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Cité libre.
Cité libre est la revue d'idées québécoise la plus connue des années 1950. Ses auteurs alimentent la réflexion sur les moyens de changer le monde politique pour accélérer le progrès économique, social, intellectuel et spirituel du Québec. [...]

Cité libre voit le jour à Montréal dans une période ponctuée de signes de mécontentement face au traditionalisme de la société québécoise et du gouvernement de Maurice Duplessis. La revue fait son apparition un an après la grève de l'amiante d'Asbestos et deux ans après la parution du manifeste Refus global.

D'abord trimestrielle, Cité libre est la revue d'idées québécoise la plus connue des années 1950, alors que son influence est plus grande que son tirage pourrait le laisser croire. De 1500 exemplaires en 1951, celui-ci ne dépassera pas 6000 ou 7000 exemplaires. En leur qualité d'intellectuels, des auteurs de la revue se voient offrir une tribune à la télévision de Radio-Canada et participent aux conférences de l'Institut canadien des affaires publiques.

Cité libre est perçue comme la revue d'une génération de penseurs influents. Plusieurs de ses collaborateurs des années 1950 se sont côtoyés durant leurs études et ont été de prééminents militants de la Jeunesse étudiante catholique. Le personnalisme chrétien est d'ailleurs manifeste dans l'engagement social des auteurs. Selon ce courant spirituel, l'homme d'action rationnel doit être au coeur d'un catholicisme renouvelé, parce qu'intériorisé plutôt qu'ostensible et socialement omnipotent.

Le respect des auteurs de Cité libre pour l'Église ne les empêche pas de poser la revue en porte-étendard du combat libéral contre le cléricalisme, le duplessisme et la collusion entre l'Église et l'État, par la dénonciation de l'idéologie traditionaliste et la mise au jour de la corruption électorale.

Intellectuels, les auteurs de Cité libre sont imbus de philosophie politique et profitent de leur tribune pour alimenter la réflexion sur les moyens de changer le monde politique pour accélérer le progrès économique, social, intellectuel et spirituel du Québec. La perspective éthique et juridique libérale adoptée par les auteurs vise à favoriser le développement et le respect des droits de la personne dans un esprit humaniste et universaliste.

Plusieurs auteurs de Cité libre conviennent que l'émancipation de l'homme moderne passe aussi par la reconnaissance de la lutte des classes. Dans les années 1960, l'amalgame du socialisme et de l'indépendantisme québécois sera toutefois la cause d'intenses tiraillements au sein de la revue.

Cité libre est publiée mensuellement de 1960 à 1966, puis de façon saisonnière sous le titre des Cahiers de cité libre jusqu'en 1971. De 1991 à 2000, Cité libre réapparaît d'abord comme revue bimensuelle, puis saisonnière. Le fédéralisme et l'unité canadienne sont alors ses principaux chevaux de bataille.

Quelques grands collaborateurs de Cité libre : Gérard Pelletier, Pierre Elliott Trudeau, Fernand Dumont, Pierre Vadeboncoeur, Léon Dion, Gilles Marcotte, Jean Paré, Réginald Boisvert, Charles Taylor, Charles Gagnon, Jean Pellerin, Naïm Kattan, Jean Le Moyne, Pierre Laporte, Marcel Rioux, Pierre Vallières, Guy Cormier, Louis O'Neill, Jeanne Sauvé, Jacques Hébert, Guy Rocher, Vincent Lemieux.

BÉLANGER, André J., Ruptures et constantes - Quatre idéologies du Québec en éclatement : La Relève, la JEC, Cité libre, Parti pris, Montréal, Hurtubise HMH, 1977, p. 65-135.

LALONDE, Marc, « Ce qu'est pour moi Cité libre », Cité libre, vol. 28, nº 4, automne 2000, p. 33-35.

LÉVESQUE, Michel, « À propos du tirage de la revue Cité libre », Bulletin d'histoire politique, vol. 3, nº 2, hiver 1995, p. 151.

WARREN, Jean-Philippe et E.-Martin MEUNIER, « De la question sociale à la question nationale - La revue Cité Libre (1950-1963) », Recherches sociographiques, vol. 39, nº 2-3, 1998, p. 291-316.

Éditeur :
  • Montréal :Syndicat coopératif d'édition Cité libre,1950-1966.
Contenu spécifique :
avril
Genre spécifique :
  • Revues
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Cahiers de cité libre.
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Cité libre., 1961, Collections de BAnQ.

