L'abeille /, 1 janvier 1930, novembre 1930
L'ABEILLE Celte revne approuvée par l'autorité ecclésiastique paraît tons les mois, juillet et août exceptés.¦nHHMMHHlliH.MHHMnMnÉkHHBM MVMMMHM SOMMAIRE Il est si dur de lutter toujours ! p.9!).— Un seul s'échappa .un seul, p.102.— Cristobal, p.106.— L'absolution suprême, p.108.— Echos dos Noviciats, Laprairie, p.110.— A l'école du divin Cœur.p.116.— Le C.F.Théophane, S.C, p.122.— Charles de Langlade, p.124.— Le Diable et le petit garçon, p.127.— L'île mystérieuse, p.130.— Rires et sourires, ]>.138., — Jeux d'esprit, p.139.EXEKCUKS PKATIQ1 ES DE STYLE 33 sous.Ce livre, approuvé dernièrement pur le Comité de l'Instruction Publique, avait été déjà adopté pour les écoles françaises d'Ontario.Plusieurs maîtres exploitaient ce manuel avec grand profit dans leurs classes.I.a note générale des appréciations qu'on a bien voulu en donner est que la méthode rend très intéressa/ils les exercices de composition que les élèves trouvent généralement fastidieux : ce qui se fail avec plaisir a des chances de se faire bien.La lellre si bienveillante qui suit peut raffermir les maîtres à continuer de se servir de ce manuel de composition : Au cher Frère Henri, Procureur.Voudriez-vons avoir la complaisance de.me faire parvenir deux exemplaires du livre intitule : "Exercices pratiques de Style".Cet ouvrage a été fort apprécié à la dernière séance dû Comité des Livres au Conseil de l'Instruction l'oblique.Je profile des bonnes occasions pour le faire connaître .Bien vôtre, t J.-Alfred I.angi.ois, Evéquc de Vallcyficld.Avantage Spirituel Pour faire droit à la demande d'un grand nombre de nos abonnés à la belle édition, des arrangements ont été pris pour que, chaque vendredi de l'année, une messe soit dite spécialement à leurs intentions, pour eux-mêmes ou pour leurs parents défunts.C'est donc 52 messes, dont nous souhaitons (pie lis mérites leur soient appliqués dans la plus large mesure possible. IL EST SI DUR DE LUTTER TOUJOURS! A.— Enfant chrétien, sais-tu lutter, résister au démon, à les mauvuis penchants?L- — Je sais qu'il faut lutter; on me l'a dit si souvent: mais je l'avoue, je n'en ai guère le courage.Au fait, je suis le courant; je fais comme les autres.A.— C'est justement ce que je me figurais.Il y a là pour toi, mon enfant, un grave danger.Voudrais-tu écouter quelques moments une parole amie, un cœur qui t'est tout dévoué?L.— Certainement, chère Abeille; je sais que vous cherchez mes meilleurs intérêts et je vous écouterai bien volontiers.A.— La grande loi de l'humanité, mon enfant, c'est la lutte : lutte pour le pain quotidien, lutte pour l'acquisition du savoir, lutte pour la conquête du ciel.Il n'y a pour l'homme ici-bas de véritable vie, de vraie, grandeur, de réel bonheur que dans la lutte, et c'est Dieu qui Ta voulu ainsi parce qu'il nous aime.L.— Ce que vous dites doit être vrai; mais il est si gênant, si dur de lutter contre soi-même! Il me semble que les jeunes gens qui luttent se condamnent à une vie bien triste.A.— Ton erreur, mon enfant, vient de ce que tu n'envisages pas la vie à son vrai point de vue.La vie est un concours : regarde l'enjeu; la vie est un combat : 100 l'abeille tient les yeux fixés sur la récompense de la victoire.Voici deux enfants de ton âge.Le premier se dit qu'il est trop dur d'étudier et il passe ses journées à vagabonder par les rues.Le second accepte généreusement la lutte contre l'ignorance et se condamne à des années de réclusion dans une classe.Bientôt le plaisir du premier aura passé et il commencera à souffrir de son ignorance; au contraire la peine du second fera place à la joie intense de se sentir instruit et grandi pour la vie entière- Ainsi en sera-t-il au soir de la vie: les lâches seront placés à gauche du divin Juge et rejetés en enfer, tandis que les vaillants soldats seront rangés à sa droite, ceints d'une couronne immortelle, et le suivront en paradis.L.— C'est vrai.Ainsi envisagée, la vie apparaît vraiment belle et je me sens plus de courage pour lutter.Mais, dites-moi, pourquoi Dieu nous fuit-il payer si cher le ciel?Ne pourrait-il pas nous le donner sans exiger celte lutte incessante et fatigante?A.— Cher, le ciel?Pauvre enfant, tu ne réfléchis pas : qu'est-ce que les courtes peines de la vie comparées au bonheur éternel du ciel?D'ailleurs si Dieu nous avait moins demandé, c'est qu'il nous aurait moins aimés.L.— Voilà ce que je ne comprends pas; il me semble au contraire qu'en nous donnant le ciel à meilleur compte, le bon Dieu nous aurait témoigné un plus grand amour.A.— Mais non.Plus Dieu nous aimait el plus II devait nous demander d'effort, parce que cela lui permettait de nous récompenser plus magnifiquement.Je m'explique.Pourquoi le jour de la distribution des prix ou de la proclamation des notes, applaudit-on si chaleureusement les élèves les plus méritants, sinon pane que leurs succès témoignent d'un labeur, long el persévérant?Quel mérite y aurait-il à être instruit si le savoir nous croissait dans l'esprit comme les cheveux sur la têle?De même si la nourriture se trouvait partout comme l'herbe dans la campagne, quel mérite le père de famille aurait-il à nourrir sa femme et ses enfants?Plus il peine, ! 'abeille 101 plus aussi il a droit à leur affection.Quel amour est concentré dans ce pain quotidien qu'il leur place sur la table! Il sent qu'il est en quelque sorte la providence des siens, qu'il tient leur nie entre ses mains et qu'il la leur conserve par son travail.Crois-tu que le litre de père serait aussi beau s'il avait moins à lutter?Enfin pourquoi une sorte d'auréole s'atlache-t-elle au front du jeune homme vertueux?Le tout petit enfant est bon lui aussi, puisque son âme est sans lâche; toutefois on l'admire comme on fait de la fleur: mais on ne le loue pas.Et pourquoi?parce que sa pureté n'a demandé aucun effort.On est ému au contraire et saisi d'une respectueuse admiration en présence d'un jeune chrétien resté fidèle à la foi de son baptême, car on devine tout ce que son état suppose d'efforts généreux et persévérants.Lutte contre le respect humain, lutte pour résister aux sollicitations de camarades mondains, lutte contre, les appels violents de son propre cœur, lutte enfin pour se relever et reprendre son élan si, par malheur, il lui arrivait de faillir : voilà ce qui fait du jeune homme chrétien un héros; voilà ce qui fait la grandeur de toute vie humaine! LA CROISADE DE PRÉSERVATION DE L'ENFANCE PAR L'ENFANCE.Intention pour novembre 1930.— L'exercice de la lutte morale par le moyen de l'examen particulier.Pratiques recommandées.- - - 1.Etudier cl résoudre la question suivante : Est-ii.vrai que i.e jeunk homme qui veut rested bon se condamne à mener une vie triste ?2.— Former, parmi les enfants et les jeunes gens qui habitent le même quartier, des groupements dont les membres s'engagent à s'amuser chrétiennement.3.— S'interdire absolument les bousculades et les empêcher, aussi bien à la maison qu'a l'école, parce qu'elles sont contraires a la bonne éducation et qu'elles offrent des dangers pour la vertu.F.célestin-auoustb. UN SEUL S'ECHAPPA.UN SEUL a jeunesse est très légère, et le diable très fort.Alors, le moyen de garder pure son âme t Au moins, si l'on ne se couchait jamais sans faire un acte de contrition parfaite, ce serait toujours un demi-mal que des folies sincèrement regrettées devant son crucifix.Au moins, si l'on aimait la très sainte Vierge et si l'on trichait le diable, un peu tous les jours, pour réciter une dizaine de chapelet, on se fabriquerait, comme en cachette, une planche de salut pour l'heure du plongeon fatal.La bonne Mère n'a jamais abandonné un malheureux qui lui a, chaque soir, consacré son âme dans une courte et filiale prière.Cela ne s'est jamais vu, et ne se verra jamais.Marie est trop grande Dame et trop bonne Mère.Saint Bernard l'a proclamé et ma petite histoire vient vous le prouver.• • • Un dimanche après-midi.dans une des coquettes petites villes des Cantons de l'Est, le fait s'est passé, il y a quelques années.Deux jeunes gens s'arriment pour faire sur l'eau un tour de promenade.Rien de mieux, s'ils n'ont que la distraction en tête et s'ils sont allés à la messe le matin.Us étaient en règle avec le commandement de l'Eglise, cela n'empêche pas la mère inquiète de leur donner des conseils de prudence : "On lit tant de récits d'accidents ! — Pas de soin, maman, on revient dans une heure !" l'abeille 103 Tls partent, les yeux elairs, le sourire aux lèvres, bien Campés dans leur chandail blanc, heureux de vivre.Sur le bord de l'eau ils rencontrent un ami de la famille, un monsieur d'un certain âge, dans la cinquantaine, je crois, et gentiment lui offrent de les accompagner."Comme de raison, c'est pas de refus, les enfants, il fait si beau." On saute en chaloupe.Pour se mettre à l'aise, le vieux veut se dévêtir un peu, mais à peine a-t-il commencé qu'il s'écrie, très sérieux : "Attention, les gars; moi, je ne vais pas plus loin.Tirez au bord.— Mais qu'est-ce qui vous prend, le pèret" demandent les jeunes gens un peu vexés.— Il me prend que je n'ai pas mon scapulaire.C'est tout, tirez au bord !" Ah ! pieux lecteurs, si vous aviez entendu les jeunes !.Un éclat de rire à étourdir les échos du voisinage ! Et les quolibets, et de l'esprit, et de l'esprit ! Malheureusement pas de l'esprit chrétien.— Mais non, mais vous nous payez notre tête, vous ! — L'entends-tu f A-t-on jamais vu un type pareil t — Vous n'avez pas votre scapulaire;.veux-tu, le père, qu'on aille chercher le prêtre t — Et le bedeau avec f — On a des rames, et quatre bras.