Cité libre., 1 janvier 1961, décembre
8 CITÉ LIBRE Xllc année No 42 DÉCEMBRE 1961 NOUVELLE SÉRIE NOTRE ÉCOLE CONFESSIONNELLE , ET L'ENFANT j (lire tn page H l'article d'Andic Ltuskr) LE FRÈRE UNTEL ' | lire en page 24 l'article \£v de J.-C.Paquet) r* .KkJrSS " 1 SOMMAIRE LA GUERRE ! LA GUERRE ! Pierre-E.Trudeau L'ÉTAT ET LES RESSOURCES NATURELLES Roland Parenteau QUE SERA LA CITÉ PARLEMENTAIRE ?Jean Cimon Los textes de: Pierre Vadeboncoeur, Lucille Durand, Jean Pellerin, Jacques Godbout et Yerri Kempf. Sommaire Xlle année, No 42 Décembre 19G1 Revue mensuelle Comité do rédaction Directeur : Gérurd Pelletier Directeur-adjoint : Pierre-Elliott Trudeau Secrétairo da la rédaction: Jacques Hébert • Editeur ct propriétaire Le Syndicat coopératif d'édition Cité libre; Imprimé à Montréal pnr Cossctto et Filt Ltéo Autorisé comme envoi postal do deuxième classe Ministère des Postes Ottawa Rédaction ct administration 3411, rue Saint-Denis Montréal 18 — VI.9-2228 Service des abonnements : ¦ ¦ r; c ¦ ¦ r.t' Inc.S090, av.Papineau Montréal 34 — LA.6-3361 Abonnement annuel: $3.50 Abonnement do soutien: $10 Vente au numéro: Les Messageries Coopératives do Montréal 411, rue Saint-Clauda Montréal — Tél.: 866-5448 [-•t£ii-"] 1 Page 1 La guerre ! La guerre ! Pierro-Elliott Trudeau Page 4 La paix Pierre Vadeboncoeur Page 5 Blocus des naissances vs blocus de Berlin Lucille Durand Page 8 Notre école confessionnelle et l'enfant André Lussier Page 20 L'Etat et la mise en valeur des ressources naturelles Roland Parenteau Page 24 Les sorciers qui écrasent J.-Claude Paquet Page 26 Aristote était-il démocrate ?Jean Pellerin Page 27 Un "certain silence" rompu Jacques Godbout Page 29 Que sera la Cité parlementaire ?Jean Cimon Page 30 Chronique du temps perdu Verri Kempl La maquette typographique est do Gilles Robert NOUVELLE SERIE LA GUERRE ! LA GUERRE! Pierre-Elliott Trudeau A pleins poumons, il hurlait: — "La guerre! La guerril" Un demi-silence se fit tout à coup.— "La guerrel Elle est sur nous! .Avant un mois, vous qai êtes là ce soir, vous pouvez tous être massacrésl." Les Thibault.VII MASSACRES, c'est trop peu dire.Tordus, calcinés, liquéfiés, volatisés.De toute une humanité, il ne restera que des traces d'ombres imprimées sur le béton des décombres, sur les pierres des champs, sur les falaises de la mer, comme autant de taches sur une mauvaise plaque photographique.Ah! si nous réfléchissions au portrait qu'ils prendront de nous, nous souririons moins aux pornographes.Notre révolte serait sans mesure.Car les faits sont connus, n'est-ce pas?Il suffirait de 300 bombes nucléaires pour effacer toute vie humaine aux Etats-Unis d'Amérique, ou en Union soviétique.4,000 bombes, judicieusement lancées, anéantiraient tout le genre humain.Or, il y a deux ans déjà, les experts estimaient que les E.-U.avaient une réserve de 75,000 bombes nucléaires de dimensions diverses, et que l'U.R.S.S.en avait au moins la moitié autant Sans compter la France et l'Angleterre.Cette puissance destructive inimaginable est au service de deux machines ennemies qui veulent sans doute la paix de toutes leurs forces, mais qui sont prêtes à répondre instantanément à toute agression.Or cet instantanément, à mesure qu'il représente un lapse de temps de plus en plus court, signifie mathématiquement que la guerre est de plus en plus inévitable, et que nos chances de survie à vous et à moi sont de plus en plus réduites.Car c'en sera assez désormais d'un signal mal compris, d'un radar défectueux, d'un sous-officier aux réflexes exacerbés dans quelque bled perdu, pour que soit mis en branle — par erreur — le mécanisme irréversible de la guerre finale.Or c'est une donnée élémentaire de la psychiatrie qu'une tension trop soutenue et un danger trop imminent peuvent déclencher dea gestes irresponsables.Et contre les psychoses humaines, qu'on n'invoque pas la sécurité des cerveaux électroniques: la cybernétique nussi connaît les systèmes instables, et en 1950 l'inventeur de cette science écrivait: The diuemination of any identifie teertt wbatectr it merety a mattet of time .and in the long run there il no distinction bctulccn acming our-stlvti and arming our tnemiti.Tftui tach tecritying discovtiy metely incetases our sub-jtetion to the netd of making a neuf discooery.Bartiny a neto atcarrnesi on the paît of our Itad' tri, this is bound to yo on and on, until the entité intetlectual poltntial of the lani il dtaintd Irom any poisibli conittuctive application to the manifold needs of the race, otd and neiv.The tttect of thèse wtaponl musl be to inctease the enttopy ot this planet, until ail distinctions of hot and cotd, good and bad, man and mattee have vanished in the formation of the white furnace of a ntul ilar.(Norbert Wiintc, The humaa use of hiiin.in beings.J Plus récemment, et encore plus pertinemment.M.J.B.Witchell, ci-devant ingénieur en électronique au Cnnadian Defcncc Research Board a rapporté que: Engineers could conttruct a working model which will reproduci the conditiom uihich will toon (jriif wben twn complète ICBM lyittmt are ttt up in opposition to ont anothec and gtarid for imtantaneoui counut-allach.Thi model would demonilcate mccbanically that wben two tuch lystems are brought to the required degrte ol sensitivity.tbey will fotm an unstable combination and tvar ici// become abtotutely certain.En attendant cette éventualité, et à supposer même que par un retour à la raison l'humanité réussisse à l'éviter, il nous reste quand même de quoi réfléchir- En novembre 1958, au moment où les grandes puissances tombaient d'accord de lacto pour suspendre les essais nucléaires, leurs engins avaient déjà provoqué des retombées dont la nocivité devait aller en s'accroissant jusqu'à ce qu'un maximum soit atteint en 1968.Mais cette nocivité n'effrayait pas également tout le monde.Les retombées de Strontium 90, qui finissent par se loger dans les os, ne causent — parait-il — la leucémie que lorsqu'un certain seuil est atteint.Par conséquent, à Montréal (où pourtant la retombée par suite des essais avait atteint une incidence plus élevée qu'en tout autre lieu), on était moins certain de mourir de cancer que les habitants d'Hiroshima, où 150,000 personnes savaient de science certaine qu'un sang pourri les entraînait rapidement vers la tombe.Dans l'ordre génétique cependant, l'affaire était plus sérieuse.Car les explosions nucléaires libèrent aussi le Carbone 14, substance radioactive qui provoque la mutation des gênes; pas question de seuil ici, et plus il y a de Car-bono 14, plus il naît d'enfants dégénérés, physiquement ou mentalement (Entre parenthèses, la fameuse bombe "propre" des politiciens produit deux fois plus de Carbone 14 quo la bombe ordinaire!) Or en 1959, le Dr Linus Pauling, prix Nobel, se basant sur l'opinion moyenne des nommes de science, calculait que par suite des explosions passées (une valeur de 180 mégatones), 140,-000 enfants à travers le monde naîtraient difformes, nains, arriérés-mentaux, ou autrement dégénérés.Devant l'énormité de tels faits, l'opinion mondiale s'est déjà un peu émue.Dès 1955, le gouvernement indien avait demandé la cessation des essais nucléaires, proposition qui fut ensuite appuyée à la Conférence de Bandoung.En mars 1958, les grandes puissances n'ayant pas encore réussi à s'entendre sur les conditions du désarmement, l'UJX.S.S.posa un geste extraordinaire, en déclarant qu'elle cessait unilatéralement tout essai nucléaire.Les E.-U.et le R.-U.continuèrent les essais alors prévus, mais finalement, à l'automne de 1958, un moratoire de lacto fut imposé.A ce moment, 11JJÎ.S.S.avait fait exploser 55 bombes nucléaires, le R.-U, 21, et les E-U, 169.Pendant trois ans presque, la trêve fut respectée (excepté par la France souffreteuse).Les chefs d'Etat neutralistes, les mouvements pacifistes, les hommes d'honneur s'entendaient pour déclarer que "le premier gouvernement qui reprendrait les essais nucléaires devait être dénoncé comme l'ennemi du genre humain." L'humanité commençait à reprendre son souf-le.Mais au fond, c'étaient les fauteurs de guerre qui reprenaient souffle : apparemment ils avaient cessé leurs expériences en 1958 surtout parce qu'ils avaient atteint leurs buts; ils prirent ensuite trois ans pour se fabriquer de nouveaux engins et pour se poser de nouvelles questions; puis en 1961 ils devaient recommencer parce qu'ils trouvaient utile de mettre à l'essai leurs nouvelles avances techniques.L'U.R.S.S.d'abord.Du premier septembre au début de novembre, les Soviétiques firent éclater une trentaine de bombes nucléaires.Par ce 2 cynisme, cette cruauté, cette dégénérescence morale, Khrouchtchev se classait du coup parmi les plus grands monstres de l'histoire.A côté de lui, Hérode massacrant les saints innocents nous apparaît comme un enfant d'école : car par la grâce de sa seule bombe de 50 mégatonnes, Khrouchtchev condamnait 40,000 enfants de par le monde à naître avec de graves incapacités physiques ou mentales.L'équilibre de la terreur était-il véritablement rompu?Les E.-U.avaient-ils raison de craindre que l'ennemi allait les devancer par quelque percée technologique?Ou M.Kennedy attendait-il simplement le premier prétexte venu pour donner l'ordre de reprendre les expériences?Hélas! l'atmosphère secrète qui enveloppe les questions militaires ne permet même pas aux peuples démocratiques de juger adéquatement les actes de leurs dirigeants qui engagent la vie et la mort de l'espèce humaine.On sait seulement que les expériences américaines suivirent de près les soviétiques ; de si près en fait, que tout y était visiblement prêt.Le fait que les deux Messieurs "K" aient choisi de rentrer dans la course nucléaire, plutôt que de cueillir en s'abstenant la reconnaissance immense des pays non engagés, indique à quel point ces deux chefs sont terrifiés l'un par l'autre, et à quel point l'humanité est en danger d'être photographiée contre les décombres et les rochers.A moins, évidemment, qu'elle n'ait l'agréable surprise d'être paralysée par quelque offensive bactériologique.Mais c'est là une autre histoire.* ?* Ceci ne tournera pas en article sur les causes des guerres, et sur les moyens de les empêcher; il faudrait préalablement prendre conscience de la gravité du péril.Or, malheureusement, nous n'en sommes pas là, dans notre petite Laurentie.Tandis que Jacques Thibault n'avait que sa pauvre voix sans micro pour gueuler: "La guerre!", dans une salle aux trois-quarts vide, les hommes de ma génération sont en place sur les tribunes les plus puissantes: les journaux, la radio-télévision, le film, l'université, les partis politiques, le syndicalisme.On y devise de choses et d'autres, toutes fort gentilles par ailleurs.A l'occasion, il y aura bien quelques mots contre la guerre.Mais où est le barrage gigantesque d'indignation dressé contre les politiques de destruction?A quand la clameur énorme d'opinions anti-militaristes?Les Canadiens de langue anglaise ont mis sur pied les World Federalists, les United Nations Clubs, les Canadian Committecs lor the Control ot Radiation Hazards, les Campaigns tor Nuclcar Disarmamcnt, le Voice ol Women, le Baby Tooth Survey, et que sais-je encore?Bientôt ils fonderont deux institutions qui pourraient peut-être marquer un tournant dans l'histoire humaine: The Canadian Peace Research Institute et The International Peace Research Fund.Mais que font les Canadiens français?La plupart de ces mouvements ont leur petit nombre de Québécois de service; mais il faut bien reconnaître l'impuissance de ces derniers.Non pas que le peuple ne s'y intéresserait pas; c'est par dizaines de milliers que les masses canadiennes-françaises (grâce au syndicalisme surtout) ont signé les pétitions anti-nucléaires.Mais ce sont les cadres qui manquent, des cadres en nombre suffisant et qui donneraient une certaine priorité à l'item: survie du genre humain.Hélas! en d'autres temps on pouvait compter sur les générations montantes pour secouer les aînés, pour lancer des défis à leur conscience, pour les problèmes qui dépassaient l'immédiat, pour placer le débat au niveau de l'homme universel.Aujourd'hui, la jeunesse parle de séparatisme et de Laurentie, elle tourne résolument sa face vers le passé et s'attaque énergiquement à des problèmes qui ont trouvé leur solution il y a un siècle.Et les hommes de quarante ans réunis dans leurs clubs, les femmes groupées dans leurs sociétés littéraires et leurs cercles de couture, le clergé dans ses presbytères et ses institutions d'enseignement, les politiciens en quête d'électeurs, les professeurs à l'heure du déjeuner, les dirigeants de la presse et de la radio, tout ce monde adulte parle de quoi?enquête sur quoi?fait de sententieuses considérations à propos de quoi?Séparatisme, indépendantisme, Laurentie.C'est Néron qui fut sévèrement jugé par l'histoire pour avoir joué du violon (ou d'autre chose) pendant la destruction de Rome.Mais la maudite engeance d'aujourd'hui pourra bien échapper à pareille condamnation; car le passé de l'homme n'aura peut-être pas d'avenir.?3 LA PAIX Pierre Vadeboncoeur ï ES hommes mettent ln paix en balance avec '¦"'la liberté; c'est l'homme qu'il faut mettre en balance avec la guerre, qu'il reste libre ou non.Nous sommes tous des Pygmées; qu'avons-nous à croire que nous dominerons le monde, alors que ce délire fera mille fois plutôt que nous le détruirons?Nous traitons des affaires du monde comme de la politique intérieure, préfèrent telle forme de gouvernement à telle autre et nous agitant pour que notre esprit des lois prévale.Qu'est-ce que cette présomption et cette courte vue?Les affaires de notre village n'ont pas cette importance.Tout dans le drame qui se joue excède infiniment nos idées, nos choix, nos valeurs, nos intérêts: il n'y a pas de commune mesure entre ce que nous possédons, d'une part, et ce que l'nnti-création par l'atome peut réduire à néant.Nous touchons à une époque, qui sera peut-être plus qu'éphémère, où notre petitesse éclatera.L'homme est un incommensurable pédant, comme les animalcules philosophes de Micromégas.Nous périrons pnr excès de petitesse, pour avoir pris tout à fait au sérieux capitalisme et communisme, dictature et démocratie parlementaire, ou l'argent, ou la liberté, ou la révolution, ou la religion de nos paroisses, le crucifix dans les écoles, ou encore la philosophie comme le prophétisait le tolérant Voltaire.On ne peut être aussi sérieux sans être bête, à moins d'être infiniment humain, ce que nous ne sommes pas.Il y a l'homme, ne le savez-vous pas?L'homme vaut à lui seul les armées, la liberté, l'argent, le suffrage universel, l'efficacité d'une dictature, le droit même, l'avenir, la société sans classe, Rome, la démocratie chère aux curés,, le progrès du tiers-monde et l'nmerJCfln way ol lilo.Nous sommes si infimes ct si prétentieux que, confrontés au néant, nous nous serons crus de taille à mettre nos conceptions des choses en balance avec lui.L'homme peut tout, à l'intérieur de tout, sauf du néant Il n'y a plus de guerre défensive, il n'y a plus que la guerre offensive et elle est dirigée contre le genre humain, Je refuse donc la guerre absolument, ln guerre pour quelque "cause" que ce soit La guerre ne se fait plus entre adversaires, elle se fait entre le néant et l'homme, qui est sans défense.La guerre n'a plus de sens, elle est tout simplement la mort Choisir au prix de la guerre entre le capitalisme et le communisme, c'est élire le maire de mon village en en faisant dépendre l'humanité.Tel est l'ordre des proportions en face de la destruction, qui est sans mesure.On peut être de Gaulle, vivre la grandeur du militaire et la noblesse de l'honneur, et refuser de négocier; mais il y a moins de vérité 'il me prend tnvit de faire trois pas.et d'écraser de trois coups dt pitd toute celte fourmilière d'assassins ridicules.— Ne vous en donnez pas la peint, lui ripondit'On; ils travaillent assez à leur ruine." Voltaire.Micromigas.dans cette hauteur que dans l'humanité craintive.Le péril de guerre réduit d'autre part le matérialisme dialectique à une casuistique sans plus aucun rapport avec le réel.La folie de l'homme éclate maintenant à la hauteur de ses, doctrines.L'humanité use des systèmes de sa, pensée comme de rayons mortels dont elle joue avec l'aveuglement des fous.U n'y a plus rien v s de nécessaire, si ce n'est la survivance de l'homme.Aucune politique n'est essentielle.Si l'on croit avoir une pensée valable, une pensée vitale, et que ce soit un élément de cette pensée qu'il faille faire ou accepter la guerre nucléaire pour elle, cette pensée est fausse.Elle est fausse absolument, et elle net reprend pas de vérité par le fait que proclamer qu'elle est fausse expose un pays, une partie de l'humanité, l'Occident ou l'Orient, à la défaite.La sécurité des Etats-Unis, l'avenir du communisme, la défense de la liberté, rien de cela ne peut rendre vraie une fausseté transcendante.Nous en sommes là, nous sommes à l'heure de la destruction.Il n'y a pas autre chose à faire que d'établir la paix, sous n'importe quelle forme, fût-ce la continuation de la guerre froide.Si la guerre froide peut seule sauver la paix, il faut à n'importe quel prix la prolonger, gagner du temps.C'est la paix qui signera la vérité de toute politique.Plaise à Dieu que nous ayons assez de sagesse pour faire passer l'humanité jusqu'à une époque où la pacification des hommes sera redevenue possible.Les positions rigides que l'on voit prendre aujourd'hui aux politiciens des deux blocs, aucun homme de sens ne s'y arrêterait pour la moindre affaire qui le concerne.Il ne faut pas prendre nos pensées sur la guerre dans les idées de ceux qui font ln politique internationale.Il ne faut pas les arrêter davantage à la considération trop insistante des valeurs que de part et d'autre on veut sauver.Toutes les idées sont dangereuses ici.L'idée de liberté est dangereuse, l'idée de révolution est dangereuse, l'idée de religion est dangereuse, l'idée marxiste est dangereuse, l'idée de vérité l'est aussi, de même que toutes les convictions.Nous sommes au point de crête où peut-être la pensée ne peut passer d'une époque à l'autre sans de profonds accommodements.Un certain désarmement idéologique paraît la condition de l'avenir de l'homme, en ces temps difficiles et transitoires.Voltaire, dont le bon sens tenait beaucoup d'idées pour tyranniques, avait pris le parti de se moquer de celles qui jusqu'à lui avaient cruellement séparé les hommes.Il ne serait pas mauvais aujourd'hui de libérer quelques mégatonnes de fumée philosophique.