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Titre :
L'oiseau bleu /
Première revue destinée à la jeunesse canadienne-française, L'Oiseau bleu a marqué les débuts de la littérature enfantine au Québec. [...]

Le premier numéro de la revue L'Oiseau bleu, sous-titré « revue mensuelle illustrée pour la jeunesse », paraît à Montréal en janvier 1921. Créée par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, sous la direction d'Arthur Saint-Pierre, fondateur de la publication, L'Oiseau bleu est la première revue destinée exclusivement à la jeunesse canadienne-française. Sa création a marqué les débuts de la littérature enfantine au Québec.

La revue est diffusée dans les écoles et, selon la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, elle s'adresse aux enfants canadiens de 3 à 18 ans. Certains ouvrages soulignent toutefois que la revue s'adresse davantage aux écoliers de la fin du primaire et du début du secondaire, soit aux jeunes de 10 à 15 ans, car la publication contient beaucoup plus de textes que d'illustrations. La revue est également diffusée auprès des jeunes franco-américains, franco-ontariens et acadiens.

L'Oiseau bleu poursuit le double objectif d'instruire et de divertir les jeunes. La revue a pour mission de renforcer leur sentiment d'appartenance nationale et leurs croyances religieuses. L'enseignement de l'histoire et de la géographie y occupe une place importante; on y trouve des rubriques telles que « Nos plaques historiques », « À travers l'histoire », de même que des récits de voyage comme « Mon voyage autour du monde ».

L'instruction religieuse et morale est présente dans les contes, les fables, les poèmes, les feuilletons et les biographies de saints. La publication comprend également des articles sur les sciences. Pour divertir les jeunes, la revue leur propose des feuilletons, des chansons, des jeux, des illustrations et des concours.

Plusieurs collaborateurs sont invités à participer à la rédaction de la revue, notamment Marie-Claire Daveluy, qui y publie en feuilletons son premier roman, Les aventures de Perrine et de Charlot. Celui-ci est considéré comme une oeuvre fondatrice qui a donné le ton aux oeuvres subséquentes de la littérature québécoise pour la jeunesse.

L'Oiseau bleu, qui a cessé de paraître en juillet 1940, a véritablement été un catalyseur pour la littérature enfantine québécoise.

LEPAGE, Françoise, Histoire de la littérature pour la jeunesse (Québec et francophonies du Canada) - Suivie d'un dictionnaire des auteurs et des illustrateurs, Orléans [Ontario], Éditions David, 2000, p. 113-118.

Éditeur :
  • Montréal :la Société,1921-1940
Contenu spécifique :
février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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Références

L'oiseau bleu /, 1936, Collections de BAnQ.

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REVUE MENSUELLE ILLUSTRÉE POUR LA JEUNESSE PUBLIÉE PAR LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Rédaction et administration, 1182, rue Saint-Laurent Montréal, Canada Abonnement: Canada et Etats-Unis: $1 Conditions exceptionnelles aux collèges, couvents et écoles Téléphone: PLateau 1131 VOLUME XVI — No 7 MONTREAL, FEVRIER 1936 Le numéro: 10 sous En route vers la fortune 162 L'OISEAU BLEU EN ROUTE VERS LA FORTUNE Tl y avait une fois, au bon vieux temps où les fées bienfaisantes touchaient de leur baguette magique le berceau des nouveau-nés, un Habitant qui cultivait une grande ferme dans la paroisse de Saint-Eustache, à quelques lieues de Montréal.Tout à fait à l'extrémité de sa ferme, ce cultivateur exploitait une belle érablière, dont la renommée s'étendait à plusieurs milles à la ronde.Un bon nombre de Montréalais n'en ignoraient pas le chemin.Certains d'entre eux voulaient-ils s'éloigner du bruit de la ville ou se reposer du tracas des affaires, c'est à cet endroit paisible qu'ils se donnaient rendez-vous.Ils devisaient entre eux pendant qu'ils s'y délectaient en mangeant du sirop d'érable, cette ambroisie de la forêt canadienne.Or il arriva qu'au printemps de 1803 l'un des marchands cossus de la Métropole vint passer quelque temps à Saint-Eustache.Se distraire n'était pas seulement le but de son voyage; il avait une autre idée en tête.Un jour qu'il accompagnait le brave fermier en train de faire sa tournée dans le bois en vue de recueillir la sève des érables, l'eau d'érable, il lui dit comme cela, tout de go: — J'ai besoin d'un petit messager à mon magasin, est-ce qu'il ne m'est pas possible de le trouver ici ?— Mais oui, assurément, voyez ce gamin qui m'aide à faire les sucres, je vous le recommande, il est débrouillard.Le négociant, en effet, est frappé par la bonne mine du bambin.Sans la moindre hésitation, il lui propose de le venir trouver à Montréal dans le plus court délai possible.Peu de temps après cette entrevue, un garçonnet de douze ans quittait Saint-Eustache à pied pour aller tenter fortune à la ville.Il allait sur la route ensoleillée et encore toute blanche, emportant pour tout bagage dans un sac de coton rouge deux chemises, deux mouchoirs, deux paires de chaussettes et une paire de bottes françaises.Chaussé de souliers de boeuf, il marchait d'un pas résolu, marche, marche, marche.Il s'arrêtait de temps à autre pour se reposer, puis repartait pour aller là où il voulait se rendre, marche, marche, marche.Il aperçut enfin le Mont-Royal.Dès qu'il l'eut contourné, il chaussa ses bottes françaises, puis continua sa route le cœur plein d'espoir.Montréal était alors, tout comme aujourd'hui, le centre par excellence des affaires.Tout ce que le jeune campagnard voyait, tout ce qu'il entendait le jetait dans l'étonnement, dans l'émerveillement.Sans se laisser distraire plus qu'il ne faut par tout ce qui l'attire, il se met à la recherche de celui qui a retenu ses servi ces et qui l'a attiré si loin de son foyer natal.Il arriva enfin au terme de sa course.M.Robertson — c'était le nom de ce marchand anglais — lui expliqua ce pourquoi il l'avait fait venir rue Saint-Paul et lui indiqua sur-le-champ les tâches qu'il aurait à accomplir: le chauffage du magasin, le balayage et les courses.Il serait l'homme à tout faire de l'établissement, quoi! Nouveau venu, il rechercha toutes les occasions de se rendre utile.Et il y réussit pleinement.Mais il s'aperçut bien vite que sa situation ne s'améliorerait guère s'il ne tentait pas d'acquérir l'instruction qui lui manquait.Aussitôt dit, aussitôt fait.Il s'acharna à combler cette lacune en consacrant ses loisirs et ses veilles à l'étude.Cette ardeur au travail fut remarquée et plut à ce point à M.Robertson qu'il n'hésita pas à lui confier des postes d'une plus grande responsabilité.Le voilà commis derrière un comptoir à quinze ans! Il y reçoit avec tact et complaisance les clients du magasin.Il continue à monter en grade et à vingt ans, le voilà comptable.Il fit tant et si bien que son patron le désigna un jour pour se rendre en Angleterre et y faire tous les achats de son établissement.La fortune favorise les audacieux.Destinée inouïe! Les affaires de M.Robertson étant compromises et l'avenir de sa maison menacé, ses créanciers lui recommandent tout simplement de s'associer celui qu'ils n'ont pas été lents à remarquer et qui s'imposait à eux par son génie des chiffres et du commerce.Le jeune Canadien français, confiant dans son étoile, accepta.Il ramena la prospérité dans les finances de l'établissement, traversa de nouveau l'Atlantique, cette fois pour son propre compte, dans le dessein d'acquitter les dettes impayées.Les marchands de Londres ne tarirent pas d'éloges sur sa droiture et sa probité.Ils organisèrent un grand baquet en son honneur et, en témoignage d'estime, lui offrirent un service à thé en argent massif.La confiance qu'ils mirent en lui fut illimitée et sa renommée comme marchand ne fit que grandir.En 1832, il acquit la seigneurie de Terrebonne et en 1845, il fut élu président de la Société de Saint-Jep.n- Baptiste.Né le 5 janvier 1791, il mourut le 15 mai 1847.Il s'appelait Joseph Masson et est considéré à juste titre comme le premier millionnaire canadien-français.Je vous dis au revoir et je vous souhaite la même bonne fortune.Viator L'OISEAU BLEU 163 SOUVENIRS DU PASSÉ 164 L'OISEAU BLEU Pour que grandisse roiSEAU BLEU Jeunes écoliers et écolières, Vos parents vous donnent de la monnaie pour vos menues dépenses.Que faites-vous de cet argent ?Le dépensez-vous à vous acheter des friandises?Ne pourriez-vous pas l'employer à meilleur escient?Que de sous, que de dollars même la jeunesse ne gaspille-t-elle pas! Il lui serait si facile de faire profiter ces sous et ces dollars.En achetant des livres, en s'abonnant à quelques revues pour acquérir le goût de la lecture et de l'étude, par exemple., L'Oiseau bleu est publié pour vous, pour votre instruction et votre distraction.Ne pouvez-vous pas économiser 10 sous par mois pour vous procurer cette revue ?Vous y trouverez des récits historiques, des contes, des légendes, des rubriques variées, toute une littérature appropriée à votre âge, des illustrations, etc.Demandez un abonnement à vos parents; ils ne vous le refuseront pas.I Canada et États-Unis: un dollar ($1) par année; 10 sous le numéro.L'Oiseau bleu ne paraît pas pendant les vacances d'été.PROPAGANDE Au Tableau d'honneur des propagandistes T70ICI la réponse à la question que posait * le mois dernier le Directeur de Y Oiseau bleu.a) L'école Notre-Dame-dxi-Très-Saint-Sacre-ment, 465, avenue du Mont-Royal est, à Montréal, dirigée par les Soeurs de Sainte-Croix, a vendu le plus grand nombre d'exemplaires de la revue et mérite d'être citée à l'ordre du jour.Sincères félicitations à ces dévouées propagandistes! Elles ne s'arrêteront pas en si bonne voie, j'en suis sûr.Elles ont des concurrentes déterminées à vaincre.Cette émulation est prometteuse de succès plus grands encore.Cours moyen 8e année 7e année A 7e année B 6e année A 6e année B 5e année A 5e année B Cours complémentaire Françoise Fortier 89% Raymonde Lalonde 86% Françoise Brault 86% Cours supérieur Thérèse de la Rochelle 93% Michelle Deguire 90% Denise Martin 88% Jacqueline Bonin 89% 4e année A Gabrielle Rochon 92% 4e annéejB Madeleine Langevin 82% 4e année C Germaine Legault 86% 3e année A Jeannette Packwood 92% 3e année B Jeannine Legault 86% 3e année_C Claire Teasdale 86% 2e année A 2e année B 1ère année A 1ère année B 1ère année C 1ère année D Cours inférieur Claire-Renée Rochon Madeleine Cyr Thérèse Viens Hélène Durand Roger Constantin Marcelle Lapierre b) L'école Notre-Dame-de-Grâce (garçons) 4025, rue Girouard, Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal, dirigée par les Frères du Sacré-Coeur, se classe en deuxième lieu.Cours primaire supérieur 9e année Jean-Marc Y von 83% L'OISEAU BLEU 165 Cours supérieur 8e année Jacques Laliberté 87% 7e année A Robert Élie 88% 7e année B Louis-Philippe Dalbec 82% 6e année A Raymond Léger 81% 6e année B Paul-André Rolland 84% Cours moyen 5e année A Raymond Barrette 83% 5e année B François Lapointe 84% 4e année A Laurent Huot 79% 4e année B Ronald Gendron 86% Cours inférieur 3e année Paul Tudor 82% 2e année Guy Dufresne 78% 1ère année Gilles Derome 75% c) Le Jardin de VEnfance de l'Institution des Sourdes-Muettes, sous la direction des Soeurs de Charité de la Providence, proportionnellement au nombre des élèves, a fait un bel effort et a obtenu un réel succès.Les membres du Cercle des Oisillons se sont signalés d'une façon particulière dans leur propagande.Il convient de les encourager à persévérer.5e année 4e année 3e année 2e année 1ère année Pierre Piché Guy Lamothe Jean Saint-Denis Claude Labrecque Gilles Farly Cours préparatoire — Marc Renaud.Qui sera à l'honneur en mars prochain?l'écolier et l'écolière patriotes INITIATIVE OPPORTUNE1 L'Oiseau bleu -publie ce mois-ci les derniers travaux que lui a fait parvenir M.Charles-A.Shaffer, inspecteur d'écoles.RÉPONSE DE.Charlotte Navert, 15 ans, 8ème année, École Sainte-Brigide (/), Montréal L'écolière patriote doit connaître parfaitement le doux parler de France, qui est aussi le nôtre, afin qu'elle puisse le parler sans anglicismes et sans barbarismes.C'est-à-dire qu'elle doit le parler correctement pour le faire aimer, admirer et remarquer.L'écolière patriote chante de préférence aux chansons américaines et anglaises nos chants canadiens.Les hauts personnages des autres continents qui visitent notre pays admirent la sobriété et la beauté de nos chants.Elle n'ignore pas que l'achat chez nous est un puissant moyen de devenir vraiment maîtres chez nous.Si le bilinguisme est très utile, comme on l'entend dire sur tous les tons, la petite éco-lière patriote parle malgré tout, partout et toujours avec honneur sa langue maternelle.Elle s'efforce par sa distinction et sa culture française à contribuer à la gloire de sa race.Sa conduite, sa tenue, ses manières irréprochables font l'honneur de son école, de ses parents, de sa religion.Elle impose le respect dû à toute jeune fille catholique.L'écolière vraiment patriote s'occupera des œuvres paroissiales.Elle aidera à donner le confort aux pauvres et, en plus, ce sera pour elle une occupation saine.1 Voir l'Oiseau bleu d'août-septembre 1935, p.3, d'octobre, p.36 et de novembre, p.78.Yvette Dupras, 7ème année, École Marguerite-LeMoyne, Montréal Toutes les écolières canadiennes-françaises doivent pratiquer le patriotisme, car nous sommes appelées à former la génération de demain.C'est en nous appliquant pendant notre jeunesse à être de vraies patriotes que dans quelques années le Canada pourra redevenir ce qu'il était autrefois.L'écolière d'aujourd'hui, plus favorisée que celle de jadis par le grand nombre d'auteurs canadiens, doit se faire un devoir de lire et de répandre nos livres canadiens.L'écolière patriote encourage Y achat chez nous pour donner à nos compatriotes le capital qui assurera notre avenir.Tout cela se fera avec tact et discrétion, mais avec énergie.Gilberte Laprise, 15 ans, 8ème année, École Sainte-Brigide (/.), Montréal L'écolière patriote lit des livres de nos auteurs tels que Mme Blanche Lamontagne, Frechette, Garneau, Crémazie, Groulx.Elle garde nos traditions ancestrales telles que la bénédiction du premier de l'an, la prière du soir en commun, et bien d'autres.Que l'on regarde autour de soi et l'on verra malheureusement où nous a conduits notre manque de solidarité.Hélas! quelle stupide manie ont nos Canadiens d'acheter des marchandises étrangères, quand nous avons tout ce qu'il faut ici, chez nous.Combien de Canadiens français font affaires sous des noms anglais.C'est un manque de fierté déplorable qui nous attire le mépris des autres nations et aussi de nos hommes bien pensants.Jeunes d'aujourd'hui, faisons en sorte de ne pas éparpiller notre influence, notre argent, notre force: soyons solidaires! 