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Titre :
Recto verso
Recto verso est une revue bimestrielle engagée portant sur le monde du travail, l'économie sociale et la coopération internationale. Publiée de 1997 à 2004, elle fait suite à Vie ouvrière. [...]

Recto verso est une revue bimestrielle publiée à Montréal de 1997 à 2004. Résolument de gauche, la revue accueille des rédacteurs dont les préoccupations sont orientées vers la lutte aux inégalités sociales, la solidarité internationale et le développement de services publics de qualité.

Recto verso fait partie d'une longue série de publications incluant le Bulletin des aumôniers des mouvements spécialisés d'Action catholique (1942-1947), L'Action catholique ouvrière (1951-1957), Prêtre d'aujourd'hui (1958-1966), Prêtres et laïcs (1967-1973), Dossiers « Vie ouvrière » (1979-1990), Vie ouvrière (1979-1990), et VO (1990-1997), qui, en fusionnant avec Les Carnets de VO (1996-1997), devient Recto verso (1997-2004).

Recto verso s'adresse à un public scolarisé et engagé : intervenants et militants des milieux communautaires et syndicaux, journalistes, étudiants, recherchistes et, plus généralement, les individus préoccupés par les changements sociaux.

Le magazine est distribué gratuitement à 100 000 exemplaires.

« L'information dans une sacoche », Recto verso - Numéro spécial 50e anniversaire, no 293, novembre-décembre 2001, p. 28-29.

Éditeur :
  • Montréal :Revue vie ouvrière,1997-2004
Contenu spécifique :
janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • VO ,
  • Carnets de VO
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Références

Recto verso, 2002, Collections de BAnQ.

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S'adapter sans disparaître Québec, la poubelle du Nord L'inutile consultation i UNE COORDINATION NORD-SUD SE MET EN Entrevue avec Henri Massé | Équité salariale : règlement di PARCE QUE SAVOIR C'EST POUVOIR.ABONNEZ-VOUS! Comment se transforme le monde?Oui décide?Qui écope?Qui propose de faire autrement?Tous les deux mois, nous vous présentons des points de vue et des acteurs qui innovent, bousculent et agissent.VOIR NOTRE COUPON D'ABONNEMENT EN PAGE 4.DISTRIBUEZ-NOUS! Devenez un point de dépôt.Nous vous enverrons gratuitement 50 exemplaires de chaque parution à mettre à la disposition des gens qui fréquentent votre organisation, pour plus d'information : faites le 514.sz3.5998, poste 27. JANVIER/FEVRIER 2002 CI-CONTRE 7 novembre 2000.Des travailleurs durant une grève de 100 000 ouvriers de l'automobile au Brésil.Dans les années 1990, les Métallos ont fait pression sur GM pour écarter les matraqueurs des lignes de piquetage devant les usines en grève.14 STRATÉGIE DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETE : L'INUTILE CONSULTATION Après avoir rencontré les ministres Jean Rochon et Nicole Léger, les pauvres retournent dans la rue.PAO JEAN-SEBASTIEN MARSAN 30 LÉGISLATIONS ANTITERRORISTES La loi du soupçon.PAU ANDRE GIROUX 32 LA PRESSE ALTERNATIVE A LA UNE Retour sur le colloque.PAR RICHARD AMIOT 42 RIO +10 : LES DECHETS TOXIQUES QUEBEC.LA POUBELLE DU NORD Le Sommet de la Terre se tiendra à Johannesburg en août 2002, dix ans après la Déclaration de Rio de Janeiro.Premier d'une série de quatre:que faire des produits toxiques ?PAR OENISE PROUIX Aussi dans ce numéro 6 EDITORIAL 8 TOUT COURT 49 MOTS DE SOCIETE PAR DANIEUE SHELTON 17 L'économie sociale en mouvement Des projets pour démocratiser l'inforoute EN COUVERTURE Groupe de travailleurs agricoles mayas.Région de Nebai, Guatemala.Photo Benoit Aquin SOLIDARITES SYNDICALES E£ L'UNION SANS CONTREDIT «La mondialisation nous oblige à comprendre qu'il y a des questions qu'on ne sera pas capable de résoudre si on s'isole.» Une entrevue avec Henri Massé.PAR RICHARD AMIOT VERS UN SYNDICALISME SANS FRONTIÈRES Une coordination syndicale Nord-Sud se met en place.Face à la mondialisation financière et économique, le syndicalisme est obligé de répliquer.PAR ANDRE SEIEANU .EQUITE SALARIALE I LE REGLEMENT DU COMPTE 002 annonce-t-il l'échec de la loi sur l'équité salariale?PAR JULIE ROY 34 COOPERATIVES I S'ADAPTER SANS DISPARAITRE À cause du libre-échange et pour soutenir la concurrence sur les marchés, les coopératives devront-elles se transformer en entreprises capitalistes?PAR ANNE-MARIE TREMBLAY 3 8 LES LOBBYISTESI STARS DE L'OMBRE Les lobbyistes accaparent l'attention des politiciens.Au Québec, aucune législation n'encadre le commerce de l'influence politique.PAR CHRISTIAN BLANCHARD JANVIER-FEVRIER 200: IECTO VE1S0 I 3 L'ÉTAT DE DROITE (N.D.L.R.: En réponse à "La gauche contre le droit" publié dans la Tribune de Recto Verso, n°292, qui commentait l'article d'André Seleanu, "L'homme de droit contre la droite" m Recto Verso, n"291, juillet-août 2001).Il y a environ un siècle, Kro-potkine écrivait : «La liberté de presse et de réunion, l'inviolabilité du domicile et tout le reste ne sont respectés que si le peuple n'en fait pas usage contre les pnvilégiés.» Cette affirmation est d'autant plus vraie lorsque la presse est contrôlée par les riches, que divers groupes militants sont victimes de perquisitions arbitraires sur des accusations mensongères et que notre liberté de réunion n'existe que si on accepte le nuage lacrymogène et la pluie de matraques qui viennent avec.Mais l'État de droit (et non de droite) non seulement n'aurait jamais existé sans les pressions venant d'en bas, mais n'existe qu'en théorie.Ainsi, toute la gauche, selon notre cher droitiste, lutte contre l'Etat de droit.Sa preuve, aussi fausse que son accusation, est que toute la gauche supporte fièrement Fidel Castro.Or, notre cher droitiste aurait sûrement plus de misère à prouver réellement ses calomnies qu'à les dire! Non seulement la gauche autoritaire ne supporte pas massivement Castro, mais toute la gauche libertaire apolitique (surtout anti-politique) le rejette «fière- ment"! Mais il est comique (triste en fait) de voir que la droite capitaliste reproduit tout ce que ce bon homme de droite reproche à Castro, soit l'emprisonnement politique! Pas besoin d'avoir fait de grandes études pour voir combien il y a de prisonniers politiques dans les pays fortement capitalistes, les procès truqués (l'argent achète tout, n'oubliez pas!), l'interdiction de manifester (à quoi sert notre loi sur les manifestations illégales?), l'absence de liberté (sauf pour les riches, bien sûr) et le gâchis économique (combien de pauvres crèvent pour que des riches aient un compte à plus de six zéros qui ne serviront évidemment jamais?).Alors la droite capitaliste a tout ça, en plus des inégalités sociales, de la destruction immédiate de l'environnement, etc.Même en faussant le débat, en nous classant tous dans une branche (la plus pourrie) dont nous ne faisons pas tous partie, notre bon monsieur ne nous place pas réellement en dessous de la droite.La morale : l'objectivité n'existe peut-être pas, mais l'honnêteté, si, et le message ne paie pas.Enfin, notre bon monsieur M.Peter Leuprecht, doyen de la faculté de droit de l'université McGill, dans une entrevue au journaliste André Seleanu, dénonçait l'affaiblissement de l'État de droit sous l'influence des penseurs néo-libéraux.a raison sur un point : La gauche a retardé le développement des pays où elle a mis pied.La gauche n'a pas réussi à créer la bombe H, le sida.Elle a aussi un retard sur le capitalisme qui exploite et tue [les prolétaires] des pays sous-développés en les faisant travailler comme des chiens à des salaires de misères.Peut-on vraiment lui reprocher?[.] Le camarade Daniel Guérin peut bien mieux que moi conclure ce texte : «L'avenir n'est ni au capitalisme classique, pas d'avantage (.) au capitalisme revu et corrigé par un "néo-libéralisme" ou par le réformisme social-démocrate.Leur double faillite n'est pas moins retentissante que celle du communisme d'État.L'ave- nir est toujours, est PLUS que JAMAIS au socialisme, mais à un socialisme libertaire.» - Stéphane Blms À GAUCHE DE QUOI.MFALARDEAU?Le 2 décembre dernier, se tenait à Montréal le premier rassemblement de la Coalition montréalaise pour la souveraineté au cours duquel Pierre Fa-lardeau y est allé d'un de ses prévisibles clichés bourrés d'injures envers ceux qui ne s'inscrivent pas dans sa logique ultra-nationaliste.Toujours à l'affût de quelques coups d'éclat, Falardeau proclame bien haut que s'auto-présenter a gauche ne rend ► VOUS NE VOULEZ PAS PRENDRE LE RISQUE DE RATER UN NUMÉRO?ABONNEZ-VOUS! VOUS NE PAYEREZ QUE LES FRAIS DE POSTE ET DE MANUTENTION (toutes taxes incluses! D Groupe populaire 25$/an □ Individu 20$/an D Institutionnel 25$/an D Soutien 32$/an D Etudiant ou sans emploi 15$/an A l'étranger □ individu D institutionne 30$/an 40$/an NOM ADRESSE CODE POSTAL TÉLÉPHONE I I PAIEMENT INCLUS D Faire parvenir votre Revue Vie Ouvrière chèque ou mandat poste à : ne, 1215, rue Visitation, bureau 101, Montréal (Québec ) H2L3B5 4|llECT0 VERSO JANVIER/FÉVRIER 200? pas plus intelligent.Sa position politique consiste simplement a s'aligner derrière un gouvernement qui se fait le porte-parole du néo-libéralisme tout en sabrant dans les services sociaux et en cédant au chantage des plus nantis.De plus, ce gouvernement n'a de cesse de s'autoproclamer la vraie gauche au Québec.La position politique de Pierre Falardeau en est une de servitude.[.] Pour lui, la mouvance politique semble s'être arrêtée en 1837, ce qui l'amène souvent à des affirmations qui tendent davantage a droite qu'à gauche.Quittant le sentier du patriotisme étroit, il devrait faire preuve d'un peu de courage et aller sur des terrains qui ne lui sont pas déjà acquis.Celui des squatters, par exemple, celui des assistés sociaux et de tous ceux qui doivent payer le pnx de la course effrénée au déficit zéro.C'est à eux qu'il devrait demander de s'aligner derrière le P.Q Car, c'est bien de cela qu'il s'agit.Ce pays à faire passe, bien sur, par un appui in-condiuonnel à ses copains du P.Q La misère gagne du terrain et ce gouvernement dont il se tait le valet n'y est pas étranger.On va régler ça après la souveraineté?Ça fait trente ans qu'on entend cette chanson-là.Construire le pays d'abord! Récemment, Louise Harel nous annonçait que la représentation proportionnelle ne serait possible qu'après la souveraineté.Votre |upon dépasse.Madame.Lorsque Pierre Falardeau attaque la gauche, dont d'ailleurs il ne connaît nen, il demande à ceux qui en ont assez de vivre l'iniustice de se taire, de se ranger demère ceux qui ne se gênent pas pour trancher dans le peu qu'ils ont.Toujours en fonction du pays à faire.Lors de cette rencontre, Pierre Falardeau a jugé bon de préciser que le projet de société, il n'en a nen à cirer.Fille est peut-être la la raison de ce NON que lui et ses amis n'amvent pas à digérer.Ce pays qu'ils nous proposent ressemble comme un jumeau à celui que nous avons déjà.Alors, non merci.Cette question nationale qu'il tente de mettre au-dessus de la mêlée n'amvera pas à faire taire ceux et celles qui travaillent pour mettre fin à la misère.En d'autres mots, il ne réussira plus à nous cacher le paysage avec ses drapeaux.Qu'ils soient uni-foliés ou fleurdelisés.[.] Pierre Falardeau n'est pas un homme de gauche.En s'ali-gnant demère ce gouvernement, il nous démontre clairement qu'il est un homme de droite et que sur le plan des idées, |e le considère comme ennemi.- Serge Bruneau LA GAUCHE DOIT S'ORGANISER Le groupe pèquiste supposé-ment (sic) le plus "Socialisant- du Québec, celui de Montréal-Centre, a organisé récemment une sorte de -Show du Refuge» pour les souverainistes en mal d'action.Je trouve déplorable que soient séparés le choix sur l'avenir politique du Québec et les luttes quotidiennes a poursuivre pour une société qui va d'abord du côté des plus fragiles et des plus démunis.Le tnomphalisme à la Guy Bouthillier, qui ne cesse de se prendre pour Charles de Gaulle, et le mépns désolant de Bernard Landry face a la victoire de Nathalie Rochefort dans Mercier me laissent profondément songeur.J'avais l'impression, à les voir, d'assister à une «vente de garage- ou on remet en circulation les bibelots oubliés.Il faut aussi reconnaître que la gauche québécoise doit s'organiser beaucoup plus sérieusement.Le dérapage du RA.P, depuis l'accident de Mercier, devrait faire réfléchir tous ceux qui veulent une société dans laquelle les citoyens se reconnaissent les premiers responsables de leur avenir.Devant un gouvernement où pnme la collaboration avec les grandes industries et l'économie de marché, nous devons collectivement nous tenir debout.Quand le temps viendra de nous solidanser pour que le Québec devienne un pays, nous répondrons : oui.D'ici-là, le combat pour une société plus iuste ne doit pour aucune raison s'affaiblir.- Jacques Léger Monn-Haghts CINQUANTE.ET UNIEME Toutes mes félicitations et mes encouragements à poursuivre vos activités pour un autre demi-siècle.Vous êtes essentiels.Bravo aux pionniers et à ceux et celles qui continuent.- Diane De Courcy Présidente du Mémo et de la CSDAi Au temps de vos noces d'or, pourquoi ne pas rêver du centenaire?Je souhaite que votre voix se fasse encore entendre longtemps dans le concert des médias.À chacun sa façon de faire le métier dans le respect des uns et des autres.Mes vœux vous accompagnent.- Pierre Maisonneuve À tous les artisans de Recto Verso, je tire mon chapeau en vous souhaitant de nombreux autres demi-siècles.Votre publication est plus que jamais essentielle, dans un monde où l'information tend à devenir de plus en plus uniforme.Bravo! - Paule des Rivières Éditorialiste, le Devoir NDLR : La tribune de Recto Verso est ouverte a toutes les personnes et organisations.Seules les lettres signées, avec adresse et numéro de téléphone seront publiées.Recto Verso se réserve le droit de les abréger ■ 1215, nie Visitation ■ Bureau 101 .Montréal i Québec ■I HZL3B5 Télécopieur: 514-523-5012 Courriel : rertoversoiSvidèotron.o Magazine indépendant d'information générale, Recto Verso examine les réalités socio-politiques, économiques et culturelles d'ici ei d'ailleurs.Publié depuis 1951, le péno-dique s'inspire depuis tou|ours des idées émancipatnces dans la perspective d'un plus grand pouvoir des citoyens-nes sur leurs conditions de vie et de travail.Les articles publiés dans Recto Verso n'engagent queleur-sauteurs-es.conseil D'*omihist«mion Françoise Guay, Mélame Lahvée, François Mercier, Guylain Pnnce, Nathalie St-Pierre, Lina Trudel POUR NOUS JOINDRE 514-523 5998 DIRECTION POSTE 26 tOOlOOHHAtUCi(EaEMll Anne-Mane8runelle ambrunelle.rectoverso&vl.videotron.ca ADMINISTRATION SERVICE AUX ABONNES POSTE 27 ET POINTS DE DEPOT oufctiict »Dm«isn»nvi et oiSTliiuTioa Mélame Lanvee mlanvee.recloversoPvl videotron, ca REDACTION POSTE 23 rédaction, rectoverso&vl.videotron, ca itoncTtui tu chef Richard Amiot KtDACTEUt EN CHEF ADJOINT n oitECTEUt fhoto Patnck Alleyn PUBLICITE POSTE 24 oiiEcniCE «es vsins Edith Tessier etessier rectoversoFjvl.videotron.ca PRODUCTION OIIECTEII mtistiqie François Leclerc OIIECTEUI 0E LA FIODUCTIOI Alain Trieront coiiecteoi Pierre Ouclos imfiessioi Impnmenes Québécor inc.DisriKuTtOH Distributions Faucons 450-649-5116 fiepuence de MiBTion 6 numéros par an T\rag*trwriVU A®DA Recto Verso est distnbue dans plus de 1100 points de dépôt et par abonnements, à travers le Québec et dans la francophonie hors Québec.La distnbution de Redo Verso est certifiée par Canadian Circulation Audit Board (CCAB) Décembre 2001.Recto Verso bénéficie de fonds pour le développement de l'économie sociale du gouvernement du Québec.Nous reconnaissons l'aide financière accordée par le gouvernement du Canada pour nos coûts rédactionnels par l'entremise du Fonds du Canada pour les magazines.Le Centre St-Pierre.par le 5ecteur Promotion Communautaire, contnbue au développement du magazine flerto Verso Recto Verso est membre de l'Association des médias écnis communautaires du Québec (AMECQ) Ses articles sont mdeiés dans le répertoire analytique de presse Repère.Dépôt Légal a Ottaoa et à la Bibliothèque nationale du Québec ISSN : 1484-6SB6 Envoi de publication enregistrement no 1325639 Parution : no 294.janvier 2002 JANVIER/FEVRIER 2002 IECTO VEISO I 5 KOCt L'AIDE: L'ARME DES RICHES La Banque mondiale, dans un rapport publié à Islamabad (Pakistan), a évalué à 15 milliards $ l'investissement nécessaire, dans les dix prochaines années, pour la reconstruction de l'Afghanistan.Le nouveau ministre de la Planification, au sein du gouvernement intérimaire d'Hamid Karzaï, M.Ha|i Mohammad Mohaqiq, évalue, lui, à 45 milliards $ l'aide internationale dont l'Afghanistan aura besoin : 15 milliards, dans les deux prochaines années, pour des besoins urgents, plus 30 milliards, en dix ans, pour la construction d'une ligne de chemin de fer reliant les frontières pakistanaise et iranienne et pour la reconstruction des retenues d'eau pour l'irrigation, deux chantiers en sommeil depuis 20 ans à cause de la guerre avec l'Union soviétique puis de la guerre civile qui s'est achevée avec le renversement du régime taliban.En attendant, une aide humanitaire d'urgence est dirigée vers une population menacée de famine.La section canadienne de Médecins du monde a ouvert des dispensaires dans deux provinces afghanes.Médecins sans frontière apporte son aide à Quetta, au Pakistan, où des millions d'Afghans se sont réfugiés.N'est-ce pas toujours ainsi que les choses se passent?Crise, résolution de crise, oubli, jusqu'à un improbable rebondissement.Puisque l'aide semble se rendre aux populations en détresse, puisqu'on en est rendu à parler chiffres pour la reconstruction, nous pourrions penser que toute cette immense affaire déclenchée par les attentats meurtriers du 11 septembre 2001, à New York et Washington, est en phase de tomber dans l'oubli.Que, sauf pour un épisode particulièrement enlevant de la course poursuite des États-Unis pour attraper Ben Laden, nous nous désintéresserons bientôt de ce pays si lointain, pauvre et démuni de tout, seule la question du statut des femmes retenant encore notre attention.N'est-ce pas toujours ainsi que les choses se passent ?Crise, résolution de crise, oubli, jusqu'à un improbable rebondissement.Yougoslavie, Rwanda, reYougoslavie (Kosovo puis Macédoine voisine), Tchétchénie, etc.Les institutions internationales et les humanitaires, comme on convient de les appeler, gèrent ces crises au mieux, parant au plus