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Titre :
L'abeille /
Diffusée durant l'année scolaire à partir de 1925 par les Frères de l'instruction chrétienne, L'Abeille se consacre principalement à l'éducation religieuse des élèves du cours primaire, de la 1re à la 7e année. [...]

La revue L'Abeille (1925-1947), sous-titrée « revue mensuelle pour la jeunesse », puis « revue mensuelle illustrée pour la jeunesse », est publiée à Québec par les Frères de l'instruction chrétienne et paraît pour la première fois en septembre 1925. Diffusée durant l'année scolaire, de septembre à juin, L'Abeille se consacre principalement à l'éducation religieuse des élèves du cours primaire, de la 1re à la 7e année.

Par l'accent mis sur la formation à la morale chrétienne et sur l'encouragement à la vocation religieuse, L'Abeille est d'esprit similaire au Bulletin du Très-Saint-Enfant-Jésus, une publication pédagogique des Frères des écoles chrétiennes.

La publication offre à ses jeunes lecteurs des chroniques, des contes, des reportages, des biographies de personnages historiques, des récits hagiographiques, des romans à épisodes, des causeries scientifiques, des chants, des activités de bricolage, des jeux et des devinettes.

En 1935, la revue atteint un tirage de 10 000 exemplaires; et celui-ci s'élève, au milieu des années 1940, à 17 000 exemplaires.

En 1947, L'Abeille fusionne avec Hérauts, périodique pour enfants publié par les Éditions Fides, et devient Abeille - Hérauts, qui sera diffusée jusqu'en 1964. La série Hérauts contient aussi les revues Ave Maria, Jeunesse, Stella Maris et L'Éclair.

La revue L'Abeille a contribué au développement de la littérature jeunesse canadienne d'expression française.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La Presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1984, vol. VI, p. 102.

POULIOT, Suzanne et Nathalie ROUSSEL, « L'adolescence vue par les Frères de l'Instruction chrétienne », Cahiers de la recherche en éducation, vol. 7, no1, 2000, p. 37-61.

Éditeur :
  • Laprairie :les Frères,1925-1947
Contenu spécifique :
mars 1941
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeurs :
  • Hérauts ,
  • Abeille et hérauts
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Références

L'abeille /, 1941, Collections de BAnQ.

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* He vue mensuelle Jeu Jeunesse LES FRERES DE L'INSTRUCTION CHRETIENNE, LAPRAlRIE P.Q. LUMIERE ET VIE T (Courtoisie de "La Famille") A 12 ans.Jésus se rend au temple de Jérusalem.A Nazareth, il fait les commission de S.Joseph.A 30 ans, Jésus ayant été baptisé dans le Jourdain.est conduit par l'Esprit-Saint dans le désert.Après avoir jeûné 40 jours, il est tenté par le démon.mais il repousse toutes les suggestions du tentateur.GAGNANTS DU CONCOURS école Morissette, Québec.— Colette Langés, Matane.Maurice Côté, 5268, rue Garnler, Montréal.— Léona — Rvde Sœur Grise, 9, rue Water, Ottawa.— Su- Furlong, 5951, rue Jeanne-Mance, Montréal.— Roger zanne Lemise, La Baie-du-Febvre, (Yamaska), P.O.— Harel, séminaire des Trois-Rivières.— René Labrie, Jean-Paul Trudel, 6717 de Saint-Valier, Montréal.L'ABEILLE Parait tous les mois.Juillet et août exceptés.Elle a reçu une bénédiction spéciale de S.S.Pie XL Publiée avec l'autorisation de Son Exc.Mgr l'Evêque de St-Jean, et la permission des Supérieurs.Abonnement annuel: $0.75; avec prime: $1.00—Dix numéros à la même adresse: $4.50, DIRECTEUR : Frère URBAIN-MARIE, Laprairle, P.Q. LE PLUS BEAU LIVRE Ce n'est pas Robinson Crusoé, qui n'a presque rien de vrai; ce n'est pas l'Enfant Perdu et Retrouvé, que plusieurs d'entre vous ont lu les larmes aux yeux; ni les romans illustrés de la bonne Presse, comme la Tour des Aigles et le Roi de l'Or, ni aucun autre livre : C'est l'Evangile! Oui, je dis bien l'Evangile.Il a été écrit il y a deux mille ans, depuis, on n'y a rien changé et pourtant il est toujours "à la page".C'est comme le bon pain, on ne s'en fatigue pas, plus on en mange plus on l'aime.Plus on lit l'Evangile plus on l'admire, plus on le comprend, plus on en profite.Il est pour tous les temps, pour tous les peuples, pour tous les besoins de l'âme : C'est le plus beau livre.Aimons à le lire, à le méditer : nous en tirerons de bonnes leçons.Un exemple.— Notre-Seigneur, suivi d'une grande foule, se rend chez Jaïre, chef de la synagogue, dont la fille vient de mourir.Dans la multitude des curieux qui voulaient voir une résurrection, il y avait une personne souffrante et timide que la foi seule conduisait à Jésus.Quel désir d'être exaucée dans son regard exténué! Avec quel amour et quel respect elle étend sa main décharnée pour toucher, juste un peu le bord de l'habit; c'est l'instant de sa vie!.Parler de son mal devant tous, non!.Arrêter Jésus dans sa marche! elle n'ose pas; mais si cela pouvait être suffisant : le toucher!.Et du bout des doigts elle atteint le pompon qui orne le coin de son mantaeu.Miracle! elle a tressailli dans tout son être, elle est guérie!.Et de son cœur monte un flot de reconnaissance qu'elle n'ose exprimer.Elle va se retirer lorsque Jésus, voulant qu'une foi si discrète ne reste pas cachée, s'arrête, la regarde et lui dit : "Ayez confiance, ma fille, je ne veux pas vous gronder, votre foi vous a guérie".Et cette femme fut guérie.De toute cette foule elle seule obtint une grâce, les autres, les curieux, n'eurent rien du tout.Cette personne craintive ne représente-t-elle pas les pécheurs qui n'ayant pas un moment favorable pour faire une confession de leur faute après la chute, s'approchent de Jésus par l'amour, par le repentir caché au fond de leur cœur; ils formulent un bon acte de contrition.Ils sont guéris, leur péché est pardonné, ils se retrouvent en état de grâce.Puis, lorsque l'occasion se présente ils disent à Jésus représenté par le prêtre, oui Seigneur, c'est moi qui avais cette maladie honteuse, j'ai eu recours à vous dans le secret de mon cœur.Et Jésus, toujours miséricordieux, dit : "Va, ta foi t'a sauvé".- 143 — [OmfllÉIÏÏ J'AI PERDU AIR J'avais six ans.Assis sur le "prélart" de la cuisine j'en suivais l'agencement des dessins avec mon doigt.Regardez maman les fleurs qui tournent ça s'appelle comment?Des arabesques.Qui fait les arabesques?Les Arabes et ceux qui ont copié leurs dessins.Qui ça les Arabes?Ce sont des hommes qui portent des grandes robes blanches et des grandes barbes noires comme le cousin de ton papa qui est père Blanc.Tu te souviens, il est venu l'été dernier.Et maintenant où est-il le cousin?Il est parti bien loin, au pays des Arabes pour leur dire d'aimer le bon Jésus.Pourquoi qu'ils ne l'aiment pas le bon Dieu?C'est parce qu'ils ne le connaissent pas.Moi je le connais.Quand je serai grand voulez-vous, maman, j'irai avec cousin leur parler du bon Jésus, aux Arabes?Si tu fais bien tes prières, maman ne dira pas non.Et cette parole m'est restée : Si tu fais bien tes prières, maman ne dira pas non.Cette voix, je l'entendais souvent depuis près de dix ans, dans mes communions, dans mes rêves, en lisant des récits de voyage, en regardant les annales d'Afrique.Et je tâchais de rester bon en vue de ma vocation future.?* ?La glace miroitait sous les flots de lumière.L' "Arena" résonnait aux cris joyeux des patineurs, qui se croisaient vifs et élégants dans la magie des spirales.Les patins brillants sur la surface unie, glissaient en dessinant des.arabesques.Lancé à vive allure j'en suivais les courbes sans fin.Relevant la tête, pour prendre haleine, je rencontrai le regard admirateur d'une jeune demoiselle, plutôt novice dans l'art du patinage.Je lui offris mon bras et je sentis son cœur palpiter près du mien : première rencontre, et premières amours d'une longue série de rendez-vous.Amours trop jeunes, amours imprudentes, amours indiscrètes, amours aveugles, amours coupables.Lien doux et terrible qui empêche, à jamais, ma barque de voguer au pays des Arabes.Et voilà pourquoi je suis songeur et que la nuit, dans mes rêves, je ris et je pleure en dessinant des arabesques, jusqu'à ce que ma voix criant "trop tard", me réveille en sursaut.Je n'ai plus la force d'âme, je n'ai plus l'Idéal, je n'ai plus "la liberté des enfants de Dieu".A d'autres les belles moissons d'or et la récompense au centuple !.Voilà comment j'ai perdu ma vocation.— 144 35 ¦ A 13ETE DU LAC ST-LCUIS Au début des vacances, j'étais allô me reposer chez un oncle, à la Rivière des Prairies.Ah! les bonnes blagues, les bonnes parties de chasse et de pêche que j'ai entendu conter là! Légendes, histoires farcies de superstitions que chacun son tour, on jurait avoir vécues; à s'en mettre la main au feu : "Vrai comme vous êtes là!" Comme tous les soirs, à la "brunante", nous avions sorti pour les "veilleux" toutes les chaises et même les vieux bancs estropiés.Là-haut, sur le sentier du coteau, surgissaient déjà dans le coucher de soleil, des silhouettes de toutes grandeurs.Les grandes, c'était les hommes et leur balancement d'épaules qui rappelle le roulis d'un navire.Ils marchaient les premiers, à grands pas.Suivaient les femmes à pas courts et pressés, puis, çà et là, les enfants.Ils chantaient, cueillaient quelques mûres sauvages en brimbalant la lanterne qui devait servir au retour.Enfin, derrière tous, apparaissait un vieux, clopinant de toutes ses jambes, M.Rosaire, le forgeron du village, bien engoncé dans sa veste de laine rouge qu'il mettait, disait-il, "rapport au serein".On le proclamait le champion conteur d'histoires de la place.Dès son arrivée, il ouvrit le bal.Qu'il en sortait de son sac, ce petit gros homme mafflu et gouailleur! A l'entendre, il connaissait tout, avait tout vu, .surtout quand mon oncle passait un "petit verre".Alors plus émoustillé que jamais, il lançait lazzis et traits d'esprit.Et nous de nous esclaffer à nous en tenir les côtes.D'ordinaire, il attendait la nuit pour conter, avec force gestes, des histoires à faire dresser les cheveux.Vite alors, tante Mélanie intervenait : "Voyons, M.Rosaire, vous faites peur aux enfants.Ils vont encore rêver, cette nuit.Une histoire comique avant de partir." "Conte-nous ton histoire, me dit mon oncle Camille, une histoire vraie".Sans me faire tirer l'oreille, je commençai."L'année dernière j'ai surveillé les enfants au camp X, dans l'île Bernard.— 145 — Vers les 8 heures du soir, il y aura exactement un an demain, M.Lucien, l'autre surveillant, et moi, nous avions conduit les enfants à l'orée du bois, et là, nous leur racontions un tas de légendes et de superstitions "épeurantes", histoire de leur donner la frousse.Nous parlions de pressentiments, de feux follets, de fantômes, d'apparitions, de brigands, de loups qui sortent des forêts pour dévorer les mauvais enfants, et d'une bête mystérieuse, qui, un soir d'orage, avait affolé des villégiateurs en chaloupe sur ce lac même.Nos gars terrifiés jetaient des regards furtifs du côté du bois.Nous continuions toujours.Bientôt nous les vîmes partir, groupe par groupe, prenant un long détour, pour s'écarter des buissons et chantant bien fort pour se donner du cœur au ventre.Comme à l'ordinaire on les coucha à neuf heures; mais ce qui sortait de l'ordinaire, c'était notre fameuse partie de pêche au flambeau que nous préparions depuis deux jours, Lucien et moi ! Tout était prêt ! Nos lignes en mains, (nous n'avions pas trouvé de dards) la tête encore bourrée de nos "peurs", et, ma foi, un peu énervés, dans le fin fond, nous prenons le raidillon qui conduit à la chaloupe.Et quand j'avoue que nous n'étions pas bien crânes, je ne mens pas.Les villégiateurs nous avaient juré l'avoir vue cette bête mystérieuse dont je venais de parler.Elle avait foncé sur leur chaloupe ; .encore un cheveu, et elle les "écrabouillait".Sans être poltrons, voyez-vous, nous étions fort intrigués et pas fiers du tout.Le vent charriait de grosses nuées, tout gavées de pluie, qui se bousculaient et s'en tassaient déjà vers le sud-ouest.Par moment la lune apparaissait, juchée entre deux nuages Tantôt, elle montrait sa grosse tête de femme chauve à qui l'on aurait coupé les oreilles tantôt, un petit nuage effilé lui barrait la face et lui mettait une énorme moustache, aussi grosse que celle de mon oncle Camille quand il revient des chantiers au printemps.Tante Mélanie me lorgna de travers : — "Ris pas de ton oncle, Jean.Là-bas, on ne se "barbe" pas tous les deux jours.comme toi." Je passai outre à l'interruption.Les