L'Action catholique ouvrière., 1 janvier 1953, avril 1953
L'ACTION CATHOLIQUE OUVRIERE VOLUME III, No 4 AVRIL 1953 SOMMAIRE Des Vocations d'Action Catholique .La Rédaction 154 Avons-nous compris le sens de notre Enquête Sociale ?.Pierre-Paul ASSELIN, o.m.i.155 Consécration de foyers ouvriers à N.-D.du Cap .160 Une fédération qui a compris l'Enquête Nationale .161 Le milieu ouvrier et ses caractéristiques propres L'Equipe des Aumôniers nationaux d'A.C.C.163 Pour les récollections : Le plaisir dans la vie chrétienne .Rodrigue NORMANDIN, o.m.i.172 La Voix du Pape : « Une communauté efficiente et agissante.» .S.S.PIE XII 184 Tiers-Ordre et Action Catholique .S.S.PIE XII 189 La Voix des Evêques : Le primat de la charité et les œuvres de bien-être .S.E.le Cardinal LEGER 190 Les vingt ans de l'A.C.de Chicoutimi .La Rédaction 195 La Vie des mouvements : Rencontre avec Mgr Cardijn .196 Le Conseil national de la L.O.C.198 La L.O.C.en marche ! .199 Pire que la bombe atomique : la faim .DANIEL-ROPS 202 Un bel exemple de générosité .204 "L'Action Catholique Ouvrière" est publiée sous la responsabilité des Aumôniers nationaux et diocésains de la J.O.C.et de la L.O.C.Rédaction et Administration: 1001, rue St-Denis, Montréal 18, P-O- Canada Avec autorisation de l'Ordinaire.Conditions d'abonnement (de janvier à décembre) Abonnement régulier : $2.00 — Pour les Séminaristes : $1.50 Le numéro : 0.25 Editorial DES VOCATIONS D'ACTION CATHOLIQUE Les Conseils Nationaux de la J.O.C.et de la L.O.C.viennent d'avoir lieu.Nous en donnons un bref compte-rendu dans le présent numéro.Mais il est une leçon qu'il convient de souligner.Nous le prenons sur les lèvres de nos autorités.« Je suis convaincu, disait Son Eminence le Cardinal Léger, au Conseil de la L.O.C, que si une poignée d'hommes ou de femmes acceptent de se sacrifier totalement pour l'Eglise, nous pourrons sauver la classe ouvrière.Et Son Eminence est revenu sur cette idée avec plus de force encore lors du Conseil de la J.O.C.Faisant allusion aux divers mouvements qui trouvent leur dynamisme dans les « absolus » qu'ils prônent, Son Eminence insista pour bien affirmer que notre christianisme militant comporte de ces « absolus » puissants qu'aucun autre : le don de soi à Dieu et à la classe ouvrière.Et M.le Chanoine Roland Potvin, l'assistant aumônier national de l'A.C.C, reprenait le même thème en d'autres termes : « Il nous faut un groupe d'apôtres vraiment donnés à la cause, du stable, du définitif, des gens qui se font une véritable vocation de l'Action Catholique.» Notre Action Catholique Canadienne est encore jeune.Aussi pouvons-nous comprendre qu'il y ait encore peu de laïcs marquants qui se sont fait une vocation définitive au service de l'Action Catholique.Car, de fait, nous avons un certain nombre de laïcs engagés sur le plan social temporel et qui sont des apôtres sociaux de grande classe.Mais les laïcs engagés dans l'Action Catholique, dans l'apostolat officiel de l'Eglise, des laïcs qui, sur ce plan, apportent leur collaboration apostolique irremplaçable, soit dans le domaine de la pensée, soit dans celui de l'action, des apôtres d'Action Catholique marqués publiquement et définitivement comme tels, ceux-là sont encore très peu nombreux.Et nous, aumôniers, nous avons un rôle à jouer à cet égard.De telles vocations véritables d'A.C, nous pouvons sûrement contribuer à les repérer, les orienter et à les engager.Rappelons-nous la consigne du Pape dans son discours à une paroisse de Rome, que l'on trouvera plus loin : « On doit exiger de nos militants tout ou au moins beaucoup, dans la certitude que souvent on donne plus volontiers tout qu'une partie, on donne plus facilement beaucoup que peu.» La Rédaction — 154 — AVONS-NOUS COMPRIS LE SENS DE NOTRE ENQUETE SOCIALE?Kéttexiona sur Venquête sociale des mouvement» d'A.C.O.sur le problème des loisirs par le R.P.Pierre-Paul ASSELIN, o.m.i., aumônier national de la J.O.C.Dans le numéro de novembre-décembre de l'Action Catholique Ouvrière, nous présentions l'enquête sociale en cours, pour la J.O.C.et la L.O.C., sur les loisirs.Nous en signalions l'importance, la portée et nous en précisions les objectifs.Après six mois de travail de la part de nos mouvements de J.O.C.et de L.O.C.sur le problème des loisirs, il n'est que juste de nous arrêter pour regarder la tâche accomplie, constater comment l'enquête se déroule.Cet arrêt, occasion d'une sérieuse auto-critique, ne manque pas d'être révélateur."Que voulez-vous qu'on y fasse ?" Dirigeants et dirigeantes nationaux des deux mouvements, sans omettre les aumôniers, ont, depuis septembre, fait le tour des fédérations à l'occasion de journées d'Etude, de visites régulières, de retraites et récollections.Chaque fois, ils se sont fait un devoir de porter une attention spéciale à la marche de l'enquête qui est à la base de la méthode et de l'action jociste ou lociste.Les résultats à date, dans leur ensemble, sont insuffisants.En milieu adulte on vous sert trop fréquemment les réflexions suivantes : « Que voulez-vous qu'on y fasse ?.Que pouvons-nous contre le cinéma, les restaurants, les grills, les tavernes !.Du reste nous n'y allons pas.nous ne sommes pas pour commencer à fréquenter ces endroits pour savoir ce qui s'y passe !.» Un grand nombre d'ajouter : « Nos enfants sont trop jeunes pour y aller et quand its seront grands que pourrons-nous faire pour les en empêcher !.» Chez les jeunes on répète volontiers que « l'enquête de cette année est bien difficile !.Peut-être est-il possible dans les petits centres de connaître le nombre de jeunes qui fréquentent restaurants, cafés, grills, tavernes, de constater ce qui s'y passe ; le gaspillage qui s'y fait, etc.Mais dans les grandes villes, essayez donc .'.Et puis, le saurions-nous, que pourrions-nous faire, une poignée de jocistes — 155 — dans une paroisse, pour changer le milieu .'.Sommes-nous capables de faire fermer les restaurants, les cafés, les grills ?.» En d'autres endroits on dit : « L'enquête ne s'applique pas chez-nous !.Il n'y a pas de restaurants, de grills dans la paroisse.» Ou encore : « // n'y a qu'un restaurant et tout se passe très bien.Rien à faire par conséquent.» Dans une région hors du Québec où le terme « grill » n'est pas employé, on a conclu immédiatement que l'enquête n'était pas adaptée et qu'il n'y avait rien à faire dans ce sens.Après s'être resaisi toutefois et avoir pris contact avec certaines personnes averties, on a constaté que c'étaient des « clubs » qui équivalaient à nos grills ; qu'il en existait une trentaine dans la ville et que des centaines de jeunes gars et filles les fréquentaient habituellement.Nous pourrions couvrir encore des pages de réflexions semblables qui toutes nous amènent à conclure que dans beaucoup de sections on ne se donne guère la peine de mener l'enquête d'une façon sérieuse et efficace.On ne peut s'empêcher d'apporter ici la réflexion de Nos Seigneurs les Evêques dans leur Lettre pastorale collective sur le Problème ouvrier, au numéro 55 : « La classe ouvrière, si prompte à réagir quand il s'agit de sa vie de travail, réagit moins vite contre une telle exploitation dans le domaine des loisirs.» Et pourtant .Et pourtant, l'enquête de cette année ne touche-t-elle pas à un problème qui saute aux yeux pour quiconque observe un tant soit peu, avec un minimum de sens de responsabilités chrétiennes ?Le problème des loisirs n'en est-il pas un des plus poignants actuellement pour la classe ouvrière, quand on regarde ses conséquences sur les jeunes travailleurs et sur les familles ?Sauf erreur, c'est l'archevêque de Boston qui déclarait récemment, en substance, que le matérialisme américain était quelque chose de plus à redouter que le communisme.N'en vivons-nous pas dans une large mesure de ce matérialisme ?N'est-ce pas par les loisirs commercialisés surtout qu'il déferle ses vagues paganisantes et démoralisatrices ?.Le Devoir du 11 octobre 1952 rapportait des chiffres fournis par le Comité de Moralité publique.Ils sont de nature non seulement à faire réfléchir, mais même à émouvoir les plus calmes, comme les plus optimistes.On estime qu'à Montréal, 45,000 couples s'engouffrent — 156 — à chaque samedi soir dans les grills de la ville.L'âge des jeunes filles qui fréquentent les 27 grills de l'est de Montréal est de 13 à 18 ans.Montréal compte 177 grills, disent les mêmes chiffres et New-York (4 fois plus populeuse), 122.Des sections jocistes agissantes Mais n'allons pas conclure qu'il ne se fait rien et qu'il est impossible de mener efficacement cette enquête sur les loisirs.Des sections jocistes n'ont pas eu peur de se mettre à l'œuvre.Elles ont découvert des situations toutes aussi déplorables que celles du Comité de Moralité.Ainsi, dans une petite localité qui compte une centaine de jeunes travailleuses de 14 à 25 ans, la moitié de ces jeunes fréquentent les grills à chaque semaine.Dans une ville plus considérable on a trouvé que le tiers au moins fréquentaient les grills plus d'une fois par semaine.Les fédérations qui poursuivent avec ténacité l'enquête sur les loisirs en arrivent aux résultats suivants : « Le tiers environ des jeunes travailleurs et des jeunes travailleuses fréquentent régulièrement les grills à chaque semaine.Plus de la moitié se tiennent habituellement dans les restaurants.Les filles y dépensent en moyenne de $1.50 à $2.00 par semaine.En quelques endroits on parle de trois et même quatre dollars.Les abonnés de restaurants chez les gars brûlent de cinq à six dollars par semaine.» De quoi s'agit-il ?Il n'est pas inutile de nous reposer la question à nous, prêtres, engagés comme aumôniers dans l'Action Catholique Ouvrière.De quoi s'agit-il dans l'enquête sociale de nos mouvements J.O.C.et L.O.C.?Comme d'aucuns seraient portés à le penser, serait-il question pour nos jocistes et nos locistes de faire fermer tous les restaurants, grills et cinémas ?.Ou encore d'empêcher les jeunes d'aller y gaspiller leur temps et souvent de s'y corrompre ?S'il s'agit de cela, considéré surtout d'une façon globale, alors les réflexions du début sont justes : « Que voulez-vous qu'on y fasse !.Que pouvons-nous pour changer une telle situation au petit nombre que nous sommes !.» — 157 — Une prise de conscience Nos jeunes travailleurs comme nos adultes, nos jeunes tout spécialement, sont tellement pénétrés par ce climat matérialiste créé par les loisirs commercialisés qu'ils s'y habituent petit à petit.Les meilleurs voient la situation déplorable en général, en théorie, gémissent à certaines heures sur ses conséquences néfastes, mais l'acceptent pratiquement.Ils pensent, parlent, agissent et réagissent eux aussi comme le milieu.Il s'agit d'abord de faire prendre conscience à nos dirigeants et militants de la situation exacte, concrète, dans le milieu restreint de vie où chacun évolue : au travail, dans la famille, dans le quartier, dans la paroisse, dans tel endroit de loisirs.De les amener à mettre le doigt sur des cas, des faits précis de jeunes travailleurs, de jeunes travailleuses qu'ils coudoient à cœur de jour et de semaine : « Luc ou Huguette, mon compagnon ou ma compagne de travail, est un ou une abonnée de restaurant, de cinéma ou de grill.Alors pourquoi y vont-ils ?.Qu'est-ce qu'ils y font ?.Que pensent-ils de la vie ?.de l'amour ?.des jeunes filles ?.des garçons ?.du mariage ?.de l'avenir ?.Ont-ils des économies ?Tiennent-ils leur budget ?.» Il faut ensuite les amener à porter ensemble un jugement sur chacun de ces faits, à la lumière du bon sens et de l'Evangile.Sans cette prise de conscience individuelle et collective des problèmes concrets dans lesquels ils vivent, problèmes qui exercent aujourd'hui et exerceront surtout demain les pires conséquences sur leur vie de travailleur, de chrétien, de père et d'époux, nous n'en n'arriverons jamais à susciter un laïcat ouvrier apôtre, un laïcat ouvrier conscient de ses responsabilités.« Rien à faire ! » comme le répète, avec tant de conviction et de vigueur, Mgr Cardijn.Ils ont une double vocation, une double mission chrétienne et ouvrière à accomplir, et personne ne peut les y remplacer, personne ne peut l'accomplir à leur place ! Mais tous, nous pouvons, nous devons les aider à découvrir cette vocation et cette mission, et à prendre petit à petit leurs responsabilités.A condition toutefois que nous partions de la base, des problèmes concrets qui se posent à leurs vies de jeunes travailleurs et de jeunes travailleuses, de pères et de mères ouvriers chrétiens.Rien à faire autrement ! Une action à leur taille Encore une fois, il ne s'agit pas d'abord de voir à faire fermer — 158 — tel restaurant, tel grill, et de partir en campagne, tambour battant, contre les endroits de loisirs.ou d'intervenir directement, nous-mêmes aumôniers, auprès de tel propriétaire, tel gérant, croyant ainsi faire mieux et plus vite que les laïcs, surtout les jeunes travailleurs et les jeunes travailleuses.Il s'agit, en même temps qu'ils prennent conscience de la situation, qu'ils voient et jugent, de les engager dans une action auprès d'un compagnon, d'une compagne, d'un foyer voisin, ami.Et cela est possible pour chacun de nos militants parce qu'il s'agit d'une action à leur mesure.C'est de rigueur même, car autrement ils ne sont pas militants ; il leur manque des qualités de chefs, la mystique de conquête.Si dans la section dont je suis l'aumônier, on compte 10, 15, 25 militants, chacun, chacune doit faire réagir un compagnon, une compagne devant tels problèmes que les loisirs posent à sa vie : gaspillage, santé, avenir compromis, immoralité, etc.; puis, l'engager activement à faire la même chose à son tour auprès d'un autre jeune travailleur, d'une autre jeune travailleuse ou d'un adulte.Et alors on verra un tout petit groupe faire boule de neige, créer un climat nouveau, un style nouveau de vie.J'ai rencontré récemment une jeune section d'une dizaine de militants actifs, chefs et représentatifs de leur milieu.La section a commencé il y a un an et demi et ils ont su gagner la sympathie des jeunes travailleurs de la paroisse et ils donnent maintenant le ton à ces jeunes.On les regarde et on veut les suivre.La section a organisé une retraite fermée pour les jeunes travailleurs de la paroisse : 50 sont venus et il a fallu arrêter le recrutement quinze jours avant la retraite, parce que la maison ne pouvait en recevoir plus.Nos responsabilités Nos responsabilités, à nous prêtres et à nous aumôniers surtout, sont grandes devant une situation comme celle que nous venons de décrire.Nous sommes et serons toujours par notre vocation, par la nature même de l'Action catholique, les moteurs, l'âme des mouvements.Un autre fait aussi, l'Action catholique, la J.O.C.et la L.O.C.en milieu ouvrier sont lancées et approuvées par la Hiérarchie et se présentent comme ayant une tâche irremplaçable pour le salut de notre classe ouvrière moderne.Mgr Cardijn a l'habitude d'affirmer avec sa force et son cou- — 159 — rage apostolique bien connu que si nous, prêtres, nous ne croyons pas profondément et pratiquement au rôle irremplaçable des jeunes travailleurs, des jeunes travailleuses, des pères et mères de famille pour le relèvement chrétien de la classe ouvrière, nous n'avons pas le droit de leur demander d'y croire.Ce serait jouer la comédie.Méditons sérieusement ces paroles du père de la J.O.C.mondiale : « N'allez pas dire : je n'ai pas le temps.Vous n'avez pas le temps, eh bien, la classe ouvrière se perdra et ça sera fini !.Si le clergé n'a pas le temps de s'en occuper, le clergé n'a pas le droit de demander que les ouvriers deviennent des apôtres et aident à sauver l'Eglise.» Consécration d'une centaine de foyers ouvriers à Notre-Dame-du-Cap La L.O.C.du diocèse de Trois-Rivières vient de clôturer magnifiquement les activités de son Service d'Orientation des foyers.Le 22 mars dernier, une centaine des foyers inscrits à ce service se rendaient au sanctuaire de Notre-Dame du Cap pour se consacrer à Marie, « gardienne des foyers de notre pays.» Après l'allocution de bienvenue prononcée par le R.P.Paul-Henri Barabé, o.m.i., supérieur des Gardiens du Sanctuaire, Mgr F.