devraient faire comme Serge : oser poser des questions.Trouver des informateurs dans l'autre langue.Le plaisir des lecteurs partout se trouvera décuplé.Sur ce, bonne lecture ! L A P R E S S E MONT R E A L D IMANCHE 7 S E P T EMB R E 2 0 0 3 L E C T U R E S F 3 POLARS DE LA RENTREE Brooklyn, 11 septembre 2001, vers 16h.La saison des gros calibres! NORBERT SPEHNER collaboration speciale D'apres la revue 813 (Les amis de la litterature policiere), il est paru pres de 400 recits policiers au cours des quatre premiers mois de 2003.Ce qui donne un total ahurissant de plus ou moins 1200 titres dans l'annee ! La rentree d'automne etant la saison favorite des editeurs, les amateurs de litterature policiere seront donc combles, a la fois en nombre et en qualite, car parmi les titres annonces figurent les oeuvres de plusieurs auteurs chevronnes, voire classiques.En voici quelques exemples.Alors que l'on attend avec une certaine impatience la version cinematographique de Mystic River (adaptee par Clint Eastwood), on pourra lire Shutter Island (Rivages/Thriller) de Dennis Lehane.L'ile de Shutter Island abrite un hopital psychiatrique qui accueille des patients qui ont tous commis des crimes particulierement horribles.Quand l'une des patientes, une dangereuse schizophrene, manque a l'appel, le directeur fait appel au marshall Teddy Daniels et a son coequipier Chuck Aule, qui decouvrent rapidement que dans cette ile, les apparences sont pour le moins trompeuses.Chez le meme editeur, on retrouvera avec plaisir Tony Hillerman, le pere du polar ethnologique, avec La Plainte du vent (dont les personnage principaux sont Bernie Manuelio, une Indienne navajo et le sergent Chee) et Rares furent les deceptions (Ecrits noirs), son autobiographie dont on dit qu'elle est est a son image : modeste, reservee et honnete.Apres un Darling Lily plutot decevant, Michael Connelly revient en force avec Lumiere morte (Seuil/Policier), une nouvelle aventure de l'inspecteur Harry Bosch.Devenu detective prive, Bosch fouille dans ses anciens dossiers et va enqueter sur le meurtre non resolu d'une jeune assistante de production a Hollywood.Le Rameau brise (Seuil/Policier), de Jonathan Kellerman, est le premier roman de la serie mettant en vedette Alex Delaware, un psychologue pour enfants et l'inspecteur Milo Sturgis.Pour resoudre une affaire de double meurtre, ils doivent briser le mutisme du seul temoin, une fillette de 7 ans gravement perturbee.Apres l'excellent thriller Une mort a Lisbonne, Robert Wilson recidive avec La Compagnie des ombres (Laffont) qui est a la fois un roman d'espionnage, un recit historique et un drame sentimental.L'action se passe dans le Lisbonne des annees 40 et se deroule jusqu'a l'ecroulement du mur de Berlin.Chez le meme editeur, Kathy Reichs publie Grave Secrets, la cinquieme aventure de Temperance Brennan.L'anthropologue judiciaire fait des fouilles au Guatemala sur les lieux d'un massacre.Des disparitions et un meurtre viennent compliquer une mission deja particulierement perilleuse.Chez Albin Michel, le suspense est roi.Dans Origine suspecte, de Patricia Mc Donald, une productrice de television enquete sur le deces suspect de sa soeur, ce qui entraine d'autres morts, d'autres disparitions.Zone de turbulence, de John J.Nance, est un de ces thrillers angoissants qui risque de vous degouter a tout jamais de voyager en avion, surtout si ce dernier transporte une cargaison mortelle.Richard Matheson est un veteran de la litterature de genre (Les Seins de glace, La Maison des Damnes, Je suis une legende).C'est un conteur tellement retors que, compare a lui, Machiavel n'est qu'un enfant de choeur.Je ne manquerai donc d'aucune facon La Traque (Flammarion) qui raconte comment un romancier/scenariste decide d'ecrire l'histoire d'une randonnee qui tourne mal.Or, c'est lui que l'horreur attend au bout du chemin ! Dans un registre plus classique, Caroline Graham, une digne heritiere d'Agatha Christie, nous propose Sang Bleu (Pygmalion), une enquete de l'inspecteur Barnaby.Les amateurs d'Elizabeth George seront gates puisque le roman Nid de mensonge parait aux Presses de la Cite alors qu'Omnibus publie les deux premiers tomes de l'integrale de ses romans de detection (serie Lynley et Havers).Otage de la peur (Belfond), de Robert Crais, met en scene le sergent Talley, specialiste des prises d'otages.Retire du service actif, il est mele a une affaire cauchemardesque.Chez Lattes, on notera Un cri si lointain deuxieme roman du Suedois Ake Edwardson.Le commissaire Erik Winter doit interrompre ses vacances quand le cadavre d'une inconnue est decouvert au bord d'un lac des environs.Au Masque, deux titres sont a retenir soit Royal Flush, de Lynda La Plante, dont l'action se passe dans le monde des courses de chevaux, et Sauvetage, de Kate Morgenroth, dont le personnage principal est une intrepide pilote d'helicoptere des garde-cote en Alaska.D'ici le mois de novembre, il n'y aura pas moins de neuf titres dans la Serie noire parmi lesquels Retour en Afrique, du veteran Chester Himes : une partie de cache-cache sanglante dans les rues bigarrees de Harlem ou les cadavres se ramassent a la pelle.Je tu il de Didier Daenickx est un recit a la limite du fantastique et de l'etrange, l'histoire d'une usurpation.Quant a L'Oeil du criquet, de James Sallis (Gallimard/La Noire), c'est une aventure de Lew Griffin, un prive atypique qui sillonne les rues de la Nouvelle-Orleans a la recherche de personnes disparues.Polars made in Quebec Au Quebec, l'evenement de la rentree sera incontestablement la publication du gargantuesque Le Bien des autres (Alire) de Jean- Jacques Pelletier, troisieme volet (en deux volumes !) du cycle des Gestionnaires de l'Apocalypse avec au menu le trafic d'armes, les manipulations mediatiques, la rhetorique religieuse et la propagande politique.Le prive Stan Coveleski, emule de Philip Marlowe, mene une nouvelle enquete dans Le Salaire de la honte (Alire) de Maxime Houde.Le meme editeur publie aussi Le Jeu de la passion, un roman canadien-anglais de Sean Stewart (Prix Arthur Ellis 1993) qui melange science- fiction et polar.Enfin, chez Libre Expression, Benoit Dutrizac fait un retour attendu avec Meurs, mon amour, meurs.Le Libraire a du flair, de Richard King (traduit par Francois Barcelo) met en scene un libraire qui enquete sur un meurtre commis sur le campus de Mc Gill.MARIO ROY Paul Auster a note, vers 16 h, le 11 septembre 2001 : Nous savions tous que cela pouvait arriver.Il y avait des annees qu'on parlait de cette possibilite mais a present que la tragedie a eu lieu, c'est bien pire que tout ce qu'on a pu imaginer.Nous n'avons aucun precedent pour ce qui est arrive aujourd'hui et les consequences de cette agression seront assurement terribles.Encore de la violence, encore des morts, encore de la douleur pour tout le monde.Il a ajoute : Et ainsi, le XXIe siecle commence enfin.Jeudi prochain, il y aura deux ans que le massacre de New York et Washington s'est produit.A ce moment-la, donc, Auster se trouvait (sa fille de 14 ans, o horreur, etait prisonniere de Manhattan) au second etage de sa maison de Brooklyn, d'ou on pouvait apercevoir l'endroit ou, quelques heures plus tot, s'elevaient les tours devenues infernales.Il faut connaitre le quartier.Et la maison de Paul Auster.Une sorte d'Outremont en moins net, en moins guinde, sans les Audi et les Lexus a toit ouvrant munies de savants supports a bicyclettes ou a skis.Ou un Plateau Mont- Royal en plus ordonne, en plus bourgeois, sans les chemises en macrame et les jupes en terre cuite.Il y a un cafe au coin de la rue, qui repand ses tables sur le trottoir.Des arbres.Des chiens qu'on promene.La maison, elle, es t vi e i l l e et chaude.Le rez-dechaussee est un peu sombre, mais sans etre severe, avec des boiseries, des fauteuils profonds, des livres.Et un chien.On n'entend pas de bruit, si ce n'est une rumeur lointaine, le grondement