+ 4 Blocus des naissances.vs blocus de Berlin ¦p1 N lisant la courageuse Opinion de M.Yves Thériault au sujet de l'emprisonnement de Bertrand Russell \ qui de nous n'a pas souscrit entièrement à ses suggestions de protestation contre le réarmement.Proclamer bien haut la neutralité du Canada est, en conscience, la meilleure solution de sécurité sur le plan politique.Car, ainsi que l'a récemment fait remarquer un de nos chefs d'Etat, il ne faut pas oublier la précarité de notre position: d'un côté U.S.S.R., de l'autre U.SA, et au milieu US, i.e.noUS, pauvres de nous, les Canadiens.Mais, sur le plan strictement humain, les pacifistes pourraient avoir recours à un autre genre de protestation dont l'énoncé paraîtra sûrement baroque à quelques-uns, voire amoral à d'autres mal éclairés, mais qui serait le reflet de la réaction logique, humaine et parfaitement sincère des gens honnêtes en face de la reprise des essais nucléaires.Que, s'ils sont d'accord avec eux-mêmes, les gens honnêtes cessent de procréer jusqu'à l'obtention du Désarmement Total.Qu'ils cessent d'engendrer de purs otages offerts béatement à l'odieux, au sadique, au dangereux chantage des maniaques de la bombe.On parle toujours du devoir du couple de procréer.Quand donc parlerons-nous de son droit à la procréation?Avons-nous encore ce droit à l'heure actuelle?On m'objectera qu'il y a toujours eu des guerres et que cela n'a pas empêché l'humanité de se perpétuer jusqu'à nos jours.C'est entendu, l'humanité a résisté aux guerres (je dirais même qu'elle a subsisté en partie grâce à elles) et la vie qu'elle a vécu a toujours eu "ses bons moments" à chacune de ses époques.Mais la situation actuelle n'a pas de précédent dans l'histoire.Et la raison des dialecticiens se trouve pour une fois mise en échec.Le jeu des compensations qui, en économie politique, est basé d'une part sur la consommation en temps de paix et d'autre part sur la consumation en temps de guerre, n'est plus valable dans la perspective actuelle d'un conflit armé.1 Le Nouveau Journal du samedi 16 sept.: "L'Aotnir lit aux Macaqun".Lucillc Durand Autrefois, on préparait les enfants à la "lutte pour la vie", lutte qui était soumise à la loi du plus fort.(Le concept de force variant avec les idéologies).La vie valait la peine d'être vécue en raison même de cette lutte à soutenir et de cette force à acquérir.La joie de vaincre valorisait et justifiait la joie de vivre.Et quand se produisait une guerre, partielle ou totale, cette guerre, bien que regrettable, était salubre, car elle dépensait les excès de force vive et stabilisait l'économie des peuples en conflit.Chaque individu avait la possibilité de se battre.La consommation des biens par l'homme, qui avait eu lieu en temps de paix, était équilibrée en Umps de guerre par la consommation de l'homme lui-même et de la surabondance de ses biens.Et c'est de cette manière que l'humanité a pu survivre jusqu'ici, aussi bien grâce à la guerre (ou, de préférence, à quelque autre exutoire des excédents) que grâce à lo paix, car cette survie dépend entièrement du balancier des compensations, est conditionnée par lui, comme la respiration ou la démarche rétablissent sans cesse un équilibre rompu momentanément et conditionnent soit la vie, soit la locomotion.Aujourd'hui, le pendule est arrêté.La lutte est terminée.Nous n'avons plus la possibilité de nous battre.Et, quoi qu'il arrive, U n'y aura de victoire pour personne, à moins que nous désarmions et il faudra nécessairement en arriver là.Autrefois, parler de notre existence est un non-séns.La co-existence de l'humanité et de l'arme nucléaire apparaît comme une contradiction de base.Consommation et consumation jouent ici à sens unique.La consommation de l'espèce par l'espèce nous amènera au point zéro de la consumation totale, y compris de notre pied-à-Terre commun.Qu'on ne se fasse pas d'illusion.La guerre physique, synonyme de lutte, n'est plus possible.Le bouton à pression n'est pas une arme pouvant servir à une stratégie d'offensive ou de défensive.Ce n'est pas une arme pour un régiment de soldats, ce n'est pas une arme pour une armée.C'est l'épée de Damoclès des diplomates d'aujourd'hui et bien que personne ne songe sérieusement à l'employer autrement que comme une arme de prestige et de crainte, on ne saurait brandir indéfiniment une telle arme sans 5 en provoquer la chute, l'éclatement, l'explosion "spectaculaire", soit par accident, soit par penchant irrésistible.Tel quel, le bouton à pression est un objet inoffensif tant qu'on n'y porte pas une main silencieuse, criminelle ou maladroite.Mais cet objet inolfensif, du luit même de son existence, représente d'ores et déjà un suicide collectif à l'échelle mondiale.Car, tant qu'il est là, on peut y porter la main.Hypothèse vérifiée: la chose a déjà été faite! Quel enfant peut résister à l'essai des allumettes, bien qu'il sache, même par expérience, que ce jeu est dangereux.Nous savons que certains adultes ne peuvent pas résister à l'essai des jeux mortels, d'autant moins qu'ils en sont les auteurs.Leur obsession serait moins forte s'ils n'avaient pas d'abord fabriqué ces jouets et s'ils ne continuaient pas, l'habitude étant prise, à les faire naître du ventre de leurs usines.Le jour où ils céderont à la tentation d'appuyer sur le bouton, il ne sera plus question des forces vives des survivants et encore moins d'économie.Les survivants radioactifs seront des morts vivants.Voudraient-ils reprendre le jeu historique des compusations qu'ils en seraient bien incapables.Car Nous préparons dans l'ombre une génération de corps tordus de monstres repoussants de cancéreux souterrains une génération de gisants de souffrants intolérables une génération affolée, dévisagée, entamée mentalement.(Je suis femme et mes entrailles se révoltent à cette pensée devenue une réalité, "la" réalité du XXème siècle.) Si les enfants à naître pouvaient lire les journaux actuels et s'ils les prenaient nu sérieux, ils s'nvorteraient d'eux-mêmes.Comme se seraient avortés les enfants d'Hiroshima s'ils avaient su! — O — Mais, si l'on en croit les statistiques qui établissent le taux de natalité dans le monde, on continue à nnître partout sur tous les continents de la terre.Tant d'innocents à la seconde voient le jour sur cette même planète attendrissante de beautés: leurs premiers regards se portent sur des visages éperdus d'nffection, rencontrent des arbres débordants de santé et de couleurs, touchés d'arc-cn-ciel à travers des rideaux de soie.Tandis que les nouveaux-nés regardent leurs premiers regards émerveillés, les anciens-nés s'amusent quotidiennement à faire pousser un ou deux champignons atomiques dans notre atmosphère supra-terrestre ou dans notre riche sous-sol.Et tandis qu'à travers des rideaux de soie les nouveaux-nés voient leurs premiers jours éclatants, des savants, commis à notre sécurité, sortent sur le seuil de leurs laboratoires et appuient leur index sur l'air, non pour y vérifier la direction du vent, mais pour y calculer le taux d'unités de radioactivité et en apprécier le degré de nocivité.Et c'est cet air-là que les nouveaux-nés se mettent naturellement à respirer dès l'instant de leur projection en ce monde, par pur instinct de conservation.Mais, et pour la première fois dans l'histoire des êtres vivants, l'instinct de conservation s'avère être trompeur.Car notre air naturel se contamine lentement et le jour n'est pas très éloigné où il sera devenu mortel.ET ON DIT QUE LES ENFANTS SONT DÉSARMANTS ! Allons donc! C'est de la pure sentimentalité! L'alignement des berceaux remplis de cet ingrédient qu'on appelle "le petit de l'homme" et qui entre en nombre dans la recette du Grand Massacre, ingrédient nécessaire à la posologie de la bombe et dont le dosage est sans limites, cet alignement du petit peuple bercé n'impressionne pas les Grands.Ce pouvait être pour eux le chemin tout tracé pour se rejoindre et s'entendre.Mais la course qu'ils ont entreprise passe par une autre voie: la voie royale semée d'embûches du chantage diplomatique où le moindre faux-pas peut être fatal pour le monde entier, mais qu'on ne peut abandonner une fois qu'on y est engagé, car elle mène au Temple du Démiurge moderne (nom donné à l'intelligence "destructrice").Qui arrivera le premier?Voilà la question, la seule qui préoccupe les concurrents en lice.Car un pays n'est Grand que s'il a sa bombe.Il est très Grand s'il en a plusieurs.Il est Suprême s'il bat le record du nombre et de la qualité désintégrante de son produit sacré.Le pays qui n'en a pas se désole de sa petitesse et décide d'emprunter "de la grandeur^ chez son voisin."Une petite bombe s'il vous plaît! Oh une toute petite! Juste pour nous sentir à l'aise et ne plus avoir cet affreux complexe d'infériorité!" Ils vous diront pour se justifier: "si vis pacem para bellum".Ils ont raison: la Paix viendra.Car la guerre, je le répète est impossible.A la paix souhaitée par tous les peuples ne peut s'opposer que In grande Paix universelle issue de la mortalité massive et de l'infirmation immédiate et sans recours.Le combat cessera.Non pas d'abord faute de combattants, mais faute de champs de bataille.Car chacun des duellistes cherche à foire glisser sous le pied de l'adver- 6 saire le terrain même du duel.Ils y réussiront tous les deux.Ce sera magnifique! Si le sol est "un champ de destructions multipliées"- ainsi que l'affirme Georges Bataille, et si, malgré cela on n'a pas craint jusqu'ici de tirer des êtres du Néant pour les installer sur un sol aussi hostile, nous ne pouvons plus continuer à prendre un tel risque alors que nous avons de sérieuses raisons de douter de la pérennité même du lieu destiné à les recevoir.L'heure n'est plus à se demander si ces humains en préparation auront un toit, un gîte, un abri sur terre ou en dessous qui les protégera autant que possible des forces destructrices, la question brûlante est de savoir s'ils auront une planète pour faire leurs premiers pas.Je sais bien que cette Opération "Blocus des Naissances vs Blocus de Berlin" est purement utopique.Je sais bien que l'on continuera à faire des enfants, la loi naturelle étant plus forte que le droit et la vie plus puissante que l'horreur, comme l'on continue naïvement à "se faire construire" sauf qu'en plus de se faire creuser une piscine pour ses ébats en plein air, on se fait creuser un abri souterrain en songeant ù la sécurité de ses rejetons, ceux qui sont déjà faits et ceux que l'on fera allègrement ce soir, demain, le mois prochain, pour peu que le compte en banque le permette ou que l'inclination à se reproduire soit irrésistible.Eh bien, dépêchons-nous de transmettre la vie à une postérité que nous méditons déjà d'enterrer vivante advenant une guerre atomique.Prenons nos dispositions et vogue la galère! — O — Si l'on me taxe d'exagération, je demande: pourquoi on ne désarme pas?Si l'on ne croit pas à la guerre nucléaire, je demande: pourquoi on ne désarme pas?Si l'on me met en garde contre le danger de semer la panique, je demande: pourquoi on ne déserme pas?Car c'est la puissance de l'armement qui est exagéréo Car c'est l'inconscience des Grands qui est incroyable Car c'est l'indifférence des peuples et du peuple qui est un sujet de panique.Tant qu'il existera des armes nucléaires sur cette planète, il faut se demander s'il n'est pas criminel de continuer à engendrer des semblables! (Des semblables! Nos semblables à nous les inventeurs du bouton à pression! L'avenir est prometteur: nous n'avons pas fini de décerner des prix et des brevets, à moins que.) Si l'on croit encore à l'efficacité de "la revanche des berceaux", que cette revanche soit faite sur un pied de grève.Opposons des berceaux vides aux usines-mères de la mort! Car il est préférable à l'humanité qu'elle s'éteigne tout doucement faute de générateurs de l'espèce, plutôt que de traîner dans la création sous forme de chancre.Le jour du Désarmement Total, nous reprendrons nos droits à la procréation.Que d'ici là nos nuits soient stériles sur toutes les latitudes, i.e.à toute heure du jour et de la nuit.Nous n'avons plus le droit de nous perpétuer.Nous demandons la SUPPRESSION DU BOUTON A PRESSION.Si ce leit-motiv, si cette supplique, ce cri désespéré n'est pas entendu, ou bien il n'y aura plus d'enfants, ou bien nos enfants naîtront désarmés jusqu'aux dents, impuissants à lutter.Ce que nous appelons la Vie en biologie aura changé de nom.Ce mot-là sera rayé de tous les dictionnaires.Il sera remplacé par un outre mot que l'on définira ainsi: "Etat de radioactivité de la substance désorganisée, radioactivité qui est commune aux plantes et aux animaux." Et de l'ancien animal "raisonnable" on donnera la signification suivante: "L'être humain considéré dans ce qu'il a d'inférieur à la bête mais qui a déjà occupé le premier rang parmi les êtres autrefois organisés." Au lieu de marcher vers la surhumanité en employant à bon escient l'énergie nucléaire en une compétition qui pourrait tenir lieu d'exutoire à la guerre scientifique, nous contraignons l'évolution à faire une volte-face stupide vers un sous-produit humain.Ce qui menace l'Homme d'aujourd'hui est si énorme, dépasse tellement ses normes spirituelles et ses bornes corporelles, qu'il finira par vomir son cerveau et par porter ses os en dehors pour mieux se cuirasser.Le désintégré humain de l'atome se retrouvera au rang des invertébrés : mollusque à carapace, noyau de chair abjecte ayant perdu toute trace humaine.C'est peut-être là notre destin et le sens de notre évolution.Une évolution à contresens .Habitant une sphère verdoyante parmi les sphères mystérieuses de ce monde étoile, étant sur le point de poser notre lanterne sur les premiers globes "trotters" de nos espaces sans limite, nous complotons lo déflagration de notre propre étoile.Décidément, le mystère est dans l'Homme! ' G'orsrt Batiillr.La Put Maudit,, Ed.de Minuit 1950.? Notre école confessionnelle et l'enfant André Lusslcr N.D.L.R.— La texte d'André Lussier qu'on va lire est éminemment discutable.A ce sujet, la preuve est laite : déjà, dans une demi-douzaine de publications, des rédacteurs ont pris à partie et l'exposé et l'auteur.Malheureusement, tous l'ont lait à partir do comptes rendus abrégés ou do résumés inadéquats.Cet article n'ayant paru nulle part dans sa version intégrale, Cité Libre le publie aujourd'hui, non certes comme une étude exhaustive et iinalo du sujet abordé mais parce qu'il constitue une tentative honnête, menée par un esprit remarquablement aigu et pénétrant, pour amener au jour les éléments essentiels d'un problème crucial.Le Catholicisme, s'il s'établit ou ne subsiste que comme institution, il est condamne à mort comme religion.(E.Gilson).T 'avenir immédiat nous dira si j'aurai manqué de dicrétion, de jugement et de sagesse en présentant les réflexions qui vont suivre dans les cadres du Congrès du Mouvement Laïque.Je sais bien que l'école laïque a une portée politique.C'est un problème de démocratie en devoir de s'organiser selon la justice.Néanmoins mon propos se veut d'essence strictement psychologique et indépendant de toutes préoccupations en vue d'une politique d'action.Que chacun en fasse l'usage qu'il jugera bon avec toute la bonne volonté ou la malhonnêteté dont il sera capable.Je voudrais faire l'analyse psychologique de certain aspects de notre situation scolaire en vue de démontrer que le croyant comme le non croyant peut être honnêtement justifié de voir dans l'école non confessionnelle une des solutions de délivrance pour le plus grand bien et de l'humanisme et de la religion.Je n'ai de certitudes scientifiques pour le bénéfice de personne, je n'en ai pas non plus que je puisse asséner sur la tête de qui que ce soit Je veux présenter, sous toute réserve, un certain nombre de réflexions provoquées depuis une dizaine d'années, par l'observation d'une situation concrète, celle de notre école confessionnelle, C'est devenu monnaie courante que de parler du pluralisme de notre société.C'est évidemment ce qui met plus en évidence l'incongruité du monolithisme de la confessionnalité.Je crois, en le déplorant, que nous nous approchons d'un pluralisme qui veut dire non pas tellement: nous différons dans nos croyances et notre inspiration, mais radicalement: nous sommes divisés.Etre différents, c'est une fatalité.On oublie trop béatement ici que Dieu (je présuppose son existence) a permis qu'on doute de Lui.Mais être divisés, c'est un mal.La participation des chrétiens au mouvement laïque est sans doute soutenue par la conviction que dans la communauté humaine il y aura toujours des niveaux d'opérations et d'intérêts qui permettent l'unité dans la diversité.On verra que la pensée d'un Teilhard de Chardin n'est pas étrangère à cet espoir.Quels sont ceux qui revendiquent une école non confessionnelle?Je ne retiendrai que deux sous-groupes: les croyants et les agnostiques, et parmi les croyants, il ne sera question que de l'entité catholique, canadienne-française.Cette sélection n'est opérée qu'en raison de mon ignorance quant au reste.Intentionnellement, j'éviterai ajtant que faire se peut de me retirer dans l'absolu; ce n'est pas sur une situation idéale que je veux me pencher.Je précise que je me place à un point de vue strictement historique et réaliste.Je me penche donc sur un système confessionnel préconisé par l'Eglise catholique.Je ne suis pas théologien et je n'ai aucun mandat de 8 l'Eglise officielle; mais je suis bien convaincu qu'il n'est pas un théologien qui puisse légitimement, au nom même de sa théologie, souhaiter qu'on s'interdise de faire l'analyse psychologique de ce qui se passe chez l'enfant, chez l'enfant qu'on observe selon des méthodes et connaissances strictement psychologiques.Je le disais tantôt, mes réflexions sont nées de l'observation quotidienne d'un milieu donné, portant non pas sur la nature de l'idéal visé, mais sur la qualité du résultat obtenu, résultat observable, tangible, qui se situe fort bien et dans le temps et dans l'espace.U s'agit donc de nos enfants.De l'effet sur eux produit par ce système confessionnel qui est le nôtre.Je ne mets donc pas en cause la confessionnalité en soi.Je reviens sur la pensée que l'une des grandes justifications, à mon sens, l'une des grandes inspirations aussi du pluralisme au sein même du mouvement laïque, c'est un but commun, un terrain commun d'intérêt et d'idéal, une motivation de groupement qui se situe bien au-delà de la seule revendication de justice en démocratie.Ce terrain d'intérêt commun me passionne parce que je crois qu'il renferme des données de l'humain indispensables pour l'édification chez nos enfants d'un humanisme de base.Pour circonscrire ces données de l'humain, j'emprunterai d'abord à la pensée d'Etienne Gilson: '11 n'y a qu'un seul idéal qui ait jamais été commun à tous les Français en tant que tels et puisse encore le rester, c'est l'humanisme.Par quoi je n'entends pas seulement ni surtout, l'art d'écrire à la manière de Cicéron, mais une certaine conception de la nature et de l'homme."1.Cet humanisme requiert certains cultes de base, culte des éléments qui confèrent à l'homme une supériorité tranchante sur tout le reste de la création: culte de la pensée et de l'intelligence.La supériorité la plus majestueuse de l'homme dans l'ordre naturel, "c'est qu'il est un être raisonnable et par conséquent un être libre" (Gilson).La raison et la liberté, les seuls vrais parrains de toute la morale, "la grecque aussi bien que la chrétienne," dit encore Gilson.Cet humanisme conduit au culte des vertus intellectuelles de sagesse et de science, des vertus morales de force, de justice.Cet humanisme est empoisonné s'il n'insuffle pas le respect des consciences, "le respect de l'honneur et de la vérité".