La bonne parole /, 1 janvier 1921, avril 1921
i * • 'M Vol.IX, No A.111 ¦ ¦¦¦¦ ¦ site 7 v i » v ixcerur \ / • • •• •• Entre nous : Une halte dan> l'action, .'./.y.Uêrin-i\ajoie Programme «In Congrès.Chronique «le-» ( Kmrcs : Réflexions pascale*, Mme ./.-/vW.n/ur son bien-être, s'amuser ,dancer, s'habiller et éclipser ses amis.On juge indispensable ce qui constitue un luxe nullement nécessaire à une existence honorable.Ah ! si nous savions nous restreindre vraiment, le cauchemar de la vie chère cesserait peut-être de hanter nos jours.Où donc est l'esprit de renoncement qui trempe les volontés et forme les caractères ?La crainte de l'effort rivalise avec l'irréflexion pour nous faire oublier la dignité de la vie chrétienne.Allons, secouons notre léthargie, nous les canadiennes.Ne laissons pas nos principes chrétiens submergés dans cette mer houleuse des idées païennes de notre siècle.Nos aïeules doivent rougir de notre mollesse et trembler pour l'avenir.Rassurons-les par une réaction prompte et persévérante.En ces jours de radieuses manifestations pascales, étudions notre Modèle, le Christ ressuscité, pour y conformer notre vie, nous rappelant qu'il est "impossible de discerner et de réaliser tout le bien que Dieu attend de notre vie, si nous n'avons pas le souci d'entretenir et de cultiver la clairvoyance de notre regard intérieur et l'énergie de notre vouloir." Suivant les enseignements de la morale chrétienne, supérieure aux convoitises, libres de servir Dieu, allons toujours en avant dans la lumière et la justice.Mme A.Fcrland-Angers.Of •o •o * o* •o om •o L'INDIGENTE o» •O 2S * * Roman canadien par Andrée Jarret (suite) IV CHEZ MONIOUE Christine arriva la première.Four faire honneur à son amie, elle avait de nouveau revêtu cette robe de taffetas noir, au fichu de georgette, genre ancien, croisé sur la poitrine, et qu'elle portait au dernier euchre.Les manches s'ouvraient en cloche, doublées d'un volant de georgette pareil au fichu et les fronces de la taille épaississaient plaisamment la silhouette de la jeune fille.Des bottines de peau, couleur bronze, fort élégantes de forme, complétaient cette charmante toilette.Monique, elle, avait adopté une blouse de lingerie fine, au col rond fini d'un noeud de velours corail qu'une broche fixait à la blouse.Cette broche était formée de brillants très fins et fort beaux, disposés en cercle tout petit, sur monture de vieil argent.Comme, avec un petit cri admiratif, Christine la félicitait de son goût, Monique ouvrit piteusement les plis de sa jupe de soie brune, en disant : — Excuse-moi, plutôt, de vous recevoir avec une jupe toute coupée.Une soie de facotillc ! Quel mauvais marché j'ai fait cette fois-là.Il faut bien dire, aussi, que je l'ai portée et portée, cette pauvre robe.Tu n'as pas eu trop de peine à gagner la mère, Christine ?La jeune fille sourit, des yeux d'abord, puis des lèvres, et secouant la tête d'un joli mouvement fin : — Du tout, ma chère, répondit-elle.Maman a vu tout de suite que ton invitation me tentait fort.— Tu vois ! !.Tandis qu'elle s'éloignait, chargée des fourrures, vêtements, chapeau de son invitée, Monique opérait un plongeon dans le passé, pas très éloigné encore, qui leur était commun, à elle et à Christine.Du plus loin qu'elle retrouvait son amie, c'était avec ces yeux très gais qui semblaient retenir une poussée de joie, derrière leur iris marron, ce même air, aimablement intéressé, du visage, ces mêmes manières heureuses, empressées, en même temps que suprêmement réservées.— "Comment Christine peut-elle se sentir toujours ainsi, contente ?se demandait Monique.Est-ce l'effet d'une habitude acquise dans son monde ?" Pourtant, madame Chénier, Jeanne, ne "s'illuminaient" pas avec cette spontanéité.— "Ils sont légion, songeait encore Monique, en se dirigeant vers le salon, les mieux partagés qu'elle, et les épreuves ne lui ont pas manquées.Souvent, la bonne humeur découle de la santé, mais ce n'est pas son cas: en dépit de son apparence, très passable, elle est faible comme un petit poulet de Pâques.Je le sais, moi.Qui sait?achève-t-elle avec une humilité qui eût pu être de meilleur aloi.qui sait?elle prend peut-être sur elle par vertu?." Ce jour même, on avait eu l'occasion de faire, à mademoiselle Chénier, les honneurs du logis ; cependant, c'est avec un air ravi de tout découvrir qu'elle circulait, de long en large, dans le petit salon clair, tout en teintes fondues, très moderne; et sa démarche était infiniment gracieuse, aisée, discrète surtout.Comme certaine divinité antique, .cette jeune fille portait-elle des ailes, aux talons ?On la voyait bien passer, on ne l'entendait pas. Montreal — LA BONNE PAROLE — Avril 1921 Au contraire de ses habitudes, Monique demeurait paresseusement étendue sur une causeuse, ses bras repliés, les mains jointes sous la nuque.Elle ne paraissait pas triste, non, mais peut-être fatiguée, pour l'instant ?.Il y avait des moments où sa prodigieuse activité demandait grâce.Après quelques minutes d'un silence plein d'intimité, la jeune fille demanda, se soulevant un peu: — Comment trouves-tu nos amis de la campagne, ( 'hristinc ?La même flamme vive qui avait traversé le regard de Monique s'alluma aussi dans les yeux de mademoiselle ( héuicr.— Mais.Ils sont charmants î répondit-elle.• Toutefois, sous les sourcils touffus et qui se rejoignaient en pointe, au-dessus du nez, la petite lueur inté-ressée persistait.Une revue du prochain, c'est toujours d'un intérêt.mon Dieu, presque affolant.Monique s'était redressée tout à fait, et interrogeant du regard, sa compagne, comme si elle n'eût osé formuler, la première, un jugement : — Ils pourraient, n'est-ce pas.lit-elle, avoir un peu plus de vernis ?Car, prisant très haut l'éducation de Christine, la présence de celle-ci l'inclinait à la sévérité.— Mais des belles qualités sérieuses, ils en possèdent, je t'assure, reprit-elle, liruno, surtout, manque de tenue.As-tu remarqué ses poses nonchalantes, par moments ?Il n'a jamais assez d'aise et de confort.Je l'avertirai: il faut que je l'élève, ce garçon, puisqu'il me tombe entre les mains.