166 L'OISEAU BLEU LE COIN DU PHILATÉLISTE Renouvellement des Timbres britanniques Pour y placer l'effigie d'Edouard VIII — Nombreuses nouveautés d'un peu partout.La philatélie a perdu dans la personne de George V, l'un de ses adeptes les plus distingués.Ce trépas aura, comme on s'en doute, une immense répercussion dans le royaume des timbres.L'Angleterre, les Dominions, les Indes, les colonies de la Couronne, les protectorats dont l'ensemble constitue le vaste empire britannique, devront renouveler toutes les vignettes postales en cours — et aussi les pièces de monnaie et les billets de banque — pour substituer à l'effigie de feu George V l'image de S.M.Edouard VIII.Ces changements se feront, pense-t-on, à l'occasion du couronnement, l'an prochain.De ce fait qui nécessitera l'addition de nombreuses pages aux albums, les émissions récentes, celle en particulier du Jubilé de George V et, chez nous, toute la série actuellement en usage, parue pas plus tard que l'année dernière, vont prendre une plus-value rapide, surtout les dénominations le moins employées dont, au Canada, les 4c et 8c et, dans une moindre proportion, les 5c.Collectionneurs, profitez des bas prix pour faire votre moisson.La figure d'Edouard VIII n'est pas inédite aux postes canadiennes — et dans plusieurs autres pays, alors qu'il était prince de Galles, sur le timbre de 5c, bleu, de la Conférence Économique d'Ottawa (1932) et aussi sur le 5c, bleu, de l'émission jubilaire (1935).A l'occasion de la prochaine émission aux traits d'Edouard VIII, nos autorités postales pourraient créer une heureuse émulation chez nos artistes en leur demandant, par voie de concours primés, un portrait du souverain qui ne serait pas un attentat contre l'art.En formulant cette suggestion, nous songeons à l'exécrable émission George V, de 1930, véritable délit de lèse-majesté, connu en philatélie sous le nom irrévérencieux de "roi coq-l'œil".Qu'on ne l'oublie pas: l'immense majorité des collectionneurs se recrute chez les enfants; il convient donc que les timbres qu'ils classent avec amour, qu'ils amassent comme des trésors ne soit pas un musée d'horreurs, mais bien à part toutes les autres qualités propres aux timbres, que ces chers petits bouts de papier, ces tableaux en miniature, ces documents d'histoire soient des éducateurs de bon goût.* » Effigie du Prince de Galles devenu Edouard VIII, dans la série du Jubilé, paru au Canada l'an dernier.A l'imitation du Luxembourg qui, en 1934, lançait une série de timbres sujets à une surtaxe dont le produit était destiné aux intellectuels dans le besoin, la France a émis récemment deux jolies vignettes de grand|Jformat, dont la surtaxe ira au fonds de secours des écrivains et artistes.Cette idée fera sans doute le tour du monde; les philatélistes en paieront le gros des frais d'un cœur léger et d'un gousset de plus en plus léger.jusqu'au moment où il faudra émettre de nouveaux timbres pour secourir ces philanthropes.Les nouvelles vignettes françaises, reproduites ici, sont de 50c.chacune, la première rouge-orange, surtaxée de 2 frs, montre une figure symbolique des arts évoqués par une lyre, tandis que les mots "Pour l'art et la pensée", sur un ruban déployé, indique le motif charitable de l'émission.Le second timbre, bleu, portant une modeste taxe de 10c, à.l'intention des petites bourses — l'obole de la veuve — au bas duquel on lit: "Pour les chômeurs intellectuels", fait voir une femme dans son rôle de maman, réconfortant un pauvre ouvrier de la pensée réduit au dénuement, éloquente allusion au geste de charité demandé aux usagers de la poste et aux collectionneurs.Par ailleurs les postes françaises préparent l'émission de deux nouveaux timbres commé-moratifs, l'un à l'image de Rouget de l'Isle, auteur de la Marseillaise, et l'autre à celle d'André-Marie Ampère, à l'occasion du cente- L'OISEAU BLEU 167 Pour les Intellectuels Les trois Dumas Pour les Intellectuels naire de la mort (10 juin) de ce grand physicien dont le nom, adopté pour désigner l'unité de volume d'un courant électrique, est devenu un mot usuel et universel.* * * Les Etats-Unis ont lancé, le 10 février, un nouveau timbre bicolore — rouge et bleu — à l'usage de la poste aérienne, de 16 cents, comprenant les frais de port avec livraison terrestre par exprès, en remplacement du timbre en cours de même dénomination mais uniquement bleu.L'emploi de deux couleurs a pour objet de faciliter le triage du courrier aux mains des postiers et ainsi d'accélérer la distribution de la correspondance affranchie de ce timbre.Le dessin est le même que précédemment: une reproduction du Grand Sceau des États-Unis.Le 2 mars a paru le premier commémoratif américain de la nouvelle année, à l'occasion du centenaire du Texas.La vente inaugurale s'est faite à Gonzales, Texas, en souvenir du fait que c'est à Gonzales que fut tiré le premier coup de feu de la guerre d'indépendance du Texas et que c'est à cet endroit aussi que fut signée la déclaration d'indépendance de cet Etat, il y a cent ans.De 3c violet et de grand format, ce timbre a pour motif principal les figures du général Sam Houston et de Stephen F.Austin, au bas desquelles se voit une réplique de I'Alamo, fort fameux dans l'histoire de cet État, avec au sommet une unique étoile rappelant le surnom du Texas: "The lone star state".La république noire d'Haïti vient de s'enrichir de deux timbres bicolores (10c rouge et brun et 60c, violet et brun) à triple effigie en l'honneur de l'un de ses fils, renommé, et de deux descendants de celui-ci, encore plus connus: nous avons nommé les trois DUMAS.Le Haïtien est le général Alexandre Davy de la Paillerie, fils d'un riche colon établi dans la partie de l'île d'Haïti qui forme aujourd'hui la république de Saint-Domingue, et de la négresse Dumas, dont il prit et légua le nom à ses descendants.Les deux autres portraits sont ceux d'Alexandre Dumas, le fécond romancier et dramaturge, et de son fils, également nommé Alexandre, auteur dramatique non moins fameux.* * * D'Allemagne sont venus trois timbres marquant les IVes Jeux Olympiques d'hiver qui ont eu lieu, du 6 au 16 février, à Garmisch-Parten-kirchen.Cette manifestation sportive, où les Nouveautés - Actualité * veut dire neufs — + série complète.AUBAINE RARE 4t* - Italie, 1923 — Commémor.du 3ème centenaire de la Cong, de la Propag.de la Foi — Seuls timbres au monde à l'image de Notre-Seigneur.— Dans des médaillons portraits de Grégoire XV, Ste Thérèse, S.François d'Assise et S.François-Xavier.Très spécial.$1.00 EMISSIONS 3*-Belgique, 1935 — Deuil reine Astrid, 10, 25 et 35c.12 2*-Chili, 1935 — Poste aérienne, 10 et 15c.05 2-Hongrie, 1935 — Cardinal Pazmany et sign.Charte univ.Budapest .10 7t - Indes, 1935 — Jubilé Ceo.V.— Monuments divers — 1 à 8a.— Très recherchés 1.00 4* - Moxambique C i c , 1935 — Poste aérienne, 5 à 20c.10 RECENTES 4t- Norvège, 1930 — St-Olaf au combat, ca-théd.Trodhjen, mort du saint, 10 à 30c.15 6 - Roumanie, 1935 — Carol, effigie grand format, profils divers.10 7 - Tchécoslovaquie 1934-35 — Commémo-ratifs: Smetana, Dvorak, Masaryk, Hymne national, monument Arras, Stefanik .10 2 - Tchécoslovaquie 1935 — SS.Cyrille et Méthode, 50h et 1k .05 Tolstoï Port en, plus sur commande de moins de 91 Bazar Postal, B'te poste 4020, Montréal 168 L'OISEAU BLEU senegal — Les quatre joueurs de hockey du Canada se sont distingués, est le prélude de la Xle Olympiade internationale, dont Berlin sera le théâtre cet été, alors que toute une série de vignettes appropriées verront le jour.Les sujets des timbres des sports d'hiver sont: un patineur sur 6+4 pf., vert; un skieur sur 12+6 pf., carmin et une équipe de glis-seurs en luge sur 25+15 pf., bleu.* * * En Russie ont fait leur apparition trois timbres à l'effigie de Tolstoï, dans différentes poses, et marquant le 25e anniversaire de la mort du célèbre écrivain russe.Cette courte série suivait de près celle de 4 vignettes à l'image de J.Kalinin, président du Comité exécutif central des Soviets, dans diverses attitudes et dont on vient de fêter le 60ôme anniversaire de naissance.types d'une nouvelle série.Au Sénégal ont été mis en vente une longue série de vingt-quatre timbres ordinaires, de 11 de la poste-avion et de 10 timbres-taxes.Les premiers, en deux sujets, font voir sur les le à/45c le pont Faidherbe et sur les 50c à 2 frs la mosquée de Diourbel.Les aériens, en deux sujets, montrent un paysage peuplé d'indigènes regardant voler un monoplan et sur le second type un biplan survolant une caravane de chameaux.Les autres portent simplement le chiffre du montant à percevoir sans illustration.Enfin, au Canada les nouveaux port-dû continuent à paraître dans leur toilette modifiée, remplaçant les anciens types au fur et à mesure de l'épuisement de l'approvisionnement.Ont aussi commencé à circuler les timbres-bobines —- coils — de l'émission en cours, dont l'existence, par suite de la mort de George V, sera éphémère.Phil.Athély le reyce Heureux qui naît et meurt au rustique foyer ^ Où l'aïeul a laissé son souvenir ! Quel charme ^ V Dans les murs blancs de chaux où pend une vieille armel W Dans V6.tre où l'on verra les bûches flamboyer] Les jeunes d'autrefois y venaient festoyer ufy Le vieux temps n'avait pas une rigueur de carme.«V On dirait qu'un écho de l'amusant vacarme Sous le plafond noirci vient encore ondoyer.Au foyer des aïeux la vie est plus intense, \Qj Et rien, nous semble-t-il, n'a rompu l'existence \Qj Des générations qui nous ont devancés.Moi, je me sens perdu dans la foule des êtres; Mes jours semblent plus courts et plus mal dépensés, Car je n'ai pas vieilli sous le toit des ancêtres.Pamphile LE MAY L'OISEAU BLEU 169 Deux pauvres petits enfants Conte écrit pour l'Oiseau bleu par HORTENSE DULAC (suite) Cans relâche, depuis de longues heures, le vieux Basile (que partout on appelait l'Ermite) avait parcouru la forêt, suivi de son chien Médor, sans découvrir aucune trace des deux enfants abandonnés.Une grande tristesse commençait à l'envahir.Il éprouvait un chagrin cuisant en songeant que Madame Adélaïde serait privée de la joie de revoir ses chers protégés.Ces deux pauvres petits seraient-ils tombés dans un marais bourbeux, ou bien auraient-ils été attaqués par les loups?se demandait-il tristement.— Hélas! cela se pourrait, murmurait-il.Et l'angoisse envahissait son âme.Mais, tout à coup, ô surprise! Médor s'arrêta net et se mit à aboyer, en gambadant autour d'un ravin rempli de hautes tiges qui formaient un rempart au pied de quelques chênes énormes.C'est là que les deux enfants s'étaient réfugiés pour la nuit, en se couchant, à l'abri du vent, sur un amas de feuilles sèches.Quand l'Ermite arriva auprès d'eux, André essayait de réveiller sa petite sœur.Il lui parlait fortement et la secouait par les bras.Mais elle semblait dormir d'un sommeil de plomb.D'un rapide coup d'œil le vieillard avait saisi la triste situation des pauvres orphelins, épuisés par un trop long jeûne et une trop grande fatigue.—Je viens à ton secours, mon enfant, dit-il.Elle dort dur ta petite soeur?Je connais cela ces sommeils-là.Vous n'avez pas mangé depuis trop longtemps, vous avez beaucoup marché, beaucoup pleuré, et la petite est tombée d'épuisement.Mais j'ai ce qu'il faut pour la ranimer.Ah! j'en ai vu bien d'autres! Voici ma bouteille de vieille boisson, tout de suite je lui en mets dans la bouche.Et toi, mon garçon, prends cette serviette.Tu vois au fond du ravin, un petit ruisseau.L'eau y est très froide.Cours mouiller ce linge, et reviens bien vite, sur son visage cette eau fraîche va produire un effet sans pareil.Cours, mon enfant! André allait si vite qu'il semblait avoir des ailes.L'Ermite promena lentement la serviette mouillée sur le front de Thérèse qui, quelques instants plus tard, ouvrit les yeux.Quand elle aperçut le grand vieillard, elle s'écria en tremblant: "J'ai peur! j'ai peur! Il va nous faire du mal! Il va nous faire du mal!" —Non, ma petite, tu te trompes, reprit le bon vieux.Il faut avoir confiance en moi.Je ne veux que votre bien et c'est votre tante Adélaïde qui m'a envoyé ici.—Ah! la tante Adélaïde! murmura Thérèse.Un rayon de joie illumina sa figure pâlie et ravagée par les larmes.— Est-ce que je la reverrai ?—Oui, bien sûr vous la reverrez, mes enfants, mais pas tout de suite, car elle est bien loin d'ici, et bientôt les pluies d'automne vont mettre les sentiers impraticables.Je vous emmène dans ma maison.Mais avant de s'y rendre il faut refaire vos forces.Ah! comme vous devez avoir faim! Tenez, mangez, mes chers petits!.Il sortit de ses poches des tartines de confitures, et de sa ceinture il fit tomber un gros flacon rempli de bon lait frais.Ils dévorèrent toutes ces choses avec un tel appétit que les larmes vinrent aux yeux du brave homme.— Allons, en route maintenant! dit-il.Déjà le soir vient.Le soleil mourant couvre la forêt de son manteau mauve, et nous, il nous faut un gîte pour la nuit.Il nous reste juste le temps d'arriver avant la noirceur.Toi, ma petite Thérèse, comme tu es bien faible encore, je te porterai dans mes bras; André nous suivra avec Médor.