L'Action française., 1 septembre 1917, Pour La Fontaine
[" POUR LA FONTAINE L'Action française peut être fière du succès de la manifestation La Fontaine.Le Monument National a revu, le 13 septembre au soir, son auditoire des grandes circonstances.Nous sommes heureux de publier intégralement l'étude qu'avait bien voulu préparer pour ce soir-là M.l'abbé Groulx, et nous tenons à signaler l'émotion profonde avec laquelle elle a été écoutée.M.le Dr Gauvreau, notre ancien secrétaire-général, avait bien voulu ouvrir la séance par l'allocution suivante: \"Mesdames, Messieurs, Au nom de la Ligue des Droits du français, au nom de sa revue, l'Action française, au nom des directeurs et de la Ligue et de l'Action française, tous présents: Messieurs l'abbé Groulx, Homier, Héroux, Hurtubise, Vanier, et l'autre, j'ai l'honneur de vous souhaiter la plus cordiale bienvenue.Il a suffi de quelques courts appels pour que vous veniez nombreux à cette soirée patriotique.C'est que ces appels contenaient un nom et rappelaient un geste: le nom de Louis-Hippolyte La Fontaine, le geste par lequel, hardiment, à Kingston, le 13 septembre 1842, il déchira une constitution injuste et fit retentir, là même où on voulait la bâillonner, la langue française.Les deux orateurs distingués que vous allez entendre vous raconteront dans ses détails cette page glorieuse de notre histoire, ils vous en montreront les conséquences profondes, et sauront en faire jaillir d'utiles leçons.Mais avant de leur donner la parole, je voudrais vous dire brièvement ce qu'est et ce que veut la Ligue qui vous réunit ici, ce soir.Fondée en 1912, la Ligue des Droits du français est un groupement exclusivement voué au service de la langue française au Canada.Ses membres travaillent et luttent pour qu'on respecte ses droits, pour qu'on sauvegarde sa beauté, pour qu'on étende son rayonnement.Divers moyens sont à ' sa disposition.Le plus récent et le plus puissant est sa revue, l'Action française.Née cette année même, très jeune par conséquent, elle s'est déjà affirmée comme une revue sérieuse, instructive, militante, quelques-uns ont même dit, nationale.Nos l'action française 277 meilleures plumes canadiennes y collaborent.Toutes les questions vitales pour notre race y sont traitées.Le patriotisme le plus éclairé l'inspire constamment.Le- seul reproche qu'on lui fait, c'est qu'on arrive trop vite à la fin de chaque numéro.En d'autres termes on voudrait voir augmenter le nombre de ses pages.Sur ce point les directeurs de la revue sont du même avis que ses lecteurs.Seulement cette augmentation représente une dépense assez considérable et, l'abonnement annuel devant rester à $1.00, un problème se pose.Il n'est pas insoluble cependant.Si tous ceux qui sont dans cette salle s'abonnaient à notre revue; si, en outre, plusieurs d'entre eux lui confiaient leurs annonces â\u20ac\u201d annonces, nous en avons eu plus d'une preuve, rémunératrices â\u20ac\u201d la difficulté serait vite résolue; et, je vous le promets publiquement, l'Action française augmenterait ses pages sans augmenter son prix d'abonnement, dès janvier prochain.Je vous recommande instamment, mesdames et messieurs, cette solution pratique.Nous traversons une époque décisive de notre histoire.La lutte contre nos traditions, notre langue, notre foi est plus violente que jamais.Chacun de vous devrait suivre les péripéties de cette lutte.Chacun de vous devrait se tenir au courant de ce que font les ennemis et les dé;enseurs de notre nationalité.Chacun de vous devrait connaître ce qu'il peut faire lui-même, comment dans sa vie ordinaire, au foyer, au bureau, au restaurant, en chemin de fer, il peut servir les intérêts de sa race.Or, une seule revue, mesdames et messieurs, vous apprendra tout cela, car elle seule est uniquement consacrée à cette tâche.C'est l'Action française.Le devoir de tout Canadien-français vraiment patriote, vraiment soucieux de la survivance de sa nationalité, est donc de s'y abonner, de l'encourager de ses annonces, pour que, selon l'expression chère à Héroux, de plus en plus grandisse l'Action française.Vous me pardonnerez bien, mesdames et messieurs, d'avoir pris un peu de votre temps pour vous parler de choses qui vous semblent peut-être purement matérielles.C'est que la Ligue des Droits du français, dans cette lutte pour notre survivance, comprend la nécessité des bonnes munitions et voudrait en mettre un véritable arsenal dans chacun de nos foyers.Il me reste maintenant la tâche très agréable de vous présenter les deux orateurs de la soirée.Pour remettre dans son cadre historique le beau geste dont nous rappelons, ce soir, le 75ème anniversaire, pour tirer de ce fait les leçons qui 278 l'action française conviennent à cette époque troublée de notre histoire, il fallait des hommes à mentalité haute, à conscience élargie mais non déformée, dont le témoignage et le patriotisme s'imposent à l'attention publique.Nous n'avions que l'embarras du choix.S'ils n'étaient au Sénat soutenant la bataille que vous savez, identique à celle soutenue par La