Recto verso, 1 janvier 2001, juillet
Recto Verso juillet 2001 Page 1 manquante &es produits du tfîfffîif Issus d'un savoir-faire traditionnel Une mesure pour développer le Québec rural Le ministère des Régions contribue à la mise en valeur des produits du terroir et consacre une enveloppe de 1,8 M$ à l'intention des promoteurs de projets.Pour toute information, contactez le bureau régional du ministère des Régions le plus près de chez vous./ I SOLIDARITE RURALE DU QUÉBEC Québec"" Ministère des Régions Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation Ministère de la Culture et des Communications Aussi dans ce numéro 4 À suivre dans Recto Verso 7 Éditorial 9 Tout court 49 Mots de société Les livres, par Danielle Shelton et Marie-Josée L'Hérault 17 L'économie sociale en mouvement L'économie sociale et le développement local 42 Solidarité internationale Repenser l'aide au développement ■•rruT!mO(WTîTïT» Itir^v irTooTïM l'été, mais qui ne se pose pas pour plus de la moitié de la population québécoise.Par manque de ressources, de temps ou d'organisation, l'été ne rime plus avec congé.Les loisirs et le tourisme sociaux comblent des besoins ignorés par l'industrie.Analyse et références utiles.Par Jean-Sébastien Marsan et Jacqueline Bousquet En collaboration avec le Conseil québécois du loisir Entrevue PETER LEUPRECHT Le doyen de la Faculté de droit de l'université McGill dénonce la nouvelle droite qui dénigre les droits humains sociaux et économiques, ainsi que les 2 effets pervers du libéralisme économique.Propos recueillis par André Seleanu Environnement UNE FORÊT POUR LE MONDE ^^ A II est plus difficile de faire passer J.f\ 'a f°rèt pour un simple inventaire | * I de planches ou de rouleaux de >>_S I papier.Elle représente aussi un milieu de vie et une reserve de biodiver-site.Et une des des de l'autonomie régionale.Par Louise Desautels et Jean Cazes Sommets de Québec RECITS PARALLÈLES 4 A l'utopie néo-liberale de l'émancipation par le libre-échange, le Sommet des peuples a oppose l'idée d'une nouvelle solidarité entre le Nord et le Sud dans le respect absolu des droits de la personne.Par André Seleanu JUILLET'AOUT 2001 RICTO VERSO 3 ^A^uim.ÏHTfl VHSO 50e anniversaire UN CAHIER SPÉCIAL Riche de 50 ans d'étude de la vie communautaire et sociale, de portraits et d'archives, l'équipe de Recto Verso prépare à ses lecteurs et lectrices un cahier anniversaire dans son édition de novembre/décembre.On pourra y lire une sélection d'articles parus depuis un demi-siècle dans Vie Ouvrière, VO et Recto Verso, leur mise en contexte historique et leur actualisation.Au fil des années, de nombreuses personnalités et acteurs sociaux ont contribué à nos pages : Madeleine Parent, Michel Chartrand, Claude Ryan.Nous inviterons certains à reprendre la plume pour cette parution spéciale.Pierre Vallières (1938-1998), collaborateur de longue date de VO (maintenant Recto Verso), en fut le rédacteur en chef de 1989 à 1991, et a fêté le 40e anniversaire du magazine.Élections municipales ORGANISONS-NOUS! Les nouvelles villes «fusionnées» connaîtront leurs premières élections le 4 novembre 2001.Cette nouvelle «donne» s'appuyera-t-elle sur une meilleure application d'une démocratie participative?Quels rapports doivent établir les citoyens et citoyennes pour compter dans la gestion de grandes villes?Comment les organiser?Quels seront les effets sur les décisions budgétaires, le logement social, le développement communautaire, l'écologie urbaine?Des exemples, comme l'adoption populaire du budget de la ville de Porto Alegre, lancent des pistes de travail.La rédaction | 514.523.5998, poste 23 | rectoverso@videotron.ca 1215, rue Visitation, bureau 101 Montréal (Québec) H2L 3B5 Téléphone: 514.523.5998 Télécopieur: 514.523.5812 rectoverso@videotron.ca Magazine indépendant d'information générale, Recto Verso examine les réalités socio-politiques, économiques et culturelles d'ici et d'ailleurs.Recto Verso cherche a comprendre et à rendre compte des transformations de la société, de ses acteurs et actrices, de ses structures et de ses influences.Publié depuis 1951, le périodique s'inspire depuis toujours des idées émancipatnces dans la perspective d'un plus grand pouvoir des citoyens-nes sur leur conditions de vie et de travail.Les articles publiés dans Recto Verso n'engagent que leur-s auteurs-es.CONSEIL D'ADMINISTRATION Françoise Guay, François Mercier, Guglain Pnnce, Nathalie St-Pierre, Edith Tessier, LinaTrudel cooroonnatiiice générale Anne-Mane Brunelle rédacteur en chef Richard Amiot REDACTEUR EN CHEF ADJOINT ET DIRECTEUR PHOTO Patrick Alleyn directeur ARTISTIQUE François Leclerc directeur de la production Richard Bousquet revision et correction Ginette Gaudreault REPRESENTATION PUBLICITAIRE Edith TeSSier abonnement ET COMPTABILITE Maria Mernandez édition Revue Vie Ouvrière me.mise en pages et graphisme Composition Fleur de Lgsée inc, François Leclerc et Alain Théroux.impression Imprimeries Québécor inc.FREQUENCE DE parution 6 numéros par année Tirage fc*rt\flâ Recto Verso est distnbué dans plus de A'VQA ' '"0 points de dépôt et par abonnements, SZïs^ZZi.