L'Action française., 1 septembre 1925, M. Forke
[" M.ROBERT FORKE L'Ecosse donne à la fédération britannique, depuis longtemps, des hommes remarquables, ordinairement doués d'une pénétration aigiie qui leur permet de voir vite, et de loin, le résultat probable d'un fait politique.Leur perspicacité a rendu de grands services au Canada.Venus de la montagne ou de la plaine, ils apportent ici la nostalgie des grandes choses, maintenant passées,dont s'illustra leur histoire.Comme ils ne peuvent rien tenter pour l'émancipation de leur propre race, ils travaillent volontiers à l'équilibre économique de leur pays d'adoption.Si leurs idées ne sont pas toutes admissibles immédiatement, elles sont du moins discutables et méritent l'attention.Ces traits généraux commencent à se définir assez nettement chez M.Robert Forke, chef du groupe progressiste à la Chambre des Communes.Sans doute, sa présence est toute récente à la tête du mouvement agraire, et l'on ne saurait tracer de son orientation une ligne bien précise.L'est comprend difficilement la mentalité de cet occidental converti.M.Forke voit l'avenir du Canada dans la production du blé.A ses yeux le tarif et le transport doivent nécessairement tourner autour de la situation particulière des Prairies.Peu importe que le véhicule des produits passe ou non par des voies canadiennes, dit moment que les denrées trouvent un débouché facile et rapide vers les marchés de l'étranger, en Amérique, en Europe, ou ailleurs- Peu importe aussi que l'industrie de l'est exige, par la voix de ses représentants, une douane protectionniste.M.Forke compte sur les dix circonscriptions nouvelles de l'ouest pour tenir dans sa main, en temps utile, une alliance qui lui permette d'arracher des concessions au gouvernement, de la prochaine législature, quel qu'il soit.Le chef pro- M.ROBERT FORKE 143 gressiste reviendra-t-il au parlement?La perspective est plutôt embrumée, après la convention de Brandon, qui attira bien onze personnes dont deux journalistes obligés d'être là .Mais il ne faut pas trop se hâter d'enterrer le progressisme.Les scissions des temps derniers peuvent disparaître et donner au parlement une sérieuse représentation agricole.Robert Forke a soixante-cinq ans.Il habite le pays depuis 1S82.Né à Gordon, dans le Berwickshire, il a fait ses études à l'école publique et s'est ensuite instruit lui-même par la lecture raisonnée.Dix ans après son départ d'Ecosse, il se mariait à South Gower, dans l'Ontario, et allait s'établir au Manitoba.Ses concitoyens apprirent à l'estimer.Bientôt il entrait dans le conseil municipal de Pipestone, dont il est préfet depuis vingt ans; puis il devint secrétaire-trésorier de l'Association des municipalités du Manitoba.Il conserva ses fonctions dix ans et tient aujourd'hui la présidence d'honneur de l'Association.Il est membre, aussi, de la commission de l'impôt.M.Crerar aimait autrefois consulter M.Forke.Maintenant, il y a quelque différend d'intérêt entre les deux champions.Aux élections générales de 1921, le chef actuel des progressistes était élu dans la circonscription de Brandon, puis devenait le 11 novembre 1922 président du comité exécutif, et chef, aux Communes, du parti progressiste.Dès la sessio7i de 1923, M.Forke accusa des tendances à favoriser le gouvernement King sur certaines questions tarifaires, et tint la « balance » du pouvoir- Trop conservatiste pour certains radicaux de son groupe, genre Shaw, M.Forke ne put empêcher une sécession l'an dernier, et depuis lors son étoile semble avoir perdu sa fulgurance.On l'a vu à la convention. 144 L'ACTION FRANÃ\u2021AISE Peut-on saisir chez M.Forbes les qualités d'un chef?On pourrait en douter.L'impopularité du progressisme dans l'est nuit évidemment au député qui le dirige.Une imputation de ladrerie atteint le groupe entier, et bien que les Ecossais soient les premiers à rire de cette épi-thète, il n'en est pas moins vrai que, pour faire figure à la Chambre, certaines exigences doivent être respectées.C'est peut-être ce défaut social qui tuera le progressisme fédéral, comme il a déjà tué la coalition fermière dans l'Ontario.Faute de mondanisme les progressistes se feront remplacer par d'inévitables avocats, qui grossiront à l'envi la lourdeur de nos statuts.Ce sera malheureux.Au point de vue principe, M.Forke, membre de VEglise-Unie, calmait l'effervescence des bolchêvisants de son parti, et semblait digne de respecter les minorités valables.Il tenait en échec par son ironie les hâbleurs et les utopistes de tous les groupes, le sien compris, et taillait dans la masse incolore des discours une place aux idées utiles.S'il est battu aux élections prochaines, M.Forke ne sera peut-être pas le plus lourd perdant.Quoi qu'on dise, il a joué un bon rôle.Dans l'occultation possible du progressisme canadien se cache une leçon vieille ailleurs.A toutes les époques les agraires ont voulu participer à l'administration.Avec leur honnêteté native et leur droiture, apparemment déplacées dans les milieux parlementaires, ils apportaient un manque de préparation aux luttes où la ruse l'emporte tôt ou tard.Cela les rendait un peu ridicules, et leurs commettants ne le leur pardonnaient pas facilement, oubliant que les rieurs ne sont pas toujours les plus intelligents.Peut-être un parti agraire est-il impossible dans la guerre des appétits que se livrent les tenants de l'égalité démocratique- â\u20ac¢ # * "]
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