(Gilson).1 Pour un Ordre Catholique, De sel ce de Brouever, 1934.Voilà rui programme, un champ d'action suffisamment impressionnant à lui seul, bien assez riche en soi pour captiver une attention de choix et l'énergie de tout éducateur.Les uns taxeront sûrement cette proposition de trop profane, ou la préjugeront comme s'intégrant dans l'ensemble d'une tentative pour la déification de l'homme.C'est là un coup de vent que je choisirais volontiers de laisser passer sans broncher; mais je présenterai ici encore le témoignage d'Etienne Gilson.Reconnaissant la dette de l'Occident envers la Grèce antique, Gilson parlait récemment de "la notion si vraie, (si sainte), d'une connaissance intellectuelle posée comme étant à soi-même sa propre fin"-.Gilson se range avec ceux qui veulent "connaître pour le plaisir de connaître".J'ajouterai ceci, (présupposant l'existence de Dieu): La raison du croyant serait-elle plus d'essence raison que la raison du non-croyant?Le croire serait trahir un peu trop la nostalgie de la pensée magique.Si ma raison et mon intelligence des choses sont appauvries, infirmées, si ma raison n'est pas à sa propre mesure, ce n'est pas parce que je n'ai pas la foi, ce n'est pas non plus parce que j'ai la foi; c'est parce que je n'ai pas assez le culte de la raison, sur le plan naturel.C'est parce que, en raison de certains tabous, je suis obsédé par un pathologique scrupule à l'endroit du profane.MORALE DE PANIQUE Je ne peux ici m'empêcher de penser à ce qui s'est passé, de temps à autre, au cours des premiers siècles du christianisme, à ces périodes de panique religieuse au cours desquelles tout intérêt porté aux choses de la nature était conçu comme pure folie, l'équivalent de la recherche de sa propre perdition; il ne fallait se préoccuper que de son salut éternel.Dans des circonstances très atténuantes bien sûr, on a déjà prêché qu'il était indigne du chrétien de s'adonner aux choses de l'esprit, aux choses de la culture, de la science, de la philosophie.Je n'essaie pas d'établir un rapport d'identité entre les époques en cause.Je signale simplement à la faveur d'une analogie très partielle, le fait vieux comme la chrétienté mais qui n'est pas le christianisme, d'une mentalité, d'une philosophie de l'existence, d'une morale qui semblent bien nous avoir marqués, nous ici, très profondément et très nocivement Autrefois, on parlait du démon, prince de ce monde.Et tout, sauf l'âme et son salut, entrait dans le répertoire du prince des ténèbres; le monde et les ténèbres, deux vocables pour une même entité.Tout, y compris l'esprit Lucifer, le Superbe, glorification de la raison, tentation diabolique.Tout est 2 L'Europe et le Monde d'Aujourd'hui.Rencontra Internationale) de Genève, 1957.9 trouble.Donc autrefois, on disait le démon prince de ce monde, aujourd'hui on dit: l'essentiel c'est le salut éternel, avec toutes les ramifications que l'on sait; l'essentiel c'est l'obéissance, la soumission; l'homme n'est rien, il est néant.Que cette mentalité, cette morale de panique ait régné chez nous, et causé des dégâts spirituels considérables, il y a là-dessus trop d'accord, trop de concordance dans un trop grand nombre d'études portant sur notre milieu, pour qu'il soit réaliste d'en douter.Non, une vénération pour les éléments de la nature n'est pas ce qui nous a caractérisés.Non pas un culte, mais une méfiance.Comme document, je renvoie le lecteur à l'étude la plus pénétrante que je connaisse: "L'atmosphère religieuse au Canada fronçais", Jean Le Moyne, Cité Libre, no 12, 1955.On aura deviné pourquoi je m'arrête d'abord à ce niveau premier d'un humanisme qui peut naître et grandir sans référence intentionnelle nu sacré.Je le fais à couse de cette situation dite de méfiance, méfiance de taille capable do tous les ravages.Je crois qu'il est évident qu'il n'est aucunement question ici d'une mutuelle incompatibilité entre humanisme et christianisme.MÉFIANCE ET ÂGE SCOLAIRE Quelle est-elle cette méfiance?D'où vient-elle?Qu'est-ce surtout qu'elle étouffe?C'est l'humanisme à sa racine qu'elle tue, dans son germe même, dans l'oeuf.Ce germe, nous le situons à la période dite "âge scolaire", dite aussi "âge de raison".C'est le moment si vulnérable où l'enfant aborde l'univers de l'école.Il a cinq ans, il a six ans.(Je n'essaierai pas d'intégrer ici l'expérience de la maternelle, de quatre à six ans).On dit "âge de raison" et "âge scolaire" par opposition toujours à quelque chose de précis.Ce quelque chose de précis, nous pourrions le résumer en un mot: c'est l'instinct.Ou encore, c'est tout l'univers de l'affectivité première chez l'enfant; toute la vie des émotions fécondée par l'instinctuel, c'est-à-dire l'amour et l'agressivité.A six ans, cette frêle entité qu'est la personnalité de l'enfant est encore un composé dont les principaux éléments constitutifs sont comme indistincts les uns des autres; les frontières internes ne sont pas encore assurées entre : affectivité, émotivité, raison, intelligence, magie, rêverie, etc.; tout y est réciproquement en état d'osmose.Cet âge pourtant dit "de raison" est aussi le premier temps de l'existence où, les efforts conjugués des lois de la psycho-biologie d'une part et les exigences du milieu d'autre part de- mandent à l'enfant d'opérer une première synthèse, dans sa personne, lui imposent et lui dictent une première structuration de sa personne, de son caractère.Il faut qu'il fasse le point en lui-même, le plus harmonieusement possible, de ce qu'il veut être, de ce qu'il peut et doit être.Cette première synthèse implique une première sédimentation de moralité.C'est la couche de la pré-morale, la morale dite automatique, inconsciente, celle que l'enfant a graduellement empruntée à ses parents; celle qui par une sorte d'osmose encore, sorte d'assimilation lente, lui vient de la famille.Très tôt, par les mécanismes psychiques de l'identification et de l'imitation, les parents en viennent dit-on à constituer une instance dans le psychisme de l'enfant.C'est l'amorce de la censure inconsciente.On dit aussi qu'il importe beaucoup que cette orientation pré-morale, d'abord automatique et nécessairement rigide dans l'enfant, se fasse quand même le plus possible "par compréhension et sympathie" (Georges Mauco), de façon à pouvoir par la suite s'assouplir.Il faut tout le contraire d'une attitude rigidement autoritaire de la part des parents pour que cette première couche de moralité à base d'impératifs catégoriques, puisse se prêter subséquemment à une graduelle assimilation par le moi conscient de l'enfant, à une adhésion de plus en plus libre opérée par le moi de l'enfant.Nous venons de dire subséquemment, mais c'est immédiatement qu'il faudrait dire, puisque au moment même où l'enfant complète cette première ébauche de sa personnalité, ébauche au sein de laquelle se trouve cette moralité inconsciente, à ce moment même, il est entré dans l'âge dit "de raison", il a franchi le seuil crucial de la conscience morale, de la morale consciente.L'enfant fait face à la nécessité de franchir le seuil au delà duquel morale automatique et aveugle doit devenir de plus en plus morale librement assumée; acheminement graduel vers l'adhésion libre.J'ai dit seuil crucial, parce que ma pensée au fond c'est que nous avons là une frontière devant laquelle les chrétiens en masse ont maintenu une prise de position, en soi et non intentionnellement, strictement profanatoire.Je ne dis rien de neuf ici, car les plus grands parmi les chrétiens nous le répètent depuis toujours.RISQUES DE L'ENGAGEMENT Nous avons donc un être chétif placé devant des exigences presque sans limites: moralité, conscience, vie de raison, démarche de l'intelligence, exigence de liberté, exigence d'amour.En quoi, encore plus précisément, cette période est-elle si cruciale?Quels en sont les signes?10 Le docteur Nodet a bien précisé un des aspects de l'enjeu.Parlant de l'enfant aux environs de la sixième année, à propos de la nécessité où se trouve l'enfant d'adhérer alors à sa condition sexuelle respective (virilité ou féminité en herbe) le docteur Nodet dit: "L'enfant bute à la nécessité de faire un choix, avec tous les risques de la rivalité.Ce choix l'engage à faire les premiers pas dans la voie de l'autonomie avec la lourde rançon de la menace de solitude"3.Nous avons donc à ajouter ces deux grandes sources de cauchemar, pour une nature frêle: l'autonomie, la solitude.Le Docteur Nodet de dire encore : "Cet âge aura ses risques et ses difficultés : affronter et dépasser l'angoisse de culpabilité pour s'affirmer dans la ligne de son sexe et de sa sexualité en face de ses deux parents.Avant même d'avoir à résoudre les difficultés produites par l'affrontement oedipien il faut être capable de l'aborder.C'est peut-être la démarche la plus audacieuse demandée à ce jeune moi qui s'ébauche que de l'inviter à risquer, pour tenter l'aventure de son premier affrontement en tant qu'être sexué, à risquer cette sécurité primitive si anxieusement chérie".Voilà donc l'enfant en présence d'une nouvelle source de cauchemar: l'abandon et le dépassement de la sécurité primitive et infantile.Je veux poursuivre encore la description de l'enjeu à cet âge: cette course aux obstacles qui sont de taille.Nous avons parlé tantôt de la rencontre si fragile et précaire entre la morale automatique et la morale consciente.Sur ce terrain spécifique, il y a plus.J'aurai recours ici aux paroles de Madame Thérèse Gouin-Décarie pour résumer la pensée de Piaget concernant l'évolution du jugement moral chez l'enfant (du point de vue de la logique): "L'enfant n'arrive pas à distinguer que la moralité d'un acte est liée avant tout à l'intention de celui qui l'accomplit.Vers six ans c'est dans la mesure où l'enfant est puni qu'il se sent coupable"1.On peut assez facilement faire en sorte que l'enfant innocent se sente "méchant".Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ! Quelle puissance à bon marché à la portée de l'éducateur! Nous avons donc d'un côté toutes ces valeurs qui cimentent l'humanisme de base : la raison, la morale consciente, l'accession intérieure à la liberté, etc.; et de l'autre côté, les obstacles que je viens de rappeler, qui se situent à l'âge de l'initiation scolaire.3 L'Aune Chrétienne, CERF.1951.* Le développement psychologique de l'Enfant.Fidei, 1954.DISPONIBILITÉ ET RENCONTRE Je voudrais illustrer ici par quelques anecdotes ce que j'appellerais la situation de départ d'un côté et la situation d'arrivée de l'autre côté.Une enfant d'un peu plus de quatre ans, de plus en plus impatiente dans l'attente de son premier jour d'école (maternelle), annonce à ses parents : "A mon premier jour d'école, je vais apprendre tous les mots que je sais pas encore." C'est dit avec dans les yeux une sorte d'extase anticipée de la connaissance désirée.Cette tension de l'intelligence est saisissante pour qui en est témoin.Ce qui est impressionnant et pathétique, c'est que l'intelligence de l'enfant, elle, fait confiance! Le point d'arrivée sera illustré d'abord par l'expérience vécue d'un enfant de six ans lors des tout premiers jours de sa première semaine à l'école confessionnelle de la commission scolaire, (anecdote qui a déjà été utilisée dans une autre étude).Le soir de sa première prise de connaissance académique en matière de religion, empêché de s'endormir par une angoisse nouvelle il demande à son père : "Est-ce vrai que par ma fenêtre le démon va venir pendant mon sommeil pour me mettre dans la tête des mauvaises pensées?" Du fait que le père prenait quelques secondes pour surmonter sa désolation et attendre l'inspiration, l'enfant lui de son côté, toujours impatiemment en quête de savoir, s'écrie : "Va donc chercher tes gros < lictionnaires".Dieu merci, l'enfant n'est pas sans offrir quelque résistance malgré le tragique de sa crédulité.J'ajouterai ici une dernière anecdote.L'enfant a maintenant huit ans.Revenant de l'école, il dit à son père : "Tu vas être bien content et je suis sûr que maintenant tu vas me laisser sortir un peu plus tard le soir pour me récompenser, le frère m'a dit que j'ai été nommé "enfant de choeur".C'était la première nouvelle que les parents en avaient.Ce n'est pas pour blaguer facilement que je rapporte l'anecdote.C'est qu'il comporte pour tout chrétien, remarquez-le bien, sa dose de désolation.Elle se situe dans un contexte bien spécifique.Aucune préparation pour la compréhension des offices, en vue d'une participation intérieure.Durant cette même année, l'enfant apprend son cathéchisme, apprend sa religion selon le traditionnel et caricatural par coeur.La religion du bout des lèvres, et non celle du coeur et de la raison.Ces trois anecdotes nous donnent une idée, ne serait-ce que très lointaine, de la disponibilité et de la rencontre; l'humanisme en quête de sa nourriture et la qualité de la nourriture offerte, du moins quant à certaines perspectives. Elles nous font sentir un peu le poison de la méfiance et l'enlisement de la raison.Ne tenant compte que des croyants, on pourrait résumer grossièrement les opinions sur la qualité de notre enseignement confessionnel, en ramenant les choses à deux courants de convictions : Il y a ceux qui disent que c'est parfait dans la mesure du possible; il y a ceux qui disent que c'est lamentable au plus haut point.Pour de multiples raisons tant subjectives qu'objectives, je suis tenu de me ranger du côté du "lamentable".J'y suis, je le répète, en très bonne compagnie, peut-être pas sur le plan numérique mais sûrement sur le plan de la qualité.Au coeur même de la rencontre de l'enfant, disions-nous tout à l'heure, s'insinue la méfiance.Et nous nous demandions d'où elle pouvait bien venir?DÉTERMINISME HISTORIQUE Je vais risquer ici une hypothèse qui n'a rien de neuf; ce serait plutôt d'en tenir compte qui serait nouveau.Je vais risquer, après quelques autres, un coup d'oeil strictement psychologique (donc limité dans ses perspectives) sur certaines caractéristiques humaines, inhérentes à la pratique de la vie d'ascèse chez les religieux.Je vais porter une attention particulière sur les caractéristiques susceptibles en soi d'affecter le rendement sur le plan éducatif.Ce n'est pas par parti pris que j'ai choisi délibérément de faire l'investigation d'un secteur de la vie du religieux plutôt que du laïc.Ce secteur, du point de vue religieux peut être vu comme infime, mais il n'a rien de secondaire si on considère le religieux en tant que "religieux enseignant".Mon choix vient naïvement du fait que l'historien nous répète à satiété que l'histoire du Canada français se confond avec l'histoire de l'Eglise au Canada français.L'historien nous répète que depuis un siècle, notre éducation à tous les niveaux dût finalement et massivement être remise entre les mains des clercs.Une transaction radicale.Là-dessus, le psychanaliste est fort bien justifié de se demander d'abord et comme à priori : dans un pareil contexte, quelles sont les impasses auxquelles, humainement et psychologiquement, il est tout à fait réaliste de s'attendre?Ce point de départ au niveau des principes, au niveau des lois de la psycho-biologie, nous servira de tremplin pour examiner la situation de fait Une seule conviction m'empêcherait de le faire: ce serait de croire que dans les communautés religieuses enseignantes, on n'ait pas, à peu de choses près, la courbe stable de distribution qui va du pire au meilleur, distribution qui situe la majorité au centre.VOEUX ET SAGESSE INTUITIVE L'histoire de l'Eglise nous apprend que ce fut graduellement que les communautés religieuses en sont arrivées à la nécessité d'imposer les trois voeux à la fois.Les uns disent que l'on est arrivé à cette solution triple grâce à une intuition profonde de la dynamique de l'affectivité.Sans aucun doute.Mais il semble aussi vrai de dire et d'ajouter que c'est aussi grâce à la possibilité d'observer les dégâts quand un des voeux manque à l'appel, quand un des voeux n'est pas au programme.On sait très bien aujourd'hui que les instincts sont très mobiles; que si une issue de satisfaction leur est fermée (par un voeu d'abstention), ils peuvent fi."t bien trouver des voies d'évitement si ces voies ne sont pas interdites à leur tour par un nouveau voeu de renoncement L'instinct est un peu caméléon: il prend la couleur qui convient à l'issue disponible.Je m'explique.Un individu peut fort bien faire voeu de chasteté et de pauvreté et s'en donner à coeur-joie dans la voie de la domination sur les autres ou dans la voie de la tyrannie morale sur ses frères, sans se rendre compte bien sûr que cette domination sadique est la nouvelle coloration prise par l'instinct L'instinct, nous le répétons, ne se laisse jamais impunément traquer.En raison du danger continu de redistribution de l'instinct dans toutes les directions viciées, on en est péniblement et coûteusement arrivé à demander les voeux simultanés de chasteté, pauvreté et obéissance.Malheureusement, sur le plan humain toujours, on n'ignore pas que cela ne règle pas tout le problème, ou que cela ne règle qu'une partie du problème.Ainsi, le voeu d'obéissance règle la relation par le haut Le.avec l'autorité, mais il n'est pas nécessairement une garantie de tout repos par en bas, Le.dans la relation éducateur-enfant EXIGENCES PSYCHOLOGIQUES L'instinct laisse l'individu à l'abri des déviations quand il est suffisamment assumé par en haut, c'est-à-dire, assumé par une orientation d'amour authentique, sublimé dans les voies de la générosité et de la charité.Pour arriver à cette sublimation, il faut d'abord un degré suffisant de maturation, d'épanouissement dans nos deux grandes composantes instinctuelles, la sexualité et l'agressivité.C'est déjà beaucoup demander.Il faut qu'elles aient mûri dans une atmosphère interne et externe d'accueil, d'adhésion.On ne renonce pas à ce qui n'est pas à sa disposition.Nous y reviendrons dans un instant 12 Il faut non seulement que sexualité et agressivité aient mûri — et soient disponibles, mais une fois atteint ce degré hypothétique de maturation et de disponibilité, il faut aussi, premièrement, beaucoup de temps, sinon toute une vie, pour que le renoncement conduise à la sérénité en présence et à l'endroit de ce qui est sacrifié.Deuxièmement, il faut une âme aux frontières de la magnanimité, dit-on, pour que le religieux enseignant encourage sainement chez celui dont il a la charge, des niveaux et des modes de satisfaction et d'épanouissement qui l'obligent lui à une perpétuelle mise en garde, qui l'obligent à un détournement presque toujours à renouveler.Chez l'éducateur immature ou incertain de sa montée personnelle, le danger est très grand de voir dans l'enfant une extension de son propre moi, extension à travers laquelle il poursuivra son propre conflit intime.(Si on me demande: Mais que faites-vous de la grâce?je serai bien impuissant à répondre autre chose qu'un modeste: Que fait-on des échecs et des impasses psychologiques qu'on observe?).Troisièmement, pour que cet encouragement sain soit possible, il faut, en plus de cette grandeur d'âme et de ce détachement de soi, il faut aussi que la chose sacrifiée soit vue comme un bien.Comme un bien en soi et non comme un mal.On sait avec quelle fréquence et quelle intensité ce contre quoi l'homme doit lutter prend presque fatalement figure d'ennemi, prend finalement le visage du mal quand ce n'est pas dès l'origine que l'instinct, par exemple, est vu comme l'agent maléfique.Dans de pareilles conditions psychologiques, les exigences sont d'un poids presque décourageant pour un esprit lucide.Dans l'ouvrage intitulé: "L'ascèse chrétienne et l'homme contemporain" avec le nihil obs-tat du Père Plé on lit: "L'ascétisme des voeux doit être regardé également de très près.La chasteté limite les réalisations sexuelles et ne doit pas se confondre avec un refoulement de la sexualité, inconsciemment coupable dans son existence même.La pauvreté et l'obéissance limitent les manifestations agressives d'accaparement, de domination.