Cité libre., 1 janvier 1958, juillet
CITE LIBRE JUILLET 1958 -SOMMAIRE-1 Matines .Gérard PELLETIER Aspects de la condition du professeur d'université dans la société canadienne-française .Léon DION Une démocratie arrêtée .P.VADEBONCOEUR NOTES Gilles Marcotte // Guy Cormier // Pierrc-E.Trudeau Fernand Cadieux // A/iargot Fournier Quatre fois l'an 50 cents le numéro Cité libre Rédaction: 84, rue McCulloch Administration: C.P.10, Station Delorimier, Montréal (34), Canada Numéro 21 JUILLET 1958 MATINES En ces jours-là, Elie vint à Bersabée de Juda, y laissa son serviteur et fit dans le désert une journée de chemin.Arrivé là, il s'assit sous un genévrier, souhaitant la mort, et dit: "C'en est assez, Seigneur, reprenez ma vie, car je ne suis pas meilleur que mes pères." (Livre des Rois, 3-19) Au téléphone, hier soir, je ne pouvais juger qu'à sa voix; il me parut plus âgé.Je suis étonné, ce matin, d'accueillir un garçon frêle, un peu timide, encore mal dégagé de son adolescence.Il m'a surpris au saut du lit.On n'hésite pas, à dix-huit ans, quand une idée chère est en cause.Ce garçon aurait sonné dès huit heures, à n'importe quelle adresse.En lui ouvrant ma porte, j'ai vu tout de suite dans ses yeux quel courage exigeait de lui cette démarche.Nous sommes, l'un pour l'autre, des étrangers.Deux malaises s'installent face à face dans une pièce encore mal réchauffée.Tandis que je me cale au plus profond du fauteuil (pour donner le change de ma gêne, de mon visage non rasé, du café matinal qui manque à mon aplomb), lui reste au bord de sa chaise, en équilibre sur un défi.Il n'engage pas tout de suite la conversation.Ce serait donc à moi de parler, mais qu'ai-je à faire d'un examen préliminaire?Je n'ai pas besoin d'interroger ces lunettes 2 cité libre pour apprendre qu'elles appartiennent à un étudiant, ni ce pli au front pour savoir qu'il est inquiet, ni ces lèvres serrées sur les dents blanches pour deviner qu'une question les brûle.Le voilà, celui que je commençais d'attendre, ces derniers mois: le garçon inconnu qui viendrailt me demander des comptes, au nom de sa seule jeunesse.A peine ai-je cessé d'être moi-même ce personnage, face à mes aînés, que le voici déjà devant moi.LUI: Vous soupçonnez sans doute, monsieur, pourquoi je vous rends visite?MOI: (En toute malhonnêteté) Non.pas du tout! LUI: J'ai des questions à vous poser.MOI: Ça je le soupçonne un peu! Mais lesquelles?Il s'avance plus loin encore au bord de sa chaise.En tombera-t-t-il tout de bon, si sa timidité ne cesse de grandir?LUI: Je lis Cité Libre depuis trois ans.Ça n'a pas toujours été facile.La revue, au collège, est interdite.Il fallait y tenir pour se la procurer.Nous y tenions.MOI: Vous m'étonnez un peu; jamais nos collaborateurs n'ont écrit pour des collégiens.Qu'avez-vous donc trouvé dans nos articles qui pût répondre à vos inquiétudes?La question lui déplaît.Il voulait passer tout de suite au désaccord qu'il vient m'exposer et je le force a dire en quoi la revue lui convient.Il se hâte de me faire la réponse suivante, qui a l'air d'une concession.LUI: Vous avez un certain sens de l'avenir.C'est cela qui nous plaît.Il y a trop de gens autour de nous que la marche du monde effraie.Ils ne voient c l'horizon que des catastrophes.Ils n'ont à la bouche que mises en garde et prophéties de malheur.Vous autres, c'est du présent que vous vous méfiez.Ça laisse l'avenir plus libre.MOI: Il y a combien de jeunes, dans votre milieu, qui pensent comme vous?LUI: Quelques-uns.Mais le nombre n'a pas d'importance.Les autres arracheront des dents eu bâtiront des édifices, sans penser à rien.Je me demande, en l'écoutant: a-t-il raison?J'ai cru, moi aussi, que "les autres", ceux qui affectaient de r,3 pas penser, n'avaient pas d'importance.Mais ce sont aujourd'hui les "gens en place" de notre génération.Ils n'ont jamais ambitionné de faire l'opinion; ils se contentent de faire les lois.MOI: Vous croyez vraiment que le nombre n'a aucune importance?LUI: C'est la qualité qui compte d'abord.Si nous sommes assez résolus, si nous avons des idées claires et dures, le nombre viendra ensuite, nous l'entraînerons. CITÉ LIBRE 3 MOI: Vous parlez comme un homme qui se destine à l'action.LUI: Oui.Et c'est sur le plan de l'action que nous ne sommes pas contents de vous.Je lis Cité Libre.Et je suis d'accord, je vous l'ai déjà dit, avec tout ce que j'y trouve.ou presque.Mais je constate aussi qu'il y manque trop de choses et en particulier un plan, un plan d'action.Les jeunes veulent savoir où ils vont.Ils ont besoin de chefs.Ils ont besoin d'une doctrine, lis ont besoin d'une route claire et bien tracée.Pouvez-vous dire qu'à ces besoins-là, vous avez répondu?MOi: Expliquez-moi ce que vous voulez dire.Concrètement.LUI: Il n'y a rien à expliquer.Il n'y a qu'à voir.Les autres ont tous des systèmes, des plans, des projets précis.Vous lisez Laurentie?Vous connaissez les corportistes?les autonomistes?les créditistes?Je veux bien que vous différiez d'opinion: moi non plus, je ne me sens capable d'adhérer à aucun de ces systèmes.Mais je déplore justement que face à ceu>-!