-X.St-Arnauld, P.D.y fit le sermon de circonstance.« Que chaque foyer, soit le témoignage vivant de la présence de Dieu dans le monde ».Tel fut l'idéal que Mgr St-Arnauld proposa aux foyers réunis.C'est M.et Mme Emilien Doucet, les responsables fédéraux du service pour le Cap-de-la-Madeleine, qui étaient les principaux oragnisateurs de cette cérémonie.Ils étaient assistés de M.et Mme Gérald Côté de Trois-Rivières et de M.et Mme Paulin La-coursière de Shawinigan.M.l'Abbé Léo Girard, l'assistant aumônier diocésain de la L.O.C.pour la région du Cap-de-la-Madeleine, a remercié tous ceux qui ont contribué au succès de cette belle initiative et aussi de toute l'organisation du Service d'Orientation des foyers.— 160 — UNE FEDERATION QUI A COMPRIS L'ENQUETE NATIONALE.Nous reproduisons le résultat de l'enquête nationale dans un diocèse pour le mois de février.Il s'agit d'une fédération de la J.O.C.F.qui en a fait elle-même la compilation.Elle fait voir une situation d'ensemble intéressante et de nature à faire réfléchir.Elle révèle de plus que l'enquête est possible, car ces résultats ne sont que l'addition des découvertes faites par chaque section.La Rédaction Sur 2113 jeunes travailleuses : 149 patinent, soit 52%, ; 30% souvent et 22% quelques fois.19 J.T.sur 283 font du ski, soit 6% ; 2% en font beaucoup et 4% peu.89 jouent au «bowling», soit 31%.36 participent aux « sleigh-rides », soit 12%.21 aux glissades, soit 7%.19 jouent au «ping-pong», soit 6%.9 jouent au badmington, soit 3%.1 joue au hockey sur 283 jeunes travailleuses.Problèmes déeouverts Pour faire cette enquête, les jocistes ont contacté des jeunes travailleuses de leurs milieux ; tout en faisant ces contacts, voici quelques problèmes qui ont été découverts : l'ai i nage La majorité des J.T.patinent nu-tête, même où l'endroit pour pati-rer n'est pas chauffé.Quelques-unes vont patiner en dehors de leur ville avec leur ami et doivent revenir vers minuit, en autobus.Les jocistes doivent approfondir ce problème pour voir si ça se passe bien.Sur une patinoire, des jeunes de 13-14 ans (garçons et filles) flirtent.Les jocistes doivent contacter ces jeunes pour faire leur éducation et aussi avertir les autorités.Dans une section une jociste a fait rallonger la jupe de patinage d'une J.T.La majorité des J.T.patinent en pantalons.Les jocistes doivent essayer de convaincre les J.T.de se coiffer pour patiner.D'après les statistiques mentionnées plus haut, nous voyons aussi que le patin est le sport le plus populaire parmi nos J.T.Elles y vont pour passer le temps et en profitent pour rencontrer des garçons.C'est aussi le sport qui coûte le moins cher : .50 environ par soirée.Situation d'une patinoire : Des jeunes de 14 à 25 ans s'y rendent.Il y a plus de garçons que de filles.Le langage est peu cultivé ; les manières, vulgaires.Bowling C'est le sport le plus en vogue après le patinage.Les J.T.s'habillent — 161 — avec une jupe et une blouse ou une robe ordinaire ou avec gilet (qui parfois est immodeste 1.Quelques-unes jouent plusieurs parties de suite (une a même joué déjà jusqu'à 12 parties).Quelques-unes aussi vont manger au restaurant après la veillée de bowling : coût, environ $1.50 à $2.00.Fait : Une fille qui fait partie d'une équipe va manger avec les autres après les parties et elle dit qu'elle ne veut pas jouer avec les autres l'an prochain parce que ça coûte trop cher.Celles qui jouent aussi dans les équipes d'usine rencontrent des hommes mariés et deviennent familières avec eux.Quelques-uns vont les reconduire en auto et le lendemain, à la manufacture, les filles parlent familièrement de la partie avec ces hommes mariés.Plusieurs aiment à y aller avec un groupe de filles.Des contacts ont été faits et doivent se continuer pour éduquer les J.T.sur tous ces problèmes.«Sleigh-ride" Une section nous a donné la situation d'une sleigh-ride qui avait été organisée dans la paroisse.Cette sleigh-ride était mixte ; il y avait de la boisson.Fait : Une jeune de 16 ans a été obligée d'être reconduite chez-elle parce qu'elle en avait trop pris.Il y a eu tiraillage dans les voitures et le tout s'est terminé par la danse.Heureusement que seulement 12% des J.T.contactées participent à ce sport ! Les jocistes ont conclu que c'était bien difficile d'organiser des c sleigh-rides » mixtes pour que ça se passe bien : elles doivent éduquer les J.T.dans ce sens.Glissades Ce sport est populaire dans une paroisse, il y a beaucoup de plaisir.La plupart des filles revêtent le pantalon et après la glissade, il se passe parfois des choses anormales.Ici aussi il y a un apostolat à organiser.fe/eiiueuri uoeux de /Joueusei f-^âqueâ chrétiennes à ton5 lei L lean, annonceurô et amis de tjki ion l^atnolique KJavrière.cJLa ^Direction — 162 — LE MILIEU OUVRIER ET SES CARACTERISTIQUES PROPRES par l'équipe des Aumôniers nationaux d'A.C.spécialisée L'étude que nous présentons ici est le fruit de certains travaux de recherches faits par l'équipe des aumôniers nationaux des divers mouvements d'Action Catholique spécialisée et cela, sous la direction de Mgr Laurent Morin, P.A., V.G., aumônier national de l'Action Catholique Canadienne et de son assistant, M.le Chanoine Roland Potvin.Il s'agit, on le verra, plutôt d'un travail d'approche qui n'a pas tout le caractère scientifique que l'on pourrait désirer et qui lui donnerait un aspect plus définitif.Cependant nous avons pensé que telle quelle la formulation suivante, des caractéristiques propres du milieu ouvrier pourrait intéresser le clergé d'Action Catholique et en particulier nos aumôniers d'Action Catholique Ouvrière.La Rédaction I — RAISONS D'ETRE DE CETTE ETUDE Si l'aumônier d'Action Catholique Ouvrière doit avoir une connaissance approfondie de sa théologie et en faire sa règle de vie intérieure et de vie active, il doit par ailleurs connaître le milieu ouvrier et garder le contact avec la vie ouvrière.Pour soutenir son effort La connaissance des milieux de vie est indispensable à l'aumônier qui veut véritablement former un laïcat ouvrier pleinement conscient de sa double vocation chrétienne et ouvrière.Cette connaissance du milieu ouvrier, cette prise de conscience plus aiguë de ses besoins, de ses désirs, de ses souffrances, de ses ressources, lui mettra au cœur les sentiments qui seront à la fois la lumière et le soutien de son effort.Pour susciter un laïcat-apôtre L'Action Catholique, comme on le sait, s'exerce sur deux plans bien différents, correspondant à deux missions complémentaires aussi nécessaires l'une que l'autre.Sur le plan ecclésial de la communauté chrétienne, c'est le prêtre qui a une responsabilité plus importante ; le laïc-apôtrc prolonge — 163 — l'action du prêtre.C'est le premier type d'Action Catholique, appelée générale.Sur le plan profane, c'est le laïc qui a initiative et autorité ; le laïc a une responsabilité propre.En effet, pour la christianisation de la vie profane, de la vie de tous les jours, le laïc a un rôle irremplaçable.C'est le second type d'Action Catholique, appelée spécialisée.On comprend que le rôle du prêtre vis-à-vis du laïc est différent selon qu'il s'agit du plan ecclésial ou du plan profane.En effet, dans l'Action Catholique spécialisée, i.e.l'apostolat de milieu, ce n'est plus le laïcat venant aider le prêtre à remplir sa mission, mais le clergé venant aider le laïcat à réaliser sa mission providentielle.L'aumônier d'Action Catholique Ouvrière doit, s'il veut vraiment susciter des apôtres du monde ouvrier, connaître la vie ouvrière, les conditions concrètes dans lesquelles elle se déroule, en saisir la mentalité et les habitudes créées par le milieu dans l'esprit et le coeur de ceux qui y vivent.Il doit comprendre ceux dont la vie est engagée dans les réalités temporelles si différentes des siennes, s'il veut aider les militants à organiser ces milieux dans un climat tel que leur vocation d'enfants de Dieu et de travailleurs puisse librement s'épanouir.Pour en connaître les richesses Le milieu ouvrier voulu par Dieu n'est pas nécessairement, fatalement un milieu de perdition, mais il peut et doit devenir un terrain capable d'accueillir le Christ, de recevoir son message évangélique et de produire des fruits de sainteté.Car le milieu ouvrier appelle le Christ parce qu'il souffre depuis longtemps de son absence et il en souffre plus que les autres.L'aumônier doit donc connaître toutes les richesses de vie, toutes les possibilités d'ascension que le milieu ouvrier renferme, s'il veut véritablement l'aider à sortir de son ignorance, faire disparaître les préjugés, et surtout lui donner des conditions de vie indispensables à une vie d'enfant de Dieu.Pour comprendre la mentalité ouvrière Parce que tant qu'on n'a pas compris, on ne peut pas juger, on ne peut pas trouver les bons remèdes.Chose qu'il ne faudrait pas oublier : nous sommes de par notre sacerdoce des isolés, des séparés.Notre situation sociale, notre éducation nous ont mis à part de la vie courante, de la vie ouvrière, en particulier.Cela demande un effort constant, car il nous faut nous mettre à l'école de la vie ouvrière, sans quoi on ne comprendra pas.Cette connaissance du milieu ouvrier nous échappe souvent parce que par pudeur, par fierté ou par crainte mêlée de respect humain et de méfiance, l'ouvrier livre difficilement — 164 — le fond de sa pensée à qui, selon lui, n'est pas capable de le comprendre.II — MILIEU DE VIE, ELEMENTS ESSENTIELS Généralement, on admet deux éléments essentiels qui intègrent tout milieu social : Un groupe de personnes ou de familles reliées par un objet commun qui les unit d'une façon plus ou moins temporaire ou organique.Cet objet peut être déterminé par des occupations communes, des conditions de vie semblables.Une certaine mentalité commune qui s'impose aux gens du milieu et les contraint plus ou moins à penser, à vouloir et à agir d'une façon semblable.Le milieu social est une relation complexe où plusieurs individus ou plusieurs familles sont reliés ensemble autour d'un objet qui devient le fondement de cette relation.Cet objet exerce une contrainte qui devient de plus en plus marquée à mesure que le milieu social prend une plus grande consistance, soit par son intensité, soit par sa durée.Cette contrainte va se manifester par des sanctions qui s'appliqueront à ceux qui ne voudront pas se soumettre aux exigences de l'objet commun.Le milieu de vie est un milieu social assez permanent pour influencer profondément une tranche de vie ou toute la vie de ceux qui y sont compris.Et alors, il semble que la mentalité commune qui, dans la genèse du milieu de vie, était une caractéristique essentielle, une conséquence nécessaire de la contrainte exercée par l'objet, à la longue, cesse d'être un effet pour devenir une cause, pour devenir elle-même l'objet qui exerce la contrainte sur les individus du milieu.Et alors la mentalité commune prendrait un caractère essentiel pour définir le milieu de vie.L'un des milieux de vie qui exercent une influence plus profonde, est sûrement la classe sociale.En voici une définition, celle de M.Eugène Duthoit : « La classe est une manifestation de vie collective, impliquant une solidarité par similitudes entre un grand nombre de familles qui, par suite d'influences héréditaires et sociales, gagnent leur vie de même manière, conçoivent et mènent leur vie de même façon, jugent les valeurs suivant un même critère, remplissent la même fonction sociale au sein d'une communauté nationale.» 1 1.Documentation Catholique, 5 août 1939, n.902, p.959.— 165 — Mais si l'on veut préciser davantage les éléments essentiels de tout milieu de vie on peut donner les explications suivantes : 1.Des conditions de vie semblables Ce premier élément est objectif, extérieur aux individus.Il joue un rôle d'objet commun qui unit les personnes ou les familles.Il serait en quelque sorte l'élément matériel du milieu de vie.Pour spécifier davantage un milieu de vie, on pourrait ainsi détailler ces dites conditions de vie : —travail ou occupation ; —loisirs ; —revenu ; —vie familiale ; —culture — instruction ; -—vie religieuse ; —vie professionnelle et sociale.2.Une mentalité commune Ce second élément devient subjectif aux individus faisant partie de tel milieu.Ce sont des façons de penser, de vouloir et d'agir qui sont communes et qui prennent un certain caractère de permanence.Ce sont des attitudes, des goûts, des attraits, des modes, des habitudes propres à tel milieu et qui dérivent des aspects caractéristiques de ce même milieu.On pourrait distinguer les points positifs et les négatifs.Egalement on peut souligner ce qui est spontané, instinctif et ce qui est réfléchi.III — ELEMENTS CARACTERISTIQUES DU MILIEU OUVRIER Voici maintenant présentés sous forme schématique les principaux éléments qui caractérisent le milieu ouvrier.Nous les classons selon les divisions données plus haut pour tout milieu de vie.A — Conditions de vie (aspect objectif) 1 — Le régime du salariat : —Pas ou peu de participation à la vie de l'entreprise.■—Revenu trop souvent insuffisant.2 — Conditions de travail : —Mécanisation (surtout dans la grande industrie).—Rationalisation des tâches.— 166 — —Moralité : promiscuité — conversations malpropres.—Chez les jeunes : initiation et « déniaisage ».—Conditions physiques et d'hygiène : travail trop rude dans certains métiers : travail par « shifts » ; fatigue due à la grande distance qu'il faut parcourir pour se rendre au travail.—Pour les jeunes : tâches souvent difficiles et dangereuses où personne ne les aide : « débrouille-toi, mon jeune ».3 — Insécurité économique et sociale : —Situation de « mineur », d'homme dont on se sert et dont on tient plus ou moins compte.—Economie en fonction du rendement et non de l'homme.—En fonction d'intérêts particuliers et non du bien commun.4 — Conditions familiales : —Condition de locataire.—Habitation trop étroite, souvent pas assez hygiénique.