— Comme il est bon ce beau vieux! pensaient secrètement les deux enfants.Et ils se demandaient par quel miracle il connaissait déjà leur nom.Après une bonne nuit de sommeil dans la chaude maison de l'Ermite les deux orphelins se levèrent joyeux et dispos.Us mangèrent à satiété du pain, du lait et de la crème.Us suivaient partout leur protecteur.Toute la journée, le vieillard s'occupa à préparer des matelas en feuilles de cèdre pour André et Thérèse.Et cela répandait une douce senteur forestière dans la vieille demeure.Il leur fit visiter le grenier, où il leur désigna chacun une chambre.Ces chambres, quoique pauvrement meublées, étaient vastes et claires, avec une grande lucarne donnant d'un côté sur le jardin et de l'autre sur les champs.Comme les deux enfants le suppliaient de les reconduire bientôt chez la tante Adélaïde il dut leur faire comprendre qu'il fallait à tout prix éviter la colère de l'oncle François, et qu'il valait mieux pour eux demeurer dans la forêt tout l'hiver.—"Ecoutez-moi mes en- 170 L'OISEAU BLEU .si vous êtes sages et obéissants.fants; la neige, dans quelques semaines, va tomber à profusion.Il sera impossible d'entreprendre ce voyage sans risquer votre vie.Vivons tranquilles ici tous les trois, et quand l'hiver sera fini, quand le printemps de nouveau paraîtra, je vous promets que vous revenez alors votre tante bien-aimée.Nous serons heureux ensemble, vous verrez, Thérèse aura soin des pigeons, toi, André, tu t'occuperas des lapins et de Médor.Et puis, si vous êtes sages et obéissants je vous raconterai parfois des histoires merveilleuses, et toutes sortes de contes avec lesquels on amuse les bons enfants." Les deux petits qui pleuraient séchèrent leurs larmes en entendant ces douces paroles.Médor, qui sautait autour d'eux, vint leur lécher les doigts en signe d'affection.Ils devinrent à jamais de fidèles amis.Ils firent ensemble de fréquentes excursions dans les alentours, au poulailler, à l'étable, au pigeonnier et dans le jardin.Les deux petits abandonnés s'habituèrent peu à peu à l'étrangeté de cette nouvelle existence, à la solitude un peu terrible des grands bois où règne sans cesse un mystère profond.Aux côtés de ce bon vieillard qui les aimait, qui ne semblait vivre que pour eux, ils éprouvaient maintenant un sentiment de douce sécurité.Et leur petite âme, déjà ouverte à la beauté, commençait à subir le charme de la sublime nature au sein de laquelle ils allaient vivre.Par une belle fin d'après-midi l'Ermite et ses protégés rentraient à la maison pour souper.C'était une délicieuse journée d'automne, éclairée d'un soleil encore tiède et réchauffant.Les feuilles sèches qui tombaient lentement mettaient une pluie dorée dans l'air vibrant, et le rire des enfants, leur rire franc, ailé, inconscient, sonnait au sein de la pâle lumière d'octobre.On eut dit qu'avant de s'ensevelir dans le blanc linceul de l'hiver, la forêt voulait paraître encore une fois dans toute son orgueilleuse splendeur.En elle tout vibrait, tout chantait, tout resplendissait, et ses branches rougies semblaient agoniser au loin, dans quelque céleste incendie.André demanda subitement au vieillard: "Quand vous étiez seul, ici, Monsieur Basile, avant de nous retrouver et de nous emmener chez vous, est-ce que vous ne vous êtes jamais ennuyé, seul, toujours seul ?" — M'ennuyer ici?Non jamais, mon garçon! J'avais la forêt et la forêt à elle seule est toute une vie, tout un monde.Sous la voûte gigantesque de ses ramures, toutes les merveilles de la création sont réunies.On dirait un palais de légende, une ville de rêve ou une énorme cathédrale.Dans la grâce du printemps, elle apparaît presque irréelle, drapée en ses voiles transparents, enveloppée dans ses mousses somptueuses.En été, elle se montre superbe, ployant sous le poids de sa propre beauté, rayonnante de lumière ombreuse et d'ombre lumineuse.En hiver, elle se couvre d'une royale blancheur et trône dans un manteau de dentelle et de diamants.Son silence renferme des hymnes, des chansons, des harmonies ailées qui volent de montagne en montagne, de cime en cime.Des accords d'orgue, des sons de cloche y viennent on ne sait d'où, et des bruits de vagues y déferlent d'une mer mystérieuse et lointaine.Une musique étrange et surhumaine s'exhale de la forêt comme le parfum s'exhale de la fleur, et les hommes qui veulent écouter ses chants sont tentés de se mettre à genoux pour les entendre.Un jour, mon enfant, — il y a de cela plusieurs mois — je marchais, rêveur, au milieu des arbres, quand je fus forcé de me retourner, subitement saisi par des plaintes qui semblaient sourdre derrière moi, du fond d'une caverne de verdure.Je m'avançai à l'instant dans cette direction, et je vis, couché sur l'herbe, un beau chevreuil baignant dans son sang.Je compris que ce pauvre animal, blessé par un chasseur maladroit, s'était réfugié là pour mourir.Ses yeux noirs, très doux, se fixaient sur moi comme pour demander ma protection et mon aide.Le sang coulait vivement d'une large blessure qu'il portait à la cuisse.Peu à peu, la plainte qu'il faisait entendre devint plus faible, presque imperceptible, et je le vis bientôt pencher la tête en expirant doucement.Alors, les sapins, les chênes, les cèdres, les noisetiers, les aulnes, les merisiers et les hêtres, tous les arbres enfin dressèrent leurs branches dans un frisson d'épouvante.L'hymne de la forêt cessa.Toute tige était saisie de frayeur.Un immense désespoir secouait chaque herbe L'OISEAU BLEU 171 et chaque mousse, et j'entendis une voix qui parlait du fond de cette nature en détresse.Et la voix disait: — Je suis l'âme de la forêt.Je souffre et je pleure de voir ainsi profaner la paix de ces bois.L'homme, barbare et cruel, esclave de ses caprices, ne craint pas de jeter le désespoir et la mort au sein de la nature exubérante où régnent la force et la vie.Tandis que toutes choses dans cette immensité chantent un inlassable recommencement, et que, par un éternel miracle, on y voit naître à toute heure soit une bête, soit une herbe ou une fleur, l'homme, tueur et pilleur, sème le massacre et fait naître la désolation et la douleur.Oui, je souffre! disait la voix, et sur la dépouille de ce jeune chevreuil qui meurt victime d'un féroce chasseur, je jette à tous les échos des cris de vengeance.Toi, l'Ermite, l'ami de ces bois, fidèle compagnon de cette douce solitude, sur ton honneur jure-moi de ne jamais faire périr aucune créature de cette forêt, aucune, tu m'entends, ni cerf, ni chevreuil, ni écureuil, ni moineau, ni tourterelle! Et jure-moi aussi de faire respecter cette loi par tous ceux qui dépendront de toi!.Un jour, si tu manquais à ta promesse, souviens-toi que l'âme de la forêt se vengerait!!! —Ainsi parla cette voix.J'ai promis d'obéir à cet ordre jusqu'à la fin de ma vie.Et vous aussi, mes chers petits, pour empêcher la malédiction des bois de retomber sur vous, il vous faut faire la même promesse solennelle.Et les deux enfants promirent.Hortense Dulac (À suivre) BONS MOTS Les précieuses lunettes On vient d'acheter des lunettes à Paul.Il est si content qu'il ne veut pas s'en séparer.— Il faut les ôter pour dormir, lui dit sa mère.Paul — Alors, je ne pourrai pas voir mes rêves.Considération — T'as vu ce bonhomme, il a sauvé bien des gens de l'eau.— Comment ça?— Il est marchand de parapluies.Bonne stylée — Mademoiselle, je viens pour encaisser une note, est-ce que monsieur est ici ?— Attendez.je vais aller le lui demander! Anecdotes canadiennes La fermière Sans souci T es Mémoires de Nicolas-Gaspard Boisseau rappellent une anecdote amusante: Dans l'été de 1787, un bel officier de marine se présente chez un habitant de Lauzon.La fermière, seule à la maison, avec sa dizaine de marmots, est tout absorbée dans les soins du ménage.L'étranger lui demande poliment du lait pour lui et ses compagnons, les brillants militaires qui l'accompagnent: "Je le veux bien, dit la vaillante femme, mais vous ne ferez pas, j'espère, comme ces fripons d'officiers anglais qui viennent se ravitailler à ma table et se sauvent ensuite sans payer".L'officier sourit: "Non, non, dit-il, n'ayez pas peur; je vous paierai fidèlement".Et la fermière, rassurée, d'apporter sur la table une terrine de lait recouverte d'une belle couche de crème: "Tenez, monsieur, buvez; buvez à votre soif; vous avez la figure d'un honnête homme, au moins, vous".Les militaires de se régaler en riant et causant à voix basse.Puis, le bel officier se lève et, d'une main généreuse, laisse tomber sur la table une lourde pièce d'or, une portugaise."Ah! ah! dit la fermière, toute rouge d'indignation, vous êtes bien tous des pareils; vous, encore pire que les autres.Pensez-vous qu'une pauvre femme puisse trouver dans sa maison la monnaie d'une portugaise?" "Silence!" dit un militaire."Taisez-vous", vint appuyer un autre."C'est le Prince"."Le Prince! Ah! bien oui, le Prince!.Ce serait le roi en personne que je lui dirais son fait; et sans me gêner encore".Le bel officier reprit sa pièce d'or, la posa dans la main de la vaillante femme et, d'un ton ferme et doux: "Prenez, prenez, je vous la donne.Elle compensera pour tous ceux qui sont venus se ravitailler à vos dépens et se sont enfuis sans payer." Et le prince William-Henry, le futur Guillaume IV, alors en visite au Canada, sortit, laissant l'honnête femme tout ébahie répétant en un crescendo d'admiration: C'est le Prince! Mes enfants, c'est le Prince! J.-Camille Pouliot Québec et Vile d'Orléans, 1927. 172 L'OISEAU BLEU ir No 42 Février 1936 affiliés a la societe canadienne d'histoire naturelle Directeur général: R.F.Adrien, C.S.C., Institut botanique, Université de Montréal.Sous-directrice: Rév.Sr Sainte-Alphonsine, C.N.D., Collège Marguerite-Bourgeoys.Secrétaire général: M.Jules Brunel, Institut botanique, Université de Montréal.Secrétaire adjointe: Mlle Marcelle Gauvreau, Institut botanique, Université de Montréal.Trésorier: M.Jacques Rousseau, Institut botanique, Université de Montréal.CHEFS DE SERVICE Botanique: R.F.Marie-Victorin, F.E.C., Institut botanique, Université de Montréal.Zoologie: Dr Georges Préfontaine, département de Zoologie, Université de Montreal.Entomologie: M.Gustave Chaonon, département de Zoologie, Université de Montréal.Minéralogie-géologie: R.P.Léo Morin, C.S.C., Collège de Saint-Laurent.Publicité: R.F.Narcisse-Denis, F.E.C., Académie Saint-Léon, Westmount.AU GUI L'AN NEUF Par Joseph Gauvreau J'ai eu la bonne idée de consulter la Flore Laurentienne du Frère Marie-Victorin pour savoir où trouver le gui canadien, que je n'ai jamais su différencier d'avec d'autres plantes décoratives telles que les courants verts (lyeo-podes), parfois appelés l'herbe écartante, le houx, à feuilles découpées et aux fruits rouges, servant à fabriquer les couronnes, le bourreau des arbres dont les fleurs en grappes, de couleur verdâtre, et les fruits jaunes ou orangés sont vendus par les fleuristes et les petites sauvagesses de Caughnawaga, à partir de la fin de septembre jusqu'à la fin de l'hiver, parce que les fruits persistent jusqu'au printemps.Mes recherches m'ont un peu déçu, tout en me remettant au point et à la page.Depuis quelques années seulement, en dépit des chants de nos poètes, je savais que nous n'avions pas au pays de bruyère, de pervenche ni de primevère, ou si peu, qu'elles soient trop peu connues pour justifier l'abus qu'on en fait dans la littérature canadienne.Si parmi mes lecteurs se trouve quelque poète désireux de faire le même abus du gui, je regrette d'être dans l'obligation de l'en dissuader.Le gui décorateur, symbole de l'âme immortelle ou de l'amour juré au pied d'un chêne, n'existe pas dans la zone laurentienne.Le seul gui des bords du Saint-Laurent s'appelle "le petit gui".C'est une plante simple ou peu ramifiée, portant, en guise de feuilles, de petites écailles; fleurs généralement solitaires; graines visqueuses.Floraison prin-tanière.Caché entre les feuilles sur les rameaux de certains conifères.Très rare.C'est l'une des plus infimes et des plus curieuses plantes de notre flore.C'est notre seul gui, et notre seul représentant de la famille tropicale des.guis.Il vit en parasite sur les branches du mélèze (appelé à tort épinette rouge), de l'épi-nette blanche et de l'ôpinette noire.Il est si petit, que sur une longueur d'un pouce de rameau de conifère, on peut trouver jusqu'à quinze individus.Sa présence cause néanmoins sur l'arbre des productions anormales."Le petit gui" n'a été jusqu'à présent récolté que dans la Gaspésie, la région Saguenay-Lac Saint-Jean, et à Sainte-Anne-de-la-Pocatière".