ça suffit, je suppose, pour canoter !" L'homme ne bronchait pas.Les regardant dans les yeux, il leur flanqua à la face ce paquet de vérités qu'ils durent avaler d'un trait : "Chacun son idée, mes amis.On voit bien que vous êtes jeunes, vous autres.N'importe, ce n'est pas joli ce que vous venez de dire, là.Voyez-moi ça ; ça été élevé catholique, ça eut des parents chrétiens, ça été au collège, et ça parle, et ça se conduit comme s'il n'y avait pas de sainte Vierge.En tous cas, moi je m'en vais à terre; moi, j'en sais aussi long que vous sur les voyages, et je ne vais jamais sur l'eau sans mon scapulaire.C'est mon idée., gardez la vôtre, moi je prends le bord.Tirez." Le coup avait porté; les jeunes baissent pavillon, comme on dit, et reconduisent leur vieil ami au rivage : "Ne prenez pas la mouche, le père.On n'en veut pas à votre scapulaire; on vous attend." Cinq minutes après, le vieux chevalier de Marie revenait joyeux : "Avec ça, dit-il, en mettant la main sur sa poitrine, avec ça, on ne craint pas !". 104 l'abeille On part enfin.Le ciel d'un bleu royal se mire dans lu rivière couverte d'une flottille de canots, de yachts et de blanches voiles.L'entrain ne manque pas : la vie et la joie semblent s'être donné rendez-vous; de son disque rouge feu le soleil lance ses rayons obliques — car il so fait, tard, un peu ¦—¦ sur toutes ces jeunesses qui le narguent en chantant : et tout le répertoire canadien-français.On s'appelle d'une barque à l'autre; on se défie; on s'en donne i\ cœur joie; on vogue h l'aventure "comme on vogue à vingt ans", cela va de soi, sans souci du danger.Le danger T Oui.un terrible danger.Il est à un demi-mille plus bas, un danger connu de tous.Tout le monde le savait, mais le fun, comprenez-vous t ça grise et ça aveugle de plus fortes têtes, ça leur ôte la notion du temps, des distance;.et trop tard, nos promeneurs s'aperçoivent que le courant, irrésistible, les emporte.Un refrain joyeusement commencé s'arrête dans leur gorge.Trop tard !.La rivière faisait chute à quelque cent verges.Le gouffre les attire.On lutte à force de rames.on lutte pour la vie.Trop tard.Pâles, on se regarde, et on lit dans les yeux effarés les uns des autres son arrêt de mort.Au secours ! On crie à cœur fendre.Inutiles appels : les grondements de la chute couvrent les voix.Et c'est tout.l'esquif, telle une bête affolée, s'engouffre dans la profondeur écornante.Sainto Vierge ! ayez pitié !.Triste soirée que celle de ce dimanche si joyeusement commencée.Or, sachez-le bien pour ne l'oublier jumais, du désastre un seul s'échappa sain et sauf : le plus vieux des trois naufragés,.un seul ; et celui-là qui portait son scapulaire.La Vierge s'était penchée sur lui, l'avait tiré du gouffre.H ne s'était pas en vain souvenu d'elle, et ne regrettait point de l'avoir sur son cœur, son cher scapulaire.Le Père II.Couture, dominicain, — Les Bontés de Marie.Nous irons sur l'eau Nous y prom-promener, LA SAINTE FAMILLE CRISTOBAL I t c ¦ 3 iL'Abeille recommande à ses lecteurs une croisade d'apos-I Y-4 I tolat par l'enfance.Elle veut se conformer aux direc-•J.ifcS.'iJ tives de Notre Saint Père le Pape, Pie XI, qui ne cesse O^^B de pousser les fidèles de tout âge et de tout sexe à l'Action Catholique.N'allons pas croire que cette œuvre chrétienne est chose nouvelle; une invention moderne pour contrecarrer l'œuvre des impies ou convertir le monde païen.Noua ne faisons que reprendre les traditions anciennes que l'apathie, ou des directives fausses avaient fait abandonner.Honneur au saint Pontife qui les a fait revivre.Puissions-noua être dignes de nos ancêtres dans la foi, et lutter avec la même énergie et le même désintéressement qu'ils ont su montrer au service du divin Maître.Le fait que nous allons raconter s'est passé au Mexique vers le début du XVP siècle.Les missionnaires franciscains, qui évangélisaient ce pays, avaient jugé que l'influence des enfants serait puissante sur le cœur des parents pour les amener au catholicisme.Ils avaient done créé des écoles dans lesquelles ils rassemblaient, pour les instruire, les enfants des chefs et des principales familles.En même temps que les sciences profanes, ils leur inculquaient les principes chrétiens, et beaucoup de ces enfanta se firent baptiser.Le fils du chef Aexotecatl, de Tlax-cala, fut parmi les premiers convertis.Il reçut au baptême le nom de Cristobal.Brûlant de zèle pour la gloire de Dieu, il prêchait la foi à son père et aux autres membres de sa famille.Il alla même l'abeille 107 jusqu'à briser les idoles que ces païens vénéraient.Et pour empêcher son père et ses amis de s'enivrer, il vida les outres pleines de vin qu'on venait d'apporter à la maison.Le père, mécontent, n'osait punir son enfant bien-aimé.Une de ses femmes, qui convoitait l'héritage pour son propre fils, se chargea d'allumer la rage au cœur du maître.Elle lui représenta que Cristobal ruinait sa famille et la déshonorait en pratiquant la religion chrétienne.Aexotecatl convoqua ses fils à un festin, mais avant de s'y rendre, il emmena Cristobal dans une chambre du palais, le saisit par les cheveux, le jeta par terre et après l'avoir traîné sur le plancher, l'accabla de coups de pieds.Voyant qu'il vivait toujours, il saisit un gourdin et se mit à le frapper violemment.Le pauvre petit essayait vainement de se couvrir des bras et des mains : tout son corps fut bientôt ruisselant de sang.Mais loin d'en vouloir à son père ou de se révolter, il priait Dieu pour lui, et faisait l'offrande de sa vie.Aexotecatl fatigué allait abandonner la partie; Cristobal tout sanglant s'était levé pour partir, quand la malheureuse femme qui l'avait dénoncé parut sur le seuil de la porte et l'arrêta.A ce moment arriva aussi la propre mère de l'enfant.Elle se précipita entre son fils et son mari, reprochant à celui-ci le crime qu'il commettait.Mais comme un tigre assoiffé de sang, il se précipita sur elle, lui fit subir le même sort qu'à l'enfant et la fit enlever de là toute sanglante.Puis prenant son fils, il le jeta dans un brasier ardent qu'il avait fait allumer.On retira la victime du feu, presque morte, et on l'enveloppa dans des couvertures.Toute la nuit l'enfant agonisa.Dans ses horribles souffrances il invoquait Dieu et la vierge Marie.Au matin, il fit venir son père : "Ne pense pas que je sois fâché, lui dit-il, je suis joyeux.L'honneur que tu m'as fait de souffrir pour Jésus vaut plus que ton héritage." Il demanda à boire.On lui donna une tasse de cacao et en la prenant, il mourut.Nous admirons la force d'âme des martyrs modernes que Callès a fait exécuter au Mexique dans sa haine satanique contre la religion.Ces héros de la foi avaient de qui tenir.Depuis longtemps, les Mexicains savaient mourir pour leur Dieu.Nous n'avons pas à confesser notre religion par l'effusion de notre sang.Mais que de bien nous pouvons faire par nos paroles et nos exemples, si nous sommes vraiment chrétiens.Jeunes lecteurs de L'Abeille, travaillez avec un grand zèle à l'école et à la maison : Dieu vous demandera un jour votre coopération.Que la devise des scouts soit aussi la vôtre : "être prêt" & £££ £A £ ££££££££££ L'ABSOLUTION SUPRÊME •a Qu'il Malt beau, à la sortie du port, le steamer géant, ville flottante, cinglant vers la haute mer et écrasant sous sa robuste proue la houle qui semblait vouloir lui barrer la route ! Voici que la «cône a changé : lo navire ¦ a-t-11 essuyé une tempête ?touché un écuell ?a-t-11 été frappé par un paquebot qui aurait ouvert dans ses flancs une large vole d'eau ?On ne le sait au Juste, mais la scène que l'artiste place boub nos yeux montre qu'il s'agit d'un grave accident, survenu la nuit, en pleine mer.Comme ce prêtre, un missionnaire sans doute, nous apparaît grand danB cet Instant tragique, où tout semble perdu ! Debout.Il semble grandi encore par le geste vertical de son bras levé vers le ciel.Sa figure, grave et résignée, reflète la sérénité de son Ame : 11 a depuis longtemps fait le sacrlflce de sa vie.Le regard fixé en haut, Il semble Implorer la miséricorde divine pour ce groupe d'Infortunés sur qui sa moin va tracer le slgno de l'absolution.Ces Sdèles agenouillés auprès du ministre du Seigneur sont surtout des mères serrant sur leur cœur ce qu'elles ont de plus cher au monde.Un rayon de lune opportun êclnlre vivement ce groupo le plus attachant du tableau, comme pour symboliser la fol, lumière des Ames, source de cette résignation en face d'une mort Imminente et inévitable.Combien différent l'autre groupe qu'on volt s'agiter dans l'ombre au second plan ! Ces malheureux se lamentent, ils se désespèrent en voyant monter le flot qui envahit peu a peu lo Heu où Us se sont réfugiés.Quelques-uns s'élancent pour s'emparer de vive force d'un canot de sauvetage.Il semble qu'on entend les cris d'angoisse qu'ils jettent dans leur lutte pour la vie.Quoi contraste présente cette scène d'affreux désespoir avec ce ciel constellé d'étoiles.On aime à ramener le regard vers la vision première, vers ce prêtre qui, tel un capitaine des Ames, commande la manœuvre suprême et tourne vers le Maître de la vie et de la mort la dernière pensée de tous ces infortunés qui dans un Instant vont se trouver à son tribunal ! L'habile dessinateur qui a tracé cette scène de désastre a su montrer cette vérité consolante : pour qui n tout perdu, il reste un bien suprême : l'espoir en dieu I C'.i.w du F./.••;••••.• ¦ — Laprairie. ECHOS DES NOVICIATS -—— Laprairie I,a semaine missionnaire nn jnvénat.Les juvénistes ne restèrent pas étrangers à la grandiose manifestation missionnaire tenue dans notre grande métropole, du 21 au 28 septembre; unis d'esprit et de cœur aux promoteurs de cette belle initiative, ils usèrent largement du seul moyen de collaboration qui était à leur disposition : la prière.Rien ne fut épargné pour les instruire de la situation actuelle des missions.Elles furent le thème habituel des conférences et des pensées morales; il n'y a pas jusqu'aux radio-causeries dont ils bénéficièrent largement.Chaque midi, le groupe se rendait au pied du trône du Sacré Cœur, le supplier d'éclairer les millions d'âmes encore plongées dans les ténèbres du paganisme.Dans chaque classe, le tableau noir était orné d'une sentence qui rappelait l'idée missionnaire.Les lectures et les conférences leur firent voir successivement l'apostolat qu'exercent nos 1500 missionnaires canadiens en Afrique, en Chine, au Japon, etc.Partout l'on trouve des peuplades relativement faciles à convertir, mais le nombre des ouvriers apostoliques est insuffisant.Pour remédier à cette pénurie d'apôtres de la bonne nouvelle, pendant toute cette semaine, nos petits juvénistes se firent missionnaires à la façon de sainte Thérèse de Lisieux, qui avait si bien compris cette pensée de l'Imitation : La prière et le sacrifice, voilà ce qui sauve les âmes.