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Titre :
Cité libre.
Cité libre est la revue d'idées québécoise la plus connue des années 1950. Ses auteurs alimentent la réflexion sur les moyens de changer le monde politique pour accélérer le progrès économique, social, intellectuel et spirituel du Québec. [...]

Cité libre voit le jour à Montréal dans une période ponctuée de signes de mécontentement face au traditionalisme de la société québécoise et du gouvernement de Maurice Duplessis. La revue fait son apparition un an après la grève de l'amiante d'Asbestos et deux ans après la parution du manifeste Refus global.

D'abord trimestrielle, Cité libre est la revue d'idées québécoise la plus connue des années 1950, alors que son influence est plus grande que son tirage pourrait le laisser croire. De 1500 exemplaires en 1951, celui-ci ne dépassera pas 6000 ou 7000 exemplaires. En leur qualité d'intellectuels, des auteurs de la revue se voient offrir une tribune à la télévision de Radio-Canada et participent aux conférences de l'Institut canadien des affaires publiques.

Cité libre est perçue comme la revue d'une génération de penseurs influents. Plusieurs de ses collaborateurs des années 1950 se sont côtoyés durant leurs études et ont été de prééminents militants de la Jeunesse étudiante catholique. Le personnalisme chrétien est d'ailleurs manifeste dans l'engagement social des auteurs. Selon ce courant spirituel, l'homme d'action rationnel doit être au coeur d'un catholicisme renouvelé, parce qu'intériorisé plutôt qu'ostensible et socialement omnipotent.

Le respect des auteurs de Cité libre pour l'Église ne les empêche pas de poser la revue en porte-étendard du combat libéral contre le cléricalisme, le duplessisme et la collusion entre l'Église et l'État, par la dénonciation de l'idéologie traditionaliste et la mise au jour de la corruption électorale.

Intellectuels, les auteurs de Cité libre sont imbus de philosophie politique et profitent de leur tribune pour alimenter la réflexion sur les moyens de changer le monde politique pour accélérer le progrès économique, social, intellectuel et spirituel du Québec. La perspective éthique et juridique libérale adoptée par les auteurs vise à favoriser le développement et le respect des droits de la personne dans un esprit humaniste et universaliste.

Plusieurs auteurs de Cité libre conviennent que l'émancipation de l'homme moderne passe aussi par la reconnaissance de la lutte des classes. Dans les années 1960, l'amalgame du socialisme et de l'indépendantisme québécois sera toutefois la cause d'intenses tiraillements au sein de la revue.

Cité libre est publiée mensuellement de 1960 à 1966, puis de façon saisonnière sous le titre des Cahiers de cité libre jusqu'en 1971. De 1991 à 2000, Cité libre réapparaît d'abord comme revue bimensuelle, puis saisonnière. Le fédéralisme et l'unité canadienne sont alors ses principaux chevaux de bataille.

Quelques grands collaborateurs de Cité libre : Gérard Pelletier, Pierre Elliott Trudeau, Fernand Dumont, Pierre Vadeboncoeur, Léon Dion, Gilles Marcotte, Jean Paré, Réginald Boisvert, Charles Taylor, Charles Gagnon, Jean Pellerin, Naïm Kattan, Jean Le Moyne, Pierre Laporte, Marcel Rioux, Pierre Vallières, Guy Cormier, Louis O'Neill, Jeanne Sauvé, Jacques Hébert, Guy Rocher, Vincent Lemieux.

BÉLANGER, André J., Ruptures et constantes - Quatre idéologies du Québec en éclatement : La Relève, la JEC, Cité libre, Parti pris, Montréal, Hurtubise HMH, 1977, p. 65-135.

LALONDE, Marc, « Ce qu'est pour moi Cité libre », Cité libre, vol. 28, nº 4, automne 2000, p. 33-35.

LÉVESQUE, Michel, « À propos du tirage de la revue Cité libre », Bulletin d'histoire politique, vol. 3, nº 2, hiver 1995, p. 151.

WARREN, Jean-Philippe et E.-Martin MEUNIER, « De la question sociale à la question nationale - La revue Cité Libre (1950-1963) », Recherches sociographiques, vol. 39, nº 2-3, 1998, p. 291-316.

Éditeur :
  • Montréal :Syndicat coopératif d'édition Cité libre,1950-1966.
Contenu spécifique :
mars
Genre spécifique :
  • Revues
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Cahiers de cité libre.
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Références

Cité libre., 1954, Collections de BAnQ.