— (Fr Marie-Victorin, Flore Laurentienne, page 178). L'OISEAU BLEU 173 De tout temps, au pays de nos pères, les touffes de gui, semées de fleurs d'or ou de perles transparentes, greffées sur les branches tristes et dénudées, parce qu'elles persistent au milieu de la désolation hivernale, furent considérées comme le symbole d'une consolation, un gage d'espoir, un porte-bonheur, une promesse d'éternité.Cela date du temps des Gaulois, alors que leurs prêtres, les Druides, cueillaient le gui de chêne dans la forêt sacrée, immolaient des taureaux blancs en chantant "Au gui l'an neuf", et priaient la divinité de rendre le gui favorable à tous ceux à qui il était distribué.Le chêne était l'arbre sacré des Druides.Les forêts druidiques étaient des forêts de chênes, et les feuilles de cet arbre avaient leur rôle dans toutes les cérémonies religieuses.Les Druides croyaient que tout ce qui pousse sur le chêne est un présent du ciel.A ces conditions se joignait cette particularité que le gui ne se rencontre qu'exceptionnellement sur le chêne, et cette rareté augmentait encore la valeur de la plante cueillie dans ces conditions.Or voici une autre erreur qu'il faut corriger dans nos esprits: le gui de chêne n'existe pas chez nous, et il est très rare même en France, où l'on ne compte que trente-sept départements ayant chacun deux ou trois chênes porteurs^de gui.Le Petit Gui Parasite sur un rameam d'Épinette blanche Par contre, en France, il se rencontre encore sur presque tous les autres arbres.On a relevé cent dix espèces de végétaux sur lesquels on l'a observé.Le gui de pommier et celui de peuplier sont les plus communs.On le rencontre assez fréquemment sur le prunier et sur le cormier.Autour de Paris, le gui de chêne est si rare, qu'un professeur renommé dit un jour à ses élèves: "En dépit de la légende, je n'ai jamais vu de gui sur un chêne, et je verserai le champagne à toute la classe le jour où, en excursion botanique, nous rencontrerons un chêne porteur de gui".L'engagement était imprudent; car dès la première excursion, toute la compagnie eut l'occasion de se trouver, un moment donné, réunie, comme par hasard, devant un chêne qui portait une touffe de gui fièrement verdoyante.Le professeur dut s'avouer vaincu et verser le champagne à tous ses élèves.La semaine suivante, le même phénomène se produisit, mais cette fois, le professeur regarda de près et il vit.la ficelle! La civilisation chrétienne, qui s'est efforcée de conserver, chaque fois qu'elle l'a pu, le symbolisme païen, et de l'exprimer à sa façon, n'a pas craint de faire du gui l'emblème de l'âme immortelle.Dans les cathédrales merveilleuses du moyen âge où tout était symbole pour qui savait lire et comprendre l'architecture et les arts qui s'y rapportent, le gui, courant d'un chapiteau à l'autre, festonnant la chaire de légères guirlandes, rappelait aux fidèles assemblés sous les voûtes, que nous ne mourrons pas tout entiers, et que l'homme a sa part d'immortalité.Tout ce que je viens de dire vous était plus ou moins connu, probablement; mais ce qui me reste à dire ne vous l'est peut-être pas autant, et il importe que vous le sachiez, pour mieux comprendre le titre de cet article et le répéter après moi.Le gui eut, jadis, sa très grande part de notoriété, comme plante médicinale.On en fit longtemps le spécifique des maladies nerveuses et surtout de l'épilepsie.Puis, comme tous les remèdes qui guérissent ou ne guérissent pas, il finit par tomber dans l'oubli.Mais les cornues modernes l'ont remis à l'ordre du jour.Le Docteur Gauthier, pas le nôtre, celui de France, de réputation mondiale, a démontré nettement que le gui a une action hypotensive, c'est-à-dire qu'il abaisse la pression sanguine, et cette propriété spéciale dicterait son emploi, particulièrement dans le traitement de l'artério-sclérose, la maladie du vingtième siècle. 174 L'OISEAU BLEU Symbole d'espoir, porte-bonheur, prometteur d'éternité, ou simplement de santé, sur les bords du Saint-Laurent où ne se rencontre qu'exceptionnellement le petit gui, où toutes les légendes et tous les symbolismes chrétiens et français sont de mise, qui refuserait, quand même, de dire ou même de chanter: AU GUI L'AN NEUF! Joseph Gauvreau {Le Progrès du Golfe, Rimouski, 27 décembre 1935) La POULE.Suivant la route campagnarde La voilure va gentiment Et devant, cou tendu, hagarde, La poule court éperdument ! Son petit oeil hors de la tête Que coiffe un bonnet de carmin, La poule imbécile s'entête A fuir au milieu du chemin ! Elle court comme une insensée, Et Von se rend compte, à la voir, Que la fuite dans sa pensée Est son suprême et seul espoir.Il y va de son existence ! La voiture a juré sa mort ! Et c'est pour garder sa distance Qu'elle fait ce terrible effort ! C'est son salut ! Il faut qu'elle aille !.Elle bat d'un train infernal Le grand record pour la volaille Du kilomètre vicinal ! Et cependant que ventre à terre Elle tricote obstinément, Épouvanlail involontaire, La voiture suit gentiment.Mais la poule entend tout près d'elle Le fatal bruit de roulement.Elle bondit ! ouvre son aile ! Elle est à son dernier moment !.De son long effort méritoire On parlera dans le canton, Car on va compter dans l'histoire Une poule de Marathon ! Ce n'était point sa destinée ! Ce grand bond, comme avec la main A lancé la poule étonnée Sur le bas côté du chemin.Elle en reste tout étourdie.Quoi donc?Il suffisait d'un pas?.Hochant la tête, abasourdie, L'imbécile n'en revient pas: "Pour fuir la zone dangereuse Il suffisait d'un petit saut ?J'évitais cette course affreuse ?Ah ! si j'avais su ça plus tôt !.Pourtant, ce n'était pas un rêve, La voiture qui m'en voidait ?Ce bruit de roulement sans trêve, Que j'en ai la chair de poulet ?" Mais n'ayant point d'esprit de suite, Elle se garde d'insister; Oubliant sa peur et sa fuite Elle se met à picoter.Puis, des poules de la commune Elle rejoint le régiment, Et la voiture, sans rancune, S'éloigne là-bas gentiment.Miguel Zamacoïs LA MICRO-PRESSE DES C.J.N.L'une des plus récentes initiatives du mouvement des C.J.N.est la création, par certains de nos Cercles, de petits périodiques mimio-graphiés destinés à enregistrer et à activer la vie du Cercle.Tout dernièrement, nous avons salué Le inonde scientifique, organe du Cercle Saint-Sulpice C.J.N., de l'Externat Classique Saint-Sulpice, — cinq sous l'exemplaire.Le numéro de décembre 1935 (Vol.1, No 1) comporte un éditorial par le gérant Louis-Henri Bonneville, des articles sur Nos plantes de Tourbières, par Henri Roy, sur L'eau de mer par Roland Boucher, sur le Monde inconnu des Colibris par Roger Perreault, des chroniques, et.des illustrations en couleurs, s'il vous plaît!.On ne saurait trop conseiller à tous les Cercles vigoureux d'imiter le Cercle Saint-Sulpice.Et je suggère que les Cercles organisent l'échange de leurs bulletins.Longue vie au Monde scientifique.Frère Marie-Victorin L'Oiseau bleu est publié par la Société Saint-Jean-Bapti»l> de Montréal, 1182, rue Saint-Laurent, à Montréal.Alphonse de 1» Rochelle, directeur.— La revue ne paraît pas en juillet et sa août. L'OISEAU BLEU 175 Préparons demain Pourquoi la Solidarité.X7ous avez souvent répété ce mot: Solidarité v nationale.Vous avez peut-être pressenti qu'il demandait aux membres d'une nation de se serrer les coudes et de présenter un front uni à tout ce qui pourrait atteindre leurs droits.Vous intéresserait-il de connaître quelques éléments de cette solidarité nationale?Une même langue et une même foi sont ceux qui attirent, les uns vers les autres, les individus formant un peuple.Le pays qu'ils habitent, l'histoire qu'ils ont vécue par leurs ancêties sont d'autres facteurs de réunion.Tels sont les principaux matériaux avec lesquels on construit une nation.Lorsque l'architecte veut construire un édifice solide, il a soin de rechercher les matériaux les plus résistants.Il n'a garde d'oublier le ciment ou le mortier qui serviront à tenir ensemble les différents blocs de brique, de pierre et de marbre.Sans ce mortier, sans ce ciment, il ne pourra rien édifier de durable.Nous avons en nous et parmi nous tout ce qu'il faut pour construire la plus belle nation au monde.La Providence nous a choyés.Nos hommes et nos femmes sont forts, notre sol est riche, notre climat sain.La nature a jeté à travers nos forêts des lacs poissonneux et des rivières merveilleuses.Malgré l'étendue de notre pays, nos voies de communications naturelles sont des plus propices.Notre glorieuse histoire peut enorgueillir les plus difficiles et nous fournit toutes les leçons nécessaires.Malgré ces avantages nous sommes surpris de voir comme nous ne sommes pas avancés, comparés à nos voisins! On a voulu élever un édifice national avec les plus riches matériaux au monde et oublier le ciment.Seule la pesanteur des pièces a maintenu l'édifice en place et nos architectes (nos chefs) ont dû consacrer toute leur énergie à replacer les pièces que les intempéries de la lutte pour la vie avaient légèrement disloquées.Le mortier qui cimentera une fois pour toutes les merveilleux matériaux de notre race, c'est la richesse collective, appelée la force économique nationale.Nous avons vu le mois dernier les résultats obtenus en réunissant les épargnes de toutes les banques scolaires.Poussons cette réunion de nos économies dans tous les domaines et vous comprendrez comment il se fait que le Canadien français réputé pauvre a réussi à acheter en 1931 pour un milliard de produits de toutes sortes.Si nous cimentons bien les pièces de notre édifice national, nous aurons un temple solide où tous nous pourrons nous réunir, où tous nous pourrons déployer nos talents, faire valoir nos ressources, sans craindre les fuites par où, actuellement, s'échappe une partie de notre avoir.Après ces quelques réflexions, vous serez peut-être portes à blâmer vos aînés, à leur reprocher leur insouciance, leur faiblesse.Vous aurez tort.Gagneriez-vous quelque chose par ce procédé ?Souvenez-vous que vos aînés ont eu leurs années.Ils ont supporté leurs luttes.Leurs victoires ont été assombries par des échecs terribles.Leur stratégie n'a pas toujours été à la hauteur de la situation.Il faut reconnaître qu'ils ont dû faire face à des conditions nouvelles et, comme leurs ancêtres, ils ont cru que l'effort devait converger seulement autour de la langue et de la foi.Le côté économique fut négligé et aujourd'hui, ils constatent leurs erreurs devant l'assaut terrible subi par cette langue et cette foi, assaut d'autant plus dangereux que les fissures devant être fermées par le mortier économique de notre édifice national ont été laissées béantes.Mais en nous pénétrant de l'importance de la richesse matérielle nationale, ils réparent généreusement leurs erreurs passées.Cette richesse nationale nous la recouvrerons par l'Achat chez Nous, doctrine que nous étudierons ensemble, dans un prochain numéro.Albert Nerviens AMUSONS-NOUS Entre voisines — Qu'avez-vous acheté de bon, aujourd'hui, madame Durand ?— Je me suis soignée, madame Duval: des pieds de mouton et une cervelle.A midi, pour mon dîner, je mettrai mes pieds sur le gril et, ce soir, je ferai sauter ma cervelle.Sur la plage La petite Mariette, au loueur d'ânes.C'est combien, monsieur le marchand?— Trois francs la première heure, ma petite demoiselle, et seulement deux francs la seconde.Mariette, après avoir réfléchi — Eh bien! je commencerai par la seconde. 176 L'OISEAU BLEU LE QUESTIONNAIRE DE LA JEUNESSE PLOMBERIE ET ROBINETTERIE Questions.1.Que fait ce plombier?— A l'aide d'une clé, il visse un tuyau.Q.En quoi consiste la plomberie?— C'est l'art de travailler, façonner, fondre, mouler et souder le plomb pour l'employer à la conduite de l'eau et du gaz, à la confection des tuyaux, bassins et robinets.Q.Et la robinetterie ?— C'est la fabrication des robinets.2.Quelle sorte de douche voyons-nous ici ?— Une douche à pluie.Une douche écossaise est une douche chaude suivie brusquement d'une douche froide.La douche est un jet d'eau s'échappant suivant une ou plusieurs directions et lancée sur une partie ou sur toute la surface du corps.3.A quoi sert le siphon d'évier ?— A empêcher la mauvaise odeur de monter, à cause de l'eau qui y demeure en permanence; à éviter l'engorgement des tuyaux et à faciliter le nettoyage.Q.Qu'y a-t-il dans la courbe du siphon?— Un bouchon de purge.4.Décrivez ce que comprend ce numéro.— Dans le médaillon de gauche, un lavabo sur pied.Au centre, un plombier tenant dans ses mains deux bouts de tuyau; à sa gauche, une clé anglaise et une lampe à souder; à droite, une salle de bain moderne où l'on peut voir un tabouret, une baignoire, des robinets, des serviettes de bain, un lavabo, un porte-savon et un miroir à raser entre deux appliques.Le parquet est en carrelage.5.Par où s'échappe l'eau qui sort du robinet ?— Par le goulot ou bec; le robinet s'ouvre à l'aide de la manette qui, dans le cas présent, est à croisillon.Q.Que met-on à l'orifice d'un robinet pour diminuer la pression de l'eau et l'empêcher d'éclabousser ?— Un brise-jet.6.Dites ce qu'on découvre à ce numéro.— Un évier rempli d'assiettes à laver, surmonté d'une pompe.Un jet d'eau s'échappe du bec de la pompe.7.Comment la disposition spéciale de ce lavabo le fait-elle appeler?— Lavabo d'angle.8.A quoi est occupé ce plombier ?— A la pose d'un siphon d'évier.Dans sa main gauche, il tient une clé anglaise.9.Que remarquez-vous ici ?— La simplicité et la propreté de cet évier de cuisine.10.A quoi sert cet instrument?— C'est un débouchoir d'évier; à cause de sa forme, on l'appelle aussi cloche d'évier.L'air et l'eau poussés avec force suffisent souvent à déboucher les tuyaux encrassés sans qu'il soit nécessaire d'avoir recours au plombier.11.Que permettent la grandeur et la forme de cet évier?— D'en faire en même temps un lavoir.12.Qu'est ceci ?— Une pompe métallique.Q.Comment se nomme la partie métallique qui se fixe au bout du tuyau qui est dans le puits pour empêcher les corps étrangers d'y pénétrer, de le boucher et d'arrêter par là le fonctionnement de la pompe ?— Une crépine.13.A quoi sert le prolongement qui est à droite de cet évier ?— Cette sorte de plateau portant de profondes cannelures permettant à l'eau de s'écouler est un égouttoir.14.Quel est cet ustensile ?— Un porte-verre, qu'on trouve à côté des robinets d'eau potable.15.Qu'y a-t-il dans cette gravure ?— Un chaujje-eau avec lequel on peut rapidement rendre chaude l'eau d'une baignoire ou l'eau nécessaire à la cuisine.16.Que place-t-on dans ce récipient ?— Ce récipient est un porte-éponge.17.Est-ce là un savonnier?— Non, c'est un portersavon.Un savonnier est un fabricant de savon.18.Qu'est ceci?— C'est une douche applique, 19.Quelle est cette sorte de lavabo ?— Un lavabo mural.20.Et cette autre sorte ?— Un lavabo à colonne.21.Qu'est-ce qu'un robinet mitigeur?— C'est un robinet qui permet, à l'aide de deux manettes, de mêler l'eau chaude et l'eau froide à la température désirée.22.Comment nomme-t-on cette pompe ?— C'est une demi-rotative.23.Où se place ce siège ?— Sur les rebords d'une baignoire.24.Est-ce là un bain?— Non, c'est une baignoire.26.26.Décrivez les gravures de ces deux numéros.— Nous voyons ici un verse-savon à bascule.L'orifice se nomme gicleur.Gicler, c'est sortir par petits jets.27.Qu'y a-t-il ici ?— Un lavoir double (à deux compartiments).28.Qu'écoute le plombier ?