La presse, 30 octobre 2005, P. Plus
[" www.cyberpresse.ca/plus MON T R É A L D I M A N C H E 3 0 O C T O B RE 2 0 0 5 COURSEÀLAMAIRIE DEMONTRÉAL PORTRAIT DESCANDIDATS Textes de Nathalie Collard PAGES 6 ET 7 lllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll PLUS Les rites funéraires d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019ont rien à voir avec ceux d\u2019hier.En apparence.Comme on meurt aussi pressé qu\u2019on a vécu, vive les «McFunérailles », vite servies et avec un minimum de questionne-ments.Et on semonte un sitemortuaire sur Internet, afin de rappeler éternellement sa mémoire aux survivants dans le cyberespace.Tout celafait gadget.Et ce l\u2019est.Car on a beau nier la mort, la refuser, elle nous rejoint tous un jour ou l\u2019autre.Et même si on a réussi à prolonger la vie, l\u2019agonie, elle, est plus courte et plus dramatique qu\u2019avant.Un grand dossier à lire en PAGES 2À5 L\u2019ÈRE DU PRÊT-À-MOURIR PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE Charles Jodoin 2 P L U S L A P R E S S E M O N T R É AL DI M A N C HE 3 0 O C T O B R E 2 0 0 5 llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll .DOSSIER / TOURNÉE D\u2019ADIEU Des dizaines de milliers de morts boudent désormais les cimetières traditionnels pour reposer plutôt dans.un siteWeb.Bienvenue dans l\u2019univers des cimetières virtuels, unmonde en pleine expansion.«J\u2019IRAI NAVIGUER Photographié à tous les âges avec ses oncles et tantes, ses chiens, son frère, ses amis, le jeune Joey Whiteman, tué dans un accident de la route, semble parler d'outretombe: «Je suis né par césarienne, le lundi 8 septembre 1980 à 8h08.Papa faisait le photographe.Je pesais sept livres.» L\u2019écrivain américain Hunter S.Thompson avant, ci-contre, et après, dans ce feu d\u2019artifice auquel ses cendres avaient été mêlées et qui a explosé en gerbes multicolores.MARIE-CLAUDE MALBOEUF e Web est hanté.Hanté par des dizaines de milliers de morts qui boudent désormais les cimetières traditionnels et leurs allées désertes.Pour garder leur place parmi les vivants, ils demandent de reposer dans Internet.Fini les caveaux et leur chapeau de pierre.Au XXIe siècle, l\u2019espace se mesure en megs.Photos, vidéos et poèmes remplacent les cercueils d\u2019antan.Et les endeuillés cliquent pour «fleurir» leurs tombes.Sur certains sites, les sépultures délaissées seretrouventmêmeenvahiesde lierre.Lorsque les cendres d\u2019un défunt ont été dispersées au vent, c\u2019est parfois le seul signe que cette personne a vécu, soulignent les spécialistes de la mort.Dans les autres cas, les corps seront physiquement enterrés ou incinérés.Mais pour s\u2019occuper de leur âme, perpétuer leur mémoire, les cimetières virtuels, d\u2019abord marginaux, se répandent aux quatre coins du monde.Aux États-Unis, on ne les compte déjà plus.Au Québec, Urgel Bourgie offre la possibilité de créer des sites commémoratifs qui feront bientôt plus de place au son et à l\u2019image.ÀMonaco, l\u2019idée a germé chez une auguste entreprise de pompes funèbres, Somotha.Au Japon, chez les moines branchés de la pagode Kannon-in, à Hiroshima.En Chine, où les champs de pierres tombales L Gagner sa vie avec la mort SYLVIE ST-JACQUES Faire carrière dans le domaine funéraire, ça vous chante?«La relève est assurée.Ceux qui sont prêts à sortir de Montréal et accomplir des tâches multiples trouvent facilement du travail», affirme Nathalie Samson, secrétaire générale de la Corporation des thanatologues.Charles Jodoin a reçu, en mai dernier, son diplôme d\u2019études techniques en thanatologie du collège de Rosemont.«J\u2019ai toujours su que j\u2019allais travailler dans ce domaine.C\u2019est une passion qui se transmet de père en fils», dit le sérieux jeune homme de 20 ans.Dès son adolescence, il donnait un coup de main en faisant le ménage du salon familial.À 16 ans, c\u2019est lui qui allait chercher les cadavres dans les hôpitaux.Mais on ne naît pas thanatologue ou directeur funéraire.On le devient en suivant une formation au collège de Rosemont, seule institution à offrir ce programme qui comprend entre autres des cours de chimie, de physique, de thanatopraxie, de psychologie du deuil, de droit, d\u2019embaumement.«Puisqu\u2019ils travailleront avec une clientèle fragile sur le plan émotif, les élèves doivent être capables de prendre du recul dans des situations éprouvantes», dit David Émond, responsable de la coordination départementale au collège.Des 19 derniers diplômés, 17 étaient des filles.Leurs bons résultats scolaires contrecarrent les ambitions des garçons.«On attribue aussi aux filles un désir de donner des soins, de maternage jusque dans la mort», souligne Jean-Jacques Lavoie, qui dirige la revue Frontières du Centre d\u2019études sur la mort et le deuil.Depuis cetteannée, le collègeaajouté une entrevue à ses critères de sélection, pour tenter de rééquilibrer la proportion filles-garçons.«Il ne suffit pas de dire: une petite dose d\u2019empathie, une petite dose de sympathie, et le tour est joué!» prévient l\u2019anthropologue Luce Des Aulniers, spécialiste des rapports entre le vivant et la mort.Selon elle, un bon directeur funéraire doit pouvoir «situer l\u2019expérience de la mort dans un cadre d\u2019entendement commun».En fait, on doit reconnaître le rôle qu\u2019a joué le défunt dans son milieu pour amener son entourage à se rende compte du vide que laisse son départ.La technique en thanatologie est en voie d\u2019être révisée pour s\u2019adapter aux nouvelles réalités sociales et culturelles des endeuillés.Mais l\u2019expérience de la mort, elle, ne s\u2019apprend pas sur les bancs d\u2019école, dit Charles Jodoin.«Le jour où nous avons reçu une famille qui avait perdu son fils dans un accident de voiture, j\u2019ai compris que moi aussi je pouvais mourir, même à 16 ans.» Même mort, on a droit à de l\u2019empathie, de la sympathie, et pourquoi pas une petite dose dematernage de la part du thanatologue?PHOTO ROLLAND QUADRINI, AP PHOTO PAUL CONRAD, AP PHOTO MICHAEL R.BRANDS, AP L A P R E S S E M O N T R É A L D I M A N C HE 3 0 O C T O B R E 2 0 0 5 P L U S 3 llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll .DOSSIER / TOURNÉE D\u2019ADIEU PLACE AUX «McFUNÉRAILLES »: DU PRÊT-À-MOURIR VITE FAIT QUELQUES CIMETIÈRES VIRTUELS QUÉBÉCOIS www.urgelbourgie.com/mausolee/mausolee_menu.asp AMÉRICAINS www.americanMemorials.com virtual-memorials.com www.ecemetery.org www.memoriallink.com MONÉGASQUE www.athanee.mc/ (espace du souvenir) JAPONAIS www.kanjizai.com/cenotap/index/index.html BRITANNIQUE inmemoryof.co.uk FRANÇAIS www.lecimetiere.net SUR VOS TOMBES.» débordent autant que les rues, plus de 100 000 citoyens ont ravi les autorités en se rabattant sur Internet: dehors, les corps et les bâtons d\u2019encens devenaient trop polluants.Résultat: plusieurs empochent.Car comme dans les vrais cimetières, les concessions \u2014 valables pour un, trois ou cinq ans \u2014 peuvent coûter quelques centaines de dollars.Sans compter la création de la tombe, dont le prix augmente souvent avec chaque nouvelle photo, ou encore avec la demande d\u2019unmot de passe ou d\u2019un livre d\u2019or.Les sites gratuits sont pour leur part infestés de publicité.