L'Action catholique ouvrière., 1 janvier 1954, décembre 1954
VOLUME IV, No II DECEMBRE 1954 L'ACTION CATHOLIQUE OUVRIERE DANS CE NUMÉRO SiSS § L'Encyclique "Ad Coeli Reginam" Marie dans le plan de Dieu Conférence Catholique Canadienne La Bible Vivante René Salvafor Catta La Famille i Ex.Mgr P.Ca*a « Le sort de l'Action Catholique est entre les mains des prêtres.» PIE XI MONTREAL — CANADA Tél.: 3526 480 Lafontaine ROMEO OUELLET Enr.Marchand en gros SUCCURSALES : Rivière-du-Loup Station Les Escoumains, Co.Saguenay 2 délicieuses collations Goûtez-y Les fabricants ^cts/uon-wafJ: Limitée Spécialité : complets et paletots pour le clergé Bureau-chef et salle de vente 2012 Boul St-Laurent MONTREAL Tél.LA.6141 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa.II Toujours à votre Service Maurice, André, Pierre, Claude, Courtiers agréés BERNARDIN FRERES ASSURANCES Edifice ALDRED MONTREAL Le plus vieil établissement du genre au Canada Compagnie CHINIC Hardware Co.en gros Quincaillerie générale — Matériaux de construction, etc.55, rue ST-PIERRE — QUEBEC Tél.: *2-829S Avec nos hommages ADRIEN DEFRESNE Architecte A.A.P.Q.— I.R.A.C.505 Avenue Royale, QUEBEC-5 Tél.: MO.3-3932 Bureau : HA.5555 LESAGE & LAMOTHE OPTICIENS D'ORDONNANCES Spécialité : Prescriptions d'oculistes 373, est, rue SHERBROOKE MONTREAL Tél.TUrcotte 2567-68 Garage Lapointe VENDEUR — DODGE — DE SOTO Distributeur de pièces et accessoires authentiques Chrysler Réparations générales 7871, rue NOTRE-DAME est MONTREAL 5 III L.H.MORNEAULT, COMPAGNIE LIMITEE Gros et détail Ferronnerie lourde et de rayons Appareils de plomberie et fournitures Matériaux de construction — Article de sport EDMUNSTON, N.B.ACHETE BIEN QUI ACHETE CHEZ PLateau 5151 865 est, rue Ste-Catherine Montréal Hommages du Journal LE MADAWASKA Hebdomadaire acadien fondé en 1913 EDMUNDSTON, N.B.Tél.Bureau : 3-2995 Bés.: 3-6583 Décorations Artistiques Fresques Tableaux I09i/2 BUE DE LA SALLE Statues Mosaïques Alph.Lucchesi, président Marbres Boiseries Flanchers QUEBEC IV L'ACTION CATHOLIQUE OUVRIERE VOLUME IV, No II DECEMBRE 1954 SOMMAIRE Marie, Reine de l'univers .La Rédaction 455 Méditation sacerdotale : Tota pulchra es, Maria ! .Sacerdos 456 L'Encyclique « Ad Coeli Reginam » institue la fête de la Royauté de Marie .S.S.Pie XII 457 Marie dans le plan de Dieu.C.C.C.470 La Bible Vivante .René Salvator Catta 478 Récollection : La Messe et la Vie conjugale .R.P.Paul Chamard, o.m.i.486 La Voix des Evêques : Le problème de l'immigration .S.E.le Cardinal Léger 490 .S.Ex.Mgr Panico 492 La Famille .S.Ex.Mgr P.Caza 494 Un appel aux Familles Ouvrières .S.Ex.Mgr Emilien Frenette 503 Vie des mouvements : J.O.C.Villa jociste St-Sauveur de Québec .504 Parents et éducateurs s'intéressent au sort des jeunes de 14 ans .R.P.Louis de G.Raby, o.m.i.505 Vie des mouvements : L.O.C.Semaine de la famille Ouvrière .506 Retraites fermées de la L.O.C.F.Nationale .508 Table des matières pour 1954 .509 "L'Action Catholique Ouvrière" est publiée sous a responsabilité des Aumôniers nationaux e) diocésains de la J.O.C.et de la L.O.C.Avec a jtorisation de l'Ord naire Rédaction et Administration : 1001, rue St-Denis , Montréal 18, P.O.C anada C snditions d'abonnement (de janvier à décembre ) Abonnement régulier $2.00 — Pour les Séminaristes : $1.50 Le numéro : 0.25 Editorial MARIE, REINE DE L'UNIVERS Le 1er novembre 1954, en présence de 300 Cardinaux, Archevêques et Evêqucs venus de tous les points du globe, et en l'anniversaire de la proclamation du dogme de l'Assomption, Sa Sainteté le Pape Pie XII, glorieusement régnant, instituait la fête de la Royauté universelle de Marie et la fixait au 31 mai.Il voulait par là, nous dit-il dans son encyclique « Ad Cceli Regi-nam », non pas proposer une nouvelle vérité à la foi chrétienne, mais mettre un comble aux marques de piété exprimées envers Marie pendant cette année mariale.Nous reproduisons in extenso, dans le présent numéro de la revue, cette encyclique sur la royauté de Marie, qu'il faut lire évidemment, avoir sous la main, et l'exploiter à fond en faveur des fidèles.Après avoir donné les sources théologiques nombreuses de cette croyance universelle dans l'Eglise, et avoir rappelé les deux principaux arguments théologiques de la Royauté de Marie, à savoir ses titres de Mère de Dieu et de Co-rédemptrice, le Saint Père exhorte le peuple chrétien à s'adresser plus que -jamais et avec une confiance encore plus grande à la Sainte Vierge dans tous ses besoins.« Que tous s'approchent donc avec une confiance plus grande qu'auparavant du trône de.miséricorde et de grâce de notre Reine et Mère, pour demander le secours dans l'adversité, la lumière dans les ténèbres, le réconfort dans la douleur et les larmes ; qu'ils s'efforcent surtout de s'arracher à la servitude du péché et qu'ils offrent un hommage incessant, pénétré de la ferveur d'une dévotion filiale, à la royauté d'une telle Mère.Que ses Sanctuaires soient fréquentés et ses fêtes célébrées par la foule des fidèles ; que la pieuse, couronne du Rosaire soit dans les mains de tous et que, pour chanter ses gloires, elle rassemble dans les églises, les maisons, les hôpitaux, les prisons, aussi bien de petits groupes que les grandes assemblées de fidèles.Que le nom de Marie plus doux que le nectar, plus précieux que n'importe quelle gemme soit l'objet des plus grands honneurs ; que personne ne prononce des blasphèmes impies, signe d'une âme corrompue, contre un nom qui brille d'une telle majesté et que la grâce rend vénérable maternelle ; qu'on n'ose même rien dire qui trahisse un manque de respect à son égard.» — 454 — « Que tous s'efforcent selon leur condition de reproduire dans leur cœur et dans leur vie, avec un zèle vigilant et attentif, les grandes vertus de la Reine du Ciel, Notre Mère très aimante.Il s'ensuivra en effet que les chrétiens, en honorant et imitant une si grande Reine, se sentiront enfin vraiment frères et, banissant l'envie et les désirs immodérés des richesses, développeront la charité sociale, respecteront les droits des pauvres et aimeront la paix.Que personne donc ne se croie fils de Marie, digne d'être accueilli sous sa puissante protection, si, à son exemple, il ne se montre doux, juste et chaste, et ne contribue avec amour à la vraie fraternité, soucieuse non de blesser et de nuire, mais d'aider et de consoler.» Quelques semaines plus tôt, les Cardinaux, Archevêques et Evê-ques du Canada, à l'issue de leur réunion plénière annuelle à Ottawa, adressaient à tous les fidèles de leurs diocèses une déclaration sur « la part de Marie dans le plan de Dieu, c'est-à-dire dans la réalité des choses ».NN.SS.les Evêques nous rappellent ce qu'est la véritable dévotion envers Marie.« Marie est une pièce essentielle dans le mécanisme de notre salut », nous disent-ils.Sans doute, par elle-même elle est aussi indigente que nous.Mais, en raison du rôle auquel il la prédestinait Dieu l'a comblée.Il l'a faite toute sainte dans sa Conception, il en a fait le plus haut modèle humain qu'il pouvait nous proposer, en même temps qu'il décidait d'en faire la dispensatrice universelle de ses grâces et de ses miséricordes.Nos Chefs spirituels, comme le Pasteur Suprême, rappellent aux fidèles qu'ils ont le grave devoir, en face d'un monde pris de folie dans sa révolte contre Dieu, de « lui redonner le sens de Dieu, de sa Majesté, de sa souveraineté.Et d'abord de son existence ».La Sainte Vierge nous y aidera, ajoutent-ils.Mère de Dieu et Mère des hommes, elle écoutera la prière des enfants de cette génération, et donnera de nouveau Dieu au monde.» La Rédaction — 455 — Méditation sacerdotale TOTA PULCHRA ES, MARIA ! En cette fin d'année mariale, il me plaît, ô Marie, de vous dire que vous êtes belle.Vous êtes belle de toutes façons, dans votre corps comme dans votre âme.Vous êtes belle parce qu'il a plû à Dieu de vous faire ainsi.Vous le savez, car vous êtes aussi humble que belle.Du moment qu'il avait décidé que vous seriez sa Mère, c'était tout naturel qu'il décidât aussi qu'il ferait de vous la plus belle, la plus sainte, la plus parfaite des créatures.Et II a épuisé en vous sa puissance de Dieu, en commençant par ce rachat anticipé qui vous fit Immaculée dans votre conception.Quelle destinée que la vôtre ! Petite fille pauvre, bien que descendante de rois, l'Ange ambassadeur vient vous annoncer les desseins incroyables de Dieu sur vous.Mais le Roi suprême ne fera rien sans votre consentement.Vous désiriez être la petite servante de la mère du Messie que tout le monde attendait, dont on parlait tant autour de vous.Et voilà que c'est vous qui êtes cette Femme !.Vous dites oui.Oui à toutes les volontés divines.Oui à la maternité, qui vous laisse vierge.Oui au partage du destin de cet Enfant.Oui aux souffrances de toutes sortes, au martyre terrible du cœur.Les persécutions, l'exil, la solitude, le Calvaire, tout.Vous acceptez de partager la Croix de la Rédemption en même temps que d'être Mère du Rédempteur.D'avance vous acceptez aussi d'être notre Mère.Ma Mère, comme je vous ai peu connue et peu aimée jusqu'ici.Mais comme je vais vous aimer maintenant.Quelles grâces que celles de l'Année Mariale ! Je veux m'appliquer, tout le reste de mes jours, à vous faire connaître et aimer, et je sens bien qu'à cause de cela, qu'à cause de Vous, ma vie va être toute embellie.Dire aux hommes, mes frères, quelle Mère vous êtes, toute pure, toute sainte, toute belle, et si comprehensive, si miséricordieuse, si puissante sur le Cœur de Dieu : quel beau message ! quelle belle et exaltante mission ! SACERDOS — 456 — L'ENCYCLIQUE "AD COELI REGINAM" INSTITUE LA FETE DE LA ROYAUTE DE MARIE A Nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques, Evoques, et autres Ordinaires en Paix et Communion avec le Siège Apostolique PIE XII PAPE Vénérables Frères Salut et Bénédiction Apostolique Dès les premiers âges de l'Eglise Catholique, le peuple chrétien fit monter vers la Reine du Ciel ses prières et ses chants de louange filiale, dans la sérénité des heures de joie et plus encore dans l'angoisse des périls menaçants.Jamais ne fut déçue l'espérance mise en la Mère du divin Roi Jésus-Christ ; jamais ne