à, vous n'en dressiez aucun.Etes-vous nationalistes?Etes-vous socialistes?C'est votre défaut, je pense, de n'être rien.Les jeunes vous aban-doneront parce que vous n'aurez pas su leur tracer la route.Il parle encore mais pour un moment, je ne pourrai plus l'écouter.Ses dernières phrases m'ont brusquement rejeté en arrière, très loin dans le temps, à ''âge où je me débattais au milieu des dogmatismes cornus que mon visiteur vient d'évoquer.Comment lui faire comprendre à quel point sa quête d'un système, au sens où il l'entend, est éloignée de nos préoccupions?Noi's sommes les enfants de la crise économique, les adolescents issus de la Grande Dépression.Que peut-il comprendre à cela?Il ne peut pas deviner que nous fûmes gavés de systèmes, lui qui en semble affamé.Nous crevions de misère économique, d'incertitude.Nous avons grandi devant le spectacle d'une société en faillite.Nous avons été nourris de solutions toutes faites mais dont pas une seule ne correspondait, fût-ce de loin, à la réalité.Non, nous ne lisons pas Laurentie, sauf pour vérifier que le séparatisme contemporain s'avère plus inepte encore que son ancêtre des années '30.Nous ne lisons pas Vers Demain, si ce n'est pour y relever les calomnies que ce fanatisme accumule contre le mouvement ouvrier; mais nous avons encore le souvenir des Cahiers du Crédit Social qui enflammèrent nos imaginations de collégiens vierges de toute connaissance en économie politique.Nous n'avions pas de maîtres à penser mais une légion 4 CITÉ libre de prophètes à systèmes.Je m'en rappelle un, en particulier, qui nous prêchait l'achat chez nous comme le remède unique et total à tous nos maux; un autre pour qui l'Etat français du Québec devait supplanter toute considération, y compris le souci de soulager la misère.Quel mal nous avons eu à nous dépêtrer de tout cela! Comme Diogène, nous cherchions un homme.Mais tous ces prophètes n'en avaie-nt cure.L'homme ne les intéressait guère: ils ne songeaient qu'au Canadien français, qu'à l'acheteur, qu'au contribuable, qu'à l'électeur.Les hommes de Dieu eux-mêmes n'étaient pas tous intéressés aux enfants de Dieu.Trop souvent ils s'arrêtaient aux défenseurs du clergé ou des orphelinats, aux gens d'un parti catholique plutôt qu'aux fidèles de l'Eglise.Et pour un Evangile qui nous ouvrait l'esprit sur le monde, combien d'évangiles étriqués se disputaient l'honneur de braquer notre volonté iur de misérables objectifs partisans.LUI: Les gens de votre génération n'offrent rien à la nôtre qui vaille la peine d'être vécu.Nous ne trouvons rien dans vos écrits qui puisse nous orienter, nous enthousiasmer.Vous ne tracez aucune route.MOI: N'appartient-i! (jas à chaque génération de trouver, d'inventer cela pour elle-même?LUI: Voilà le type de réponse qui, chez vous, nous rebute.Ces propos ressemblent étrangement à une dérobade.N'avez-vous donc rien trouvé vous-même qui vaille la peine d'être transmis?Ou bien vous faites-vous une coquetterie de ne jamais donner un conseil?Cette pudeur excessive est dc».evante.Les gens qui ont tenu un flambeau, doivent-ils l'éteindre, au relais, ou le passer de main à main au coureur suivant?S'il cherchait à me piquer, il vient d'y réussir! Je n'aurais jamais cru qu'on devînt si tôt les vieillards de ceux qui n'ont pas vingt ans! Passer le flambeau avant la quarantaine, ce blanc-bec en a de bonnes! C'est nous qui commençons notre vraie vie, celle qui compte.Lui, qui s'en doute à peine, est encore dans les langes.Mais qu'est-ce au juste qu'il nous demande, qu'il nous reproche de ne pas donner?J'attendais de nos cadets l'attitude iconoclaste qui fut la nôtre il y a vingt ans.Je les voyais déjà mettre la hache dans nos certitudes.Je les entendais renier nos convictions, les tenir pour dépassées.Je guettais la critique de ceux qui voient plu loin parce qu'ils dominent, du haut du tremplin, ceux qui ont déjà plongé.C'est à un refus que je m'étais préparé: celui que nous avons prononcé nous-mêmes à vingt CITÉ LIBRE 5 ans: ni global, ni total, certes, mais suffisant pour mettre en cause les synthèses de nos prédécesseurs.Rien ne pouvait donc me désarçonner davantage que ces grenouilles réclamant un roi, un système-soliveau.Et pourtant, si j'y réfléchis davantage, j'arrive à ne plus m'é-tonner.Autres temps, autres maux.Le mur des fausses certitudes, si solide encore quand nous avions vingt ans, il est aujourd'hui troué comme une passoire.Je n'ai pas la candeur de croire que toutes ces brèches sont attribuables à nos seules révoltes: les faits ont travaillé mieux que personne.Nous avons connu une "pensée officielle" canadienne-française, un tradition-nalisme étouffant, une prévention collective contre l'étranger qui confinait à la xénophobie, une façon grossière de tenir pour erronée et dangereuse toute pensée hors notre idéologie collective.Mais cette philosophie globale est aujourd'hui bien compromise.Ceux-là même qui font mine d'y croire, qui la défendent encore par habitude, indigence ou intérêt, se rendent compte qu'elle est dépassée.Poui l'avoir combattue, nous sommes frappés surtout de ce qui en reste et qui ne veut pas mourir, qui empoisonne encore de larges secteurs de notre vie sociale.Mai les garçons de vingt ans, eux, n'en voient que la déchéance.Ils la savent promise à une mort prochaine mais cette liquidation ne les concerne pas.Ils prennent pour acquis qu'elle sera con-sonmmée d'ici peu.C'est la phase suivante qui les intéresse.MOI: Et si la seule chose que nous ayons jamais songé à vous léguer était justement le sens de la liberté?Mon inetrlocuteur fronce les sourcils.J'ai touché un point sensible.Après un silence qu'il respecte, je poursuis.MOI: Nous n'avons pas combattu un dogmatisme pour le simple plaisir de le remplacer par un autre.Nous n'avons jamais demandé à personne "ce qu'il fallait penser", si ce n'est à l'Eglise quand la doctrine était en jeu.Nous nous contentons de prêcher "qu'il faut penser", et qu'il faut