—Perte des fonctions familiales : récréation, orientation de l'avenir, etc.—Promiscuité ; éducation difficile.—Hôtellerie, maison de pension.—Revenu familial insuffisant, d'où besoin du salaire des jeunes et fléchissement de l'autorité devant cette nécessité.5 — Conditions de culture et d'instruction : —Etat d'instruction et de culture insuffisante.Cf.Une enquête de la J.O.C.dans « L'Action Catholique Ouvrière » d'octobre 1952 : 50% quittent l'école avant la 9e année ; 45% sont sans métier.—Revenu familial insuffisant pour envisager l'instruction nécessaire.—Moyens d'instruction et de culture pas assez adaptés.—Pas de goût de se cultiver.On lit les « comics » et les pages de sport.6 — Conditions de vie religieuse : —Ignorance religieuse.—Chez les jeunes : manque de convictions qui fait qu'on cesse trop souvent la fréquentation des sacrements et la pratique religieuse au moment de l'entrée au travail ; d'où immoralité, et méfiance du prêtre.—Vie paroissiale difficile à cause de l'ampleur de la paroisse.—Manque de correspondance entre les structures sociales et paroissiales.— 167 — —Contrôle social difficile et souvent inexistant.—Matérialisme qui règne dans les loisirs et le travail.—Conditions de vie dure et simple qui comportent de grands sacrifices.7 — Conditions de loisirs : —Loisirs commercialisés.—Manque de loisirs pour un certain nombre.—Raffinement des moyens techniques utilisés par les loisirs pour influencer la mentalité populaire, ce qui joue d'une façon particulière pour l'ouvrier qui est primaire.—Pour les jeunes : course aux amusements ; gaspillage qui s'ensuit.— Cf.Enquête J.O.C.de 1947 (ibidem) : 40% dépensent de $10.00 à $15.00 par semaine.Le grand nombre ne paie qu'une petite pension.8 — Conditions de vie professionnelle et sociale : —Travailleurs manuels ; travail qui n'offre pas d'intérêt pour beaucoup.—Négligence des syndicats à l'égard des jeunes.—Grandes usines : aspect de force du nombre.—Vie en groupe, en commun, anonymat.—Accroissement rapide de la classe ouvrière, dû à l'industrialisation accélérée.B — Mentalité commune résultant des conditions de vie (aspect subjectif) 1 — Du salariat : —Imprévoyance et irresponsabilité.—Inquiétude et mécontentement.—Mentalité d'exploités et plus ou moins socialisante.2 — De l'insécurité économique et sociale : ■—Mentalité de mineurs.—Complexe d'infériorité.3 — Des conditions de travail : —Dépersonnalisation et irresponsabilité (« robotisme »).—Relâchement moral accentué par cette vie en commun qui impose ses réactions et ses jugements.4 — Des conditions de vie familiale : —Mentalité de locataire, de « pas chez eux », d'oiseau sur la branche.Manque de continuité, de tradition, d'esprit familial, d'attachement à la maison.— 168 — —Mentalité de pensionnaires, pas intéressés.—Irresponsabilité en matière d'éducation, en matière d'avenir des enfants.5 — Des conditions de culture et instruction : —Mentalité de primaires, pas d'ambition intellectuelle.—Défiance vis-à-vis des gens cultivés.—Opinion exagérée de la valeur du travail manuel.6 — Des conditions de vie religieuse : —Sens paroissial très diminué.—Eloignement progressif du prêtre (incompréhension).—Religion hors de la vie, religion de pratiques plutôt superstitieuses.—Mentalité religieuse dédoublée.—Convictions religieuses à la baisse ; mentalité large et matérialisante.-—Foi simple, générosité : grande volonté d'apostolat et de redressement.—Jardin de vocations.7 — Des conditions de loisirs : —Mentalité matérialiste et démoralisante.—Mentalité grégaire.—Légèreté.Le sport devient l'idole.8 — Des conditions de vie professionnelle et sociale : —Classe ouvrière jeune, en évolution, dans une large mesure inadaptée au milieu urbain.—Solidarité et partisannerie, esprit de classe.—Mentalité de réaction et de violence, de défiance à l'égard du patron.—Mentalité de masse, grégaire (ayant l'impression de ne compter pour rien comme individu).Cette mentalité de masse est créée par la dépersonnalisation du travail, le transport en commun, l'anonymat de la société, le manque d'intimité de la vie familiale.C — Application particulière au jeune travailleur —Travailleur manuel avec une culture primaire, saris goût pour se développer, sans idéal, sans orientation et sans métier, pour le grand nombre.—Ignorant au point de vue religieux, il manque de conviction.Il n'a nullement conscience de sa dignité de travailleur, de — 169 — sa mission d'ouvrier et de fils de Dieu.Il vit dans l'immoralité.Pas de respect pour la jeune fille.—Il est de plus gaspilleur, léger, sans intérêt pour son travail ni pour l'organisation syndicale.Son intérêt est dans le plaisir, les loisirs commercialisés, sports, grills, cafés, etc.—Un peu frondeur vis-à-vis du prêtre, parce que le prêtre est un reproche pour sa conscience.Pas anticlérical.Très sensible à toute marque d'intérêt de la part du prêtre.Un grand fond de foi et de générosité.IV — PROBLEMES IMKTHi'MI-KS RU MILIEU OUVRIER A — Pour toute la classe ouvrière 1 — L'insécurité économique : ■—Aspect négatif : irresponsabilité et matérialisme.—Aspect positif : vie humble et laborieuse ; solidarité.2 — Le travail ouvrier : —Aspect négatif : ultra-mécanisation ; morcellement des tâches; non propriété ; peu de participation.—Aspect positif : richesse matérielle au service de l'homme ; collaboration à la Création et à la Rédemption.3 — L'habitation ouvrière : —Aspect négatif : locataires, logements surpeuplés, mentalité de déracinés.—Aspect positif : obligation de partager, de s'unir.4 — Promotion de la classe ouvrière : —Aspect négatif : tendance au socialisme, à la dictature du prolétariat.—Aspect positif : intégration de la classe ouvrière dans la communauté nationale ; fonction sociale ; syndicalisme ; Action Catholique Ouvrière.5 — Loisirs ouvriers : —Aspect négatif : impuissance à réagir ; mentalité primaire ; publicité savante.—Aspect positif : réfection de l'humain perdu au travail.6 — L'esprit de masse : —Aspect négatif : déchéance collective.—Aspect positif : possibilité d'un relèvement collectif par des moyens de masse et des chefs accrochés au milieu.— 170 — 7 — Accroissement rapide de l'industrialisation : —Aspect négatif : inadaptation.—Aspect positif : fond de vertus rurales.B — Les problèmes particuliers à la Jeunesse Ouvrière 1 — Entrée au travail : —Sans préparation.—Influences morales néfastes.—Tâches difficiles souvent au-dessus des forces.—Elle décide de l'avenir humain et chrétien.2 — Conditions de vie familiale : —Indépendance et soustraction à l'autorité des parents.3 — Culture et instruction : —45% sont sans métier.—Mauvaise orientation.—Pas de goût de perfectionnement.—Seul intérêt aux sports et aux « comics ».4 — Religion : —Ignorance religieuse qui tourne en indifférence et en abandon de la pratique religieuse en face des problèmes de l'entrée au au travail.—Immoralité, et méfiance à l'endroit du prêtre.5 — Loisirs : —Course effrénée aux amusements, aux loisirs commercialisés les plus primaires.—Immoralité et gaspillage.Il y aurait bien des conclusions à tirer de cette étude.Que chacun de nous s'arrête à réfléchir sur la portée incalculable de ces données en regard du royaume de Dieu.C'est là un travail indispensable si nous voulons que notre Action Catholique spécialisée atteigne son but, c'est-à-dire la pénétration chrétienne de tout le milieu profane.i$ *f* % — 171 Pour les récollections et la direction spirituelle LE PLAISIR DANS LA VIE CHRETIENNE par le R.P.Rodrigue NORMANDIN, o.m.i., recteur de l'Université d'Ottawa.Avec la bienveillante autorisation de son auteur nous reproduisons le texte de l'article liminaire publié dans la livraison de janvier-mars de la Revue de l'Université d'Ottawa.1 Cet article intitulé « Le plaisir dans la vie chrétienne, » donne d'abord une synthèse claire et précise de la doctrine chrétienne du plaisir et montre ensuite comment elle s'harmonise avec l'esprit de l'Evangile.Le Révérend Père Normandin avait d'abord été invité par un groupe d'Action Catholique, à développer ce thème en rapport avec le sujet d'enquête sociale sur les loisirs.Les aumôniers d'Action Catholique trouveront dans les lignes qui suivent une matière abondante et sûre, tant pour les récollections que pour la direction spirituelle, sur la véritable attitude chrétienne à tenir en face des différentes formes de plaisir qui se présentent, surtout dans les loisirs.Les sous-titres sont de nous.La Rédaction INTRODUCTION Le problème du plaisir Parmi les problèmes nombreux et complexes qui se posent à la conscience catholique, et tout particulièrement à la conscience des jeunes, il en est un d'une singulière importance.Ce problème n'est pas nouveau.Il est même aussi ancien que notre nature, puisqu'il s'inscrit et prend sa racine dans la dualité du composé humain, fait de corps et d'âme, de chair et d'esprit.Dès l'aurore de la création, il a pris dans le drame fatal du paradis terrestre, une signification tragique lorsque Adam, fasciné par la beauté du fruit défendu, a 1.Revue de l'Université d'Ottawa.Revue trimestrielle publiée par les Oblats de Marie Immaculée de l'Université d'Ottawa.Offre à ses lecteurs des articles touchant l'Ecriture sainte, la théologie, le droit canonique et civil, l'histoire, la philosophie, les sciences et les arts.Une Section spéciale présente des études plus techniques sur la théologie, le droit canonique et la philosophie.— Prix de l'abonnement : Edition partielle, $2.50 ; Edition complète (incluant la section spéciale), $3.00.— 172 — consenti d'en manger.Tour à tour, à l'instar de leur premier père, les hommes de toutes les générations, de tous les pays, de toutes les religions ont lâchement capitulé devant le puissant attrait des choses sensibles et du plaisir capiteux qui en est le fruit éphémère et toujours trompeur.Le problème du plaisir se pose de nos jours avec une acuité particulière et parfois alarmante.N'allons pas, pour toute explication, accuser la nature humaine d'être aujourd'hui plus avide de jouis-( sances que dans les siècles passés.A la vérité, rien ne change beau- coup sous le soleil.La vraie raison n'est-elle pas plutôt que la science et la technique modernes, dont le génie inventif est immense, ont su mettre à la portée de tous ce qui, jadis était le privilège ou l'apanage d'une minorité ?Les objets et les instruments de plaisirs se multiplient, et les organismes qui exploitent ce commerce font des affaires d'or.Les puissants moyens de publicité et de propagande dont ils disposent, leur permettent de tendre leurs appâts sur toute la surface du continent.Personne n'échappe plus aux appels, aux sollicitations que lancent, à jet continu, la masse effarante des imprimés et des illustrés, la radio et déjà la télévision.Devant la conscience chrétienne ir Notre pauvre nature se faisant complice, où s'arrêtera l'élan et l'instinct qui nous porte tous au bien-être, au confort, aux distractions, aux amusements, aux satisfactions et aux plaisirs faciles ?Car il faut bien s'arrêter quelque part.On ne peut tout de même pas s'étourdir au point d'oublier que l'on a une âme, et qu'à cette âme le corps doit tenir lieu de fidèle serviteur et non d'implacable tyran.On ne peut tout de même pas s'illusionner au point de se convaincre que le plaisir est le but de l'existence.S'arrêter quelque part, s'imposer des limites, se fixer des bornes, voilà la question qui se pose à la conscience chrétienne au sujet des plaisirs.Voilà la question sur laquelle il nous fait froidement réfléchir et, si possible, répandre quelque lumière.Une fois tracées les limites morales du plaisir, une fois délimité l'enclos, fleuri de roses, où la ■ prudence chrétienne permet d'entrer pour y respirer leur parfum, il restera à démontrer que nos conclusions s'harmonisent avec l'esprit de l'Evangile et que les actions délectables où passe le courant de la grâce, loin de nous ravaler à la condition de l'animal, prennent au contraire valeur de vie chrétienne et, selon le mot de saint Paul, concourent à la gloire de Dieu : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, ou quelque autre chose que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu.2 » 2.I Cor.10, 31.— 173 — I — LES LIMITES 3IORALES 165 PLAISIR Afin de faciliter l'intelligence du problème qui nous occupe, laissons pour le moment de côté les principes et la théorie ; mettons-nous bien en face de la réalité et prenons conscience de deux faits indéniables.Variété et abondance des plaisirs Premier fait : variété et abondance des plaisirs qui s'offrent à nous.Si le monde dans lequel nous vivons ressemble parfois à un immense hôpital où s'étalent les misères et les souffrances les plus diverses, s'il fait encore penser à une gigantesque usine où l'homme gagne son pain à la sueur de son front, il semble aussi qu'on veuille en faire un paradis de délices, une fabrique de divertissements.Des plaisirs, il s'en trouve partout, pour tous les âges, pour tous les goûts, pour tous les sens.A ceux que le Créateur met à notre disposition s'ajoutent ceux qu'inventent chaque jour l'art et l'industrie de l'homme.Plaisirs de la vue par le jeu vivant des formes et des couleurs dans les spectacles de la nature avec tous les êtres qu'elle contient.Plaisirs de l'ouïe par la disposition harmonieuse des sons tirés des voix humaines ou des instruments de musique.Plaisirs du goût, de la table, des mets délicats et des boissons délicieuses.Plaisirs de l'odorat que dilatent les émanations des fleurs, la vaporisation des parfums.Plaisirs du toucher qui s'exerce à fleur de peau sur toute la surface de notre être, et dont les antennes sont en nombre presque infini.Ces impressions variées qui se jouent à la périphérie, des postes de réception intérieurs les captent à leur tour, les impriment, les enregistrent pour les reproduire au besoin et faire renaître à loisir le plaisir des choses et des êtres absents.Qu'il suffise de rappeler ici le pouvoir magique de l'imagination.Par ses propres forces, qu'elle applique à des objets réels ou à des objets fictifs, elle met toute notre sensibilité en émoi et en capacité de jouissance.Franchissons une dernière étape.En pénétrant dans le domaine de l'âme et des facultés spirituelles, le plaisir s'épure, se transforme et devient proprement une joie.Quelles riches satisfactions nous réservent l'esprit, la volonté, le oceur ! Joie de connaître, de comprendre, de trouver la vérité, de progresser dans la marche vers la pleine lumière.Joie de l'effort, du succès, de la réussite dans les œuvres entreprises.Joie insurpassable des affections et de l'amitié sous toutes ses formes.Joie de faire du bien, de rendre service, de secourir des indigents, des miséreux, joie de donner et de se donner.Et pour compléter le tableau, il faudrait pénétrer plus au fond — 174 — e de l'âme encore, là où la grâce se greffe sur la nature pour l'élever et l'orienter vers Dieu en qui se trouve la seule et vraie et pleine joie de l'homme.Soif intérieure de bonheur Voici maintenant un deuxième fait, aussi facile à constater que le premier : il existe au plus intime de notre être, un appel pressant, une tendance irrésistible au plaisir, une faim, une soif intense de bonheur, de bien-être et de joie.Comme la fleur réclame la lumière et la chaleur du soleil, ainsi, en nous, tout réclame sa part de contentement et de satisfaction : l'âme aussi bien que le corps, l'esprit et le cœur aussi bien que les sens.Et à moins de posséder une vertu qui va jusqu'à l'héroïsme des plus grands saints, la privation, je ne dis pas complète, mais quelque peu prolongée de tout plaisir nous rend moroses, tristes et nous fait gémir.Saint Thomas d'Aquin, le prince des théologiens catholiques, homme pondéré et raisonnable s'il en fut, ne craint pas d'affirmer que personne ne peut rester longtemps sans quelque délectation sensible ou corporelle.3 Certes, dans l'état de justice originelle où furent placés nos premiers parents, cette tendance au plaisir se serait satisfaite sans danger d'abus.Mais, depuis la chute, cette inclination, comme bien d'autres et même plus que toute autre, a été viciée, corrompue ; le venin du mal l'a affectée dans sa source.Elle ne produit plus seulement de bons fruits.Elle en produit beaucoup de mauvais.D'où le grand danger qui existe maintenant, en convoitant le plaisir, de passer du permis au défendu, de l'honnête au dangereux et du dangereux au mauvais.Conflit entre le devoir et le plaisir Aussi, tôt ou tard, un conflit s'élève dans la conscience entre le devoir et le plaisir, une lutte mortelle s'y engage entre la voix de Dieu et les sollicitations des sens.Tôt ou tard, se répète pour chacun de nous le drame du paradis terrestre.D'un côté, la loi de Dieu, claire et précise : « Tu n'en mangeras point.» De l'autre, le fruit savoureux qui met l'eau à la bouche et qui, dans ses somptueux atours, semble dire à notre faim ou à notre gourmandise : « Mange-moi donc ; tu verras comme je suis délicieux.» L'objet de la tentation peut varier à l'infini, la lutte, dans ses éléments essentiels, demeure toujours la même.Qui remportera la victoire ?Est-ce la grâce ou la nature ?est-ce la conscience ou la passion ?Sans doute, si les jouissances spirituelles, celles qui satisfont 3.Saint Thomas cJ'Aquin, Somme théologique, I" — II*', q.34, a.1.