("est curieux, on ne peut pourtant pas l'accuser «l'être un mou: il a toujours cent projets en tête et vingt entreprises sur le marché.Mais vois-tu, à la campagne, les gens sont trop bien : pas de maîtres qui les commandent et les secouent: ça amollit le caractère.C'est cette après-midi, à la salle, quand je l'ai vu prendre son air de pacha et vouloir s'installer — monsieur — et nous regarder travailler !.le l'aurais étranglé ! Crois-tu epu* j'y sois allée trop rondement, Christine, pour le reconduire à la porte Kt sans attendre de réponse: — Pour babiola, c'est autre chose, reprit-elle.Je la trouve un peu raide et elle ne travaille pas assez à s'oublier, à s'assouplir.D'ailleurs, elle a toujours été longue à s'habituer aux gens.lit l'intimides beaucoup.Christine s'étonna poliment: — Moi ! !.— Mais oui.tu comprends, ceux de la campagne se trouvent dans une position un peu difficile: mettons-nous à leur place ! Il existe tant de préjugés contre eux.Kt dans les préjugés, il y a toujours quelque chose de vrai: en même temps, c'est poussé trop loin, c'est faux, injuste.Quel air veux-tu qu'ils prennent ?.Bruno, lui, ça lui est parfaitement égal ce qu'oïl peut penser de son monde, de sa famille.Il se sait beau, instruit, charmant.C'est un caractère rare, liruno: il prend tout easy et en même temps, il est très sérieux.Cil peu fort, peut-être mais, c'est étrange, je ne trouve pas cela déplaisant chez lui.Toi, Christine ?.Tour en revenir à Fa-biola.je t'assure qu'elle peut être très agréable, quand elle veut, mais il est certain qu'au premier abord, elle est tin peu stiff, Fabiola.Cn coup de sonnette l'interrompit qui la fit rougir, 1res sottement, car, si les vérités les plus crues avaient passé les premières, c'était pourtant Véloge de ses amis qu'elle avait entrepris, se dirigeant vers la porte.Vol.JX.No 4.— Ce sent eux.murmura-t-elle.Christine, impressionnable, posait les deux mains sur son coeur qui battait follement tout à coup.liruno avait fait des folies et s'était cru obligé d'apporter une gerbe d'oeillets roses à son hôtesse Monique.En les recevant, celle-ci devint de la même couleur que les belles fleurs orgueilleuses; puis, le premier moment de surprise passé, elle manifesta une joie d'enfant et s'en remettant à Christine, d'installer ses invités, elle courrut arranger le houepict dans un vase qu'elle posa ensuite sur le piano, dans le salon.Cn peu plus tard, réunis autour de la table de chêne de la salle à manger, les quatre amis jouaient aux cartes, avec acharnement Monique ayant liruno pour partenaire, et Christine, Fabiola — subitement déglacée, ce soir.Monique avait bien dit: elle savait se faire très amusante, mademoiselle Vandandaigne, et Christine la découvrait originale, par-dessus le marché.Aux cartes, elle se révéla d'une ambition sordide et elle prenait un temps inouï à se convaincre d'une faute, d'une bévue.Son frère la brusquait avec indulgence et Monique lançait son rire cn gaies cascades, tandis (pie Christine, amusée, elle aussi, s'imposait quelque fine et précise explication.Loin de corroborer les dires précédents de Monique, liruno, lui.semblait prendre à tâche de les démentir.Il se tenait droit sur sa chaise, jouait avec mesure, ne parlait qu'à bon escient, et d'un ton tout à fait cérémonieux, dès qu'il s'adressait à mademoiselle Chénier: et alors, il ne tournait qu'à demi la tête vers la jeune fille et celle-ci devinait un frémissement retenu sur ses lèvres.Cette petite constatation lui valait, à chaque fois, une sensation étrange: il lui semblait que son sang se refroidissait un peu et coulait avec plus de douceur dans ses veines.Très en verve.Monique laissait fuser les mots d'esprit, riait, babillait, sautait d'un sujet à un autre, émettait tout à coup une réflexion profonde ou tendre.— étonnante de vivacité et de grâce subtile.Le noeud de velours se moi rai t de reflets mousseux sur la "blancheur neigeuse de sa blouse de lingerie et des feux rouges et verts couraient tout autour du petit cerle de brillants: sous le tan de ses joues, le sang affluait, d'un rose mousseux comme le noeud de velours.Parfois, s'appuyant au dossier de sa chaise.Bruno fermait les paupières, à demi, et semblait boire, avec une volupté consciente, cette joliesse charmeuse de Monique.Kl alors, aussi, un frisson courait sur ses lèvres qu'il resserrait, comme pour empêcher l'âme d'y affleurer.Fabiola portait une robe de serge bleu-marine finie d'un col de feutre blanc, festonné aux ciseaux, lequel se mariait harmonieusement à la blancheur mate de son teint.Sans en avoir l'air, en y mettant lotit le tact qu'on était en droit d'attendre d'elle.Christine étudiait avec une curiosité singulière:, cette jeune fille d'aujourd'hui, épouse de demain, qu'une absence de quelques semaines de son fiancé, désemparait absolument, au dire de Monique.Alors qu'elle s'efforçait de s'intéresser au jeu, qu'elle se payait le luxe de mesquines chicanes sur des détails sans importance, toute sa pensée, sans doute, baignait dans la présence aimée de l'absent.L'opinion des autres, leurs laits et gestes ne lui arrivaient qu'atténués: elle se sentait le centre du monde aux yeux d'un certain et celui-là même, rrsumaif p tir elle l'univers.O la banale histoire d'aimer ! Comme retentissait le premier coup de dix heures, tous, d'un commun accord jetèrent les cartes sur la table; ?319 Vol.IX, No 4.Montreal LA BONNE PAROLE — Avril 1921 0 ainsi en avait-il été convenu, à cause de Christine qui désirait rentrer tôt.— Laissez tout cela, mes amis, fit Monique, en entraînant ses hôtes vers le salon.Puisque nous sommes pressées, permettez-moi de prendre par le plus court; que désirez-vous: boisson chaude ou froide ?En froid, j'ai du soda et du ginger ale; en chaud, je puis vous donner du thé, du café ou du chocolat.— Oh ! je t'en prie, du froid, décida vivement Christine, dans l'intention d'épargner une peine à son amie.Qu'elle eût saisi on non.celle-ci répliqua tranquillement.— Alors du soda pour toi.Je sais (pie tu n'aimes pas le gingembre, Fabiola?.— Si tu as une tasse de café toute prête, Monique.Autrement, je ne veux pas (pie tu te mettes en frais.