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Xlle année, No 36 AVRIL 1961 NOUVELLE SÉRIE (lire en page 3 l'article de Guy Cormier) (Anna Hébert: lire en page 21 l'article de Jeanne I.apointc) SOMMAIRE Société "unanime" ou société "neutre" Aurèle KOLNAI Conformisme et liberté Adèle LAUZON Les demi-mesures Alice POZNANSKA Art et architecture Guy VIAU Les textes de: Maurice Blain, Pierre Vadeboncoeur, Georges Corbeil, Ycrri Kcmpf, Claude Fournicr, Réal Benoit, Pierre Juneau et la dessins de Normand Hudon. Sommaire Xlle année.No 36 Avril 1961 Revue mensuelle Comité de rédaction Directeur: Gérard Pelletier Directeur-adjoint: Pierre-Elliott Trudeau Secrétaire de ta rédaction: Jacques Hébert • Editeur ct propriétaire Le Syndicat coopératif d'édition Cité libre Imprimé à Montréal par l'Imprimerie Judiciaire Enrg.Autorisé comme envoi postal de deuxième classe Ministère des Postes Ottawa Rédaction et administration 1130 est, rue Lagauchetière Montréal 24 — LA 3-1182 Service des abonnements: Périodica Inc.5090, av.Papineau Montréal 34 — LA 6-3361 Abonnement annuel: $3.50 Abonnement de soutien: $10 Vente au numéro: Agence de Distribution Populaire 1130 est, rue Lagauchetière Montréal 24 — LA 3-1182 O0£aj 2 Pag c .*> Fortune nouvelle du nationalisme Guy Cormier Page 5 Société "unanime" ou société "neutre"?Aurèle Kolnai Page 10 La guerre de Troie n'a pas eu lieu Maurice Itlain Page II Conformisme et liberté Adèle Lauzon Page 17 Les demi-mesures Alice Poznanska Page 19 Faites vos jeux Page 21 "Mystère de la parole" par Anne Hébert Jeanne La pointe Page 22 "Rhum Soda" Pierre l'adeboncoeur Page 23 "Heureux les pauvres en esprit" Georges Corbeil Page 27 D'un gigantisme au niveau des besoins Guy Vian Page 2!) Quanti la Comédie Française donne des leçons Ycrri Kern \>\ Page 30 Cinéma Claude Fournier, Real Benoit, Pierre Juneau Page 31 De qui sont ces textes?La maquette typographique oai do GUloi nobort CITE 1 ïït 11.Ju AjIjO NOUVELLE SÉI.IE A qui appartient Cité Dbre?Dans sa livraison de février 1951, soit dans la deuxième année de son existence, Cité libre, répondait à celte question de la façon suivante: "Personne ne possède la revue.Tiré a 500 exemplaires, le premier numéro nous coûtait 250 dollars.Les dix collaborateurs réguliers ont misé chacun 25 dollars ct «ont rentrés dans leurs fonds en distribuant chacun cinquante exemplaires a 50 cents pièce.Les administrateurs de carrière souriront; nous sourions aussi." Pour marquer son dixième anniversaire Cité libre s'est réorganisée.Non contente de faire peau neuve dans sa présentation, la revue adopte un nouveau rythme île parution.Elle devient mensuelle.Au plan administratif, elle devient une coopérative d'édilions en bonne ct duc forme, qui comprend déjà — et les portes n'en sont pas fermées — soixante-quinze membres.Ces soixante-quinze membres, actionnaires de la coopérative, sont donc les propriétaires de la revue.Réunis en assemblée générale annuelle, ils élisent un conseil d'administration qui, à son tour, choisit le directeur de la revue.Tous les abonnés sont reconnus comme membres auxiliaires de la coopérative et invités a l'assemblée générale qui a lieu en octobre autant que possible.Le conseil d'administration, élu lors tle l'assemblée générale du 18 novembre 1900, est formé des personnes suivantes: PRÉSIDENT: Jean Doitalor VICE-PRÉSIDENT : Jamos Hodgson SECRÉTAIRE : Claudo longpré TRÉSORIER : Yvet-Aubort Côté DIRECTEURS : Bsnoll Baril Jacques Hébert Edgar Lespéranco Gérard Pelletier Plorra-E.Trudeau COMITÉ DE SURVEILLANCE : J.-Z.-L'éon Palonaude, président Jeanne lapointe Roland Parentsau ARCHIVISTE : Pierre Tanguay VÉRIFICATEUR : Bernard Dubé, C.A.Pour être sûr de ne pas manquer un seul numéro ds CITE LIBRE nouvelle série ON S'ABONNE 1.En utilisant le bulletin cl-dessous ou 2.En recopiant ce bulletin sur une feuille blancbe BULLETIN D'ABONNEMENT A remplir et i (dresser a: CITE LIBRE C.P.10, succursale Delorlmler Montréal 34.Veuillez recevoir du soussigné la somme de ?$3.50 pour un abonnement d'un an à Cité Libre ?$10.00 pour un abonnement d'un an (de soutien) A partir du mois de.1SQ1 Au nom de.