— 175 — », l'esprit et le cœur, étaient plus vives, plus prenantes, plus attirantes, plus impérieuses que les plaisirs des sens et de la chair, la victoire pencherait facilement du bon côté.Malheureusement pour nous, il n'en va pas ainsi.Bien que les joies de l'âme soient en elles-mêmes beaucoup plus nobles que les plaisirs des sens, elles n'ont pas sur nous le mordant de ces derniers qui sont plus près de nous, plus à notre portée, plus faciles à saisir, plus alléchants, plus capiteux.4 Entre les unes et les autres, les chances de victoire paraissent d'autant plus inégales que les plaisirs des sens ont déjà dans la place de puissants complices, une espèce de cinquième colonne toujours prête à entrer en action au moindre signal de l'ennemi.Aussi, il n'est pas étonnant que, la loi du moindre effort y aidant, nous vivions plus selon la chair que selon l'esprit.Une expérience permettra de saisir sur le vif la situation que je veux décrire.Dans une petite ville, que ni vous ni moi ne connaissons, parce qu'elle est fictive, le maire et les échevins ont décidé d'offrir gratuitement le même soir, en trois endroits différents, un banquet, un concert, une conférence littéraire ou scientifique.Libre à chacun de choisir selon ses préférences et selon ses goûts.Le lendemain, les journaux publient les résultats suivants : la salle de banquet débordait de convives ; on a même dû renvoyer plusieurs aspirants, faute de place.Le concert a réuni un auditoire convenable ; il restait pourtant bien des banquettes vides.Quant à la salle où se donnait la conférence, elle ressemblait plutôt à un désert : à peine quelques auditeurs, probablement des amis ou des intimes du conférencier, qui sont là par sympathie ou parce que les convenances les y obligent.Les malins ajoutent que le conférencier lui-même ne s'y rendit pas, ayant remis son discours au lendemain soir afin de ne pas manquer le banquet.Constatons aussi que le cinéma, les tavernes, les salles et les terrains de jeu attirent une plus nombreuse clientèle que les bibliothèques.Nous courons donc spontanément aux plaisirs faciles, à ceux des sens.Rien de mal encore, puisque certain plaisir sensible est bienfaisant, voire nécessaire et voulu par Dieu.Attention cependant ! Car le danger s'amorce déjà.Du plaisir licite et honnête, on passe sans trop de peine au frivole, et bientôt au sensuel et au malsain.C'est pourquoi l'on peut affirmer sans la moindre hésitation que la jouissance sous toutes ses formes constitue le plus dangereux écueil, la principale pierre d'achoppement à la montée de l'âme vers ses hautes destinées ; c'est le démon du plaisir qui répand le plus d'ivraie parmi le bon grain.4.Id., ibid., a.4.— 176 — La ligne de conduite à suivre Que faire alors ?Quelle ligne de conduite adopter ?Faudra-t-il nous priver de tout plaisir des sens ?vivre comme des ermites ou des anachorètes ?fuir le monde et ses amusements même honnêtes ?Cela, le Christ l'exige de quelques âmes particulièrement généreuses, il ne l'impose pas à tous.Mais ce qu'il demande à tous, sans distinction, c'est d'user raisonnablement et chrétiennement des plaisirs sensibles, c'est-à-dire avec discernement et modération, sans jamais sacrifier le devoir au plaisir.Ce qu'il demande à tous, c'est de pratiquer la vertu de tempérance.Pour tenir ferme contre les tendances viciées de notre nature, pour résister aux attraits trompeurs des plaisirs déshoruiêtes, nous avons besoin d'une force particulière qui nous serve de contrepoids.La vertu cardinale de tempérance y pourvoit.Elle a en effet pour rôle ou fonction de nous faire éviter les excès dans l'usage des plaisirs sensibles, de nous maintenir dans le bon chemin, sans écart à gauche ou à droite.Elle est en même temps un guide et un frein.Le chrétien vertueux, tempérant, modéré, n'est donc pas nécessairement celui qui se refuserait tout plaisir, toute satisfaction sensible ; c'est plutôt celui qui n'use que des plaisirs légitimes, selon sa condition de vie et les convenances de son état.Le chrétien vertueux et tempérant fait davantage encore : il s'efforce, par sa vie d'amitié avec Dieu, de faire passer le courant de la grâce dans ses récréations, dans ses plaisirs et dans ses joies, les rendant ainsi méritoires pour le ciel : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, ou quelque autre chose que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu.» La doctrine catholique concernant le plaisir Par souci de clarté, résumons en trois propositions la doctrine catholique concernant le plaisir.Premièrement : Nous abstenir absolument des jouissances incompatibles avec notre dignité d'hommes et de chrétiens, nous refuser sans merci tout plaisir qui nous éloigne de Dieu et tue l'âme en flattant la chair.Deuxièmement : accepter les plaisirs légitimes de l'esprit, du cœur et des sens comme venant de Dieu et, par notre intention, les lui rapporter comme à leur véritable fin, en faire une source de mérites pour l'autre vie.Troisièmement : savoir, à l'occasion, nous refuser quelque satisfaction louable et permise afin d'apprendre à nous dominer et à ne jamais devenir esclaves de nos instincts jouisseurs.Habitués en effet à nous satisfaire en tout, à écouter tous nos caprices, nous ne saurons plus bientôt résister à aucune sollicitation ; malgré quelques velléités de nous tenir debout, de ne pas sombrer dans l'abîme, nous serons mûrs pour toutes les turpitudes et les déchéances.Retenons donc ces trois règles de conduite : abstention totale des plaisirs mauvais ou dangereux ; usage modéré des plaisirs légitimes ou nécessaires ; sacrifice occasionnel5 de quelques satisfactions permises.Ces règles sont générales ; seule la première est absolue ; les deux autres restent donc soumises à des adaptations individuelles sous le régime d'une saine prudence surnaturelle ; surtout, qu'on veuille bien le noter, elles n'entendent pas imposer d'étroites limites aux âmes plus généreuses, plus aimantes, qui, dans leur vie désirent faire aux épines la part plus large qu'aux roses.Il — E'EVANGIEE ET EE PLAISIR Un doute cependant vous envahit peut-être et vous me formulez une objection.« Ce que vous dites paraît juste et raisonnable, mais est-ce là vraiment ce qu'enseigne l'Evangile, ce qu'a prêché Notre-Seigneur ?Le Divin Maître ne parle-t-il pas constamment de croix à porter, de voie étroite, de sacrifice, de renoncement, de pénitence ?A la lumière des Evangiles, notre vie n'apparaît-elle pas comme une répétition du chemin de la croix, une réédition des mystères douloureux ?Chrétiens ne faisons-nous point figures de condamnés à mort, d'esclaves menacés des supplices éternels ?Et notre chère religion qu'on dit pourtant si belle, si sublime, si consolante, n'est-elle pas plutôt une religion de deuil et de pleurs amers ?Où trouver dans l'Evangile la justification du plaisir honnête » ?Voilà de très sérieux griefs.Que faut-il en penser ?La recherche du plaisir peu encouragée Concédons sans réticence que Notre-Seigneur a peu encouragé la recherche du plaisir.Venu sur la terre pour racheter les hommes au prix de son sang, il a surtout prêché l'abnégation, le renoncement.« Si quelqu'un veut être mon disciple, qu'il se renonce lui-même, qu'il porte sa croix après moi et qu'il me suive.6 » Au jeune homme riche qui lui demandait ce qu'il fallait faire pour obtenir la vie éternelle, il répondit : « Va, vends tout ce que tu possèdes, donnes-en le profit 5.Dans un article intitulé « Conseil ou précepte en matière d'abstinence » et publié dans cette même livraison de la Revue de l'Université d'Ottawa, le R.P.Louis-N.Boutin, o.m.i., étudie ce problème en se plaçant au point de vue de l'obligation de tendre à la perfection.6.Marc 8, 34.— 178 — aux pauvres.7 » A ses futurs apôtres qui ne possédaient en propre que leurs barques et leurs agrès de pêche, il dit : « Laissez-là vos filets et vos barques, et suivez-moi.» Il a proclamé bienheureux ceux qui pleurent, ceux qui souffrent, ceux qui sont privés du nécessaire.Et, par contraste : « Malheur à vous qui riez et qui avez des consolations ici-bas ».Inutile d'insister.Tous nous connaissons cet aspect sévère de la prédication évangélique.Est-ce à dire que le Sauveur a condamné toute joie honnête ?Son silence apparent et relatif serait-il un signe de réprobation ?Je ne le crois pas, je suis même sûr que non.Les satisfactions légitimes, les plaisirs sains et bienfaisants, jamais il n'a jeté sur eux l'anathème, et lui-même, tout Homme-Dieu qu'il était, ne se les est point toujours et partout refusés.S'il a jeûné quarante jours au désert, il n'a pas dédaigné de s'asseoir à la table copieusement servie d'un percepteur d'impôts, le publicain Lévi, devenu par la suite l'apôtre Mathieu : « Lévi, écrit saint Luc, lui donna un grand festin dans sa maison ; et une foule nombreuse de publicains et d'autres personnes étaient à table avec eux 8.» Jésus et les joies honnêtes Est-ce que, au grand scandale des pharisiens, Jésus n'a pas excusé ses disciples de ne pas observer certaines pratiques de pénitence chères aux compagnons de Jean-Baptiste pour la bonne raison que les amis de l'Epoux ne doivent pas jeûner tant que l'Epoux est avec eux ?Une autre fois, on le trouve à table chez Simon le pharisien.« Et voilà qu'une femme, connue dans la ville pour une pécheresse.apporta un vase d'albâtre rempli de parfum.Se tenant en arrière du Seigneur, à ses pieds, elle se mit à les arroser de ses larmes, à les essuyer avec ses cheveux, à les baiser et à les embaumer de parfum 9.» Le divin Maître proteste-t-il ?Non, il connaît les intentions de cette femme et la pureté de son amour repentant.Il en profite même pour donner à Simon, qui ne lui a pas rendu tous les égards de l'hospitalité orientale, une belle leçon sur la puissance de la charité.En vrail fils de son pays, le Fils de Dieu fait homme n'a pas voulu se singulariser en ne buvant jamais de vin ; il a, au contraire, souvent trempé ses lèvres à la coupe, ses ennemis trouvant en cela un prétexte pour colporter qu'il était « un homme de bonne chère et un buveur de vin 10 ».Et je ne puis me le représenter aux noces de Cana, rigide, morose, taciturne, les lèvres pincées, refusant de prendre part à la joie exubérante des invités.Lui qui accomplit un miracle 7.Matth.19, 21.8.Luc 5, 29.9.Luc 7, 36-8.10.Matth.11, 19.— 179 — pour que le superflu ne manquât point et qu'il y eût du vin en abondance, était-il là, tel un gendarme, pour jeter du froid sur la bonne humeur des convives ?pour imposer silence aux chanteurs et aux musiciens qui égayaient toujours de pareilles célébrations ?Non, c'est impossible.Si l'Evangile ne mentionne pas que Jésus lui-même chanta en cette circonstance, nous savons par ailleurs qu'il le fit en d'autres occasions.Grande est la joie du père quand l'enfant prodigue rentre enfin au foyer.Il faut fêter ce retour presque inespéré par des réjouissances extraordinaires.« Vite, dit le père aux serviteurs, apportez sa robe première et l'en revêtez.Mettez-lui au doigt un anneau, et des chaussures aux pieds ; amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et réjouissons-nous.Et ils commencèrent à se réjouir.Or, le fils aîné était dans les champs.Comme il revenait et approchait de la maison, il entendit le bruit de la musique et de la danse ll.» Oui, rien de moins que cela: de la musique et de la danse, car on éprouve le besoin de sauter tellement il y a de joie dans les cœurs.Et les joies de la famille, Jésus les a-t-il réprouvées ?Qui pourrait décrire le bonheur intense de ses années passées sous le toit paternel avec une mère telle que Marie et un père tel que saint Joseph.C'est à peine si l'on peut en soupçonner l'étendue et la profondeur.Et la flamme si bienfaisante de l'amitié, le divin Sauveur l'a-t-il voulu éteindre ?Ses apôtres il les a aimés avec toute la sensibilité et l'ardeur de son cœur d'Homme-Dieu.Librement et pour des raisons que lui seul connaît, il a même voulu avoir parmi eux des préférés.Parmi les soixante-douze disciples, les douze apôtres ; parmi les douze, un trio de choix : Pierre, Jacques et Jean ; enfin, dans ce trio, un ami de prédilection, Jean, le disciple bien-aimé, le confident de ses pensées les plus intimes, celui sur le cœur duquel, avec une familiarité presque étonnante, il a épanché son oœur pour y trouver appui et réconfort, celui enfin à qui il a confié sa mère.Nous serions pour le moins surpris, peut-être scandalisés, si un homme passé la trentaine demandait à un autre homme : « M'aimes-tu ?» — Voilà pourtant ce que Jésus a fait, et par trois fois, en s'adressant à Pierre.N'allons pas nous imaginer qu'il s'agissait là de pures et froides formalités.Non, Jésus laisse tout simplement déborder les sentiments qui l'animent.Avec les enfants, il est encore plus familier ; il les prend dans ses bras et, avant de les bénir, il les embrasse affectueusement12.Et ses hôtes habituels de Béthanie, Marthe, Marie, Lazare, comme il se plaisait en leur compagnie, comme il goûtait la chaleur 11.Luc 15, 22-25.12.Marc 9, 35 ; 10, 13-16.