(Il faut respecter).la nécessité analytique des trois voeux: une chasteté sans effort supposerait une sexualité refoulée, ayant tendance à régresser du plan génital au plan sadique agressif.Les deux autres voeux sont là pour s'opposer à ce glissement Les trois voeux doivent être psychologiquement conquérants, les trois à la fois.Ils ne doivent être ni trop faciles ni trop obsédants.Le dommage est à tous les plans.Pour juger la valeur de l'ascétisme, la structure de l'effort est plus éclairante que le résultat"8.Autrement dit, il faut que le tout soit assumé par en haut, dans une générosité conquérante.DEVENIR ÉDUCATEUR Pourquoi ce long détour sur les données psychologiques sous-jacentes aux voeux?Parce que la nature de mon argumentation demande qu'il soit bien suggéré sinon démontré que les exigences psycho-affectives dans la vie du religieux sont telles qu'une communauté religieuse enseignante, plus que toute r.utre institution, devrait veiller avec un soin tout particulier sur les critères qui président à la sélection du personnel enseignant.Donc chez les clercs particulièrement, et pour des raisons qui sont nettement à l'honneur des clercs.Il en va de l'idéal religieux comme du christianisme.Je conserve le plus profond respect et la plus totale admiration pour l'idéal religieux.Mais le respect ne rend pas aveugle et les échecs sont nombreux.Je vois toujours dans le christianisme l'idéal le plus audacieux, le plus héroïque; mais précisément, en raison de la qualité de cet idéal, si chargé d'exigence d'amour, il aboutit, avec une abondance déconcertante, dans le temps et dans les hommes, au plus caricatural pastiche.Quoi de plus grand, de plus digne de respect que l'authentique morale chrétienne qui se définit comme une morale de la liberté! Mais dites-moi si les hommes ont réussi quoi que ce soit de plus exécrable que le moralisme soi-disant chrétien?Il n'est peut-être rien de plus impressionnant pour le psychanaliste que le témoignage vivant d'un religieux qui vit pleinement sa vie d'amour au niveau de l'ascèse.Le docteur Zilboorg, de réputation internationale a écrit dans l'ouvrage ci-haut cité "L'ascèse chrétienne et le monde contemporain" : "Contentons-nous d'affirmer qu'il est impossible d'atteindre au niveau de Cari-tas et d'Agapè sans avoir atteint au préalable un niveau suffisamment élevé d'organisation psychologique de l'érotisme.On est stupéfait devant la profondeur d'intuition de l'idéal ascétique de la Caritas qui appelle au renoncement de la génitalité physique et ferme aussi les sentiers vers lesquels une telle génitalité sacrifiée peut glisser : ceux de la puissance et de la richesse.Quels sont les processus psychologiques obscurs qui sauvegardent alors la génitalité psychologique et qui font que ces êtres poursuivent une existence à la fois sereine et saine, c'est là une question à laquelle même la psychologie moderne des profondeurs ne peut apporter une réponse scientifique.Comme la biologie.qui est encore impuissante à dire ce qu'est la vie".Mais le psychanaliste a bien dit: "Cet êtres qui poursuivent une existence sereine et saine".Combien y en a-t-il que le filtre laisserait passer?Combien répondraient à l'appel?Ceci me ramène droit au coeur du 13 dilemme auquel font face les communautés religieuses enseignantes.Je poursuivrai donc en disant qu'en raison même du caractère très élevé des exigences sur le plan personnel, il est presque fatal qu'une minorité seulement, l'élite, puisse répondre à cette définition de sérénité et de santé.Je crois justifié, pour le moment, de ne pas me laisser trop distraire par In pensée très juste que la vocation d'éducateur a ses exigences pour le laïc, aussi, et que peu nombreux sont ceux qui passent l'épreuve de perfection.Mais mon propos actuel n'est pas là, ou plutôt, il n'est pas encore là.Donc j'y reviendrai.La vie d'ascèse structurée par en haut, c'est-à-dire débouchant sur l'amour ou sens large, débordant dans le dépassement de soi, créateur de vie, au niveau de la sublimation, cette réussite-là, c'est un peu comme un chef-d'oeuvre; c'est l'objet précieux qui porte la marque de la rareté.La preuve, ne serait-ce pas que, lorsque l'Eglise se croit en présence d'un tel être, elle veut le canoniser.L'Eglise consacre le caractère exceptionnel de la réussite.Les alpinistes victorieux de l'Hymalaya ne sont pas légion.Tout ceci nous amène à risquer le postulat que dans la mesure où le niveau de santé et de sérénité dont nous avons parlé tantôt n'est pas atteint, les possibilités d'action éducative saine sur les autres sont proportionnellement infirmées.Le laïc croyant n'étant pas encore en cause, notre attention porte sur un seul point reconnu d'ailleurs par l'Eglise elle-même depuis sa naissance: c'est que le religieux fait face à plus d'exigences et à des exigences humainement plus lourdes que le laïc, et la nature même des exigences fait que dans la mesure encore une fois où l'idéal ascétique n'est pas raisonnablement atteint, c'est l'équilibre psychique qui le premier est débalancé par les glissements régressifs de l'instinct; et ces glissements régressifs pervertissent presque toujours l'action éducative.En raison de ce surcroît d'exigence et de dangers psychologiques, toute communauté religieuse ne devrait-elle pas se faire un devoir strict d'hésiter longtemps avant de permettre à ses sujets l'accès à la fonction d'éducateurs?Je crois nécessaire de répéter que l'idéal ascétique poursuivi par le religieux est déjà à lui seul un programme d'envergure psychologique, une visée héroïque qui doit laisser bien peu de répit dans la moyenne des cas! L'habit ne fart pas le moine, et par conséquent, on risque beaucoup, on risque toutes les tragédies psychologiques en surimposant prématurément la tâche d'éduquer les autres.VIGILANCE NON PRATIQUÉE Et j'en arrive à notre situation de fait Notre histoire ne nous a pas permis cette prudence; surtout durant les cent dernières années, elle a empêché les communautés religieuses enseignantes d'éviter ce trop grand risque.Les communautés n'avaient pas le choix, il fallait enseigner.Je ne suis pas ici pour témoigner au nom d'une gratitude nationale, encore moins pour soutenir que le mérite dispense du progrès ou place son homme à l'abri des lois inexorables de l'évolution sociale.LES SUITES Fort solidement supporté par les témoignages critiques auxquels j'ai déjà fait allusion, je n'hésiterais pas à postuler que si, comme nous nous le faisons dire si abondamment notre société souffre du cancer de l'autoritarisme, de la dépendance et de la soumission infantile, rejetons de l'autoritarisme; de la dévirilisation de l'homme; si, chez nous, la sexualité ou bien étouffe ou bien se révolte impulsivement; si l'idéal d'épouse est bâillonné par l'idéal de maternité et de virginité; si chez nous la liberté audacieuse ne se sent pas chez elle; si notre pensée philosophique végète; si nos collèges classiques suscitent si peu la passion de la culture humaniste; si tout cela est, (et je le crois), si ce sont vraiment là nos signes distinct if s, (et je le crois), la cause en serait une multitude de facteurs que j'ignore à l'exception des trois suivants qui me paraissent se situer au premier rang: ces trois facteurs n'en sont qu'un au fond, et je le définirais comme suit: c'est la confessionalité dans l'enseignement, transmise largement par des canaux cléricaux, dans le contexte lourd d'une trahison à la fois janséniste, manichéenne et intégriste du christianisme.Depuis déjà de nombreuses décennies, notre éducation à tous les niveaux fut trop massivement remise entre les mains des clercs.Le fait historique de la prise en mains ne semble pas être trop contesté.L'idée qu'on se fait de la qualité des résultats peut varier.Les données en cause sont tellement multiples et complexes qu'il est extrêmement difficile et arbitraire d'en extraire quelques-unes pour y porter notre attention.Toutefois, en fonction des éléments constitutifs de cet humanisme en herbe dont nous avons parlé au début, je m'arrêterai un peu sur deux problèmes: celui de la sexualité et celui de la liberté.C'est toujours l'enfant de sut ans qui nous préoccupe.14 ÉPANOUISSEMENT SEXUEL Je ne pense jamais sans beaucoup d'inquiétude et d'appréhension aux petites filles de six ans qui abordent le couvent.La petite fille, à cet âge, je le rappelais au début, vient de terminer sa première tentative authentiq e en vue de se structurer et de s'accepter en tant qu'être sexué.Elle aborde maintenant le couvent et ses nouvelles éducatrices.A ce moment de mon exposé, je vais me contenter de souligner certains aspects de l'enjeu.Dans le "Supplément de la vie spirituelle,"5 on lit ceci: "Souvent, les plus négligés sont les problèmes liés à la sexualité .la sexualité chez l'éducateur équilibré, doit être épanouie et lucidement intégrée.Elle doit apparaître dans ses désirs et dans la qualité globale du comportement qui distingue l'homme d la femme et réciproqument.Elle doit être franchement et joyeusement hétérosexuelle.Elle doit être considérée comme une force vitale essentielle, bonne en elle-même, les interventions morales ne devant en viser que l'utilisation".Ne constatons-nous pas, chez nous, l'inverse, grosso modo.Notre éducation, malgré la lettre, injecte la notion du mal au sein même de l'essence de la sexualité et non seulement de son exercice.Dans notre milieu très particulièrement, quoique nous n'ayons pas le monopole exclusif de cette tendance, la sexualité est ravalée au niveau de la bestialité, parce que la bête est sexuée.L'enfant est bien rarement invité à surestimer l'animal du fait de sa ressemblance avec l'homme.Combien plus vrai de penser que ce n'est pas l'homme qui ressemble à l'animal mais l'animal qui ressemble à l'homme, qui prépare l'homme.Pour cela, il faudrait aimer le monde, aimer la nature.Toujours dans les études puisées dans le "Supplément de la Vie Spirituelle", je choisis deux autres textes qui soulignent assez discrètement le malaise fatal au sein d'une situation qui demande à une religieuse de veiller à l'épanouissement sexuel de la petite fille et de le respecter selon la nature: "Tout effort.pour restreindre systématiquement l'expression des instincts humains de base est considéré comme pathogène.(Nous pouvons) "affirmer qu'il est impossible d'atteindre au niveau de Cari-tas et d'Agape sans avoir atteint au préalable un niveau suffisamment élevé d'organisation psychologique de l'érotisme" *."Même si on admet que les gens équilibrés ne sont pas une rareté, il est certain qu'il faut "une extraordinai- 5 No 14.1950.Dr C.H.Nodet.re sérénité à l'éducateur sincère pour se pencher sur le développement affectif et sexuel du jeune enfant, sans être gêné par le malaise parfois difficilement avoué, que lui imposerait une référence n son propre développement"6.Serait-ce abuser de la situation de dire que ce malaise joue d'emblée chez au moins une proportion fort appréciable de religieuses?Je répète que je ne nie pas que le même principe s'applique à toute femme qui a refoulé sa sexualité, à toute femme non religieuse.Mais la femme "laïque" refoulée peut consciemment regretter cet état de chose et il lui est aussi plus facile qu'à la religieuse, de toute évidence, de souhaiter consciemment une libération.Je reviens ici à mon schéma de base: une vie bonne, généreuse, propulsée par un amour nourricier est conditionnée par une organisation psychologique relativement saine; l'équilibre de l'organisation psychologique est conditionné à son tour par la maturation et la sublimation des instincts sexuels et il est foncièrement vicié par le refoulement.Pour accéder à la maturation et à la sublimation, pour échapper au refoulement de la sexualité, il faut accepter la sexualité, l'accueillir, l'aimer.Il faut la laisser pousser, comme un arbre.Dans le "Supplément de la Vie Spirituelle," le Docteur Nodet écrit encore ceci: "L'impulsion vaincue et refoulée garde toujours une obscure saveur de culpabilité".Dans la mesure où il y a refoulement radical d'impulsions et malaises de culpabilité qui à son tour produit tous les dégoûts, toutes les hontes, tous les scrupules, et tous les tabous, dans cette mesure, la fonction éducatrice est viciée à la base.En raison de cette intercom-municabilité entre les éléments constitutifs de la première synthèse de l'enfant, cette sorte d'osmose dont nous avons parlé entre l'affectivité, la raison, l'intelligence etc, nous pouvons affirmer que le danger est grand de voir le sort réservé à la sexualité finir par affecter la totalité de la personne, finir par rejaillir sur d'autres facultés.Les dégâts pédagogiques se multiplient ou risquent beaucoup de se multiplier.DEVENIR LIBRE Regardons maintenant du côté des devoirs de l'éducation à l'endroit de la liberté.La liberté est une conquête.L'éducateur n'a pas beaucoup de choix; il sera le camp allié ou le camp ennemi.Nous limitant au plus gros de la situation, l'hypothèse de base serait comme suit: le pre- 15 mier risque d'une éducation massivement remise entre les mains cléricales, c'est la cléri-calisation.La situation concrète observée depuis des décennies par des spécialistes, permet de croire avec un minimum de réalisme que la seconde prémisse qui suit ne se situe pas dans les nuages: une éducation fortement cléricaliséo ot cléricalisante, ne peut pas éviter de dégénérer en système patriarcal.Et un système de mentalité patriarcale ne peut pas aboutir à autre chose qu'à favoriser, sur le plan individuel et collectif, une morale automatique, infantile.Une morale de démission qui ronge à sa base la motivation qui vise la prise en charge de soi-même.Réduisant toujours les choses à leur expression la plus élémentaire sans préjudice à leur substance, nous dirons qu'un système de mentalité patriarcale est appelé à perpétuer une relation de l'ordre de père à fils.Il y a les pères et il y a les fils, à perpétuité.Et ici abonde la légitimation par le recours aux bonnes intentions.C'est le cancer de l'autoritarisme et du paternalisme.Et que de confusion dans les niveaux.Le Docteur Nodet écrivait: "Il faut une oreille très humble et très prudente pour savoir écouter Dieu sans lui prêter le langage de notre propre surmoi", c'est-à-dire le langage de nos propres inclinations inconscientes à la tyrannie morale.Un groupe clérical et cléricalisé qui conçoit son rôle comme paternel — va nécessairement chercher à consacrer chez les sujets concernés la caractéristique filiale.Me limitant toujours ou niveau des processus psychologiques, je me contenterai ici de dire qu'en fonction de l'idéal qui veut que la personne se réalise dans et par la liberté, les dégâts sont imminents.Et la synthèse de ces dégâts, c'est la mentalité du soumis.Le mouton.Jean Lemoyne a écrit la-dessus des paroles qui me paraissent finales, qui ne laissent place à aucune réplique: parlant de Jean le Baptiste, il demande: "Sur quel trait de ce grand homme s'arrêtera le sentiment populaire; à quel moment de cette vie se fixera-t-il?A quel symbole aboutira sa représentation." la réponse nous la connaissons: ."le bel agneau, un enfant impubère .réduit à un avenir indistinct.ainsi le Baptiste est rassurant et maniable; diminué à une image printannière, il devient attendrissant"1 Je cède encore la parole au Docteur Nodet qui publie dans les Cahiers de la Vie Spirituelle: "Que penser de tous ces caractères timides et passifs?Les vertus chrétiennes d'humilité, de douceur, de patience, d'abandon, sont de commodes et flatteurs pavillons pour justifier de telles attitudes de démission.Le christianisme n-t-il dévirilisé l'homme?Il n'est pas douteux que l'appartenance chrétienne soit apparu " Citf Libre.No 17.juin 1957.pour certains comme un climat de sécurité fort peu conquérant"8.Le spécialiste en théologie morale nous dit qu'il faut enregistrer au sein même de l'histoire de l'Eglise deux conceptions contradictoires de la morale.Il s'agit en somme de la morale de la liberté par opposition à la morale de l'obligation.Les témoignages abondent pour signaler que nous avons opté d'emblée pour la morale de l'obligation.Le théologien qui se penche sur l'étude de la morale de l'obligation ne peut faire abstraction des données de la psychologie, et précisément de la psychologie qui nous intéresse en ce moment Le Père Tonneau nous dit:7 "Une éthique qui se fonde d'abord et essentiellement sur le fait que l'homme a la maîtrise de ses actes volontaires et se dirige librement vers sa béatitude, n'a rien de commun avec celle qui part du principe de la dépendance.Une dit que l'homme a une vocation morale parce qu'il est grand, l'autre parce qu'il est petit II faut choisir.La morale de l'obligation, contrairement aux apparences, est une morale facile.on se sent comme l'écolier qui a terminé ses devoirs ou comme le soldat qui a fini son service.D'autre part, cette facilité prend l'apparence d'une grande et fondamentale docilité à l'égard des lois et commandements de l'autorité, ce qui est pour les supérieurs, à la fois un hommage et une tentation.L'autorité aura donc le sentiment de promouvoir le progrès de ses subordonnés à mesure qu'elle élèvera le plafond du minimum obligatoire.Elle prendra tout en mains, elle entrera dans plus de détails, resserrera ses exigences, se flattant de répondre ainsi aux voeux des meilleurs et de soutenir la bonne volonté de tous contre une défaillance toujours à redouter.Et puis, se dit-elle, si l'obligation est le premier mot de ln moralité, n'est-il pas souhaitable de l'introduire partout pour élever au niveau moral le plus grand nombre possible d'actes qui sans cela resteraient indifférents?N'est-ce pas fournir aux hommes tout en les délivrant des incertitudes de leur libre arbitre, mille occasions nouvelles d'obtenir en agissant, le mérite de l'obéissance et de se hausser chaque jour à des niveaux supérieurs de perfection morale?.L'idée d'une morale de l'obligation et de la soumission nourrit souvent chez les représentants de l'autorité cette illusion que rien de bon ne peut exister qui ne soit mû par eux, qui ne réponde à un ordre venu d'en haut et que la moralité gagne effectivement tout le terrain conquis par le commandement Hélas, à tant de sollicitude les sujets répondent trop souvent soit par Fhyprocrisie, faisant bonne mine à l'autorité et la flattant, tout en prenant discrètement leurs aises, soit par la régression infantile vers la fuite des initiatives et l'horreur ' Bulletin Thomiste.1952.vol.VIII.16 des décisions personnelles.En somme, à la limite, cette morale exclut la morale, la créature n'est plus à l'image de Dieu, mais un simple organe d'exécution".NOTRE VISAGE Je viens donc d'insister sur deux ensembles de données, la sexualité et la liberté, en me limitant, à une exception près, à des considérations d'application générale.Mon exposé à ce moment-ci, souffrirait d'au moins une lacune grave et inadmissible, si je ne m'appliquais pas maintenant à fournir un minimum de témoignages pouvant servir à légitimer la direction prise par toutes les propositions précédentes, ne serait-ce que sur le plan de l'hypothèse.Il s'agit donc de témoignages portant sur ce qu'est devenue notre condition, dans le contexte très concret de notre géographie psychologique telle que dessinée par le caprice de certaines situations historiques.J'ai souvent parlé de ces nombreux témoignages qui tout au long de cet exposé me servaient implicitement d'appui.J'en choisis un, très représentatif de l'ensemble à mon avis.Mais qu'on ne s'étonne pas ici que je précise que si je le choisis, c'est d'abord en raison de sa concordance intime avec ma façon d'interpréter la situation; ensuite parce que ce témoignage est celui d'un religieux canadien-françaia Voici donc quelques traits de notre visage tels que tracés, il n'y a pas si longtemps, par le Père Ernest Gagnon *.Voyons d'abord au sujet de la méfiance qui contamine disions-nous les valeurs de base de l'humanisme."L'une des composantes principales qui conditionnent l'épanouissement de l'intelligence est la souplesse de caractère ou, plus précisément, la maturité du monde moral.Nos difficultés historiques nous ont imposé d'être une force morale avant d'être une présence de pensée.Chez un isolé intérieur (ce qui semble bien nous définir) la morale se fait l'ennemi des instincts.Elle se cérébralise dans des formules et des codes qu'elle brandit, anxieuse, sur tout ce qui veut vivre.Toute liberté est licence, toute initiative une aventure dangereuse, et la faute est intrinsèque à tout plaisir.Toute satisfaction est un piège, tout essort un enivrement Auréolée de tout le sacré qu'elle a mobilisé dans la peur, elle ne voit devant elle, que des soumis hypocrites ou châtrés, ou des révoltés à réduire.Cette attitude est néfaste pour l'intelligence dont elle paralyse les valeurs spirituelles au niveau de la faute, et les forces de la création au niveau de la peur." Ignorances et tabous qui nous privent de "la splendeur de la maturité".