— Bon ! Vous, Bruno ?— Du bon chocolat, lit le jeune homme, en remuant les lèvres d'un air achevé, de gourmandise, ce serait si délicieux !.Monique s'en fuit en jetant: — Veuillez prendre patience, ce ne sera pas long.Je m'étais gardé de l'eau bouillante.Et du fond de l'appartement, sa voix revient bientôt en un cri modulé : — Christine, joue donc quelque chose en m'attendant.Sous la protection des grands oeillets roses, échevelés et raides sur leurs tiges, Christine exécutait les toutes dernières mesures de sa Rêverie quand Monique fit irruption clans le salon, précédée par l'arôme exquis du café et du chocolat.— C'est beau, tu joues comme un ange, ma Christine, s'écria-t-elle, sans plus de conviction.Maintenant, viens vite t'asseoir que je te récompense de mes propres mains.Sur un plateau, elle portait trois tasses fumantes et le verre de boisson glacée qu'elle présentait à son amie.Etonnée du silence de son frère, mademoiselle Vandan-daigne s'était empressée d'ajouter quelques vagues félicitations au compliment de Monique.Bruno se taisait toujours et en un mouvement subit de l'âme, Christine regretta amèrement d'avoir joué cette AWc'r/V.si peu d'heures après les noëls de l'après-midi.Risquer ainsi.Risquer quoi ?.Elle n'acheva pas sa pensée et laissa mourir l'impression fugitive.— Le café pour toi.Fabiola, avait raconté Monique, pour vous Bruno, le chocolat et pour moi, du thé noir ! ! Les Irlandaises en raffolent, vous savez.Ce fut à ce moment précis (pie Christine acheva sa courte réflexion.Rendue à elle-même, elle songea aussitôt (pie le plateau embarrasserait Monique; précisément, elle avait remarqué tout à l'heure, une petite table.Comme elle levait les yeux, elle rencontra ceux de Bruno, droits et francs, rendus plus graves par le pli formé entre les sourcils et qui ('étudiaient avec attention.Monique avait eu la même inspiration (pic son amie, et attirant le guéridon léger, elle se laissa débarrasser par Bruno, et posant son plateau : — Ainsi, dit-elle, tout sera à la portée de chacun.Un petit macaron, Christine ?Puis, debout au milieu de la pièce, sa tasse de thé à la main, la chère Monique eut un gros soupir.Pourquoi ?.Sans doute, parce qu'elle venait de beaucoup besogner pour obtenir ces breuvages divers, parce qu'elle s'était hâtée à cause de Christine, parce qu'un peu plus tôt, elle avait aidé sa soeur à s'attifer, comme aussi à préparer le bébé, parce qu'enfin, toute la grande journée, elle s'était trouvée ainsi tirée à droite et à gauche.Bien plus, il en était ainsi tous les jours (pie le bon Dieu amenait : dès (pie Monique se trouvait quelque part, qui n'avait pas besoin de Monique ?Ajouter (pie le soupir était parti, comme toujours, sans qu'elle eût pu avoir, même l'idée de le préméditer.Bruno avait souri d'un air intimement amusé et Christine, levé les yeux inquiets.— Mais, assieds-toi donc, pauvre Monique, tu as une chaise tout près de toi.— Oh ! je ne suis pas fatiguée.J'ai soupiré parce (pie.parce (pie je ne savais plus que dire.Cette fois.Bruno rit franchement et concéda qu'il y avait de quoi se démonter.La toute légère taquinerie galvanisa Monique.— Vous, s'écria-t-clle, ne me faites pas de reproches.Vous me devez une belle soirée, Qu'auriez-vous fait de votre dimanche, à Saint-François ?Vous auriez séché d'ennui à regarder passer le temps et probablement même, (pie vous vous seriez couchés à huit heures, tandis que nous voici encore en pleine possession de vous, les yeux ouverts et buvant du chocolat.Je ne le fais pas bon, le chocolat ?— Délicieux, mademoiselle Monique.— Et le temps ne passe pas vite, en ville ?— Trop vite; on se sent frustré.— En effet !.fit la jeune fille, avec une moue, à monsieur, il ne faut rien dire contre la campagne.Eh bien, si je vous prédisais, moi, qu'un jour ou l'autre vous déserterez, vous aussi ?.—Ne le dites pas, mademoiselle Monique; je ne vous croirais pas.Les yeux bruns brillèrent, moqueurs, contents, malicieux.— Et si la femme que vous aimerez imposait cette condition à son mariage ?— Alors, je ne l'aurais jamais aimée, fit-il simplement, après avoir avalé une longue gorgée de son cher chocolat.Le menton levé, Monique eut son petit rire de vaincue qui semblait demander grâce.Puis, l'expression demeurant la même sur les traits de Bruno, elle se déconcerta tout à fait, et comme une enfant boudeuse: — Vous êtes bien stiff, ce soir, protesta-t-elle.Seule maintenant, dans cette grande maison qu'elle s'imposait de ranger, avant le retour de sa soeur, Monique subit bientôt une petite défaillance.Décidément, elle se sentait fatiguée.La machine humaine n'est pas inusable.Vssise, la tête appuyée au dossier du fauteuil tout à l'heure occupé par Bruno — c'était dans le salon — son regard vague rencontra les oeillets, muets dans leur beauté d'un jour; elle sourit machinalement, mais son accablement persistait.Peut-être souffrait-elle plus encore de la soudaine solitude, que de tout autre chose.Ses amis partis, sa soeur qui s'amusait dans la famille devenue la sienne, et Monique, la plus aimante de tous, abandonnée ici, dans cette maison sans âme.Elle voulut pleurer et quelques larmes difficiles coulèrent en effet sur ses joues, sans la soulager.Alors, en un sursaut d'énergie, elle se leva.Le travail demeurait encore le remède efficace entre tous.Et tandis qu'elle s'éloignait, un soupir, bien plus mystérieux encore, que celui de tantôt, dégonfla enfin son coeur oppressé.(à suivre) I 10 Montréal — LA BONNE PAROLE — Avril 1921 Vol.IX, No 4.Spill oCo pauvre m a/ada 1§1|1 Le soleil se couche dans son sang.De mon lit j'aperçois ses rayons rouges.Seigneur, j'ai supporte le poids du jour, les mouches et les bruits de la maison.Et voici que maintenant les ombres de la nuit se projettent sur le mur.l'oici revenir ses terreurs et ses angoisses folles mon Pieu ! je suis haletant, agité, brûlé de fièvre.Il fait chaud et froid dans ma chambre.Pourquoi me laisse-t-on seul, si seul ?Mais non, voici la garde; ses pas résonnent dans ma tête, sa lampe me brûle les yeux, ses mains sont froides sur mon front.Allez-vous en! Allez-vous en !