pressé, en attendant que la vie reprenne son cours, que le pays retrouve la paix et la prospérité.Par exemple, en Afghanistan, les Etats-Unis déverseront leurs milliards de dollars d'aide, ainsi que les Européens, les Japonais, même les Russes (12 millionsS depuis le mois de novembre).En fait, les Russes sont même les premiers à avoir débarqué à Kaboul, de nuit, à la surprise de tous, avec un hôpital de campagne, dès le lendemain de la chute de la capitale aux mains des forces de l'Alliance du Nord.Aider en temps de guerre, ou au sortir d'une guerre, demeure ardu.Pour les ONG, il a fallu lever des fonds au Québec et au Canada, réunir des volontaires pour l'étranger (médecins, infirmiers et infirmières, ingénieurs, lo-gisticiens, etc.); évaluer les besoins sur le terrain, s'entendre avec les autorités locales, coordonner le travail avec d'autres ONG; sécuriser les points d'aide, tant pour la population locale que pour les volontaires; se tenir loin 61 RECTO VERSO JANVIER/FEVRIER 2002 de la politique, mais ne pas l'ignorer, car elle ne vous ignore pas.Le gouvernement d'Hamid Karzaïa a finalement accepté la présence d'armées étrangères sur son sol.Le gouvernement du Canada a envoyé là-bas un contingent qui soutiendra les forces états-uniennes dans leurs derniers efforts de pacification du pays et dans leur chasse aux terroristes, dans la région de Kandahar.Le Canada ne participe pas à la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF) mandatée par l'ONU pour pacifier le pays et garantir l'acheminement de l'aide.Les États-Unis, seule super-puissance désormais, sont moins habiles dans la paix que dans la guerre.En Somalie, en 1991, l'intervention milita-ro-médiatico-humanitaire des États-Unis avait viré au fiasco.En Afghanistan, pour venger ses concitoyens assassinés et l'affront fait à la puissance de la nation, le président George W.Bush, habilement conseillé par son Secrétaire d'État, l'ex-général Colin Powel, et considérablement aidé par le premier ministre bntannique Tony Blair, a conduit une habile diplomatie, préservé la vie des boys, dominé tous les enjeux stratégiques, et gagné la bataille, première d'une guerre totale déclarée au terronsme international.Ensuite, nos puissants alliés sauront-ils gagner la paix ?Après la seconde guerre mondiale, le peuple états-unien, avec une générosité dont on ne trouve pas d'autre exemple dans l'histoire, a mis sur pied le Plan Marshall (du nom du général à la retraite qui l'avait conçu) pour venir en aide à l'Europe ruinée par cinq années d'affrontements et de massacres.Le peuple, et non seulement son gouvernement, car c'est par trains entiers que des vivres et des marchandises furent recueillis par des collectes populaires et expédiés outre-Atlantique.Assurément, le gouvernement voulait aussi contrer l'influence montante des soviétiques.II offrit même cette aide aux pays de l'Est, devant lesquels allaient bientôt s'abattre ce que Winston Churchill nomma le «rideau de fer».Ce fut une extraordinaire manifestation de solidarité humaine.Le relèvement économique de l'Europe profite encore à l'Amérique et au monde.Plus que l'aide directe, les échanges commerciaux, des relations économiques internationales équitables entre les deux continents contnbuèrent davantage à gagner la paix, à empêcher l'Europe occidentale de tomber dans l'orbite soviétique (quoiqu'il faille aussi reconnaître que des interventions plus n musclées eurent lieu, par exemple en Grèce, pour tenir les communistes à l'écart du pouvoir).Les dirigeants américains avaient compris que, sans réelles perspectives de relèvement, le Vieux Continent serait perdu pour le monde capitaliste.A-t-on vu les maîtres de notre planète agir ainsi depuis ?Tout au contraire.La leçon a été perdue.Zbignew Brzezinski, ancien cher du Conseil national de sécurité du pacifique président Jimmy Carter, se vante d'avoir, avec l'ISI (le service secret pakistanais), inventé les talibans, pour créer en Afghanistan le Viêt-Nam de l'Union soviétique.C'était bien pensé et cela a réussi.Qu'allait-il en advenir après ?Un détail de l'histoire, selon M.Brzezinski, des mouches qui ne saurait importuner le monde.L'Afghanistan faisait partie de ces nations que Pierre Conesa, haut fonctionnaire à Pans, dans les pages du Monde diplomatique, au mois de mars 2001, nommait « les pays inutiles », comme la Somalie, l'Azerbaïdian ou le Rwanda, "dont la stabilité ne lustifie pas la mort d'un seul soldat occidental, (à opposer à) un "monde utile" sur lequel se concentre l'intérêt des puissants».Cela, bien sûr, lusqu'aux attentats du 11 septembre 2001.Depuis, Kaboul, 1992.la Russie, même la Chine, s'étant rangée derrière les États-Unis, la super-puissance se sent autorisée à jeter un regard de convoitise sur ce pays isolé de tous, presque au sommet de la Terre.Au-delà de la géostratégie des forces dans le monde, une fois établie la suprématie américaine et garantie la stabilité régionale, les affaires peuvent reprendre et la place de l'Afghanistan, pour le contrôle du commerce mondial du pétrole et du gaz, retrouve tout son sens : les Etats-Unis ne lâcheront plus leur empnse.Au Nicaragua, après avoir suscité et soutenu une guerre civile, contre le gouvernement révolutionnaire sandiniste, qui ruina le pays, les Etats-Unis se sen-tirent-ils la responsabilité d'aider au relèvement de l'économie et à l'amélioration du sort de son peuple ?Du tout.Aujourd'hui, le Nicaragua, avec le San Salvador, le Guatemala et le Honduras, est le théâtre d'une famine qui trappe plus d'un million de personnes.Tous ces pays ont été le jouet des combines tordues de la Central Intelligence Agency, la CIA, ou de l'une ou l'autre agence gouvernementale agissant au bénéfice d'intérêts pnves états-uniens.Après les bonnes paroles du président Bush, allant îusqu'à promettre un pavs aux Palestiniens, au lendemain du 11 septembre 2001, les Etats-Unis reviendront à ce qui est essentiel dans la conduite de leur politique internationale, en Asie comme dans les Amériques : la sauvegarde et la promotion des intérêts de leurs grandes corporations et, s'agissant de l'Afghanistan, des intérêts des pétrolières.Toute l'aide consentie sera bientôt attachée, il faut le craindre, à l'abdication de sa souveraineté et la renonciation à ses intérêts par le peuple afghan.Cela aura été le prix à payer, n JANVIER/FEVRIER 2002 IICT0 VI1S0 |7 t *•! ■ m m«l*l 11 tf W M*llJK«WK«li *«llfv* LE DEVOIR Un témoin incontournable Recevez Le Devoir du lundi au samedi durant 13 semaines et bénéficiez d'un rabais de 30 /O sur le prix en kiosque.Le journal indépendant www.ledevoir.com Abonnements : (514) 985-3355 200000 MORTS EN 36 ANS UN DOCUMENTAIRE Le pays hante, documentaire sur le génocide au Guatemala, sera présenté au Cinéma Parallèle (Ex-Centns) du 18 au 31 |anvier2002.La réalisatrice Mary Ellen Davis raconte l'histoire d'un |eune Maya qui a survécu aux tueries et d'un photographe guatémaltèque qui explore les séquelles de la guerre.Ils retournent à Petanac, site d'un massacre en 1982.Entre 1960 et 1996,200000 personnes, surtout des Mayas, ont été tuées ou ont disparu au Guatemala.La plupart des massacres de cette époque ont été imputés à l'État.Ce film s'inscnt dans le courant de lutte contre l'impunité au Guatemala et dans le monde.En plus du film, deux expositions de photos sur le Guatemala se dérouleront dans la région de Montréal.Daniel Hernindez-Salazar expose les photos du tournage au Calé Rico à Montréal.Au Café Pi, les visiteurs verront Pueblo, une exposition collective du Proiet Accompagnement Québec-Guatemala.□ Avoir Café Rico (du 2 au 31 janvier 2002), 969.Rachel Est, Montréal Café Pi (du 12 janvier au 2 février 2002), 4127, St-Laurent, Montréal Information www.cinemalibre.com 8 I RECTO VERSO IANVIER/FÉVRIER 2002 exique INQUIETANT Une commission civile internationale d'observation des droits humains enquêtera au Mexique, du 15 févner au 3 mars prochain.Composée d'une centaine de personnes, dont une dizaine de Québécois du Réseau de solidarité avec le Mexique et du Comité chrétien pour les droits humains en Aménque latine, la délégation recueillera les témoignages des Mexicains et des Mexicaines, plus particulièrement des Indigènes, sur la situation des droits humains au Mexique.«La question autochtone est une des plus préoccupantes, parce que les Autochtones sont les plus pauvres et les plus marginalisés de la communauté mexicaine", explique Roberto Nieto, du Réseau de solidarité avec le Mexique, qui fera partie de la délégation.La Commission ira vérifier les répercussions du Plan Pue-bla-Panama, qui prévoit un vaste développement (routes, usines, maquiladoras, voie ferrée) dans les provinces du sud du Mexique.La délégation étudiera la Loi des autochtones adoptée à l'été 2001.Depuis le massacre d'ActeaJ, en 1998, où des paramilitaires assassinèrent 45 Indigènes, c'est la troisième commission civile internationale qui enquête au Mexique.L'assassinat de l'avocate Di-gna Ochoa y Placido, le 19 oc- tobre 2001, à Mexico, a rappelé à l'attention du monde la situation problématique des droits humains au Mexique.L'avocate défendait des prisonniers politiques, des militants indigènes et des paysans.— A.-M.T Al do Gonzalez Rojas, un chef indigène zapotèque qui a lutté contre l'exploitation commerciale de la biodiversité, dans la province d'Oaxaca (sud du Mexique), affirme être menacé maintenant de mort.(Voir Recto Verso, n° 292) Union paysanne REMOUS Depuis son Congrès de fondation, du 29 novembre au 2 décembre 2001, à Saint-Germain-de-Kamouraska, l'Union paysanne a déjà réussi à faire bouger le gouvernement et à créer des remous autour de l'Union des producteurs agricoles (UPA).PAR DENISE PROULX L'organisation compte 1500 membres et veut réunir à une même table producteurs agricoles et citoyens consommateurs.Les citoyens réunis lors de l'assemblée de fondation ont été nombreux à revendiquer un droit de regard sur la production agncole au Québec.Ils ont rappelé qu'ils financent par leurs taxes quelque 50 % des revenus de la ferme, qu'ils habitent le territoire et qu'ils mangent trois fois par |our.Seulement un mois après son lancement officiel, l'Union paysanne compte déjà une victoire : le ministre de l'Agriculture, Maxime Arseneault, a annoncé le 27 décembre que le seuil d'admissibilité d'une ferme au programme de remboursement partiel des taxes foncières était abaissé de 10 000 S à 5 000 $ de vente par année.Le ministre estime que 1300 petites termes de plus auront ainsi accès au programme.La vision prônée par l'Union paysanne, qui dénonce l'agriculture industrielle, ne rallie qu'une infime minorité d'agn- L'Union paysanne a l'appui d'un film-manifeste, avec le documentaire Bacon : le film, du réalisateur Hugo Latulipe.Le président de l'Union, M.Roméo Bouchard, ancien cultivateur, est un intervenant clé de ce film, produit par l'ONF, qui dénonce l'industrialisation à outrance de l'élevage de porcs au Québec.culteurs.L'Union des producteurs agricoles du Québec (UPA), en assemblée générale quelques lours après la fondation de l'Union paysanne, tirait à boulets rouges sur l'organisation.Pour suivre les activités de l'Union paysanne : www.union paysanne.com, et de l'UPA: www.upa.qc.ca D JANVIER/FEVRIER 2002 «ECT0 VERSO 1*llJt«W Forum social mondial Le comité québécois du Forum social mondial lance une campagne de mobilisation et de sensibilisation aux enjeux de la rencontre qui se déroulera à Porto Alegre, au Brésil, du 31 janvier au 5 février 2002.Plus de 50 000 participants de tous les coins de la planète sont attendus au Forum social mondial.Celui-ci oppose la voix des mouvements sociaux à celle des dirigeants économiques internationaux réunis chaque année à Davos, en Suisse, par le Forum économique mondial.En 2002, le Forum de Davos se tiendra.à New York.Le comité québécois est composé d'une douzaine d'organisations, dont l'Union paysanne, Équiterre, Alterna- tives, la Marche mondiale des femmes et le Centre des médias alternatifs du Québec (CMAQ).Le comité envoie une délégation québécoise au Brésil et prévoit à son retour une vaste campagne d'éducation populaire pour faire connaître aux citoyens les enjeux et les solutions qui ressortiront de cette rencontre de la société civile mondiale.Information : www.forumsocial mundial.org.br/ Reconversion industrielle communautaire Du 28 au 31 mai, se tiendra à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) le colloque international Rendez-vous Montréal 2002, qui se penchera sur la reconversion, grâce à des initiatives locales, aux entreprises d'économie sociale et à une prise en charge citoyenne, des zones industrielles désertées.Organisé par la Société de développement Angus, l'Alliance de recherche universités-communautés en économie sociale et le programme LEED de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), le colloque réunira des acteurs et des chercheurs du Québec, de l'Europe et des États-Unis.Information : www.aruc-es.uqam.ca Est-ce possible?Vaincre la pauvreté, est-ce possible?Quelles seraient les conséquences d'un véritable partage de la richesse?Le 19 février 2002, Vivian Labrie, du Collectif pour une loi sur l'élimination de la pauvreté, ré- pondra à ces questions dans le cadre d'une conférence de l'Association coopérative d'économie familiale (ACEF) de l'Est de Montréal.La présentation de Vivian Labrie sera suivie d'une période de questions et de discussions sur la pauvreté.Bibliothèque Langelier, 6473, Sherbrooke Est (métro Langelier), à Montréal.RSVP : 257-6622.A lire Greenpeace a lancé, en décembre 2001, le Guide de produits avec ou sans OGM.Ce livret montre, en un coup d'œil, si les produits sur les tablettes des supermarchés contiennent des organismes génétiquement modifiés (OGM).Greenpeace fera des mises à jour ponctuelles de cette liste.Le document peut être téléchargé à l'adresse Internet : www.greenpeace.ca Lemouvement coopératif au cœur du direction d'ALAIN-G.GACNON et JEAN-PIERRE GIRARD avec la collaboration de STEPHAN GERVAIS Préface d'Alban D'Amours 2001, 342 pages 35 s Des formules novatrices face ù la mondialisation Développement des banques coopératives Capitalisation boursière en agroalimentaire Nouveau modèle en services de proximité Presses de l'Université du Québec Achats en ligne www.puq.uquebec.ca 1 -800-8 5 9-7474 10 I RECTO VERSO JANVIER/FEVRIER 2002 Mlml* VtltllJftlii i r ast N T rack * A merican Fast Track PAR UNE SEULE VOIX FTAA (Free Trade Aiea of ihe Americas, nom anglais pour la ZLEA).«la voie rapide pour l'agression américaine» PAR ANDRE SELEANU Le 5 décembre 2001, la Chambre des représentants du Congrès des États-Unis a adopté la loi sur la Trade Promotion Autho-rity, auparavant appelée fast track, une législation soutenue avec ferveur par l'administration du président George W.Bush pour faciliter la création de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA).Le vote rut extraordi-nairement serré : 215 votes en laveur, 214 contre.La Trade Promotion Authonty obligerait le Congrès à accepter ou a renvoyer en bloc les traités commerciaux proposés par la Maison-Blanche.Les traités ne seraient plus approuvés ou reie-tés article par article par le Congrès.L'administration Bush envisage un tel traité pour la création de la ZLEA en 2005.«La pression du secteur corporatif a été immense-, explique Patrick Woodall, directeur de recherche à Washington pour Publie Citizen."L'administration a joué la corde du patriotisme, après les attentats du 11 septembre.Le projet de loi est passé par une différence d'un vote seulement.C'est un vote en faveur des deah commerciaux, quel que soit le pnx social a payer.Les organisations de base ont cependant de bonnes raisons d'être tîères d'avoir réduit la marge de passage, pour qu'elle soit si mince- Pour les opposants à la ZLEA, comme l'Alliance sociale continentale, qui réunit les syndicats des trois Amériques et une kyrielle d'ONG représentant la société civile, la ZLEA est inacceptable dans sa forme actuelle.La ZLEA ne comporte aucune clause sociale ou environnementale contraignante et ne met en place aucun tribunal efficace qui prendrait en considération les intérêts des travailleurs et de la population.L'intérêt commercial est seul considéré.La Trade Promotion Authonty passera-t-elle la barre du Sénat des États-Unis pour devenir loi?Les augures sont contradictoires, analyse Patrick Woodall.-Les sénateurs qui représentent de grands intérêts économiques sont en théorie encore plus susceptibles d'appuyer des traités commerciaux.Cependant, il y a des intérêts protectionnistes a travers les Etats-Unis^ L'opposition au fast track réunit un éventail de figures allant de l'extrême droite, avec les sénateurs sudistes Helms et Thurmond, lusqu'aux rangs de la gauche démocrate, avec les sénateurs Feingold et Wellstone.«Notre effort de lobbying va maintenant se concentrer sur le Sénat-, .noute Patrick Woodall.«Nous avons une certaine chance de dé)ouer les efforts de l'administration Bush.Parmi ceux qui s'opposent au fast track, on dénombre aussi le Sierra Club et Fnends of the Earth (les Anus de la terre), de puissants lobbies pour la protection de l'environnement», dit Woodall.□ JANVIER FEVRIER 2002 RECTO VERSO I 11 RHBBWHÏiK¥S Chanteur de la Chorale de l'Accueil Bonneau et candidat aux dernières élections fédérales sous la bannière du Parti de rien, Michel Laporte a reçu le prix Claire-Bonenfant, décerné lors quatrième édition des Prix québécois de la citoyenneté, le 22 novembre 2001.Ce prix souligne l'engagement envers les valeurs démocratiques de cet ancien itinérant.a » ssocié au mouvement pour M se sortir de Pitinérance et membre de la Chorale de l'Accueil Bonneau, M.Laporte lutte quotidiennement pour l'instauration d'une société québécoise juste et équitable.Empruntant les voies démocratiques, il s'est porté candidat à la demie- DANS LE El PAROLE DE QUEBEC Depuis décembre 2001, le journal Droit de parole, de Québec, est disponible sur Internet.L'édition de décembre du journal communautaire, qui existe depuis 1974, propose un dossier sur les femmes et les élections municipales à Québec, une analyse de l'information en temps de crise et raconte re élection fédérale pour faire connaître ses préoccupations».C'est ainsi qu'a été présenté Michel Laporte, lors de la cérémonie de remise des prix présidée par Joseph Facal, ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration, et André Boulerice, secrétaire d'État à l'histoire du quartier Saint-Roch.www.oricom.ca/com-municationsbasse-ville SANTÉ MENTALE La clinique Cormier-Lafon-taine, la seule clinique au Québec qui traite les toxicomanes atteints de maladies mentales, a été inaugurée à Montréal, en novembre 2001.La clinique répond à l'Accueil et à l'intégration des immigrants.Michel Laporte est fier de lui et, peut-être encore davantage, de la solidarité qui unit la chorale de ces hommes de la rue."Cela m'honore et donne du relief à ce que l'ai pu accomplir.Il (ce prix) redonne espoir à tous ceux qui un besoin criant ressenti dans ces milieux, puisque toxicomanie et maladie mentale vont souvent de pair.En effet, de 30% à 50 % des personnes soignées dans les hôpitaux psychiatriques ou dans les centres de désintoxication sont aux prises avec ce double problème.