s'affaiblit la foi qui nous enseigne que la Vierge Marie Mère de Dieu règne sur l'univers entier avec un cœur maternel, tout comme elle est ceinte d'une royale couronne de gloire dans la béatitude céleste.Or, après les calamités qui jusque sous Nos yeux ont couvert de ruines des villes florissantes et de nombreux villages, Nous voyons avec douleur déborder dangereusement les flots de profondes misères morales, vaciller parfois les bases mêmes de la justice, triompher un peu partout l'attrait des plaisirs corrupteurs et, dans cette conjoncture inquiétante, Nous sommes saisis d'une vive angoisse.Aussi est-ce avec confiance que Nous recourons à Marie notre Reine, lui manifestant non seulement Notre amour mais aussi celui de quiconque se glorifie du nom de chrétien.Le 1er novembre de l'Année 1950, — il nous plaît de le rappeler —, en présence d'une multitude de Cardinaux, d'Evêques, de prêtres et de fidèles accourus du monde entier, Nous avons Nous-mêmes défini le dogme de l'Assomption de la Très Sainte Vierge dans le ciel *, où, en corps et en âme elle règne avec son Fils unique parmi les choeurs des Anges et des Saints.En outre, à l'occasion du centenaire de la définition du dogme de l'Immaculéc-Conception par Pie IX, Notre prédécesseur d'immortelle mémoire, Nous avons promulgué la présente Année Mariale2 ; et ce Nous est aujourd'hui une grande consolation de voir à Rome, — à Sainte Marie-Majeure en particulier où les foules viennent manifester leur confiance et leur grand amour envers leur Mère du Ciel —, mais également dans le monde entier, — 457 — la piété envers la Vierge mère de Dieu refleurir toujours davantage et les principaux sanctuaires mariais recevoir sans cesse de nombreux et pieux pèlerinages.Et l'on sait que, chaque fois que Nous en eûmes l'occasion, dans Nos allocutions d'audience ou Nos radiomessages, Nous avons exhorté tous les fidèles à aimer de tout leur cœur, comme des fils, leur Mère très bonne et très puissante.A ce sujet, Nous rappelons volontiers le message radiophonique adressé au peuple portugais lors du couronnement de la statue miraculeuse de Fatima 3, et que Nous avons appelé Nous-même le message de la « Royauté » de Marie 4.Pour mettre donc en quelque sorte le comble à ces marques de Notre piété envers la Mère de Dieu, que le peuple chrétien a accueillies avec tant de ferveur, pour conclure heureusement l'Année Mariale qui touche désormais à son terme, pour accéder enfin aux demandes instantes qui Nous parviennent à ce sujet de toutes parts, Nous avons décidé d'instituer la fête liturgique de « La Sainte Vierge Marie Reine ».Nous n'entendons pas proposer par là au peuple chrétien une nouvelle vérité à croire, car le titre même et les arguments qui justifient la dignité royale de Marie ont déjà de tout temps été abondamment formulés et se trouvent dans les documents anciens de l'Eglise et dans les livres liturgiques.Nous désirons seulement les rappeler par cette Encyclique, afin de renouveler les louanges de Notre Mère du ciel, de ranimer dans tous les cœurs une piété plus ardente envers elle, et de contribuer ainsi au bien des âmes.1 — Sources théologiques (a) Le peuple chrétien, même dans les siècles passés, croyait avec raison que celle dont est né le Fils du Très-Haut, qui « régnera à jamais dans la maison de Jacob » 5, « Prince de la paix » °, « Roi des rois et Seigneurs des Seigneurs » 7, avait reçu plus que toute autre créature des grâces et privilèges uniques ; et considérant aussi les relations étroites qui unissaient la mère au fils, il a reconnu sans peine la dignité royale suprême de la Mère de Dieu.C'est pourquoi il n'est pas étonnant que les anciens écrivains ecclésiastiques, forts de la parole de l'Archange Gabriel prédisant que le Fils de Marie régnerait éternellement 8, et de celles d'Elisabeth, qui en la saluant avec respect l'appelait « la Mère de mon seigneur » \ aient déjà appelé Marie « la Mère du Roi », « la Mère du Seigneur », (a) Les sous-titres sont de nous.— L.R.— 453 — montrant clairement qu'en vertu de la dignité royale de son Fils elle possédait une grandeur et une excellence à part.Aussi S.Ephrem, dans l'ardeur de son inspiration poétique, la fait-il parler de la sorte : « Que le ciel me soutienne de son étreinte, car j'ai été honorée plus que lui.En effet le ciel ne fut pas ta mère, mais tu en as fait ton trône ! » 10.Et ailleurs il la prie en ces termes : «.noble jeune fille et patronne, Reine, maîtresse, garde-moi, protège-moi, de peur que Satan auteur de tout mal ne se réjouisse à mon sujet et que le criminel adversaire ne triomphe de moi »li.Saint Grégoire de Nazianze appelle Marie « Mère du Roi de tout l'univers », « Mère Vierge, (qui) a enfanté le Roi du monde » 12.Prudence déclare que cette mère s'étonne d'avoir engendré Dieu comme homme et même comme Roi suprême » 13.Cette dignité royale de la Bienheureuse Vierge Marie est clairement et nettement signifiée par ceux qui l'appellent « Souveraine », « Dominatrice », « Reine ».Déjà dans une homélie attribuée à Origènc, Marie est appelée par Elisabeth non seulement « Mère de mon Seigneur », mais « Ma Souveraine » 14.La même idée ressort du passage suivant de saint Jérôme dans lequel, parmi les différentes interprétations du nom de Marie, il met en dernier lieu celle-ci : « Il faut savoir au'en syriaque Marie signifie Souveraine » 1B.Après lui saint Chrysostome formule la même pensée d'une manière encore plus affirmative : « Le mot hébreu Marie se traduit en latin Souveraine : l'Ange l'appelle Souveraine pour qu'elle cesse de trembler comme une servante, elle à qui l'autorité même de son Fils a obtenu de naître et d'être appelé Souveraine » 16.Epiphane, évêque de Constantinople, écrivant au Souverain Pontife Hormisdas, dit qu'il faut prier pour que l'unité de l'Eglise soit conservée « par la grâce de la sainte et consubstantielle Trinité et par l'intercession de notre Sainte Souveraine, la glorieuse Vierge Marie Mère de Dieu » 1?.Un auteur de la même époque salue en ces termes solennels la Sainte Vierge assise à la droite de Dieu pour lui demander de prier pour nous : « Souveraine des mortels, très sainte Mère de Dieu » 18.Saint André de Crète attribue plusieurs fois à la Vierge Marie la dignité de Reine ; il écrit par exemple : « (Jésus) transporte aujourd'hui hors de sa demeure terrestre la Reine du genre humain, sa Mère toujours Vierge dans le sein de laquelle, sans cesser d'être Dieu, il a pris la forme humaine » 1B.Et ailleurs : « Reine de tout le genre humain, fidèle en réalité au sens de ton nom et qui, Dieu seul excepte, dépasse toute chose » so.— 459 — Saint Germain salue en ces termes l'humble Vierge : « Assieds-toi, o Souveraine, il convient en effet que tu sièges en haut lieu puisque tu es Reine et plus glorieuse que tous les rois » al.Il l'appelle aussi : « Souveiaine de tous les habitants de la terre » 22.Saint Jean Damascene lui donne le nom de « Reine, Patronne, Souveraine » ~:', et même de : « Souveraine de toute créature » 24 ; un ancien écrivain de l'Eglise Occidentale l'appelle : « heureuse Reine », « Reine éternelle près du Roi son Fils », elle dont « la tête blanche comme la neige est ornée d'un diadème d'or » 25.Enfin saint Ildefonse de Tolède unit presque tous ses titres d'honneur en cette salutation : « O ma Souveraine, Maîtresse suprême ; Mère de mon Souverain, tu règnes sur moi.Souveraine parmi les servantes, Reine parmi tes sœurs » 26.A partir de ces témoignages et d'autres analogues, presque innombrables, qui remontent à l'antiquité, les théologiens de l'Eglise ont élaboré la doctrine selon laquelle ils appellent la Très Sainte Vierge Reine de toutes les créatures, Reine du monde, Souveraine de l'Univers.Les Pasteurs suprêmes de l'Eglise ont estimé de leur devoir d'approuver et d'encourager par leurs exhortations et leurs éloges la piété du peuple chrétien envers sa Mère du ciel et sa Reine.Aussi, pour ne pas parler des documents des Papes récents, rappelons simplement ceux-ci : dès le septième siècle Notre prédécesseur S.Martin I appelle Marie « Notre glorieuse Souveraine toujours Vierge » ""' ; Saint Agathon, dans son épître synodale aux Pères du sixième Concile œcuménique dit d'elle « notre Souveraine, vraiment Mère de Dieu au sens propre » 28 ; au huitième siècle, Grégoire II dans sa lettre au Patriarche S.Germain, qui fut lue aux acclamations de tous les pères du septième Concile œcuménique, lui donne le titre de « Souveraine universelle et vraie Mère de Dieu », et de « souveraine de tous les chrétiens » 29.Rappelons en outre que Notre prédécesseur d'immortelle mémoire Sixte IV.mentionnant avec ferveur la doctrine de l'Immaculée-Con-ception de la Sainte Vierge dans sa Lettre Apostolique « Cum prae-excelsa » ?0, commence par appeler Marie « Reine du ciel et de la terre » et affirme que le Roi suprême lui a en quelque sorte transmis son pouvoir 31.C'est pourquoi S.Alphonse de Liguori rassemblant tous les témoignages des siècles précédents écrit avec grande piété : « Puisque la Vierge Marie a été élevée à la dignité si haute de Mère de Dieu, c'est à bon droit que l'Eglise lui a décerné le titre de Reine » 12.