— Toute ma famille est autour de moi.De quoi par-le-t-on ?Vanités ! Inutilités.Croit-on m'arracher à mon angoisse ?Je souffre et personne ne me comprend.On est exédi de mes plaintes.Ne suis-je pas brusque et trop souvent injuste ?mais qu'on est peu patient ! J'attriste ma maison et ma maison s'apitoie sur elle-même.Qui pense à moi sans égo'isme ?Qui sait ce que j'endure dans mon corps et dans mon âme, et depuis si longtemps ?Oui, si longtemps ! J'étais fort et vigoureux autrefois, nun's maintenant! maintenant c'est a peine si je puis soulever mes draps.Otez ces couvertures.Donnez-moi à boire.Qui donc est là au pied de mon lit ?C'est mon fils, je le reconnais; Mon fils ! Mes enfants ! je ne mourrai donc pas tout à fait puisqu'ils me continueront.Ils sont pleins de santé.Mais d'où vient que parfois, oui parfois, ils semblent considérer la vie comme un épouvantable fardeau ?Les insensés ! A la veille de la quitter comme la vie nous parait belle.Comment n'ai-je pas mieux apprécié toutes ses heures, ses heures précieuses ! O mes chères tendresses faut-il donc vous dire adieu ?Finis les luttes, les travaux, les douleurs et les joies ?Déjà finis ?Ce corps que j'ai choyé, cette tête qui pense, ce coeur qui bat, on les mettra dans la terre ?parmi les vers et les limaces ?Dans la terre mes mains ! Mes mains de travail et de caresses.Mes mains qui ont tenu les mains aimées.Mes mains douces, mais aussi cruelles et parfois méchantes ! Et elles seront insensibles ?Est-ce qu'on peut devenir insensible ?Qu'est-ce qui s'entrouve à la mort?La terre ou le ciel ?Mon Dieu ! j'ai été si loin de vous pendant ma vie, me reconnaître z-vous alors comme un ami ?Est-ce que je puis le devenir encore votre ami, en acceptant la mort.En faisant le sacrifice de nia vie ?Quai-je à vous présenter mon Dieu ?Ne voyes-vous pas combien j'ai été attaché à la terre ?Combien je le suis encore ?A la dernière heure m'accorderez-vous la grâce du.détachement ?Mais si la mort ressemble à la vie, entouré de mon luxe, je mourrai dans la misère, cramponné à la terre.Ayez pitié de moi, pauvre gueux que je suis ! J'ai foi en Vous.J'espère en l'ons.Ma:s puis-je dire que je vous aime sans blasphémer f Puree que j'ai perdu l'habitude de votre Face, je tremble devant mon juge.Je tremble de tous mes -membres, mes pauvres membres douloureux.Mon Dieu ! je souffre ! je souffre ! Ne pouvez-vous donc rien vous tous qui m'entourez ?Abandonnez-vous la lutte?N'y a-t-il plus d'espoir?Attendez-vous que tout soit fini ?C'est atroce! je délire ! Appelez le médecin.Je ne veux pas mourir ! Je veux vivre ! vivre ! vivre ! Et sur le mur, en face du lit, le Christ crucifié, le Dieu juste et miséricordieux penche sa tête.Thomas Jacques.ESQUISSES GRAPHOLOGIQUES Les personnes qui désirent faire analyser leur écriture devront : 1.—Ecrire à l'encre, sur papier non rayé, d'une écriture naturelle; il est beaucoup préférable de ne pas envoyer de copie.2.—Ajoutez 25 sous, ou si l'on préfère recevoir l'esquisse chez soi, 50 sous, ainsi qu'une enveloppe adressée et afïranclve.3.—Adresser: Madame la Graphologue, ch.3, Monument National.Houlevard Saint-Laurent.Montréal.Alice L.— Quatre lignes de copie et au crayon ! Au petit bonheur, je dirai que cette personne me paraît une sédentaire: toute l'activité réside dans la tête et dans la langue.Pourtant elle demeure très ferme sur ce qui la concerne intimement : délicate, très impressionnable, un peu orgueilleuse et susceptible, peut-être craint-elle les froissements ?Plus sensible que vraiment affectueuse, croirais-je.Fine, mobile et changeante d'humeur, vive et enthousiaste et en même temps, fermée, indépendante, elle garde un charme de petit sphinx.La volonté est constante, entreprenante et décidée.Pierre-Louis.— Le bon caractère ! L'excellente nature d'homme ! On doit aimer vivre avec lui, car, gens et choses, il prend tout en douceur et sait trouver le beau côté.Il ignore jusqu'au nom de la mesquinerie et tient à la vie large et confortable, jusqu'à la prodigalité exclusivement.En fait, c'est un équilibré, aux idées claires et ordonnées, à la conduite.idem.Gai, ouvert, il est doux et bienveillant.Avec cela, délicat et loyal.Un peu de paresse empêche que sa bonté ne devienne dévouement.L'humeur est à peu près égale, la sensibilité équilibrée, la volonté constante.Plutôt actif que vif.Mais il les connaît, ses belles qualités, et l'imagination aidant, il frise parfois la présomption, la fatuité.Cependant, il y met tant de bonhomie que personne ne s'en choque.Georges — Ces quelques lignes me disent un réaliste habitué à la vie large et active: un homme d'affaires, sans doute.Enthousisate par imagination, mais prudent et même pessimiste et blasé.Comme il est extrêmement sensible et impressionnable, délicat, plus affectueux qu'il ne laisse jamais voir, il ne se montre pas toujours le même et subit de petites crises d'irrésolution timide que ses habitudes de vie, sa volonté nette, très vive et entraînée, empêchent de soupçonner.L'orgueil est fier et le stimule.11 se communique difficilement; pourtant, il est très loyal.Des nerfs un peu fatigués et tendus.De la douceur et assez de gaieté.Ses habitudes de politesse, sa bienveillance exquise', complète, qu'il voudrait limiter aux seuls intimes, le font très sympathique et séduisant.Il est si sensible et impressionnable, la volonté est si vive que ses colères seraient terribles.Intelligent et clairvoyant.La Graphologue.(Faute d'espace, nous (levons remettre au prochain numéro l'analyse de quelques autres écritures.) Veil.IX.No 4.Vlom-cn! — i,A '.'.