Cité libre., 1 janvier 1961, janvier
Xle année, No 33 JANVIER 19G1 NOUVELLE SÉRIE (Lire en page 4 l'article de Marcel liions i • Saoveor do la tribu?(photo ci-contre et article d'Adèle Lauzon en pafie 10 ) SOMMAIRE LA CARTE D'IDENTITÉ Pierre-Elliott TRUDEAU Marie-Claire Biais Georges DUFRESNE Plus on est gros.Guy VIAU Images du Japon Jean PELLERIN Des textes de: Jean-Charles Falardcau, Gérard Pelletier, Rémi Savard, Pierre Ilarvcy, Gilles Desrochers, Yerri Kcmpf, Pierre Laberge, Pierre Vadboncocur, Arthur I.amollie et les dessins de Normand Iludon. XIc année, No 33 Janvier 1901 Revue mensuelle Comité do rédaction Directeur: Gérard Pelletier Directeurs-adjoints: Jean-Charles Falardcau Pierrc-EUiott Trudeau Socrétairo de la rédaction: Jacques Hébert • Editeur et propriétaire La Syndicat coopératif d'édition Cité libra Imprimé à Montréal par l'Imprimerie Judiciaire Enrg.Autorisé comme envol postal de deuxième classo Ministère des Postes Ottawa Rédaction et administration 1130 est, rua Lagauchetièra Montréal 24 —LA 3-1182 Service des abonnements: Pérlodlca Inc.5090, av.Paplnaau Montréal 34—LA 6-3361 Abonnement annuel: $3.50 Abonnement de soutien: $10 Vente au numéro: Aganca da Distribution Populalra 1130 ait, rua Lagauchatlara Montréal 24 —LA 3-1182 Page I La Restauration Cité Libre Page 4 Socialisme, cléricalisme et Nouveau Parti Marcel Ilioitx Page 8 Lettre à un ami français Jean-Charles Falardcau Page 10 Kennedy, "sauveur de la tribu"?Adèle Lauzon Page 12 Images du Japon Jean l'ellerin Page 1C A mots découverts Girard Pelletier Page 17 De nouveau, la carte d'identité Pierre-Elliott Trudeau Page 18 Actualité de l'histoire Rémi Savard Page 20 Tire/, sur le planiste P.V.Page 21 Une taxe mal placée?Pierre IJarvey Page 22 L'envers d'un projet Gilles Desrochers Page 24 Marie-Claire Biais, visionnaire Georges Dufresne Page 25 André Laurcndcau, auteur primé Yerri Kempf Page 2C Bien-aimée Alexandrie Pierre Laberge Page 27 Plus on est gros Guy Viau Page 29 Borduas Pierre Vadboncocur Page 30 Spectacles Yerri Kempf — Arthur Lamothe La mnquotlo typographique ail do Gllloi rtebori PI Ul NOUVELLE SÉRIE JLJJL. LA RESTAURATION ENTRE '89 ct la première Restauration des Bourbons, il s'est écoulé un quart cle siècle, soit exactement le lapse de temps qui a séparé le coup de mort donné au Parti libéral québécois en 1935 et son retour au pouvoir en juin dernier.Les adolescents qui avaient vu s'ouvrir ces deux périodes sur la promesse d'une libération extraordinaire étaient devenus des hommes mûrs avant que l'histoire ne se refermât sur leur jeunesse, jeunesse qui avait été forcée — au nom d'un patriotisme et d'une grandeur illusoire — de vivre sous le régime de la Terreur et de la Dictature.On serait tenté de pousser le parallélisme jusqu'à l'exécution finale de Louis XVI ct de Taschercatt, jusqu'aux Cents Jours de Paul Sauvé, jusqu'à la taille même (mais non la grandeur) de celui qui exerça durant quinze années sans interruption l'autorité absolue.Mais il vaut mieux arrêter ce jeu: on serait stupéfait par l'absence totale de génie qui a caractérisé nos hommes public s.Qui pourrait en effet imaginer Hilaire Bcauregartl dans le rôle tle Joseph Foitché, et qui saurait voir sans rire un Paul Bouchard sans-culotte?Mais ajoutons au moins ceci.Les hommes qui frôlaient la quarantaine en 1814 ne voyaient pas sans appréhension la Restauration de cette famille même qui avait naguère causé tant de mal ct sanctionné tant d'injustices.Ils curent tôt fait de constater que "les Bourbons, au sortir de l'exil, n'avaient rien oublié, rien appris", ct de prévoir qu'en conséquence le pays aurait à traverser encore bien (tes malheurs politiques.De même, si en juin i960 l'équipe tle Cité libre dut par la force des choses adhérer à la politique du moindre mal libéral, comme étant la seule manière de mettre fin à l'imposture ct à la corruption, après les élections nous avons salué la Restauration libérale avec réserves, soutenant qu'il fallait ".en même temps appuyer les Libéraux, leur faire opposition cl préparer une idéologie «le rechange." Et c'est dans cet esprit (iue depuis quelques mois nous avons ac-t ucilli mu la politique provinciale des articles aussi divers que ceux d'Evclyn Dumas, de Jean-Claude Lcbel, île Michel Roy, de Jean Marchand, de Jean-Paul Lcfcbvrc, de Vianncy Décaric, de Ga-lu ici Gagnon.Nous aillions pensé cpie cet éclectisme — ou, si l'on préfère, celte amhigûité — aurait pu avec avantage durer cm oie quelque temps.Mais voici cpie clans la présente livraison Marcel Rioux, forçant les c'iapes, nous convie à appuyer c an émeut le Nouveau Parti.Puisqu'il se trouve que cet ami esl un collaborateur régulier de Cite libre, son opinion i isque d'être prise pour celle de la revue: il faut donc dire qu'il n'en est i ien.Certes, nous sel ions c l'ai i oui sui la née essilé d'élaborer une pensée radicale, et à vrai dire Cité libre n'a pas attendu c cl appel pour y soir.Nous sel ions cl'aecoid aussi sur l'importance d'avoir au Québci un puissant parti de gauche.Mais i esl sur la possibilité ai I utile ele ce: parti cpie nous dil-léiuns d'opinion; cl nous craignons qu'à foreci sa naissant e nous ne lac concluons mort-né.A noire avis, Rions n'a pas suffisamment examiné le contexte sociologique où il veut mettre bas.Les élec leurs qui oui passé une génération entière dans l'opposition cl quelques lois la persécution voient enfin leurs idées et tantôt leurs amis installés au pouvoir: ces électeurs ne sont pas prêts à se lancer, immédiatement et sans reprendre souille, dans une nouvelle opposition.Dans