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CITÉ LIBRE MARS 1954 SOMMAIRE.CHEZ LES INSTITUTEURS I D'un refus - symptôme Cité libre II Conflit de droits .Cité libre III Lettre à des chrétiens divisés .Maurice BLAIN IV Monsieur Bouchard se signe .Pierre VADBONCOEUR Sagesse de la philosophie Jean-René MAJOR Fluctuations économiques et méthodes de stabilisation .Pierre Elliott TRUDEAU FAITES VOS JEUX Réflexions sur un scandale syndical.Réginald BOISVERT FLÈCHES DE TOUT BOIS CHRONIQUE DU TEMPS PERDU "Un Canadien errant" .Jean-Guy BLAIN 9 Numéro M m 50 cents j J Cité libre Rédaction: 5230, avenue Byron, Montréal.Administration: C.P.10, Station Delorimier, Montréal (34), Que., Canada.Numéro 9 Mars 1954 I D'un refus-symptôme Au mois de décembre 1951, CITE LIBRE écrivait, en conclusion d'un long article sur "la Querelle des instituteurs", les lignes suivantes: "Si l'Alliance est détruite et son Exécutif chassé sans qu'on ait fait à l'une ou à l'autre un procès honnête, sans que les instituteurs aient eu l'occasion de se prononcer librement, cela signifie, à notre sens, la mort de la liberté syndicale dans nos écoles.Car les mécontents éternels et les complices du patron apprennent vite à exploiter des précédents de cette espèce.Ils sauront désormais qu'un peu d'agitation, justifiée ou non, peut leur donner la tête du syndicat légitime, sans même qu'ils aient besoin pour cela de rallier dans la dissidence une majorité d'instituteurs." Et nous proposions, comme moyen de sortir de l'impasse où l'affaire se trouvait engagée: ".un référendum honnête, au scrutin secret, par lequel les instituteurs, libres de toute pression extérieure et assurés qu'on acceptera leur décision, pourraient se prononcer en faveur du syndicat de leur choix." Deux ans sont passés sur cette suggestion avant que le mouvement syndical ne la reprît à son propre compte voici quelques semaines.Mais c'est la même proposition, basée sur les mêmes motifs, que le communiqué du cartel CTCC-CIO a remise en circulation.Les instituteurs, répètent ces deux centrales syndicales. 2 CITÉ LIBRE sont compétents pour trancher eux-mêmes ce débat.Il s'agit de leur en fournir l'occasion.Qu'on tienne un scrutin secret, sous les auspices d'une organisation neutre; les résultats du vote nous apprendront enfin ce qu'il nous aurait fallu connaître depuis les tout débuts du conflit: la volonté librement exprimée des instituteurs eux-mêmes.A cette suggestion, les deux syndicats ont réagi très différemment.Pour sa part, l'Alliance a accepté sans condition.Le communiqué de M.Léo Guindon aux journaux tirait bien à soi le sens de la démarche syndicale, mais marquait clairement l'acceptation du vote avec tous les risques qu'il comporte.Quant à l'A.E.CM., elle prenait une position ambiguë; au surplus, les événements sont en train de confirmer que cette attitude équivaut à un refus.Dans son communiqué, M.Bouchard no rejetait pas le principe du référendum mais ne l'acceptait pas non plus.Il demandait une commission d'étude qui reprit lo problème dans son ensemble, qui étudiât les modalités de la consultation.Ce n'était pas la porte fermée, mais ce semblait bien être le refus d'une condition essentielle: la remise de l'autorité entre les mains des instituteurs dans leur ensemble.Bref, l'Alliance n'hésite pas à s'en remettre au jugement démocratique des intéressés tandis que l'A.E.C.M.joue sur les mots, cherche un biais pour éviter le verdict d'un scrutin libre.Avant de tirer des conclusions qui risqueraient de paraître hâtives, voyons les objections qui peuvent se présenter dans l'esprit de M.Bouchard et de son conseil d'administration.Le vote, disent-ils, est proposé par le mouvement syndical.Or les centrales syndicales ont toujours été hostiles à l'A.E.C.M.et partisanes de l'Alliance.N'y a-t-il pas là de quoi nous inspirer quelque méfiance?Il est exact que le mouvement syndical a marqué déjà ses préférences.Il les a même ouvertement formulées.Il n'a jamais prétendu à je ne sais quelle neutralité (invraisemblable) en l'occurence.Mais il faut bien noter aussi que les chefs syndicaux no se posent pas en arbitres.Ce n'est pas leur jugement qu'ils veulent imposer aux parties mais celui des instituteurs.Très conscients do la position qu'ils occupent devant l'opinion, à ce sujet, ils ont même demandé l'intervention d'un organisme neutre en ces matières; ils ont proposé que l'Ecole des Parents tînt et surveillât le vote.Toute autre proposition que celle d'un vote, nous l'accordons volontiers, pourrait être suspecte à cause de son origine syndicale.Mais se méfier d'un scrutin secret, tenu selon les règles de la plus stricte équité, n'est-ce pas refuser en pratique le prin- CITÉ LIBRE 3 cipe de la démocratie syndicale?N'est-ce pas redouter le jugement des instituteurs eux-mêmes?Concédons même qu'un vote peut parfois, à cause du moment choisi pour le tenir, constituer une arme contre l'une des deux parties en cause.Les politiciens nous donnent parfois le spectacle des élections déclenchées par surprise à seule fin do placer l'adversaire dans une position désavantageuse.Mais comment l'A.E.CM.pourrait-elle invoquer avec vraisemblance une telle impréparation?N'est-ce pas elle qui détient depuis bientôt deux ans la position favorable?Elle a eu dans ses voiles l'influence des autorités religieuses et celle du gouvernement, sans parler du préjugé favorable dont elle jouit à la Commission des Ecoles catholiques de Montréal.Elle a joui d'une entière liberté d'action pour constituer ses cadres.Elle a mené à grands frais une propagande intensive auprès des instituteurs.On se demande vraiment ce qu'il lui faudrait de plus et combien de temps encore pour se préparer adéquatement à affronter un scrutin.Et pourtant, tous les communiqués de l'A.E.CM., depuis le premier jusqu'au plus récent, transpirent la crainte du scrutin secret, trahissent une résolution bien ferme d'échapper à cette épreuve de force.M.Bouchard ne refuse pas carrément le vote.Sa position consiste à s'y soustraire par le biais en réclamant la tenue d'une "enquête préalable".Dans une circulaire qu'il faisait afficher dans les écoles de Montréal et qui porte la date du 8 février, le président do l'A.E.C.M.s'efforçait d'abord de discréditer le projet en le représentant comme une vaste manigance mise au point par les centrales syndicales, l'Ecole des Parents et l'Alliance.Sans aucune preuve à l'appui de ses dires, il affirme que le projet du vote a pris naissance dans l'esprit de M.Guindon, lequel M.Guindon se serait servi des syndicats ouvriers et de l'Ecole des Parents pour le mener à bien.Les faits sont évidemment tout différents, pour qui ne cherche pas à prouver une thèse et se contente d'observer les faits.Si par exemple l'Ecole des Parents avait été "du complot", aurait-elle posé comme condition à sa participation l'acceptation des deux groupes d'Instituteurs, donnant par le fait même à M.Bouchard la faculté de tuer le projet dans l'oeuf par un simple refus?Si les syndicats ouvriers avaient été de mèche avec M.Guindon et l'Ecole, auraient-ils laissé cette dernière posor une telle condition?Mais plutôt que de nous attarder à ces insinuations sans fondements, voyons ce qu'elles impliquent dans la pensée de M.Bouchard.D'après lui, pour "couler" l'A.E.C.M., le cartel. 