L'Action française., 1 juin 1925, La fête de Dollard
[" 390 l'action française s'alourdissant.De partout la poste apporte aux bureaux de l'Action Française des rapports sur la célébration de cet anniversaire mémorable.Aujourd'hui, dans tous les coins de la province de Québec, on célèbre ce héros de la Nouvelle-France.Les collèges et les couvents font leur large part et la jeunesse qui y vit accepte allègrement cette leçon de patriotisme.Sermons, discours, conférences, travaux littéraires, cantates, grands spectacles en plein air, salles combles, enthousiasme dans tous les coeurs, voilà ce qu'écrivent nos amis.Mais dépouillons le courrier et extrayons-en quelques notes que nos lecteurs liront sans doute avec intérêt.Commençons par nos amis de Boston, car Dollard a passé la frontière et a servi de thème cette année aux orateurs du cercle des étudiants franco-américains réunis à l'occasion de leur troisième banquet annuel.Plus de cent cinquante convives étaient présents.Un buste de Dollard, don de l'abbé Lionel Groulx, directeur de l'Action Française, était placé sur la table d'honneur.Tous portaient la rose symbolique et comme on le pense bien, l'entrain ne manqua pas.Un journal de Manchester, L'Avenir, consacre quatre colonnes au récit de cette manifestation : discours de M.Roland Meunier, de l'université de Boston, vice-président du cercle, qui rappelle aux convives le but du banquet : « Honorer la mémoire des Spartiates de la Nouvelle-France » ; allocution du Père de Man-geleere, s.j., chapelain du cercle, qui remémore le sacrifice des martyrs de 1660 et exhorte les jeunes Franco-Américains à prendre Dollard comme modèle de dévouement à sa race, à sa langue et à sa patrie ; éloquentes paroles de M.Eugène Jalbert, avocat, invitant la jeunesse universitaire à être fière de sa langue et de sa foi LA FÊTE DE DOLLARD 391 et à se souvenir que l'exploit de Dollard est l'un des gesta Dei per francos.- A Edmonton, la jeunesse d'Alberta a choisi le vingt-quatre mai pour inaugurer les activités du cercle Dollard, récemment fondé dans le but de former le rempart dont on a tant besoin là -bas.« Pourquoi fêter Dollard?)>, s'écria M.E.Verreau, président du cercle et albertain de naissance.â\u20ac\u201d « Pour assurer la survivance de notre langue et de notre foi : pour empêcher les « Brisebois » de s'appeler « Brokemvood », les « Chartieri», de se transformer en « Carman ».Et le Père Simard ajoute : « Afin que partout au pays le Français et l'Anglais soient sur le même pied, comme le veut l'esprit de l'acte confédératif de 1867; afin que M.Stevens, ancien ministre dans le cabinet Meighen, n'aille plus répéter que les Japonais ont autant de droits que nous d'exiger l'enseignement de leur langue; afin que M.Crossland, membre de la commission scolaire catholique d'Edmonton, n'ait plus l'audace d'affirmer que les gens de langue française sont des étrangers en Alberta ! » Et une foule compacte applaudit ces paroles pendant que les choeurs entonnent : « Reviens Dollard ».De Saint-Boniface, l'abbé Antoine D'Eschambault nous écrit que les organisateurs de la fête de Dollard sont assez satisfaits mais comptent mieux faire en 1926.Il est bien modeste ou bien difficile notre ami Manitobain.La Liberté de Winnipeg, dans six colonnes de journal, nous rapporte en détail l'exécution d'un programme de trois jours, commencé le vendredi, 22 mai, par une cérémonie religieuse à la cathédrale.En présence de Mgr Beliveau, archevêque de Saint-Boniface, l'abbé Primeau 392 l'action FRANÃ\u2021AISE prononça un éloquent panégyrique de Dollard des Ormeaux et de ses seize compagnons.Pour le soir, séance en plein air et le lendemain, samedi, fête champêtre, séance de gymnastique, chants patriotiques, cinéma et amusements de toutes sortes.Le dimanche, 24, messe pontificale et sermon par le Père Vézina ; et, le soir, conférence par l'abbé Lee, suivi de la Veillée des Armes, à la cathédrale.En résumé, selon le rapport de La Liberté, nulle part Dollard n'a été plus dignement fêté.L'Archevêque de Saint-Boniface a voulu payer de sa personne et de ses paroles.Les jeunes se souviendront longtemps de ses vibrantes exhortations à imiter Dollard, modèle de renoncement.A l'Université d'Ottawa, 500 étudiants portent le 24 mai, la rose de Dollard.« C'est vous dire, noiis écrit-on, que nos jeunes sont dans le mouvement ».« * * Rentrons maintenant dans la vieille province de Québec, et voyons si la mère n'est pas en train de se laisser dépasser par ses fils éloignés.A Valleyfiekl, le Colombien consacre, comme l'an passé, un numéro spécial à la fête.Notre-Dame-du-Lac a innové.Dans l'après-midi, le grand spectacle « Gloire à Dollard » fut joué en plein air par deux cents personnages costumés devant une foule de trois mille personnes, et le soir conférence par le docteur Dubé, suivie d'une pièce historique donnée devant une salle archicomble.