sourd de la Ville, avec un grand V.Il est difficile de croire que le pont de Brooklyn est a 15 minutes.Et les tours (avant.), a 30.C'est de cette oasis de calme, de beaute, de prosperite, que Paul Auster a vu le chaos.Bref.De ces pensees-la, celles du 11 septembre, et de quelques autres, diverses, souvent anecdotiques, parfois droles, Paul Auster a fabrique un petit livre qui s'intitule Constat d'accident et autres textes.C'est probablement une oeuvre mineure dont, globalement, les 15 textes se situent a mi-chemin entre la nouvelle et le journal, entre la chronique et le recit, en un enchainement pas toujours evident, et de valeur inegale.Mais voila : c'est du Auster.L'etre est superieurement sympathique.Brillant.D'une humanite tres grande, mais discrete, puisqu'il a la pudeur de ne pas la tartiner trop epais .contrairement a certains sauveurs de planete que nous connaissons bien.On trouve des recits legers dont le theme est le hasard, parfois etrange, de la vie.Des textes rediges en forme d'hommage a des gens que l'auteur admire.Des reflexions sur la vie en societe .qui comptent parmi les chapitres les plus interessants.Et d'autres lignes encore sur New York, que l'auteur aime passionnement.Sur ce qui s'y est passe le jour que l'on sait.Sur ce qu'il est possible qu'il advienne ensuite : on sait aujourd'hui, mais Auster ecrivait avant cela, que la guerre en Irak en a ete une douloureuse consequence.Ainsi, le livre se termine avec un sublime eloge a la ville, a sa diversite, a son ouverture, a sa tolerance.Ainsi qu'avec une suggestion Puisque le president Bush nous a repete a bien des reprises combien il aime peu Washington, pourquoi ne vient-il pas vivre a New York ?Nous savons qu'il n'eprouve guere d'amour pour notre ville mais, en s'y installant, il pourrait apprendre quelque chose sur le pays qu'il tente de gouverner.Il pourrait apprendre, en depit de ses reserves, que nous en sommes le veritable coeur.F F F 1.2 CONSTAT D'ACCIDENT ET AUTRES TEXTES Paul Auster Traduit de l'americain par Christine Le Boeuf Actes Sud / Lemeac, France, 2003, 102 pages Photo DENIS COURVILLE, Archives La Presse Dennis Lehane Photo ROBERT MAILLOUX, Archives La Presse Kathy Reichs Photo ROBERT MAILLOUX, Archives La Presse Jean-Jacques Pelletier LES LIVRES ET L'ACTUALITE 9-11 pour les 12 ans.et plus AUTEUR A L'ECOLE des loisirs et journaliste a Marie Claire, Jean-Jacques Greif aime New York.Ses lecteurs, qui ne peuvent qu'avoir lu Le Roi de l'autostop, savent cet amour.Et connaissent un peu, par la fiction, les vrais amis new-yorkais du romancier.Des amis et leurs enfants qui, le 9 septembre 2001 au petit matin, ont commence une journee comme les autres.A Stuyvesant High School, situee a 700 metres du World Trade Center.A l'ecole primaire 234, campee plus pres encore des tours jumelles.Dans les locaux du Wall Street Journal, au pied meme des immeubles.En mai 2002, Jean-Jacques Greif a visite ses amis.Impossible, alors, de ne pas aller faire un saut a Ground Zero .qu'avec ironie, il appelle la derniere nouveaute touristique .Impossible non plus, en tout cas pour lui, de ne pas coucher sur papier les temoignages qui lui ont ete faits .et ceux que, plus tard, il a sollicites.Cela a donne Nine Eleven.Un titre en anglais pour un livre francais, parce que ce sont les deux mots qui le suivaient partout.Dans le metro, dans la rue.Un an et demi apres le drame, ils etaient toujours sur toutes les levres.Un roman qui n'en est pas un, plutot un docu-roman .Ainsi, des informations factuelles sur le deroulement des evenements, des cartes et des notes de bas de page se glissent dans un recit en grande partie compose de temoignages.Il y a celui des jeunes.Il y a aussi celui des adultes .parents ou enseignants des jeunes en question.Noah, qui etait dans son cours de biologie tandis que sa mere, Georgette, arrivait au Wall Street Journal.Dana qui parlait a ses petits eleves du primaire.Et ainsi de suite, au fil de pages ecrites dans un style vif, aux dialogues abondants, aux images percutantes.Le tout, sans donner ni dans le voyeurisme ni dans la complaisance.La page d'histoire reprend alors echelle humaine.NINE ELEVEN Jean-Jacques Greif L'ecole des loisirs, 172 pages (des 12 ans) Sonia Sarfati Norman Mailer et Noam Chomsky apres le 11 septembre APRES LE 11 SEPTEMBRE, dont on souligne cette semaine le deuxieme anniversaire, quelques intellectuels americains se sont retrouves sur toutes les tribunes pour commenter l'evenement, tenter d'en decouvrir le sens et predire l'avenir.Ce fut le cas du linguiste Noam Chomsky, surtout sollicite celui- la par les medias etrangers, et du celebre ecrivain Norman Mailer, qui a sorti sa plume vitriolique pour dresser un portrait peu flatteur des Etats-Unis et des Americains, ce qui a suscite de nombreux debats parmi les siens.Deux petits livres viennent de paraitre en francais sous forme d'entretiens ou de reconstitutions d'interviews des deux hommes.Pourquoi sommes-nous en guerre, de Norman Mailer aux editions Denoel (109 pages) et Pouvoir et Terreur, entretiens apres le 11 septembre, de Noam Chomsky, au Serpent a plumes (148 pages).Le pacifiste Robert Turcotte et la guerre en Irak ROBERT TURCOTTE a connu son heure de gloire, si l'on peut dire sans l'offenser, pendant la guerre en Irak alors que les reporters canadiens de la tele et des journaux lui demandaient souvent ses commentaires.M.Turcotte est un pacifiste et un acteur dans les initatives d'aide aux pays en guerre ou aux pays dans la misere.Il s'entretient avec le journaliste Yan Muckle dans Les Mensonges de la guerre en Irak, aux editions Les Intouchables (188 pages).La verite est loin d'etre aussi simple et photogenique que les seigneurs de la guerre ou les pontes de la television voudraient nous le laisser croire , dit-il dans un extrait reproduit en quatrieme de couverture.Jocelyne Lepage Automne 2003 LES CONCERTS D'ADIEU BILLETS EN VENTE MAINTENANT En personne au Spectrum 318, rue Sainte-Catherine Ouest Sur Internet www.admission.com Par telephone (514) 790-1245 Vendredi 19 septembre a 21 h / Samedi 20 septembre a 19 h / Lundi 22 septembre a 20 h VENEZ DANSER AUX RYTHMES DU BRESIL AU METROPOLIS ! 136 LITTERATURE QUEBECOISE Louis Frechette, polemiste sans pitie REGINALD MARTEL regimartel@videotron.ca Louis Frechette domina le paysage litteraire quebecois pendant le dernier quart du XIXe siecle.La Legende d'un peuple lui valut ce prestige, dont il beneficia jusqu'a sa mort.Inspire par les Romantiques, dont Victor Hugo qu'il admirait, Frechette fut accuse par ses ennemis, William Chapman en tete, non sans quelque raison, d'avoir plagie le maitre.Poete d'abord, Frechette pratiqua d'autres genres : le conte, et il laissa ses Originaux et Detraques, un recueil qui doit bien se trouver encore dans les bibliotheques des familles ; le theatre (Felix Poutre, Papineau ou Le Retour de l'exile), oeuvres qui furent diversement recues ; le roman (Le Pelerin de Sainte-Anne) ; et enfin la polemique, dont les Lettres a l'abbe Baillarge sont la piece maitresse et qui viennent d'etre reeditees par la Bibliotheque quebecoise.Frechette etait donc un polygraphe, sans la connotation pejorative habituellement attachee a ce mot.L'art pour l'art, tres peu pour lui.De toutes les manieres, il defendait les causes qui lui etaient cheres.Parmi elles, la separation de l'Eglise et de l'Etat, qui est l'arriere- plan des lettres a Baillarge.Poete national des Canadiens francais, Frechette sait soutenir leur nationalisme.En exil volontaire a Chicago pendant quelques annees, il veut qu'on sache une fois pour toutes qu'il est citoyen americain et qu'il ne voit pas ce qu'il peut devoir a cette femme qu'on nomme la reine d'Angleterre .Ce qui ne l'empeche pas, a un autre moment, de chanter la gloire de Victoria 1ere ! Servi par une plume qui savait distiller le venin le plus pur, et mieux equipe en cela que la plupart de ses adversaires, Frechette