4 CITÉ LIBRE l'Ecole et M.Guindon n'auraient rien trouvé de mieux qu'une consultation impartiale auprès des professeurs.Ainsi donc, un vote libre et secret constitue, dans l'esprit de M.Bouchard, une manoeuvre contre son syndicat?Celte hypothèse se trouve abondamment confirmée par le communiqué du 20 février.M.Bouchard y disait: "Une enquête préalable sur certains faits, en particulier sur le nombre des syndiqués dans chacun des deux groupes en présence, apparaît à l'A.E.C.M.comme un point de justice et une première nécessité si l'on veut réellement découvrir et faire connaître "l'allégeance syndicale des professeurs".Qu'est-ce à dire?Pour quiconque connaît le travail syndical, lo sens de cette phrase est obvie.Au lieu d'un vote, M.Bouchard voudrait qu'on fît enquête sur le nombre des instituteurs qui ont payé leurs cotisations à l'A.E.C.M.et à l'Alliance.D'après lui, c'est une solution de justice.En serait-ce une, toutefois, conforme à la liberté?Car ce qui fausse depuis le début la situation syndicale des instituteurs, ce qui ne cesse d'engendrer équivoque sur équivoque et querelle sur querelle, c'est justement la contrainte qui pèse depuis le début sur le libre choix des personnes en cause.On répète depuis deux ans qu'un nombre important d'instituteurs sont inscrits aux deux syndicats.On laisse entendre qu'un nombre plus considérable encore ne s'inscrit nulle part parce qu'il ne veut pas se mettre à dos la Commission des Ecoles ni paraître insoumis à l'autorité religieuse.D'autres textes de notre présente livraison décrivent fort clairement le faux climat que le "chantage religieux" de l'A.E.C.M.impose aux instituteurs.Qui contestera, alors que le tribunal d'honneur lui-même l'a admis, les influences indues qui se sont exercées dans cette affaire?Et qui sera assez aveugle pour ignorer la pression politique du gouvernement provincial?Or, la loi des relations ouvrières du Québec, qui ne pèche certes pas par "libertarisme", prescrit, dans les cas d'intimidation ou d'influence indue, le vote au scrutin secret.Elle fait en cela une exception à la loi générale qui se contente d'une enquête.On pourrait d'ailleurs poser à M.Bouchard le dilemme suivant: ou bien vous avez la majorité dans vos rangs ou bien vous ne l'avez pas.Si vous ne l'avez pas, vous avez raison de redouter un scrutin secret, qui pourrait bien confirmer votre position minoritaire; mais vous pourriez aussi y voir un espoir, si toutefois la liberté joue dans votre sens.— Si au contraire vous comptez sur vos listes une majorité de membres inscrits, ou bien ces instituteurs sont à l'A.E.C.M.de leur propre volonté, librement, et alors le vote ne peut que confirmer votre majorité; cité libre S ou bien les instituteurs se sont inscrits chez vous par crainte de représailles et alors, vous avez raison de redouter le vote, d'en combattre la mise en oeuvre, puisqu'un climat de liberté jouerait contre vous.Il ressort de ce raisonnement très simple que M.Bouchard refuse le vote pour l'une ou l'autre des deux raisons suivantes: ou bien il se sait minoritaire; ou bien il détient une majorité trop fragile, majorité basée sur l'intimidation ou le conformisme résultant de la contrainte, majorité menacée de s'évanouir dès que les instituteurs seront mis en état de choisir librement.Sachant par ailleurs que M.Bouchard ne craint pas l'enquête, il ne reste qu'une conclusion à tirer: il se sait majoritaire mais il a peu de confiance dans les motifs qui lui ont amené ses membres; il craint qu'un vote tenu dans le secret et la liberté ne le dépossède de sa majorité.Cette position est-elle défendable?Evidemment non, puisqu'elle repose sur la négation de toute démocratie syndicale.On dira que la démocratie est un mot creux, qu'il ne faut pas en abuser.Certains partisans de l'A.E.C.M.tiennent sur le vote de fort curieux propos, répudiant par exemple la liberté démocratique qui "en définitive laisserait la décision aux mains des indifférents, de ceux qui n'adhèrent présentement à aucun syndicat, de ceux qui n'ont eu le courage de s'inscrire nulle part et qui sont les moins dignes, par conséquent, d'engager l'avenir par leur vote".Si les instituteurs vivaient leur conflit dans un climat de liberté, peut-être un tel raisonnement serait-il valide.Mais après toutes les pressions exercées, on n'a pas le droit de déqualifier comme "indifférents" ou comme "froussards" ceux qui se tiennent à l'écart.Il ne s'agit pas d'excuser leur silence, encore moins de les en féliciter.Mais les dirigeants de l'A.E.C.M.devraient être les derniers à leur jeter la pierre, eux qui travaillent sous l'aile du gouvernement provincial (complices ou non de ce dernier) et a l'ombre de leur aumônier.Loin d'être une mesure de justice, l'enquête proposée par l'A.E.C.M.ne révélerait qu'une chose: à quel point les pressions politiques et religieuses, conjuguées avec les autres facteurs en cause, ont changé la position quasi unanime qui était le fait des instituteurs avant 1950.Et qui démêlera ce qui est attribuable aux pressions extérieures de ce qui est dû au cours des événements?Jamais une enquête ne pourra révéler la seule chose qu'il importe de connaître en définitive: l'opinion libre des instituteurs eux-mêmes. G CITÉ LIBRE Mais le vote, disent encore les partisans de l'A.E.C.M., n'en révélerait pas davantage.Car le vote, même équitablement tenu et surveillé, serait sûrement précédé d'une campagne auprès des instituteurs, campagne où d'autres influences extérieures, celle des syndicats ouvriers par exemple, joueraient en force.Cette prévision n'est certainement pas fantaisiste.Toute l'influence dont disposent les syndicats ouvriers, tout le crédit dont ils peuvent jouir auprès des instituteurs pèseraient sûrement du côté de l'Alliance.Toutefois, au moment du vote, au moment de tracer la croix sur le bulletin, chaque instituteur serait seul avec sa conscience, protégé par l'anonymat le plus complet, LIBRE enfin de faire le choix qui lui convient.Or c'est cela qui, à cause de l'A.E.C.M., ne se produira pas.C'est l'A.E.C.M.qui portera la responsabilité d'avoir tué cette chance ultime que gardait encore la liberté.Quel que soit le raisonnement spécieux dont le refus de l'A.E.C.M.puisse s'entourer, ceux qui gardent le sens de la liberté et, n'en déplaise à M.Bouchard, celui de la justice, sauront désormais à quoi s'en tenir.xxx Cet article ne saurait toutefois s'arrêter ici.Il faut, avant d'y mettre lo point final, répondre encore à trois questions: 1.Quel pourrait être le résultat d'un vote libre?2.Pourquoi le mouvement ouvrier appuie-t-il l'Alliance avec une telle fermeté?3.Quelles chances reste-t-il d'un règlement honnête après le bill 20 et le vote refusé?La première question, on l'aura compris, est mise en lumière par le communiqué de la Chambre de Commerce montréalaise.Invitée à partager le rôle d'arbitre avec l'Ecole des Parents, la Chambre déclarait, le 20 février, qu'elle était disposée à le faire, pourvu que son intervention eût des garanties d'efficacité.Et ces garanties, d'après la Chambre, ne lui pouvaient venir que de la Commission de Relations ouvrières (si cette dernière acceptait de lui déléguer ses pouvoirs).En lisant ce communiqué, on ne peut guère réprimer un haussement d'épaules.Comme dit l'autre: "Je m'emploierai volontiers à sauver la victime pourvu que le bourreau lui-même me confie à cet effet une mission officielle.Autrement, je n'aurais pas les garanties nécessaires, quant à l'efficacité de ma démarche." CITÉ LIBRE 7 Or il s'avère que la "condition", déjà absurde dans le contexte politique, s'avère irréalisable juridiquement, puisque la Commission ne peut pas déléguer ses pouvoirs.Le plus grave en cette affaire, ce n'est pas le prétexte candide que la Chambre donne à son désir de ne rien faire; c'est le jugement de valeur sur le projet syndical qu'implique le communiqué.Pour être efficace, dit la Chambre, le vote devrait conduire à la certification de l'un ou de l'autre syndicat.Or la Commission ne reconnaîtra pas une majorité, si claire soit-elle, établie par un tel vote.Donc.Cette vue des choses est un peu courte.Nous sommes tout prêts à reconnaître que la Commission ne tiendrait pas nécessairement compte de la volonté clairement exprimée des instituteurs.Il n'est pas besoin d'être prophète pour le craindre puisque cela entre dans les tentations permanentes de cet organisme administratif.La Chambre de Commerce toutefois tient-elle pour nulle l'influence de l'opinion publique?N'a-t-elle pas saisi que l'opinion constitue la dernière chance de la liberté quand un gouvernement décide de brimer cette dernière?Par le bill 20, en somme, qui condamne rétroactivement la grève des instituteurs (1949), M.Duplessis s'est muni d'une hache qu'il tient maintenant au-dessus de la tête de l'Alliance.Le défi de justice condamné par la Cour suprême, il vient de le légaliser.Une seule force peut désormais s'interposer entre M.Duplessis et les instituteurs: l'opinion publique.C'est dans cette perspective qu'il fallait envisager un vote.Si l'A.E.C.M.obtenait la majorité des votes, l'injustice du bill 20 demeurait entière, mais l'effet de cette injustice devenait insignifiant puisque son application cadrait avec la volonté des instituteurs.Si au contraire l'Alliance obtenait la majorité des votes, il devenait clair que le bill 20 brimait les instituteurs afin de certifier un groupe minoritaire.M.Duplessis eût-il osé passer outre?Si la réponse à cette dernière question lui a paru claire, la Chambre suppose à M.Duplessis plus de cynisme que nous lui en octroyons.Soustraire le conflit des instituteurs au couperet du bill 20, telle était l'intention principale, à notre sens, du projet syndical.Et s'il en reste quelques-uns à ne pas comprendre encore la sympathie des Syndicats pour l'Alliance, qu'ils réfléchissent un instant sur l'attitude de l'A.E.C.M.dans la lutte contre les bills 19 et 20.Cette attitude, M.Bouchard lui-même l'a précisée publiquement dans les termes suivants: fi CITÉ LIBRE "L'A.E.C.M.ne craint pas le bill 19.