À Montréal, 25000 personnes vivent cette situation.Elles sont souvent aux prises avec la justice et l'iti- n'osent pas s'exprimer parce qu'ils croient ne pas avoir voix au chapitre", a déclaré le lauréat du prix Claire-Bonenfant.«Mais, si le gouvernement du Québec a jugé bon d'octroyer ce trophée à quelqu'un d'entre nous, c'est la preuve que l'appartenance à la Chorale a permis d'aller au-delà même de ce à quoi nous pouvions nous attendre au début.On a donc brassé quelque chose!» Le fondateur et directeur artistique de la Chorale de l'Accueil Bonneau, Pierre Anthian, renchérit : «Cet honneur rendu à Michel vient reconnaître les efforts investis pour aider autrui tout en s'aidant soi-même.Il rejaillit également sur tous les lais-sés-pour-compte qui peuvent être tout à fait rassurés quant à la légitimité de leur lutte pour se réinsérer dans la collectivité.» En plus de son implication dans l'Accueil Bonneau, Michel Laporte s'est présenté en novembre 2000, lors des élections fédérales, dans la conscnp-tion Saint-Henn-Westmount.«Le comble de l'ironie, raconte Pierre Athian, qui a encouragé le candidat, c'est que Michel se présentait contre Lucienne Ro-billard, la présidente du Conseil du Trésor, autrement dit celle qui tient les cordons de la bourse.Le Parti de Rien, dont il était le porte-étendard, s'est ► nérance.La clinique a été mise sur pied conjointement par l'hôpital Louis-H.-Lafon-taine, spécialisé dans le traitement des malades psychiatriques, et le Centre Dollard-Cormier, qui traite l'alcoolisme, la toxicomanie et les pathologies mentales.En plus d'intervenir directement auprès des patients, le personnel de la clinique forme des intervenants et fait de la recherche.12! RECTO VERSO JANVIER/FÉVRIER 2002 L*1«J\* classé au sixième rang parmi les dix partis en lice.Un score (sic) respectable, si l'on considère l'aspect improvisé de notre organisation.La Chorale, ce noyau dur de l'organisation, n'avait eu que trois semaines de préparatifs et un budget ne dépassant pas 2000 $.» Créés en 1997, les Prix de la citoyenneté récompensent les efforts des citoyens qui font la promotion des valeurs démocratiques (Prix Claire-Bonenfant), favorisent les rapprochements interculturels (Prix Jacques-Cou- ture), luttent contre le racisme (Pnx Anne-Greenup).En cinq ans d'existence, la Chorale de l'Accueil Bonneau passe le cap de 1200 concerts et de 60 apparitions à la télévision.Un livre, Pour une chanson, relate le parcours des choristes.Les chonstes ont également participé au tournage du documentaire Enfants de chœur, du réalisateur québécois d'ongme suédoise Ma-gnus Isacsson, en plus d'avoir assumé des rôles de soutien dans un film de fiction.— Pierre Hamel Plus que parfaites PAR NATHALIE AUBUT Le nouveau Centre d'histoire de Montréal présente, jusqu'au 30 avril 2002, l'exposition Plus que parfaites - Chroniques du travail en maison privée 1920-2000 '.Réalisée par Raphaélle de Groot, artiste en arts visuels, cette exposition est le fruit d'une enquête histonque, sociologique et artistique sur les travailleuses en maison privée, les domestiques.À l'aide de photographies, de lettres, de petites annonces, d'extraits d'entrevues et de figurines, Raphaélle de Groot décrit la vie de ces femmes trop souvent exploitées.L'exposition met en veleur le travail de l'Association des aides familiales du Québec, qui a lutté pour le respect des travailleuses domestiques.Une ancienne caserne de pompiers d'inspiration hollandaise est devenue le Centre d'histoire de Montréal, au cœur du Vieux-Montréal, en septembre 2001.Les visiteurs y découvrent l'histoire de la ville dans une exposition permanente et une exposition temporaire.Le CHM présente aussi plusieurs parcours dans la ville d'hier à aujourd'hui.Au rez-de- chaussée, Montréal dans les moments marquants de son histoire : les funérailles de Kon-diaronk, en 1701, l'incendie du Parlement, en 1849, le départ du premier transcontinental du Canadien Pacifique vers Vancouver, en 1885, la grève des employés municipaux, en 1918, l'Expo '67.Information : Centre d'histoire de Montréal (514)872-3207.□ 1, Plus que parfaites.Les aides familiales à Montréal.1850-2000.par Raphaélle de Groot et Elizabeth Ouellet.aux Éditions du remue-ménage, 2001.178 pages.24,95 S Les aides domestiques étrangères au Canada, esclaves de l'espoir, par Myriam BALS, aux éditions L'Harmattan, collection "Logiques sociales".1999, 240 pages la coop raiive d habitation une solution admit CQCH auecVOIS danSj VOS protêts d habitation Confédération québécoise 1) des coopératives ^^^B îm d'habitation www.coop-habitation.org j 1-800-667-9386 ___ PARLER D'ENGORGEMENT DANS LES URGENCES, DE DÈSINSTITUTIONNAU-SATION À OUTRANCE, DE SERVICES SOCIAUX ET DE SANTE DEFICIENTS, C'EST PAS MAL MOINS À LA MODE QUE DE PARLER DE FISCALITE ET DE FUITE DES CERVEAUX.POURTANT, NOUS DEVONS LE FAIRE PARCE QUE LES PERSONNES QUI ONT DES BESOINS NE PEUVENT PAS ATTENDRE.LES MEMBRES DE LA CSQ SE SONT TOUJOURS BATTUS POUR AMELIORER LA QUALITÉ DES SOINS ET DES SERVICES PARCE QU'ILS ONT TOUJOURS CRU QU'IL EN ALLAIT DE LA BONNE SANTE DE TOUTE LA SOCIETE DÉFENDRE LES VRAIES VALEURS.Centrale des syndicats du Québe< PAUVRFTF STRATÉGIE DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ L'INUTILE CONSULTATION Le 26 novembre 2001, les ministres Nicole Léger et Jean Rochon consultaient les montréalais sur leur stratégie de lutte contre la pauvreté, qui doit être déposée au printemps 2002.Récit d'une demi-journée de consultation qui laisse entrevoir le pire.PAR JEAN-SÉBASTIEN MARSAN Un lundi de novembre, dans un centre de loisirs communautaires de Montréal, les ministres Nicole Léger (ministre déléguée à la Lutte contre la pauvreté et l'exclusion) et Jean Rochon (ministre d'État au Travail et à la Solidarité sociale) sont venus écouter le Collectif pour une loi sur l'élimination de la pauvreté, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, le Forum Jeunesse, le Y des Femmes, le nouveau maire et le Conseil scolaire de l'île de Montréal, les centrales syndicales et bon nombre d'autres intervenants qu'il serait trop long de nommer.Dans la salle, trois cents personnes, discrètes, attentives, écoutent les commentaires sur la stratégie de lutte contre la pauvreté énoncée dans le document du gouvernement, Ne laisser personne de côté! Le Conseil régional de développement de l'île de Montréal (CRDIM) ouvre l'exercice de consultation avec une présentation, au format PowerPoint comme il se doit, des faits saillants d'une étude sur une des pnncipales richesses de Montréal :ses pauvres.Habituelle (mais on ne devrait pas s'y habituer) litanie de statistiques décourageantes.Et faciles à mémoriser, c'est touiours un «tiers de» : l'île de Montréal renferme le tiers des ménages à faible revenu du Québec, le tiers des assistés sociaux de la province, le tiers de ses travailleurs vivotent d'un emploi 14 | RECTO VERSO JANVIER/FÉVRIER 2002 précaire ou du travail autonome, le tiers des familles sont monoparentales, plus du tiers des habitants des quartiers défavorisés ont quitté l'école avant d'obtenir un diplôme.Et n'oubliez pas les poches de pauvreté dans les arrondissements riches et la pénurie de logements locatifs la plus aiguë depuis la Deuxième Guerre mondiale.Ensuite, le CRDIM critique poliment quelques-unes des orientations gouvernementales en matière de la lutte contre la pauvreté.■ L'emploi n'est pas •< la » porte de sortie à la pauvreté : une stratégie reposant sur le travail rémunéré exclut les plus marginalisés, les handicapés, les vieillards en perte d'autonomie, les assistés sociaux de longue date, etc.■ Il n'y a d'ailleurs aucune mention des personnes âgées dans Ne laisser personne de cote ! m L'aide sociale (l'assistance-emploi, dans le vocabulaire gouvernemental) n'aide pas, elle aggrave le sort des plus pauvres.■ Le salaire minimum (7$ l'heure), trop bas, assure au travailleur un état objectif de pauvreté, de même que l'emploi précaire et le travail autonome; ■ La clef du développement demeure la formation continue, mais le décrochage et l'analphabétisme (1 Montréalais sur 5 éprouve de graves difficultés de lecture!) constituent des obstacles importants.■ La lutte contre la pauvreté exige une « approche intersectonelle-, c'est-à-dire de mieux mesurer l'impact des politiques gouvernementales sur les plus pauvres (pour les réviser), de renforcer la cohérence des programmes sociaux, de soutenir le secteur communautaire, d'intervenir auprès des familles plutôt que des enfants (dont on ne cesse de déplorer la «pauvreté»), d'inclure une onentation spécifique sur le logement social.Après l'exposé du CRDÎM, les consultés y vont de leurs revendications, parfois très spécifiques : telle responsable d'un organisme communautaire autochtone réclame plus d'argent pour l'aide aux autochtones vivant à Montréal; tel autre, davantage de fonds pour les petits-déjeuners dans les écoles.Personne ou presque ne fait état de pistes de solutions comme l'allocation universelle, une réforme fiscale, un barème plancher à l'aide sociale (le Front commun des personnes assistées sociales boycottait la consultation) et le retour à la gratuité des médicaments pour les plus pauvres (l'envers du régime d'assurance médicaments).La représentante du Y des femmes, Claudette Demers-Godiey, affirme qu'elle sera «moins polie».Elle confie qu'elle a hésité avant de participer à la consultation, puis elle dénonce les programmes d'employant-////conçus pour les femmes.Elle récolte une bonne main d'applaudissement, dans une salle autrement très calme.La ministre Nicole Léger a un curieux comportement.Elle résume régulièrement les interventions et réagit en énonçant des banalités, du genre :« Effectivement, vous avez soulevé une problématique intersectorielle dont le gouvernement devra tenir compte.», des phrases si creuses que ça n-gole dans la salle.Parfois, la ministre émet carrément des obiections et défend les politiques de son gouvernement.Il fallait voir son sursaut d'incrédulité quand le représentant du Forum leunesse a relevé que le régime d'aide sociale, par ses normes restrictives, abîme la santé des prestataires plutôt que de leur offrir le soutien dont ils ont besoin.À l'écoute pendant les deux premières heures, Jean Rochon résume l'ensemble des interventions (avec bno, en voilà un qui a l'esprit de synthèse), puis c'est la pause-café.Dans la salle, on chuchote que tout est en place pour la manifestation.Une manif?À l'exténeur, il y a tout au plus quelques militants d'un comité logement, le P.O.PI.R., qui scandent leurs slogans habituels.Rien de dérangeant.Après la pause, au tour de Jean-Paul Fa-niel, porte-parole du Collectif pour une loi sur l'élimination de la pauvreté, de prendre la parole.Tout le monde s'attend à une critique des orientations du gouvernement, le Collectif les a souvent décnées.Le ton sans compromis contraste abruptement avec le ronron habituel.Enfin de l'action ! «Nous sommes les témoins indignés, mais récalcitrants, de milliers de personnes qui, avec leurs maigres 522.42 S par mois de la Sécunté du revenu et après avoir paye les dépenses incompressibles de loyer, de chauffage, d'électricité et de vêtements, n'ont plus que 50$ par mois pour se nourrir ■■.dénonce fermement ]ean-Paul Faniel.«Pas étonnant que plusieurs d'entre ces personnes aient recours à la chanté publique, pudiquement recyclée en dépannage alimentaire.Elles doivent manger ce que le reste de la société ne veut pas consommer.» Le porte-parole du Collectif rappelle le cheminement du proiet de loi-cadre pour l'élimination de la pauvreté : deux années et demie de consultations et d'élaboration du proiet de loi avec Avant la fin de la rencontre avec les ministres Léger et Rochon, le Collectif pour une loi sur l'élimination de la pauvreté a rejoint, à l'extérieur, les manifestants mobilisés par la TROVEP de Montréal contre la consultation gouvernementale sur la stratégie de lutte à la pauvreté.des groupes sociaux et les pauvres eux-mêmes; une pétition de 215 000 signatures individuelles et de 1600 organismes; le dépôt du proiet de loi, le 22 novembre 2000, à l'Assemblée nationale du Québec.Le projet de loi énonce huit mesures urgentes : ■ Clause d'appauvrissement zéro pour le ~ cinquième le plus pauvre de la population, s ■ Barème plancher à l'aide sociale, un mon-£ tant assurant les besoins essentiels en deçà S duquel la Sécunté du revenu ne peut cou-= per les prestations.« ■ Retour a la gratuité des médicaments pour I les assistés sociaux et les personnes âgées re-" cevant le supplément de revenu garanti.| ■ Transformation des allocations familiales en régime universel.■ Construction d'au moins 8 000 logements sociaux par année.■ Droit pour les citoyens qui le demandent à des mesures continues et personnalisées de tormauon.d'orientation et d'intégration à l'emploi.■ Revision des normes du travail au bénéfice des travailleurs a statut précaire.■ Hausse du salaire minimum à 8,50 $/h.Le Collectif, c'est de la démocrane au sens noble du terme : le peuple se mobilise et dépose lui-même un proiet de loi à ses élus.► À Montréal, les ministres Nicole Léger et Jean Rochon ont écouté ce qu'ils ne voulaient pas entendre.JANVIER/FEVRIER 2002 IICT0 TIRS0 15 PAUVRETÉ Un an après, rien n'a bougé, aucune discussion sur son contenu et son application.Qui sait, le texte du Collectif est peut-être mal foutu, impossible à mettre en œuvre ?Nos députés à l'Assemblée nationale sont bien placés pour étudier un projet de loi, non ?En un an, seul le dossier du logement social a progressé, concède Jean-Paul Faniel à ses interlocuteurs gouvernementaux."Très peu, somme toute, dans les onentations que vous soumettez au débat, sur la plupart de nos propositions que vous connaissez pourtant depuis un bon moment.De plus, votre processus de validation se fait à toute vitesse, sans réel débat ouvert à la population », ajoute le porte-parole du Collectif.Blêmes et nerveux Nicole Léger et Jean Rochon sont blêmes, leurs attachés de presse nerveux.Jean-Paul Faniel assène le coup de grâce:«À l'écoute de notre proposition, vous comprendrez facilement pourquoi nous estimons ce projet de validation comme un taux-fuyant.C'est pourquoi, avant la fin de cette rencontre, nous serons, à l'extérieur, de ceux qui manifesteront publiquement notre désaccord avec votre démarche qui a toutes les apparences de vouloir contourner une initiative citoyenne d'une ampleur sans précédent au Québec.» La salle explose.L'ovation, les «bravos» retentissent longuement.Les ministres perdent la face sous les flashes des caméras (depuis le début de la rencontre, le Centre St-Pierre filme tout avec plusieurs caméras vidéo).La moitié de la salle, qui avait déjà son manteau sur le dos, sort pour se joindre à la manifestation.Le président du Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN, Arthur Sand-bom, quitte la table de consultation pour haranguer les 200 et quelques manifestants.Il livre sans détour le fond de sa pensée.«Mmc Léger, elle n'écoute pas, elle ne comprend nen, et c'est la responsable du dossier au gouvernement du Québec.Ça n'ira nulle part, cette consultation-là ! », lance-t-il, micro à la main.«Le ministre Rochon ne comprend pas qu'on vient de traverser une période de création de richesse et que la pauvreté n'ait pas baissé.Je réponds au ministre Rochon : si la pauvreté a augmenté pendant que le chômage baissait, c'est de votre faute, vous avez refusé d'augmenter le salaire minimum, de changer les normes du travail.» Pendant ce temps, à l'inté-neur, la consultation se poursuit, tant bien que mal, avec des témoignages de personnes vivant dans la pauvreté.Celui de Daniel Nguinambaye est particulièrement gênant.L'homme a émigré d'Afrique de l'Ouest, il y a six ans, pour s'établir à Montréal.L'Immigration a retenu sa candidature à cause de ses qualifications et de sa maîtrise du français.Bachelier en communications de l'Université du Québec à Montréal, sans emploi, il n'en peut plus de vivre dans la misère avec ses trois enfants.«Je suis sidéré par la pauvreté qui règne ici», dit-il.Quitter un pays pauvre pour s'appauvnr dans un pays nche ?La mondialisation, probablement.Le lendemain de la séance de Montréal, la ministre Nicole Léger a annulé la consultation sur la stratégie gouvernementale de lutte à la pauvreté, en Estne, qui devait être la dernière de sa tournée provinciale.Le Conseil régional de développement, qui la coordonnait, voulait aussi consulter la population sur la proposition du Collectif pour une loi sur l'élimination de la pauvreté.«La ministre est-elle tannée d'entendre parler de pauvreté ?», se demandait le quotidien La Tribune de Sherbrooke, le 28 novembre 2001.G Diversifiez vos compétences.Inscrivez-vous au Certificat en relations interculturelles.■ Pour composer avec une clientèle et des équipes de travail multiethniques.■ Pour adapter vos pratiques d'intervention et de gestion à la diversité de votre clientèle.