* Etprit.No sur le Canada Français: Viiage de l'Intelligence.No 8-9.1952."Désordre et stérilité.".Maintenant, sur le globalisme auquel peut mener cette intercommunication, cette osmose dont nous avons parlé au début: "Une des causes de cet état de chose serait peut-être le fait que les parents se désintéressent trop de leurs problèmes propres d'ordre actuel et social (disons laïques, d'ajouter le père Gagnon) entre les mains des éducateurs religieux dont ce n'est pas l'affaire et que, s'appuyant sur leur influence (celle des religieux) ils développent chez leurs enfants un globalisme dans le sacré qui confond toutes les valeurs et les immobilise.Certaines connaissances naturelles communiquées à un enfant par un saint prêtre ou par son père n'ont pas la même résonance dans son âme".Comme appui à l'accumulation d'épithètes fort péjoratives pour nous caractériser, je retiens ceci: "Au pays de Québec rien ne doit changer"."Une telle phrase n'est pas aussi candide qu'elle en a l'air, son ton de victoire peut cacher la suprême défaite, celle de l'avenir, car le passé comme tel est mort Comme tel, il n'existe que pour suppurer des aphorismes dangereux, paralyser, au nom du sacré l'accueil vital de nos tâches actuelles.Une sédimentation de petites traditions inertes, vraiment surprenantes chez un peuple aussi jeune que le nôtre." Enfin, sur quelques méfaits de l'autoritarisme au nom d'une morale de l'obligation: "Souvent le laïc hésite à prendre sa taille.Traditionaliste passif, il préfère vociférer dans la soumission infantile.Devant l'autorité, il a peur.il régresse dans l'agglutination d'une dépendance infantile et agressive".Nous nous permettons d'ajouter: Pas d'effet sans cause, pas de soumission sans une domination qui s'en réjouisse et l'accueille bien.Et la roue tourne: pas de dominateur sans soumis qui en bénéficie.TOUS DANS LE MÊME FOUR Je me laisse convaincre de la nécessité d'ouvrir ici une parenthèse, en vue d'une mise au point d'ailleurs annoncée plus haut En fonction de la situation actuelle touchant la qualité de notre corps enseignant, si on me disait que toutes les caractéristiques péjoratives que je viens de relever définissent davantage nos laïcs enseignants que nos clercs enseignants, je répondrais que la chose est plus que vraisemblable.La nourriture que le laïc assimile lui aussi, depuis si longtemps a profondément marqué sa complexion.N'étant pas maître dans la maison, le laïc fut comme contraint de s'assurer une sécurité affective en se faisant "plus catholique que le pape".Une mentalité soi-disant morale et religieuse s'est peu à peu enracinée chez 17 nous.Au cours des ans, elle a grandi et proliféré au point de remplir toute l'atmosphère.Mais les "retombées" ne sont pas sélectives! Personne n'y échappe.Je serais le dernier, de toutes façons, à me faire le champion de l'idée que le laïc a le monopole de la santé mentale.Si l'éducation avait été remise totalement entre les mains des laïcs, nous aurions bien des lacunes à enregistrer mais d'une tout autre nature, ou plutôt présentant moins d'homogénéité.Les lacunes et les hypertrophies auraient moins systématiquement leur germe dans les déviations de l'inspiration religieuse.Ces hypertrophies accuseraient moins des liens intrinsèques avec le caractère pseudoreligieux des tentacules qui ont poussé à l'institution cléricale; on sait qu'il en pousse infailliblement à toute institution qui tient à sa survie en tant qu'institution.Le laïc lui aussi est un refoulé, un soumis, un tyrannique, un paternaliste, etc.Et toutes les difficultés psychologiques dues à la poursuite de l'idéal d'ascèse affecte aussi, mutatis mu-tandis, tout laïc chrétien.Mais je dis que (en plus du facteur strictement historique qui, de facto, met en cause comme facteur la très lourde présence des communautés enseignantes), c'est un facteur de quantité et de degré qui légitime mon argumentation sur les dangers au niveau de l'instinctuel.Le degré d'exigences, sur le plan psycho-instinctuel, ne pourra jamais être aussi radical que chez le religieux, si on envisage la situation dans son ensemble.Par conséquent, les dangers psycho-logiques de glissements régressifs sont nécessairement moindres.Quand on identifie en bloc notre corps enseignant depuis un siècle, on reste stupéfait devant cette stricte homogénéité qui situe si globalement et si haut à la fois le degré d'exigences dans l'équilibre instinctuel! Dois-je répéter que c'est toujours l'action sur le jeune enfant qui est en cause.Je voudrais toujours pouvoir regarder de très près l'équilibre affectif de l'éducateur auquel je confie mon enfant de six à douze ou quatorze ans.Au-delà de la puberté, je regarderai de très près la compétence académique du maître, clerc ou laïc, peu importe la névrose ou le déséquilibre.J'opterai pour le clerc très névrosé mais compétent contre dix laïcs bons garçons mais tout nussi incompétents que stables.D'ailleurs, il ne faut pas oublier que le religieux le plus névrosé, s'il veille suffisamment sur lui-même pour ne pas quitter la voie de l'humilité, et si malgré ses échecs il ne perd pas de vue sincèrement un idéal qui se situe au-delà de lui-même, son témoignage restera sensible à ceux qui lui sont confiés.Ceci clôt la parenthèse.Cette description pessimiste du tableau m'amène finalement à une double perspective.TRANSFUSION D'abord, considérons la situation de notre école confessionnelle.Dans la mesure où ma description correspond à la réalité, l'école confessionnelle d'ici devrait remercier le ciel du fait d'être enfin placée en situation de compétition, du fait d'être enfin placée, par la force des choses, dans un contexte sociologique qui ne lui donne plus carte blanche, qui ne lui accorde plus son laisser-passer.La compétition, qui n'est pas un bien en soi, rend quand même bien des services à l'humanité; elle empêche beaucoup de somnolence.Notre école confessionnelle, à moitié paralysée dans un engourdissement de quiétude et de routine, à la vue de son jeune rival, éprouverait sûrement le besoin de séparer le bon grain de l'ivraie.Elle chercherait, avant qu'il ne soit trop tard, les moyens et les forces nécessaires pour sauver cet humanisme de base, au niveau du naturel, humanisme qu'elle compromet et empoisonne depuis si longtemps.Je n'oublierai jamais ce religieux enseignant, de grande réputation comme éducateur, un de ceux parmi les clercs qui s'interrogent et s'inquiètent vivement, un de ceux qui n'ont pas sommeil; faisant part de ses tragiques inquiétudes à un groupe d'amis, il disait récemment: "Pour sauver la religion, est-ce qu'il ne faudrait pas dans nos écoles, pendant quelques années, cesser d'enseigner la religion?" J'ai dit, tantôt, séparer le bon grain de l'ivraie; c'est donc que j'y crois au bon grain.Bien sûr.Je résumerais le fond de ma pensée en disant que si dans une école, il ne se trouvait qu'un seul saint prêtre, témoignage vivant de la splendeur de la générosité, et qui soit en même temps doué comme éducateur, je dis que ce pourrait fort bien être un facteur suffisant pour que j'y envoie mon enfant Un grand amour peut suffire pour annuler sur son passage toutes les médiocrités et susciter tous les élans.Si un seul François d'Assise se trouvait à l'école de mon enfant, je serais ravi.Si par contre, c'était entre les mains d'un François de Sales qu'il me fallait le remettre .j'aviserais! Je souhaiterais peut-être une école non confessionnelle.dans mon quartier! AIR SALUBRE Maintenant, voyons du côté de l'école non confessionnelle.Encore ici, dans la mesure où le tableau que j'ai dressé est en substance honnête, il devient évident que pour le croyant, aussi bien que pour le non-croyant, l'école non confessionnelle puisse être vue comme une chance exceptionnelle, à ce moment-ci de notre histoire, à ce moment-ci de notre évolution religieuse.Du point de vue à la fois et des besoins de l'humanisme profane, et des besoins actuels de 18 notre vie religieuse asphyxiée par la religiosité, l'école non confessionnelle apparaît, ou peut apparaître comme la possibilité d'une cure au grand air.L'humanisme de base et la vie religieuse cher nous ont besoin d'air salubre.L'Ecole laïque aurait le privilège de partir à neuf ou presque.De partir à l'abri de la majeure partie de nos contaminations.Elle n'a pas encore son ivraie.Elle serait, bien que partiellement, c'est entendu, à l'abri de la majorité de nos tabous qui pèsent si lourd sur la quête de l'intelligence.Ce qui permettrait ici un espoir réaliste, serait la décléricalisation de l'enseignement.Cette rupture en surface n'est pas sans promesse.Ce serait vraisemblablement la première étape en vue de l'assainissement en profondeur.Et si l'école laïque, l'école multi-confession-nelle trouve son inspiration dans le culte de cet humanisme de base, si sa passion est de cultiver la joie de connaître, le respect des consciences, le culte de la compétence et la conquête de la gouverne de soi dans la liberté, alors je dis que cette école échapperait difficilement à la collaboration du bataillon des commandos chez les chrétiens.Et j'ajoute que ce serait dommage qu'une telle entreprise psychopédagogique ne se gagne l'adhésion que des commandos chrétiens, ceux de la ligne de front.A n'en pas douter, il y a un passionnant terrain d'intérêts communs.Ceux qui tiennent à la religion n'ont rien à craindre de ce culte de l'humanisme profane, puisque l'inspiration religieuse, l'idéal chrétien risque toutes les contaminations quand il ne respecte pas cette base naturelle".Par ailleurs, si on place dans une école confessionnelle militante un enfant de parents agnostiques, on sait très bien que cet enfant se trouve dans une situation très propice au déclenchement de conséquences psychologiques très malheureuses pour son équilibre.INTÉGRISME LAÏQUE Je veux me garder de m'enfoncer dans un optimisme béat Si on me réplique que rien ne garantit que l'école laïque aura cette qualité, qu'elle se situera à cette hauteur, je dirai que, en effet, rien ne le garantit Et sans rétracter en rien l'affirmation que l'école laïque se trouverait, en principe, devant une chance unique, très privilégiée en fonction d'un humanisme à sauver, j'ajouterai que l'école laïque se trouve néanmoins devant un péril menaçant.S'il est une chose que l'histoire du monde nous apprend, c'est que les abus engendrent les abus.C'est pourquoi je tiens à souligner que l'intégrisme risque beaucoup d'engendrer l'intégrisme.Ce que Pierre-Henri Si-mont dit concernant la situation en France, je crois qu'on peut l'appliquer directement à notre situation: "Pour autant qu'ils se fassent une idée exacte de la hiérarchie des problèmes, les catholiques voient (ou devraient voir) que leur place normale est dans un rassemblement décidé à rendre la France plus humaine, la démocratie plus saine et la société plus juste.Ils voudraient avoir seulement l'assurance, qu'on ne les y mettra point par une interprétation intégriste de la laïcité, en conflit avec leur conscience religieuse" "'.Si c'était un jour vers l'intégrisme laïque que le mouvement laïque se dirigeait, ce serait un coup mortel porté aux espoirs que permet le contact avec la pensée de Teilhard de Chardin, si passionnément préoccupé par le besoin et la possibilité de rassembler tous les hommes, de quelque allégeance qu'ils soient.Dans son travail portant sur la recherche d'un Credo commun, Teilhard de Chardin nous dit : "Pour unifier les forces vives, si douloureusement disjointes.(il faudrait) former le bloc de tous ceux qui pensent que la grande affaire est de se frayer une issue en forçant quelque seuil de plus grande conscience.Chrétiens ou non chrétiens, les hommes animés de cette conviction forment une catégorie homogène.Bien que placés aux deux ailes extrêmes de l'humanité en marche, ils peuvent avancer ensemble, parce que leurs attitudes, loin de s'exclure, se prolongent virtuellement et ne demandent qu'à se compléter." "Le Dieu transcendant personnel et l'univers en évolution ne forment plus deux centres antagonistes d'attraction, mais entrent en conjonction.pour soulever la masse humaine dans une marée unique.Telle est la remarquable transformation que laisse prévoir en droit, et que commence en fait à opérer sur un nombre croissant d'esprits, aussi bien libres penseurs que croyants, l'idée de l'évolution spirituelle de l'univers" ".FIDÉLITÉ À L'ÊTRE Je n'essaierai pas de jouer au prophète quant à l'avenir du Mouvement laïque, mais je dirai que ce qui me fait conserver non pas l'optimisme mais une confiance obstinée, c'est la passion convaincue de Teilhard de Chardin" pour le cosmos tout entier, amour qui embrasse d'abord la terre, et la terre aujourd'hui c'est l'Homme.C'est l'enfant à faire pousser.Pour Teilhard, Tamour se tend en avant il ne revendique pas, il réalise la condition humaine telle qu'elle doit être, il entraîne à purifier, à achever la terre" — faire constamment pression sur toute la surface du Réel, pour que ça pousse droit, n'est-ce pas le geste par excellence de la fidélité à l'Etre?" Tous ceux qui travaillent pour le perfectionnement de l'Etre, sur quelque plan que ce soit, ne peuvent faire autrement que de se rencontrer, car comme le souligne la devise de Teilhard de Chardin: "Tout ce qui monte converge"".• Problème! de Vie spirituelle.Y.dt Montchttiil.s.j.ch.VII.1959.Il> Laïcité et Paix scolaire.Bcrgcr-Dcvrault, 195?.11 Cahier 1, Construire la Terre, Seuil.1958.19 L'état et la mise en valeur des ressources naturelles /""iJEST à un vaste examen de conscience cot-^ lectif qu'on a procédé à Montréal au cours de la semaine du 23 octobre, à la Conférence fédérale-provinciale sur les ressources renouvelables.Le crime dont on s'accusait le plus volontiers étant le gaspillage éhonté des ressources dont la Providence nous n gratifiés, on est tout de même arrivé à la conclusion qu'il s'agissait de simples péchés véniels, étant donné l'abondance, voire la surabondance de ces ressources au Canada.Mais il n'est pas interdit de penser que ce qui n'est que faute vénielle, à l'heure actuelle, pourra bientôt devenir faute mortelle le jour où l'on aura vraiment pris conscience de l'unité du genre humain, le jour où l'opinion universelle aura généralement admis que les ressources concentrées à quelque endroit précis du globe ne doivent pas servir au bénéfice exclusif du groupe restreint d'individus qui ont eu la bonne fortune de naître et do vivre là.La pression démographique que nous prédisent les spécialistes de la population nous forcera d'ailleura d'ici peu d'années à reviser nos concepts d'économie nationale et à prévoir une utilisation plus rationnelle et plus équitable des ressources du globe.On peut parler à cet égard, comme l'a fait un économiste français, François Perroux, de l'"égoïsme des nations", comme on parlait naguère de l'égoïsme des individus qui exploitaient leurs semblables.Mais on n'est pas encore rendu à ce degré de maturité, semble-t-il, et la Conférence qui réunissait récemment quelque 700 experts, invités des onze gouvernements canadiens, s'en est tenue à discuter, une semaine durant, de gestion efficace des ressurces naturelles du Canada pour le bénéfice des Canadiens.Ce n'est que bien timidement, de temps à autre, qu'on a fait allusion aux gigantesques besoins du reste du monde, aux exigences qu'un jour des milliards d'individus pourraient bien exprimer à l'égard des ressources que nous conservons jalousement La conférence n'en a pas moins été intéressante pour tout cela, même si la plupart des délégués en sont sortis probablement abasourdis, comme je l'ai été moi-même, par l'ampleur et la diversité des problèmes soulevés.Il faut dire qu'on avait réuni là la crème des fonctionnaires provinciaux (et fédéraux) intéressés aux Roland Parenteau ressources naturelles, le tout assaisonné de quelques experts venant de l'industrie ou de la pratique privée, et de quelques professeurs d'université.En somme, un mixed grill du plus heureux effet! A peu près personne, je crois, ne peut se vanter de jouir d'une vue d'ensemble de la question des ressources renouvelables, chacun ayant à choisir chaque jour un groupe d'étude particulier.Je me hasarderai cependant à donner mes propres commentaires, "sous bénéfice d'inventaire".Ce n'est que lorsque nous disposerons des procès-verbaux complets de la Conférence que nous pourrons tirer des conclusions définitives.Comme tout bon élève de rhétorique, je grouperai mes remarques en trois points délimitant autant de séries de problèmes: problèmes de juridiction, de gestion, de planification.PROBLÈMES DE JURIDICTION Les onze gouvernements du Canada ont pris conjointement l'initiative de convoquer les délégués bien que le mérite initial revienne au gouvernement fédéral (il faut rendre à César.).Par ailleurs, la Constitution du Canada donne principalement aux provinces les responsabilités essentielles en matière de mise en valeur des ressources naturelles.Néanmoins, on sentait très bien tout au cours de la Conférence, l'existence d'une certaine pression en vue de faire participer le gouvernement fédéral de façon plus active au développement des ressources.Cela s'est traduit par une recommandation qui s'est exprimée un peu partout, comme par hasard, à l'effet de créer un Conseil National de Recherches en matière de Ressources renouvelables, un peu sur le modèle du présent Conseil National des Recherches.Je présume que cette suggestion devait normalement arriver à la fin de la semaine en guise de conclusion des débats.Mais le Premier Ministre lui-même s'est chargé de brûler les étapes et dès le début de la Conférence, il a suggéré la mise sur pied de ce Conseil.Il faut ajouter cependant à sa décharge qu'il prenait l'avion le lendemain pour le Japon.et qu'il a sans doute voulu conserver le mérite de la suggestion 20 Quoi qu'il en soit, les problèmes de juridiction ne sont pas les plus simples à régler.La nette prédominance des provinces en cette matière jusqu'à maintenant, ainsi que les stipulations de la Constitution, ne doivent pas nous faire oublier que le Fédéral a aussi un intérêt multiforme dans la mise en valeur des ressources naturelles: 1° Il est entièrement et exclusivement responsable des