(.) Si une accusation injuste était portée contre l'un de nos officiers, nous n'hésiterions pas à protester hautement contre l'abus de la loi, non contre la loi elle-même." Il faut donc comprendre que l'arbitraire de cette loi, dénoncée par un journal aussi conservateur que le Montréal Star, laisse M.Bouchard indifférent.En somme, M.Duplessis voterait la peine de mort pour tous les amateurs de noix salées qu'il trouverait la chose fort normale, étant donné qu'il n'en mange pas lui-même.Mais comme il pourrait arriver qu'injustement le gouvernement l'accuse un jour de les aimer, il proclame qu'il se défendra alors, uno fois votée et sanctionnée la loi qui peut le perdre.C'est le lâchage assaisonné de sottise, avec sauce d'amitiés politiques, qui protègent plus efficacement que l'opposition courageuse.Bref, l'A.E.C.M.est mûre pour s'affilier à la Fédération américaine du Travail.Seul son aumônier détonnerait dans ce milieu.Sur le bill 20?Même platitude."Le bill 20, dit M.Bouchard, détermine une sanction dans le cas d'une grève des employés d'un service public.On ne peut espérer que la loi paraisse bonne et qu'il n'y ait pas de sanction pour ceux qui la transgressent.Il faut que les législateurs, tant ceux do la droite que ceux de la gauche, s'entendent sur les sanctions opportunes.Le parti libéral a lui-même voté la loi, il l'approuve encore.Les débats légaux relatifs à l'Alliance ne nous intéressent pas." A quoi se résume ce raisonnement?A la démission truffée d'ignorance.M.Bouchard semble ignorer d'abord que la loi, telle qu'elle existait avant le bill 20, prévoyait déjà des sanctions fort sévères contre les transgresseurs, sous forme d'amendes qui peuvent s'élever jusqu'à plusieurs centaines de dollars par jour.Toute la critique du mouvement ouvrier porte contre l'injustice d'une sanction particulière, soit le retrait de certificat.Mais de cela, M.Bouchard n'a cure: que les politiciens s'entendent entre eux, dit-il.Et pour finir, cette perle: "Les débats légaux relatifs à l'Alliance ne nous intéressent pas." Qu'on supprime son rival par uno loi injuste, dont les conséquences mettent du même coup en danger tout le mouvement syndical, cela "n'intéresse pas" M.Bouchard.Et ce manque d'intérêt, cette indifférence affectée devant une injustice dont il recueille les fruits, M.Bouchard ne s'en cache pas; il la proclame, au contraire, il en donne le spectacle à tous ses membres, il en publie avec fierté le témoignage dans le journal de son syndicat. cité libre 9 Garde-t-il ensuite le droit de se voiler la face parce que le mouvement ouvrier lui préfère un syndicat qui se tient debout?Les centrales syndicales peuvent-elles accorder la moindre confiance à un homme dont la pensée est aussi flasque, les intérêts aussi durs?» * * Aux instituteurs, il ne reste guère qu'une route à suivre et ce n'est pas une voie facile.Ceux qui ont pu croire à certains moment que l'A.E.C.M.prenait forme et que, mieux étayée, elle serait capable de les représenter dignement et de prendre place parmi les syndicats honnêtes, ceux-là même perdent aujourd'hui leurs illusions.Ceux qui ont pu croire à certains jours que la lutte avait trop duré, qu'il fallait renoncer à l'Alliance, qu'il ne fallait plus se cogner la tête contre le mur; ceux qui ont cru qu'avec l'A.E.CM.les tribulations prendraient fin; ceux qui en ont assez des sacrifices et qui voudraient bien toucher des augmentations; tous ceux-là, s'ils ne s'aveuglent pas volontairement, renoncent aujourd'hui à l'espoir qu'ils s'étaient fabriqué.Qu'ils regardent l'A.E.C.M.; ils y reconnaîtront les traits fondamentaux du syndicat jaune, du "syndicat de boutique": sans pensée, sans courage, sans dynamisme.Ils verront que la seule issue est encore le combat.Et ce n'est pas là un hasard: depuis 1946, M.Duplessis a résolu de freiner l'acquisition, par le personnel enseignant de la Province, de salaires justes, égaux aux revenus touchés par les autres instituteurs du pays.M.Guindon ne joue ici que le rôle de paratonnerre.C'est parce qu'il se trouvait en flèche que les foudres de M.Duplessis se sont abattues sur sa tête.Et si l'A.E.C.M.possède les bonnes grâces gouvernementales, c'est qu'elle est prête aux concessions que l'Alliance a refusées.Qu'elle relève la tête, ne serait-ce que pour un moment, et les condamnations pleu-vront sur elle aussi dru qu'elles pleuvent maintenant sur l'Alliance.C'est une dure lutte.Elle peut être encore assez longue car les valeurs en jeu sont de taille.Il faut que les instituteurs s'arment de patience.Il faut qu'ils résistent aux tentations de la facilité car leur courage encore peut tout gagner; alors que dos augmentations immédiates, obtenues au prix de la capitulation, pourraient déterminer dans tout le syndicaslisme de l'enseignement vingt ans d'une désastreuse régression.CITÉ LIBRE II Conflit de droits ou Quand la loi méprise la justice Un sentiment d'impuissance s'empare du juriste qui voudrait, en face des problèmes provoqués par la cause de l'Alliance des professeurs catholiques de Montréal, établir une corrélation entre le droit naturel, ensemble de règles basées sur le bon sens et l'équité, et le droit positif, ensemble de lois établies par le pouvoir public.Pour se faciliter la lecture de ce texte, l'on voudra bien reconnaître le droit naturel sous l'appellation de droit, et le droit positif sous celle de législation.Tout écart entre le droit et la législation nous angoisse.Les liens entre ces deux notions ne devraient être que des rapports de similitude; et toute société bien avisée, croyons-nous, pousse leur ressemblance jusqu'à l'assimilation.Au cours des quatre dernières années, n'avons-nous pas vu notre pouvoir public se travestir en faction politique au service d'un ressentiment incontrôlé contre le syndicalisme en général et contre un syndicat plus particulièrement?L'Alliance, qui groupait la majorité des professeurs à l'emploi de la Commission des Ecoles catholiques de Montréal, obtint, il y a plusieurs années, de la Commission de Relations ouvrières, un certificat de reconnaissance syndicale.A ce point, le droit et la législation se rejoignaient, parce que celle-ci était alliée à la rencontre de celui-là.Le droit, régulateur des rapports humains dans la société, pose le principe de l'union des forces individuelles, pour leur protection contre des éléments spoliateurs et pour leur épanouissement en présence de conditions favorables.Par surcroît, la législation confirme ce principe en l'incorporant dans un cadre juridique.C'est ainsi que l'on trouve à l'article trois de la Loi des Relations ouvrières de la Province de Québec la promulgation suivante: "Tout employeur et tout salarié ont droit d'être membre d'une association et de participer à ses activités légitimes".Ce texte établit clairement que le certificat de reconnaissance syndicale, émis par l'organisme administratif, la Commission CITÉ LIBRE 11 de Relations ouvrières, ne crée pas un droit, mais le reconnaît tout simplement.Nous assistons au mariage de la législation au droit.Une fois en possession de son certificat, l'Alliance, au début de 1949, commet un acte "illégal".