à travers le Québec et dans la francophonie ~mfc'JO 'cSL.xjs * " J=E11— ct¥ '-SET — âfiflfi * aar i ■—! ■ ■ apboi) isa uia ai 'sn/d aQ uia np sajia ai m ■tauisuoi) luaAnad au suaipiionb sijojuoj sa/ anbsmd a/ijnui ajnsaui aun isaj : XflVJ ' uia np snjiA ai aiuauisuon inad saujçiduihs suos no jmo aniiisodoias auuosjad aun : xflVJ » saujuiaj no sauiuiou jnoduiopuoi np jjorfa/ jodananxas uoiiiaiojd0/ issno ohjt : xflVJ l uoissiutsuoji 0/ ajuauuad jnod aAifos 0/ suop ajiuayuoj luauiwosijjns sod isau sruiA a/ anbsmd unnbfanb tuossojquta ua uia ai jaiioiiuo] inad au uo : xflVJ z ai md wajui ajia jnod ananxas uoiiofij a/nas aunp iijjns // s/oiu 'sajiouauod ap ajq ■mou a/ D3A0 axuauibno qiA np snjiA ai jaiMJiuoj ap anbsu ai 'îioj uj XflVJ 13 IV})A 'I sasuodaj sa] IUIILE1/A0ÛT 2001 «ECTO VERSO 41 A l'automne 2000, l'Agence canadienn de développement international (ACDI lançait un process consultation sur I' ration d'une strate à long terme pour Programme canadi d'aide internationa Au-delà de la discu sur les réformes la stratégie proposée ouvre le débat sur le rôle moral et politique du Canada dans la lutt pour éliminer la pauvreté dans le monde.Il s'agit en fait de repenser le modèle de développement actuel et de revoir l'articulation des actions de divers acteurs gouvernementaux afin de développer une approche cohérente et efficace en matière de lutte contre la pauvret dans les pays du Sud globali; SolidARÎTÉ in ter ■nationale i Une nouvelle stratégie pour le développement?Le consensus des pays riches En 1996, l'< >rganisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) proposait une stratégie de développement intégré dans une étude phare intitulée Le rôle de la Coopération pour le développement à l'aube du XXI siècle.Quatre ans plus tard, c'était au tour de la Banque mondiale d'épouser l'idée d'un modèle de développement intégré, l'our les pays membres de l'OCDE, il s'agit la d'une véritable victoire marquée par l'émergence d'un consensus pour un développement intègre Ce nouveau consensus prétend humaniser le «consensus de Washington- qui depuis les années 80 proposait des reformes macroéconomiques, l.i rationalisation des gouvernements, la libéralisation du commerce et la dépendance à l'égard du marché d'exportation.Le «nouveau consensus », fruit d'une série de sommets mondiaux tenus au cours des années 90, s'articule autour des oh|cctifs suivants: réduction de moitié de l'extrême pauvreté; réduction des deux tiers de la mortalité S infantile; accès à des services ■ de santé primaires, dont des (services de santé reproductive; «progrès tangibles en matière d'egalite des sexes et mise en œuvre de stratégies nationales Ide développement durable.Par contre, le nouveau .consensus» ignore les échecs essuyés au cours de cinq décennies passées et affirme que le bilan du développement» dans le Sud globalisé est positif les pays donateurs semblent convaincus que le «modèle de développement intégré» qui se trouve au cœur du «consensus» n'est pas seulement le meilleur modèle mais en fait, le seul modèle possible.Ils ne peuvent donc que souscrire à son efficacité bien que la réalité fasse tous les jours la preuve du contraire; en valeur absolue le nombre de pauvres ne cesse de croître et le fossé entre riches et pauvres de s'élargir.Il s'agit en fait de savoir si le «modèle intégré» - lire capitalisme et liberté des marchés - convient à la majorité des pauvres dans le monde.Les prescriptions des politiques néolibérales, telles qu'elles existent, n'ont pas pu et ne peuvent pas profiter aux pauvres ni à la croissance «en faveur des pauvres Comme l'observait récemment Yao Graham de Third World Network-Africa au Ghana, il s'agit en fait d'un consensus forcé enraciné dans une «monoculture du développement».Selon lui: «l'accès aux marchés n'est pas le développement; l'améliorer ne garantit ni ne favorise le développement».Éliminer la pauvreté dans le monde Eliminer la pauvreté c'est transformer les structures responsables de la misère des uns et de l'opulence des autres.La justice et l'élimination de la pauvreté relèvent des droits de la personne universellement reconnus.Il ne s'a- git ni de charité ni d'un sursaut humanitaire.L'axe politique et éthique autour duquel doivent s'articuler les relations du Canada avec le Sud globalisé et le programme d'aide au développement doit être fondé sur les droits de la personne, non pas sur la charité ni sur une vague promesse de développement neutre».Cela signifie que le gouvernement et les Canadiens ont un rôle actif à jouer dans la promotion de la justice et de la protection et la défense des droits de la personne.H faut aussi assurer la cohérence entre les différentes composantes de la politique étrangère canadienne.L'OCDE termine présentement la mise en place de lignes directrices communes pour réduire la pauvreté.Celles-ci rappellent la nécessité d'adopter des politiques cohérentes, principalement dans les domaines suivants: commerce international et investissements directs; agriculture et sécurité alimentaire; flux financiers internationaux; ressources naturelles et environnement; questions sociales et gouvernance et conflits.Or.au Canada, comme dans la plupart des pays membres de l'OCDE, les conflits d'intérêt sont révélateurs.Ainsi.dans le domaine de la sécurité, le Canada fait la promotion de la paix tout en subventionnant la production et l'exportation d'armes et d'équipement militaires.Dans le domaine de l'environnement, le Canada prône la maîtrise de la consommation énergétique dans d'autres pays alors que notre consommation par habitant d'énergie et d'autres ressources dépasse de loin celle des pays du Sud.Enfin, dans le domaine de la santé, le Canada défend et protège agressivement les brevets des grandes sociétés pharmaceutiques, faisant fi des tentatives des pays du Sud globalisé de produire des médicaments génériques à l'intention des marchés intérieurs et régionaux.INTER PARES oppement «L'accès aux marchés n'est pas le développement; Vaméliorer ne garantit ni ne favorise le développement».Pour une politique canadienne cohérente La cohérence des politiques du Canada à l'égard du Sud globalisé et de son engagement à éliminer la pauvreté dans le monde est au cœur du débat sur la réforme de l'ACDI et du programme canadien d'aide au