Territoires du Nord-Ouest, tant que ceux-ci n'auront pas été transformés en province.2° La Constitution lui accorde juridiction exclusive en matière de pêcherie, et concurrente en matière d'agriculture.Sa responsabilité en matière de navigation, de relations avec les pays étrangers l'amène aussi à s'intéresser à la mise en valeur de certaines ressources, comme l'eau, dont on se rend compte de plus en plus qu'il s'agit d'une ressource rare, aussi paradoxal que cela puisse paraître.3° Certains juristes affirment que le gouvernement fédéral a juridiction sur tous les travaux d'envergure qu'il déclare lui-même d'intérêt national.On voit tout de suite les abus auxquels une définition aussi peu précise peut conduire.4° En matière de coordination des politiques, on estime que le Fédéral doit intervenir chaque fois que la mise en valeur des ressources implique plus d'une province.Un tel principe, poussé à bout, pourrait éventuellement signifier la disparition de la liberté d'action des provinces en ce domaine, puisque de plus en plus on reconnaît l'interdépendance des ressources naturelles entre elles et la non-coïncidence des régions naturelles avec les aires juridictionnelles prévues par la Constitution.Par exemple, la coupe à blanc des forêts de la Gatineau dans le Québec influera vraisemblablement sur le régime des eaux de l'Outaouais qui intéresse tout aussi bien l'Ontario que le Québec.Un projet d'irrigation en Saskatche-wan aura bien des chances d'influer sur la productivité agricole des régions limitrophes des provinces voisines.Et l'on ne parle pas des cours d'eau dont l'esprit d'indépendance va jusqu'à refuser de tenir compte des frontières provinciales rectilignes tracées par les arpenteurs.La seule conclusion à tirer de tout cela c'est que, dans la mesure où les juridictions demeureront partagées (et il n'y a pas de raison de penser que cela changera bientôt), la coordination des politiques de mise en valeur s'impose de toute nécessité: toute la question est de savoir si celle-ci doit s'effectuer au niveau fé- déral, soit sur le plan même de l'exécution, soit seulement de l'arbitrage entre provinces ou encore par des ententes interprovinciales.Par exemple, un problème intéressant le Québec et le Nouveau-Brunswick doit-il nécessairement passer par Ottawa pour recevoir une solution satisfaisante.Il serait présomptueux de conclure que la question a été vidée à la Conférence.Mais on a senti nettement un peu partout de vives résistances à accepter la solution de facilité que constituerait un simple transfert de responsabilités aux mains du Fédéral.Par exemple, en ce qui concerne le Conseil de Recherches dont il était question plus haut, plusieurs délégués ont insisté pour qu'il ne soit pas exclusivement fédéral, mais que les provinces y participent, ainsi que les entreprises privées et les universités.PROBLÈME DE GESTION Au cours de la Conférence, on a vu s'affronter deux conceptions en ce qui concerne la politique de gestion des ressources naturelles.Celle de la conservation, plus traditionnelle et représentée semble-t-il par une grande majorité des délégués, et celle de raménagement rationnel.Depuis fort longtemps, le principal souci des gouvernements était de préserver les richesses naturelles dont la nature a gratifié le Canada.On laissait à l'entreprise privée le soin de mettre en valeur ces richesses comme bon lui semblait et où bon il lui semblait.Les gouvernements se sont préoccupés cependant de préserver les forêts contre des cataclysmes naturels comme le feu, les insectes ou contre une exploitation trop intensive.On a essayé de bonifier les terres arables, on a voulu protéger la faune et le poisson.Tout cela dans un esprit tout à fait conservateur et négatif.Attitude assez paradoxale d'ailleurs, puisqu'on n'était pas loin de croire que les ressources en question étaient pratiquement inépuisables.Ce n'est que plus récemment qu'on s'est demandé si les richesses en question étaient vraiment inépuisables.Et c'est maintenant qu'on se préoccupe davantage de gestion rationnelle du patrimoine, non sans doute aux dépens de la conservation, mais en la faisant passer tout de même au second plan C'est ainsi qu'on a vu des représentants de cette faune, nouvelle dans le paysage, qu'on appelle en anglais les "planners", nous parler de ressources à usages multiples, comme l'eau, le sol, insister sur la nécessité de coordonner les plans de mise en valeur, en faisant intervenir tous les organismes intéressés au moment de l'élaboration des plans et non pas en ordre dispersé, parfois à la suite d'un gâchis irrémédiable.Par exemple, lorsqu'une entreprise manifeste son intention de harnacher une chute d'eau pour fins hydro-électriques, on ne se contente pas de lui accorder un permis, 21 après des études sommaires, mois on s'intéresse à savoir quels seront les résultats du projet sur le régime des eaux de la rivière concernée, sur le sort qui sera fait aux poissons, sur la pollution.On ira jusqu'à combiner d'autres usages à celui qui avait été initialement envisagé, comme l'irrigation, la navigation, la récréation, et le reste.L'objectif, assez clairement perçu maintenant, est d'ordre économique avant tout: c'est d'obtenir le maximum d'usages parallèles de la même ressource, et l'on sait à cet égard qu'une planification préalable permet d'y arriver avec le coût le plus faible possible.De plus, certains usages de la même ressource étant concurrents et non pas complémentaires, il faut alors choisir.Mais alors que naguère, la loi du "premier arrivé, premier servi", prévalait toujours, aujourd'hui d'autres critères doivent être utilisés, critères économiques d'une part, motivant le choix de telle utilisation plutôt que telle autre, en fonction de la rentabilité de l'opération; critères sociaux d'autre part, concernant les aspects humains et la consommation.C'est ainsi qu'on prévoira des ceintures de verdure autour des villes, pas pour des motifs économiques, l'usage agricole ou forestier du sol étant un des moins rentables à proximité des villes, mais pour des raisons de rendement social, pour procurer à la population urbaine une zone récréative pour les fins de semaine.On a fortement souligné à cet égard le dilemme qui se pose dans beaucoup de régions du Canada entre usages possibles d'uno même ressource.Les "agriculturistes" ont lancé un cri d'alarme au sujet des meilleures terres agricoles, qui seraient, paraît-il, peu à peu grugées par l'expansion urbaine.On a dit que d'ici quelques années la région fruitière de Niagara disparaîtrait, de même que la culture maraîchère dans la vallée du Richelieu, comme elle est en voie de disparition dans l'île Jésus.Le plus grave, c'est que, lorsque la spéculation se met de la partie, ces terres sont soustraites à la culture longtemps avant que des développements urbains y prennent place.Beaucoup de ces terrains en fait, en instance de développement, resteront en friche pendant des générations si l'on n'y prend garde, parce qu'il est impossible que l'on ait besoin dans un avenir prévisible de tout ce sol pour des fins proprement urbaines.Une visite dans la grande banlieue de Montréal réussit vite à nous convaincre du bien-fondé de cette affirmation.Et ces exemples ne donnent qu'une faible idée des problèmes posés par la mise en valeur des ressources naturelles.PROBLÈME DE PLANIFICATION En dépit du titre officiel "Les ressources renouvelables et notre avenir", la Conférence n'a pas réussi, à ma connaissance, à mettre au point un programme cohérent et complet de mise en valeur des ressources pour l'avenir.Peut-être aussi n'était-ce pas son rôle! Plusieurs raisons en tout cas l'auraient empêché de parvenir à cet objectif, même si c'eût été son intention.D'abord le fait qu'on ait exclu des études et des délibérations, pour des raisons que j'ignore, les ressources non renouvelables, et en particulier les mines.Or, comment imaginer qu'on puisse aménager sur la base d'une économie diversifiée, certaines régions comme le Grand-Nord, et en général, toutes les régions pionnières, si l'on ne tient pas compte des ressources minières?Les mines constituent pour la plupart de ces régions en voie de devenir le principal pôle d'attraction, la ressource qu'on désire tout d'abord mettre en valeur, les autres activités n'apparaissant que comme des compléments.En second lieu, l'orientation particulière des délégués à la Conférence, qui se trouvaient être des spécialistes, sans doute hautement qualifiés dans leur domaine, mais disposant rarement d'une vue d'ensemble.Voilà d'ailleurs une pierre d'achoppement propre à toutes les conférences d'experts, dans la mesure où elles veulent déborder l'étude des problèmes techniques et s'élever au niveau des politiques générales.On trouvait là des ingénieurs forestiers, des entomologistes, des agronomes, des hydrauliciens des juristes, voire des urbanistes et des "régional planners".Mais sauf pour ces deux derniers groupes, et encore à une échelle très localisée, peu de ces spécialistes étaient en mesure de discuter vraiment de planification économique.Et même au niveau des sous-ministres, c'est-à-dire des fonctionnaires supérieurs jouissant malgré tout du point de vue le plus synthétique, on trouve rarement cette conception globale indispensable à une véritable planification.J'ai pour ma part, senti nettement l'urgence de former une nouvelle catégorie de spécialistes qui seraient à la planification économique ce qu'est l'urbaniste à l'aménagement urbain.Leur formation de base serait économique, mais elle déborderait largement cette discipline du côté de la géographie, des sciences sociales, du génie, du droit Pour le moment, il faut conclure que la planification de la mise en valeur des ressources naturelles reste encore à faire.Le terme même de planification d'ailleurs n'est pas pris dans le même sens par tout le monde: pour certains, il ne s'agit que de coordonner la mise en valeur rationnelle de plusieurs ressources d'un même territoire, ou encore d'amener toutes les institutions et organismes, publics et privés, intéressés à la mise en valeur d'une ressource à s'entendre sur la marche à suivre.Une telle conception confond la planification avec la gestion rationnelle des ressources.Pour d'autres, la planification suppose la préparation d'un plan de mise en valeur, préa- 22 lable à toute réalisation, mais ce plan ne se préoccupe que de l'aménagement rationnel d'un territoire donné selon les usages les plus bénéfiques des ressources.On s'intéresse à faire donner le maximum de rendement à certaines ressources à usages multiples, mais on néglige le "rendement social" d'un tel effort.Une telle conception laisse de côté tout un aspect de la planification, la dimension proprement économique.Par exemple, une entreprise minière ou forestière ayant décidé de s'établir en pleine région sauvage, à un endroit déterminé, on se préoccupera de délimiter l'emplacement de l'usine, de tracer les plans d'une ville-modèle, d'assurer les communications les meilleures possibles avec le reste de la civilisation, voire même d'aménager des endroits de récréation pour la population, pour éviter qu'elle ne soit atteinte du complexe d'isolement.En somme, un développement modèle.Il n'en reste pas moins qu'une telle initiative reste extrêmement fragile, puisqu'il n'existe qu'une seule entreprise dynamique, sur laquelle repose toute la prospérité de la région.Tout le reste n'est qu'accessoire.Rappelons-nous le drame Elliott Lake et les enclaves forestières de notre Côte Nord qui ont rarement réussi à servir de base à une diversification de l'économie.Une planification économique vraiment complète et soucieuse de stabilité ne permettra l'ouverture d'une région nouvelle à un peuplement que si plusieurs ressources naturelles sont mises en valeur en même temps, ce qui assure une diversification économique sans laquelle tout développement nouveau risque de se révéler fragile et transitoire.ARISTOTE ÉTAIT-IL DÉMOCRATE ?(suite de la page 26) Si l'Ouest se composait d'Etats libres, on ne chercherait pas midi à quatorze heures pour découvrir que le péril qui nous menace ne vient pas du dehors, mais du dedans.Si nos hommes d'Etat étaient vraiment libres, ils auraient, depuis longtemps, cité au tribunal des nations les ambitieux "sans nom et sans visage" ?t leur auraient fait rendre le bien mal acquis.Si nos hommes d'Etat étaient libres, ils auraient également découvert que la première menace qui compromet l'équilibre du bien commun ce n'est pas l'effrayante colère des pauvres, mais l'abus de propriété dont se rendent coupables les riches.Mais nos hommes d'Etat ne sont pas libres.Ils ne sont que des marionnettes.Le peuple vote pour une marionnette, mais c'est le grand magnat du commerce et de la finance qui tire les ficelles et qui mène.C'est le monde à l'envers; la négation de la démocratie."L'excellence chez le Prince, dit Confucius, peut être comparée au vent; l'excellence chez C'est dans cette direction que doit s'orienter l'action de l'Etat en matière de ressources naturelles, car il va de soi qu'un tel travail dépasse nettement et la compétence et l'intérêt immédiat de l'entreprise privée.La planification à long terme, supposant des études longues et coûteuses, ne peut s'effectuer qu'au niveau des pouvoirs publics, chargés par définition d'assurer la meilleure utilisation possible des ressources, eu égard aux besoins de la population.Ce qui n'interdit aucunement la mise à contribution des intérêts privés.De plus, une telle politique ne peut se réaliser efficacement à mon sens que par des autorités régionales, chacune pour une région économique.A cet égard, il existe cinq régions économiques au Canada et si l'on pouvait arriver un jour à réduire les dix provinces à cinq, on faciliterait grandement les choses.Tant que nous posséderons un régime fédératif, il est illusoire de penser que le gouvernement fédéral puisse mettre à exécution un plan général de mise en valeur du territoire.Il peut aider considérablement sur le plan de la recherche, de la coordination, il possède des responsabilités qui lui sont propres, mois je vois difficilement qu'il puisse exécuter l'essentiel du travail, si l'on veut que la planification donne des résultats avant l'an 2,000.En guise de conclusion, disons que la Conférence sur les ressources naturelles ne constitue qu'un point de départ, qu'elle ne vaut que parce qu'elle a permis d'entrevoir l'immensité et la complexité des problèmes à résoudre.Le plus important reste encore à faire, et ce n'est pas sous-évaluer l'immense travail des organisateurs de la Conférence que de le prétendre.le peuple peut être comparée à fherbe.Quand l'herbe est soumise à l'action du vent, elle plie." (Louen Yu XII, 19).Exagère-t-on tellement quand on dit qu'en démocratie capitaliste ou communiste on a exactement le phénomène contraire?Le démagogue communiste doit obéir à la populace; le pharisien capitaliste doit obéir au plutocrate.Résultat: en Occident, c'est l'herbe qui fait plier le vent! C'est grave.Voilà pourquoi de nos jours, comme du temps de Confucius et d'Aristote, une seule tâche incombe aux sages, et c'est celle d'apprendre aux Princes à souffler comme le vent, dans le sens du bien commun.U faudrait que ces sages fussent nombreux et influents auprès des Princes pour les convaincre que le bien commun n'exige pas que les demi-vérités capitalistes et communistes se détruisent l'une l'autre, mais bien au contraire qu'elles se conjuguent en vue de se compléter.Il ne s'agit plus de savoir si demain le monde sera capitaliste ou communiste, mais bien plutôt de s'arranger pour que demain le monde soit, tout simplement.ir 23 LES SORCIERS QUI ECRASENT ".si tu brises les chaînes de ta couc-dise qui les retient prisonniers, ils tt lapideront."Ils te lapideront.Les galériens de l'esprit lapident ceux qui brisent les chaînes qui les carottent." Citation de Miguel de Unamuno, reprise par le frère Untel, dans ses Insolences.El tous deux avaient raison.ITNan déjà que les Insolences du Frère Untel ^ ont été publiées.120,000 exemplaires: un joli succès! Car à ce régime, il faut tout de même bien compter quelques garçons d'ascenseur, quelques postières et quelques concierges qui ont lu le bouquin, n'est-ce pas?Sur le plan de la vulgarisation, donc, en voilà un qui aura fait une sérieuse concurrence à René Lévesque.Mais l'un est devenu ministre, et l'autre, le mouton noir de la gent soutanée.On se souviendra pourtant que le frère Untel était convaincu que ".nous sommes plus libres que noua le pensons; c'est pas la liberté qui manque, cfest le courage do prendre les libertés que Ton a.Nous sommes un peu comme ce chien d'un conte do Jules Renard: nous Haïrons une chaîne qui ne nous retient peut-être plus."' C'est sans doute pour lui permettre de méditer sur des propos aussi saugrenus qu'on lui a bien gentiment payé un voyage à Rome où, dit-on, il poursuivra des études théologiques.Mais si le frère Untel a été dégommé, comme on dit dans la langue vernaculaire, il aura au moins eu le temps de recueillir quelques consolations: l'admiration quasi unanime de ses compatriotes, et quelques médailles, même si ce ne sont pas celles du Mérite Agricole.LES DESSOUS DE L'AFFAIRE UNTEL Mais son supérieur, le frère Louis-Grégoire, qu'a-t-il récolté?Il convient d'en parler, je pense, parce que je soutiens que sans Louis-Grégoire, les Insolences n'auraient vraisemblablement jamais paru.Il en fut largement responsable, ne fût-ce qu'en raison de la grande influence qu'il a exercée sur le frère Pierre-Jérôme.Remarquez que je ne cherche pas à déprécier l'intelligence et le courage du frère Untel.Il faut pourtant admettre que bien des événements extraordinaires sont nés d'un heureux concours de circonstances.Et dans le cas Untel, Louis-Grégoire fut cette heureuse circonstance.1 Cf.Ltt Insolences du Itère Untel, p.83.J.-Claude Paquet L'auteur lui-même ne dit-il pas (p.57) que le frère Louis-Grégoire a assisté de très près à l'accouchement de son volume?D'ailleurs, les "autorités" aussi étaient bien au courant du rôle qu'a joué Louis-Grégoire.N'est-il pas symptomatique, en effet, qu'on l'ait déporté en même temps que le frère Untel?N'est-il pas symptomatique qu'on l'ait davantage avili en donnant comme raison de sa déportation un retour au Noviciat, alors qu'on envoie le Fr.Jérôme à Rome pour des études théologiques?Qu'on ne m'accuse pas maintenant de vouloir déshabiller Pierre pour habiller Jacques.Il est vrai que mes relations avec Grégoire sont marquées par quinze ans d'amitié, c'est-à-dire depuis qu'il m'a fait la classe, à la petite école.Mais j'ai pour le Fr.Jérôme, une égale estime.Oui, une égale estime.Je lui suis reconnaissant d'avoir écrit ses insolences.Tous ne sont évidemment pas de cet avis.Certains affirment que Pierre-Jérôme n'a rien dit de neuf, que le succès de son bouquin est strictement imputable à un certain climat qui venait d'envahir la province au moment de la parution.C'est peut-être vrai, en partie du moins, mais c'est déplacer le problème.La plupart de ceux qui ont critiqué notre système d'enseignement, avant lui, jouissaient bien souvent de l'immunité que confère le titre de membre d'une commission d'enquête, comme la Commission du Programme de l'université Laval, la Commission Tremblay, Massey, etc.Jérôme, lui, a lancé son cri de rhinocéros écorché, pour informer les étoiles de son indignation.Et puis, faut-il le dire, Jérôme n'a pas parlé que d'enseignement II a parlé aussi de la notion d'autorité.Il a dénoncé, encore que faiblement, les abus de cette autorité au Québec.Et ça, que je sache, les commissions d'enquête sur l'éducation n'en font pas état Jérôme a voulu libérer les galériens de l'esprit LE SILENCE QUI LAPIDE On a certes le droit de vouloir réhabiliter un curé qui a trafiqué dans les narcotiques, mais devant l'injustice flagrante, commise contre Untel et l'autre, pour ne pas dire contre les jeunes qui auraient pu bénéficier de leur enseignement, une telle conspiration du silence ne laisse pas d'étonner.120,000 exemplaires, je le répète.Et ça n'a affecté personne?Il avait donc triplement raison, le bougre.24 Heureusement, nos deux compères s'y attendaient un peu.Grégoire, en tout cas, avait tout prévu ce qui leur arrive.Dans une lettre en date du 28 mars 1961, il me disait: "Nous serons probablement, Jérôme et moi, évincés du diocèse.II est peu probable qu'on nous laisse enseigner encore la philosophie, ici, Fan prochain, et corrompre la jeunesse." Ainsi, L.