„.?CADEAU i.v.p.adresses'à'i'abon-oé une carte avec mes meus.Signé .Soussigné.Adrewe. Fortune nouvelle du nationalisme Guy Cormier ON voit mieux aujourd'hui que le nationalisme québécois a perdu deux batailles importantes.Il a perdu la guerre d'abord.Toute l'intelligentsia nationaliste canadienne-française a cru en la victoire de l'Allemagne nazie.Je ne dis pas qu'elle l'a souhaitée vivement.Je pense qu'elle y a cru et qu'elle l'a envisagée sans déplaisir.La deuxième bataille que le nalionalisme canadien-français a perdue est la bataille de l'immigration.Cet échec était lui-même le salaire de l'isolationnisme si diligemment entretenu avant et pendant la guerre.La question de l'immigration s'était posée avant la guerre.Je me rappelle les articles indignés que publiaient en 1037 et en 1938 les organes nationalistes.On y donnait à entendre que les méchants Anglais, ruminant de noirs desseins, avaient décidé de noyer le peuple canadien-français sous des vagues d'immigration britannique.Les chiffres paraissaient apporter un certain appui a ces théories déprimantes.Mais quand à la faveur des migrations qui ont suivi la guerre il fut devenu possible aux Canadiens français de fortifier en leur faveur le sup-ort ethnique qui vient du nombre, ils n'ont pas su ou pas voulu ouger.Les conséquences de cette faillite sont d'ores et déjà incalculables.Elles sont à tout le moins équivalentes à la saignée qu'a pratiquée à la fin du siècle dernier l'exode de milliers de Canadiens français vers les Etats-Unis.On aurait pu penser que le nalionalisme ne se relèverait jamais de la guerre et de l'immédiat après-guerre.Il s'est relevé.Le phénomène n'est pas exclusif au Canada.Partout dans le monde les nationalismes reviennent en faveur.Le nationalisme a acquis de nouvelles lettres de créance chez nous à la faveur de la décolonisation et de l'anticolonialisme.Si paradoxale que l'affirmation puisse paraître, c'est, finalement aux intellectuels de gauche que le nationalisme doit sa résurrection. Comment cela s'cst-il passé?Il y a toujours pé-iil à proposer aux populations, siiitoul si ou le lait sur un ton passionné, îles problèmes qu'elles ne peuvent pas résoudre.Or, le Canada français ne peut rien pour les pays dits sous-dévcloppés (en dehors évidemment de sa participation par l'intermédiaire du Gouvernement fédéral à di-vers plans d'assistance), anciennes colonies promues au statut d'Etats souverains ou en voie d'acquérir le statut d'Etals souverains.Il n'a pas trop île ses ressources en hommes, en argent, en techniciens pour peupler et équiper son immense territoire, Ou la bien vu dans l'allaite du Congo.Appelés à fournir 500 professeurs à ce pays malheureux, nous n'avons pu aligner que 5 noms tic professeurs, l'.t encore, il s'est révélé que sur les cinq trois ne faisaient pas l'affaire.il faudrait dire i> i un mm de l'Algérie (I), parie qu'a propris de colonialisme c'est vers la France que s'csl tourné le plus souvent le regard réprobateur des inquiets.Comme la province de Québec n'a pas voix au conseil ele la Nation française, comme d'autre part, elle n'est pas une colonie de la France, la combat anticolonialiste de l.i gauche ne pouvait prendre que îles formes symboliqut s, La oi'l le sang esl versé, les prises de position purement symboliques sont d'une extraordinaire fragilité, Elles loin presque invariablement boomerang.Je voudrais être bien clair ici.Ce que je veux dire, c'est qu'il supposer épie les ul-Ira-nationalistes européens d'Alger eussent eu la liberté et les moyens d'exposer leur point ele vue au Canada, il leur aurait suffi, pour cire entendus des Canadiens, de répéter un nombre suffisant de fois la phrase suivante: "La France nous abandonne en Algérie, comme elle vous abandonna naguère sur les bord* du Saini-I.au-lent." Dans les engagements qui finalement n'engagent à tien du tout, sinon à paraître engagé, on risque fort, à la longue, d'êirc étranglé par ses propres principes (_).