(La question de cette illégalité n'est pas à l'ordre du jour.) A la suite de sa déclaration de grève, l'Alliance se voit révoquer son certificat de reconnaissance syndicale par une procédure que nous ne nous permettrons pas nous-mêmes de juger, préférant laisser au juge en chef de la Cour Suprême du Canada le soin de la qualifier.Dans son jugement, l'honorable Thibodeau Rinfret écrivait: "Voilà une justice expéditive, s'il en est une: le jugement rendu avant que la requête fût devant la Commission intimée et la partie intéressée informée par télégramme; aucune signification à cette dernière de la requête de la Commission des Ecoles catholiques de Montréal, aucun avis et aucune condition des moyens que l'Alliance pouvait opposer à la demande de la Commission des Ecoles catholiques de Montréal.Il est difficile de qualifier cette façon de procéder et c'est avec raison que le juge de la Cour Supérieure déclare qu'elle est contraire aux principes fondamentaux de la justice.Il répugne à la raison de croire qu'un tribunal quelconque puisse accorder une requête avant d'en être saisi.pour d'excellentes raisons sur lesquelles il n'est pas besoin d'insister, il n'y a probablement pas jusqu'ici un seul jugement d'une cour supérieure se prononçant sur l'acte d'un tribunal inférieur qui agit sur une requête avant qu'il en soit saisi.Quel que soit le pouvoir d'exercer sa discrétion que l'on veuille attribuer à une commission du genre de la Commission de Relations ouvrières de la province de Québec, il ne s'agit plus ici de discrétion mais de l'arbitraire le plus absolu.Je suis tout à fait de l'avis du juge de première instance que, dans la cause qui nous est soumise, la manière de procéder de la Commission intimée équivaut à un déni de justice." Nous nous sommes limités à quelques brefs extraits du jugement et il ne faudrait pas croire que nous avons cité abondamment.Notre intention est de marquer le parti pris évident qui animait la Commission de Relations ouvrières, en l'occurrence exécutrice des basses oeuvres de la Commission des Ecoles catholiques de Montréal, elle-même instrument du gouvernement.La Commission de Relations ouvrières, interprétant la loi qu'elle doit administrer, nous laissait croire que le droit et la législation étaient en désaccord.Selon sa décision, le droit d'existence d'un syndicat serait perpétuellement conditionnel à sa bonne ou mauvaise conduite.Théorie antijuridique qui, poussée à ses conclusions, donne les résultats que l'on sait: à une infrac- 12 CITÉ LIBRE tion à la législation, le pouvoir administratif répond par un mépris du droit.Notre plus haut tribunal canadien s'est prononcé à l'unanimité en faveur du point de vue de l'Alliance.A la lecture de ce jugement, nous nous rendons compte qu'il n'existe pas d'hiatus dans la loi des Relations ouvrières de la Province de Québec quant aux dispositions d'ordre pénal.La confusion entre le pouvoir de sévir et la juridiction sur le droit à l'existence ne se trouve pas dans les textes légaux mais dans l'esprit de ceux qui en surveillent l'application.Comme nous l'avons vu précédemment, l'article trois de la Loi des relations ouvrières reconnaît le droit d'association.Ce droit n'est nullement soumis à la juridiction du pouvoir administratif, la Commission de Relations ouvrières.C'est un droit qui tient à la nature de l'homme, être social, droit inaliénable, indestructible.Lo droit de contracter appartient à tout le monde alors que la faculté n'en est reconnue qu'aux sains d'esprit.L'exercice conditionnel de ce droit, inhérent à tout homme, ne nous permet cependant pas de conclure à son inexistence lorsque la condition fait défaut.Le droit, quoique existant, demeure inopérant.Pour un syndicat, la condition d'exercice du droit d'association est le nombre.Comme le tribunal constatera que tel individu n'a pas les facultés requises pour user de son droit de contracter, ainsi la Commission de Relations ouvrières reconnaîtra que tel syndicat n'a pas le nombre suffisant pour représenter un groupe de salariés.Ni dans un cas, le droit de contracter, ni dans l'autre, lo droit d'association, n'ont pour autant été anéantis.La juridiction do la Commission de Relations ouvrières n'est qu'administrative.Même lo Loi des Relations ouvrières, dont cette Commission surveille l'application, ne crée pas de droit.Elle crée principalement une obligation à l'employeur de négocier avec le représentant collectif de ses salariés.L'esprit de la Loi a été de créer une obligation à l'employeur et non pas un droit d'association à l'employé.Par son application illégale, la Commission oublie l'essentiel de la Loi aui s'adresse au patron et s'aberre au point de priver les employés d'un droit qui ne relève pas de sa compétence.Le législateur l'a investie d'un pouvoir discrétionnaire dont elle a usé pour décider de l'existence d'un droit plutôt quo de s'en tenir à sa reconnaissance.La Loi des Relations ouvrières, en son article trois, reconnaît le droit d'association.En son article sept, elle donne à la Commission la juridiction administrative de "s'assurer du caractère représentatif de l'association et de son droit d'être reconnue".Sur ces points, nous aimerions citer un extrait explicite de l'honorable juge Fauteux de la Cour suprême du Canada, dans la CITÉ LIBRE 13 même cause:" .et sous la Loi des Relations ouvrières, le droit d'être reconnu comme agent négociateur est déjà réglementé par le législateur lui-même, lequel n'a, sur le point, délégué aucun pouvoir à la Commission bien que lui imposant l'obligation de vérifier, sur requête écrite, l'existence des conditions donnant lieu à ce droit sans pour cela, cependant, lui conférer le droit de les modifier ou d'en ajouter de nouvelles.Et quelle que soit l'extension susceptible d'être donnée à l'interprétation du mot 'cause' de l'article 41, en relation avec la révocation du certificat, il est certain que dans les limites d'une interprétation légale on ne saurait inclure une cause dont la reconnaissance et le jeu seraient, dans le résultat, incompatibles avec les dispositions de la loi où il se trouve." La Cour Suprême, en se prononçant, a constaté l'accord entre la législation et le droit.Mais elle a jeté la panique chez le législateur qui, lui, confondra "tout le monde et son père" en créant un écart entre le droit et la législation.En effet, le législateur, comme il en a d'ailleurs le droit, par un arrêté spécial, va décréter que son intention, à lui, était de révoquer automatiquement le certificat d'un syndicat qui se rendrait coupable d'une grève illégale.Et pour ce faire, il déclare aujourd'hui, par un vote de l'Assemblée législative et du Conseil législatif, que son texte de loi, antérieur à la grève des instituteurs, commandait telle interprétation.C'est un stratagème, ça ne saurait être une loi juste.Le législateur provincial a le pouvoir, illimité dans ses cadres constitutionnels, de voter des lois qui soient des non-sens juridiques.On ne saurait lui contester cette compétence.C'est à la députation qu'il faut nous en prendre.L'exercice de son pouvoir législatif, pour être abusif, n'en demeure pas moins constitutionnel.Celui qui, dans l'enceinte de la légalité, agit injustement, mérite nos reproches sur le plan moral, mais nous ne saurions efficacement l'attaquer en loi.Chaque fois, cependant, que la législation s'est éloignée du droit, nous avons assisté à une séquelle d'anomalies juridiques.Jusqu'à ce jour, le droit et la législation avaient voulu que la majorité des membres possibles et le libre consentement des adhérents aient constitué les seules conditions d'existence reconnue d'un syndicat.Jusqu'à ce jour, le droit et la législation avaient statué, par des dispositions pénales, qu'une amende serait imposée aux syndicats coupables d'actes illégaux (non pas nécessairement illégitimes).A compter d'aujourd'hui, la législation va confondre les notions d'existence et de peines au point qu'il sera presque impossible de distinguer les conditions de vie des conditions de mort.Pour vivre, un syndicat devra se soucier plus d'éviter le châtiment d'un acte illégal que de maintenir ses M CITÉ LIBRE éléments constitutifs.La députation, par sa nouvelle loi, n'a pas pu comprendre la distinction évidente et grossière entre conditions essentielles de vie et conditions nécessaires à l'imposition d'une peine.La confusion est si grande que le législateur lui-même ne saurait enrayer tous les imbroglios qu'il a provoqués.Que sera une union décertifiée puisque la Loi des Relations ouvrières décrète encore en son article 4 que "Tout employeur est tenu de reconnaître comme représentant collectif des salariés à son emploi les représentants d'une association groupant la majorité absolue desdits salariés et de négocier de bonne