— Les ordres de Madame.L'abbé Etienne Blanchard L'OISEAU BLEU 177 PLOMBERIE ET ROBINETTERIE 17S L'OISEAU BLEU "Cfévrier! Ne vous semble-1—il pas que ce mois-ci fait vibrer d'un amour plus tendre, plus confiant et plus profond toutes les âmes, qui connaissent la Vierge, l'Immaculée ?Ce mois rappellera jusqu'à la fin des siècles les dix-huit visites de l'Impératrice du ciel à la pauvre enfant souffreteuse de Lourdes, Bernadette,ramassant du bois mort sur les bords grandioses du Gave, fuyant bruyamment.Quand on prononce ce simple nom de Bernadette, l'Immaculée apparaît en quelque sorte et la liaison ne peut se supprimer.Je vais vous esquisser en peu de mots la vie de la chère petite sainte.Oh! c'est bien difficile de parler des saints! Tout de même, je suis sûre que Bernadette Soubirous m'aidera à vous la faire connaître et mieux aimer, amis du Courrier de Fauvette.Bernadette Soubirous, enfant de très, très pauvres gens, avait quatorze ans quand le 11 février 1858, la Vierge Immaculée lui apparut pour la première fois.Cette fillette ne savait ni lire, ni écrire.On n'avait pu lui apprendre le catéchisme, ni lui donner la première communion.La pénurie de sa famille était si grande qu'au logis, on ne mangeait jamais à sa faim, bien que le père fût boulanger.On demeurait dans un misérable taudis appelé le cachot, habitation donnée aux Soubirous par charité.Pour soulager la famille, la marraine de Bernadette qui demeurait à Bartès, non loin de Lourdes, prit l'enfant chez elle et celle-ci devait, en retour, garder au champ les brebis de sa protectrice.La jeune bergère, toujours maladive, toussant, grelottant de froid, ne se plaignait jamais.L'envie n'effleura jamais son coeur ni celui de sa très indigente famille.Les Soubi- rous furent très dignes dans leur profonde misère et quand, plus tard, se répandirent au loin les insignes faveurs de l'Immaculée pour leur angélique enfant, toute offrande, tout cadeau fut résolument refusé et la famille resta pauvre.L'enfant de Lourdes fut comme emmurée dans la simplicité et l'humilité.Jamais, il ne lui vint à l'esprit de se glorifier de la prédilection de la Vierge, et cela alla si loin que Bernadette fut tout étonnée que la Mère de Dieu lui dit vous en lui parlant.comme si elle, pauvre bergère, avait été une grande dame! — "Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant quinze jours?— Oui.Elle m'a dit vous, constate en baissant la tête l'enfant traitée de sotte par la marraine et de ¦pouilleuse par les gamins.Quelques années plus tard, Bernadette sut lire et écrire et même faire un brin de toilette.Elle pensa alors devenir religieuse et entra chez les Soeurs de la Charité de Nevers qui avaient été à Lourdes ses patientes institutrices.Là, la croix l'accompagna.La Reine du ciel ne lui avait promis le bonheur que pour la vie future.Donc, sainte Bernadette eut à souffrir de la part de la Mère générale et de la maîtresse des novices qui ne crurent pas à sa sainteté.Elles l'humilièrent constamment et publiquement.Dieu le permit sans doute pour accroître le mérite de l'humble religieuse, mais on peut croire qu'il permit de véritables laideurs dans le voisinage de la sainte afin de nous instruire sur le chemin pénible de la sainteté! Sœur Bernadette possédait un caractère prompt et avait la riposte vive, piquante même, fine et spirituelle.Les derniers instants de la L'OISEAU BLEU 179 Sainte Bernadette Soubirotjs religieuse furent marqués de la plus profonde humilité."Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour moi.pauvre ¦pécheresse.pauvre pécheresse.Telles furent ses paroles d'agonisante.Quelle leçon et que notre petitesse est extrême, vue à la lumière des saints, reflétant celle de Dieu! Voilà une bien courte et bien mince esquisse de la vie de l'enfant de Lourdes.Lire sa biographie est un charme, une leçon de simplicité, d'humilité et un repos pour l'âme.Cousine Fauvette CORRESPONDANCE Abeille de Marie — Bonjour affectueux! Fauvette vous souhaite bonheur toujours plus grand au milieu des âmes pour lesquelles vous vous dévouez tant.Violette du Sentier — Amitiés de Soeur Jeanne et de Fauvette.Humble Apôtre — Merci d'être correspondante fidèle du Coin.Fauvette aime vous lire; vous l'intéressez bien, allez! Elle vous envoie son plus cordial à bientôt.Mimi-Blanc-Blanc — Votre santé se maintient-elle au diapason de vos nombreuses occupations?Quels cercles avez-vous organisés cette année?Je "bonjoure" vos gentils élèves.A vous, je vous dis ma meilleure amitié.Thérèse B., Cap-de-la-Madeleine — Je suis heureuse de savoir que l'Oiseau bleu vous visite fidèlement.Quelles lectures intéressantes avez-vous le loisir de faire ?Y a-t-il dans votre entourage des cercles d'études ou autres ?Parlez-moi de vos cocupations personnelles.Je salue votre chère maman.A vous, un cordial à bientôt! Thérèse L.Trois-Rivières — Amical souvenir de Fauvette.Henriette M.Trois-Rivières — Bonjour affectueux.Pierre précieuse — Merci d'écrire si fidèlement et si affectueusement à Fauvette.Vous êtes amie que l'on aime à lire! Bons succès en tout! Affectueux au revoir.Papillon d'azur — Ecrivez plus souvent, amie du Coin.Fauvette gardera toujours votre place dans sa correspondance mensuelle.Elle aime à parcourir vos missives si pleines de sincérité.Bonnes amitiés.Jeune Naturaliste — Amical souvenir.Arc-en-ciel — Bonjour affectueux de Fauvette.Soeur Jeanne me prie de vous dire que les graphologies suivantes ont été expédiées par le courrier postal: Arc-en-ciel; G.Parrot, Québec; Cécile, Montréal; Anonyme; G.Crépeau; Amie de l'exil; P.Morin, Arthabaska; Maximien Dubuc, Québec; Anita Janotte, Montréal; Louise Valmore, Lac Saint-Jean; Paul Barbeau, Montréal; Renée Deschamps, Beloeil.Soeur Jeanne et Fauvette saluent tous leurs nombreux correspondants.C.F.GRAPHOLOGIE Telle écriture, tel caractère! C'est ce que vous dira Soeur Jeanne, notre graphologue, pourvu que vous lui envoyiez dix lignes d'écriture et de composition personnelles, sur papier non réglé, le tout accompagné de la modique somme de vingt-cinq sous et d'une enveloppe affranchie.Adressez: SOEUR JEANNE L'Oiseau bleu 1182, rue Saint-Laurent Montréal, P.Q.RIONS UN PEU Entre commères — Donnez-moi des nouvelles de votre fils, madame Michaud.— Mon fils, il est à l'hôpital depuis six mois.— Oh! pauvre garçon.Qu'a-t-il ?— Une très bonne place: il est infirmier.Leçon de grammaire Le professeur — Combien y a-t-il d'articles?Le fils du brocanteur — Deux.— Lesquels ?— Ceux qui se vendent bien et ceux qui ne se vendent pas. 180 L'OISEAU BLEU Ce que Ton grave sur le bronze.MONTRÉAL RACONTÉ EN STYLE LAPIDAIRE IX.—PLACE D'ARMES Vieilles demeures, vieilles terres (suite) — Mes nièces et cousins, je vous salue très profondément.— Tel un seigneur du XVIIe siècle, ajouta Marie en souriant.— C'est couleur locale.pour nous, remarqua Hélène, mais non pour le gamin, là-bas, qui vous a vu et s'en est fort étonné.— Cousin, dit Hélène, nous n'avions donc pas fait la revue de toutes les plaques de la Place d'Armes, cela m'étonne, je cherche, je cherche.— Pourquoi chercher, Thérèse, lorsque le cousin a trouvé depuis longtemps?Attends, attends, ma fille.— Voyez-vous, mes enfants, comme nous sommes des touristes d'un genre particulier ayant tout le temps voulu pour nos petites explorations historiques, j'ai voulu distribuer chronologiquement d'abord, puis logiquement, la série de nos plaques historiques.Nous avons étudié les faits, les personnages célèbres, d'avant la Conquête, venons-en aujourd'hui au souvenir des vieilles demeures et des vieilles terres des colons de notre Régime français.La Place d'Armes, c'est encore l'endroit par excellence pour rappeler les premières cessions de terres et revoir, en imagination, les maisons modestes construites en bois ou en pierres des champs et percées de nombreuses meurtrières, où logeaient les premiers Montréalistes.Ma petite Thérèse, tu tournais les yeux bien inutilement du côté de l'édifice Aldred, c'est sur la façade de la bâtisse du Royal Trust qu'il fallait regarder pour voir la première plaque que nous allons étudier.— Encore là! s'exclama Thérèse.Mais il est très à l'honneur le Royal Trust.— Traversons la rue Saint-Jacques.Doucement, doucement, belle jeunesse, les autos ont encore un vol plus rapide que le vôtre.Bien.Lis mon François, puisque Thérèse ne s'est pas encore une seule fois permis d'oublier son calepin.— Certainement, cousin, répliqua François.Voici ce que je lis: Cet édifice s'élève sur une partie de remplacement accordé à Urbain Tessier dit Lavigne, le 10 septembre 1651.Cette concession est la (deuxième) ?qui ait été faite à un colon dans Vîle de Montréal.(Traduction).— C'est là un nom fort connu, Tessier dit Lavigne, dit Marie.Ce sont des descendants de ce vieux colon, dites, Oncle, tous les Tessier-Lavigne que nous comptons à Montréal?— Oui, ma nièce.Mais vous me permettez bien de faire quelques corrections à cette plaque ?— Nous sommes si peu juges en la matière, dit Hélène, que vous n'avez pas à vous soucier de notre acquiescement.Vous nous gênez, oncle.beaucoup, acheva Hélène en riant.— Puis, nous avons une entière confiance en votre science, oncle, assura Marie.Une erreur peut se glisser sur ces plaques, et le bronze garde bien tout ce qu'il recouvre, n'est-ce pas?— Quelle sagesse, ma nièce! Les erreurs, d'ailleurs, sont assez minimes.D'abord, d'après M.Massicote, combien plus connaissant que votre parent, ce contrat de concession n'eut pas lieu le 10 septembre, mais le 18 septembre 1651.Puis, Urbain Tessier dit Lavigne ne fut pas le deuxième concessionnaire à Montréal mais le huitième, toujours d'après les études documentaires de M, Massicotte.— Nous en aura-t-il rendu des services, M.Massicotte! s'exclama François plein d'admiration.— Dommage que tu ne sois pas entré, l'autre jour, lui faire voir ton enthousiasme.Le Palais de Justice avait toutes portes ouvertes, pourtant, dit Thérèse d'un ton moqueur.— Espérons pour François que M.Massicotte voudra bien nous recevoir un de ces jours.Une visite de quelques minutes chez notre savant archiviste est toujours intéressante.Et nous en sortirons un peu moins ignorants que nous y sommes entrés.Je le sais par expérience.— Et cet Urbain Tessier dit Lavigne, fut-il un vrai démon du Montréal ?demanda le débonnaire François.— Tu ne saurais mieux poser la question, petit.Oui, ce fut un colon brave, résolu et que le danger de ses compatriotes faisait bondir comme une furie.Ainsi fut-il en la journée du 18 juin 1651 essuyant "en passant avec une légèreté et une vitesse extraordinaires par-dessus tous les bois abattus, 60 à 80 coups de fusil sans être blessé et sans s'être arrêté aucunement, jusqu'à ce qu'il eût joint ces pauvres assaillis, qui ne furent pas peu animés par son courage".Quel beau témoignage donné par le soldat-sulpicien, Dollier de Casson, mes enfants! Urbain Tessier vint de France avant ou vers 1648.Il épousait à Québec Marie L'OISEAU BLEU 181 Archambault et eut l'honneur d'avoir comme parrain et marraine de son premier enfant, Paul, né le 5 février 1651, Paul de Chomedey de Maisonneuve et Jeanne Mance.Urbain Tessier connut la captivité chez les Iroquois, en 1661.Cela lui permit de donner son témoignage sur le fait miraculeux qui suivit la mort tragique de M.Lemaître, dont nous avons parlé en notre dernière promenade.Urbain Tessier vit la face du martyr sulpicien bien imprimée sur le mouchoir qui avait un instant enveloppé sa tête.Oh! mes enfants, qu'il y en aurait de belles choses à raconter sur ces vieux colons sans peur et sans reproche de Ville-Marie.Lavigne mourut en 1689, l'année du massacre de Lachine.— Vous nous intéressez bien, cher oncle, dit Marie, toujours gracieuse.Allez, allez, je vous prie.— Mais cette terre, oncle, remarqua Hélène, appartenant à Urbain Tessier, elle se trouvait ici ?Elle était vaste ?— Elle comprenait, nous dit M.Massicotte.dans son étude sur les Concessions de terre à Montréal, trente (30) arpents, "proche le lieu destiné pour la ville".Comme voisins, Tessier dit Lavigne eut Jean Desroches et Jacques Archambault, son beau-père.— Cousin, dit François, vous avez spécifié que ce bon M.Tessier n'était pas le deuxième concessionnaire mais bien le huitième.Je serais curieux de savoir qui fut le premier de tous les propriétaires de notre grande ville?Vous le savez, je suis sûre.— J'ai surtout prévu ta question et me suis informé.Le premier concessionnaire, ou si tu veux, le premier propriétaire, ou si tu veux encore, "le premier habitant de la ville de Montréal", ce fut Pierre Gadois.Sa concession date du 4 janvier 1648.Elle comprenait 40 arpents."le premier pieu d'alignement étant planté à 23 perches du milieu du pont basty sur pilotis proche du fort.sur la petite rivière [Saint-Pierre] joignant le fort".Ce sont les mots même du vieil acte de concession que je cite là.J'ai vu, lu et copié cet acte à votre intention, mes jeunes parents.Au sujet de ces emplacements des premiers colons montréalais, la Société historique de Montréal a cru bon de les rappeler par une autre plaque historique posée à l'angle nord-est des rues Sainte-Catherine et Bleury.Et voilà que revit en cet endroit, le souvenir de la vieille terre concédée le 24 octobre 1654, par Paul de Chomedey de Maisonneuve à Robert Le Cavelier dit Deslauriers, armurier et soldat.Ce colon, que l'on voit à Montréal dès 1651, y épousait le 15 novembre 1654, Adrienne Duvivier, veuve d'Augustin Hébert dit Jolycoeur.Le contrat stipule que ce vaillant colon de Le Cavelier aurait sa concession de 40 arpents, proche de Ville-Marie, à la charge de nourrir les [3] enfants de feu Augustin Hébert dit Jolycœur.Allez jeter un coup d'œil, jeunes parents, sur cette terre de Le Cavelier, ou du moins sur la plaque historique en bronze apposée à cet effet à l'angle des rues Sainte-Catherine et Bleury.Vous passez bien souvent à cet endroit, n'est-ce pas ?Voici tout de même, petite Thérèse, le libellé exact de la plaque.J'ai pensé à ton petit calepin et au blanc que tu y laisserais ce soir.Lis tout haut, François, tandis que Thérèse copiera.— Bien, cousin.Donnez vite votre belle fiche.Cet emplacement fait partie de la terre concédée le 24 octobre 1654, Var Paul de Chomedey de Maisonneuve, gouverneur de Montréal, à Robert Le Cavelier, armurier.(Angle-nord-est de Sainte-Catherine et Bleury).— Et maintenant, mes amis, traversons de nouveau la Place d'Armes.Sur l'édifice Duluth, si judicieusement nommé, nous allons y déchiffrer deux plaques.