— 180 — de leur amitié et la douceur de se reposer sous leur toit.Le frémissement que Jésus éprouva dans tout son être, les larmes qu'il répandit devant le tombeau de son ami avant de le ressusciter, nous font exclamer avec la foule qui se trouvait sur les lieux : « Voyez comme il l'aimait.» Plus l'œil est pur et simple, plus il est ouvert à la beauté des spectacles de la nature.Si un saint François d'Assise a pu s'extasier devant la majesté et la puissance du soleil, que dire de la joie de Jésus en présence des splendeurs inégalées du ciel de Palestine, du calme brillant des nuits orientales, de cette « douce clarté qui tombe des étoiles ».Son âme, d'une sensibilité exquise, à nulle autre pareille, était bien faite pour vibrer intimement à toutes les harmonies de la nature.Les plaisirs de la route, certes il les a aimés, lui, le grand routier, le divin vagabond, toujours en courses apostoliques sur les chemins et les sentiers de Palestine.Il n'est pas un coin de terre qu'il n'ait foulé de ses pieds.Jour par jour, il éprouve la joie de le découvrir, de le connaître tel qu'il est dans sa géographie pittoresque et tourmentée, avec ses monts abrupts et ses plaines fertiles, « blanchissantes sous la moisson », ses collines plantées de vignes et d'oliviers toujours verts, son beau lac et son fleuve, ses villages et ses bourgades, sa grande ville de Jérusalem où chaque année il monte pour prendre part aux solennités religieuses de son peuple.Dira-t-on que tout cela est de la pure imagination ou du romantisme à la Lamartine ?Non, c'est de la réalité, et de la plus authentique.Ces quelques traits auront suffi à mon propos ; il y en aurait bien d'autres à exploiter, car c'est tout l'Evangile qu'il faudrait analyser et scruter à la loupe.Je le répète, Jésus n'a pas anathematise ni par ses paroles, ni par ses exemples le plaisir honnête.S'il n'a pas même conseillé de le rechercher, c'est qu'il savait fort bien que notre nature et nos instincts y pourvoiraient surabondamment.Il savait aussi qu'étant donné le poids du péché qui nous porte aux excès, il était urgent d'insister sur l'impérieuse nécessité de la mortification et du sacrifice.A cet égard, il a voulu nous donner lui-même l'exemple d'un dévouement inouï qui va jusqu'au sacrifice de sa vie, jusqu'à l'effusion du sang dans un surcroît et j'oserais dire dans un luxe de souffrances qui ne peut être que l'effet d'un amour infini.Cela, il ne faut jamais le perdre de vue, si nous voulons éviter des erreurs et bien équilibrer nos jugements dans le délicat problème qui nous occupe.Comment sanctifier joies et plaisirs Gardons-nous aussi, pour éviter toute erreur d'interprétation, de considérer les joies et les plaisirs que Jésus s'est permis comme des — 181 — concessions à la faiblesse ou à la fragilité humaine.Ces joies entraient dans sa vie normale d'homme de son temps, de son milieu, de sa race, elles s'intégraient à lui qui, en s'incarnant, a voulu devenir « en tout semblable à ses frères, hormis le péché ».Mais il paraît encore plus important de nous rappeler que toutes ses actions, même les plus humbles, les plus terre à terre, étaient des actions divines au sens rigoureux du mot.Quand donc Notre-Seigneur mangeait, buvait, marchait sur les routes de Galilée, c'est un Dieu qui mangeait, buvait et marchait.Je m'excuse de rappeler ici ces données élémentaires, mais elles sont nécessaires pour nous faire comprendre que les plaisirs et les joies du Sauveur étaient essentiellement saints, infiniment méritoires, étant les plaisirs et les joies d'un Dieu.Nous sommes, nous, des hommes, mais, par la grâce, nous participons à la vie même de Dieu.Cette vie divine en nous, ce n'est pas seulement un « avoir », c'est un « être » qui adhère au plus intime de notre moi ; ce n'est pas seulement quelque chose en nous, c'est Quelqu'un, c'est-à-dire Dieu lui-même présent au fond de nos cœurs.Nous ne sommes pas des dieux, mais nous sommes divinisés, corps et âme, et toutes nos actions portent la marque, le cachet du divin.Cessons donc de compartimenter notre vie en deux, trois ou quatre ; nous sommes chrétiens tout entiers, partout et toujours, aux heures de joie comme aux heures de travail et d'épreuves.Nous sommes chrétiens, et, si nous le voulons, le courant de la grâce, jaillissant des profondeurs de l'âme comme de sa source, peut s'infiltrer dans toutes nos actions, les ennoblir, les rendre sanctifiantes, méritoires et agréables à Dieu.Il ne dépend que de nous de faire profiter à nos âmes les plaisirs et les joies que Dieu nous prodigue, les roses dont il se plaît à parsemer notre route : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, ou quelque autre chose que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu.» CONCLUSION Un sommet entre deux excès Cette doctrine chrétienne du plaisir émerge comme un sommet au-dessus de deux conceptions erronées de la vie : celle des stoïciens, selon qui nous devrions agir uniquement par devoir ou par vertu, mettant implacablement de côté notre bonheur, notre intérêt, notre bien-être personnels.Celle des épicuriens, selon qui le plaisir prime tout ici-bas.Jouir, voilà la vie.La première théorie, qui est une école de courage surhumain et inhumain, a vite passé de mode, si jamais elle jouit de quelque popularité.Historiquement, on en trouve les dernières traces chez les jansénistes du XVIIe siècle.Aujourd'hui, elle n'existe plus que dans les livres.La seconde théorie connaît depuis toujours une vogue extraordinaire, elle compte un nombre incalculable de partisans, même parmi nos bons catholiques.Le vrai chrétien évite ces deux excès contraires.Certes il place le devoir et la vertu au-dessus du plaisir, mais il ne sacrifie pas pour autant toute satisfaction personnelle.Certes il ne fait pas du plaisir un but, une fin, mais il en use volontiers comme d'un moyen, d'une aide, d'un stimulant du devoir à accomplir, d'une récompense du devoir accompli.Guidé par l'Esprit qui l'éclairé et le fortifie, il n'hésitera pas à accepter courageusement les sacrifices de la vie, ni à s'imposer des restrictions volontaires, mais il s'efforcera surtout de recevoir comme un cadeau de Dieu et à redonner à Dieu dans une offrande amoureuse ses plaisirs et ses joies.En résumé, tout vrai chrétien qui réfléchit sur le sens de la vie, signe volontiers ces paroles de l'abbé G.Courtois : « En face d'une rose, deux attitudes sont possibles : celle du pessimiste qui se désole de ce que les roses aient des épines ; celle de l'optimiste qui se réjouit de ce que, sur des épines, il puisse pousser des roses 13.» 13.G.Courtois, L'Art d'élever les Enfants aujourd'hui, p.162.ETES-VOUS INTERESSE?SI OUI.A l'occasion du renouvellement de leur abonnement à L'Action Catholique Ouvrière plusieurs abonnés nous ont exprimé spontanément leur intérêt à la Revue.Nous les en remercions sincèrement.A tous ceux-là et à tous les autres lecteurs intéressés à la Revue nous nous permettons de faire une double invitation : 1° Faire connaître la Revue autour d'eux et y abonner un confrère ; 2° Nous faire parvenir leurs suggestions en vue de rendre la Revue encore plus intéressante et pratique.La Direction — 183 — La voix du Pape Une communauté efficiente et aqiiiante.Discours de Sa Sainteté Pie XII à une paroisse de Rome En la fête de la Sainte Famille, le 11 janvier dernier, le Saint-Père recevait en audience spéciale un groupe imposant de fidèles de la paroisse Santa-Saba de Rome.Sa Sainteté leur adressa une exhortation sur l'importance de la paroisse et sur la nécessité pour tous ceux qui la composent, « prêtres et militants laïques, avec tous les fidèles, de former ensemble une communauté efficiente et agissante, afin que Jésus soit la vie de toutes les âmes.» C'est dans cette allocution que le Saint-Père insiste « le problème de nombre et de qualité » des militants catholiques que nous avons signalé dans l'éditorial de mars de notre Revue.Nous reproduisons la traduction publiée par l'édition française de fOsservatore Romano dans la livraison du 30 janvier 1953.Les sous-titres sont de nous.La Rédaction Rome, la ville du Pape Bien que le souci de toutes les Eglises (2 Cor.14, 28) tienne Notre attention fixée sur le monde entier et nous oblige à veiller sur toutes les parties du troupeau du Christ, afin que ne leur manque pas le pâturage et qu'elles ne soient pas la proie des loups, Nous ne pouvons toutefois oublier que Jésus Pasteur Suprême invisible, voulut Nous confier de manière particulière la ville de Rome.Aussi nos soins spéciaux s'adressent à elle et personne ne s'étonnera si Nos activités sont plus vives pour elle.Rome est à double titre Notre ville ; tout groupe de romains trouve donc l'accueil le plus affectueux chaque fois qu'ils ont le vif désir d'approcher leur concitoyen et Pasteur, qui est toujours heureux de les recevoir et de les bénir avec toute l'effusion de son cœur paternel.C'est ainsi qu'aujourd'hui Nous Nous voyons avec tant de joie au milieu d'une grande famille de l'Eglise romaine, au milieu d'une multitude de fidèles appartenant à la paroisse de Santa-Saba, une de ces communautés romaines qui sont, chaque jour davantage, notre bonheur et notre couronne, (cfr.Phil.4, 1).— 184 — Vingt ans de vie paroissiale féconde Nous vous souhaitons donc, chers fils et filles, une cordiale bienvenue.Vous avez voulu couronner et conclure devant le Vicaire du Christ les célébrations de votre vLngtième anniversaire, et Nous rendons grâces à Dieu qu'il Nous ait accordé d'être près de vous pour vous dire Nos paroles d'éloge et d'exhortation.Nous avons désiré Nous informer exactement sur tout ce qui a été fait en ces vingt années, et Nous exprimons Notre paternelle satisfaction à votre zélé curé, aux religieux de la Compagnie de Jésus, aux prêtres et aux vaillants laïques, tous choisis par Dieu pour être ses instruments dans la collaboration à une culture sans cesse plus intense et efficace de cette partie choisie de sa vigne.Certainement Jésus seul connaît tout ce qui s'est passé dans le fond des consciences au cours des années écoulées de travail paroissial ; combien de lumière est descendue dans les esprits de milliers de personnes ; combien de force a été infusée dans les volontés ; combien d'encouragements donnés, combien de larmes essuyés, combien de jeunes sauvés, et, dans combien de familles, la sérénité et la paix conservées ou ramenées ! Il suffit de lire les chiffres concernant les activités de charité ou directement apostoliques des diverses associations pour demeurer consolé et ému.Nous avons appris avec une vive satisfaction que dans votre paroisse fonctionne avec zèle l'œuvre d'assistance aux nécessiteux de tout genre et que des prêtres et des laïques, spécialement d'Action Catholique, se prodiguent afin que l'instruction religieuse — propice en toute occasion et utile sous toute forme, — soit donnée aux fidèles, spécialement aux enfants.Mais Nos yeux se sont arrêtés sur un de ces chiffres, qui à lui seul aurait suffi à Nous frapper et à Nous procurer une sainte joie : 120,000 communions sont distribuées annuellement dans votre paroisse ; ce qui, comparé au nombre des habitants, donne une idée réconfortante de la fréquence à la sainte table eucharistique.Un pressant appel au renouvellement Nous vous exprimons, chers fils et filles, Notre gratitude pour tout ce que chacun de vous a accompli afin de maintenir une si grande intensité de vie et une si grande ferveur d'oeuvres.Mais Nous ne profiterons pas bien de notre présence ici, dans la maison du Père commun, si Nous n'ajoutions aux expressions de louange pour tout ce que vous avez fait Notre exhortation à agir toujours plus activement, afin que votre paroisse puisse encore dans les années futures être comme Dieu la veut et comme la désirent ardemment les âmes droites de notre époque tourmentée.Et même, puisque, déjà, le vingt- — 185 — cinquième anniversaire de votre paroisse n'est plus éloigné, Nous avons songé à vous adresser une demande qui a la valeur d'un pressant appel.Vous savez que Notre Exhortation du 10 février de l'an dernier a été accueillie avec ferveur par plusieurs villes d'Italie et du monde.D'autres suivront encore.Mais il n'est pas douteux que Rome, qui fut la première à recevoir Notre consigne ne devrait céder à aucune dans l'ardeur du renouvellement.Chers fils et filles : voulez-vous pendant cette période qui vous sépare de votre vingt-cinquième anniversaire, tout tenter et faire tous les efforts afin que votre paroisse devienne un modèle de vie chrétienne, individuelle et collective, dans une Rome renouvelée par l'impulsion de ses Guides spirituels et par l'œuvre de tous les fidèles ?Nous savons que Nos chers fils les curés sont en train de faire tout leur possible pour répondre à Notre attente ; les édifices sacrés de l'Urbs se multiplient, et Nous avons confiance que l'espace matériel accru est une prémisse et un symbole des plus vastes progrès spirituels : « ut quod Ecclesiae.corporalibus proficit spatiis, spirïtua-libus amplificetur augmentis.» (Postcom.in Dedic.Eccl.) Voulez-vous entrer en une sainte compétition de fraternelle émulation avec les autres paroisses de la Ville ?Alors il est nécessaire que, prêtres et militants laïques, avec tous les fidèles, vous formiez ensemble une communauté efficiente et agissante, afin que Jésus soit la vie de toutes les âmes.I_ SOYEZ AVANT TOUT UNE COMMUNAUTE EFFICIENTE Fraternelle collaboration A Jérusalem, sous le regard de Marie, se réunit au Cénacle la communauté chrétienne, l'Eglise, commencée avec la prédication du Seigneur, consumée au gibet de la Croix et manifestée dans son unité et son universalité le jour de la Pentecôte.Elle demeurera le modèle, le prototype de toute communauté chrétienne, même de la paroisse.Celle-ci également est une famille dont les membres vivent et agissent en une fraternelle communion.Il convient donc d'éloigner d'elle, autant que possible, les excès de l'esprit individualiste et de mettre en évidence combien faible est l'utilité d'apports séparés, sans l'aide réciproque et la collaboration mutuelle.Union effective de toutes les forces militantes Il sera par conséquent nécessaire d'arriver à l'union effective de toutes les forces militantes.Nous avons dit une autre fois que l'unicité, du fait qu'elle détruit la variété, serait, avant tout, une erreur straté- — 186 — gique dans l'alignement du front catholique.Aucun doute donc que doive être grand le respect pour les diverses Associations approuvées et bénies par l'Eglise, tout au moins tant qu'elles se maintiennent vivantes et vitales.Mais une grande variété abandonnée à elle-même, sans qu'elle retrouve, pour ainsi dire, l'unité au sommet, aurait des effets nuisibles dans la conduite de la lutte pacifique pour la conquête du monde au Christ.Climat de véritable fraternité Il