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Le panorama : le seul magazine en langue française consacré aux vues animées
Le Panorama, sous-titré « Le seul magazine en langue française consacré aux vues animées », est fondé à Montréal en octobre 1919 pour couvrir l'actualité cinématographique. [...]

Le Panorama, sous-titré « Le seul magazine en langue française consacré aux vues animées », est fondé à Montréal en octobre 1919 par l'éditeur et propriétaire Poirier & Cie, qui publie également La Revue populaire et Le Samedi. Magazine illustré, Le Panorama fait écho à la popularité que remportent les « vues animées » et le cinématographe au Québec. Selon ce qu'en dit l'équipe de rédaction, il se veut l'« organe mensuel des théâtres et cinémas ».

Le Panorama, dont l'équipe de rédaction est dirigée par F. Verneuil, s'adresse à toute la famille. Il propose un contenu inspiré des publications américaines sur le cinéma : descriptions de films (distribution, synopsis), photographies de vedettes et traductions d'entrevues ainsi que de lettres d'acteurs ou de réalisateurs (parmi lesquels Charlie Chaplin, Gloria Swanson, Cecil B. DeMille).

Le Panorama dresse la liste des cinémas de Montréal, offre des articles - toujours traduits de l'anglais - sur l'art de réussir au cinéma et rapporte des anecdotes sur les tournages et les studios de cinéma.

Le Panorama offre aussi des textes non signés sur la cuisine, la couture, la danse et le soin des enfants, en plus de présenter des portraits d'artistes locaux, des critiques de films et des contes. Le mensuel publie également des romans-feuilletons (de Jeanne de Coulomb et Gaston Leroux, entre autres).

À partir du sixième numéro du volume 2, chaque parution inclut une pièce de théâtre (d'auteurs tels Benoît-Léon Deutsch, Fernand Vialle et Robert Francheville). Enfin, quelques concours sont lancés par l'équipe du magazine : des appels de scénarios, des jeux, des vedettes à identifier. Le premier concours est organisé en partenariat avec Léo-Ernest Ouimet, distributeur de la compagnie Pathé frères et fondateur du célèbre Ouimetoscope .

Le Panorama se démarque des autres publications de l'époque dans ses éditoriaux, intitulés « Réflexions du mois », qui font preuve d'une pensée plus originale. À titre d'exemples, la rédaction y souhaite l'arrivée du « téléphote » (télévision) dans tous les salons et en profite pour réclamer à plusieurs reprises, non sans un peu d'humour, le sous-titrage des « vues animées » en français.

Le Panorama disparaît en juillet 1921, probablement à cause de la crise du papier qui sévit à ce moment.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. V, p. 291-292.

Éditeur :
  • Montréal :Poirier & cie,1919-
Contenu spécifique :
v. 1, no 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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Références

Le panorama : le seul magazine en langue française consacré aux vues animées, 1919, Collections de BAnQ.

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VOL 1, N° 1 Poir.er & Cie, Edit.-Propriétaires, Montréal.Canada.OCTOBRE 1919 Montréal, Octobre 1919 LE PANORAMA 1 DERNIERES NOUVEAUTES ARTICLES EN CUIR 1 UNE SEULE MAEQUE L'ALLIGATOR peut VMM ra comique."The Virtuous Model", pria de la célèbre pièce de Pierre Wolff.Intitulée "Le Ruisseau-" .Dolores Casshit-Ili tient Le principal role."Love Cheat" est d'après la pièce de Tristan Bernard.M.Albert Cape-Hani a aussi dirigé "Les M laéra b 1 es" ', de V ici or Hingo.Nos lecteurs devraient se faire un devoir de demander aux propriétaires de leur thén-tre favori de montrer ce* vues le plus vite passible durant le mois d'octobre.FAMEUX DIRECTEUR M.Léonce Perret est un maître dans l'art de faire des vies animées et s^its sa direction.The 13th Chair" (La I3èrae Chalee> sera un grand succès.Les Intérieurs et extérieurs révèlent le fait que M.Léonce Perret n'a rien épargn-* pour faire cette vue d'un réall me parfait et a certainement Téussi à atteindre la perfection.M.Léonce Perret est un grand artiste et offre au public par la Sperlalty Film Import Limited, distributeurs d< fltms Pathé au Canada une attraction qui plaira à tous.SYLVIA BREAMER SE PLAINT D'UNE VIE TROP CALME Quelques type* passent leur vie dans un calme "crlspa.nt".saru même se faire écraser par uno automobile et sans la motridrechute d'aéroplane.Rien d'ertra< rdlnalre ou de sefisatio-rmel ne leur arrive' Sylvia ÈTea-mer.qui gagne see -toilettes parisiennes et ses automobiles en travaillant datXlK3IC3ltaiC}IC3K]lcm3ltM6Mg 3K3IHK3iHIH>aKlK3lt3>nitJK»niCiltlltlltilCll(3>I3 ETOILES.UNE JOURNÉE AVEC "FATTY ARBUCKLE DANS L'INTIMITE DES STUDIOS Souriant, bedonnant, Arbuckle Ruscoe étonne par une vivacité dont on ne le croirait tout d'abord jamais capable.C'est, de plus, un homme affable, recevant avec le plus cordial accueil ceux qui veulent,le connaître davantage que sur l'écran d'un cinéma.Fréquemment la réception a lieu dans sa ''dressing room" véritable sanctuaire où se pratique l'art du camouflage, perfeclioimé.Celui d'Arbuckle est somptueux, meublé avec goût et confortable au suprême degré.On y voit des appareils de gymnastique, des livres, tout ce qu'il faut pour écrire et pour fumer et de multiple» objets ayant, tous leur utilité.Dans une petite alcôve, on distingue une table massive; c'est là-dessus qu'Arbuckle reçoit un consciencieux massage tous les jours et cela contribue merveilleusement à lui conserver la souplesse dont il fait preuve.D'ailleurs, Arbuckle est-il véritablement gras?Il le parait, c'est tout; de la graisse, point; des muscles, oui et des solides.11 soulève aisément la charge de deux hommes robustes.Sa stature géante, sa marche facile lui donnent l'aspect d'un homme possédant une force presque sans limites et malgré son allure débonnaire, on sent qu'iil est préférable de recevoir de lui une poignée de main qu'un coup de poing; celui qui ne le connaît pas intimement le prendrait volontiers pour un être redoutable.Il suffit cependant île regarder ses yeux pour changer la méfiance en sympathie.Il y en a peu au monde d'aussi doux &t sincères; ids font dev ner un homme au coeur tendre, tout de bonté et de loyauté.Et ces yeux-là disent la vérité.Comme chacun le sait, H est nécessaire de se peindre ou de se "grimer' le visage avant de paratre sur la scène; c'est.île ''camouflage".Il consiste ordinairement en une généreuse couche de crème colorée que l'on poudre ensuite; puis les sourcils sont accentués et les traits modifiés selon les c'rconstances .C'est pendant cette opération, parfois fort longue que le "gros" reçoit ses visites et parle de ses petites affaires de méPer.Naiurellement les visiteurs s'as-seo'enl; il y a là une douzaine de chaises à leur intention mais qu'ils prennent bien garde de ne pas occuper une de ces» chaises facilement reconnaissabJe à ce qu'elle est trois fois plus grande que les autres ou alors Arbuckle restera debout car cette chaise spéciale est la seule sur laquelle il peut installer commodément son gros envers.Lors- d'une récente visite à cette étoile de première grosseur, la conversât on très intéressante s'était prolongée quelque peu; tout-à-coup, Arbuckle s'aperçut de l'heure.—Me voici encore en retard, dit-il.J'ai spécifié aux artistes- de ma troupe d'être ici à huit heures et demie et il est neuf moins un quart.S'il y a quelque chose qui me déplaît, c'est de désobéir moi-même à mes propres règlements, à moins que .Cette remarque fut brusquement interrompue; d'un oeil étonné, Arbuckle considérait un homme suant à grosses gouttes et tiraiillé dans toutes les directions par une meute de chiens dont il avaLt enroulé les laisses autour de ses po guets; il y avait v'ngt-clnq animaux de toutes races.—Qui a demandé ces chiens?s'informa-t-il.—Vous-même, monsieur, répondit fhomme, c'était un instant avant tie quitter le studio hier soir ; vous m'avez donné cet ordre-là! —Je n'ai jamais parlé de cela, répliqua "Fatty", de plus en plus surpris.Puis il comprit.Il avait demandé à l'homme—en anglais naturellement—"a lot of logs" pour construire une maisonnette et l'autre avait compris ''a lot of dogs." Arbucke partit d'un éclat de rire sonore puis il redevint séreux; une idée lui était venue.—Faites venir l'opérateur et son appa're 1, dit-il.L'instrument en place.Arbuckle expliqua à ses visiteurs ce qu'il allait faire: tout simplement une scène qui servirait dans quelque film et que lui avait inspirée les chiens.Il allait jouer le rôle d'un homme poursuivi par une meute furieuse et se réfugiant dans une maison.—Il faut, ajouta-t-il.que les chiens soient en action et il existe plusieurs méthodes pour cela; cer-ta'ns emploient, l'électricité mais je suis pas pour les moyens cruels : j'ai mieux.En même temps il donna un ordre à un homme qui partit vers la cuisine.Quelques instants plus tard l'homme revenait, avec quelques douzaines de steaks, crus qui furent attachés à des ficelles et suspendus à une poutre sur laquelle " Fatty " s'installa.Les chiens furent alors lâché-' e!, naturellement, sautèrentet aboyèrent, de la belle façon en espérant atteindre les steaks se balançant au-dessus d'eux.— Vous le voyez, dit Arbuckle.c'est 1res simple, l'appareil ne photographie que les chiens ; ensuite j'apparais à la fenêtre de la maison et les spectateurs qui verront cela I ï i ¦ m m ï I ¦ ï ï ?¦ ?ï 1 m g m ï i ï m m ï i i m m s LE PANORAMA Montréal, Octobre 1919 ************************** ¦ ¦ 1 ¦ i i P y ¦ m ¦ ï M i * i ï * ï ¦ 1 M i i ¦ I E ¦ I sur l'écran auront l'illusion toute naturelle que c'est ù mol que les chiens en veulent, d'autant plus que j'aurais soin d'avoir le visage convulsé par la terreur, niais je vais vous montrer quelque chose de plus réaliste.Les chiens furent rattachés; Arbucke s'étendit à terre et l'on plaça les steaks sur ses jajnbes et à ses côtés; l'appareil fut.éloigné et des chiens lâchés de nouveau ; les vingt-cinq an maux se précipitèrent sur les steaks qu'ils dévorèrent à belles dents en formant, une masse grouillante tout autour d'Arbuckle.—A cette distance de l'appareil, expliquu-t-il ensuite, le publ'.c ne peut pas distinguer les steaks et il est persuadé que c'est moi qui suis__ Fatty lui rendit cordialement son "bec"' et la déposa gentiment à terre.—Il y a quelqu'un que je ne croirai jamais, remarqua-t-il.—Oui loue?—Celui qui a dit que l'on n'aime pas un gros homme! Les divers art'sles qui composent la Compagnie dont Arbuckle est le chef passent fréquemment de longues heures avec lui et dans la •"dressing room'' dont nous avons parlé s'élaborent ou se modifient parfois divers plans de scenes.Parmi ceux qui somt le plus en collaboration suivie avec lui.il faut compter Al St.John et "Buster" Keaton.Ce dernier n'aime pas à dévoré tout vivant.Ma ntenant, entre ces deux scènes, j'en intercalerai une autre: celle d'une chute que je fa's de la maison avant, naturellement, d'être dévoré.—C'est une chute de 15 ou 20 pieda ! Comment vous y prenez-vous pour la •truquer'" également?—A mon regret, répondit Arbucke, il n'y a pas de camouflage possible pour ces chutes-là.Le public ne s'y tromperait pas et il serait désillusionné.Il faut tomber pour de bon ! Il est vrai que je dégringolerai sur une bonne épa'sseur de terre bien remuée et puis il "É^ y a la manière de tomber qui ^| s'acquiert avec la pratique.Depuis une douzaine d'années de ce jeu.je n'a>i encore eu qu'une jambe et quelques dents cassées.L'entretien se termina là ; l'heure du lunch était arrivé.Les artistes, les charpentiers, les peintres, les décorateurs, les éleclr'ciens, etc., tout ce monde prit d'assaut les tables copieusement ser-ves.Arbucke se retr'ra dans la salle à dîner où i.1 prit simplement une mince sandwich au jambon et un verre de thé à la glace après quoi il fuma une cigarette et ce fut alors la ré-pét'tion de scènes de film.La journée se passa et fut bien employée.A c'nq heures et quart, Arbuckle regarda le soleil et.trouvant que la lumière devenue trop jaune ne pouvait plus donner de bons résultats photographiques, annonça le départ.En un clin d'oeil, appareils et accessoires disparurent, les acteurs également et, vingt minutes plus tard, Arbuckle reprenait la direction de Los Angeles, confortablement installé dans sa superbe auto de marque frança'se.Son entrée dans) la ville mit en joie les enfants qui, tous, le connaissent bien.—Alio! Fatty! criaient-ils.A l'angle d'une rue, l'auto dut s'arrêter un inslant.une demi-douzaine d'enfants en profitèrent pour escalader l'auto avec l'effronterie de jeunes moineaux et l'un d'eux, une petite fille plus familière encore que les autres, prit le gros Arbuckle par le cou et l'embrassa.rester assis, il prétend que cela l'empêche de penser.S'il lui arrive de combiner quelque saut nouveau, il veut l'expérimenter immédiatement sans avoir la pe ne de se lever.11 n'est pas rare de voir "Buster" en plein milieu d'une conversa-lion sauter sur quelque meuble et en redescendre par une cabriole digne d'un véritable acrobate.Il affirme que cela le rend mallade s'il reste immobile trop longtemps.Al SI.John, lui, a un gros souci qu'il confie volontiers à ceux qui viennent le voir; il lest lassé de jouer les rôles de "vilain".Il ne l'a pourtant jamais dit.parait-il, à Arbuckle pour plusieurs raisons dont la principale est celle-ci qu'il expose avec un gros soupir."Arbuckle est mon oncle et il me donnerait la fessée je me plaignais." il 1 a joule: "Il y a une grosse différence entre sauver l'héroïne ou l'enlever.Si vous l'enlevez vous passez pour une brute, mais si vous la sauvez vous êtes un parfait chéri.Comme je joue presque toujours des rôles de voleur d'enfant ou de bandit qui casse le nez des vieux bonshommes inoffensifs, les dames n'ont qu'un estime très faible pour moi.Croyez-moi, un acteur qui n'a pas l'approbation du sexe féminin éprouve une bien plus grande difficulté à jouer ! Et puis, conclut le brave garçon, allez donc essayer de vous marier quand vous avez la réputation d'être un "méchant**, c'est terriblement difficile! Une femme que je conduiras à l'autel aurait la crainte instinctive qu'à un moment quelconque de la cérémonie, je sorte un revolver et lui envoie une demi-douzaine de balles sur les pieds pour la faire danser.Mais gardez tout ceci pour vous, hein, et n'allez pas le dire à Roscoe, vous voulez bien?Que l'artiste se rassure, les journalistes sont d'une discrétion à toute épreuve, nous ne confions son chagrin qu'à quelques dizaines de milliers de personnes par l'intermédiaire du "Panorama" et nous n'en dirons absolument r en au gros Fatly.-o- * m ï ï 12 Montréal, Octobre 1919 Montréal, Octobre 1919 LE PANORAMA 13 **************************^ ?* * I i I ¦ * * ¦ •f: I * M I g i * I * I 1 I ( GALLAHBR POING • NU > D'après le scenario de William Parker, mis en opération par la Cie Robertson-Cole.Distribué par la Cie Exhibitors Mutual Corp.Production Robertson-Cole.Principaux Rôles : '•BARE-FISTED" GALLAGHEB WILLI A M DESMOND Jem Mason.A (/ni s Y,-mon Selby Mason.Arthur Mallette Ali80 Pete.Fran/: / r.n-ng La vieille servante.Carolina ilaukin Un voiturier.BiU Patton Un autre voiturier.Scotty MoOregor William Desmond LA REPUTATION spéciale d'un homme lui vaut parfois un surnom sous lequel il est ensuite continuellement désigné.C'est ainsi que Gallagher, robuste cow-boy du Texas, s'était vu gratifier de celui de "Bare-Fisted" ou "Poing Nu"; il le devait à sa méthode personnelle de régler les contlits avec ses adversaires.Confiant en sa force, il dédaignait la balle meurtrière et se contentait d'assommer son ennemi d'un solide coup de poing bien appliqué.Un jour Gallagher reçut une nouvelle attristante : son vieil oncle qui demeurait en Californie venait de mourir, mais en même temps, notre homme apprenait que son oncle lui laissait en toute propriété un héritage qui n'était pas à dédaigner, la Mine de l'Aigle.Cela l'aida considérablement à supporter son chagrin et, en conséquence, voilà Gallagher Poing-Nu à cheval sur la route de San Rafael Valley où se trouvait la précieuse mine.Comme principal bagage, il emportait avec lui sa "musique à bouche" soigneusement placée dans la poche de son pantalon.Gallagher avait, par nature, le tempérament joyeux et quelque peu farceur ; c'est pourquoi, au cours de son voyage, apercevant une affiche qui promettait une récompense pour sa capture—le garçon avait quelques légères peeadilles sur la conscience—il s'empara de ladite affiche et la cloua, bien en vue, au tronc d'un arbre un peu plus loin.Il venait de terminer cette besogne quand brusquement un coup de feu éclata et son chapeau tomba, la coifl'e percée.Deux pouces plus bas "Bare-Fisted" et Jem Mason et l'avenir de Gallatin t aurait été définitivement réglé.Ce n'était pas un homme à s'émotionner pour si peu; d'un coup d'oeil il avait découvert l'audacieux tireur et son lasso siffla dans l'air.Quelques instants plus tard il constatait avec étonnement que son ennemi était une jeune et jolie fille habillée en garçon.—Ce n'est pas sur vous que j'ai tiré, déclara-t-elle vivement, je voulais simplement vous avertir et vous effrayer.En même temps elle lui indiquait du geste une affiche faisant connaître que l'on enverrait une balle à toute personne passant par là.Avec calme, Gallagher enleva la jeune fille de terre, l'installa près de lui sur son cheval et la reconduisit à une maison que l'on apercevait au bas de la montagne.—La prochaine fois que vous vous servirez de votre carabine, lui dit-il, visez-moi et vous frapperez l'affiche, ce sera plus sur! Après quoi il fit avancer son cheval et charma les quelques instants du voyage par un concert improvisé sur son harmonica.Jem Mason, c'était le nom de la jeune fille, demeurait avec son père Selby Mason dans une maisonnette près de la vallée San Gabriel.Jadis son père avait été en société pour la mine de l'Aigle avec Randall Gallagher, le père de "Poing Nu" mais son assoc é l'avait trompé et l'avait dépouillé de sa part de société; depuis ce temps, Selby Mason avait juré qu'il rentrerait quand même en possession de son bien et de quelque manière que ce fût.Il en résultait que les convois de muerai étaient fréquemment attaqués et volés.Selby Mason dut un jour interrompre ce genre d'opé-tions; il tomba malade.Ce fut alors sa fille, habillée en homme, qui prit sa place et .les attaques recommencèrent.—Reprends le plus que tu pourras à la Mine de l'Aigle, avait-il dit à Jean, il nous en est dû davantage encore.Telle était la situation quand "Bare-Fisted" fit son apparition dans le district.Aliso Pete qui.avait, installé un magasin dans la région comptait parmi ses clientes la jeune Jem Mason dont il était devenu amoureux.Dans sa propre estimation, Aliso Pete se considérait comme irrésistible et l'idée ne lui serait jamais venue qu'un rival eût osé se mettre en travers de ses projets.Or, le lendemain de son arrivée, Gallagher entra dans le magasin où il s'assit el commença à jouer de son inséparable harmonica.Jem entra pour acheter des oeufs; Aliso Pete lui fit les yeux doux comme d'habitude et, généreux, donna à la jeune fille un oeuf de plus et trois bâtons de sucre.Jein détes- ¦ I ¦ * I ¦ 1 * I ¦ * ¦ * * * * E I * I * ¦ ¦ I I 1 ? 14 LE PANORAMA Montréal, Octobre 1919 m I I ¦ m m m m m m •M ¦ ?¦ ?S ï ¦ ¦ ¦ ¦ * ¦ ¦ ¦ m H I 1 ¦ I ?¦ I ?tait Aliso, elle repoussa ces dons avec mépris puis sortit.Gallagher, amusé par ce manège, la suivit et lui demanda de «l'accompagner.—Garramba! s'exclama le mexica'n furieux et qui ne paraissait pas trouver de son goût l'intervention de l'étranger.Il était facile de prévoir que, dès lors une lutte haineuse allait commencer entre les deux hommes.La voiture de la mine de l'Aigle venait de s'arrêter chez Aliso Pete pour changer de chevaux.Quand elle repartit le soir, Gallagher prit la place du conducteur dont il s'était débarrassé et qu'il avait eu le soin de ficeler proprement.Jem Mason, qui avait guetté le convoi, enleva les cartouches de son revolver à elle-même et grimpa dans un arbre dont une forte branche dominait le chemin.Gallagher se croyait bien vigilant, aussi sa stupéfaction fut grande quand il eut brusquement la sensation d'un revolver appuyé sur son cou.Jem avait glissé, silencieusement de il'arbre et bondi sur la voiture au passage.La lutte fut brève et tourna favorablement pour Gallagher qui réussit à s'emparer du revolver.L'affaire était manquée pour Jem qui s'enfuit.Grâce à la précaution prise de décharger son revolver, elle ne risqua nullement de recevoir une balle quand Gallagher lui ordonna de s'arrêter.Quelques instants plus tard, Gallagher entendit le bruit bien connu de chevaux galopant pour le rejoindre; il comprit que le conducteur avait été découvert et que l'on éjait à sa poursuite; cela signifiait sans aucun doute pour lui la danse au bout d'une corde sous l'accusation d'avoir volé un convoi de minerai, aussi pré-féra-t-il ne pas attendre les événements.Il sauta en bas de la voiture et disparut dans le bois.Aliso Pete arrivait sur les lieux; ii y trouva l'harmonica de Gal'agher qu'il ramassa et cacha dans sa poche.William Desmond ¦ "Barefisted Gallagher.Selby Mason allait plus mai que jamais et sa fille maintenant, n'osait plus le laisser seul.Il lui foil lait pourtant de quoi manger, aussi écrivit-elle une note à Aliso Pete pour ordonner diverses denrées et elle lui fit porter ce message.Aliso Pete était plus orgueilleux que savant; il ignorait l'art de la lecture et il fut passablement embarrassé quand il reçut la note.Dans sa vanité, il crut tout simplement qu'il avait enfin conquis le coeur de la belle et que c'était une lettre d'amour.Il conserva précieusement la lettre mais ne la fit voir à personne.Les denrées d'épicerie ne furent donc pas envoyées.Jem, impatiente et étonné,e décida de pêcher pour avoir de quoi manger; elle prit ses lignes et sortit.Pendant ce temps, Aliso Pete avait jugé qu'il était tout naturel d'aller voir son "amoureuse".Il la trouva assise au bord d'une petite rivière, s'approcha d'elle et commença à lui faire des déclarations enflammées qui n'eurent aucun succès.Il devint alors plus entreprenant et voulut employer la force.La jeune fille se débattit désespérément tout en criant à l'aide.Les appels furent entendus de Gallagher qui se trouvait heureusement à proximité.D'un bond .1 arrivait sur le mexicain et un combat acharné commença.Aliso Pete était vigoureux mais il avait affaire à un meilleur homme que lui.Gallagher qui connaissait toutes les ressources de la lutte lui fit faire une culbute magnifique dans les eaux de la ri-v ère.Sans perdre de temps, il le rattrapa par les jambes et lui plongea consciencieusement la tête dans l'eau.—Vous vous croyez bien fin, râla le Mexicain, quand il eut la chance de parler, mais elle m'écrit des lettres et elle m'aime .Stupéfait, Gallagher saisit la note qu'Aliso prenait pour une lettre d'amour ; il ne la lut pas par amour-propre mais il en fut profondément désappointé quand même.it it it Gallagher ne devait pas tarder à savoir la vérité au sujet de la mine; il apprit donc que son oncle avait volé les intérêts de Selby jadis et il résolut de réparer le mal causé.Il alla trouver Selby Mason, lui remit les titres de propriété que lui avait légués son oncle et ex-pl'qua que s'il avait un soir pris la place du conducteur sur le convoi de minerai, c'était dans l'idée de tendre un piège au voleur.Selby Mason lui avoua alors que le voleur c'était lui-même, que depuis sa maladie c'était sa fille qui le remplaçait dans cette besogne et qu'actuellement elle devait encore guetter un autre convoi.Gallagher, surpris par ces révélations, sortit et sauta sur son cheval.Dans une course effrénée, il s'efforça de rc-joindre la voiture et il l'atteignait presque quand une détonation retentit.En même temps, un homme masqué s'affaissait à terre.Gallagher descendit rapidement de cheval et se dirigea (Voir la fin page 40) ¦M Ï I 1 i ï I w.I I m I m m m ï I i * m ?ï I i ¦ i i w. 15 m -^IS^s 5 LE FLOT BERCEUR NE LA TENTE POINT.(TJ)N le croirait, du moins.Le Directeur John Ince emploie toutes les ressources de son éloquence afin de décider Viola Dana au bain.Les premières scènes de la grande production 'Please get Married', en effet, so passent en parte dans l'eau pour la mignonnette art'ste.L'eau est-elle plus froide que de coutume ce jour-là?Simple caprice peut-être, mais Viola Dana n'a pas l'air de vouloir se laisser convaincre et s'obstine à demeurer sur la terre ferme.La pétulante actrice est sans doute comme les jolies filles, elle aime à se faire prier mais '1 n'y a nul doute que tout à l'heure elle s'ébattra dans l'onde comme un vrai poisson et que les scènes de "Please get Married" n'auront pas besoin d'être remises à une date uliérieure.DEUX JOLIS OISEAUX L'un a beaucoup de belles plumes et l'autre n'en a presque pas — si l'on considère la plume au point de vue costume.Entre le paon, toutefois et ce joli lutin de Viola Dana qui lui donne à manger dans le creux de sa main, le choix serait vite fixé s'il était proposé.D'autre part, il est probable que pas.mal d'entre nous — pour ne pas dire tous — seraient fiers d'être à la place du paon et déjeuneraient très volontiers dans ce gracieux plat d'un nouveau genre qu'est la petite ma iu de Viola I >ana.?i ¦ I ¦ ¦ a: ¦ m m m I I ?'i m m ?i ï * m I ?