( )NNR PAROLE — Avril 1921 11 POUR LE FOYER IL Y AVAIT AUTREFOIS.Causerie donnée à l'Ecole d'Enseignement Supérieur pour les jeunes filles.Souvenirs de là-bas, pourquoi vous pressez-vous ce soir devant mes yeux et sous ma plume ?Je voudrais travailler et vous venez impitoyablement me distraire: un autre jour, je serai libre, laissez-moi.Voyez sur ma table tous ces livres qu'il faut que je feuillette : ai-je le temps de penser à vous ?Rêver, songer, c'est bon quand on est jeune.J'ai bien autre ebose à faire, n'est-ce pas ?Eh quoi ! vous ne voulez pas me quitter ?c'est une vraie persécution, une douce persécution, je l'avoue.Allons, je vais vous écouter un moment: je reprendrai ma besogne après.Je ferme les yeux, je m'abandonne.Oh ! la douce détente ! Et elles défilent, les figures aimées de mon passé, en troupe joyeuse ou grave et, avec elles, la foule des riantes images d'une jeunesse heureuse.Ah ! les beaux jours que Dieu faisait dans ce temps-là ! Personne n'en a connu de plus radieux, de plus ensoleillés, de plus enchanteurs.Serait-ce possible ?J'excepte naturellement mes frères et soeurs: nous étions sept et personne ne se trouvant moins bien partagé que les autres.A qui le temps était-il moins léger, la nature moins belle, les illusions moins roses ?Certes, chacun pensait à l'avenir et se l'imaginait à sa manière mais personne n'avait hâte de sortir du présent; tous les jours la maison retentissait des éclats de nos rires et des bruits de nos jeux.lit quand arrivaient les vacances.Chacun mettait avec joie de côté ses livres de classe pour prendre part à de charmantes promenades, à de délicieuses excursions à la Topfer et parfois à d'aventureuses expéditions sur les flots de l'âpre mer du Nord ou de la Manche plus clémente.Est-ce à dire que notre intelligence s'endormit et que, pendant deux mois, la nature, si douce à cette époque, nous absorbât au point que»nous négligions les besoins de l'esprit ?Non, certes, mille fois non.Au dressage des écoles succédait un travail plus libre, plus capricieux aussi.Ce n'est pas sans émotion que je revis par la pensée ces.heures consacrées à l'étude de questions qui nous intéressaient particulièrement et surtout ces charmantes soirées pendant lesquelles nous écoutions, ravis, l'un de mes oncles nous dire les Voyages en zigzag, de beaux passages de l'Histoire de France racontée à mes petits-enfants de Ciuizot, ou bien les admirables ouvrages du Vicomte Melchior de Vogué, quelques pages de Pierre Loti, d'Alphonse Daudet, d'Emile Geb-hart et de cent autres, le Prix de la Vie d'Ollé-Laprunc.etc., etc.Notre excellente grand'mère présidait.Sa silhouette passe et repasse devant nos yeux: il faudrait, pour l'écarter, un clTort qui me semblerait sacrilège.Ne serait-ce point grande ingratitude; en effet: elle nous fut si bonne à tous, cette chère grand'mère: ses conseils étaient si judicieux, ses encouragements avaient tant de prix que son approbation, qu'elle ne donnait qu'à bon escient, nous semblait la meilleure des récompenses.Naturellement, quand nous étions petits nous avions peine à nous imaginer qu'elle n'eût pas toujours été vieille, bien qu'elle ne le fût réellement pas encore.Pour nous, ce ne pouvait être que "Bonne-Maman" : la concevrait-on autrement ?N'était-elle pas si bien faite pour ce rôle ?La Providence ne pouvait pas lui en avoir jamais confié d'autre.Sans doute il y avait les pauvres dont elle s'occupait beaucoup, mais n'est-ce pas aussi, de soi, dans les attributions d'une bonne-maman ?Et nous fûmes bien surpris lorsque, quand nous eûmes un peu grandi, bonne-maman qui depuis longtemps était veuve, nous prit pour confidents de ses souvenirs.Elle nous racontait sa jeunesse, active et suave, passée dans une petite ville du Nord de la France; elle s'était vivement intéressée à des études très intelligemment dirigées, puis elle s'était mariée et s'en était venue vivre dans cette bourgade, Baillcul, d'où était son mari, où nous venions maintenant, passer en grande partie nos vacances.Mais en ce temps-là, l'on voyageait peu.Les chemins de fer n'existaient pas encore en province.% Elle avait résolu d'autant plus d'aimer son nouveau séjour et de lui demander de contribuer à son l>onheur.Or, malgré ses 12 000 habitants, c'était une ville un peu morte.Elle comprenait un certain nombre de familles riches, aristocratiques serais-je tenté de dire si je ne me rappelais qu"4aristos" veut dire "le meilleur" et que ce n'étaient pas vraiment les meilleures, à mon sens au moins.Non qu'elles dissimulassent des vices où croupissent dans l'ignorance : bien au contraire; leur moralité était grande mais glaciale et leur instruction étendue mais gourmée.On y vivait du revenu de terres, louées à bail à des fermiers qui se remplaçaient de père en fils; seulement, dans ces groupes très fermés, on nourrissait les préjugés les plus étranges.Ma grand'mère me racontait, indignée,' qu'un de ses voisins, homme fort bien élevé et très érudit, avait menacé ses fils de ne plus les voir.s'ils travaillaient ! A côté de cela une bourgeoisie honnête, laborieuse et pleine de petites vertus mais aux idées également étroites, à l'horizon fort limité — et un menu peuple composé de paysans car, d'industrie, il n'en existait pas alors et la terre seule — ou à peu près car il y avait bien quelques métiers à main pour tisser le chanvre et le lin — la terre, presque seule, était source de richesse.La jeune femme n'en fut point déconcertée; elle résolut démettre quelque vie dans cet organisme assez inerte et hétérogène et voici à peu près comment elle procéda.Les pauvres, elle les adopta et comme elle n'avait point une grande fortune, elle résolut d'en faire le trait d'union grâce auquel les jeunes dames et demoiselles de l'aristocratie se mêleraient chez elle à celles de la bourgeoisie.Elle se mit en tête en effet de fonder un ou-vroir pour les pauvres — l'ouvroir de la Providence — et de demander à toute la jeunesse aisée de venir une fois par semaine travailler chez elle un après-midi complet. 