y a en outre à créer et à entretenir un climat de véritable fraternité parmi les fidèles.Les cœurs des premiers chrétiens étaient si puissamment mus par la grâce de Dieu et par l'impulsion au Saint-Esprit, que les plus fortunés vendaient volontiers leurs biens pour secourir les autres, de sorte qu'« il n'y avait parmi eux aucun nécessiteux » {Act.4, 32-35).Récemment, dans Notre Message de Noël, Nous avons exhorté tout le monde à regarder autour de soi pour voir combien de frères ont faim et ne peuvent attendre que se mette en mouvement la lente machine des organisations charitables.Quel splendide spectacle donneraient les fidèles à un monde égoïste et sans cœur, si tous s'efforçaient de ne considérer aucun membre de la paroisse comme une sorte d'étranger ; si les peines et les joies de chacun étaient les épines et les joies de tous ; si l'on essayait de corriger cette criante inégalité des biens si contraire au sentiment chrétien.II — UNE COMMUNAUTE AGISSANTE Le centre de la paroisse, l'église Dans l'esprit de cette union commune, vous devez travailler inlassablement, afin que Jésus soit connu, aimé et servi par tous.N'oubliez pas que c'est là la fin de toute la vie paroissiale.Le reste est estimé en tant que et dans la mesure où il sert la réalisation du but que l'Eglise veut obtenir.Le terrain de sport, le théâtre, le cinéma paroissial, l'école même, s'il y en a une, — institutions toutes des plus utiles et souvent nécessaires, — ne sont pas le centre de la paroisse.Le centre, c'est l'église, et dans l'église, le tabernacle et, à côté, le confessionnal où les âmes mortes retrouvent la vie et les malades reprennent la santé.En conséquence rien ne sert proprement au but, — que représentent les âmes à sauver et à sanctifier, — s'il ne passe par ce centre idéal : l'église, le tabernacle.Le sport, que Nous avons Nous-même — 187 — recommandé souvent dans ses justes limites, est louable ; le divertissement honnête dans ses formes variées est même nécessaire.Mais tout doit être mû par une force centrifuge, pour ainsi dire, et ramené par une force centripète : et le centre s'appelle « vie des âmes », s'appelle Jésus.Rôle des vrais fidèles Pour agir de manière réaliste et organique, il faut apprendre à reconnaître les vrais fidèles dans la paroisse.Ceux-ci ne se comptent pas précisément au cinéma paroissial, dans les cortèges et dans les processions ; pas même non plus, pour être exacts, à la seule messe du dimanche.Les vrais fidèles, les vivants, se voient au pied de l'autel, quand le prêtre distribue le Pain vivant descendu du ciel.Nous voudrions, chers fils et filles, que naisse chez vous tous et croisse chaque jour davantage comme une sainte impatience pour trouver les moyens susceptibles de ramener la lumière là où sont les ténèbres et de rendre la vie à ceux qui sont morts.Commencez par faire en sorte que « respirent » de nouveau les âmes frappées d'asphyxie parce qu'elles ne prient jamais et en aucune manière.Faites que de tous les cœurs monte aux lèvres et des lèvres au ciel une invocation, même brève, mais répétée tous les jours : c'est là un objectif assez simple, qui mérite que soient mobilisées pour lui toutes les forces du bien.L'enfant le demandera à sa maman, à son papa ; la jeune fille réussira peut-être à convaincre son fiancé, la sœur l'obtiendra de son frère.Une paroisse dans laquelle on pense tous les jours à invoquer le Seigneur ne tardera pas à constater que la vie se réveille en elle.Il sera d'autant plus facile d'obtenir cette renaissance si, avec la « respiration », se fait plus fréquente la « nutrition » des âmes.Plus d'un négligent d'observer même le précepte de l'Eglise qui prescrit la Communion au moins une fois l'an ; il y en a, spécialement parmi les hommes, qui se contentent d'une nutrition annuelle, à peine suffisante à se maintenir en vie.Voici donc un autre objectif à atteindre en unissant toutes les bonnes énergies disponibles : qu'un grand nombre d'âmes s'approchent avec une plus grande fréquence de la table eucharistique.Le problème des militants catholiques Chers fils et filles, Nous désirons vous indiquer en tant que communauté agissante un dernier but.Au cours de ces années qui vous séparent de votre vingt-cinquième anniversaire, vous devez chercher à résoudre de la meilleure manière également le problème des militants — 188 — catholiques, âmes de choix, se consacrant à la collaboration dans l'apostolat de la hiérarchie.C'est avant tout un problème de nombre ; ils sont encore trop peu ceux qui militent dans vos rangs, inscrits aux diverses associations.C'est une époque de lutte ; mais il semble que tant de bons chrétiens veulent s'en tenir à l'écart, comme de simples civils, sans s'enrôler dans une des troupes qui combattent sur l'ensemble du front du bien.Il conviendra de rallier toutes les âmes de bonne volonté : qu'on leur montre la beauté de l'entreprise et également la certitude de la vic-toir.Nous pensons en ce moment spécialement aux chers jeunes, qui trop souvent demeurent inertes, parce que personne ne fait briller devant leurs yeux l'idéal d'un combat pour la défense et pour la conquête.C'est en second lieu un problème de qualité.Ce serait une erreur de se contenter du médiocre ; tout le monde n'a pas encore appris à proposer à nos militants les buts qui, peut-être, les feraient frémir d'enthousiasme.On doit exiger d'eux tout ou au moins beaucoup, dans la certitude que souvent on donne plus volontiers tout qu'une partie, on donne plus facilement beaucoup que peu.Imiter la Sainte Famille Enfin avec le souhait que, grâce à l'aide divine, vous puissiez constamment imiter les sublimes exemples et les vertus domestiques de la Sainte Famille, dont la fête est célébrée aujourd'hui, Nous vous donnons de tout cœur la Bénédiction Apostolique.Tiers-Ordre et Action Catholique (Extrait d'une lettre autographe du Souverain Pontife aux Ministres Généraux des Ordres Franciscains à l'occasion du 50e anniversaire de son entrée dans le Tiers Ordre Franciscain.Borne, 15 août 1952.) .Nous éprouvons une entière satisfaction quand vous écrivez que de nombreux tertiaires sont inscrits dans les rangs de l'Action Catholique, et bien souvent y occupent des postes de responsabilité.Votre Institution accomplira donc une chose excellente et des plus opportunes si elle accorde sa fraternelle collaboration aux associations de l'Action Catholique, car les forces unies deviennent plus vigoureuses et efficaces, et les ennemis du nom chrétien sont tels que pour les repousser les efforts de tous les bons sont nécessaires.— 189 — La Voix des Evêques LE PRIMAT DE LA CHARITE ET LES OEUVRES DE BIEN-ETRE par Son Eminence le Cardinal LEGER Le 28 février dernier avait lieu, à l'Université de Montréal, le 1er Congrès des Oeuvres de charité canadiennes-françaises.A cette occasion fut formé le premier exécutif de la Conférence catholique canadienne du bien-être (secteur français), récemment formée, par l'Assemblée plénière de l'Episcopat.Nous reproduisons le texte complet de la conférence que Son Eminence le Cardinal Léger prononça, à ce Congrès, sur l'importance et le rôle de la véritable charité chrétienne dans les œuvres de bien-être social.La Rédaction Je considère qu'une conférence sur le sujet que vous traitez durant cette journée d'étude est une chose inutile et peut-être un geste déplacé.La charité ne se trouve pas au bout d'une conférence et tout exercice académique trahit sa nature.La charité est un don de Dieu, que dis-je, elle est « Dieu-donné » à notre indigence et pour la pratiquer il faut avoir « des mains percées de clous » et « un cœur blessé dont la plaie ne se guérira qu'au ciel ».Cet entretien sera donc une simple invitation à lever vos yeux vers l'idéal de charité que le Saint-Père nous propose et une courte réponse au problème principal indiqué au programme.I Le 24 décembre dernier, j'avais le bonheur d'être en présence du Saint-Père pendant qu'il adressait au monde son radio-message.La parole du Pape débuta par ces paroles de l'Evangile : « Levez la tête car votre délivrance est proche».(Luc.XXI-28.) Ce texte revient souvent dans la liturgie de l'Avent.Il ne faudrait pas croire cependant que la richesse d'espérance qu'il contient est dissipée après la célébration des Fêtes de la Nativité du Seigneur.C'est tous les jours que le chrétien doit lever la tête car il sait que son salut ne peut venir d'ailleurs que de Dieu.Hélas ! aujourd'hui, par oubli, par ignorance des enseignements évangéliques, par l'influence aussi, il faut bien le dire, de doctrines néfastes renouvelées du paganisme, où l'intérêt et la force semblent divinisés, on ne sait plus assez, même — 190 — parmi les catholiques, que la charité est le fondement de la foi chrétienne et la source de toutes les autres vertus.« Levez vos têtes ».La charité est une vertu surnaturelle, c'est-à-dire que les motifs qui nous pressent d'aimer Dieu et le prochain ne sont pas tirés de la raison.C'est Dieu connu avec les lumières de la foi que la charité nous fait aimer pour sa propre excellence.Et c'est pour cela que la charité est toute la loi chrétienne.A ce titre elle doit inspirer, dominer, stimuler toute notre activité.Or regardez vivre les hommes d'aujourd'hui, même ceux qui se disent chrétiens et vous constaterez vite que pour eux la charité et les actes qu'elle inspire sont comme le complément facultatif d'une vie honnête.Ils font de louables efforts pour être justes dans les affaires et, si la fortune leur sourit, ils verseront une aumône pour laquelle ils exigeront un reçu pour l'impôt, et ce dernier acte apaisera leur conscience chrétienne qui se rappelle vaguement l'obligation à faire l'aumône.C'est oublier que la charité est tout le christianisme et que sa vertu pénétrante se glisse partout.Elle est la sève de l'éducation.Le foyer domestique repose sur elle comme la muraille sur la pierre angulaire.Elle est l'huile qui permet au rouage social, si compliqué de nos jours, de fonctionner de façon à procurer aux individus un minimum de bien-être.Dans la profession elle tempère l'appétit du gain.Elle est toujours en éveil et, là où elle échoue, elle recommence.Enfin parce qu'elle puise sa force en Dieu, plus elle est molestée, plus elle reprend vigueur sachant que l'amour des ennemis est l'ABC de la loi du Christ-Jésus.Ce beau programme n'est pas accepté par tous.La charité est de plus en plus exilée de notre monde qui a succombé « au démon de la technique ».(Message '52).Selon ces « techniciens » les services sociaux seraient plus aptes à améliorer la situation précaire des malheureux que l'action personnelle du chrétien.D'autre part nombreux sont ceux aujourd'hui qui entendent substituer à la charité les notions abstraites de progrès, d'humanité ou de fraternité universelle.Ces attitudes sont le fruit d'une éducation laïcisante qui tend à habituer méthodiquement l'homme à se passer de Dieu.Nous n'en sommes pas, chez nous, du moins, aux hostilités déchaînées contre la charité et les blasphèmes du néo-paganisme n'ont — 191 — pas droit de cité dans nos milieux encore chrétiens.Cependant sommes-nous tous prêts à accepter « la souveraineté de l'amour dans le gouvernement du monde ?» La charité est universelle.Rien n'échappe à son influence, aucun domaine d'activité et aucune portion de l'humanité.Mais alors l'Eglise aurait-elle le monopole des œuvres ?La société moderne montre, elle aussi, et avec orgueil la merveilleuse floraison de ses œuvres de bienfaisance les plus variées, dépouillées très souvent de toute nuance religieuse ou, comme on dit, confessionnelle.Ne craignons pas de reprendre devant de tels phénomènes, l'affirmation de Pie X dans sa lettre sur le Sillon : « Le véritable amour du prochain a sa source dans l'amour de Dieu, Père commun et fin commune de toute la famille humaine, et dans l'amour du Sauveur dont nous sommes les membres ».Prévenir ou guérir les malades, fortifier la santé physique, populariser l'hygiène, détruire les microbes, répandre le bien-être matériel, diminuer la douleur, c'est souvent l'unique programme de beaucoup de bienfaiteurs de l'humanité.Le disciple du Christ doit avoir des horizons différents.Il admet, lui aussi, le programme ci-haut énoncé, mais à condition qu'il soit orienté vers l'éternité.C'est toujours pour rapprocher les âmes de Dieu qu'il soulage les corps.N'oublions jamais ce primat de la charité et soyons assez convaincus pour affirmer qu'une œuvre qui sauverait la vie naturelle en compromettant la vie surnaturelle serait un mal ; une œuvre qui développerait les muscles en affaiblissant la vertu serait un mal.Nous chrétiens, quels que soient les préjugés courants, nous ne pouvons admettre une institution de bienfaisance qui ne donne pas à l'âme les plus rigoureuses garanties.« Levez la tête car votre délivrance est proche ».Cette parole d'espérance le Christ-Jésus la prononçait devant un Empire terrestre qui avait fondé pour le bien-être de ses sujets des œuvres dont les cadres suscitent encore notre admiration après vingt siècles : bibliothèques, bains, publics, théâtres, cirques, etc.Ce monde antique n'est plus que ruines.Le monde moderne a connu, lui, les ruines accumulées par les horreurs de deux guerres mondiales en cinquante ans.Le Vicaire de Jésus-Christ vient d'avertir solennellement ce même monde que sa conception de l'économie politique sera une nouvelle source de maux sans nombre : « l'humanité d'aujourd'hui, qui cependant a su construire l'ad-— 192 — mirable et complexe machine du monde moderne, subjuguant à son service d'énormes forces de la nature, se montre incapable, dirait-on, d'en maîtriser la marche, comme si le gouvernail lui était échappé des mains : elle court alors le danger d'être renversée et écrasée par elles».(Message '52) Et le Pape ajoute : « Cette incapacité de contrôle devrait, par le fait même, suggérer aux hommes qui en sont victimes, de ne pas attendre le salut uniquement des techniciens de la production et de l'organisation ».II Et j'en arrive au deuxième point de cette causerie par cette citation du Message de Noël qui semble être notre condamnation, puisque nous sommes réunis ici pour élaborer les plans d'un organisme des œuvres de charité ! Mais ne soyons pas dupes des formules.