• • • i M'm pli- à suivre.Le 12 septembre dernier, nous fêtions quatre de nos professeurs à l'occasion de leur profession perpétuelle.La fête venait clore une série de méditations et de lectures spirituelles sur la vocation ; le moment était donc bien choisi pour nous mettre sous les yeux un si bel exemple de fidélité à la vocation.Comme tout avait été préparé dans le secret, nos quatre héros ne furent pas peu surpris de se voir ainsi à l'honneur.Après le L'ABEIMjE bénédicité, le cher Frère Directeur prit la parole."Pendant les vacances dernières, dit-il, trente cinq de nos Frères ayant fait une fervente retraite de vingt-ct-un jours, prononcèrent leurs vœux perpétuels eu la maison principale de la Pointe-du-I.ac; ceux que nous fêtons aujourd'hui étaient de ce nombre".Puis après leur avoir adressé quelques mots de félicitations, le C.F.Directeur nous engagea h ma relier sur leurs traces en nous montrant toujours de bons juvénistes, puis d'excellents postulants, et, plus tard, de saints religieux.Quelques réflexions : Dans nos écoles, nous trouvons certainement, un grand nombre d'excellents enfants.Par malheur, l'ivraie est quelquefois mêlée au bon grain; malgré la tendre sollicitude des parents et le dévouement inlassable des maîtres, la mauvaise herbe croît plus qu'on ne voudrait et cherche à étouffer la bonne semence.Cependant, une sélection soigneusement faite dans nos classes, nous fournit d'excellents sujets pour la vie religieuse.Notre Ju-vénat de I.aprairie renferme actuellement, une centaine de jeunes gens dont la noble ambition est de se préparer par la prière et le travail à leur apostolat futur.La piété, bien entendu, occupe le tout premier rang dans la vie des juvénistes.Pour s'en convaincre, il suffit de les voir et de les entendre.Il n'est pas possible alors de rester insensible à la douce influence de ces voix suppliantes dont les purs accents montent droit vers le ciel.Qui les a entendus une fois veut encore les entendre.Si la piété occupe la première et la plus large place dans lu vie du jnvéniste, la charité n'en conserve pas moins tous ses droits.I.a fraternité la plus affectueuse fait du Juvénat, une belle famille où chacun rivalise d'attention et de procédés délicats, pour épargner aux petits Frères donnés par le bon Dieu la plus légère 112 l'abeille contrariété, le plus petit chagrin.Par respect, les jennes gens ne se tutoient pas et s'appellent du doux nom de Frère.l'arents chrétiens qui versez des larmes en donnant au bon Dieu votre meilleur enfant, réjouissez-vous d'avoir en lui auprès de Jésus un puissant intercesseur.Le cœur de votre enfant ne vous est pas fermé; bien au contraire, son affection pour vous est plus grunde et plus pure.Ne sentez-vous pas, lorsque vous venez les voir, que leurs baisers sont plus affectueux, leurs voix plus mélodieuses, la piété, dont leur cœur est rempli, plus communicative.N'ctcs-vous pas heureux de leur bonheur ?Si votre enfant a choisi la meilleure part, n'est-ce pas grace à vos bons exemples, à vos bons conseils, a votre constante sollicitude que Jésus s'est choisi un apôtre dans votre famille ?Réjouissez-vous-en, cor, vous aussi, vous recevrez la récompense des apôtres.Chers enfants qui lisez ces lignes, si Jésus vous appelle, pourriez-vous hésiter un seul instant à mettre vos jeunes âmes a l'abri des dangers.L'exposition missionnaire que vous avez vue ou dont vous avez entendu parler, n'a-t-elle rien dit à vos cœurs ?l'ourriez-vous rester froids ou indifférents ou malheur de tant d'âmes qui s'en vont vers l'enfer parce que personne ne leur montre le chemin du ciel.Sans doute, le bon Dieu n'appelle pas tout le inonde, à la vie religieuse, mais comme le semeur, il jette à pleines mains les semences de vocation.Alors, pourquoi y a-t-il si peu d'ouvriers ?• • • Football et sacrifiées.Le mois d'octobre, avec ses journées fraîches, est le temps idéal pour jouer au football; aussi nos juvénistes s'en donnent à cœur joie.Mais les jeux, même les plus agréables, ont leurs inconvénients, car il n'y a pas de roses sans épines.Tel juvéniste, par exemple, dans l'ardeur belliqueuse du jeu, reçoit, dans le devant des jambes un bon coup de pied très certainement adressé au ballon; d'où un gros bleu qui tourne ensuite au violet avant de passer au noir.Tel autre, dont la discrétion me fait un devoir de taire le nom, reçoit le ballon en pleine figure, et malgré les lunettes qui auraient dû protéger ses yeux, lui fait voir, en un instant, bien plus de lumières qu'il n'y en a sur l'autel les jours de grande fête, et lui accommode un beau petit œil au beurre noir.In troisième, dans un superbe élan pour donner un coup formidable, manque le ballon et s'étend de tout son long, moins mollement que dans son lit.Bref, il y a des contusions et des confusions, peu graves, cependant, car à la récréation suivante, il n'y parait plus et les pauvres victimes se vengent sur le ballon en lui donnant des coups de pied plus forts et mieux placés.Petites vengeances sans colère et bien permises puisque c'est le temps du jeu. l'abeille 113 A considérer de prèi nos juvénistes, je serais tenté de croire qu'ils font un peu exprès de se faire donner de petits bleus ! Vous allez probablement rire de ma naïveté, mais laissez-moi m'ex-pliquer et peut-être partageree-vous ma conviction.Les juvénistes savent que chaque mortification, chaque peine, chaque souffrance, chaque épreuve, offerte pour les mixtions peut convertir un païen, redonner du courage à un missionnaire, empêcher un mauvais coup du diable, sauver une petite âme d'enfant, etc.Tout cela ne vaut-il pas qu'on souff re avec patience un petit bobo de rien du tout.D'ailleurs, la Semaine Missionnaire, avec ses multiples conférences, les a bien convaincus de l'utilité des petits sacrifices, et ils savent accepter avec joie tous ces petits incidents de la vie et les convertir en trésors de grâces et de mérites.P.Prase.¦ ¦ ¦ ¦ ¦ ¦ IB ¦ ¦ ¦ ¦¦¦¦¦•¦>•> IN MEMOR I AM Décès de monsieur François Lafortune.père de notre cher Frère Directeur."Le Droit" d'Ottawa rapporte sa vie chrétienne couronnée par une mort édifiante.Après avoir parlé de son Indomptable énergie et de son grand savoir-faire, le Journal ajoute—je cite textuellement : "A force de travail, de constance.Monsieur Lafortune, d'abord simple ouvrlor, s'éleva rapidement au rang de contremaître, ayant sous ses ordres, parfois de cent cinquante à deux cents hommes."Il traitait ses ouvriers avec une charité paternelle, encourageant les timides, donnant un coup de main aux moins expérimentés.Bien que très bon, Il était sans pitié pour les indisciplinés, et pour les paresseux.Il n'hésitait pas è leur signifier de se chercher du travail ailleurs.MalB 11 faut ajouter que son ascendant moral était si puissant que rarement II eut besoin d'en venir à ces extrémités regrettables."Les blasphémateurs, s'il s'en trouvait, avalent en lui un censeur sévère qui n'admettait pas de récidive."Dans les cas difficiles, on le voyait, tout en surveillant ses hommes, réciter son chapelet; parfois même.Il Icb Invitait à le dire avec lui lorsque le mauvais tempB empêchait le travail."Il avait au cœur, deux grandes dévotions : le chapelet et le chemin de la croix.Tous les soirs, sa journée faite, par beau ou mauvalB temps.Monsieur Lafortune se rendait à l'égllBe pour satisfaire sa piété."Le dimanche était pour lui un jour de repos et surtout de sanctification.La messe, les vêpres, le salut du Saint-Sacrement, le chemin de la croix et le chapelet remplissaient cette Journée. 114 Il 'abeit.t.k "One vie si chrétienne et si bien remplie devait se terminer par une hello mort."Le vendredi.28 août, comme 11 revenait de cher son secrétaire, Il fut renversé par une automobile qui lut broya les Jambes et lui fracassa la tête.Malgré seB douloureuses blessures, Il vécut deux jours encore, et Ses dernières paroles furent : "Comme le bon Dieu voudra!" N'est-ce pas le cri de la grande Victime du Calvaire : Père, que voire volonté soit faite! C'est bien à ce signe de ressemblance que l'on reconnaît le chrétien fervent qui s'est toujours efforcé de ressembler ft son Maître."La mort pouvait venir.Subite, elle n'était pas Imprévue.Monsieur Lafortune était prêt.Il B'était confessé la veille et avait communié le matin même.Heureux les morlB qui meurent dans le Seigneur!" Au cher Frère Directeur et ft sa famille éplorée, les Juvénistes offrent leur plus sincère sympathie.LES FRÈRES DE L'INSTRUCTION CHRÉTIENNE La Semaine Missionnaire de Montréal a été un très grand succès, dépassant probablement les prévisions les plus optimistes des organisateurs.Pour beaucoup de visiteurs les conférences et la visite de l'exposition nu Manège Militaire furent une révélation.On a tout lieu d'espérer que les Missions catholiques éparpillées dans toutes les régions encore païennes en recevront une niile précieuse en apôtres comme en ressources financières.I.e but de la Semaine Missionnaire serait manqué si l'on n'obtenait pas ce résultat pratique d'une offensive menée plus vigoureusement que jamais.Les Frères de l'Instruction Chrétienne ayant des Frères-missionnaires en Haïti, à Tahiti, en Egypte et dans l'Ouganda furent invités A se charger d'un kiosque montrant In sphère de leur apostolat, et aussi les choses du pays pouvant intéresser les visiteurs.Le C.F.Euphrosin-Joseph, économe principal, fut l'organisateur désigné par les Supérieurs.C'était le succès assuré, car en fait de travail et de bon goût le choix ne pouvait être meilleur.Le C.F.Euphrosin n'eut qu'à parler et tout le monde marcha : des cartes se tracèrent, des tableaux se peignirent, on sculpta, on fit des armoires, on rassembla des curiosités, tant et si bien qu'on s'aperçut que l'espace concédé, qu'on avait cru d'abord trop grand, fut trouvé en fin de compte deux fois trop pelit.Aux curiosités déjà rassemblées dans notre musée A I.aprnirie, s'ajoutèrent les envois des Frères placés dans nos quatre missions.31 3l à l'Exposition Missionnaire de Montréal. 