développement.Nombreux sont ceux et celles qui croient que le rôle de l'ACDI devrait être renforcé comme chef de file de la politique étrangère afin d'influencer les politiques publiques, d'assurer une plus grande cohérence des politiques fédérales ayant une incidence sur le développement et d'en suivre l'évolution Aujourd'hui, la réputation de l'ACDI pour son leadership et son esprit innovateur est en jeu.Le rôle de l'Agence a été sacrifié à l'autel du commerce international, de la politique étrangère et des nécessites politiques de l'heure, le débat n'est pas neuf.Cependant, la consultation lancée par l'ACDI sur sa stratégie à long terme appelle à la réflexion et exige la mobilisation du public pour qu'un véritable dialogue s'installe sur la nécessité d'arrimer toutes les politiques autour de la lutte pour l'élimination de la pauvreté.Pour une version plus élaborée de la position d'Inter Pares face à la stratégie à long terme de l'ACDI.voir le site du CCCI: www.web.ca/ccic-ccci INTER PARES, une organisation de |ustice sociale, oeuvre depuis 1975 à créer des liens avec des groupes du tiers monde et a appuyer des programmes de développement communautaire INTER PARES travaille mrsI a sensibiliser le public canadien et à taire des pressions politiques pour favonser la compréhension des causes, des effets et des solutions au problème de pauvreté INTER PARES 58, rue Arthur, Ottawa (Ont.) KIR 7B9 • Tel (61 3) 563-4801 • Tétec : (613) S94-4704 Cet espace est retenu et payé par: AqQC| >ÉVELOPPEMENT ET PAIX INTER PARES OXFAM-QUÉBEC de coopération internation voués au développement de solidarités entre les peuples d'ici et d'ailleurs. ARALL Deux visions du monde se sont affrontées au Sommet de Québec.À l'utopie néo-libérale de l'émancipation de l'homme par le libre-échange commercial, le Sommet des peuples a opposé l'idée d'une nouvelle solidarité entre nations du nord et du sud dans le respect absolu des droits de la personne.PAR ANDRE SELEANU Au bord du St-Laurent, sous le soleil gentiment caressant de la mi-avril, on a senti une effervescence inusitée : la fièvre et la synergie de la rencontre entre activistes et touristes avides d'Histoire, autour du Sommet des peuples; une certaine chaleur et la dignité du discours parlementaire, à la Conférence des parlementaires des Amériques (à l'invitation du gouvernement du Québec); et enfin la méfiance - pour ne pas dire la paranoïa - derrière la clôture érigée autour de la colline parlementaire et d'une partie du Vieux-Québec afin de protéger (d'isoler?) les 34 chefs d'ét.u Alors que les leaders participaient aux réceptions et tenaient des discours à l'in- Une'panse, siir le parvis de l'Église St-Roch, à Québec, pendant le Sommet des peuples, le mercredi 18 avril 2001.PHOTO liMOfT «QUI* .POumuHiVMs/) SUR térieur du fameux -périmètre de sécurité-, les manifestants essayaient de renverser la barrière en béton et en métal, sous les gaz lacrymogènes et les tirs de balles en plastique.À l'intérieur du périmètre, des colonnes de policiers déguisés en -Darth Vader», avec leurs masques à gaz, déambulaient en frappant rythmiquement leur bouclier en plexiglas avec des bâtons en caoutchouc.D'où venaient-ils, où allaient-ils?Mystère.Qui essayaient-ils d'intimider avec leur marche en cadence, vu que passants et manifestants étaient déjà écartés, à l'extérieur de la clôture?Les cafés de la Grande-Allée étaient fréquentés pendant ce temps presque exclusivement par des centaines d'agents des services secrets ou de sécurité, en veston tes-tif bleu marine ou bien en mackintosh gris - avec, parmi eux, un bonne prépondérance d'Américains.44 I RECTO VERSO JUILLET/AOÛT 2001 ^MEJ À l'image du «Château- de Franz Kafka, on pouvait parler à Québec d'un «en haut» et d'un «en bas-.En haut, sur la colline parlementaire, provisoirement clôturée, des armées de mots sibyllins émis comme des nuages d'incertitude enveloppaient les possibles tractations, marchandages d'hommes d'État qui livraient, réellement, fort peu d'information au cours des conférences de presse.En bas, au Sommet des peuples, on dénonçait le secret dans lequel se déroulaient les pourparlers de la Zléa (Zone de libre-échange des Aménques) : M.Pettigrew, ministre canadien du commerce international avait promis que, dans un futur pas trop lointain, les textes de négociaûon seraient rendus disponibles.En ce moment, ils ne le sont pas encore, sous prétexte «que la version portugaise n'est pas encore prête», une autre situation à la fois cocasse et tragique, sûrement surréaliste, parmi tant d'autres.Le spectre de l'Aléna Le Nouveau parti démocratique, le Bloc Québécois et la grande Alliance sociale continentale réunissant des centaines d'ONG et de syndicats critiques du libre-échange dans les trois Aménques feront une face actuellement à des poursuites par des corporations transnationales totalisant plus de 16 milliards de dollars.Une lutte politique s'annonce Pendant le sommet des chefs d'État, la Chambre canadienne de commerce a exprimé son désir d'enchâsser dans un traité interaméricain -des mesures fortes de protection pour les investisseurs, telles que celles comprises dans le chapitre 11 de l'Aléna.» Inversement, le Business Council on National Issues (BNHI), un lobby de grandes compagnies canadiennes ou succursales locales de transnationales, désire officiellement exclure toute mesure de protection sociale et environnementale ou référence aux droits de la personne d'un traité commercial.