un an, ou deux, ou davantage, la situation sera sans doute différente; les Libéraux auront lait des prodiges, ou de.malheurs ,Ct nous serons acculés à des options fermes.Et nous pourrons alors nous appuyer sur un électoral soil enthousiaste, soil désabusé, niais qui à tout événement aura eu le temps de souiller.Mais aujourd'hui, aujourd'hui, d'où vient qu'il faille se mettre à fonder un nouveau parti?Car c'est bien de cela qu'il s'agit; il ne s'agit nullement de militer au sein d'un paiti existant auquel nous aurions jadis adhéré et cpii continuerait tout bonnement ses luttes anciennes; eu ce cas nous n'aurions peut-être pas de choix.Mais il s'agit d'un nouveau parti qui doit être fondé aujourd'hui dans le Québec pour l'excellente raison que d'autres hommes dans d'autres provinces ont décidé cpie le moment était venu de le fonder là-bas! Nous songeons, non sans amertume, aux années perdues ele 1950 à I9.">!>, alors cpie l'Union nationale devenait séuile et que le Parti libéral était terrassé par sa défaite an fédéral: le Rassemblement et plus lard l'Union des forces démocratiques tentaient alors un regroupement des gauches cpii aurait pu éventuellement déboucher sur un nouveau parti.Mais les deux groupes principaux des "fondateurs" d'aujourd'hui avaient pris soin hier ele faire le vide autour de ce "nouveau parti" en puissance, et à cela chaque groupe avait ses raisons: 1 — Pour les uns, il ne fallait pas créer un mouvement de gauche cpii put risquer de supplanter le P.S.D., — avant que les P.S.D.des autres provinces y eussent pensé, el en eussent donné le signal.(Que M.Ed.Finn de Terrcncuve ait précisément devancé le signal, el qu'il soil accueilli aujourd'hui comme un héros par le Nouveau Parti, cela évidemment ne trouble pas la logique scr-vile de nos P.S.D.québécois.) 2 —Le Rassemblement et l'U.F.D.étaient destinés à faire échec: à M.Duplessis; oi ce but était proprement inadmissible pour ces chefs ouvriers, de la F.T.Q.notamment, qui depuis longtemps avaient passé alliance avec: l'Union nationale.(On nous explique aujourd'hui leur conversion au Nouveau Parti en disant cpie le 22 juin "ils ont compris".Mais compris quoi, bon dieu?Qu'ils ne peuvent plus coucher dans le lit du parti au pouvoir: ce cpii lait qu'ils fondent un nouveau parti pour la seule raison qu'ils ne veulent pas coucher dehors.) En résumé, nous ne pouvons que reprendre nue phrase publiée élans Cité libre en août dernier: "Si donc les conditions d'établissement du Nouveau Parti dans le Québec n'existent pas, il e;l inutile ele faire comme si elles existaient: il faut commencer par les établir el ne pas se laisser bousculer par des échéances cpie d'autres se sont fixées dansd'autres provinces." Je sais bien que la question se complique du lait que nous aurons peut-être dès celte année des élec lions fédérales, et que lors de ces élections le Nouveau Pani peut dans plusieurs provinces l'emporter sur les Conservateurs moribonds et les Libéraux sans élan; et alors l'électorat québécois serait fortement tenté de faire encore une fois le "siiiveux".Mais raison de plus pour veiller à ce que le Nouveau Parti dans le Québec soit autre chose qu'un ramassis de doctrinaires sans racines et de chefs syndiqués en quête d'un gîte politique.Raison de plus pour ouvrir au plus loi des consultations où la gaue lie québécoise se baierait lentement à préciser quelle place elle peut occuper dans la politique fédérale, provinciale et éventuellement municipale, et quel tôle elle entend jouer à chaque échelon électoral.Car enfin nous assistons à un paradoxe: la plupart de ceux qui étaient à gain lie il y a six mois se tiennent maintenant à l'écart du Nouveau Parti, tandis cpie la plupart de ceux cpii s'empressent autour de ce parti aujourd'hui appuyaient carrément la réaction il y a six mois.Cette situation demande à être analysée, en même temps que beaucoup d'autres.Celle-ci notamment: la remarquable renaissance du nationalisme québécois, en particulier chez les générations montantes.La gauche doit reprendre le dialogue avec ces nationalistes et définir ele nouveau ses po- 2 sitions vis-à-vis eux.C'est dans ret esprit ct à titre tle provocation tpie Cité libre publiera dans sa prochaine livraison un article de [eau-Marc Léger: cet article s'accroche trop aux préoccupations présentes pour que nous puissions nous dispenser encore longtemps d'établir ce en quoi nous ne sommes toujours pas d'accord.• » • La Restauration s'ouvre donc devant nous comme un carrefour, et les choix que nous ferons engagent pour longtemps la province de Québec.Ce qui étonne le plus cependant, c'est l'extraordinaire inconscience du Parti libéral pendant cette période de transition où se jonc inéluctablement sa destinée.Dans l'euphorie de la victoire, ce parti semble ignorer tout-à-fait les forces qui errent à sa gain lie.mais surtout telles qui s'assemblent à sa droite el qui convieront bientôt pctil-être la population à une fondamentale remise eu cause des allégeances.La petite poignée d'hommes honnêtes cl travailleurs qui s'acharnent à tenir les promesses du T2.juin sont déjà à moitié dépassés par les événe-ncments, comme on peut le voir par l'absence quasi-totale tle réformes tlans un ministère aussi crucial que celui tlu Travail, et comme on peut le voir par les déclarations hâtives et irréfléchies du Premier ministre sur les sujets lis plus divers.Par exemple, qui tlans quel pays au monde aurait eu la sottise de déclarer: "11 ne sera jamais question sous mon administration de créer un ministère de l'instruction publique"?