vouloir, bien entendu, et combattre.Mais avant tout: voir, mesurer la dimension des choses, en scruter les perspectives profondes.Vous demandez des mots d'ordre et des consignes; ce n'est pas notre rayon.La liberté ne s'exprime pas en termes militaires.Nous ne sommes pas la génération des manifestes.Le seul que nous fûmes jamais tentés de publier aurait tenu dans ces trois mots: "Veritas liberabit vos".Mais la vérité n'est pas cette chose toute faite qu'on impose à son voisin.C'est une conquête quotidienne et ardue.La Révélation elle-même ne nous est pas donnée d'un coup. n CITÉ LIBRE Personne1 ne peut fréquenter à ma place la Parole ni me dispenser d'un effort et d'options personnels.Le temps du troupeau national protégé par ses chefs est résolu.Passée, aussi, l'époque où les chrétiens pouvaient so dispenser d'avoir une conscience propre et s'en remettre avouglémont à cellu de leur curé.Si, chacun à sa mosuro, nous ne poursuivons pas nous-mêmes la conquête d'une liberté, aucun système ne pourra pallier les conséquences de celle démission.Ce n'est pas de slogans quo nous avons besoin mais d'un effort de pensée.LUI: Mais si nous demandons des objectifs, des buts à poursuivre el des moyens d'action, vous continuez de vous dérober.Jo voudrais répondre non.fit je !e pourrais, certes! Je saurais mémo enfiler, à la suite de cette relation, tout un discours assez convaincant.Nous n'avons tout de même pas vécu en tour d'ivoire, depuis vingt ans, ni boudé les moyens d'action qui s'offraient 6 nous.La promotion ouvrière, n'était-ce pas, n'est-ce pas encoro un objectif majeur, éminemment humain et concret?La culture populaire nous est apparue comme un besoin plus urgent quo la "refrancisation": davons-nous avoir honte de ce choix?Il y a moins de panache à proposer la maturation d'un peuple vers l'âge adulte qu'à l'enrôler sous une bannière, mais laquelle dos deux opérations exige plus de courage?Laquelle dos doux commando un plus çrand réalisme?Laquelle, surtout, débouche sur la vie, sur l'avenir?Mais co garçon, devant moi, témoigne d'une autre réalité dont il me faut bien tenir compte: cette foi dans notre action propre, il no la partage pas.Nous n'avons pas réussi à la lui communiquer.La cité libre et froternalle à laquelle nous rêvons, nous n'avons pas réussi à la lui rendre sensible, à l'en faire rêver avec nous.Est-ce là notre défaite ou la sienne?Et quand il parle des moyens d'oe'ion, à quoi pense-t-il?LUI: Uno action sociale qui no débouche pas sur la politique, les gens do mon âge n'y croient guère! C'est ici, sans doute, que le bût nous blesse.S'il connaissait la phiase fameuse do Péguy il me l'aurait déjà citée: "Ils ont les mains pures parce qu'ils n'ont pas de mains".Et aussi cette autre sur les grèves ".qui augmentent les salaires du quart, les prix du tiers, el la misère de la différonco".Il mo parlerait, si je lui en laisse le temps, de notre "impuissance" politique Que pourrait-il me dire que je ne me suif dit déjà à moi-mômo?LUI: Et pourquoi aucun de vous n'ost-il encoro dans les Parlement*?pourquoi même n'oi• avez-vous pas tâlô les portes?N'est-ce pas là surtout quo la liberté doit être défendue? CITÉ LIBRE 7 MOI: Là aussi, mais peut-être pas "surtout".Quand il faut aliéner sa liberté à la porte d'un lieu; quand il faut payer de son indépendance la permission d'y entrer, ne risque-t-on pas de s'y retrouver entre esclaves?Vous demandiez des buts à poursuivre, en voici un: créer les conditions nécessaires à une politique plus digne, plus juste et plus éclairée.Or, ces conditions-là se créent d'abord autour des Parlements.Qui sait?C'est vous peut-être que des groupes assez nombreux et conscients mandateront demain pour le travail à l'intérieur.LUI: Les hommes de votre âge y renoncent?MOI: Non pas.Mais leur vie menace de s'avérer moins longue que leur patience.A moins que notre ciel politique ne se dégage à temps.Faisons-nous toutefois tout ce que nous pouvons faire pour en chasser les nuages?Je n'ose m'excuser, devant ce tout jeune homme.On s'est trop souvent excusé devant moi.Qu'a-t-on à faire, à vingt ans, des longues dissertations sur la difficulté d'agir, de vaincre sa lâcheté, d'accepter les risques, de faire front dans le combat contre les ombres?A vingt ans, on ne veut pas entendre ces explications soupirantes où l'homme plus mûr raconte inconsciemment ses échecs et l'usure de ses rêves.A vingt ans, tout est possible.Et c'est fort bien ainsi.Mon visiteur s'apprête maintenant à me quitter.Quelle impression, quelles réflexions emporte-t-il avec lui?LUI: Je voudrais vous revoir.Je ne suis pas certain que nous nous soyons bien compris.De cela, est-on jamais assuré?Moi non plus, je ne suis pas bien sûr d'avoir tout dit ce que j'avais à lui dire ni surtout d'avoir saisi le fond de sa pensée.Mais j'ai reçu le choc de sa façon d'être.Est-il caractéristique des garçons de son âge?Parce que ses propos rejoignent certains poèmes, certains propos, certaines lettres ouvertes de ses contemporains, est-il permis de tenir pour typique sa façon de voir les choses?Ah! que j'aurais voulu être mieux à mon aise pour causer avec luil Que n'est-il venu plus tard, à ce moment de la journée où, mieux éveillé, je me sens l'esprit clair et le discours persuasifl Hélas! On ne fixe pas au quart d'heure près le rendez-vous des générations.Gérard PELLETIER Aspects de la condition du professeur d université dans la société canadienne-française INTRODUCTION Lo contexte à cerner nous oblige d'examiner la condition du professeur d'université