«Le traité Zléa, tel qu'il se profile actuellement, n'est pas un simple traité de commerce, mais un traité qui protège les droits des investisseurs», soulignait Hugh Macken-zie, directeur de la recherche de la branche canadienne du syndicat nord-améncain des métallos, dans un forum syndical du sommet des peuples.Il est clair qu'une lutte politique se dessine entre ceux qui veulent des manière notoire, favorise les intérêts des investisseurs par rapport aux lois nationales.Autant de voeux pieux pour le bonheur de l'humanité des Aménques?Peter Leu-precht, doyen de la faculté de droit de McGill, ne cache pas son scepticisme : «Quel est le sérieux du document final du Sommet?La société civile doit être attentive : les enjeux sont considérables.» (Voir entrevue, p.12) En évaluant la déclaration finale du Sommet des Aménques, Anne Ste-Mane, porte-parole de la section montréalaise d'Amnistie Internationale, exprime une méfiance sans détours : «Comme en 1994 à Miami, en 1998 au sommet de Santiago, on voit l'hypocnsie des chefs d'État qui prennent des engagements, mais qui ne font rien concrètement pour mettre en application les engagements qu'ils ont pns.Les chefs d'état avalisent la notion de démocratie par le fait qu'il y ait des élections.Amnistie internationale (par contre) documente jour après jour des abus systématiques : tortures, exécutions extrajudi-ciaires, conditions inhumaines de détention dans les pays des Aménques.- Mme Ste-Mane inclut la misère, les défaillances en LES AMERIQUES vérification minutieuse de ces textes, accompagnée d'une dénonciation, d'un rejet de tout ce qui pourrait relever de l'équivalent du Chapitre 11 du traité nord-améncain de libre-échange (Aléna) dans un projet de traité Zléa.En tant que véritable «charte des droits corporatifs-, le chapitre 11 rend en effet caduques les législations nationales, en protection de l'environnement et en réglementation du travail entre autres.Ce type de traité international est plus contraignant que les constitutions nationales ou provinciales en cas de procès.Un tribunal de l'Aléna constitué de trois membres («experts») entend les plaintes contre les gouvernements à huis clos.La légitimité de ce «tnbunal- est pour le moins douteuse, il ne relève d'aucune constitution nationale théoriquement démocratique.Ses décisions ont fotce de lois.La situation n'est pas hypothétique : le Canada tait «droits» presque absolus pour les invesnsseurs à travers les Aménques et ceux qui veulent maintenir la primauté de la société civile sur les intérêts transnationaux.Quoique «la clause démocratique» ait fait les manchettes au cours du sommet des chefs d'État, un tout petit paragraphe dans le chapitre b de la Déclaration finale éclaire les véntables pnontes du processus : l'accord Zléa visé pour 2004 doit être «compréhen-sit et équilibré, conforme aux règles et aux disciplines de l'Organisation mondiale du commerce (OMCX La Déclaration finale adopte un ton résolu ainsi qu'un calendner ferme en ce qui concerne le libre-échange.Par contre, les nombreuses références à la santé, â la démocratie, à l'éducation, aux droits des entants sont moins impératives et contraignantes.Belles paroles en effet, â la portée limitée, hélas!, à cause des très réelles contraintes de l'OMC qui.de santé et hygiène publiques parmi les violations des droits de la personne.Parfois les chiffres sont éloquents : «Il y a 900 personnes qui prennent part a l'élaboration des accords de libre-échange et seulement 50 personnes employées par la Commission interaméncaine des droits de l'Homme.» Où est la pauvreté dans l'équation?Carlos Baraïbar, député de centre-gauche au Parlement d'Uruguay (Frenle Ampho), dans un discours mémorable prononcé à l'Assemblée nationale du Québec (â la Conférence des parlementaires des Aménques), 1 stigmatisé un poncif qui flotte dans l'air du temps : la démocratie égale lilne commerce (ou même liberté tout court, récente sornette «philosophique» et séquelle «intellectuelle» du néo-libéralisme).«Très bien», disait Baraïbar, avec un humour que Cervantes ► JUILLET AOÛT 2001 RECTO VERSO I 45 n'aurait pas renié, «démocratie égale libre-échange, mais qu'est-ce qui se passe avec la pauvreté?La libre entreprise?Quelle libre entreprise?Celle de Microsoft, de Coca-Cola?Ou celle du petit boutiquier d'Uruguay?» Autant de questions auxquelles le Sommet n'a pas apporté de réponse.Parmi les parlementaires de la COPA, le jugement était unanime : les parlementaires des 34 pays des Amériques devraient avoir une influence déterminante sur le processus de la Zléa, mais leur détermination se heurte à une autre attitude, du côté du processus des sommets : la flagornerie, la surenchère de louanges autour des rencontres au sommet.«Le processus de la Zléa est de plus en plus irréel-, s'insurgeait Henri-François Gautrin, député libéral de Ver- came assiégée au cours des années 1990 par les dévaluations ahurissantes du peso et les baisses des tarifs dans l'agriculture dues au libre-échange, suites du traité Aléna.Les organisateurs du Sommet des peuples (l'Alliance sociale continentale, etc.) s'identifient de manière informelle à l'expression société civile qui, on l'a vu, a une résonance mondiale.Suggestive, l'expression peut aussi être vague.Ainsi, le processus du Sommet des Amériques, qui se déroule en lien étroit avec l'Organisation des États américains (OEA), a envisagé avaliser des organismes qu'elle aussi assimile à la société civile (arbitrairement, il faut le souligner).Dans un document disponible sur le site web de l'OEA (www.civil-society.oas.org /Permanent), il est précisé que les organ- Plusieurs journalistes furent expulsés de la rencontre avec la «société civile» pour des «raisons de sécurité».dun.«Il faut que l'information circule, que la population ait accès aux textes et que les assemblées (législatives) puissent se prononcer sur le rapport final.