— El quand dans le même discours à l'Assemblée législative le même homme pérore sur la péréquation d'une façon singulièrement spécieuse el ignorante, il ne nu-rite rien d'autre que le traitement que lui accorde Pierre Vadboncocur dans la présente livraison, au sujet de la planification.C'est aujourd'hui que le Parti libéral paye t lier l'indigence idéologique que nous lui reprochions depuis dix ans: car s'il suffit assez bien aux né-cessités administratives, il est totalement impuissant à résoudre les problèmes qui relèveraient d'une philosophie politique axée sur le progrès.En pareille matière le gouvernement ira tiu côté des plus fortes influences.Et ne douions pas tpie pour un long moment encore elles vieilliront delà droite, — à moins tpie la gain lie ne sache agir avec intelligence et cohésion.En lace d'aussi graves problèmes, que fera la gauche libérale, et que fera la gauche non partisane?c'csi la question que pose Cité libre.Le son du Parti libéral comme tel nous chaud évidemment assez peu.Mais quand nous songeons que l'éclosion définitive tle la démocratie dans notre province dépend largement de ce que seul cc parti a l'autorité de laire pendant les quatre prochaines années, nous sommes inquiets tle constater que, comme les Bourbons, les Libéraux rentrés d'exil n'ont rien oublié, el pas appris grand-chose.?CITÉ LIBRE Saint Georges-E.combattant le patronage 3 Socialisme, cléricalisme et nouveau parti Marcel Rioux i» LSI' aujourd'hui ci aujourd'hui seulement que le Nouveau Parti peut devenir un élément significalil de la vie politique du Québec.Hiei encore, Duplessis vivait ci l'Union Nationale encore eu selle, il semblait impassible de penser à une solution de rechange auire que celle qu'offrait le paiti libéral.Seul, il p issédail une équipe et une assiette populaire assez loues pour espérer renverser le vieux gang doni .tallaii nous débarrasser à loin piix pour bâtir -, 'elquc chose ipti ressemblai à une polilitpie.Encore, le p.uti libéral ne le ballil-il (pie de justesse, api es la mort tle deux "chefs" cl toute lieue formation s'abste-nanl de présenter tpic-lipic taiididat.Un certain nombre de syndicalistes, d'intellectuels el de so-< ialistcs n'eu continuèrent pas moins à ici user l'adoption du moindre mai que représentait pour eux le parti de M.Lcsage.Il seiaii puéril de continuer a nous demaildci qui, des vrais socialistes ou des soi -disant réalistes, avaient raison, l'as plus cpie cle nous demander si la libération a commencé à la mort île Duplessis ou le 22 juin.11 faut plutôt songer à l'avenir en partant de la situation présente.Certains esprits progressistes soutiennent la thèse parfaitement défendable que la gauche ne doit rien laire qui puisse affaiblir le gouvernement l.esage Cl favoriser ainsi le retour des bâtisseurs de ponts.Ainsi.Duplessis mort, n'en continuerait pas inoins à orienter la politique du Québec.C'est raisonner, me scmblc-l-il, d'une façon statique que cle penser cpie les forces en présence soin eue 01 e les mêmes cpie c elles qui s'affrontaient le 22 juin; on ne tient pas compte des répercussions de l'événement lui-même ni tles incidents qui ont provoqué la désintégration de l'Union nationale.Dans plusieurs parties tle la population, liasses pciiicslmiugcoiscs el rurales, ce n'est qu'après le 22 juin, après la démission de M.Barrette qu'on s'est rendu compte combien l'édifice polititpie et administrât il tlu dtiplcssismc était désuet et pourri.Une bonne partit' de ces effectifs va maintenant appuyer le gouvernement cl lui donner l'appui populaire nécessaire pour le maintenir au pouvoir: on l'a bien vu dans Jolict-le el Rotivillc.Qu'on songe aussi à la proportion non négligeable d'électeurs qui volent pour gagner.Nombreux ceux qui appuient les monstres sacrés mais qui les piétinent volontiers dès que le pouvoir el Iargent changent de mains, (lue dire tle ceux tpii croyaient cpie le salut de la race était lié au sort électoral du Ministre des Elections.La lidélité traditionnelle aux partis ayant tendance à diminuer cl le contenu idéologique de la poli- ticpie lalbotienne voisinant le zéro absolu, on voit mal pourquoi les électeurs s'accrocheraient à ce moi ibond tle gang.Dans toute recension des forces politiques au Québec, il faut prendre en considération l'événement tlu 22 juin et surtout les réactions en chaîne qu'il a provoquées.Cette lois-ci, on a vraiment l'impression que le couvercle de la marmite est en train de sauter.Des questions et des idées qui avaient été profondément enfouies depuis des décennies resurgissent avec traînant plus de violence cl de passion qu'elles avaient été tenues eu veilleuse depuis plus longtemps.Depuis quelques mois, tics mots, des attitudes sont en train tle se désacraliser; sur la place publique on discute île plus en plus de socialisme, de planification, tle laïcisation, d'école neutre, d'agnosticisme, de droit à l'erreur.