dans notre société par référence immédiate aux Spécialistes des sciences de l'homme.Par ailleurs, en étant plus restreint Ol plus homogène, lo sujet se prêtera mieux à l'investigation et il sera possible do parvenir à des perceptions plus claires et géltérnlomonl valides, à des degrés divers, pour l'ensemble des cas.On sait quo l'université traverse aujourd'hui dans toutes les sociétés une crise qui n'est pas .seulement île moyens mais aussi de buts.Mais ce serait se projeter dans un faux universel que de dis-enter le sujet par rapport à la "crise universelle".Le seul procédé légitime pour rejoindre, s'il y a lieu, une condition universelle est do passer par la médiation du contexte d'une société donnée.Par dessus tout, il faut chercher à surmonter la tendance trop répandue de s'en remettre à des vues purement subjectives ou à de vagues «perceptions trop générales pour être significatives et qui n'ont souvent nen à voir directement avec l'université et l'universitaire.Par ailleurs, les prorequis élémentaires d'une étude définitive du con-tevte culturel et éaucationncl de la société canadienne-française font défaut la condition d'universitaire s'insère elle-même dans la condition plus générale d'intellectuel et il ne sera pas possible d'écrire rien de rigoureux sur le sujet tant quo nous no disposerons pas d'un suive?sociologique satisfaisant de la société canadienne-française.Néanmoins, la question est si importante et son traitement si urgent .ju'a dotant d'une monographie complète il reste utile de fournir certains éléments d'une lecture qui.pour être à certains égards nudisinato.demeurera, croyons nous instructive.POSITION DU PROBLEME N.vijv allons établir les frontières du sujet sur deux pôles exlrctncs tout m» par des propos tenus réciproquement par Mau n.v l a'.nivnia$nr et | cm l lut les l'.il.mte.iu dans des toute renées '.» auspices l'Institut Canadien des Affaires Publiques A fttutomne 1956.1 amontagne .iv.iii reconstitué, cn termes poignants et réalistes, l.t biographie de nombreux uni-vttsàrairès qui.pour la recherche de la sécurité matérielle (pour CUL' LIUKH 9 d'autres raisons aussi sans doute), succombent finalement à la tentation devenue de- pins en plus forte de quitter l'université.Quant à Falardeau, par sis remarques saines et stimulantes, il avait tenté de rejoindre l'essence de la liberté.La communication île Lamontagne décrit les conditionnements "objectifs" de l'acte libre se présentant sous la forme d'obstacles socio-économico-politico-culturels.Par ailleurs.Falardeau rappelle que si les divers obstacles posent bien les conditions de l'exercice delà libellé, ils n'en marquent pas les limites.Les limites de la liberté se trouvent à l'intérieur de l'homme lui-même, dans la capacité «le la volonté de persister dans une visée donnée d'existence.Il résulte «le ces considérations «pie ce serait mal poser le problème «pie de se demander si la société canadienne-française rend possible la libellé de l'universitaire, i.e.si elle l'accepte comme universitaire; il faut plutôt le poser ainsi: dans les conditions qui sont les siennes, comment l'universitaire canadien-français peut-il se rendre libre lui-même, «pie doit-il vouloir ci faire pour se voir ci se comporter comme un universitaire?Afin d'écarter tout danger d'établir l'analyse sur un "étal d'esprit" (pessimisme, archaïsme, optimisme, etc.) dérivé du «limai général de culture qui prévaut chez nous, plutôt «pie sur des situai ions, nous allons, dans une première partie, établir en tenues généraux le contexte socio-culturel tlans lequel se sont insérés le développement ci l'institutionalisation «les disciplines sociales dans notre société.Dans une seconde partie, nous allons lâcher «le reconstituer, à partir de ce contexte, les définitions de l'universitaire tant sur le plan individuel el social «pie sur le plan académique.I CONTEXTE SOCIO-CULTUREL Lorsqu'un chercheur se consacrera à la reconstitution systématique du développement des disciplines scientifiques, tant physiques que sociales, dans la société canadienne-française, il se donnera un splcndide objet d'étude, Depuis 1920, et, si on tient compte du moment de stagnation dû à la crise des années '.10, depuis 1940 surtout, cette société a connu les transformations infra-structurelles, démographiques et économiques qui marquent la transition entre la société traditionnelle et la société moderne, industrielle et urbaine.Due aux investissements de capitaux extérieurs et à certains facteurs accidentels comme les deux guerres mondiales, l'impulsion originelle «lu changement rapide et croissant «le l'infrastructure de la société a créé, sur le plan local, de nouvelles demandes qui ont tiré de l'ombre ou 10 CITÉ LIBRE [ait surgir certaines loin Lions sociales (fonctions d'expert, d'ingénieur, de technicien, de comptable, d'administrateur, etc.).La naissance et le développement des facultés des sciences sont liés à ces nouveaux besoins.Par ailleurs, l'évolution socioécono-mique a porté un défi considérable tant à la traditionnelle "élite" qu'aux institutions.La tache qu'il s'agissait d'accomplir n'était rien d'autre qu'un renouvellement de la culture.L'industrialisation et l'urbanisation massives ont lait surgir de nombreux et complexes problèmes auxquels la culture, qui s'était édifiée autour de questions familières au type traditionnel de société, ne pouvait fournir de réponses satisfaisantes.Non seulement l'ancien humanisme mais la fonction même des groupes qui le représentaient, notamment