foi, avec eux, une convention collective de travail." Il n'est pas question ici de certificat.Et cela est si vrai que la même Loi des Relations ouvrières, en son article 18, renchérit en ses termes: "Rien dans la présente loi n'empêche une association non reconnue de conclure une convention collective ." Où le législateur veut-il donc en venir par ses révocations arbitraires de certificats de reconnaissance syndicale?D'un côté, il autorise (article 18) une association non reconnue à signer une convention collective.D'un même côté, il impose (article 4) à l'employeur l'obligation de reconnaître l'association majoritaire et de négocier avec ses représentants.Que feront les patrons?la Commission de Relations ouvrières ne reconnaîtra plus un syndicat coupable de grève illégale et l'employeur sera obligé de reconnaître ce même syndicat majoritaire.Mais encore, que voudra dire effectivement cette révocation de certificat à la suite d'une grève illégale là où il ne se trouvera pas d'association rivale ou racoleuse?Dans tous les cas ce seraient autant d'unités syndicales abolies et autant de victoires contre le syndicalisme.D'un strict point de vue juridique, nous ne décelons aucune solution plausible.Du point de vue social, nous ne comprenons plus le rôle du pouvoir public.Le mouvement ouvrier reconnaît le bien-fondé de l'intervention occasionnelle du pouvoir public dans le but d'assurer le libre jeu de l'épreuve de force à laquelle il se livre assidûment, épreuve de force qui met en présence d'un côté le capital, de l'autre le nombre.Mais cette épreuve de force ne doit pas se jouer avec, d'un côté, le syndicat ouvrier et de l'autre, le capital auquel s'adjoint le gouvernement.Quand le législateur crée un conflit entre le droit positif et le droit naturel, il se rend coupable d'injustice et nous devons l'attaquer sur le plan politique ou moral.CITÉ LIBRE III Lettre à des chrétiens divisés i Dès son origine la crise scolaire de Montréal était engagée dans une redoutable équivoque que la logique des événements n'a fait qu'aggraver.Cependant qu'on ne cessait d'affirmer la liberté, la justice et la vérité.Aujourd'hui encore, la liberté exténuée refuse l'injustice pendant que des chrétiens, au nom de la justice, se livrent à la prostitution de la vérité.Ainsi du manifeste publié en novembre par l'Association des Educateurs Catholiques de Montréal, sous le titre de "Parents catholiques! Les éducateurs vous parlent." A propos de la crise scolaire, des hommes qui font profession d'orthodoxie catholique affirment là des faits et en proposent une explication, emploient un langage et recourent à une dialectique si profondément révoltants que les chrétiens ne peuvent être que frappés d'une douloureuse indignation, les non-chrétiens, d'une amère désillusion.Devant ce spectacle, chrétiens et non-chrétiens dénoncent la dénaturation de l'honnêteté intellectuele et l'oppression de la liberté syndicale.Témoins d'un odieux chantage, les catholiques redoutent l'intégrisme, les non-catholiques l'intolérance.Ils hésitent à discerner dans ce manifeste l'effet d'une monstrueuse inconscience ou d'un épouvantable pharisa'fsme.Ils n'hésitent plus à faire entendre la voix de la colère.II A travers l'hypocrisie du manifeste apparaît son véritable dessein, celui de faire un procès d'intention à l'Alliance des Professeurs Catholiques de Montréal.Procès de liberté syndicale expédié à grand renfort d'injures gratuites.Procès d'allégeance à la hiérarchie, singulièrement plus efficace, et qui présente la commodité de n'exiger aucun courage.Que l'accusé soit contraint au silence et que soit trahie la simple vérité des farts, les impératifs de l'action ne permettent plus d'en tenir compte.A la dialectique confortable du manifeste, il suffit d'une accusation et d'une sentence.L'accusation?— L'Alliance a délibérément refusé d'entendre les directives de l'Eglise."Toutes les interventions, même celles de l'Eglise, pour amener ce syndicat à un esprit de conciliation, ont été vaines.L'exécutif tantôt cachait aux professeurs les conseils de l'autorité religieuse, tantôt les combattait, jusqu'au jour où l'autorité 16 CITE LIBRE religieuse retira son aumônier et annonça au président de l'Alliance qu'il ne serait pas remplacé." "Délibérément M.Guindon a caché aux instituteurs les conseils de Son Excellence Mgr Charbonneau et la valeur des promesses d'appui faites par toutes les autorités." La sentence?— C'est aux représentants de l'Eglise qu'on voudrait confier l'office de la prononcer."A l'heure présente plus qu'à d'autres heures, la question de conduite est annexée à la question de croyance.Se séparer des interprètes vivants de la doctrine, se séparer de la direction, mépriser les conduites de l'Eglise contemporaine, c'est passer à l'ennemi." (Son Eminence le Cardinal P.-E .Léger)."Il est donc faux d'affirmer qu'un groupement ou une association ont un caractère catholique du seul fait que les membres qui les composent sont catholiques.La foi catholique est un lien qui unit pasteur et fidèles dans une communauté de pensée et d'action.Or seule la présence agissante du prêtre peut fortifier ce lien par le ministère de la parole et par l'assistance de ses conseils." (Son Eminence le Cardinal P.-E Léger).Sous le déguisement de la soumission religieuse, le manifeste descend jusqu'à la bassesse intellectuelle.La bonne foi des instituteurs de i'AECM peut être trompée par leurs chefs syiv dicaux; mais il répugne d'imaginer que leur honnêteté puisse consentir à une telle indignité.in Le procès inique que I'AECM a ouvert contre l'Alliance poursuit dans l'action des objectifs bien précis: la division ouverte des instituteurs, l'engagement tacite du pouvoir hiérarchique de l'Eglise.Il faut à tout prix affaiblir puis écraser la force syndicale de l'Alliance.La durée de sa résistance appelle une manoeuvre extrême: placer l'adversaire hors de l'Eglise (où il n'y a point de salut, même syndical).Il faut persuader les instituteurs ciue l'Alliance est non seulement suspectée d'insoumission, de révolte et d'hérésie, mais que son procès est entendu et le verdict rendu sans appel.Désormais, les instituteurs devront choisir.D'un côté, le camp de "la paix, de l'ordre et du respect des lois établies", le camp du "syndicalisme catholique", attentif et fidèle à la doctrine sociale de l'Eglise.De l'autre, le camp "du mépris, de la division et du fanatisme", le camp du "syndicalisme révolutionnaire".A ceux qui n'auront pas encore compris l'urgence d'une option immédiate, le manifeste assène le coup final : "Le souffle CITÉ LIBRE 1 7 révolutionnaire du syndicalisme de gauche" a traversé la crise scolaire-Dans cette chasse aux épouvantails "de droite et de gauche", le manifeste cherche visiblement à emporter l'udhésion des chefs spirituels de l'Eglise."Un syndicat comme le vôtre, libre, professionnel, démocratique et catholique doit aller de l'avant sans tenir compte do toutes ces ingérences.Votre cause est si juste, si noble, si belle, que par vous-mêmes vous pouvez la défendre.Le moyen à prendre, vous avez déjà commencé à le prendre; il faut continuer." (M.l'abbé Bourret, prêtre, aumônier de l'AECM.) Une adhésion de l'Eglise à sa politique de chantage, l'AECM n'ignore pas que ses chefs spirituels n'y pourront jamais consentir; mais elle n'hésite pas à exploiter à la faveur de leur silence le principe de neutralité temporelle que maintient la prudence de l'Eglise dans les questions où n'est pas compromis l'intérêt spirituel de la chrétienté.Ce silence, si équivoque aux yeux de beaucoup de chrétiens, suffit à l'AECM pour faire présumer une tolérance de la hiérarchie, sinon un accord de positions, et nsso-cier dans l'esprit des instituteurs pensée sociale de l'Eglise et ambition syndicale de l'AECM.Car toute l'action de l'AECM est concertée sur une double imposture: marchander à l'Eglise la conclusion d'un impossible concordat (comme si l'Eglise pouvait traiter avec les pharisiens) et représenter aux instituteurs l'existence tacite d'un tel concordat.Craignant, après avoir invoqué le jugement de ses chefs spirituels, que la voix de l'Eglise ne soit pas entendue, l'AECM assume le risque de la préciser, de l'interpréter.Dans une résolution de blâme adoptée à son assemblée du 15 décembre, l'AECM affirme: "L'Alliance fait à l'Eglise une lutte sournoise et conteste en prtique son droit d'intervention dans les affaires syndicales.En conséquence les professeurs potestent énergiquement." (Le Devoir, 16 décembre 1953.) Et pour donner à son affirmation le poids de la vérité, l'AECM confirme en présence de son aumônier "S.E.le Cardinal Léger avait accepté de venir parler aux professeurs quand l'AECM aura atteint cet objectif quand (au dire de M.Bouchard) il y aura un regroupement complet".