(A ce sujet, il n'est pas sûr que les jésuites ne fassent pas un peu les liais tle ce déblocage; certains s'opposent plus à tout ce qu'ils représentent qu'à leurs universités.Il n'est pas mauvais que de temps à aune persécuteurs et persécutés changent de rôle.) Ce déblocage n'est-il qu'un feu de paille?Peut-on espérer que l'heure de vérité est arrivée?Comment expliquer qu'un public qui paraissait naguère encore si désintéressé, si apathique, si défaitiste puisse changer si vile?Pourquoi ce mécontentement et ce radicalisme ne se sont-ils pas manifestés aux heures noires tlu diiplessisnie?Cela tient, me scmble-t-il, à l'un des traits les plus fondamentaux île notre caractère national, à un certain fatalisme, à une espèce île résignation devant des forces et des états de choses que nous croyons ne pas pouvoir maîtriser, ni changer.On considérait le régime Duplessis comme une équipe gagnante qu'il fallait se résigner à subir.Le pouvoir despotique et l'argent loin naître chez les petites gens des réactions ambivalentes: d'une part, on les réprouve niais, d'autre pari, on esl lasciné, finalement, on se range de leur côté.Ce fatalisme tient au caractère paysan de notre culture el à notre histoire.Tout au long des années, il nous a fallu nous résigner à noue sort et composer avec des forces et tles événements sur lesquels nous ne croyions pas avoir prise.Le processus démocratique n'étant pas, chez nous, bien assimilé ni bien enraciné, nous nous sommes souvent résignés à suivre le plus fort plutôt que île le combattre.Déjà, à la fin du régime français, le gouvernement de la métropole commençait à nous peser; puis sont venus les Anglais, les politiciens, les capitalistes, les Américains, ct par dessus tout cela le clergé qui nous a accablés de son omniprésence et tic sa puissance.Le Cana- 4 dicn a réussi à vivre avec tout ce monde-là en se résignant à son sort et en s'en tirant par beaucoup de bonne humeur et d'humour.Si ceux qui ont toujours parlé en son nom, petite élite clérico-bourgeoise, ont toujours été d'un extrême conservatisme, il ne faudrait pas en conclure à une apathie et a un conformisme généralisé.Quant A moi, je me range à l'avis d'une psychanaliste.Claire Mathieu-Fortin, (pti, après avoir étudié une communauté traditionnelle du Québec, écrit: "Extérieurement, on les jugerait liés pacifiques mais c'est qu'ils ne se donnent pas la peine de s'engager émotivement.A l'occasion, ils réagissent de façon explosive mais le plus souvent ils gardent longtemps rancune plutôt que de laisser libre cours à leurs sentiments agressifs." Il semble bien que le jour où les Canadiens auront la preuve qu'ils peuvent changer quelque chose, ce jour-là ils s'engageront émotivement et prendront leurs affaires en mains.Malgré les interdictions et les tabous, malgré l'atmosphère plombé, il existe chez nous un mince courant de radicalisme avec lequel nous devons renouer et qu'il faut alimenter et fortifier.AU NIVEAU DE M.JOHNSON Pour que le parti libéral réalise sou programme il faut (pic l'opposition au gouvernement cesse de se situer exclusivement au niveau de M.Daniel Johnson; il ne faut pas que les mises en garde viennent exclusivement du clergé.Ah! je sais bien que la bêtise au Iront de taureau veille et se prépare à renaître des cendres de l'Union nationale.Ne parle-ton pas couramment d'une puissante formation de droite qui grouperait des Libéraux, des unionistes et des drapistes dont le "chef" Drapeau lui-même prendrait la direction.Raison de plus, semble-t-il, pour que d'ores et déjà, une autre formation politique montre la voie au-delà de M.Lesnge et pour que la solution de rechange n'apparaisse plus comme venant exclusivement de la droite.Certains, comme M.Filion du Devoir avertissent charitablement les membres du Nouveau Parti de se résigner à passer les trente prochaines années dans l'opposition.N'y a-t-il vraiment pas moyen d'envisager la situation présente du Québec dans une autre optique?On parle de plus en plus, dans le Québec même, de l'état de sous-développement de la province à tous les niveaux: économique, social et culturel.C'est un signe de santé qu'on puisse enfin regarder la réalité en face.11 y a quelques années encore, on lapidait celui qui osait mettre en doute le fait que les Canadiens français étaient à l'avant-garde dans tous les domaines cl qu'ils n'avaient de leçons à recevoir de personne.Qu'on se souvienne de la grande mission civilisatrice cl évangélisatri-ce du Québccl Le jour où les Africains et les Asiatiques se sont rendus compte de leur retard, ils ont commencé à mettre les bouchées doubles.Pourquoi ne pas les imiter?Pourquoi laisser s'en- dormir le gouvernement Lesage pour ne le chasser qu'au bout de vingt-cinq ans comme celui de M.Duplessis?Est-ce utopique de penser que le Québec pourrait devenu socialiste avant la prochaine génération?théoriquement non.Ce sont souvent les formes sociologiques et sociales qui ont pris du retard qui évoluent ensuite le plus vite quand le milieu ambiant est favorable.C'est ce (pie Trotsky appelait "le privilège du retard historique", Veblen "la loi du développement accéléré" et les anthropologues "la foi du potentiel d'évolution".En gros, cette loi, qui s'applique autant à la biosphère qu'à la noosphère, veut (pie plus une forme biologique ou sociale est spécialisée et adaptée à un stade donné d'évolution, moins elle a de chance de passer au stade suivant.Pourquoi le Québec qui sort du moyenàgc de M.Duplessis s'inslallerail-il dans la démocratie libérale et capitaliste et ne se dirigerait-il pas tout de go vers le socialisme démot ratique?S'il existe un assez gland nombre de militants socialistes pour y croire et pour disséminer l'idéologie socialiste, la possibilité théorique devient de plus en plus réalisable.Il faudra cesser de chercher les raisons cpie nous avons de ne pas nous engager; les limites du possible, c'est nous qui les établirons.Même si l'on admet en gios ce qui précède, on pourra rétoiquer que point n'est besoin de lor-mer un nouveau parti pour surveiller le gouvernement Lesage: il ne manque pas de journaux libres, de syndicalistes et d'intellectuels pour critiquer le gouvernement, On connaît leur grande efficacité sous le règne de Duplessis: ils n'ont pas empêché