le clergé et les classes libérales, commençaient d'être mis en question.Par ailleurs, si la re-définition de la culture s'imposait objectivement, les "responsables" en plaie demeuraient impuissants à trouver dans leur arsenal les armes cpie les circonstances exigeaient.Le nationalisme, expression intellectuelle de la culture traditionnelle, ne parvint qu'à formuler une modalité négative de rajustement au changement infrastructurcl, et, sous la forme qu'il revêt aujourd'hui dans le néo-naiionalisine pessimiste, il est conduit logiquement à prévoir le déclin relatif de la culture canadienne-française.D'autres membres de l'élite, dans les sessions des Semaines Sociales ou en d'autres occasions, commencèrent de discuter les problèmes sociaux en empruntant le langage nouveau et étranger des sciences sociales; niais le vocabulaire qu'ils utilisaient était, pour eux et pour leurs auditeurs, vide tle signification parce qu'ils n'avaient pas eu la possibilité d'assimiler l'esprit ni les méthodes de ces disciplines.On peut dire, avec tout le respect que leur incontestable sincérité leur mérite, qu'ils ont voulu "sauver" la culture par la magie de nouveaux mots.Par ailleurs, si leur mentalité était forcément demeurée au stade pré-scientifique, ils ont cru à la vertu des disciplines sociales el plusieurs d'entre eux n'ont cessé de les favoriser lorsqu'elles s'implantèrent chez nous, même s'ils durent reconnaître à regret qu'elles n'étaient pas destinées à "sauver" la culture mais plutôt à la mettre en circuit avec le nouveau contexte social el à lui faire acquérir de nouvelles dimensions.Leur nié-rite, qui n'est pas mince, est d'avoir perçu qu'un fossé se creusait entre la culture et la structure sociale.Leur tort objectif, pour lequel d'ailleurs ils ne doivent pas subjectivement porter la responsabilité, est d'avoir cru en la possibilité d'appliquer des correctifs adéquats à partir des perspectives traditionnelles.Mais, une fraction de l'élite intellectuelle, particulièrement consciente de ses responsabilités, s'aventura à franchir un pas de plus, particulièrement audacieux.Ayant eu l'occasion de pour- CITÉ LlltRK suivre leurs études tliéologiqucs ou philosophiques dans les universités européennes, telles Lille et Louvain, au moment même où les disciplines sociales commençaient à s'\ enseigner, quelques hommes, en général clercs ou religieux, acquirent une conscience aiguë de l'ampleur des "problèmes" qui se posaient à la société, el, déjà remplis du désir d'une vocation mission liait c, ils résolurent de dédier leur apostolat à la formation so-c iologiquc et économique de la génération montante.On ne peut, dans la présente étude, que faire sentir toute l'ampleur de celte renaissance culturelle qui, avec la soudaineté et l'éclat d'une révolution, va porter jusqu'à l'université, pourtant bien fixée dans des traditions que perpétuent les facultés canoniques et "libérales", les rumeurs du "réveil rural" de même que les bruits de l'usine et de la ville.Au lien de reconstituer en termes généraux les modalités de l'implantation dis sciences de l'homme dans la société canadienne-française, il est préférable de présenter un exemple.l.a personnalité dynamique et forte du l'ère Georges-Henri Lévesque possède toute l'authenticité d'un exemple typique.Lorsque se seront apaisées les émotions que la mention de son nom suscite, il restera au centre d'un des grands événements qui se soient jamais produits cite/, nous: la fondation de la première faculté des sciences sociales.Le l'ère Lévesque n'est pas pri-maircment un sociologue.C'est un religieux d'un type que peut occasionnellement produire une société qui a si largement défini la fonction sociale du prêtre: c'est un religieux qui accomplit une oeuvre laïque.Ce qui établit sa vraie grandeur, c'est, à mon sens, moins l'énergie qu'il a déployée à réaliser son oeuvre que la façon toute nouvelle elle/ nous dont il s'y est pris.11 a voulu que son intention se prolongeai par l'action de laïcs Ct pour une soi iété séculière et il s'est refusé à ce que les laïcs qu'il forma et qu'il associa par la suite à la faculté comme professeurs fussent contraints de faire obédience à une "orthoxic" nationale.Ce faisant, il permettait la réception, par eux, de l'esprit qui est propre aux disciplines sociales et le dégagement dans notre société de nouvelles nonnes culturelles.Le Père Lévesque ne pouvait rien accomplir sans l'université, la seule institution dont le prestige et le rayonnement étaient assez, grands pour transformer son intention en l'ail social.Ce qui frappe aujourd'hui, si l'on songe particulièrement aux nombreuses années de luttes qu'il a généralement fallu soutenir dans les universités européennes et américaines avant de voir se créer les premières chaires cle sociologie, c'est la rapidité avec laquelle l'Université Laval accepta les plans cle toute une école de sciences sociales.Même en tenant compte du fait que l'en- 12 CITÉ.LIBRE [reprise locale survenait quarante ou cinquante ans après les premières tentatives à l'étranger et qu'il était conséquemmenl possible de s'approprier d'un seul coup l'expérience et les connaissantes accumulées à l'extérieur, on doit reconnaître l'ampleur fie vues du chancelier d'alors, le cardinal Villeneuve, et la grande compréhension tics ecclésiastiques qui dirigeaient l'université.Lorsqu'on affirme que l'université plane au-dessus de notre société comme une tour inaccessible, on est injuste envers tes hommes qui, sans peut-être avoir pleine