«Internet permet d\u2019en faire tellement plus! s\u2019enthousiasme néanmoins Michael Tidwell, qui a fondé l\u2019un des premiers cimetières électroniques, le World Gardens, il y aura bientôt 10 ans.Avec tous ces gens qui déménagent, c\u2019est une chance de pouvoir se recueillir sur une tombe où qu\u2019on soit dans le monde.» «En plus des images, du son, des histoires, il y a un échange puisque les visiteurs peuvent laisser des messages de compassion», ajoute le publicitaire.Parmi ces tombes se trouve celle de l\u2019Américain James Doyle qui, à 36 ans, est tombé et s\u2019est noyé dans son bain.«La page de James a été aussitôt bombardée de témoignages.Ses parents y ont trouvé un immense réconfort : toutàcoup, ilsapprenaient plein de choses qu\u2019ils auraient ignorées sinon.Et leur fils se mettait à revivre», raconte son vieil ami photographe Brad Patton, que La Presse a joint en Caroline du Sud.D\u2019autres entretiennent une tombe virtuelle pour mieux défendre une cause: recherche sur le cancer ou le sida, prévention du suicide, sécurité routière.Les passionnés de généalogie optent quant à eux pour les sites consacrés à des familles précises ou offrant l\u2019image de vraies pierres tombales, photographiées partout dans le monde.Rivées à leur ordinateur, des veuves ont l\u2019impression de retrouver leur mari, comme DemiMoore dans le film hollywoodien Ghost.Des mères éplorées continuent de materner leur enfant.Et les vivants ont soudain le loisir de faire cette curieuse promesse: «J\u2019irai naviguer sur vos tombes.» MARIE-CLAUDE MALBOEUF ET SYLVIE SAINT-JACQUES Mêlées à des feux d\u2019artifice, les cendres de l\u2019écrivain américain Hunter S.Thompson ont explosé en gerbes multicolores l\u2019été dernier dans le ciel d\u2019Aspen, au Colorado.Ainsi en avait décidé l\u2019auteur de Fear and Loathing in Las Vegas avant de se tirer une balle dans la tête.Avant lui, le créateur de la série télévisée Star Trek avait fait propulser ses cendres en orbite par une compagnie de Houston.Mais nul besoin d\u2019être américain, ni même d\u2019être célèbre, pour vivre une mort surprenante.«Aujourd\u2019hui, tout est possible.Les gens réclament des cercueils en forme de guitare, de planche à roulettes ou de tire-bouchon», dit Jean-Jacques Lavoie, qui dirige la revue Frontières du Centre d\u2019études sur la mort et le deuil de l\u2019UQAM.Qu\u2019ils demandent à être enterrés avec leurs bâtons de golf ou que leurs cendres soient déposées dans le ventre de leur Harley-Davidson, les baby-boomers sont de plus en plus nombreux à planifier leur mort dans les moindres détails, observe aussi l\u2019historien.Après avoir vécu à fond, en s\u2019exprimant et en faisant fi des traditions, les 50-60 ans espèrent mourir de la même manière, dit-il.Chez Alfred Dallaire, une vidéaste recueille ainsi les souvenirs et met en scène les mémoires du défunt.«Avant, c\u2019était du préfabriqué, tout était dirigé par le curé, rappelle M.Lavoie.Mais c\u2019était un carcan dans lequel plusieurs ne se reconnaissaient pas.On assiste donc à un renversement complet.L\u2019industrie ne s\u2019adapte plus à l\u2019Église: c\u2019est l\u2019Église qui est à la remorque de l\u2019industrie.S\u2019il y a un prêtre, il est embauché par le salon et repart.» Tout réinventer présente toutefois des périls.«J\u2019ai déjà vu des gens scandalisés de la façon dont la cérémonie s\u2019était déroulée, au point d\u2019en refaire entre eux une deuxième, raconte M.Lavoie.C\u2019est le danger du narcissisme.Il ne faut pas oublier que le rite n\u2019est pas là pour le mort, mais pour les survivants, qui ont un deuil à vivre.» Plus de trace En voulant disperser les cendres de son mari dans un lac, tel qu\u2019il le désirait, une femme a vu le vent rabattre le contenu de l\u2019urne dans ses cheveux.«Traumatisée à vie, elle n\u2019a jamais été capable de surmonter son deuil», relate la porte-parole de la Corporation des thanatologues du Québec, Nathalie Samson.Autre danger: tout balayer.«Au début, le grand frère amène l\u2019urne dans son salon et s\u2019en sert comme appuie-livres.Mais après trois ou cinq ans, on voit les cendres aboutir aux toilettes ou dans le jardin, constate M.Lavoie.Et les gens n\u2019ont plus aucun endroit où aller voir le mort.Il n\u2019en reste plus la moindre trace.» De plus en plus, les funérailles elles-mêmes sont presque éliminées.«Les gens ont des vies trépidantes.Ils n\u2019ont pas le temps de faire quoi que ce soit d\u2019autre que des McFunérailles, commente M.Lavoie.Certains optent même pour le direct au four: directement après la morgue, c\u2019est la crémation.» Un aspect curatif Chez Magnus Poirier, les défunts sont souvent exposés une seule journée, le samedi ou le dimanche, soit trois fois moins longtemps que jadis.Et souvent, seule la famille se déplace.«Plusieurs clients nous demandent de ne pas voir le mort.D\u2019autres pensent que la souffrance sera moindre si l\u2019événement est court», confirme le président de l\u2019entreprise, Marc Poirier.Dans les faits, c\u2019est une erreur, dit-il, puisque les échanges ont un aspect curatif et aident le retour à la vie normale.Spécialiste des rapports entre le vivant et la mort, l\u2019anthropologue Luce Des Aulniers croit que l\u2019industrie n\u2019a pas fini d\u2019évoluer.«Je ne pense pas qu\u2019il faille revenir aux croyances d\u2019autrefois, dit-elle.Mais si on veut lui donner un sens, il faut trouver un cadre plus large dans lequel déposer l\u2019événement de la mort.» EN VOULANT DISPERSER LES CENDRES DE SON MARI DANS UN LAC, TEL QU'IL LE DÉSIRAIT, UNE FEMME A VU LE VENT RABATTRE LE CONTENU DE L'URNE DANS SES CHEVEUX.TRAUMATISÉEÀVIE, ELLE N'A JAMAIS ÉTÉ CAPABLE DE SURMONTER SON DEUIL.Certains morts disparaissent sans laisser la moindre trace de leur passage sur terre.D\u2019autres, après des McFunérailles aussi rapidement expédiées que les hamburgers de la célèbre chaîne.À moins qu\u2019ils ne se soient concocté d\u2019avance une fin spectaculaire.Car, en 2005, il existe au moins autant de façons demourir que de façons de vivre. 4 P L U S L A P R E S S E M O N T R É A L D I M A N C H E 3 0 O C T O B R E 2 0 0 5 L A P R E S S E M O N T R É A L D I M A N C H E 3 0 O C T O B R E 2 0 05 P L U S 5 lllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll FRANÇOIS BERGER Appelons-les Michel et Louise.Ils ne se sont peut-être jamais vus, et pourtant ils ont toujours tout fait ensemble.Nés en même temps, ils ont partagé les bancs d\u2019école, leurs rêves, ils se sont mariés à la même époque, ont acheté leurs maisons et ont même divorcé à l\u2019unisson, ils ont travaillé côte à côte et s\u2019apprêtent à prendre leur retraite simultanément.Ils vont aussi faire ensemble, ou quasiment ensemble, l\u2019ultime voyage, celui de la mort.Michel et Louise \u2014 les deux prénoms les plus portés par les hommes et les femmes du Québec \u2014 sont les prototypes de la génération issue du baby-boom, la grande vague des naissances qui a suivi la fin de la Deuxième Guerre mondiale et a constitué le plus important groupe humain de l\u2019histoire récente.Les baby-boomers constituent un véritable phénomène de masse: ils composent aujourd\u2019hui le tiers de la population québécoise, un gros poidsdémographiquequi continuera de peser lourd sur la société, notamment dans les soins de santé prodigués aux personnes âgées.Leur disparition en masse, qui commencera à se faire sentir de manière notable dans une dizaine d\u2019années, va aussi créer un grand creux à cause des enfants