-G.ne se faisait pas d'illusions, à quelques milliers de milles près.(Evincés du diocèse?on a eu des nouvelles pour le supérieur.) Et cet humour amer, je le retrouve dans sa dernière lettre, datée de St-Paul-Trois-Châteaux, France, le 17 septembre.En voici quelques bribes."Vous savez maintenant où je suis, où est Pierre-Jérôme, et vous devinez pourquoi."Moi, je suis déposé et déporté pour avoir défendu le "condamné".Très précisément parce qu'un journaliste a écrit que j'avais défendu le frère Pierre-Jérôme.Car, en fait, ma causerie ne peut pas, honnêtement, ^intituler: "Défense du F.Untel, condamné par la Sacrée Congrégation des Rites".On a écrit ça en laissant porter son coeur et ça m'a plu."Je fais donc mon Second Noviciat.Cinq mois de retraite.Si je ne profite pas d'une telle grâce, je deviens un aspirant sérieux au siège de Lucifer lui-même.Mon vieux, me voilà dans de jolis draps! Et seul! Si cependant, chez les catholiques, on prie encore pour les pécheurs et ses ennemis, ma position est plus confortable." La déportation de Louis-Grégoire me blesse et me révolte.Elle me blesse pour des raisons sentimentales, elle me révolte pour des raisons de justice.Ayant toujours évolué dans un ordre mineur (une communauté de frères) Louis-Grégoire ne pouvait évidemment pas accéder aussi vite que les Jésuites ou même que les laïcs aux hautes sphères de l'enseignement; ce qui ne l'empêche pas d'être un spécialiste en matière d'éducation.Louis-Grégoire commençait à donner sa pleine mesure, et c'est au moment où l'on a le plus besoin d'hommes comme lui qu'on nous l'arrache.ET POURQUOI ?Parce que nos deux compères savaient qu'on n'enseigne pas la philosophie par-dessus des ornières, parce qu'ils savaient qu'on n'enseigne pas la philosophie aux galériens de l'esprit.Et c'est ce que deux siècles d'un enseignement dogmatique ont fait de nous, des galériens de l'esprit Il fallait secouer le joug, et tous deux se sont donné la main.Mais on ne secoue pas un joug sans bousculer en même temps le bourreau.Et comme, au Québec, le bourreau a encore les pieds solides, Jérôme et Grégoire n'ont pas eu le dernier mot Anatole-France a dit: "Le mépris de l'inférieur est un grand principe, et le fondement de la hiérarchie." Lo frère Untel a parlé, lui, dans ses lettres, d'autorité qui écrase et de christianisme qui n'écrase pas.Comme ça, on sait qui est responsable de leur déportation (Mgr Paré, évêque de Chicoutimi, me comprend-il?) Car je dois le dire, je soupçonne au moins une grande influence du clergé, sur l'ignoble décision qu'ont prise les autorités de la communauté mariste.Et que la décision vienne de Rome, de Ste-Emilic-de-PEnergie ou d'ailleurs, l'injustice n'est pas moins énorme.Condamné par la S.C.R.Oui.Mais pourquoi?Au nom de quel délit?Parce qu'on ne peut même pas, de bonne foi, accuser Pierre-Jérôme (et celui qui l'a appuyé) d'avoir parlé contre l'autorité (celle qui vient de Dieu).Il a parlé contre l'USAGE de l'autorité, ce qui est bien différent."Rien de ce qui opprime, a dit Jérôme, n'est chrétien.Le christianisme est essentiellement libérateur.Ln vraie religion n'est pas écrasante.C'est la magie, c'est les sorciers qui écrasent" Et c'est par les sorciers que Jérôme et Grégoire ont été écrnsés.Les autorités se retrancheraient-elles sur l'argument du voeu d'obéissance qu'elles ne réussiraient pas davantage à nous convaincre.Je reprends les paroles de plus philosophe que moi: "Dans le ens de l'obéissance, on ne voit qu'un péché, la révolte.Pourtant, il y a aussi la servilité." À QUAND LA FUSILLADE?Dans ma réponse à la dernière lettre de Louis-Grégoire, j'écrivais sans trop de réflexion: "Une telle attitude de vos supérieurs est tellement pitoyable, tellement désarmante, tellement bête, qu'il devient plus facile de pardonner.On pardonne plutôt que de fusiller." Mais plus on réfléchit, plus on se demande si ce n'est pas là vraiment la seule alternative.Ce n'est pas prophétiser sur la jeunesse actuelle du Québec que de lui attribuer des tendances révolutionnaires.Les plus posés disent: "ça bouge au Québecl" C'est une période de grande évolution.Mais de l'évolution à la révolution, il peut n'y avoir qu'un R.La jeunesse est révoltée, une partie du moins.Quand les motifs de révolte persistent, les révoltés engendrent des révolutionnaires.Et quand les révolutionnaires sont suffisamment nombreux, ils peuvent débouter les sorciers.?2S ARISTOTE ETAIT-IL DEMOCRATE JE me pose la question chaque fois que je feuillette les pages de sa Politique."Une tyrannie, dit-il, est une monarchie où l'objet du gouvernement est le bien d'un seul homme; une oligarchie no s'intéresse qu'aux riches; une démocratie n'a cure que des pauvres.Mais aucune do ces trois lormes do gouvernement ne se soucie du bien commun." (Liv.III, 7).Ce passage n'aurait rien de flatteur pour la démocratie si, au Livre suivant, le prince des philosophes n'explicitait pas sa pensée."Il y a démocratie commente-t-il en effet, quand le pouvoir suprême est aux mains d'hommes libres; il y a oligarchio quand le pouvoir suprême est entre les mains des riches.Il arrive, en ellet, quo dans lo premier cas le grand nombre détient le pouvoir; dans l'autre, seulement le petit nombre, car il y a beaucoup de pauvres et peu do riches.Et si lo pouvoir de l'Etat était partagé en lonction de l'importance des citoyens, ou encore, en lonction do leur beauté, on aurait une oligarchie, car lo nombre de ceux qui sont importants ct beaux est petit." (Liv.IV, 4).Je reste songeur.L'Etat communiste formerait donc une démocratie "qui n'a cure que des pauvres", alors que l'Etat capitaliste formerait, elle, une oligarchie "qui no s'intéresse qu'aux riches"! Dans les deux cas, par conséquent, on chercherait en vain les "hommes libres" qui se soucient du "bien commun"! J'avoue ne pas avoir le goût de contredire Aristote.Il a raison, et il faudrait faire preuve de beaucoup de naïveté pour soutenir que l'Ouest — capitaliste ou communiste — représente la démocratie dans le meilleur sens du mot.Nous aurons beau dire, le socialisme-marxiste a un faible pour les pauvres et pour la démagogie, tandis que le libéralisme-capitaliste a un faible pour les riches et pour le pharisaïsme.Le premier ligue les faibles contre les forts; l'autre ligue les forts contre les faibles.Les deux rivalisent de fourberie pour galvauder des demi-vérités.Attendu que le communisme est généralement conspué sur notre continent, et que le capitalisme a tendance à s'identifier au bien, je me demande pourquoi je me gênerais pour accabler un peu le dernier tout en n'ayant aucunement envie de bénir le premier?Je me demande souvent ce que représente la démocratie capitaliste, sinon une pure et simple oligarchie?Qui détient le pouvoir, sinon des vedettes dont la première fonction est de servir de paravent à des plutocrates?Jean Pellerin A quoi bon se leurrer et parler de démocratie?Nous sommes menés par des plutocrates.Ces plutocrates — parasites du système — sont sans nom ct sans visage.On sait qu'ils existent, mais on ne peut les appeler autrement que magnats du pétrole, de l'acier, des denrées alimentaires, de l'outillage, des armements, des transports, de l'information, et le reste.Ils représentent ces "forces obscures" qu'a cru devoir fuir Quadros, le timide et pusillanime ex-président du Brésil.Je deviens de plus en plus songeur.Les "forces obscures" me paraissent terriblement actives.On les voit partout organisant l'obéissance en Amérique du Sud, au Moyen-Orient, en Afrique, en Extrême-Orient; on les sent toutes à l'origine des troubles qui ont beaucoup de mal à ne pas éclater un peu partout dans le monde; elles abusent effrontément de la patience des peuples, et pourtant, personne ne les dénonce.Les grandes vedettes s'abandonnent à la démagogie (communiste) ou au pharisaïsme (capitaliste); elles parlent haut et fort, mais toujours à côté de la question; elles prennent plaisir à jouer le jeu le plus dangereux qui soit; elles refilent des demi-vérités en guise de dogmes; elles affectent de prendre pour acquis que le genre humain accepte de périr pour que triomphent ce"! demi-vérités.Encore un peu et l'on pourrait déduire que le raisonnement des démagogues et des pharisiens se résume à ceci: "Que s'arme et s'immole une génération innocente, que crèvent les opprimés qui refusent de se soumettre, que périsse la moitié du genre humain, pour que demeurent inviolés les coffres-forts." Je tombe volontiers d'accord avec Aristote pour ne pas croire aux deux contrefaçons occidentales de la démocratie: la démocratie des démagogues marxistes et celle des pharisiens capitalistes.La vie est trop courte et trop précieuse.Je n'ai pas envie de mourir pour défendre la propriété privée des pharisiens, ou l'idéalisme chimérique des démagogues.Je suis las des procédés énormes auxquels on a recours en vue de me faire prendre des vessies pour des lanternes.Je ne crois pas à ces démocraties-là et je suis même d'avis qu'il faudra qu'il coule encore beaucoup d'eau sous les ponts avant qu'on en vienne à parler au présent, et au futur, de la démocratie véritable, de la démocratie qui mériterait qu'on la défende.(siiiro à la page 23) 26 "UN CERTAIN SILENCE" ROMPU N.D.L.R.— Dans notre livraison d'octobre.Gérard Pelletier invitait 1er "moini de trente ani" à l'exprimer dam Cité Libre, à cempre "un certain silence".Voici la réponse de Jacques Godbout.CjEST gênant.Vous nous invitez parce que nous sommes jeunes, non pas parce que nous avons quelque chose à dire ou à ajouter à vos théories; et cela vous met tout de suite en état de supériorité patriarchale, avec un petit air de dire: "raconte ça à ton mononcle.".Pourtant la sincérité peut-elle se mesurer à l'âge?Et la rouerie?Vous étiez persuadés de gagner quand vous aviez trente ans?Et n'nvez-vous pas gagné?Or nous avons moins de trente ans, mais je ne vois pas ce en quoi cela nous habiliterait à jouer les pontifes-to-be.C'est gênant, c'est immoral même: Cité Libre nous invite au ballet rose de l'intelligence; nous ferons donc voler nos tutus.après tout, les cardiaques sont plus nombreux du côté des spectateurs.Chers grands-pères, Vous étonnera-t-il d'apprendre que nous sommes (l'évolution) encore en marche et que vous êtes un chaînon comme le fut l'Homme de Cro-Magnon?Non vous le saviez, mais vous avez — nous avons — une curieuse tendance à imaginer la fin du monde pour tout à l'heure, comme si les uns et les autres étions le résultat auquel tendait la force d'évolution depuis l'éternité derrière.Vous reconnaissez que dans toute société il y a la force de frappe du jeune âge et le frein des sénateurs, mais je ne vous ferai pas l'insulte de vous classer d'emblée parmi les fabricants de statu quo (qui dit statue dit bloc de sel) puisque vous savez fort bien que statu quo, en médecine, en art, en psychologie, en politique aussi signifie: mort.Une cellule qui n'évolue pas (je n'ai pas dit progresse) est une cellule morte.Vous vous inquiétez de ce qui a changé depuis vos vingt ans?T"ouf.Les notions de vitesse, bien sûr, et celles du sex-appeal.Tout Nous sommes (par exemple) de plus en plus nombreux, fils de basse bourgeoisie, à surnager.De plus en plus nombreux nous avons côtoyé le riche ou haut clergé, et la classe privilégiée; patiemment nous nous sommes soumis au rythme du capital et de l'asservissement: nous avons tâté le pouls de l'aliénation.Résultat?Si les révolutions sont bourgeoises disons que les conditions de la révolution se précisent Il y a des hommes auxquels nous ne pardonnerons jamais leur mépris.Il y a des faits trop secs à avaler: la bassesse de certaines communautés religieuses enseignantes qui veulent défendre leur biftèque et leur "droit" à pressurer la "crème" par exemple.Quand en effet la Chambre de Commerce ou Daniel Johnson défendent l'industrie privée, passe.quand la Fédération des collèges classiques fait de même on se demande jusqu'où ira l'égoïsme.non, il y a trop de faits; et puis cela vous répugne aussi, ce n'est donc pas la peine d'insister.Parlons plutôt, grands-pères, de ce qui vous fait faire la grimace: l'indépendance et un certain anticléricalisme.Car (j'ai mille témoins) ces deux maux — surtout le premier — produisent chez vous une crispation incroyable, physique.II n'y a que deux onces de vodka au petit déjeuner pour vous faire le même effet Ici qui citer?II y a vraiment trop de textes.voyons.tenez, Marcel Rioux disait, l'autre jour, à peu près ceci: "je préférerais aller vivre à Ottawa plutôt que dans une province dominée par Raymond Barbeau." Vous entendez?Les gens ont applaudi.Pourtant Marcel Rioux sait fort bien que si jamais Barbeau ou un équivalent dominait nous en serions tous responsables, pas l'indépendance.Une auto-détermination de droite serait une défaite de la gauche d'abord et avant tout.Tout ici repose sur un malentendu.L'indépendance d'une nation, pourtant, n'appauvrit personne et c'est théorie médiévale qui veut qu'il faille enlever à l'un ce que l'on ajoute à l'autre.Le malentendu: ce qui enrichirait le Québec appauvrirait le Canada.Vous vivez, grands-pères, dans de curieux vases communiquants: car à qui doit-on, par exemple, notre niveau de vie?A nous-mêmes ou au grand pot américain?Ce qui me chagrine c'est que tout ceci, au fond, n'est qu'une querelle de mots: les uns veulent la fille d'un coup, les autres préfèrent le déshabillage progressif.Les uns oublient qu'il faudra quand même la déshabiller, les autres refusent d'avouer qu'elle sera bientôt nue.Je m'explique.Ceux qui favorisent l'autodétermination veulent certainement autre chose qu'ajouter le mot indépendance au vocabulaire (mot de 12 lettres qui se trouve de toute façon déjà au dictionnaire) ils veulent que leur nation soit dans une situation d'indépendance.Ils veulent vivre dans 27 un état existentiel où les forces en jeu réaliseraient ce qu'ils nomment l'indépendance.Ces forces?L'autonomie politique, économique, sociale, linguistique.or ils ne posséderont l'Indépendance qu'à condition de passer par ces diverses étapes — successives peut-être — d'auto-détermination; et ce sont ces existences qu'ils veulent accélérer et dont ils veulent s'assurer.Or de votre côté vous travaillez sans relâche à désaliéner l'homme canadien-français sans vous avouer que cela ne peut faire autrement que favoriser l'indépendance de la nation.Car soyons logiques avec les événements: nous nous entendons tous pour travailler à conditionner le corps national, à le préparer à la maturité; et les uns nomment cette maturité "indépendance", d'autres disent "l'Etat du Québec", d'autres encore "toute notre place dans la Confédération".Ainsi le simple fait d'exister en français, en Amérique du Nord, fait de vous les collaborateurs d'une maturité nationale à venir.Vous relevez les sourcils: Mais quoi! dites-vous, nos seules libertés nous viennent du Fédéral, de Radio-Canada, de l'esprit de tolérance britannique, et coetera.Permettez: ce que l'on ajoute à l'un, on ne l'enlève pas nécessairement à l'autre.Et surtout ne trouvez-vous pas, grands-pères, que la gauche a une légère tendance à la lâcheté quand elle ne compte pas sur elle-même pour défendre les droits de l'homme mais sur Ottawa?Ainsi si vous craignez sincèrement qu'un Canada français indépendant ne puisse être autre que fasciste, si vous êtes persuadés que la présence anglo-américaine est notre seule force démocratique, qu'auto-détermination est synonyme de ghetto, c'est que vous méprisez fort votre nation.C'est que vous vous méprisez vous-mêmes.L'indépendance n'est pas une panacée?Bien sûrl Et même une fois acquise (si elle l'est) la nation ne pourrait s'arrêter là: une cellule doit se transformer.Ajoutons, pour rassurer les plus timides, que les conditions existentielles une fois remplies il se peut bien que l'idée d'indépendance n'intéresse plus personne.Voilà peut-être pourquoi la jeunesse favorise cette aventure.Ou peut-être est-ce parce qu'elle n'a aucune idée des réalités politiques.Mais ce qui la fait grimacer, c'est l'image d'une gauche qui se sert de sa main droite.Ainsi (pour passer à un autre mot, si vous le permettez) combien de catholiques du centre gauche ont refusé d'appuyer de toutes leurs forces le Mouvement laïque?Ou encore l'ont fait à contre-coeur?Et pourquoi?Par manque de charité.Je sais que cela est une accusation grave, mais je ne parle pas de charité élémentaire, de celle qui consiste à dire: "mais si, des écoles neutres pour les neutres!" Cette charité-là n'a jamais fait défaut.Je parle d'une charité plus complexe, plus rare, plus exigeante qui consiste à éviter les procès d'intentions, qui consiste à ne pas s'étonner devant l'intolérance de certains laïques militants.Ainsi quand, agnostiques, nous sommes la cible des préjugés et des insultes de la droite catholique, vous nous priez de ne pas nous en formaliser.Vous vous portez garants de la tolérance chrétienne.Et nous vous faisons confiance.Je n'ai, par exemple, jamois méprisé les hommes de foi que sont Robert Elie ou Gérard Pelletier parce que dans l'Eglise Daniel Johnson a une inquiétante tolérance.Or si, catholiques du centre ou de la gauche, invités du Cardinal ou commençaux à d'autres banquets, vous craignez les rires et le chahut des intégristes laïques, vous manquez gravement de charité envers ceux qui — comme vous parmi les intégristes catholiques — sont laïques garants de tolérance; grands-pères, faites-nous un peu, un tout petit peu confiancel Et puis (je m'excuse d'être impatient mais ça suffit!) quand vous levez les bras en l'air (La Presse, 6 novembre) parce qu'une foule au congrès laïque se moque d'un intégriste (ridicule par-dessus le marché) rappelez-vous que les inquisitions sont plus sanglantes que les quolibets.