conscience de la signification virtuelle de l'institution dont ils permettaient la création, virent très bien que l'éducation populaire, l'étude îles questions de coopération agricole et des problèmes industriels devaient dorénavant avoir leur plate à l'université.Soucieux fie la continuité culturelle que doit maintenir l'université, ils fondèrent la faculté sur les assises de la philosophie traditionnelle tout eu la dotant de cadres suffisamment souples pour qu'il lui lût possible d'absorber graduellement l'esprit et les méthodes particulières aux sciences de l'homme.A une première équipe de pionniers constituée de philosophes, tle moralistes, d'historiens, d'avocats et de médecins parmi lesquels se trouvaient d'éminents professeurs étrangers, comme le Père Eschmann, le l'ère Dclos et plus tard le professeur Egbcrt Mun/er, bint bientôt se substituer un groupe de diplômés île la faculté qui, après deux ou trois années d'études systématiques en sociologie ou en économique à Harvard, Chicago ou Toronto, se consacrèrent à instiller dans la société canadienne-française, par l'enseignement et des activités multiples, les méthodes el perspectives nouvelles de leurs disciplines respectives.Dans l'intervalle, le caractère des étudiants s'inscri-vant à la faculté s'était profondément modifié: parmi les premiers étudiants on pouvait trouver un nombre considérable d'hommes approchant tle la trentaine que la vie avait placés au tenue des problèmes sociaux de leur temps ou que la crise économique avait frustrés et qui venaient à la faculté pour y chercher des réponses concrètes.Certains étaient, au surplus, imbus d'une ou l'autre des idéologies que les conditions de l'époque entre les deux guerres avaient suscitées dans le monde; les groupes d'étudiants qui suivirent, venus surtout des collèges, plus jeunes et plus intellectuellement exigeants, abandonnèrent l'attitude militante tle leurs aînés et demandèrent plutôt qu'on leur enseignât les méthodes et les théories qui leur permettraient, par delà les images officielles et devenues souvent mythiques de la société et de la culture, de percevoir des réalités, de dérouvrir l'origine et la nature des problèmes et de s'attacher à la recherche tle solutions adéquates.Panni ces étudiants, plusieurs, après des stades d'étude en Europe et aux cité liiirl 13 Etals-Unis, sont, par la suite, revenus compléter le corps professoral actuel, constitué en outre de quelques anciens étudiants d'autres facultés, connue la faculté d'agriculture, de droit ou des sciences, cpti étudièrent l'économique ou les sciences politiques directement à l'étranger.Autant d'étapes de développement en moins cle vingt ans au terme desquelles la faculté est devenue une institution académique authentique.Mais, en même temps, diverses réactions s'exprimaient dans la société au sujet de la faculté.Ces réactions lurent de deux types opposés — positif ou négatif — selon les milieux d'où elles prenaient origine.Les réactions de type négatif vinrent tout normalement des groupes, comme les dirigeants politiques provinciaux et certains ecclésiastiques, qui, par intérêt ou par conviction sincère, auraieut voulu voir la faculté .s'attacher intégralement à la défense cle l'ordre social traditionnel, c'est-à-dire la voir mettre les sciences cle l'homme au set vice des mythes nationaux et des intérêts nantis.Cette réaction, cpti prit rapidement une ampleur considérable, fut la première à se faire sentir.L'étonnant n'est pas que cette réaction se soit produite niais que la faculté ait survécu.On doit cette survivance à la ténacité des chanccllicrs et tles recteurs qui, soucieux de maintenir l'indépendance essentielle de l'université, ont permis au l'ère Lévesque et au doyen actuel, monsieur Jean-Marie Martin, cle même qu'au corps professoral, de suivre la ligne cle leur fidélité, en dominant parfois leurs propres inquiétudes devant certaines orientations intellectuelles ou prises de position sur le plan de l'action.Quand on songe aux problèmes que la faculté a posés a l'université, pourtant si puissante clans notre société, on se demande comment les sciences de l'homme auraient pu prendre racine ici sans l'appui actif de cette institution.Il ne s'agit pas cle laisser croire que la faculté a toujours été exempte cle tout reproche ni que les opinions de chaque professeur individuel n'ont jamais été contestables, mais de voir que l'université a généralement accompli sa fonction de protection et d'orientation de la faculté comme de ses professeurs.De façon beaucoup moins perceptible niais plus sûre, un second type cle réaction, positif celui-là, a commencé de se manifester dans la société au sujet de la faculté.Enraciné dans les besoins mêmes qui avaient entraîné la création cle la faculté, ce type de réaction s'est exprimé chez des agronomes, des industriels, ceux que préoccupent les questions ouvrières, des chefs religieux des diocèses, des journalistes, des responsables d'organismes d'éducation populaire et des services administratifs à tous les échelons, abstraction faite tic l'échelon provincial jusqu'ici généralement réfractairc, etc.A mesure 14 CITÉ LIBRE que ces groupes prennent conscience des problèmes qui se posent à eux et de la lumière que les sciences de l'homme peut fournir a l'analyse des situations et la recherche de solutions, on voit se substituer graduellement, à la définition idéologique négative que certains représentants des classes dominantes avaient donnée de la facilitée, une définition fonctionnelle, d'ailleurs