116 L'A DEI LUE IlaïtL — l.a population est presque entièrement catholique, mais dans les villages éloignés des centres l'instruction n'est pas bien développée.Dix Frères canadiens enseignent dans sept écoles différentes.I.e collège classique St-I.ouis île Conzaguc est prospère; il forme des bacheliers, des instituteurs gradués.Les ancien élèves de cette institution se trouvent nombreux et en bonne place dans les bureaux de l'administration civile, dans les industries et le commerce.Avec les produits de l'île : café, manioc, cacao, canne à sucre et coton, pour ne citer que les principaux, liguraient des Iravaux d'élèves : cahiers de devoirs et dessins qui ont attiré l'attention des visiteurs.Tahiti.C'est la reine des îles du Pacilique.Una superbe collection de coquillages fut envoyée de cette mission.Par ail-h^rs.des photos et des curiosités tahitiennes montraient l'état où étaient les .Maoris avant la civilisation chrétienne et ce qu'ils sont aujourd'hui après cent ans de catholicisme.1,'école catholique de Papeete recoil des élèves.Ills de chefs des iles lointaines : Marquises, Tiiainotoii, Gambler, Société, etc.Après s'être instruits, ces jeunes gens rentrent dans leur pays cl apportent à leurs compatriotes des notions de la religion ca-Iholiquc.L'école prépare aussi des maîtres pour les localités éloignées.Il se fait chaque année des conversions parmi les Chinois cl les protestants qui fréquentent l'institution.V.Kjptr.L'école de la Sainte-Famille à Hélouan reçoit des élèves de cinq religions et de vingt nationalités différente*; son inllucncc est très grande dans toute cette partie de la vallée du Nil.Les cahiers de devoirs que cette école a fournis montrent que les élèves étudient le français, l'anglais et l'arabe.Oniratiila.Notre mission de l'Est Africain, qui fui fondée à la demande de feu Mgr John Forbes, compte aujourd'hui seize Frères de l'Instruction Chrétienne, dont quinze Canadiens et un Anglais.Cette mission a exposé les photographies des cinq écoles dirigées par les Frères.On avait envoyé aussi des cahiers de devoirs des élèves de Kisubi.en même temps qu'un grand nombre île curiosités du pays : armes de guerre et de chasse, instruments de musique ruilimcntaires.lue superbe peau de léopard cl une étoile indigène faite de l'écorre d'un arbre décorée par le teinturier du roi attiraient le plus l'attention des visiteurs de notre kiosque.Dans quelques années, se tiendra probablement à Montréal une autre exposition missionnaire.D'ici la, bien des écoliers d'aujourd'hui auront pris rang parmi les saintes milices qui sous tous les climats, travaillent, comme Prêtres ou I'rèrcs, a l'expansion du règne du Christ éternel.Que ces volontaires de l'apostolat se lèvent nombreux et bien décidés a faire de bon travail : il sera intéressant lors de cette prochaine exposition, de mesurer le progrès accompli.L'on pourra dire alors que la Seninlne Missionnaire aura atteint son but principal : multiplier 'eu ouvriers évangéliques pour la conversion du monde païen. HIETTBS •Bv/inGILE À L'ÉCOLE DU DIVIN CŒUR "Jésus l'ayant regarde, l'aima." («¦ Mare, X.21).L'épisode, relaté par saint Marc, d'où est extraite cette parole, est communément désigné sous le nom (('"Histoire du jeune homme riche".Jésus venait de clore la scène adorable où il avait épanché, en paroles d'abord, puis en gestes, sa tendresse de prédilection pour les petits enfants."Laissez-les venir à moi — avait-il déclaré — et ne les empêchez pas; car le royaume des cieux est à ceux qui leur ressemblent." On devine si la troupe turbulente des innocents qui l'assiégeait avait profité de la permission ! Il les avait caressés, embrassés, bénis.Et il se dégageait à peine de leurs affectueuses étreintes pour reprendre son chemin, lorsqu'un jeune homme accourut et, se jetant à genoux devant lui, lui demanda : "Hon Maître, que dois-je l'aire pour avoir en héritage la vie éternelle ?" C'est la question du salut nettement posée.Ecoutons la réponse; Jésus lui dit : "Tu sais les commandements t*' Et, l'un après l'autre, il les énumère, tous ceux de l'immortel Décalogue, appuyant davantage sur ceux qui concernent le service de Dieu en la personne du prochain : "Ne tue point — Ne dérobe point — Ne porte pas de faux témoignage — Abstiens-toi de toute fraude — Honore ton père et ta mère." Ainsi donc, la première condition, indispensable et fondamentale, de la sainteté, en quelque sorte son ABC!, c'est l'obéissance aux préceptes de Dieu.Le jeune homme la remplit.Il répond, non sans une certaine fierté : "Maître, j'ai observé toutes ces choses dès mon enfance !" Jésus lui répond : "Il te manque une chose, une seule : va, vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres .et puis, viens, suis-moi.C'est, de la part de Dieu, l'heure de la vocation à un état de vie supérieur.C'est, pour lui, l'heure de l'élection décisive par où il émergera, ou non, de la masse indistincte et banale pour se hausser parmi les "princes du peuple élu".Car Dieu ne viole jamais notre liberté; même ses dons les plus précieux, il ne les impose pas de force. 120 l'abkii.le Hélas ! par une lâche reculade devant le sacrifice, ce privilégié de l'amour de Jésus devait repousser les avances de son Cœur.Et la fin de l'histoire est très triste.Le jeune homme a donc entendu l'appel du Sauveur qui l'invite à le suivre et, pour cela, à se dégager de toute sollicitude terrestre.Toute âme, avant de prendre l'essor vers les sommets de la sainteté, a ainsi sa chaîne à rompre.Pour l'un, ce sera une affection humaine qui le captive; pour l'autre, l'attrait du plaisir ou les mirages de l'ambition.Du disciple dont nous nous occupons, nous ne savons qu'une chose.Il était riche: "il avait de grands biens"! C'est là le sacrifice que Dieu lui demande : "Va, vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres." Comme il en sera bien payé ! Il pourra réaliser son rêve de vie parfaite et, en échange de ces biens grossiers et dangereux auxquels il renoncera, il s'assurera "un trésor" magnifique et impérissable dans le Ciel.L'hésitation est-elle possible?Hélas, quand on possède de la terre, aisément la terre vous possède, et il faut quelque circonstance décisive pour révéler avec quelle force on y est asservi.Il y tient, le malheureux, à son argent! et dans son âme s'ouvre un débat poignant, dont tout son avenir d'ici-bas et de l'éternité est l'enjeu.S'il a le courage de s'affranchir et de se dépouiller, il aura correspondu à la grâce, et qui peut prévoir jusqu'où elle le haussera t Si au contraire il recule, c'est l'enlisement dans !a médiocrité, peut-être le risque du salul.Décidément, Jésus avait trop présumé de lui.Le cœur manque au jeune homme riehf- pour franchir le pas.Il revoit en pensée sa petite vie honnête, pure, pieuse., mais confortable aussi, et capitonnée.Quitter tant de jouissances d'amour-propre et de douceurs sensibles pour une existence d'humilité, de dénûment, peut-être de privations, c'est trop dur; cela me! la sainteté trop chère.— La fascination de la fortune et de tout ce qu'elle procure d'agréments l'emporte sur la grâce.Il se détourne et s'en va, la tête basse.Et sans que l'Evangile, qui fera désormais le silence sur lui, nous permette de préciser au juste ce qu'il est devenu, on peut se poser la question de son salut ! Mais pourquoi des conjectures si noires! Le jeune homme, c'est entendu, n'a pas voulu suivre Jésus sur la voie montante mais épineuse de la sainteté.Mais ne peut-on pas se maintenir sans déchoir t Le dépouillement de la pauvreté totale n'est-il pas de simple conseil, et risque-t-on de se damner pour avoir reculé devant la difficulté des hautes vertus et des abnégations héroïques qui en sont la rançon T Retenons seulement la dernière leçon qui se dégage pour nous de l'incident.L'Evangile nous apprend que le jeune l'abeille 121 homme s'en alla "lout triste".Le malheureux traînera partout avec lui le poids d'un regret, et les efforts qu'il tentera sans doute pour s'étourdir ne parviendront qu'à l'aggraver.C'est le sort ordinaire de tous les "ratés" de la sainteté.Qu'il eût été plus heureux, même dès ce monde, de n'avoir pas marchandé sa coopération à la grâce ! Car si les sacrifices qu'elle demande coûtent à la nature, la récompense ne se fait pas longtemps attendre.La vie de tous les saints est là pour attester quelle joie procure le service de Dieu, et qu'avant d'introduire dans le ciel, il infuse au cœur un avant-goût de ses douceurs.Ainsi se réalise la promesse de Jésus : "Prenez sur vous mon joug et recevez mes leçons., et vous trouverez le repos de vos âmes.Car mon joug est doux et mon fardeau léger." CLASSE "MODÈLE" 1 — Ecole Supérieure Saint-Stanislas — Onzième année.CLASSES "EXCELLENTES" 12 — Bo.St-Fh.-Xavier—8' et 9' année—P.Florentin-Marie.21 — Watkrville (Me) — F.Bonieace.22 — Pointe-Claire — 5' et 6" année — F.Li'cilien-Marie.23 — Farnham ¦— 8' année — F.Alphonse-Marie.24 — *' 7' année — F.Cyrille.25 — " 6' année — F.Lanpranc.26 — 5' année A — F.Adrien-Joseph.27 — " r>' année B — F.Isaïe-Marie.28 — Shawinigan Falls — 9" année — jS" ?.É!îA,C"S- 29 — Ec.St-François-Xavier — 7' année — F.Pierre-Henri.30 — Chambly — 5' et 6' année — F.Armel-Joseph.31 — Sainte-Croix (Lotbinière) — 7' et 8' année — F.Jérôme.32 — " " —5' et 6" année — F.Robert.33 — " " — 4' année — F.Evariste.34 — Pointe-Oatineau — 6' année — F.Julien-Marie.35 — " — 3' année — F.Janvier.36 — Verchèbes — 5', 6' et 7' année.— F.Yves-Jean-Marie.V — " —3' et 4' année.