vagues lavaient la plage à grande eau, et les galets roulaient en crépitant."Tiens, comme la vague est haute", dis-je à Lucien.La chaloupe dansait au bout de sa corde."Nous allons essuyer une vilaine douche glacée, poursuivis-je.Le vent est du sud.et puis, regarde-moi ces nuages." — "Bah! tant mieux! répliqua-t-il.Les pêcheurs affirment que le poisson est plus vo-race à l'orage.Es-tu prêt?.je pousse." Il saisit l'aviron; je me mis aux rames.La chaloupe s'éloigna du bord lentement : le sable frôlait presque le fond.Il fallait ramer quelques minutes avant de trouver trois pieds d'eau.A tout moment nous entendions le grincement des tolets, aussi aigu qu'un coup de lime."Il vente fort, hein!" me cria Lucien.Ma réponse se perdit dans une rafale.La chaloupe tanguait, montait en croupe sur une vague, puis s'affaissait soudain.Pendant que Lucien appâtait les lignes, moi, qui n'ai jamais été un loup de mer, je trimais sur les rames, pensant encore à toutes nos histoires de la veillée.Le vent fraîchissait toujours, c'est juste; mais je pense que "nos peurs" de tantôt provoquaient encore davantage ces frissons.qui me couraient dans le dos.Du côté de l'île, seule la lampe de la galerie du camp trouait la nuit, comme une étoile au raz de l'horizon.C'est même elle, cette lampe, qui nous guidait.Après vingt minutes, nous péchions, réflecteur en main.Pas de chance ! Ça ne mordait pas! Petit à petit le vent s'était déchaîné.Il nous cornait maintenant aux oreilles et nous brassait que ce n'était plus tenable! Je fis pivoter la chaloupe pour le retour.La lumière du camp était disparue.Je ramais, je ramais de mon mieux, mais, tornon, quelle misère! Le lac se démenait comme un possédé! Notre barque sautait comme un bouchon! A chaque lame, elle tapait de l'avant, puis piquait du nez.Quelle gigue! Une vraie danse de Saint-Guy! De ne pouvoir avancer plus vite, j'en perdais la — 146 — tête.Avec cette satanée noirceur et ce cahotement endiablé, je ramais souvent dans le vide.Et pour comble de malheur, voilà les vagues qui sautent dans la chaloupe! L'eau se promenait d'un bord à l'autre.Toute une histoire de garder l'équilibre et de ne pas verser.J'ai récité là un bon "Je vous salue, Marie", peut-être le meilleur de ma vie.Je ne savais pas nager et nous devions être encore au large.Que la chaloupe chavirât, c'était pour moi la noyade.Quelques grosses gouttes de pluie commençaient de s'écraser tout autour de nous.Soudain, à l'autre bout de la barque, Lucien sursauta comme mu par un ressort.Une vague lui arracha son aviron."Regarde", me crie-t-il.Je me retournai et je vis (grand Dieu, je le verrai toute ma vie!) dans l'eau, là-bas, une masse ronde, noire et grise qui fondait sur nous.Sans aucun doute, c'était elle, la mystérieuse bête.Du coup, j'échappai mes rames et me dressai comme un bonhomme dans une boîte à surprise, le cou tendu, les yeux troublés.Les sueurs me perlaient au front grosses comme des pois ! On aurait dit qu'un marteau me battait à coups redoublés sur le cœur et les tempes.Lucien s'était rapproché.L'épouvante lui écarquillait les yeux.Hallucinations ou réalités?Je me mordis la langue.Non, ce n'était pas un rêve, mais l'affreuse réalité.Nous vivions dans un cauchemar atroce et réel.Elle offrait je ne sais quoi de fantastique et de hideux, impossible à exprimer, cette forme qui glissait ou nageait sur l'eau en fendant les vagues comme l'éperon d'un navire, cette bête inconnue qui peut-être éven-trerait notre chaloupe! Serrés l'un contre l'autre, nous la suivions des yeux comme des chasseurs à l'affût.La peur nous paralysait, cette peur incontrôlable, cette peur folle qui nous rendait fous.En un éclair toutes ces histoires de fantômes, d'apparitions et de spectres que nous avions contés aux enfants nous sautèrent au cerveau.Elles m'étaient toutes présentes à la fois, là, à l'esprit.Tout ce que j'avais lu ou entendu dans les contes, dans mes lectures de l'année ou au théâtre, mon imagination l'associa alors.Mon bon sens chavirait : tout me semblait possible comme à un enfant."Un ours, peut-être qui nageait vers nous" .Non, plutôt un marsouin pour ' ' écra-bouiller" la chaloupe".Puis une pensée plus horrible encore vint m'assiéger.Je me rappelai un roman où un homme combattait une bête monstrueuse, une pieuvre.Oui, c'était une pieuvre! Je me voyais déjà aux prises avec cette araignée géante, ce suceur de sang, aux huit pattes, aux lanières plates, glacées, gluantes, qui s'enroulent autour de vous comme autant de lèvres avides, vous boit votre sang.Je me sentais ligoté, étouffé, sucé vivant.Un grand besoin de crier; et mes cris s'étranglaient dans ma gorge.Elle me rendait fou, cette bête-là.Je crus tout fini, bien fini.Elle arrivait comme une bombe, une furie.Ça nous perçait le tympan, ces cris horribles pareils aux hurlements des loups, ou plutôt aux criards miaulements des batailles de chats qui nous réveillent en sursaut la nuit.Mais, est-ce possible?Le monstre file tout droit au nez de la chaloupe.Je crus le voir bondir devant nous et disparaître dans les ténèbres."Sauvés!" soupira Lucien.Quelle vision, mes amis ! Ce cauchemar n'avait probablement duré que 20 secondes, mais tant de pensées s'étaient brassées en moi qu'il m'avait semblé durer une heure.Nous étions en nage tous les deux.Et voici maintenant que les nuages qui roulaient depuis notre départ se crevaient pour de bon.Ils nous dégringolaient à torrents, drus comme des clous.Autour de nous, tout se hérissait comme une marmite qui bout.Un vrai déluge! Par rafales, ça nous fouettait la figure et le dos.Déjà tout en sueurs, nous fûmes vite mouillés jusqu'aux os.Le frisson m'avait ressaisi.Je tremblais comme une feuille.Et ma tête, ma pauvre tête, brûlait, chaude à éclater."La r'voilà! La r'voilà!, vociféra Lucien.Tu entends?" Si j'entendais! L'horrible miaulement de tout à l'heure revenait sur nous en redoublant de colère.Plus d'aviron.Lucien saute à côté de moi sur le banc.Et chacun d'une seule rame, nous ramions comme des fous.Aux alentours, rien.Mais la bête semblait gagner du terrain.Voyant mes efforts inutiles, je plante là ma rame et me lève pour la découvrir dans cette mer d'ébène.Là-bas, vers ce qui devait être l'île, des spectres se dessinaient; bientôt, j'en vis partout; ils s'étendaient de tous côtés, ils hantaient tous les lieux et semblaient hurler comme la bête."La bête! là!", clamai-je.— 147 — Je ne dis que ces mots.J'entendis un crépitement.La chaloupe eut un choc terrible.Et tous deux nous piquions une tête à l'eau.Dans ma chute, quelque chose me cingla la figure."Ah!, par exemple, s'exclama Lucien d'un ton de surprise.Nous sommes dans les joncs ! ' ' En un clin d'œil je sautai sur mes jambes.Je m'expliquai aussitôt ces affreux miaulements : c'était le vent qui sifflait dans les joncs de la grève.A six pieds de nous, notre bête était là, et d'autres, et d'autres, et d'autres encore, immobiles comme des souches.Les vagues venaient s'y briser.Devinez ce que c'était.Des roches! Rien que de grosses roches! Une vulgaire roche, que nous, dans notre chaloupe à la dérive, avions vu filer comme une flèche! "Sapré" roche que tu m'as fait peur ! ! ! Dans ma vie j'ai éprouvé bien d'autres terreurs, mais pire que celle-là, sur le lac Saint-Louis, jamais! Le silence tomba un instant; puis on entendit tousser M.Rosaire : Ça me rappelle, à moi, une autre partie de pêche.Georges COTEL.Avec mars s'en iront la neige et la glace .Patins et skis dormiront au hangar tandis que rouleront bicyclettes et balles .Les saisons se suivent et la vie s'écoule .(Photo: Rie.) — 148 — Lettre ouverte aux parents.Chers Parents, Vous m'avez demandé de voue tenir au courant de mes activités.Vous savez que cet hiver mes patins n'ont pas chômé et que, dans l'équipe, je n'ai pas été poids mort.Vive le sport ! Et j'ajoute sans retard: Vive l'Action Catholique ! Depuis que j'assiste aux réunions, je me sens plus homme.Il me semble que mes parents, mes maîtres, mes compagnons et moi, ensemble nous faisons une belle équipe et qu'ensemble nous allons mieux comprendre et mieux vivre la vie.Il en résulte pour moi comme un besoin de comprendre, d'agir et de communiquer ce que je découvre.Monsieur l'Aumônier se montre très intéressé à mon travail.Hier, croiriez-vous qu'un mot, un seul mot nous a retenus plus d'une heure.Ce mot, c'est ÉDUCATION.Voilà un mot que je n'aurais jamais cru si lourd.Il m'a fait comprendre toute ma vie de famille et ma vie d'école.Pourquoi l'éducation ?.Pour nous ÉLEVER !.L'éducation va élever en moi des qualités qui vont me préserver, me préserver tout simplement d'ABAISSEMENTS.En m'ÉLEVANT, ^éducation empêchera que je sois ABAISSÉ par des défauts qui dégradent ou encore par des peurs ridicules qui empêchent de tenir sa place parmi les autres, dans la société.L'éducation, c'est comme la formation de ce qu'il y a de plus élevé en nous: le caractère et la volonté.L'éducation apprend à penser juste, mais surtout à vouloir bien et à vouloir fortement.Cela revient à dire que l'éducation veut faire de moi un HOMME.Et dans ma tête, mes Chers Parents, ce rapprochement du mot VOULOIR et du mot HOMME a été comme une petite révolution.Quand je disais: un homme, je pensais à quelqu'un qui a une voix forte, un physique impressionnant, quelqu'un qui mène une entreprise ou qui fait parler de lui.Pour moi maintenant, un homme, c'est quelqu'un qui VEUT.Notre professeur me donne bien raison.Il incarnait ma pensée, hier, dans un soldat qui, de ce temps-ci, fait l'admiration du monde: PÉTAIN.Voilà un homme.Il VEUT quelque chose de bien, et il le veut fermement.et cela lui donne une telle dignité que les ennemis de tous les camps sont obligés de le respecter.Monsieur l'Aumônier faisait remarquer que le malheur n'a pas fait de Pétain un homme: le malheur n'a fait que le révéler.On est allé chercher Pétain parce qu'il était déjà quelqu'un et il s'impose par son VOULOIR bon, énergique.On a remarqué aussi que pour relever la France et faire l'éducation des Jeunes, Pétain a appelé l'Église et lui a demandé de faire rentrer Jésus-Christ que des impies avaient chassé de l'École.Mes Chers Parents, je comprends que pour m'élever, vous avez dû couper court à des caprices qui m'abaissaient; je comprends que pour vouloir le bien, il faut plus que la force d'un homme: il faut aussi le secours d'un Dieu et vous avez voulu que mon éducation soit la formation d'un homme et d'un chrétien.Je vous remercie, j'admire Pétain, je m'appuie sur Jésus-Christ et je vous embrasse affectueusement.PIERRE.— 149 — M E N U I S I E R S ET F I L S Une longue conversation avait eu lieu dans la petite cuisine, entre Marie et Joseph.C'était le soir.Comme d'habitude, Jésus venait de monter dans sa chambre.L'heure était venue pour LUI de choisir un métier.Jamais, il n'avait encore parlé de son avenir à ses parents.Et ceux-ci, à ce sujet, échangeaient leurs idées.Il faut convenu que Joseph l'interrogerait, le lendemain matin, au moment où l'enfant ferait à l'atelier sa visite quotidienne.Ce fut donc au milieu des outils, des planches et des copeaux que Jésus répondit aux interrogations de celui qui, depuis 12 ans, avec un inlassable et respectueux dévouement, Lui servait de Père.Jamais Joseph n'avait manqué une seule fois à son devoir de chef de famille.Mais, dans cette circonstance, son rôle lui parut aussi solennel que sacré: il voulut donc s'y préparer par une prière plus humble et plus prolongée que de coutume.Aux premières questions, Jésus déclara que son intention était de continuer le métier paternel.Il avait dès longtemps déjà fait son choix, disait-il, et voulait devenir le petit apprenti de Joseph, puis son associé et plus tard son successeur.Joseph, avec une émotion indicible regarda cet Enfant-Dieu qui librement et simplement se classait, -Lui le Créateur du ciel et de la terre, au dernier rang des ouvriers. Joseph l'embrassa.Puis, tous deux se dirigèrent vers la petite cuisine pour annoncer à Marie la bonne nouvelle.Celle-ci partagea l'émotion et la joie de Joseph et avec un tendre respect, elle aussi embrassa Son Fils.On décida de fêter l'événement par un repas.Et tandis gue Marie composait le menu et s'occupait des préparatifs, Joseph sortit sans bruit.Il alla chercher l'échelle et dépendit l'enseigne gui se balançait au-dessus de la porte indiguant son nom et son métier.Il eut vite fait, à l'atelier, de la recouvrir de couleur fraîche et de tracer fièrement cette nouvelle inscription: « MENUISIERS: PÈRE ET FILS ».Puis avec un joyeux triomphe, il l'accrocha de nouveau.Les voisins remarguèrent cette enseigne fraîchement repeinte; ils s'empressèrent de venir féliciter Joseph et son nouveau petit « apprenti-menuisier ».Les anges invisibles gui hantaient, nombreux, la petite maison bénie de Nazareth, furent témoins à l'atelier des progrès gradués de l'apprentissage.Jésus écoutait docilement les leçons de Joseph et s'exerçait sous la surveillance paternelle à manier la scie, le marteau, le rabot et les autres outils de son métier.L'ouvrage était dur, parfois; les mains de l'enfant devenaient calleuses.Ces mains divines gui contenaient l'univers.Joseph ne perdait pas de vue un seul instant cette mystérieuse réalité, tandis gue son petit Apprenti s'appliguait, interrogeait, demandait conseil, et ne négligeait rien de ce gui devait contribuer à sa formation professionnelle.