â\u20ac\u201d « Belle et grande démonstration, nous écrit le docteur Dubé; si Dollard n'est pas content là -haut!.» â\u20ac\u201d Eh! bien, Docteur, qu'il le dise, n'est-ce pas?Soyez sûr que vos amis de l'Action Française le sont rudement. LA FÊTE DE DOLLARD 393 A Saint-Romuald d'Etchemin, ce fut une cérémonie impressionnante qui, suivant l'expression de notre correspondant, l'abbé Pelchat, dans sa lettre écrite au lendemain d'un jour de fierté, a rendu meilleure l'âme de notre chère jeunesse.« Nous devons, ajoute notre correspondant, à l'initiative féconde de l'Action Française, de pouvoir enseigner à nos jeunes de vivante manière ce que jadis nous apprenions dans la demi-page d'un manuel.Combien meilleure est la façon présente de dégager sur le théâtre d'une fête nationale les hautes leçons d'un geste sauveur.» La Supérieure de la maison de la Providence,à Saint-Ursule, se hâte de nous communiquer au lendemain de la fête de Dollard le succès des bambins dont elle a la charge et qui par leurs chants et leurs petits discours, ont su faire une heureuse et salutaire impression dans le coeur des papas et des mamans qui assistaient au nombre de plus de trois cents à une grande séance consacrée à Dollard.Le Canadien, journal publié à Thetford-les-Mines, avait dès le vingt mai sonné le clairon et invité toute la population à célébrer de façon éloquente l'anniversaire de la grande épopée du Long-Sault.L'appel fut entendu.L'abbé Pierre Gravel nous écrit: « Ce fut, dit-il, un succès sans précédent.» Grand concours de peuple, dévoilement du buste du héros, puis, le soir, panégyrique de Dollard et discours qui empoignent les auditeurs.Au Juvénat de Sainte-Anne-de-Beaupré ce fut une grande journée.Tous portaient la rose de Dollard.Il y eut Veillée d'Armes, dévoilement d'un buste,des chants patriotiques et des déclamations par les petits, et, par les grands, des commentaires furent lus sur l'ouvrage ré- 394 l'action FRANÃ\u2021AISE cent de Mer Paquet et du chanoine Cliartier : « Le bréviaire du patriote canadien-français ».Nos amis du Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière surent faire leur devoir, suivant leur habitude.Deux élèves finissants, MM.C.-A.Gamache et Léo Hudon, prononcèrent les discours de fonds ; l'un avait pour titre : « Pourquoi devons-nous être patriotes?», et l'autre : ti Comment devons-nous être patriotes ».â\u20ac\u201d Puis ce fut la présentation d'un grand buste de Dollard par le cercle Mailloux et pour couronner la fête on fit « l'appel des Braves », cérémonie militaire toujours fort émouvante que ponctua le son du canon.Il nous faudrait plus d'espace que celui dont nous disposons pour relater toutes les manifestations dont Dollard vient d'être l'objet.Nous avons voulu souligner surtout les initiatives nouvelles et les donner en exemple à ceux de nos amis qui voudront en 1926 joindre leurs efforts à ceux de la petite phalange qui, il y cinq ou six ans, faisait le premier pèlerinage au Long-yault.Carillon, comme les années dernières, reçut la visite des directeurs de l'Action Française qui allèrent déposer une couronne au pied du monument du héros.Il n'y eut pas d'autre manifestation; mais nous avons l'espoir d'avoir amorcé une magnifique célébration pour l'année prochaine.Québec et Montréal occupent cette fois le premier plan.La vieille capitale doit à sa jeunesse étudiante le brillant succès qui couronna les deux journées consacrées à commémorer l'exploit du Long-Sault.La terrasse se prêtait admirablement à une grande ovation populaire, après le discours de M.C.-J.Magnan et du docteur Jules Vallée.L'Eglise de Saint-Malo fut le théâ- LA FÊTE DE DOLLARD 395 tre de la partie religieuse du programme.Mgr Bouf-fard reçut dans son église, brillamment pavoisée, la garde Dollard accompagnée de plusieurs autres milices indépendantes, dont les uniformes et les drapeaux donnèrent à la fête une belle allure militaire.A Montréal, l'Association de la Jeunesse Catholique a fait sienne la fête de Dollard, et le succès remporté au Parc Lafontaine a réjoui tous les amis de la cause.Evolutions militaires par les cadets en face du monument au son des fanfares ; discours par le délégué du Conseil de ville, M.J.-B.Sansregret, par celui de la Société Saint-Jean-Baptiste, M.Aldéric Blain, ainsi que par MM.Liortïè, Massé et Dupuis, et enfin l'un des mieux goûtés: celui du brillant orateur qu'est le chanoine Coubé.Ce fut une belle page d'histoire que résuma l'éloquent prédicateur.Qu'il nous soit permis de terminer en citant ses derniers mots que soulignèrent les bravos de l'assistance : « L'âme de Dollard, s'écrie le chanoine Coubé, revit dans vos coeurs et vos poitrines lorsqu'il y a une grande cause à défendre, car le Canadien veut rester catholique comme Dollard ! Votre langue comme votre religion est sortie victorieuse de tous les sarcasmes et de toutes les calomnies; le Canadien veut parler français comme Dollard ! Votre race a été aussi victorieuse, grâce à la vaillance de vos mères qui n'ont jamais tremblé devant les charges augustes de la maternité.Vous allez toujours de l'avant! Quand une race a des jeunes gens comme Dollard, des jeunes filles comme Madeleine de Verchères, des martyrs comme les Jogues et les Bré-beuf, des pères comme vos pères, des mères comme vos "]
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