* m ?I ¦ ?79 i 16 LE PANORAMA Montréal, Octobre 1919 d'escalader les roches abruptes s'il le faut que de stationner jusqu'aux genoux dans l'eau courante des rivières où abonde la truiite.D'ailleurs elle s'habille en conséquence et celui qui la verrait pour la première fois, vêtue en homme, coiffée d'un large chapeau et bottée de caoutchouc ne se douterait pas que.c'est la même que celle qui apparaît dans les somptueuses toilettes qu'on lui connaît sur la scène.Un jour elle revint au studio de Thomas H.Ince avec une provision de poisson suffisante pour tout le personnel.Ce fut aussitôt une belle émulation de pêcheurs et de pêcheuses; chacun voulut en faire autant et une partie s'organisa aussitôt.Chose étrange ; personne ne prit de poisson, sauf Dorothy Ilaiton qui eut sa chance habituelle.Au retour chacun se lamentait &ur son inexpérience propre puis en vint à la conclusion que Dorothy Dalton avait un secret.—Certainement, répondit-elle, et je sais pourquoi vous ne prenez pas de poisson.—Quelle en est la raison?lui demandèrent-ils avec intérêt.—Tout simplement, répliqua-t-elle en riant, parce que vous avez oublié de cracher sur votre appât.¦ ¦ ?¦ I ¦ ¦ m ?¦ s m m ¦ ?* m m ?s m w.m ?* m m m w.I I I La première auto DOROTHY DALTON A QUATRE ANS ET A VINGT-QUATRE ?QUAND Dorothy Dalton était encore un jeune bébé—et il n'y a pas tant d'années de cela—elle conduisait déjà son auto.Toutefois, cette voiture-là n'était pas à grande vitesse, elle n'avait que trois roues, une seule place et pas de moteur.Elle avait quatre ans quand elle fut photographiée dans cet équipage et elle était loin de se douter alors du nombre incalculable de fois qu'elle devait être reproduite plus tard par la gravure comme 'par la photo.Il y a Vingt ans de cela et Dorothy Dalton a encore son auto mais celle-ci fonctionne à la gazoline et peut contenir huit passagers.La célébrité lui est venue et, aujourd'hui, au lieu de payer pour être photograph ée, elle reçoit la forte somme pour poser devant les apparels du fameux producteur Thomas H.Ince.Si elle aime les longues et rapides promenades en auto, elle ne dédaigne pas pour cela les plaisirs tranquilles de la pêche à la ligne.Dans ses instants de loisir, entre deux scènes au studio de Culver City elle prat'que l'art de sortir les poissons de l'eau avec une adresse que lui envient bien de se- camarades de théâtre moins adroits ou moins chanceux.Elle sait choisir les bons endroits et ne craint pas plus La célèbre actrice est également une fervente des promenades à pied et la marche à raquettes est un de ses plaisirs favoris.Elle fit ainsi l'ascension du mont Wilson dont le sommet est recouvert de neiges éternelles.C'était certes fatigant, mais Dorothy Dalton fut enchantée de son voyage.Chacun, dit-elle, devrait le faire car ici on a le sentiment des merveilles de la nature et de leur imposante grandeur auprès desquelles les êtres humains ne paraissent que bien peu de chose.Dorothy Dalton pense en philosophe à l'occasion.Un de ses plaisirs favoris Montréal, Octobre 1919 LE PANORAMA 17 CHAPITRE PREMIER I La lèvre boudeuse, le front rayé de plis verticaux, Mme Cour-talain alignait des chiffres sur un carnet.Elle multipliait, elle additionnait avec une prestesse de crayon qui dénotait un long exercice.Par moments, elJe reprenait le journal financier, déposé sur ses genoux, et de courts grognements lui échappaient: —Cette Albertine, elle n'en fait jamais d'autres!.Je .lui avais dit pourtant de se méfier des Mines d'or.Surtout de ces Rosefields! Elle les vend en pleine baisse.On ne peut pas être plus maladroite! D'un geste brusque, la vieille dame arracha ses lunettes et les jeta auprès d'elle, sur une table de fer, peinte en vert d'eau.Puis, comme une légère brise arrivait du large avec le flot montant, elle resserra frileusement la fanchon de dentelle noire qui protégeait sa tête grise, et, les yeux clos, la mine toujours chagrine, elle se renversa dans le large fauteuil d'osier où sa personne chétive semblait perdue.Vue ainsi dans l'affaissement du repos, avec son grand nez recourbé en bec d'oiseau de proie et ses épaules voûtées, elle faisait songer à ces fées des contes anciens qui n'interviennent que pour.prédire à la jeune princesse les pires calamités.Sur la terrasse aux balustres contournés, qui enfonçait l'un de ses angles au flanc de la villa trop blanche, elle faisait une tache sombre, pareille, de loin, aux paquets de varech dont se jouait l'écume du bord.En vain, ce matin-là, lia mer sans profondeur de la côte sain -tongeoise offrait-elle des tons bleus satinés, délicatement envoi-lés de brume; en vain l'île, qui barrait en face l'horizon, déployait-elle la séduction de sa rive boisée; en vain, de jolies barques, gréées de rouge pâli, glissaient-elles sur l'eau oallme qui les réfléchissait pour la joie du regard, Mme Courtalain restait insensible au charme des lignes pures, au coloris délicat, pour l'instant, une seule préoccupation la tenait, la malencontreuse opération de bourse de sa fille.Quelques maladresses de ce genre, plus lourdes, plus complètes, et c'en serait fait de la fortune léguée à Albertine Her-meneault par sa bonne marraine! 11 faudrait retourner à la médiocrité d'autrefois, à la vie rude, sans sourire ni trêve .Mme Curtalain resserra plus étroitement sa fanchon de dentelle Il lui semblait que, tout à coup, passait sur elle le courant d'air froid que, jadis, au "Point Central"—la grande épicerie du boulevard Haussmann où, pendant plus de trente ans, elle avait rempli Tes fonctions de caissière—lui soufflaient perpétuellement les portes ouvertes.En même temps, par une inévitable association d'idées, elle se revoyait dans sa robe noire de jeune veuve, les yeux rougis par les larmes, les traits tirés par une maternité prochaine.Ce qu'elle avait souffert, alors! Des névralgies la tenaillaient aux tempes; le patron éiait grognon; les employés se croyaient le droit d'être insolents; les clients s'impatientaient lorsqu'elle s'embrouillait dans ses calculs.Comment s'étonner que sa santé en fût restée à jamais compromise ! Bien qu'Albertine refusât d'en convenir e»lle n'avait jamais gravi un aussi dur calvaire.Dès le berceau, la chance lui avait souri.La patronne du "Point Central" ne l'avait-elle pas tenue sur les fonts baptismaux, et ensuite ne l'avait-elle pas fat élever dans l'un des meilleurs pensionnats de Paris?Si, plus tard, Mille Courtalain avait er-mru le cachet, si elle avait gémi sur les inconvénients du métier, il n'en était pas moins vrai que se rôtir sur l'impériale d'un omnibus ou patauger dans la neige, écouter des âneries d'élèves, ou corriger des devoirs émaillés de fautes d'orthographe, valait encore mieux que celte obligation de rester rivée à une caisse, du matin jusqu'au soir, comme l'huître à son rocher.Du reste, tout lui avait réussi à cette Albertine, même son coup de tête, lorsque, pauvpe encore, elle avait épousé leur voisin de palier, un modeste employé, du Crédit général.Elle eût pu tomber sur un homme autoritaire, de commerce difficile, comme l'était feu M.Courtalain.Point! Gabriel Hermeneault était la douceur même! On ne pouvait que lui reprocher son esprit romanesque, son manque d'esprit pratique.Maëlle lui ressemblait.La pensée de la grand'mère dériva vers sa petite-fille, dont les véritables prénoms, Marie-GàbrieJQe, avaient disparu en famille sous l'appellation puérile que l'enfant elle-même s'était donnée.Celle-là ne saurait pas supporter l'épreuve, la vie élro'te, il lui fallait le bonheur, l'espace ouvert devant elle.Albertine n'y songeait pas assez lorsque, sous prétexte d'augmenter ses revenus, elle se lançait dans des spéculations hasardeuses.La vieille dame recommençait à maugréer contre l'imprudente! A ce moment, la porte vitrée, qui établissait une communication entre la salle à manger et la terrasse, s'ouvrit avec fracas.—Ah! te voilà enfin! s'écria Mme Courtalain soudain redressée.Tu tombes à pic! Je suis furieuse contre toi! Les Rosefields sont en dégringolade.De ce fait, tu perds près de trois rents louis, exactement c'nq mille neuf cent quatre-vingt-dix-sept francs! Mme Hermenault, une grande et belle femme qui, malgré les cinquante ans bien sonnés, conservait encore des bandeaux noirs et luisants, fronça les sourcils, des sourcils très rapprochés qui dénonçaient l'opiniâtreté du caractère. 18 LE PANORAMA Montréal, Octobre 1919 Sans même s'asseoir, elle s'empara du journal abandonné.—Que me dis-tu, m ami an ?balbutia-t-elle.En voilà une "tuile!'' Son visage s'était altéré.On la sentait atteinte en plein coeur.Un instant, elle demeura silencieuse, à son tour, mais, de tète, elle se livrait au jeu des chiffres.—C'est exact! conclut-elle.Ll faudra que je change de courtier! Celui-ci me conseille mal.—Si tu n'y prends pas garde, de nouveau nous logerons le diable dans notre bourse.—Décidément, soupira Mme Hermenau.lt en se laissant tomber sur un fauteuil, en ce monde, il faut toujours une ombre au bonheur: je revenais si joyeuse de chez les Rivedoux! —Ah! c'était là que tu étais ce matin?—Oui, hier au soir.Mme Rivedoux m'avait chuchoté que son mari désirait causer avec moi.Maëlle nous écoulait, je n'ai pu en savoir davantage, et, alors, ce matin, dès que j'ai été prête, j'ai couru à la villa "Baucis".—Eh bien?—Le commandant voulait me proposer deux partis superbes pour notre chère enfant.—Ses candidats sont-ils riches?—Très riches! —A la bonne heure! —Le premier est un grand planteur de caoutchouc du Congo, un garçon d'excellente famille.—Quel est le chiffre de ses bénéfices?—Environ cent mille francs par an.—Peste! Cela vaudrait la peine de s'expatrier! Mais le Congo, c'est loin tout de même! Toi qui as si peur de l'eau, Albertine.je m'étonne que tu accueillies ce projet— —Je trouve impudent de s'exposer sans1 raison, mais pour assurer à Maëlle une brillante situation de fortune, je consentirais à quelque sacrifice.D'ailleurs, à l'époque actuelle, tous les voyages sont rendus faoles.et puis cette séparation ne serait pas éternelle.Le jeune homme affirme que, dans quelques années, il lui sera possible de réaliser ses capitaux.—Alors, ill est en France, en ce moment?—Oui, à Bordeaux.Il n'attend qu'un signe pour accourir à Rreuil.Naturellement, il est pressé: il doit repartir dans deux mois.—Et l'autre?—L'autre est en villégiature à Royan.On l'aura sous la main quand on voudra.C'est un grand filateur de l'Est.Plus ruche encore!'.Cinq millions qui rapportent du six pour cent! —C'est celuii-ci qui convient le mieux à Maëlle.Il n'y a pas d'hésitation à avoir!.—Je ne sais pas! Il a plus de quarante ans! Il est chauve.un peu gros.Et, de plus, il est veuf avec trois enfants.Je crains que tout cela ne rebute notre chérie.—Pourquoi?Elle aime beaucoup les moutards.Vois-tu, Alberline.malgré ses vingt ans, Maëlle est encore une petite fille qui ne sait rien de la vie, pour l'excellente raison qu'elle n'en a jamais connu que les bons côtés.C'est à nous qu'il appartient de la conseiller, de la diriger! Mieux que n'importe qui, n'avons-nous pas éprouvé ce qu'une femme souffre lorsqu'elle est obfgée de gagner son apin?.Notre devoir est de la faire profiter de notre expérience! —Poutant, si ces deux partis ne lui plaisaient point, serait-il prudent de peser sur sa décision?Avant tout, que désirons-nous?Son bonheur! —D'accord! Mais sans argent, crois-tu que le bonheur soit possible?Un vieux proverbe assure que lorsqu'il n'y a plus de foin au râtelier, les chevaux se battent.Et il a raison, ce proverbe! —A notre époque, il faut en effet beaucoup d'argent pour vivre!.Avant d'entrer en campagne pour marier Maëlle, je me figurais qu'une dot de cent mille francs devaiit.attirer les épouseurs.Or, plus je vais et plus je m'aperçois que le miroir n'est pas assez grand pour prendre les grosses alouettes.Avec cela, la petite est d ffiolle! Elle nous donnera du fil à retordre pour la bien oaser.Et cependant, en bonne conscience, je ne puis consentir à d'autres sacrifices d'argent.Quatre cent mille francs de capital nous sont bien nécessaires à Paris.Qu'est-ce que cela nous rapporte en somme ?A peine douze mille francs! —J'approuve ta prudence.Nous avons souffert autrefois.Il ne serait 'pas juste que nous souffrions encore sur nos vieux jours.Maëlle est gentille.Elle peut très bien inspirer un caprice.Il ne s'agira que de la pousser au bon moment, et je suis d'avis que.Mme Courtalain n'interrompit net: la porte vitrée venait de s'ouvrir.Hermne, la vielle bonne, parut, le courrier à la main.—Où est Mademioselle?lui demanda Mme Hermenault.—Dan* sa chambre, Madame.Elle lit.Faut-il que je l'appelle?—Non, non, laissez-la! Nous n'avons pas besoin d'elle.Avant de se retirer, d'un geste instinctif de propreté, Hermine enleva, du coin de son tablier, quelques grains de sable que le vent de la nuit avait déposés sur la table de fer.Une coiffe étrange, composée de trois rangs de mousseline, roulés en oublis, enveloppait d'une sorte de ballon son visage de cire jauni, aussi marqué de rides que la plage à l'heure où le flot descend.Un châle noir se croisait sur sa poitrine; quand elle se fut redressée, elle rajusta l'épingle qui le fermait comme pour se donner le temps de regarder l'île lointaine dont le soleil de juillet, victorieux de la brume, permettait à présent de distinguer les moindres reliefs.Dans les yeux gris à reflets glauques, il y avait une expression d'amour presque filial, et ceci n'avait rien d'étonnant pu'sque c'était de l'Ile qu'Hermine était venue autrefois pour entrer au serviice de la patronne du "Po'nt Central", Sainton-geoise de l'intérieur des terres.Comme la villa "Bellevue ", la vieille bonne faisait part'e de l'héritage, recueilli, dix^huit ans auparavant, par Albertine Hermenault.Dès le premier jour, elle avait jugé ses nouvelles maîtresses âpres au gain et dures au pauvre monde; pourtant elle ne les avait pas quittées: Maëlle lui avait pris le coeur! Elle était si irrésistible, la mignonne! Hermine l'avait soignée, choyée, gâtée.—Quand elle se mariera, pensait-elle souvent, je la suivrai! Je ne pourrais pas vivre loin d'elle.Mme Hermenault commençait à décacheter sa correspondance.Discrètement, la fidèle servante se retira.—Eh bien?demanda Mme Courlalaim, quelles sont les nouvelles, Adbertine?D'abord, le courtier m'envoie le bordereau de sa déplorable opération.Puis Mme Lureau m'écrit que le jeune homme dont elle nous avait parlé dans sa dernière lettre,—tu sais, un raffi-neur de Nantes—trouve la dot de Maëlle trop mince pour risquer le voyage de breuil.Quand je tele disais tout à l'heure! Cent mille francs aujourd'hui, ce n'est rien!.RL'en absolument! —Raison de plus pour ne pas lasser échapper l'un ou l'autre des épouseurs du commandant Rivedoux.Albertine, je t'engage même à f entendre avec ce dernier au sujet des entrevues.—Je retournerai ce soir à la villa "Baucis".Il faut battre le fer quand il est chaud! —Si tu n'es pas trop faible, ce qui f arrive souvent, à nous deux, nous finirons bien par faire entend e raison à la petite ! II La "petite" était installée sur le balcon de bois de sa chambre.La veille, elle avait commencé un roman des plus intéressants.Il lui tardait de le finir, et comme elle était habituée à suivre sa fantaisie, il ne lui était pas même venu à l'esprit que la matinée eût pu être consacrée à des occupations plus utiles.Donc, elle lisait, mas elle touchait aux dernières pages, le mariage des héros.Elle n'en respirait plus! Jusqu'à la fin, elle avait tremblé pour le bonheur de cette délicieuse Monique qu'on voulait unir à celui qu'elle n'aimait point. Montréal, Octobre 1919 LE PANORAMA 19 L'émotion soulevait doucement son corsage et entr'ouvrait sa bouche dont le sourire ému laissât voir la blancheur régulière des petites dents.Un peu plus de roie colorait le tei'nf délicat; des larmes mouillaient des beaux yeux d'un azur si profond qu'ils semblaient refléter à la fois le ciel et la mer.Enfin, Maëlle ferma le livre et promena la main sur son épaisse chevelure blonde, accommodée au goût du jour.Assise sur une chaise basse, au dossier en forme de lyre, avec sa courte robe blanche, la bandelette de velours bleu qui contenait ses bouclettes, elle ressemblait à une fine estampe de l'Empire.Involontairement, on cherchait la harpe dorée que ses doigts effilés devaient aimer à caresser.Mais Maëlle ne jouait pas de la harpe: elle se contentait de pianoter.Trop gâtée par les trois femmes qui l'entouraient, elle avait tout effleuré sans rien approfondir.Chez elle, la volonté, l'esprit de suite n'avaient pas été développés.Elle n'était qu'une petite nature impulsive, généreuse, qui espérait beaucoup de la vie sans se rendre compte qu'elle avait des devoirs envers celle-ci.Pour le moment, elle attendait le Pnnce charmant: sans doute, il ressemblerait à ce bel Hubert, l'heureux époux de Monique.Comme lui, il serait officier, et grand, et distingué, et riche; il aurait de belles moustaches châtain-clair; surtout, il serait aux genoux de «a fiancée, et, plus tard, jamais un nuage ne viendrait obscurcir cette radieuse existence à deux.De loin, Maëlle souriait au bouheur entrevu comme si elle l'apercevait flottant dans l'air léger du matin.Tout à coup, son sourire s'éteignit; une phrase jetée par sa mère était montée jusqu'à elle.—Le commandant voulait me proposer deux partis superbes pour notre chère enfant.La jeune fille n'en entendit pas davantage: sa chambre se trouvait dans le corps de logis en saillie qui dominait une seconde terrasse, plaoée en contre-bas de la première, et communiquant, avec la plage, par un escalier.Mais le reste de la conversation était facile à deviner.Deux partis superbes! Ce serait l'histoire recommencée des derniers hivers.Seul, le décor changerait.Au lieu de l'Opéra-Comiqe, des galeries du Louvre, ou du salon de cette excellente Mme Lureau, qui ne décourageait aucun échec, ce serai un coin quelconque de la forêt ou le grand hall de la villa Baucis.Et, comme toujours, Maëlle ferait «elle qui ne comprend pas: mais dans le groupe où l'on essayerait de le dissimuler, elle saurait bien découvrir le candidat.Il se rapprocherait d'elle; il lui demanderait si elle aimait Paris, le monde, les voyages, ou bien encore la vie tranquille de provnce, ou celle de la campagne.Elle répondrait au petit bonheur, puis, le lendemain ou le surlendemain, à l'air de mauvaise humeur de sa mère, elle conclurait que sa dot avait été jugée trop mince et qu'une fois de plus l'affaire était manquée.Certes, quelquefois, parmi' les épouseurs, il s'en était, rencontré qui paraissaient résolus à ailler jusqu'au bout, mais l'un de ceux-là était presque bossu; un autre boitait; un autre encore bégayait si fort qu'il ne pouvait articuler deux mots de suite; le quatrième était administrateur au Tonkin et le cinquième, si vieux, qu'il eût pu être le grand-père de sa fiancée.Maëlle, nettement, avait déclaré qu'il était inutile de lui en parler davantage.—Nous battons à contretemps, eux et moi, pensait-elle souvent.Quand ils veulent, je ne veux pas, et quand, à la rigueur, je voudrais bien, ce sont eux qui ne veulent plus! Mais elle ne se préoccupait point outre mesure de cette situation.En son âme, l'espérance était trop vivace: celui qu'elle attendait arriverai tôt ou tard! Et comme s'il devait venir de la mer lointaine, ses yeux se perdirent sur le passage étroit, resserré entre la côte et l'île, la "Malebouche", comme disent les gens du pays.La mer grondait au delà, perpétuelle menace pour ce coin abrité de Breuil-les-Pins qui, pendant les nuits d'hiver, subit de terribles assauts .Puis le regard de la jeune fille gl'ssa vers l'île et s'y arrêta.Jadis, Hermine lui racontait un v eux conte où il était question d'une île enchantée.Les enfants aiment à appuyer sur la réalité le vague des fict ons; toujours Maëlle avait imaginé que cette île était la même qu'on apercevait de la villa 'Bellevue'' et.ce mat n-là, très nettement, elle ressentait son impression naïve, comme s\ sept ans auparavant, la dernière fois qu'elle était venue à Breuil, ell l'eût laissée accrochée à ce balcon pour la retrouver à sa prochaine visite.—Je ne comprends pas que maman n'aime pas se pays, pensa- t-elle.Si le médecin ne m'avait pas jugée un peu pâle et ne m'avait pas ordonné l'air des pins, on aurait encore loué la villa et nous serions retournées en Bretagne ou en Normandie.C'eût été dommage! On est si bien ici! Les lignes calmes du paysage vous reposent, et les couleurs de la mer et du ciel sont si douces que je regrette de ne pas savoir peindre pour les fixer.Et puis, il y a 'la Caroline", cette chère maison des Mont-guyon où j'ai tellement joué quand j'étais petite.Et Chantai si bonne, et ses petits neveux si drôles! Et.La porte de la chambre s'ouvrit sans bruit, le ballon neigeux de la veille bonne s'encadra dans le rectangle sombre.—Puis-je faire le lit, ma chérie?demanda l'arrivante.Ne vous dérangerai-je point?—Pas du tout, Minette, entre! Nous causerons, au contraire.El, pendant qu'Hermine enlevait les couvertures, tout de suite la jeune fille entama la conversation: —Tu ne sais pas à quoi je pensais, Minette?—Non, ma belle .—A ce vieux conte que jamais tant.Tu sais.Ile enchantée".Te le rappelles-tu encore?—Pour sûr!.On n'oublie pas ce que votre mère vous a raconté quand on était toute petite.—Dis-moi le commencement pour voir.—Il y avail une fois une île si longue qu'on eût d t qu'ellle s'était couchée pour dormir sur la mer.—Gomme celle-ci! —Une ceinture de pins l'entourait.—Le portrait est frappant!.—Un joli port se creusait dans la côte.Il avait l'air de vous appeler, mais n'y abordait pas qui voulait! L'Ile était enchantée: nul ne pouvait y pénétrer si ne possédait un coeur pur.—Qu'entend.-tu par un coeur pur.Minette?—Un coeur qui ne pense plus à soi, qui n'aime plus que les auires, qui s'est lavé, des boues de la terre, et qui plane très haut comme ces goélands, dont les pattes posent à peine sur le sable, un coeur enfin, tout blanc comme en ont les anges, les saints et les petits enfants.Or, il advint un jour.—Je me souviens du reste.l'histoire de la jeune princesse que l'Ile attirait et qui ne put l'atteindre qu'en jetant, pardessus bord, son orgueil el ses vaines richesses.—Oui, c'est bien cela.Lorsqu'elle eut dépouillé sa vie passée, et qu elle se fut revêtue de vie nouvelle, le vent lui devint favorable; il gonfla ses voiles et la poussa vrs la rive heureuse où l'attendait un prince, beau comme le jour.En lui prenant la main, pour l'a der à descendre de la barque et la mener ensuite vers la chapelle où leurs noces devaient être célébrées sur l'heure, il lui dit: "—Ah! Madame, vous voici enfin, il y a si longtemps que.de toute mon âme.j'appelais voire venue." —A l'exemple de la jeune princesse, je voudra s, moi aussi, voguer vers l'Ile! Minette, crois-tu qu'on me permettra de l'accompagner si tu vas rendre visite à tes cousins de là-bas .' —Je ne crois pas, ma chérie.Mme Gourlalain et Mme Her-menault ont trop peur de l'eau.—C'est dépitant! Depuis que je suis arrivée ici, l'Ile m'attire comme si vrarnent elle était enchantée.Est-elle jolie à l'intérieur, dis! La vieille bonne s'était remise à l'ouvrage: —Chacun trouve son pays beau! déclara-t-elle en tapota ni le traversin.Moi.si je ne vous avais pas, ma mignonne, je 20 LE PANORAMA Montréal, Octobre 1919 quitterais bien vite Paris et notre joli appartement du boulevard Raspail pour retourner chez nous.La forêt est si belle!.—Plus belle que celle de Breuil?• .—Oui, les pins sont si haute que l'on se croirait sous une voûte de cathédrale: des acacias poussent à leur ombre; l'été, lorsque le vent passe au travers, ils balayent l'air chaud comme de grands éventails de plumes.Les maisons sont si blanches qu'on les croirait faites avec la neige des montagnes et.le long Mes murs, dans tous les jardins, on ne voit que des fleurs.des fleurs à profusion, et plus belles que celles qu'on trouve ailleurs.des clématites bleues, des géraniums roses, qui retombent en gurlamles.des neillels et du réséda qui embaument.Et puis, sur la côte de l'Océan, des vagues si grosses, si belles, que nulle part, je n'ai vu les pareilles.Aussi, n'est-ce pas étonnant que, dans les temps, les gens de l'Ile aient été comme les rois de la mer: ils avaient fait des lo's auxquelles obéissaient tous ceux qui se confiaient aux planches d'un bateau.Ah! c'étaient de rudes hommes, les Iliens!.Tous leurs descendants ne leur ont po:nt ressemblé, hélas! Un soupir souleva le châle d'Hermine, comme si, en parlant ainsi, elle visait plus particulièrement certaines figures de son passé.Maëlle ne remarqua point la phrase incidente: elle avait reprit sa contemplation.Par la pensée, elle se figurait l'une des maisons blanches que lui avait décrites sa vieille bonne.Des pins l'ombrageaient; on entendait mugir l'Océan tout proche, et, cependant, au-dessusde la porte, couraient de grandes fleurs d'azur, et l'air embaumé de parfums suaves, de vivifiantes odeurs résineuses.Maëlle s'avançait vers cette maison de rêve, mais elle n'était pas seule: elle s'appuyait âu bras d'un inconnu.Il était grand; il avait de belles moustaches châtain clair, efin c'était le prince Charmant, qui.sur la rive, attendait la jeune princesse au coeur pur, celui qu'elle ne connaissait pas encore, mais qui viendrait bientôt.Par avance.Maëlle décidait que.pour son voyage de noces, elle irait dans l'Ile, l'Ile enchantée où tout le monde était heureux.