etait un polemiste sans pitie.Soucieux de la qualite de l'enseignement dans les colleges classiques, il revendique sa qualite de citoyen et de pere de famille pour exiger des reformes.L'abbe Frederic-Antoine Baillarge, qui enseigne au College de Joliette, repond spontanement a ses critiques, qui ne le visaient pas d'abord.Le saint homme n'aimait guere les liberaux, Frechette en particulier, qui osaient pretendre que l'on n'enseignait pas, ou que l'on enseignait mal, ce qui aurait ete utile aux eleves et a la societe.Geographie, histoire, comptabilite, tout y passe.Meme la langue francaise, que les pretres educateurs ne connaissent pas, selon le poete.Il a beau jeu de mettre en pieces la prose de l'abbe Baillarge, bourree de fautes et de sottises.Frechette revendique pour les laics un droit de regard sur les programmes et la pedagogie, estimant que les connaissances theologiques ne suffisent pas a faire de bons professeurs.Il ne voit pas pourquoi les religieux sont exemptes des examens d'acces a l'enseignement, il n'accepte pas non plus que les finissants des colleges doivent etre tous admis a l'etude du droit ou de la medecine, sous pretexte que la formation qu'ils ont recue ferait l'envie de tous les peuples civilises Meme s'il feint le contraire, Frechette s'attaque a toutes les institutions d'enseignement religieuses, meme s'il rend hommage aux quelques professeurs qui seraient a la hauteur de leur tache.Le polemiste est de belle humeur.Il denonce et corrige les fautes que le brave abbe a parsemees dans ses oeuvres et dans les petits journaux qu'il publie et distribue dans les ecoles.La liste est impressionnante et elle donne a reflechir.Le massacre de la grammaire, facon Baillarge, est assez semblable a celui qui s'entend et se lit aujourd'hui dans les medias, plus d'un siecle plus tard.L'humeur joyeuse de Frechette ne va pas sans mesquinerie.L'abbe Baillarge a eu le malheur de signaler les merites d'une source de Saint-Leon de Maskinonge qui aurait eu des effets benefiques sur ses rognons et intestins malades.Frechette revient sans cesse sur ce malheureux aveu, pour inviter son adversaire a s'interesser a des parties plus hautes de son anatomie, la tete par exemple.Quand il s'appuie sur des lettres et commentaires que la polemique aurait suscites, favorables evidemment, Frechette ne cite pas ses sources.Parce qu'elles sont inventees ou pour proteger ses correspondants de la vindicte clericale ?Allez savoir.Le corpus principal reunit treize lettres.Leur auteur, trop occupe d'abord a ferrailler joyeusement avec son adversaire, expose dans les deux dernieres l'essentiel de ses recommandations sur les programmes, la pedagogie et la formation des maitres.Son zele le mene a s'interesser a des questions qui pourraient aujourd'hui sembler mineures, l'hygiene et l'alimentation des collegiens.Frechette ne se faisait pas d'illusions sur la realisation prochaine des mesures proposees, grandes ou petites.Il avait raison.Soixante ans apres la polemique, les situations denoncees restent les memes dans beaucoup de colleges.L'hygiene y est suspecte, la nourriture, infecte, qu'il faut avaler a quelques pas de la table des pretres, somptueusement garnie.Plus grave encore, l'intimite des ecoliers y est encore systematiquement violee : les lettres envoyees aux parents ou recues d'eux etaient lues par les maitres.L'ouvrage de la BQ est excellent sous tous rapports, malgre une ou deux fautes qui n'auraient pas echappe a l'oeil severe de Louis Frechette ! Son maitre d'oeuvre, M.Luc Bouvier, sans appareil critique trop lourd, apporte tout ce qui suffit a situer l'ouvrage dans son contexte historique.Grace a lui, on connaitra mieux Louis Frechette le polemiste.F F F 1.2 LETTRES A L'ABBE BAILLARGE.A PROPOS D'EDUCATION Louis Frechette Bibliotheque quebecoise 272 pages Louis Frechette BIOGRAPHIE ROMANCEE ESSAI Un essai pour s'instruire et alimenter les discussions Sainte Louise Michel, la revolutionnaire JACQUES FOLCH-RIBAS collaboration speciale Si on ne se retenait pas, on ecrirait sainte Louise Michel.Car enfin, voila une femme qui consacra sa vie, toute sa vie, a la defense des pauvres, des opprimes, des souffrants, comme mere Teresa, l'abbe Pierre et Tutti Quanti qu'un de ces jours un pape canonisera d'un coup de bulle.(Est-ce qu'on canonise avec une bulle?Faudrait voir se renseigner.) Mais on se retient.C'etait une intellectuelle engagee.Mais a la difference des intellocrates d'hier et d'aujourd'hui, qui ecrivent, signent des petitions, defilent contre, rarement pour, et surtout parlent, parlent, expliquent et commentent sans une seule fois se mouiller, physiquement, pour la defense des pauvres et des damnes de la terre, Louise Michel qui a ecrit des dizaines de romans et d'essais, du theatre, des livrets d'opera (et meme la musique !), des quantites d'articles de journaux et une correspondance effarante.eh bien, elle a trouve le temps, tout le temps qu'il fallait pour aider les miserables d'un siecle qui les vit pulluler.Elle envoie des poemes a Victor Hugo.Le vieux s'en inspirera et en ecrira, plus tard, pour elle.Comme Verlaine, comme Rochefort.Mais d'abord, elle veut eduquer les enfants.Elle est institutrice, elle sait que la revolution des pauvres est a faire et qu'elle se fera par des pauvres instruits.Elle ouvre une ecole libre, comme on disait alors, c'est-a-dire qui ne doit rien aux subsides du gouvernement imperial.D'ailleurs, elle a refuse de preter serment a Napoleon le Petit.Dans cette ecole, rien n'est banal et tout est revolutionnaire, des cours donnes a des paysans, en promenade a la campagne, a La Marseillaise qui remplace les prieres.Tres vite, Louise s'en ira a Paris, a Montmartre, fonder une autre de ces ecoles.Alors elle commencera a ecrire dans les gazettes , des tonnes d'articles tous polemiques, elle ouvrira un bureau de bienfaisance et se fera de nombreux amis qui jamais ne la trahiront, Jules Valles, Rochefort, Clemenceau.C'est parti.Louise Michel, la revolutionnaire, la Fille de la colere .c'est le tres beau titre de ce roman biographique ecrit par Michel Peyramaure .Louise Michel la revoltee, Louise Michel l'anarchiste.Le mot est dit, qui aujourd'hui ne signifie presque plus rien, tant il y a d'anarchistes de salon qui ont, en quelque sorte, devalue la profession.De la Commune de Paris a la Nouvelle-Caledonie Le mouvement social va se crisper, se cristalliser dans cette aventure extraordinaire que l'on appelle La Commune.Paris se couvre de barricades.On y voit Baudelaire en gants blancs, c'est une image que l'on donne ici pour le plaisir.On y voit Louise Michel, la batarde (elle est peut-etre la fille d'un petit chatelain de Haute-Marne) qui fait le coup de feu Place Blanche, elle a mains nues, l'institutrice deja celebre qui defend la derniere barricade a tomber, ecrasee par les Gardes Nationaux a cheval.Louise est prise, elle est envoyee dans un camp, a Satory, pour y etre fusillee, mais avec d'autres Communards elle sera finalement deportee en Nouvelle-Caledonie.Si l'on croit qu'elle est finie, c'est mal la connaitre.Il y a la-bas des miserables que l'on nomme Kanaks.Elle va s'en occuper.Il y a aussi des Kabyles, deportes apres leur soulevement.Elle va s'en occuper.La lutte continue, tout pour l'education, tout pour les miserables, tout pour l'ecole.En 1880, la France amnistie enfin les communards.Voila Louise Michel revenue a Paris, son cher Paris qu'elle retrouve.pour y militer sans desemparer.Ecrits, conferences a Paris et a Londres, cette femme est un tonnerre, l'indomptable Louise Michel qui est en colere contre le monde et qui travaillera toute sa vie pour le changer.Le talent de Michel Peyramaure est bien grand.Dans ce que nous pouvons appeler un roman d'aventures, il nous transporte de facon magistrale dans ce demi-siecle ou des femmes se dresserent contre le pouvoir.On n'avait pas vu cela depuis les petroleuses de la Revolution.Celle