■ Pour compléter votre formation et élargir vos perspectives professionnelles.Certificat modifié en 2001 et adapte aux nouvelles réalités des organisations.Rcnseignemenls 514 343-7492 1 800 363 «8876 Responsable du programme Rachida Azdouz www.fep.umontreal.ca Université de Montréal rrh 161 RECTO VERSO JANVIER/FEVRIER 3002 1 I I L'ÉCONOMIE SOCIÀLU CAHIER D'INFORMATION I I I I ÉCONOMIE SOCIALE ET TIC POUR CONTRER LA FRACTURE NUMÉRIQUE Malgré l'effondrement de ces 18 derniers mois, les nouvelles technologies sont indubitablement associées à la richesse.C'est d'autant plus vrai qu'il existe une fracture entre l'Internet des riches et celui des pauvres.Si les réseaux communautaires sont de plus en plus impliqués dans les technologies de l'information et de la communication (TIC), leurs efforts en matière de formation et d'accessibilité à la Toile ne sont pas toujours reconnus.Afin de combler le fossé numérique, une économie sociale des TIC émerge actuellement.EN MOUVEMENT produit par (^ .rappelle Claude Oueflet Non seulemem na doNenl oublier l'Imernei i haute vitesse mais le reseau traditionnel, a petite vitesse, fonctionne dillicilement par manque de fournisseurs d'accès.Comme le font n-marquer les intervenants du réseau Cyber-rural sur leur site Internet: •• Les milieux ruraux se -oui surtout développés ; leurs ti il sn ' ' ■ O ramenl vont-ils n les nouvefli - u i hncJogies dans leur dévekippemi Le ministère de l'Industrie et du Commerce partenaire des entreprises d'économie sociale www.mic.gouv.qc.ca Québec h« L'ECONOMIE SOCIÀLU CAHIER D'INFORMATION EN MOUVEMENT CRÉER.DIFFUSER ET FORMER Valérie Barcelo est la directrice des communications de la coop de travail Orange Multimédia, une Net-télé à vocation sociale: « En octobre dernier, nous sommes allés couvrir la Rencontre internationale sur la mondialisation dis solidarités à Québec.Nous avons réussi à mettre en ligne près de trente extraits de conférences qui s'y sont déroulées.L'ensemble, donni uni bonne idée des grandes lignes .il.lées par les participants ii conférenciers Cette couverture esl présente sur notre site vvww.canal orangc.tv.mais aussi sur 1rs sites (li collaborateurs: vwvw.media sol.org et \wv-vv.( smo 1 as.K.qc.ca, La télévision traditionnelli.lorsqu'elle s'intéresse à ces rencontres, donne une place de deux, trois minutes AUTREMENT >< l'utilisation sociale, féministe et démo- 1 l'atique îles lei l)|H i|i igies » Le slli in-tel esse loul partit ulieremenl aux questions touchant les femmes.« Lors de rencontres qui ont lieu a l'étranger, les femmes qui ne peuvi ut pas se rendre sur place ont acci a l'information par les nouvelles technolo- tries.Nii oie Nepton note sur son site Internet: « Si les .lu, traditionnel* jugeai) ni superflu «le venir les (femmi entendre pour on ne sait trop quelle raison, nos propres médias étaient présents.1 1 sont ( sseniicls lors d'e\' ni n d'emergure tels que Beijing +5 pour ne 1 itei qu'un exempli ■■ ( lyfoersolidain propose également des témoignages de représentantes des femmes du Pakistan, de l'Inde, de la Colombie, de l'Iran, de la Jordanie et du Ruanda venues dans le cadre de la troisième rencontre internationale de la marche des femmes le 5 octobre dei nier.pointe «Il la t(■( hnologies pour effectuer des mandats de commet 1 1 ■ < li 1 ironique ».explique Claire Lapointe, co-fondatrice et directrice générale de l'entrepris) Café électronique de L'itinéraire L'itinéraire, un groupe d'entraide pour personnes itinérantes, alcooliques et toxicomanes a créé un journal de rue, un café sur la rue et un café électronique poui la réinsertion sociale des itinérants et sans emploi de Montréal.Huit ordinateurs sont nus a la disposition (les gens pour la iia\ tgation sur internet ou li trait) ment de texte pour un dollar symbolique de l'heure.Parti du constat que 70 % des emplois nécessitent la connaissance de l'informatique, l'Itinéraire .1 jugi 1 lentiel d'offrir l'accès à l'informatique aux plus ■ Il munis en processus d) réinsertion sociale.De plus, l'apprentissage des N I U joue un rôle important dans la revalorisation des individus qui ai quii ont ainsi une nouvelle assui.ui.1 dans leur cheminement.lors d'un bulletin de nouvelles.Nous, c'est plus de 150 minutes d'informa- I.s que l( tell liante peut 1 I.Il selon ses champs d'intérêts.L'information est là pour toute um année et on peut \ revenir comme bon nous semble a Si Canal Orange souhaite couvrit dei événements ayant trait à l'économie sociale, la coopérative « compte aussi produire des émissions hebdomadaires maison.Nous sommes prim ipali un nt intéressés par le savon, l'éducation et la diffusion de l'information et nos choix di programmation iront en Ce sens.ajoute madame Barcelo.\koIi Nepton est la fondatrice du site [ntei m 1 < \ bei «olidain org ( vbmoUdam 1 n min ni des projets \ isant à développ) t Développement de logiciels (.aptlln Lchnologies, un développeur de |iigii iels, esi une 1 .op.i.iiim m 1 impliqué) 1111.île ment.Hébergeur du sue \\i l.il.ou,In, \, 1,11,,retcri ati m de nombn tu iti Internet dont celui du CSMl I Économie sociali el action comn.au- 1 Jri Capella Technologies affirme cha- r 111.joui son expertise.•< Nous avons également elli 1 tué la programmation du site Web de l'Assoi iation 1I1 arl graphiques du Québec.Nous avons ainsi dévi loppi uni 1 \pi 1 tisi qui noie |.ami .1 la fine Au premier plan, des menihres de l'équipe Je com- II.IIIMI1, qUI une Lou\erlure numérique Ion originale de la Rflooamn inn mi nonale sur l.i ilion ACCES De nouvelles pratiqw • de for-mation 1 mi rgenl pour repondre .nli quati mi ni à l'acquisition et à la reconnaissance des compé- ii in es de tOUS les a( leurs du 1 1 h ut, travailleurs, gestionnaires et membres de .seil d'adminstration Le < !SM< I I co nomie sociale et action communautaire travaille ai un II.ment a la mise sut pied d'une plateforme de formation à distant e .n 11 divei parti naires doni li Ki seau 1I1 * Ki ssoiii.eiies du Québet, la Fédération des.pi L'ECONOMIE SOCIÀLte EN MOUVEMENT INFORMATION UN SECTEUR DIVERSIFIE d'OBNL et de Dans le domaine des ii i I.logici de- l'in- formalinii et dis communications, l'économie tociali est composée coopératives qui oeuvrent sur plusieurs plans : • soutien h i hniqui • soutien au développement informatique et des n M aux locaux, • recherche et développement.• création et mise à jour de sites Web, • développement d'applications ou de bases de données, • formation, • recyclage ou montage d'ordinateurs.• actes à Internet, • analyse et réflexion sur les enjeux, accès public, animation el initiation de la population.• création et dilTusion de contenus.i.s.uis dresser une liste exhaustive de ces entreprises, l'ajouti in aux Capella Technologies, Orange Multimédia, le Réseau Cyber-rural et Communautiquc déjà ment» innés dans i e cahier les Puce ressource informatique (centre de formai ion .Insertech (entreprise d'insertion en recyclage et montage d'ordinateurs).Communications accessibles Montréal (fournisseurs d'accès internet] il bien d'autres qui sont des acteurs de l'économie sociale dans le domaine des TIC.De nombreuses organisations existent aussi au niveau local tek le Centre R1RI.2000 à Québec.L'@venue ou L'Itinéraire à BILITE LA FORMATION PAR LES TIC Montréal.D'autres groupes travaillent plutôt au niveau régional à développer des ressources d'accès à Internet notamment aux populations démunies tels ÉCOF et ATENA Par ailleurs, au niveau sectoriel, plusieurs organismes ont mené ou mènent des promis visant l'intégration des TIC dans différents réseaux notamment dans les secteurs de l'alphabétisation, du mouvement des femmes, des personnes handicapées, des jeunes, de la santé et des ter-v n es sociaux, des ACEE etc.ralives île liavail du Québec et l'Association des groupes de résolu, es techniques du Quel» i Concrètement, des programmes de formation à distance adaptés seront bientôt disponibles sur internet ou sur des CD-ROM en quelques i lu s au bureau ou à la maison.Plus besoin de se déplacer, souvent à Montréal ou Québec, pour acquérir de nouvelles compéu n-ces, ou tout simplement se mettre à jour, un simple mot de passe suffit Que les usagers se rassurent, ils n'ci happeront pas aux cours traditionnels.mai- en ligne, la web-télé pourra offrir des cours en direct ou des vidéo-web et il est prévu que le pro-lesseur virtuel puisse également répondre à des questions et offre un soutien à la formation.Tournes vers l'avenir, simples, efficaces et accessibles, les I1C permettront ainsi aux entreprises et OBNL de l'économie sociale d'être en processus de formation continue.Émergence d'un réseau mondial 1«"H»H 1 Hr 11 REAL : LES RES CITOYENS S'ORGANISENT Au COUrs des dix dernières années, se sont multipliées, au sein de la société civile, les initiatives d'appropriation sociale des technologies de l'information et de la communication.Ces réseaux ont peu à peu pris contact au plan national et international, pour échanger et mettre en commun leurs expériences.Ces contacts aboutissaient à la 1ère Conférence internationale des réseaux citoyens à Barcelone, en novembre 2000, puis à une seconde à Buenos Aires, en décembre 2001.À Barcelone, outre les échanges d'expériences, ateliers et panels, était créée la Coalition mondiale des réseaux des citoyens GlobalCN qui vise notamment à renforcer la synergie entre les réseaux et à organiser des activités et événements conjoints axés sur une participation des groupes de base et des citoyens.Elle veut impulser de nouveaux modèles de développement local durable d'utilisation des TIC et à obtenir la participation des réseaux citoyens dans la définition des politiques tant au niveau local que national ou international.À Buenos Aires, plusieurs pas de plus étaient franchis : des balises ont été fixées pour définir les modes organisationnels de la Coalition et pour orienter les actions et les projets communs.Un Secrétanat et des comités de travail ont également été formés.La 3e Conférence internationale se tiendra à Montréal en octobre 2002.Placée sous le thème Démocratiser ta société de l'information : innovations, propositions, actions, l'événement sera modulaire et les activités variées.Les questions abordées lors des conférences précédentes seront approfondies, allant de l'éducation aux arts en passant par la participation civique et l'économie sociale.Rencontre uMcrmuoule des reseau i citoyens à Buenos Aires eu décembre MOI. L'ECONOMIE SOCIAL! - CAHIER D'INFORMATION EN MOUVEMENT DES DEFIS VARIES L'un des principaux défis est de faire comprendre aux gouvernements qu'Internet n'a pas seulement une utilité marchande.Valérie Barcelo de la coop Orange multimédia estime «que l'intervention des gouvernements est nécessaire afin de contrer cette pensée uniquement marchande».Au Québec, les TIC doivent aussi servir de fer de lance à un progrès social.L'enjeu du financement demeure important.Plusieurs projets ont reçu l'appui du RISQ D'autres partenaires financiers s'associent à leur développement mais des efforts importants restent à faire du côté des fonds publics.Francine Pelletier de Communautique souhaiterait qu'une partie du Fonds de l'Autoroute de l'information soit réservée aux projets d'économie sociale et qu'un Fonds d'aide pour soutenir les projets d'économie sociale dans le domaine des TIC soit créé.«D est important de faire un lien entre l'économie solidaire et sa stratégie d'utilisation des TIC», estime Joëlle Palmieri de l'APRESS, Y.Association pour la promotion de l'économie sociale et solidaire en Europe et la coordonnatrice des Pénélopes.Le rôle de l'APRESS est de réaliser le lien entre les deux.L'APRESS a conçu un portail Internet (mediasol.org) dans lequel participent des acteurs majeurs de l'Internet citoyen et de la société civile, tel que Lt Monde diplomatique.L'objectif de l'APRESS est de « développer des stratégies pour une très grande visibilité de l'économie sociale et solidaire.valoriser et promouvoir les pratiques et initiatives de ses acteurs ».Au Québec, les défis sont semblables.Claire I^apointe, de Capella technologies constate: « Les équipements et une connexion adéquate demeurent des enjeux considérables pour l'intégration des TIC.Ce sont des facteurs incontournables à considérer car des personnes mal équipées seront frustrées, mal servies et n'y verront pas d'intérêts dû à la lenteur d'affkl Mais la formation et la promotion réapparaissent encore plus fondamentales pour intégrer les TIC.» Iruertech est une entreprise d in^mon qui récupère et recycle les ordinateurs Quelques sites Internet pour en savoir plus CSMO économie km iale .u tion communautaire RISQ, partenaire financier :.Canal Orange - La Net-télé t iltivenne : .Communautique : .Le réseau Cyber-rural : .Rencontre de Buenos Aires :.EC( )F : .Cybersolidaircs : .Capella lit linologics : .Mediasol, portail de l'économie solidaire : .Les Pénélopes : .Porto Alt-uif 2002 : .w m- : .www.i smoesac.qc.ca .www.risq.qcca .www.canalorangc.rv .www.< ornmunautique.qc.ca .www.i jrixr-rural.org .www.giobali u'JihiI .org .www.ecoF.qi t a .www.cybcrsolidaircs.org .www.capella.oi g .www.mediasal.org .www.penelopes.org www.forumsocialmundial.onz.br Ce cahier d'information de quatre pages traitant du développement de l'économie sociale au Québec est édité conjointement sous l'entière et seule responsabilité des trois organisations suivantes: Le Chantier de l'économie sociale est une i'Ht.nii.me Ci permanent! ¥Î intla promotion ri 1- dr\r l | S \( .1 lîii.tm c p.ir t.nipl.n Oui U-i ^Le Réseau d'investissement social du Québec (RISQ) m un Imiu.Is il.« .ipn.il il.n.sqm .i l'ut i.111> r.iiil" qui a pour miitkai de rendre ,n i esnbk un 6nan< emcnl adapti I la réalité des enircprises d'économie sociale.Il vise à ■ouienâ l*< oi di ■ mrepriscs collectives par rinjection de capital de.ûvi ru i i n .I« l t fin.im n i f«mi iiion de leurs pn >i< i l > y luire .iu\ -li ■ ■ ' In.r.i ni;, in iv.il ion» KU11 ÙtUifa ■> Moflt- ri al « "n p m I.i tintactcr aux numéroi de iiléphonc un .mi- i bai.(514)899-9916 ( SM( r-ÉSAC (514)259-7714 RISQ (514)281-2355 Ligne MOI Ir il ii.rnmunr pour i B88-251 1255 organtsmi a iVi.lih iM-ii d.ti i.iIimt: Clarine Ouidnclh, Ludovic Hin/m.uin, Louai [afistune, FraïKine rYBctier cl Jean KjJiiluII< l .i.ipln.ini ( !i imposition 1- leur d< I \ Ce cahier dHnibrniaâon es) puràal na fbâ pai mini 'i ina) r.i Util (KH) rxrmplaires dans i Ii.h|ii.i limon du ma&aanic Aaoa ( Henn Massé déteste la politique de la chaise vide.Mais donner une place aux syndicats dans les négociations sur le libre-échange est bien la dernière chose à laquelle les gouvernements et surtout le patronat veulent consentir.La grève nationale ou continentale créerait une pression considérable pour parvenir à ce résultat.« On ne veut pas être naïf, continue Henn Massé, mais on regarde le modèle des économies européennes, où les syndicats ont réussi à se faire une place, avec d'autres groupes sociaux, une place assez importante dans le processus, et on voit que là-bas il existe des lois anti-dumping so- cial.On pense, nous, qu'il faut déjà essayer d'imposer des normes sociales à l'intérieur de nos échanges (commerciaux).» Mais cette idée est combattue même par des syndicats, dans les pays du Sud, qui y voient une forme de protectionnisme des pays riches.C'est une contradiction que devra résoudre le mouvement syndical.Le président de la FTQen est conscient et parait assez à l'aise avec cela.La FTQet son Fonds de solidarité milliardaire veulent utiliser les caisses de retraite des travailleurs (200 milliards S, seulement au Québec) pour imposer des règles éthiques (sociales et environnementales) aux investisseurs.« On a des syndicats dans tous les secteurs d'activité, il est bien évident que quand on va se donner un code d'éthique au niveau des placements pour la retraite, il y a sûrement des cas qui vont retrousser.Dans certains cas, on ne devrait pas investir, mais c'est vrai qu'il y a des emplois à préserver, on a des intérêts à détendre.On fera comme on fait d'habitude, on vit avec nos contradictions, on essaie de faire nos arbitrages.» □ Henri Massé a entrepris son second mandat triennal à la présidence de la FTQ, sans opposition, tout comme son acolyte René Roy, au secrétariat général.PH0I0 ItlOiT *QUI■ POUR RÎCT0VEDS0 JANVIER/FEVRIER 2002 IECT0 VERSO 23 SOLIDARITES SYNDICALES Une coordination syndicale Nord-Sud se met en place PAR ANDRE SELEANU ■r# UN SYNDICALISME SANS FRONTIERES ON NE PEUT PLUS envisager le syndicalisme du seul point de vue d'une province, d'un pays ou de la partie riche (Canada, États-Unis) de l'Amérique du Nord.Face à la mondialisation financière et économique, le syndicalisme est obligé de répliquer.La réponse passe par la l'internationalisation des relations syndicales.Pour cette raison, au 26e congrès de la FTQ, à Québec, Penny Clarke, représentante de la Confédération européenne des syndicats a évoqué comment les droits de l'homme et le droit du travail sont enchâssés dans les traités européens.«Depuis le Sommet des peuples, à Québec, en avnl 2001, il y a eu une grande sensibilisation dans le monde syndical quant aux nouvelles réalités», explique Emile Val- lée, conseiller politique de la FTQ; «J'ai l'impression que cinquante pour cent des membres de la FTQ^ont déjà une conscience des enjeux de la mondialisation, alors qu'il y en avait très peu avant le sommet de Québec», confirme André Marcoux, de CISO, organisateur montréalais et formateur syndical auprès de la FTQ.Devant l'offensive du secteur financier et la vitesse des déplacements des capitaux, face aux décisions de délocalisation de la production, la situation des syndicats n'est guère rassurante.Leur dilemme est plus aigu, après les dégâts engendrés par les attaques terroristes du 11 septembre, 2001.« Depuis le 11 septembre, nous avons perdu entre trois et cinq pour cent de nos membres, à cause des licenciements, surtout dans l'industrie aéronautique et des transports aériens», précise M.Vallée.En grève contre la Zléa Fait significatif du congrès : pour la première fois au Canada, un syndicat membre de la FTQ; le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), a proposé une résolution «pour une mobilisation massive par une ]Ournée de grève générale canadienne et québécoise, pour contrer l'implantation de la Zléa, le 1" mai 2002» et «que cette lournée soit suivie d'autres actions de résistance dans le courant des années 2002, 2003,2004».Après des débats, en plénière, la proposition de grève générale a été acceptée, avec des modifications cependant.La grève doit 24 I RECTO VERSO JANVIER/FEVRIER 2002 avoir lieu «en coordination avec le Congrès du travail du Canada (CTC) et le syndicat AFL-CIO ■' des États-Unis.Ainsi qualifiée, la possibilité de grève devient plus théorique, mais, si elle a vraiment lieu, ses effets seraient puissants.Début d'une concertation Nord-Sud La concertation a souvent été mentionnée dans les ateliers sur la mondialisation.Téléphone, télécopieur, Internet sont autant d'outils qui peuvent forger des relations entre syndicats du Nord et du Sud.Pour tous, il s'agit de coopérer, de savoir que des partenaires ont des intérêts communs.Les rencontres syndicales internationales, comme celle du Sommet des peuples, à Québec, se multiplient.Les attaques contre les ouvriers qui veulent se syndiquer, par des fiers-à-bras au service des employeurs et des autorités locales mexicaines, sont notoires.Et pourtant, les Métallos collaborent avec FAT (Frente Au-tentico del Trabajo), un syndicat mexicain, afin d'atténuer ces obstacles au droit à la syndicalisation.