•—*n**»rr-r | Elle était si absorbée par les fantaisies de son imagination qu'elle ne s'aperçût pas que la vieille bonne avait terminé ses rangements et quitté la pièce, et elle tressaillit en entendant l'angélus tinter à la chapelle voisine, une simple chapelle de secours, construite au centre de l'agglomération de villas qui a nom Breuil-les-Pins.Elle ne songea pas à élever son âme vers Dieu, pour s'associer à la douce prière; sans être incroyante, par la fauté de son entourage, elle n'était pas pieuse.Elle pensa seulement: —C'est l'heure du déjeuner.Si je me fais attendre, bonne maman me grondera.Ma:s lorsqu'elle entra dans la salle à manger, elle comprit « ou'elle arrivait trop tôt puisqu'elle interrompait une conversation commencée.Naturellement, elle n'eut pas l'air de s'en apercevoir; elle s'assit à sa place habituelle, bien éclairée par le jour franc, et même un peu cru.que versait la large baie, ouverte sur la mer.Ii enu.très hante, venait battre les dernières marches de l'escalier.On se fût cru sur un navire sans tangage ni roulis.Mme Hermenault était, rayonnante.Cette fois, elle était presque certaine de la victoire.Sur les deux épouseurs.il s'en trouverait bien un qui s'éprendrait des cheveux d'or et des yeux bleus de Maëlle.Et.éelnircissant sa voix pour lui donner un accent plus naturel, elle raconta: —Ce matin, dans l'avenue, j'ai rencontré lé commandant Rivedoux: il m'a demandé si nous voudrions prendre part à un grand pique-nique qu'il -organisera prochainement au Galion d'or.Je lui ai répondu que nous y serions disposées.Cela te plaira, petite, n'est-ce pas?—Oh! oui, maman ! C'est très amusant de déjeuner sut l'herbe! ~".—Pour cette occasion, j'ai envie de te faire venir du Bon Marché une autre robe de piqué blanc.Les tiennes ont éité lavées tant de fois! Mme Courtalain mâchait à petits coups, et lentement, comme les vieux qui n'ont plus de dents; elle jugea que sa fille laissait dépasser le bout de l'oreille, et, d'une voix brève, elle lui coupa la parole.—Qoel drôle de nom, le Galion d'or! remarqua-t-elle.D'où ça peut-il venir?Mme Hermenault haussa les épaules comme pour répondre: —Je n'en sais rien et, à dire vrai, je ne m'en soucie guère.Depuis qu'elle n'enseignait plus, le français, les etymologies la trouvaient indifférente.Ce fut Hermine qui fournit l'explication demandée : —On prétend que les galions, c'éiaient des bateaux qui revenaient du Pérou chargés d'or.L'un d'eux qui se rendait à la Rochelle, se perdit au Pertuis de Malebouche.Par une mer basse, on aperçoit encore le haut d'un mât.du moins à ce qu'on prétend.—Sauva-t-on la cargaison?demanda Mme Courtalain qui s'était arrêtée de manger pour meiux écouter.—Non, Madame, elle est envasée avec le bateau.—Et personne n'a eu l'idée de faire fouiller la coque par des scaphandriers?—On ne pourrait pas, Madame! Les fonds de boue,Nce n'est pas comme les fonds de roche.On s'étoufferait tout de suite! —C'est malheureux tout de même! soupira la vieille dame.Tant d'or perdu! Albertine.nous aurions besoin d'en recueillir quelques parcelles pour compenser ta déplorable opération.Maëlle n'écoutait plus que d'une oreille distraite: les choses d'argent ne l'intéressaient point.Elle regardait l'Ile qui, de loin, lui envoyait son sourire ensoleillé et, l'imagination aidant, il lui semblait que, déjà, elle se rapprochait de la rive enchantée.III En sortant de table, Maëlle demanda: —Maman, me permets-tu d'aller seule jusqu'à le "Caroline?" Chantai a promis de m'apprendre un nouveau point de dentelle.Mme Hermenault n'aurait eu garde de refuser l'autorisation: l'absence de sa fille lui laissait le champ libre pour sa seconde visite à la villa "Baucis"; mais la grand'mère, qui mâchonnait encore un gâteau sec, remarqua sur un ton aigre-doux.—Tu es toujours fourrée chez ces Montguyon! Il faut croire que tu as du goût pour les terre-neuve! Déjà sur le seuil de la salle à manger, Maëlle s'arrêta, étonnée .—Je ne comprends pas, bonne-maman.—Ce sont tes amis que j'appelle ainsi! De père en fils, ils ont eu la monomanie du dévouement! De nouveau, le regard de la jeune fille glissa vers l'Ile qui semblait endormie sous l'ardeur du soleil : les Montguyon étaient-ils de ceux qui, ayant jeté par-dessus bord toute préoccupation égoïste, peuvent faire voile vers le rivage où n'abordent que les coeurs purs.Mme Courtalain continuait, une moue ironique à ses lèvres flétries: —Tu vas voir si je n'ai pas raison: le bisaïeul de Chantai était garde du-corps du roi Charles X: il paya d'un bras l'honneur d'avoir sauvé son prince du pistolet d'un fanatique.En récompense, Sa Majesté! lui assura une modeste pension.Montguyon se retira en Saintonge, son pays d'origine, et il employa son petit patrimoine à acheter une propriété qu'il baptisa la "Caroline" pour en faire la filleule du roi.—L'idée est gracieuse! insinua Mme Hermeneanlt qui semblait disposée à tout envisager sous un jour favorable.—Dis plutôt qu'elle est grotesque! On ne remercie pas quelqu'un d'avoir été la cause que vous êtes manchot!.Si encore les choses en étaient restées là! Mais point! Le fils et le petit,- ¦ fils du garde du corps se firent officiers.—Ils ont.cette toquade dans1 la famille! interrompit encore Mme Hermenault qui pliait, sa serviette. Montréal, Octobre 1919 LE PANORAMA 21 —Pourquoi est-ce une toquade, maman?hasarda Maëlle, un peu déconcertée de l'expression.—Parce que le métier d'officier est un métier de meurt-de-faim! Lorsqu'au veut se débrouiller dans la vie, il faut entrer dans les finances, le commerce ou l'industrie.Il n'y a que cela de vrai! Tout le reste est duperie! Maëlle ne protesta point: elle n'avait pas d'idées arrêtées sur la question.Tout chez elle se traduisait par des impressions très fortes, mais fugitives.Pour l'instant, les officiers lui plaisaient parce qu'ils portaient de brillants .uniformes, et que Hubert, le héros sans reproche du roman qu'elle venait de lire, était lieutenant de chasseurs, mais elle n'allait pas plus loin! —Que firent les autres Montguyon?interrogea-t-elle curieusement.—Le premier fut tué au Mexique, en défendant le drapeau.Quant au second, ton amie Chantai aurait pu te raconter sa lamentable histoire, car c'était son père: il venait d'obtenir le troisième galon; un soldat de son régiment contracta la variole noire.L'aumônier voulut préparer le malheureux à recevoir les derniers sacrements.Il s'y refusa, déclarant qu'il ne croirait à sa fin prochaine que si le capitaine Montguyon, qui était de son pays, venait à son chevet.Bien que l'homme n'appartint pas à sa compagnie, le capitaine se rendit à l'hôpital.Il assista le moribond et lui ferma les yeux.Deux jours plus tard, il était pris de frissons.La variole noire se déclarait.Bientôt, on dut le porter au cimetière.Des larmes brillèrent dans les yeux de Maëlle qui, un instant, prirent la transparence azurée de l'eau claire du bord.—C'est beau de s'oublier à ce point pour les autres! balbu-tia-t-elle.—Tu trouves cela beau, toi! Tu as de la chance! Moi, j'estime que c'est de la folie pure! Lorsqu'on n'y est pas obligé et qu'on est père de famille, on ne doit pas exposer sa vie inutilement.—Mais, bonne maman, assister un mourant, lui donner un peu d'espoir, de réconfort, ce n'est pas inutile.—D'autres, dont c'était le métier, l'auraient remplacé! Il a eu grand tort d'agir comme il l'a fait.—Alors, reprit Maëlle, Chantai est restée orpheline de très bonne heure?—Elle l'était déjà, la première fois que nous sommes venues à Breuil! assura Mme Ilermenault.—Je me souviens, en effet, d'avoir vu, il y a sept ans, les cinq enfants Montguyon sous la seule direction de Mlle Clara, la demoiselle de compagnie.—En voilà une aussi qui a gâché son existenoe! Elle aurait pu se marier, paraît-il, mais, avant de mourir, Mme Montguyon lui avait recommandé les orphelins.Elle renonça à tout pour les élever.Enfin, comme elle n'est pas de la famille, je n'insiste point! Revenons aux cinq Montguyon ! Michel, l'aîné, "se fait missionnaire.On le massacre en Chine! Il ne fallait pas qu'il y aille! Joseph, le second, entre à Saint-Cyr.naturellement! Il en sort, il se marie, il a trois petits enfants.On espère qu'il va être heureux! Illusion! Un jour, en traversant un gué, l'un de ses dragons perd pied.Le malheureux ne sait pas nager, il crie, il appelle, il se débat!.Le lieutenant Montguyon se porte à son secours.L'autre se cramponne à lui.Ils se noient tous les deux!.La petite dernière venait de naître.La jeune Mme Montguyon, écrasée par le coup qui la frappe, ne peut y résister.Elle meurt, laissant trois orphelins1.Ajoute à ma nomenclature Bernadette, religieuse de Saint-Joseph de Cluny, enlevée par la fièvre jaune au Sénégal, Pierre qui est lieutenant de chasseurs à pied, à deux cents francs par mois, et Chantai qui élève ses neveux dans la solitude de la "Caroline", où, certainement, jamais elle ne rencontrera un mari, et tu auras1 le tableau complet et exact de ce que deviennent les familles quand elles se sacrifient pour les autres.Les deux derniers n'ont pas fait encore le bêtise suprême, mais, tôt ou tard, Us la feront! C'est dans le sang! Maëlle regardait l'Ile.Tout à coup, elle laissa échapper cette pensée.—J'aimerais à descendre d'une lignée de héros! C'est un glorieux héritage! i D'ironique, la moue de Mme Courtalain devint agressive.—Des mots que tout cela! grogna-t-elle.Embrasser des états qui ne vous donnent même pas le nécessaire et, sans cesse, mettent votre vie en danger, se sacrifier bêtement, courir même au devant des coupa, sans rélfiéchir, en étourneau, à quoi cela mène-t-il, je te le demande?.Tu seras bien fine si tu me trouves une réponse! Au fond, dans son moi intime, la jeune fille sentait une foule confuse de pensées qui lui chuchotaient la réponse à faire, mais il lui semblait qu'elle n'entendait que vaguement ces voix intérieures, qu'elle n'aurait pu formuler leurs conseils, les réduire en termes précis.A quoi cela servait-il de se dévouer, de se sacrifier, mais, sans doute, à s'élever au-dessus des boues de la terre, comme le goéland qui plane, à purifier son coeur, à le revêtir de lumière afin qu'il puisse être jugé digne de pénétrer dans l'Ile enchantée.Mais qu'aurait pensé Mme Courtalain de ce vieux conte de mère-grand qui venait se mêler à une discussion pratique.Elle se serait moquéfe; elle aurait de nouveau haussé les épaules.De son existence passée, elle gardait l'habitude d'aligner ses raisonnements, comme, jadis, elle alignait ses chiffres sans se préoccuper de chercher s'il n'y avait pas autre chose au delà, dans cette science des nombres dont les mathématiciens ont découvert et indiqué la sublime harmonie.Du reste, il ne faisait pas bon jouter avec elle: elle avait la langue dure, la réplique verte, et elle n'entendait pas qu'on lui résistât.Sa fille même n'avait pas souvent le dernier mot.Maëlle préféra se taire et se glissa dehors.Dans le vestibule, elle décrocha un grand chapeau de paille, où une mouette blanche dormait dans un nid de mousseline, et, légère comme la brise qui mettait des frissons dans les acacias plantés à l'ombre des pins, suivant la coutume du pays, elle dévala le jardin sablonneux et sans Heurs où ne poussaient que quelques chétifs arbrisseaux.Bientôt, elle fut sur l'avenue, jonchée d'aiguilles brunes, qui menait à la "Caroline"'.A proprement parler, Breuil n'est pas un bourg, pas même un village; c'est une forêt où se cachent des habitations épar-ses, construites suivant le bon plaisir de leurs propriétaires.Les unes—et "Bellevue" est de ce nombre—sont plantées au-dacieusement au bord de la dune.Les autres, au contrains, se tiennent à l'abri du vent de mer.Il n'y a pas de magasins, seulement quelques baraques où l'on vend un peu de tout, comme dans les boutiques foraines.La chapelle elle-même n'est qu'une grande qu'on a surmontée d'un campanile et ornée de quelques vitraux.La porte en était entre-bàillée lorsque Maëlle passa devant.Elle n'eut pas l'idée d'entrer: la religion que lui avait inculquée sa mère et sa grand'mère.la laissait en cérémonie avec le bon Dieu qu'on ne visitait que le dimanche, comme ces gens qu'on connaît peu et chez lesquels on n'oserait même pas déposer une carte en dehors du jour de réception.Maëlle" faisait sa prière matin et soir sans trop réfléchir aux paroles qu'elle récitait.Bile n'eût pas mangé de viande le vendredi, ni manqué la messe le dimanche.Elle communiquait aux quatre grandes fêtes de l'année, s'adressant tantôt à un confesseur, tantôt à un autre, Mme Hermenault ayant comme principe qu'il est préférable de taire son nom et ses qualités sociales au prêtre dont on réclame le ministère.Maëlle donnait aussi aux quêtes; dans la rue, si elle rencontrait des pauvres, elle ouvrait volontiers sa bourse de jeune fille.De bonne foi, elle se croyait tout à fait en règle avec le ciel vers lequel elle n'avait jamais tourné.sa pensée.Celles qui avaient une vie religieuse plus intense, et mieux comprise, étaient dédaigneusement cataloguées par sa mère et sa grand'mère sous le terme générique de "dévotes".Et quand ces deux dames prononçaient ce mot, elles y mettaient une telle intention d'ironie que, tout de suite, Maëlle se représentait la silhouette un peu caricaturale d'une vieille pe- *>2 mm LE PANORAMA Montréal, Octobre 1919 lite bossue en paletot noir qu'elle croisait souvent, le matin, dans la rue de Vougirard, trottinant, les yeux baissés sur un gros livre de prières.Pourtant, depuis que Maëlle était, à Breuil, cette impression se modifiait; au sens strict du mot, Chantai était dévote.Elle assista t à la messe tous les matins; elle communiait presque tous les jours.Elle tétait la providence des malheureux, et cependant, bien loin d'être enlaidie ou raccornie par ses habitudes religieuses, il émanait d'elle un charme si prenant que, dès le premier jour, après sept ans d'absence, Maëlle avait retrouvé sa grande admiration d'enfant pour l'amie plus âgée, indulgente à ses caprices.Mais une h rondelle ne fait pas le printemps; sans doute, Chantai n'était qu'une brillante exception à la règle commune qui voulait que les dévotes fussent insupportables à leur entourage.Pourtant, à ce moment, une rencontre vint retarder dans l'esprit de la jeune promeneuse la trop hâtive conclusion.Une voix bien timbrée disait auprès d'elle.—bonjour.Mademoiselle, comment vous portez-vous, aujourd'hui?Maëlle roug'.t en reconnaissant une amie de pension de Chantai, rencontrée, la veille, à la "Caroline".Mlle Germaine Eournery,—une héritière de plusieurs millions —élait en villégiature à Breuil chez son oncle, grand négociant en eaux-de-vie des Charentes.Elle était très simplement habillée de bleu sombre : deux chiens de berger écossais, blanc et fauve, bondissaient autour d'elle.—Je suis sûre que vous allez voir Chantai?dit-elle avec^un sourire.—Oui, Mademoiselle.Je voudrais ne pas la quitter.—Vous avez raison; il fait bon vivre auprès d'elle.Elle est de ces âmes dont le seul voisinage rend meilleur.Tout en parlant, franchement Mlle Fournery plongeait son regard dans celui de sa jeune interlocutrice.On eût dit qu'elle devinait tout ce qu'il y avait de bonté native et d'incohérence acquise dans cette nature de jeune fille, et qu'elle regrettait de passer vite sans pénétrer dans une intimité où il y aurait eu beaucoup de bien à faire.Elle n'était pas jolie: ses traits étaient un peu gros, surtout le nez dont le dessin était trop accusé, mais l'ensemble donnait l'impression d'une force paisible et droite qui devait être difficile à entamer.—C'est une dévote aussi! pensa Maëlle.J'ai compris que, chaque matin, elle retrouvait Chantai à la chapelle.Vraiment, elle n'en a pas le type non plus.Après quelques mots de politesse qui se terminèrent par une invitation à venir jouer au tennis, Mlle Fournery quitta Maëlle qui poursuivit sa route, toute glorieuse de sa rencontre, et se proposant d'en rapporter les moindres détails à sa mère.Celle-ci ne manquerait pas d'être flattée des bonnes relations qui s'établissaient entre sa fille et la nièce du richissime négociant, dont la villa, placée sous le vocable de Jeanne d'Arc, était la plus belle de la côte.Mme Hermenault n'échappait pas, en effet, au snobisme; les grosses fortunes et les noms sonores l'éblouissaient.Si elle avait abandonné son modeste appartement de la rue Notre-Dame-des-Champs pour un appartement tout neuf du boulevard Raspail, ce n'était point parce que ce dernier était mieux disposé ou plus commode, mais parce que la façade précieusement sculptée de l'immeuble, les glaces du vestibule, les (leurs d'or et les vitraux étranges de l'escalier, l'ascenseur coquet comme un boudoir, et surtout la décoration claire des salons et des chambres (lattaient sa vanité.Elle était contente quand ses amis lui disaient: —Nous vous envions.Vous avez une installation de princesse.Toute à ses pensées, Maëlle ne songeait pas à regarder autour d'ellle; de sa terrasse, le commandant Rivedoux l'intetr- pella: —Eh! la belle enfant, on passe bien fière aujourd'hui!.Maëlle leva la tête et s'arrêta: le commandant fumait sa pipe, appuyé à la balustrade de pierre qui fermait son jardin.La villa "Baucis" dominait la route que, prudemment, elle avait mise entre elle et la dune trop éventée.C'état une construction grecque avec colonnes et fronton doriques; mais le maître du lieu n'avait rien de grec, lui ! Des yeux comme des boules, un gros nez fleuri, une bouche gourmande et un peu gouailleuse que cachaient à demi d'épaisses moustaches grises; bref, une tête de vieux grognard à chevrons et, de fait, le commandant n'était pas autre chose puisqu'il était sorti des rangs.Engagé très jeune après un coup de tête, il avait eu la bonne chance de rencontrer sur sa route une jeune veuve dont les qualités se doublaient d'une fortune, rondelette comme elle.L'entrain, l'amabilité de Mme Rivedoux avait, de garnison en garnison, poussé son mari un peu plus haut qu'il ne serait monté tout seul.L'heure de la retraite ayant sonné, le vieux couple s'était retiré à Breuil-les-Pins, où ils avalent acheté une villa, que, galamment, le commandant avait baptisé "Baucis".—Où allons-nous si vite! interrogea-t-il, toujours un peu goguenard.—A la "Caroline".—Vous saurez alors ce qui s'y passe.Mlle Montguyon a pris le courrier d'une heure.Sans doute, elle se rendait à la gare.—Comment?Je ne la trouverai pas?—Non, mais il ne manquera pas de gens pour vous recevoir.Mlle Clara, les trois moutards, le capitaine Arvert et sa fille, la gentille Paulette.C'est la maison du bon Dieu, cette maison-là ! Le commandant .remit sa pipe à la bouche.Maëlle en profita pour prendre congé.Elle approchait de la "Caroline" dont le portail de bois peint en blanc barrait l'avenue, mais, avant de l'atteindre, elle devait traverser des parages qu'elle jugeait dangereux.Au bord de la route, la "Bouffée d'air" dressait sa lourde construction de caserne.C'était un vaste phalanstère où, par fournées et sans couleur humanitaire, une société dont les mobiles paraissaient nettement antisociaux et antireligieux, envoyait des groupes citadins, anémiés par le climat des grandes villes.Et Maëlle avait peur des hôtes de la "Bouffée d'air".Quelques-uns avaient des mines exotiques de nihilistes ou de terroristes.On les rencontrait sur les routes en bandes tapageuses et insolentes, bras dessus bras dessous, et s'ils oroisaient l'abbé Chaperon, le desservant de Bheuil, ostensiblement, ils touchaient du fer, et quelques-uns imitaient même le croassement du corbeau.Parfois aussi, ils s'entassaient vingt dans une charrette ou un break et partaient pour le Galion d'Or, le Phare Neuf ou la grande Côte, en chantant l'"Internationale" ou la "Carmagnole".Mme Courtalain et Mme Hermenault réprouvaient la "Bouffée d'air", non point à cause de ses idées tendancieuse, sur lesquelles elles ne s'arrêtaient point, mais parce que son voisinage envahissant finirait peut-être, par discréditer l'honnêteté renommée de Breuil-les-Pins.Un groupe passa auprès de la jeune promeneuse; les femmes en cheveux et en peignoirs clairs, les hommes débraillés comme les Parisiens des faubourgs à la campagne.L'un d'eux remarqua: , —Mâtin! Elle est gentille, la petite bourgeoise! Maëlle hâta le pas.Elle entendit des femmes rire de son effarouchement.D'une main un peu tremblante, elle poussa la barrière à claire-voie de la "Caroline", et avec la sensation confiante d'atteindre enfin le port de salut, elle remit le crochet derrière elle.Ce n'était plus l'avenue banale, blanche de sable en son milieu.Le sol était feutré d'aiguilles brunes et, plus encore qu'ailleurs, l'air embaumait la résine.Maëlle ralentit le pas Montréal, Octobre 1919 23 pour mieux savourer .l'impression exquise de repos et de paix dont elle se sentait baignée.En même temps, elle essayait de retrouver la fraîcheur de ses souvenirs de petite fille.Depuis son arrivée à Breuil, elle était venue plusieurs fois à la "Caroline" mais toujours en compagnie de sa mère et de sa grand'mère, et celles-ci causaient bruyamment, supputant ce que pouvait rapporter la belle gemme blanche qui coulait de la blessure des pins, ou la vigne qui s'étendait jusqu'au champ d'immortelles qui brodait d'or l'embouchure de la rivière.Maëlle n'avait pu se recueillir et elle l'avait regretté, mais, à cette heure chaude du milieu du jour, dans le grand silence des bois endormis, elle revoyait les cinq Montguyon tels qu'ils étaient sept ans auparavant: Michel, dans sa soutane de séminariste, l'air grave et doux, une flamme dans les yeux; Joseph, tout fier de présenter celle que son coeur avait choisie; Bernadette, sur le point de se vouer, pour toujours, au service du Seigneur; Chantai, diijà sérieuse, malgré ses jupes courtes, et Pierre si gai, si bon enfant, si affectueux, de l'intelligence et de la fougue dans ses yeux noirs! Comme iJ portait bien le shako emplumé de rouge et de blanc des Saint-Cyriens! Peut-être était-ce de ce temps-là que Maëlle avait conservé un goût secret pour le panache?A présent, la visiteuse atteignait l'extrémité de l'avenue qui bifurquait pour embrasser la vieille maison dont le toit apparaissait entre les branches' d'un cèdre.Elle n'avait qu'un étage, flanqué de deux pavillons en façon de tours et, comme "Baucis", la dune la mettait à l'abri des vents du large.Les habitations ont une âme; celle-ci racontait l'histoire des êtres qui l'avaient habitéte et l'habitaient encore.Elle était simple, et on la devinait hospitalière, largement ouverte à tous ceux qui venaient y frapper, les parents, les amis, les pauvres, les coeurs qui souffraient.Elle avait besoin de réparations; les contrevents étaient dépeints, les ferrures, rouillées, les pierres, grises, mais la vieille maison ne songeait pas à se parer.Elle préférait donner de son nécessaire.Il y avait de la générosité et une grâce accueillante dans les fenêtres et les portes qui bâillaient au soleil, laissant voir dans l'ombre des pièces, de vieux portraits, encadrés d'or terni.Maëlle n'aurait peut-être pas senti tout cela si la sortie de sa grand'mère n'eût orienté son esprit vers un monde d'idées nouvelles.La "Caroline" lui apparaissait comme le symbole de l'oubli de soi, de l'amour des autres qu'avaient toujours pratiqué les Montguyon, et qu'ils pratiquaient encore.Personne ne se montra à l'approche de la jeune fdle, mais comme des voix d'enfants gazouillaient sur l'autre façade de la maison, elle contourna le pavillon d'ouest et, tout aussitôt, découvrit un petit groupe dont son apparition troubla joyeusement la tranquillité.Miche, un gamin de sept ans, intrépide, qui avait les yeux noirs de son oncle Pierre, courut au-devant de Mlle Hermenault et, galamment, lui baisa la main; Jojo, le rêveur, vint offrir son front embroussaillé de mèches d'or, et Nadette, la petite dernière, une mignonne de quatre ans, qui faisait songer aux anges, annonça mystérieusement, —Tantine est allée cherchée la surprise.—C'est un fusil pour moi! affirma Miche.—Non, murmura Jojo, de l'enthousiasme dans son regard d'azur, c'est un bel aéroplane qui volera jusqu'au ciel.Nadette frappa du pied en fronçant les sourcils: —Je vous dis que c'est une poupée rose! cria-t-elle.