— 460 — 2 — Liturgie et art chrétien La Sainte liturgie, qui est comme le fidèle miroir de la doctrine transmise par les anciens et crue par le peuple chrétien à travers les âges, soit en Orient soit en Occident, a toujours chanté et chante encore sans cesse les louanges de la Reine des cicux.De l'Orient retentissent ces accents fervents : « O Mère de Dieu, aujourd'hui tu as été transportée au ciel sur les chars des Chérubins, les Séraphins sont à ton service, et les légions des armées célestes s'inclinent devant toi » 33.Et ceux-ci : «O juste, o très heureux (Joseph), à cause de ton origine royale tu as été choisi entre tous pour époux de la Reine pure, qui enfantera merveilleusement le Roi Jésus » 34.De même : « Je dirai un hymne à la Mère Reine, et je m'approcherai d'elle avec joie pour chanter dans l'allégresse ses merveilles.O Souveraine, notre langue ne peut te chanter dignement, parce que Tu es plus élevée que les Séraphins, Toi qui as engendré le Christ Roi.Salut, ô Reine du monde, salut ô Marie, Souveraine de nous tous » 35.Dans le Missel éthiopien, on lit : « O Marie, centre de l'univers.Tu es plus grande que les Chérubins aux jeux innombrables et que les Séraphins aux six ailes.Le ciel et la terre sont entièrement iemplls de ta sainteté et de ta gloire » 36.L'Eglise latine chante la vieille et très douce prière du « Salve R.cgina » et les joyeuses antiennes « Ave, Regina cœlorum », «Regina cœli, laetare », celles aussi que l'on récite aux fêtes de la Sainte Vierge : « La Reine s'est assise à ta droite en vêtement d'or couvert d'ornements variés » 3Î ; « Terres et peuples chantent ta gloire, ô Reine » 38 ; « Aujourd'hui la Vierge Marie est montée aux cieux : réjouissez-vous, car elle règne avec le Christ à jamais » 39.Il faut y ajouter, entre autres, les Litanies de Lorette, qui invitent tous les jours le peuple chrétien à saluer plusieurs fois Marie du titre de Reine.De même, depuis bien des siècles, les chrétiens méditent sur l'empire de Marie qui embrasse le ciel et la terre, lorsqu'ils considèrent le cinquième mystère glorieux du Rosaire, que l'on peut appeler la couronne mystique de la Reine du ciel.Enfin l'art basé sur les principes chrétiens et inspiré de leur esprit, interprétant exactement depuis le Concile d'Ephèsc la piété authentique et spontanée des fidèles, représente Marie en Reine et en Impératrice, assise sur un trône royal, ornée d'insignes royaux, ceinte d'un diadème, entourée d'une cohorte d'Anges et de Saints, montrant qu'elle domine non seulement les forces de la nature mais aussi les attaques perverses de Satan.L'iconographie, pour traduire la dignité loyale de la Bienheureuse Vierge Marie, s'est enrichie à toutes les — 461 — époque?d'œuvres d'art de la plus grande valeur ; elle est même allée jusqu'à représenter le Divin Rédempteur ceignant le front de sa Mère d'une couronne éclatante.Les Pontifes Romains n'ont pas manqué de favoriser cette dévotion populaire en couronnant souvent, de leurs propres mains ou par l'intermédiaire de Légats pontificaux, les images de la Vierge déjà remarquables par le culte public qu'on leur rendait.3 — Arguments principaux : maternité divine et co-rédemption Comme Nous l'avons indiqué plus haut, Vénérables Frères, l'argument principal sur lequel se fonde la dignité royale de Marie, déjà évident dans les textes de la tradition antique et dans la sainte Liturgie, est sans aucun doute sa maternité divine.Dans les Livres Saints, en effet, on affirme du Fils qui sera engendré par la Vierge : « Il sera appelé Fils du Très-Haut et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père, et il régnera dans la maison de Jacob éternellement et son règne n'aura pas de fin » 40 ; en outre, Marie est proclamée « Mère du Seigneur » ".Il s'en suit logiquement qu'elle-même est Reine, puisqu'elle a donné la vie à un Fils qui, dès l'instant de sa conception, même comme homme, était, à cause de l'union hypos-tatique de la nature humaine avec le Verbe, Roi et Seigneur de toutes choses.Saint Jean Damascene a donc raison d'écrire : « Elle est vraiment devenue la Souveraine de toute la création au moment où elle devint Mère du Créateur » J- et l'Archange Gabriel lui-même peut être appelé le premier héraut de la dignité royale de Marie.Cependant la Bienheureuse Vierge doit être proclamée Reine non seulement à cause de sa maternité divine mais aussi parce que selon la volonté de Dieu, elle joua dans l'œuvre de notre salut éternel, un rôle des plus éminents.« Quelle pensée plus douce, — écrivait Notre Prédécesseur d'heureuse mémoire, Pie XI —, pourrait Nous venir à l'esprit que celle-ci : le Christ est notre Roi non seulement par droit de naissance mais aussi par un droit acquis, c'est-à-dire par la Redemption ?Que tous les hommes oublieux du prix que nous avons coûté à notre Rédempteur s'en souviennent : « Vous n'avez pas été rachetés par l'or ou l'argent qui sont des biens corruptibles, .ma:s par le sang précieux du Christ, Agneau immaculé et sans tache » *3.Nous n'appartenons donc plus à nous-mêmes, parce que c'est « d'un grand prix » " que le Christ nous a rachetés » 45.Dans l'accomplissement de la Rédemption, la Très Sainte Vierge fut certes étroitement associée au Christ ; aussi chante-t-on à bon droit dans la Sainte Liturgie : « Sainte Marie, Reine du ciel et maî- — 4G2 — tresse du monde, brisée de douleur, était debout près de la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ » 4i;.Et un pieux disciple de saint Anselme pouvait écrire au Moyen-âge : « Comme.Dieu, en créant toutes choses par sa puissance, est Père et Seigneur de tout, ainsi Marie, en restaurant toutes choses par ses mérites, est la Mère et la Souveraine de tout : Dieu est Seigneur de toutes choses parce qu'il les a établies dans leur nature propre par son ordre, et Marie est Souveraine de toutes choses en les restaurant dans leur dignité originelle par la grâce qu'elle mérita » 47.En effet « Comme le Christ pour nous avoir racheté, est notre Seigneur et notre Roi à un titre particulier, ainsi la Bienheureuse Vierge est aussi notre Reine et Souveraine à cause de la manière unique dont elle contribua à notre Rédemption, en donnant sa chair à son Fils et en l'offrant volontairement pour nous, désirant, demandant et procurant notre salut d'une manière toute spéciale » 1S.De ces prémisses, on peut tirer l'argument suivant : dans l'œuvre du salut spirituel, Marie fut, par la volonté de Dieu, associée au Christ Jésus, principe de salut, et cela d'une manière semblable à celle dont Eve fut associée à Adam, principe de mort, si bien que l'on peut dire de notre Rédemption qu'elle s'effectua selon une certaine « récapitulation » 4° en vertu de laquelle le genre humain, assujetti à la mort par une vierge, se sauve aussi par l'intermédiaire d'une vierge ; en outre on peut dire que cette glorieuse Souveraine fut choisie comme Mère de Dieu précisément « pour être associée à lui dans la rédemption du genre humain » B0 ; réellement « ce fut elle qui, exempte de toute faute personnelle ou héréditaire, toujours étroitement unie à son Fils, l'a offert sur le Golgotha au Père Eternel, sacrifiant en même temps son amour et ses droits maternels, comme une nouvelle Eve, pour toute la postérité d'Adam, souillée par sa chute misérable » 51 ; on pourra donc légitimement en conclure que, comme le Christ, nouvel Adam, est notre Roi parce qu'il est non seulement Fils de Dieu, mais aussi notre Rédempteur, il est également permis d'affirmer, par une certaine analogie, que la Sainte Vierge est Reine, et parce qu'elle e.t Mère de Dieu et parce que, comme une nouvelle Eve, elle fut associée au nouvel Adam.Sans doute, seul Jésus-Christ, Dieu et homme, est Roi, au sens plein, propre et absolu du mot ; Marie, toutefois, participe aussi à sa dignité royale, bien que d'une manière limitée et analogique parce qu'elle est la Mère du Christ Dieu et qu'elle est associée à l'œuvre du Divin Rédempteur dans sa lutte contre les ennemis et au triomphe qu'il a obtenu sur eux tous.En effet par cette union avec le Christ Roi Elle atteint une gloire tellement sublime qu'elle dépasse l'excellence de toutes les choses créées : de cette même union avec le Christ, découle la puissance royale qui l'autorise à distribuer les trésors du Royaume du Divin Rédempteur ; enfin cette même union avec le — 463 — Christ est source de 1'efl'icacité inépuisable de son intercession maternelle auprès du Fils et du Père.Aucun doute par conséquent que la Sainte Vierge ne dépasse en dignité toute la création et n'ait sur tous, après son Fils, la primauté.•< Toi enfin — chante saint Sophrone — tu as dépassé de loin toute créature.Que peut-il exister de plus élevé que cette grâce dont toi eule as bénéficié de par la volonté de Dieu ?» 52.Et saint Germain va encore plus loin dans la louange : « Ta dignité te met au-dessus de toutes les créatures ; ton excellence te rend supérieure aux anges » 53.Saint Jean Damascene ensuite en vient jusqu'à écrire cette phrase : « La différence entre les serviteurs de Dieu et sa Mère est infinie » 54.Pour nous aider à comprendre la dignité sublime que la Mère de Dieu a atteinte au-dessus de toutes les créatures, nous pouvons considérer que la Sainte Vierge, depuis le premier instant de sa conception, fut comblée d'une telle abondance de grâces qu'elle dépassait la grâce de tous les Saints.Aussi — comme l'écrivait Notre Prédécesseur Pie IX d'heureuse mémoire, dans sa Bulle « Ineffabilis Deus » — « bien au-dessus de tous les Anges et de tous les Saints », le Dieu ineffable « a enrichi Marie avec munificence de tous les dons célestes, puisés au trésor de la divinité ; aussi, toujours préservée des moindres souillures du péché, toute belle et parfaite, elle a atteint une telle plénitude d'innocence et de sainteté qu'on ne peut en imaginer de plus grande ■en dessous de Dieu et que jamais personne, sauf Dieu lui-même, ne réussira à la comprendre » 55.En outre, la Bienheureuse Vierge n'a pas seulement réalisé le suprême degré, après le Christ, de l'excellence et de la perfection mais elle participe aussi en quelque sorte à l'action par laquelle on dit avec raison que son Fils, notre Rédempteur, règne sur les esprits et les volontés des hommes.En effet, si le Verbe opère les miracles et répand la grâce par le moyen de son humanité, s'il se sert des Sacrements et des Saints comme d'instruments pour le salut des âmes, pourquoi ne peut-il pas se servir de sa Mère très Sainte pour nous distribuer les fruits de la Rédemption ?Vraiment c'est avec un cœur maternel — comme dit encore Notre Prédécesseur Pie IX — que, traitant l'affaire de notre salut, elle se préoccupe de tout le genre humain, ayant été établie par le Seigneur Reine du ciel et de la terre et se trouvant exaltée au-dessus de tous les chœurs des Anges et de tous les Saints du ciel à la droite de son Fils unique, Jésus-Christ Notre-Seigneur ; elle obtient audience par la puissance de ses supplications maternelles, elle reçoit tout ce qu'elle demande et n'éprouve jamais de refus 5e.A ce propos, un autre de Nos prédécesseurs, Léon XIII d'heureuse mémoire, déclara que la Bienheureuse Vierge Marie dispose d'un pouvoir « presque sans