«Il devient impératif d'agir pour améliorer le niveau des salaires et par conséquent le niveau de vie des pays du Sud », me dit un enseignant syndical de la FTQ.« Si l'on réussit a augmenter le niveau de vie au Sud, on perd moins d'emplois au Nord », ajoute-il.Jean Laponne des Métallos évoque les liens que son syndicat noue depuis quatre ans avec les syndicats de l'industrie d'extraction et transtormastion du cuivre et du nickel au Chili et au Pérou.Les compagnies canadiennes Falconbndge, Noranda, Barnck, Cominco, etc., sont des grands loueurs dans le Cône Sud.En général, les salaires qu'elles offrent se trouvent dans la tranche élevée des salaires miniers, mais les normes sanitaires et environnementales qu'elles respectent en Aménque du Sud sont émasculées, bien en deçà des prescnptions canadiennes.«C'est une raison essenoelle d'investir en Amenque du Sud Tes coûts environnementaux, les normes à respecter sont moins sévères.Les organismes comme Greenpeace sont moins Avec huit grèves générales en deux ans, d'innombrables marches devant le parlement, les syndicats d'Argentine (25 % des travailleurs) ont contribué à faire tomber le président de la Rua, le 20 décembre 2001, puis son éphémère successeur, Rodriguez Saa.Avec les étudiants et les chômeurs, ils n'ont pas décoléré contre les mesures d'austérité du gouvernement qui fait face à la faillite.Photo : 20 mars 2001, les syndiqués marchent sur le parlement, la veille d'une grève.présents », admettait, en juillet, Wayne Sto-gran, directeur de bureau pour Lakefield Research, un consultant ontanen en protection de l'environnement pour l'industrie, avec une filiale à Buenos Aires.Jean Lapomte décrit le cas du projet d'aluminene Alumysa en construction, avec la participation de la canadienne Noranda, au Chili, dans la 1V région :1a valeur de cet investissement dépasse un milliard de dollars canadiens.Il est décrit par une étude de l'Université catholique de Santiago comme le plus polluant de l'histoire du Chili : c'est beaucoup dire ! Projet polluant pour la terre et l'air, dangereux pour la santé des travailleurs.Le syndicat chilien est en consultation avec les Métallos pour déterminer des actions, urgentes, à prendre avant que l'usine soit mise en opération.À long terme, de la part des syndicats canadiens et de leurs homologues latino-américains, l'objectif est une convergence des normes en hygiène du travail et des normes environnementales, entre le Nord et le Sud.Du chemin à parcourir.Les fonds humanitaires Crée il y a seize ans, le Fonds humanitaire des Métallos accumule des ressources au taux de le l'heure, versé par les 75 000 membres au Canada.Il s'agit de 1,3 millions de dollars par an.Le fonds a alimenté trente-cinq projets d'aide a travers le monde.Les travailleurs des bokys (Haïtiens œuvrant dans les plantations de canne à sucre en République dominicaine dans des conditions misérables), ainsi que ceux qui tentent d'implanter des syndicats, contre vents et marées, dans les nut-quiLuiorus du Mexique, ont bénéficié de l'appui des Métallos du Canada.Les Travailleurs canadiens de l'automobile (Canadian Auto Workers) ont également créé un tonds d'aide internationale, le Fonds de justice sociale.« Nous déterrons des mines anti-personnel au Mozambique, nous avons contribué JANVIER/FEVRIER 2002 IECT0 VERSO ! 25 SOLIDARITÉS SYNDICALES à un programme d'éducation sur le SIDA au Malawi», spécifie Carol Phillips, directrice des relations internationales du syndicat TCA à Toronto.« Et nous mettons sur pied des abns et des banques alimentaires pour les femmes en difficulté au Canada.•• Eh oui, ne nous leurrons pas.Souvent des conditions du type Tiers Monde sont à côté de notre maison, il ne faut plus chercher si loin que ça.«À long terme, au Nord et au Sud, nous allons tous dans la même voie», continue Mme Phillips.«Au TCA, nous apprenons beaucoup du Mouvement des sans terre du Brésil (le mouvement paysan de revendication des terres en friche).Des syndicats brésiliens avec qui nous entretenons des relations très étroites, nous apprenons comment organiser le secteur informel », immense en Amérique latine (environ 50 % de la main d'oeuvre), le secteur des travailleurs indépendants sans protection syndicale.Il s'avère que ce secteur de travailleurs est en croissance vertigineuse au Canada.C'est quand même surprenant qu'un syndicat de l'automobile ait beaucoup à apprendre d'un mouvement rural.Le point principal de la collaboration se trouve néanmoins dans des actions coordonnées vis-à-vis du fabncant automobile Ford."Ford utilise le même système de production dans chaque région du monde.Ses pro- Des syndicats d'ici, les Métallos, la CSN financent des projets au bénéfice des travailleurs des bateys.Dans ces petits villages de République dominicaine, des Haïtiens sous-alimentés oeuvrent dans les plantations de canne à sucre sans eau potable, ni électricité, ni écoles, ni services de santé.tique que, ayant des intérêts semblables, ils doivent collaborer.GM quitte Boisbriand pour le Mexique Luc Desnoyers, directeur des Travailleurs canadiens de l'automobile pour le Québec, met la fermeture de l'usine General Motors Dans les années 1990.les Métallos ont fait pression sur GM pour écarter les matraqueurs des lignes de piquetage devant les usines en grève du Brésil.cédés sont les mêmes, interchangeables partout», explique Mme Phillips.Les TCA ont eu, depuis trois ans, de nombreux échanges avec les ouvriers de Ford au Brésil et en Afrique du Sud.Dans ces deux pays, ainsi qu'au Canada, Ford a fait des mises à pied «des restructurations».Dans les trois pays, il y a eu des grèves, des actions syndicales.«Nous voulons savoir ce qui se passe au Brésil, car nos positions, ici et là-bas, deviennent presque semblables», dit Carol Phillips.Dans l'aéronautique, le syndicat TCA essaie de nouer des liens entre Embraer et son homologue canadien, la société Bombardier.Au-delà des apparents conflits engendrés par le nationalisme économique, il s'agit, pour les TCA, de montrer aux travailleurs canadiens et brésiliens de l'aéronau- de Boisbriand, prévue pour septembre 2002, en lien direct avec le pacte de libre-échange Aléna:«GM dit qu'il y a surproduction d'autos au Canada, alors que la compagnie construit de nouvelles usines au Mexique».Les TCA du Québec demandent l'intervention des gouvernements dans le dossier GM, afin d'empêcher la fermeture à Boisbraind, mais il n'est pas du tout clair que cette option est possible.Selon Desnoyers, les Métallos ont eu une action bénéfique au Brésil : « Au début des années 1990, pendant des grèves à des usines GM au Brésil, les grévistes brésiliens étaient attaqués par des matraqueurs.La CUT du Brésil nous a contactés.Nous sommes intervenus auprès de GM et nous avons réussi à écarter les matraqueurs des usines et à améliorer la situation syndicale dans les usines brésiliennes.» Les syndicats canadiens et brésiliens ont actuellement des rencontres annuelles.Grèves coordonnées entre pays Le rôle de l'Organisation régionale în-teraméncaine du travail (ORIT), dont le secrétaire général est Luis Anderson, devient essentiel dans l'organisation des actions concertées.Il s'agit de coordonner les actions de grève entre pays, en analysant les procédés de fabrication industriels échelonnés entre divers pays.Certaines actions syndicales montées au niveau international ont connu des succès : elles montrent des voies à suivre.André La-plante, responsable des relations de presse pour les Métallos, décrit une action coordonnée en 1998, incluant les États-Unis, la Suisse, la Roumanie et la Slovaquie.Il s'agissait d'empêcher un producteur d'aluminium de Ravenswood (West Virginia) de poursuivre sa production ailleurs, tant qu'il ne donnait gain de cause à ses ouvriers syndiqués.La compagnie fut talonnée et les syndicalistes gagnèrent.La coordination devient possible quand on sait de quelles compagnies, de quels investissements étrangers on parle.En juillet, à Santiago, au Chili, Diego Olivares, directeur chargé des relations internationales de la CUT (Confédération unie des travailleurs chiliens) se fécilitait Ides excellentes relations avec le CTC et la CSN, «qui ont joué un 26 | RECTO VEBS0 JANVIER/FÉVRIER 2002 Colombie, 5 décembre 2001.Aury Sara Marrugo, dirigeant du syndicat des travailleurs du pétrole, est tué par des paramilitaires.D est le 166' syndicaliste assassiné en Colombie en 2001.Dans ce pays producteur pétrolier, recommandé aux investisseurs malgré la guerre civile, 7% des travailleurs sont syndiqués.rôle actif dans le processus de reconstruction des syndicats chiliens détruits au temps de la dictature de Pinochet (1973-1990)».Olivares expliquait que son syndicat avait commencé en 2001 un cadastre (une description) de toutes les entrepnses étrangères qui possèdent des intérêts au Chili.«Nous voulons déterminer qui sont exactement les investisseurs dans un projet, quels sont les syndicats de l'entreprise.Nous voulons savoir comment se comportent ces entreprises envers leurs employés chiliens», disait Olivares.Le siège un peu délabré des syndicats chiliens, boulevard Alameda, à Santiago, est un peu à l'image du mouvement syndical dans ce pays.Profondément meurtri par la dictature, le syndicalisme n'y rejoint plus que 8% de la main d'oeuvre.Son pouvoir de négociation est donc limité.En obligeant les ouvriers, à l'embauche, à signer des attestations de non-engagement syndical, avec l'autonsanon implicite de l'État, les patrons continuent des pratiques instituées au temps de la dictature.Retour au problème de la Zléa Dans l'hémisphère occidental, les pourparlers sur la ZLEA restent l'apanage des intérêts financiers et commerciaux.Les syndicalistes redoutent un traité sur la ZLEA sans clauses sociales contraignantes ni tribunal efficace.Ils affirment que les droits de l'homme, le droit du travail et la protection de l'environnement doivent être con- traignants.Dans l'ébauche actuelle du traité, ils ne le sont pas.Du nord au sud, cette critique prévaut, mais les arguments varient en contenu et intensité.Par exemple, en Argentine, la centrale syndicale CGT, qui représente 70% des travailleurs du pays, rejette sèchement la ZLEA.Rodolfo Daer, président de la CGT, le |our d'une grève générale que son syndicat avait déclenchée contre les coupures budgétaires imposées par les institutions financières internationales (le problème reste très actuel pour les Argentins), déclarait que - nous rejetons la ZLEA de toute manière.Les parlements ne sont pas intégrés au traité.Ses mécanismes sont secrets.Le traité envisagé ne reconnaît pas la société civile.Il affecte la vie de millions de personnes sans leur consentement.Les syndicats sont absents du processus».Les positions nord-améncaines sont plus nuancées.Un traité intercontinental n'y est pas rejeté d'amblée, à la condition de s'éloigner du modèle mercantile, orienté exclusivement vers les affaires.Là encore, il y a des vanations.Deux approches, deux stratégies se profilent au sein du mouvement syndical québécois.L'une est d'accepter le processus ZLEA et de demander haut et fort sa place à la table des négociations.C'est le point de vue de la FTQ.L'autre stratégie, olfo Daer, président de la CGT argentine : «(Nous rejetons la ZLÉA oute manière.» PHOTO DANIEL 611CI» plus à gauche, celle de la CSN, est de dénoncer le processus actuel de négociations ZLEA et d'en demander un nouveau.La FTQ dans sa position officielle, exige de participer aux négociations sur la ZLEA Dans son langage imagé, le président de la FTQ Henri Massé, écrivait, dans Le Devoir du 23 novembre 2001 :«Nous avons toujours eu horreur de la politique de la chaise vide.Quand il y a une place pour s'asseoir et qu'on peut discuter sérieusement, nous sommes là.Au Lieu d'avoir un discours protectionniste, nous voulons être partie prenante des pourparlers ».Cette position reflète également celle de Diego Olivares, des syndicats chiliens.Nation commerçante, le Chili ne veut pas être exclu d'un traité commercial, quelles que soient les conditions.Mais les organismes patronaux et les gouvernements font la sourde oreille aux réclamations syndicales, si nuancées soient-elles.La Chambre canadienne de commerce et le BCNI (Business Council on National Issues) ont clairement annoncé, en avril 2001, que, à leur avis, les syndicats ne doivent pas être présents aux tables de négociation.La position de la CSN est plus intransigeante que celle de la FTQ: elle renvoie au processus entamé à Porto Alegre, a une critique radicale des conséquences de la mondialisation financière et de ses effets.«Le défi, pour nous, est le défi de Porto Alegre et de l'Alliance sociale continentale.Le droit et la démocratie doivent devancer tout traité commercial", réaffirme M.Vincent Dagenais, adjoint du président de la CSN, Marc Laviolette, chargé des relations internationales.Il met l'accent sur le leitmotiv du Sommet des peuples de Québec et du Forum social mondial de Porto Alegre : « D'autres Amén-ques sont possibles.» Le rapport des forces en présence, au sein de l'Union européenne, est nettement plus favorable aux syndicats qu'en Amérique.Le traité d'Amsterdam, signé en 1997, reconnaît formellement les syndicats comme des « partenaires sociaux».Ils sont obligatoirement consultés.Les normes minimales de travail.de santé, de sécunté et de protection de l'environnement font partie du cadre juridique communautaire.Le modèle européen essaie de mieux répartir les produits de la croissance et de la richesse entre les peuples.D JANVIER/FÉVRIER 200: IECT0 VEI1S0 I 27 SOLIDARITES SYNDICALES 2002 sera-t-elle l'année des règlements de comptes de l'équité salariale?Après des décennies de lutte, les femmes réclament «l'équité maintenant».Elles croyaient avoir gagné, mais le dossier s'enlise.Il manque la volonté du gouvernement pour réaliser ce choix de société et une Commission de l'équité salariale qui fasse respecter l'esprit de la loi.Survol d'un dossier épineux qui sent.le sapin.PAR JULIE ROY ÉQUITÉ SALARIALE LE REGLE! NTDl LE 21 NOVEMBRE 2001 devait être une date historique pour les Québécoises.Ce ]our-là, le gouvernement et 35 000 entreprises québécoises de 10 employés et plus devaient mettre fin à toute discrimination salariale basée sur le sexe.Cette discrimination était illégale depuis l'adoption de la Charte québécoise des droits et libertés, en 1975.La Charte obligeait à de longues et coûteuses poursuites jundiques.La loi sur l'équité devait faciliter l'exercice de ce droit fondamental pour les femmes et les hommes sous-payés pour l'unique raison qu'ils occupent des emplois à prédominance féminine.Les employeurs devaient ajuster les rémunérations, en vertu de la loi sur l'équité salanale adoptée en 1996, et verser des compensations dont le paiement doit être complété au plus tard en 2005.La Loi distingue deux catégories d'employeurs : ceux sensés avoir entrepns un processus d'équité avant 1996 et les autres.Pour ces derniers, la Commission de l'équité salariale (CES) rapporte que 80% avaient terminé, le 21 novembre, l'exercice permettant de réajuster les écarts salariaux.Il est toutefois impossible de vénfier les données de la CES, car elle renvoie toute demande de ren- seignements à la Commission d'accès à l'information.Celle-ci, à la demande des entreprises, doit taire leur nom et toute information à caractère financier.On ne peut donc savoir le nombre de travailleuses concernées, ni les sommes d'argent en jeu.On ne sait pas non plus si le processus a été conduit avec la même rigueur dans toutes les 28 000 entrepnses qui ont respecté l'échéance du 21 novembre.Voie de contournement Les autres employeurs, sensés avoir commencé un processus d'équité salariale avant 1996, ont profité d'un trou dans la loi.Le chapitre IX a ouvert une voie de contournement si vaste qu'elle a permis au Conseil du trésor lui-même, et à 119 autres entrepnses, parmi les plus importants employeur au Québec, de s'y engouffrer.Dans 85% des cas, la CES a accepté les rapports des employeurs, «sans même avoir vénfié auprès des travailleuses et des syndicats» si un processus valide avait été entamé, dénonce Suzanne Amiot, vice-présidente de la FTQ Le chapitre IX concerne 347 000 employés du secteur public, dont 215 000 travailleuses, et 62 000 du secteur pnvé, dont 32 000 femmes.Outre le Conseil du trésor, la Fédération des caisses Desiardins du Québec (36 000 employés), des universités, (Montréal, Laval, Sherbrooke, Concordia, Polytechnique), des collèges, se sont prévalus du chapitre IX.Chez Desjardins, la direction a fait valoir un processus d'équité entrepns en 1989.Résultat : seulement 3 % des employés dans des catégones d'emplois à prédominance féminine ont eu droit à un ajustement salarial.André Chapleau, le directeur des relations de presse chez Desiardins, a expliqué qu'il n'y avait pour ainsi dire pas d'iniquité salariale chez Desjardins.Selon d'autres sources, murmurer « équité salariale » chez le plus gros employeur pnvé du Québec ns-que de provoquer «des haut-le-cœur chez les filles».La présidente de la Commission, Me Jo-celyne Olivier, avait la latitude d'enténner les évaluations des employeurs.En accordant sa bénédiction à la grande maionté, sans avoir entendu les représentations syndicales, elle a provoqué la judiciansation (sic) du processus, accusent les syndicats, ce que la Loi visait justement à éviter.Soixante-sept recours ont été introduits devant les tribunaux, concernant 17 employeurs.Ces causes pourraient prendre des années à être entendues.La constitutionnalité même du chapitre IX est contestée.