12 Montreal — LA BONNE PAROLE — Avril 1921 Vol.IX, No 4.Elle y réussit, le croiriez-vous ?Et pendant soixante-dix ans — elle en avait quatre-vingt-quatorze quand elle mourut — demeura la présidente effective et l'organisatrice de l'oeuvre.Elle restait, je crois bien, la dernière des fondatrices mais le recrutement avait continué de se faire et les filles et petites-filles comblaient les vides que la mort faisait dans les rangs des mères et des aïeules.Chaque année, je m'en souviens, l'ouvroir distribuait dans la région trois mille pièces de lingerie, tabliers, bonnets, robes d'enfants, layettes pour nouveaux-nés et "bonne-maman" avait de ses moins coupé tous les articles et distribué la besogne.N'allez pas croire qu'elle fût, pour cela, demeurée étrangère à tous les mouvements d'idées et d'art du siècle.Elle aimait aiguiller la conversation de "ces dames" sur la littérature, l'bistoire, la sciologie, la morale; la politique même n'était pas exclue pourvu qu'il ne fût question que de principes et, gravement et sans passion, l'on discutait sur l'art de gouverner les états.Celles qui voyageaient faisaient très gentiment part aux sédentaires de leurs impressions et, sans conteste, bonne-maman, la finesse même, était la reine de ce cercle.Ali ! que d'admirables petits travaux elle lisait parfois à ses collaboratrices pour soutenir leur intérêt et stimuler leur assiduité !.tant que nous fûmes petits, on nous toléra dans ces réunions à l'heure du goûter — qui nous semblait d'ailleurs la meilleure, je l'avoue — et quand nous en sortions pour aller jouer, nous nous demandions si ce n'était pas une fée, celle grand'mèrc extraordinaire.Elle excitait d'ailleurs notre respectueux étonnement d'autant plus qu'elle savait le grec et le latin.Cela nous paraissait phénoménal.C'est qu'en dix ans elle avait eu six enfants dont cinq garçons et que, ne voulant pas se séparer d'eux prématurément et n'ayant cependant pas trop de confiance dans l'éducation qu'on leur donnerait au collège de la petite ville, elle avait décidé de les conduire elle-même à travers les études primaires jusqu'aux humanités classiques.Jamais elle ne s'en vantait d'ailleurs, mais cette culture étendue où rien n'était superficiel, donnait à sa conversation, toujours très simple un attrait incomparable.Et quelquefois elle nous disait: "Voici, mes chers petits, ce qu'on chantait dans ma jeunesse".Et d'une voix toujours agréable, avec de gracieuses intonations de marquise, elle nous disait les romances du vieux temps et dans quelles circonstances elle les avait autrefois chantées.Pour les récréations de ses fils, elel avait très judicieusement pensé que le mieux était de les intéresser tout jeunes, aux sciences naturelles.Avec eux, elle parcourait les monts et les bois; toutes les plantes, elle les connaissait : elle savait les moeurs de tous les insectes et elle avait le génie de la patience et de l'observation.Bailleul et le cercle de ses collines était son univers mais son intelligence embrassait le monde.Oh ! La merveilleuse éducatrice ! Et tandis que je l'évoque maintenant devant vous, il me semble la voir passer dans son jardin, qu'elle aimait tant.Ah ! ce jardin, comment vous le décrire ?Je veux bien essayer mais je sais que je ne pourrai vous en faire comprendre tout le charme.11 y avait, je le vois encore, une glycine superbe qui couvrait tout un mur et d'où pendaient par milliers de grappes les jolies fleurs violet pâle.Il y avait aussi des lauriers-roses, des grenadiers, des poiriers d'une fécondité suprenante, des vernis du Japon, une fougeraie où se trouvaient toutes les espèces imaginables de fougères, un chêne que nous avions planté, l'ayant rapporté du Mont Noir quand il avait trois feuilles et un bosquet de noisetiers derrière lequel s'abritait un banc circulaire où l'on s'asseyait quelques moments après les repas pour deviser et rire.Les fleurs étaient simples : des fuchsias, des phlox, des lis, des anémone du Japon, des frittillaires que nous nommions couronnes impériales et bien d'autres dont les noms m'échappent aujourd'hui ; des roses, naturellement, et des bégonias étranges.Dans une rocaille improvisée, des saxifrages et, au milieu de la pelouse, une minuscule pièce d'eau pour l'ornement de laquelle nous allions dans les prairies recruter de force des régiments de grenouilles.J'allais oublier les mousses.Et pourtant ! Il y en avait de bien jolies, les unes épaisses et vertes, d'autres plus déliées, celles-là brunes: de petits murs en étaient couverts et en revêtaient un air d'aimable vétusté.Tout nous parlait de durée dans ce jardin modeste où notre père avait autrefois joué avec ses frères et son unique soeur.Ce rosier datait de la naissance de notre oncle Charles; tel changement remontait à la sortie de pension de la tante Marie, mais nous en avions vu quelques-uns aussi : Voyons, de quand datait la clématite ?Je l'oublie mais, dans mon enfance, le grand frêne du fond, drapé plus tard dans un épais manteau de lierre, était pleureur et c'est parce qu'il enlevait trop de lumière et d'air aux autres plantes qu'on l'avait, sous nos yeux soumis à une opération chirurgicale des plus énergiques dont il s'était d'ailleurs fort bien tiré.Les années passant, nous l'aimions davantage, ce jardin; notre intimité avec bonne-maman grandissait avec notre âge et pour elle, dans son existence laborieuse et retirée, c'était une grande joie, ce jardin : "Venez voir mes fleurs", disait-elle bientôt quand nous venions d'arriver chez elle."Nous causerons mieux au jardin." là tout en s'in formant de chacun, elle nous mettait au courant des mutations."Voyez-vous ces géraniums ?N'est-ce pas qu'ils sont bien là, près de la remise ?Et mes ancolies, sont-ils beaux !.Dites-moi, que pensez-vous de mon aster?j'ai bien cru qu'il allait mourir." Pauvre bonne-maman ! Elle connut en 1914 la douleur de l'invasion de son foyer.Un général allemand et son aide-de-camp s'installèrent chez elle.Elle les reçut avec une très grande dignité, sans récriminations — et eux, de leur côté, agirent avec beaucoup de correction.Mais une soldatesque immonde occupa les dépendances; dans le pauvre jardin, le sou file des obus secouait les branches.Oh! ce n'est pas cela qui faisait trembler le plus les grands arbres.Ils pensaient aux fleurs sans défense qui tressaillaient en entendant dans les allées les pas lourds des cavaliers rentrés fourbus de leurs randonnées et quand, la nuit, leur parvenait l'écho de leurs chansons avinées.Parfois elles sentaient sur elles l'haleine de ces brutes qui les respiraient — qui les cueillaient même pour quelques gretchens à qui leurs lettres de guerre annonçaient de meilleurs souvenirs de France : des bibelots dérobés, du linge, des dentelles, du butin, quoi; "Beute" en allemand, mot