— F.Ernest-Marie.38 — Ec.Saint-Stanislas — 6' année A — F.Alvarez-Marie.39 — Mascouche — 5' et 6" année — F.Patrice.40 — Pointe-Gatineau — 4' année — F.Oonzaoue. LE CHER FRÈRE T1IÉ0P1IANE BTJPÉBIEtTB DE LA MISSION DKS PBÊBE8 DU 8ACRECAKUR À MADAGASCAR Arrivé à Madagascar depuis deux ans et treize jours, le cher Frère Théophnne avait mis toutes les belles qualités de son riche caractère, toute la générosité de son cœur d'apôtre pour mener à bonne fin l'œuvre entreprise par les Frères du Sacré-Cœur sur In grande lie.Tout semblait répondre h ses efforts, lui-même envisageai! l'avenir avec un regard rempli d'espérance, lorsque soudain, Dieu, dont les desseins sont insondables, appela il lui ce saint religieux, .lief énergique, "à la main do fer couverte d'un gant de velours".Le cher Frère Théophaue, dans le monde, Samuel Phancuf, fut touto sa vie ee qu'il nvnit été sur les bancs de l'école do sa villo natale, un homme de devoir.Dès sa plus tendre enfance déjà, le cher Frère Théophnne niinait, sans In connnître, cette pensée de Pierre l'Ermite : "Quand le mot devoir se fait entendre, si on n'est pas le dernier des lâches, on ne doit entendre rien autre chose que lui; c'est un mot sublime, expression de la plus haute chose qui puisse se dresser devant la faiblesse humaine".Né à Snint-IIyueinthe, de l'une de ces familles qui conservent intacte la foi des Brébeuf, des Lalemunt et des Chnmplnin, le cher Frère Théophnne a donc sucé la foi avec le lait maternel.Que sa famille ait enbaumé son enfance de piété, cela n 'est pas douteux si l'on juge de l'arbre à ses fruits; deux de ses frères font partie de la même communauté.En classe, il faisait l'admiration de ses maîtres, il était l'édification de ses condisciples.D'un caractère plutût sérieux, il en imposait à son entourage, et sa présence seule suffisait pour maintenir dans le devoir des compagnons volages.On n'est nullement surpris de voir un tel jeune homme chérir lu vie religieuse et s'y consacrer dès sa quinzième année.Servi par une riche intelligence secondée d'une volonté de fer, le cher Frère Théophaue ne perdit pas un instant tous les bienfaits d'une formation religieuse.A l'issue de son noviciat, ses Supérieurs lui confièrent la direction d'une classe.Méthodique dans sa vie, lo cher Frère Théophane le fut dans son enseignement.8es succès attirèrent l'attention do ses Supérieurs qui ne tardèrent pas à lui confier un champ d'action plus vaste que celui d'uue classe.Après avoir été deux ans directeur de l'une des plus importantes maisons de sa province, il fut appelé a la direction des jeunes recrues de sa Communauté.Avec quel tact et quel succès il remplit ce mandat ! En ÎH'-'I.le cher Frère Théophaue fit son stage d'études professionnelles à Snint-Georges-sur-Meuse, Belgique.C'est pendant ces études qu'il lança, do concert avec quelques compagnons, l'idée do fonder des missions en terre infidèle.De retour au Canada, le Conseil Général le nomma Provincial de l'une des proviuces canadiennes.Lo nouveau provincial a quarante-deux ans l'abeille 123 Il eat solidement instruit, actif, énergique, il connaît les besoins de sa province.Trois ans d'administration provinciale et la fondation de trois écoles ont donné la mesure de sa valeur.Le 8 mars 1928, le cher Frère Théophnno, alors provincial d'Artha-buska, est désigné par le Conseil Général, comme Fondateur et Directeur de la première mission de sa Communauté à Tananarive.Le plus beau rêve de sa vie religieuse est accompli.Après avoir lui-môme fait nnîtro lo mouvement missionnaire dans sa Communauté, n 'était-il pas juste qu 'il fût le premier à l'exécuter f C'est de toute son Urne, que le cher Frère Théophane s'était livré ft ses importantes fonctions de Fondnteur et de Directeur de la nouvelle mission en terre malgache.L'onction de sa parole, la fermeté de sa volonté, son cœur tout fait de tendresse, ses exemples édifiants, sa sainteté et ses talents produisaient les plus heureux résultats.11 conseillait, encourageait avec ces accents émus qui pénètrent les cœurs.Que d'âmes il u consolées et soutenues ! Il disait : "Le pauvre cœur humain a tant besoin de compassion ! Je préfère quelques gouttes d'affection à toute la philosophie d'un stoïque aux yeux secs, qui tento do dissiper la tristesse par de métaphysiques considérations.Ceux qui savent aimer, s'insinuent dans les âmes, cicatrisent les blessures par le baume de leur commisération, font briller dans le ciel intime les rayons d'une sainte joie.Pauvre cœur meurtri, quel bonheur pour toi do rencontrer un ami qui sait compatir!" Coïncidence remarquable : le jour du départ du cher Frère Théophane pour le ciel, son plus jeune frère de la même Communauté, s'embarquait à Marseille & destination de Tananarive."Le Messayer du Cœur de Jésus", Tananarive, septembre 1930.•RÉSULTAT "DU GONGOUKS "D'ABONNEMENTS Ont gagné la bannière-trophée pour 1930-1931 DISTRICT DE MONTRÉAL ÉCOLE SUPÉRIEURE SAINT-STANISLAS — Montréal.(2* fols) DISTRICT DE QUEBEC ÉCOLE DE L'IMMACULÉE-CONCEPTION — Shawinioan. 111,1': 1 '¦¦ 1 I' ' "I 1 !H.I I 'li II''1 ' ' I'i' 1! " 1 I ' 1 i .I I 1 I'll !'¦ 1 ! * ' '' I.I'l HI IT!1' I II» LEGITS CANADIENS CHARLES DE LANGLADE III Nous voici en 175!).La fortune, favorable jusqu'alors il la cause française, va déserter nos drapeaux ; le nombre écrasera enfin cette poignée de braves, que la France ne pouvait plus secourir, bien décidés cependant à ne se rendre qu'à la dernière extrémité, et il s'ensevelir, au besoin, sous les ruines de la patrie; puis on verra disparaître pour toujours du fort de Québec ces vieilles couleurs aux fleurs de lys qui s'y déployaient si fièrement depuis les jours de Charaplain.Voyons ce que (It Langlade, en cette circonstance, pour la défense du pays.Il quitta Michilliinnkinac, au mois de juin 1759, pour aller prêter main-forte aux autorités canadiennes-françaises avec un nombreux parti de sauvages.On lit, en effet, dans le Mémoire sur les affaires du Canada depuis 1749 jusqu'à 1760 : "Deux eents sauvages, des nations à l'entour du Missilimaquinac, commandés par le sieur Langlade, officier de réforme établi parmi eux, arrivèrent il Montréal le 23 juin et descendirent tout de suite à Québec." Langlade venait offrir de nouveau sa vaillante épée h Montcalm, qui, le premier de nos héros, n'avait que des héros à commander ; il venait assister à la dernière phase de la grande lutte où tant de fois brillèrent sa valeur et son habileté.Il ne tarda pas à démontrer que personne plus que lui peut-être n 'était il la hauteur de la situation difficile qui allait être faite à l'armée française.Pendant que le fort Niagara tombait sous les coups du général Prideaux, le général Amherst s'emparait de son côté des forts de Carillon et de la Pointe à la Chevelure, avec l'intention d'aller appuyer ensuite les troupes commandées par Wolfe, qui, au nombre de 12 000 hommes, arrivaient en vue de Québec, au moins de juin 1759, à bord d'une flotte considérable.Les Français, de leur côté, ne restèrent pas inactifs, et se préparèrent à leur donner une chaude réception.Leurs troupes vinrent camper entre la rivière Saint-Charles et le Sault Montmorency, afin de barrer le passage à l'ennemi, et elles furent l'abeille 125 divisées en trois corps d'armées, commandés h la gauche par Monsieur de Lévis, à la droite par le marquis de Vaudreuil, et au centre par le marquis de Montcalm.Le 9 juillet, la plus grande partie de l'armée de Wolfe débarqua au-dessous du Sault Montmorency, et s'établit sur le côté gauche de cette rivière avec une artillerie puissante qui obligea plus d'une fois les forces françaises, campées sur l'autre rive, à changer de position.Le 25 juillet, un détachement de l'armée de Wolfe fort de 2 000 hommes, étant venu pousser imprudemment une reconnaissance à travers les bois jusque tout près des retranchements français, Langlade par une manœuvre aussi savante que hardie commanda à ses sauvages de contourner les ennemis sans leur donner le moindre éveil et d'attendre des ordres avant de se ruer à l'attaque.Langlade alors en toute hâte se porte aux quartiers généraux et expose ses vues à Lévis, le priant de lui accorder le concours de onze cents Canadiens commandés par de Repentigny."Je réponds sur ma tète, continua Langlade, que pas un seul Anglais ne rentrera jamais dans son camp, de ceux qui sont actuellement au Sault Montmorency." Il y avait beaucoup d'officiers au quartier de Monsieur de Lévis, quand de Langlade vint le trouver de la part de ses hommes.Le général les assembla, puis il leur donna son opinion personnelle sur cette affaire.11 lui semblait dangereux d'attaquer, dans les bois, un ennemi dont on ne pouvait pas bien apprécier la force; il ajoutait que c'était peut-être l'armée anglaise tout entière, et, par conséquent, qu'il s'agissait d'une action générale à laquelle ils n'étaient pas préparés; "D'ailleurs, ajouta-t-il, advienne un échec, je serai certainement blâmé d'avoir engagé le combat sans avoir reçu auparavant un ordre de mes chefs." Tous les officiers adoptèrent cette manière de voir, à part son aide-de-eamp qui soutint longuement l'opinion contraire en disant : "Quand la fortune offre ses faveurs, il faut les saisir avec empressement." Ces raisons ne firent aucune impression sur Lévis, Langlade fut renvoyé avec une réponse négative.Il y avait plus de deux milles, depuis le quartier de Monsieur de Lévis.jusqu'au lieu où les sauvages étaient en embuscade.Langlade vint une seconde fois le trouver et faire de nouvelles instances et d'ardentes sollicitations pour l'engager à donner ordre à Monsieur de Repentigny de traverser la rivière avec son détachement ; mais il ne put pas obtenir du général un ordre positif.Après une heure et demie d'hésitation Lévis se décida enfin à se porter lui-même au gué et à donner ses ordres de vive voix : mais à peine avait-il fait la moitié du chemin qu'il entendit une vive fusillade.Les sauvages après avoir attendu ventre à 126 