(Extrait de « LA PLUS MERVEILLEUSE DES HISTOIRES VRAIES», par Elisabeth de Besterfeld.) LE PREMIER CHAPELET Jésus est tout petit.Près d'un rosier hâtif Qui lui verse son ombre, il s'amuse pensif.Les roses sur sa tête emmiellent la brise Et rêvent pour l'Enfant la touchante surprise D'effeuiller douoement leurs pétales soyeux Sitôt gue vers le ciel il lèvera les yeux.Soudain, la floraison toute à 8es pieds repose Et Jésus, à genoux dans cette neige rose, Prend un pétale frais et le façonne en grain; Il en moule cinguante en le creux de sa main.O merveille ! Chacun à son toucher rayonne Or, pour sa sainte Mère il les met en couronne.Au labeur enfantin, Notre-Dame a souri.« Que fais-tu donc, dit-elle, en ce printemps fleuri ?— Je vous fais un bijou comme sur notre terre Il n'en est point encore, je vous fais un rosaire.J'ai mis en chague perle un mystère secret Qui sauvera toute âme aimant le chapelet; Mais à votre bijou, Mère, il mangue une chose Que je ne saurais prendre au parfum de la rose ».Puis, faisant plus dolente et plus faible sa voix, Il ajouta très calme: « Il y mangue une croix, Elle est à l'horizon, je la vois au Calvaire, Vierge, j'achèverai là votre saint Rosaire.» PIER GIORGIO F R A S S A T I A lire, ce livre I.Le nom tout seul chante comme une fontaine d'Italie où le soleil se baigne.Tout le livre Sromet une chanson en cascatelles surprenantes.'est l'histoire d'un beau gars.A la première page, on le décrit « bâti comme un athlète, fervent du sport et de l'alpinisme »., on apprend qu'il est mort à 24 ans.En dernière page, sur sa pierre tombale, on lit: < La mort le dressa comme l'étendard vivant de la Jeunesse Chrétienne ».Entre ces deux parenthèses, quel secret Pier Giorgio Frassati va-t-il révéler aux jeunes des temps modernes ?é • * Ça doit être passionnant, puisque d'élégants jeunes hommes et de belles jeunes filles se pressent autour de son cercueil et lui parlent comme on ne parle qu'aux morts, .et que des gamins tout sales et faméliques découpent les journaux et piquent sur les murs de leurs taudis les articles nécrologiques de Pier Giorgio I.• • • Il était né en 1901 au son des cloches de Pâques.Il apportait au monde un tempérament généreux: facile à l'émotion, amant de la ligne droite, hostile au mensonge et prompt à l'action.Lu-ciana, la petite sœur, savait que de temps en temps la loi du plus fort réglait les différends.* * • On note qu'il avait un appétit de jeune loup,.mais aussi que des tentateurs ne lui firent jamais mordre la brioche ou promener la cuiller dans la crème à portée de sa gourmandise.Brusque et taquin, il mérite des corrections et la maman ne craint pas du tout de l'immobiliser dans un coin nez au mur.Ah I.C'est que ce n'est pas rien d'avoir une maman qui surveille la trame de votre vie pour reprendre aussitôt le fil qui se casse ! Pier Giorgio réussira tout de même parfois à échapper au contrôle pour l'administration de « ses finances I ».Il grandit, devient un homme et grand'maman y va des étrennes de grand style: 50 lires L.C'est un premier cadeau,.mais qu'on n'oublie pas que Giorgio est fils d'ambassadeur.Le gars, la poche pleine de son trésor, s'en va radieux; il rencontre sur le chemin une pauvre mère de famille qui a fait le ménage à la maison.Il lui conte sa joie et se débarrasse de son argent en faveur des petits.Pour un habit neuf, la maman marchande un drap de belle qualité.Le marché va se conclure quand Pier intervient, propose un drap moins coûteux et sollicite la balance du prix pour SES pauvres 1.• * • Madame Frassati avait demandé au professeur ce singulier concours: « Il faut que vous m'aidiez à donner aux enfants le sens du Christ !.» Chère et bonne Dame Frassati, dites-nous donc qu'est-ce que c'est ça que le SENS DU CHRIST?.• # • Giorgio découvrit la religion à même la vie quotidienne.La pose et la phrase, il les détestait cordialement.Son genre littéraire fut le style télégraphique.Son format idéal de papier à lettre: la carte postale.Il admirait les chiffres et détestait les narrations.Pas de sécheresse chez lui; au contraire 1.Mais sa physionomie qui se dessine est celle d'un chevalier pur et franc, et d'instinct il se gare contre l'infiltration possible de l'illusion et de l'erreur.Il ne sera ni orateur, ni rhétori- cien.Il préparera une carrière d'ingénieur.• * * Avec sa foi, pas de sentimentalisme.Il voulut Dieu.Alors, logiquement, et courageusement, il sortit du lit d'assez bonne heure TOUS LES MATINS pour aller chercher son Hostie.• • • Pier Giorgio Frassati eut un père.qui voulut Sue sa maison fut pour son fils un sanctuaire e joie et d'affection.L'autorité ne céda jamais ses droits, mais le premier compagnon de Giorgio fut son père.Des poursuites essoufflantes s'engageaient parfois à travers les appartements au risque de tout briser.Jouer avec son père I.S'entretenir avec son père !.Voir son père prendre son bonheur avec vous 1.Quel bonheur — 152 — pour des enfants !.Pier Giorgio a connu cette jouissance nécessaire et refusée à trop de jeunes.Il connut aussi l'emprise d'une maman aimante et ferme.qui fixait l'heure du coucher, qui contrôlait discrètement les relations et ne les tolérait pas toutes.Une maman qui s'inquiétait d'apprendre à son garçon grandissant comment aimer.Une maman qui se réserva des moments d'intimité où elle pouvait glisser quelques-uns de ces secrets que les mamans disent si bien, si bien que personne au monde ne sait les remplacer ! L'entrée de Giorgio dans le monde ne fut pas une émancipation.La maison paternelle fut comme le foyer qui inspira et centralisa toutes ses relations d'étudiant.• * # Étudiant, il le fut héroïquement.Rien en lui ne tenait du prodige intellectuel.Ses diplômes furent conquis d'arrache-pied, par une persévérance obstinée et pratique.Le théâtre, et les congrès et les excursions et les clubs ont bien des fois émoussé toutes leurs tentations contre sa volonté.Il a connu des nuits blanches.où il noyait le sommeil dans des rasades de café noir afin de vaincre des programmes et préparer des examens.Il a supporté des échecs sans lâcher et repris un semestre en souriant.Pour neutraliser cette tension cérébrale, sa vigoureuse constitution lui permettait la variété des sports les plus en vogue.Un matin, au petit jour, on le voit sur la grève.Il exécute des plongeons à pic superbes ou les exercices élégants d'un nageur de profession.Au volant de l'automobile, il a des audaces qui terrifient et émerveillent tour à tour.Mais par-dessus tout il aima la montagne !.L'alpinisme pour lui fut une école: énergie, sang-froid, décision, bonne humeur et complaisance, c'est tout cela que la montagne lui offrait à même ses flancs abrupts.Un petit gars suivait un jour le groupe, chargé des skis et des sacs.Le verglas rendait l'ascension pénible; le garçon glissait et trébuchait.Frassati s'en aperçut: « Passe-moi le sac», dit-il d'abord, puis il s'empara des skis.Puis, le bon géant se pencha, saisit le garçon aux jambes et le hissa sur son épaule : « Combien payes-tu ?», demanda-t-il en riant.• • • Arrivés à l'hospice, les excursionnistes un soir chantaient autour du poêle gaiement pour oublier la fatigue.Pier Giorgio, pipe aux dents, manches retroussées, cirait ses brodequins.Un à un, les gens de la troupe se firent ses clients.: chaque paire était accueillie par des éclats de voix qui ajoutaient à l'hilarité générale.Le lendemain matin, premier levé, Frassati se lançait dans les portes à coups de poings retentissants auxquels les dormeurs répondaient par des gémissements, des apostrophes et des menaces qui amusaient un peu plus le tapageur réglementaire.Quand les compagnons arrivaient à la chapelle pour la messe, ils le trouvaient à genoux près de l'autel, transfiguré par la prière.• * • On a défini Pier Giorgio Frassati : « Caractère de granit».Tout d'une pièce, et tout à Dieu à l'école comme dans la montagne I Il n'eut jamais peur.Un matin, des étudiants exaltés et libertaires ont fixé au préau de l'école un placard injurieux à l'adresse du directeur, catholique notoire.Frassati révolté s'approche et déchire le papier sous les yeux des étudiants furieux.On le menace.Frassati se redresse: «Que j'en retrouve d'autres, et vous verrez 1.» Sa force et sa fierté en imposèrent: les perturbateurs se dispersèrent.• • • Quand les manifestations des étudiants étaient inspirées par le droit ou la bonne gaité, Frassati ne se faisait jamais prier.A plus forte raison quand il devait y paraître comme chef de la Jeunesse Catholique.A Rome, en 1921, porte-drapeau de la Jeunesse Catholique, il eut l'honneur d'être arrêté par une police sectaire et tracassière qui provoquait les troubles pour prétexter la dispersion des congressistes catholiques.Le Préfet de Police l'interroge: « Le nom de ton père ?» — Alfred.— Que fait-il ?— Ambassadeur d'Italie à Berlin !.> A ces mots l'agent se trouble, s'excuse, ordonne la mise en liberté, mais Pier Giorgio n'accepte la sentence qu'à la condition d'être suivi de tous ses compagnons.Le lendemain, entre deux haies de policiers et de soldats, les jeunes catholiques se dirigent vers Saint-Pierre pour la messe du Pape.Frassati porte encore le drapeau des jeunes « mis en lambeaux par ordre du gouvernement ».• • • Ce beau gars vigoureux, au milieu d'excursions joyeuses avec des compagnons et des compagnes en fête, restait fidèle aux jeûnes de l'Église, refusait les lunchs trop près de minuit pour pouvoir communier le lendemain, servait la messe, se confessait souvent pour rester pur, disait ¦on chapelet les yeux fermés, passait des nuits entières parfois devant le très Saint Sacrement, dirigeait des pèlerinages, entonnait des cantiques au milieu de ces excursions qu'on appelle * mondaines ».Et chacun se demandait par quel prodige de vertu, de sainte intelligence, d'énergie, Pier Giorgio Frassati pouvait à la fois se montrer brillant jeune homme de société et en même temps très fervent dans le tiers-ordre de saint Dominique.On le voyait dans des salons d'ambassadeurs, dans des chapelles de monastères, et dans la rue aux brancards d'une charrette chargée de paquets pour les pauvres,.toujours simple et souriant.se* Rome étudie présentement s'il ne serait pas opportun de dire bientôt: «Bienheureux Giorgio Frassati, Etendard vivant de la Jeunesse Catholique.» — 153 — Un poney, une bicyclette, des patins, des skis, des raquettes, des bâtons de golf, de gouret et de balle-au-camp; des costumes variés pour tous les sports; un radio dans sa chambre; une montre bracelet et deux bagues de prix; des gants crème, un chapeau mou et des guêtres grises; des souliers, des bas et un habit dernier cri; il est aussi bien à coup sûr que le prince Michel.— Qui ça ?— Le chanceux camarade.— Oh ! en soi, rien de mal là-dedans !.* * * * De l'argent à volonté pour le cinéma, les soirées, le patinage, les sucreries, les limonades, les glaces, les parties de billard, de quilles ou de bingo: il paye pour lui et ses trop nombreux amis.— L'argent, c'est fait pour rouler.— Il n'y manque pas !.— Oh ! en soi, rien de mal là-dedans !.Il a visité le pont de Québec, la presqu'île de Gaspé et le Rocher Percé; Old Orchard, Atlantic-City et Miami; les Mille-Îles, l'exposition de Toronto, les chutes Niagara et les jumelles Dionne.Il a même poussé une pointe jusqu'à Détroit et Chicago, dans l'auto paternelle.— Une auto, c'est fait pour voyager.— Il n'y manque pas ! — Oh ! en soi, rien de mal là-dedans !.Chanceux lui ! bien chanceux de pouvoir ainsi contenter ses désirs ! — Bien imprudent, je trouve, et bien imprévoyant surtout ! Pourquoi gaspiller ?Pourquoi dépenser plus gue ses revenus ?