Fontaine, il vous serait donné, ce soir, de voir à côté de ceux que nous avons choisis, les champions de la lutte en Ontario, ceux dont l'histoire dira que toute leur vie fut un large geste à la La Fontaine.Au nom de la Ligue des Droits du français, au nom de l'Action française, je remercie M.le sénateur Landry et M.le sénateur Belcourt des sympathies qu'ils nous adressent.Elles prouvent une fois de plus à la race canadienne-française que les champions dans la lutte sont de tous les temps et de toutes les provinces.Je vous présente et je remercie M.l'abbé Lionel Groulx, le premier des orateurs de ce soir, un membre, un directeur même de notre Ligue, le maître historien de nos luttes constitutionnelles, de la bonne grâce avec laquelle il consent à nous livrer un peu de ses trouvailles historiques, à nous raconter de la façon autorisée que tout le monde lui concède le fait dont cette fête rappelle le souvenir.Je ne saurais vous présenter, mais du fond de mon cÅ\u201cur je remercie M.Henri Bourassa, l'orateur national qui ne se présente plus, le Canadien sans peur qui veut bien, ce soir, pour nous, continuer ce que son éloquence virile et sa plume d'acier n'ont cessé de faire depuis vingt-cinq ans: stimuler la vaillance, fouetter l'inertie, flageller la trahison.A l'Action française l'on a jugé que la robe noire et le tribun symbolisent admirablement l'âme de la race.Vous allez maintenant l'entendre vibrer cette âme.Ã\u2030coutez-la.Suivez-la.Elle n'a jamais connu d'autres sentiers que ceux de la vérité.Elle n'a jamais marché sur d'autres chemins que ceux de l'honneur.Et pour ne plus monter sur cette estrade, pour accomplir le dernier et le non moins agréable de mes devoirs, je remercie Sa Grandeur Monseigneur l'Archevêque de Montréal qui, absent de la métropole, a daigné nous manifester sa sympathie en se faisant officiellement représenter ce soir par le très distingué secrétaire-général de l'Université Laval, M.l'abbé Chartier.Je remercie la Société Saint-Jean-Baptiste qui a si gracieusement mis ce Monument National à notre disposition.Je vous remercie tous, mesdames et messieurs, et je vous prie de continuer à la Ligue des Droits du français, à son organe l'Action française, vos attentions, votre sympathie et votre encouragement.\" l'action française 279 Nous ne pouvons donner ici le texte de l'allocution vibrante, pleine de faits et de réflexions, prononcée par M.Henri Bourassa, mais nous tenons à souligner le très vif succès qu'elle a obtenu et à détacher au moins du résumé publié par le Devoir les lignes finales: \"L'heure actuelle est grave.Je ne crois pas qu'elle soit la plus désespérée que nous ayons vécue.A certains égards même, c'est l'une des plus consolantes.Elle révèle les forces vraies de la race, sa volonté de survie.Qui, aujourd'hui, oserait écrire le pendant de cette lamentable page du Canadien que lisait tout à l'heure M.l'abbé Groulx?Qui, même s'il sentait dans son cÅ\u201cur la défaillance, oserait tout haut conseiller l'abdication nationale ?Non, personne n'oserait ! {Vifs applaudissements.) Et puis, les Anglais commencent à réapprendre à nous respecter.Oh ! pas à cause de violences, de stupides provocations, en partie payées, nous le voyons maintenant, avec de l'or anglais, avec de l'or officiel; mais parce que le bloc solide de la race, robuste, respectable, pareillement en garde contre les provocations et les conseils de déchéance, se durcit dans sa volonté de vivre.Nous avons laissé aux ronces de la route des lambeaux de nos droits, mais en dépit des leçons et des exemples de lâcheté qui nous ont été prodigués depuis vingt-cinq ans, le fond de la race n'a pas été entamé.(Longs applaudissements.) Nous avons gardé le sentiment de l'ordre et de la liberté, le respect du droit de tous; nous ne perdons pas pied dans la tourmente; nous restons ce que nous avons le droit et le devoir d'être: fiers, profondément nationaux, convaincus que le Canada doit être aux Canadiens comme l'Angleterre aux Anglais, et les Canadiens au Canada; nous ne nous laissons pas éblouir par la chimère d'une domination impériale qui, si elle pouvait se réaliser, marquerait la fin de la grandeur anglo-saxonne; nous refusons de prêter l'oreille aux prédications de haine et de violence; nous avons su, malgré tout, préserver les sources profondes, essentielles, de notre force, de notre grandeur nationale.Le moment est proche, plus proche peut-être que nous ne pensons, où l'Anglo-Canadien intelligent, où l'Anglais d'Angleterre se rendront compte de la valeur de ce capital d'honneur et de force; où ils se rendront compte qu'en restant obstinément attachés à la tradition canadienne, nous avons été les meilleurs serviteurs de la nation canadienne et des intérêts britanniques.(Vifs applaudissements.) L'heure est proche où, à moins que la haine de race n'ait ruiné chez eux l'instinct de la conservation nationale, nos compatriotes anglo-canadiens se rendront compte que le respect des droits de tous, à l'école, dans les lois, dans "]
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