limites » r'7 pour concéder des grâces, — 464 — et saint Pie X ajoute que Marie remplit cet office « pour ainsi dire par droit maternel » 38.Que tous les fidèles chrétiens se glorifient donc d'être soumis à l'empire de la Vierge mère de Dieu qui dispose d'un pouvoir royal et brûle d'amour maternel.Mais en traitant les questions qui regardent la Sainte Vierge, que les Théologiens et les Prédicateurs de la parole divine aient soin d'éviter ce qui les ferait dévier du droit chemin, pour tomber dans une double erreur ; qu'ils se gardent et des opinions privées de fondement, dont les expressions exagérées dépassent les limites du vrai, et d'une étroitesse d'esprit excessive quand il s'agit de cette dignité unique, sublime, et même presque divine de la Mère de Dieu, que le Docteur Angélique nous enseigne à lui attribuer « à cau.e du bien infini qu'est Dieu » 50.Du reste, sui ce point de la doctrine chrétienne comme en d'autres, « la norme prochaine et universelle de la vérité » est, pour tous, le Magistère vivant de l'Eglise que le Christ a établi « également pour éclairer et expliquer ce qui, dans le dépôt de la foi, n'est contenu qu'obscurément et comme implicitement » "".4 — Institution de la Fête au 31 mai, et exhortation aux fidèles Les monuments de l'antiquité chrétienne, les prières de la liturgie, le sens religieux inné du peuple chrétien, les œuvres d'art, nous ont lourni des témoignages qui affirment l'excellence de la Vierge Mère de Dieu en sa dignité royale ; Nous avons aussi prouvé que les raisons déduites par la théologie du trésor de la foi divine confirment pleinement cette vérité.De tant de témoignages cités, il se forme un concert dont l'écho résonne au loin pour célébrer le caractère suprême et la gloire royale de la Mère de Dieu et des hommes, « élevée désormais au royaume céleste au-dessus des chœurs angéliques » 81.De longues et mûres réflexions Nous ayant persuadé que si cette vérité solidement démontrée était rendue plus resplendissante aux yeux de tous — comme une lampe qui brille davantage quand elle est placée sur le candélabre — l'Eglise en recueillerait de grands avantages, par Notre autorité apostolique Nous décrétons et instituons la fête de Marie Reine, qui se célébrera le 31 mai.Nous ordonnons également que, ce jour-là, on renouvelle la consécration du genre humain au Cœur Immaculé de la Bienheureuse Vierge Marie.C'est là en effet que repose le grand espoir de voir se lever une ère de bonheur, où régneront la paix chrétienne et le triomphe de la religion.Que tous s'approchent donc avec une confiance plus grande qu'au-p» ; v int, du trône de miséricorde et de grâce de notre Reine et Mère, — 465 — pour demander le secours dans l'adversité, la lumière dans les ténèbres, le réconfort dans la douleur et les larmes ; qu'ils s'efforcent surtout de s'arracher à la servitude du péché et qu'ils offrent un hommage incessant, pénétré de !a ferveur d'une dévotion filiale, à la royauté d'une telle Mère.Que ses Sanctuaires soient fréquentés et ses fêtes célébrées par la foule des fidèles ; que la pieuse couronne du Rosaire soit dans les mains de tous et que, pour chanter ses gloires, elle rassemble dans les églises, les maisons, les hôpitaux, les prisons, aussi bien de petits groupes que les grandes assemblées de fidèles.Que le nom de Marie plus doux que le nectar, plus précieux que n'importe quelle gemme soit l'objet des plus grands honneurs ; que personne ne prononce des blasphèmes impies, signe d'une âme corrompue, contre un nom qui brille d'une telle majesté et que la grâce rend vénérable maternelle ; qu'on n'ose même rien dire qui trahisse un manque de respect à son égard.Que tous s'efforcent selon leur condition de reproduire dans leur cœur et dans leur vie, avec un zèle vigilant et attentif, les grandes vertus de la Reine du Ciel, Notre Mère très aimante.Il s'ensuivra en effet que les chrétiens, en honorant et imitant une si grande Reine, se sentiront enfin vraiment frères et, banissant l'envie et les désirs immodérés des richesses, développeront la charité sociale, respecteront les droits des pauvres et aimeront la paix.Que personne donc ne se croie fils de Marie, digne d'être accueilli sous sa puissante protection, si, à son exemple, il ne se montre doux, juste et chaste, et ne contribue avec amour à la vraie fraternité, soucieuse non de blesser et de nuire, mais d'aider et de consoler.En bien des régions du globe, des hommes sont injustement poursuivis pour leur profession de foi chrétienne et privés des droits humains et divins de la liberté ; pour écarter ces maux, les requêtes justifiées et les protestations répétées sont jusqu'à présent restées impuissantes.Veuille la puissante Souveraine des choses et des temps, qui de son pied virginal sait réduire les violences, tourner ses yeux de miséricorde dont l'éclat apporte le calme, éloigne les nuées et les tempêtes, vers ses fils innocents et éprouvés ; qu'elle leur accorde à eux aussi de jouir enfin sans retard de la liberté qui leur est duc, pour qu'ils puissent pratiquer ouvertement leur religion, et que, tout en servant la cause de l'Evangile, ils contribuent aussi par leur collaboration et l'exemple éclatant de leurs vertus au milieu des épreuves, à la force et au progrès de la cité terrestre.Nous pensons également que la fête instituée par cette Lettre Encyclique afin que tous reconnaissent plus clairement et honorent avec plus de zèle l'empire clément et maternel de la Mère de Dieu, peut contribuer grandement à conserver, consolider et rendre perpétuelle la paix des peuples, menacée presque chaque jour par des — 466 — événements inquiétants.N'est-Elle pas l'arc-en-ciel posé sur les nuées devant Dieu en signe d'alliance pacifique ?« Regarde l'arc et bénis celui qui l'a fait ; il est éclatant de splendeur ; il embrasse le ciel de son cercle radieux et les mains du Très-Haut l'ont tendu » 6i.Quiconque donc honore la Souveraine des Anges et des hommes — et que personne ne se croie exempté de ce tribut de reconnaissance et d'amour — l'invoque aussi comme la Reine très puissante, médiatrice de paix : qu'il respecte et défende la paix qui n'est ni injustice impunie ni licence effrénée mais concorde bien ordonnée dans l'obéissance à la volonté de Dieu ; c'est à la conserver et à l'accroître que tendent les exhortations et les ordres maternels de la Vierge Marie.Vivement désireux que la Reine et Mère du peuple chrétien accueille ces vœux et réjouisse de sa paix la terre secouée par la haine et, après cet exil, nous montre à tous Jésus qui sera notre paix et notre joie pour l'éternité, à vous Vénérables Frères et à vos fidèles, Nous accordons de tout cœur, comme gage du secours du Dieu tout-puissant et comme preuve de Notre affection, la Bénédiction Apostolique.Donné à Rome, près Saint-Pierre, en la fête de la Maternité de la Vierge Marie, le 11 octobre 1954, seizième année de Notre Pontificat.PIUS PP.XII 1.Cfr.Constitutif) Apostolica Munijtcenttssimus Deus : A.A.S.XXXXII, 1950, p.753 sq.2.Or.Litt.Enc.Fulgens corona : A.A.S.XXXV, 1953, p.577 sq.3.Cfr.A.A.S.XXXVIII, 1946, p.264 sq.4.Cfr.L'Ossetralore Romano, 19-5-46.5.Luc.1, 32.6.haï.9, 6.7.Apoc.XIX, 16.8.Cfr.Luc.1, 32, 33.9.Luc.1, 43.10.S.Ephrem, Hymnt de B.Maria, éd.Th.J.Lamy, T.II, Mechliniï, 1886, hymn.XIX, p.624.11.Idem, Oratio ad Ss.mam Dei Matrem ; Opera Omnia.Ed.Assemani, t.III (graece), Romït, 1747, pag.546.12.S.Gregorius Naz., Poemata dogmatica, XVIII, v.58 : P.G.XXXVII, 485.13.Prudentius, Dittochceum, XXVII : P.L.LX, 102 A.14.Horn, in S.Lucam, hom.VII ; éd.Rauer, Origenes' Werke, T.IX, p.48 (ex catena Macarii Chrysoccphali).Cfr.P.G.XIII, 1902 D.15.S.Hieronymus, Liber de nominibus Hebrœis : P.L.XXIII, 886.16.S.Pptrus Chry.sologus, Sermo 142, De Annuntiatione B.V.M.: P.L.III, 579 C ; cfr.etiam 582 B ; 584 A : « Regina totius exsitit castitatis ».— 467 — 17.Relatio Epiphani Ep.Constantin.: P.L.LXIII, 498 D.18.Encomium in Dormitionem Ss.ma Deipara (inter opera S.Modesti): P.G.LXXXVI, 3306 B.19- S.Andreas Cretensis, Homtlia II in Dormitionem Ss.ma Deipara : 20.Idem, Homilia III in Dormitionem Ss.mœ Deipara, I : P.G.XCVIII, 1099 A.21.S.Germanus, In Prasentationem Ss.ma; Deipara, I: P.G.XCVIII, 303 A.22.Idem.In Prasentationem Ss.ma Deipara, II: P.G.XCVIII, 315 C.23.S.Ioannes Damascenus, Homilia I in Dormitionem B.M.V.: P.G.XCVI, 719 A.24.Idem, De fide orthodoxa.I, IV, c.14: P.G.XLIV, 1158 B.25.De laudibus Maria (inter Opera Venantii Fortunati) : P.L.LXXXVIII, 282 B et 283 A.26.Ildefonsus Toletanus, De rirginitale perpeta B.M.V.: P.L.XCVI, 58 A D.27.S.Martinus /., Episto.XIV : P.L.LXXXVIII, 199-200 A.28.S.Agatho : P.L.LXXXVII, 1221 A.29.Hardouin, Acta Concilionim.IV, 234 ; 238 : P.L.LXXXIV, 508 B.30.Xystus IV, Bulla Cum Praexcelsa, d.d.28 febr.a.1476.31.Benedictus XIV, Bulla Gloriosa Domina, d.d.27 sept.a.1748.32.S.Alfonso, Le glorie di Maria, p.I, c.I, I.33- Ex Lilurgia Armenorum : in festo Assumptions, Hymnus ad Matutinum.34.Ex Menao (byzantino) : Dominica post Natalem, in Canone, ad Matutinum.35.Officium Hymni Akatislos (in ritu byzantino).36.Missale Aethiopicum, Anaphora Domina?nostra5 Maria;, Matris Dei.37.Brev.Rom., Versiculus VI Respons.38.Festum Assumptionis ; hymnus Laudum.39.Ibidem, ad Magnificat II Vesp.40.Luc.1, 32, 33.41.Ibidem, 1, 43.42.S.Ionnes Damascenus, De fide orthodoxa.1.IV, c.14 ; P.G.XCIV, 1157 7.B.43./ Petr.1, 18, 19.44./ Cor.6, 20.45.Pius XI, Litt.Enc.Quas primas : A.A.S.XVII, 1925, p.599.46.Festum septem dolorum B.Mariae Virg., Tractus.47.Eadmerus, De excellentia Virginis Maria, c.11 : P.L.CLIX, 508 A B.48.F.Suarez, De mysteriis vita Christi, disp.XII, sect.II (ed: Vives, XIX, 327).49.S.Irenaeus, Adv.Haer., V, 19, 1 : P.G.VII, 1175 B.50.Pius XI, Epia.Auspicatus profeclo : A.A.S.XXV, 1933, p.80.51.Pius XII, Litt.Enc.Mystict Corporis : A.A.S.XXXV, 1943, p.247.52.S.Sophronius, In Anntintialionem Beata Maria Virginis : P.G.LXXXVII, 3238 D ; 3242 A.