—Laissez donc Maëlle tranquille! interrompit une voix fraîche et rieuse.Vous êtes en train de l'ennuyer! C'était Paulette Arvert qui parlait.Elle avait dix-huit ans.Elle portait encore la jupe à la cheville et les cheveux relevés sous un simple noeud de ruban.L'expression de sa physionomie était mutine, et, en même temps, résolue.En elle, il y avait un curieux mélange de l'enfant et de la femme.Derrière le front lisse, très découvert, on devinait une volonté qui, déjà, savait commander à l'imagination, mais qui se faisait pardonner son inffex .bililé par la grâce des yeux verts striés de velours brun, le sourire des jolies lèvres, un peu fortes, la drôlerie du petit nez retroussé.—Avouez que vous avez une déception, continua-t-elle.Vous espériez trouver Chantai?Papa et moi, nous essayerons de la remplacer.Elle entraîna la visiteuse vers le fauteuil de son père.Six ans auparavant, en pleine force, en plein essor de carrière, à la suite d'une chute de cheval, le capitaine Arvert avait été frappé de paradysie partielle et il avait dû prendre une retraite anticipée.A ce moment, il venait de perdre sa femme.Un autre, accablé par l'infortune trop grande, n'eût plus été qu'une loque gémissante.Lui n'agit: il chercha à s'occuper; il se mit à écrire à peindre, à c'seler le cuir et l'étain.En art, il avait été le premier maître de sa fdle qui, à présent, le répassait, devenait une professionnelle.—Mademoiselle Hermenault, dit-il avec un fin sourire, prenez patience comme nous.La surprise ne saurait tarder à arriver.Le courrier revient à Breuil vers trois heures.—Ne vous a-t-on fait aucune confidence, capitaine?—Aucune! Chantai est la discret on même! Mais je crois bien que j'ai deviné.—Oh! papa, dites pour voir! s'écria Paulette dont les yeux brillaient.Ma s, à ce moment, une voix doucement grondeuse tomba de la galerie du premier étage.—Monsieur Arvert, gardez votre langue! Mlle Clara se penchait au-dessus de la balustrade de bois toute petite, les cheveux plats et tirés, comme ratatinée par l'existence, dans sa robe gris souris, elle semblait la bonne fée trotte-menue de la maison.—N'ayez pas peur.Mademoiselle! cria le capitaine en levant la tête.Je ne mangerai pas le morceau! Je ne raconterai même pas ce que vous faites en haut, bien que je le soupçonne fort au plumeau que vous tenez à la main.Les petits ouvraient de grands yeux.Paulette esquissa une moue de dépit.—Puisqu'on ne veut rien nous confier, déclara-t-elle, allons nous promener!.Le temps nous paraîtra moins long.Moi aussi, j'ai une idée, et je crois bien que c'est la bonne!.Mais je la garde pour moi!.IV Les deux jeunes filles se dirigèrent vers l'allée de pins qui montait doucement au sommet de la dune.Les enfants les suivirent, aussi bondissants, aussi fantasques dans leurs détours que les chiens de Mlle Fournery.—A Paris, je vais bien rarement vous voir, Paulette, commença Maëlle en passant le bras sous> celui de sa compagne, et pourtant nous sommes presque voisines, puisque vous habitez rue de Vaugirard, mais, souvent, j'ai eu l'impression que je vous dérangeais, que vous aviez un travail pressé, attendu.Alors, je m'abstiens.—Vous avez tort! Je suis toujours très heureuse de vos visites.Certes, je conviens qu'il y a des moments de bousculade.Tout le monde voudrait être servi à la fois!.Mais, dans ces cas-là, je continuerai de travailler tout simplement en votre présence.Vous m'excuserez.—Heureuse mortelle! Vous ne devez pas connaître l'ennui! Moi qui trouve quelquefois les heures si longues, si difficiles à remplir.—Comment les occupez-vous?—J'étudie mon piano, je dessine, je brode, je lis.je sors beaucoup! Enfin, je ne reste jamais inactive! Les yeux de Paulette se posèrent sur Maëlle, soudain sérieux, presque graves.—Peut-être, objecta-t-elle, avez-vous le sentiment que ce que vous faites est inutile?.—Oui, je crois que c'est cela! J'aimerais à avoir un but vers 24 LE PANORAMA Montréal, Octobre 1919 lequel je marcherais le front haut, le coeur frémissant.A plusieurs reprises, j'ai demandé à maman de me laisser chercher ce but.Par exemple, suivre des cours d'infirmière, ou bien me proposer comme auxiliaire dans un patronage, donner la becquée aux petits d'une crèche, ou, moins encore, travailler pour des ventes, des oeuvres de charité, mais maman n'aime pas ce qui enchaîne, ce qui exige de la régularité.Grand'mère, non plus, du reste.Elle prétend que cela lui rappellerait trop le temps où, à huit heures sonnantes, et sous peine d'amende, elle devait être assise derrière sa caisse.Alors, pour me distraire, on m'offre des visites dans les grands magasins, des conférences, dont, au petit bonheur, je retiens quelques bribes, mal cousues ensemble, ou bien des matinées à l'Odéon ou à rOpéra-Comique dont le but caché est presque toujours une entrevue matrimoniale.Et l'on s'étonne après que tout cela ne me suffise point! —Vous devriez vous perfectionner dans la musique ou la peinture.—Pour la musique, je n'ai pas la patience de travailler mon doigté.Je n'aime qu'à faire chanter le clavier.Quant à la peinture, ce n'est pas mon fort! Je réussis mieux dans les arts appliqués, le cuir ou l'étain repoussé.—Mais alors, venez cet hiver chez Blanche Cotlnière.A la rentrée, elle me prend comme massière.—J'ignorais cette grande nouvelle!.—Cela s'est décidé au mois de juin, et d'une façon très bizarre! J'avais exposé au Salon une modeste vitrine et, naturellement, chaque fois que je passais de ce côté, le coeur un peu ému, je m'approchais pour entendre les appréciations des visiteurs.Un jour, je trouve deux dames arrêtées devant mon exposition ; l'une d'elles avait une physionomie extrêmement agréable, et l'air jeune encore sous ses cheveux blancs.Elle disait à son amie: "Ce n'est vraiment pas mal! Evidemment, il y a de l'inexpérience, mais c'est original, ça ne ressemble à rien!.Je voudrais connaître cette jeune fille." Alors, la tète me tourne, je balbutie: "Madame, c'est moi!" L'inconnue m'a tout de suite pris la main avec bonté.Elle m'a interrogée et, finalement, elle m'a engagée à venir la voir.C'était Blanche Cotlnière, la grande artiste dont les oeuvres sont si goûtées.—Voilà ce qui s'appelle une heureuse chance! —Le bon Dieu m'a bien protégée !.Car je vais avoir de très jolis appointements, et, grâce à "ma patronne," de faciles débouchés pour mes travaux.Tenez! il me semble que je suis l'une de ces petites barques aux voiles gonflées, qu'on aperçoit là-bas, filant droit vers le port.Elias avaient atteint le sommet de la dune et dominaient à présent la mer très bleue, à la surface de laquelle la brise soulevait et promenait des vagues légères.Sous les beaux pins élancés, pareils à ceux qu'on voit dans les paysages de rêve, où des ombres blanches glissent, le front couranné de fleurs, les deux jeunes filles, habilites de blanc et amicalement rapprochées, formaient, sur le fond d'azur paisible, un délicat sujet de fresque.Contre le vent qui lutinait leurs cheveux fous, elles cherchèrent un abri derrière une cabine de briques, qui, de tous temps avait présidé aux baignades joyeuses des Montguyon.Paulette montra l'Ile qui déployait les douces ondulations de sa côte boisée at qui, mieux que de Bellevue, laissait deviner la grâce proprette de ses maisons blanches.—Mlle Cotinière est une Ilienne, raconla-t-elle.Elle me l'a appris lorsque je lui ai annoncé notre départ pour Breuil.—Ma vieille bonne doit la connaître.Il faudra que je lui en parle.—Je suppose que sa famille a dû éprouver des revers de fortune, car, plusieurs fois, elle m'a répété: "La vie est dure, ma chère enfant, mais il ne faut jamais se laisser abattre par elle.C'est le meilleur moyen de s'e nrendre maîtresse!.Le travail, voyez-vous, il n'y a que lui pour nous faire oublier ce qui aurait pu être et ce qui n'est pas!" —Oui, mais alors, comme je vous le disais tout à l'heure, le travail utile, qui a une sanction!.Moi, ce qui gâte mon exis- tence, c'est que, d'une part, je suis trop riche, et que, de l'autre, je ne le suis pas assez.—Je ne vous comprends pas, Maëlle.» -—Je vais vous expliquer: s'il s'agissait de me livrer à une occupation sérieuse, rétribuée, on se récrierait aussitôt : "—Mais, ma fille, tu as cent mille francs de dot! Il faut laisser cela à celles qui ont besoin de gagner leur vie!." Lorsqu'il s'agit au contraire de mariage, l'air change!: "Cent mille francs de dot, disent les amies de maman, mais ce n'est rien à notre époque de vie chère!.Mon candidat exige de deux à trois cent mille francs!" Alors, prise entre les deux points de vue différents, je me croise les bras et je suis en bon chemin de coiffer sainte Catherine!.—Ne désespérez pas si vite! Vous avez bien le temps! —Pas du tout, il paraît que, chaque jour, je me déprécie un peu plus.Maman et grand'mère n'ont que cette marotte en tête: me chercher un mari!.Mais voilà! je suis difficile à ce qu'on prétend.Ceux qu'on me présente'et qui voudraient de moi ne répondent pas du tout à mon idéal, et les autres.Maëlle s'interrompit; les enfants, qui jouaient à cache-cache autour de la cabine, poussaient des oris joyeux d'hirondelles.-—C'est sans doute Chantai qui arrive avec la surprise! expliqua Paulette, si nous allions voir aussi! —Pourquoi?On est si bien sous ces pins! Laissons les petits déballer leurs jouets.—Mais, d'abord, sont-ce des jouets?Le croyez-vous?—Oh! probablement.Que voulez-vous que ce soit?Je vous en prie, restons encore un moment en tête à tête.Il me semble que l'espérance et la paix montent de cette mer bleue, de cette île calme.Paulette se retourna vivement vers sa compagne.—L'espérance et la paix, murmura-t-elle.Elles ne montent pas; elles descendent de là-haut.Dans ses yeux, une flamme s'alluma.—Serait-elle dévote auss#! pensa Maëlle, je ne l'aurais pas cru>.Cette pensée ne fut* qu'un éclair aussitôt évanoui.Les enfants revenaient.On entendait leurs rires, leurs chuchotements malicieux.Sans doute, ils apportaient la surprise.Maëlle ne bougea pas.Elle ne tourna même pas la tête lorsque Paulette, qui avait fait quelques pas vers l'allée, poussa une exclamation étouffée et partit en courant.Elle l'enviait cette Paulette! Si bravement elle se créait une situation, et cela sans rien détourner de ce qui revenait à son père qu'elle entourait de soins constants.Pour elle, au moins, la vie avait un sens.Elle ne la bâillait pas dans l'attenté d'un Prince Charmant, qui, peut-être, ne viendrait jamais.Les voix se rapprochaient; il y avait de l'ivresse dans la joie des enfants.La surprise devait être de leur goût ! Il fallait avoir l'air de s'y intéresser!.Maëlle se retourna et, tout à coup, elle devint très pâle: Pierre Montguyon se tenait devant elle, souriant, la main tendue.*l'ien qu'il fût en costume de voyage, que ses moustaches eussent beaucoup poussé depuis sept ans, elle n'hésita pas à le reconnaître.Les grands yeux noirs n'avaient pas changé d'expression.Ils étaient devenus seulement plus énergiques.On eut dit qu'à travers eux, c'était la vieille maison qui regardait Maëlle, la vieille maison avec son passé d honneur, de bonté, de dévouement et d'héroïsme.Après avoir pâli.Maëlle rougit.Pierre disait.—Enfin, vous voici! Nous vous attendions depuis si lon-temps ! Les paroles mêmes du prince Charmant, accueillant la jeune princesse sur la rive enchantée! La main que Maëlle offrit au lieutenant tremblait un peu.—Oui.balbutia-t-elle, nous avons délaissé Breuil, mais ce n'étais pas ma faute! Maman et grand'mère trouvaient que votre petit coin manquait de distractions.—Il est vrai! Nous n'avons pas encore de Casino.Pour ma part, je m'en félicite.Je le disais encore ce matin à Maurice Fougeray avec qui j'ai voyagé depuis Paris. Montréal, Octobre 1919 LE PANORAMA 25 Chantai avait rougi imperceptiblement.Elle détourna la tête pour répondre à une question de Nadette.Maurice Fougeray! Ce nom évoqua dans la mémoire de Maëlle le souvenir d'un mince aspirant, à peine échappé du "Borda", qui, sept ans auparavant, dans les parties de croquet, boudait lorsque Chantai n'était pas de son camp.—Pourquoi ne l'a—t-ïl pas épousée?se demanda-t-ellle.Pierre continuait: —Le repos est si bon après quelques mois d'une existence un peu rude.On fait provision de forces pour l'avenir, et, grâce à la natation, au tennis, à la promenade, à la pêche et au canotage, on ne court pas le risque de se rouiller.—Quoi?vous canotez?s'écria Maëlle.—Un peu.à da condition de ne pas m'aventurer dans le Pertuis de Malebouche de sinistre réputation.—Vous devriez persuader à maman qu'il n'y a aucun danger à faire la traversée du bras de mer qui est deVant nous.Je voudrais tant connaître l'Ile.C'est irritant de toujours voir en face de soi une terre où l'on ne peut aborder.—Un jour, nous organiserons une partie! promit Chantai.Paulelte aussi ne connaît pas l'Ile.—Mais c'est que papa restera tout seul! balbutia la jeune fille.—Il s'entend à merveille avec Mlle Clara et les enfants.Et puis nous rentrerons pour le dîner.—Il y a sept ans, en avons-nous fait des déjeuners et des goûters sur l'herbe?remarqua Maëlle.—Oui, s'éoria Pierre gaîment, nous avions imaginé aussi de tirer une loterie en faveur des pauvres .Je me souviens même que vous aviez offert le gros lot, votre plus belle poupée, un vrai sacrifice! —La nuit avant le tirage, je mouillai de larmes mon oreiller.Si j'avais osé, j'aurais retiré la proposition faite dans une minute d'éllan généreux.Aussi, quelle fût ma joie, lorsque je vous vis revenir la poupée à la main.—Je l'avais gagnée; il était bien juste de vous la rendre.—Vous aviez deviné que mon coeur d'enfant souffrait.—Si je ne l'avais pas deviné, je l'aurais compris au geste passionné par lequel vous avez repris le bébé.Je crois bien même que vous avez couvert de baisers son front de biscuit.Dites, l'avez-vous encore cette poupée qui, je crois, s'appelait Noëlla, parce qu'on vous l'avait offerte à la Noël?—Je crois bien! Et il m'arrive quelquefois d'ouvrir le carton où elle repose pour la coiffer, lui changer de robe et même l'embrasser.Ne vous moquez pas de moi.Je suis très fidèle à mes affections.Si vous saviez comme je ressemble encore à la petite Maëlle d'il y a sept ans.—J'eusse regretté de ne pas retrouver cette petite Maëlle.A la "Caroline", tout le monde en avait conservé le plus aimable des souvenirs.A présent, Paulette ne riait plus et c'était à peine si elle répondait à Jojo qui voulait savoir si, en montant toujours plus haut en aéroplane, on arriverait jusqu'au bon Dieu.Maëlle, au contraire, semblait transfigurée: elle avait l'impression de vivre un rêve.Involontairement, du regard, elle cherchait dans l'Ile la maison blanche, fleurie de clématites, où, un jour, qui n'était peut-être pas loin, au sortir de la chapelle, le prince Charmant la conduirait par la main.Celte voix bien timbrée aux accents chauds, elle l'avait entendue souvent dans le secret de son coeur, mais sans bien se rendre compte à qui elle appartenait.Il lui semblait parfois que l'image de Pierre fuyait de sa mémoire, qu'elle aavitde la peine à la ressaisir, ett par un travail inconscient, elle l'avait reconstituée, non point tel qu'il était autrefois, adolescent à peine échappé du collège et naïvement glorieux de son plumet, bicolore, mais tel qu'il était à présent dans l'épanouissement de sa vie morale et physique.Lentement, ils redescendirent l'allée, recouverte d'un épais tapis d'aiguilles sèches.—Il faut que je m'en aille! pensait Maëlle.Je suis de trop! Mais comme cela l'ennuyait de s'éloigner! Ainsi qu'elle l'avait avoué à Germaine Fournery, elle eût voulu toujours rester à la "Caroline".On y était si bien! —Cependant, se disait-elle, je ne puis demander à Chantai de m'enseigner aujourd'hui le point de dentelle.Ce ne serait pas discret.El lorsqu'ils furent devant la vieille maison, tandis que le capitaine Arvert appelait auprès de lui le voyageur qu'il n'avait fuit qu'entrevoir à son arrivée, elle balbutia: —Je vous laisse! A demain! Pierre se retourna: —Quoi?Vow partez?Déjà?—Oui, on m^ttend à "Bellevue".Us échangèrent une poignée de mains silencieuse.—Je vous accompagne jusqu'à la barrière! annonça Paulette.Chantai est trop absorbée pour remplir ses devoirs de maîtresse de maison.D'abord, la jeune artiste ne dit rien, comme si, derrière le beau front lisse, il n'y avait pas de pensées.Ce fut Maëlle qui parla la première: —Alors, vous n'aviez pas deviné la surprise?—Je n'osais pas l'espérer, et, pourtant, il y a quelques jours, j'avais eu l'idée de cette prochaine permission après la lettre que Chantai avait reçue de son frère.—Vraiment?Qu'écrivait-il?—Il racontait qu'il avait été mis-a"Topdre du jour pour avoir, dans une grève, sauvé deux malheureux ouvriers auxquels leurs camarades révoltés voulaient faire un mauvais parti.Dans la bagarre, il a même reçu un coup de pierre à la tempe.—Lui aussi, ccr^me ses frères, son père, son grand-père, il trouve naturel de se dévouer.—Tous les Montguyon sont bons! Nous en savons quelque chose, nous deux, papa! Bien que notre parenté se perde dans la nuit des temps, ils nous traitent en cousins très aimés! A Pâques, tous les ans.Chantai nous écrit: "N'oubliez pas qu'on vous attend pour l'été à la "Caroline.'' Et pour nous enlever même la crainte de la gêner, elle accepte la modeste pension que nous lui payons.Où irions-nous autrement?Les villégiatures coûtent cher.Et ici, l'air des pins est si salutaire à mon pauvre papa.Paulette avait les larmes aux yeux; mas il parut à Maëlle que, mêlée à sa reconnaissance, il y avait beaucoup de mélancolie, comme si.tout à coup, son énergie habituelle abdiquait, se faisait plus féminine.Elles avaient atteint la barrière blanche.—N'oubliez pas de rappeler la vis te à l'Ile, recommanda Maëlle.—Oui.oui, n'ayez pas peur! Cela m'amusera autant que vous, et, si Maurice Fougeray peut nous accompagner, sa qualité d'officier de marine rassurera Mme Hermenault.Maëlle avait déjà la main sur le crochet de fer, elle se retourna.—J'aurais cru que M.Fougeray aurait épousé Chantai, insinua-t-elle.—Peut-être n'est-ce pas l'envie qui lui en manque, mais Mme Fougeray, qui habite Bocheforf.ne vit que de ce que lui donne son fils.Pour elle, il se prive de tout.Et Chantai n'est pas riche.Alors, c'est impossible, vous comprenez! Elle ne disait pas cela en révoltée; elle exposait seulement un fait contre lequel on ne pouvait rien et contre lequel, par conséquent, il était inutile de se buter.Tirer parti de ce qui était à sa portée et en tirer le meilleur parti possible, on sentait que c'était le seul objectif de la jeune fille.—Où puise-t-elle ce courage?pensa Maëlle.A sa place je ne pourrais pas, je le sens bien.Je serais tout de suite désemparée.Elles se quittèrent et, sans fâcheuses rencontres, même dans les parages de "Bouffée d'air".Maëlle regagna "Bellevue".Au sortir de la "Caroline", la villa trop blanche, coiffée de tuiles rouges, décorée de bois vert découpée, offrant son architecture contournée à l'admiration des passants et ne se iv->t-vant même pas l'intimité d'un jardin fermé, puisque, de partout, on pouvait épier les faits et gestes des habitants, parut 26 LE PANORAMA Montréal, Octobre 1919 vraiment a la jeune fille l'expression des arrivistes, sans passé, et soucieux avant tout d'étonner le voisin.—Des arrivistes?pensa Maëlle, sommes-nous autre chose?Elle se sentait comme sans racines dans la vie: on lui parlait si rarement de son père, de son grand-père.Elle ne savait presque rien d'eux.Les Montguyon, au contraire, avaient une tradition.Elle gravit les marches du perron.Mme Hermenault était à la cuisine, son chapeau encore sur la tête.—Ah! c'est toi! dit-elle, va retrouver ta grand'mère qui est dans la salle à manger.S ^ Par la baie, toujours ouverte, on apercevait la mer qui descendait, moirant la plage de réseaux humides où se reflétait l'azur du ciel.Mme Courtalain n'aimait pas les ouvrages à l'aiguille : elle était inactive dans un fauteuil.—Eh bien! cette visite s'est-elle bien passée?demanda-t-elle.—Oui, grand'mère, figurez-vous que Pierre est arrivé! —Je le sais, interrompit Mme Hermenault qui entrait à son tour.—Qui vous l'a dit, maman?—Le commandant Rivedoux que j'ai rencontré tout à l'heure, comme j'allais jeter une lettre à la poste.Je te dirai même pourquoi Pierre est venu en permission.—Moi aussi, maman! Il a été mis à l'ordre du jour pour avoir sauvé deux ouvriers au cours d'une grève.—Ah ! le sang des Terre-Neuve s'est réveillé en lui ! interrompit Mme Courtalain avec un petit rire sec.\ —Oui, c'est beau, n'est-ce pas, maman?—Pourtant, reprit Mme Hermenault, évitant une réponse directe, si j'en crois le commandant, cette action d'éclat ne serait pas le motif exclusif de sa venue.Autour de lui, on désire le marier.Devine avec qui?.Maëlle balbutia: —Paulette Arvert, peut-être?—Paulette?Tu n'y penses point! Elle n'a pas le sou ! Et Pierre n'a que trente mille francs de capital et sa part de la "Caroline".à peine cinquante mille francs en tout! Non, le projet est plus brillant.Il s'agit de Mlle Fournery!.—On le lui a dit?—A qui?A la demoiselle?Non! on ne dévoile jamais ces choses-là à l'avance.—Je parlais de Pierre Montguyon.—Le commandant lui a seulement écrit."Si vous venez, vous en serez récompensé, car je vous ai trouvé une femme délicieuse en tous points." Tu comprends, il serait bien difficile s'il tournait le nez sur Germaine Fournery.Du reste, nous assisterons après demain àda première entrevue.Pour ne pas la rendre trop apparente, le commandant nous invite aussi à venir prendre une tasse de thé chez lui.Maëlle auraif voulu pleurer, crier, mais elle se raidit, et, très pâle, elle gagna la porte.—Où vas-tu?lui demanda sa mère.—Dans ma chambre.enlever mon chapeau.Quand elle fut en haut, elle se jeta sur la petite chaise basse qu'elle aimait et elle éclata en sanglots.On voulait marier Pierre, et cela, à l'heure où elle venait de reconnaître en lui le prince Charmant attendu, désiré, mais c'était impossible! Tout en elle se révoltait à cette pensée! Du reste, n'était-elle pas aussi celle dont il avait rêvé lorsqu'il essayait de se représenter son avenir?Sans cela, qu'aurait signifié le regard tendre et profond dont il avait enveloppé ses adieux.Germaine Fournery n'était pas faite pour lui plaire: elle n'était pas jolie, elle avait des allures masculines; elle était presque de son âge! Enfin elle ne lui convenait pas plus que l'inconnu très riche, qui, le surlendemain, serait suûrement perdu au milieu des invités du commandant, ne conviendrait à Maëlle.—Tout çà, décida la rebelle, ce sont des idées des Rivedoux! Et peut-être même, n'est-ce que de la comédie pour détourner mon attention.Mais je leur prouverai que j'ai un coeur, une intelligence et une volonté.Sans me gêner, je dirai ma pensée sur le candidat offert.El, au bout d'un moment, elle conclut tragiquement: —Si je n'épouse pas Pierre, je ferai comme Chantai: je resterai vieille fille!.F V _ Ce n'était pas tout d'un coup que Je commandant Rivedoux et sa femme s'étaient découvert la vocation de marier les gens.D'abord, après une existence agitée qui les avait cahotés à travers de nombreuses garnisons de France et d'Afrique, ils avaient trouvé Breuil solitaire et un peu mélancolique.Très gais de leur naturel, aimant beaucoup la jeunesse, jouissant d'une certaine fortune, ils avaient toujours eu l'habitude de recevoir, d'être entourés; le tête-à-tête leur avait vite pesé et, pour le rompre, ils avaient invité des amis.Le hasard avait mis en présence, chez eux, un jeune homme et une jeune fille.Ravis, se frottant les mains, le vieux couple —qui s'intitulait volontiers Philemon et Baucis—avait assisté à i'éclosion d'un joli roman: il en était résulté un mariage où tout était réuni, l'inclination et les convenances de situation.Le bruit s'en était répandu dans le pays.A la belle saison, quelques mères, en villégiature sur la côte saintongeoise, étaient venues rendre visite au commandant et à Mme Rivedoux, et, après les premiers compliments, leur avaient glissé en confidence: —Ne connaîtriez-vous pas un mari pour ma fille?Je sais que vous avez bonne main !.Ou encore: —Mon fils désirerait se marier, mais nous n'avons pas de jeunes filles dans notre entourage.Alors, nous avons pensé à vous.Vous êtes si aimables, si obligeants.Le ménage Rivedoux avait gardé de son passé militaire de nombreuses relations: ils en réveillèrent d'autres qui, sans cela, eussent continué de sommeiller.Bientôt la poste apporta de volumineux courriers et le commandant, homme méthodique s'il en fût jamais, dut, pour s'y reconnaître, acheter un registre où, sous le nom des candidats, et des candidates au mariage, il inscrivait leur âge, leur situation Sociale, leur fortune, leurs espérances, voire même leurs qualités physiques et morales.La photographie était jointe au dossier.Il était donc facile de documenter les intéressés.Bientôt, cela devint une passion chez les Bivedoux.Sans en être sollicités, pendant les soirées d'hiver, ils s'amusaient au petit jeu matrimonial, piquant une fiche par-ci, une fiche par-là, pour voir si le hasard ne réunirait pas deux jeunes coeurs faits pour se comprendre.Il y avait des mariages qui étaient leur orgueil, dont ils parlaient sans cesse comme pour encourager ceux qui étaient encore hésitants, tel par exemple celui de ce grand seigneur polonais envoyé à Breuil sur l'ordre de son docteur parisien, un Charentais de fine trempe, et qui, en même temps que la santé, avait rencontré une femme délicieuse—une jeune fille d'excellente famille, mais sans dot—qu'il avait épousée et emmenée dans son château de Pologne.Le prince et la princesse Vo-linski! On ne pouvait pas causer longtemps avec les Rivedoux sans en entendre parler.Leur nom voltigeait sans cesse entre les murs de la villa "BaucK".En revanche, le commandant et sa femme glissaient vite sur les trois ou quatre divorces qui avaient résulté de leurs savantes combinaisons.Ile essayaient même de n'y point penser pour éviter le découragement ou le sceptioisme.Leur agence avait d'autant plus de succès qu'elle rendait des services absolument gratuits.Seuls, dans le grand hall qui tenait lieu de salon, des marbres et des bronzes racontaient les reconnaissances qui s'étaient traduites sous une forme tangible.Pour l'instant, le vieux ménage n'avait que deux idées en tête: marier Germaine Fournery et Maëlle Hermenault.Chantai! On avait essayé déjà, mais sa dot était mince; sous Montréal, Octobre 1919 LE PANORAMA 27 aucun prétexte, elle ne voulait se séparer de ses petits neveux.De telles conditions n'attiraient pas les épouseurs.