* * * * Son père tient boutique sur le Boulevard; les affaires vont bien, mais tout n'est pas payé.Les hypothèques ! pense-t-on aux hypothèques?.Des faillites, ça se voit!.Et le feu ?Et la « crise » ?.Chanceux, peux-tu jurer que dans deux ans tu ne seras pas dans la rue; ton père malade, ta mère en pleurs; le poney, la bicyclette, l'auto et le radio vendus à vil prix; tes beaux habits usés, et tous tes amis dispersés ?Tu ne connais pas l'effort, tu n'as pas de courage, tu n'as pas appris les durs devoirs de la vie, la vigueur te manque.Tu attendras que la chance te court de nouveau, mais en vain.Chanceux, prends garde !.SCRIBE.ET VERBUM CARO FACTUM 4 EST.Le Prophète Isaîe.La Vierge Marie.S.Jean-Baptiste.— 154 — LE PATRON OE L' François jeûne et prie dans une caverne.se rend à S.-Damien sans le rencontrer.Un matin, Pierre entend rire et crier: Furieux, il le iette au cachot noir.CTION OATH O LI OU E IX (Courtoisie de « La Famille ».) Pierre Bernadone, étonné de cette absence, Le vieux prêtre lui rend l'argent reçu.Délivré par sa mère, François revoit S.-Damien.92 L'aventure de l'€tudiant Divin.I.— « Quand il eut douze ans.» Douze ans ! Age déjà très conscient, où un garçon commence à prendre ses positions dans la vie, avec un esprit très éveillé.Le Christ avait douze ans.IL — « Ils montaient à Jérusalem.» « Les affaires de mon Père sont mes affaires et je dois m'en occuper: ce sera là ma vie, mon ambition unique »,.pensait Jésus, et II était heureux de « monter vers la Maison et.les affaires de son Père ».III.— « Lorsque les jours furent passés » La fête dura huit jours.Huit jours de cérémonies, de prières, d'assemblées.Quelque chose comme une retraite, une sorte de congrès religieux.IV.— « A l'insu de ses parents.» Sur le chemin du retour, Marie croyait Jésus en compagnie de Joseph, et Joseph en compagnie de Marie, comme cela s'était passé pour venir.De fait, en venant à Jérusalem, aux heures de marche, Jésus s'était tenu surtout avec les jeunes Nazaréens de son âge.Il avait des compagnons choisis qui le comprenaient mieux et sur qui il exerçait une influence plus forte.M Ensemble, ils avaient parlé du jour où le Christ, le Messie viendrait dans la ville sainte pour faire régner partout la Justice et la Paix.Et ils avaient hâte !.V.—«L'Enfant-Jésus resta à Jérusalem.» Au moment de retourner à Nazareth,.Jésus revit Marie et puis Joseph, mais il les laissa partir bien en paix.Lui resta à Jérusalem en cachette.Pourquoi ?.Il avait vu la Maison de son Père traitée comme un marché public et non comme une Maison de prière !.On pensait à y faire de l'argent.Il avait bien entendu les gens réciter des prières, appeler le Messie, mais dans leur pensée, à presque tous, le Messie, c'était le grand homme qui leur donnerait des honneurs, de la richesse et du plaisir.Ils se trompaient grandement.Ils ne comprenaient rien au règne spirituel du Messie.Jésus avait entendu les docteurs et les maîtres juifs expliquer la loi dans un sens terrestre, étroit, matériel devant le peuple et les jeunes étudiants juifs.Tout cela conduisait le peuple et la vraie re-ligionà la ruine.Or Jésus savait que sa vocation, c'était de changer cette MENTALITÉ TERRESTRE; il savait que sa mission était de sauver le monde en lui donnant une mentalité céleste, SURNATURELLE.Jésus savait cela avec sa jeune intelligence d'adolescent.Jésus voulait cela avec son cœur généreux d'adolescent, tout comme par sa science infuse de Dieu.« LA GRANDE AFFAIRE DE SON PÈRE », c'était de rénover le vieux monde matérialisé, de le sauver de la matière et d'y ramener Dieu.Il voulait apprendre au monde à « adorer en esprit », pas avec des gestes et des poses, .« en vérité », sincèrement, sans hypocrisie, crânement, sans respect humain.Jésus voulait faire cela: PAR DES JEUNES, AVEC DES JEUNES !.PLAN DU CHRIST-ADOLESCENT : Et voici quel fut le plan du Christ Adolescent.Jésus restera à Jérusalem.Pas pour prêcher aux grandes foules tout de suite.Mais II se glisserait parmi les étudiants de Jérusalem, étudiant avec eux.Il leur infuserait la doctrine divine qu'il apportait au monde.Il les gagnerait à sa cause,.les influencerait en toute circonstance.Peu à peu il se révélerait à eux, en ferait des apôtres et avec eux il entreprendrait la transformation du monde.— 156 — JÉSUS EXÉCUTE SON PLAN : « Et ayant cru qu'il était dans la caravane, ils marchèrent un jour.» Jésus commença l'année scolaire dans les classes du Temple, bien mêlé aux autres.D'abord, il écoute les explications, puis il interroge ses maîtres, comme un élève attentif et ambitieux de s'instruire.Par ses questions adroites, intelligentes infiniment, il fait monter les explications à une élévation insoupçonnée.Il met en lumière des points obscurs.Il éveille et alerte l'opinion.Il provoque des désirs de clarté.Il allume une soif ardente pour la vérité.« Il arriva qu'après trois jours, ils le- trouvèrent dans le Temple assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant, » Les maîtres stupéfaits l'entourent, le pressent de questions et tous ses condisciples sont ravis de sa grande sagesse, au comble de l'enthousiasme.Il les a conquis.Le terrain semblait prêt pour l'aventure chrétienne.« Sa Mère lui dit: « Pourquoi nous as-tu fait cela f » La Vierge Marie sait que Dieu veut qu'elle use de ses droits de Mère.Elle a mission d'être une Mère parfaite.Et il est dans l'ordre divin que Dieu-Enfant obéisse.C'est près de Marie qu'il préparera dix-huit ans encore la conquête du monde.La volonté divine de sauver le monde demeure ferme en Jésus.Sa volonté humaine se soumet et attend que l'heure vienne.« Et il descendit avec eux; et il vint à Nazareth, et il leur était soumis.» Jésus descend: il choisit la voie ordinaire des jeunes: obéissance, respect, piété filiale, humilité travail des mains.Mais la Vierge-Mère conservera dans son cœur cette page d'Évangile, pour révéler plus tard aux jeunes les ardents désirs du CHRIST-ÉTUDIANT.« Et il progressait en sagesse, en taille et en grâce.» Jésus descend,.mais il monte aussi.Il grandit.Les Étudiants le voient croître en Sagesse.Les Jeûnai Ouvriers le voient croître en stature.Dieu et les hommes le voient grandir en grâce parfaite.« Pourquoi me cherchiez-vous ?» Jésus s'explique: « Pourquoi vous inquiéter, me chercher avec tant de peine ?Vous me connaissez.Vous savez bien que Fils de Dieu, il importait que je fusse aux AFFAIRES DE MON PERE !.» « Ne savez-vous pas que c'est aux\ choses de mon Père qu'il me fauCLHre\?» Jésus y tenait à son beau plan de restauration du monde par la jeunesse.Il y tenait avec toute l'énergique simplicité de son âge.Il essaie de convaincre sa Mère: « Vous savez bien qu'il faut.» « Eux ne comprirent pas la parok qu'il leur avait adressée.» Marie et Joseph ne comprirent pas les choses ainsi.Une lumière extraordinaire était nécessaire pour comprendre le plan caché de Jésus.Jésus laissa faire.Marie intervient comme elle interviendra plus tard à Cana, apparemment à l'encontre des désirs humains de Jésus, mais dans le sens de ses vouloirs divins.[ -jfc ÎJ^ J CONCOURS MOTS CROISÉS ENCYCLOPÉDIE 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 VERTICALEMENT 1.Au bout de peu de temps.— « Priez » en latin.2.Qui a plus de poids.3.Métal.— Trois fois.— Lettre grecque.— Qui est au bon air.4.Dommage que l'on subit.— Fosses souterraines où l'on dépose les légumes.— Foyer de la cheminée.5.Produit huileux de la distillation de la tourbe.— Oie sauvage.— Genre de linacée.—¦ Longue ceinture en soie portée par les Japonais.— Roi de luda.6.Fermé.— Chance, hasard.— Genre de poisson de l'Australie.— Chef-lieu de canton en Vendée.7.Pareil, semblable.— Arbre toujours vert.— Ju-choir.— Appareil destiné à maintenir un navire vertical tout le temps de son lancement à l'eau.— Adjectif possessif.8.Couche pigmentaire de l'iris.— Petit bateau plat.9.Vifs.— Petit ongle pointu du coq.— Pieux.— Oignon d'une odeur très forte.— Ancienne forme de: oui.10.Sacrement.— Sabre droit.— Arbrisseau méditerranéen.11.Adjectif possessif.— Pronom personnel.— Nom donné au bison d'Europe.— Monnaie chinoise.12.Casaques sans manches portées autrefois pardessus les armes.13.Femme remarquable par sa qrâce, son esprit.— Du verbe être.la souche d'un de consistance HORIZONTALEMENT 1.Instruction puisée dans les livres.2.Unité monétaire bulgare.3.Fiche en bois ou en fer destinée à recevoir l'erseau d'un aviron.4.Coutumes.6.Note.— Préfixe latin signifiant: à, vers.7.Genre d'olacacée dont le bois possède une odeur repoussante.8.Chemin de halage; — Charpente du corps humain.9.Mot arabe signifiant: source, fontaine.10.Coup de baguettes donné sur le tambour.— Conjugaison.11.Consacré.— Vilains, sales.12.Prairies.— Imbu de graisse.13.Calotte turque.— Patriarche.14.Tesson.— Nouvelle pousse de arbre.— Formation géologique généralement poreuse.15.Trous dans les murs pour recevoir les poutres.— Du verbe avoir.— Partie arrondie et saillante d'un organe.16.Lieu de l'arène où l'on tient les taureaux enfermés avant le combat.— Composée de deux pièces semblables.17.Bord de la laize d'une toile à voiles.— On y passe près de la moitié de sa vie.18.Lieu où se faisaient entendre les poètes et les musiciens à Athènes.— Petit four pour sécher différentes substances.19.Ruse, piège, embûche.— Nom propre masculin.— Époques.20.Gros perroquet.— Ville de Chine.— Point cardinal.21.Petit livre contenant l'alphabet.— Principales difficultés.22.Caractère de national.23.Trois fois.— Mot servant à désigner une personne ou une chose.— Tamis.24.Roue à gorge.— Enlevé.25.Cheville plate qui maintient la roue dans l'essieu.— Substance sucrée produite par certains insectes.ENCYCLOPÉDIE DE MARS 1.Instrument pour déterminer la pesanteur relative des liquides.2.Pierre fine sculptée en relief ?3.Art d'imiter par les gestes ?4.Bâtiment de forme ronde, surmonté d'une coupole ?5.Action de cracher ?6.Cautérisation par un corps facilement inflammable ?7.Tranche d'un poisson ?8.Ouvrier qui taille les pierres précieuses ?9.Médecin des maladies mentales ?10.Nom que La Fontaine donne au rat ?11.Bruit que font entendre les vents contenus dans l'abdomen ?12.Nom scientifique du mal de dents ?1.Dispute politique ou scientifique ?2.État de celui qui mendie ?3.Maxime renfermant un grand sens en peu de mots ?4.Seul livre prophétique du Nouveau Testament ?5.Qui se nourrit de la viande de cheval ?6.Lettre adressée par le pape à tous les catholiques ?7.Qui mange à la même table ?8.Moraliste qui sait démêler les cas de conscience ?9.Troupe de chiens dressés pour la chasse ?10.Dépérissement d'un membre qui ne se nourrit plus ?11.Contre-poison ?1 2.Membrane qui enveloppe les intestins ?N.B.- Les réponses encyclopédiques en retard paraîtront dans le numéro d'avril.— 158 — LE DCSSIEE 1248 D'après le Père HUBLET, S.J.Pour l'édification de nos lecteurs et lectrices, disons tout de suite et sans longues explications que la réconciliation fut complète entre Gérard et Eddie ; mais qu'elle leur a coûté, à tous les deux, un mémorable plongeon.Pendant les vacances, Eddie étant allé faire une promenade dans la forêt avoisinant Sunny-land, s'égara; et en cherchant son sentier glissa dans la Nielle très profonde en cet endroit.Il allait fatalement se noyer, lorsque Gérard, en partie de chasse en ce même endroit, le sauva généreusement au péril de sa vie.Cet acte héroïque mérita aux deux enfants une réconciliation complète et durable.L'amitié la plus sincère et la plus pure guérit pour toujours dans ces cœurs généreux la blessure qu'y avait faite une certaine fierté mal comprise.Réjouissons-nous de cette bonne nouvelle, et retournons à Gérard aux prises avec son bourreau Lurchon.• Un coup brusque à sa porte interrompit la silencieuse contemplation du Père jecquières: « Entrez ! » crie-t-il distraitement: « Tiens !.!.Quelle joie de vous revoir, mon petit ! J'étais loin de vous attendre.Bien remis de votre « bain » de l'autre jour ?» Gérard n'a pas bonne mine; il a maigri; ses yeux sombres, tout cernés, s'enfoncent dans la pâleur mate de son visage, et puis il tousse par intervalles.Il trouve pourtant un sourire presque gai, pour répondre au salut du Père Jecquières.« Comme je suis content de vous voir, Père ! Je vous croyais absent, et je m'en désolais déjà.— Vous voilà consolé.Asseyez-vous, Gérard, et parlons de Sunnyland.Où en sont les affaires ?» L'enfant secoua la tête: « Cela va mal, Père; très mal.