— Oncle, vous n'osez parler de la petite brise satanique qui y soufflera.Comme si vous pouviez oublier la Légende du Vent et du Diablel conclut Hélène en riant.Nous sommes devenus comme vous, d'ailleurs.— Une brise en janvier, mais ça devient trop souvent une rafale, ma nièce, Pourquoi la provoquer ?— Cousin a raison, dit paisiblement François, le diable se chauffe mieux en enfer qu'au Canada, en ce temps-ci.Qu'il y reste! — A mon tour de lire quelques plaques, pria Marie.Ecoutez celle-ci d'abord: C'est ici qu'habitait, en 1675, Daniel de Grey-solon, sieur Dulhut, l'un des explorateurs de la vallée du Mississipi.C'est de lui que la ville de Duluth a pris son nom.(Traduction).— Qui était ce sieur du Lhut, cher oncle?— Un homme, un soldat, un explorateur, dans toute la force de ces termes, ma nièce.Audace, énergie, esprit d'initiative, belle endurance, adaptabilité parfaite à toutes les situations, il eut tout.D'abord, du Lhut fut soldat-gentilhomme dans l'armée du roi de France; puis, en 1677, au Canada, devint un coureur de bois de fière réputation.Il vécut en bonne camaraderie avec les Sioux de l'Ouest, durant trois années.On le nomma alors commandant de tous les postes de l'Ouest, y compris Détroit.Rappelé à Montréal en 1688, il y fut d'un grand secours.Peu après le massacre de Lachine, qui avait mis tous les esprits en détresse, il tombe un jour, avec 28 Canadiens, sur un groupe de 22 Iroquois, en canots sur le lac des Deux-Montagnes.Après avoir reçu la décharge de leurs fusils sans y répondre, il les atteint, en tue 18 et en capture 3 autres.La tradition des démons du Montréal se continuait, grâce 182 L'OISEAU BLEU à du Luth et à d'autres, elle continuait admirable et sans trêve, n'est-ce pas, François?Du Lhut mourut vers 1710.— Vive Daniel de Greysolon, sieur du Lhut! cria François.Je ne l'oublierai plus, celui-là.Avoir tué au lendemain de l'affreux massacre de Lachine, 18 Iroquois du coup! Bravo! — Mais, François, dit soudain Thérèse, tu as pourtant dit à papa, hier soir, que tu n'aimerais jamais la guerre.— Mais à Lachine, Thérèse, tu sais bien que les Iroquois avaient attaqué de pauvres êtres sans défense, des femmes, des petits enfants.Dans ces cas-là, moi, je taperais avec plaisir dans tous les tas d'Iroquois que je rencontrerais.— Bien dit, François! Cela signifie que tu respecteras toujours la vie de tes frères les hommes, mais serais sans pitié vis à vis de lâches criminels.— C'est cela, cousin.Tu as compris, Thérèse?— Oui, mais nous reparlerons de tout cela ce soir, avec papa.Avec maman aussi, parce qu'il s'agit d'histoire du Canada, et qu'elle la connaît si bien.— A la seconde plaque, maintenant, n'est-ce pas, oncle?dit Marie.— Nous vous écoutons, ma nièce.— Voici : Ici François le Bernade, sieur de la Prairie, ouvrit une école en 1683.{Traduction) — Alors ce M.de la Prairie, premier maître d'école laïque de Montréal, aurait habité la maison de du Lhut?demanda Hélène.Combien il avait raison.— Oui, jeunesse, l'histoire nous permet de le croire.Il dut insuffler à ses élèves, à cause de l'atmosphère de la maison, je ne sais quelle humeur héroïque et voyageuse.Mais ceci, ce n'est que votre parent qui le dit, non l'histoire.Vous n'êtes pas tenu de vous incliner.— Mais, cher oncle, l'histoire, ce sont les historiens qui l'écrivent, et comme vous êtes un historien, vos paroles deviennent de l'histoire à nos yeux.— Ah! ah! ah! fit l'oncle.Vous me flattez plus que vous me persuadez, belle nièce aux cheveux d'or.Je dois cela à ce bon M.de la Prairie.Je ne puis lui rendre le change, ne connaissant guère de détails sur son utile existence.Mais je fouillerai mes notes davantage par reconnaissance.Et tous, soyez sans crainte, vous entendrez encore parler de François le Bernarde, sieur de la Prairie.Allons, filons tous maintenant à l'angle des rues Saint-Laurent et Notre-Dame.La plaque consacrée à La Mothe-Cadillac, fondateur de Détroit, nous y attend.Etienne de Lafont (À suivre) RIONS UN PEU Les coucous Josette, dont les parents possèdent une de ces pendules appelées coucous, qui imitent le chant de l'oiseau du même nom.se promène dans les bois avec sa mère et entend pour la première fois un véritable coucou: — Oh! maman, s'écrie-t-elle, comme c'est drôle: les arbres qui sonnent les heures.Niquet eh soirée Les parents de Niquet ont invité quelques amis à venir passer la soirée, et Niquet a obtenu de rester au salon.Une dame chante une romance, un jeune homme débite un monologue.Niquet écoute en bâillant.Bientôt, n'y tenant plus, il crie à tue-tête: — Papa, quand est-ce qu'on va commencer à s'amuser ?Pour réussir — Que faut-il faire pour réussir dans la vie ?— Aie du sang-froid, dit la glace.— Ne perds pas la tête, dit le clou.— Prends les ennuis légèrement, dit le duvet.— Sois à la page, dit le livre.— Sois souple, dit le gant.— Ne sois pas trop raide, dit la corde.Margot et Suzie font connaissance et se renseignent mutuellement sur leurs familles: — Moi, dit Margot, j'ai une grande sœur de vingt-cinq ans qui est mariée.Suzie — Moi, j'ai un grand frère de vingt-trois ans qui est à l'école des mines.Margot, stupéfaite — Comment! A vingt-trois ans il va encore à l'école! En police correctionnelle Le président — Prévenu, ce n'est pas la première fois que vous comparaissez devant nous.Le prévenu — M.le juge est bien aimable de se souvenir de moi.Vanité fraternelle.—Alors, Toto, ton grand frère a son permis de conduire à présent?—Je crois bien, même qu'il a déjà eu quatre accidents! L'OISEAU BLEU 183 FEUILLETON DE L'OISEAU BLEU LES HOLOCAUSTES — par — MLLE MARIE-CLAIRE DAVELUY de la Société Historique de Montréal IV — Ville-Marie! (Suite) La journée du 25 octobre se leva radieuse.Chariot se rendit à la messe qui se disait à cinq heures pour les hommes.Il se sentait d'humeur légère.Tout allait à son gré.Dans peu d'heures, il procéderait à son emménagement; il serait chez lui; il s'appuierait en souriant sur la large cheminée, bien flambante, afin que ni sa frêle jeune femme ni son enfant, n'éprouvent l'incommodité d'une maison fraîchement construite.Perrine aurait son appartement particulier.Il lui serait loisible de se retremper dans la solitude dès qu'elle le désirerait.C'était un trait marqué dans la nature de sa sœur que ce besoin de vivre quelques heures à l'écart, d'aimer à réfléchir et à prier.Puis, et Chariot haussa les épaules en souriant, il serait possible à sa bonne petite sœur de ne pas être présente à chaque visite d'André.Rien ne progressait beaucoup de ce côté, les sentiments de sympathie ne se manifestaient qu'avec peine.Fort heureusement, une réelle indifférence de la part de Perrine, une politesse parfaite, faite de considération sincère, du côté d'André, donnaient à leurs rapports, surtout lorsque Lise était présente, une apparence de bonne camaraderie.Bah! pourquoi désirer mieux?Perrine semblait heureuse de vivre à son foyer.Elle éprouvait une rare et vive tendresse pour son petit Pierre.— Eh! eh! Chariot, fit soudain une voix énergique, au timbre fort agréable, on est bien pensif par ce beau matin?— M.de Saint-Père, je vous salue, répondit Chariot.Si je suis pensif, je ne suis guère triste.J'emménage aujourd'hui.Enfin, je serai chez moi, M.le Notaire.— Vous êtes heureux.Votre besogne a été plus vite que la mienne.Nous en sommes au toit, mon beau-père et moi.Ce soir, ce sera fait, grâce à la belle température et si aucune catastrophe ne survient, ajouta en riant Jean de Saint-Père.Chariot se souvint tout à coup des paroles alarmantes du Huron, la veille au soir.— Dites-moi, Saint-Père, vous n'auriez pas vu des Iroquois, des Oneyouts, rôder dans les bois, dans les environs de la Pointe-Saint-Charles ?— Certainement.Mais comme il existe une trêve pacifique entre ces messieurs et nous, je remarque leurs allées et venues sans m'en inquiéter.— M.de Maisonneuve n'est pas aussi confiant.— Sa sollicitude pour nous le rend ainsi.Il est certain que dans le passé, nous n'avons pas eu à nous féliciter de leur droiture.En ce moment, ils ne se préoccupent que de chasse, je vous assure.On le devine à leurs allures.— Allons, tant mieux.— Laissez-moi vous exprimer mes regrets, Chariot, avant d'entrer à la chapelle, reprit Jean de Saint-Père.Que ne puis-je vous offrir un coup de main pour votre emménagement?Si nous n'espérions pas par un travail hâtif entrer chez nous dès la semaine prochaine, soyez certain que je vous consacrerais volontiers quelques heures de mon temps.— Ne vous troublez pas, cher M.de Saint-Père.J'aurai toute l'aide voulue.Peut-être pourrais-je même, à la fin de la relevée, pousser une pointe de votre côté, avec mon beau-frère André, qui vous estime beaucoup.— C'est cela, venez.Il faudra nous accepter, tel que vous nous trouverez, par exemple-Ce sera une journée d'un travail très ardu, pour le beau-père Godé, Jacques, Noël et moi.Au revoir, au revoir, Chariot.Au sortir de la messe, Chariot s'approcha de M.de Maisonneuve.— Vous n'avez pas varié, M.le Gouverneur ?Vos ordres sont les mêmes?C'est congé pour votre serviteur, sauf si un service d'urgence exigeait ma présence.—¦ Oui, Le Jeal.Installez-vous avec toute la diligence possible en votre nouvelle demeure.J'irai peut-être vous y saluer ce soir.Dites aussi à Senaneourt qu'il est libre de son temps, avec la même restriction que pour vous, n'est-ce pas?— Vous avez l'air moins soucieux qu'hier soir, M.le Gouverneur.— L'air, peut-être.Mais comme je voudrais guérir chacun de vous d'une sorte d'audace qui ne compte pas assez avec le danger.Mais.à une jeunesse comme la vôtre, que vais-je demander là?— Une jeunesse qui a déjà pris de graves 1 84 L'OISEAU BLEU M.le Gouverneur, vos ordres sont les mêmes?responsabilités, en tout cas, M.le Gouverneur.J'ai femme et enfant et m'en souviens parfois, répliqua Chariot, avec une gravité inaccoutumée.A huit heures, ce fut la messe pour toute la population féminine de Ville-Marie.Chaque matin, il en était ainsi.En l'église nouvelle, près de l'hôpital, on les y voyait toutes, ces femmes de héros et de colons si souvent martyrs.Au premier rang, on y remarquait Jeanne Mance, le bras en écharpe et l'air si souffrant, puis Mme d'Ailleboust, Marguerite Bourgeoys.Celle-ci groupait spontanément autour d'elle la plupart des jeunes femmes: Mme d'Ailleboust des Musseaux, née de Repentigny, Mme Charles Le Moyne, Mme Jean de Saint-Père, née Godé, Mme Lambert Closse.Plus loin, quelques femmes de colons, d'un âge plus mûr, priaient de tout leur cœur, appréhendant avec raison, hélas! pour chaque jour dont elles revoyaient la lumière l'offrande d'un ou plusieurs holocaustes qui s'ajouterait à tant d'autres.En ce matin du 25 octobre, on vit partir à l'église et se placer dans le banc des Ailleboust Perrine du May et sa belle-sœur, Mme Le Jeal.Toutes en furent heureuses.Car la délicate constitution de la jeune femme était déjà bien connue.On le regrettait, à cause de la sympathie spontanée que provoquait cette noble petite cousine du bon M.Souart, sulpicien.Quelle animation autour de la maison de Chariot, durant toute l'avant-midi! Vieux et jeunes colons, quelques soldats, jeunes femmes et jeunes filles pouvant disposer de quelques heures, tous avaient offert leur aide, et naturellement tous brouillaient plus souvent qu'ils n'arrangeaient les choses.Qu'importe! L'intention fraternelle était là enveloppée de belle et chaude gaieté française.Un peu avant le dîner, l'accalmie vint pour tous.On laissa à eux-mêmes la famille de Chariot, y compris Perrine et André de Senancourt.Chariot rayonnait.Il regardait, avec sa femme pressée contre lui, l'heureux arrangement de la cheminée, et des murs blancs et simples.Au-dessus de l'âtre, Lise avait appendu un magnifique crucifix en bois de rose, au Christ d'ivoire.De chaque côté, des portraits de famille, dont un médaillon en porcelaine d'un travail exquis et qui reproduisait les traits de la gracieuse maman que Lise n'avait pas connue.Sur le pan, à gauche, s'étalait une rutilante tapisserie, dont le sujet faisait voir Roland, jouant/ vainement du cor dans la vallée de Roncevaux.C'était un cadeau d'André de Senancourt.Il avait provoqué l'enthousiasme de Lise, — de Perrine aussi, — parce que le paladin des vieilles légendes ressemblait vraiment un peu à Chariot.Sur le pan, à droite, le grand portrait de Mme Le Gardeur semblait présider encore, aux destinées des orphelins qu'elle avait tant chéris.Mais dans tout l'espace autrement disponible, sauf pour une belle Madone à la Chaise, on n'apercevait qu'armes et instruments de musique.Des armes surtout! Chariot avait revendiqué tous les angles pour ses étincelantes panoplies, qui en imposeraient aux sauvages.Enfin, très adroitement, Lise et Perrine avaient caché autant que cela était possible les nombreuses meurtrières dont était pourvue la maison.Chariot s'en était amusé, tout en craignant pour les jolies choses.La bousculade restait possible si un danger quelconque survenait.Après le repas, Chariot ordonna à Lise de se retirer et de dormir près du berceau de son fils.Il pria Perrine, André et ses deux domestiques, de le suivre pour explorer les alentours de la petite maison.Il y avait, à peu de distance, un excellent hangar, garni de meurtrières, qu'il voulait revoir afin d'y installer tout de suite des armes d'urgence.Mais Lise se redressa soudain et réclama sa bonne normande.Bébé Pierre dormait mal depuis la veille, et puis.elle ne se sentait pas rassurée.— Chariot, dit-elle, je ne sais pourquoi, le cœur me bat comme à l'approche de quelque malheur.Est-ce étrange?— C'est la fatigue, Lise.Allez vite vous reposer.Nous vous reviendrons dans une demi-heure.— Embrassez-moi, Chariot.Oh! que ce pays peut être trompeur! Comment croire, en effet, à rien de triste, en face de ce soleil si brillant et encore chaud, malgré que nous soyons à la fin d'octobre.— Lise, dit soudain Chariot, André et moi, nous pousserons jusqu'à la Pointe-Saint-Charles.J'ai promis cette visite à Jean deSaint-Père.— Bien Chariot.Que vous êtes remuant, L'OISEAU BLEU 185 mon ami! Ne pouviez-vous finir l'après-midi près de votre femme et de votre fils ?