("est une expérience amère «pu- les droites de tous les pays ont laite souvent, que Us forces associées à la gauche ne paraissent pas toujours capables ele: s'épargner.Dans notre' (1) Il est remarquable quo personne chez nous n'ait pensé à rappeler imc- la colonisation ele l'Algérie a pesé el'un certain poids sur notre propre destin.Dans une1 lettre datée du ::t juin l,';iu, l'abbé Charticr, ancien curé ele Saint-Benoit, i[ui avait pris la part des Patriotes, déplorait l'échec ele Pa-plnoau cpii, à Paris, essayait ele sauver in extremis la Révolution do 1B:17."La France, écrivait-il, est trop occupée ele son Algérie pour tourner son attention sur le Canada." (2) "Y aurait-il de l'illogisme à favoriser la décolonisation chez les peuples sous-dévcloppés, cl à refuser le séparatisme québécois au Canada?Je ne le crois pas.Et pour plusieurs motifs." (André I.au-rendeau, Le Devoir, 20 février 10'Jl).Ces motifs, les lecteurs du Dovoir, journal d'action et île combat, pourront ne pas les avoir trouvés entièrement convaincants.pays, la droite a tenu en haleine îles générations ele Canadiens en dénonçant inlassablement la République française, laïque, démocratique et socialiste comme l'incarnation même ele l'esprit élu Malin.Aujourd'hui, aux yeux ele certains intellectuels de ma paroisse, la Képubliepic française appâtait comme cléricale, totalitaire et impérialiste.La représentation qu'on donnait récemment dans celte même revue — janvier l'.Mïl — élu régime qui prévaut à l'heure actuelle en France n'est pas plus exacte que l'image qu'en donnait naguère la droite ad usum Dclphini.Dans ce grand jeu verbal où l'on se passe ele bouche eu oreille, comme eles formules cabalistiques, les mots île colonialisme, d'anticolonialisme, de décolonisation, d'autodétermination, d'intégration, ce soin ceux epii parleront le langage le plus clair, le langage: le plus proche des réalités eanadiennes qui paraîtront avoir raison.Dans ce pays, le nôtre, où il n'y a pas d'oppression, mais où il existe eles inégalités ele Fait parfois cruelles, ce sont ceux qui feront ele l'anticolonialisme au nom ele l'intérêt des Canadiens français c|iiï paraîtront avoir raison aux yeux des Cana-eliens français, el non ceux qui s'agitent au nom ele l'intérêt de peuples sur lesquels nous sommes médiocrement instruits.Quand les néo-nationalistes s'écrieront: "Les vrais anticolonialistes, c'est nous!" ils paraîtront avoir la logique pour eux.Ceux epii n'eu tomberont pas el'ace oie! tout île suite passeront pour eles ele'gonllés ou eles li i-volcs.Si on voit très bien à quoi le nationalisme doit sa nouvelle fortune, on voit moins bien oit il va.Un Liât complètement indépendant au Québec ne saurait naître que dans et par l'athéisme, comme sont nés presque tous les Liais démocratiques modernes qui ne sont pas eles Etals anglo-saxons.Je n'exprime pas un voeu, je pense que les choses se passeraient de celle façon.Le rejet de loin symbole de sujétion ou d'allégeance à la Couronne britannique ne saurait aller chez nous sans le rejet des symboles religieux, sans, en tout cas, un anticléricalisme virulent, auprès duquel les explosions actuelles de mauvaise humeur ne sont que d'innocentes bouderies d'enfants ele choeur.L'Eglise catholique ne s'y est pas trompée qui a toujours accueilli avec la plus grande réserve les entreprises les moindrement sérieuses des nationalistes québécois.Les événements ele 1837, sur lesquels tous les Pouvoirs, quels qu'ils lussent, se sont entendus pour jeter un voile pudique, comportent une leçon utile.Le lieutenant-gouverneur ele la province a beau parler au nom d'une reine dont la religion officielle n'est pas le catholicisme, il lui est loisible ele mettre le nom de Dieu dans ses discours.C'est une satisfaction à laquelle le peuple ele Québec n'est pas prêt à renoncer, à laquelle- il n'est pas près de renoncer.(suite 6 la page suivante) Société "unanime" ou société "neutre" M.Aurète Kolnoi, philosophe et professeur, est un vieil ami do "Cité libre" depuis le temps pas si lointain où il enseignait ù l'Université Laval.Aujourd'hui fixé ù Londres, il continue son amitié à la revue ct c'est avec joie que nous publions ici le texte rsmarqunble où il exprime certaines réserves propre i à nous taire rélléchir.T 'ARTICLE fondamental de M.Gérard Pelle-tier (/'V» Vunanimité, numéro d'octobre liloO).suivi par celui, excellent à son tour, tle M.Bertrand Rioux (Réflexions sur notre chrétienté.uuvembour tous les citoyens, au-dessus de toutes les factions religieuses.5° Cette fonction primordiale de la démocratie authentique, de sauvegarde et d'arbitrage, ne peut s'accomplir: a) Sans la reconnaissance du principe c le la laïcité ou de la non-confessionnalité dans les insti-tenions politiques tle la cité, considérées comme fondement des libertés civiles: b) Sans l'instauration de la neutralité scolaire, c'est-à-dire d'un système d'enseignement public où l'Etat puisse assurer une égalité réelle de droits et d'obligations