magique qui fait luire les yeux des barbares.Grâces à Dieu, Bailleul fut vite dégagée et l'ennemi refoulé vers l'est, jusquà la Lys, au delà d'Arnientières.Mais alors ce furent les troupes alliées et les noirs qui prirent possession de la ville.C'est la guerre: l'habitant n'est plus maître de sa maison ni de ses terres.Dura Vol.IX, No 4.Montreal — LA BONNE PAROLE — Avril 1921 13 lex.Dans la petite ville autrefois morte, Ecossais, Anglais, Indiens, Canadiens, Irlandais, Australiens, Marocains, Sénégalais, des Français aussi parfois, chasseurs alpins, fantassins bretons, artilleurs gascons ou provençaux, toutes les races, toutes les langues, toutes les armes passaient, passaient sans cesse- Ht la pauvre grand'-mère, malade, connut l'angoisse de ce qui suivrait ce grand désordre : elle en souffrit cruellement.De la victoire, elle ne doutait point, mais de quel prix la faudrait-il payer ?Dieu permit qu'elle restât jusqu'au bout dans sa maison.Jusqu'au bout.je veux dire: jusqu'à sa mort qui survint en février 1915.Vinrent les heures tragiques du printemps de 1918; il fallut l'abandonner, la vieille maison familiale et l'évacuer sous-le bombardement.Dix jours après, les Allemands, qui avaient percé le front britannique près d'Ar-mentières, entraient dans Bailleul et poussaient au-delà jusqu'au pied des collines flamandes, suite ininterrompue de croupes en parties boisées allant du Mont Kcmmcl au Mont des Cats du haut desquelles on dominait au Nord toute la plaine de Belgique et celle de France au Sud, jusqu'aux falaises du pays d'Artois.Ils s'y butèrent à une résistance acharnée qu'ils ne purent vaincre qu'à l'extrémité orientale où le Mont Kemmel tomba dans leurs mains.Dans la dépression qui la séparait des autres monts, sur la grand'route de Bailleur à Ypres, un village s'élevait, paisible et coquet où vivaient près de leurs champs d'honnêtes cultivateurs.un peu contrebandiers.C'était Locrc où si souvent nous étions passés dans nos promenades, Locre où nous étions demeurés, en 1913 encore, un mois en villégiature; Locre, ainsi nommé sans doute d'après la couleur des sables des coteaux voisins mais dont, pour nous, le nom était synonyme de repos, de calme: douceur des soirs d'été et des crépuscules où l'on se confie et où se révèle l'intime de nos pensées.Jusqu'à l'automne, les armées adverses se disputèrent ce village; vingt fois il changea de mains, mais ce n'était plus, vous le pensez bien, qu'un terme topographique : l'église, le château, les maisons, les granges, tout était broyé, pulvérisé sous l'action des gros obus et des torpilles, modernes pilons de ces mortiers d'artillerie qui permettent de triturer la matière humaine avec l'inanimée, qui la retournent et la malaxent, les bras, les crânes et les jambes avec les soliveaux, les plâtras et les briques en décombres sanguinolents sur lesquels des milliers de femmes viendront pleurer.Et pendant six mois Bailleul fut méthodiquement écrasée : pas une maison ne resta debout ; au cimetière les tombeaux vomirent les ossements de leurs morts; la vieille église Saint-Vaast, le beffroi, tout le passé fut réduit en poudre.Ces champs de batille, je les ai revus.Accompagné .de mes enfants que ce pèlerinage intéressait, plus qu'il ne les touchait sans doute — ils sont trop jeunes — j'ai revu, les larmes aux yeux, ces lieux riants et verts autrefois, désolés et comme maudits; j'ai vu les monts dépouillés exposer au soleil leurs entrailles déchirées; j'ai vu surtout la solitude morne, indiciblement triste.De la maison, rien ne restait ; pas un souvenir à conserver: des plâtras, des tuiles brisées, des espagnolettes tordues.Dans le jardin d'autrefois, le frêne lançait vers le ciel ses branches mutilées comme les moignons d'un supplicié; le lierre#repoussait.Le chêne aussi, qu'enfants nous avions planté, émergeait des ruines.Et au milieu des monceaux de débris qui nous entrouraient comme les vagues d'une mer en furie qui se seraient soudain pétri- fiées, un lis rouge fleurissait : c'est tout ce que nous avons emporté du cher jardin de "bonne-maman".Jean Flahauli.(É> LES CERCLES D'ETUDES * ' \\a\\\\\vv\a\\\\vvvvvvvwv\w JE NOSE PAS ! Eh ! quoi ! Vous n'osez pas émettre votre avis au cours des discussions du cercle d'études, donner à l'occasion à une amie un bon conseil, une instruction utile ! Mais pourquoi ! — Farce que mes compagnes souriront de moi !.— En ètes-vous bien sûre ?Avcz-vous jamais essayé?Je crois plutôt que c'est votre amour-propre qui vous retient, vous empêche de parler, d'exprimer les riches pensées que vous avez certainement dans le coeur.Vous craignez peut-être.— pardonnez-moi si je fais une jugement téméraire, — de fournir â vos idées une forme, un vêtement trop pauvre.Ah! combien vous êtes dans l'erreur! En vous conseillant de parler, je ne vous demande pas de cultiver "la phrase7 ( Dieu nous préserve des "phraseuses" ! ) mais de donner des idées.Et justement on fait des phrases, qand on a pas d'idées."J'ai vécu dans des assemblées, assurait M.Thiers, et j'ai été frappé d'une chose: c'est que dès qu'un orateur faisait ce qu'on appelle une "phrase" l'auditoire souriait avec un inexprimable dédain, et cessait d'écouter." Et avant lui, déjà La Rochefoucauld donnait ce conseil: "Fuyons les expressions trop recherchées et ne nous servons point de paroles plus grandes que les choses." Comme il est préférable de se tirer d'affaire avec son esprit "de tous les jours"! Alors tout est clair, net, précis, parce que tout est simple.Oh! la belle simplicité! Comme elle est nécessaire pour mettre du liant entre les membres d'un cercle, de la charité entre les Jeunes d'une section! De grâce, ne montez pas sur des échasses pour paraître plus grande, vous finiriez par vous casser le cou.La simplicité vous donnera de l'assurance.Ne vous préoccupant pas de vous, vous ferez du bien.Faut-il vous proposer un modèle?Lisez la vie de saint François d'Assise, et vous y découvrirez ce qu'est la véritable éloquence."Jamais homme n'a eu une plus grande puissance sur les coeurs, parce que jamais prédicateur ne s'est moins prêché lui-même." Méditez cela et vous éviterez l'amour-propre et la fausse modestie.Vous parlerez quand votre conscience vous le dictera ou quand on vous le demandera.Fas de tiédeur de volonté.Il faut que chacune fasse son possible.Qu'importe si notre lampe est petite, pourvu qu'elle donne toute sa lumière! PLAN DT3 CATTR-RRTT33 LE ROLE DES CLASSES DIRIGEANTES - 1.