l'abeille terre pendant cinq heures, en face de l'ennemi, sans remarquer aucun mouvement parmi les troupes françaises, emportés finalement par leur impatience et voyant, de plus, que l'ennemi en profitait pour amener des troupes fraîches dans les bois, se décidèrent à faire l'attaque seuls.Elle fut si impétueuse, que les Anglais furent obligés de battre en retraite à plus de deux cents pas du lieu du combat afin de se rallier.L'alarme se communiqua même au camp où Wolfe était revenu.Les sauvages se voyant presque complètement cernés effectuèrent leur retraite, après avoir tué ou blessé plus de cent cinquante hommes et n'en avoir perdu que deux ou trois.Ils rencontrèrent au gué de la rivière Montmorency le détachement qui venait les appuyer, et que Monsieur de Lévis n'avait pas voulu prendre sur lui d'envoyer avant, de recevoir des ordres de Monsieur de Vaudreuil.Toute l'armée regretta qu'on n'eut pas profité d'une si belle chance.Il est évident que si de Repentigny eut passé la rivière avec ses onze cents Canadiens, les Anglais eussent été taillés en pièces, et que cette affaire eût mis fin à l'expédition anglaise.Ces faits nous prouvent l'habileté de Charles de Langlade et les services énormes qu'il eût pu rendre à la cause française, si les autorités canadiennes avaient su tirer parti de l'audacieux projet qu'il avait formé pour anéantir une partie considérable de l'armée anglaise.Les généraux français, malheureusement trop imbus des idées militaires qui avaient cours en Europe, semblaient oublier qu'une guerre au milieu de nos bois et de nos frimas ne pouvaient se faire dans les conditions ordinaires, et que c'était surtout, par des surprises ou des embuscades habilement préparées qu'on pouvait, réussir à écraser un ennemi bien aguerri et supérieur en nombre.Le chevalier de Lévis, en cédant trop tard aux ardentes sollicitations de Langlade, perdit l'occasion de mettre probablement fin a l'expédition des Anglais.(A suivre.) D'après J.Tassé.I.¦¦.ht.:.Trop d'aide.Mon nmi Placide Odon-Légor-Bustique X- éprouve do grandes difficulty à monter sur son cheval, surtout qunnd hps libations ont été plus fréquentes qu'il n'aurait fallu.Un .jour que la difficulté était particulièrement grande, il eut l'heureuse pensée d'appeler tous ses saints patrons à la rescousse : "8aint Placide, aidez-moi! Saint Odon, aidez-moiI 8aint Léger, aidez moi! Saint Mastique, aidez-moi î ' ' Ces invocations faites, il prit un nouvel élan et .tomba de l'autre côté de son coursier.— Bonguicnno I s'écria-t-il, aidez-moi, mais pas tous les quatre ensemble I LE DIABLE ET LE PETIT GARÇON il ji: soyez pas surpris, mes chers petits, de voir le Diable se mêler des affaires des hommes.Il est notre compagnon inséparable, il ne nous quitte pas plus que notre ombre, ses yeux sans cesse écarquillés, ses oreilles constamment tendues, en quête de la moindre fissure par laquelle il puisse se glisser dans notre âme.Nous sommes en train de lire f C'est lui qui tourne les pages du livre.Nous jouons au loto t C'est lui qui dirige nos doigts dans le sac.Nous parlons pour une promenade î C'est lui qui mot sous nos pieds les cailloux et les fondrières.Nous nous prosternons devant l'autel t C'est lui qui distrait notre attention, brouille notre prière, nous livre à notre orgueil, à nos ressentiments, à notre cupidité, et voilà que, venus pour adorer Dieu, c'est vers le Diable que montent nos hommages.Quand un petit garçon de ma connaissance, la bouche barbouillée de fraises ou de groseilles, répond effrontément : "Ce n'est pas moi qui ai touché au pot de confitures !" c'est le Diable qui parle par la bouche du petit garçon.Quand une petite fille, de ma connaissance également, mécontente d'avoir été grondée par sa grande sœur, lui fait un pied de nez par derrière, c'est encore le Diable qui conduit lu main de la petite fille.Il bave sur nos bonnes pensées, les souille, les flétrit, taut et si bien qu'avec dégoût nous nous détournons d'elles.Mais qu'une mauvaise pensée nous écœure.avant que nous ayons eu le temps de la reconnaître, il a saisi son pinceau et l'a décorée de riantes couleurs ; il a saisi sa fiole à parfums et l'a rendue suave comme un champ de roses.11 ne connaît ni le découragement, ni la lassitude.Tout lui est bon ; de tout il tire parti.Il prend un sourire et le change en dissipation; avec une mélancolie, il fabrique un grand désespoir; d'une plaisanterie innocente, il extrait de la haine.C 'est à cause du Diable que le mal nous est rendu si facile.Pour le bien, Dieu nous aide, mais un peu seulement, car il veul nous laisser le mérite de ce bien afin que notre récompense soit plus belle.Mais il nous suffit de concevoir la simple idée du 128 l'abeille mul pour que, dans un éclair, tout obstacle s'aplanisse.Notre bras est-il trop faible pour frapper notre frère f le diable nous envoie une colère qui décuple nos forces.Notre orgueil s'insurgc-t-il de voir notre frère plus haut placé que nous T le Diable nous souffle la calomnie qui, plus sûrement (pi'une flèche, précipitera notre frère dans l'abîme.— Pourquoi, me demanderez-vous sans doute, Dieu a-t-il rendu le Diable à ce point redoutable t — Ce n'est pas le Diable, mes chers petits, que Dieu avait armé de la sorte, mais l'ange Lucifer établi par lui le premier des anges pour l'intelligence et la puissance d'aimer.Comme Dieu ne reprend jamais ses dons, le Diable, après sa révolte, demeura le plus intelligent et le plus puissant de toutes les créatures, mais ces facultés sublimes, reçues pour son propre bonheur et celui de ses frères, il les fait aujourd'hui servir au malheur des hommes et à son propre malheur par surcroît.— Alors, personne ne peut résister au Diable t — Mais si, avec le secours de Dieu et des saints; et c'est justement, ce que va montrer la suite de cette histoire.Jean aida sa mère ii remettre la maison en ordre, mais le Diable revint la nuit suivante, et l'autre nuit d'après, et chaque fois il bouleversait les meubles et continuait la dévastation du jardin.A la première incursion du Diable, Jean n'était pas très content ; à la seconde, il grinça des dents; à la troisième, il écu-mait de co'ère.— Grand saint Jean, dit-il a son patron, est-ce que cela t'amuse de voir le Diable s'établir en maître chez nous î L'offense est pour toi cependant aussi bien que pour ma mère et pour moi, ne le sais-tu pas f Le Diable s'est acharné après ton rosier.Il lui a d'abord cassé une branche, puis toutes les autres, puis il l'a déraciné.C'en est fini désormais de ta rose quotidienne ! Kn choisissant ta maison pour ses méfaits, répondit saint .Jeun, !e Diable n'a fait que répondre à ton invite.Chaque fois (pie tu te laisses aller a la colère, c'est comme si, de tes propres mains, tu ouvrais au Diable toutes tes portes, celles de ta maison aussi bien que celle de ton cœur.A ces justes remarques, .lean se sentit tout confus : — Tu as raison, grand saint Jean, dit-il, et je m'excuse de mes paro'es inconsidérées.Mais n'est-il donc nul moyen d'empêcher le Diable de venir dans notre maison t — Prends la ferme résolution de ne jamais céder à la colère et si, pendant un jour entier, tu demeures fidèle à ta promesse, jamais plus le Diable ne pourra franchir ta porte. l'abeille 129 — Un jour seulement, grand saint Jean ?— Un jour seulement, mon enfant.— Oh ! la condition est bien facile et je suis sûr du succès I Or, la nuit suivante, le Diable revint et l'autre nuit encore : on dépit de ses efforts, Jean n'avait pu, en ces deux jours, se garder de toute colère.— Grand saint Jean, dit-il à son patron, le moyen que tu m'as indiqué ne vaut rien.N'en connais-tu pas un autre t — J'en connais un, répondit saint Jean, mais qui t'effraiera sans doute : c'est que tu ailles chercher le Diable au fond de l'enfer et que tu lui administres une bonne volée de coups de bâton.— J'aime mieux ce moyen que l'autre ! s'écria Jean; il est beaucoup moins compliqué, contrairement à ce que tu t'imagines.Est-ce que, si je réussis à battre le Diable, je l'empêcherai pour toujours de venir ici troubler notre repos ?— Pour toujours, dit saint Jean.— Alors, je pars.Saint.Jean lui indiqua la route à suivre : — Tu as quatre jours de marche, ajouta-t-il, avant d'arriver aux portes de l'enfer.Tu trouveras sur ta route des amis qui t'aideront de leurs conseils et de leur appui.Cependant, n'aie pas d'illusions : c'est une tâche peu aisée que tu entreprends là.N'oublie donc pas la recommandation que je t'ai déjà faite : si, pendant l'un quelconque de ces quatre jours, tu réussis à te garder de toute colère, il sera inutile d'aller plus loin : le Diable sera vaincu.— Entendu, entendu, répondit Jean d'un ton condescendant qui voulait dire : "Est-ce que, par hasard, tu t'imagines que cela m'effraye d'aller trouver le Diable t" (A suivre.) Jacques Péricard.Crajons Corglé On pcul maintenant se procurer ces beaux crayons aux couleurs fines, si appréciées des jeunes coloristes.Par la poste, franco — Un étui de G cr.demi-long, 15 sous; 12 cr., 25 sous — Six crayons, long, ord.30 sous; 12 crayons, CO sous.Réduction importante pour une douzaine. CHAPITRE III — Je passe une mauvaise nuit.