—Tu verras, prophétisait Mme Rivedoux d'un air entendu.Plus tard, elle entrera au couvent comme sa soeur Bernadette.Lorsque les habitantes de la villa "Bellevue" gravirent les degrés du péristyle qui menait au salon, décoré de marines largement brossées par un ami du commandant, l'apparition de Maëlle, habillée de mousseline brodée et coiffée d'une grande capeline d'Italie, mit dans l'air comme une traînée lumineuse.Elle n'était plus pâle; elle avait même un peu trop de rouge aux pommettes comme quelqu'un qui a la fièvre.Avant de partir, sa mère lui avait, presque de force, promené la houpette de cygne sur la figure.—Laisse-moi faire! disait-elle en même temps! Il faut que tu sois jolie aujourd'hui, que tu fasses honneur à nos vieux amis.Dès l'entrée, Maëlle découvrit Pierre que M.Fournery avait bloqué dans une embrasure de porte.Il se libéra pour venir la saluer.—Réjouissez-vous, chuchota-t-il sur un ton de mystère, notre conspiration marche à merveille! Un jour que le temps sera sûr et le vent favorable, le père Joussot nous prendra dans sa grande chaloupe.Maëlle sourit faiblement: l'avant-veille, elle se fût réjoui du joyeux projet, mais la présence de Mlle Fournery mettait une menace dans son ciel d'azur.La jeune héritière était assise auprès de Chantai, et si absorbée par ce que celle-ci lui disait qu'elle ne semblait pas s'apercevoir de ce qui se passait autour d'elle.Failaiit-il s'étonner qu'elle désirât resserrer les liens d'affection qui l'unissaient à son amie?En somme, elle avait à peine vingt-cinq ans! Et tout en blanc, comme elle était ce jour-là, elle paraissait plus jeune, moins austère, presque jolie.Paulette vint glisser la main sous le bras de Maëlle.—Enfin, vous voici! Il me tardait que vous arriviez! Je m'en-nuaiys au milieu de ces figures étrangères.Je les ai bien remarquées dans l'avenue ou à la chapelle, mais, il me serait impossible de les coiffer d'un nom.Et vous?Mme Courtalain et Mme Hermenault, cueillies dès la porte par les maîtres de la maison, venaient d'être conduites à des fauteuils éloignés, à l'abri des perfides courants d'air.Bien sûre que sa mère ne l'entendrait point, Moelle riposta sur un ton d'ironie: —Vous dire le nom de tous ces gens, ma chère Paulette, à quoi bon?La plupart, ménages sans enfants, demoiselles mûres, jeunes garçons aspirant au baccalauréat, ne sont ici qu'en qualité de comparses, pour faire nombre! En réalité, il n'y a que quatre premiers rôles.—D'abord, Mlle Fournery et Pierre, n'est-ce pas?—Justement! je vois que vous avez éventé la mèche! Il y a aussi, moi et un Monsieur que je ne connais pas encore, mais que je connaîtrai bientôt, car on ne va pas tarder à me le présenter! Vous le devinerez à ce signe qu'ii me demandera probablement si je me plais à Breuil et me tournera une phrase banale pour exprimer l'impression que ce pays lui a produite.Paulette éclata de rire.—Vous êtes amusante! On voit que vous avez une longue habitude des entrevues.—Je vous crois.Ainsi, dès à présent, je puis vous indiquer quel est celui que l'on me destine, c'est ce Monsieur au teint bilieux qui est adossé à la cheminée; il m'a regardée déjà plusieurs fo:.s à la dérobée et d'un air préoccupé.—On l'a nommé tout à l'heure devant moi.Il s'appelle Fro-mentel et il est planteur de caoutchouc au Congo.—C'est donc pour cela qu'il a une cravate de sang de boeuf et une épingle trop brillante.A force de vivre au milieu des nègres, on en prend les goûts.Eh bien! Paulette, rappelez-vous ce que je dis: M.Fromentel aura beau mettre ses plantations à mes pieds—et elles doivent être grandes ses plantations, pour que maman, qui a si grand'peur de l'eau, ait.consenti à l'entrevue—je ne me baisserai point pour les ramasser! —Vous aurez bien raison s'il ne vous plaît pas! Moi, je sens que je ne pourrais pas me marier dans de semblables conditions.Je préfère travailler, être une simple massière.Maëlle soupira: de plus en plus, elle admirait la belle vaillance de sa petite amie.Elle eût voulu pouvoir l'imiter.Mais en était-elle capable?Très sincèrement, à cette question, elle était obligée de répondre non.Devant elle, pour entrer dans la vie, elle ne voyait qu'une seule porte, celle du mariage.Le commandant s'approcha, remorquant son protégé: —Mademoiselle Hermenault, je vous présente un de mes bons amis, M.Fromentel, venu du Congo pour prendre une tasse de thé avec nous.Vous le voyez, on ne saurait être plus aimable!.A l'être autant, je ne vois que le prince et la princesse Volinski qui, l'an dernier, ont fait le voyage de Pologne pour fêler nos vingt-cinq ans de mariage.Involontairement, Maëlle avait reculé dans l'embrasure d'une large baie; M.Fromentel 1' ysuivit.— Vous plaisez-vous à Breuil, Mademoiselle?commença-l-il.Le fou rire monta aux lèvres de Paulette.Elle le dissimula dans son mouchoir et se sauva vers Chantai, à qui, sans doute, elle voulait raconter la bonne histoire.Le planteur n'avait rien vu, rien compris.Sans même attendre la réponse de son interlocutrice, il continua en bredouillant un peu, comme un homme très intimidé: —A mon arrivée ici, j'ai été séduit tout de suite par la beauté de la forêt et le charme discret des villas qui s'y cachent.¦—Oh! "Bellevue" se montre à tous! riposta Maëlle.Malheureusement! —Pourquoi malheureusement?Il me semble que votre habitation doit être fort agréable.Mademoiselle?—Je lui préfère "Jeanne-d'Arc", le chalet de M.Fournery: on y est mieux chez soi !.—Mlle Fournery, n'est-ce pas cette jeune fille qui est assise là-bas, sous un palmier?—Justement! La plus riche héritière du pays, Monsieur! Le cognac Fournery! Tout le monde le connaît!.—J'ai beaucoup entendu parler d'elle autrefois.Elle a été fiancée à l'un de mes amis lorsqu'elle n'avait que dix-neuf ans.—Pourquoi ne l'a-t-elle pas épousé?—Quinze jours avant le mariage, le pauvre garçon fut victime d'un accident de voiture.On prétend qu'elle ne peut s'en consoler.Une aube d'espoir monta dans le coeur de Maëlle.Si M.Fromentel disait vrai, les projets du commandant Rivedoux en resteraient à la première page.Et alors Pierre.Mais, à ce moment, la jeune fille surprit un geste de Chantai qui appelait son frère auprès d'elle.Il s'approcha; ce fut Mlle Fournery qui lui parla, et, tout à coup, la physionomie du lieutenant se rembrunit, ses sourcils se froncèrent comme sri son êire moral se ramassait devant une explication nécessaire.Pourtant, il parue répondre affirmativement à la demandé qui lui était faite, car les jeunes filles se levèrent et il emboîta le pas derrière elles.De son poste d'observation, Maëlle aperçut Pierre et.Germaine sur la terrasse.Chantai les avait quittés pour rejoindre Paulette qui courait comme une enfant avec les plus jeunes hôtes de la villa Baucis.Ils étaient seuls: elle assise, lui debout.Que se disaient-ils?Mlle Fournery parlait.Elle était grave.Il y avait cependant de l'ardeur dans son beau regard droit, dans ses gestes mesurés.Pierre l'écoutait.grave aussi, mais point triste! Sur son Iront, il y avait de la sérénité, et, dans ses yeux, presque de la joie ! Par moments, il parlait à son tour et, de la main, sans brusquerie, mais nettement, il appuyait ses paroles.Maëlle n'était plus à la conversation du planteur; celui-ci lui décrivait cependant la vaste habitation où il se trouvait bien seul; il l'entretenait, de ses voisins, qui étaient gens de bonne compagnie et d'agréables relations; de Brazzaville où l'on pouvait se rendre facilement.Mais autant s'adresser aux fresques 28 LE PANORAMA Montréal, Octobre 1919 qui laissaient voir des couchants empourpres à travers des fûts violacés de pins! L'attention de la jeune fille était tendue vers l'entretien dont elle ne pouvait rien surprendre, mais dont elle avait peur de deviner l'objet.Loyalement, avant de permettre à Pierre d'aspirer à sa main, Germaine lui disait peut-être: —Je tiens à ce que vous connaissiez le passé.Un quart d'heure, ils causèrent de la sorte.Pour ne pas laisser deviner où était son esprit, Maëlle bavarda à tort et à travers.Dans l'esspoir d'effaroucher la prétendant, elle raconta tout ce qui lui passait par la tête.—Moi.d'abord, il nie faudra un mari qui soit à mes pieds, comme maman et grand'mère.Autrement, ça ne marchera point.A un moment même, elle demanda avec impertinence où se cultivait l'arbre qui produit le savon du Congo.- M.Fromentel para ssait disposé à sauter par-dessus tous les obstacles; il riait des saillies de la jeune fille, et, peu à peu s'enhardissait, devenait presque familier, comme un homme qui s'est observé un moment, mais qui revient volontiers à son naturel vulgaire et débridé.A la fin, Maëlle, écoeurée.finit par se taire.Ses yeux retournèrent à la terrasse: Pierre et Germaine se séparaient après une solide poignée de mains.Il lui sembla que tout vacillait autour d'elle, que le grondement, lointain du Perthuis de Malebouche remplissait ses oreilles.M.Fromentel se changea en une ombre grimaçante; elle ne distingua plus de lui que sa cravate rouge et son épingle étin-celante.—Je vais m'cA-anouir, pensa-t-elle avec angoisse; il faut que je sorte d'ici.Une des demoiselles mûres s'approchait du piano pour chanter une romance; Maëlle en profita pour bredou lier.—Monsieur, je vous demande pardon, mais la chaleur m'incommode.Je vais rejoindre mes amies.Il s'inclina, un peu déçu par cette brusque séparation.Mme Hermenault.rivée à son fauteuil par les convenances, s'éventa un peu plus vite pour marquer l'irritation que lui causait la conduite de l'enfant gâtée.Celle-oi ne jeta pas un regard de son côté.Presque en courant, comme si elle craignait d'être poursuivie, elle descendit les degrés du péristyle.Germaine i^tail seule et toujours assise, le coude à la balustrade de Pierre; ses yeux semblaient perdus dans le lointain de mer qu'on apercevait entre les pins, une éblouissante traînée de soleil qui éclaboussait d'or le sable de l'Ile et l'eau glauque moirée d'azur.Maëlle s'approcha: —A quoi ou à qui rêvez-vous?jeta-t-elle soudain.Le ton était acerbe: il étonna Mlle Fournery qui se retourna pour regarder sa jeune interlocutrice.— Qu'avez-vous contre moi?demamla-t-elle franchement sans répondre à la question.Des larmes jaillirent des yeux de Maëlle: —Je suis si énervéfe ce soir.—Il ne faut pas se laisser dominer par les nerfs.Au con-Iraire.il faut apprendre à leur commander.—A*la maison, personne ne me l'a appris!.Je vous admire, vous! Rien ne vous démonte! Pour un peu, je vous croirais de pierre ou de bois, si, aujourd'hui même, quelqu'un ne m'avait dit que votre coeur avait battu autrefois.Est-ce vrai?Germaine pâlit sous le brusque attaque.Oui, l'enfant avait élé mal élevée: on ne lui avait pas appris qu'il y a des coins secrets du opeur dont il ne faut soulever le voile que d'une main pieuse.El cependant, comme elle s'intéressait à cette petite nature spontanée qu'elle devinait généreuse, susceptible d'amélioration, elle ne voulut pas la faire se cabrer sous une parole trop dure, et, avec bonté, elle répondit: —Oui.c'est vrai! Mon fiancé était un de mes amis d'enfance.Je ne me souvenais pas d'avoir commencé à l'aimer.Depuis, bien des fois, on a voulu me parler mariage.Sans parti pris, en me disant qu'il n'était peut-être pas bon de m'attacher à un souvenir unique, j'ai essayé d'examiner les qualités des prétendants et le mouvement de mon coeur, mais, chaque fois, à l'é-loignement que je ressentais, j'ai compris que Dieu me destinait au célibat, et cela, sans doute, parce qu'il avait une oeuvre à me confier.Alors, je me suis donnée aux pauvres, aux malades, aux petits enfants, et je sens que c'est bien là ma véritable vocation.—Cela n'empêche pas que, quelquefois encore, on vous présente des candidats.Aujourd'hui, par exemple.—Mon pauvre oncle nourrit des illusions que mes parents ont depuis longtemps abandonnées.Il écoute ceux qui lui parlent de bonheur pour sa nièce! C'est ainsi qu'aujourd'hui, il m'a entraînée à la villa "Baucis" avec l'espoir que je me laisserais enfin fléchir.Fort heureusement, celui que l'o nvoulait m'offrir ne se sent pas plus attiré vers moi que je ne me sens attirée vers lui.Et si j'ai tenu à avoir une franche explication, c'est parce que je désirais que ce projet, élaboré en dehors de nous, ne brisât pas les relations affectueuses que j'ai renouées avec Chantai Montguyon.Nous nous sommes entendus à merveille, le lieutenant et moi! On voisinera encore entre la "Caroline" et 'Jeanne d'Arc!" —Que vous me faites plaisir!.Il y a des heures où je me sens désemparée.Paulette me disait, l'autre jour, qu'elle avait l'impression d'être une petite barque auv voiles gonflées qui file droit vers le port.Moi, il me semble au contraire que je glisse sur l'eau, au hasard, sans savoir où je vais.Tout ira bien tant que le ciel sera bleu, la mer, paisible, mais supposez que les nuages s'amoncellent, que le vent se lève, qu'arrivera-t-il si un bon pilote ne monte pas à bord?Ma barque s'en ira à la dérive.Peut-être même chavirera-t-elle! Oh! je me connais, allez! J'aurais besoin d'un guide, plus sérieux que moi.Pas ce M.Fromentel qu'on m'a présenté aujourd'hui, qui ne s'est pas préooeupé de savoir ce que je pensais, ce que je valais, qui m'a traitée comme un petit oiseau dont le plumage lui plaisait et qu'il ne serait pas fâché de mettre en cage pour le ramener au Congo!.Non, pas lui! Un autre! qui, avant tout, chercherait ce qu'il y a dans mon coeur! Je me demande pourquoi je vous raconte tout cela, Mademoiselle.Je vous connais à peine! Mais vous m'inspirez confiance.Et puis comment m'ouvrir à Chantai?C'est impossible!.Alors, ça m'étouffe!.il faut que ça sorte!.—Je suis sûre que vous ne vous êtes même pas confiée à Dieu! —Non!.Dieu est si loin!.—Pas du tout! Il est tout près de nous! Tous les jours, il nous attend."Bellevue" est à côté de la chapelle, je ne vous y vois jamais en semaine.—Ah! voilà! c'est que maman et grand'mère ne sont pas contentes lorsque je vais à la messe un jour qui n'est pas le dimanche.Çà ne m'est pas arrivé souvent, mais, enfin, quelquefois, j'ai eu cette idée, pour l'anniversaire de la mort de papa, par exemple, mais alors, on prétend que je réveille les autres en-piétinant, dans ma chambre et puisque ça me fatigue de me lever de bonne heure.Toute la journée, on me dit: "Que tu es paie! C'est ridicule de faire ces coups de tête!" Alors, ça me dégoûte, je reste au lit.Je crois aussi que je ne sais pas parler à Dieu.Il ne me répond jamais.Vous, au contraire, vous êles làv vous m'éooutez, vous me répondez.vous me souriez.Voyons, n'ai-je pas raison de chercher avant tout un guide dans mon futur mari?—Absolument raison! —Alors, je tiendrai bon! Dès ce soir, si l'on me parle de ce Fromentel, je dirai ce que j'en pense!.A ce moment, le commandant Rivedoux montra sa figure de grognard, congestionnée pas les devoirs de maître de maison.—Mademoiselle Hermenault! cria-t-il, on vous réclame au salon.—Pourquoi faire?—Pour jouer un morceau de piano.—Je ne sais rien par coeur.(A suivre) Montréal, Octobre 1919 LE PANORAMA 29 J*»»1IH|I1IUMII»»«»1^ ¦ _ _ i»! ï m I I ï 1 m m I * BUSHMAN ET BEVERLY BAYNE DEUX talents supérieurs dont le jeu plaît au public qui aime à les voir ensemble sur la scène.Bushman et Beverly Bayne partagent sûrement le goût du public car la vie privée les rapproche plus intimement encore que le théâtre; ils sont en Effet mariés.Leur bagage artistique est important; ils ont paru dans des rôles d'une exécution parfois extrêmement difficile et ils les ont interprétés avec un naturel et une expression qui les a classés tous deux parmi les meilleurs .Leur nom sur l'affiche est une garantie de bon spectacle .Francis Bushman LA PERFECTION EXISTE-T-ELLE EN CE MONDE?OUI, prétendent ceux qui connaissent Blanche Sweet.Et, de fait, la grâce de l'artiste n'a de comparable que la "douceur" de son nom.Elle ne manque pas d'admirateurs ce qui se comprend bien mais elle a, paraît-il, très peu de jalouses, ce qui surprend davantage car la vilaine jalousie manque rarement de s'attaquer à ce qui est supérieur.Blanche Sweet a passé un contrat avec la Cie Pathé et le programme à l'étude comporte, nous dit-on, des merveilles.Tant mieux pour le public.Beverly Bayne ï I x ¦ * m m * ï * w.i ¦ M I ï ?m m m m ( ï ¦ 1 ï ¦ ?¦ NE l*^*«xxx»»x***xx^ 30 LE PANORAMA Montréal, Octobre 1919 mmmmKmmmmmmmmummm ——imh.¦.¦¦ „.Tr|.MMMro.„.mibmmhmm 1 interviews d'étoiles £ lot: .G US ON SUR LE SUCCES ET LES MOYENS D'Y PARVENIR ?* I * I m * I ?AU THEATRE plus que partout ailleurs, d/rt Elsie Ferguson, on entend des remarques désobligeantes sur ceux qui arrivent à la renommée.Je ne sais pas exactement, ajou-te-t-elle, comment on se comporte ailleurs, mais chez les acteurs et les actrices, la jalousie règne en maîtresse.C'est un tort et quand j'entends des mots désagréables à l'adresse de ceux qui connaissent le succès, il me semble que cela atteint non seulement ces personnes mais également celles qui se rendent coupables de médisance ou de calomnie." 6 i, La jalousie et l'envie empêchent de s'élever au-dessus des autres et retardent le progrès; c'est comme un poison qui affecte la racine des plantes et diminue leur rapport.Je me souviens qu'il y a environ un an, j'entendis deux fdles de la troupe parlant de moi.L'une disait : " Je travaille autant qu'elle et je suis toujours parmi les figurantes alors qu'elle est classée comme étoile.Ce n'est pas juste!" Je voulus alors enr temlre la réflexion de l'autre et voici quelle fut sa réplique: "Je la regarde à l'oeuvre chaque soir et je tâche de m'instruire ainsi en l'observant.Peut-être que cela me donnera la chance d'être également une étoile quelque jour.Les débuts doivent être modestes pour tout le monde." Ce langage raisonnable me plut tellement que j'attirai l'attention du Directeur sur cette jeune fille et, actuellement, elle occupe un poste élevé dans le monde artistique.Elle ne sait pas que j'ai parlé pour elle et son travail m'a prouvé qu'elle était qualifiée pour le poste qui lui a été confié.Qu'est devenue l'autre jeune fille?Je n'en sais rien; elle a été de côtés et d'autres au hasard des événements et emportant probablement toute son amertume partout où elle va.Il y a place pour tout le monde ici-bas et ceux qui ont du talent trouvent toujours à l'employer.Si l'un ne le reconnaît pas, l'autre le reconnaîtra et vous aurez sûrement quelque jour 1'occasi.on favorable de faire emploi de vos capacités—à condition, bien entendu, que vous en ayiez.Cela ne me cause aucun chagrin de savoir qu'il existe des centaines d'autres étoiles dans le monde des Vues Animées; en fait, j'en suis heureuse même car cela me fait travailler toujours davantage afin de me créer une personnalité plus-distincte.Bien qu'il y ait des milliers d'actrices, il n'y en a pas deux qui se ressemblent exactement.Il en est de même pour toutes les professions ; l'employée d'un magasin, l'écrivain, le simple ouvrier ne gagnent rien à dénigrer l'oeuvre des autres tandis qu'ils peuvent améli o r e r grandement leur condition en se perfectionnant eux-mêmes.Noua ne pouvons être toutes adroites, belles ou charmantes, mais nous pouvons faire tous nos efforts pour améliorer notre façon de travaillr et saisir l'opportunité au passage.•a * J'ai connu une jeune femme qui avait un certain quoique modeste talent dans le dessin.Elle était pauvre et ne pouvait prendre de leçons pour développer son habileté; elle alla travailler dans un grand magasin de robes et au bout de quelques mois eut de côté quelques économies.Toutes les autres filles de rétablissement dépensaient leur argent en robes et elles trouvaient indispensable d'être toujours vêtues à la dernière mode.La jeune femme, aux approches de l'hiver, fut ibien tentée de s'acheter un beau manteau et d'autres vêtements avec ce qu'elle avait épargné.Elle hésita longtemps et enfin prit une décision.Ce qu'elle avait économisé pour le luxe, elle l'employa pour un cours d'une année, le soir dans une grande école de dessin.Les autres filles se moquèrent d'elles mais aujourd'hui elles constatent ceci: c'est que la jeune femme est maintenant titulaire d'un très bel emploi comme dessinatrice dans une maisop de robes de la 5ème avenue.Elle peut aujourd'hui acheter tout ce qui lui plaît i 1 M 1 % M m I 1 ï ¦ ï ï I I m i ¦M * 1 * I Montréal, Octobre 1919 LE PANORAMA 31 |*xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx* j| *x*xxxxxxx*x*xxxxxxxxxxx*xxxx*xxxxxxxxxx*xxxxxxxxx******^ x i x I x x 8 et je crois savoir qu'elle économise encore dans le but de posséder elle-même un jour son propre établissement.Il lui a fallu du courage .et de la persévérance ^our en arriver là; elle n'a certainement pas, pendant ses jours d'épreuve, perdu son temps à jalouser les riches et à sa lamenter sur son propre sort et elle s'en trouve bien aujourd'hui.L'envie ne va pas d'accord avec l'amour non plus.J'ai entendu souvent des femmes se plaindre que leur mari n'était pas aussi riche que d'autres.Gela rendait leur vie misérable ; elles ne pensaient qu'aux belles maisons et aux bijoux que les autres possédaient.Au lieu d'encourager leurs maris, elles ne pensaient qu'au présent et se lançaient dans des dépenses inconsidérées potfr imiter celles qu'elles enviaient.Naturellement la catastrophe arrivait bien vite et c'était la ruine pour la famille.Les femmes jalousent davantage les femmes que les hommes les autres hommes.Les hommes lutteront et travailleront pour arriver à l'aisance et peu d'entre eux gaspilleront leur temps en inutiles jalousies.Peut-être les hommes comprennent-ils mieux que nous que la chance est égale pour tout le monde et que nous pouvons améliorer notre condition si nous aidons les événements, si nous faisons emploi de ce qu'il y a de meilleur en nous.EPOUSES ET ACTRICES N'enviez personne à cause de ses suecès; essayez d'en faire autant, cela vaut mieux.Un regard optimiste sur les choses de la vie vaut mieux pour réussir que les réflexions caustiques faites sur les autres.Personne ne fait de cas de ces remarques, excepté les bavards et causeurs de troubles et si vous regardez autour de vous, vous constaterez que ceux qui s'adonnent à ces coutumes n'arrivent jamais à rien.Il y a deux forces antagonistes qui modifient notre vie: la destructive et la constructive.Les forces destructives tians la pensée, la parole ou l'action attirent les éléments destructifs; les pensées, paroles ou actions constructive* agissent comme un aimant qui attire le succès, le bonheur et la satisfaction d'esprit.Il n'est jamais trop tard pour bien faire ; éliminez dès aujourd'hui toutes pensées envieuses et commencez la reconstruction de votre attitude mentale; dans un an d'ici vous serez heureuses du changement opéré et le succès viendra à vous.Elsie Ferguson.4.k LES ACTRICES font-elles de bonnes épouses ?Voilà une question pas mad épineuse et difficile à résoudre.Il n'y a pourtant que deux genres de réponses: "oui ou non", mais chacun trouve des arguments toujours nouveaux quoique peu probants en faveur de la réponse qu'il préfère.Tout dépend probablement des maris.Celui qui veut une femme demeurant continuellement à la maison et s'oocupant de ees mille petites choses appelées ordinairement travaux féminins et qui ont la réputation de rester inachevés, celui-là ne doit pas choisir pour femme une actrice.D'autre part, si un homme aime sa tranquillité et voit, en conséquence avec plaisir, sa femme rentrer tard tous des soirs et partir pour des voyages de plusieurs mois, celui-là doit épouser une actrice.Il y en a enfin qui prétendent que les actrices font de bonnes femmes.quand elles lâchent le théâtre ipour la même raison qu'un aviateur ne peut se faire mineur qu'à la condition de lâcher l'aéroplane.Toutefois en examinant bien la question, on finit par la trouver futile et l'on pense qu'il vaudrait mieux la poser autrement : " " Les épouses font-elles de bonnes actrices ?" Cela, au moins, offrirait de sérieuses chances pour les arguments nombreux.