à ions les groupes qui composent la nation, sans discrimination culturelle ou religieuse.DE L'ART DE DISTINGUER.Il faut se gauler ici de concevoir trop étroitement les notions tle laïcité, neutralité ou non-confessionnalité souvent associées à des formes variables d'intolérance, de fanatisme ou d'athéisme militant devant le fait religieux.Dans la laïcité, le |x>uveiir civil sanctionne l'état ele diversité d'une société dont il émane, et que le pluralisme exprime simultanément par le caractère raulti-confessionncl ci non-confessionnel des options individuelles et collectives.'Il ne fait epic reconnaître cl respecter une donnée de-fait, sans porter aucun jugement de valeur sur le contenu tle ces options.Par la nantie même de sa fonction qui consiste à veiller au bien commun temporel, l'Etat n'a aucune obligation devant le phénomène religieux, sinon celle de garantir l'exercice de ses formes particulières de liberté d'expression.l'ur lu neutralité ou la non-confessionnalitê, (1) l'Etal assume une de ses premières et plus hautes responsabilités qui est de promouvoir le progrès intellectuel de la nation.Lui seul peut et doit être investi de la tâche d'enseigner le peuple, d'é- (Il Pour supplément de clarté, il convient de préciser Ici une position constante dans cette étude.Ces réflexions ne se proposent pas d'examiner les droits de l'Eglise dans la société civile, mais les droits et devoirs politiques de la démocratie en matière d'enseignement, compte tenu du fait religieux.Il me parait ressortir de la nature même de la démocratie qu'elle doit être a religieuse, mais rceonnaitre et respecter la liberté de fol ou d'incroyance comme un droit civil fondamental.Ce qui comporte Implicitement non un jugement de valeur sur la nature ou le contenu de la fol, mais une simple reconnaissance du fait religieux.Je n'établis aucune distinction réelle entre neutralité et non-confcssionnalité.Sur le plan politique, neutralité ou non-confcssionnalité ne se définissent pas en soi, ce qui est une absurdité, mais dans une relation réelle de l'Etat h la liberté religieuse.Aussi suis-je amené à rejeter comme purement formelle et académique la distinction qu'ont consacrée entre les deux termes la pensée et la théologie traditionnelles.12 clifier les structures d'un système scolaire, d'harmoniser les divers degrés de l'enseignement, de garantir le financement et l'administration de ses institutions.A cette responsabilité assumée, l'Etal doit adjoindre la liberté des citoyens, infiniment diverse, de confier à toute église le droit d'enseigner la loi.Mais l'exercice tics biens communs particuliers, dans l'autonomie même du spirituel, demeurent soumis à l'administration du bien commun qui appartient à la démocratie politique.N'est-ce pas la fonction même d'un Ministère tle l'Instrtitlion publique que cette administra-lion?Dont l'absence en cette province qui se réclame si fort de l'humanisme occidental et se croit pénétré des plus vieilles traditions spirituelles françaises, donne la mesure de notre incurie intellectuelle.(La récente déclaration de M.Jean Lesage: "Jamais mon gouvernement n'acceptera un Ministère tic l'Instruction publique.", )>ose pour lui un fâcheux dilemme.Ou il dit ce qu'il pense, et nous sommes en pleine réaction.Ou il dit le contraire, et nous sommes en pleine démagogie.) Notre conception tle la démocratie est encore bien étriquée, bien mal assurée qui fonde sa doctrine polititpie sur une tradition qui associe valeurs de culture française, valeurs de loi chrétienne et gouvernement de la cité.LE DANGER DE LA DISSIDENCE Un danger mortel guette l'avènement de la laïcité et tle la neutralité scolaire, celui tle la dissidence.Certaines minorités religieuses de culture française, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du catholicisme, de même qu'une importante fraction agnostique rêvent d'instaurer, paralèllement au système public bi-confessiotmel, un réseau privé ou semi-public d'enseignement.Pour fonder leurs revendications, ils invoquent deux ordres d'arguments: a) La législation scolaire actuelle qui consacre dans l'école "neutre" le tlroit à la dissidence; b) La liberté civile de religion que peut démocratiquement exercer tout citoyen.A partir de justifications légitimes en tlroit, mais parfaitement contradictoires si on les examine attentivement, il faut redouter