que nous preferons entre toutes, c'est Louise Michel.On a dit qu'elle etait laide.Ce n'est pas vrai.Au demeurant, il y a tres peu de femmes laides.On a dit aussi qu'elle avait un regard de feu et de tendresse.La voila bien, sa beaute.F F F 1.2 FILLE DE LA COLERE Michel Peyramaure Robert Laffont, 392 pages MADELEINE BERTHAULT Les Quebecois sont aussi passionnes pour la langue francaise qu'ils sont inventifs dans leur vie quotidienne.Et la langue fait partie de la vie quotidienne.On n'hesitera pas a inventer des mots pour decrire des realites nouvelles.La langue est donc aussi un sujet de conversation eminemment emotif.Pour une langue francaise non sexiste, essai de la linguiste Celine Labrosse, a bien des chances de soulever les passions.Le titre est explicite et le parti pris de l'auteure est connu.Docteure en linguistique, chargee de cours et attachee de recherche et d'enseignement sur les femmes a l'Universite Mc Gill, ses recherches en sociolinguistique posent un regard critique sur la norme orthographique et grammaticale, et proposent des solutions qui menent a la desexisation et a la simplification de la langue francaise.Au-dela de la feminisation des noms de metiers et de fonctions, le langage n'est pas neutre ditelle, precisant que les mots les plus anodins sont porteurs de sens, les sens renvoient a des images, a des valeurs, a des attitudes et a des comportements, et ces comportements ont ete crees et faconnes par une partie de la societe .Elle precise : La seule vision du monde qui emane du langage est celle des citoyens, et non des citoyennes .Le lien entre langue et societe est indeniable Au Moyen Age, les femmes existaient dans la langue francaise.Les noms de metiers en font foi dans la langue de cette epoque : marechale- ferrante, barbiere, joailliere, fromagere, taverniere, banquiere.Les femmes jouissaient alors d'un statut important dans la societe.Par rapport aux hommes, elles n'etaient ni maitresses, ni servantes, mais compagnes , a l'egal de l'homme.C'est au XVIe siecle que ca se gate et les XVIIe et XVIIIe siecles n'amelioreront guere les choses au chapitre de la reconnaissance sociale des femmes.La linguiste rappelle que, y a moins de 30 ans, en 1976, Lise Payette avait choisi d'etre la ministre.Le mot deputee, au feminin, circulait depuis 1973.Et avant, Claire Kirkland, premiere citoyenne a devenir deputee a l'Assemblee nationale du Quebec en 1961, avait feminise au fur et a mesure qu'elle le lisait le texte de la prestation de serment.Comme quoi la realite des femmes ne se retrouve pas toujours dans le vocabulaire.Il faut donc agir pour etablir l'equilibre.Beaucoup d'exemples rendent le texte vivant et accessible.Ainsi : Combien savent que cyprine designe les secretions sexuelles des femmes alors que le mot sperme est connu de toute la societe ?Pourtant ce mot ne figure pas dans le Petit Robert ni dans le Larousse.Des grincements de dents La linguiste critique l'immobilisme des dictionnaires et reconnait que l'innovation peut provoquer des grincements de dents dans tous les domaines et donc en matiere de langue aussi.Rappelons que c'est Celine Labrosse qui avait souleve la controverse avec le mot professionnele pour remplacer professionnelle et professionnel il y a quelques annees.Elle est aussi l'auteur de Pour une grammaire non sexiste (Editions Remue-Menage, 1996).Ecrire est un acte reflechi, qui permet souvent de soupeser chaque mot et de diffuser ses preconceptions ideologiques , affirme- t-elle.Par ailleurs, la linguiste fait un interessant tour d'horizon sur l'evolution de l'orthographe, notamment la tendance a disparaitre du trait d'union dans les mots composes.Sa conclusion est ouverte sur l'avenir.En definitive, l'orthographe pourrait jouer un role crucial dans la double perspective d'une desexisation de la langue francaise et d'une simplification de son ecriture.Est-ce plausible d'imaginer une telle reussite ?C'est le dynamisme ou le statisme des francophones qui en decidera.De nombreuses notes et references bibliographiques completent cet essai savant et recherche mais accessible et pouvant susciter la controverse et des discussions passionnantes.F F F 1.2 POUR UNE LANGUE FRANCAISE NON SEXISTE Celine Labrosse Editions des Intouchables, 175 pages TRADUCTION De mauvais pirates s'attaquent a Harry Potter Une version inusitee de Harry Potter et l'Ordre du Phoenix est arrivee sur les tablettes des libraires au Venezuela.La couverture du livre est une replique exacte de l'original, lance en anglais au mois de juin dernier.Toutefois, le livre est l'oeuvre de pirates qui ont eux-memes traduit les aventures de Harry en espagnol.Mais l'anglais de JK Rowling est apparemment trop complique pour ces traducteurs du dimanche et plusieurs passages du livre trafique sont accompagnes d'une note aux lecteurs du type Desole, je ne comprends pas ce passage ou Je ne sais pas ce que veux dire ce mot avec les passages originaux, en anglais.Les pirates ont vite ete reperes par la police. L A P R E S S E MONT R É A L D IMANCHE 7 S E P T EMB R E 2 0 0 3 L E C T U R E S F 5 ENTREVUE Amélie Nothomb:«La littérature a réussi là où j'ai échoué» DANIELLE LAURIN collaboration spéciale La scène se passe à Paris, dans un petit bureau vitré.Jupette d'écolière et cheveux nattés, Amélie Nothomb reçoit une journaliste.\u2014Vous m'atterrez, parce que vous êtes la toute première personne qui m'interviewe au sujet de mon nouveau roman, Antéchrista.Soyez sûre que si vous m'interviewiez en décembre, j'aurais des réponses mille fois plus belles à vous fournir, parce qu'à ce moment-là, je réciterais par coeur certains passages de lettres de lecteurs que j'aurais reçues entre-temps.\u2014Voilà pourquoi je préfère vous interviewer maintenant.\u2014 (Rires) Vous préférez me voir en situation de ridicule complet ! C'était en juin dernier.Amélie Nothomb s'affairait ce jour-là à vider une grosse boîte remplie de livres.Elle venait de recevoir les exemplaires de son roman précédent, Robert des noms propres, en polonais.«Je n'y comprends rien, mais ça a l'air bien, non ?» Les romans d'Amélie Nothomb, vendus à plus de 2 millions d'exemplaires dans la francophonie, sont traduits dans 30 pays.Chaque année depuis la parution de Hygiène de l'assassin, elle en publie un nouveau.Cet automne ne fait pas exception.Mais compte tenu de la centaine de manuscrits qui encombrent ses tiroirs, 12 romans en 12 ans, dans son cas, c'est peu.« Publier davantage serait une erreur, il ne faut pas que le rapport avec les lecteurs soit exagéré.Mais publier une fois par an, c'est parfait comme rythme, ça me permet de maintenir un rapport très fort avec les lecteurs.» Des montagnes de lettres de lecteurs encombrent les étagères du bureau qu'elle occupe à son gré chez Albin Michel, son éditeur.« Ça ressemble de plus en plus au bureau de Gaston Lagaffe, avec les piles de courrier en retard.Mais enfin, je réponds très intensément.J'ai besoin de mes lecteurs pour qu'ils m'expliquent mes livres.Pas si sûr.Une fois les vannes ouvertes, la romancière de 36 ans parle avec une fièvre contagieuse de son nouveau roman, qui met en scène une adolescente trahie par celle qu'elle croyait être sa meilleure amie.« Antéchrista traite d'un thème sur lequel j'ai beaucoup écrit, celui de l'invasion.Je le traite d'une façon assez spéciale : l'invasion commence par la séduction.D'abord, la jeune fille se laisse séduire amicalement par une autre jeune fille en effet très séduisante, jusqu'au moment où elle se rend compte que ce n'est plus de l'ordre de la séduction mais de l'invasion.Ce n'est même pas que l'autre marche sur ses plates-bandes, c'est qu'elle s'empare de sa vie entière et qu'elle veut carrément l'exproprier, lui prendre le peu qu'elle a.» Le feu dans les yeux, Amélie Nothomb ne se contente pas de répondre aux questions qu'on lui pose.Elle les devance.