— o — ENTRE DEUX SCENES Dans leurs instants de loisir, les artistes aiment à raconter d'amusantes historiettes pour passer le temps.Dans une scène qu'il venait de jouer, William Russell avait reçu une injection hypodermique—simulée, bien entendu—et cela lui rappela une chose qu'il raconta à sa partenaire, Fritzi Brunette et que voici dans toute 6a saveur.Un noir, quelque chose comme unbouledoguehumain écrivit, du camipenient, ce qui suit à sa femme: "Les blancs m'ont injecté dans le bras une sorte de sirop composé, de sang de taureau enragé et de coq de bataille, ce qui rend un noir capable de battre tout un régiment d'artillerie.Je sens déjà que ça me travaille.Quand je vais arriver à la maison, si ça ne va pas à mon goût, tu peux te préparer." La femme, effarouchée, porta la lettre au juge du pays qui lui demanda: —Bon.qu'est-ce que je peux faire pour vous dans cette occasion?—Juge, répondit, la femme, accordez-moi le divorce ou donnez-moi un peu de ce sirop-dà! x ?I x M I I ï X I * X I X kxxxxxxxxx*xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx**xx***xxxxxx*^^ 32 LE PANORAMA Montréal, Octobre 1919 xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx »¦ ¦ x x x x x ï x ?¦ ¦ ¦ ?x x I X 1 X L'ART SOUS-MARIN MAURICE TOURNEUR, producteur de vues, est un enthousiaste; aucune difficulté ne l'arrête quand il s'agit de surveiller et de diriger le jeu de ses acteurs.Peut-être entrerait-il dans le feu s'il était nécessaire pour cela, en tout cas il n'a pas hésJté à se plonger dans l'eau.Ce fut à l'occasion du scénario "The White Heater", qu'il acomplit cette prouesse.Une scène représentait deux plongeurs se battant sous les Ilots; comment faire pour indiquer aux acteurs l'exacte position à tenir et l'attitude à prendre?Maurice Tourneur en trouva bien le moyen: il fit imprimer le sénario sur feuilles de caoutchouc, revêtit le vêtement, de scaphandrier et descendit tranquillement au fond de l'eau.Là, manuscritjen main, il remplit ses fonctions de directeur avec autant de calme—pius peut-être—que s'il eût été sur une scène en plein air.L'amour de l'art, mieux que le simple amour encore, ne connaît pas d'obstacles.¦ ¦ x i x x * I M ?g x 1 x : ?x i LE SAPHIR DE VIRGINIA PEARSON DANS son attitude méditative.Virginia Pearson semble écouter quelque chant mystérieux qui émanera.t du splen-diile saphir qu'elle porte en bague à la main gauche.L'harmonie des couleurs du précieux joyau pourrait faire Supposer qu'il ne sag t là que d'une allusion plaisante, mais Virginia Pearson prétend sérieusement qu'elle entend le murmure du bijou.C'est d'ailleurs une pierre magnifique et qui est une des plus grosses de ce genre que l'on connaisse au inonde.Elle provient du célèbre district de Colombie qui fournit même les Indes, pays des diamants rares.Selon la lumière, ce rubis change de couleur; il a parfois l'aspect d'un coeur rte flammes, d'autres fois il est comme rayé de gris ou encore bleu comme les eaux de l'océan.xxxxxxxxxxxxbxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx Montréal, Octobre 1919 LE PANORAMA 33 *************************************************************^ * #, LA MAIN DU COEUR * m * i ï 1 * * * 1 M * .C'EST la gauche, disent les uns, puisqu'elle est de son côté; c'est la droite, répliquent les autres car c'est généralement avec celle-là que l'on envoie les baisers à ceux qu'on aime.quand ils sont trop Ion des lèvres.Ce sont les deux mains, dit Robert Warwick, car elles doivent être au service du coeur, l'une aussi bien que l'autre.Le célèbre acteur a raison; la main droite, la main gauche, peu lui importe quand il s'agit de communiquer avec l'aimée.Quand la gauche est invalide, il donne des poignées de main avec le droite ; quand celle-ci à son tour ne fonctionne pas bien, l'autre sait télégraphier convenablement .Ces tableaux sont extraits de "Secret Service" où Robert Warwick tenait le premier rôle avec Wanda Hawley.Ils témoignent certainement de l'habileté de l'artiste mais on se demande avec une certaine curiosité ce qu'il aurait fait si ses deux mains avaient été blessées.Peut-être est-il comme les Japonais, pas trop maladroit non plus avec les pieds.^i>-_____ LES YEUX QUI PARLENT CE sont ceux de Marjorie Ram-beau, l'une des plus populaires actrices de tout le continent.On a pu dire d'elle que son silence est éloquent; sa beauté et l'expression de son regard justifient pleinement cette appréciation.Sous la direction d'Albert Gapellani, elle a accompli de véritables merveilles et ses admirateurs se chiffrent par centaines de milliers.Il y a là de quoi contenter le coeur féminin le plus difficile d'autant plus que 1ère de ses succès est loin d'être achevée.ï ************************** * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * i * * * * * I * * * * * * * * I * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * 1 * * * * * * i ? 34 LE PANORAMA Montréal, Octobre 1919 L'ILLUSION LA célèbre danseuse Irène Castle qui s'est remariée avec le capitaine Robert E.Treman, d'Ytha-oa, N.-Y., doit avoir parfois l'illusion de ne pas avoir perdu son premier mari.Le deuxième lui ressemble, en effet, beaucoup et c'est peut-être une des raisons qui ont décidé la jeune veuve à ne pas prolonger plus longtemps sa vie de solitude.Le voyage de noces a eu lieu dans les Adiron-dacks au lac Placide et la nouvelle épousée en a profité pour combiner les affaires avec le plaisir; elle a complété là .un film qui avait été commencé à Miami peu de temps avant son mariage.C'est une preuve nouvelle que l'amour, même en deuxième édition, ne fait pas toujours perdre le sens de la vie pratique.UN FILM A SUCCES Ce fut sans aucun doute "Secret Serv5= ce" de William Q51flet= te que le fameux ac= ternir avant écrit pour lun=même et qui a eu D'approbation, n o ru se u De me mit des critï= ques, mais du public tout entier.Cet pièce a été mount Artcraft" avec le capitaine Robert Warwick de la force expéditionnaire amé= ricaine comme pre= mier rôle.Wanda Hawley occupait le premier rôle féminin.A gauche de War= wick est Théodore Roberts, un des meil= leurs acteurs qui existent.i I M Montréal, Octobre 1919 LE PANORAMA 35 m ï I j ; BILL HART WiDDiann Hart a De physique de son emploi ; c'est un cow=boy • Dégendai= re, à fla plhysionio= mie expressive, un des mrnen 11 fleurs siraoïm fle meilleur du geo= re jusqu'ici.Ill connaît fla céflé= brité, fla vraie, ceflfle qui est faite d'ad= miration et de sym= tie.IRENE CASTLE ¦ La céllèbre dan= seuse Irène Castile s'est remariée ré= cemmeot avec fle capitaine Robert E.Treraan.Eflle a donc cfluangé de nom mais son ta= lent n'en a subi au= cune modification.Mme Treman a abandonné défini= tivement la danse pour se consacrer à Da scène.¦ m ï m m I I m m LE PANORAMA Montréal, Octobre 1919 T I : T."UNE CGiOSE A LA FOUS" Production de la Metro Pictures Corp.Direction John Ince.Rôfes : Stradivarius O'Day Charlet Carstock Prairie-Flower Marie Gorilla Lawsox Mac Leod Billings -Roughneck M.Dool Bert Lytett Joseph K if (/our Kih in Perçu Stanton Heck William A.Carroll Jules Hauft John Hack Au cours d'une promenade Stradivarius arrive devant un cirque que la malchance poursuivait.Pas de travail, pas d'argent; c'est la règle générale et le cirque la subissait comme tout le monde.Le râtelier des chevaux était vide et la bourse du personnel était plate.La gaîté ne régnait pas dans le cirque.Stradivarius constate cet état de choses avec le coeur léger d'un homme que les malheurs d'autrui laissent indifférent.Pourtant, il a un coeur, il va bien vite s'en apercevoir.Voici qu'il aperçoit une jolie écuyère, Marie Prairie-Flower, dont la grâce, la beauté—et peut-être aussi quelque clin d'oeil émoustillant—lui jettent dans l'âme un trouble jusqu'alors inconnu.Stradivarius est amoureux.Il a jle la décision et de la ténacité; il décide deux choses: épouser la jolie écuyère et devenir co-propriétaire du cirque.C'était sans doute de l'ambition et il était à prévoir que la réussite se ferait sans doute attendre mais Stradivarius, en plus de sa volonté, avait une méthode personnelle dont il était très fier."Une chose à la fois", telle était sa devise.Quand.il s'était fixé un but, il comptait les diverses étapes qui devaient l'y conduire et faisait de chacune d'ellles une étude et une entreprises spéciales et approfondies.Il ne laissait plus rien au hasard.Il alla donc trouver le Directeur du cirque et lui exposa sa requête avec insistance.Une scène du film Une autre scène Vaincu par son opiniâtreté, le Directeur finit par lui confier les hautes fonctions de laveur de son automobile Ford.Il fut bien vite familier avec la vie du cirque; il en "connut tout le personnel, artistes et autres et constata, non saut une forte grimace de déplaisir qu'un autre que lui était déjà amoureux ~*,t* Samoa.Quant au gouverneur Poyer, il était également très satisfait et il le prouva en faisant venir le principal chef des indLgènes, un grand et massif gaillard et d'autres chefs de tribus et il leur demanda de faire venir les meil-ancien9 costumes et, pendant plusieurs heures, Martin Johnson prit des scènes qui étaient loin d'être banales.Ce qui surprit également fort les indigènes, ce fut la projection d'éléphants, de girafes et autres animaux qui leur étaient totalement inconnus; la vue des "sky-scrapers" de New-York les plongea dans la stupéfaction, quant aux films truqués et qui représentent des scènes comme la réalité n'en offre jamais, ces films-là leur fit probablement penser que Martin Johnson était un être surnaturel dont la puissance était illimitée.Il y a des tribus particulièrement sauvages dans ces îles et l'explorateur n'est pas sans manifester une légère inquiétude à la pensée de ce qui pourrait arriver quand ils se verront reproduits sur l'écran.Peut-être croiront-ils à quelque intervention diabolique qui les effarouchera comme une bande de moineaux mais Martin Johnson espère bien les apprivoiser.Durant tout le temps qu'il passe avec les sauvages, il s'efforce de se concilier leurs bonnes grâces mais tout ne va pas sans quelque danger parfois.Il a, c'est vrai, une escorte bien armée et, d'autre part, il connait admirablement les moeurs des indigènes, ce qui est une double sauvegarde .Et puis, dit-il, que serait une aventure sans un peu de danger?C'est l'incertitude et la curiosité de voir ce qui arrivera qui fait toute la valeur d'une aventure.Ii a d'ailleurs emporté avec lui tout ce qui peut lui faciliter d'amicales relations avec les sauvages, entre autres une large provision d'étoffes de calico avec laquelle ils se font des "costumes de cérémonie" dont ils sont extrêmement fiers.Lors de sa première expédition, les tribus de Nagapete s'étaient comportées avec une certaine rudesse vis-à-vis de lui; ses trois appareils photographiques lui avaient été volés et détruits, Martin Johnson avait presque perdu tout le fruit de ses travaux mais cette fois, ses précautions ont été prises afin de le protéger contre toute éventualité.Espérons que ce deuxième voyage ne lui laissera que des souvenirs agréables et que, dans nos théâtres, nous verrons prochainement les originales vues qui lui coûtent tant de soins et d'efforts à obtenir.* * Martin Johnson en compagnie d'indigènes m 1 ï I 1 ¦ * * i ****************** **************** ********************^^ Montréal, Octobre 1919 39 * * * * * ****** * | ï I ï ï I i M * * MAY ALLISON EN PLEIN REVE MYSTIQUE Le réalisme m'exclut pas le mysticisme chez la même per= sonne.Bryant Washburn que l'on voit à l'occasion dans les actes les plus mouvementés sait prendre également l'atti= tude d'un apôtre cômplète= ment détaché des biens et des soucis de ce monde.N'en déduisons pas pour cela qu'il va quitter la scène et se consacrer aux oeuvresévangé= i8.MAY ALLISON est mieux que jolie.Il semble qu'elle soit pétrie de Beauté, de Sincérité et d'Amour.Elle a un sourire charmeur, une magnifique chevelure que l'on dirait faite de rayons de soleil et une mélodieuse voix de soprano qui lui valut les plus flatteuses appréciations.Il eût été regrettable que ces dons fussent restés ignorés mais la jolie actrice avait sans doute conscience de l'avenir qui l'attendait quand elle partit, pour se destiner au théâtre, de la plantation, en Géorgie, où sa famille résidait depuis plusieurs générations.Ses_déibuts connurent des succès rapides; admise au théâtre sans difficulté, May Allison remplit divers rôles très importants dans des comédies musicales.Elle n'était d'ailleurs pas inexpérimentée et avait cultivé sa voix dans l'intention d'accepter une offre faite par le Gaiety Théâtre de Londres.La Compagnie Metro qui a su grouper autant d'étoiles que d'acteurs et d'actrices ne devait pas manquer de s'assurer la collaboration de la jolie fille aux cheveux d'or et le public n'a pu qu'applaudir à cette décision.1 I * * * I ?I ******* **************** mÊÊmÊHÊmÊÊÊmmmammÊÊmmÊmmm 40 LE PANORAMA Montréal, Octobre 1919 ¦ * I * m m i - I ¦ I ¦ m ï ï ¦ m m 1 ï " BARE-FISTED GALLAGHER " (Gallagher Poing-Nu) ( Fin de la page 14) vers le blessé.Il reconnut Aliso Pete qui dut avouer le rôle qu'il jouait; il avait voulu attaquer la voiture et faire tomber les soupçons sur Gallagher en abandonnant l'harmonica de celui-ci sur l'endroit du crime.Il espérait ainsi se débarrasser pour toujours de son rival.¦d -h ir —Au revoir! Je retourne au Texas.Voilà ce que disait plus tard Gallagher à Mason dans sa maison rustique.Jem Mason ne comprenait rien à cette décision inattendue et elle s'expliquait moins encore la froideur que le grand cow-boy lui témoignait maintenant.Elle en eut la raison quand celui-ci lui tendit la note reprise à Aliso Pete et qui était censée être une lettre d'amour.Jem se mit à rire et montra à Gallagher qu'il s'agissait tout simplement d'une commande d'épiceries diverses.Un large sourire de contentement illumina le visage du cow-boy qui parut infiniment soulagé.Il s'approcha de Jem.—J'ai changé d'avis, lui dit-il, je crois maintenant que je n'irai pas au Texas et que je resterai ici.PARMI LES ETOILES (Fin de la paige 48) Agnès Vernon est née dans l'Orégon et a été instruite à Chicago et à Kansas City.Sa carrière théâtrale a commencé avec 1'Universal Bluebird.Artiste au talent très souple.ir ir ir Caroline Rankin, aée à Pittsburg, instruite à Clùcago.A "tourné" aux Cies Fox, Vitagraph, Ince-Para.Sait se grimer de superbe façon.ir ir ir Frank Lannino, né à Marion, Indiana.A paru dans de nombreux films où il a souvent assumé des* rôles d'une grande difficulté d'interprétation.Bandit très réussi dans la pièce Bare-Fisted Gallagher" ce qui ne l'empêche aucunement d être un parfait gentleman dans la vie ordinaire.ft ir ir Douglas Fairbanks, lui.ne se contente pas d'animaux gros comme le poing.Il a fait l'acquisition d'un lion de montagne et l'a baptisé Dynamite.Il a ensuite acheté un ours qu'il appelle Hyacinthe.Peut-être apprendrons-nous un jour qu'il s'est procur* 'n éléphant et qu'il fait construire un aquarium pour une baleine- ir ir ir William Desmond est né à Dublin (Irlande).Venu 1res jeune aux Etats-Un s, il reçut une solide instruction dans les écoles de New-York.Son début au théâtre fut heureux daria la fameuse pièce "Quo vadis".Le célèbre producteur Ince le distingua et lui confia de nombreux rôles dans lesquels William Destuond s'est affirmé comme un des meilleurs acteurs actuels.ir ir ' ' ¦ ¦'- La mise en scène de "Bare-Fisted Gallagher" a demandé une certaine énergie aux artistes".La scène s'est passée dans une section éloignée des montagnes San Gabriel et la compagnie a dû abandonner les autos faute de chemins confortables.Il a fallu faire à pied et avec tout le bagage nécessaire les dix-huit derniers milles conduisant à l'endroit choisi.Agnes Vernon bien connue sous le surnom de "Brownie" et qui joue le rôle de Jem Mason, est une petite femme qui a du nerf et du bon.Elle monte à cheval avec autant d'audace que de perfection et nage comme un vrai poisson; un plongeon d'une hauteur de c nquante pieds ne l'épouvante pas.Dans "Bare-Fisted Gallagher" il y a une scène dont l'exécution n'est pas sans danger; Agnes Vernon galope à cheval à une alluro effrayante au bord d'un précipice et le moindre faux pas de sa monture eût signifié pour elle une mort certaine.LE THEATRE ALLEN (Fin de la page 68) On peut toujours les trouver, l'un ou l'autre, à leurs bureaux jour et nuit ou, à défaut d'eux, quelqu'un qui les représente.Quand ils sont en déplacement, ils demeurent en contact continuel avec leurs quartiers généraux par le télégraphe ou le téléphone à longue distance; leurs services fonctionnent donc toujours avec la précision et la régularité d'un mouvement d'horlogerie.On doit conclure de ceci qu'un nom a une grande signification et une grande portée quand on sait lui donner une bonne réputation et conserver scrupuleusement cette réputation .La merveilleuse réussite des Allen peut servir d'exemple et d'encouragement à ceux qui veulent se lancer dans les affaires.SON PETIT CHANGE ETOILE si l'on veut, on n'en est pas moins femme.Et comme telle, on aime à magasiner même quand on se nomme Vi,ola Dana.C'est un agrément mais il a parfois ses petites surprises désagréables.Un jour, Viola Dana visitait les magasins de la Septième rue à Los Angeles pour trouver les culottes et autres vêtements qui lui étaient nécessaires dans le rôle du "Microbe".Dans l'un de ces magasins, elle s'aperçut que son sac à main était ouvert et "qu'un peu" d'argent était parti.Elle avisa une vendeuse du fait.-—Combien avez-vous perdu?demanda celle-ci.—Quatre cents dollars.—Bonne nuit! s'écria l'autre; est-il vrai qu'il y a tant d'«rgent dans le monde! —Peut-être bien, répondit Viola Dana, la personne qui l'a trouvé doit en être certaine.AUTOUR D'UNE PIECE Le Microbe est une des p ècea dans laquelle Viola Dana fait preuve de tout son talent.Le rôle qu'elle y occupe est d'une énorme difficulté à cause de la variété des scènes mais il s'adapte on ne peut mieux au caractère et à la manière de Viola Dana.Le "Microbe" a été mis en scénario par June Mathis d'après la nouvelle d'Altimus et dirigé par Henry Otto qui a antérieurement pris charge de May All',son dans " The Island of Intrigue" et de Viola Dana dans "Some Bride", une amusante farce que nous avons Mie au cours de l'été à Montréal. Montréal, Octobre 1919 LE PANORAMA 41 ************************************************************** * I ?* * ï * I * * * * * * 1 * * * * W.* m *¦ 3k I * * * * * * * i ï * I * * * * * Viola Dana est une de ces personnes privilégiées qui savent allier au charme ingénu de l'enfance la grâce exquise de la jeune fille.Sa facilité d'adaptation aux rôles les plus divers est merveilleuse et son jeu est absolument sincère.Quoique très jeune encore, Viola Dana possède déjà une longue expérience de la scène car elle fit ses débuts, comme danseuse, à l'âge de cinq ans.La réception chaleureuse dont elle fut l'objet à cette occasion orienta définitivement ses idées vers le théâtre et elle parut par la suite dans de nombreuses pièces où elle remporta toujours un franc succès.Elle débuta dans le film avec la Cie Edison dans 'Molly the Drummer Boy".Là encore, elle se montra excellente artiste et il en résulta pour elle un contrat à long terme avec ladite Compagnie.Elle est maintenant au Metro où, mieux que jamais elle déploie les rares qualités qui l'ont rendue si popolaire.Viola Dana est née à Brooklyn et elle demeure à New-York la plus grande partie du temps.Elle n'est pas seule de sa famille à apparaître sur l'écran; ses deux soeurs, Edna Flugrath et Shirley Mason ont suivi la même carrière.VIOLA DANA B©rt Lytell qui a signé un long contrat avec la Cie Metro est né à New-York, mais il a passé les premières années de sa jeunesse dans l'Ouest où il a acquis le goût des* exercices physiques qui ont fait de lui un s'pleiulide athlète.Son père et sa mère ont acquis la célébrité au théâtre de même que son grand-père J.K.Mortimer.Depuis son enfance jusqu'au jour où il fut envoyé à 1'Upper Canada Collège de Toronto.Bert Lytell vécut donc dans une véritable atmosphère théâtrale et il apprit de bonne heure l'art difficile de l'expression.Dès sa sortie du collège, il parut, sur la scène et, actuellement il est aussi con-nu à San Francisco qu'à Albany.N.Y., où il a personnellement organisé des troupes théâtrales.A UAlcazar de San Franc'sco, il avait avec lui Bessie Bar-riscale, l'artiste également bien connue.Bert Lytell a définitivement abandonné la scène pour le film et sa ferme conviction est que l'avenir est au cinématographe; il estime que, là seulement, un acteur conscient de son art et ayant une grande expérience peut produire ses meilleurs effets.Peut-être a-t-il raison.BERT LYTELL Harold Lloyd s'est, fait une réputation 'avec ses lunettes à bordure d'écaillé comme Charlie Chaplin avec ses pieds et Vivian Martin avec sa grâce ingénue.Comique, vif, expressif dans ses gestes, il a une allure et une physionomie toutes spécial e s et qui font la joie du public.Il a un genre bien à lui; c'est un innovateur et un original.Un innovateur?Est-ce bien sûr.Dans les temps reculés où la civilisation n'avait guère franchi les limites de l'ancienne Home, il y eut.déjà un "Harold Lloyd" peut -'tre pas en chair et en os mais en masque.La preuve, c'est que ce masque a été mis à jour au coure de et a été rapporté aux été en Europe pour le fouilles récentes à Herculanum Etats-Unis par Dallam qui avait Y.M .C .A.Ce masque à la l'igné faciale du Harold Lloyd moderne et son même sourire bien recon-naissable quoique exagéré.Il est dommage que les détails manquen t sur l'ancien poss e s-seur du masque et les rôles qu'il remplissait avec l'aide de cet accessoire.Ceci prouve une fois de plus qu'il y a mille ans et plus on aimait à s'amuser et il est fort probable que l'on y réussissait aussi bien qu'aujourd'hui.*.M * j * * g * * * * * * i *.* * * 1 * m * * * * I * I i * i i *.*.* m * * * * * i ¦ * * * m I * * * * I m * i | * * * * * * m m m * i * * *.* m * * * * m * 42 Montréal, Octobre 1919 x x x x x x x x x x x ?- g x ?x x i x x ?x x ?x x 3 x I JUNE CAPR1ICE réfléchit.ses traits dans son miroir et il y aurait mau= vaise grâce à le lui re= procher.Quand on est jolie com= me elle, on a bien le droit de s'admirer.Les "capri= ces" de ce genre ne man= quent pas d'admirateurs auxquels ils inspirent plus que de l'indulgence.ï i x x x x I i x x x x x 1 x x 1 ¥ x i I x x x x x x .1 x x ® @ © @ @ ® @ x ?x x x x x x x x ?x x x x x x x x x x x x x : MILDRED DAVIS pour= ra se mettre professeur de danse s'il lui plaît un jour de quitter la scène.Son talent de danseuse n'est pas contestable et ce qui le prouve ce sont les trophées qu'elle rem= porte et dont elle se mon= tre justement fière.x *«**«*«****«H• w.m * i * W s* ?ï E 50 LE PANORAMA Montréal, Octobre 1919 11» ¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦'¦¦¦¦nwiui m**-, mmxmw.*mmz:j a i * ¦ ¦ ¦ ¦ ¦ m m ï * ï ¦ i i ¦ * i m ï AS i).INCE I ¦ ¦ ?ï •f ?1 its ?i i I ?m i i ?w m * i i i I i s •?i •f: M ï •f: ï m ?i ?I % % % * ?¦ ?m x ¦ i UN PRODUCT/EUH DE GENIE PRESTIGIEUX metteur en scène, artiste dans toute l'acception du mot, Thomas H.Ince est probablement l'homme qui a fait faire au Cinéma les progrès les plus rapides depuis quelques années.C'est un observateur attentif, un "voyant" en quelque sorte qui part d'une idée et non d'un amalgame de scènes laborieuses.C'est un entreprenant qui fait preuve d'initiative continuelle au lieu de s'en tenir à la sempiternelle routine qui a trop longtemps fait loi dans les projections cinématographiques.