grand-chose.C'est au plan strictement politique (pie la gain lie doit s'organiser si elle veut se faire entendre.En démocratie, rien n'est plus efficace que la frousse électorale.Si, dans Rouville et Juliette, l'opposition cul été de gauche, M.Lesage aurait-il lait sa déclaration réactionnaire sur le ministère de l'Education et les écoles confessionnelles?A supposer que la gauche s'entende pour former un parti politique, il reste à savoir si le Nouveau Parti représente l'occasion sur laquelle ils devraient sauter pour constituer re parti.'Fout dépendra de l'orientation que les Québécois donneront à son aile provinciale.Il me semble que si le Nouveau Parti veut réussir dans le Québec, il devra tenir compte d'un certain nombre de faits et de tendances proprement canadiens-français, je voudrais résumer ici mes impressions du colloque (pic le Nouveau Parti organisait le 20 novembre dernier; je les grouperai autour d'un certain nombre de notions: nalionalisme, laïcisme, radicalisme, socialisme et humanisme.Pour un homme de gauche, existe toujours un certain malaise à parler île nationalisme, plus particulièrement du nalionalisme québécois.Depuis plusieurs décennies, le nalionalisme a toujours été associé chez nous à des hommes, des idées et des attitudes de droite.De sorte que ceux qui, 5 depuis la (iu de la guerre, combattent l'idéologie doiniiiame du Québec — idéologie essentiellement tle droite cl nationaliste — se sont présentés ct ont été considérés comme tles adversaires du nationalisme.Cette schématisation globale devient tlt- plus eu plus équivoque, l'ont discuter de nationalisme, j'utiliserai la thèse tpie Gérard lier-geron tle I.aval exposait à un lécenl tollotpie à l'Université Carlcton." |e surprendrais sans doute beaucoup d'auditeurs en disant qu'a beaucoup d'indices récents, mais significatifs, l'éclatement de ce "provincialisme" mène à un "internationalisme" vague et noble, bruineux et hypnotique, passif ct généreux.Si cela est, la prochaine décennie i levain iniii mer au t oui il nui telle II', pol lièsc, nous sciions au début d'un curieux cl peut-être paradoxal phénomène: le passage du provincialisme d'hier à l'internationalisme d'aujourd'hui sans la médiation d'un nationalisme politique canadien-français ni, encore moins, d'un nationalisme pan-canadien".Si je suis en gros d'accord avei liergeron pour penser que, tlans le passé Cl au niveau de la niaise, on doit parler de provincialisme (attitude de repli, tic cohésion, d'homogénéité du groupe) plutôt tpie de nationalisme (attitude d'émancipation et de domination) et aussi pour penser que de plus en plus une certaine élite s'ouvre sur le reste tlu monde, je ne le suis plus quand il s'agit du stade intermédiaire, il nie semble que le Canada hantais s'oriente vers une forme tic pensée et d'attitude de moins en moins pio-vincialiste mais tle plus en plus centrée sur l'ensemble tlu Canada français, j'y vois là un phénomène tle différentiation progressive.A mesure «pie les structures se démocratiseront, à mesure tpie les réformes tlans le domaine tle l'éducation se poursuivront, à mesure tpie l'autoritarisme reculera, les Canadiens français deviendront de plus en plus conscients de leur appartenance ethnique; à mesure qu'ils participeront davantage à la vie tle la nation cl non plus seulement à la vie tle leur famille, tle leur village ou de leur voisinage, ils en viendront à penser le Canada français comme un (oui, comme une façon tle vivre, comme nue façon d'elle bouillies.El l'est dans iille mê-inc mesure qu'ils continueront à s'ouvrir au reste tlu inonde.Un moins il nie semble tpie t'est ainsi qu'évolue présentement la communauté canadienne-française: recul du provincialisme cl du nationalisme pan-canadien mais gain du nationalisme canadien-français et tle l'internationalisme.Plusieurs tles participants au colloque du Nouveau Parti m'ont confirmé dans cette opinion en déclarant que les Canadiens fiançais doivent se sentir chev eux dans te parti el pouvoir y élaborer un programme qui soit en harmonie avec-leur culture, leur mentalité el leurs aspirations.Pour être de gauche ils ne ressent pas d'être des nationaux.Canaliser cette fierté nationale vers un humanisme large et généreux, éviter les érueils du provincialisme mesquin de naguère, tel m'appâtait l'objectif de cette gant lie.Notre culture a été si longtemps close, homogène, indifférenciée tpie la plupart tles traits qu'on assignait à la culture globale s'appliquaient mécaniquement à tous les individus tpii en faisaient partie.C'est ainsi, par exemple, que Thomas Chapnis pouvait écrire en 1905: "OuïI un Canadien français qui n'est pas catholique est une anomalie, un Canadien français tpii ne l'est plus apiès l'avoir été est un phénomène monstrueux".Dans certains milieux ou raisonne encore comme Thomas Chapais: parce qu'un Canadien français est socialiste, radical ou agnostique, il nappai-lit ni plus à la communauté.D'autre part, certains anglo-canadiens qui s'entendent avec lies Canadiens français sur un programme socialiste ne sont pas loin de penser qu'il n'existe plus aucune différence entre eux et nous et que le programme soi ialisle devra être appliqué uniformément partout au Canada.Ce malentendu s'explique en p.uiie.On a cru, île pari cl d'autre, que parce qu'un i el tain nombre d'écrivains et d'intellectuels prenaient violemment à partie les politiciens du Québec et qu'ils combattaient l'idéologie moyen-neàgeuse d'une certaine élite, ils reniaient la cul-uue canadienne-française.Non.c'est simplement l'ère tlu nationalisme rose et messianique qui