— 468 — 53- S.Germanus, Horn.II in Dormitionem Bealœ Maria; Virginis : P.G.XCVIII, 354 B.54.S.Ioannes Damascenus, Horn.I in Dormitionem Beatx Maria; Virginis : P.G.XCVI, 715 A.55.Pius IX, Bulla Inejjabilii Deus : Ada P/i IX, I, p.597-598.56.Ibidem, p.618.57.LÉO XIII, Litt.Enc.Adjulricem populi : A.S.S., XXVIII, 1895-1896, p.130.58.Pius X, Litt.Enc.Ad diem ilium : A.S.S.XXXVI, 1903-1904, p.455.59.S.Thomas, Summa Theol., I, q.25, a.6, ad 4.60.Pius XII, Litt.Enc.Humani generis : A.A.S.XLII, 1950, p.569.61.Ex Brev.Rom.: Festum Assumption^ Beats: Maria; Virginis.62.Cfr.Gen.9, 13.63.Ecch.43, 12-13.A SON EMINENCE LE CARDINAL LEGER Nos respectueuses félicitations à Son Eminence le Cardinal Paul-Emile Léger pour la nouvelle marque de confiance que vient de lui donner le Saint-Père en le nommant Légat Papal aux Fêtes de Lourdes.La Rédaction — 469 — MARIE DANS LE PLAN DE DIEU La Conférence Catholique Canadienne, organisme groupant les Cardinaux, Archevêques et Eréques du pays, a approuvé le jeudi 14 octobre 1954, à l'issue de son assemblée générale annuelle, une déclara-lion collective à l'adresse de tous les catholiques du pays que nous reproduisons ici d'après le texte de son Service d'Information.Les litre et sous-titres sont de nous, Nos très chers frères, Alors que s'achève cette année mariale, posée comme une couronne éclatante — fulgens corona — sur le front de la Vierge Mère, tout nous invite à méditer encore une fois sur la part éminente de Marie dans le plan de Dieu, c'est-à-dire dans la réalité des choses.Deux pensées nous retiendront qui ont trait, l'une et l'autre, à la perfection de la Sainte Vierge et à son rôle unique dans l'histoire de notre salut : Marie est pour toutes les générations, l'exemplaire de l'humanité rachetée qui retrouve son intégrité originelle ; de plus, pour notre génération, négatrice de Dieu, elle est le modèle de la créature qui se livre entièrement et sans réserve à la volonté de son Créateur.Repassant ces choses dans nos cœurs, nous pouvons espérer entrer plus avant dans l'intelligence du mystère de Marie, Mère de Dieu et notre Mère.Rachetée par anticipation, elle est une pièce essentielle dans le mécanisme de notre salut Nos très chers frères, la dévotion à la Vierge n'est pas une poésie qui allège l'austérité de la religion ni un ornement qui pare la nudité de la foi.Elle n'est pas non plus, comme certains esprits forts le croient, une sublimation de l'amour courtois ou une idéalisation de la mère.Marie est une pièce essentielle dans le mécanisme du salut.Elle appartient à la structure intime de la foi.Elle est l'objet de définitions dogmatiques ; et l'on dit les mystères de Marie comme l'on dit les mystères de Jésus.Ne pas oser parler de Marie sous le fallacieux prétexte de ne pas heurter certaines susceptibilités, c'est altérer le message évangélique dont l'Eglise est la gardienne.C'est aussi se méprendre grossièrement que de voir dans le culte mariai une usur- — 470 — pation de l'absolue souveraineté de Dieu ou une atteinte sacrilège à l'unique médiation de Jésus-Christ.Créature de Dieu, Marie est totalement indigente comme chacun de nous ; comprise, comme chacun de nous, dans la sentence d'Adam, elle a eu besoin, comme chacun de nous, de miséricorde et, comme chacun de nous, de rédemption.Force eA d'ajouter aussitôt et du même souffle que si notre Sauveur est son Sauveur, il l'est d'une façon singulière, suréminente, privilégiée, Marie a été rachetée par anticipation.Fille de son Dieu et de son Sauveur, elle est en même temps la Mère de son Dieu et de son Sauveur qui consomme en elle ses propres dons.Cette doctrine fonde notre piété.Une seule fois dans l'histoire, une Mère a voulu un Fils que le Fils avait voulue d'abord et avait bercée dans sa pensée éternelle.C'est pourquoi elle est bénie entre toutes les femmes (Le I, 42), unique, à part.Elle est la tour d'ivoire, la maison d'or, l'arche d'alliance, la rose mystique.Ces comparaisons, sans dépasser la mesure théologique, manifestent la pauvreté de notre vocabulaire lorsqu'il s'agit d'exprimer les gloires de Marie et l'amour de ses enfants.Car elle est, en vérité, un miroir où se reflète, sans l'ombre la plus légère, la justice de Dieu ; et bien qu'elle ne puisse, à cause de sa maternité divine et de sa victoire initiale sur le péché, être mise sur le même pied que le reste des hommes, elle n'en demeure pas moins le modèle par excellence de notre humanité rachetée.La sainteté de Jésus est la sainteté d'un Dieu Qu on nous entende comme il faut.Jésus est le modèle dernier de notre perfection.Lors du baptême dans le Jourdain (Mt.III, 17 ; Me L, 11 ; Le III.22) et de la transfiguration sur le mont Thabor (Mt.XVII, 5 ; Me IX, 7 ; Le IX, 35), une voix venue du ciel se fit entendre : « Celui-ci est mon fils bien-aimé en qui j'ai mis toutes mes complaisances.Ecoutez-le ».Toutefois le Fils bien-aimé que le chrétien ;e doit d'écouter et dont il se doit de revêtir les idées et les sentiments (Phil.II.5), n'est pas un homme dans sa personne.Tel est l'enseignement de la foi : l'Incarnation n'ajoute pas au monde une personne de plus, car « en vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût, je suis», déclare le Christ (Jn VIII, 58).Il serait hérétique de conclure que le Christ n'est pas un homme véritable.Chair de la chair de Marie, et sang de son sang, il possède une nature humaine complète.L'évangélistc enregistre qu'il a grandi « en taille, en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes » (Le II, 52).Il a eu faim (Mt IV, 2 ; XI, 19 ; Le IV, 2, VII, 34) et il a eu soif ( Tn IV, 8 ; XIX, 28), il s'est endormi de fatigue (Mt.VIII, 24, Me IV, 38 ; Le VIII, 23), il a manifesté jusqu'aux larmes ses affections (Jn XI.36, Lazare ; Le XIX, 41, Jérusalem) et jusqu'au — 471 — sang ses tristesses (Le XXII, 44).Non, le Christ n'est pas un semblant d'homme.Il est vraiment de la race d'Adam, de la famille de David, « fait d'une femme », dit saint Paul (Gai.IV, 4), « Marie, sa mère », précisent les évangélistes (Mt.I, 18 ; Le I, 31, 43 ; II, 7 ; Jn II, 4 ; IX, 25).Cependant Dieu de Dieu, il est aussi consubstantiel au Père, égal en tout au Père, éternel comme le Père, puissant comme le Père, majestueux comme le Père.D'où il suit que sa sainteté humaine plonge dans l'abîme de gloire de la subsistance divine.Elle est une sainteté à mettre au compte de la seconde personne de la Sainte Trinité.Elle est la sainteté unique de l'unique Fils du Père.Elle est en son fond une sainteté inénarrable et incommunicable.Elle est une sainteté solitaire.A tel point qu'imiter le Christ, c'est, en dernière analyse, se laisser assimiler par Lui en vivant non pas tant comme Lui qu'en Lui.C'est ce que saint Paul dit dans un raccourci incomparable : « Mihi vivere, Christus est.— Pour moi, vivre c'est le Christ » ( Phil.I, 21).La sainteté de Marie est celle d'une personne humaine Mais voici surgir Marie.Quoique annoncée dès l'aube de l'histoire humaine comme la Femme dont la semence écrasera le démon (Gen.III, 15), elle n'a pas préexisté «à l'aurore» (Ps 108, 3) comme la personne du Christ ; quoiqu'enfantant le Christ et dans le Christ toutes les générations de chrétiens, elle n'était pas « au commencement » (Jn I, 1), mais a été tirée du néant ; quoique Mère de Dieu, elle est toute humaine dans sa personne autant que dans sa nature.Ainsi est-elle la garantie du sérieux de l'Incarnation.Or s'il est vrai qu'il manquerait quelque chose soit à la toute-puissance de Dieu soit à son amour si la sainteté de sa Mère n'atteignait pas à un sommet îadieux qu'aucune créature, fut-elle ange ou archange, ne saurait jamais atteindre, il est également vrai que cette sainteté de la Mère de Dieu reste la sainteté d'une personne créée comme nous, d'une personne humaine comme nous, d'un enfant adoptif de Dieu comme nous.L'humanité trouve en elle un modèle de son ordre En Marie, une fille de notre race, mais « pleine de grâce » (Le I, 28) et immaculée dès le premier instant de sa conception, l'humanité trouve un modèle dans son ordre.Rachetée mais non redressée, elle est déjà ce que l'humanité, restaurée dans le Christ, sera à la fin des temps, une humanité complètement victorieuse sur le démon et entiè- — 472 — rement purifiée de la malédiction originelle.En ce sens, la sainteté de Marie est prophétique, ou pour employer un mot cher à nos théologiens contemporains, eschatologique.Comme par son Assomption, premier fruit de la résurrection du Christ, elle anticipe la résurrection de nos corps, ainsi par son Immaculée-Conception, elle anticipe la beauté du royaume des cieux où rien de souillé n'entrera (Apoc.21, 27).Elle est non seulement tout ce que Dieu a voulu que fût l'homme lorsqu'il le créa ; elle est ce que Dieu veut que l'homme soit lorsqu'il le recréa plus merveilleusement encore par la rédemption et la croix.Nouvelle Eve, mère d'une race nouvelle, née non de son sein mais de la blessure de son cœur, elle est la plénitude de cette sainteté à laquelle peut accéder, sous l'action de la grâce, une personne humaine totalement présente à Dieu.Totalement présente à Dieu Totalement présente à Dieu ! A y regarder près, c'est bien cette présence à Dieu qui constitue le secret de toute perfection et, en particulier, de la perfection de Marie, plus haute que celle de toute créature visible ou invisible.Etre relatif qui n'existe comme nous tous que par une création continuée, rachetée comme nous tous bien qu'autrement et mieux que nous tous, Marie est, comme nous tous, en dépendance complète de Dieu.Seulement elle le reconnaît par le don entier d'elle-même qui nous vaut un Dieu fait homme et qui la mènera de Nazareth à Bethléem, et de Bethléem au Calvaire vers son étonnant de-tin de co-rédemptrice de l'univers, sans qu'on puisse jamais déceler chez elle ni la moindre défaillance ni le plus léger retour sur soi Son oui à l'Annonciation est l'écho parfait de XAmen éternel de son Fils, et l'établit dans une intimité ineffable avec Dieu que la seule maternité physique n'explique plus.On devait annoncer, un jour, à Notre-Scigncur, que sa Mère le cherchait.D'un air détaché, il se tourna vers la foule et lui demanda : « Qui est ma mère ?» Puis révélant le grand mystère de la filiation divine, il ajouta : « Si quelqu'un fait la volonté de mon Père qui est aux Cieux, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère » (Mt.XII, 46-50 ; Me III, 31-35 ; Le VIII, 19-21).Le Fils n'enlevait rien