qu'un système scolaire "neutre" de caractère privé se heurte à de très graves obstacles et nous entraîne aux pires conséquences: Les dispositions législatives de la I^oi de l'Instruction Publique ont conçu l'hypothèse de I'"é- tole neutre" tlans une condition extrême de dissidence et à titre exceptionnel.Il est pénible tle présumer qu'une crainte de guerre religieuse a cédé au souci de justice sociale.Aussi l'institution de l"'école neutre", théoriquement accessible, est-elle, tlans l'état actuel de notre législation, totalement, démunie îles structures, de la représentation, tics leviers administratifs et des ressources financières essentiels à son fonctionnement.Deux obstacles surtout paraissent actuellement tlifficilcs à surmonter.Le premier, d'ordre financier: en effet comment concilier la dispersion physique tles "neutres" avec la nécessité d'une entité géographique limitée sur laquelle repose toute l'économie de: la taxation scolaire; ce qui en Tait conduit fatalement à la double imposition, démocratiquement irrecevable ci économiquement ruineuse, sinon impraticable.Le second, d'ordre pédagogique: la juridiction de la loi de l'Instruction Publique s'arrête au degré primaire.Même pratiquée à un prix exorbitant, que signifierait une "école neutre" limitée au seul degré primaire, sans autre débouché, vers le secondaire et le supérieur, que le système bi-confessionnel?Notre système scolaire a été conçu pour des groupes sociaux homogènes et tle forte densité démographique et repose sur l'assise économique de la propriété privée.De tels caractères font peut-être la cohésion de ces structures, mais aussi son immobilisme, sa force de réaction et parfois son intolérance.Toute réforme du système devra forcément remettre en question une conception périmée de capitalisme auquel les églises se soiil admirablement atlaptées, et élaborer un esprit infiniment plus libéral et des structures infiniment plus souples qui devront, pour servir la paix ct la justice sociales, emprunter à la fois au pcrsonnalismc intellectuel ct au socialisme politique.Même surmontés de si redoutables obstacles, l'institution de l'"école neutre", tle caractère strictement privé ou de caractère public au sens tle la loi, nous conduit inévitablement au régime tle dissidence juridique et d'isolement, culturel et religieux, c'est-à-dire à l'injustice sociale cl à l'intolérance religieuse.Si la laïcité doit être reçue comme une condition de la démocratie intellectuelle et politique, et la neutralité de l'Etat comme indispensable à l'exercice de cette démocratie au niveau de renseignement, il apparaît à l'évidence qu'un système scolaire d'exception, fondé sur le tlroit à la dissidence, nie le principe même de l'égalité des tlroits et des obligations en démocratie ct consacre dans les institutions mêmes, une rupture entre majorités et minorités religieuses ou culturelles.Parce qu'il tend à pratiquer de fait une poli- (suite à la page suivante) 13 CONFORMISME ET LIBERTÉ Adèle Lauzon UN des dirigeants du soulèvement hongrois de l'Jôfi, condamné ;'i mon par contumace après avoir lait six ans et demi de prison [jour activité politique, me racontait cpie si sa participation importante au soulèvement de Budapest lui avait Facilité rcntrcc au Canada, par (outre quand il sYsi agi d'obtenir un emploi, son casier judiciaire (politique) lui a attiré presque tintant d'ennuis (pie s'il avait été un criminel de droit commun."J'ai fini par comprendre", dit-il."A partir du moment où j'ai cessé de Faire mention de nies années de prison et de la condamnation à mort, j'ai trouve-du travail Facilement." A première vue, la chose parait invraisemblable.En I !)">(), la guerre froide était à son sommet, tous les Hongrois considérés comme des martyrs, et tous les combattants de Budapest comme des héros.El voilà cpie dans ers conditions cxceptioncllcment Favorables, un homme auréolé de ses exploits clans la lutte contre le régime communiste hongrois voit étrangement sou auréole se transformer en une sorte de stigmate honteux.LE MYTHE DE I.A LÉGALITÉ C'est qu'il existe chez nous, — au Canada français cl au Canada anglais, mais de façon différente —, un véritable mythe de la légalité.Un mythe social puissant, qui interdit instinctivement au bon citoyen de frayer avec l'homme qui a fait de la prison, quelles (pie soient les raisons