— Je le lis sur votre visage; voyons, qu'est-ce qui ne va pas ?— Tout ! D'abord, je suis en ville depuis le lendemain de notre rencontre au bord de la Nielle.— En ville ?Où cela ?Comment se fait-il ?— Une nouvelle affaire de mon cousin.Il a déclaré à Maman que je devais me préparer aux affaires; et il dit qu'il veut me former lui-même.Au fond, Père, il m'éloigne parce qu'il sait que je vois trop clair dans son jeu.Il a ajouté que Pierrot viendra bientôt me rejoindre, pour que nous ne soyons pas gênants au jour du déménagement !.— Sunnyland est donc vendu ! — Non.mais le cousin prétend que ça se fera.Il est pressé, il s'impatiente des retards de M.Favereau, qui commence, grâce au Ciel, à voir un peu dans le jeu malhonnête qui se joue actuellement.— Et.le cousin ?.avez-vous tenu vos promesses ?Avez-vous été « chic » envers lui ?— Oui, Père ! mais.c'est atrocement dur ! — Je m'en rends compte, mon pauvre !.— Plus dur que vous ne croyez ! dit l'enfant d'un ton bref.— Qu'est-il arrivé ?» Gérard releva sa manche, découvrant plusieurs meurtrissures livides; et, comme le Père Jecquières esquissait un geste d'effroi: « Oh, ce n'est rien !.— Il vous a battu ?— Plusieurs fois !.Et je n'avais fait aucune sottise, Père !.sur mon honneur ! Jugez-en: je vous avais promis de communier chaque matin; le premier jour, comme je rentrais de l'église, mon missel sous le bras, je rencontre mon cousin: « D'où viens-tu ?— De l'église.— Je te défends à l'avenir de sortir si matin.Tu réveilles ta cousine.— Je n'ai fait aucun bruit!.Mais je serai plus prudent.J'ai besoin de communier I.— Sottise ! La messe du dimanche te suffira.» Dans l'après-midi, je saute sur ma bicyclette et je vais faire une visite à mon pauvre Eddie encore au lit.Comme je rentrais, je me heurte à Lurchon; il semblait furieux: « D'où viens-tu ?— Je suis allé voir mon ami Eddie Favereau qui est malade. — Sans permission ?Je te défends d'aller chez Favereau, entends-tu ?— Pourquoi ?.Avez-vous peur que j'empêche son père d'acheter.Il ne m'a pas permis d'achever ma phrase; il était blanc de colère; il m'a saisi par le bras et battu avec la canne qu'il tenait en main — c'est de là que viennent ces « bleus »; oh ! je rageais ! mais je n'ai rien dit.— Pauvre enfant ! soupira le Père Jecquières.Mais comment ose-t-il ?— Il sait que je ne me plaindrai pas à Maman, de crainte de lui faire encore plus de peine.Donc, le lendemain, je me lève comme de coutume, et je trouve la porte close.je saute par la fenêtre — sans bruit, je vous assure ! — et je vais communier.Au retour, « il » m'attendait: — Je t'avais défendu de sortir.— Cousin, j'ai promis la communion quotidienne !.— Ça m'est égal.Tu m'obéiras !.— Et j'ai reçu quelques paires de gifles.Ce matin, même jeu.et ça se renouvellera chaque matin, car j'irai à l'église.dussé-je sauter du premier étage !.— Mon pauvre Gérard, vous n'êtes nullement tenu de vous faire battre de la sorte ! Le Bon Dieu n'exige pas de vous cet héroïsme ! — Je sais.mais, moi, je le lui offre.Vous m'avez dit tant de fois qu'il faut savoir souffrir pour lui.C'est un peu de souffrance à joindre à sa Passion.et puis aussi, Père, peut-être que le Bon Dieu aura plus vite pitié de nous.» Son visage fatigué s'éclairait d'une flamme de joie; le Père Jecquières, ému jusqu'aux larmes, resta quelque temps pensif, les yeux fixés sur son héroïque élève.Puis Gérard continua: « Il y a d'autres choses, Père.Ce matin, au seuil de l'église, j'ai rencontré M.Mornange.vous savez, M.André, l'homme de confiance de Papa, qui nous a quittés.Il vient à moi, tout droit: — Gérard, je veux vous parler un instant.— Bien, dis-je, accompagnez-moi jusqu'au boulevard.— Comment va l'usine ?— Mal, M.André, très mal !.Et dites-moi, je vous en prie, pourquoi vous nous avez quittés !.— Je ne vous ai pas quittés, mon cher Gérard.C'est ce monsieur Lurchon qui m'a chassé, ainsi que le comptable, M.Hennequin, et plusieurs des meilleurs contre-maîtres de l'usine.Et M.Mornange me raconta toute l'histoire et tous des dessous de Lurchon.— Gérard, connaissez-vous bien M.Mornange ?— Très bien, Père.Papa l'aimait beaucoup; il disait qu'André était l'honnêteté même, qu'il n'avait jamais menti.etc.On n'a jamais eu qu'a se louer de lui.— M.Mornange vous a-t-il montré des papiers ?— Non ! mais il en existe: entre autres un fameux DOSSIER 1248, qu© mon cousin doit avoir emporté ds bureau de Papa.— Et votre Maman n'a jamais consulté d'avocat ?— Non.Elle avait mis sa confiance en Lurchon qui avait promis de nous tirer d'embarras.— Vous êtes sûr que Maman ne soupçonne rien ?— A peu près sûr.Elle croit les mensonges de Lurchon !.J'ai peur de lui parler de tout cela.ça la tuerait.— Et Christiane ?— Elle sait tout.sauf ce que m'a dit M.Mornange.mais la santé de Maman l'a empêchée de voir M.Favereau.— Si vous me le permettez, Gérard, je mettrai Christiane au courant de tout ce que vous venez d'ajouter, et je lui ménagerai une rencontre avec M.Favereau, qui est le meilleur avocat que je connaisse.— Faites tout ce que vous voudrez, Père.J'ai confiance en vous.Mais ne tardez pas !.j'ai si peur ! — Soyez sans inquiétude, Gérard; Notre-Seigneur va nous aider.Puis, chez votre cousin, soyez soumis, je vous le répète: il faut éviter tout éclat.— J'essayerai, Père.Aussi longtemps qu'il ne bat que moi, ça peut aller.mais Pierrot arrive ce soir !.et s'il le touchait.ah !.— Maîtrisez-vous, mon cher Gérard !.Quand vous reverrai-je ?— Je ne sais pas !.— Me permettrait-on de vous visiter ?— Sûr que non ! Mon cousin déteste les prêtres ! Mais s'il y a du neuf, je me sauverai encore !.— Maintenant, mon enfant, faites-moi une promesse: vous allez vous soigner; votre mine est fort loin d'être bonne, et Maman, en vous revoyant, pourrait s'effrayer de vous voir si maigre, si détait.Et vous risquez peut-être une grosse maladie.— Mais non ! Je suis dur.Ce n'est pas un méchant bain qui va me faire mourir ! J'en serai quitte pour un gros rhume.la belle affaire ! .Mais, je ne prends pas trop de votre temps, Père ?— Pas le moins du monde ! — Alors, causons encore un peu, Père, cela me fait du bien.Depuis que j'ai sauvé Eddie, il me semble.Père, que j'ai un poids de moins sur le coeur.Quand j'ai vu ses grands yeux effrayés se fixer sur moi, dans le tourbillon qui nous entraînait tous deux, j'ai senti s'évaporer toute ma rancune.J'aurais plutôt coulé a fond avec lui que de penser à me sauver seul.C'est drôle, n'est-ce pas, Père ?— Pas tellement, Gérard.Il est fréquent que de rendre un grand service à quelqu'un vous attache à lui.Ce sont les voies de la Providence.— Le Bon Dieu arrange curieusement les affaires !.— C'est vrai ! Nous ne le comprenons pas toujours.En tout cas, remercions-le bien, Gérard.Pour moi, je suis ravi de cet événement.J'étais si peiné de voir deux bons enfants comme vous et Eddie se regarder toujours de travers.Il faut que cette amitié toute fraîche dure toujours et vous aide à faire du bien autour de vous.— Je le souhaite aussi, Père.Bénissez-moi?» fit Gérard.(A suivre.) Pour vous assurer un cachet distinctif sur votre photo, rendez-vous au Studio Albert Dumas RUE STE-CATHERINE — 160 — LE GAZ NITROGENE u Pas de bombes,.# pas de pain non plus!" Voudrait-on nous taxer d'exagération si nous osions qualifier de prodigieux les progrès réalisés au cours de ces dernières années dans les domaines de l'industrie, du commerce et de l'agriculture.C'est dire que nos connaissances scientifiques en général et chimiques en particulier se sont développées d'une façon Inattendue, surprenante même; bien téméraire serait celui qui oserait prédire là ou s'arrêtera cet essor.« Nécessité est ingénieuse, dit-on », aussi sous l'aiguillon de nécessités exceptionnelles résultant d'un état de guerre prolongé au-delà de toutes précisions, les chimistes des diverses nations belligérantes rivalisent de génie inventif pour assurer à leur pays la suprématie et la victoire.C'est en temps de guerre surtout alors que nous sommes aux prises avec les pires difficultés que les problèmes les plus ardus, les plus compliqués sont résolus, que les découvertes les plus hardies et les plus extraordinaires sont réalisées.Nous citerons comme exemple le gaz nitrogène dont les applications récentes tiennent presque de la fable.Dans l'air que nous respirons et qui entoure entièrement notre globe terrestre, existe à l'état libre un certain gaz qui à lui seul forme presque les 4-5 de toute la couche atmosphérique.Ce gaz dénommé vulgairement « azote » n'est pas autre chose que le gaz nitrogène dont, si vous voulez bien, nous allons essayer de vous entretenir aujourd'hui.Parmi tous les éléments constitutifs, le gaz nitrogène semble tenir, de nos jours, le premier rang tant il est devenu important et indispensable.En effet dans cette épouvantable guerre qui afflige et ensanglante le monde actuellement le gaz nitrogène joue un rôle prépondérant.C'est le grand facteur des plans de campagne, des tactiques stratégiques; sans lui c'est la défaite humiliante, c'est la catastrophe inévitable, la ruine totale.En ce moment même dans une douzaines de nos grandes capitales, dans des bureaux de gratte-ciel, dans tous les laboratoires, dans les chambres privées des grands hôtels, financiers, industriels, experts militaires et experts chimistes se réunissent en secret et discutent le présent et le futur du gaz nitrogène.Pourquoi ?En voici la raison.Par FERNAND M.St-Étienne, Montréal.• Bien que le gaz nitrogène appelé encore azote (azote vient d'un mot grec qui veut dire « sans vie ») est de presque tous les corps chimiques le plus commun — on en trouve 20 000 000 de tonnes dans la couche atmosphérique d'un mille carré — il n'en est pas cependant de plus précieux.Il est mille fois, cent mille fois plus précieux que tout l'or, le diamant et le platine ensemble.Par l'azote nous vivons, par l'azote nous mourrons aussi.L'azote est l'ingrédient le plus essentiel de l'agriculture; c'est le générateur de presque tous les plus puissants explosifs.Donc, sans azote, sans nitrate « pas de bombes mais pas de pain non plus ».La connaissance du gaz nitrogène remonte à plus d'une centaine d'années alors qu'un chimiste du temps nommé Rutherford trouva le moyen d'isoler l'azote mais c'est bien grâce au génial Français Lavoisier qu'on fut enfin fixé sur la véritable nature de cette substance chimique.Liebig, un autre chimiste soutint et prouva que la plante croît et meurt seulement à cause de certains éléments dont l'azote est le principal.Après la découverte de Liebig s'ensuivit une demande générale pour cette productive substance, mais les moyens de se la procurer dépendait d'un procédé plutôt primitif et lent.On ne pouvait extraire de l'azote que du fumier, c'est-à-dire que d'amas de matières animales ou végétales en décomposition.Cette méthode, la seule connue alors, avait, on s'en rend compte un rendement trop limité pour satisfaire un besoin qui se faisait de plus en plus urgent et impérieux.Aussi, les chimistes se remirent à l'ouvrage en quête de nouvelles sources de gaz nitrogène.Un grand pas fut fait dans cette voie quand on découvrit que certaines plantes comme le trèfle par exemple, renfermaient dans leurs racines des colonies de bactéries qui en fait n'étaient ni plus ni moins que des usines en miniature de gaz nitrogène.Depuis lors l'usage a prévalu d'ensemencer un champ avec du trèfle afin de le fertiliser et de nourrir un sol dont on escomptait subséquemment une abondante récolte de céréales.Mais ce procédé tout en améliorant la situation et en augmentant considérablement le rendement des — 161 — Le Dr.FRITZ HABER récoltes ne satisfaisait encore qu'à demi les exigences des fermiers et des cultivateurs.Les hommes de sciences continuèrent donc leurs recherches.Les géologues se rappelèrent que dans les vastes et arides déserts du Chili et du Pérou se trouvait un certain minerai dénommé « caliche » qui contenait dans une proportion relativement importante, du nitrate.Ils prirent donc de ces roches, les traitèrent à l'eau bouillante et purent recueillir, à la suite de cette opération une quantité abondante de cristaux de nitrate.Ces sels après avoir subi certaines autres transformations chimiques furent livrés à l'agriculture et à l'industrie.Comme engrais chimique, ce nitrate de soude fit merveille; il fit tant et si bien qu'à partir de ce moment les demandes du précieux caliche ne cessèrent