à la mère.Au contraire, il affirmait par ces paroles qu'elle était entrée avec lui dans une vie mystérieuse que «la volonté de la chair» (Jn I, 13) ne pouvait donner, mais seulement l'acceptation pleine et amoureuse de la volonté du Père.Idéal de soumission à l'action divine devant l'athéisme contemporain Ainsi, nos très chers frères, bien loin de porter atteinte à la — 473 — majesté de Dieu, la vraie dévotion à Marie exalte « la bassesse d'une servante» (Le I, 48), et propose l'idéal d'une humanité librement et filialtment soumise à l'action divine.C'est pourquoi notre génération qui assiste à la révolte de i'homme contre Dieu, se tourne vers la Sainte Vierge avec une si ardente inclination.Il n'est en effet que de jeter un regard rapide sur notre monde pour nous rendre compte, sur le champ, que ce qui le caractérise c'est une rupture farouche avec Dieu.S'il y a eu des époques de l'histoire qui ont contesté telle ou telle valeur chrétienne, aucune avant la nôtre n'avait cédé à la tentation de nier l'existence même de Dieu et de voir, dans l'acte d'adoration, une lâcheté de l'homme qui refuse de reconnaître la grandeur de son destin et sa souveraineté sur le mouvement de l'histoire.Sans doute, y a-t-il toujours eu des athées pratiques qui croyaient en Dieu, mais niaient son existence par leurs actions ; et des athées irréels qui, rejetant Dieu, ne rejetaient rien d'autre que l'idée, vide de substance, qu'ils se faisaient de Dieu, et des athées jouisseurs et libertins qui faisaient, comme dit saint Paul, un Dieu de leur ventre (Phil.Ill, 19).Aujourd'hui, il y a plus.Dans un suprême effort, l'homme rente d'instaurer un univers absolument fermé à tout surnaturel, et d'aménager un paradis terrestre d'où c'est Dieu, cette fois-ci, qui sera chassé.Il s'agit d'un athéisme de pensée et de vie, d'un athéisme positif et absolu, d'un athéisme haineux et agressif, et dans son principe — nous ne disons pas dans son aboutissement — d'un athéisme plein d'enthousiasme, de dynamisme et d'espérance.Sans retracer toutes les étapes et l'apostasie du monde moderne, rappelons que l'homme a, petit à petit, délaissé cette idée que la garantie de sa grandeur se trouvait dans la croyance en un Dieu dont il portait le reflet sur son front.Il cloisonna ses activités temporelles et pratiqua une religion purement décorative pour aboutir finalement à opposer la science à la religion, à faire de l'intelligence humaine la mesure de la Vérité, à se définir lui-même un accident chimique ou une espèce zoologique.Dieu devint, tour à tour et selon la branche du savoir, un pur produit de l'imagination, une sublimation de l'idée de père, le reflet d'une économie primitive, et à ce stade précis de l'humanité en devenir qui est le nôtre, une aliénation de l'homme — c'est le mot qu'on emploie avec les « intellectuels » —, un avilissement et un opium — c'est le mot qu'on emploie avec le peuple.Evénement sans précédent dans l'histoire Il faut reconnaître là un événement sans précédent dans l'histoire.« La technique moderne, écrivait Sa Sainteté dans son message de — 474 — Noël 1953, déploie autour de l'homme contemporain une vision assez vaste pour être confondue par beaucoup avec l'infini lui-même.» L'homme dresse sa taille.Ebloui par ses découvertes, il adore le génie.Il déclare qu'il n'a plus besoin de Dieu pour manger, boire, se loger, devenir technicien ou savant, et organiser scientifiquement le monde social, économique et politique.Il se proclame son propre créateur et son propre rédempteur.Il s'affirme cause totale et fin dernière, l'alpha et l'oméga de l'univers.Il connaît le bien et le mal, selon la promesse de Satan à nos premiers parents (Gen.III, 5).Il sait tout, il peut tout.En Dieu, il ne trouve qu'un obstacle à sa liberté et qu'un adversaire de sa dignité.Il faut que Dieu meure.Le règne de l'homme est arrivé.C'est dans cette crise que notre monde est plongé, crise qui se traduit dans les faits par la tyrannie, le régime policier, la persécution religieuse, les camps de travail forcé, les bouleversements sociaux, les exils en masse, et le cauchemar d'une guerre apocalyptique sans que personne, ni les savants ni les hommes d'Etat ni les militaires, ne sache exactement comment nous allons nous en tirer.Remarquons que ce n'est pas leurs conquêtes qu'il faut reprocher aux savants, ni leurs conférences aux hommes d'Etat, ni leur art aux hommes de guerre, mais c'est l'apostasie de ce temps qui pose son salut ailleurs que dans la soumission à Dieu, et qui, pour mettre tout le monde d'accord et asseoir l'union des peuples sur des bases indiscutables, croit non seulement qu'il peut mais qu'il doit laisser Dieu de côté.Tout le génie et tout le labeur de l'homme sont nécessaires pour l'aménagement de ce monde et l'établissement de la paix, mais avec quelle clarté aveuglante l'événement nous prouve une fois "de plus que les efforts humains, à eux tout seuls, sont voués à l'échec.Il est posibic, armé de techniques modernes, d'organiser le monde sans Dieu, mais alors l'homme l'organise contre l'homme.« La racine de tous les maux, nous rappelait Pie XII, précisément dans l'encyclique qui annonçait l'année mariale, la racine de tous les maux qui font souffrir si cruellement les hommes et plongent dans l'angoisse les peuples et les nations, est à chercher, de toute évidence, dans le fait qu'un grand nombre ont abandonné Celui qui est la source d'eau vive, pour se creuser des citernes crevassées qui n'entretiennent pas l'eau.» L'idolâtrie est partout L'idôlatrie est partout.Elle est tout autour de nous.Elle ne s'arrête pas à des frontières géographiques.C'est l'éternelle tentation de l'homme de vouloir se suffire à lui-même et se faire dieu.Si étrange que cela paraisse, c'est la tentation la plus proche.Rappelez-vous qu'elle fut la première.— 475 — On la trouve racontée aux premières pages de la Genèse.L'ange déchu insinue le doute et ment à nos premiers parents : « Se peut-il que Dieu vous ait défendu de manger d'aucun arbre du jardin ?.Non, vous ne mourrez point ! » Puis, vient la promesse luciférienne : « Vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal » (Gen.III, 5).Adam céda ; il mangea le fruit de la révolte ; et avec la révolte, la misère du péché et de la mort entra dans le monde.Jésus vient, nouvel Adam (I Cor.XV, 45).Par son obéissance au Père qui alla jusqu'à la mort et la mort de la croix (Phil.II, 8), il nous apporta la vie : « Je suis venu pour qu'ils aient la vie, et la vie en abondance» (Jn X, 10).Mais ici encore, le Christ n'est pas à vrai dire notre modèle ; il est plutôt notre salut, notre seul salut (Actes IV, 12), celui qui descend jusque dans les profondeurs de nos âmes pour y détruire notre misère foncière : l'esclavage du péché et notre condamnation à mort (Rom.V, 15-20).Notre vrai modèle d'obéissance — encore qu'elle ne soit pas rien qu'un modèle —, c'est la Sainte Vierge.A l'ange qui lui demande de consentir à la volonté de Dieu, elle répond sans la moindre réserve : « Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole» (Le I, 38).Avec ces quelques mots si simples, elle définit l'attitude essentielle de l'homme, et nous introduit au cœur même de l'histoire de notre rédemption : Dieu seul est Dieu, et l'homme a été créé pour le louer, l'adorer, l'aimer et le servir.Là est sa grandeur, sa liberté et son salut.La Sainte Vierge nous aidera à redonner au monde le sens de Dieu Nos très chers frères, les chrétiens qui ont appris ces vérités sur les genoux de leur mère, ont mieux à faire qu'à se livrer, naïfs, à des optimismes officiels ou, découragés, à rentrer chez soi pour se mettre à l'abri ou, nostalgiques, à regretter un passé disparu et qu'ils appellent, évidemment, « le bon vieux temps ».Ils ont à redonner à ce monde le sens de Dieu, de sa majesté, de sa souveraineté.Et d'abord de son existence.La Sainte Vierge nous y aidera, Elle sait mieux qu'aucune autre créature, qu'elle n'a rien par elle-même, qu'elle ne peut rien par elle-même.et que tout lui vient de Dieu.Elle est la parfaite servante au Seigneur.C'est pourquoi elle fut choisie pour donner le Sauveur au monde et renverser le cours de l'histoire.Mère de Dieu et Mère des hommes, elle écoutera la prière des enfants de cette génération, si pleine d'apostasie, qui l'a pourtant proclamée glorieuse dans son Assomption, et fêtée avec éclat dans son Immaculée-Conception.Elle ne — 476 — saurait l'oublier.Ni que nous avons un tel besoin d'apprendre d'elle à nous soumettre et à adorer.C'est la grâce spéciale que le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre espérait obtenir, en proclamant une année mariale.C'est le fruit de cette grâce que tous vos Evêques voudraient déposer dans vos coeurs, en cette fin de l'année mariale.1955 - 1954 - 1953 Nous invitons tous nos abonnés qui ne l'ont pas encore fait à renouveler dès maintenant leur abonnement pour 1955 en nous adressant 2 dollars.Ceux qui n'ont pas encore payer 1954, malgré les invitations réitérées du début de l'année et la lettre que nous leur adressions récemment, sont respectueusement priés encore une fois à ne pas tarder davantage et à nous payer les deux années en même temps.Enfin, il y en a quelques-uns qui n'ont pas même payé pour 1953.De ceux-là nous attendons l'agréable surprise de les voir payer les trois années à la fois : 1953-54-55.La Direction — 477 — LA BIBLE VIVANTE par René Salvator CATTA 1 — La diffusion de la Bible Dans la première quinzaine de mai 1954, la Société Catholique de la Bible au Canada faisait parvenir à MM.les Curés et aux directeurs et supérieurs des établissements scolaires du Québec et de l'Ontario, un dépliant bleu pâle, élégamment illustré de photos et de dessins, portant le titre DIEU PARLE, au-dessus du triangle trinitaire et d'une Bible grande ouverte.Cette Société qui, depuis sa fondation en 1935, a pris de nombreuses et heureuses initiatives pour diffuser les Saintes Ecritures parmi les populations de langue française du Canada, engageait donc une fois de plus son prestige et son autorité (elle est approuvée par l'Episcopat canadien) au succès de cette œuvre nouvelle, la récitation biblique ou mieux LA BIBLE