— Tout de même, Lise, il faut venir en aide aux colons sympathiques d'ici.Que n'a-t-on pas fait pour nous?— Je sais, je sais.Pour Jean de Saint-Père, d'ailleurs, je partage votre goût.Et quelle petite femme gentille il a en Mathurine Godé.Son dernier bébé a l'âge du mien, savez-vous?Oui, j'aime déjà beaucoup les Godé et les Saint-Père.— Alors, dans deux ou trois heures au plus Lise, nous nous reverrons.C'est une bonne course d'ici à la ferme Saint-Charles.— Soyez prudent! Parfois, les serrements de cœur dont vous souriez ont eu leur raison d'être.Tout en cheminant, Chariot et Perrine causèrent de Lise- Le jeune mari se montrait soucieux de la nervosité croissante de sa femme.Tout était si paisible à Ville-Marie depuis des mois et des mois.Pourquoi concevoir des pressentiments, sinon parce que l'on se trouve fort affaibli ?Perrine hochait la tête.Elle différait d'opinion avec son frère.Lise avait une nature délicate, fine.C'était une sensitive.Mais cela n'empêchait nullement qu'elle eût un rare équilibre d'esprit.La faiblesse constitutionnelle restait, certes, étrangère à ces petits phénomènes.Puis, apercevant un sourire railleur glisser sous la moustache d'André de Senancourt, elle s'était soudain tournée vers lui: "Vous ne m'approuvez pas?Cela vous divertit, Monsieur, cette défense des natures nerveuses?— Des natures féminines, Mademoiselle.Toutes les femmes ont une exaltation sentimentale qui les fait passer avec une égale facilité du rire aux larmes, de la peine à la joie, de la crainte à l'assurance.— Je croyais que vous faisiez exception en tout cela pour votre sœur.Il m'avait toujours paru ainsi lorsque vous jugiez de haut les femmes.— De haut ?reprit, hautain, André de Senancourt.Si je vous ai blessée, Mademoiselle, veuillez me le pardonner.— Je ne me blesse pas des généralisations trop hâtives, je vous assure, Monsieur.Et Perrine sourit de l'air maintenant confus du frère de Lise.— Tout de même, André, poursuivit Char-lot, qui avait trop l'habitude de ces passes d'armes entre les jeunes gens pour s'en émouvoir, tout de même, tu ne crois pas assez aux admirables intuitions de certains êtres d'élite.— Merci, pour ma sœur, repartit celui-ci, en riant cette fois de bon cœur.On fit la visite du petit hangar.Perrine voulut ajuster elle-même vis-à-vis d'une meurtrière un petit pierrier, dont Chariot disait des merveilles.André de Senancourt s'approcha d'elle.— Soyez prudente, Mademoiselle Perrine hocha la tête."En ce pays, opina-t- elle, les femmes doivent être habiles , pleines de ressources, sans faiblesse devant les coups de feu.La prudence vient d'elle-même pour elles, sans être tout à fait au premier rang.— Oui, je veux croire que vous êtes sincère, que quelques femmes sont ainsi.Mais j'en ai vu tant d'autres si peu vous ressembler, conclut André de Senancourt, en s'éloignant le front sombre.Il ne quitta pas Perrine des yeux, cependant.Soudain, la porte du hangar s'ouvrit avec fracas.Un Huron, hors d'haleine, les yeux dilatés par la terreur, s'immobilisa sur le seuil en pointant Perrine.Chariot s'impatienta.— Parle, Huron, parle.Ma sœur a plus d'énergie que tu crois.Elle peut apprendre une nouvelle pénible.Le Huron s'approcha et, avec une volubilité émouvante, raconta l'horrible tragédie qui venait de se passer.Chariot se prit à traduire aussitôt pour son beau-frère Senancourt et pour Perrine, le récit imagé du sauvage."Oui, toutes les craintes manifestées par M.de Maisonneuve et par le Huron accouru, la veille au soir, auprès de Chariot, s'étaient réalisées.Trois victimes gisaient en ce moment, mutilées, méconnaissables, à la Pointe-Saint-Charles: Nicolas Godé, Jean de Saint-Père, son gendre et Jacques Noël, leur domestique.Le meurtre avait eu lieu, tout probablement, vers une heure de relevée.Quelques Onneyouts avaient fait le coup, puis s'étaient lâchement enfuis, en emportant deux chevelures, et la tête entière de Jean de Saint-Père.Celui-ci avait une chevelure magnifique.On ne le taquinait que trop souvent là-dessus, l'aimable notaire de Ville-Marie.C'est tout ce que l'on savait du meurtre jusqu'à présent.avait soudain conclu Chariot en se tournant de nouveau vers son beau-frère."Rends-toi au Fort, André.Vois M.de Maisonneuve.Reçois ses ordres et fais approuver l'initiative que je prends sur l'heure.Il n'y a pas un instant à perdre, si l'on veut rattraper quelques-uns des assassins.J'y cours.Je suis habitué à leurs petites feintes pour dépister les recherches.J'en pincerai bien quelques-uns.Oh! les traîtres, les lâches! rugit Chariot, les yeux fixes, la bouche tordue, la main crispée sur son pistolet.— Chariot, fit doucement Perrine, Chariot, réfléchis bien avant d'entreprendre seul la course que tu projettes.Comment Lise pren-dra-t-elle l'annonce de ta chasse périlleuse?Mais Chariot se redressa aussitôt, une sorte de rayonnement héroïque au front qui le grandissait.Il imposa son autorité, même à sa 186 L'OISEAU BLEU sœur, qui baissa la tête en soupirant, tandis que deux larmes roulaient lentement sur ses joues blanches de terreur.— Perrine, dit-il, je ne te reconnais pas.C'est mon devoir de soldat de voler au secours de ces malheureux.La simple humanité, du reste, ne commande-t-elle pas de rechercher les coupables, ne fût-ce que pour empêcher une récidive de leur crime affreux.Va, va à la maison.Lise comprendra.Elle n'aime pas plus que moi, que toi, les égoïstes et les lâches.Et Chariot s'était enfui après avoir étreint Perrine, en murmurant: "Dis à Lise que je serai prudent." Aidée du serviteur de la maison, celle-ci avait repris la route de sa demeure.Oui, Char-lot avait raison, Lise comprendrait.Elle ne songerait qu'à la douleur de la petite veuve de vingt ans, à la jeune mère de deux orphelins, à Mathurine Godé! Quelle horrible nouvelle à apprendre! "Mon Dieu, mon Dieu, priait Perrine, protégez Chariot, toujours si profondément remué par de telles tragédies.Toutes ses souffrances anciennes remontent alors, lui labourent le cœur.Héroïque et bouillant Char-lot.oui tu fais ton devoir.Mon Dieu, pitié, pitié pour lui".La figure pâlie de Perrine apprit à Lise qu'un événement tragique venait d'avoir lieu.Elle désira tout savoir, une fois que Perrine eut répondu à son seul mot: "Chariot?" — Non, non, Lise.Mon frère n'est pas concerné en cet horrible attentat.Il poursuit en ce moment les assassins dans les bois.Ton frère et d'autres soldats le rejoindront dans cette chasse aux abominables traîtres Iroquois.Nous en aurons des nouvelles dès ce soir".En apprenant le malheur qui frappait justement cette gentille Mathurine Godé, et qui la privait à la fois de son mari si bon, si croyant et de son vieux père, Lise ne put s'empêcher de verser des larmes.Elles les essuya cependant en disant courageusement: "Allons de ce pas, Perrine, auprès de la pauvre petite veuve de vingt ans!.De vingt ans! .C'aurait pu être moi", finit-elle en frissonnant.Les corps des trois victimes revenaient à Ville-Marie vers cinq heures.Quel deuil chez tous les colons! Que le glas résonnait dans tous les cœurs.Nicolas Godé, venu de France, avec M.de Maisonneuve, dès 1641, était un digne vieillard de 74 ans.Jean de Saint-Père, que tous aimaient et consultaient volontiers à Ville-Marie, n'avait que 39 ans.Le convoi fut suivi religieusement jusqu'à l'endroit de l'inhumation.Les trois cadavres mutilés furent déposés, au milieu de prières, dans le même sépulcre.Puis, M.de Maisonneuve conduisit lui-même à l'hôpital et remit entre les mains de Jeanne Mance la pauvre Françoise Gadois, Non, non, Idse mon frère n'est pas concerné.épouse de Nicolas Godé.Mathurine de Saint-Père, qui s'appuyait au bras de Marguerite Bourgeoys, ne voulut pas quitter sa mère et entra à l'hôpital avec ses enfants, Claude, âgé de deux ans, et Agathe qui ne comptait que huit mois.Elle pleurait sans discontinuité.Lise était retournée à sa maison, après l'inhumation.Elle avait serré son petit Pierre sur son cœur, et les yeux levés vers la madone, avait murmuré: "Vierge bénie, ne permettez pas que je subisse une pareille douleur".Puis, la croyante avait réagi, et dans un souffle, face à face au crucifix: "Que votre volonté soit faite, ô mon Dieu, non la mienne".Un peu avant le repas du soir, André de Senancourt frappait chez sa sœur.Tout de suite, il lui apprenait la nouvelle que Chariot, le premier, avait fait deux prisonniers deux Onneyouts, qui séjournaient dans les bois de Ville-Marie.Puis lui-même, aidé des soldats, en avait fait plusieurs autres.Tous ces Iroquois étaient en ce moment dans les cachots de Fort.M.de Maisonneuve les interrogera demain.Malheureusement ce n'était que les compagnons des assassins.— Chariot n'est pas revenu avec toi, André, dit Lise.Pourquoi?— Voici.M.de Maisonneuve vient de le charger de deux missions de confiance, une pour les Trois-Riviôres et l'autre pour Québec Les colons de ces postes doivent être mis sur leurs gardes, n'est-ce pas?Ton mari, étant un canotier hors pair, est en train de s'embarquer avec quatre solides Hurons.Il m'a prié de venir ici et souhaite t'embrasser avant son départ.Peux-tu te rendre sur la grève, en ma compagnie ?(À suivre) Marie-Claire Daveluï L'OISEAU BLEU 187 Concours Mensuels CONCOURS DE FÉVRIER 1936 1 —, Comment appelle-t-on le récipient dans t lequel l'ouvrier apporte son repas du midi ?(Vous trouverez la solution dans un numéro de l'Oiseau bleu de 1935).2 — Métagrarame — Avec un B, je suis un tombereau pour le transport du charbon.Avec un M, je suis un grand panier à deux anses.Avec un C je suis un récipient en cuivre, étamé à l'intérieur, servant au transport du lait en Normandie.3 — Ecrivez mille sans employer aucun des chiffres suivants: 1000 Faire parvenir ses solutions, au plus tard, le 15 mars à UOISEAU BLEU 1182, rue Saint-Laurent Montréal, Canada Concours de février 1936.Résultat du concours de janvier 1936 1—a) Sir Adolphe-Basile Routhier (1839-1920).b) Calixa Lavallôe, (1842-1891).2 — Calepin vient du nom d'un savant reli- gieux italien, Ambrosi Calepino, né à Ber-game.Il est l'auteur d'un excellent dictionnaire latin-italien (1405-1511).3 — Monseigneur d'Hulst a écrit: Quand le devoir devient difficile, l'héroïsme est obligatoire, voilà tout.* * * Ce concours n'était pas difficile.Aussi les réponses ont-elles augmenté de plus de quarante.Le Directeur en a reçu cent quatre-vingt-deux (bravo!), dont trente-quatre inexactes cependant.Plusieurs concurrents ont attribué à Octave Crômazie les strophes de l'hymne national et à Ernest Gagnon l'accompagnement musical de ce chant.Erreur inexcusable! A l'avenir, il ne faudra plus oublier ces deux noms aujourd'hui inséparables: Routhier et Lavallée.A la suite de ces erreurs, il ne faut pas cesser de prendre part aux concours mensuels de l'Oiseau bleu, non! non! Pour que les concurrents soient de plus en plus nombreux, il faut, au contraire, comme au mois de janvier, saisir une feuille de papier et votre plume, puis adresser vos réponses à l'Oiseau bleu.Le sort vous sera peut-être favorable cette fois-ci.Je veux aussi satisfaire l'attente de plusieurs lecteurs qui désirent savoir d'où viennent nos concurrents.D'endroits variés.Les plus nombreux sont de Montréal, il va sans dire.Ils étaient le mois dernier des académies Sainte-Anastasie, Sainte-Claire, Sainle-Philomè-ne, Saint-Jean-Baptiste, des pensionnats Marie-Rose, Saint-Louis-de-Gonzague, des écoles Lar-tigue, Marie-de-i Incarnation, Saint-Paul de Viauville et Saint-Victor, des hospices Sainte-Hélène et Saint-Henri, etc.D'autres sont de Québec, de l'académie Nolre-Dame-du-Saint-Sauveur, d'autres de Saint-Laurent et de Saint-Pierre-Jolys, Manitoba, de Woonsocket, R.-I., du couvent de la Présentation de Marie, Coaticook, de l'école du Sacré-Coeur, Grand-Mère, du pensionnat de Sainte-Anne, Lachine, de l'académie des Frères du Sacré-Coeur, Lac Mégantic, des Trois-Rivières, de l'école Saint-Charles, Longueuil, de Louise-ville, du monastère des Ursulines, Rimouski, de Sainte-Anne-de-Bellevue, de l'académie Gi-rouard, Saint-Hyacinthe, des pensionnats de Sainte-Anne et des Saints-Anges, Saint-Jérôme, du couvent des SS.NN.de Jésus et de Marie, Saint-Lin, de l'institution du Chanoine-Beaudet, de Saint-Pascal, comté de Kamouraska, etc du pensionnat Saint-Polycarpe, Saint-Poly-carpe, P.Q., etc., etc.L'Oiseau bleu voudrait adresser une prime à chaque concurrent, mais c'est le sort qui décide.Les heureux gagnants ont reçu chacun un bon de poste de cinquante sous.Mlle Julienne Leduc Académie Sainte-Anastasie 155, boulevard Saint-Joseph est, Montréal Mlle Françoise Daignault 266, avenue Wood, Woonsocket, R.-I M.Roger Lachance Académie Saint-Sauveur 86, rue d'Argenson, Québec Mlle Aline Sicotte Saint-Pierre-Jolys, Manitoba M.Germain Laberge Académie Saint-Jean-Baptiste 4344, rue Rivard, Montréal Mlle Jeanne d'Arc Mercier Institution du Chanoine-Beaudet Saint-Pascal, comté de Kamouraska, P.Q. 188 L'OISEAU BLEU Atrattt-CSarèrb ht TKMMM.reunion de dirigeants Le vendredi 27 décembre 1935, tous les directeurs des avant-gardes des RR.FF.du Sacré-Cœur de la province de Saint-Hyacinthe se réunissaient à l'académie Roussin, à la Pointeaux-Trembles, dans le dessein de se renseigner sur les nouvelles orientations à imprimer aux avant-gardes.La section Notre-Dame-de-Grâce avait organisé une réunion modèle et représenta une scène évangélique: la guérison du paralytique.Ces directeurs d'avant-gardes entendirent à cette occasion une étude sur les enquêtes, une causerie sur la chanson canadienne et différents autres travaux d'intérêt général.Le cher Frère Lucius, provincial, présidait cette séance conjointement avec le cher Frère Pacifique, président du Comité des avant-gardes des Frères du Sacré-Cœur.congres de freres enseignants Le dimanche 12 janvier 1936 eut lieu à la Palestre nationale un congrès des Frères enseignants de la région de Montréal.La Commission jéciste proposa dans une série de travaux l'étude de la J.E.C.