( 1 ) (1) Faul-il considérer comme un désaveu la tortueuse mise au point que publiait l'AECM, le 21 décembre dernier?"Aucune démarche, ni directe, ni indirecte, n'a été faite en co sens auprès do son Eminence.L'AECM est trop consciente do ses responsabilités pour engager l'Eglise dans ce conflit syndical." ("Le Devoir", 21.12, 53) Désaveu commandé ou retraite diplomatique? ta CITÉ LIBRE Ainsi entraînés dans le conflit, les chefs de l'Eglise se voient apparemment placés dans la nécessité de choisir entre la révolte et la soumission.Acceptant les termes du manifeste, ils seraient en vérité contraints de choisir entre deux camps de chrétiens divisés.IV Mais la réalité fondamentale du problème scolaire est infiniment plus complexe et douloureuse.Au delà de la lutte syndicale et même du malaise social, cette réalité est réductible au phénomène de l'épouvantable confusion du spirituel et du temporel engendrée par le conflit, et de la crise de conscience qu'a provoquée cette confusion chez les instituteurs chrétiens.Cette confusion et cette crise qu'exploite aujourd'hui le manifeste tout en feignant de les ignorer, paraissent avoir atteint leur point de tension extrême, et peut-être leur point de rupture.Précises, cernables et visibles de toutes parts, elles viennent témoigner du malaise général de la chrétienté au Québec.Pour en apprécier la gravité, il suffirait de faire appel à l'analyse lucide du pouvoir clérical historiquement et socialement fort et du troublant problème des juridictions, n la singuHère psychologie religieuse du croyant canadien-français, écartelé entre le devoir de fidélité à l'obédience de sa foi et l'impérieuse exigence de sa liberté spirituelle.Jusou'au 20 juin 1951, la crise scolaire était demeurée l'affaire de l'Alliance, c'est-à-dire une question purement syndicale, une épreuve de forces entre une juste revendication sociale et la répression du pouvoir politique agissant par la Commission Scolaire, son bras séculier.Dans sa première tentative de janvier 1949 pour amener les parties à un règlement honorable, Mgr Charbonneau n'avait prêté qu'officieusement ses offices de médiateur.L'échec de la médiation ne changea en rien la nature du conflit, politique et syndical.Inquiété par la gravité des événements, et particulièrement par le raidissement de la politique antisyndicale de la Commission Scolaire, Son Eminence le Cardinal Léger prit la décision d'intervenir directement dans le conflit syndical.Il nro-posnit une solution extrême: la démission irrévocable des chefs syndicaux et la formation d'une nouvelle unité syndicale dont un tribunal d'arbitrage neutre arrêterait les conditions.L'Alliance jugea inacceptable une proposition qui supprimait le problème au lieu d'apaiser le conflit et refusa d'y souscrire, comme à un geste de suicide syndical, redoutant par-dessus tout que, sous la pression des événements, le problème syndical dégénérât en un conflit d'autorité et de liberté, en un conflit de discipline à Tinté- CITÉ LIBRE 19 rieur rie l'Eglise.Or déjà l'ambiguïté même des termes de la proposition et, il faut bien l'avouer, l'interprétation hâtive de coiv trainte morale que lui donnèrent les instituteurs, avaient ouvert un autre problème qui était implicitement posé dans la question de savoir si l'Eglise, par le conseil de son chef spirituel, exigeait ou non l'obéissance de chrétiens à qui le même chef spirituel avait retiré l'aumônier.Il devenait alors inévitable qu'aussi longtemps que ne serait pas dissipée cette grave équivoque, le conflit syndical, bloqué dans une question aussi décisive pour des chrétiens que celle de l'obéissance à leur chef spirituel, se transformât lentement en crise de conscience.Ainsi engagée dans l'ordre temporel, l'intervention de S.E.le Cardiml Léger, interprétée comme l'exercice du magistère spirituel de l'Eglise, allait associer la notion d'obédience confessionnelle à la liberté du syndicalisme.A l'amguïté de la directive allait succéder la confusion des options particulières.Hélas! la logique et la précipitation des événements devaient contribuer à aggraver la confusion des esprits et approfondir la crise de conscience.La création et les recommandations du comité d'honneur; le rappel des commissaires cléricaux; l'organisation de l'AECM sous le patronage de quelques ecclésiastiques; la nomination d'un aumônier à l'AECM; la négociation d'unie convention de travail entre la Commission Scolaire et l'AECM; le refus obstiné des commissaires laïcs et cléricaux de recevoir l'Alliance; le recours incessant des deux groupes syndicaux à l'au'orité de la hiérarchie; le chantage de pharisiens que pratiquent le Commissioni Scolaire et l'AECM, se couvrant du manteau de l'Eglise et invoquant contre l'Alliance ses directives spirituelles — tout semble avoir été mis en oeuvre pour faire porter à l'Eglise le poids de l'injustice.Comme si l'Eglise pouvait contraindre des chrétiens à l'obéissance sous la menace d'une condamnation extorquée par d'autres chrétiens.Comme si l'Eglise pouvait, au mépris de l'autorité civile et judiciaire, consentir à une besogne de répression syndicale nue le fascisme politique est impuissant à accomplir seul.Comme si l'Eglise pouvait se solidariser contre le prolétariat avec les forces de la réaction et assumer le risque de s'aliéner les masses ouvrières.V Aujourd'hui nous assistons au spectacle douleureux de chrétiens divisés parce que violentés dans la liberté de leur conscience.La funeste confusion des valeurs spirituelles et temporelles au coeur même du conflit et l'indigne exploitation du désarroi des esprits ont donné naissance au double phénomène du 20 cloute au niveau de l'action à l'intérieur de l'Eglise, et de la peur au niveau de la revendication sociale.Sur le plan de l'engagement particulier, la crise scolaire pose maintenant aux instituteurs le faux dilemme de choisir entre la fidélité à l'enseignement de l'Eglise et l'exigence de justice humaine.Or les termes mêmes du dilumme — ceux de la justice et de la fidélité — apparaisse aux chrétiens comme une seule et indissociable réalité.Souffrant l'injustice à cause de leur fidélité, les instituteurs cherchent avec la même détermination et la même espérance la fidélité comme la justice, instruits par Celle-là même qui conserve intacte leur fidélité, de l'impérieuse exigence chrétienne du royaume de la justice.Dans le temps même où leur colère dénonce la violence et l'injustice, beaucoup d'hommes, chrétiens et non-chrétiens, clercs et laïcs, s'interrogent avec inquiétude.Car au delà de la violence et de l'injustice, dans l'égarement et la solitude spirituelle des instituteurs, ils aperçoivent les signes inquiétants d'un malaise général de notre chrétienté: celui d'urie lente rupture entre la hiérarchie et le laïcat.Que les chefs spirituels de l'Eglise gardent le silence devant l'intolérable défi de chrétiens qui au nom de l'orthodoxie catholique s'efforcent de pousser d'autres chrétiens hors de l'Eglise, voilà un de ces signes.Que les fidèles chrétiens hésitent à engager avec la hiérarchie de l'Eglise le dialogue — à se rendre au périlleux devoir du dialogue sur la réalité profonde de la crise de conscience et l'autonomie de leur liberté dans les questions d'ordre temporel, voilà un autre de ces signes.Le débat de la justice est ici dépassé, et même celui de l'autorité et de la liberté.Nous entrons dans celui de la charité.Mais à la charité elle-même, il faut faire violence.Car l'avènement de la charité ne sera point possible sans la pénible renaissance de la vérité — avant que soient dissipées les ténèbres de la confusion spirituelle et que la lumière soit faite dans les esprits commo dans les coeurs; avant que l'Eglise ait donné à toutes les brebis de son troupeau l'assurance d'appartenir au même bercail; avant que l'Eglise ait clairement affirmé sa neutralité