- Actuel président de la COPA, le député brésilien Eduardo Magella a mis les points sur les ( : «Le secret du processus est désastreux».Vraie et fausse société civile Contemporaine des luttes de Soli-darnosc menées par Lech Walesa en Pologne à la fin des années 1970, l'expression société civile apparaissait dans le langage des dissidents tchèques et polonais (dont le philosophe Jan Patocka, assassiné en 1975 par la police de Prague, Vaclav Havel, actuel président de la République tchèque, et Adam Michnik, à Varsovie) au tournant des années 1980 : société civile, c'est-à-dire, nous, le peuple, contre eux, le parti communiste crypto-militaire de lait.Puis l'expression a sauté l'Atlantique pour décrire les luttes du PRD (gauche) au Mexique contre le PRI, parti au pouvoir, semi-dictature jusqu'en 2000 (moment de l'élection de Vicente Fox [PAN], première alternance démocratique en 70 ans).La société civile était symbolisée au Mexique par le mouvement zapatiste du Chiapas qui a trouvé un fort écho - bien au-delà des indigènes - dans la société mexi- ismes admis au processus de négociation par l'OEA doivent être «conformes à l'esprit, aux buts et aux principes de l'OEA.» Le 21 avril, une table ronde avec «la société civile» a été organisée par les chefs d'Etat, un peu à la dernière minute, à l'hôtel Hilton de Québec.Un mélange éclectique de participants : côté gouvernements, John Manley, ministre fédéral des affaires étrangères; Pierre Pettigrew, au commerce international; Bill Graham (Parti libéral), président du comité parlementaire pour les affaires étrangères; Robert Zoellick, négociateur à la Zléa pour le gouvernement améncain;James Wolfensohn, président delà Banque mondiale; César Gaviria Tru]il-lio, président de l'OEA (ancien président de Colombie au début de la décennie 1990), «-néo-libéral selon la très establishment revue de Londres Tlic Economist.À la place d'honneur, sur un podium, plusieurs ministres des Caraïbes et d'Amérique centrale, dont le rôle était plutôt décoratif".MM.Bill Graham et John Manley modéraient avec entrain et célérité les interventions.Pour la société civile, il y avait, entre autres : Nobina Robinson, de FOCAL, un groupe d'études sur l'Amérique latine subventionné par le gouvernement fédéral, des universités et des sociétés ayant des intérêts en Amérique latine; un mystérieux quoique omniprésent Leadership Council Jor Interamenciiii Siininiitiy, de Floride, constitué d'anciens diplomates, p.-d.g.de sociétés pétrolières et financières, etc.Parmi les organismes qu'on associe plus habituellement à la société civile, étaient présents : Human Rights Watch, de Washington; Amnistie internationale; l'Assemblée des premières nations du Canada, représentée par Matthew Coon Corne; Mme Elizabeth May, directrice executive du Sierra Club du Canada (protection de l'environnement), etc.Après de longs discours ministériels pleins d'une grande autosatisfaction, en raison du fait que «la démocratie est entérinée dans le processus des sommets», les interventions des ONG ont été brèves, le temps alloué par les organisateurs étant bien serré.On dressait l'oreille, car grande était la surprise, en apprenant de Robin L.Rosenberg, du Leadership Council, que 100 millions dollars de plus devraient être alloués «au processus des sommets.» On se demande comment la société civile pourrait bien profiter de cette manne proposée.Le Leadership Council recommandait en plus que les sommets des chefs d'état aient lieu non pas tous les trois ans, mais deux fois par an.Il y a assurément des membres de cette société civile passionnément en amour avec les prébendes et les dépenses de la vie mondaine et diplomatique.Détails insolites et possiblement passés inaperçus comme beaucoup d'autres à la table ronde en partie télévisée sur le canal Newsworld (CBC).Car, pour la plupart, les journalistes n'y furent pas admis.Il y avait une petite poignée de lourna-listes, au début, à la table ronde.La rencontre avait été peu ébruitée.L'information ne circulait vraiment pas au Sommet officiel, pourtant organisé de manière efficace.«Même à Seattle, en 1999, il y avait plus de communication entre médias, négociateurs et milieux d'affaires qu'à Québec», rapportait Enc Sorensen, de CBCNews.-Maude Bar-low, du Council ot Canadians, pouvait aborder tel ou tel négociateur dans les couloirs du Palais des congrès (à Seattle).».À Québec, nen de tel.Les journalistes devaient apprendre de bouche à oreille quand les conférences intéressantes avaient lieu.Ceci limitait la fréquentation des événements, saut des grandes rencontres officielles, comme la cérémonie d'ouverture avec ses chefs d'Etat.Plusieurs journalistes turent expulsés de la rencontre avec la «société civile-, malgré 46IrECTO VERSO JUILLET/AOÛT 200! \ ^ leurs protestations.(The Economisi a aussi relevé ces expulsions).Par hasard, ou selon un critère arbitraire, certains sont restés dans la salle."On a dit aux loumahstes d'aller dans une salle spéciale où la conférence était télévisée - pour des raisons de sécurité-, a explique Bill Graham qui dingeait les interventions.«C'est la première fois que ce type de rencontre a lieu, on aura appris pour la prochaine fois.- On est vraiment rassuré.Une organisation étroitement associée avec les processus d'intégration économique et peu connue du public était aussi représentée à la table ronde de la société civile, par sa présidente, Mme Halina Os-trovski : le Conseil canadien pour les Amériques (siège social à Toronto) réunit des grands intérêts d'affaires et fonctionne en étroite collaboration avec le gouvernement fédéral.Le CCA a été l'hôte de dix-huit visites de chefs d'état latino-amencains au Canada, entre 1990 et 2000.À son tour, CCA est membre du BHN1.