« Vous allez certainement me demander si cette histoire est la mienne.Eh bien oui, sauf que cette histoire m'est arrivée 25 fois.Particulièrement une fois, mais bien d'autres fois encore.C'est à croire que c'est un abonnement dans mon cas.Sur mon visage, il doit être écrit : Attention, bonne tête.» Après avoir subi les humiliations répétées et la manipulation sans bornes de son amie Christa, la narratrice d'Antéchrista, Blanche, a cette phrase: « Mais pourquoi me suis-je montrée aussi disponible ?» Amélie Nothomb ne compte plus les fois où elle s'est elle-même posé la question.Sa réponse : « Il y a certainement plusieurs raisons, je ne les connais pas toutes.Mais la seule qui me saute aux yeux, c'est que je suis une grande lectrice de la Bible, depuis longtemps, elle fait partie de moi.Dans la Bible, il est écrit : Si on frappe à ta porte, ouvre.C'est une parole magnifique, et je pense qu'à la base, c'est le devoir de tout être humain.Le malheur, c'est que parmi les gens qui frappent à votre porte, il y en a quand même qui ne savent vraiment pas se conduire ! » Plusieurs livres d'Amélie Nothomb sont autobiographiques.Métaphysique des tubes lui a été inspiré par son enfance au Japon.Stupeurs et tremblements racontait comment, après avoir vécu en Belgique, le pays d'origine de ses parents, elle a tenté de s'intégrer en vain dans la société nipponne hyper-hiérarchisée.Dans Robert des noms propres, pourtant consacré à l'histoire tragique de sa grande amie chanteuse, la romancière apparaît nommément.Amélie Nothomb n'a jamais craint qu'on confonde sa vie avec ses livres, tout en assumant la part fantasmée de son écriture.Mais dans le cas d'Antéchrista, même si le roman traduit une réalité qu'elle a vécue lors de son entrée à l'université en Belgique, elle a senti le besoin de prendre ses distances.« Je ne voulais pas régler mes comptes.Je trouve que régler ses comptes est une chose lamentable.C'est vrai qu'à la base de mon roman, il y a une jeune fille qui existe vraiment, qui m'a pris d'ailleurs cinq ans de ma vie, et non pas une comme c'est le cas dans le livre.Elle est toujours de ce monde.Je n'ai pas envie de la dénoncer.C'est quand même quelqu'un que j'ai aimé, et ce lien reste sacré pour moi.J'ai profondément déguisé le personnage de Christa, je suis même presque sûre que si cette jeune fille lisait mon livre, elle ne se reconnaîtrait pas du tout.J'ai voulu la préserver, mais mon choix s'explique aussi par le fait que je crois profondément que c'est une histoire qui est arrivée à tout le monde.Je voulais garder le rapport d'universalité de la chose.Je préférais effacer ce qui est devenu un peu mes caractéristiques connues, pour pouvoir dire : Non, ce n'est pas l'histoire d'Amélie Nothomb, c'est une histoire profondément humaine, que tout le monde a vécue, garçon ou fille.» Ça n'empêche pas que dans le cas précis d'Amélie Nothomb, et tous ses livres en témoignent, on pourrait résumer les 25 premières années de sa vie à ceci : le désir d'être intégrée.« J'ai toujours voulu follement faire partie d'un groupe.Quitte à le laisser ensuite, pour pouvoir dire : si j'ai quitté le groupe, c'était ma décision, ce n'est pas parce qu'il n'a pas voulu de moi.C'est une situation que j'ai vécue à fond.J'ai vécu des années d'invisibilité.Combien de fois m'est-t-il arrivé, adolescente, de parler sans que personne ne réponde, comme si personne n'avait entendu les questions que je posais?J'ai fini par être intégrée, grâce à la littérature.» Amélie Nothomb, aujourd'hui star médiatique de la littérature, associe la fin de son calvaire avec la publication de son premier roman, en 1992.« Ma solitude s'est brisée à ce moment- là.La littérature a réussi là où j'ai échoué.Maintenant, je ne suis plus tout à fait une marginale, et quand je suis seule, c'est moi qui le choisis.» Elle insiste : « La littérature m'a vraiment sauvée.Dans tous les sens du terme, puisque durant mon adolescence, c'est la lecture qui m'a maintenue en vie.» Les joues roses de plaisir, Amélie Nothomb conclut : « S'il y a une religion que je cherche à propager aujourd'hui, c'est bien la littérature.» À l'heure qu'il est, elle est probablement en train d'écrire, calée dans le canapé de son appartement bruxellois ou installée sur le bout des fesses, sur une chaise de son pied-à-terre parisien.À moins qu'elle ne soit en train de crouler, dans son petit bureau vitré, sous un nouvel arrivage de courrier des lecteurs.« J'ai vécu des années d'invisibilité.Combien de fois m'est-t-il arrivé, adolescente, de parler sans que personne ne réponde, comme si personne n'avait entendu ?J'ai fini par être intégrée, grâce à la littérature.» 3122345A PRATIQUE FLASHES LIVRES Guide des algues et de la faune du Saint-Laurent maritime Sortie en grand de Sur le seuil, le livre SUR LE SEUIL, le roman de Patrick Senécal qui a inspiré le film du même nom, est d'abord paru en 1998 dans le format de poche typique des éditions Alire, maison d'édition de Québec spécialisée dans le polar et le fantastique.Voilà qu'il se retrouve maintenant en grand format, dans une présentation qui n'a plus rien à voir avec les dessins mignons ornant habituellement les productions de l'éditeur.C'est une couverture qui frappe, avec la tête épouvantée de Michel Côté, le regard effrayant de Patrick Huard, les vedettes du film, et entre les deux une croix, dans une main aux doigts coupés.Brrrr.Le film d'Éric Tessier devrait sortir sur les écrans au mois d'octobre.Relancera- t-il le roman dans les hauteurs des palmarès de ventes ?C'est à suivre.Deux autres romans de Patrick Senécal sont dans le collimateur de producteurs.Les Sept jours du Talion, droits cédés à Go- Film (Québec-Montréal), et 5150, rue des Ormes, celui-là avec le réalisateur Éric Tessier.Dans tous les cas, Senécal prend part à la scénarisation.Louise Alain, des éditions Alire, lance avec Sur le seuil une nouvelle collection grand format, dans laquelle se retrouveront entre autres des romans devenus films.Ce sera le cas de La Peau blanche, de Joël Champetier, qui vient d'être réédité en poche, mais qui se retrouvera sans doute un jour en grand format, puisque le film portant le même titre devrait sortir en février.MARIE-CLAUDE GIRARD Les promeneurs curieux qui aiment se balader au bord de la mer, là où le fleuve Saint-Laurent se perd dans l'eau salée, disposent d'un nouveau guide d'identification de la faune et des algues du Saint-Laurent maritime publié par l'Institut des sciences de la mer de Rimouski et l'Institut Maurice-Lamontagne de Pêches et Océans Canada.Pendant deux ans et demi, les biologistes Anne Rossignol et Robert Chabot ont couru les grandes marées de pleine lune et de nouvelle lune, celles qui ramènent sur les plages des espèces d'algues habituellement immergées.Ils ont répertorié les 140 espèces marines les plus courantes sur les rivages marins, de Tadoussac aux provinces maritimes.L'ouvrage démystifie la biologie et le milieu de vie d'une soixantaine d'algues et de 78 animaux, surtout des mollusques et des crustacés.Tout ce qu'on rencontre à marée basse ou qui vit sous la ligne des marées.