dans le conflit syndical et dégagé du domaine temporel une action spirituelle que des chrétiens voudraient transformer en politique décisive; avant qu'à la seule conscience des laïcs chrétiens soit consentie In confiance et rendue ln liberté d'un essai loyal de la justice et rie In paix.Maurice BLAIN.20 décembre 1953. CITÉ LIBRE 21 Note L'atliiude de L'AUTORITE (1) pose uno question redoutable, ou mieux: évile de poser la question capitale de la crise scolaire.Et celte question, c'est celle de la fonction du laïcat dans l'Eglise.L'AUTORITE propose comme mesure de salut public l'intervention du Cardinal Léger pour obtenir l'adhésion des deux parties au vote secret.Non seulement cette nouvelle proposition ignore les contradictions do sa propre logique, mais clic tend à bloquer définitivement toute issue au conflit scolaire.Car moins quo jamais la parole est à Son Eminence! La parole est aux laïques, aux instituteurs cux-mcmesl Comment en offot être amené à admettre le principe d'une intervention de l'Eglise dans lo conflit syndical quand L'AUTORITE elle-même dénonce comme abusives de pouvoirs les ingérences antérieures de quelques clercs et de Son Envnonco le Cardinal?L'AUTORITE no se sent-elle pas embarrassée de réclamer ce qu'elle condamne et reproche avec le plus do violence?Surtout ne redoute t-elle pas comme premier effet d'une tel'e intervention de pré-ipiter l'enlisement dans la confusion de la liberté syndicale ol de la conscience religieuse?Cette contradiction.L'AUTORITE no peut la défendre qu'on obéissant à un réflexe traditionnel, qu'en reprenant à son compte l'erreur constante do doux siècles de chrétienté cléricalisto.D'instinct, elle en appelle à l'Eglise pour soustraire lo laïcat à uno responsabilité laïque et temporelle par surcroit: colle de la paix syndicale.Cette démission inconsciente représente lo type le plus com- C'esl précisément à cette condition d'aliénation religieuse ot de démission"spirituolle que la LETTRE A DES CHRETIENS DIVISES a voulu faire échec.Et celle NOTE no veut ici que mesurer, dans un événement significatif, la profondeur de son enracinement dans la conscience des intellectuels chrétiens.Comment ces mêmes intellectuels Deuvent-ils valablement parler au nom du laïcat, et surtout comment peuvent-ils confronter aux problèmes do notre société chrétienne les droits et les exigences de leur mission dans l'Eglise s'ils ne cessent d'invoquer le rôle de suppléance temporelle de cette mémo Eglise?La conjoncture de la criso scolaire n'a jamais été plus favorablo à un rappel par l'Eglise de l'autonomie ci de la responsabilité du laïcat chrétien.Les intellectuels attendraient-ils vraiment, pour prendre conscienco do celle autonomie et do cette responsabilité, qu'il fût opposé une énergique fin do non-rocevoir à leur éternelle politique do mendicité spirituelle?mun, mais aussi le plus tenace M.B.25 février 1954 (I) L'AUTORITE—13 février 1954: "La parole est à Son Eminence", en page éditoriale. IV M.Bouchard se signe L'affaire des instituteurs s'est embourbée dans des considérations morales fort étranges.Il est curieux qu'elle ait abouti à une sorte de stagnation, à l'incertitude, à la paralysie, à ur.fi crise de conscience et à l'intimidation pratique de plusieurs qui dans un milieu moins timoré eussent avec fougue et sans relâche continué de relever le défit de l'Etat.Sans doute, cette fermeté, d'ailleurs normale et saine, a-t-elle été constamment le fait de M.Guindon et de nombreux instituteurs; m; :.s Cité libre fut, sauf erreur, la seule publication à favoriser ouvertement leur attitude dans l'année qui suivit l'intervention du Tribunal d'honneur, et le nombre des interventions individuelles en faveur de l'Alliance demeura longtemps des plus restreints.L'Alliance a travaillé dans une atmosphère étouffante; elle a constamment supporté le blâme d'un milieu dont le comportement moral, pour paraître fait de fidélité et d'obéissance, n'en est pas moins, dans les cadres de l'observance stricte, affecté d'un coefficient extraordinaire de servilité.Celle-ci peut avoir de belles apparences, et sembler recommandable par ses airs de soumission; mais il est un point où, même de bonne foi, elle trahit sa nature profonde: elle est le fait de ceux dont la conscience, au sens fort de ce mot, n'existe pas.(1) (1) Il faut voir, dans le silence qui s'est fait autour de l'affaire, l'aplatissement de la conscience individuelle et un affaissement de l'humain.Une individualité en pleine stature morale, un homme, une force, cl non une enveloppe tremblante ou un simulacre de paroissien, est pénétré do la conviction que sa propre conscience compte pour quelque chose dans un imbroglio de ce genre, et que ses jugements sur l'iniustice ne seront pas facilement mis au rancart.Prétendre quo l'Eglise ne compte pas sur de telles individualités, ou pis encore, qu'elle les déteste ou les craint, est lâche et erroné; c'ost là sous-esiimer l'Eglise, et cela se voit malheureusement tous les jours do la part de futurs marguilliers, aux abords des cures routinières où l'on a pris l'habitude de confondre la vertu avec l'inexistence de la fierté et la ruine de l'humain.Quand je vois une culture, prompte comme la nôtre à un conformisme aussi court, aussi immédiat, aussi rapide, aussi général, aussi suspect, je puis m'en réjouir en me disant que vraiment cette masse ne sortira jamais du giron, mais il est possible également que je m'effraie, en pensant que, dans cet unisson, on n'entende plus la voix d'un homme.Et quand on affirme quo cette masse est servile et que son obéissance n'est pas de l'obéissance, mais un étonnant phénomène de dépersonnalisation, il importe peut-être moins alors de se féliciter de son attitude que de soupçonner quelque pauvreté d'être dans celte belle société unanime et si louable. CITÉ LIBRE 23 Dans ce milieu donc où l'apathie de conscience prend tout de suite tournure benoîte et reçoit l'approbation à peu près générale, la vraie conscience, les forces vives de la conscience en acte n'ont pu percer au jour; et il n'y a pas eu d'éclatante affirmation de eette vérité d'ordre moral: qu'il fallait, au nom du droit, au nom de l'homme, de la justice, de la charité et du devoir civil, continuer de lutter contre le gouvernement! Il appert que la morale elle-même a été abandonnée à vau-l'eau.Si personne, sauf de rarissimes exceptions (2), n'a pu dénouer l'impasse extraordinaire de la conscience collective au point mort et proclamer, par la force de ses motifs d'indignation, qu'il était impérieux de continuer l'action, cela démontre que la plupart étaient profondément sans morale.Nous disons que la morale elle-même était laissée à la dérive, et par là, nous entendons que ceux qui ont la responsabilité de faire autre chose que du prêchi-prêcha ont tout simplement cédé la place aux pleutres, et la morale a par la suite été identifiée à la conscience des lâches.Le propre de la vigueur de la conscience, une preuve de la validité de sa morale, c'est qu'à un certain moment, et même dans des circonstances difficiles ou délicates, ce qui heurte la justice lui fait pousser un cri.C'est un cri irrépressible: la conscience témoigne alors, envers et contre tout, assumant même pleinement, ouvertement, lumineusement, ses risques de se tromper.Au contraire, il était inévitable, dans notre milieu, que l'équivoque se développât librement et que M.Bouchard, y allât généreusement.L'absence d'une vigoureuse affirmation morale dans le sens que j'indique a permis au parti des faibles et des tartuffes, de même qu'à leurs alliés les amis du gouvem>>ment, de prendre, eux, le pupitre de l'enseignement éthique.Comme le rappelle ici-même Maurice Blain, cela a culminé dans la publication du manifeste de l'A.E.C.M.Les barbotteurs remuaient une fois de plus la confusion de nos idées morales.Mais cette fois, un peu trop.On est allé si loin dans la substitution du pharisaïsme, de l'étroitesse et du conformisme, que l'atmosphère en est infectée.On posait le problème moral.On le posait comme de plein droit, avec suoériorité.On définissait cp nui était catholique et ce qui ne l'était pas.On attaquait M.Guindon sur le plan de la con- (2) Il faut saluer ici le geste répété du Conseil Central des Syndicats Nationaux d
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