«Réseau des représentants des 34 nations des Amériques, saut Cuba, BHNI est dédié au succès des négociations d'un traité de libre-échange hémisphérique." (Site web : www.ccKanada.com) Mme Ostrovski affirme ne pas avoir été au parfum des négociations sur la Zlea, du moins ne pas avoir accès au contenu des «Le processus de la Zléa est de plus en plus irréel.» (Henri-François Gautrin, député libéral de Verdun) Notre photo: Boulevard René-Lévesque, le jeudi 19 avril 2001.Le lendemain, cette portion du mur tombait.négociations au même niveau que les parlementaires et d'autres qui se plaignent d'être bernés par ce processus.Par contre, le «CCA a tait des pressions pour que les documents négociés soient disponibles pour tout le monde", de dire Mme Ostrovski.Dans sa lettre aux membres du CCA, après le Sommet, Mme Ostrovski déent un petit déieuner au Hilton avec des chefs d'Etat et des membres des délégations : SNC-Lavalin, Banque de Nouvelle-Ecosse et Cisco Systems avaient l'occasion de faire des présentations dont on ignore le contenu.(Certains membres de la société civile avaient des accès autrement privilégiés que d'autres.I Pour Marcella Escnbano, d'Alternatives, une organisatrice du Sommet des peuples, la table ronde du Hilton constituait «une fausse consultation».Le Sommet des peuples avait demande un débat public avec les chefs d'État, «de sommet à sommet", qui a été refusé.La répression des manifestations populaires autour du sommet officiel a continue.Autant de raisons pour que certaines ONG membres du Sommet des peuples refusent de participer à la «consultation de la société civile».Du point de vue de Mme Escnbano, des groupes comme Focal, Participa (Chili) ou Extd contribuent en fait au manque de «critères minimaux de transparence- (leurs membres, en tailleurs et costumes chics, tranchaient avec les participants hyper décontractes du Sommet des peuples).Henri Masse, président de la FTQ, et Kenneth Georgetti, du Congrès des travailleurs du Canada, ont préfère ne pas participer à la table ronde, quoique invites a la dernière minute, afin de protester contre le principe du -périmètre de sécurité» (Marc Laviolette.président de la CSN n'était pas sur la liste des invites).M.Masse a explique que son syndicat voudrait quand même taire entendre sa voix dans les négociations sur la Zlea : «Même si le traite échouait, l'intégration intercontinentale se ferait" et les intérêts syndicaux devraient être inclus dans les traites, analyse-t-il.«Il ne faut pas se laisser décourager par le processus de mondialisation», dit Marc Laviolette.Un autre modèle La délocalisation d'industries vers le Mexique et l'Amenque centrale pose un immense problème pour la base syndicale^ JUILLET/AOÛT 2001 «ECT0 VERSO 47 JMVIÉRIQIIES^ÛÛL du Canada et des États-Unis.Les conditions de travail là-bas (très bas salaires, sécurité et hygiène au travail dérisoires, etc.) posent aussi un problème aux syndicalistes du Sud (en sus des menaces physiques lorsqu'ils essaient de syndiquer les ouvners).Les rencontres syndicales internationales (dont celle de Québec) deviennent plus fréquentes.Le rôle de l'Organisation régionale interaméricaines des travailleurs (ORIT), siégeant à Caracas, (au Venezuela.Président : Luis Anderson) gagne en importance.À Limoilou, le docteur Manuel Rosen-thal, de Cali (Colombie), a rapporté que les baisses de tarifs à l'importation (surtout des produits textiles) demandées par les institutions financières internationales ont produit une dépression économique en Colombie (décroissance de 4% en 2000) et entraîné la fermeture 20 000 petites et moyennes entreprises depuis 1993.La Colombie fait face aussi à la guerre déclenchée par les États-uniens contre le nar-co-trafic.Le Dr Rosenthal a exprimé l'opinion que "les gens du Nord devraient peut-être réviser leur système de vie - c'est- La dirigeante indigène a aussi tait le détail les ravages de la dollarisation (conversion du sucre, l'ancienne monnaie nationale, au dollar) en Equateur, surtout parmi les peuples indigènes dont la pauvreté est déjà notoire.Selon elle, les termes d'échange ont été catastrophiques pour presque toute la population équatorienne, dé]à mise à l'épreuve par une dure crise économique.En janvier 2001, d'importantes manifestations populaires ont eu lieu à travers l'Equateur «contre le modèle néo-libéral".Mme Chancoso a établi des liens entre les politiques du gouvernement équatonen et des intérêts financiers et économiques étrangers.Elle a expnmé la demande que la dette exténeure de l'Equateur (54% du budget national est affecté à la dette) soit annulée.«Le plus grand poumon du monde, l'Amazonie, est en train d'être détruit", s'exclamait Hector Fajardo, le président de la Centrale des travailleurs de Colombie, se référant aux opérations de rumigation en Amazonie colombienne.On pouvait s'y attendre, il est aussi passé au chapitre des assassinats : 2500 activistes syndicaux Un fait passe inaperçu au Nord : l'émergence d'une gauche démocratique dans le Cône sud.