¦et it ¦Ct Dans son merveilleux studio de Culver City, il s'occupe principalement de la révision—ou plutôt de la super-révision—des fdms; c'est une THOMAS H.INCE mise au point extrêmement delicate qui consiste à éliminer tout ce qui est inférieur, à modifier tout ce qui peut être amélioré et, par conséquent, à rapprocher le plus possible de l'idéal, de la perfection, le film obtenu.Ince a toutes les qualités nécessaires pour cela.Son esprit très ouvert est au courant de toutes les difficultés scéniques; il a d'ailleurs l'expérience, ayant débuté comme acteur à l'âge de six ans.Fréquemment il opère ou suggère des changements dans les scénarios qui lui sont soumis et il veille à ce que les rôles soient distribués selon les capacités de chacun.Il connaît à fond son personnel, sait les points faibles de chacun et agit en conséquence.Splendide acteur lui-même, il joint fréquemment le geste à la parole, se transformant ainsi en véritable professeur.Souvent aussi, il discute avec le photographe; pour apprécier les jeux de lumière, il s'installe à l'appareil afin de déterminer l'angle sous lequel la scène se présentera avec ses meilleurs effets.n -et s.Ites cheveux tombant, en cascades d'or liquide et d'autres no'rs comme l'aile d'une corneille.Des dents de nacre, des bras comme la Vénus de Milo en avait sans doute avant qu'on les lui eût cassés.Tout cela était jeune, foyeux, superbe comme les Naïades de la mythologie cl faisait vaguement rêver au paradis des orientaux .Je m'assis alors et.regardant ce merveilleux spectacle, il me sembla par une étrange illusion que dans l'air voltigeaient des parfums d'oranges et de fleurs précieuses, les visages féminins disparurent à mes yeux et je crus voir, comme dans quelque enchantement, dans quelque conte de fées de jadis des roses vivantes se déplacer devant moi.C'était une vision de sylphes dans le profond des bois et de nymphes dansant au son de la flûte de Pan des Satyres.Au rythme berceur de la musique se mêlaient de joyeux éclats de rire et des chants d'oiseaux.Combien de temps dura cette apparition féerique?C'est ce qu'il me serait impossible de dire.J'étais en pleine poésie et mon imagination vagabonde s'obstinait à me faire voir, à la place des chairs roses et nacrées qui passaient devant moi, de mystérieuses fleurs vivantes que le moindre geste eût fait disparaître dans un brouillard bientôt lui-même dissipé.Je revins à la réalité.Mon guide mâchonnait un cure-dents, le drecteur arrivait avec son mégaphone, les photographes inspectaient, leurs appareils, un acteur passait à qui je trouvais un visage ressemblant à lui seul à une infinité d'autres, un gros homme avec une longue barbe et une éonrme bedaine était affalé sur le plancher.—Les photographes! appela le directeur.Comme par magie, ils répondirent."Un, deux, trois!" —Aimez-vous ce travail ?demandai-je plus tard aux jeunes filles.—Certainement! répondirent-elles.Je partis alors en me disant que dans des milliers de théâtres aux Etats-Unis et au Canada, il y avait des centaines de milliers de spectateurs du même avis.* w.m m I i ¦ ?1 I 1 g 1 54 LE PANORAMA Montréal, Octobre 1919 xxxxxxx m x x x x ¦ m ¦ x x L'ILLUSION x x ?X x x * x ¦ x I x ï x x m x x x x x x x x ¦ x x * H x Ë x x x x x x x x * x x g È M ¦ x I x * 1 x x 1 x x ¦ x x x x x I ?I ft —Aye! attention mouman! plein dessus! nous arrive en CELLE QUI ADOPTE LEURS MODES —T'as l'air curieux.Y a-t-il quelque chose qui marche pas à ton idée?—C'est ma femme.Elle est toujours aux Vues Animées.—C'est une bonne detraction, ça! —Oui, mais depuis quelque temps, elle s'est mise dans la tète de s'habiller comme les actrices qui lui plaisent ou d'adopter leurs particularités .—Vrai ?—Oui.L'autre jour, elle est rentrée avec les cheveux arrangés comme Mary Pickford .—Ça devait pas être laid! —Après ça pendant deux jours, elle me roulait des yeux comme Theda Bara.—Aye! —Ensuite elle a essayé d'avoir le joli sourire de Vivian Martin.—Te plains pas, vieux! Je ne comprends pas que lu aies l'air si bouleversé ! —Ben.tu sais pas qu'elle est partie aujourd'hui pour voir les petites baigneuses de Marck Sennett! Si elle se met dans la tête de s'habiller comme elles!.QUELQUES CONSEILS AUX FUTURES ETOILES ii ô QUESTION NATURELLE l'aire le geste de sa'sir l'air à pleines _2Ez: poignées.Danger —Tremolo el soupirs comme précédemment; yeux en boule de loto; bouche ouverte à deux ballants.Bonheur—Sourire (montrant bien les ilenls) ; embrassez votre bague (en cas de fiançailles) ; tremolo et soupirs.Instructions générales— Pratiquez la danse, la nage, l'équitation, l'auto, la course, l'art, de faire des culbutes et celui de recevoir des tartes en plein visage.Seule difficulté —Trouver un engagement.—Aimerais-tu à visiter les champs de bataille d'Europe?—Oh! je les ai vus.—Mais tu n'as pas été à la guerre.—Non, mais j'a< été aux Vues.—C est une scène dans la forêt ?demanda l'homme qui était au cinéma et avait une légère "cuite".—Non, répondit l'ami, vous voyez les arbustes et les herbages qui sont sur le vous.chapeau de la femme dev mi DANS L'OUEST Deux places, s'il vous plait Oui, madame.En prenez-vous aussi autre pour le petit?L'INFAILLIBLE MOYEN l'u gérant do théâtre recevait con- tinuellement des plantes de la part, de messieurs qui ne voyaient pas le spectacle à cause de larges chapeaux de ces dames et demoiselles.Il demanda au beau sexe de se découvrir.Peine perdue* c est comme s'il avait fait pipi dans un violon.11 lui vint, alors une liée géniale.Il afficha un soir dans son théâtre l'avis suivant: ltg dames qui sont chauves sont priées de garder leur chapeau.Ce so't-là et tous les soirs virent, tous les chapeaux de s'ôtèrent comme par enchant qui sui-l'einines emenl.UNE SUGGESTION Eire une grande-ac-tiste.o'est très simple ; il n'y a que peu de gestes à faire mais il s'agit de bien les employer.Tristesse—Tremolo des paupières; soupirs; tête incliné sur le côté ; haussements d'épaules.Amour—Dito.mais avec plus d'ardeur.Passion—Be-dito et plus d'ardeur encore ; Jos Simplet de la rue Ste-Cathenne, à Montréal, est un fervent des Vues Animées et la vie de cow-boy.sur l'écran n'a plus de secrets pour lui.Ayant à voyager dans les grandes villes de l'ouest, il s'est habillé en conséquence "afin de ne pas se faire Il est resté tout béte de constater l'effet de curiosité qu'il a produit.remarquer '.— Mademoisel 1 e, vous êtes l'étoile de la soirée.—Vrai ?Cela me fait plais t! Vous êtes le premier qui me faites ce compliment! —Alors, vous consentiriez bien à ufaccorder ce que réclame tout astronome?—Mais.je ne comprends plus.—C'est très simple: je désire donner mon nom à l'élole que j'ai découverte.—o—¦ Thed?Bara est plus forte qu'un ouragan.Lin ouragan, c'est un grand vent.Theda, c'est un "vent pire".i * i x x x I x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x i x x x x I x I x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x * x x x x x x x x x x x x x i x x x x I xxxxxxxxxssxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx Montréal, Octobre 1919 LE PANORAMA 55 i»-*»:*»:***!»!"*:**^***^*****»:* '« a************** fx.w.xxxxwxxxxxxmxxxxxxxx/xxxxxxxxxxxxxxxxrxxxx m*mmmw*mMMmi»immwM*****x**m I i ?M CRUAUTE UNE TROUPE THEATRALE EN VOYAGE ï * ï ï ?f if •f! ï •f: W.x if: m m f f f f •f: •f! ï i« if if if i ï i ¦f * if if if ¦f •f if if if * •f •f —Alliez-vous à l'opéra.Iiier soir, quand je vous ai renronlrés.vous et votre femme ?—Non.aux vues animées.—Pourquoi donc alors emportiez-vous une lorgnette?—C'est ma femme qui veut ça.Elle m'oblige à regarder par le gros bout quand il y a des scènes de baigneuses.EST-CE L'OCCASION QUI LUI AVAIT MANQUE?Pendant la répétition, le d recteur éprouvait de grandes difficultés à obtenir des artistes une interprétation exacte de leur rôle, lue actrice, sur-Inul.était supposée rés'ster à un amoureux qui voulait l'embrasser et elle n'y mettait pas la conviction nécessaire.—Voyous, dit le directeur, n'avez-VOUS donc jama's empêché un homme de vous embrasser?—Non.jama's! répondit franchement la Mlle.LA MANIERE DE COMPRENDRE LES CHOSES HIER ?UNE TROUPE THEATRALE EN VOYAGE Le directeur de théâtre.—J'aime beaucoup votre jeu et j'ai' idée de vous demander de me signer un contrat pour la vie.L'Etoile.—Est-ce une demande en mariage?grande comédie de l'année.Public—Un choix imaginaire de la race humaine pour qui les pièces sont supposées être écrites, révisées et jouées.A généralement bon caractère; payera volontiers sa place pour ne voir pendant toute la soirée qu'un chapeau de femme devant lui.Auteur—Personne qui fournit les idées au Directeur.Est quelquefois le seul qui comprend la pièce que l'on joue.Etoile (homme)— Acteur bien habillé et qui a le génie de la réclame.Etoile | femme)—Actrice très jolie.Il y en a qui ont du talent.Acteur—- Terme servant à désigner les personnes employées pour mieux faire briller les étoiles par comparaison.Critique—Celui qui gagne sa vie en donnant son opinion sur les pièces jouées.Il y a deux sortes de critiques: les bons, c'est-à-dire ceux dont l'opinion est conforme à la vôtre et ceux qui ne valent rien, c'est-à-dire ceux qui ne sont pas de votre avis.Spéculateur—Quelque ohose dans le d un directeur.genre AUJOURD'HUI ?UN NOUVEAU KANGOUROU L'ECLOSION DE VIOLA DANA Les habitants d'une petite ville furent un jour surpris par de grandes affiches mises un peu partout et contenant ces seuls mots: Ils viennent! Ils viennent! La semaine suivante, de nouvelles affiches annonçaient: Ils sont arrivée! Ils sont arrivés! Venez ce soir à la salle Machin à 7 h.30.Admission 50 cts L'institutrice.— 11 existe en Australe un animal de moyenne grandeur qui se lient sur ses jambes de façon curieuse: il ne marche pas connue les autres animaux mais par petits sauts comiques.Quel esl son nom ?Les élèves (en choeur).— | Charlie Chaj il m' PETIT DICTIONNAIRE THEATRAL Directeur—Celui qu "monte" les pièces.Le travail consiste à engager les étoiles et sous-é toil es et a se eh'eaner avec; à choisir les pièces convenant aux étoiles, à en changer les tires, à récrire le premier acte, supprimer le second, modifier le troisième, et quelquefois oublier les deux derniers.Ensuite il annonce le plus grand drame ou la plus Il y a ëclosait bien des gens qui feraient l'élevage des petits poulets s il en de semblables à celui-ci dans les oeufs qu'ils feraient couver.La salle fut bientôt pleine de monde qui discutait sur le spectacle qu'on allait voir et que chacun ignorait.Un orchestre splendide avait été engagé et jouait de beaux morceaux.Cela dura quelque temps puis le public s'impatienta et réclama le lever du rideau à grands cris.Le rideau se leva et on vit cette troisième affiche : Ils sont partis! Ils sont partis! C était vrai mais ce qui ne l'était pas moins, c'est que la recette était parte avec eux.—Cela doit être bien difficile, disait quelqu'un à un écrivain célèbre, de toujours trouver des nouvelles idées pour vos scénarios?— Je ne sais pas, répondit l'autre, je n'ai jamais essayé d'en trouver.i x x x if if •f if f I if if ?x 1 ¦ ?if •f M if I X ¦ f if: X * If 9 X ?f if i I * if X "iàt^l'étTÉflÉf'A'Wt, ~ T T T T W.? LE PANORAMA Montréal, Octobre 1919 ï m * i i i ?* ï ?ï * i i ï g ¦ ï ï ï * ï ï I ï ¦ I ï ï ?: j * i ï ¦ i ï ï ?MESDAMES, VOICI LA DANSE A LA MODE Figure i.LA VALSE est la plus belle des danses, son rythme spéc al, sa cadence très douce et pourtant très entraînante lui don.nent un charme bien suérieur à tous les- pas connus et probablement ceux à connaître.Un bon valseur ou une bonne valseuse ne s'improvisent pas; il faut une souplesse qui ne s'acquiert que par la pratique et une allure-de mouvements, faite de grâce et de naturel qui n'est pas donnée à tout le monde.Il ne faut pas en conclure que la valse est un art difficile au pont de n'être permise qu'à un petit nombre; chacun peut apprendre à valser—plus ou moins bien, cela va sans d're— mais il " es t certains rythmes, certaines valses auxquels on s'adapte bien plus facilement qu'à d'autres.La valse 'Hésitation" est du nombre.Indécise, comme le nom l'indique, elle a une originale étrangeté tout en ne s'é- r~-—~ cartant pas des principes fondamentaux de la valse ordinaire.Gracieuse, elle l'est CSC au possible et il n'y a nul doute qu'elle sera en grande faveur, princ'palement dans les valons.La valse Hésitation n'a pas de règles formelles comme pas; elle laisse beaucoup à l'inspiration mais on peut se guider avec avantage sur les princ pes suivants: 1ère figure—Le cavalier part du pied droit et fait 3 pas vers la gauche en tournant un peu vers la droite, s'arrête au ie temps sur le pied gauche ; pendant 3 temps, ce pas se fait plusieurs fois de suite, la dame faisant l'opposé.en arrière parlant du pied gauche.puis peut partir en arrière en tournant légèrement vers la droite.pied droit en arrière.l'arrêt de 3 temps toujours sur le pied gauche.gauche venant le pendant 3 temps.rejoindre pied droit en avant, ensuite Troisième figure: Pas de Jazz.—Un Las avec le pied gauche en croisant, un pas pied dro t de côté, puis rassembler en croisant.c3> Figure j.Deuxième figure.—Le cavalier part en avançant 1er temps par le pied gauche, puis le pied droit de côté, pied Quatrième figure.—Le cavalier compte deux temps pour un pas et un temps pour l'autre dans une marche en avant ; cette marche peut s'exéluter en tournant légèrement vers/la gauche; finis la musique change de rythme et devient cadencée en fox-trot.les danseurs changent en même temps de rythme et dansent le pas du jazz.qui est simplement deux pas de côté très croisés, tantôt en tombant, tantôt en avant et qui est en Angleterre extrêmement simple.Je ne pense pas qu'il faille fare des figures très compliquées en dansant.la joie de la danse n'est, pas dans les difficultés plus ou moins acrobat'ques.elle est dans l'accord exact du rythme et du mouvement.c'est là seulement qu'il y a un art réel.susceptible de progrès1; nuancer la musique, y adapter des pas, se laisser prendre par elle, voilà la m r table danse, qui doit être l'expression visible de la musique, et dépendre entièrement d'elle; que celui qui danse dise à ceux qui le regardent: "Voici ce que cetle musique m'inspire et celui qui n a pas une âme vulgaire ne se trompera pas." La valse "Hésitation" est encore très peu connue ici.si toutefois elle l'est.11 est à^souhaiter qu'elle soil apprise et dansée de préférence à quantité de ces autres danses grotesques pour lesquelles on s'est Irop facilement, engoue.Danser, ce n'est pas l'aire de la gymnastique et il faut encore moins donner aux autres le spectacle de gens atteints de la danse de St Guy ou d'une folie passagère du cerveau.0 Les premiers pas, en tournant, esquissent la valso "Hésitation'.Les pas d"'Hésita-tion" se joignent, se suivent Puis c'est le pas de Jazz, qui rassemble harmonieusement danseur et danseuse.Enfin, presque allègrement, le rythme s'achève en marche* joyeuse.ï ?Î Ï ï m * i K i ¦ i ¦ ¦ ¦ ?ï •?m ¦ ï * ï : i i I ¦ ?I ?¦ i M M ï M M ï ï I Montréal, Octobre 1919 LE PANORAMA i m ï i ?ï I m M M * I x i i M m ï M m w x S M ï ï X •f i ¦ Comment Recevrai-je Originalement Mes Invités?contact des l'appétit de Solid hi iiKirsiirr ilu r< nt iVoctohre vainqueur, Tamil' : fi iii/frs il'i rallies Mme venez, vous, toujours chères à notre coeur, Eujulii-i r nos tnlili x.V"iis avez convié vos amis, chère madame, à une réception famil'ale et cette réception a l'eu l'une de ces belles quoique rares journées d'octobre, un peu froides mais qui n'en l'ont que m eux apprécier les rayons d'un soleil qui loeii.ce jour-là.se mettre lui aussi de la partie.Si vous avez le bonheur de demeurer à prox mité des boiw.une promenade au milieu des grands arbres sera toute indiqut'e.la brise qui se parfume au verts sapins éveillera de façon merveilleuse vos convives et les mettra en belle humeur.Ma s il faudra qu'en rentrant à la mason.Is ne trouvent point le déeor banal et froid, of-hrel pour a;nsi dire des récep-t'ons habituelles.La gaîté de la nromenade ne doit pas se trans-Former en une sorte de contrainte; vos amis ne sont pas venus assister à une cérémonie mais partic'per à une réunion joyeuse.Or, voici ce que vous aurez fa i t et par suite quelle sera l'impression de vos invités.Ils auront l'illusion de prolonger leur promenade agréable dans la forêt car ils retrouveront chez vous le même déeor.lies feuilles d'érable et des menues branches artistiquement d'siiosées eneadre.nl les fenêtres de la salle à dîner; la table e-.-1 ornementée de la même façon et sur le plancher les feuilles d'érables ont été semées à profusion.Si vous avez une cheminée, entourez-la de rondins de bois disposés avec fanla'sie ma's avec prudence cela va sans dit.I le l'eu pétillant de cette cheminée y gagnera en pittoresque.Pas de.nappe sur la table, réservez vos dentelles et broderies pour une autre occasion.Au centre, de la belle mousse verte, des feu lies colorées, quelques tleurs.Comme dessous de plate, du papier de fantaisie découpé en rond et sur lequel des feuilles d'érable, toujours, disposées avec goût formeront de grac'eux dessins.Avec de l'écorce.fabriquez des ••troncs d'arbres" creux en miniature et remplissez-les avec de*' bombons et autres friandises.Tout ce que la fantaisie pourra vous suggérer devra être m s en pratique cl complétez le tout par des menus écrits sur une carte de petite dimension — carte de visite, par exemple—que vous collerez sur de belles feuilles d'érables et placez à côté de charpie convive.Comme menu?Oh, laissiez de cédé les préparations culinaires savantes, qui ont des noms pompeux, des apparences mystérieuses et.dans lesquelles on ne plonge qu'à regret la cuiller ou le couteau à découper tellement l'on craint de s'attaquer à un objet d'art.Il y a tant d'autres choses si orig'miles et si bonnes à manger.Par exemple: "des pel Is cochons en couverture".Qu'en dites-vous?Vous ne trouverez pas cela même dans les ¦ i x I ï grands hôtels et si vous en demandiez, le "waiter" écarquillerait des yeux larges comme des soucoupes.Yo ci ce que c'est, tout bonnement des huîtres frites roulées dans une mince épaisseur île bacon; on accompagne cela de pommes de terres cuites au four, de beurre et de poivre.C'est délic'eux, ni iplus ni moins.Ll y a aussi la, malade de tranches de pommes et de no'x, sur feuilles de laitue, les olives farcies, le céleri,, les fruits, bref l'embarras du choix.,ce qui nous vous aura pas empêché de faire paraître le poulet rôti qui se digère bien et fait un bon plat de "résistance".Maintenant, il n'y a pas.sur la table, que des choses qui se mangent; il y a les ornements coquets dans leur bizarrerie qui maintiennent la gaîté et font trouver meilleur encore ce qui est servi.Pour quelques cents vous aurez dans tous les bazars des objets divers), petits écureuils, etc.que vous installerez sur une cabane minuscule faite de papier et de brindilles de bois.Procurez-vous des têtes de poupées aussi grotesque que possible, faites des Irons à |;i place des yeux, du nez et «le la bouche, complétez ces têtes par une robe faMe d'un cône de carton recouvert de papier mousseline et vous verrez comme elles feront la joie des petites et grandes personnes quand vous les aurez savamment disposées sur la table.Pourquoi celte joie?Parce que les poupées auront l'air amusant au poss'ble avec leurs yeux, leurs bouches el leurs nez lumineux.Mais comment cette lumière est-elle produite?Au moyen d'une de ces ¦petites lampes électriques de poche, bien connues et que vous aurez dissimulée à l'intérieur de la robe en carton.Quand le repas' - era terminé, il y a de multiples moyens de passer agréablement quelques heures afin de compléter dignement la soirée.Le chant, la musqué, les monologues, tout cela occupe quelques instruis si l'on sait y apporter un peu de variété.Ayez également recours aux jeux de société, devinettes avec gages, petites farces inollem'ives, mais à condition d'user de beaucoup de tact et de discrétion.Certaines per-onnes.sans être les ennemies du rire ont le caractère.un peu pointu et il faut rigoureusement éviter de mécontenter quelqu'un même très légèrement.lu jeu assez en faveur con-sisle à dire la bonne aventure aux autres.Si quelqu'un parmi vos inv tés a l'esprit d'à-propos, la parole facile, confiez-lui ce rôle dont il sera très fier.Le devin, ou la devineresse se basera à son gré, sur les lignes de la main, la forme du nez, la couleur des cheveux, etc.et fera, à ceux qui l'interrogeront, des réponses dans le genre de celles-ci : Vous avez le- manières agréables et faites briller tout ce qui vous entoure, principalement l'argenterie et la batterie de cuisine quand vous avez un bon chiffon.Un changement, va survenir que vous ressentirez avec une certaine froideur : le thermomètre va baisser.Vous vous élèverez prochainement beaucoup au-dessus des autres.Vous rez vous promener au faite du Mont-Royal.Vous vieillirez très lentement, d'une année seulement en douze mois Avec un peu d'imagination, il eert facile d'en trouver des douzaines de ce genre et de faire ainsi passer les heures avec une rapidité prouvant qu'elles auront été Eigreables à toutes et à tous.Vous aurez ainsi, chère madame, réussi votre réception xxxxxxmxxxxmxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx ï ï I ï I | g X 1 I I 1 ï I LE PANORAMA K th: Peu de Canadiens savent que les plus grands cxhibiteurs de Vues du monde entier sont deux de leurs jeunes compatriotes qui ont leurs quartiers généraux à Toronto d'où ils font rayonner leur activité d'un bout à l'autre du Dominion et passent même la frontière.B.Allen Ces deux canadiens sont Jule et Jay J.Allen, leur succès tient du roman et leur carrière est une des merveilles du royaume du film.Il y a douze ans environ, B.Allen et ses deux fils ouvrirent un théâtre de Vues Animées à Brantford.A cette époque.Toronto et Montréal étaient les deux seules villes au Canada où l'on exhibait régulièrement des films; partout ailleurs, d n'y avait que des représentations occasionnelles données par des voyageurs.On ne considérait alors les Vues Animées que comme une curiosité, une simple distraction sans conséquences au point de vue des affaires.Pourtant, Allen eut l'intuition de l'avenir.Avec ses fils il décida de travailler pour cet avenir et, aussitôt, ils ouvrirent leur premier théâtre en prenant ces deux devises: "n'exhiber que les meilleurs films et plaire à la clientèle à tout prix".Peu après, ils ouvraient un deuxième théâtre à Brantford puis, pressentant l'opportunité offerte par l'Ouest, ils vendirent leur établissements d'Ontario et s'installèrent à Calgary.Làl ils commencèrent leur premier échange pour le louage et la distribution des films aux autres théâtres et ce service s'étendit bien vite à tout le Canada._______ Ceci ne les détourna pas de leur premier but et ils continuèrent à opérer le groupement de théâtres mais il revinrent alors â Toronto où ils sont toujours et là ils organisèrent divers services, principalement ceux des Fanion* l'Iai/i m et de la Monarch Film Co.Us avaient alors un magnifique théâtre à Toronto, ils en acquérirent ou construisirent d'autres, un à un puis récemment en ajoutèrent onze d'un seul coup à leur liste.Parmi ces derniers, il y en a trois à Winnipeg, trois à Vancouver ec deux à Victoria.Ce seul fait démontre que les Allen conduisent leurs opérations d'une façon sans exemple dans 1 histoire des affaires.Jule Allen Les lecteurs du Panorama s'en rendont compte par la liste, ci-après, des théâtres actuels appartenant à cette vaste entreprise: l'Allen, rAllen*s Beaver, l'Allen "s Bloor Street, l'Allens Royal et l'Allen's Danforth à Toronto: le New Grand et l'Alleu à Montréal: l'Auditorium et l'Allen à Québec: le Régent à Ottawa ; l'Allen à Cobourg; l'Allen à Peterboro; le Majestic à London; le Temple à Hamilton: le Windsor à Windsor: l'Allen et Aoina à Kitchener; le Province, le Dominion, le (îaiety, le Bijou et le Rex à Winnipeg: l'Allen ii Brandon: le Rex et le Retina â Regina ; l'Allen à Moose Jaw; l'Allen et le Monarch à Edmonton; l'Allen à Calgary: le Victoris et le Dominion à Victoria; le Rex, le Dominion, le Globe et le Broadway à Vancouver.D'autres théâtres seront encore joints à cette liste dans un avenir rapproché et qui doivent coûter au-delà d'un demi-million chacun; il s'en construira à Winnipeg, à Vancouver, à London, à Halifax et à Montréal.Cela représente des dollars par millions.Depuis plusieurs mois, d'ailleurs, peu de semaines se sont passées sans l'achat ou la construction d'un nouveau théâtre.A Cleveland et à Detroit des travaux ont été entrepris pour un montant supérieur à quatre millions.< )n remarque sans doute que nombre de ces théâtres ou de ceux qui sont en cons-truetionu portent le nom d'Allen.Il n'y a pas là une question de vanité mais une signification; depuis leur début, en effet, les Allen ont voulu que leur nom soit synonyme de "qualité" ce qui a été fidèlement suivi.l'n fait digne de considération, c'est que les Allen ont toujours estimé que l'exhibition de films était un genre d'affaires véritable; ils n'ont jamais sacrifié l'avenir à une fausse économie dans le présent, chose qui a fait faillir des entrepreneurs trop ambitieux; ils ont toujours eu à l'esprit les développements passibles de ce qu'ils commençaient et ont maintenu leurs efforts en conséquence.Les Allen choisirent avec soin les films qu'ils exhibent.Ils n'acceptent pas indifféremment tout, bon ou mauvais, ce que font certains directeurs de théâtres qui se trouvent ainsi à payer trop cher certains films insignifiants qu'ils montrent quand même au public pour rattraper leur argent.Eux, au contraire, n'ont pas de contrat entravant leur liberté de choix et c'est ainsi qu'ils ont su acquérir une réputation excellente bien méritée.Iule et jay J.Allen, les deux fils de B.Allen sont d'infatigables travailleurs; leur père leur laisse une grande initiative qu'ils emploient au mieux des intérêts du public.Il leur faut, d'ailleurs, une énergie^et une activité remarquables pour s'occuper de l'ensemble comme des plus légers détails de leur immense entreprise.(Voir suite page +0) Montréal, Octobre 1919 LE PANORAMA 59 LE CHEVAL MAG m g m ¦ ï * M ft ¦ ni M M ï i * ?