«Ajouter l'insulte à l'injure» «Le pire, dans tout cela, c'est que les tribunaux pourraient fort bien nous retourner devant la Commission en lui indiquant de réévaluer les dossiers.C'est une hypothèse plausible.Ce serait vraiment ajouter l'insulte à l'iniure, pour toutes les femmes», a commenté la 1" vice-présidente de la CSN, Claudette Carbonneau.Celle-ci n'avait pas de mots assez durs pour qualifier la situation : « Comme cafouillage, ie n'ai jamais vu une commission en accumuler autant en si peu de temps.» De plus, la Commission devait promouvoir la loi auprès des entrepnses et «elle ne l'a même pas fait», dénonce Mme Carbonneau.«D'ailleurs, nous voulons décerner à la Commission le prix "Minceur", pour avoir réussi à se cacher entre le mur et la peinture durant cinq ans.Faut le faire ! ».Carole Gingras, directnce du service de la condition féminine de la FTQ dénonce aussi le manque de leadership de la CES et sa lenteur : « En septembre 2000, nous commencions à peine à savoir qui s'était prévalu du chapitre IX et nous recevions encore de nouveaux rapports jusque tard en novem- bre 2001.» Pourtant, les entrepnses avaient déposé leurs dossiers à la Commission dès novembre 1997.Surtout, rapporte Carole Gingras, « la Commission ne précise pas les motifs de ses décisions et elle ne se prononce pas non plus sur le maintien de l'équité salanale.Il faudra voir comment on fera pour Lorsque les Québécoises marchaient avec les femmes du monde entier, le 15 octobre 2000, elles pensaient bien avoir mis, pour l'essentiel, la question de l'équité salariale derrière elles et pouvoir s'attaquer à d'autres problèmes.Devront-elle retourner au front ?mission de consultation sur le projet de loi sur l'équité salariale.Elle ajoute que «la Commission applique mal la loi.C'est emmerdant, parce que c'est l'organisme qui était précisément là pour ça».Commentaire Que comprendre de tout cela ?La CES et sa présidente sont les cibles d'attaques répétées depuis trop longtemps pour que l'inaction du gouvernement ne finisse pas par le trahir.Il a laissé la CES et sa présidente encaisser sans réagir.Le gouvernement fait fi des cntiques syndicales à l'endroit de la Commission et a renouvelé le mandat de Me Obvier et des autres commissaires contre leur avis.Comment ne pas conclure qu'il est satisfait de la position pro-patronale de la Commission ?Quant aux syndicats, tirent-ils à boulets rouges sur la CES pour éviter de s'en prendre directement au gouvernement ?Les syndicats négocient le renouvellement des conventions collectives dans le secteur public, qui viennent à échéance le 30 juin 2002.La FTQ la CSN, la Fédération des infirmiers et infirmières du Québec (FIIQ) et le Syndicat de la fonction publique (SFPQ) se sont entendu avec le Conseil du trésor « La Commission applique mal la loi C'est emmerdant parce qu'elle était précisément là pour ca.» assurer le maintien de l'équité, surtout dans les cas qui sont devant les tribunaux ».Louise Chabot, i' vice-présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).déplore aussi «qu'il n'y ait pas plus de transparence et de droit de parole pour les syndicats quant aux décisions de la Commission ».Pour Esther Déom, protesseure au département de relations industnelles de l'Université Laval, il est urgent de remettre le dossier sur les rails : « Ça prend à tout prix un changement de direction et une volonté politique, parce que les gens vont dire "on l'a fait, l'équité, et l'on ne revient pas là-dessus" ».Mme Déom a siégé sur la com- pour lui accorder un délai pour réévaluer les catégones de salaire.Le motif invoqué est qu'il vaut mieux négocier que d'aboutir en cour.L'équité salanale est-elle négociable ?Et les travailleuses là-dedans?Sentent-elles soudain l'odeur de sapin ?Feront-elles payer au gouvernement du Québec le pnx politique de ce coup fumant, aux prochaines élections?Chose certaine, il leur faudra encore se battre.Le gouvernement fédéral entreprendra sous peu une consultation en vue d'adopter lui aussi une loi sur l'équité salanale.Tirera-t-il leçon du cas québécois?Bonne année 2002, à tous et à toutes.D 281 RECTO VERSO JANVIER/FEVRIER 2002 JANVIER 'FEVRIER 2002 IECT0 VE1S0 ! 29 LOI C-36 LOIS ANTITERRORISTES SOUPÇONS Le 18 décembre 2001, la loi antiterroriste (C-36) a reçu la sanction royale.Une journée noire dans l'histoire de la démocratie et des libertés civiles au Canada.PAR ANDRE GIROUX Recherches par André Giroux et André Seleanu De son vrai nom, Lot modifiant le Code criminel, la Loi sur les secrets officiels, la Loi sur la preuve au Canada, la Loi sur le recyclage des produits de la criminalité et d'autres bis édictant des mesures à l'égard de l'enregistrement des organismes de bienfaisance, en vue de combattre le terrorisme, la pièce législative en modifie 17 autres et compte plus de 180 pages.Les dispositions législatives sont accompagnées d'une définition de l'activité terroriste large comme une autoroute à huit voies.«Elle couvre un nombre impressionnant de personnes et d'événements», souligne le Barreau du Québec.Le Code cnmi-nel prévoit maintenant qu'une activité peut être considérée comme terroriste si elle perturbe gravement des services publics ou pn- (B) en vue - exclusivement ou non - d'intimider tout ou partie de la population quant à sa sécurité, entre autres sur le plan économique, ou de contraindre une personne, un gouvernement ou une organisation nationale ou internationale à accomplir un acte ou à s'en abstenir, que la personne, la population, le gouvernement ou l'organisation soit ou non au Canada.» Est-ce à dire que les camionneurs indépendants bloquant des routes pour exiger l'adoption d'une loi obligeant les donneurs d'ouvrage à négocier de bonne foi pourraient être perçus comme des terroristes?«La loi permet une telle interprétation», signale Mc Julius Grey.Ce même article aurait-il pu être utilisé contre les militants anti-mondialisation qui Pour des motifs raisonnables de soupçonner » vés ou a pour but de compromettre gravement la santé ou la sécunté de la population (Article 83.01(l)b)ii) du Code criminel).Or, c'est précisément l'argument qu'invoquent les gouvernements lorsqu'ils adoptent des lois spéciales pour mettre fin à des grèves dans le secteur public.Comme si ce n'était pas suffisant, l'article 83.01 (l)b)i) du Code criminel définit une activité terroriste comme un acte (-action ou omission) «commis à la fois : (A) au nom - exclusivement ou non - d'un but, d'un objectif ou d'une cause de nature politique, religieuse ou idéologique; 30 IIECT0 VERSO JANVIER/FÉVRIER 2002 ont bousculé les baimcades pendant le Sommet des Amériques, à Québec, en avril 2001?Avec les pouvoirs que confère maintenant la loi, ce même article aurait-il pu être utilisé pour effectuer davantage d'arrestations préventives?Et qu'adviendra-t-il des militants pro-palestiniens établis au Canada?Seront-ils considérés comme participant à une «activité terroriste»?Warren Allmand, ancien procureur général du Canada, dans le gouvernement Trudeau, devenu directeur de l'ONG Droits et démocratie, s'inquiète de cette définition.«Nous appuyons le mouve- ment pour la démocratie et contre la dictature en Birmanie, qui n'est pas touiours pacifique, explique-t-il.Mais cela ne le rend pas pour autant terroriste.» Ses comparaisons historiques sont juteuses.«George Washington aurait été terroriste - ainsi que les militants français qui attaquaient les nazis au cours de la Deuxième Guerre mondiale.» Le terrorisme est difficile à définir.Le Petit Robert en donne une définition : «L'ensemble des actes de violence, des attentats, des prises d'otages civils qu'une organisation politique commet pour impressionner un pays (le sien ou un autre).- Au Canada, seule la Loi sur l'immigration traitait du terrorisme, mais le terme n'était pas défini.Les tribunaux abordaient les situations au cas par cas.Une loi antiterronste était-elle même nécessaire?Quelqu'un qui devrait s'y connaître, Reid Morden, qui a dirigé pendant cinq ans le Service canadien du renseignement de sécunté (SCRS), estime que les autorités n'ont pas besoin de plus de lois, mais de plus de coordination et de ressources.Le gouvernement a agi avec précipitation, imposant le bâillon à la fois à la Chambre des Communes et au Sénat pour couper court aux débats.Il est per- mis de se demander si le but visé correspond au but affirmé.Si l'intention était d'agir à l'encontre des véritables terroristes, la définition de l'activité terroriste intégrée au Code criminel aurait dû être beaucoup plus restrictive.Mc Julius Grey ne remet pas en cause la bonne foi du gouvernement libéral.Ce sont les effets de la loi qu'il craint.«Les pressions américaines et celles de l'opposition officielle de droite, l'Alliance canadienne, affirmaient qu'une définition plus restreinte du terrorisme aurait rendu la loi inutile.» Bref, les mailles du filet auraient été trop larges pour atteindre les véritables terroristes.Mf Grey craint davantage le climat social qui est en train de s'instaurer.«C-36 fait partie des lois, mais aussi du climat dans lequel nous vivons.La société est de plus en plus mesquine et autontaire.Je crains plus les citoyens que le gouvernement libéral, le pense qu'il n'aurait pas adopté cette loi sans les pressions de citoyens qui se sentaient attaqués par le cnme crapuleux du 11 septembre.» Cette analyse étonne, étant donné l'opposition à ce proiet de loi expnmee par la Ligue des droits ou le Barreau canadien devant la commission parlementaire : «Le lobby améncain a été plus fort encore, explique Julius Grey.Il influence aussi l'opinion publique.» «Les lois actuelles ont créé une atmosphère nocive.Les libertés civiques ont un prix.L'épreuve d'une société qui aime sa liberté est sa volonté d'en payer le prix.On pourrait mettre tout le monde sur table d'écoute.Est-ce ce que nous voulons?», s'interroge M' Grey.Les États-Unis ont connu le maccarthysme, le Québec a connu la «loi du cadenas» sous Duplessis.Les nouvelles Quelques mesures prévues par C-36 ■ Réduction des exigences pour l'écoute électronique, écoute dont la durée pourra passer de 3 mois à 3 ans.■ Détention préventive jusqu'à 72 heures.■ Prise de photos et d'empreintes digitales «pour des motifs raisonnables de soupçonner» qu'un acte terroriste puisse être commis.■ La remise en liberté par le juge peut être conditionnelle au respect d'ordonnances, même si des accusations ne Au Sommet de Québec, 463 arrestations, des manifestants kidnappés et jetés dans l'une de ces petites camionnettes blanches surgies de nulle part.Imaginez avec les lois antiterroristes.dispositions du Code criminel ont le potentiel de ce retour en arrière.La vigilance sans paranoïa L'heure est à la vigilance.Il ne s'agit pas de paniquer, mais d'alerter.«La paranoïa ou l'inaction donneraient raison à ceux qui veulent bnser la contestation sociale», estime Mc Denis Barrette, co-auteur d'une opinion juridique sur la loi C-36 livrée à la Ligue des droits et libertés.La Ligue surveillera l'application de la loi C-36 et interviendra au sujet des projets de loi CA2 et C-44, qui ne sont pas encore adoptés.Le projet de loi C42 modifie entre autres la Loi sur la défense nationale.Il y introduit le concept de zone de sécunté militaire.Sur recommandation du chef d'état-major de la défense, le ministre de la défense peut créer une telle zone «que les Forces canadiennes ont reçu instruction de protéger» (Art.84 du projet de loi C-42).Or, l'armée était en réserve au Sommet de Québec 2001, prête à intervenir.Une fois la zone créée, -les Forces canadiennes peuvent (en) mterdire, (en) limiter ou (en) contrôler raccès.(.).» Verra-t-on la militansation du prochain Sommet du G-8, à Kananaskis, en Alberta, en juin 2002?Le ministre de la Défense, Art Eagleton, a admis que C^2 permettrait d'établir un périmètre de sécunté.«Je n'ai pas aimé ce que j'ai vu au Sommet de Québec, affirme Mc Grey.Cet aspect du proiet de loi C-42 est particulièrement épeurant.» G sont pas portées.Le refus de s'engager à les respecter peut entraîner l'incarcération pour une durée maximale d'un an.■ La Cour fédérale peut accepter que la Couronne ne divulgue pas sa preuve.■ Une personne peut être obligée de témoigner en cour avant que des accusations ne soient portées.Elle peut même être tenue de témoigner contre elle-même (mais ce témoignage ne pourra être retenu en preuve contre elle).Un refus entraîne l'emprisonnement pour une durée indéterminée.L'interrogatoire peut se dérouler à huis clos ou sur ordonnance de non-publication.■ La simple participation à une activité même légale d'un groupe terroriste devient un acte criminel.JANVIER/FÉVRIER 2002 IECT0 VE1S0 I 31 COLLOQUE LA PRESSE ALTERNATIVE A LA UNE «Le grand-père de mon grand-père», raconte Mme Robin Lloyd, « a commencé un journal, à Chicago, au milieu du XIXe siècle, le Chicago Tribune*.Mon père, de son côté, a lancé un journal alternatif, le Toward Freedom.Forte de cette tradition familiale, j'ai continué l'œuvre de mon père.» PAR RICHARD AMIOT Toward Freedom est édité à Burlington, à une heure et demie de voiture de Montréal.Burlington, 40 000 habitants, est la métropole du Vermont, le plus petit État des Etats-Unis, le seul à avoir jamais élu un représentant socialiste au Congrès américain, Vince Beiser, éditeur en chef adjoint de Motherjones.com, un success story de la presse alternative.celui que représente aussi à Washington le sénateur ex-républicain Jim Jeffords, célèbre désormais pour avoir mis l'administration Bush en minonté à la chambre haute.Toward Freedom est donc un journal «progressiste et alternatif», comme le décnvait Mmc Lloyd à 150 artisans et lecteurs de ce genre de publications que Recto Verso avait réunis, le temps d'un colloque, une fin de semaine du mois de novembre 2001, à Montréal.Recto Verso avait voulu ainsi souligné son 50e anniversaire, pour prendre un temps de réflexion sur le rôle de cette presse, sa production, ses relations avec les mouvements sociaux, l'État et la publicité.Cela n'arnve jamais que des journaux indépendants, avec leurs maigres ressources financières, se rencontrent.Quand on les voit ensemble, on prend la mesure de leur diversité, car chacun s'est adapté à des conditions matérielles bien particulières.Contrairement aux médias main stream, ils ne se laissent pas dicter leurs façons de taire et leur contenu par la publicité.On voit aussi combien ils se ressemblent, par certains aspects.Le respect des droits humains préoccupe la plupart de ces médias davantage que les cotes de la bourse ou les amours des princesses.Il n'est pas étonnant, quand on visite le site Internet de Toward Freedom (www.TowardFreedom.com), de trouver un dossier sur les agissements de la compagnie minière canadienne Tiomin Resources au Kenya, que le Groupe de recherche sur les activités minières en Afrique (GRAMA) avait exposés dans le numéro de mai-juin 2001 de Recto Verso.Ces médias, nous ne devrions pas les qualifier d'alternatifs, le terme déplaît souverainement, par exemple, à Hélène Pednault, écnvaine, invitée pour «brasser le camarade» des journaux indépendants, les entretenir des -grandeurs et misères de la presse libre.» Libre, indépendante, pas alternative (mais quand même un peu), presse d'opinion, engagée, progressiste, les termes ne manquent pas, mais l'argent, si! Quand on ne veut pas dépendre que des annonceurs pour se financer, il faut trouver d'autres ressources.MotherJones fêtait aussi un anniversaire, son 25e, en 2001.L'éditeur en chef adioint de la version Internet de la célèbre revue alternative de San Francisco spécialisée dans le loumalisme d'enquête, Vince Beiser, a expliqué que sa publication vit principalement des dons du public, qui constituent 65 °/o de ses revenus, contre seulement 20 % pour les abonnements et 15 °/o pour la publicité.Il faut dire que les dons à une publication à but non lucratif comme Mother Jones sont déductibles des impôts des particuliers, aux États-Unis, contrairement à ce qui se passe au Canada et au Québec.Ici, des publications comme Recto Verso et U4ction Nationale ont toutes successivement perdu ce privilège fiscal, ces dernières années, ou sont en voie de le perdre.Ici, la publicité règne en maîtresse incontestée sur les médias.Il n'est pas facile, pour les simples citoyens de s'impliquer dans l'information.Personne ne veut d'eux aux commandes, dans cette zone stratégique qui environne le pouvoir politique.Financiers et politiciens désirent les en tenir à l'écart.En France, Joëlle Palmieri a eu une idée : inventer un nouvel espace pour faire circuler l'information.L'APRESS (l'Association pour la promotion de l'économie sociale et solidaire) veut renforcer, par l'information, les réseaux des citoyens.Associée au mensuel Le Monde diplomatique, à Politis, au groupe féministe Les Pénélopes, à ATTAC (l'Association pour la Taxation des Transactions financières pour l'Aide aux Citoyens), avec des coopératives et des mutuelles, elle veut constituer un réseau international de médias indépendants et d'entreprises de propriété collective pour présenter une.alternative aux conglomérats médiatiques capitalistes.LAPRESS mise principalement sur les médias Internet, parce que les coûts de production pour le wèbe sont considérablement moindres que pour les journaux et la télévision ou la radio traditionnelles.Et puis, Internet ne connaît pas les frontières, un avantage non négligeable pour ceux qui veulent que la solidanté internationale et l'engagement social suppléent aux insuffisances (ou aux tares) du capitalisme.32 I RECTO VERSO JANVIER/FÉVRIER 2002 L'éditeur de Motbtrjonei.com, Vince Bei-ser, n'est pas aussi fervent.Sans l'édition papier de MolherJones, admet Vince, sa publication ne jouirait pas de la réputation qui confère à ses informations une crédibilité que lui envient les médias commerciaux.