plus conforme à la vraie nature de celte institution, quoique in< omplètc elle-même.Etant donné le caractère d'une faculté des sciences sociales, il est normal qu'elle soulève des inquiétudes et des antipathies.Ces réactions négatives peuvent à l'occasion devenir une menace à la sécurité et à l'équilibre mental de l'universitaire.Mais là n'est pas, à mon sens, l'aspect essentiel de sa condition.Ce cpii fonde l'universitaire dans la société, c'est bien plutôt le service positif qu'on attend de lui et la façon dont ce service est défini; par conséquent, c'est d'abord par rapport à ces diverses attentes qu'il doit chercher sou point et ses modalités d'insertion dans son milieu.II DEFINITION DE LA CONDITION D'UNIVERSITAIRE Compte tenu du contexte qui vient d'être reconstitué et du lait qu'il s'agit d'un phénomène de première génération, on conviendra sans peine que la condition d'universitaire doit être de-finie avec une plus grande rigueur (pic par les expressions dont on nous a habitués à nous servir pour l'enfermer: "présence au milieu", "attitude engagée", ou bien au contraire, "refus d'engagement", "complaisance dans une tour d'ivoire", "trahison", et ainsi de suite.II ne s'agit pas de formuler en langage abstrait les modalités de présence, d'engagement et d'action qui conviennent à l'universitaire per se, niais ne tirer .simplement les conséquences de la situation sociologique: ces conséquences seront examinées sons trois angles différents: individuel, social et académique.A: Définitions individuelles.L'importance des options individuelles concrètes découle en partie du petit nombre d'universitaires mais surtout du fait qu'il n'existe pas chez nous de tradition universitaire.Etant le produit de vingt ans d'évolution sociale, les universitaires doivent établir eux-mêmes les nonnes de leur profession.La pression des circonstances tout autant que leurs capacités intcllec- CITÉ LIBRE 15 mollis expliquent le poste qu'ils occupent.Il (allait compléter la structure de l'enseignement dans les facultés nouvelles, et pour l'ensemble, on a choisi de faire appel aux ressources locales, c'est-à-dire qu'on a orienté une proportion considérable des premiers étudiants vers l'enseignement, l.a grande majorité des professeurs se situent entre les limites d'âge de 30 à -15 ans.Ils n'ont pas avant eux ni à côté d'eux de maîtres qui auraient établi le prestige et les règles de la profession et qui pourraient leur servir d'exemple, les guider el les réprimander au besoin.Il n'y a pas, sur le plan scientifique, d'oeuvres à poursuivre ou à contredire, il n'y a pas d'hypothèse à recueillir d'un vieux maître incapable de continuer ses travaux.Hormi ceux cpii ont eu la chance, à l'occasion de leurs voyages d'études post-graduées, d'être autre chose cpie tles étudiants étrangers clans un pays étranger, les professeurs actuels ont dû trouver en eux-mêmes ou clans les livres, non pas le "goût de l'étude" ou ln "curiosité intellectuelle", res monstruosités en soi qui peuvent être l'apanage du premier venu, mais l'intuition cpii illumine le sens d'une vie consacrée à l'activité scientifique et qui seule permet de résister aux sollicitations d'un autre ordre (désir d'être rapidement connu, de conformer son niveau cle vie à celui de la classe professionnelle, etc.) et d'établir judicieusement l'échelle cle ses intérêts et cle ses engagements par rapport à des standards préalablement définis.C'est, dans une large mesure, par suite de celte absence de tradition universitaire et de conscience du sens d'une vie académique que les options individuelles paraissent actuellement si confuses et désordonnées.Pour n'être pas parvenus à établir lents activités autour d'un rentre d'intérêts rigoureusement défini, les universitaires semblent trop souvent incapables de résister aux diverses pressions du moment.Néanmoins, une malheureuse condition objective qui s'est maintenue depuis vingt ans et qui persiste encore aujourd'hui justifia de ne pas identifier les conduites manifestes et les intentions profondes: les salaires étant ridiculement trop bas, les professeurs se trouvent dans la pénible alternative ou bien de rétablir un certain équilibre entre leurs revenus et leurs dépenses, déjà compressées au maximum, par des revenus d'appoint ou bien de quitter l'université pour l'industrie ou les service; administratifs des gouvernements.Mais ces explications ne changent rien au fait autrement signi-licatif cpie l'éthique universitaire d'aujourd'hui constitue virtuellement l'étiquette académique de demain.Par ailleurs, les options individuelles s'enracinent clans un ordre de subjectivité légitime pour laquelle on ne manifestera jamais trop de respect.Il s'agissait simplement de relever ici certains éléments d'une situation objective et d'indiquer le sens que prennent, dans ir, CITÉ LIBRE L'ensemble, les définitions individuelles a la lumière de ce conditionnement.!'