« Organiser les charités », ne signifie pas remplacer la charité par des techniques, mais bien plutôt exiger des techniques une collaboration pour rendre l'œuvre de la charité plus efficace.Cette coordination des forces nous permettra de mettre à exécution le programme que le Pape nous trace dans le Message : a) entendre le chœur douloureux des pauvres et des opprimés.Un centre d'information sur le plan national nous apprendra que les pauvres sont nombreux.Que de chrétiens vivent dans une douce quiétude parce que dans leur milieu social la misère est absente.Mais nous dit le Pape : « une triste expérience nous enseigne que lorsqu'on apprend une amélioration dans les conditions générales d'un pays déterminé, il faut toutefois s'attendre à l'annonce de calamités nouvelles dans un autre, avec de nouvelles misères et de nouveaux besoins ».Le premier devoir d'une Conférence de Bien-Etre, c'est de faire connaître à tous les organismes et à tous les catholiques les besoins de tous les malheureux.Un catholique n'a pas le droit de dormir tranquille si sa conscience a été placée devant la misère et c'est pourquoi j'ai dit à plusieurs reprises que je me reposerais le jour où il n'y aurait plus de taudis dans Montréal.Cette parole a scandalise — 193 — et épeuré des timides qui conçoivent la paix comme un état de choses qui respecterait le confort.Il faut émouvoir l'opinion publique et crier bien fort que le nombre des pauvres augmente parce que le nombre des cceurs durcis ne diminue pas.b) Le rôle de la Conférence du Bien-Etre sera de maintenir dans nos œuvres la notion exacte de la charité surnaturelle et de la préserver de toute altération.Nous avons constaté dans la première partie de cette causerie combien la charité était mal comprise et même proscrite dans notre société.Par une propagande discrète et éclairée, nous devons défendre nos œuvres de la fascination de la technique et les maintenir dans un climat de charité.Le monde ne sera pas sauvé lorsque tous les pauvres recevront une allocation qui leur permettra de vivre dans le confort, mais le monde sera sauvé le jour où tous les hommes s'aimeront.Et pour en arriver là, il faut se poser résolument la question que le Pape posait au monde entier, le 24 décembre : « Qu'est-ce que l'exemple du Christ a enseigné aux hommes ?» Il n'a pas demandé si et jusqu'à quel point la misère qu'il avait sous les yeux provenait du défaut ou de la carence de l'organisation politique et économique de son temps.Non pas bien sûr que cela lui fut indifférent.Au contraire, Il est le Sauveur du monde et de son ordre.Mais comme son action de Sauveur fut personnelle, ainsi II voulut aller au devant des autres misères avec son amour agissant de personne à personne.c) Amour agissant de personne à personne, voilà le but que doit poursuivre la Conférence du Bien-Etre en aidant les Oeuvres à donner un service plus efficace, plus rapide par une action personnelle de tous les membres auprès des pauvres et des miséreux comme le dit le Pape à la fin de son message : « Nous ne pourrions omettre d'observer que la meilleure organisation charitable ne suffirait pas seule à aider les hommes dans la misère.Il faut y adjoindre, nécessairement l'action personnelle, pleine de sollicitude, préoccupée de combler les distances entre les malheureux et le bienfaiteur et qui s'approche de l'indigent parce qu'il est le frère du Christ et notre frère ».d) Enfin la Conférence du Bien-Etre doit exister parce que l'Eglise a le droit d'exercer la charité sur le plan international tout comme les organismes de bienfaisance qui proclament la neutralité.Si le Pape est le Docteur de la vérité, Il est aussi la source de la charité.C'est en son nom que nous devons nous rendre auprès des — 194 — infortunés et de plus nous devons lui procurer les aumônes dont II aura besoin pour accomplir sa mission.Le jour où tous les malheureux recevront la visite de Jésus dans la personne de ses envoyés, beaucoup de plaies sociales seront guéries, car la pauvreté et la misère sont souvent la conséquence de l'impureté, de l'intempérance, et de la passion du jeu.Et pour accomplir une telle œuvre de restauration, il faut plus que des techniciens, il faut des saints comme un Vincent de Paul, un Cottolengo et un Pie X.Et je termine par ces mots du Message de Noël '52 : « La grande tentation, même pour les croyants, d'une époque qui se dit sociale, dans laquelle — outre l'Eglise — l'Etat, les communes et les autres institutions publiques se consacrent à tant de problèmes sociaux, c'est quand le pauvre frappe à la porte, de le renvoyer simplement à l'œuvre, au bureau, à l'organisation, jugeant qu'on a déjà suffisamment rempli son devoir personnel en collaborant à ces institutions par le paiement d'impôts ou par des dons volontaires.« Sans doute, le besogneux recevra alors votre aide par cette autre voie.Mais souvent il compte aussi sur vous-même, au moins sur une parole de bonté et de réconfort de votre part.Votre charité doit ressembler à celle de Dieu, qui vint en personne porter secours.C'est cela le contenu du message de Bethléem ».Les vingt ans de l'Action Catholique de Chicoutimi Le dernier numéro de la revue Témoignages, organe de l'Action Catholique diocésaine de Chicoutimi, contenait divers articles d'un vif intérêt sur les vingt ans de l'Action Catholique du diocèse de Chicoutimi.Celle-ci fut officiellement établie le 26 mars 1933 par une lettre pastorale remarquable de l'Evêque du temps, S.E.Mgr Charles LAMARCHE.Sous la direction de l'Evêque actuel, S.E.Mgr Georges MELANÇON, l'Action catholique continua d'y prospérer.La Revue Témoignages, qui vient d'entrer dans sa 5e année, nous en apporte chaque mois un vivant témoignage.Nos sincères félicitations et nos meilleurs vœux de progrès constants à toute l'Action Catholique de Chicoutimi, et particulièrement aux mouvements de J.O.C.et L.O.C.La Rédaction — 195 — La vie des mouvements RENCONTRE AVEC MGR CARDIJN A SON RETOUR DE L'INDE Le 1er mars dernier, le président, la présidente et l'aumônier national de la J.O.C.canadienne rencontraient à New-York le fondateur de la J.O.C.mondiale.Mgr Cardijn, accompagné de Pat Keegan et de Marguerite Fievez, respectivement président et secrétaire du Bureau International, revenait d'un voyage de trois mois en Inde, au Japon, aux Iles Philippines, en Amérique centrale et finalement aux Etats-Unis.La première surprise a été de constater l'excellent état de santé de Mgr Cardijn qui, comme on le sait, avait fait une pleurésie double au printemps dernier puis avait dû subir une grave opération chirurgicale.« Vous ne craignez pas, lui avons-nous demandé, d'entreprendre un pareil voyage à votre âge et à peine remis d'une longue maladie ?» « Mais non, répondit-il avec la vigueur qu'on lui connaît.Tout le monde craignait.Mes médecins n'étaient pas d'avis que j'entreprenne cette randonnée.Mais rien à faire .'.Je devais aller en Inde et j'y suis allé.» Ardent missionnaire Mgr Cardijn n'est pas que le fondateur de la J.O.C.Il est à juste titre le père de la J.O.C.mondiale, en ce sens qu'il en est le missionnaire à travers le inonde.Cet infatigable géant de l'apostolat se place sûrement parmi les plus grands missionnaires de notre époque.Les problèmes des jeunes travailleurs et des jeunes travailleuses, il les a continuellement devant les yeux.Il les sent, il les touche du doigt, il en vit à longueur de journées et cela à l'échelle locale, régionale, nationale et internationale.« Le communisme croit avoir le monopole de l'esprit international, affirmait-il.Il faut lui opposer un démenti formel, en intensifiant dans toutes nos J.O.C.nationales, et sur tous les plans, un Puissant courant de fraternité, de solidarité chrétienne et ouvrière entre tous les jeunes travailleurs du monde.Puis il faut efficacement se porter au secours des jeunes travailleurs dans tous les pays sous-développés où l'analphabétisme, l'ignorance et la pauvreté sont les grandes plaies sociale et morale.» Mgr Cardijn a insisté avec une force plus marquée que jamais, sur l'urgente nécessité de préparer, dans toutes les J.O.C, des équipes de J.T.apôtres, formés à toute épreuve, qui seront demain, dans les divers milieux où la vie les appelle, le ferment chrétien et agissant dont la classe ouvrière et l'Eglise ont besoin.« C'est, répète-t-il, la seule réponse positive et efficace à apporter au communisme.Sans cela, rien à faire ! » — 196 — Beaux type» de mi*tti»nnaire* laïques « Pat » et Marguerite ont, à leur tour, parlé de projets de plus en plus concrets et précis que prépare le Bureau International pour envoyer, dans un avenir rapproché, des équipes de missionnaires laïques en Inde.D'ici cinq ans ils croient pouvoir envoyer en Asie et en Amérique latine vingt-cinq de ces missionnaires qui seront recrutés, naturellement, à travers les diverses J.O.C.nationales.Déjà au Chili et au Brésil travaillent avec beaucoup de succès quelques-uns de ces missionnaires laïques.Quels beaux types de missionnaires ne sont-ils pas eux-mêmes et quel témoignage entraînant ne donnent-ils pas à tous ceux qui ont l'avantage de vivre quelques heures avec eux ! « Pat » est tout à fait chez lui, partout à travers le monde ; toujours souriant, spirituel à ses heures et complètement détaché des biens de la terre.Fondateur laïque de la J.O.C.d'Angleterre qu'il a dirigée durant dix ans, il possède une culture et une expérience qui en font un homme de premier plan, capable de figurer avec succès dans toutes les rencontres internationales.Marguerite est non moins une personne d'envergure, douée de solides convictions chrétiennes et apostoliques doublées d'une vaste expérience.D'origine belge, elle parle couramment l'espagnol et l'anglais en plus du français et du flamand.Lors de la rencontre à New-York, elle revenait d'une tournée missionnaire de six mois à travers les diverses J.O.C.de l'Amérique latine et avait pris part à deux Conférences jocistes continentales, l'une pour l'Amérique du Sud, l'autre pour l'Amérique centrale.Tous deux s'embarquaient le lendemain pour Rome où ils devaient participer à une réunion des Présidents des Internationales catholiques.L'un et l'autre projetaient de rencontrer plusieurs personnalités romaines.Encore jeune, à 70 ans !.Mgr Cardijn s'embarquait de son côté pour Bruxelles où l'attendent les lourdes tâches d'aumônier général de la J.O.C.belge et d'aumônier au Bureau International.Il se rendra à Rome en mai faire rapport de son importante tournée missionnaire et il a des projets en tête pour vingt-cinq ans à venir.Ce qui étonne chez ce septuagénaire, c'est son ardeur de jeunesse.Il est resté jeune et la raison qu'il en donne lui-même, c'est qu'il est resté fidèle à l'idéal de sa jeunesse.Il croit profondément et concrètement aux possibilités des J.T.et de la classe ouvrière.Il croit à leur apostolat irremplaçable, à la J.O.C, à l'Eglise.Il croit fermement aux merveilles que la grâce peut opérer et opère à chaque moment dans la classe ouvrière.Devant les formidables problèmes qui font obstacle au relèvement de la Jeunesse Travailleuse dans le monde, il n'est ni pessimiste, ni hésitant, ni emballé.Sa tactique comme la ligne de conduite qu'il trace aux autres, est invariablement la suivante : recommencer sans cesse, recommencer à la base toujours, avec confiance et ténacité.P.-P.A.— 197 — LE CONSEIL NATIONAL DE LA L.O.C.Le Conseil national de la L.O.C.a eu lieu les 14 et 15 mars dernier à l'Ecole centrale des métiers du Commerce de Montréal, sous la présidence de M.David Bosset.Vingt-deux fédérations réparties dans neuf diocèses y étaient représentées.A EA CONQEETE DE LA SECURITE OirvUIEHE Durant l'année d'étude et d'action qui commencera en septembre prochain, la L.O.C.se lancera à la conquête de la véritable sécurité ouvrière.Les délégués officiels du mouvement ont fixé les détails de ce travail immense qui constituera leur programme social de toute une année.La L.O.C.veut, en effet, attirer l'attention de ses membres sur l'insécurité de la famille ouvrière, insécurité qui résulte des salaires souvent trop bas, des terribles conditions du logement, de l'instabilité du coût de la vie, du chômage, des prix exorbitants des soins médicaux et hospitaliers, etc.Cependant, comme il n'appartient pas à un mouvement comme la L.O.C.de chambarder les structures économiques et sociales, elle s'emploiera plutôt à redonner aux ouvriers le véritable sens des valeurs, à faire un travail d'éducation nécessaire en s'inspirant de la doctrine sociale de l'Eglise.La L.O.C.considère, en effet, que la racine du mal, la grande cause de l'insécurité des foyers ouvriers, c'est la négation du plan de Dieu dans la vie privée et dans la vie sociale.En invitant le père et la mère de famille à se pencher ensemble sur les aspects les plus vitaux de la sécurité, le mouvement leur donnera des principes chrétiens qui imprégneront les foyers ouvriers, les milieux de travail, les organisations sociales.Le programme « Pour la conquête de la véritable sécurité ouvrière » sera réparti en trois périodes ; on s'appliquera, de façon concrète et positive, à conquérir la sécurité ouvrière : 1—Par un salaire qui assure des conditions normales de vie familiale ; 2—Par la prise de conscience de la dignité du travailleur ; 3—Par la collaboration au plan de Dieu sur la famille.On t;onstate facilement que des problèmes comme ceux du salaire familial, de l'utilisation maximum du salaire par le budget, de la propriété de l'habitation familiale, de la solidarité des travailleurs dans des associations qui leur permettent de faire respecter leur dignité d'homme et de chrétien, de la spiritualité conjugale, etc., se rattachent à l'une ou à l'autre tranche du programme.En engageant ses militants dans cette œuvre de restauration, la L.O.C.tend également à fournir à tous les foyers ouvriers les éléments requis pour faire disparaître les conditions matérielles, psychologiques et morales de l'insécurité, en vue d'améliorer leur sort — de leur redonner leur dignité et de les ramener à l'idéal moral et religieux.— 198 — 53 Quant au programme religieux, également adopté au Conseil national, il portera sur le rôle de la Sainte Vierge dans l'Eglise.La L.O.C.veut ainsi inculquer à ses membres une véritable piété mariale, en cette année qui marquera le centenaire de la proclamation du dogme de l'Immaculée-Conception.XVc ANNIVERSAIRE La Ligue Ouvrière Catholique, fondée avec les 100 mariages jocistes de 1939, célébrera en 1954 son 15e anniversaire.A cette occasion, le mouvement organisera un grand pèlerinage des familles ouvrières au Cap-de-la-Madeleine, à la fin de l'été 1954.Il y aura aussi des manifestations diocésaines.Déjà, les fédérations de Montréal, de Québec et des Trois-Rivières ont annoncé au Conseil national leur décision d'organiser de ces manifestations.On prévoit aussi que l'année du 15e anniversaire en sera une d'expansion particulière pour le mouvement.Cette année, la Session Intensive du mouvement se tiendra à Val-leyfield, les 27 et 28 juin.L'an prochain, elle aura lieu à Shawinigan Falls.Mme R.-A.Migneault, présidente nationale, a prononcé l'allocution d'ouverture au conseil, samedi dernier.Elle a tracé l'évolution du mouvement depuis sa fondation, noté ses activités extérieures et affirmé que le 15e anniversaire serait la manifestation de toute la richesse accumulée dans le mouvement.Dans la méditation faite avec les dirigeants, samedi matin, le R.P.P.