__- —O— Aujourd'hui laïcité et indépendance sont les mamelles des intellectuels.Demain ce sera autre chose.De là peut-être le fait qu'on nous traite de téteux.Mais c'est curieux: il suffit de parler d'une chose assez longtemps pour lui enlever tout son pouvoir magique, pour qu'elle perde son allure subversive.C'est là notre efficacité.Ce que pense la jeunesse, Monsieur le Directeur?Je n'en ai aucune idée, elle non plus.Mais ce qui est évident c'est que la vie politique est un jeu de puissances où 1 une des forces les plus grandes (et presque toujours gagante) reste l'argent et ses représentants.A cette force unique (car les autres ne sont en somme que ses spoutniks) nous ne pouvons qu'opposer notre intelligence et une certaine générosité qui fait que jouant perdant nous jouons quand même- C'est d'ailleurs une habitude qui se passe de grands-pères en petits-fils.?28 ART ET ARCHITECTURE Que sera la Cité parlementaire?LA plus grande entreprise de rénovation urbaine et d'architecture du vingtième siècle — dans la ville de Québec — 6era très probablement la construction prochaine d'une Cité parlementaire, telle qu'annoncée à plusieurs reprises par le premier ministre du Québec, Jean Lesage.Cette future Cité parlementaire devrait passionner tous les Canadiens d'expression française, puisqu'elle sera le symbole vivant de leur race et le miroir de leur personnalité collective.Ce grand ensemble architectural sera une source de prestige et une attraction touristique considérable, à la condition d'être.une oeuvre d'artl Un projet d'une telle envergure doit absolument faire l'objet d'un concours — minutieusement préprré — d'architecture et d'urbanisme, car le programme aura des répercussions majeures sur la conservation du Vieux Québec — trésor national du Canada français — et sur l'efficacité de notre fonctionnarisme provincial.Cette Cité parlementaire, à cause des multiples problèmes qu'elle soulève, doit être une oeuvre collective à laquelle auront travaillé nos meilleurs sociologues, nos urbanistes, nos architectes, nos ingénieurs, nos peintres, nos sculpteurs, et j'en oublie.Cette Cité parlementaire sera une inspiration pour les générations futures ou un triste symbole de médiocrité.Notre réputation collective est en jeu: que sera cette cité?La réponse à cette question est angoissante, parce que le passé — un passé tout récent — nous enseigne que les Québécois manquent souvent de vision et que leurs protestations — si justifiées soient-elles — arrivent trop tard et se butent sur le mur infranchissable du fait accompli.Le nouvel édifice de l'Hôtel-Dieu, outrage et lésion au coeur du Vieux Québec, est un exemple tragique de ce manque de vision.Et pourtant, tous les Québécois montrent du doigt ce "péché" effrayantl Un autre exemple pénible du manque de vision, c'est la Cité universitaire de Sainte-Foy, où le maître d'oeuvre Jean Cimon est.le bulldozer! A mesure que cette cité grossit et que les arbres disparaissent, on entend de plus en plus fréquemment des commentaires désabusés, dans le genre de celui-ci, entendu dans la bouche d'un professeur titulaire: "Ce n'est pas un campus universitaire, c'est une aérogare!" La grande illusion a remplacé l'inertie collective.L'année dernière, Monsieur René Lévesque, ministre des Richesses naturelles dans le cabinet Lesage, était le conférencier invité ou congrès annuel des architectes du Canada, tenu au Château Frontenac à Québec: il s'en est tiré avec brio et il s'est même permis des réflexions brutales — mais pertinentes — sur la grande pitié de notre architecture.Or, il se trouve que Monsieur René Lévesque est en train de rater une belle occasion de passer de la parole aux actes! En effet, la construction imminente de la Cité parlementaire relève directement du cabinet provincial dont il est un membre distingué.Eh bien,! je vous pose une question, Monsieur Lévesque: Pourquoi ne répétez-vous pas à Monsieur Lesage, ce que vous avez eu le courage de dire aux architectes avec tant de justesse?Plus précisément, qu'attendez-vous pour convaincre le premier ministre et vos collègues du cabinet, de la nécessité d'un concours d'urbanisme et d'architecture, afin d'établir le programme de cette Cité parlementaire, d'y intéresser toute l'élite professionnelle et le peuple du Québec, et de faire en sorte que sa réalisation soit autre chose qu'une répétition de l'anachronisme lamentable qui s'étale sans pudeur dans la Cité universitaire de Sainte-Foy?Toronto, capitale de l'Ontario, n'a pas hésité à lancer un concours international d'architecture pour se doter d'un hôtel de ville futur qui sera le symbole magnifique d'une métropole jeune et dynamique.On sait que c'est un architecte finlandais qui a remporté le grand prix de ce concours qui a valu à Toronto une publicité énorme en Europe et en Amérique.29 (suite à la page suivante) CHRONIQUE DU TEMPS PERDU LE SECOURS DE LA MODESTIE EN revenant de l'Orphéum où h troupe du T.N.M.venait d'ouvrir sa saison en présentant au public "Deux femmes terribles" d'André Laurendeau, j'ai relu ce que j'écrivais de cette pièce (Cité Libre no 33 — Janvier 1961) après l'avoir lue."Acte d'exposition un peu Italique et qui me semble d'une vérité plus romanesque que théâtrale", avais-jc noté en parlant du 1er acte.Je n'ai qu'à remplacer le verbe sembler par le verbe être pour traduire mon sentiment d'auditeur à l'entracte.Le dialogue de Laurendeau sonne juste, mais ne possède pas ce dynamisme théâtral qui subjugue les foules.Et de réunir six personnages d'emblée sur le plateau ne facilite la tâche ni à l'auteur, ni au public: rien n'est plus difficile que de faire participer simultanément tant de personnages à une action.à une attentionI Le second acte acquiert plus de présence, grâce à l'interprétation remarquable de deux actrices qui jouent le rôle des deux femmes terribles: Charlotte Boisjoli et Andrée Lachapclle.Cette dernière surtout fait jaillir l'émotion du plus profond d'elle-même ct arrache son masque de douceur pour nous tendre le visage de sa détresse ct de son amour bafoué.Mais toute la troupe apporte une grande conviction au service du texte de Laurendeau: Jean Lajeuncsse est désarmant de naturel, Françoise Faucher, Lise Lescaut, Marie Frcsnicres ainsi que Georges Groulx et Victor Des y ne manquent jamais de vérité.Quant à Jean-Louis Roux, responsable de l'excellente mise en scène, il donne beaucoup de force au personnage de l'homme fort qu'il incarne.Malgré les qualités de cette réalisation, je crois toujours juste une autre réflexion qui m'était venue à la lecture de "Deux femmes terribles": ".si je suis lûr QUE SERA LA CITÉ .(suite de la page précédente) Les Canadiens — qu'on dit si peu imaginatifs — auront bientôt fait d'Ottawa une ville magnifique, en réalisant méthodiquement le plan d'urbanisme directeur conçu par.un Français?Que sera la Cité parlementaire de Québec?Où est le programme?Qui organise le concours?Monsieur René Lévesque, les architectes vous ont pris au sérieux lors du congrès de l'an dernier: allez-vous les décevoir?Ycrri Kempf de l'existence des personnages de M.Laurendeau.je ne suis pas persuadé que les feux de la rampe leur seront bénéfiquesI" Ceci répété, je tiens aussi à répéter que le rôle des troupes de théâtre est d* donner une chance aux nouveaux auteurs et de monter de semblables textes, puisque j'espère que la représentation permet à l'auteur de saisir sur le vif ses faiblesses, ce qui l'aidera, peut-être, à les surmonter dans sa prochaine oeuvre.Et c'est la grâce que je souhaite à André Laurendeau.Quant aux expériences de ce genre, il ne me semble pas indispensable de faire autant de frais de décors, d'autant plus que l'immensité de la scène déjà nuisible à ce théâtre intimiste, se trouve encore aggravée par un tel déploiement de fastes.La modestie est parfois une qualité positive! Je parle de modestie en songeant aux textes de présentation où se rencontrent pêle-mêle les noms d'Anto-nioni.Claudel, Giraudoux, Grccne.Allons, allons.M.Alain Robbc-Grillct aurait-il raison lorsqu'il prétend qu* "on peut même se demander si une certaine culture littéraire justement ne nuic pas à la compréhension!" ÉBLOUISSANTE "HEURE ÉBLOUISSANTE"! De temps en temps, toutes les fées sont là, réunies autour du berceau d'une réalisation.C'est ce qui est arrivé à la Comédie Canadienne où la troupe du Tbéâtre-Club s'est transportée pour présenter "L'Heure Eblouissante" de Bonacci-Verly-Jeanson.Tout dans ce spectacle enchante: l'histoire contée, les mots — fulgurants — de Jeanson.la musique de Clermont Pépin.le décor de Rinfret, les costumes — merveilleux — de Janine Caron, la mise en scène de Jacques Létourneau ct la distribution: chaque rôle est tenu à la perfectionI Dire que Gilles Pelletier a une autorité prodigieuse, que Gisèle Schmidt passe de la venu au plaisir avec une sorte d'innocence, que Monique Lepage parcourt le chemin inverse avec un art consommé, que Henri Norbert et Albert Millaire subjuguent, que Jean-Louis Paris, Yves Massicotte ct Jacques Létourneau campent leur silhouette d'inoubliable manière, que les vieilles filles Béatrice Picard, Suzanne Langlois et Monique Aubry sont irrésistibles, que Rose Rey-Duzil ec Lilianne Dorscnn ont un abattage de grand style, qu'Elisabeth Chouvalidzé est une soubcette du tonnerre, c'est expliquer pourquoi le public n'en finissait pas d'applaudir à la fin du spectacle.L'enchantement régnait dans la salle.Le critique, dans ces cas-là, ne peut qu'établir un constat.J'ai gardé pour la bonne bouche Martine Simon à qui j'avais trouvé des dispositions exceptionnelles lors de sa participation à "Pâques" (Poudrière) .Elle n'a qu'un petit bout de rôle, soubrette elle aussi, mais elle y apporte un tel feu.une telle allé-Bresse, une telle vérité que je m'en suis doublement réjoui: pour elle, qui commence une belle carrière; pour moi qui la lui prédis 1 30 UN VOL NUPTIAL PEU RASSURANTI Pour ouvrir la saison.Le Centre, qui s'installe au Théâtre-Club, présente "Le mariage de M.Missisiipl" de Friedrich Durrcnmatt.Entreprise hardie, puisqu'il s'agit d'un auteur nouveau et original.Fils de pasteur, Durrcn-matt aime fustiger le mal et enfant du siècle atomique, il a du goût pour l'absurde.Sa vision du monde accueille des personnages aberrants et les précipite dans des situations intolérables.Son sens du théâtre lui permet de jongler avec les possibilités scéniques.Le coquetel de ces ingrédients râpe la gorge du spectateur, lui arrache des rires inquiétants ou le plonge dans les affaires d'un tremblement du réel: on est obligé de se demander où commence le délire et où finit le possible humain I J'ai songé à ces expériences qu'on fait subir aux candidats-pilotes pour voir si leur coeur, leur foie, leur cerveau tiendront le coup.Oui, le vol nuptial de M.Mississipi nous arrache aux tranquilles certitudes, 3 la stabilité morale et mentale, c'est dire l'intérêt que présente pareille tentative théâtrale.Jacques Zouvi a de nouveau su imaginer une mise en scène qui intègre brillamment les intentions contradictoires du texte.La distribution est dominée par Pierre Boucher, admirable M.Mississipi.Excellents décors de Guy Boulet.UNE LEÇON DE FAIR PLAY CONJUGAL Le nouveau spectacle du Rideau Vert ira encore aux nues.Il semble que Mme Yvette Brind'Amour soit venue au monde pour jouer du Somerset Maugham! Déjà excellente interprète de sa Julia, elle donne à Constance, l'héroïne de la pièce du même nom, une vérité, un charme, une classe inégalables.On sent la joie profonde qu'elle éprouve à incarner une femme supérieure par son intelligence, sa force de caractère et ses "idées" sur l'amour, le mariage, l'adultère.car cette comédie est non seulement une peinture fort divertissante de la société bourgeoise, elle apporte en même temps des lumières nouvelles sur les rapports humains.M.Somerset Maugham est un auteur d'une intelligence souveraine et cela se sent constamment dans son dialogue.Le public lui emboîte le pas et devient intelligent avec lui.Cela est d'autant plus satisfaisant que l'usage de tant d'esprit critique n'a pas seulement des effets destructeurs.Au contraire: tout un art de vivre se dégage du comportement de Constancel Nous apprenons que si nos sentiments ne sonr pas toujours éternels, nous pouvons loyalement accepter leur précarité et nous conduire en êtres courageux, lucides et bienveillants, au lieu de recourir à de fausses comédies auxquelles personne ne croit en son for intérieur.On passe donc une soirée des plus instructives.Et aussi des plus agréables, puisque toute la distribution, dirigée de main de maître par Jean Faucher, fait merveille autour d'Yvette Brind'Amour.Jean Duccppe confirme son autorité exceptionnelle, Benoit Girard a une séduction de grande classe et.dans une silhouette épisodïque, François Cartier déchaîne l'hilarité.Du côté des femmes, Denyse Saint-Pierre a trouvé un rôle sur mesure.Marthe Thierry et Juliette Bclivcau sont parfaites et Claude Brabant.qu'on n'a pas souvent l'occasion d'applaudir, rappelle combien son talent esc sûr.J'allais oublier les costumes de Richard Lorain: ils sont aussi jolis que spirituels et ne contribuent pas pour peu à l'enchantement général.Oui, Somerset Maugham est gâté au Théâtre Stella! LES ANGES DE LENINGRAD SpcctJcIe proprement paradisiaque que celui des apparitions du corps de ballet de Kirov! La grâce, l'élégance, la noblesse ne quittent jamais aucun des danseurs, même lorsqu'ils sont mal fagolcs comme c'est le cas dans deux ballets: "Le chasseur et l'oiseau" (Ah, le chasscurl) et "Le corsaire" (en caleçon longl) On songe aux vers de Paul Valéry: "Celles qui sont les fleurs de l'ombre sont venues Troupe divine et douce errante sous les nues Qu'effleure ou crée un clin de lune.Les Voici Mélodieuses fuir dans le bois êclairci.Furtivcs comme un vol de gracieux mensonges Des calices fermés elles foutent les songes Et leurs bras délicats aux actes endormis Mêlent comme en rêvant sous les myrtes amis Les caresses de l'une à l'autre ." Les qualités techniques de toute la troupe sont incomparables.On sait que Leningrad se considère comme le dépositaire de la grande tradition, telle que l'enseigna jadis Maurice Petipa.Pareille prétention ne paraît nullement exagérée, car il n'est pas possible de posséder mieux le don des attitudes, la maîtrise des lois de la pesanteur» l.i science des ensembles, l'ivresse de Dyonisos et le secret d'Apolon .Un danseur qui traverse la scène, c'est on prince.Une danseuse qui s'envole, un ange.Des princes et des anges, voilà ce que continue de produire Leningrad à l'heure du réalisme socialiste! Triomphe de l'art, et du plus pur et du plus grand.UN BIJOU 1900: "LADY GODIVA" La production littéraire contemporaine est d'une diversité déconcertante.Au moment où Beckett et Ionesco entraînent le public dans leur étrange no man's land de l'Absurde, où Roussin et consort exaltent les vertus traditionnelles du divan, Jean Canolle, auteur de "Lady Godiva" fait un bond en arrière et emboîte le pas a l'ironiste Anatole France qui fit les délices de nos grand'mères.Sa pièce est un charmant conte licencieux, lestement troussé, agréablement théâtralisé et compose d'une plume élégante.Il s'agit d'un divertissement de bon aloi où le public ne manquera pas de s'esbaudirl D'autant plus que la mise en scène de Marcel Cabay souligne très finement les intentions de l'auteur, que la distribution, très homogène, joue avec entrain et que décors et costumes sont plaisants à l'oeil.La troupe de l'Atelier commence sa carrière sous d'heureux auspices et il faut souhaiter que le public saura trouver le chemin de cette nouvelle salle: le Chalet Laurier.PRENDS UN SIÈGE K,.11 faut féliciter le Théâtre-Club pour sa belle présentation de Cinna, le beau poeme du désenchantement politique de Corneille.Le jugement de son contemporain La Bruyère: "Corneille peint les hommes comme ils devraient être." se trouve particulièrement justifé par le comportement des héros de cette tragédie.En effet, tous ces Romains pour qui l'hypocrisie, le parjure et l'assassinat sont monnaie courante, sont touchés par la grâce de.la clémence et se transforment en quelques répliques en vertueux agneaux I Quel dommage que nos "Romains" contemporains ne s'inspirent point d'un si noble exemplel A noter que M.Jean Valcourt, responsable de ce spectacle, a poussé le scrupule — en parfait érudit — jusqu'à présenter ce texte comme au moment de sa création, c'est-à-dire à une époque où la mise en scène n'existait pas encore .galerie libre Georgei DE1.RVE.trop.Paul MERCIER, directeur Giguirc, Artcnault, Jérôme, Tremblay, Behitc, Toupin, Mongeau, Malte, Duludc, Kittie Bruncau, Rajollc, Dcrck May, McEwcn, Leroux, Saxe, Gaucher, NichoU, Shirlcy Walca, HurtubUc, Vaillancourt, Guitc, Lcwia, Chapdclainc, Micheline Bcauchcmin 2100 CRESCENT MONTRÉAL ?31 Le Syndicat Coopératif d'édition Cité Libre Pour marquer son dixième anniversaire, en janvier 1960, Cité Libre s'est réorganisée.Non contente de faire peau neuve dans sa présentation, la revue a adopté un nouveau rythme de parution.Elle est devenue mensuelle.Au plan administratif, elle constitue une coopérative d'édition en bonne et due forme.Les membres, actionnaires de la coopérative, sont donc les propriétaires de la revue.Réunis en assemblée générale annuelle, ils élisent un conseil d'administration qui, à son tour, choisit le directeur de la revue.Tous les abonnés sont reconnus comme membres auxiliaires de la coopérative et invités à l'assemblée générale annuelle.Le conseil d'administration, élu lors de l'assemblée générale du 18 novembre 1960, est formé des personnes suivantes: LE CONSEIL D'ADMINISTRATION PRÉSIDENT: ADMINISTRATEURS: COMITÉ DE SURVEILLANCE: Jean Dostaler VICE-PRÉSIDENT: James Hodgson SECRÉTAIRE: Claude Longpré TRÉSORIER: Yvcs-Aubcrt Côté Benoit Baril Jacques Hébert J.-Z.-Léon Patenaude Gérard Pelletier Pierre-E.Trudeau Roland Parenteau, président Mare Lalonde Jean Marchand ARCHIVISTE: Pierre Tanguay VÉRIFICATEUR: Jean-Guy Rousseau, C.A.Pour être sûr de ne pas manquer un seul numéro de CITÉ LIBRE nouvelle série, ON S'ABONNE 1.En utilisant le bulletin ci-dessous, ou 2.En reproduisant ce bulletin sur une feuille blanche BULLETIN D'ABONNEMENT A remplir ct a adresser a: CITE LIBRE C.P.10, succursale Delorimicr, Montréal 34.Veuillez recevoir du soussigné la somme de ?$3.50 pour un abonnement d'an an à Cité Libre ?$10,00 pour un abonnement d'un an (de soutien) ?$10.00 pour un abonnement ipccial: 30 numéro! do janvier i960 i décembre 1962.A partir du mois do-1961 Au nom de- Adrosso- ?CADEAU l.v.p.adressez à l'abon- Soiuslg-nn - né une carte avec mes voeux.Arlroonn Signé Je NOUVELLE ADRESSE DE CITÉ LIBRE Lors d'une assemblée régulière de son conseil d'administration tenue à Montréal le 15 août 1961, le Syndicat coopératif d'édition Cité Libre a résolu de transporter son siège social à l'adresse suivante: 3411, RUE SAINT-DENIS, MONTRÉAL — TÉL.: VI.9-2228 Dorénavant, toute correspondance relative à l'administration et à la rédaction de Cité Libre devra être adressée à notre nouveau siège social.Dans certains cas, nos correspondants voudront bien s'adresser directement aux responsables de nos divers services: ABONNEMENTS: Périodica Inc., 5090, ave Papirveau, Montréal, LA.6-3361 VENTE D'ANCIENS NUMÉROS: Pierre Tanguay, 6612, Viau, Montréal, RA.2-6283 VENTE AUX DÉPOTS: Les Messageries Coopératives de Montréal, 411, rue Saint-Claude, Montréal, 866-5448 «.porter témoignage d'un temps dont la maturité esl proche.* ( Jean GREMILLON ) au CENTRE D'ART DE L'ELYSEE, 35 ouest Miltcn, Montréal 18 — VI.24051 la salle la salle alain résinais eisenstein deux salles un choix un critère t Le cinéma est aussi un langage.* ( An dré BAZIN ) cLa langage est l'expression d'une société.* ( Chris MARKER ) le cinéma adulte et contemporain cinéma dans • LE MONDE la qualité cinéma ici NVD Od 9 £ fl V I A 2 T 9 9 À V fl D N V 1 3 H o1 3 I d "Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l'aifranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de ta deuxième classe de ta présente publication." AU MAITRE DE POSTE, S.V.P., ti non réclamée, retourner après cinq jours à: CITE LIBRE, 5090 Papineau, Montréal 34.PORT PAYÉ À MONTRÉAL UNIVERSITÉ » E MONTRÉAL COURS DU SOIR I >
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.