VIVANTE.On pourrait définir cette récitation comme la projection directe du texte sacré aux yeux et aux oreilles du peuple, au moyen d'un récitant spécialement entraîné qui, sous la direction d'un exégète quelque peu metteur en scène, aura assimilé et maîtrisé ce texte.La traduction adoptée est celle de l'Ecole Biblique de Jérusalem, un chef-d'œuvre d'exactitude littérale et d'art littéraire.Pourquoi cette projection directe ?C'est d'abord un fait tristement constaté que les Saintes Ecritures ne sont encore connues que superficiellement, sinon pas du tout, par l'ensemble de nos populations catholiques (et, ceci, à quelques exceptions près, dans le monde entier) : les évangiles du dimanche, les épîtres, quelques psaumes, « l'Histoire Sainte » réduite à ses événements capitaux, constituent le bagage certes suffisant en soi mais à peine exploité, du catholique moyen.Les explications données au prône, les lectures hâtives au cours des messes, quelquefois une lecture à la maison : cela peut-il suffire à nourrir l'âme et l'esprit de la substance du Verbe révélé sous le mode scripturaire, mode différent, mais non moins indispensable à l'épanouissement de la vie chrétienne, que le mode eucharistique ?En admettant que ces occasions de lecture et d'explication des Saintes Lettres ne soient pas perdues (mais que de fidèles distraits pendant les offices et que de fidèles sans livres !), est-on certain que le lecteur peu instruit puisse assimiler le langage, souvent étrange et déconcertant à première vue, de la Sainte Ecriture ?Certes, depuis vingt ou trente ans, la traduction des textes originaux a fait d'immenses progrès, comme leur diffusion.La Société Catholique de la Bible au — 478 — Canada n'est pas restée en deçà du mouvement, puisqu'elle a elle-même réalisée et difTusé notamment une nouvelle traduction française, adaptée aux besoins canadiens, du Nouveau Testament.Les Bibles de Pirot-Clamet et de Maredsous, après celle de Crampon, ont été répandues par milliers au pays.Enfin la nouvelle traduction de l'Ecole biblique de Jérusalem y trouve des lecteurs enthousiastes et nombreux.Mais deux questions se posent : comment lit-on ces textes ?Comment doit-on les lire ?A la seconde question les Centres bibliques diocésains s'efforcent de répondre en organisant des cours de bible qui groupent des auditoires fidèles et assez nombreux.Mais il s'agit d'une minorité, souvent privilégiée de la culture et des études.Le peuple, celui qui travaille de ses mains, celui qui suit les parties de base-bail et les programmes de TV, qui, le dimanche, se distrait en roulant en automobile ou en péchant à la ligne, reste largement privé de cette initiation de choix.Inutile à son sujet de se poser nos deux questions.Il est en outre un aspect oral et vivant du texte biblique qu'aucune « explication » ne pourra rendre.Nous développerons ce point tout à l'heure.S'efforcent aussi de répondre à la seconde question, les adaptations et dramatisations bibliques données ici et là.Elles sont populaires, au sens précis que l'on attache aujourd'hui à ce mot.Cela implique un certain nombre de concessions et d'arrangements qui peuvent faire écran entre la Parole divine et.le peuple.Par nécessité de genre, il faut y mettre beaucoup d'humain.Bref, en mettant les choses au mieux (quand elles ne tournent pas au pire avec certains films bibliques nés à Hollywood), les dramatisations peuvent inciter le peuple à lire la Bible.Le problème reste donc entier : comment lit-on la Bible ?comment doit-on la lire ?2 — L'Initiation aux textes fondamentaux Ce problème, à vrai dire, n'est pas particulier à la Bible.Il concerne l'ensemble de ce qu'on pourrait appeler « les textes fondamentaux ».Nous appelons ainsi les poèmes ou récits transmis d'âge en âge et de peuple à peuple en raison de leur richesse humaine, de leur beauté, de leur vérité universelle.Ces textes jalonnent la douloureuse histoire humaine et dominent l'immense littérature des siècles.On les fait apprendre aux enfants ; on en détaille inlassablement les perfections, on en fait l'exégèse.Tels sont, par exemple, pour nous Occidentaux, les poèmes homériques, les drames de Shakespeare, la Divine Comédie, le théâtre de Racine.Telles seraient spécialement pour nous, peuples de langue française, les œuvres choisies de nos poètes depuis — 479 — la Chanson de Roland.On pourrait dire que les « textes fondamentaux » sont indispensables à la respiration naturelle des peuples, et la Bible, à leur respiration surnaturelle.Or, comment un poème fondamental, — mettons, pour fixer les idées, une fable de La Fontaine aussi simple que la Cigale et la Fourmi — comment ce poème se commnnique-t-il ?Nous ne voulons pas seulement signifier, par communication, la compréhension du texte en toutes ses nuances psychologiques — caractère de la cigale, caractère de la fourmi, drame humain sous-jacent, etc.— ni le plaisir esthétique que l'on goûte à l'audition (externe ou interne) des rythmes et des mots ; pas seulement enfin l'autre plaisir esthétique que pourrait nous donner l'interprète qui mimerait la fable (sans la réciter) : mais une synthèse de tous ces éléments, constituant le choc ou l'initiation poétique, exactement comme l'on n'entre vraiment en contact avec la musique que par initiation sonore au cours d'un beau concert.Cette joie complexe et complète, à la fois intellectuelle et sensible, est le climat propre de la contemplation ou connaissance poétique.Cette connaissance concrète, et non purement intellectuelle, en ce que la part de sens n'y est point négligeable et en ce que l'objet poétique se trouve recréé en quelque sorte par la magie verbale, est faite en nous de correspondances harmoniques entre cet objet et nous-mêmes.Par le verbe, nous devinons cet objet en quelque manière.Là est le mystère de la communication.Ce que le verbe évoque, décrit, rapproche, magnifie ou réprouve, est par lui en quelque sorte projeté sous nos yeux, subtilement recréé et incarné.Qui ne verrait en cela une analogie de l'Incarnation elle-même, par laquelle le Verbe par essence s'est communiqué aux hommes ?11 se trouve, justement, que ce même Verbe vivant, loin de négliger la communication avec les hommes par le verbe humain, s'est au contraire, depuis la nuit des temps, emparé de ce dernier et, par la bouche du sage, du prophète et de l'apôtre, s'est fait connaître aux hommes.Le mystère ineffable et central de l'Ecriture n'est-il pas que ces deux Verbes, l'un scripturaire, l'autre inscrit dans l'Histoire, n'en forment qu'un seul ?Tout effort pour manifester le premier fera mieux connaître le second, et toute approche du second invitera à scruter le premier pour lui trouver des correspondances et des échos.(Penser par exemple aux récits évangéliques de la Passion d'une part, et au Psaume 22 d'autre part.) 3 — Civilisation orale et Bible vivante Mais qu'il s'agisse de la Bible ou des écrits profanes « fondamentaux », la communication du verbe, implique, au moins au stade de l'initiation, du « choc », un médium vivant, une personne qui le pro- — 480 — jette.Si l'on ne risquait une tautologie, nous dirions : le verbe, n'est-ce pas une parole ?La prédication et l'enseignement, d'ailleurs, n'ont pas d'autre fondement.Remarquons ici que toutes les anciennes civilisations sont de tradition orale et que ce n'est que récemment, au XVème siècle, qu'on s'avisa de substituer au médium vivant et personnel, celui de l'imprimé, impersonnel et inerte.Ce fut gros de conséquences.Oh certes, les connaissances, la connaissance intellectuelle et la civilisation en général doivent leur extension à l'imprimé.Mais ont-elles atteint en profondeur ce qu'elles réalisaient en extension ?Je ne sache pas que les esprits d'aujourd'hui soient plus subtils, mieux faits et mieux ornés que ceux des Grecs ni que la spiritualité de nos contemporains soit fort supérieure à celle des hébreux, pour ne pas parler de celle des romains de la décadence.Bien plus l'accoutumance à l'imprimé nous a fait peu à peu considérer celui-ci comme plus essentiel que le vivant.Notre aspects, est dominée par l'imprimé.D'où cette espèce d'inhumanité et vie sociale, nationale, économique, et même religieuse sous bien des chose.Aurions-nous perdu.l'Esprit à force de lettre ?Et le Verbe d'abstraction répandue comme une poussière sur tout être et toute ne nous rendra-t-il pas l'Esprit tué par la lettre ?Dans la désaffection, déplorable, des masses à l'endroit de la lecture sérieuse et instructive, dans sa course aux images et aux sons, il ne faudrait pas voir seulement l'abandon de la culture, mais peut-être la quête confuse d'une culture plus incarnée qui, associant les idées aux images et aux sons, aux rythmes et aux formes, les rendrait vivantes et assimilables.Les procédés modernes de diffusion des images et des sons, pour monstrueux, despotiques et vidés de culture qu'ils paraissent trop souvent aujourd'hui, n'en viennent pas moins apporter à la cause d'une nouvelle civilisation orale et vivante, un potentiel d'action et de diffusion chaque jour plus énorme et plus parfait.Il ne tient qu'à nous que cette nouvelle civilisation orale soit docile au •ouffle de l'Esprit de vérité plutôt qu'à celui du mensonge qu'elle a trop seryi jusqu'ici.Et il y a longtemps que les Papes nous exhortent à nous emparer de ces puissants moyens.La Bible pivante, qui pose le primat de la parole et de l'action oratoire pour la diffusion de la Parole de Dieu, nous paraît donc, toute proportion gardée, répondre à l'exigence des temps actuels autant qu'à l'exigence des hommes de toujours.Cela veut-il dire qu'elle fait bon marché des textes et qu'elle se fie uniquement à l'acteur ou l'orateur ?Ce serait bien mal la connaître.Au contraire, c'est dans le respect scrupuleux de la lettre que la récitation retrouve l'Esprit de la Bible.C'est par la conformité à l'exégèse catholique qu'elle approche la Vérité substantielle.Loin de — 481 — s'en remettre au bon vouloir et aux seules inspirations du récitant, elle exige de ce dernier qu'il se mette sous la direction de l'autorité ecclésiastique et qu'il poursuive son travail d'approche de l'expression verbale et vivante de la Bible, sous le contrôle strict de l'Eglise.Sa personnalité doit en venir à s'immoler au Verbe.Une fois ce stade atteint, il retrouve sa liberté créatrice ; toutes ses voies expressives, timbre, tonalités, intonations, gestes, attitudes, mouvements, donnent vie au texte.Sur ce mode, ne peut-on reprendre à son sujet l'axiome eucharistique : « In me manet, et ego in illo ?» Et qui ne voit qu'il y a là un extraordinaire pont tendu entre la psychologie catholique et la mentalité protestante ?.4 — Les étapes de la Bible Vivante Tout cela peut paraître théorique.Le lecteur aimera connaître les faits.La Bible vivante est née, il y a huit ans, au Séminaire Universitaire d'Ottawa.Le R.P.Pagano, o.m.i., professeur d'exégèse de l'Ancien Testament, hanté sans doute depuis longtemps par les problèmes que nous venons d'exposer, s'avisa un jour de faire travailler quelques psaumes à es étudiants.Puis il fit de ces récitations la matière d'une séance qui remporta un franc succès devant un auditoire composé de professeurs et de camarades.