qui l'y ont conduit, un mythe qui fait de la désobéissance' aux lois un acte rcpréhensiblc, même si ces lois sont foncièrement mauvaises, un mythe (pti est souvent plus souvent plus puissant que le sens démocratique, la charité chrétienne, I anticommunisme, ou l'anlifascisme.C'est ainsi que l'on fera preuve ele la même intransigeance à l'égard du petit voleur à la lire que d'un caïd de la pègre, que tout en étant farouchement anticommuniste on n'eu trouvera pas moins suspect un homme qui a fait de la prison dans les pays de l'Est.Celle attitude tient en général chez les Anglo-Saxons à un respect sans borne de la loi, considérée comme l'expression d'une civilisation.Chez le Canadien français, il s'agirait plutôt de la fas- La guerre tle Troie.(suite ele la page précédente) tique d'apartheid déguisée et à isoler dans une ghetto une fraction de la cité en bloquant pour tut avenir non prévisible toute chance de réforme profonde du système scolaire clans le sens de l'enseignement public.Ne pourrions-nous pas nous épargner les fautes de notre nationalisme politique cl empêcher que sur la question religieuse recommencent, à l'intérieur celle lois, les mêmes stériles expériences de l'isolement, du refus, tic l'impuissance?DU BON USAGE DE LA DÉMOCRATIE Seul un système scolaire public cl non confessionnel à tous les degrés, dans lequel l'Etat pourra assurer le bien commun intellectuel de toute la nation, nous épargnera certaines crises inévitables.Ayons le réalisme d'admettre cpie c'est dans cette direction qu'est dc;jà engagé, mais dans l'im- provisation et avec une toute autre philosophie de la liberté, le processus de planification en tours.Ces quelques observations nous font mesurer toute la distance qui sépare l'"école neutre" de nos lois et la neutralité d'un Etat civil qui se traduirait dans la non-confcssionnalité.Elles nous Font surtout mesurer que nos notions sur la liberté politique et le bon usage de la démocratie intellectuelle ont grand besoin d'être revisées, rajeunies, revalorisées, dans un domaine aussi capital que celui de l'éducation.Il peut ici paraître que noire propos soil bien éloigné de la querelle universitaire et du mandat de la Commission d'enquête.La perspective politique de la laïcité cl de la neutralité ne nous placerait-elle pas par hasard au coeur même de toul le débat, lace au eléli ultime que pose globalement à notre société la crise de renseignement?Il Faut craindre el espérer tout à la fois que les commissaires doivent poser à leurs travaux un inquiétant préalable; la cité intellectuelle de demain sentit-elle laïque ou ne scra-t-clle pas?14 cination exercée par l'autorité.Les formes varient scion certaines particularités nationales ou sociales, mais fondamentalement, cette méfiance systématique à l'égard des êtres qui ont subi les sanctions de la loi, c'est tlu conformisme.11 est d'ailleurs probable que les gens qui adoptent pareille attitude, orthodoxes démocrates convaincus chez nous, seraient des tout-à-fait orthodoxes et inoffensifs, s'ils vivaient sous un régime totalitaire.Chaque société a ses conformistes et ils se ressemblent tous.On assimile souvent le conformisme à l'ordre et à la morale.Pourtant, les délinquents et les libertins en sont souvent gravement atteints, tle même que ceux qui s'efforcent de se conformer aux nonnes de l'ant i-conformisme.LA PEUR 11 existe au fond tle tout elle humain une dose plus ou moins grande tle peur contre laquelle il cherche à se protéger.Quand on n'a pas la force tle s'attaquer aux racines de cette crainte, la meilleure façon de l'exorciser, c'est de se rapprocher tles autres, tle s'identifier à un groupe.En s'inté-grant parfaitement à une société, ou à un milieu, en se conformant strictement à ses tègles, on se protège contre la partie de soi-même qui pourrait être dangereuse et anti-sociale, et tlu même coup contre le danger de l'hostilité des autres.S'il existe un ennemi, il demeure à l'extérieur, et on l'affrontera non pas avec ses propres moyens, mais avec la force du bloc homogène dont on fait par-lie.Ainsi, d'après les spécialiste, les jeunes qui loin partie de gangs de rue ne sont pas poussés ii-hi délinquènee par un esprit non-conformiste ou par une témérité excessive.Ils sont au contraire malades de peur, cl ils cherchent à se protéger en faisant partie d'une sociélé miniature.Se sentant