à-dire ne plus se droguer pour pouvoir supporter leur destin (gel a life, en anglais -presque intraduisible en français).Ce ne sont pas les Colombiens qui sont violents, mais l'engrenage qui les entoure.» Comme par hasard, les zones où les fumigations de plantations de coca ont lieu, accompagnées d'expulsions de population, sont aussi susceptibles de renfermer d'importants gisements de pétrole.Blan-ca Chancoso, de l'ethnie Quitchua, dirigeante de la CONAI (Association nationale des communautés indigènes d'Equateur), a décrit la situation devant un auditoire passionné par son discours au Cégep Limoilou, en Basse-Ville de Québec.L'établissement est connu pour l'engagement politique de ses étudiants.L'Equateur, pays pauvre, a déjà dû accepter un nombre de cultivateurs colombiens estimé à dix mille, déplacés à cause des combats et défoliations.Blanca Chancoso demandait la présence sur les lieux «d'une mission d'observateurs étrangers intégrés aux peuples indigènes».tués depuis dix ans en Colombie, dont trente-cinq depuis environ un an.Le syndicaliste colombien rejoint ainsi les nombreuses voix des Amériques qui conçoivent un traité seulement dans la mesure où il reflète l'ensemble des revendications des travailleurs : droits de l'Homme au sens le plus complet, protection de l'environnement, etc.Pedro Escate, leader syndical minier du Pérou, mettait l'accent sur l'importance de vrais tribunaux - non pas de simples «centres d'écoute» - tenant compte des intérêts ouvriers.Faisant preuve d'une admirable prévoyance dans les circonstances colombiennes (déclenchement du Plan Colombie par les États-Unis en décembre 2000, guerre civile, 2,5 millions de personnes déplacées), M.Fajardo regarde plus loin que la tragédie actuelle : «Nous apprécions ce que fait l'Union européenne au niveau social.Si un traité interaméricain est signé, nous voulons un document qui réponde aux vrais besoins de la société civile des Amériques.» Henri Massé donnait l'exemple des fonds com- pensatoires gérés depuis Bruxelles, qui ont aidé le Portugal, la Grèce et l'Espagne à s'intégrer à la Communauté européenne.Ce thème significatif rejoint le discours inaugural, au sommet officiel, du président mexicain Vicente Fox.Il préconisait d'aborder les problèmes avec une pensée «créatrice, latérale : que tous les pays d'Aménque latine consacrent un pourcentage de leurs dépenses militaires à un tonds de cohésion sociale.» L'obstacle de taille à des paiements compensatoires aux pays du Sud est, alors que l'Europe occidentale est composée d'une maionté de pays industnalisés, plutôt riches, seulement le Canada et les États Unis peuvent être qualifiés de pays pleinement développés dans l'hémisphère occidental.Le député uruguayen Carlos Baraïbar relevait un fait qui passe inaperçu au Nord : l'émergence d'une gauche démocratique dans le cône sud (Partido dos Travajadores est au pouvoir dans l'état de Porto Alegre, au Brésil; Marta Supplicio, de la même mouvance, occupe la mairie de la métropole, Sao Paolo; un parti qui lui est apparenté, Frente Ampho, a 40% du vote en Uruguay).«En Amérique latine, la gauche a dû se renouveler au risque de disparaître», analyse Baraïbar.La tendance n'est pas de bon augure pour la signature d'un traité Zléa.Hugo Chavez, président du Venezuela, est connu comme un nationaliste dans la tradition du libertador Simon Bolivar.Dans la Déclaration du Sommet des Amériques, le Venezuela «réserve sa position» sur la référence à la démocratie représentative qui, selon Chavez, a servi de paravent à la corruption et au vol de fonds publics dans les régimes antérieurs.Le Venezuela, à l'en-contre des autres signataires, se donne un horizon au-delà de 2005 pour intégrer une éventuelle Zléa et se propose déjà de soumettre tout traité à un référendum national.Commentant la Déclaration du Sommet des peuples, M.Chavez a déclaré à Recto Verso : «J'ai lu la déclaration, qui me plaît beaucoup.Il s'agit de démocratie participative.Moi, je suis en train de participer maintenant à un sommet de présidents et je leur dis : Attention, si nous, les présidents, nous promenons d'un sommet à l'autre, pendant que les peuples vont, eux, d'abîme en abîme! Les sommets doivent en fait être pour les peuples, nous ne devrions être que les instruments des peuples.Sinon, nous n'avons plus le droit de parler de démocratie." D 48 I RECTO VERSO IUIUET/A0ÛT 2001 "LfS LIVRES PAR DANIELLE 5HFTTÏÏF DE SOCIÉTÉ VRAI OU FAUX LE JEU Jean-Jacques Pelletier, le maître québécois du roman d'intrigues internationales infiltre le côté sombre de la mondialisation des marchés, pour y traquer l'argent du monde.DS: Jean-Jacques Pelletier, vous avez délaissé les essais, au profit des thrillers.N'est-ce pas la une manière peu orthodoxe, pour un professeur de philosophie, d'éveiller notre conscience planétaire 7 JJP: La vie n'a nen d'un cours magistral : tout arrive en vrac, on saisit, ici et la, certains faits, certaines idées, et on fait des liens.Cela se passe comme dans l'univers romanesque, encore que celui-ci soit moins complexe que la réalité, le récit étant constitué uniquement de morceaux choisis et ordonnés.En tait, je préfère le roman parce qu'il me permet d'intégrer mes multiples intérêts personnels, tout en communiquant ma représentation de l'univers d'une façon que je iuge efficace, en même temps que profondément humaine.Et si mes intrigues sont planétaires, c'est qu'il y a de plus en plus d'interactions entre ce qui se passe un peu partout et ce qui nous affecte comme individu et comme collectivité.Cela se vérifie, par exemple, avec les syndicats qui ont commencé à voir la nécessité d'alliances internationales pour taire face a la mondialisation du marché du travail et contrer l'exploitation.DS : Vous touchez le problème de l'argent noir.Que pensez-vous du projet de taxe internationale sur les échanges de devises, que promeut le groupe de pression ATTAC?JJP: Sur le tond, le groupe a raison : il est nécessaire de renforcer le contrôle du système financier international pour empêcher que le volume d'argent au noir en vienne à égaler le PIB.d'un pays et le plonge dans une grave crise financière.Mais je ne crois pas que taxer toutes les transactions pour lutter contre le blanchiment d'argent soit le bon moyen.Pour s'attaquer de façon sérieuse et soutenue au marché noir des monnaies, il faudrait commencer par interdire les paradis fiscaux.Et peut-être aussi se demander si les multinationales sont de ceux