—La hiérarchie est nécessaire en toute organisation: l'utopie socialiste.2.—La doctrine chrétienne sur l'emploi de la richesse dans tous les domaines : elle doit servir. 14 Montréal — LA BONNE PAROLE — Avril 1.921 Vol.IX.No 4.3.—Les devoirs de justice peuvent être imposés aux riches par les lois: Bien-fondé d'une législation sociale.4.—L'accomplissement de la loi de charité doit compléter la justice: La nécessité des oeuvres.A lire.L'élite dans la société moderne par Paul de Rou- siers.Les lois de la société chrétienne par Ch.Perin.Justice et charité par Bouvier, S.J.L'élite sa nécessité par Paul Normand d'Au- thon, E.P.de Reims.Tract E.S.P.3.JOURNEE.D'ETUDES (Sous la présidence de Sa Grandeur Myr Gauthier) Les dames et jeunes filles sont cordialement invitées à la séance d'après-midi des Cercles d'Etudes.Elle aura lieu à 2.30 heures, à l'Ecole d'Enseiqncment Supérieur, 1010 ouest, rue Sherbrooke, Montréal.PROGRAMME Séance du matin, 9.30 heures.(Conseil fédéral).Rapports des cercles affiliés et adhérents: cercle Notre-Dame, cercle Notre-Dame (section des élèves), cercle Jeanne Mance.cercle Marguerite Bourgeois, de Sher-hrooke, cercle des oeuvres économiques de la Fédération Nationale Saint-Jean-Baptiste, cercle de l'Enfant-Jésus, cercle Notre-Dame, du Cap de la Madeleine, cercle d'études du Foyer, cercle Jeanne le Rcr.cercle des jeunes filles de la naroissc de Saint-Yincent-dc-Paul.Séance d'aprèo-midi, 2.30 heures.Allocution — Mlle Meunier.Rapport du comité central — Mlfc G.Le Moyne.Compte rendu de Fenquête sur la situation des filles qui travaillent à l'extérieur: 1.—Explications générales — Mlle 1.Lesage.2.—Situation économique des travailleuses — Mlle H.Lcfebvrc.3.—Conditions de Moralité, emploi et salaire et loisirs.Mlle M.-L.d'Auteuil.4.—Les remèdes à suggérer.— Mlle A Sénécal.Discours de clôture : Sa Grandeur Monseigneur Gauthier.LES LIVRES QU'IL FAUT LIRE Etudes, par Mlle Marguerite Taschcreau.(édition de l'Action française — prix 50 sous) Sous le nom de Marcelle Andrée, l'auteur des Etudes est déjà bien connu des lectrices de "La Bonne Parole".N'est-il pas inutil" de faire l'éloge de cette récente publication qui a d'ailleurs remporté le prix d'action intellectuelle en octobre dernier?On y retrouve cette originalité de style et de pensée, cette délicatesse de sentiment, cette finesse d'observation et cette aimable ironie qui ont fait le charme des articles déjà parus dans nos pages.Ce livre est en même temps une oeuvre de méditation d'une singulière élévation.Nous en ferons une lecture sérieuse et nous voudrons y revenir dans nos instants de loisir pour en pénétrer la saine philosophie et y puiser un peu fie la sérénité dont nous avons parfois tant besoin.-».» - n—0 AVIS o—o La journée d'étude des cercles de jeunes filles aura lieu le samedi, 16 avril, à 2.30 heures />.m., à l'Ecole d'Enseignement Supérieur, 1010 ouest, rue Sherbrooke.Le public est inivté.Notre Courrier la Catholic Women-s League s'est aussi prononcée en faveur du suffrage féminin lors de sa réunion du 23 janvier.Une copie de cette résolution fut envoyée à l'IIon.Monsieur Taschcreau; on y demande le vote en matières provinciales pour les femmes.Cette résolution appuie en même temps le Bill demandant l'admission des femmes au Barreau.Les femmes dans la politique — Depuis trois ans un club politique de femmes existe pour la diffusion des principes de parti libéral.Au début de février, une organisation similaire s'est constituée pour l'avancement et la propagande du parti conservateur.Mme Arthur Drum-mond en a été élue présidente.Pendant la guerre, des associations féminines temporaires avaient été formées pour le soutien du gouvernement unioniste.C'est la première fois qu'une organisation féminine permanente est fornv'e par le parti conservateur.Mme Ralp.Smith, après avoir été choisie comme orateur de la chambre basse du Parlement de la Colombie Anglaise, a refusé d'accepter ce poste d'honneur qui n'a jamais été offert à une femme.Au Japon — Au début du mois de février, l'émancipation des femmes japonaises a été le thème d'un débat historique à la chambre des représentants.Il s'agissait d'étudier le pour et le contre d'un bill tendant à annuler la loi oui empêche la japonaise de s'inscrire dans les associations politiques et de prendre part aux assemblées.Tous les partis ont donné leur appui au bill.Des millions de femmes ont apposé leur signature au bas d'une pétition favorahle au bill, et qui a été présenté à la chambre.En Chine — I a Chine a maintenant son association de suffrage des femmes chinoises.Les membres sont les femmes oui ont reçu leur éducation dans les écoles de Chine ru à l'étranger.Elles ont élaboré le programme suivant : toute femme pourra avoir le droit de vote.Les lois accorderont protection égale à l'homme et à la femme.I a traite des blanches sera défendue.Les femmes auront 1" droit de posséder des articles à leur nom et d'épouser l'homme de leur choix.Elles devront avoir autant de chance que les hommes de parfaire leur éducation c! de recevoir les mêmes salaires.Le concubinage ne sera p''s permis.L'Etat paiera pension aux veuves p-nr qu'elles puissent subvenir aux besoins de leurs enfants.G.R.des I.AUX ADONNES DE LA BONNE PAROLE r.Les facteurs de La Bonne Parole ont droit d'en*rcr gratuitement au Congrès en présentant le dernier exemplaire du journal.2- Les membres des sociétés fédérées ont droit d'entrer gratuitement au Congrès en présentant leur carte d'affiliation.j.Les autres personnes devront payer 25 centins d'entrée à chacunes des séances- Vol.IX, No 4.* Montréal — LA BONNE PAROLE — Avril 1921 15 LAIT CLARIFIÉ ET PASTEURISÉ CREME, BEURRE OEUFS CREME A LA GLACE J.-JJOUBERT LIMITÉE 975, rue SAINT-ANDRÉ 1> nod, Carrière! 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