à tort on à raison, rejetés par la société, ils en créent une à leur usage.Il s'agit ici bien sur d'individus anormaux.Mais les personnes normales ne sonl pas exemptes tle ce genre tle mécanisme.Depuis toujours, les hommes ont eu tendance à se grouper, pour les commodités tle la vie, mais aussi pour leur propre protection.Ils ont conçu des législations et mis sur pieds tles organisations policières, parte que le seul empire de la raison ne suffit pas toujours à dominer les instincts dangereux, anti-sociaux, de l'individu.11 est normal el indispensable qu'une sociélé soit bien organisée et que ses lois soient respectées.Mais le sens social ct la solidarité humaine peuvent se transformer en une caricature odieu- se quand ils prennent un caractère d'absolu qui exige une conformité totale aux nonnes établies.CONFORMISME DANGEREUX Les effets tle ce conformisme sont toujours mauvais.En URSS, par exemple, la sociélé communiste s'est édifiée tlans une atmosphère tle crainte, le pays étant entouré d'ennemis.Il en résulta un raidissement du régime qui aboutit à la terreur policière, à un bureaucratisme funeste, à une scélérosc de la littérature, tles arts el de la pensée en général.L'isolement menaçant dans lequel nous maintenons aujourd'hui la Chine risque de produire des effets analogues dans ce pays.La nécessité tle se protéger contre une menace extérieure engendre une nés font- solidarité qui peut à la longue se changer en un conformisme néfaste.C'est dans les régimes totalitaires de type las-cistc que le conformisme trouve son application la plus monstrueuse, la plus dangereuse.Dans la société lascisle, ce conformisme ne survient pas tomme une déformation tlu régime, il s'inscrit dans les fondements même tlu régime.Ce qui esl plus grave, il esl par sa nature un conformisme agressif.Dans d'autres sociétés, l'individu cherche à s'identifier à la collectivité pour se protéger contre lui-même ou contre les dangers extérieurs; il s'appuie parfois sur cette bonne conscience collective pour commettre des actes répréhcnsiblcs; mais tlans le inonde fasciste, le citoyen peut donner libre cours à ses instincts les plus destructeurs avec la bénédiction d'un régime fondé sur une itléologie destructive.Si l'axiome "la fin justifie les moyens" attribué à tort ou à raison aux communistes est terrifiant, le culte tle la violence pour la violente inculqué aux militants fascistes est cent fois pire.Si la suppression impitoyable tles ennemis a illustré la Révolution française, la Révolution russe, ou à un degré moindre la Libération de la France en l'.IM et de Cuba en 1958, les Nazis, eux, ne se sonl pas contentés tle pareilles vétilles.Non contents de se débarrasser tle Ictus ennemis, ils nul tué tles millions tle Juifs parce qu'ils étaient Juifs.Encore aujourd'hui, les nazis américains préconisent l'extermination de loits les adultes de race noire, sans oublier les Juifs, bien sûr.Evidemment, tous les régimes fascistes ne vont pas jusqu'à tle telles extrémités, mais ils les portent en germe.Le fascisme réussit habituellement à s'instaurer et à survivre en s'ap-puyant sur l'obéissance aveugle des individus les plus faibles d'une nation.Il leur offre celle impression rassurante ct exaltante d'être partie in-tégrante d'un groupe tout-puissant, supérieur, invulnérable.15 NOTRE CONFORMISME i Nous vivons dans un régime libéral qui ne connaît ni les mises a mort ni les emprisonnements pour raisons politiques.Notre gouvernement n'est pas ce qu'on appelle un gouvernement fort.Nous sommes en général opposés au racisme, a l'impérialisme et au totalitarisme.Si nous avons certains principes généraux, nous ne possédons pas en tant que peuple d'idéologie à laquelle nous puissions nous identifier.Nous n'avons pas de colonies à préserver, même pas de drapeau à défendre.Mais nous avons nos conformismes.Ils ne sont pas catastrophiques, mais ils peuvent constituer un handicap sérieux à notre évolution.Il existe chez, nous aussi une tendance à s'identifier au plus fort.Les uns se raccrochent aux Etats-Unis, les autres S l'empire britannique, les autres à la communauté française.La religion est souvent, plus qu'une croyance profonde, une sécurité que l'on s'offre.le système d'éducation du Québec (je ne connais pas les autres) nous a inculqué la conviction
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