.: Définitions sociales.Encore plus confuse est la condition de l'universitaire quand on l'envisage du point de vue du service social- qu'il est appelé à remplir.Précisons tout de suite qu'il n'existe pas de bonnes définitions générales des responsabdités sociales de l'universitaire: il appartient à chacun, tout en respectant les limites de sa fidélité à sa profession, de répondre, selon son tempérament et sa spécialité, aux diverses attentes des groupes et des institutions.Par ailleurs, ceux-ci oui commencé depuis quelques années à prendre conscience de l'utilité des services cpie le spécialiste des sciences de l'homme, notamment, peut rendre.On lui demande de prendre une part active, souvent engagée aux mouvements sociaux et politiques, de mener toutes sortes d'enquêtes, de donner son opinion sur les sujets les plus divers au sein de comités d'études, à la radio et à la télévision, de formuler des projets de réformes dans de multiples domaines et ainsi de suite.De toutes ces fonctions diverses qu'on lui demande d'exercer se réfléchit, dans la société, une image imprécise de lui-même dont nous allons essayer de préciser les contours.Pour éviter une fois de plus de tirer nos conclusions d'impressions qui ne s'enracineraient pas dans la situation, il est opportun de se remettre à l'esprit le contexte socioculturel global.Devant l'ampleur des tâches cpii doivent s'accomplir dans la société canadienne-française, l'actuelle pauvreté des ressources intellectuelles dont cette société dispose nous frappe.On ne fait cpie prendre conscience de l'étendue clés réformes qui s'imposent sur le plan des institutions éducationnclles.Tout en continuant de s'appuyer sur certaines grandes données de notre culture traditionnelle, celles-ci doivent être réajustées de façon à fournir à une société de moins en moins homogène et de plus en plus stratifiée un produit intellectuel diversifié et aéré.Dès maintenant, il ne peut plus exister d'élite intellectuelle dont la loue lion est de sécréter la pensée pour "la" société et pour l'ensemble du groupe ethnique.S'il existe des questions globales, celles-ci sont vécues sociologiquement à l'intérieur de multiples situations.Et les questions les plus urgentes et les plus contraignantes se posent généralement dans les limites d'une région, d'une classe, d'une institution, d'un groupe d'immigrants, etc.Là bonne façon de voir ces questions implique non seulement des connaissances spécialisées mais une nouvelle mentalité et de nouvelles méthodes.La condition d'universitaire, on le voit, s'insère clans un contexte socio-culturel autrement plus vaste et CITÉ LIBRE (|iii ne peut être décrit c|iic par référence à la condition îles intellectuels en général.11 existe chez nous un nombre excessivement restreint de journalistes, de publicistes, de dirigeants sociaux dans toutes les sphères, qui aient reçu une formation cor-despondant aux conditions et aux besoins d'une société moderne, urbaine et industrielle.Ils ont été préparés pour exercer une activité professionnelle dans le type traditionnel de société, lli sel Ion eut de leur mieux de .satisfaire le nouveau marché de travail intellectuel, dont les immenses besoins les oblige à touiller un peu de tout en même temps ou successivement, sans pouvoir jamais parvenir à s'axer par rapport à un besoin donne.Certains d'entre eux, conscients des vides de pensée qui se manifestent pai tout, sont devenus des spécialistes d'un genre tout particulier, les spécialistes de la "crise intellectuelle (lie/, les canadiens-français"; malgré l'immense intérêt qu'ils portent à leur société, ils menacent, s'ils ne prennent pas la précaution de fonder leurs analyses sur des situations concrètes et d'orienter l'action vers des tftehes susceptibles d'être accomplies par des individus ou îles groupes, de s enfermer dans des idéologies négatives et stériles (anticléricalisme, anti-nationalisme, anti-canadianisme, anti-duplcssismc) ou encore dans certains schèmss idéalistes tirés tic modèles étrangers (socialisme, tochnicisme, etc.).Dans ce contexte, il n'est que normal que l'universitaire soit appelé à la rescousse.On s'adresse à lui dans les secteurs justement où les besoins sont les plus ressentis: il a, pense-ton, par sa position à l'université la possibilité d'étudier sérieusement Jes questions les plus diverses et son concours est généralement considéré comme une "aide précieuse".De son côté, l'universitaire, lorsqu'il accepte d'apporter sa collaboration, est conscient de l'utilité et même de la nécessité de sa participation.Ces vagues perceptions, de pan ci d'autre, de la nature de la contribution qu'on attend de l'universitaire, masquent mal la situation véritable: la condition sociale de l'universitaire, ne représente que le prolongement à son niveau de la condition plus générale de l'intellectuel dans notre société.D'une part, parce que sa collaboration n'est pas considérée comme étant d'un ordre particulier (loin il lesterait à préciser le caractère dans chaque cas mais connue étant simplement auxiliaire et supplétive, l'universitaire est menacé de se laisser conduire à gauche et à droite, au gré des demandes, en donnant son opinion un peu sur tout et en toutes occasions.S'il devient tour à tour politicien, chef ouvrier, journaliste, déballant, administrateur et propagandiste, on peut perdre de vue que son rôle consiste à formuler une pensée réfléchie.Mais pour remplir adéquatement ce rôle, il lui faut protéger le recul (pie sa position 18 CITÉ LIBRE .1 l'université lui procure.D'autre pari, parce qu'il a souvent à répondre un questions qu'on lui pose plutôt qu'à celles qu'il se pose, il peut vire conduit à négliger l'approche fonctionnelle et analytique cfinitions académiques.Il SLiaii uérile d'abonlcf cette question a paiiii d'une conception de ce que devrait être le milieu académique.Il vaut mieux partit des conditions el des possibilitéi de la situation.Celle ii peu! elle évaluée pat iili'ienie (1 un paît au conteste ai adéiuiipie el d'autre |>ail aux fonctions d enseignement et de recherches
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.