qu\u2019ils n\u2019ont pas eus.Selon l\u2019Institut de la statistique du Québec, le «point de rupture» dans la démographie québécoise \u2014 le moment où les décès surpasseront les naissances en nombre \u2014 pourrait survenir aussi tôt dès 2009.C\u2019est dans quatre ans seulement.Mais le scénario le plus probable situe le «grand basculement» au cours des années 2020, avec chaque année quelque 70 000 nouveau-nés et un peu plus de défunts.Par la suite, ce sera l\u2019hécatombe: plus de 100 000 morts par année vers 2040, mais seulement 60 000 naissances, soit 10 morts pour six naissances.L\u2019immigration ne parviendra vraisemblablement pas à combler le fossé.Actuellement, il y a 13 naissances pour 10 morts.Les trois quarts des décès surviennent après l\u2019âge de 65 ans.Les femmes vivent en moyenne cinq ans de plus que les hommes, soit 82 ans comparativement à 77 ans.Michel et Louise ne partiront donc pas tout à fait ensemble, mais peu s\u2019en faut.Le Québec est relativement en avance, pour ainsi dire, sur le chemin de l\u2019éternité, puisque sa population vieillit à un rythme accéléré.Il faudra une trentaine d\u2019années au Québec pour voir ses personnes âgées passer de 12% à 24% de la population, 10 ans de moins que dans le reste du Canada, 15 ans de moins qu\u2019en Italie, de 30 à 35 ans de moins qu\u2019en Allemagne ou en France.Après le baby-boom, voici donc venu le «dead-boom»! De 7,5 millions actuellement, la population totale du Québec ne devrait pas dépasser un sommet de 8,1 millions d\u2019ici 25 ans, pour décliner ensuite inexorablement.Mince consolation: les salons funéraires feront de très bonnes affaires! Les derniers chiffres disponibles font état de revenus de 279 millions de dollars pour les salons funéraires du Québec en 2003, soit un peu plus de 5000$ par décès, en moyenne.Dans l\u2019ensemble du Canada,ils\u2019agitdeprèsde1,5milliard, ou 6200$ par défunt.Entre 2000 et 2003, le coût moyen des funérailles a augmenté de 13,6%au pays, deux fois plus vite que l\u2019inflation.FRANÇOIS BERGER «On a atteint le sommet !» Luce Des Aulniers est formelle: jamais dans l\u2019histoire de l\u2019humanité n\u2019a-t-on autant qu\u2019aujourd\u2019hui dénié la mort.«On fait comme si elle n\u2019existait pas», dit l\u2019anthropologue qui a créé il y a 25 ans le programme d\u2019études sur lamort de l\u2019UniversitéduQuébec àMontréal.«On n\u2019a plus le sentiment d\u2019être mortel», dit-elle, devant la panoplie de supposés moyens de déjouer la fatalité, du clonage aux manipulations génétiques en passant par les autres technologies nouvelles jusqu\u2019à la cryogénisation (conservation des cadavres en vue d\u2019une réanimation future).Nous avons «le fantasme d\u2019être éternellement réparés».Pourtant, on parle beaucoup de la mort, on y réfléchit de plus en plus, ajoute Mme Des Aulniers.Au cinéma, des films traitant de la mort sont primés aux deux ans, en moyenne, dans les grands festivals du cinéma depuis une décennie.Lorsqu\u2019on admet complètement la réalité de la mort \u2014 de notre propre mort éventuelle \u2014, on ressent encore le besoin de se rassurer, poursuit la professeure, en se tournant vers, par exemple, ce qu\u2019on a appelé les «expériences de mort imminente» (EMI) avec leur imagerie du tunnel, de la lumière annonciatrice d\u2019un au-delà.Les recherches scientifiques ont cependant montré que ces expériences de décorporation seraient d\u2019origine neurologique.Il peut s\u2019agir, note Mme Des Aulniers, d\u2019un mécanisme de défense, d\u2019une fantaisie inscrite dans l\u2019inconscient collectif.La crémation des dépouilles \u2014 désormais le principal moyen de disposition des corps au Québec \u2014 participe aussi du déni, selon le professeur de grandes religions Jean- Jacques Lavoie, directeur de la revue Frontières, dont le sujet unique est la mort.Dans notre société où règne le culte du corps beau et jeune, et où l\u2019on ne porte guère plus les signes du deuil, la crémation des morts assure «une disparition totale, radicale et vite faite», dit-il.Il signale que la crémation des corps ne revêt pas au Québec le caractère rituel et sacré que l\u2019on retrouve en Inde, par exemple.En somme, il s\u2019agit ici de se débarrasser des dépouilles, confiées à quelques parents ou proches \u2014 une «privatisation sans précédent de la mort», note M.Lavoie.En Ontario, on assimile même les cadavres à des déchets, puisque la réglementation y oblige les salons funéraires à s\u2019enregistrer «à titre de producteurs auprès d\u2019une entreprise d\u2019élimination des déchets», stipule un document de Statistique Canada sur les services funéraires.Dans un autre registre, la sociologue Luce Des Aulniers souligne que la mort demeure quelque chose d\u2019intolérable, mais que la reconnaissance du destin doit constituer «une tentative d\u2019intégration de la mort dans notre vie».FRANÇOIS BERGER cette époque où le temps presse, même le dernier acte, celui de mourir, ne doit pas traîner en longueur ! L\u2019agonie n\u2019est plus ce qu\u2019elle était.Paradoxalement, en prolongeant la vie desmaladesgrâceaux traitements médicaux tardifs et intensifs qui ralentissent la progression du cancer, notamment, et retardent le moment du décès, on a raccourci la durée de l\u2019agonie.Tandis que les mourants passaient en moyenne un mois aux soins palliatifs, il y a 10 ans, ils n\u2019y restent plus que deux semaines aujourd\u2019hui.La médecine actuelle allonge la phase de lutte contre la maladie, au cours de laquelle le malade et son entourage évitent d\u2019envisager la mort, dit le docteur Bernard Lapointe, chef des soins palliatifs à l\u2019Hôpital général juif de Montréal et professeur associé de médecine à l\u2019Université McGill.La période préparatoire au décès est pratiquement escamotée et la phase terminale arrive «comme une catastrophe», explique le docteur Lapointe.Les soins palliatifs consistent en grande partie aujourd\u2019hui à «gérer des crises», dit encore le docteur Lapointe.«Après trois jours, les gens pensent : Ça va tu finir ?.» Les besoins en soins palliatifs augmentent sans cesse, de l\u2019ordre de 5% par année, étant donné le vieillissement de la population, tandis que les ressources ne suivent pas.Seulement 15%des mourants nécessitant des soins de fin de vie en obtiennent.Une agonie ou un décès peut chambarder la vie de nombreuses personnes.Enmoyenne, cinq autres personnes voient leur bien-être immédiat affecté par le décès de quelqu\u2019un, selon l\u2019Association canadienne de soins palliatifs.Cela crée une pression sociale.Les proches d\u2019un agonisant s\u2019informent aujourd\u2019hui plus souvent sur l\u2019euthanasie, sur l\u2019arrêt d\u2019un traitement ou une forme ou une autre d\u2019intervention médicale pouvant abréger les jours du mourant.Les gens ont leurs occupations, et la pression sociale est telle qu\u2019on se dit: «Autant en finir au plus tôt», renchérit Luce Des Aulniers, sociologue de la mort à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).Une recherche récente en psychologie menée par Isabelle Marcoux, également de l\u2019UQAM, a montré que près des trois quarts desQuébécois trouvent «acceptable» l\u2019euthanasie, particulièrement l\u2019arrêt de traitement, ce qu\u2019on décrit parfois comme l\u2019euthanasie passive.Les baby-boomers y sont les plus favorables.Le recours