d'affluer au Chili et au Pérou, en même temps que les millions et les millions de dollars.Pour remplir les commandes, il a fallu faire appel à presque toute la population de ces deux pays pour travailler dans les mines.Et ces anciennes cités, comme Valparaizo et Ipique, si renommées du temps de l'impériale Espagne et des Conquistadors et qui depuis des siècles reposaient dans l'oubli et le farniente, reprenaient subitement leur activité fiévreuse d'antan.Comme par enchantement les villes du Chili redevinrent les plus florissantes de l'Amérique du Sud et ses ports les plus fréquentés.Le Chili dont les déserte arides furent seuls l'occasion de sa fortune et de sa gloire, devint alors aussi puissant qu'un petit état put en l'occurrence le devenir.Il alla même jusqu'à Be créer une armée et une marine.Mais toute cette opulence ne pouvait manquer d'exciter la jalousie et la convoitise de pays rivaux comme la Bolivie et le Pérou.Les différends ne tardèrent pas à s'élever entre eux.De malheureuses querelles s'ensuivirent et ce fut enfin la guerre qui éclata entre le Chili d'une part et la Bolivie et le Pérou d'autre part.Il y eut de sanglante combats mais grâce aux moyens dont le Chili pouvait disposer il sortit vainqueur de cette lutte et exigea de ses ennemis comme prix de sa victoire, une large tranche de leurs territoires où abondait le minerai si recherché.Le Chili avait désormais le monopole des nitrates.Il s'en crut le roi et l'unique dispensateur.Il profita même de la situation avantageuse dans laquelle il se trouvait pour tenir les marchés aux prix qu'il désirait, croyant que cela durerait toujours.Il eut tort car dans l'ombre, on travaillait ferme à la recherche d'un substitut qui devait supplanter le caliche.A force de travail les chimistes y arrivèrent dans une certaine mesure.Quelques siècles auparavant un moine anglais du nom de Bacon s'étant aperçu que certains atomes avaient une tendance à se dissocier des autres éléments en produisant un « bang » éclatant, inventa alors la poudre à canon, un mélange de soufre, de charbon et de salpêtre.Très probablement, ce moine ignorait que le principal facteur de l'explosion n'était autre que le gaz nitrogène lui-même contenu dans le mélange sous la forme du salpêtre.Plus tard aux temps des caliches du Chili l'on fit la découverte de la nitro-glycérine.La glycérine, on le sait tous, est ce liquide sirupeux, incolore, extrait des corps gras par saponification.On fait beaucoup usage de la glycérine comme antiseptique pour guérir les crevasses et les gerçures parce qu'elle assouplit la peau.Comme vous voyez, rien de très violent en cela.Il en est de même de l'acide nitrique (forme du gaz nitrogène).Cet acide est le plus inoffenBif de tous les acides.Aussi longtemps que ces deux ingrédients chimiques resteront sagement chacun dans leur bouteille aucun phénomène ne se manifestera, mais dès qu'un chimiste s'avisera de les mélanger dans une certaine proportion, il se produira immédiatement une explosion telle que je ne vous conseillerai jamais de vous permettre la distraction d'en faire l'expérience.D'ailleurs rien de nouveau en cela cette réaction chimique n'est ni plus ni moins que la manifestation d'un phénomène qui est une loi générale de la chimie.Qui ne sait par exemple que deux éléments qui s'unissent entre eux en engendrent un troisième, de propriétés tout à fait dissemblables de celles de ses générateurs.Prenons comme exemple, le sel de table composé de chlore et de sodium.Qu'a de commun le sel avec ses deux constituante ?Mais revenons à la découverte de la nitro-glycérine.Le composé chimique ne fut tout d'abord présenté que comme une simple curiosité.On se fut bien gardé de s'en servir car la dissociation des atomes du gaz nitrogène est si instantanée et si bruyante qu'il eût été très dangereux de manipuler ce produit.Quelque temps après apparut un chimiste suédois du nom d'Alfred Bernhard Nobel.C'est à lui que revient le mérite de s'être rendu maître de la nitro-glycérine, de l'avoir harnachée.Il démontra qu'en mélangeant la nitro-glycérine avec des matières inertes, du sable par exemple, on pouvait la manipuler à volonté et s'en servir comme explosifs.Nobel venait d'inventer à son tour la- dynamite.A la suite de cette découverte, l'on songea à combiner l'acide nitrique avec des éléments autres que la glycérine, tels que la cellulose (matière qui constitue les parois des cellules et des fibres végétales) et l'on obtint le fuhni-coton.Mêlée à la toluène, on obtint le fameux TNT.la oordite, la gélatine explosive, etc.A partir de ce moment les manufacturiers d'explosif entrèrent en compétition avec les cultivateurs et c'est à gui rivaliserait avec le plus d'ardeur pour se procurer et utiliser le précieux nitrate.Et pendant que les agriculteurs faisaient rendre à la terre les récoltes les plus magnifiques, les ingénieurs dynamitaient les rocs les plus durs, construisaient des barrages, élevaient des ponte, bâtissaient des forteresses et plus tard .élevaient des croix tombales.La demande du nitrate s'accrut d'une façon alarmante.De tous les coins de l'univers on en réclamait à cor et à cri.Le monde en consommait en 1900, 200 000 tonnes; 12 ans plus tard, près d'un million.Aujourd'hui, le gaz nitrogène est devenu l'allié indispensable pour les deux plus anciennes occupations de l'humanité: produire et faire mourir.Au train où allaient les choses les réserves du nitrate allaient (suite à la page suivante.) — 162 — 56 Histoires QUE SUIVEZ-VOUS ?L'élégant suit la mode.L'étourdi suit son caprice.L'avocat suit une affaire.Le soldat suit son drapeau.L'été suit le printemps.La nuit suit le jour.Le chien suit son maître.La mode suit.la folie.Le nerveux suit la lune.La pensée suit le coeur.Le maître suit ses élèves.L'ouvrier suit des ordres.L'électricité suit le fil.Le savant suit une idée.Le -médecin suit son malade.La rivière suit son cours.Et vous, gue suivez-vous ?Comme la rivière, L'élève suit son cours.UN FUTUR NATURALISTE Cest aujourd'hui le concours de rédaction; Frisguet Latrou8se compose sur: LA VACHE.Voici sa description originale.« La vache est l'animal gui fabrigue le lait pour faire le chocolat.Ses jambes descendent jusgu'à terre.La vache n'est pas un boeuf.Sur sa tête il y a deux espèces d'affaires pointues en-dessous des-guelle8 grouillent deux gros yeux.On n'appelle pas la vache, vache, guand elle est petite; c'est pourguoi on l'appelle veau.Derrière son dos, il y a un long manche avec du poil au bout pour chasser les mouches gui veulent boire tout le lait.La vache ne pond pas comme les poules.On mange sa viande et le cordonnier fait du cuir avec sa peau gui enveloppe sa viande.Chague fois gu'une vache devient morte, c'est le boucher gui la tue.» CONCERTS DE SOURIS Le rossignol et le canari ne possèdent pas seuls le privilège d'émettre, à notre grande satisfaction, trilles et roulades.Les Japonais élèvent, de temps immémorial, de minuscules insectes gui sifflent à merveille dans leurs élégantes petites capes dorées.Entendre chanter une souris est plus rare.Le propriétaire d'un hôtel du midi de la France re-marguait depuis guelgues jours gue lorsgu'il entrait dans l'une des salles de la maison, il entendait comme un gazouillement très doux.Il attribua le chant à guelgue canari renfermé dans une cage voisine.Le gazouillement devenant plus intense guand les fenêtres étaient closes, le propriétaire s'aperçut gue le bruit semblait venir de la cheminée.Il s'approcha et vit le museau effilé d'une souris cachée sous le foyer.Le chant continuait.Il n'y avait plus à douter: c'était bien la souris gui chantait.La gentille bête fut vite apprivoisée avec guelgues miettes de biscuit.On put alors la contempler a plaisir.Elle possédait de petites oreilles pointues, gu'elle agitait pendant son chant.Battait-elle ainsi la mesure ?On ne le sut jamais.Toujours est-il gue la souris roucoulait à merveille.Elle semblait même orgueilleuse de son talent, car elle ne s'effarouchait nullement de la présence de personnes étrangères et elle ne chantait jamais mieux gue lorsgu'il v avait nombreuse assistance pour l'écouter.Parfois même, elle s'accompagnait et on eût dit un duo dans leguel deux chanteure faisaient chacun sa partie.Le capitaine d'un navire américain eut, lui aussi, la bonne fortune de rencontrer une de ces souris chanteuses.Elle était cachée dans sa cabine.Il l'apprivoisa et la mit en cage.Bientôt il en trouva une seconde gu'il enferma avec la première.Toutes deux chantèrent d'accord, et le capitaine eut la joie d'assister à un véritable concert.• LE GAZ NITI bientôt s'épuiser et ce serait la disette, la famine.Deux méthodes très compliquées furent employées.On obtint du nitrate, mais en guantité trop insuffisante.En 1913, un an avant la guerre mondiale de 1914, un chimiste allemand resté dans l'ombre Jusgue là se révéla soudainement au monde.C'est le Dr Fritz Haber.Il venait enfin de découvrir le moyen le plus simple comme aussi le plus économigue de se procurer en aussi grande guantité et sans jamais craindre d'en épuiser la source, le fameux gaz nitrogène gue l'univers réclamait tant.Son procédé fut peu de tempe après simplifié par le savant français Georges Claude, l'inventeur de la lumière au néon.Sachant gue l'atmosphère gue nous respirons contient au-delà de 20 000 000 de tonnes de gaz nitrogène par mille carré, il trouve tout simple de puiser dans cette immense réserve et il en invente le moyen.La première usine allemande fut construite à Merseberg en 1913, par les ordres du général Von Falkenhayn, chef d'état-major de l'armée allemande.A la fin de la même année fonctionnaient à plein rendement pour le gouvernement plusieurs autres établissements du genre.Vint la guerre de 1914.Les Allemands se moquèrent des flottes anglaises croisant au large et patrouillant les mers en vue d'empêcher les approvisionnements de nitrate d'atteindre les ports allemands.Peine inutile, car l'Allemagne avait plus de gaz nitrogène gu'il ne lui en fallait.C'est au Dr Fritz Haber et non à Hindenburgs non plus gu'à Ludendorffs, )GÈNE (suite) • gue revient le mérite d'avoir permis à son pays de tenir aussi longtemps contre toutes les forces alliées.Le 10 décembre 1918, juste 29 jours après gue l'ordre de « Cessez le feu » fut donné sur les champs de bataille de France et des Flandres, on décernait le fameux prix Noble en chimie au Dr Fritz Haber pour son procédé de fabrication de l'azote.Depuis 1927, le monde entier s'est oouvert d'usines où l'on fabrigue le gaz nitrogène.Désormais le monde n'en saura jamais manguer.Quant aux caliches du Chili on ne s'en occupe plus guère; s'ils ne sont plus en grande demande ils sont cependant toujours là, à la disposition de la science gui tôt ou tard saura en tirer parti.Un voeu reste à formuler: Souhaitons vivement gue l'effort technigue et pratigue si bien commencé dans notre pays se continue, s'intensifie de plus en plus si possible.En avant les jeunes ! Souvenons-nous tous gu'aucun résultat satisfaisant, gu'une mise au point, gu'un succès auelcongue ne peut être obtenu sans travail, sans efforts, souvent soutenus, sans patience, sans même sacrifier les intérêts de tel ou tel particulier, de tel ou tel groupement au profit de l'intérêt général.Enfin encourageons la science.Souhaitons gue de notre sol canadien, se lèvent encore des hommes, de grands hommes, surgissent des chefs, des inventeurs, des savants, de ces grands réalisateurs chrétiens gui feront la gloire de l'Église et la renommée de notre beau et fier Canada ! — 163 — (164) Musique religieuse, profane et instrumentale comptoir- musical" • mMm • 568, Ste-Catherine E.Demandez le catalogue "F" Instruments de Musique pour fanfare et orchestre.Pour votre plomberie, chauffage ou couverture, -: VOYEZ :- La Cie J.& C.Brunet, Ltée QUALITÉ - SERVICE - HYGIÈNE 1095, boul.St-Laurent.Tél.: LAnc.1211 Notre Bandage Herniaire vous donnera satisfaction.Spécialité : Appareils orthopédiques, membres artificiels, corsets pour difformités, supports abdominaux, bas élastiques, etc.48-50 E., rue Craig, Montréal.Dépt 13._Tél.: HArbour 3727 Tél.: AMherst 2562 J.