prenait lin, certains sont passés au nationalisme noir, la plupart veulent acheminer leur culture vers un humanisme universel.Assumer pleinement sa condition d'homme tlu vingtième siècle ne veut pas dire se couper de ses ratines nationales.On ne gagnera rien, tle part el d'autre, à prolonger le malentendu.UN PARTI RADICAL Une autre constatation qui nie semble se dégager de ce colloque c'est que le Nouveau Parti devra élre radical s'il veut réussir à se tailler une place au soleil cl jouer un rôle dans la communauté canadienne.Il n'y a pas tle plate pour un autre parti du centre.On l'a souvent fait remarquer: au Canada, vaste pays aux intérêts économiques, so-tiaux et ethniques multiples, la politique a toujours eu tendance à afficher un caractère gris, neutre, sans relief.S'il y a tant d'intérêts, de points de vue tle thèses différents à concilier que les partis se gardent du moindre radicalisme de peur tle s'aliéner une partie quelconque de leur clientèle.Ironie.C'est André Laurendeau que Pierre Vadboiicoeur avait qualifié de "rare accoucheur de modérés" qui mil de l'avant l'idée que le Nouveau Parti devait être radical.Au Canada français, la plupart des hommes politiques croient si bien que la mentalité générale correspond au conservatisme d'une certaine classe cléricale ct petite bourgeoise qu'ils croiraient aller droit à la défaite s'ils osaient eue radicaux.Ce n'est que lorsque les libéraux ont osé se présenter avec un programme relativement radical qu'ils ont réussi à cire élus.Pourquoi en serait-il autrement pour le Nouveau Parti?6 Mais il y a radicalisme el radicalisme.L'idée de M.Knowlcs que le Canada est maintenant assez avancé pour former un parti travailliste comme celui nui existe en Angleterre ne me semble pas particulièrement heureuse ni convaincante.Il doit bien y avoir d'autres raisons de londcr un parti radical au Canada.Et dans le Québec donc! Un Nouveau Parti qui, dans le Québec ne s'attaquerait pas au problème du laïcisme et du cléricalisme passerait à roté de la question la plus urgente et la plus délicate qu'il y ait à résoudre.Problème urgent parce cpie tout ce qui touche à la culture, à l'éducation, à l'hospitalisation, à l'assistance sociale, à la planification économique même en dépend.Présentement, aucun parti politique n'ose attaquer ce problème de front; le parti libéral se montre d'une prudence tatillonne là-dessus.Difficile et délicat problème aussi, parce que vouloir corriger les méfaits du cléricalisme — décoloniser l'Université, par exemple, comme le demandait récemment Vian-ney Décarie — peut sembler anti-religieux.Les catholiques anticléricaux ont un rêile de premier plan à jouer dans cette opération et dans le Nouveau Parti qui devrait l'entreprendre.Difficile aussi parce qu'il n'est pas sûr que les promoteurs anglo-canadiens du Nouveau Parti accepteraient de voir son aile québécoise s'attaquer à un tel problème.Au Canada, on a toujours été d'une discrétion exemplaire envers tous ce qui touche à la religion et au clergé.Dans ce domaine, le radicalisme du Nouveau Parti québécois devra être quelque peu différent de celui du Parti fédéral.OPPOSÉS AU SOCIALISME Il est un cliché qui court les rues du Québec et des autres provinces: les Canadiens français seraient résolument el traditionnellement opposés au socialisme, c'est-à-dire à une plus grande intervention de l'Etat en matières sociales et économiques.S'il est vrai que certains haut-parleurs de l'idéologie dominante ont tout fait pour accréditer cette idée, il n'en reste pas moins qu'on n'a pas apporté l'ombre d'une preuve à ce sujet.L'idéologie traditionnelle s'y oppose mais pour les Canadiens français, c'est un autre problème.Trop souvent, on a fabriqué de toutes pièces des "phi-losophies canadiennes-françaises" qui ne reflétaient que les opinions d'un petit groupe qui s'était érigé en définisseurs de situation.Le Nouveau Parti devra tout mettre en oeuvre pour expliquer aux Canadiens français qu'ils font les Irais du système de l'entreprise privée que leur vantent les Chambres de Commerce et les manufacturiers.Enfin, à ce colloque du Nouveau Parti, Jean-Paul Geoffroy du C.S.N.a prononcé le mot d'humanisme Mot vague sans doute, mot dévalorisé parce que les conservateurs sont sans doute humanistes, eux aussi, mais mot qu'il faut employer quand même ne serait-ce que pour ne pas en laisser le monopole aux réactionnaires de tout acabit; il n'est en effet pas sûr que Jos.-D.Ilégin lui-même ne soit pas lui aussi humaniste.Il ne faut pas que le Nouveau Parti n'ait eu vue que l'embougeoisement rapide des ouvriers; il ne faut pas que le Nouveau Parti raie la chance de formuler une politique, un idéal démocratique qui soit à la mesure du Canadien de la décennie soixante.A cpioi servirait île londcr un Nouveau Parti s'il fallait que ce ne soil qu'une question de pourcentage de nationalisation des industries el îles services publics qui le différenciât des autres partis, il y aura toujours un économiste libéral pour prouver chiffres en mains, qu'il ne faut pas nationaliser à 40% mais à 80%.La belle al-fairel S'agit-il bien de cela?Ne s'agit-il pas plutôt de penser la société de l'avenir! Le Nouveau Parti ne peut pas se payer le luxe de n'être qu'une pâle transcription du parti travailliste anglais.Peter Sliorc, qui a vécu celle CxpéricUCC travailliste, écrit dans Les temps modernes de mai-juin I9G0: "Je ne croyais pas que nous nous dirigions vers une société socialiste.