à l\u2019euthanasie en fin de vie reste un terrain glissant.Même le «testament biologique», par lequel une personne dicte le type de traitements qu\u2019elle désire ou refuse pour le moment futur de son agonie, peut être sujet à caution.La recherche de Mme Marcoux a montré qu\u2019aux Pays- Bas, où l\u2019euthanasie doit légalement faire l\u2019objet d\u2019une requête formelle (de la part du futur mort), un requérant sur sept change d\u2019idée en cours de route.Mourir chez soi De nombreux experts avaient prédit que le développement des soins de fin de vie allait permettre à plus de gens de passer leurs derniers moments chez eux, dans un environnement familier et entourés de leurs proches.D\u2019ailleurs, les gens veulent mourir à la maison, montrent toutes les enquêtes.Mais il y a loin du souhait à sa réalisation.S\u2019occuper d\u2019une personne mourante à la maison n\u2019est pas une sinécure: il faut en moyenne y consacrer 54 heures par semaine, et la majorité des gens estiment qu\u2019ils ne le peuvent tout simplement pas, ne serait-ce qu\u2019en raison de leur emploi.Plutôt que d\u2019augmenter, l\u2019agonie à domicile diminue.Selon l\u2019Institut de la statistique du Québec, seulement 8,5% des mourants ont, l\u2019an dernier, rendu l\u2019âme à domicile, terme qui inclut les résidences privées pour personnes âgées.En 1987, il s\u2019agissait de 13,2%.Donc, neuf fois sur 10, la «grande sortie» a lieu à l\u2019hôpital.Le Québec est un «champion de la mort en institution», dit le docteur BernardLapointe, de l\u2019Hôpital général juif de Montréal.Les soins aux mourants à domicile «n\u2019ont pas un financement adéquat au Québec, où lerecoursàlamédecineinstitutionnelle est plus répandu qu\u2019ailleurs au pays», note-t-il.Ainsi, 42% des malades d\u2019un cancer en phase terminale (les deux dernières semaines de vie) visitent les urgences d\u2019un hôpital au Québec, comparativement à seulement 28%en Ontario, selon l\u2019Institut national de santé publique.DOSSIER / TOURNÉE D\u2019ADIEU DOSSIER / TOURNÉE D\u2019ADIEU UNE AGONIE PLUS COURTE MAIS PLUS DRAMATIQUE Les derniers moments deviennent une catastrophe pour l\u2019entourage À Michel et Louise partiront ensemble La civilisation du déni SOINS PALLIATIFS ?Voici la définition qu\u2019en donne l\u2019Association canadienne de soins palliatifs (ACSP) : « Les soins palliatifs visent à soulager les souffrances et à améliorer la qualité de vie des personnes qui sont à un stade avancé de leur maladie ou en fin de vie.Le but de ces soins est d\u2019assurer le confort et la dignité du malade, et de promouvoir la meilleure qualité de vie pour cette personne.Le soulagement de la douleur et des symptômes pénibles est un objectif primordial.Les soins palliatifs sont conçus pour répondre non seulement aux besoins physiques, mais aussi psychologiques, sociaux, culturels, émotionnels et spirituels.» LE «POINT DE RUPTURE» DANS LA DÉMOGRAPHIE QUÉBÉCOISE\u2014LE MOMENT OÙ LES DÉCÈS SURPASSERONT LES NAISSANCES EN NOMBRE \u2014 POURRAIT SURVENIR DÈS 2009.FRANÇOIS BERGER La respiration a cessé, il n\u2019y a pas de pouls, les pupilles des yeux ne se contractent plus à la lumière vive.Voilà les signes cliniques de la mort.L\u2019encéphalogramme est tout à fait plat.Mort cérébrale,mort clinique,mort tout court, le décès est «un état dont on ne revient pas», résume le docteur Jean Rodrigue, de la Fédération des médecins omnipraticiens duQuébec.C\u2019est un médecin qui constate officiellement le décès,danslagrande majorité des cas.C\u2019est lui qui remplit le formulaire autorisant l\u2019inscription du décès au registre de l\u2019état civil et établissant les causes de la mort.Les Québécois meurent avant tout du cancer (du poumon au premier rang), de maladies cardiaques (infarctus du myocarde surtout), de problèmes respiratoires (bronchite et asthme principalement) et de traumatismes ou accidents, parmi lesquelsle suicide occupe lapremière place.Avec le vieillissement de la population, le cancer s\u2019est hissé, depuis la fin des années 90, tout en haut de la liste des causes de décès.Mais, car il y a un «mais», quand on est mort, l\u2019est-on vraiment?Un doute persiste.Et si la personne humaine était «plus»que son corps?sedemandent plusieurs, qu\u2019ils soient spécialistes, moines ou quidams.Certains parlent de «posthumanité », impliquant une survie de la «conscience» ou de l\u2019«esprit».Le Network for the Definition of Death,unregroupementinternational de sommités en médecine, en biologie, en bioéthique et en philosophie, publie de nombreux ouvrages sur la question, dont ceux dumédecin cubainCalixtoMachado, selon qui la conscience, dont le siège setrouvedansle cerveau(notamment dans le cortex cérébral), doit devenir LA définition ultime de l\u2019existence humaine.La conscience est un état nerveux de vigilance et de réceptivité aux signaux provenant de l\u2019environnement interne et externe.Le docteur Machado a imaginé un être humain dont on aurait remplacé, au fil des ans et des maladies, tous les organes, les poumons, le coeur, l\u2019estomac, les membres, etc.Des caméras électroniques remplacent les yeux, des oreilles numériques assurent l\u2019ouïe.À terme, ce corps est entièrement électromécanique.Reste le cerveau, dont des parties comme le tronc cérébral, le thalamus, l\u2019épiphyse et l\u2019hypothalamus ont été remplacées par des systèmes artificiels, permettant toujours le fonctionnement du cortex cérébral.Un tel être serait bel et bien humain et en vie, puisqu\u2019il serait doté de conscience et aurait conservé sa mémoire! Pour ce scientifique, seule la perte irréversible de l\u2019état de conscience est synonyme de décès.La mort du corps ne suffit pas! LA MORT IMPOSÉE MORT OU VIF ?Il peut en coûter cher de mourir! À sa mort, une personne est réputée avoir «vendu» tous ses biens à la valeur marchande le jour du décès.Plusieurs gouvernements taxent alors ces actifs, le plus gourmand étant celui du Japon qui va gober jusqu\u2019à 70%des avoirs du trépassé.Le fisc des États-Unis en prélève jusqu\u2019à 48%, et la loi américaine prévoit qu\u2019un transfert d\u2019avoirs réalisé avant le décès (un cadeau aux enfants, par exemple) sera lui aussi imposé.En général, les pays qui prélèvent une taxe sur les successions le font à hauteur de 30%, selon une étude de l\u2019American Council for Capital Formation.Le Canada n\u2019a pas d\u2019impôt successoral, pas plus que leQuébec, qui l\u2019a aboli en 1985.PHOTO J.B.FORBES, AP DOSSIER / TOURNÉE D\u2019ADIEU Vous voulez réagir à notre dossier sur la mort?