-B.Bergeron DIRECTEUR DE FUNÉRAILLES 4228, Papineau, MONTRÉAL Mutuelle des Jeunes Cyclistes 1089, rue St-Georges, Montréal.Voulez-vous gagner une BICYCLETTE, une DYNAMO ou une LANTERNE pour bicyclette ?.Remplissez le coupon ci-contre, joignez-y un TIMBRE de TROIS SOUS et adressez le tout à la MUTUELLE.Les noms des gagnants du Tirage seront publiés en avril prochain.Tél.: PLateau 5731 COUPON DE TIRAGE Nom Adresse Le plus grand événement commercial de l'année marquera le — 73e — ANNIVERSAIRE des grands magasins D U P U I S LUNDI , 10 MARS Suivez nos annonces dans les journaux.865, rue Ste-Catherine Est, Montréal LE SECRET DE LA CCNEEJJ1CN CHAPITRE XII En prison Pendant ce temps, le cadavre avait été transporté sur une civière, dans le cloître, et le peuple se précipitait en foule par la porte qui avait été ouverte.On peut à peine imaginer la douleur qui saisit ces pauvres gens, lorsqu'ils virent ainsi étendue, morte, la bonne mère Blanchard.— Voyez donc, le monstre a étranglé la bonne vieille femme! — Il l'a étranglée et égorgée! Voyez le sang qui a trempé sa robe! — Non, non, notre curé ne peut pas avoir fait cela! — Cependant, c'est son couteau! On le lui a prouvé.— On devrait mettre en pièces le coquin! — On voit ce qu'il faut penser de la religion! — De ma vie, je ne retourne dans une église.Des cris semblables retentissaient de toutes parts.Pour la sortie, on dut passer devant le cadavre.Involontairement, l'abbé Montmoulin tomba alors à genoux et leva ses mains enchaînées pour faire une courte prière : "Seigneur, donnez-lui le repos sans fin, que la lumière éternelle l'éclairé", dit-il, avec des larmes dans les yeux.Ensuite, il voulut parler au peuple, parce qu'il y avait eu un moment d'accalmie.Mais à peine eut-il dit : "Mes chers paroissiens, je suis innocent", que de grossières injures l'interrompirent.et les gendarmes poussèrent le pauvre curé vers la porte du cloître.Là.se tenait la dérisoire petite voiture à bétail de Maître Carillon.Le trajet, de Sainte-Victoire à Aix fut un long calvaire d'insultes et de propos malveillants.Seul, un groupe d'enfants, de l'escalier de leur école, le regardèrent passer avec des larmes dans les yeux.Leur muette compassion fut un baume pour son âme.A Aix, la nouvelle que l'on conduisait un prêtre accusé d'assassinat, se répandit comme une trainee de poudre.Toutes les fenêtres s'ouvrirent, toutes les rues se remplirent de curieux.La Providence voulut que la mère de l'abbé Montmoulin se trouvât juste sur le chemin que la voiture devait suivre, près d'une vendeuse de laquelle elle faisait ses petits achats.A peine la petite Julie eut-elle regardé qu'elle poussa un cri en disant : "Grand'mère, c'est l'oncle!" Sans comprendre ce qu'elle entendait, la vieille femme se tourna vers la voiture, qui venait lentement.Elle aperçut son fils; ses yeux s'ouvrirent tout grands, et avec un cri : "François! François!" elle tomba inanimée sur le sol.L'abbé Montmouljn reconnut la voix de sa mère.Il bondit et pria ses gardiens, pour l'amour de Dieu, d'arrêter un instant la voiture, pour qu'il lui fût possible de consoler et de tranquilliser sa mère.Mais le gendarme qui conduisait l'escorte ordonna d'avancer.Le prisonnier fut remis au gardien de la prison avec ces sèches paroles : "Assassin-voleur, le forfait est pour ainsi dire prouvé.Conduisez cet homme dans la cellule No 11.Il faut le surveiller avec soin." L'ecclésiastique entra dans la sombre cellule.D'un seul regard, il aperçut les mura humides, la petite fenêtre qui laissait voir un coin du ciel, la petite table et le misérable tréteau avec un sac de paille.Alors il demanda au gardien s'il pouvait lui enlever les menottes, et lui procurer un bréviaire et une écritoire.— Je veux bien vous enlever les menottes, dit l'homme après un regard scrutateur sur le prisonnier.Le directeur de la prison vous accordera une écritoire; quant au bréviaire ou autre livre de ce genre, nous n'en avons pas : c'est tout à fait superflu.— .165 — — Pas pour moi; car je suis obligé de le réciter chaque jour.Ayez donc la bonté de faire demander pour moi un bréviaire au vénérable Supérieur du Grand Séminaire, par l'intermédiaire de M.votre Directeur.Mon Dieu! quelle surprise pour le Supérieur, quand il apprendra que son François Montmoulin est en prison, accusé de vol et d'assassinat.— Je veux bien exprimer votre désir à M.le Directeur, répondit le gardien.— Et combien coûte la nourriture ordinaire des prisonniers?— Elle vous sera donnée gratuitement, mais elle est assez mauvaise.— Eh bien, elle me suffira.Nous sommes en Carême, ajouta l'abbé Montmoulin, en souriant.— Je veux au moins vous apporter de l'eau fraîche et mettre sur la table un morceau de bon pain, répliqua le gardien."C'est un curieux assassin-voleur", se dit-il, en verrouillant et en fermant la porte.L'abbé Montmoulin se mit à genoux et offrit à Dieu l'amertume de la honte qu'il avait supportée depuis le soir précédent.Il se jeta, tout habillé, accablé de fatigue, sur sa couche, et tomba, à cause de son épuisement, dans un profond sommeil.Lorsqu'il se réveilla, il était presque nuit dans la cellule.Le gardien avait dû y entrer.L'écritoire était sur la table; et, à côté, il y avait la cruche avec un morceau de pain.Sur la tablette de la fenêtre se trouvaient une écuelle pleine de soupe, et un morceau de viande, tous deux refroidis.On avait dû les placer là depuis quelques heures.Le prisonnier mangea du pain et de la viande; et, avec assez de calme, il se mit à réciter son rosaire.Il prit la résolution d'écrire, le lendemain matin à ses supérieurs, un rapport concis ou plutôt une simple déclaration de son innocence, et de demander à l'Ordinaire conseil et assistance.Le sort de sa mère bien-aimée tourmentait son âme.Mais il ne pouvait rien faire que de la recommander à Dieu.Puis, Dieu lui envoya un sommeil prolongé, bienfaisant, dont il ne sortit, qu'au moment où un matin nouveau éclairait sa froide cellule, à travers les grilles de la fenêtre."Comment peut-on dormir ainsi dans ma triste situation", dit-il presque gaiement, et il se leva aussitôt.La matinée se passa à la rédaction de ses lettres et à la récitation de son rosaire.Quelques minutes avant midi, les verrous crièrent et la clef grinça dans la serrure.A sa grande satisfaction, il vit entrer le Supérieur.Le regard affectueux mais profondément triste du vénérable vieillard, se fixa sur le prisonnier.— François! mon cher François! Quelle épouvantable épreuve Dieu t'a imposée! Hier déjà, je me hâtais de venir te consoler, mais on ne m'a pas laissé pénétrer jusqu'ici.Aujourd'hui enfin, avec une recommandation pour le directeur de la police, on m'a accordé la permission d'entrer.Et maintenant, mon cher François, tu n'as pas besoin de me dire que tu n'as pas commis l'horrible crime dont tu es accusé.Je t'en sais incapable, comme je l'ai déjà certifié au préfet.Ton innocence sera prouvée.Comment?C'est la question.Que devons-nous faire pour écarter le plus rapidement et le plus sûrement possible cet horrible scandale, et te rendre complètement ton honneur?L'abbé Montmoulin remercia son paternel ami de n'avoir pas douté de son innocence, mais il lui dit qu'on ne pouvait pratiquement rien faire pour lui.Ensuite, il raconta en détails au Supérieur le triste événement, MAIS SANS DIRE UN SEUL MOT DE LA VISITE DE LOSER ET DE SA CONFESSION.— Sans doute, je suis innocent, Dieu qui voit tout et qui sait tout, m'en est témoin! Seulement, mon innocence sera-t-elle prouvée?C'est une autre question.Bien-aimé et paternel ami, serai-je d'ailleurs le premier innocent condamné?Monsieur le Supérieur était devenu grave, en écoutant le rapport du prêtre.— L'aflaire est plus compliquée que je l'avais cru, dit-il.Mais le sacristain, reprit le Supérieur, après une pause, est-il bien prouvé qu'il était absent?— Oui, on me l'a dit, répondit l'abbé Montmoulin.— Ce point doit être examiné avec soin.Il faudrait faire des recherches de ce côté.L'affaire doit être confiée à un bon avocat.— Je crains que ce ne soit Inutile, dit le prisonnier avec tristesse.Mais je vous remercie de tout cœur pour votre bonté.Affirmez mon innocence à Monseigneur l'Archevêque, au Vicaire général, à tous les confrères; et, s'il vous plaît, intéressez-vous à ma mère, à ma sœur et à ses enfants.— Certainement, mon cher François, sois tranquille, nous y verrons.Le Supérieur consentit volontiers à entendre la confession du prisonnier.Quel soulagement pour l'abbé Montmoulin, S'IL AVAIT PU AU MOINS, EN CONFESSION, faire connaître toute sa situation à ce directeur expérimenté des âmes, et lui demander conseil.MAIS IL NE LUI ETAIT PAS PERMIS D'EN PARLER, pas même de poser une question, qui aurait pu dévoiler en partie, ce que Loser lui avait avoué en confession.IL DEVAIT PORTER TOUT SEUL LE FARDEAU ACCABLANT DU SECRET SACRAMENTEL.— 166 — CHAPITRE XIII Dans la rue de la Colombe.Dans le vestibule où on l'avait transportée, hors du marché, Mme Montmoulin avait de la peine à se ressaisir, après son évanouissement, à cause de la douleur qu'elle ressentait : "Mon fils — un prêtre — enchaîné — dans les mains de la police!" répétait-elle en sanglotant.— Grand'mère, viens, rentrons, suppliait la petite Julie.Mme Montmoulin fit un effort pour se lever, mais elle s'affaissa de nouveau sur ea chaise, sans courage et sans force.Alors, une voiture s'arrêta devant la porte.Lorsque Mme Montmoulin comprit ce qui lui arrivait, une nouvelle vie parut revenir en elle.— Si l'on regarde mon fils comme coupable, H est naturel que l'on n'ait pas une meilleure opinion de moi, dit-elle.Voilà mes mains, veut-on aussi m'enchalner?— Ce n'est pas nécessaire maintenant, répondit l'agent, pendant qu'il prenait la femme à son bras, et l'accompagnait vers la voiture.Elle renvoya la petite Julie qui s'attachait en pleurant à la robe de sa grand'mère.— Rentre, mon enfant, lui dit-elle, et annonce à ta mère que je reviendrai bientôt à la maison.En entrant chez sa mère, Julie est reçue par un gendarme : — Tu es bien la petite fille de Mme Montmoulin?— Ma mère se nomme Jardinier, et ma grand'mère Montmoulin, répondit la petite.Monsieur, laissez-moi passer, j'ai quelque chose à dire à ma mère.— Tout de suite, tout de suite.Naturellement ta mère se nomme Jardinier, tu es Mlle Jardinier, et le curé de Ste-Victoire est ton oncle?— Oui, Monsieur; et les méchantes gens disent qu'il a fait quelque chose d'horrible.Mais c'est certainement un pur mensonge.Mon oncle est un prêtre et un saint homme.— Tout sera mensonge, je le pense aussi.Il t'a fait sans doute plusieurs beaux présents?— Oui, un livre de prières et une douzaine d'images dorées et garnies de dentelle.— De l'or et des dentelles! Ah! quel bon oncle! N'a-t-il pas aussi donné de l'argent à ta mère ou à ta grand'mère?— Oui, grand'mère a porté hier à la maison beaucoup d'argent, qu'elle avait reçu de l'oncle, auquel il avait été donné par une bonne et pieuse dame.Hier soir, Charles et moi, nous avons récité avec grand'mère un chapelet pour elle.— Comme vous êtes pieux! Peux-tu me dire quelle somme d'argent la grand'mère a portée à la maison?— Beaucoup d'argent.Je ne sais pas combien.Grand'mère disait : Je n'ai jamais eu tant d'argent à la maison depuis vingt ans.— Eh! eh! qu'a-t-elle fait de tout cet argent?— Aussitôt après midi, elle est allée chez le juif Lévi, et lui a payé ses dettes.Ensuite, je ne sais pas ce qu'elle a fait.Avec ces interrogations, le gendarme avait tiré de la candide enfant tout ce qu'il fallait pour fortifier en apparence, le soupçon du juge d'instruction.Rapidement, il écrivit sur une feuille de papier : "L'enfant a tout avoué", et 11 donna ce billet au commissaire de police qui faisait enquête auprès de Mme Jardinier.Alors celui-ci appela Julie et lui dit : — Donne à ta mère un bon baiser, et reste bien sagement à la maison, jusqu'à ce que je revienne.Ta mère a une petite course à faire avec moi, et elle reviendra bientôt.Mme Jardinier comprima sa douleur et attira à elle la petite Julie qui pleurait : Oui, Julie, sois bien sage, jusqu'à ce que je revienne.Et avant que l'enfant eût compris ce qui arrivait, sa mère avait disparu au tournant de la rue.M.Le Noir, grand ami de la famille, fit les démarches nécessaires auprès du maire pour prendre les enfants chez lui.Ainsi Charles et Julie furent consolés de leurs craintes d'être conduits dans un hospice, pendant l'absence de leur mère.(à suivre) — 167 — fllfl PREfïlIERE CIGARETTE Un vendredi soir de septembre, à la sortie de l'école où je venais de terminer une retenue d'une demi-heure, je rencontrai trois de mes amis qui semblaient ourdir un complot.Je m'approchai instinctivement du groupe, moitié par curiosité et moitié par désir de me décharger le cœur.