qui souhaitent l'unification des mafias.Et si l'endettement, voire la faillite des pays en voie de développement a été planifiée.Mais quoi qu'il en soit, il ne faut pas perdre de vue que la victoire du Bien ne sera jamais définitive.DS : Vos mafieux sont des penseurs qui associent bonheur et richesse.On est loin de ce que préconisent les groupes humanistes, comme le Reseau de la simplicité volontaire.JJP: Je connais ce mouvement de résistance à la consommation, de libération du méga système.Son approche est un «Il faut se demander si les multinationales souhaitent l'unification des mafias.» antidote à une tendance très actuelle à la surconsommation.J'apprécie que son action ne soit pas coercitive, je trouve plutôt sympathique que les adeptes de ce mouvement ne se laissent pas arrêter par la rectitude politique et la bureaucratie bête.Mais il reste qu'un excès de simplicité me parait aussi suspect que son contraire, et que ie me méfie de toute solution présentée comme universalisMc.En tait, je me méfie des certitudes et je suis satisfait si l'on sort de la lecture de mes romans avec des doutes, des questions, un goût pour la recherche de sens, la logique derrière ce qu'on a perçu comme réel.— DS.\ p L'Argent DU MONDE -1 \ \ 1 \ * ^1 L'argent au pouvoir PAR MARIE-JOSEE L'HERAULT Auteur prolifique, Jean-Jacques Pelletier a entrepris en 1998, avec La Chair disparue, un nouveau cycle de thrillers : Les Gestionnaires de l'apocalypse.La suite a paru cette année, en deux volumes, sous le titre L'Argent du monde.Chantage, corruption, manipulation, menace, torture, meurtre, le diabolique Consortium ne recule devant rien pour faire avancer son double projet d'unification des mafias et d'élimination de son ennemi de toujours, le noble Institut.Les intrigues, troublantes et complexes, se développent en partie au Québec, Montréal étant désigne comme centre international de blanchiment d'argent.L'infiltration des grandes entreprises de gestion réussit, et la Caisse de dépôt et de placement du Québec est délestée de centaines de millions de dollars.Fiction?Certainement, mais une vision du déclin du capitalisme qui fait froid dans le dos, avec, en prime, la tragédie de l'exploitation honteuse du tiers monde par une société qui a perdu tout sens des valeurs.Jean-Jacques PELLETIER L'argent du monde Éditions Alire.2001 1216 p., 16,95 Sch.vol.JUILLET/AOUT 2001 HECTO VIRSO 49 ___MUIb DE SOCIÉTÉ Citoyens contre spéculateurs En 1997, Ignacio Ramonet proposait de créer, à l'échelle planétaire, une organisation non gouvernementale appuyant le projet d'une taxe internationale sur les échanges de devises, que l'économiste américain James Tobin avait proposée dans les années 1970 pour contrôler le système financier international.Officiellement constituée l'année suivante, l'Association pour la Taxation des Transactions financières pour l'Aide aux Citoyens (ATTAC) adopte une plate-forme évolutive qui, outre l'appui au projet Tobin, vise à sanctionner les paradis fiscaux, à promouvoir la transparence des investissements dans les pays pauvres, à empêcher la spéculation avec l'argent des fonds de pension et à réclamer l'annulation de la dette publique du tiers-monde.ATTAC préconise l'exercice d'une véritable démocratie participative, par la coopération et la solidarité militante.Sous la présidence de Robert Jasmin, l'association québécoise distribue: Tout sur Attac et Tobin or not Tobin, 5 $ ch.— D.S.50 I RECTO VERSO JUIUET/A0ÙT 2001 ÊTRE OU AVOIR Voilà la question Dans La simplicité volontaire, plus que jamais., Serge Mongeau nous suggère de nous rappeler ce que nous voulions être, puis de nous demander ce que nous sommes devenus.Sommes-nous de ceux dont la satisfaction dans la vie est largement tnbutaire du pouvoir de consommation?Nos gains futurs sont-ils hypothéqués par le solde impayé de nos cartes de crédit?Nos loisirs sont-ils surtout de coûteux produits de consommation passive?Faisons-nous partie du troupeau qui se rend régulièrement dans ces «temples de l'ère actuelle» que sont les immenses centres commerciaux?Bref, sommes-nous des disciples du «dieu consommation"?Si nous apprenions à «acheter en conscience», c'est-à-dire à ne satisfaire que nos besoins réels, tout en tenant compte des autres et de l'environnement, nous réprimerions assez facilement bon nombre de nos désirs irrationnels, tout en contribuant, par nos choix, à l'évolution de notre système social vers une économie alter- native davantage centrée sur la qualité de la vie.Conséquent, Serge Mongeau a fondé le Réseau québécois de la simplicité volontaire, parce que, «quand nos choix nous amènent à aller à contre-courant, il devient très important de se sentir au coude à coude avec d'autres qui vont dans le même sens».Le mouvement pour la simplicité volontaire, déjà bien établi dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis, convie ses membres à se fondre dans la nature, plutôt qu'à vouloir à tout prix la maîtriser.Il cible ses ennemis, dont le plus pernicieux serait la télévision, parce qu'elle excelle à faire de nous de simples «spectateurs» de nos vies, ce qui, loin de nous relaxer, affecterait grandement notre moral.Il nomme aussi le capitalisme qui trop souvent fait fi de l'éthique dans le travail et décourage le partage des emplois disponibles, aussi bien que des ressources communautaires.En somme, l'essayiste nous invite à reconquérir notre liberté en débarquant du train, pour nous engager sur le chemin de la simplicité, qui est celui du mieux-étre personnel et collectif.— D.S.Serge MONGEAU La simplicité volontaire, plus que jamais.Éditions Écosociété, 1998, 264 p., 21,95$.11J un complot ouvert
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