Écrivez-nous à forum@lapresse.ca 6 P L U S L A P R E S S E M O N T R É AL DI M A N C HE 3 0 O C T O B R E 2 0 0 5 llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll .QUEL MAIRE POUR MONTRÉAL ?Dimanche prochain, lesMontréalais éliront unmaire pour la ville qui a finalement émergé des fusions et des défusions.Quel candidat choisiront-ils ?Gérald Tremblay, longtemps décrit comme un technocrate ennuyeux, mais qui a surpris tout le monde en revêtant sa cape de « super maire » pour sauver le Grand Prix, les championnats de la FINAet l\u2019hôpital des Shriners ?Ou Pierre Bourque, l\u2019éternel jardinier, politicien coriacemais insaisissable, que certains appellent encore monsieur lemaire ?Derrière chaque personnage se cache un homme que nous vous présentons aujourd\u2019hui.Sans oublier Richard Bergeron, l\u2019outsider vert.PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE © Gérald Tremblay à l\u2019hôtel de ville.L\u2019image du technocrate sans éclat commence à s\u2019estomper.GÉRALD TREMBLAY Lemaire hyperactif NATHALIE COLLARD Il n\u2019y a pas si longtemps, il suffisait de prononcer le nom de Gérald Tremblay pour provoquer chez votre interlocuteur un bâillement à décrocher les mâchoires.L\u2019image de technocrate sans éclat lui collait à la peau comme un tatouage sur l\u2019avant-bras d\u2019un motard.Or cette image commence à s\u2019estomper.Non que Gérald Tremblay ait vraiment changé.Il peut toujours vous entretenir de grappes industrielles ou de déficit actuariel et ce, sur le même ton enthousiaste d\u2019un enfant qui vous parlerait du dernier Harry Potter.L\u2019homme de 63 ans est un politicien sérieux, studieux et bourreau de travail, et il ne changera pas.Mais avec les années, il est devenu plus sympathique.Étonnamment, cette image plus chaleureuse n\u2019est pas le travail machiavéliques de faiseurs d\u2019images, mais plutôt l\u2019oeuvre des « méchants» médias qu\u2019il évitait au début de son mandat.Sauvetages En effet, c\u2019est beaucoup grâce à deux émissions de télévision, Infoman et Gérard D.Laflaque, que la perception des Montréalais a changé à l\u2019endroit du maire.« Quand je vais dans les parcs, les enfants me sautent dessus et me demandent des autographes, raconte Gérald Tremblay en riant.Ils reconnaissent le personnage dessiné par Chapleau.» Les chroniques rigolotes de M.le maire aux côtés de l\u2019animateur déjanté Jean-René Dufort ont également contribué à le rendre plus accessible.« C\u2019est bien simple, observe l\u2019animateur d\u2019Infoman, quand on est ensemble, on est deux ti-culs de 4 ans.C\u2019est même lui qui me propose des sujets de chronique.Si j\u2019avais senti que c\u2019était feint de sa part, j\u2019aurais arrêté.Mais le bonhomme espiègle que vous voyez à la télé, c\u2019est lui.» Si on ajoute à cela les sauvetages in extremis du Grand Prix, des championnats de la FINA et de l\u2019hôpital des Shriners, on peut dire qu\u2019au cours des quatre dernières années, les Montréalais ont appris à connaître, et à apprécier, ce maire aux allures de boy-scout.Malgré cette apparente familiarité, Gérald Tremblay considère toujours son rôle avec beaucoup de respect.Le bureau qu\u2019il a choisi en impose d\u2019ailleurs aux visiteurs.Lorsqu\u2019il a été élu, en 2001, l\u2019ancien ministre libéral s\u2019est installé au rez-de-chaussée de l\u2019hôtel de ville, dans le bureau autrefois occupé par Jean Drapeau.Dès le premier coup d\u2019oeil, on est frappé par l\u2019absence de classeur et de dossiers dans cette pièce immense aux murs ornés de boiseries.À part une chemise de carton, la surface du bureau du maire est libre.« Je n\u2019aime pas le désordre, reconnaît Gérald Tremblay.Il n\u2019y a pas beaucoup de dossiers sur ma table, mais il y en a beaucoup là-dedans », ajoute-t-il en montrant son front du doigt.Les petits papiers « C\u2019est un être rigoureux, confirme Florence Junca-Adenot, ex-PDG de l\u2019Agence métropolitaine de transport (ATM), auj o u r d \u2019 hui pr o f e s s e u re à l\u2019UQAM.On ne lui passe pas de dossiers qui ne sont pas documentés.Il lit pas mal tout.Alors mieux vaut être préparé, sinon il voit tout de suite la faille.» Depuis le début de la campagne \u2014 après avoir mal défendu son slogan « GO Montréal » \u2014, Gérald Tremblay cause maintenant de nids-de-poule et de propreté.Mais ce sont les grandes orientations de la ville aux plans national, international, culturel et économique qui le font vraiment vibrer.« C\u2019est un vrai leader au sein des villes canadiennes, note David Miller, maire de Toronto avec qui Gérald Tremblay s\u2019est tout de suite lié d\u2019amitié.Il est dévoué à Montréal.Il a une vision très claire de ce qu\u2019il veut faire.» Un romantique tenace Même son de cloche de la part de Simon Brault, directeur de l\u2019École nationale de théâtre du Canada et président de l\u2019organisme Culture Montréal, qui a dirigé la délégation culturelle au Sommet de Montréal organisé par Gérald Tremblay en juin 2002.« Il y a une dose de romantisme dans sa façon de voir la politique, mais c\u2019est un être tenace.Quand il y a péril en la demeure, on l\u2019a vu, il agit vite et bien pour sauver les intérêts supérieurs de sa ville.De plus, c\u2019est un maire très accessible.On peut l\u2019appeler à 7 h 30 le matin et il rappellera dans la journée.Si vous avez un problème, il fera tout ce qui est en son pouvoir pour vous aider.» Cette grande disponibilité cacherait- elle une tendance obsessive à vouloir tout gérer ?En effet, le grand tiroir du bureau du maire renferme des documents surprenants : des bouts de papier sur lesquels sont inscrits les noms et numéros de téléphone de citoyens ordinaires ainsi que quelques mots griffonnés en vitesse : poubelle oubliée, puisard défectueux, panneau de signalisation inadéquat.« Pour être en politique municipale, il faut aimer les gens, explique le maire Tremblay.En anglais on dit : Care about people.La meilleure façon, c\u2019est de les écouter.Quand je n\u2019ai pas le temps, je leur dis : Écrivez-moi ça sur un bout de papier.Quand je les rappelle pour leur demander si le problème a été réglé, ils sont tout surpris.Je leur réponds : Vous êtes mes yeux et mes oreilles.S\u2019il y a quelque chose qui ne fait pas votre affaire, vous m\u2019appelez.» llllllllllllllllllllllllllllll Pas de doute, Gérald Tremblay est M.le maire à 110 %.Et plus les jours passent, moins il a de temps pour faire autre chose.« Je suis très heureux et privilégié de faire ce que je fais.La dernière chose qui me passerait par la tête, c\u2019est de prendre ma retraite.Frapper une petite balle blanche pendant cinq heures, je ne serais pas capable.Mais je trouve très difficile de ne pas avoir le temps de prendre mes distances face à l\u2019exercice du pouvoir.Faut croire que je suis un petit peu déséquilibré.Mais je ne suis pas malheureux et je ne rends pas les gens autour de moi malheureux.Quand Suzanne, mon épouse, sent que je deviens impatient, elle me dit : C\u2019est le temps de partir au chalet.» llllllllllllllllllllllllllllll M.le maire ne fait pas de yoga pour se détendre, mais la spiritualité occupe une place importante dans sa vie.Il a déjà raconté au magazine L\u2019actualité qu\u2019il avait lui-même construit une chapelle sur ses terres, à Saint-Hippolyte.Il n\u2019hésite pas à dire qu\u2019il est pratiquant.