« On a voulu donner le point de vue de quelqu'un qui marche au bord de l'eau », explique Anne Rossignol.Le guide est rédigé dans un langage clair et illustré par de nombreuses photos en couleurs.Il offre un niveau de lecture adapté aux naturalistes et un glossaire des termes spécialisés.Les espèces sont classées sous leur nom officiel.Les noms communs \u2014bourgot, bigorneau et autres\u2014sont précisés dans le texte.Ainsi, le néophyte peut chercher un petit moment avant de découvrir que les célèbres « clams» sont en fait des myes communes.La faune occupe plus de la moitié du livre.Gros plan sur la puce de sable, le bernard-l'hermite, les crabes, méduses, éponges, vers marins, anémones ou couteaux de mer.L'estuaire et le golfe du Saint- Laurent recèlent aussi une étonnante variété d'algues, de la laitue de mer au lacet, algue en forme de lasso pouvant atteindre 5 mètres de long, en passant par l'alarie succulente, récoltée à petite échelle au sud de Terre-Neuve.L'ouvrage traite particulièrement de l'écologie de l'oursin vert, de la collecte des mollusques et de leur toxicité, ainsi que de la comestibilité des algues.On y apprend le secret des trous qu'on trouve parfois dans les coquillages.L'oeuvre de prédateurs, comme le pourpre de l'Atlantique, un mollusque qui s'attache à la coquille de sa proie avant d'y forer une ouverture grâce à un mélange d'acide et d'abrasif.Au rythme de 0,35 mm par jour, le pourpre fait son trou en deux jours ! Puis il déchire la chair de sa victime.Autres bêtes étranges : le corail mou qui, une fois séché, prend l'apparence d'une framboise ; et la balane, crustacé hermaphrodite enfermé dans un cône formé de plaques calcaires.Le seul guide d'identification grand public sur le marché a été lancé en mai au dernier congrès de l'Association canadienne pour le savoir (ACFAS), à Rimouski.ALGUES ET FAUNE DU LITTORAL DU SAINT-LAURENT MARITIME, Robert Chabot et Anne Rossignol, Institut des sciences de la mer de Rimouski / Institut Maurice-Lamontagne, Pêches et Océans Canada, 113 pages.Photo Archives La Presse Patrick Senécal F6 LA PRESSE MONTRÉAL DIMANCHE 7 SEPTEMBRE 2003 SCIENCES CAPSULES Une nouvelle hormone pour couper l'appétit Un peptide sécrété par l'intestin aurait la faculté de couper l'appétit Visa le cancer, tua la cicatrice L'HISTOIRE de la médecine est remplie de ces petites découvertes survenues alors qu'on cherchait autre chose : comme ce médicament que des chercheurs britanniques testaient contre le cancer et qui s'est révélé, cette année, réduire jusqu'à 80 % la formation de cicatrices dans l'oeil après une blessure.Déjà, d'autres chercheurs sont sur la piste, se demandant si ce médicament, l'Ilomastat, ne pourrait pas avoir le même effet sur d'autres types de cicatrices : on pense par exemple à celles qui suivent une chirurgie plastique ou une brûlure.Une cicatrice est le résultat du travail hâtif de notre corps lorsqu'il s'emploie à refermer aussi vite que possible une blessure, afin d'empêcher qu'elle ne s'infecte.Les cellules situées à proximité relâchent alors une enzyme appelée MMP, qui effectue un travail efficace mais quelque peu bâclé, d'où la cicatrice.Mais une cicatrice sur la peau et une cicatrice sur l'oeil sont deux choses très différentes, objecte dans le New Scientist Mark Ferguson, de l'Université de Manchester, qui rappelle que dans le passé, d'autres groupes ont testé sur la peau des produits qui ralentissaient le travail de l'enzyme MMP.et qu'ils ne sont parvenus qu'à empêcher la guérison.\u2014 d'après Agence Science- Presse Avion anti-SRAS LE TOURISME chinois a été à ce point ébranlé par le SRAS que la China Southern Airlines offre à tout scientifique qui mettra au point un vaccin le titre de « Passager le plus respecté », ce qui lui vaudra des billets gratuits pour toute destination, jusqu'à la fin de ses jours.La contribution de la compagnie aérienne à la lutte contre l'épidémie ne s'arrête pas là : des rabais à tout membre du personnel médical luttant contre le SRAS, une assurance gratuite anti-SRAS au cas où le virus serait attrapé à la suite d'un vol.et du thé glacé gratuit pendant le vol.\u2014 d'après Agence Science-Presse Parler peut stresser LES PSYCHOLOGUES s'emploient traditionnellement à aider les victimes à parler, à la suite d'un accident grave.Or, ce n'est peut-être pas toujours la meilleure solution pour éviter le syndrome du stress post-traumatique, affirment deux autres psychologues, Simon Wessely, du King's College de Londres, et Jon Bisson de l'Hôpital universitaire de Galles.Parfois, ajoutentils, il arrive même que la parole nuise à la guérison du traumatisme.Tous deux arrivent à cette conclusion inattendue après avoir étudié 11 cas de témoignages de victimes d'un accident, avec ou sans assistance psychologique.Six n'ont vu aucune différence, et deux ont senti leur état s'aggraver avec la thérapie.L'échantillon est très petit, mais l'équipe de Wessely n'en conclut pas moins que le compte rendu en tête-à-tête n'est peut-être efficace que dans 20% des cas, et qu'il peut même aggraver l'état de certaines victimes en les préparant à devenir malades.Une collègue de Wessely, Suzanna Rose, suggère d'attendre un bon mois avant d'interroger des victimes pour mieux distinguer celles qui s'en sortent naturellement de celles qui ont réellement besoin d'aide.\u2014 d'après Agence Science-Presse Menaces des barrages LES BARRAGES font peut-être plus de dégâts qu'on ne le croyait : selon les estimations d'une équipe internationale d'analystes aquatiques, au moins un sixième des sédiments de l'eau des rivières de la planète reste coincé derrière les barrages, au lieu d'être évacué vers les océans.Un tel débalancement pourrait carrément menacer des écosystèmes côtiers.La Commission mondiale des barrages prétend de son côté que le niveau de sédiments ne dépasse pas 1 % de la capacité des réservoirs des barrages par année.Or, les calculs dont il est question ici, menés par l'équipe de Charles Vörösmarty de l'Université du New Hampshire à Durham, décrivent une réalité bien différente : il affirme que les réservoirs de 633 gros barrages retiendraient en fait 16% de la réserve globale de sédiments.\u2014 d'après Agence Science-Presse L'eau comme anti-bombe POUR LIMITER les dégâts causés par une bombe, construisez un mur.d'eau.C'est la suggestion faite par la compagnie britannique Seaflex, qui a même déposé un brevet à ce sujet.Sachant que les policiers n'ont pas toujours le temps d'ériger un mur de sacs de sable, la compagnie propose de les équiper de tubes de plastique.Enroulés sur eux-mêmes, ils prendraient peu de place ; branchés à une borne-fontaine, ils formeraient une véritable muraille capable d'absorber le choc de 20 kilos d'explosifs.\u2014 d'après Agence Science- Presse CYRILLE LOUIS Le Figaro PARIS \u2014 C'est au coeur d'un subtil dialogue entre deux hormones que pourrait bien se nicher l'un des plus épineux secrets de l'obésité.On connaissait déjà la ghréline, qui, produite par l'estomac, induit la sensation de faim pour déclencher la prise alimentaire.Or, voici que des chercheurs britanniques de l'Imperial College (Londres) viennent de décrire (1) l'action d'une seconde molécule responsable, elle, de la sensation de satiété.Le peptide YY3-36, sécrété par l'intestin après l'absorption d'un certain nombre de calories, aurait en effet la particularité de couper l'appétit du sujet en inhibant l'action de la ghréline.Si bien qu'après l'avoir identifiée il y a tout juste un an, l'équipe dirigée par Stephen Bloom estime désormais que cette hormone pourrait, à terme, constituer un pilier de la lutte contre l'obésité.Dans le cadre d'une étude très préliminaire de pharmacologie, les chercheurs viennent de tester l'effet de cette molécule sur un groupe de 24 personnes, dont 12 souffrant d'obésité.Au début de l'expérience, qui a duré une journée, la moitié des sujets ont reçu une perfusion de peptide YY3-36, tandis que les autres se sont vu administrer un placebo.Or, les membres du premier groupe ont absorbé au cours du repas suivant un nombre de calories inférieur d'environ 30% à leur consommation habituelle, tandis qu'aucun changement n'a été constaté pour le second.Point encourageant, l'hormone intestinale s'est révélée aussi efficace chez les sujets obèses que chez les personnes de poids normal, contrairement à la leptine, une autre hormone responsable de la satiété, dont l'action ne semble guère avoir d'effet sur les personnes atteintes de surcharge pondérale.Surtout, les chercheurs ont découvert que les personnes obèses produisent moins de peptide YY3-36 que les sujets de poids normal.Cela suggère l'existence d'un lien entre la production de cette hormone et la corpulence d'un individu.Si ce lien était confirmé, cela pourrait renouveler substantiellement la compréhension