— Un nouveau compagnon — signes de danger — un réveii, subit — le scout pait son devoir — perdu sur li'océan indien.Hlu port de Singapour, plusieurs enfants, des tout petits, avaient pris passage à bord du Khandala.Il y avait cependant parmi eux un garçon de mon fige, de même taille et de même figure que "Raton" Moran, mon meilleur camarade de Brooklyn, mais plus joli que lui.Il se nommait.Visilatio Harriet de Souza et se rendait à Bombay, où il devait entrer à l'école primaire supérieure Sainte-Marie.Je fis sa connaissance au jeu de palet, le lendemain du départ.Nous devînmes tout de suite grands amis, et pour resserrer les liens de notre amitié, dans l'après-midi, assis l'un à côté de l'autre sur le pont de première, nous mangions, tout en devisant, des chocolats de la même boîte, la sienne! Il faut vous dire qu'en quittant Singapour j'avais complètement oublié de renouveler ma provision de bonbons; ce qui prouve combien j'étais hors de moi en quittant cette malheureuse ville.Sur la côte de la péninsule, en face de nous, venait de surgir une ville dont les maisons blanches se détachaient sur le vert de la forêt.Visitatio la connaissait, y ayant demeuré.Il me raconta son histoire."C'est une ville," me dit-il, "que saint François Xavier a maudite." Mon saint favori aurait fait une chose semblable ! Mon sang ne fit qu'un tour, et je serrai les poings, prêt à venger l'injure faite à mon saint patron, quand Visitatio, alarmé à la vue du danger qu'il courait, s'empressa de s'expliquer.Le fait est arrivé, paraît-il, bien avant ma naissance, au seizième siècle.Les Portugais, qui habitaient alors ces régions, étaient de bien l'abeille 131 mauvais paroissiens.Une fois baptisés, ils ne revenaient plus a l'église.Ce n'est qu'au moment de la mort qu'ils se sem venaient de leur baptême et se déclaraient chrétiens authentiques.Il y a encore de nos jours beaucoup de catholiques de celte espèce.J'avais, moi, un oncle.Mais je vous raconterai cela une autre fois.Quand saint François eut prêché quelque temps à ces canailles, qui ne voulaient pas se convertir, il ôta ses .mocassins, en secoua la poussière contre eux et leur prédit la ruine de leur commerce.Malacca, leur ville, ne connaîtrait pas la déchéance complète, mais elle ne serait plus la reine des détroits : elle deviendrait simplement une ville, comme on dirait aux Etats-Unis, à deux trains par jour; et la malédiction a porté.Quand l'histoire fut finie, et aussi la boîte de chocolat, Vi-sitatio accablé par la chaleur, s'endormit sur sa chaise longue.Fatigué du silence, je m'en allai à la recherche d'Ivan et d'un verre d'eau fraîche.Dans le salon, où il y avait un bon ventilateur, je trouvai papa en tête-à-tête avec plusieurs messieurs en blanc ou en khaki.Comme j'arrivais en arrière de sa chaise, un officier, qu'on appelait Colonel Dick, dit en secouant la tête : "Je parierais que le chenapan est capable de nous torpiller !" Puis s'apercevant de ma présence, il s'arrêta net.Papa me fit signe de m'éloigner.Plus tard, dans la cabine, pendant que nous faisions notre toilette, avant le dîner, papa me dit confidentiellement de quoi il s'agissait, ht capitaine venait de recevoir de l'Amirauté, par radio, l'annonce d'un grand danger.Un navire de guerre allemand s'était échappé d'un port de Sumatra, où il était interné, et croisait dans les eaux que nous devions traverser.La nuit précédente, il avail rouir un cargo anglais.Chez nous, j'avais suivi avec un intérêt croissant et une vive sympathie la croisière de VEmden, pariant mon dernier sou que ce croiseur allemand échapperait à ses adversaires.Mais ici, sur un navire anglais, courant le risque d'être attaqué par un corsaire allemand, mes opinions politiques changèrent complètement.Notre position n 'était guère enviable, ear l'affaire d'un pirate, c'est de couler son ennemi, et dans le cas présent, l'ennemi.c'était nous.Papa me recommanda de n 'en rien dire.Les hommes seuls étaient avertis; il ne fallait pas affoler les femmes et les enfants.Quel sentiment de fierté s'empara de moi à cette déclaration ! Papa, avait confiance en moi, il comptait sur mon sang-froid; il ne me classait pas parmi les "faibles", ceux qui ont 132 l'abeille droit, les premiers, aux chaloupes.C'est là le papa que j'aime, un papa qui a confiance en son enfant.Ah ! le bon papa ! Je finis ma toilette en vitesse et fis un bon acte de contrition, pour me préparer, en cas de malheur, car j'avais faim et je ne voulais pas être distrait par des préoccupations étrangères.Puis, au son de la cloche, je descendis à la salle à manger, et j'attaquai.Ah ! si j'avais pu prévoir que je prenais mon dernier repas civilisé, pour bien des semaines, j'aurais pris double, et même triple ration de tout ce qu'on nous servait.Mais, cette fois encore, l'avenir était embrumé.Après le dîner, je me promenai sur le pont avec papa.Je ne sais si notre situation critique en fut cause, mais nous, nous mimes à parler de chez nous.Que faisaient maman et petite sœur ce soir ?Nous avions maintenant dépassé l'antipode de New-York, chaque nœud nous rapprochait de la maison.Pour moi, je conjecturai que maman lisait nos lettres de Honolulu, se délectant dans les belles descriptions de l'ascension du Pali, du magnifique aquarium et du bain délicieux sur la plage de Waikiki.Quant à la petite sœur.papa s'imagina la voir téléphonant à la Marion, sa compagne de l'école Sainte-Elisabeth, troublant maman clans sa lecture par son babillage : "Devine qui j'ai vu aujourd'hui ?— Délicieux 1 — Oh ! dis-le moi ! — Etc." Vous connaissez ce caquetage in sœcula sœcu-lorum que tiennent nos petites sœurs au téléphone.Fatigués de marcher, nous nous assoyons pour contempler le beau ciel étoile.Quelle nuit splendide ! La lune ne brillait pas, mais le ciel était constellé de grosses étoiles.La Croix du Sud, que j'aime à regarder ici, en l'absence de mes deux amies la Grande et la Petite Ourse, paraissait suspendue au-dessus de l'équateur.En bas, l'eau était noire comme de l'encre, sauf quelques reflets d'étoiles çà et là.Le gros Khandala, s'avançait silencieusement, fendant de sa proue la nappe d'eau tranquille.Quelle belle nuit pour prendre un bain ! Papa s'endormit.Quant à moi, fatigué de bâiller en regardant les étoiles, je me levai, posai un tendre baiser sur le front de mon père chéri, et me retirai.A l'intérieur, les garçons de cabine avaient entouré les ampoules électriques de globes bleus, ce qui donnait un aspect lugubre aux cabines et aux salles.Mais c'était plus triste encore qu'à la retenue au collège, en hiver, quand on allume les lampes pour ceux qui ont des pénitences à faire.A vous donner l'envie d'aller habiter 1'Arkansas pour toujours, si, seulement, vous aviez la chance de vous y rendre ! A mesure que je descendais, l'obscurité devenait plus intense.Dans notre cabine, une épaisse feuille de papier couvrait Ii'abeille 133 le hublot fit le courant électrique était interrompu.Le gardon, appelé, se contenta de me dire : "Ordre du capitaine".Puis il m'indiqua quelques bouts de chandelles placés sur la tab'e de toilette.La chaleur était si accablante que je n'eus même pas le courage d'allumer.Je me dévêtis en pleine obscurité, entr'ouvris le hnb'ot pour avoir un peu d'air, dis un bout de prière et me glissai entre mes draps.Une minute plus tard, je dormais d'un sommeil profond.Je fis un rêve étrange.Moi qui sortais actuellement du détroit de Malacca et entrais en plein océan Indien, je me trouvais à Coney-Island, descendant la glissoire à Luna Park.C'est moi qui gouvernais, habillé d'un bel uniforme bleu marin.Papa, maman, petite sœur et.un ami Johnnie Mclntyre se trouvaient assis en arrière.Du haut de la plate-forme, je contemplais la scène environnante, tout fier de mon rôle.Un signal du préposé aux chaloupes, une poussée, et nous descendons à une allure vertigineuse vers l'eau, que nous touchons bientôt.Ma sœur jette un cri strident et au même instant j'entends un fracas épouvantable qui me fait croire que nous avons déraillé.Je fais un bond et me cogne la tête .contre le plafond de la cabine.A moitié endormi encore, j'entends de nouveau un fracas de tonnerre, puis des pas précipités sur le pont.Je m'éveille tout à fait et laissant de côté Luna Park et mon rêve, je saute en bas de mon lit.11 faisait nuit noire, et je n'y voyais goutte; mais je m'apcrc,us que les machines du navire ne fonctionnaient pins.Puis, dans la nuit, la sirène fit entendre son cri lugubre : un, deux, trois, quatre, cinq : le signal du danger; tout le monde aux embarcations ! Je pensai bien que ce n'était pas à l'exercice qu'on nous appelait à cette heure indue.Regardant ma montre phosphorescente, je vis qu'il n'était que onze heures moins dix minutes.Le Père Tumulty, mon maître-scout, nous disait souvent de garder notre sang-froid dans le danger, parce que le devoir d'un scout est d'aider l'autorité quand il survient quelque accident.Je restai calme en m'habillant, mais je crois bien, pourtant, que jamais, dans ma vie d'écolier, je n'avais passé mes habits avec une telle célérité, et cela dans l'obscurité la plus complète.Je n'eus pas à chercher longtemps l'occasion de rendre service.Dans le passage obscur où je m'étais engagé, je heurtai un gros monsieur qui sortait de sa cabine, et qui demandait, en blasphémant, le chemin de l'escalier.Je lui dis sèchement de cesser ses jurons et de me suivre.Ce qu'il fit docilement, sa grosse main tremblante posée sur mon épaule. 