« C\u2019est certain qu\u2019il y a quelqu\u2019un qui m\u2019accompagne dans ce que je fais, dit-il.Je ne suis pas tout seul, c\u2019est impossible.» Celui pour qui le moment le plus sombre de sa carrière aura été les années passées dans l\u2019opposition à Québec \u2014 « parce que j\u2019avais l\u2019impression de gaspiller les meilleures années de ma vie » \u2014 estime que son plus grand échec serait de se retrouver au crépuscule de sa vie et de se dire : « J\u2019aurais pu faire une différence et je ne l\u2019ai pas faite.» Reste à voir si les Montréalais lui accorderont cette chance une seconde fois.63 ans ; Marié, père de deux enfants ; Ses héros : Ghandi, le général de Gaulle ; Le livre qu\u2019il voudrait écrire : « Je ramasse tout.J\u2019ai des caisses et des caisses de livres et de dossiers.J\u2019ai des choses à dire et, en politique, ce n\u2019est pas toujours évident de tout dire.Vous lirez ça un jour.» « Je n\u2019aime pas le désordre, reconnaît Gérald Tremblay.Il n\u2019y a pas beaucoup de dossiers sur ma table, mais il y en a beaucoup là-dedans », ajoute-til en montrant son front du doigt. L A P R E S S E M O N T R É A L D I M A N C HE 3 0 O C T O B R E 2 0 0 5 P L U S 7 llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll .QUEL MAIRE POUR MONTRÉAL ?PHOTO IVANOHDEMERS, LA PRESSE Pierre Bourque à l\u2019hôtel de ville.Une ténacité remarquable.PIERRE BOURQUE NATHALIE COLLARD On l\u2019a baptisé Géranium 1er, notamment parce qu\u2019il partage avec cette plante rustique qui orne les balcons montréalais une ténacité remarquable.Mais Pierre Bourque est plus complexe que le Pelargonium, si résistant aux intempéries.Comme l\u2019orchidée qui orne toujours son bureau, l\u2019exmaire de Montréal a une personnalité qui comporte plusieurs facettes.On dit de lui qu\u2019il est flou, détaché du monde, autocrate et solitaire.Et pourtant, il a réussi à diriger le Jardin botanique avec succès.Son passage à la mairie, par contre, lui a valu un bilan plus nuancé.Au fond, il existe deux Pierre Bourque : celui des médias, très critiqué et souvent ridiculisé, et l\u2019autre, aimé et respecté d\u2019une partie de l\u2019électorat montréalais, en particulier des communautés culturelles, qu\u2019il courtise avec beaucoup d\u2019ardeur.Cette année, il revient à la charge avec une équipe composée en majorité d\u2019inconnus.Un esprit cynique pourrait en conclure qu\u2019il est incapable d\u2019attirer des candidats prestigieux, mais Pierre Bourque ne le voit pas ainsi.« Il faut préparer la relève, transmettre des valeurs, dit-il.Je prends beaucoup de risques en m\u2019entourant de gens qui débutent, mais je suis content.J\u2019ai donné beaucoup de chances à des gens d\u2019émerger en politique, j\u2019en suis très fier.Les jeunes ont besoin d\u2019un exemple de sagesse, d\u2019un modèle.Ce n\u2019est pas toujours facile, on n\u2019est pas parfait.» Contrairement à son adversaire Gérald Tremblay, Pierre Bourque n\u2019est pas le chouchou d\u2019une émission humoristique.Par contre, le caricaturiste sonore de l\u2019émission C\u2019est bien meilleur le matin, Pierre Verville, en fait une imitation hilarante.Avec la voix chevrotante qui dérape à la fin de ses phrases, le Bourque de Verville est tout à fait imbattable.Est-ce parce qu\u2019il regarde rarement son interlocuteur dans les yeux que Pierre Bourque donne l\u2019impression d\u2019être insaisissable ?Son ami et proche conseiller, Denis Gauthier (qui est aussi vice- président du parti Vision Montréal), le décrit comme « un homme timide, plutôt renfermé ».Mais sous ses dehors évanescents, Pierre Bourque reste un homme déterminé.« On se connaît depuis l\u2019enfance, nos deux pères ont travaillé aux côtés de Jean Drapeau, poursuit cet ancien jésuite qui a également été éditeur du Journal de Montréal de 1970 à 1975.Un jour, Pierre Péladeau m\u2019a demandé : A-t-il des couilles, ton ami ?Je lui ai répondu : Pierre est un gars capable.Quand il a une idée, il fonce.C\u2019est un gars d\u2019action.» llllllllllllllllllllllllllllll Ce n\u2019est toutefois pas l\u2019homme d\u2019action que les Montréalais ont vu au cours des quatre dernières années.Le principal intéressé qualifie son passage dans l\u2019opposition de frustrant.« Je n\u2019ai pas été un bon chef de l\u2019opposition », admet-il.En revanche, il dit avoir profité de cette période pour refaire ses forces.Comme à peu près tous les politiciens de la planète, il a étudié L\u2019Art de la guerre, de Sun Tzu.« Je suis bien préparé mentalement et psychologiquement, dit-il.Je suis convaincu que je vais gagner.» La constance du jardinier Ce petit gars de Rosemont \u2014 c\u2019est ainsi qu\u2019il se décrit \u2014 a été profondément marqué par son éducation chez les jésuites et ses études universitaires en Belgique.« L\u2019Europe a changé ma vie, lance-t-il.Au départ, j\u2019étais un littéraire.Les jésuites m\u2019ont donné une base humaniste.En Europe, il a fallu que je devienne un scientifique.C\u2019est l\u2019amour de la nature qui m\u2019a aidé : la nature apprivoisée, l\u2019horticulture.» On connaît la suite : Expo 67, le Jardin botanique.D\u2019où l\u2019étiquette de « jardinier » qui lui a tout de suite collé à la peau, au grand dam des conseillers en image qui l\u2019entouraient.« Au départ, mon but était d\u2019humaniser la ville par la nature.Quand je suis venu en politique, j\u2019étais un peu naïf \u2014 je le suis encore \u2014 et j\u2019avais lancé l\u2019idée de faire de Montréal un grand jardin.Les gens qui m\u2019entouraient ont dit : il est fou.Après ça, je ne pouvais plus porter de vert, pas de cravate verte, pas de veston vert.Ils étaient traumatisés par le fait qu\u2019on me prenne pour un jardinier.» « C\u2019est vrai que je suis difficilement encadrable par les machines de communication, ajoute Pierre Bourque.Je ne suis pas un politicien traditionnel et je ne le serai jamais.» Assez jaloux de sa vie personnelle, il est toutefois sorti de sa réserve habituelle l\u2019été dernier lorsqu\u2019il a marié sa fille.Les images de la célébration ont été publiées dans l\u2019hebdomadaire La Semaine.«Ça a eu beaucoup d\u2019impact médiatique au Québec, reconnaît-il.Les gens m\u2019en ont beaucoup parlé.Le grand public était content de voir des images de ma famille : mes frères, mes soeurs, mes petits-enfants.» Depuis quelques années, en plus de la ville, de la nature et des affaires internationales, Pierre Bourque s\u2019est découvert un nouvel intérêt : être grand-père.« Cela a changé ma vie.J\u2019avais lu L\u2019Art d\u2019être grand-père, de Victor Hugo, quand j\u2019étais plus jeune.Je le relis différemment aujourd\u2019hui.Dès que les enfants se mettent à marcher, à s\u2019éveiller, il y a une espèce d\u2019étincelle.Je veux leur faire découvrir ce qui est beau, leur faire visiter Montréal.On a commencé avec les citrouilles, les lanternes, tout ce qui touche l\u2019imaginaire.Après on va aller dans des choses plus cognitives.J\u2019ai déjà tout un plan », dit-il en riant.Tous les matins, Pierre Bourque pédale ou marche dans les sentiers du Jardin botanique avec son ami et conseiller Denis Gauthier.Ensemble, ils vont s\u2019asseoir dans le jardin japonais ou chinois pour discuter.