-E.Pelletier, aumônier national adjoint, insista sur la nécessité de travailler à multiplier les foyers ouvriers apôtres.Plusieurs rapports furent présentés, notamment par Mme Marcel Gauthier sur le Service d'orientation des foyers, organisé maintenant dans 10 fédérations locistes.Le Service tiendra ses journées d'études générales les 23 et 24 mai au secrétariat de la L.O.C.de Montréal.SON EMINENCE I.E CARDINAL LEGER Au cours de l'après-midi du samedi 14 mars, Son Eminence, acceptant avec bienveillance l'invitation de la L.O.C, venait rendre visite aux délégués.Après une courte allocution de bienvenue et d'hommages respectueux prononcée par le président national, M.David Bosset, Son Eminence se leva et entretint l'assemblée dans une causerie pleine de lumière et de chaude sympathie.« L'Eglise, dit-il, attend beaucoup de vous parce qu'elle sait que la classe ouvrière est très généreuse.» Son Eminence a expliqué que cette générosité de la classe ouvrière se manifestait par son empressement à soutenir l'Eglise dans la mesure de ses moyens, par les vocations religieuses et sacerdotales qui sont nombreuses dans le milieu ouvrier et surtout par le don multiplié de la vie, car les familles ouvrières comptent habituellement beaucoup d'enfants.— 199 — « L'ouvrier est sociable, a ajouté le Cardinal ; il aime à travailler avec les hommes parce qu'il a le désir de servir.L'un des motifs qui m'ont incité à venir vous rencontrer, c'est le témoignage que je voulais apporter à la générosité ouvrière.» Exposant les soucis et les souffrances du Pape, Son Eminence fit remarquer que le chef de l'Eglise avait besoin de la collaboration des fidèles, notamment des apôtres de l'Action Catholique.« Je suis convaincu, a-t-il affirmé, que si une poignée d'hommes ou de femmes acceptent de se sacrifier totalement pour l'Eglise, nous pourrons sauver la classe ouvrière.» Son Eminence commenta assez longuement les programmes que le Conseil venait d'adopter pour l'an prochain.« Il faut, dit-il, que les ouvriers aient la sécurité ; il faut qu'Us soient protégés contre le chômage, les accidents de travail, etc.Mais il importe également d'enseigner aux ouvriers à découvrir la sécurité eux-mêmes, dans l'épargne et la tempérance ; à ce sujet le budget familial est un moyen excellent.« C'est donc avec humilité qu'il faut bâtir un monde meilleur, en se rappelant que ce travail dépasse les forces humaines et que seule la Providence peut en assurer la réalisation.» MONSIEUR LE CHANOINE POTVIN M.le Chanoine Roland Potvin, assistant aumônier national de l'A.C.C, a loué hautement la L.O.C.en affirmant qu'elle est le mouvement d'Action Catholique le plus typiquement canadien.« Les évêques, a-t-il ajouté, ont manifesté clairement leur volonté en mandatant les divers mouvements d'Action Catholique : c'est qu'Us marchent et progressent.Aussi nous faut-il un groupe d'apôtres vraiment donnés à la cause, du stable, du définitif, des gens qui se font une véritable vocation de l'Action Catholique.Cette vocation exige le don de soi, le témoignage parfait du christianisme vécu intégralement.» M.Le Chanoine conclut en insistant sur l'unité au sein du mouvement comme dans toute l'Action Catholique Canadienne.LA L.O.C.EN MARCHE! Ne ANNIVERSAIRE RE LA L.O.C.RE ST-SAITVEITR La L.O.C.de la paroisse St-Sauveur (Québec) vient de célébrer son 10e anniversaire.Une messe d'action de grâces fut célébrée par l'aumônier fondateur, le R.P.Charles Laberge, o.m.i.Le sermon de circonstance fut prononcé par M.l'Abbé Henri Giguère, l'aumônier diocésain.Le soir, un grand souper de famille réunit tous les foyers militants et leurs amis.Le comité national était représenté par Mlle Laurette Larivière, propagandiste nationale de la L.O.C.F.Parmi les réalisations intéressantes qu'il faut mettre au crédit de la L.O.C.de cette paroisse, soulignons la coopérative d'habitation de Ste-Monique des Saules qui fut la deuxième coopérative d'habitation à s'organiser.— 200 — Xe ANNIVERSAIRE DE LA L.OX.DE ST-LAZARE La Ligue Ouvrière Catholique de la paroisse St-Lazare du Cap-de-la-Madeleine a fêté, le 20 mars dernier, son 10e anniversaire de fondation.A cette occasion un banquet a réuni à l'hôtel Notre-Dame plusieurs personnalités du Cap, de même que plusieurs membres de la L.O.C.On a voulu profiter de la circonstance pour rendre hommage à Mme Camille Gélinas, une paroissienne de St-Lazare qui est en même temps dirigeante fédérale du Cap et qui a reçu tout dernièrement lies mains de Son Excellence Mgr G.-L.Pelletier, l'Evêque de Trois-Rivières, la médaille «Pro Ecclesia et Pontifice ».Plusieurs allocutions y furent prononcées.Les plus remarquables furent celles de Mgr St-Arnauld, de M.le Chanoine Arthur Brunelle, curé de St-Lazare et de M.le Maire Roméo Morrissette.DEUX NOUVELLES FEDERATIONS REGIONALES A cause de l'ampleur que prend la L.O.C.dans la région de Sha-winigan, il est devenu nécessaire d'organiser des fédérations distinctes pour la ville de Shaioinigan-Sud.Ces nouvelles fédérations comprennent les sections de Ste-Jeanne d'Arc, Notre-Dame de la Présentation, St-Sauveur et St-André.Voici les nouveaux officiers des nouvelles fédérations : L.O.C.: M.Louis Guay, président, M.Robert Turcotte, secrétaire, M.St-George Levesque, trésorier, M.Alphonse Huard, responsable des services.L.O.C.F.: Mme Anne-Marie Désy, présidente, Mme Eloi Caron, secrétaire, Mme Evelyn Bailly, trésorière, Mme Henri Lapointe, responsables des services.C'est M.l'Abbé Zoé'l Melançon qui sera assistant-aumônier diocésain pour les deux nouvelles fédérations, tout en le demeurant également pour les deux fédérations de Shawinigan Falls.Le mouvement lociste compte actuellement 930 militants et militantes dans la région de Shawinigan.Et cela sans parler du Cap-de-la-Madeleine, ni de Trois-Rivières, deux autres régions organisées du diocèse de Trois-Rivières.La L.O.C.de Shawinigan fêtera en mai prochain le 10e anniversaire de sa fondation.C'est à la paroisse du Christ-Roi que le grain de sénevé a d'abord été jeté en terre par les soins de l'aumônier local du temps, le R.P.Albert Loubier, s.s.s.LE FRONT OUVRIER A JOLIETTE Tout dernièrement, au cours de janvier et février, il y eut une campagne d'abonnements dans les principales paroisses ouvrières du diocèse de Joliette.Les résultats furent très intéressants puisqu'on y obtint 1236 abonnements nouveaux.Voici le détail des différentes paroisses : Cathédrale 276, Berthier-ville 197 ; Ste-Thérèse 137 ; St-Pierre 134 ; Christ-Roi 133 ; St-Gabriel de Brandon 119 ; L'Epiphanie 110 ; Crabtree Mills 48 ; St-Jean-Baptiste 43 ; Rawdon 39.— 201 — Les livres PIRE QUE LA BOMBE ATOMIQUE: LA FAIM par DANIEL-ROPS Dans sa livraison du 7 mars dernier le journal « Notre Temps » publiait un article de Daniel-Rops intitulé « Pire que la bombe atomique : la faim ».Avec la bienveillante autorisation du Directeur de « Notre Temps » nous reproduisons cet article qui contient une intéressante recension du nouveau volume « Géopolitique de la faim,» de Josué de Castro, publié par les Editions Ouvrières de Paris.On peut se procurer ce volume chez leurs dépositaires pour le Canada, : Les Editions Ouvrières, à Montréal.■ La Rédaction Il était bien convenu que, de ce péril-là, on ne parlerait plus.La civilisation « moderne » l'avait définitivement éliminé.On avait entendu dire qu'au Moyen-Age il y avait eu de terribles famines,— quatre cents grandes du Xe siècle à la Renaissance, — on gardait vaguement dans la mémoire des images évoquées par les chroniqueurs, des affamés se nourrissant alors des racines des arbres, allant jusqu'à déterrer les cadavres ; mais l'on se persuadait que de tels drames ne se reproJui-raient plus.Il a suffi de la guerre pour nous rappeler, nous autres civilisés d'Occident, à plus d'attention et de modestie ; il a suffi des diverses formes que prend le conflit moderne pour qu'on voit en Grèce et au Japon les enfants mourir comme des mouches, et, dans les camps de concentration, des milliers d'hommes être réduits a l'état de squelettes.Déjà, durant la Révolution russe, quelque douze millions d'êtres humains n'étaient-ils pas morts faute de nourriture ?Et l'on a bien été forcé de se souvenir qu'au XlXe siècle, cent millions de Chinois ont péri faute d'une poignée de riz, que, durant les trente dernières années de ce même siècle, dans les Indes, un million d'hommes est mort annuellement pour la même raison, et que cela continue de même de nos jours, à côté de nous, spectacle presque aussi douloureux et accablant.Ainsi la faim, le vieux spectre que l'humanité croyait avoir refoulé, voici qu'il est de nouveau présent à la conscience, qu'à moins d'être aveugle et sourd, il ne peut être oublié.A-t-on jamais vu au cinéma les images qu'il traîne à sa suite ?Les hommes qui se couchent au milieu des rues pour mourir, les enfants au ventre démesurément gonflé ?Une question angoissé vient alors à l'esprit : « la calamité de la faim est-elle donc un phénomène naturel à la vie même, une contingence inéluctable comme la mort ?Ou bien est-elle une plaie sociale créée par l'homme lui-même ?» Cette question, c'est celle que vient de poser, sous une forme volon- 1.Josué de CASTRO : Géopolitique de la faim.Les Editions Ouvrières — Economie et Humanisme.Paris 1952.334 p.Aux Editions Ouvrières, 1019 rue St-Denis, Montréal 18, P.Q.: $4.25 (ajouter .10 pour frais de poste).— 202 — tairement dramatique, un des plus éminents spécialistes actuels de ce problème.A-t-on remarqué combien la faim est peu un sujet de livres ?Si le Boudha disait déjà que « Zo faim et l'amour constituent les deux germes de toute l'histoire humaine », il faut bien observer que le second de ces germes est sensiblement plus exploité en littérature que le premier.En dehors de La Faim, l'admirable roman où Knut Hamsun étudiait les sensations diverses et contradictoires de l'homme qui a besoin de manger et ne peut ; des témoignages de Panait Istraki, de Feletov et Neverov sur la faim en Russie en 1919, de Georges Fink évoquant la famine dans les banlieues sordides de Berlin, que peut-on citer en dehors des pages de Pearl Buck sur la famine chinoise et de ce bouleversant roman Les Raisins de la colère où John Steinbeck évoqua la dramatique histoire d'une famille américaine mourant de faim parmi les plus grandes richesses alimentaires du monde.* * * Aujourd'hui ce n'est pas d'un récit qu'il s'agit mais d'un livre austère, au titre scientifique, — Géopolitique de la faim, — (éditions ouvrières, Economie et humanisme), et cependant on voudrait qu'il fût lu et médité par quiconque a le sens du drame de notre temps et se pose certaines questions quant à sa propre responsabilité.L'auteur, Josué de Castro, de nationalité brésilienne, est Président du Conseil de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'Agriculture.C'est dire que son ouvrage repose sur des bases statistiques les plus sûres.Le moins qu'on puisse dire est qu'il est terrible et qu'à le lire on ne peut manquer d'en avoir le cœur serré.La conclusion qui s'en dégage est qu'aujourd'hui, en plein XXe siècle, soixante-dix pour cent (vous lisez bien : soixante-dix pour cent) de l'humanité vit dans un état flagrant de sous-alimentation.Sur la base du minimum vital communément admis de 2800 calories, s'il y a des pays (comme les USA.et les pays Scandinaves) où la quantité disponible pour chacun dépasse 3000, il y en a beaucoup plus, énormément plus, où elle se situe aux environs de 2000 et même moins (La France et la Grande-Bretagne sont aux environs de la normale avec 2900, l'Italie nettement en dessous avec 2600).Il faut d'ailleurs ajouter qu'à cette faim « quantitative » s'ajoute une faim « qualitative », c'est-à-dire que maints peuples, pour des raisons diverses, dont certaines ne sont pas du t®ut économiques, manquent de substances alimentaires, de protéines, par exemple, de vitamines, dont l'absence entraîne de véritables carences.Sur ce point encore, les différences sont considérables : par exemple un indigène du Chili ne dispose pas de 14 litres de lait par an, un habitant de la Suisse en a en moyenne près d'un par jour.Josué de Castro montre tout cela, cette inégalité, cette injustice criante qui fait que certaines catégories d'hommes en certains lieux de la planète aient énormément trop et d'autres, des millions, pas assez.On ne sait pas assez, et il faut le dire, que la somme qu'un civilisé d'Occident dépense pour faire un repas de luxe dans un bon restaurant permettrait de faire vivre un mois toute une famille aux Indes ou en Chine.Cette inégalité, cette injustice ont des conséquences que l'auteur de ce terrible livre n'hésite pas à dire : évoquant les sommes englouties — 203 — en Chine pendant des années sans que le paysan chinois en profitât aucunement, il conclut en montrant « les communistes arrivant à dominer la Chine entière, transformant la structure économique de l'Asie et par suite l'équilibre économique du monde ».Et, parlant ensuite de l'Afrique, dont beaucoup de bons esprits voient le complément naturel de l'Europe, il ajoute : « Si l'Europe veut compter sur l'Afrique pour son relèvement économique, elle devra établir une politique d'intérêts mutuels et laisser à l'Afrique aussi le droit de vivre une vie décente.;» Et le droit le plus élémentaire de tous les peuples est le droit à une alimentation suffisante et équilibrée.Mais c'est par delà même cet argument d'immédiat intérêt qu'on voudrait se placer, le fait même que la faim au XXe siècle en une époque où, Josué de Castro le montre de façon pertinente, la technique permettrait à tous les vivants de manger à leur faim si toutes les surfaces possibles étaient exploitées, a quelque chose de scandaleux.C'est, il faut le dire, avec la misère du chômage prolétarien, un des deux grands scandales de notre époque.Le livre que nous recommandons ici aidera-t-il la conscience des civilisés à prendre conscience de leurs responsabilités ?La faim est un danger pire que la bombe atomique.Deux textes seraient à méditer : celui où le Président Truman en 1949, établissait le principe de l'aide aux peuples sous-alimentés ; l'autre est l'admirable discours du dernier Noël où S.S.Pie XII a flétri « l'inégalité excessive qui aujourd'hui existe entre les divers peuples ».;• Un bel exemple de générosité «: ".(Extrait d'une lettre d'un ancien dirigeant jociste reçue J» à la Centrale jociste à l'occasion de la Campagne annuelle «J de Pâques de la J.O.C.) "2 « Je voudrais profiter de cette lettre pour vous faire parvenir J» ma « campagne de Pâques ».A ce temps-ci de l'année, les revenus •2 ne sont pas aussi forts que durant la belle saison, mais c'est tout ".de même une proportion de ma « journée de salaire du 19 mars.» ,■ « De plus, mon cher Père, je voudrais bien que vous me don- •2 niez un moyen de faire plus, financièrement, pour la Centrale, et "■ surtout pour le comité national des gars.Combien coûterait un »■ salaire pour un dirigeant national ?Peut-être pourrais-je m'asso- ■, cier avec quelqu'un d'autre pour compenser un salaire hebdoma- J» daire durant une période d'essai de six mois.J'attendrai vos •" suggestions.Pour dire comme dans la chanson « on n'est pas ■I riche mais on vit bien », et il semble que quelque chose peut être S fait pour AIDER LE BIEN.I* « Bonjour donc, et priez pour nous, ma femme et nos quatre ■■ enfants.» 5 Un Ancien reconnaissant 204
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