de l'obésité « même si, à ce stade, il n'est pas possible de savoir si la déficience de la production de peptide YY3-36 est une cause de l'obésité ou si elle en est une conséquence », concède Stephen Bloom.Interactions hormonales « Quoi qu'il en soit, la démarche des auteurs se révèle à la fois très élégante et pleine de promesses, déclare, admiratif, le professeur Arnaud Basdevant, chef du service de nutrition à l'Hôtel-Dieu de Paris.Elle explore en effet en profondeur les très complexes cascades de mécanismes périphériques qui aboutissent, dans le cerveau, à l'apparition des sensations de faim et de satiété.Or, nous pressentons depuis une dizaine d'années que le secret de l'obésité réside dans ces interactions hormonales.» La mise au point d'un médicament sûr et efficace basé sur ce peptide n'est certes pas pour demain : rien n'indique en effet que les effets observés sur 24 heures se maintiendraient dans le cadre d'un traitement de longue haleine.En outre, certaines des substances agissant sur les mécanismes de l'appétit jusqu'à présent utilisées pour lutter contre l'obésité se sont révélées moins inoffensives que prévu.Ainsi, plusieurs coupefaim ont été retirés du marché, tandis que le Sibutral, lancé en fanfare en 2001, a été placé sous étroite surveillance l'an dernier par l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé.Plusieurs décès suspects de personnes prenant ce médicament avaient en effet été observés peu auparavant.Si bien qu'en marge des exhortations à la volonté souvent prodiguées par les médecins, les obèses disposent pour l'heure d'un arsenal thérapeutique restreint et imparfait.« Or, la percée réalisée avec l'identification du rôle de ce nouveau peptide relance les espoirs de mettre au point un médicament efficace qui, de toute façon, devra cibler les très nombreux mécanismes régulant la prise alimentaire », assure Arnaud Basdevant.Un enthousiasme que partage, sur un registre plus nuancé, le professeur Burlet, de l'université de Nancy : « S'il faut attendre d'autres études pour confirmer ces résultats \u2014 la recherche sur ce type de peptides s'était jusqu'à présent révélée décevante \u2014, toute avancée est bonne à prendre vu l'ampleur du problème.» Désormais mondiale, l'épidémie d'obésité tuerait, il est vrai, 300 000 personnes chaque année aux États-Unis.En France, 11,3% de la population souffrent de cette maladie, soit 3,5 millions de personnes.Une épidémie mondiale complexe qui ne peut se résumer à des phénomènes hormonaux, mais implique aussi des facteurs sociaux, culturels et économiques.(1) New England Journal of Medicine, 4 septembre 2003.Photo d'archives ROBERT SKINNER, La Presse © Les obèses disposent pour l'heure d'un arsenal thérapeutique restreint et imparfait.On attribue à l'obésité 300 000 morts par année aux États-Unis.COSMOS Cette Grande Déchirure qui nous attend dans 22 milliards d'années Agence Science-Presse ENCORE une autre théorie qui nous tombe des hautes sphères de la physique.Une théorie qui se veut une alternative à la Grande Déchirure.Mais d'abord, un mot d'explication.Au Big Bang qui a tout créé et au Big Crunch qui pourrait être le destin final de l'Univers, si celui-ci se contracte sur lui-même, une poignée de physiciens ont ajouté un autre scénario : la Grande Déchirure (Big Rip).C'est ce qui, selon eux, nous attend dans 22 milliards d'années, si la quantité d'énergie sombre dans l'Univers dépasse les prévisions.La théorie de la Grande Déchirure est toute récente : elle a moins d'un an.Elle découle de deux observations récentes: d'une part, celle suivant laquelle l'expansion de notre Univers s'accélérerait, ce qui suppose soit l'existence d'une force universelle dont on ignorait tout jusqu'ici, soit l'existence d'une énergie tout aussi inconnue (l'énergie sombre) présente en quantité plus élevée qu'on ne le soupçonnait.Or, cela peut signifier qu'à un moment donné, dans 22 milliards d'années, la puissance accumulée de cette énergie fantôme sera devenue telle qu'elle submergera la force de la gravité elle-même : les galaxies perdront leur cohésion (au jour J moins un milliard d'années), puis les planètes et les corps solides (dont les êtres vivants), puis les atomes eux-mêmes (au jour J moins quelques secondes).Personne ne sait si cette énergie fantôme existe réellement.Mais elle remplit très bien les trous laissés dans le portrait que les physiciens tracent de l'Univers : toute la masse manquante que l'on ne sait pas à quoi attribuer, et toute cette mystérieuse force qui accélère l'expansion de notre Univers, alors que cette expansion devrait, logiquement, ralentir avec le temps.C'est là qu'intervient l'hypothèse alternative que vient de proposer Pedro Gonzalez-Diaz, du Conseil supérieur d'investigation scientifique à Madrid (Espagne).Même si cette énergie sombre existe, et même si elle prend la place énorme que ses partisans disent qu'elle prend, la Grande Déchirure n'est en rien inévitable, écrit-il.L'Univers se contenterait de continuer à prendre de l'expansion, indéfiniment : il suffirait que cette énergie sombre soit « bien éduquée« , ironise- t-il.En d'autres termes, que cette énergie et la gravité entretiennent une relation de bon voisinage : la première ne peut pas prendre le dessus sur la deuxième, parce que ces deux forces vivent une situation d'équilibre depuis la naissance du cosmos, relation d'équilibre qui peut se poursuivre indéfiniment.Pour savoir qui a raison, faudrat- il attendre 22 milliards d'années ? L A P R E S S E MONT R É A L D IMANCHE 7 S E P T EMB R E 2 0 0 3 F 7 LA DÉVEINE FRANK ET ERNEST PEANUTS PHILOMÈNE GARFIELD FERDINAND COMIC07SEM F8 LA PRESSE MONTRÉAL DIMANCHE 7 SEPTEMBRE 2003 Mésaventures d'une bernache urbaine À TIRE D'AILE Vous souvenez-vous de la bernache à l'aile difforme venue au monde sur le bord d'un étang dans l'arrondissement de Boucherville, à Longueuil ?Cette histoire a débuté cet été quand un couple d'outardes s'est installé discrètement à quelques mètres d'un petit étang situé près du boulevard de Montarville, où on terminait l'aménagement d'une piste cyclable.Sept rejetons verdâtres ont vu le jour et j'ai suivi leur évolution avec vous et quelques observateurs intéressés dans cet arrondissement.Les oisillons ont grandi rapidement et, à la fin de juillet, ils étaient prêts à prendre leur envol, sauf un.Chaque matin, la famille quittait l'étang pour aller se nourrir dans les champs environnants, abandonnant la bernarche infirme à son triste sort.Le soir, tous revenaient auprès d'elle, lui procurant un peu de réconfort, mais pas de quoi remplir son estomac.La pauvre éclopée était vouée à une mort certaine.C'était sans compter sur Nicole Dubé et son père.Après avoir trouvé un refuge qui acceptait de prendre soin de l'oiseau, ils ont capturé la jeune bernache.Affamée, elle n'a pas hésité à délaisser la sécurité de son étang pour gagner la terre ferme et grignoter quelques tranches de pain.pour ensuite se faire mettre la main au cou.Le 5 août, la bernache de Boucherville a été confiée au Refuge avicole de la Montérégie, à Saint-Clet, près de Rigaud, un des rares endroits qui accueille des palmipèdes dans la région.Selon l'hôte des lieux, Christina Morris, l'oiseau souffre d'une malformation de l'extrémité de l'aile attribuable à une pénurie de nourriture dans les jours suivant sa naissance.« Il s'agit d'une infirmité permanente qui l'empêche de voler, dit-elle.Un problème qui se présente de temps à autre chez les bernaches du Canada, dont quelques- unes sont confiées à des centres de réadaptation chaque année.