«Notre enquête la plus connue, raconte-t-il, est sans doute l'affaire de la Ford Pinto, dont nous avions révélé les dangers d'explosion dans les années 1970.La compagnie Joëlle Palmien, de l'APRESS : un projet qui embrasse le monde entier.Ford mettait sur le marché une nouvelle voiture, la Pinto, qui était susceptible d'exploser Ion de certains types d'accidents.Les di-ngeants de Ford avaient |ugé moins cher de payer les règlements d'assurances de ceux qui mouraient dans ces voitures que de réparer celles-ci.Nous avons mis la main sur des documents internes de la compagnie prouvant toute l'affaire et, en quelques semaines, Ford avait rappelé la Pinto, le rappel d'automobiles le plus important de toute l'histoire américaine.» Sa réputation, pour ses enquêtes fouillées, Molher Jones l'a conservée sur Internet.Son site existe depuis 1995, une longévité remarquable sur le wèbe.Sur son site, la revue peut éditer des informations qui ne trouveraient pas place dans son édition papier.Regards croisés Une monographie.Regards croisés sur la presse alternative au Québec et le magazine Recto Verso, publiée par le Service aux collectivités de l'UQÀM, présente dix médias francophones alternatifs québécois et européens : L'Itinéraire, l'aut'journal, Droit de parole, La Gazette populaire de la Mauricie, le Haut Saint-François, le Mouton Noir, le Courrier (Suisse), l'Ob- Cependant, relevait Hélène Pednault, «une presse libre ne parviendra pas à intéresser un public plus large en capitalisant sur Internet, ce réseau sans visage où les informations non-vénfiées circulent à la vitesse de l'éclair.» Malheureusement, analysait l'écn-vaine et journaliste (notamment à La Vie en rose), «il semble qu'on ait peu d'impact comparativement à ce que l'on pourrait attendre d'une presse libre, d'une presse de combat digne de ce nom.Avons-nous déployé toutes les énergies et les efforts d'imagination pour y parvenir?La réponse est non.On reste entre convertis, en vase clos.» La Gazette populaire de Trois-Rivières (en Mauncie) a un tirage respectable de 71 000 exemplaires.Ses artisans refusent absolument que la publicité occupe 80 ou 85 % de ses pages, au détriment de l'information (à Recto Verso, la proportion d'espace publicitaire est fixée à 30 %).Jean-Claude Landry de la Gazette populaire est le vice-président de l'Association des médias écrits communautaires du Québec (AMECOj, qui regroupe une centaine de journaux et périodiques.Il est bien au fait de leurs relations problématiques avec les annonceurs et avec les gouvernements locaux ou nationaux.Son expérience lui a appris qu'«il ne suffit pas de se donner un proiet (d'information), encore faut-il trouver les moyens de le porter».Obtenir suffisamment de moyens - afin de parvenir à la qualité d'information d'un Molher Jones -, tout en préservant son indépendance, demande de la vigilance.Et un petit grain de folie.G • Le Chicago Tribune est connu des Québécois parce que son propriétaire, en 1937.le Colonel McCormick, a fonde la ville de Baie-Comeau, sur la Côte-Nord, et la Québec North Shore Paper, un moulin qui fournissait son papier au quotidien.Fondé le 10 juin 18*7, le Chicago Tribune se définit comme conservateur et tire à 650 000 exemplaires./ecf/f (Suisse), C4 (Belgique) et Marianne (France).La monographie fait aussi l'histoire de Recto Verso, qui a fêté son 50e anniversaire en 2001.L'étude, dirigée par le professeur Jean-Marc Fon-tan, assiste de Francis Cauchon, Jean-François Garneau et Mylène Tremblay, décrit les enjeux actuels pour la presse alternative : financement, nouvelles technologies, publicité, concentration de la propriété des médias, etc.Des enjeux pour les médias indépendants et pour la vie démocratique.Une organisation du travail performante et durable • 48 coopératives • 6 000 travailleurs • Des retombées sociales et économiques dans toutes les régions forestières du Québec.dans l'attente d'une politique de développement des coopératives A Conférence des coopératives forestières du Québec www.ccfq.qc.ca JANVIER/FEVRIER 200: IECT0 VEtSO ! 33 COOP POLITIQUE QUÉBÉCOISE SUR LES COOPÉRATIVES Les coopératives devront-elles se transformer en entreprises capitalistes pour survivre ?PAR ANNE-MARIE TREMBLAY Pour le pionnier du mouvement coopératif en France, au début du XIXe siècle, Joseph Benjamin Bûchez, il existait deux façons de sortir les ouvriers exploités de leur misère : les syndicats et les coopératives de travail.Dans une coopérative, chaque membre jouit d'un vote égal.Dans l'entreprise capitaliste, c'est l'investisseur le plus riche qui décide du sort des autres.L'entreprise capitaliste appartient à l'économie marchande, les coops évoluent dans la sphère de l'économie sociale et solidaire.L'histoire du mouvement coopératif est intimement liée au développement régional et social.À la fin du XIXe siècle, les résidants des campagnes ont mis sur pied les premières mutuelles de protection contre les incendies, parce qu'aucune compagnie d'assurance ne voulait leur offrir ce service peu rentable.Dans les pays de colonisation, parce qu'aucun marchand n'acceptait de s'installer aussi loin, les habitants ont ouvert un magasin général au village et créé les premières coopératives de consommateurs.Encore auiourd'hui, 75 °/o des emplois, dans les 2 238 coopératives du Québec (hormis le secteur financier), se trouvent à l'extérieur des régions urbaines.Cet ancrage régional a permis aux populations de garder le contrôle sur leurs richesses, évitant que les profits et, souvent, les emplois et les services ne fuient à l'étranger.Du plancher des vaches au parquet de la bourse À cause du libre-échange et pour soutenir la concurrence sur les marchés nationaux ou internationaux, les coopératives doivent, partout dans le monde occidental, multiplier et diversifier leurs sources de financement.En Angleterre, par exemple, les mutuelles ont choisi de s'introduire en bourse pour obtenir des Cinq modèles Les 2238 coopératives non financières du Québec comptent 1 383 000 membres, génèrent un chiffre d'affaires de 6,2 milliards $ et emploient 30 000 personnes.Il existe cinq types de coopératives : de consommateurs, de producteurs, de travail, de travailleurs actionnaires et de solidarité.■ Coopératives de consommateurs Les 1500 coopératives de consommateurs regroupent le plus de membres (1 330 182) au Québec et ont un chiffre d'affaires de 696 millions $.Dans les coops de consommateurs, l'usager est propriétaire.Les coopératives scolaires (1 million de membres, chiffre d'affaires de 129 millions $) et d'habitation (50 000 membres et chiffre d'affaires de 106 millions $) forment les deux sec- teurs les plus importants parmi les coops de consommateurs.Il existe également 78 coopératives d'alimentation, 39 de cablôdistribution et 40 coopératives funéraires.■ Coopératives de travailleurs actionnaires Les travailleurs actionnaires sont regroupés en coopératives pour acquérir des actions votantes dans la compagnie pour laquelle ils travaillent.Ils peuvent ainsi participer à sa gestion.En 2000, les 41 coopératives de travailleurs actionnaires (CTA) regroupaient 2 853 membres.Au sein du mouvement coopératif se discute aussi l'idée de créer des coopératives de travailleurs investisseurs (CTI).Cette nouvelle forme de coop permettrait aux travailleurs d'investir dans l'entreprise qui les emploie, même si elle n'est pas cotée en bourse (PME, OSBL, une autre coopérative).341 RECTO VERSO JANVIER/FEVRIER 2002 capitaux.En France, en Belgique et au Canada, coopératives et mutuelles y pensent aussi.L'échec face à la concurrence n'est pas une fatalité pour les coopératives.Dans les années 1980-1990, des géants des États-Unis ont acheté à fort pnx la plupart des entrepnses funéraires familiales au Québec.Mais les coopératives funéraires ont pns la relève et contrôlent aujourd'hui 50 °/o du marché au Québec (contre 7 % en 1993).Les citoyens se sont offert des services funéraires à moindre coût, dans des coopératives, parce qu'elles «n'ont pas pour but la réalisation de profits», éent la Fédération des coopératives funéraires du Québec (FCFQ)."Elles cherchent à satisfaire les familles endeuillées, peu importe le budget des funérailles.Elles n'exercent pas de pression pour des dépenses ostentatoires.Les coopératives funéraires constituent une véntable option de rechange devant l'exploitation du chagnn." Les coopératives funéraires ont contribué à conserver leurs ntes aux Québécois, par rapport aux standards des multinationales.La FCFQ a même retourné la situation en offrant à l'améneaine Stewart de lui racheter les salons Urgel Bourgie, à Montréal, et Lepine Cloutier, à Québec.En 1995, les membres de la coop d'habitation Au pied du courant transforment deux bâtiments barricadés (depuis 8 et 24 ans), grâce à une subvention de 725 000 $ : des logements de qualité pour eux et les générations futures (impossibles à revendre pour leur profit personnel).Ils contribuent aussi à revitaliser ce secteur du Centre-Sud de Montréal.: jf ** - FBAHCOIS Li!U«C : Dans les pays du Sud, la coopération offre la meilleure voie de développement, dans des économies nationales appauvries par un endettement insupportable et des années d'un libéralisme effréné.Au Nord, malgré des succès indéniables dans des domaines très diversifiés de l'économie, le développement des coopératives est contrané par un accès restreint au capital de nsque, particulièrement dans l'agroah-mentaire, le secteur manufacturier et les services financiers.Le capital privé n'a pas d'autre appartenance que le profit.Les coopératives indiquent une voie différente de développement, démocratique, solidaire et local.Mais les coopératives devront-elles se réincarner en entrepnses capitalistes comme les autres, pour s'adapter aux règles du commerce, taire face à la concurrence étrangère et avoir accès à un financement qui soutienne leur croissance' Au Canada, la Saskatchewan Wheat Pool (SWP) est la plus importante coopérative, avec un chiffre d'affaires de 3,33 milliards S.4 000 employés et des actifs d'un milliard et demi.Elle a été fondée en 1924 et compte 73 000 membres.À la recherche de capitaux, la SWP a décidé, en 1994, d'émettre en bourse des actions de classe B sans droit de vote.Les actions ► ■ Coopératives de producteurs Les coopératives de producteurs offrent à leurs membres services et biens dans le cadre de leur travail.Les usagers sont propriétaires de la coopérative.On dénombre 231 coops de producteurs avec 40 000 membres.Elles génèrent le plus d'affaires, au total 3 milliards $, parmi l'ensemble des coopératives non financières.Les coopératives agricoles dominent le secteur, avec 38 000 membres, 223 entreprises et un chiffre d'affaires de 5 milliards $.La plupart des coops agricoles sont en fait des coopératives de producteurs.■ Coopératives de travailleurs En 1998, il y avait 164 coopératives de travailleurs au Québec, regroupant 5774 membres dans les secteurs de la forêt, des services ambulanciers, de l'informati- que.Leur chiffre d'affaires combine se monte à 500 millions S.Avec la coopérative de solidarité, c'est le seul type de coopérative où le travailleur propriétaire peut exercer un contrôle sur ses conditions de travail.Les 62 coopératives forestières, avec un chiffre d'affaires de 403 millions S, sont les plus grosses et emploient 6000 personnes (pour la moitié, des membres).■ Coopératives de solidarité Les coopératives de solidarité ont été créées en vertu de la Loi sur les coopératives en 1997.Elles admettent, uniques en leur genre, plusieurs catégories de membres : utilisateurs, travailleurs et membres de la communauté.En 1998, 12 coops de solidarité ont été mises en place.Elles génèrent un chiffre d'affaires de 5 millions S.JANVIER/FEVRIER 2002 RECTO VERSO ! 35 COOP ont chuté de façon vertigineuse et ont été rachetées par des investisseurs étrangers.Avec ce résultat que les ristournes se sont transformées en dividendes, que les surplus sont dorénavant divisés entre actionnaires selon le nombre de leurs titres, plutôt qu'entre les agriculteurs selon l'importance de leurs transactions avec leur coopérative.La Saskatchewan Wheat Pool est-elle encore une coopérative?Au printemps 2001, le ministère de l'Industrie et du Commerce (MIC) du Québec a publié un Avant-projet de politique de développement des coopératives.La réflexion sur sa mission.Endettée à hauteur de 58 °/o, elle recherche de nouvelles façons de dénicher du capital.Lors du Forum sur l'agriculture et l'agroalimentaire québécois, les 17 et 18 avril 2001, à Saint-Hyacinthe, Bernard Landry lui a réitéré qu'il ne voulait pas que «les entreprises coopératives, comme c'est arrivé dans le reste du Canada, se transforment tout simplement en compagnies à capital-actions.D'abord, parce que ça rompt l'esprit coopératif qui nous a apporté tant de bienfaits, et deuxièmement, ça rend vulnérable aux lake-over bids La solidarité a donné naissance aux coopératives.Leur f era-t-elle traverser leur crise de croissance?Direction des coopératives du MIC, dans son document de consultation, demande aux coopératives non financières de réfléchir sur les mesures d'aide technique et les nouvelles formes de financement dont elles ont besoin pour soutenir leur croissance.Le gouvernement espère, en période de ralentissement, qu'elles soutiennent la croissance économique.L'objectif annoncé du MIC est de créer 20 000 emplois en 10 ans et d'augmenter de moitié le nombre de coopératives.Les avis, dans le mouvement coopératif, sont partagés.Soixante-dix mémoires ont été présentés.Les 10 plus grosses coops non financières du Québec appartiennent toutes au monde agricole ou rural.La Coopérative Fédérée est la plus grosse, avec 32 000 membres et 14 000 employés.Elle fournit machinerie, produits et main-d'œuvre aux agriculteurs, et possède les marques Olymel, Flamingo et Sonic (distribution d'essence et de gaz naturel).La Coopérative Fédérée est en (prises de contrôle) en argent américain fort contre une entreprise capitaliste québécoise ou canadienne», rapportait Le coopérateur agricole, la publication officielle de la Coopérative Fédérée.La menace de la démutualisation n'en plane pas moins sur nombre de coops et des secteurs entiers, dont l'agroalimentaire.Lavant-projet de politique ne va pas aussi loin que d'évoquer la démutualisation.Mais, la porte s'entrouvre à d'autres types de partage et à la possibilité, pour des investisseurs extérieurs, de souscrire du capital et de participer pleinement à l'enrichissement des coops.Derrière le désir de consolider le mouvement coopératif se profile le danger de la perte d'identité des coopératives, avertit Pierre-Paul Garaud, de MCE Conseil, une entreprise mise sur pied par la CSN en 1987 pour aider au développement coopératif.Certaines coopératives, continue M.Garaud, nsquent de perdre de vue la notion de développement régional et soli- daire : «Le Québec s'est beaucoup développé grâce aux coopératives.Il n'aurait pas le même visage sans les caisses et les coopératives d'agriculteurs.Malheureusement auiourd'hui, on [offre] peu de vision pour l'ensemble des citoyens.Si les coopératives ne se situent pas dans une perspective différente de développement, elles manquent le bateau.» Coopération ou compétition Les coopératives doivent être rentables pour survivre, mais à quel prix?Le démantèlement ou la transformation de plusieurs coopératives, pour s'inscrire en bourse, et les conflits entre syndicats et coopératives laissent entrevoir une course sans fin au profit.«Le mouvement coopératif se laisse définir par la seule pression du marché», analyse Joseph Giguère, directeur du Centre Saint-Pierre, à Montréal, qui fut longtemps formateur en coopération."Il y a des pressions pour se délester de tout ce qui ne concourt pas à créer des biens le plus vite possible, au plus bas prix possible, avec les conditions de travail les plus basses possible.Tous les coûts sociaux deviennent donc inutiles, alors que c'est ce qui définit leur raison d'être.» «On parle surtout des problèmes qui affecteront les grosses coopératives, comme la mondialisation», analyse Michel Bouchard, un formateur qui s'occupe de création de petites coopératives en milieu urbain, au Réseau québécois de coopérateurs et coopératrices du travail (RQCCT).«Ils disent : "Regardez, on est bons, on brasse des grosses affaires1*.» Nancy Neamtan, présidente du Chantier de l'économie sociale, se questionne sur les objectifs : «Le gouvernement dit qu'il veut encourager la formule coopérative, mais comment?Est-ce que cela veut dire qu'on développe la structure du capital pour la rapprocher de l'entrepn- Le ministère de l'Industrie et du Commerce partenaire des entreprises coopératives .ac.ca ■■■i^HBMMMHMaBMBm 36 I RECTO VERSO JANVIER/FÉVRIER 200? se privée ou bien qu'on renforce le modèle existant pour consolider sa spécificité?» Plusieurs coopératives importantes au Québec désirent se rapprocher du modèle capitaliste, notamment dans le domaine de l'agroalimentaire, le secteur de la coopération le plus important, qui fait aussi face aux besoins les plus pressants d'investissements pour soutenir sa croissance et la concurrence mondiale.Or, l'a-vant-pro]et de politique du MIC a ouvert cette boîte de Pandore de l'inaliénabilité du patrimoine collectif que constituent les coopératives, de Yimpartageabilué de la réserve et de l'ouverture à d'autres investisseurs que les membres.Les coops ne peuvent compter que sur leurs surplus d'opération et sur leurs membres pour investir.Mais les membres d'une coopérative ne peuvent pas tout.Ils ne sont pas toujours en position de fournir à leur entreprise tous les capitaux dont elle a besoin et quand elle en a besoin pour se maintenir sur le marché.Et quand bien même ils le seraient, ils ne sont pas tou]ours intéressés à le faire, car le retour sur l'investissement n'est pas à la hauteur de leurs espérances.Depuis 1985, le Régime d'investissement coopératif (RIC) leur offre des avantages fiscaux comparables à ceux du Fonds FTQ et du Fondacrion de la CSN.Les coopérateurs ont investi 200 millions $ en vertu du RIC depuis sa création.Le régime n'est cependant pas ouvert aux coopératives de consommateurs et demeure peu avantageux pour ceux qui gagnent moins de 30 000 $ par année.Les membres des coopératives reçoivent des ristournes en proportion de leurs achats de biens ou de services (dans une coopérative de consommateurs) ou des heures travaillées ou des affaires traitées avec la coop (dans les coopératives de travailleurs ou de producteurs).Le partage des bénéfices au pro rata des usages, l'impossibilité de voir s'apprécier le capital, l'inexistence d'un marché secondaire (comme la bourse) pour les investisseurs rendent les coopératives peu attrayantes pour ceux-ci.Les coops peuvent aussi faire appel à du financement provenant des institutions propres au réseau coopératif, comme Capital régional et coopératif Desiardins, créé à l'occasion de l'avant-dernier budget provincial.Cette voie de la solidarité au sein du mouvement Les 62 coopératives forestières sont les plus grosses coops de travail au Québec.Elles emploient 6 000 personnes.Parmi leurs membres, il y en a qui souhaitent se syndiquer, tout en demeurant associés à la gestion.coopératif, les possibilités offertes par ces outils d'interfinancement entre coopératives ou entre secteurs de l'économie sociale ont-elles été suffisamment explorées?Les coopératives, même profondément ancrées dans leur communauté, sont encore l'enfant pauvre des organismes de développement régional, estime Joseph Giguère : «Aujourd'hui, les acteurs du développement régional mettent la table pour les grosses compagnies, les multinationales.Quand vient le temps d'investir, ils attendent les gros investisseurs.» La solidarité a donné naissance aux coopératives.Saura-t-elle leur faire traverser cette crise de croissance?Syndicalisme Les syndicats ont fortement contribué à la mise en place de coopératives.François Lîmarche, conseiller syndical à la CSN, rappelle que «pendant le deuxième front, l'action syndicale ne se limitait pas au milieu de travail, mais [visait] toute la société.Les syndicats ont mis en place des coopératives de consommation, des gardenes populaires, des coopératives de travailleurs.» Aujourd'hui, coopératives et syndicats s'affrontent àprement sur certains terrains.Dans les coopératives forestières, il n'est plus question d'être à la fois syndicaliste et coopérateur.Des coops forestières vont lusqu'à retirer leur statut de membre aux travailleurs qui adhèrent à un syndicat.Pour Jocelyn Lessard, directeur gênerai de la Conférence des coopératives forestières du Québec (CCFQ), les syndicats sont une véntable «épée de Damoclès» au-dessus de la tète des 41 coopératives qu'il représente.La Conférence propose de modifier le Code du travail pour empêcher les travailleurs des coopératives de se syndiquer.La CCFQ^prétend que la syn-dicalisation d'une coopérative de travailleurs est inutile, voire néfaste.Avec des syndicats, les coopératives forestières fermeront leurs portes d'ici dix ans, prédit Jocelyn Lessard.Il faut donc que le syndicat revoie sa façon de fonctionner, puisqu'il ne s'agit pas de se battre contre les patrons.