|e voulais dite par là que je ne voyais guère de signe d'une égalisation dans la répartition des revenus, de la richesse ci aucun signe eu ce qui concerne la i ('partition du pouvoir.Je voulais aussi dire que je ne voyais aucune transformation sensible dans les valeurs de la société, aucun déclin de l'esprit de lucre, aucune prise de conscience de notre engagement cl de la nécessité où nous sommes de nous engager.notre société reste une société de classe.Les institutions qui la maintiennent prospère cl les relations entre les hommes continuent d'être dominées par l'argent, la puissance et l'origine soi iale.la propriété et le contrôle de l'industrie formeni toujours la chose matérielle qui soutient la structure de classes de notre société.Pourtant, malgré le "socialisme de guerre" et le gouvernement Atlee.malgré les nationalisations, l'impôt sur les successions et l'accroissement de la fiscalité, la Structure (le classe reste aussi solide qu'elle ne l'a jamais été." On aurait tort de croire que les nationalisations, que la propriété nationale apporte avec elle le "changement de vie" que le socialisme croyait instaurer.Peter Shorc ajoute: ".ceux qui gèrent les biens de la communauté — quelle que soit la forme légale de la propriété — s'en serviront pour s'octroyer des positions privilégiées el des rémunérations élevées et pour transmettre à leurs héritiers tout te qu'ils pourront leur transmettre.Lorsqu'il n'y a point de contrepoids démocratique une "nouvelle classe" semble inévitable.Je ne veux pas d'une société où une élite qui regarde le monde par les fenêtres d'une salle de Conseil d'Administration, prend les grandes décisions ei empoche les gros salaires, tandis que la masse îles gens exclus du pouvoir et des responsabilités cultivent leur jardin ou regardent la télévision.A la place, je veux une société qui fasse ses institutions pour que les hommes puissent décider eux-mêmes et être leurs propres maîtres.Car, en définitive, nous ne sommes que ce (pie la Socié- (suite à la page suivante) 7 Lettre à un ami Français Jean-Charles Falarrfeau ".Vous m'avez demandé si j'étais optimiste ou pessimiste, je vous ai répondu que j'étais, selon les moments, l'un et l'autre.El je ne suis probablement pas le setd à osciller ainsi d'un mouvement pendulaire.Plusieurs d'entre nous sont devenus perplexes, Tout au moins, je le suis.Je vous ai rappelé tout ce que signifiait pour nous le lait d'être membres d'une petite société.Les anthropologues nous ont beaucoup parlé des petites sociétés de type primitif, illettré, ou isolé.Mais les sociologues nous ont encore très peu parlé des sociétés qui, comme la nôtre, bien que faisant panie du monde contemporain évolué, demeurent pelites quant à leur rayon d'existence et à leur champ de contacts.Je sais que la société canadienne-française devient de plus en plus volumineuse, de plus en plus hétérogène.Gérard Pelletier avait raison d'allumer, au banquet du cinquantième anniversaire du Devoir, qu'elle est en nain d'acquérir plusieurs visages.Mais elle demeure une société petite.D'abord en ce sens qu'elle esl insulaire.Non pas géographiquement mais culturcllcment.Nous sommes entourés, circonvenus, pressés de toutes pans par l'immensité d'un continent qui nous est étranger.Nos frontières sont linguistiques, religieuses, historiques, Le Canadien français ne peut aller bien loin (à l'ouest de l',7IK,IH'j élèves: .'1.376 écoles supérieures pour 2,897,646 étudiants; '-'l.r> collèges ci 285 universités pour 612,106 étudiants.861,311 professeurs dispensent renseignement dans toutes tes institutions, la Irécpicnlalion scolaire est obligatoire durant ncul années à compter de l'âge de six ans.C'est dire que tous les enfants séjournent durant six années à l'école primaire, après cpioi ils doivent fréquenter l'école intermédiaire durant trois ans.Ces études obligatoires achevées, les jeunes soul libres ele s'inscrire au collège ou à l'université où l'enseignement esl gratuit(l) ce qui permet d'effectuer une sélection des candidats à renseignement supérieur eu ne tenant compte que des aptitudes.Les demandes dépassent considérablement les possibilités d'inscription (un sur ciiiej est reçu), ci l'on cite plusieurs cas de jeunes recalés qui se sont suicidés.Le professeur est le personnage le plus respecté au |apon après le père de famille.Il jouit partout de privilèges et de priorités.Quantité de gens se piquent d'avoir un brevet universitaire.11 n'est pas rare de rencontrer des chauffeurs de-taxi, des garçons d'ascenseurs, des geichas ou même de simples Mlles de table pourvus d'un tel brevet.Les glandes avenues regorgent de: librairies où des flâneurs riches et pauvres sont avides ele pal- (1) A preuve le sens étymologique des noms des grandes villes comme Toklo: To (do l'est), kio (capitale): Kioto: kio (capitale) to (ville); Fukuoka: Fuku (bonheur), oka (colline); Fukushima: Fuku (bonheur), shima (ile, colline); Nagasaki: Naga (grand), saki (promontoire); Osaka: O (grand), saka (côte); Hiéroshima: Hicro (large), shima (ile, colline); Yokohama: Yoko (de côté), hama (baie), etc.