— Veux-tu fumer, Paul, me dit Louis Mercier qui tenait un paquet de cigarettes à la main.Il l'ouvrit, sous mes yeux et, à l'aide du pouce et de l'index, en sortit à demi une cigarette neuve.— Tiens, Jacques, prends-en une, tu vas voir comme c'est bon.Jacques accepta.— A ton tour, Marc.Marc ne se le fit pas dire deux fois.— En prends-tu, Paul?Comment refuser, alors que mes camarades avaient accepté.J'aurais eu honte de ne pas paraître aussi brave qu'eux.Mercier fouilla dans ses poches mais ne trouva rien.Il nous fallait pourtant le feu sans lequel notre plaisir eût été gâté.J'aperçus alors justement le gardien qui allumait sa pipe.Tous les jours, au sortir de la classe, nous le voyions, la pipe à la bouche, assis sur un petit banc à l'entrée du garage municipal.Il semblait que lui et sa pipe fussent devenus choses inséparables.Rien que de le voir environné de fumée l'auréolait à nos yeux d'un nuage de gloire.Je m'approchai donc de ce grand homme qui fumait toute la journée : — Monsieur, voulez-vous nous donner deux ou trois allumettes.— C'est pour fumer, je suppose.Prenez garde, mes petits gars, vous allez le regretter.Tout en proférant ces menaces, il me remit trois allumettes.— Merci, monsieur, lui dis-je, et je courus vers mes camarades.Pendant quelques minutes, j'éprouvai les émotions et l'enivrement de l'enfant qui fume pour la première fois.Je craquai gauchement une allumette et je me brûlai le bout du doigt.Ma cigarette allumée, je sentis un chatouillement me courir sur les lèvres et sur le palais, puis la fumée capi- teuse m'envahit la poitrine et le cerveau.Je réussis même à faire jaillir deux jets de fumée de mes narines ; je me sentais grandir et l'auréole de gloire du gardien municipal m'environnait.Ma cigarette finie, je me dirigeai vers la maison.Je ne me sentais pas trop ferme sur mes jambes et la tête me tournait comme lorsque, après avoir viré plusieurs fois sur soi-même, on est étourdi.J'entrai à la maison.Au souper, j'essayai de manger mais sans appétit.Ma mère remarqua mon état anormal.— Es-tu malade, Paul?— Non, maman, lui dis-je; j'ai seulement un petit mal de tête.Peu après le souper, je dus m'aliter.Comme j'étais fiévreux, le médecin fut appelé.Il me questionna, me fit avouer mon forfait et me condamna à garder le lit le lendemain, jour de congé!.Par la fenêtre, je voyais de gais camarades qui passaient; j'entendais leurs cris, leurs chants.Comme j'aurais voulu aller courir et jouer avec eux! Mais la consigne était là : garder le lit toute la journée.Après souper, le médecin revint; il constata que la fièvre avait disparu.Il dit quelques mots à mon père, à voix basse, et repartit.Papa alla reconduire le médecin et rentra dans ma chambre.— Ecoute Paul, me dit-il, tu as fumé sans ma permission et tu as été malade.Je ne te punirai pas davantage.Tu es beaucoup trop jeune pour fumer.Attends d'avoir au moins seize ans; je te donnerai alors la permission.C'est pour cela qu'hier, en me donnant la permission de fumer mon père m'a dit : — C'est bon, Paul, je te permets, mais rappelle-toi ta première cigarette.DOELARD DES ORMEAUX — 168 — SCENES EE CHEZ NCCS LMTCME 'Savez-vous que la plus formidable puissance existant au monde est l'atome U - 235?" La puissance d'énergie produite par 5 000 000 livres de charbon ou 3 000 000 de gallons de gazoline font se mouvoir les grands navires, mettent en marche d'interminables trains, font bourdonner les usines et que d'autres choses encore.Imaginez maintenant une substance nouvelle dont une livre seulement ferait indéfiniment le même travail et plus encore."IMPOSSIBLE!.INCROYABLE !.CHIMERE !.vous écrieriez-vous.Cela ne se peut et ne se pourra jamais"."Eh ! Eh ! mon cher ami, n'y allez pas si fort et surtout ne vous pressez pas trop à porter un jugement, car, étant dans l'erreur vous seriez un jour appelé à vous rétracter".Eh bien, cette formidable force existe et depuis toujours; c'est certain, seulement elle n'était qu'à l'état latent ; elle n'attendait qu'un homme de science pour la découvrir, la capter et la diriger.Aujourd'hui, c'est chose faite.Poursuivant les travaux de recherches de deux éminents physiciens juifs, deux autres savants américains viennent de faire des expériences dont les résultats ouvrent à la science des horizons inconnus et projettent une lumière nouvelle dans le domaine jusqu'ici si obscur, si peu exploré des formations atomiques, de leurs désagrégations et des énergies redoutables qu'elles créent.En résumé, ils découvrirent une source d'énergie dans une certaine substance naturelle isotope de l'URANIUM, ce métal qu'on trouve un peu partout mais plus abondamment au Canada, aux Etats-Unis, en Angleterre, en Belgique et au Congo.Cette substance est par elle-même inactive, mais, chose étrange, mise en contact avec de l'eau froide, elle développe une énergie atomique d'une puissance effarante, inimaginable.L'URANIUM est un métal qui dérive de la PECHBLENDE.La PECHBLENDE appelée encore PECHURANE (la première partie du mot "pech" ou poix caractérise son éclat résineux, tandis que la terminaison "urane" ou "blende" indique la présence de l'URANIUM et sa ressemblance générale avec la BLENDE ou sulfure de zinc.C'est un oxyde noir d'URANIUM uni à un nombre considérable d'autres métaux.Si les 90 % de l'URANIUM ne trouvent en général aucun emploi dans nos industries, par contre, une seule tonne de PECHBLENDE nous fournira une dizaine de livres de cette précieuse substance dont les effets insoupçonnés jusqu'ici viennent de nous être révélés.) L'U-235, "U" parce qu'elle tient de l'URANIUM et 235 indiquant que chacun de ses atomes pèse 235 fois autant qu'un atome d'hydrogène.Dans le domaine chimique nombre de substances possèdent un poids atomique très différent.L'URA- NIUM dont nous avons parlé plus haut est lui-même composé de trois sortes d'atomes pesant respectivement 238, 235, 234.L'U-235 développe automatiquement de l'énergie dynamique aussi longtemps qu'il est mis en contact avec de l'eau froide.Cessez le flot et la puissance développée si considérable soit-elle, cesse immédiatement.Phénomène des plus bizarres il faut l'admettre, mais qui n'en existe pas moins.D'ores et déjà d'aucun peut conclure que lorsque l'extraction de l'U-235 se fera en quantité suffisante le monde entier aura à sa disposition un élément nouveau qui deviendra à son gré un engin de mort terrible ou une source de bienfaits inappréciables.D'ailleurs, les travaux des deux savants ne purent rester cachés ; le monde entier s'y intéressa d'une façon active et, maintenant c'est à qui trouvera le premier le moyen de capter, de diriger, de faire servir cette découverte pour son commerce et son industrie.Le gouvernement du Reich aurait commandé, parait-il, à tous ses chimistes de s'appliquer à cette tâche activement et d'essayer de tirer le plus grand parti possible de cette substance nouvelle.A dire vrai, les appareils pour isoler l'U-235 des atomes 238 et 234 sont relativement simples et peu coûteux ; mais, ce qui est fort dispendieux et compliqué, ce sont les "CYCLOTRONS" et les locaux spéciaux qui doivent les abriter.Ces puissants canons atomiques sont absolument indispensables pour poursuivre et mener à bonne fin les expériences déjà commencées.Quand on songe, encore une fois, que dix livres d'U-235 feront se mouvoir pour une période indéfinie les plus puissants cuirassés ; permettront à toute une flotte de faire le tour du monde sans escale; aux avions de tenir les airs aussi longtemps qu'ils le voudront sans courir le danger de manquer de combustible.Aussi, le pays qui «aura le premier résolu le problème de la production de l'U-235, sera le pays avec lequel les ennemis auront le plus à compter.Mais, présentement, il n'y a aucune raison de s'alarmer outre mesure.Inutile de se figurer trop tôt des villes entières détruites en une seule nuit et dautres hécatombes semblables.La découverte dont nous venons de vous parler, est toute récente; il faudra probablement longtemps encore aux hommes de science avant d'utiliser les forces de l'U-235 d'une façon pratique.Théoriquement, il suffirait d'emmagasiner le fluide électrique d'un seul éclair d'orage pour éclairer toute la ville de Montréal pendant des mois et peut-être des années.Mais qui a encore pu réussir à dompter la foudre et à maîtriser sa puissance ?Le cas est pratiquement le même, pour l'atome U-235.Attendons____ — 170 — "On souffre plus souvent de la mort d'une illusion que de la perte d'une réalité" • Ce mot d'Emile Augier qui trouve chaque jour son application, m'est revenu à la mémoire alors que j'écoutais parler, l'autre jour, ma petite amie, Monique.J'ai croisé la petite, alors qu'elle revenait de la classe à une allure de Petit Poucet.Ses regards se posaient vaguement dans l'espace, comme pour y découvrir quelque chose de la nature qui l'eût comprise, ou bien se penchaient pour suivre le mouvement uniforme et lent de ses deux petits pieds enneigés.Pauvre chérie! Qu'est-ce que son petit cerveau de six ans pouvait bien broyer de si noir, pour qu'elle soit si triste, si triste, elle d'ordinaire rieuse et gaie comme Pinson?.— "Bonjour, Monique!" lui dis-je en l'accostant.La petite me sourit légèrement, puis roula nerveusement ses prunelles noires.— "Voyons, chérie, regarde-moi bien en face.je parie que tu as manqué ta leçon!.ou bien, tu es* malade?.Dis, ça ne va pas, n'est-ce pas?.Après un long soupir, et quelques secondes de silence fort embarrassant, l'enfant se décida de répondre.— "Ah! tu sais la vie, dit-elle comme sa maman, ce n'est pas drôle." — "Vraiment?." La réflexion me surprit tellement, que je ne fus pas même tentée de sourire du ton que prenait ce petit bout de femme, par plus haute que ça.! — "Allons, ma bonne, dis à ta vieille amie, pourquoi ton petit cœur est si gros aujourd'hui.Et la mignonne se mit à me raconter dans ses mots, l'incident que voici : A l'école, la religieuse de première année prépare ses petits bijoux à la première communion.Elle leur a bien dit que le petit Jésus obéissant venait dans l'Hostie quand le prêtre prononçait les paroles de la Cène "Ceci est mon corps".Les fillettes n'ont pas compris (personne ne le comprendra jamais) mais elles ont accepté de bonne foi, la vérité.Après le cours Sœur X.sortit de sa grande armoire, une boîte blanche, pleine d'hosties.Elle fit ranger les élèves autour de la grande classe, puis elle commença la distribution, en répétant à chacune : "Ne la gardez pas sur votre langue.ouvrez un peu plus la bouche.fermez maintenant.bon, joignez vos mains".C'était l'exercice pratique.Monique suivait le geste de la religieuse, avec étonnement.Puis elle se mit à penser à sa grande sœur malade, qui n'avait pas communié depuis un mois.Elle résolut donc de voler un "Jésus" dans la boîte blanche.Ce fut fait sans misère.Délicatement elle glissa le morceau de pain entre les pages de son petit catéchisme.Chez elle, le midi, dans la chambre de la chère malade, une scène émouvante devait se dérouler.La petite franchit discrètement le seuil de la chambre rose.Elle tenait toujours précieusement son catéchisme.Elle s'approcha doucement du lit et murmura "Chut! grande sœur, prépare-toi je vais te donner le petit Jésus."Alors elle sortit la petite hostie, et ses lèvres pures, prononcèrent, mais hélas, sans effet, les paroles du prêtre.Puis elle déposa pieusement le petit fragment, sur la langue de son aînée.Celle-ci essuya une larme.et sourit du geste puéril, qui ne manquait pourtant pas de grandeur.La petite, s'en fut toute heureuse, raconter l'incident à sa bonne maîtresse.Celle-ci l'écouta avec attention et, respectant la bonne intention de la fillette, elle expliqua tout à Monique.Pauvre chérie.elle demeura suffoquée, stupéfaite.Pourtant, elle avait bien dit, "Ceci est mon corps" mais voilà, elle n'avait pas la puissance du prêtre.En achevant son récit, ma petite amie avait répété avec un accent de tristesse : "La vie, tu sais." Oh! comme elles sonnaient étrangement sur des lèvres de petite fille ces syllabes qui, sous forme de résignation, cachent les lourdes et impénétrables douleurs des gens mûrs.Pauvre petite Monique, si bonne! son jeune cœur fut blessé au contact de la réalité, mise au jour.Dans sa petite pensée, elle ne peut comprendre ce trouble de sa jeune âme, qui est pourtant bien, "La mort d'une illusion".Louise DUMIEL.— 171 — leur était SOUmiS (Courtoisie de l'Action Catholique)
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