134 l'abeille En liant, le pont présentait une seène animée.Le navire penchait déjà: une lueur jaunâtre brillait à l'avant.Un coup d'œil me suffit pour voir que la cabine du capitaine et la passerelle des officiers flambaient.A mes côtés, un homme très excité allait répétant : "Ils ont abattu le sans-fil du premier coup !" Puis un officier arriva, criant énergiquement : "A vos chaloupes, immédiatement !" Je me ressouvins que mon embarcation était le n" 6, à bâbord arrière; je me trouvais à tribord avant.Je rebroussai chemin.Mais tout en courant, je pensai à mon couteau que j'avais oublié en bas.Je me dis que j'en aurais peut-être besoin, et je rentrai.Dans l'escalier, deux femmes affolées demandaient du secours, et le bébé que portait l'une d'entre elles pleurait à fendre l'âme.J'en eus pitié, et je les guidai jusqu'au pont, où je les confiai à l'un des garçons de cabine.De nouveau, je descendis jusqu'au corridor de ma cabine.Le vapeur penchait tellement que je ne pouvais tenir sur le plancher, je m'appuyais contre la cloison avec les mains.Je marchais littéralement sur le mur, comme une mouche, enjambant les portes, risquant de me briser les jambes dans l'obscurité.Il ne me fal'ut pas une demi-heure pour saisir mon couteau; je pris aussi mon chandail; c'est ma petite sœur qui l'avait tricoté, et vous pensez bien qu'elle n'aurait pas été contente si je l'avais perdu.Ces petites sœurs tiennent tant à ce qu'on apprécie leurs cadeaux ! J'allais enfin partir quand____ Il en vient des idées dans ces cas-là.Je me souvins du défaut mignon d'Ivan.Il m'avait raconté que sa maison ayant pris feu, à Hong-Kong, ni le tapage des pompiers, ni les cris de son père n'avaient pu le réveiller.Les pompiers avaient dû s'exposer au danger pour le tirer des flammes.Ce grand dormeur s'était-il réveillé au bruit de la canonnade ?Je me rendis à sa cabine en toute hâte.Je le trouvai plongé dans un profond sommeil.Il avait roulé contre la barre nickelée qui protège le dormeur en cas de roulis.Je le secouai vigoureusement.Il se mit à pleurnicher : "Maman, laissez-moi, je ne veux pas me lever si tôt." Je le saisis de nouveau : "Mon fils, si tu ne veux pas m'écouter, tu es perdu et je n'aurai plus qu'à prier pour le repos de ton âme !" Ces mots l'éveillèrent complètement ; "Frank Gaze! c'est toif Mais que diable a donc mon lit î II penche." Quand, après une toilette rapide.Ivan me suivit sur le pont, nous le trouvâmes désert, et j'entendais le grincement des l'ABEIMjE 135 poulies et des cordages de la dernière embarcation qu'on allait mettre à l'eau.Le pont obliquait de plus en plus ; la cabine du capitaine flambait, des objets sans nombre jonchaient le pont : bouées de sauvetage abandonnées, cordages, valises entr'ouvertes, et assez de vêtements pour habiller, pendant un an, les pauvres secourus par une conférence de Saint-Vincent de Paid.Quatre lascars (') arrivaient de l'avant portant un gros homme qui geignait a faire pitié.A la lueur de l'incendie, je reconnus le capitaine Tyne, l'épaule fracassée, le veston blanc couvert de sang.Ivan se pressa contre moi, comme à Singapour, quand le petit singe sanglant avait remué dans le coin.Je vis bien qu'il me faudrait encore lui remonter le courage.Je n'avais guère envie de manger de la crème à la glace moi-même, mais la terreur folle de mon compagnon me rappela mes devoirs de scout."Courage, Ivan, n'aie pas peur! Nous allons suivre ceux-ci et nous trouverons bien une embarcation." A la ponpe, la chaloupe n° 8 était prête."Est-ce toi, scout Gaze T cria Visit alio.Je suis fameusement content !" M.Bookie, le second, qui m'avait repêché dans la mer de Chine, attendait les arrivants.Il portait une ceinture garnie de cartouches autour de son veston blanc, et un revolver automatique au côté.Il avait grand air; mais comme il s'était montré très amical, envers moi depuis mon aventure, je n'en eus pas peur."Que faites-vous ici tous les deux t" s'exclama-t-il.Pourquoi n'êtes vous pas partis dans vos embarcations t" Je commençais à lui expliquer que j'étais descendu chercher mon couteau .quand, dans la nuit, un sifflement formidable se fit entendre, et au même instant, un obus s'enfonça dans la proue du navire en éclatant.Ces projectiles font un horrible tintamarre en pleine nuit.A côté d'eux, nos plus bruyants pétards du 4 juillet, notre glorieuse fête nationale, feraient piètre figure.Le vapeur oscilla comme un homme ivre.Vite le second nous poussa dans la chaloupe; les lascars déposèrent à la poupe le capitaine blessé et la descente commença.Cela donne une curieuse sensation que de glisser ainsi sur la coque noire et devant les hublots.En une minute nous touchions l'eau.J'y plongeai la main.Elle était tiède, excellente pour un bain; mais ce n'était pas tout à fait le moment d'en prendre un.(1) On appelle ainsi des matelots hindous qui servent sur les navires européens. 136 l'abeille Déjà l'embarcation s'éloignait, à force de rames, et nous regardions la coque du navire.Pour moi, je l'avais déjà vue à cette distance, et cela m'impressionnait moins.L'avant du navire brillait rapidement et la lueur sinistre de l'incendie se projetait au loin sur l'Océan.Soudain, au nord-ouest, un éclair brilla.Une seconde plus tard, un obus venait, en sifflant frapper le vapeur en pleine coque.Quel beau coup digne de nos marins de 1812 1 Quelle chance pour nous d'avoir quitté le navire à temps ! Toute la proue flambait.M.Bookie commença à nous raconter ce qui s'était passé.Le navire allemand nous avait envoyé l'ordre de stopper et de ne pas nous servir du radio.Le capitaine répondit en ordonnant à Sparks de lancer l'appel de détresse S.0.S.1 Immédiatement, l'ennemi nous a lancé cet obus fatal qui a emporté le sans-fil, et dont un éclat a blessé le capitaine.Un des.lascars dit quelques mots à M.Bookie, en langue indigène, en indiquant le navire.A un demi-mille de nous, le Khandala flottait encore, mais il donnait de plus en plus de la bande.Nous pouvions voir l'intérieur des cheminées et la surface du pont, comme du haut d'un aéroplane.Toute la proue 1.Abbreviation de Save Our SouU. l'abeille 137 flambait.A ce moment, le navire allemand envoya un dernier obus qui passa, en sifflant, au-dessus de nos têtes et atteignit la proue, qui disparut sous la nappe liquide, pendant que la poupe montait comme une grue qui soulève une charge, laissant voir les hélices et le gouvernail.Une fumée épaisse s'éleva dans les airs, les flammes grimpèrent le long du vapeur comme si elles avaient craint de se mouiller.Puis, doucement, le Khandala descendit et disparut dans les eaux noires de l'océan Indien.Un sifflement de dix-mille serpents d'enfer, un nuage de vapeur montant jusqu'au ciel, puis l'obscurité complète.Au loin, quelques débris flottants brûlaient encore, mais bientôt l'eau les submergea.Nous restions seuls, perdus dans la nuit qui enveloppait l'immensité des eaux, éclairés seulement par la faible lueur des étoiles.Une grande vague de tristesse nous envahit.Visitatio respirait bruyamment, cachant mal son émotion.Ivan ne put retenir la sienne : "Pauvre maman, où es-tu ?" J'eus assez de sang-froid pour lui dire : ' ' Elle est dans son embarcation, comme nous, Ivan ; ne pleure pas." Cela lui ftt du bien.Mais son exclamation m'était allée tout droit au cœur, comme un poignard.Affreuse découverte de mon ingratitude à l'égard de papa, à qui je n 'avais pas songé une seule fois pendant tout ce bouleversement.Mais maintenant, comme je pensais à lui ! comme je m'ennuyais tout seul I Je tâchai de me rassurer en repassant dans mon esprit les événements de la soirée.Papa avait dû jouer aux cartes très tard au fumoir et ne devait pas être couché quand le premier obus toucha le Khandala.Ici, une nouvelle cause d'anxiété me serra le cœur.Le fumoir n'est pas loin de la passerelle des officiers.Le capitaine était blessé, d'autres avaient pu également l'être.Pauvre papa ! S'il avait été frappé et si, immobilisé sur le pont, par sa blessure, il avait sombré avec le navire I J'aurais bien mieux fait de laisser mon couteau dans la cabine et de penser à lui.Je revis la coque du Khandala se redresser après le dernier coup de canon avant de faire la grande plonge dans l'Océan.Les larmes me vinrent aux yeux ; mais, voyant mes deux compagnons en proie à une immense douleur et pleurer à chaudes larmes, je me rappelai mon titre de scout américain et je me retins.Je fis mieux encore : en bon catholique, j'adressai une fervente prière à l'ange gardien de papa et au mien, leur demandant de se mettre à l'ouvrage tout de suite et de faire de la bonne besogne.Cette prière rendit la tranquillité à mon âme.(A suivre.) Neil Boyton, S.J."By kind permiuioa of Benriger Brothers, New York, holder* of Copyright 1922". Dans un restaurant, deux amis sont assis à la même table.Que désiront ces messieurs t interroge le garçon.— Une tête de veau bien cuite, répond l'un d'eux, Et Monsieur f — Moi aussi, une tète do veau comme eollo do mon ami.Deux gamins regardent d'un air envieux un camarade qui grignote bâton de sucre de pomme.L'un d'eux, no pouvant résister a la gourmandise : — Oh I donne-moi un peu de ton sucre de pomme, dis.— Non, t'en auras pas, puisque tu m'en demandes.Au bout de quelques instants, le second prend la parole à son tour : — Eh bien ! moi qui ne t'en demande pas, donno-inoi-z-en, veux-tu t — Oui, t'en auras, toi : t'es pas gourmand.Et il partage fraternellement avec lui son baton de sucre do pommo.Un négociant parisien fnit annoncer dans les journaux qu'il a besoin d'un commis honnête, pour rester confiné dans son bureau treize ou quatorze heureB par jour.Le lendemain, un postulant se présente : — Croyez-vous pouvoir rester enfermé aussi longtemps t — Oui, oui, monsieur, répond l'autre avec une incffablo candeur : j'ai été sept ans en prison I • • • La scène se passe dans le cabinet de consultation d'un savant docteur.Un individu, haut de six pieds et large à l'avenant, se présente.— Quelle est votro indisposition t lui demande le médecin.— J 'ai perdu l'appétit, répond le client d'une voix qui fait trembler les vitres.— Mâtin, réplique le docteur, en considérant le colosse, je plains celui qui l'a trouvé ! S'il n'est pas très riche, c'est un homme ruiné dans quinzo jours I • • • M.Prudhomme voit passer une pension revenant de la promenade sous une pluie battante : — Ces pauvres enfants I s'écrie son épouse, vraiment, c'est piteux do les voir.— Allons donc, répond Joseph, pour refaire la patrie, il faut des hommes bien trempti. Jeux d'esprit n* 6 — Mots kk i/mianoi — Mon premier, cher lecteur, je tp le donne en gage.— I*- meilleur aliment pour l'oiseau dan» sa cage.— IjO bijoutier m'estime un objet de vnlour.— Un rustique aliment.— Compagne du chasseur.— Devient un bon cngrnis.— Puis certaine mesure.— Un espace de temps.— En toute conjoncture.n* 7 — Anaokammk .le mange les petits enfnntB Et guéris les rhumes des grands.N* 8 — MkTAOKAUMX Je suis sur mes six pieds un produit de tes champs Puis, en un jour de fête, un témoin de tes chants.11 24 7 20 3 4 12 25 8 16 17 5 13 21 9 10 18 1 14 22 23 e 19 2 15 Une belle solution du nirré magique.("est l'envoi de M.Henri Cousineau, de 8te-Anne-dc Bellevue.Cette disposition des 25 nombres jHTinet d'obtenir
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