(1) Les frais d'inscriptions annuels sont de 9,000 yens, i.e.vingt-cinq dollars, pour les universités d'Etat.De vingt à cinquante mille yens pour les institutions privées ou spécialisées.13 pcr les éditions récentes qui sont innombrables (on compte 2,123 éditeurs dans le pays).Les livres sont peu coûteux, ires beaux, ct ils s'enlèvent comme des pains chauds.Il > eu a pour tous les goûts; la plupart îles giands auteurs contemporains de l'Occident soin traduits et par conséquent, très connus dans les milieux intellectuels.Soulignons cil passant que les journaux japonais ont un tiiage tle 35 millions d'exemplaires, soit le plus considérable au monde aptes celui des USA.31)7 Japonais sur 1,01)0 achètent nu journal.Une pareille moyenne n'est dépassée tpie par la Grande-Bretagne, la Suède et la Finlande.LA CULTURE De (et enthousiasme Fébrile, il ne faudrait pas déduire que l'école au japon n'est qu'une entreprise tle bourrage de crâne.Au contraire, elle s'efforce de former toui l'être.Elle fait une large pari à l'étude tles ails — tle la musique en particulier — et à la pratique méthodique des sports.Le fapouais raffole de musique — de toutes les musiques: du classique japonais au classique européen, en passant par le jazz ci même le giégo-rien.Toutes les écoles sont en mesure d'initier à la maîtrise de la plupart des instruments de l'orchestre moderne.L'Université des Ans à Tokio se spécialise dans l'enseignement du folklore et de la musique nadilioimcllc japonaise.Pour ce tpii est tlu sport, les jeunes — et aussi les moins jeunes — le pratiquent, non pas tant eu guise tle détente, mais comme une ascèse.Rien de-plus sérieux qu'une équipe tle ballon-panier eu train île mettre au point une passe.ou un étudiant qui s'entraîne à la course sur la chaussée d'une grande avenue! L'INDUSTRIE On comprend, dès lors, que dans celte fièvre de recherches cl d'étude, les experts et les techniciens se multiplient à un rythme fou pour assurer le loin tionnemeni d'uni- industrie de plus en plus diversifiée el pour eu accroître le rendement qui est déjà phénoménal.Le japon fabrique de lotit et ses produits sont recherchés dans le monde entier.Sa main-d'ocuvre experte cl surabondante délie toute concurrence, de sorte que, dans tous les loyers du monde, on esl à peu près sûr de trouver des objets étiquetés: Mode in Japon, LA FEMME Mais on aurait une idée imparfaite du milieu culturel et social du japon si on négligeait déparier du rôle de la femme.Pour effacé qu'il soit, il n'en est pas moins important.En effet, partout en Orient, la femme ne préside pas aux destinées de la société de la même façon qu'eu Occident.Elle ne jouit d'aucune priorité, elle n'est l'objet d'aucune adulation, elle est entièrement soumise à l'autorité tlu chef tic la famille, mais elle n'influence pas moins, pour autant, le comportement de la société.Elle est l'ornement tlu foyer.C'est elle tpii préside à la cérémonie du thé: c'est elle qui s'occupe de l'arrangement des Heurs et de l'entretien de l'autel des ancêtres: deux tâches à caractère sacré.C'est elle, enfin, tpii, par sa présence discrète et souriante, perpétue les traditions parfois complexes tle la courtoisie et de l'hospitalité.Elle est l'épouse, la dame, tlans le sens romain du ternie.Elle esl celle qu'on révère, qu'on respecte et qu'on protège.LE SEXE La femme n'est pas une vestale pour autant, niais le sexe — au fapon comme dans la plupart des pays asiatiques — n'est pas, comme en pays chrétiens, une fonction honteuse qu'entrave un sentiment de culpabilité.Il est considéré comme un besoin physique naturel, sans plus.Depuis la guerre, la prostitution n'existe plus officiellement, c'est-à-dire qu'elle n'a plus le c.i-ractère commercial qu'elle avait fini par avoir à la laveur de l'occupation île l'armée américaine.Elle est rcdcvcnuc l'institution traditionnelle qui n'a pas pignon sur rue el dont personne ne parle.Un peuple aussi policé ne parle pas plus tle ces choses-là qu'il ne parlerait de ses viscères ou de ses troubles gastriques.HISTOIRE Ce n'est là qu'un lotir d'horizon très sommaire, mais il suffit déjà à démontrer à quel point il est vrai de dire que le japon possède l'une tles plus grandes civilisations d'Extrême-Orient, et ce, en dépit du fait qu'il n'est qu'un nain à cê>tc de ses puissants voisins de (mine ct tic l'Inde.Sa population n'est que de 92 millions d'habitants el pourtant son influence est sensible partout eu Asie.Il est incontestablement l'un îles maîtres tle l'hémisphère oriental, bien tpie, tle tout temps, on lui ait contesté toute prétention aux privilèges que devrait lui assurer ce titre.Sa situation d'insulaire, eu marge du continent asiatique, lui crée les mêmes besoins d'expansion que l'Angleterre, en marge du continent européen.Si cette dernière a pu se tailler un empire sans rencontrer trop d'obstacles, le Japon a échoué dans toutes ses tentatives tle complète en Chine ou à Formosc.Dieu sait pouiianl à tpiel point l'espace vital lui fait défaut.SURPEUPLEMENT Sa population est la cinquième en importance dans le inonde, après celles île la Chine, de l'Inde, tle l'URSS et des USA.La densité tle cette population est tle l'ordre de 247.6 habitants au kilomètre carré, soit l'une tles trois plus fortes dans le momie, après celle de la Hollande (313) et de la Belgique (291).C'est dire que le problème dit surpeuplement se pose d'une manière très aigiie.Comment le 14 résoudre si, d'une pari, tontes ses tentatives coloniales lui sont imputées à crime, et si, d'autre part, presque tous les pays lui ferment lents frontières?Les autorités responsables en sont réduites à intensifier une campagne nationale de limitation des naissances.C'est une solution désespérée, niais de l'avis des observateurs les plus sérieux, c'est vraiment la seule qui s'impose dans les circonstances.Sans doute, les lies Hawaii, le Pérou et le llrésil favorisent respectivement une politique d'immigration japonaise depuis plus d'un demi-siècle, mais ces exutoircs sont insignifiants en comparaison de l'accroissement colossal d'une population (pti atteindra le chiffre de KU> millions entre I96C et 1
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