à l'école primaire.Le sujet était d'actualité.Il a conquis la faveur des 300 professeurs qui avaient accepté l'invitation de la Commission.Le Rév.Frère Samuel, S.C., président de l'assemblée, souhaita la bienvenue au Rév.Frère Stratonique, provincial des Frères Ma-ristes, au Rév.Frère Emmanuel, provincial des Frères de Saint-Gabriel, au délégué du Rév.Frère Lucius, des Frères du Sacré-Cœur, à celui des Frères de l'Instruction chrétienne et au Rév.Frère Anselme, délégué du Rév.Frère Nivard, des Frères des Ecoles chrétiennes.Monseigneur Conrad Chaumont s'était excusé de ne pas être libre.Au nombre des autres invités, on remarquait les RR.PP.Raymond Dunn, S.J., Antoine Genest, S.J., Emile Deguire, C.S.C., et Alphonse de Grandpré, C.S.V.Le R.P.Genest présenta un rapport sur l'Action catholique à l'école primaire et ses conditions de succès.Le Rév.Frère Rembert-Marie, S.G., exposa l'esprit et les méthodes jécistes tandis que le Rév.Frère Urbain-Marie, I.C., indiqua comment organiser une J.É.C.En vue d'illustrer d'une façon logique la méthode exposée, le groupe de l'école Notre-Dame-de-Grâce, dirigé par le Rév.Frère Samuel, S.C., tint une réunion régulière de dirigeants et une séance de cercle d'études.Ces jeunes s'acquittèrent de leur tâche avec un naturel et une aisance remarquables.Ils observèrent avec scrupule les principes de la J.É.C.dans l'étude pratique de l'Evangile et son commentaire ainsi que dans l'analyse d'un article de journal au point de vue chrétien.Ce congrès, à tous points de vue, fut très réussi et la cause jéciste en bénéficiera beaucoup.Bientôt les pionniers de ce mouvement verront avec joie un bon nombre de professeurs, tant religieux que laïcs, emboîter le pas avec un groupe de J.E.C.La Commission jéciste réitère l'expression de sa vive gratitude aux RR.FF.Provinciaux qui apportent à la J.E.C.tout l'appui moral que leur confère leur charge de supérieurs.Afin de donner une portée plus générale à l'action de la Commission jéciste, nous invitons le préposé à la publication du Bulletin de chaque communauté ou congrégation à faire parvenir au secrétaire, 4025, rue Girouard, à Montréal, tous les renseignements, questions ou suggestions qui sont d'un intérêt jéciste.Ils seront étudiés, discutés et mis au point, s'il y a lieu, par les membres de la Commission.Et le résultat sera publié pour le profit de tous les groupes jécistes. L'OISEAU BLEU 189 T^AÏ évoque, dit-on, un mot chinois qui signifie comique.Dans ce récit, il ne rappelle rien d'oriental, mais seulement un petit animal: une martre dont la fourrure est brune, presque noire et lustrée.Certaines grandes dames s'en font une parure qu'elles portent avec orgueil.Pierre et Paul, deux garçonnets débrouillards, s'étaient mis dans la tête qu'ils réussiraient à faire l'élevage de ces petits carnassiers.Le hic pour eux était de se procurer une mêmère.Leurs économies n'y avaient pas suffi et ils avaient dû faire appel à la générosité de leurs parents, car les éleveurs ne les donnent pas leurs martres, oh non! Mais comme on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs, quand on veut avoir un sujet rare, eh bien! il faut le payer.et c'est ainsi que les deux jeunes associés le comprirent.D'un ranch renommé, ils reçurent, expédiée par le train, s'il vous plaît, la martre tant convoitée.Dès son arrivée, les deux acquéreurs auraient bien voulu la voir, mais il leur fallut attendre qu'un menuisier, embauché tout exprès, eût complété l'habitation qui convenait à un animal à fourrure qu'on ne peut mettre, comme un vulgaire lapin, dans une boîte de pommes.Cette cage devait avoir deux compartiments, dont un plus élevé serait recouvert d'un toit mobile; celui-ci abriterait la chambre à coucher où serait étendue une bonne couche de paille.En guise de porte, un trou rond aboutirait à un couloir par lequel l'hôtesse agile irait prendre l'air et ses ébats dans une cour extérieure solidement grillagée, de même que la porte pour la distribution de la nourriture.Le tout était bien conçu, bien construit et très confortable.Cette cabane, les jeunes éleveurs la placèrent sous un grand brise-vent d'érables et de frênes touffus, près d'une clairière qui se trouvait là.juste à point.tout naturellement, pour permettre à la nouvelle commensale de se chauffer au soleil sans être incommodée par le va-et-vient des visiteurs du vaste jardin qui s'étendait aux alentours.Le logis terminé, avec mille précautions, on apporta la captive dans sa demeure.Elle y resta invisible durant plusieurs jours, à la grande déception de Pierre et de Paul.Ils tentaient par tous les moyens de l'apprivoiser, rnais sans succès.Elle ne sortait que la nuit de sa cachette pour y dévorer sa pitance.A la longue cependant, elle s'accoutuma à la voix de ses maîtres, puis à leur visage.Non seulement elle ne se cachait plus, mais elle se montrait souvent, nez fureteur, au trou du couloir, telle une sentinelle qui monte la garde, sa tête fine redressée, tandis que ses yeux pétillaient de convoitise et que, sous son menton, une bande blanche donnait, à une certaine distance, l'illusion qu'elle tirait la langue, la malicieuse! Après tout, c'était peut-être bien ce qu'elle faisait, puisque dès que quelqu'un s'approchait trop de son grillage, elle tournait sur elle même, avec une rapidité sans pareille, montrant presque simultanément et son minois éveillé et sa belle queue fourrée.Vraiment, elle paraissait se moquer des visiteurs.Elle était si comique, en effet, qu'ils la baptisèrent Kaï, et jamais nom ne sembla plus approprié.Son cri strident secouait nerveusement ceux qui se risquaient à lui faire des taquineries, fermer la petite porte de son rez-de-chaussée par exemple.C'était une injure qu'en digne maîtresse elle ne pouvait supporter.De la voir avec ses dents, avec ses griffes chercher à ouvrir cette porte, Pierre et Paul s'en donnaient à cœur joie.Et quand elle y parvenait, elle prenait un air de triomphe.Il fallait être là à l'heure du bain.Kaï se baignait dans une grande cuvette.Elle préférait faire sa toilette sans témoin.Néanmoins si elle n'entendait aucun bruit, elle s'y décidait.Elle commençait d'abord par boire, puis elle plongeait dans l'eau et s'arrosait copieusement avec une grande vivacité.Elle s'arrêtait soudain pour regarder, pour écouter si rien d'insolite ne se produisait, faisant pour plus de sûreté une tournée d'inspection dans son domaine et recommençant ses ablutions en épuisant jusqu'à la dernière goutte l'eau de sa baignoire improvisée.Kaï, pour ses repas, préférait la chair crue, qu'elle saisissait gloutonnement pour la porter comme un trophée à l'intérieur de son logement Elle mangeait du gopher avec plaisir, du poulet avec délices! Elle ne dédaignait pas un œuf frais et savait très bien comment en casser la coquille; elle avait une préférence marquée, la gourmande! pour une cuisse de dinde.A la rigueur, non sans une moue significative, elle se contentait des restes de la table.Elle aimait les fleurs.Si on en déposait sur son grillage, elle les enlevait sur-le-champ et les emportait dans son logis.C'était bien son domaine et il ne fallait pas en détruire l'ordre ni en obstruer la lumière. 190 L'OISEAU BLEU Pierre et Paul, tour à tour, firent l'impossible pour la caresser de la main, mais sans pouvoir y réussir.Le plus qu'ils obtinrent fut, quand ils avaient fermé l'entrée de sa chambrette, de lisser doucement avec une baguette sa précieuse fourrure, pendant qu'elle buvait ou qu'elle s'acharnait à dévorer à belles dents un morceau de viande.Même en ces occasions, elle savait par ses cris manifester sa mauvaise humeur.D'habitude elle était conciliante et les deux amis aimaient beaucoup lui rendre visite.Elle se montrait à eux dès qu'ils l'appelaient.Elle distinguait les étrangers d'avec ses maîtres et, attitude assez incompréhensible, leur faisait des façons.Sa demeure, construite sur pilotis, peinte en gris, coiffée d'un toit rouge, faisait saillie dans la verdure et ne manquait pas d'attirer les regards.Qu'est-ce qu'il y a là-bas?demandaient les passants dont la curiosité était piquée.Des abeilles?Et les enfants se hâtaient de répondre: non, non, c'est une martre.Voulez-vous la voir ?Il ne faut pas faire de bruit, il ne faut pas parler.Si les visiteurs tenaient compte de ces recommandations, souvent Kaï venait montrer sa frimousse maligne à la grande joie de ses petits maîtres.Que de beaux rêves à son sujet! Ils comptaient sur la venue de petites martres qu'ils ne devraient pas essayer de voir pendant plusieurs jours, de crainte de les faire mourir.Puis ils construisaient déjà plusieurs autres cabanes sur le modèle de la première.ils les alignaient ici.là, pas trop près les unes des autres.L'allée était assez grande pour les recevoir toutes.le coup d'oeil serait des plus jolis.Et les bénéfices donc.Ils seraient tout simplement prodigieux.Comme la gentille Perrette du bon La Fontaine, Pierre et Paul dirent adieu à leurs plus belles espérances.Kaï tomba malade.Elle se traîna pendant plusieurs jours aux quatre coins de sa cour.puis par un froid matin d'automne ses jeunes maîtres tout désolés la trouvèrent.morte.Personne aujourd'hui ne vient troubler le silence des grands érables.La petite maison reste seule.cachée de plus en plus par des arbustes que rien n'arrête dans leur croissance.Le soir, leurs branches que le vent secoue parfois avec violence battent le grillage et le toit du logis de Kaï comme pour lui reprocher sa disparition.Elle faisait tout l'attrait de ce coin solitaire.j.-M.Néris OVjjf/iMpftp\ mA LA PHOTOGRAVURE Nationale TfLMA 4W9 LIMITEE 59 ST.CATHERINE OUEST -MONTREAL Examen de la Vue Lunettes Elégantes Téléphone: HArbour 5544 PHANEUF & MESSIER OPTOMETRISTES-OPTICIENS Notre spécialité: Examen de la vue des enfants.1767, RUE SAINT-DENIS - MONTREAL (près de la rue Ontario) L'OISEAU BLEU 191 Une page d'histoire MONSEIGNEUR ALEXANDRE TACHÉ 1823 - 1894 Alexandre-Antonin vit le jour le 23 juillet 1823, à la Rivière-du-Loup, comté de Témis-couata.Il n'avait que deux ans et demi quand son père Charles Taché mourut.Sa mère Louise-Henriette de la Broquerie alla d'abord demeurer à Kamouraska avec ses cinq enfants, puis à Boucherville, où l'accueillit son frère Joseph-Antonin, héritier du manoir des aïeux, le château Sabrevois, aujourd'hui la Villa La Broquerie.C'est là que pendant huit années vivra le jeune Taché, témoin édifié de la piété de sa mère et du dévouement désintéressé de son oncle.Au mois de septembre 1833, il entre au séminaire de Saint-Hyacinthe pour y entreprendre ses études classiques.Il aime ses professeurs qui l'aiment aussi.Il se distingue entre tous, les élèves par le respect qu'il leur témoigne."11 est très jovial, affirme son oncle, prompt à saisir le côté piquant des choses, riait et faisait rire, mais sans malice".Il s'adonnait avec le même entrain aux jeux et à l'étude.En 1841, ses classes sont terminées; il veut se faire prêtre, prêtre séculier.L'arrivée au Canada de six Oblats de Marie-Immaculée modifie l'orientation de sa vie.Cette vocation de missionnaires des pauvres l'impressionne tellement qu'il va tout de suite demander son entrée au noviciat des Oblat i à Longueuil.Un jour, il apprend la maladie grave de sa mère.La plus vive inquiétude l'assaille; il prie, il communie pour elle; il se rend à l'oratoire de la communauté et, devant le tabernacle, le cœur plein de confiance: "Pour la guérison de ma mère, dit-il, je me donne aux sauvages de l'Ouest; guérissez ma mère et acceptez-moi.pour aller annoncer l'Évangile aux brebis perdues des missions de la Rivière-Rouge".Peu de jours après cette promesse, Mme Taché était guérie.Le 24 juin 1845, en la fête de saint Jean-Baptiste, le Frère Taché quitte Montréal pour Saint-Boniface, où il arrive le 25 août.Mgr Provencher, en voyant un si jeune novice, ne cache pas sa déception : "Ce sont des hommes qu'il me faut et on m'envoie des enfants!" Il se ravisera bientôt.Il reçoit l'onction sainte le 12 octobre 1845.Puis il brûle les étapes.Cinq ans plus tard, l'apôtre des Cris est élu évêque-coadjuteur de Saint-Boniface.L'année suivante il est sacré dans la cathédrale de Viviers par Monseigneur de Mazenod.A la mort de Monseigneur Provencher, en 1853, il prend possession de son diocèse, diocèse plus grand que l'Europe.Infatigable, il développe ses missions sauvages, fonde des paroisses, dirige lui-même ses religieux avec la bonté d'un père, qui lui gagne tous les cœurs.Monseigneur Taché fut de plus un patriote et un homme d'État éclairé.L'affaire Riel et le mouvement des Métis, la défense des écoles et la revendication des droits religieux et politique de son peuple le prouvent abondamment.Homme de Dieu avant tout, il fut néanmoins un écrivain et un homme de science.Les Canadiens français doivent s'inspirer des nobles vertus de ce grand prélat pour accroître leur influence et fortifier leurs institutions nationales.La seule société d'assurance-vie canadienne-française La Sauvegarde compte sur leur appui efficace.Acheter une police d'assurance dans La Sauvegarde, c'est contribuer au développement économique du Canada français. LIVRES PCUCILA JEUNESSE Albums illustrés, Livres de contes Périodiques reliés, Histoires en images Lectures choisies Collections pour bibliothèques scolaires Bibliothèque Scoute : Technique du scoutisme Récits scouts Albums pour collections de timbres-poste Assortiment des timbres-poste de tous pays Charnières.La plus Importante Librairie et Papeterie française au Canada.GRAINGER FRÈRES UbftoJRd.PbpcftCRS.Impcml&leuRS 54 Noted)wne.Ouest "Konke^ Nos magasins ferment à S heures le samedi.f—n-e/rubeA uixtqcAjz/J—.RENTIER EN 1936 Autrefois, pour devenir rentier, il fallait attendre 20 ans: aujourd'hui, vous n'attendez plus que 3 mois.Voulez-vous recevoir votre rente viagère dès cette année?Quelle est la somme dont vous pouvez disposer?Nous dire aussi votre âge, car l'amortissement du capital est basé sur la probabilité de vie.En attendant, retenez bien ceci: cette rente est garantie.Avec participiation.Nous allons vous l'expliquer.Au long.A titre gracieux.a CAISSE $ NATIONALE D'ECONOMIE MONTREAL 55 O., S.-Jacques HA.3291 1 Imprimerie Populaire Limitée
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