« On connaît les affinités de Pierre avec la Chine, mais je vous dirais qu\u2019il applique vraiment la philosophie bouddhiste dans sa vie et son travail.Pour lui, le temps ne compte pas.Le temps qu\u2019il investit dans la ville, il le fait de façon continue.» Les Montréalais voudront-ils de ce drôle de maire zen une seconde fois ?Réponse le 6 novembre.63 ans ; Père de deux enfants, grand-père de deux petits-enfants ; Des personnalités qu\u2019il admire : Félix Leclerc, Frédéric Back, Fernand Dansereau ; Sa règle de vie : « J\u2019ai appris des Chinois qu\u2019il faut se lever tôt, se coucher tôt, bien manger, faire une heure d\u2019exercice et ne jamais se fâcher.» Un candidat persévérant Au fond, il existe deux Pierre Bourque : celui des médias, très critiqué et souvent ridiculisé, et l\u2019autre, aimé et respecté d\u2019une partie de l\u2019électorat montréalais, en particulier des communautés culturelles qu\u2019il courtise avec beaucoup d\u2019ardeur.llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll RICHARD BERGERON Le champion des verts NATHALIE COLLARD Le jour de notre entrevue, dans un taxi qui le menait à une réunion, le président du parti Projet Montréal, Richard Bergeron, a mis son orgueil de côté et a carrément demandé au chauffeur : « Me connaissez- vous ?» Le chauffeur ne le connaissait pas.Par contre, il avait déjà entendu parler de Projet Montréal, au grand soulagement de Richard Bergeron, qui aimerait bien faire élire une douzaine de candidats de son parti le 6 novembre.Avec son air de professeur de collège privé \u2014 veston marine orné de boutons dorés, lunettes à montures métalliques, cheveux bien coiffés \u2014 le candidat n\u2019a surtout pas l\u2019allure d\u2019un écolo du Plateau.Or c\u2019est avant tout auprès des granos et des verts que Richard Bergeron a le plus de chances de compter des points avec sa vision d\u2019un développement urbain durable et équitable, et son parti pris en faveur du transport en commun.Auteur du Livre noir de l\u2019automobile \u2014 une brique qu\u2019il a rédigée la nuit et les fins de semaine \u2014 il vient également de publier Les Québécois au volant, c\u2019est mortel ! aux éditions Les Intouchables.Responsable des analyses stratégiques à l\u2019Agence métropolitaine de transport (AMT), Richa rd Be r g e ron e s t convaincu que la révolution urbaine passe par le tramway.« J\u2019ai étudié en architecture, mais je n\u2019avais pas de talent, lance-t-il.Quand j\u2019ai suivi un cours d\u2019urbanisme, ce fut l\u2019illumination.La conception de la ville, c\u2019est ça qui m\u2019intéresse.Et je crois que la solution pour Montréal, c\u2019est le tramway.» Curieusement, malgré la grogne causée par la hausse des prix de l\u2019essence et les inquiétudes liées au réchauffement climatique, Projet Montréal et son chef demeurent bien discrets.En fait, Richard Bergeron a autant de chances d\u2019être élu maire que Montréal de devenir une ville piétonne, et pourtant, le quinquagénaire originaire d\u2019Alma demeure convaincu.« Pour moi, dit-il, l\u2019élection sera l\u2019occasion de mesurer où les Montréalais en sont rendus dans leur réflexion sur l\u2019automobile.» « La conception de la ville, c\u2019est ça qui m\u2019intéresse.Et je crois que la solution pour Montréal, c\u2019est le tramway.» . 8 P L U S L A P R E S S E M O N T R É A L D I M A N C H E 3 0 O C T O B R E 2 0 0 5 llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll .Le grand bond en arrière La chronique ironique qui voit et entend tout\u2026 à sa façon DES CHIFFRES QUI PARLENT ICI ET AILLEURS DES OH! ET DES BAH! ILS, ELLES ONT DIT.Avec la collaboration de Jean-François Bégin, Ariane Krol, Agnès Gruda, Marc Thibodeau, Isabelle Hachey, AP et AFP.PAYS-BAS Un peu de normalité ?Tanja, une Hollandaise de 27 ans qui avait accepté d\u2019accoucher à la télévision dans le cadre de l\u2019émission de téléréalité Big Brother avant d\u2019être rabrouée par un tribunal, n\u2019en peut plus.La pauvre mère en a soupé d\u2019être harcelée par les autres participants de l\u2019émission\u2014où on peut la voir au quotidien avec son enfant \u2014, qui ne cessent de lui répéter qu\u2019elle est une mauvaise mère.Elle les juge «infantiles» et «manipulateurs».«Je veux profiter dema maternité, pas ressentir de l\u2019énervement.Je serai heureuse lorsque je serai de retour parmi les gens normaux», a dit Tanja.On serait curieux de savoir ce qu\u2019elle considère comme des «gens normaux».OTTAWA En français ?Pierre Pettigrew, le ministre des Affaires étrangères, lors d\u2019une conférence de presse mardi en présence de la secrétaire d\u2019État américaine, Condoleezza Rice, s\u2019est étonné qu\u2019un journaliste anglophone lui demande de répondre en français à sa question alors que la totalité de la conférence de presse s\u2019était déroulée jusquelà dans la langue de Shakespeare.«Vous m\u2019avez demandé en français ?Vous voulez que je le dise en français ?» a lancé le ministre sur un ton qui annonçait presque l\u2019apoplexie.«Mais alors je peux le dire en français.et en anglais», a-t-il aussitôt enchaîné.Le malheur, pour les télévisions et les radios de langue française qui espéraient un peu de matériel pour leur bulletin du soir, c\u2019est que le chef de la diplomatie a donné le meilleur de sa réponse en anglais.En français ?Franchement ! AGNÈS GRUDA DES NOUVELLES DU MONDE agruda@lapresse.ca Envoyez-nous vos commentaires et suggestions à ohetbah@lapresse.ca QUE SONT-ILS DEVENUS ?Tout se qui brille n\u2019est pas or Hier, on étalait leur vie sur toutes les tribunes.Aujourd\u2019hui, ils ont disparu de l\u2019écran radar.Ou presque.Pourtant, ceux qui nous ont fait vibrer, rager, pleurer ou baver d\u2019envie sont toujours là.On les a rattrapés.Bienvenue au club des retrouvés.S\u2019 ERNEST DOROSZUK, CP.TORONTO SUN Raymond Sobeski 3 5%Pourcentage d\u2019enfants porteurs du VIH dans le monde qui reçoivent les antirétroviraux dont ils ont besoin.C\u2019est beau, la solidarité.9,92 Profit, en milliards de dollars, de la pétrolière Exxon au cours du troisième trimestre de l\u2019année.Ça donne envie de faire du vélo.Nombre d\u2019années durant lesquelles une mère allemande a conservé au congélateur le corps de son enfant mort pour continuer à toucher les allocations familiales.Les Bougon n\u2019auraient pas fait mieux.EN HAUSSE.EN BAISSE » LES NIDS-DE-POULE Vous croyez qu\u2019il s\u2019agit de simples trous dans la route ?Non.Il s\u2019agit de LA préoccupation principale desMontréalais, à en croire les candidats à la mairie.Dire qu\u2019on pensait que c\u2019était le prix abusif du café au lait.» ELMO Une personne qui incarnait le populaire personnage de la série Sesame Street a été arrêtée et menottée à Los Angeles.Elle harcelait les passants avec qui elle acceptait de poser sur le boulevard Hollywood pour qu\u2019ils lui donnent du pourboire.Même les marionnettes s\u2019en vont chez le yable.ALAIN ROBERGE, LA PRESSE ANDREW H.WALKER, GETTY IMAGES Elmo JosélitoMichaud PHOTOFOURNIE PAR ROCK DÉTENTE L\u2019IRAN EN UN COUP D\u2019OEIL > Nombre d\u2019habitants > 68millions > Proportion des jeunes > demoins de 14ans > 27% > Proportion d\u2019Iraniens > de 25ans et moins > plus de50% > Proportion d\u2019Iraniens vivant > sous le seuil de la pauvreté > 40% «Pouvez-vous imaginer qu\u2019un tel État,» affichant une telle attitude, puisse posséder l\u2019arme nucléaire ?il souhaite un jour changer de métier, le président de l\u2019Iran, Mahmoud Ahmadinejad, aurait intérêt à écarter la carrière diplomatique.Elle exige un art de la nuance qui ne fait pas partie de ses talents.«Israël doit être rayé de la carte» a-t-il clamé mercredi devant un groupe d\u2019étudiants iraniens.Puis il a ajouté: «Les dirigeants de la nation musulmane qui reconnaîtront Israël brûle-ront dans les flammes de la colère de leur propre peuple.» Dès le lendemain, des voix iranien-nes ont voulu tempérer les propos du président.