À son arrivée, l'oiseau était anormalement maigre.Certaines caractéristiques du plumage démontrent aussi qu'il souffre de la faim depuis ses premiers jours.» La bernarche subira bientôt une intervention chirurgicale afin d'amputer le petit bout d'aile déformé, ce qui lui évitera d'accrocher ses rémiges pendantes un peu partout.Ces grandes plumes rigides situées sur ses ailes entravent même sa marche.Cette intervention doit se faire avec la venue des jours froids, pour éviter que des mouches n'infectent la plaie.Une fois son aile cicatrisée, l'outarde sera confiée à l'Écomusée de Sainte- Anne-de-Bellevue, qui a accepté de l'intégrer à ses oiseaux de volière.L'invasion est commencée Voilà donc une fin plutôt enviable pour un palmipède estropié.D'autant plus que les bernaches « urbaines », si charmantes soientelles, sont devenues une vraie peste dans plusieurs villes américaines en raison de leur population grandissante et de leurs fientes, qui causent des problèmes de salubrité publique.La famille de notre miraculée revient régulièrement à l'étang.Il y a deux semaines, elle était encore là, accompagnée de deux et trois autres familles.En tout, une trentaine d'oiseaux.Quelques jours plus tard, j'en comptais au moins une quarantaine sur le terrain d'exercice de golf situé quelques centaines de mètres plus loin.Il y a quelques années, le gouvernement fédéral a ouvert une saison de chasse spéciale début septembre pour éliminer les bernaches dites « résidantes ».Mais le nombre de chasseurs a diminué rapidement, les restrictions imposées étant considérables.La chasse n'a donc pas empêché la population d'outardes urbaines de prendre de l'ampleur dans la région métropolitaine.Une profusion de canards orphelins À peine a-t-il ouvert ses portes au début d'août qu'il y avait foule au Refuge avicole de la Montérégie.Il y a deux semaines, 150 canetons en âge de se débrouiller ont été libérés.Actuellement, environ 200 palmipèdes habitent dans les nombreux étangs.Christina Morris a travaillé durant quatre ans au centre de réadaptation le Nichoir, à Hudson.Elle a fondé son refuge pour permettre notamment aux oiseaux aquatiques de vivre dans un milieu adéquat que ne peuvent habituellement offrir les autres centres d'accueil pour la faune ailée.Le hic, c'est que le refuge avicole « roule dans le rouge », indique Mme Morris.« Il devient extrêmement difficile d'assumer le fardeau financier que représente l'organisation, dit-elle.Dans le cas de l'outarde de Boucherville, par exemple, l'intervention chirurgicale coûtera 200 $ en matériel et en médicaments postopératoires.Et la vétérinaire travaille bénévolement.» Christina Morris a aussi été surprise par le nombre de canetons qui se sont retrouvés dans les piscines des banlieusards et qui lui ont été confiés.« Manifestement, plusieurs canes ont niché sur des terrains où il y avait des piscines à proximité, dit-elle.Or dans les 48 heures suivant l'éclosion, la mère tente de trouver un point d'eau et, bien sûr, dans ce cas, toute la marmaille se retrouve dans la piscine.Le problème, c'est qu'en dépit de l'accueil de certains propriétaires, qui décident alors d'alimenter la couvée, la nourriture inadéquate et surtout l'eau chlorée provoquent des diarrhées mortelles.Les petits meurent en l'espace de deux jours.Si on veut les sauver, il faut les confier à un centre de réadaptation.» Par ailleurs, si les oisillons sont sur la terre ferme, il est inutile d'essayer de les capturer pour leur venir en aide.Même si elle se fait discrète, la mère veille habituellement au grain.On peut entrer en contact avec le Refuge avicole de la Montérégie en téléphonant au (450) 456-3167.L'adresse est le 7, rue Pharand, à Saint-Clet.Photo ARMAND TROTTIER, La Presse © Christina Morris accueille chez elle une foule d'oiseaux, blessés ou abandonnés, comme cette bernache du Canada, qui souffre d'une malformation à une aile l'empêchant de voler.Photo MARTIN TREMBLAY, La Presse © Comme chaque année, de nombreuses nichées de canards se sont retrouvées dans les piscines des banlieusards et plusieurs canetonsont été confiés à des refuges.LE CARNET D'OBSERVATION Les merles du Nord PETITES vacances dans le nord du Québec, en août, à 140 km au nord-ouest de Kuujjuak, sur les rives du lac Duluth, près de la rivière aux Feuilles, au-delà de la limite théorique des arbres.Pays de toundra et de caribous, les oiseaux y sont cependant assez rares.Pipits, bruants à couronne blanche, sizerins flammés, bernaches du Canada, huarts à collier font partie du nombre.Nous avons aussi eu la chance d'observer plusieurs lagopèdes des saules, dont le cri étrange se fait souvent entendre au crépuscule.Des oiseaux très beaux qu'on a parfois la chance de voir à quelques mètres de distance avant qu'ils ne s'enfuient en courant sur le sol, du moins s'ils n'ont pas été trop effarouchés.Mais la plus grande surprise est cette rencontre avec deux ou trois merles d'Amérique, une présence plutôt insolite dans ce pays dénudé.Il faut dire que notre oiseau familier est répandu presque partout sur le continent jusqu'au Mexique et même au Guatemala, et au nord jusqu'à la limite des arbres.De la visite chez Ricardo IL Y A quelques semaines, je vous ai raconté que mon ami Ricardo Larrivée avait découvert une nichée de canards colverts dans un arbre creux sur son terrain, à Chambly.Finalement, l'éclosion s'est produite, mais, dès le lendemain, la dizaine de canetons s'est enfuie vers le bassin de Chambly en empruntant le ruisseau qui coule sur sa propriété.Heureusement, dit-il, puisqu'un raton laveur rôdait dans les alentours depuis une journée ou deux.La semaine dernière, autre coup de fil de Ricardo.Un oiseau étrange, genre échassier, se promène sur les berges de son petit cours d'eau, avalant allègrement grenouilles et petits poissons.Selon la description, il s'agissait d'un butor, une visite exceptionnelle.Mais après avoir examiné le cliché, il s'agissait plutôt d'un bihoreau juvénile, un visiteur pour le moins inusité dans un jardin.Avec une faune ailée aussi abondante (les cardinaux, geais bleus et autres sont innombrables sur son terrain), l'ami cuisinier devrait se procurer un bon guide d'identification.Le peuple migrateur à l'affiche L'UNION québécoise de réhabilitation des oiseaux de proie (UQROP) vous invite cet après-midi, à 14 h 30, à la projection du film Le Peuple migrateur.Le documentaire, présenté à l'auditorium de la faculté de médecine vétérinaire de Saint-Hyacinthe, sera commenté par un biologiste de l'UQROP, qui vous présentera aussi pour l'occasion un harfang des neiges, un des pensionnaires du centre de réadaptation.Les droits d'entrée sont de 5 $ par personne.La faculté de médecine vétérinaire est située rue Sicotte.On s'y rend par la route 20, sortie 123 vers Saint-Hyacinthe.Au boulevard Laurier (route 116), on tourne à gauche ; au prochain feu de circulation, on tourne de nouveau à gauche, puis sur Sicotte on tourne à droite.Observation d'oiseaux au mont Saint-Bruno LE PARC national du Mont- Saint-Bruno vous invite à participer à deux fins de semaine d'observation d'oiseaux, les 13, 14, 20 et 21 septembre, de 10 h à 15 h.Au programme: identification des rapaces qui survolent l'endroit, notamment la crécerelle d'Amérique, la buse à queue rousse, la petite buse et l'urubu à tête rouge.On apporte son lunch.Photo PIERRE McCANN, La Presse © Le grand départ des hirondelles Les hirondelles se font très discrètes depuis le début d'août.Elles ont quitté leurs territoires de nidification pour commencer à se rassembler en grand nombre autour des plans d'eau, notamment le long du Saint-Laurent, où les insectes sont beaucoup plus nombreux qu'à l'intérieur des terres.Début septembre, elles nous quittent pour le Sud par vagues successives regroupant souvent des dizaines de milliers d'oiseaux.Ces regroupements comptent plusieurs espèces.Rappelons que certaines d'entre elles doivent faire un long périple avant d'atteindre leur habitat d'hiver.L'hirondelle noire passe l'hiver en Amérique du Sud, notamment au Brésil.De toutes nos hirondelles, c'est la bicolore qui s'attarde le plus longtemps au Québec, et quelques individus sont observés régulièrement vers la fin d'octobre ou le début de novembre."]
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