« L'année suivante » écrit le P.Pagano (Revue de l'Université d'Ottawa, Oct.53), « on organisa une récitation de deux heures, encore consacrée aux psaumes.On invita cette fois les autre: étudiants ecclésiastiques de l'Université et un certain nombre d?prêtres.Comme l'année précédente, les psaumes étaient réc'tés en latin, mais on ajouta le soutien d'une musique appropriée, sur disques.Le résultat fut des plus encourageants.En 1952, nouvelle étape.L'on invite quelque deux cents laïcs cultivés d'Ottawa et l'on récita les psaumes tantôt en français, tantôt en anglais.A la musique on ajouta des jeux de lumières selon l'évolution des sentiments exprimés par le diseur.La réaction des laïcs fut des plus intéressantes.Ce fut une révélation pour eux.Beaucoup ne soupçonnaient pas que la Bib'e contînt d'aussi belles pages.En 1953, encore un pas.Le P.Pagano obtint de placer une récitation de psaumes à Radio-Canada pour le d'manche de Pâques.On prit comme récitants quatre comédiens de l'Union, parmi lesquels R.S.Catta.Les artistes et les critiques qui avaient eu vent du projet, n'avaient pas grande confiance dans son succès.Ils s'attendaient plutôt à un échec.Ce fut une réu site atteftée par les journaux.» C'est à la suite de cette récitation de psaumes, que le P.Pagano demanda à R.S.Catta d'interpréter la partie française d'une sélection du Livre de Job qui devait être donnée à l'occasion du congrès de la — 482 — Catholic Biblical Association of America à Ottawa le 23 août 53.Voici un extrait du compte-rendu paru dans Th.?Catholic Biblical Quaterly, No 15 : « The stage setting, lighting effects and musical background were superb.Several times the audience burst into spontaneous applause.If Father Pagano.who e expert direction was the dominant factor in the success of the venture, had any misgivings about the outcome, these must have disappeared before M.Catta had finished the first reading.» Le Droit, de son côté, écrivait : le récitant.« délinéa chaque personnage avec justesse et, dans le cas de Job qui passe par toute la gamme de la douleur et de la misère, atteignit des sommets dramatiques qui tinrent l'auditoire en suspens.» Enfin une étude approfondie sur cette récitation parut dans la Revue Eucharistique du Clergé, no d'octobre '53, sous la plume du R.F.Bourbonnais, s.s.s.Nous en donnons cet extrait : le récitant.« nous a fait revivre Job d'une manière admirable.Il ne s'agissait pas d'étonner, mais d'être vrai.Et avec des textes bibliques, cela suppose un sérieux travail de pénétration et de méditation.La fidélité absolue au texte est une tâche d'envergure, car le texte est souvent ou obscur ou tellement simple que la tentation est de le majorer, comme de l'extérieur, par un excès de sentiment ou de force.Catta nous a tenus à cent lieues de l'éloquence et du mélodrame, tout en donnant au moins d'une manière générale, à chaque mot, toute sa pesanteur de signification.Ses attitudes révèlent la plupart du temps une vraie richesse sculpturale ; elles valent de nombreuses explications.» La conclusion du P.Bourbonnais était significative : « Tous les efforts linguistiques et historiques des exégètes n'ont pas leur fin en eux-mêmes ; ils visent à mieux faire comprendre ce que l'écrivain sacré, et par lui, Dieu, a voulu nous dire.Les notations écrites nous sont un inappréciable secours mais le texte reçoit un supplément d'intelligibilité quand la parole et l'action d'un artiste lui donne sa plénitude.» (C'est nous qui soulignons).Job a poursuivi sa carrière.Une deuxième séance fut donnée à Ottawa le 23 octobre '53, en la fête du Christ-Roi, pour l'inauguration du Centre biblique de cette ville.Il y eut près de 1000 auditeurs.Radio-Canada, à l'occasion du dimanche de la Bible, le 8 novembre, autorisa une récitation d'une heure.Job était donné, quelques jours après, au Centre biblique de Sherbrooke que dirige un fervent de la Bible vivante, M.l'abbé Poulin, devant 600 personnes.Enfin, à Richmond, le 21 janvier '54, Job captivait un public non-initié aux trésors de la Bible.Parallèlement, Catta préparait la série des Psaumes 46, 93, 29, 19, 104, 139, 2, 22, qui a été donnée la première fois dans la crypte de l'église des Pères du S.-Sacrement à Montréal, le 19 janvier '54 ; puis à l'occasion de l'ouverture du Centre de la Bible à Montréal, le 25 — 483 — mars, en présence de S.E.le Cardinal Léger.Celui-ci a bien voulu nous donner son appréciation et fixer l'esprit dans lequel nous avions à poursuivre notre effort : « La révélation de cette soirée biblique aura été la lecture des psaumes par quelqu'un qui les a non pas dramatisés mais exprimés de façon vivante.Et en écoutant cette parole si puissante, et en la voyant — car les gestes soulignaient la pensée -je me disais que nous n'exploitons pas suffisamment la Parole de Dieu.Nous ne savons pas la présenter.Et je pensais surtout à nos maisons d'éducation.Nous -apprenons aux enfants des fables de La Fontaine ; nous apprenons aux jeunes gens des pages de poésie qui sont très belles.Mais y a-t-il une poésie qui soit plus prenante et plus puissante que celle que l'Esprit de Dieu lui-même a inspiré à l'homme ?Seulement, pour transmettre la puissance de cette pensée, il faut en être pénétré soi-même, il faut avoir non seulement étudié le texte, mais il faut l'avoir médité, et, surtout lorsqu'il s'agit de la lecture des psaumes, il faut toujours se mettre dans les dispositions mêmes où les prophètes lisaient cette parole, où les auteurs inspirés recevaient cette parole, et surtout il faut essayer d'entrer dans les dispositions très saintes que ces psaumes annonçaient, les dispositions très saintes de Notre-Seigneur Lui-même.» La même récitation de psaumes, moins le psaume 2, fut donnée ensuite à St-Martin de Laval, le 4 avril, pour une recollection de Tertiaire, et présentée par le R.P.L.Poirier, o.f.m.Le Mercredi-Saint suivant, c'est dans la Cathédrale de Sherbrooke, en présence de Mgr Cabana et devant 900 personnes que furent donnés ces mêmes psaumes, auxquels furent ajoutés deux textes dT aie.avec alternance d'orgue et des choeurs de l'excellente maîtrise St-Michel.Enfin à Mont-magny, le 28 juin, même récitation, suivie de textes franciscains.L'orgue était tenu par le R.P.Emile Martin, oratorien compositeur et organiste bien connu.Une troisième récitation biblique a été mise au point cette année, avec la collaboraion musicale du R.P.Martin ; il s'agissait d'une sélection de textes d'Isaie, sous le titre ISAIE BOUCHE DE DIEU.Elle fut donnée pour la première fois à Ottawa, le 6 mai dern'er, en deux séances, l'une l'après-midi pour les religieux, religieuses et grands étudiants de la ville ; l'autre, le soir, pour le grand public.Voici un passage du compte-rendu publié peu après dans Le Droit : « Ce n'est pas par manie d'archaïsme que le Centre biblique présentait l'automne dernier la figure de Job et maintenant présente celle d'Isaie.Dans ces vieux textes vibre une vérité éternellement jeune qui émeut et fascine.» — 484 — Actuellement enfin, une quatrième récitation biblique est sur le chantier, avec une sélection de l'Histoire de Joseph, dans le genre narratif cette fois.En résumé, la récitation biblique, ou mieux la Bible Vivante, est née au Canada.Notons, avec une légitime fierté, qu'elle n'est pas née encore ailleurs, du moins en langue française.(Charles Laughton donne depuis quelques années d'excellentes récitations en anglais).Il s'agit maintenant de perfectionner les récitations déjà tentées en leur donnant, notamment, un caractère paraliturgique qui les intègre dans la vie paroissiale.Costumes, lumières, musique, présentation, programmes continueront de faire l'objet de tous nos soins.Il s'agit aussi de répandre la Bible Vivante là où elle doit avoir sa place, c'est-à-dire dans les paroisses à l'occasion de récollections ou de fêtes spéciales, dans les lieux de pèlerinage — quoi de plus mariai par exemple, que les psaumes qui furent la prière de Marie ?— dans les congrès, et enfin comme séances d'initiation aux «textes fondamentaux » dans les établissements d'enseignement.LE RECITANT A NOS ABONNES ET NOS ANNONCEURS Nous sommes heureux, à l'approche des Fêtes, de remercier les uns et les autres de leur précieuse collaboration.Nous leur souhaitons à tous un Joyeux Noël et une bonne et sainte année.Que Marie Reine de l'Univers, que nous nous sommes efforcés de faire mieux connaître et aimer pendant l'année qui se termine, les comble tous de ses faveurs maternelles.— 485 — Récollection LA MESSE ET LA VIE CONJUGALE par le R.P.Paul CHAMABD, o.m.i.Exorde 1—Par la pensée se replacer, tous les deux, à la balustrade, à la sainte table, au matin de leur mariage : telle année, tel jour, telle heure, tel prêtre, etc.2—Faire le parallèle entre la Messe et le Mariage, leur mariage : offertoire, consécration, communion.3—Pour la messe, placer le prêtre au moment de l'offertoire ; sur un plateau, la patène, offrant l'hostie, dans le calice, offrant un peu de vin.Ce geste représente les deux fiancés se présentant à l'autel : lui, le pain ; elle, le vin.■ __ OFFERTOIRE !.
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