«Il n\u2019avait pas l\u2019intention de s\u2019exprimer en des termes aussi durs», a fait valoir l\u2019ambassade iranienne à Moscou.Ce n\u2019est pas tant Israël que le sionisme qu\u2019Ahmadinejad a voué à l\u2019anéantissement, ont noté des diplomates iraniens à Paris.Mais le président en a remis en répétant mot pour mot ce qu\u2019il avait affirmé la veille.On ne peut être plus clair : Mahmoud Ahmadinejad voulait bien dire ce qu\u2019il a dit.Surprenant ?Oui et non.Non, parce que de tels propos sont communs en Iran, oùles slogans appelant à la mort de l\u2019Amérique et d\u2019Israël font partie du paysage, au même titre que le tchador et les gardes révolutionnaires.Ahmadinejada d\u2019ailleurs largement puisé dans ce carburant pendant sa campagne électorale, en juin dernier.Sauf que l\u2019ancien maire de Téhéran n\u2019est plus un candidat improbable à la présidence de son pays.Il est le président.Et il parle au nom de l\u2019État.Or, sous le règne de son prédécesseur, Mohammed Khatami, cet État avait peu à peu abandonné sa rhétorique haineuse à l\u2019égard d\u2019Israël.Il y a trois ans, il avait même ouvert la porte à la solution de deux États au Proche-Orient û l\u2019un pour les Palestiniens, l\u2019autre pour les juifs.La déclaration de Mahmoud Ahmadinejad balaie tous ces progrès.C\u2019est un grand bond en arrière, d\u2019autant plus inquiétant qu\u2019il est indissociable des velléités nucléaires nourries par le jeune président iranien.«Pouvez-vous imaginer qu\u2019un tel État, affichant une telle attitude, puisse posséder l\u2019arme nucléaire?» s\u2019est inquiété Tony Blair, exprimant le malaise suscité dans les grandes capitales par les déclarations d\u2019Ahmadinejad.///////// La déclaration d\u2019Ahmadinejad est inquiétante, mais elle est aussi.incompréhensible.Pourquoi une telle véhémence ?Pourquoi maintenant?Il y a un mois, l\u2019Iran se faisait semoncer par l\u2019Agence internationale de l\u2019énergie atomique (AIEA) pour ses ambitions nucléaires.Téhéran a jusqu\u2019à fin novembre pour montrer patte blanche.Sinon, c\u2019est toute la machine à sanctions de l\u2019ONU qui se mettra en branle.Pour l\u2019Iran, ce n\u2019est vraiment pas le moment de jeter de l\u2019huile sur le feu et de mettre tout le monde dans l\u2019embarras, y compris ses alliés, telle la Russie.Quelle mouche l\u2019a donc piqué pour qu\u2019il se tire ainsi dans le pied?Les experts se perdent en conjectures.Certains font valoir que son discours était destiné à un public interne, aux jeunes qui composent plus de la moitié de la population du pays.Des jeunes qui ne voient pas d\u2019un bon oeil le resserrement religieux imposé à l\u2019Iran et qui se butent au chômage et à la pauvreté.Rien de tel pour déboucher un horizon fermé que de lancer un appel à la haine sur le terrain le plus propice.D\u2019autres rappellent que, en Iran, le pouvoir présidentiel est limité et qu\u2019il se heurte à celui des religieux regroupés autour du guide suprême, l\u2019ayatollah Al Khameini.Craignant le caractère impétueux du jeune président, ceux-ci l\u2019auraient déjà mis un peu sous tutelle, en redistribuant les cartes du pouvoir.Blessé, Ahmadinejad se rebiffe.La déclaration du président peut être aussi lue à la lumière d\u2019un contexte géopolitique changeant, analyse le politologue québécois Sami Aoun.Il y a le régime syrien, affaibli par l\u2019enquête sur l\u2019assassinat de l\u2019ex-premier ministre libanais, Rafic Hariri.Du coup, leHezbollah,mou-vement armé chiite soutenu par Téhéran et Damas, perd des plumes lui aussi.Le président iranien aurait joué la carte anti-israélienne pour lui donner un coup de pouce.Mais il y a aussi une autre hypothèse: le présidentAhmadinejad, conservateur aux idées arrêtées, ne comprend peut-être tout simplement rien aux grands jeux géopolitiques.Il se contente de dire tout haut ce qu\u2019il a toujours dit et pensé: l\u2019État d\u2019Israël doit être rayé de la carte.Point à la ligne.Vous vous demandez où sont passées ces personnes qui ont défrayé la chronique et qui se sont éclipsées depuis ?Écrivez-nous, et nous tenterons de les retrouver.mamiot@lapresse.ca MARIE-ANDRÉE AMIOT mamiot@lapresse.ca Si vous avez eu un petit coup de cafard cette semaine en jetant votre billet de 6/49, sachez que la Providence vous a peut-être épargné chagrin et misère.Nous avons retrouvé quelques gagnants pour qui la bonne fortune s\u2019est transformée en cauchemar.Prenez Gerald Muswagon.Il yasept ans, ilagagnéàlaSuper 7.Dix millions bien sonnants.Le visage radieux de ce résidant de la réserve de Norway House, dans le nord du Manitoba, avait fait les manchettes.L\u2019histoire était d\u2019autant plus réjouissante queMuswagon avait grandi dans de piètres conditions.«Nous n\u2019avions ni eau courante ni électricité», se souvient sa soeur Brenda Muswagon.En sept ans, GeraldMuswagonatout dépensé.Il a acheté des véhicules neufs pour lui et ses amis, et unemaison qui s\u2019est rapidement transformée en royaume de tous les excès.En une seule journée, se souvient sasoeur, ilaachetéhuit téléviseurs à écran géant pour des amis.Il prenait de la drogue et de l\u2019alcool.Il a fondé une entreprise de bois d\u2019oeuvre qui a fait faillite.Il s\u2019est retrouvé en prison pour conduite dangereuse et pour agression sexuelle.L\u2019été dernier, il a dû se trouver du travail pour faire vivre ses six enfants.Le 4 octobre, Muswagon s\u2019est pendu dans le garage de ses parents.Il avait 42 ans.«Personne ne l\u2019a jamais guidé, déplore son cousin Mike Muswagon.Les gens lui en demandaient beaucoup.» Même les plus raisonnables trouvent leur soudaine fortune lourde à porter.Kissun Lall, de Burnaby, en Colombie-Britannique, était concierge dans un restaurant McDonald\u2019s quand il a touché un gros lot de trois millions, il y a deux ans.«J\u2019étais si heureux au début! a-t-il confié cette semaine au réseau CBC.Mais maintenant, je m\u2019ennuie.Je reste toujours à la maison.Tout le monde veut quelque chose de moi.» Raymond Sobeski comprend ce sentiment.L\u2019andernier, juste avant la date d\u2019échéance de son billet, il a réclamé le prix de 30 millions qu\u2019il avait gagné à la Super 7.Dans son entourage, personne n\u2019était au courant.Devant les médias, il a confié vouloir partager son prix avec sa famille et quelques oeuvres de charité, devenant du coup une idole instantanée.Sauf que Sobeski a omis de mentionner qu\u2019il avait deux enfants et trois ex-femmes.Quand deux de ses ex l\u2019ont reconnu, elles ont engagé des avocats.Surtout quand l\u2019une d\u2019elles a appris qu\u2019il se savait gagnant quand il a entamé une procédure de divorce ! Dépendant «Je le porte comme une prothèse mammaire!» \u2014Le ministre libéral JEAN LAPIERRE, qui expliquait sa dépendance envers son Blackberry, un appareil de messagerie électronique.Bucolique «Je me suis dit: Va-t-en chez toi cultiver des fleurs avec ta famille et tondre ton gazon à Boucherville.J\u2019ai senti l\u2019urgence de vivre.» \u2014L\u2019animateur JOSÉLITO MICHAUD, expliquant sa décision de quitter son travail d\u2019animateur.Boucherville ?L\u2019urgence de vivre ?Discipliné «Il m\u2019est arrivé d\u2019y céder de manière passagère.Mais je n\u2019ai jamais eu de liaison régulière, car je n\u2019ai pas laissé le désir sexuel prendre racine.» \u2014L\u2019ABBÉ PIERRE, dans un nouveau livre où il avoue avoir eu des relations sexuelles.Docile «Si on me condamnait à la peine de mort, je serais d\u2019accord.» \u2014TAVAKKAL KHODJIEV, qui subit un procès avec une quinzaine d\u2019autres meneurs présumés du soulèvement «islamiste» survenu en mai dernier en Ouzbékistan.On devine qu\u2019il a été bien préparé par ses geôliers."]
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