ï i ¦ I * ï ï M ME ni m i î i 1 Il y avilt une fois en Perse un roi très puissant qji avait un* fillo très belle.Or, il advint qu'à une des grandes fêtes na-tiona'es, pendant lesquelles le peuple entier se livrait a des réjouissances, tandis que le roi faiisait «les présents a «es sujets et écoutait toutes les pétitions qu'ils voulaient lui adresser, il advint, dis-je, i, l'un homme étrange p irut devant le trône du roi, conduisant un cheval merveilleux fait d'ébène et d'ivoire.Le roi.in-trigu;-, |i sa à létranger quelques questions au sujet de ce singulier animai.Ayant appris que 10 cheval pouvait s'élever dans les airs et mens r s>n cava lie» dans n'importe quelle partie du monde, lo roi eut, naturellement, le plus vif désir da le poséder.II demanda au possesseur du olieva! quelle somme il en voulait, mais il ne fut pas médiocrement surpris d'entendre que le prix > ait lu miln de sa propre fille Dar.s 'on désir d'a?quêrlr le cheval, le roi allait consentir à la proposition, mais le prince, indigné Je voir marier «a soeur à un maquignon sans ilus dj cérémonie, intervint, et d'it qu'il serpit plus s/age d'aibord de s assurer que le poséesj?ur du ciheval avait dit vrai en vantant les qualités de sa monture- La roi accepta, et Je prince aussitôt enfourcha je cheval; l'étranger lui ex-pliqua qu'il n'a-vaiit qu'à tourner un bouton placé à droite, sur ie cou dj cheval.Le prince n'eut pas plus tôt tourné lo bouton que le ciheval s'éleva dans les air-, do plus en plus haut, puis disparut.Au bo.it d'un moment, quar.d on n'eut plus d'espoir de voir réapparaître le jeun 3 prince, le roi se fâcha très fort et commanda le jeter en prison l'Indien, propriétaire du cheval."Et s3, dit-il, dans trois mois mon fils n'est paa revenu sain et sauf, il y va de ta vie." Pendant ce tenvps, le jeurje -prince s'élevait toujours de plus en plus ihaut, au-d.ssus des montagnes.Au bout d un certain temps, la faim le forçant de conter à ce qu'il allait faire, il tourna ie bouton en sens inverse, croyant que 19 cheval descendrait au lieu de monter, mais 11 n'en était rien.Il avu.it oublié de demander à l'Indien ce qu'il fallait faire pour revenir à terre.Après de longues recherches, cependant, 11 découvrit un nouiveau teuton et, en le tournant, il vit avec un véritaible soulagement que ri -cheval commençait à descendre.Hi attn-'rlrent en temps voulu sur ce qui paraissait e'tre la terrasse d'un palais de marbre.Laissant sun cheval là-haut, le prince se fit prudemm?nt un chemin par une ouverture et.après avair descendu un escalier, se trouva dans les appartements d'une princesse entourée de s:s filles -d'honneur.Lorsque la prcim.ère surprise causée par l'apparition imprévue d'un étranger fut dissipée.Sa princesse offrit au iprinee l'hospitalité- Elle lui dit qu'elle fiait a fille du roi du Bengale, qui avait construit pour elle ceKo maison de plaisance à une petite distance de la capitale.Puis elle exprima le désir de cenna Ire toute la merv^ii euse histoire qui lui valait la visite du princ?de Perse-, si loin de son propre royaume.Le jeune homme lui raconta alors toute l'a-vemture, et la princesse déclara qu'une histoire aussi surprenante dépassait tout ce qu'elle aurait jamais ipu imaginer.Le.prince finit par déclarer que non seulement il était reconnaissant à la maîtresse du logis de la protection et de l'hospitalité qu'elle lui avait offertes, mais encore qu'il lui avait donné sen coeur, A elle, et rien qu'à elle, dès l'instant où il lavait vue, Le prince se laissa facilement convaincre de séjourner ejuelque temps dans cette belle demeure; mais à la fin.alléguant la détresse de son père, inquiet sans doute de sa disparition, il se prépara à partir, non sans annoncer son retour et pi-omettre de demander au roi du Bengale la main de sa fille.iMails li princesse était si peu disposée à se séparer de son fiancé quo le prince émit l'Idée de l'emmener jusqu'à la cour de son père, le Toi de Perse.La princesse y consentit et.tandis que tous les serviteurs du palais dormaient, ils s'en allèrent tous deux à la dérobée, trouvèrent le cheval .?ur ta terrasse, montèrent enfin sur le coursier magique qui, sitôt le bouton 'tourné, s'éleva dans les airs et prit rapidement le clhe-min de la Perse.Moins de trois heures après, ils murent pied à terre et, laissant la princesse dans l'une des villas du Suiltan.auprès de la ville, le prince alla rendre ses devoirs à son père.On fit de grandes réjouissances lorsqu'on apprit le retour du prince qu'on croyait perdu; et le jeune homme, après avoir fait à son père le récit de ses aventures, obtint sans peine la pcnqpMt m d'épouser la princese du Bengale.Le propriétaire du cheval qui, pendant tout ce temps-là.avait été gardé en prison, fut remis en liberté; le- Sultan commanda à ses sujets de pavoiser ia ville, puis il sortit, suivi en grand cortège de tous les soldats et de tous les grands de son empire.Puij le fils du roi aila prendre au palais, dans ses richesses, des iparures et des ajustements; il fit ensuite préparer une litière garnie de brocart vert, rouge et or, dans laquelle il mit des trésors merveilleux ainsi que de jeunes esciaves.Laissant la litière en arrière, il prit les devants et s'en alla droit aux appartements où il avait laissé la princesse; mais.il ne l'y trouva plus, ni elle, ni le cheval.i£on premier mouvement fut de déchirer ses vêtemenls, puds il réfléchit et, traversant le jardin, ie fils du roi leur demanda qui ils avaient vu passer."Personne n'est entré, répondirent-ils, excepté un homme se disant porteur d'un message du prince." Telle était toien la vérité.Quand l'Indien fut sorti de la prison, il se mêla à la foule et eut vite appris les aventures du prince et de l'arrivée de la princesse qu'il devait épouser.Ces nouvaîlîs lui suggérèrent un moyen de se venger du rai qui l'avait jeté en prison; et pendant que le prince faisait ses préparatifs pour recevoir en grande pompe sa fiancée, le propriétaire du cheval se mettait en route vers la maison où se trouvait la princesse.Il obtint l'autorisation d'entrer dans le paûals en se prétendant envoyé par le prince pour amener sa fiancée à une autre résidence.Comme il était très laid et mai bâti, son extérieur, d'aibord, effraya la princesse; mais il lui expliqua que son fiancé avait choisi un messager aussi hideux parce qu'il était jaloux et craignait qu'un envoyé quelconque s éprît d'elle comme cela lui était arrivé à lui-mêime.Pour mieux savourer sa vengeance.l'Ilnidien fit passer le cheval au-dessus de la ville, si bien que tout le peuple.le prince et son père le Sultan purent être témoins de sa fuite et assister au triomphe de leur ennemi- Après avoir parcouru bien des lieues, ils mirent pied à terre dans le royaume du Sultan de Cachemire.Tandis qu'ils cherchaient quelque chose à se mettre sous la dent, ils rencontrèrent un groupe de cavaliers conduits par un chef à l'aspect farouche qui n'était autre que le Sultan lui-même.La princesse lui raconta son histoire que le maître du cheval démentit."Majesté, dit-il.cette dame est ma propre fem- me'" Mais le sultan se douta qu'il mentait et, sur un ordre de sa part, on trancha la tête de l'imposteur.La princesse, ceejpndant, n'était pas au bout de ses peines, car son Jibérateur annonça l'intention de la prendre pdur femme.Cette perspective n'avait rien qui la réjouit; aussi refu-sa-t-elJe de se soumettre; finalement elle se fit passer pour folle, afin d'échopper à un mariage qui lui était odieux.Pendant ce temips, le jeune prince errait de Mille en ville, espérant chaejue jour apprendre des nouvelles de la princesse perdue; mais nulle part on ne iput rien lui dire, jusqu'au jour où rl arriva dans la capitale même du royaume de Cachemire.Là, on lai parla de la princesse que le Sultan devait épouser lorsque les médecins de la co-ir auraient réussi à la guérir de sa folie, ce dant ils se montraient, pour l'instant, incapables.Le Jeune prince se déguisa en docteur; 11 résolut de pénétrer dans le palais afin de voir par lui-même qui pouvait bien être cette mstérieu-se princ sse.Il se présenta devant le Sjltan et annonça, à la grande joie du souverain, qu'il avait toutes les raisons de croire qu'il lui était possible de gxiérir la jeune fille.Lorsquil fut admis devant elle, le prince fut transporté de Joie en découvrant qu'il avait bien retrouvé sa fiancée; de plus, il ne lui fut ipas très difficile de voir que la maladie dont elle sauffrait -se guérirait facilement si seulement on pouvait la tirer de la.-Mais c'était une tâche qui réclamait de la prudence et de la réflexion- Le prince commença par demander au Sultan tous les symptômes de la maladie, puis il s'arrangea habilement de façon à poser qulqus qustions sur la manier dont la jeune file était arrivée dns le paiys, ainsi que sur celui qui l'accompagnait Quand il apprit qu'elle était arrivée sur un cheval bizarre, avec un conducteur encore plus bizarre ;t qui avait été déjà mis à mort, le prétendu docteur demanda à voir le cheval.On amena l'animal et, s'étant assuré que le coursier magique était en excellent état, le docteur fit son iplan.La première fois qu'il fut réintroduit dans les appartements de la princesse, il trouva moyen de lui mu-nmurer à l'oreille qui d-1 était, en lui ret Deajardins VUE».COMEDIES ET DRAMES ARCADE 859 Ste-Catherine E»t DRAMES, COMEDIES.CHANTS ET YVES CHANTECLERC 1274 Saint-Denis MELODRAME; LE DIMANCHE, VUES.PROGRAMME SPECIAL CANADIEN-FRANÇAIS Ste-Catherine et St-André VUES.COMEDIES.REVUES.DOMINION Paplneau et Mont-Roy«l VUES ET CHANTS.FAMILY 1374 Notre-Dame Oueet MELODRAME.DIMANCHE.VUES.IMPERIAL 332 Bleury VUES, CONCERT, CHANTS.LOEWS 432 Ste-Catherine Ouest VAUDEVILLE.VUES.LAURIER Ste-Cathertne et DeKr VUES ET CHANTS ST-DENIS 288 St-Denla VAUDEVILLE DE LUXE VUES.KING-EDWARD 277 St-Laurent COMEDIE, VAUDEVILLE VUES.THE MIDWAY 337 St-Laurent VUES ET COMEDIES.MAPLE LEAF PALACE 390 St-Laurent VUES ET COMEDIES.NATIONAL FRANÇAIS 6 3 S S te -Cat h er Ine Est MELODRAME.VUES.Etc.FRANÇAIS 27 S te - C at hjer 1 ne Est CONCERT, EXHIBITION.LORD NELSON Ste-Cat her lue et Bourbonnière.REGENT 1915 Park avenue PASSE-TEMPS 287 6te-C4Uherlne Eet CONNAUGHT MO Ste-Catherine VUES.STARLAND 288 St-Laurent.THE STAR 2381 Notre-Dame.Oueet SUN 2609 Notre-Dame Oueet.OUIMETOSCOPE 624 Ste-Catherine Eet HOLMAN 299 Ste-Catherine O.Vie-à-vl» phlMpp Sq.STRAND 424 Ste-Calherln« Ouest LE MOULIN ROUGE (31 6te-Calherlne Eet NATIONAL BIOGRAPH CRYSTAL PALACE 1274 Notre-Dame Oueet.331 St-Laurent.FAIRYLAND 476 Notre-Dame Oue.'t.THE REX 740 St-Denis.NEW GRAND 661 Ste-Catherln« Ouest ALEXANDRA 1170 St-Denls.TIVOLI Ste-Catherln* et Bleury.ELECTRA 670 Ste-Catherine Est. Montréal, Octobre 1919 LE PANORAMA 61 -éV-tV WAT •JfàVWTÉf ^ rF! .T.?.W, W.Jfl Jf.?¦ i L'IMPORTANCE D'UNE BONNE DENTITION POUR LES ENFANTS i m ï ï * ï ¦ ï j I S ni' |inrle ^ <• i u-i-mIcih o 111 j»as une altenton suffisante aux ilcnls îles jeunes enfants el il en résulte parfois dans l'avenir des emnplCalions graves ilont on ne soupçonne |ias l'origine.Il arrive souvent que pour une cause quelconque à la-ipii'lli' un bon dentiste pourrait facilement remédier, les dénis, celles d'avant surtout, poussent d'une façon anormale; il en résulte une déformât.on 1res apparente du visage qui est loin d'être jolie.Voyez nos gravures; 'il s'agit d'un bébé qui, à l'âge de quatre ans avait la lèvre supérieure très saillante sous la poussée des dents.Un dentiste s'occupa de Min cas et un an plus tard l'apparence du-visage élail déjà considérablement aniélion e.A Iniit ;ins, l'enfant avait les lignes du visage normales land's que si ses dents n'avaient pas été rectifiées, il aurait eu à cel âge-là un prolil absolumenl grotesque.La quest on de la beauté des traits a certes son importance mais celle de la santé est davantage à considérer et.il est hors de doute qu'une dentition défectueuse influe de façon l'àebeuse sur l'organisme entier.11 a été constaté que les enfants qui ont des dents en mauvais état font des progrès à l'école beaucoup minus rapides que les autres et la chose, qui parait tout d'abord extraordinaire, s'explique très facilement.Ces enfants-là ne mâchent leur nourriture qu'imparfaitement ; leur estomac en souffre et leur croissance est beaucoup moins active.Ils sont plus petits et moins robustes que les autres enfants du même âge.Dr, pour la même raison qu'un esprit sain ne peut exister ordinairement que dans un corp.- sain, leur cer\ eau subil k contre-coup de leur état maladif.Ils auront moins d'ardeur à l'étude ou s, leur volonté les pousse au travail, ils n'auront pas la rés'stance suffisante et resteront forcément en arrière des autres.Ces remarques ne sont pas basées sur des observations isoh es; elles proviennent de l'analyse des records officiels de huit mille écoliers de la ville de New-York.De semblables investi-galions ont été faites dans divers pays d'Europe et les conclusions oui été les mêmes.A la suite de ces rapports, nombre de grandes v'.lles ont pr s les mesures nécessaires pour que les» écoliers soient examinés de temps à autre en ce qui concerne leurs dents et ont même des cliniques où non seulement on soigne les enfants mais oil.en outre, on inslruil leurs parents.In vieux proverbe français, d'allure rabelaisienne, dit que "la santé de la gueule, c'est la santé de tout le corps." Il n'y a certes pas d'exagé-ration là-dedans et bien des gastrites invétérées ont pour cause première une mâchoire en mauvais élat de fonctionnement.Aujourd'hui où l'art dénia ire est si perfectionné, il n'y a aucune excuse à lais-enfi Avant et après les soins Mâchoire déformée.ser les its avec des dents gâtées, absentes ou anormales.Les mâchoires se redressent, se réparent et se complètent absolument comme un meuble ou un mécanisme quelconque.Il y a quelquefois des gens qui partent d'un faux raisonnement et disent: "Les dents d'un jeune enfant n'ont pas grande importance puisqu'elles tombent et cèdent la place à d'autres." Or, :'J faut savoir que les dents d'adultes commencent à se former dès l'âge de cinq ou six ans; une surveillance étroite s'impose donc afin de s'assurer que rien ne s'oppose à leur formation ou à leur pousse régulière.C'est une question de santé, de bien-être et d'économie également.Il est en effet beaucoup moins cher d'entretenir ses dents que de soigner plus tard des maladies difficiles à guérir.Une chose encore qui parait n'avoir aucun rapport avec les dents ou plutôt l'os des mâchoires, c'est la façon de respirer et trop peu de parents y portent une attention suffisante.Un exemple démontrera clairement les conséquences de ceci.Une fillette de quatre ans eut un jour un gros rhume qui lui rendit la respiration par le nez extrêmement difficile; elle respira donc par la bouche.Le rhume dura deux semaines et, pendant ce temps, le bébé prit l'habitude, conservée ensuite, de respirer continuellement par la bouche.Les parents n'y portèrent aucune attention et.d'ailleurs, la chose leur eût paru insignifiante .Cel état de chose dura jusqu'à ce que la fillette eût atteint l'âge de onze ans.Il en résulta plusieurs inconvénients; en premier lieu, les cartilages de l'arrière partie du nez étant insuffisamment exercés ne se développèrent pas ce qui fit à la fillette un visage "piaf d'apparence nullement jolie.Autre chose encore: par le fait toujours de cette respiration défectueuse, la mâchoire supérieure ne se développa pas normalement et quand les dents de l'âge adulte commencèrent à pousser, il n'y eut qu'une place insuffisante pour elles.Les dents dévièrent et il fallut mettre l'enfant pendant plusieurs mois sous les soins d'un dentiste expérimenté.Le praticien remédia, autant que possible, à la défectuosité' mais il ne put naturellement pas redonner aux os de la mâchoire le développement qu'ils auraient dû avoir et la fillette eut les traits déformés pour la vie.Si les parents, mieux avisés, eussent fait soigner l'enfant alors qu'elle n'avait que cinq ou six ans, la guérison eût été complète.A cet âge, en effet, les os de la mâchoire supérieure étaient encore en pleine activité de croissance et.avec les soins voulus, ils auraient atteint leur développement normal qui aurait été progressif.On ne saurait donc trop le répéter, la dentition des enfants mérite une attention toute spéciale et doit faire l'objet, constant de la sur-veillance des parents.Mâchoire rétablie / 62 LE PANORAMA Montréal, Octobre 1919 m m m « m m ï I x ¦ *.m x x * x g ¦ x X x x x I x ¦ ?¦ x x ?x x m x x x ?x x m m Travaux fé m 5 ru lus pratiques et élégaots.mm uez vous=mëmes ces accessoires aussi utiles qu' Les grandes cravates de la ne tricotée que l'on appelle du nom typique de "cache-nez"' se sont toujours beaucoup portées au commencement de la saison froide aussi bien que pendant les dures journées d'hiver.Cette année, principalement, ces cravates semblent être en faveur davantage encore qu'au cours des hivers précédents; leur prix relati- v amant un peu élevé fat néanmoins hésiter à en faire l'achat.Pourquoi, dans ces conditions, ne pas fabriquer vous-même ces chaudes parures, ce qui ne demande que peu de travail?Les dimensions sont variables à volonté; il y a des cravates étroites, ayant sept à huit pouces de largeur pour une longueur de trente-six à cinquante-quatre pouces; on les fait en soie et lane mélangées et parfois même, toutes en soie.Pour les modèles plus grands, on n'utilise de préférence que la laine.* •b -h Le modèle No 1, dit double, présente cette particularité originate qu'il est barré dans le sens de la longueur et non de la largeur.II convient spécialement pour aller en auto ou pour le patinage; ses dimensions sons de 9 pouces de largeur sur 54 de longueur; il faut, pour ce travail, trois balles de laine de chaque nuance.Les nuances à choisir sont tan et brun ou deux teintes de bleu, de vert, de rose ou encore noir et blanc; le résultat donne Une combinaison d'aspeci fort attrayant.Les autres modèles se fabriquent également d'après ces indications générales.D'ailleurs la fantaisie doit surtout servir de règle dans ce genre de travaux; les barrures se font en largeur ou en longueur au cho;x et peuvent présenter les dessins les plus variés.lue large bordure en laine libre termine les cravates à chaque extrémité.¦Cr Ces chauds ornements se portent de diverses manières: drapés sur les épaules ou portés en ceinture.On peut encore en placer le mil/eu sur le haut de la poitrine, passer les deux extrémités sous les bias, les croiser sur le dos et les ramener en avant sur les épaulés où on les laisse pendre droites.Ce travail de crochet est, en somme, assez rap de à faire; c'est d'ailleurs plutôt une distraction qu'un travail et l'économie sensible qui en résulte n'est pas le seul avantage: ce que l'on achète tout fait, on doit le prendre tel que c'est; ce que l'on fabrique soi-même plaît toujours beaucoup mieux car c'est adapté aux goûts et à la fantaisie spéciale de chacun.i I i * X X I * * X X X * X X X X x ï * X X X X x x x I X x ï x x x x x X x x *' w.m x S x x x ï * M X X X X X x ¦* *.x x x X * X X X Montréal, Octobre 1919 LE PANORAMA 63 Articles en Cheveux Attrayants qui égalent votre propre chevelure en Beauté, en Texture et en Couleur.Que ce soit «une transformât Ion, tresse, chignon, bandeau, devant, frange, perruque.i> ikfn t.etc , n * artistes experts le feront de façc-n a p irai! re comme naturel.Chaqua article est fabriqua avec des che-\ • u\ frni- i leurs.d« ux el omlul-'s.s r nnp fondation de vraie tulle, ce qui le rend léger, frais et confortable.Non < garantissons satisfaction absolue en style, qualité, main-d'oeuvre et prix.l'OSl'U IIIOI Its KT I'KRRI 01 I KKS—< OII'FKl KS I1K IIAMIS PARFUMERIE ET ARTICLES DE TOILETTE 2-iG Rue ST-D SNIS Kn farp dp lYeli M-.Im-ijm*- PRINCE Voyez Notre Assortiment Avant d'Acheter Ailleurs MEUBLES-TAPIS POELES-PRELARTS RIDEAUX, ETC Tel.Est: 5155 570 Ste-Catherine E./•'/'('i.VI YXAlîI) un jiiuiiu ton* h s jours.COMPTANT-CREDIT Machine parlante Columbia ainsi que les Disques, toujours un grand Choix.J.S.PRINCE Compagnie, WM.LALONDE.Président.85, Blvd.St-Laurent, Entre Vitré et Craig, Montréal, Que.THEATRE ELECTRA PROGRAMME DE LUXE TOUS LES JOURS Changement de proaramme trois tois par semaine.LUNDI MERCREDI VENDREDI NOUS DONNERONS DURANT TOUTE L'ANNEE LES MEILLEURES ET LES PREMIERES PRODUCTIONS DANS L'EST A venir le .'5, 4."> octobre: Frank Ktvn.m, :-qu'al.rs que de très rares représentations de ce genre: encore les devions-nous, pour la plupart, pour ce qui est de Montréal, à M.L.-E.Oulmet.qui.péri dl-quement, donnait des spectacles au Monument National Lei films n'étalent pas alors aussi distinct» ni au=«l perfectionnés que ceux que nous av.-ns au-Jour"hu.l.C'était le métier cherchant sa vole, mais ce n'était pas encore le grand art.Lorsque M.Oulmet, après plusieurs représentations très courues au Parc et au Théâtre National, nous apprit son Intention de créer a Montréal, sèment exclusivement cor.îacTé au ciné ma.plusieurs levèrent 1 croyait pas à la possibilité du succès d'un*, telle entreprise.M.Oulmet ne se laissa pas décourager par 'ei sceptiques.Il n'était pas riche, mais son honnêteté était proverbiale.Il se procura les premiers argents, loua la salis Poiré, angle Sainte-Catherine et Montcalm, y Installa le Oulmetoncope, site actuel, et après quelques semaines seulement, il avait pu rembourser l'argent avancé.A la fin de la première année.Bon bénéfice .s'élevait & plusieu,:» milliers de dollars.L'année suivante, il améliorait son local, mais ce n'était i>as enc .re iufflsant.st un peu plus tard, il fut obligé de construire le théâtre actuel.Le Oulmetoscope fut alors le rendei-vojss du tout Montréal; les spectacles y étalent de premier ordre, et certaines soirées spéciales attirèrent a cet endroit d'amu ement.le maire de Montréal, des ministres, des personnages officiels et d'importntes délégati ne.Des artistes de grand renom figuraient au programme, entre les vue» qui étalent toutes des p-tmeurr.Dans l'Intervalle, d'autres cinémas s'étalhient a Montréal, mais 11 n'en restait pas moins vrai que le premier du genre, C'était bel et bien le Oulmeto6cope.M.oulmet avait été réellement le pionnier, et ceux qui n'avalent pas eu confiance en lui.restaient confondus.M.Oulmet est: encore un Jeune himine II dépars» a peine la quarantaine, mais Il avait de l'énergie, de l'activité et ce qui vaut mieux cent fols.Il avait line confiance absolue en sen étoile.Il était convaincu de l'Imp r;nnce du cinéma, au point de vu* Instruction et anru.ement, et 11 te lança téte baisses dans l'entreprise.Le -plus éclatant succès a eouTonné son oeuvre.Aujourd'hui, la o mpagnle Palhé, l"u ae des plus puissantes du monde, lui a conféré lej droits exclusifs do toutes ses productions au Canada, et il faut bien avouer qu'e'le n'aurait pu faire un meilleur choix, à tous les points do vue.M.Oulmet est l'un de nos Canadiens-français les plus rr.aixium s.et lo Panorama no pou.valt mieux débuter dans le monds des films, qu'on exiula «n; ds lu l cette tr .p cou te mais fidèle Moguaphle.Soi) mer un établis-épaules.On ne NEWrOBKV LONDON _PARI S r* VEXEZ Vl'iIK NOS .JOLIES IlLOt'SES rot R L'AUTOMNE.Ul ilii.I.ES EXCI.IMI'S GANTS PERRIN Notro spécialité LA GANTERIE ROYALE 483 Ste-Catherino Est Tel.Est 3341 - Montréal ( Ilfiinr) POiDKK it i.uii ( ri' 'l'i-'nturc rrnnr:ii «• BOtfff ItBi tlie-\t n\ v*tt tin:in 1 «>min 1 BUT I.ii'.irché IViiiUfHÏfT-\lk \ viitrp murrhiiml AujtIc Americaii Agencies L mited seul, iit:.-iits [Miiir !»• ( aititilîi Kl ¦ NT-,li;.VN.MOMKKAI. Montréal, Octobre 1919 LE PANORAMA Montréal, Octobre 1919 THEATRE IMPERIAL MONTREAL LES PLUS GRANDES ETOILES DU CINEMA AU MONDE.DANS DES SPECTACLES ENTIERS ET CAPTIVANTS.TIRES DES LIVRES ET PIECES LES PLUS CELEBRES.^ AVEC MUSIQUE APPROPRIEE PAR rOitshestra Je llmpérial le NAZIMOVA CHANTEURS DE MERJTE ET CONCERTS D'ORCHESTRE TOUS LES JOURS A 3 ET 9 HEURES.D'INTERESSANTS FILMS COURTS MONTRES CHAQUE SEMAINE NOUVELLES OFFICIELLES ANGLAISES LES CARICATURES DE MUTT AND JEFF.LES NOUVELLES DE PATHE.LA VIE PAR L'IMAGE COMEDIES DE CHOIX.MARY PICKFORD a.B$:+.?B D-C Montréal, Octobre 1919 LE PANORAMA Montreal, Octobre 1919 ,.********* »-¦.».» * * * »»».»»»» »»»¦»»*»»»»» Pour Votre Toilette d'Automne Venez d'abord consulter le Une sample visite vous convaincra, vous Madame, qui vous y entendez en fait die toilettes, que nos styles surpassent en beauté ce qu'il vous est généralement donné de voir ailleurs.Seul, un établissement de la qualité du St=Qeorges, = la Renommée veut que le §t=Qeorges soit le plus grand magasin du Canada faisant la spécialité exclusive des toilettes de dames = peut vous assurer un choix aussi considérable et varié des toilettes d'automne et d'hiver.Nous sollicitons respectueusement un examen détaillé de nos valeurs ; nous vous invitons en tout temps à faire la comparaison de nos styles et de la qualité de nos marchandises.Un personnel dévoué et compétent est tout à votre disposition.' 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