-Dans le mouvement coopératif, il y en a qui prennent formellement position contre les syndicats», admet François Lamarche.«À la CSN, on s'est demandé ce qu'un syndicat pouvait apporter de plus lorsque le salarie est aussi un gestionnaire La réponse se trouve peut-être dans le mouvement syndical et dans le mouvement coopératif eux-mêmes, dans la solidarité entre les travailleurs, syndiques et coopérateurs.Et puisque 80 % des Québécois et des Québécoises adhèrent au mouvement coopératif, la réponse à ses problèmes se trouve probablement dans leur solidarité et leur appui à une politique gouvernementale qui l'aide sans réserve.D JANVIER/FEVRIER 2002 1ECT0 VERSO i 37 J Les lobbyistes professionnels accaparent l'attention des élus et les détournent des problèmes.Au Québec, aucune législation n'encadre le commerce de l'influence politique.PAR CHRISTIAN BLANCHARD Françoise David s'est taillé une réputation de «star» du lobbying à Québec pour ses succès avec la Marche pour du pain et des roses (en 1994) et la Marche mondiale des femmes (à l'automne 2000).Selon Lyne-Sylvie Perron, de la firme Hill & Knowlton/Ducharme Perron, l'ex-présidente de la Fédération des femmes du Québec se retrouve en bonne compagnie, avec les chefs syndicaux, des écologistes et les porte-parole des assistés sociaux ou.de Bell Canada, Canadien National et Gaz Métropolitain, des clients de Mm Perron.Mmc Perron exprimait ce point de vue devant une centaine de communicateurs gouvernementaux, à Québec, le 20 novembre 2001.Le lobbying, «ce n'est pas que des actions destinées aux seules fins de l'intérêt pnvé, mais ul-nmement (sic) de l'intérêt commun», déclarait M"" Perron.Ayant ses entrées dans les milieux politiques québécois, ancienne attachée de presse du premier ministre René Lévesque, Lyne-Sylvie Perron, a fondé, en 1986, la firme de relations publiques Ducharme Perron (voir encadré Casus BeUi).Assimiler ainsi le mandat des porte-parole des mouvements sociaux et le commerce d'influence révèle la confusion des genres, au Québec, en l'absence de toute règle sur le lobbying.Aux États-Unis, par contre, le lobbying tait partie intégrante de la culture politique.La législation sur cette pratique date de 1946.Au Canada, la Loi sur l'enregistrement des lobbyistes et le Code de déontologie des lobbyistes ont réglementé progressivement cette industrie depuis 1988 (voir encadré Lobby Enr.).On sait que, parmi la centaine de lobbyistes actifs dans la Vieille Capitale, plusieurs anciens ministres ou députés continuent de fréquenter les politiciens actifs, pour le compte de bureaux de relations publiques.Par exemple, Dennis Dawson (de Hill & Knowlton/Ducharme Perron), ancien député fédéral, ne s'en cache pas, puisqu'il s'est enregistré comme lobbyiste à Ottawa.38! RECTO VERSO JANVIER/FÉVRIER 2002 Pendant le Sommet socio-économique de 1996.De gauche à droite : Bernard Landry, à l'époque ministre d'État à l'Économie et aux Finances, Claude Béland, président du Mouvement Desjardins, le président du Groupe Jean Couru et André Bérard, de la Banque nationale.Les sommets entre partenaires sociaux représentent des moments privilégiés pour exercer son lobbying auprès du gouvernement, mais sous les feux des projecteurs.PHOTO BENOIT «gui» Un colloque se tenait sur la pratique du lobbying au Québec, au printemps 1997.Jacques Baril (député du PQ^dans Artha-baska) présidait alors la Commission des finances publiques.Il tenait l'occasion de promouvoir une législation sur cette pratique occulte.Après les élections de 1998, M.Baril a quitté la présidence de la commission sans mettre de l'avant une initiative quelconque.«Le système parlementaire américain donne aux représentants de la Chambre et aux sénateurs un véritable pouvoir face au gouvernement», explique M.Jean-Pierre Démarcheurs de l'ombre En plus de noumr la suspicion populaire à l'endroit des politiciens et de leur entourage, l'absence de législation introduit des inégalités de traitement entre les citoyens dans leurs rapports avec le pouvoir, selon qu'ils représentent de puissants intérêts ou les classes moins nanties.Même l'impôt consacre ces inégalités: une compagnie soustrait les dépenses engagées dans le lobbying de son revenu imposable, mais le contribuable qui souscrit a un organisme de défense de ses droits ne pourra en taire autant (voir encadré Lobbying et chanté).Au sein du Groupe 2000 neuf, un cabinet de relations publiques basé à Montréal, trois des vingt employés pratiquent le lobbying, surtout au bénéfice d'organisations du domaine de la santé.«En fait, nous accompagnons des groupes dans leurs démarches, sous forme de campagnes de presse ou de publicité, sauf que celles-ci visent précisément l'appareil gouvernemental», explique son président, M.Michel Bissonnerte.Il y a 18 mois, M.Bissonnerte participait à la création de l'Alliance des cabinets de relations publiques, mise sur pied a cause du bre sans que la loi les oblige a s'identifier.Aux États-Unis, le Lobbying Disclosure Act impose la transparence aux lobbyistes.Lobby & Co Seulement à Washington, il se dépense aux bas mots 1,5 milliard SUS chaque année afin d'influencer les élus fédéraux.Pour les États-uniens, plus qu'un privilège douteux, le lobbying est un droit constitutionnel: Le congrès ne fera aucune loi qui touche l'établissement ou interdise [.] lt droit qu 'a le peuple de s'assembler paisiblement et d'adresser des pétitions au gouvernement pour la réparation des torts dont il a à se plaindre, décrète le mythique Premier Amendement à la Constitution américaine.Chaque citoyen a le droit de communiquer personnellement ses doléances aux élus.C'est la méthode utilisée par les gens ordinaires pour influencer les législateurs.Mais, quand on s'appelle Shell, NRA (National Rifrle Association) ou Greenpeace, on envoie plutôt un mandataire à Washington, un lobbyiste à la langue bien pendue, qui a des contacts.La loi améncaine définit le lobbyiste TARS DE L'OMBRE Charbonneau (député du PQdans Bor-duas), président de l'Assemblée nationale.Dans ce contexte, «il est donc pertinent que des gens, payés ou non, tentent d'influencer le vote des décideurs.» Et, donc, que l'État réglemente cette pratique.Par contre, aioute M.Charbonneau, «notre loi sur le financement des partis politiques évite aux politiciens d'être constamment à la recherche de tonds comme les élus américains.Cela évite aux élus de faire des faveurs politiques pour remercier de généreux donateurs.» Au Québec, la politique est plus conviviale, conclut M.Charbonneau, les personnes ou les groupes qui ont besoin de rencontrer leur député le font eux-mêmes.La politique québécoise a beau être conviviale, ne serait-il pas normal que nous soyons lustement tous conviés à savoir ce qui s'y passe?tapage autour de certaines campagnes de la firme National et de la mauvaise réputation que cela risquait de valoir à l'industrie.L'Alliance promeut l'adoption, au Québec, d'un code de déontologie.M.Bissonnerte admet que ce code n'est pas suffisant pour contrôler le lobbying.Il est favorable à une législation, mais émet des réserves: «Je crois qu'on pourrait établir des balises plus claires dans le domaine du lobbying en prenant soin de ne pas alourdir le processus de représentation qui est la seule voix pour certains groupes-Que les citoyens se reunissent et manifestent pour se faire léginmement entendre n'est pas nouveau.Récemment, le documentaire d'Hugo Latulipe, Bacon: le film, a ainsi décrit le lobbying exercé par les producteurs de porcs auprès de nos gouvernants.En revanche, les lobbyistes professionnels se terrent dans les firmes de relations publiques et œuvrent dans l'om- comme une personne employée pour établir plus d'un contact afin d'influencer les élus et dont les activités de lobbying constituent au moins 20 °'o des services rendus à un client dans une période de six mois.Quel est le travail réel du lobbyiste?Muni d'un dossier fourni par les personnes qu'il représente (entrepnse, syndicat, association, groupe), le lobbyiste rencontre un élu pour le convaincre de voter dans un sens qui favorise son client.Aux yeux de M.Julius Hobson.lobbyiste pour le compte de la puissante Association médicale améncaine, il s'agit là d'un ieu où personne ne gagne à tout coup.Dans un document préparé à l'intention des jeunes médecins, l'Association donne des trucs pour faire son propre lobbying mais surtout le conseil suivant: «Arrivez avec des solutions.Les politiciens veulent des solutions, pas des problèmes.» ► JANVIER/FEVRIER 2002 IECT0 VERSO ! 39 Casus Betti Motif de guerre Hill & Knowlton Canada a pris une participation de 51 % dans Duchar-me Perron.Hill & Knowlton Canada est elle-même une filiale de Hill & Knowlton (États-Unis) et du numéro 1 mondial de la publicité et des relations publiques, WPP Group, de Londres (50 milliards SUS de chiffre d'affaires et 6 milliards SUS de bénéfices prévus en 2000 ').Hill & Knowlton est cette firme vilipendée par le journaliste John MacArthur, éditeur de Harper's Magazine, dans son livre Second Front, Censorship and Propaganda in the Gulf War (University of California Press, Los Angeles, 1992), dévoilant la mise en scène odieuse devant le Congrès et le peuple des États-Unis qui a contribué au déclenchement de la Guerre du Golfe en 1991.Hill & Knowlton avait reçu la somme de 11,8 millions SUS de 78 citoyens états-uniens et canadiens, ainsi que de Citizens for a Free Kuwait, pour une campagne dont la vedette fut sans conteste la jeune réfugiée Nayirah.Celle-ci, témoignant devant les congress-men du comportement des soldats irakiens à Koweït City, les décrivait sortant une quinzaine de bébés de leurs incubateurs pour les jeter, mourant, sur un plancher glacial: la jeune Nayirah, pas du tout réfugiée, s'avéra être la fille du cheikh Saud Nasir al-Sabah, ambassadeur du Koweït à Washington, et l'histoire, totalement inventée.Le peuple des États-Unis avait été trompé par une solide campagne de relations publiques et de propagande, et le renversement de l'opinion publique, jusque-là opposée à l'intervention militaire au Moyen-Orient, justifia le gouvernement de George Bush père d'entrer en guerre contre l'Irak.L'enquête du journaliste MacArthur fut résumée et présentée aux Canadiens et aux Québécois dans l'émission de télévision The Fifth Estate, à CBC, et plus tard au Point (SRC).Au Québec, WPP Group a aussi pris une participation (18%) dans National, le premier cabinet de relations publiques en importance (revenus bruts de 16,4 M SCAN en 1999, selon le «Guide annuel des entreprises de services en communication du Québec 2000» publié par Infopresse).1.Sellers, Patricia.«Ad Man On Fire».Fortune, Times, New York, 10 juillet 2000, p 160.(www.fortune.com/fortune/magazine).Plus le lobbyiste a des contacts solides, moins les rencontres sont formelles.Une conversation dans un couloir du Capitole peut suffire.Cette absence de formalisme a donné mauvaise réputation au lobbying.Les rencontres dans les grands restaurants ou sur les terrains de golf monopolisent l'attention des élus ou de leur personnel.Aux yeux de beaucoup de citoyens, il s'agit de manoeuvres frôlant la corruption.Mais, selon M.Hobson, ces pratiques sont de moins en moins courantes, en raison de la réglementation de 1995.Encadrement de la pratique Le Lobbying Disclosure Acl oj 1995 a remplacé la réglementation de 1946 et impose plus de transparence dans le domaine de l'influence politique.Concrètement elle oblige tout individu ou toute entité qui cherche à influencer la législature fédérale à s'enregistrer auprès du secrétaire du Sénat et du greffier de la Chambre des représentants.Les lobbyistes doivent dévoiler le nom de leur client, la problématique discutée et leurs honoraires.Les firmes de lobbying doivent produire un rapport distinct pour chaque client, puis présenter une déclaration semestrielle de revenus.Toutes ces informations sont du domaine public.Afin d'endiguer le fléau des pots de vin, longtemps partie intégrante de la culture politique, on a réglementé la pratique des cadeaux.La valeur d'un cadeau (y compris un repas) est limitée à 50 SUS.Le total annuel ne doit pas excéder 100 SUS.Il est également interdit aux législateurs d'accepter des voyages payés pour assister, par exemple, à des activités cantatives qui sont en fait de nature récréative.Mais «le règlement ne requiert pas la tenue de registres officiels, (seulement) un effort de bonne foi est requis afin de se soumettre au seuil limite de cadeaux.Nous agissons, aux États-Unis, en accord avec le onzième commandement: « Tu ne le feras pas prendre la main dans le sac», commente un vieux routard du marché de l'influence, le sourire en coin.On comprend que les informations révélées par les rapports ne nsquent de compromettre ni les lobbyistes ni les politiciens.Julius Hobson, lobbyiste pour l'Association médicale américaine.Christopher Arterton, doyen de la Graduate School of Political Management Système malsain En pnncipe, pour se forger une opinion, un membre du Congrès écoute les doléances de tous ses commettants.Dans les faits, le système électoral brouille les cartes.Les frais de campagne sont tellement élevés, aux États-Unis, que les élus sont constamment à la recherche d'argent.Le montant moyen amassé par un candidat à la Chambre des représentants, aux élections de 2000, s'élevait à 720 000 SUS.Chez les sénateurs, cela dépassait les 6 millions SUS.M.Christopher Arterton, doyen de la Graduate School of Political Management de l'Université George Washington, explique le problème que cela pose aux élus: «Ce n'est pas que les membres du Congrès ignorent leurs électeurs, mais ils passent tellement de temps à parler ivec les gens (les lobbies) qui ont les moyens de leur donner de grosses sommes d'argent [pour leur réélection] que leur attention est tournée vers ces seuls groupes d'intérêts.Ils n'ont donc plus ce temps à consacrer à leurs électeurs.» En 2000, l'industne pétrolière a contribué aux campagnes électorales à la hauteur de 33,5 millions SUS, dont 78% sont allés aux Républicains.Exxon Mobil, probablement l'entrepnse pétrolière la plus puissante des États-Unis, a îniecté à elle seule 11,7 millions SUS dans ses activités de lobbying.Lobbyer à l'école La Graduate School of Political Management a été créée en 1988 pour surmonter ces embûches du système politique états-unien et l'améliorer.Ce programme chapeauté par l'Université George Washington offre une spécialisation en lobbying.La scène politique américaine est dominée par de riches hommes de race blanche, ce qui n'est pas très représentatif de la population.L'école tente de redresser cette situation de déséquilibre, par exemple en maintenant un ratio de 50/50 hommes-femmes dans son programme.«La prochaine génération de politiciens sera un peu différente de l'actuelle, ils auront un sens plus large de leurs responsabilités sociales", espè- 40 I RECTO VERSO JANVIER/FÉVRIER 2002 re le doyen Arterton.Le fait est que le politicien tel qu'on le connaît vise en prionté sa réélection.Le programme tente de sensibiliser les apprentis aux problèmes éthiques auxquels ils auront à faire face.Particulièrement ceux de l'attention exclusive tournée vers les pourvoyeurs de fonds électoraux et de l'ignorance des intérêts des sans-voix.La racine de l'herbe La Graduate School of Political Management offre cinq cours spécialisés en lobbying.Le cinquième cours au programme propose un moyen d'influence plus à la portée des personnes ou des organisations moins riches: le grassroots'.Alors que le lobbying cherche à influencer la personne au pouvoir, au sommet de la pyramide, le grassroots procède à l'inverse.Il sensibilise les gens à la base de la pyramide, le peuple.Il utilise le téléphone, le courrier et plus récemment Internet, afin de conscientiser le grand public à une problématique particulière.On puise dans des listes de gens susceptibles d'appuyer la cause que l'on défend pour leur demander de communiquer avec leurs représentants politiques et de les influencer.Prenons l'exemple du dossier du forage pétrolier en Alaska.Le sanctuaire national de la faune arctique a été créé en Alaska en 1960 et fut agrandi en 1980.En août 2001, à la faveur de la crise énergétique en Californie, la Chambre des représentants a voté l'ouverture d'une zone du refuge, la plaine côtière, à l'exploitation pétrolière.Après avoir perdu le vote à la Chambre des représentants, les opposants espèrent maintenant bloquer au Sénat cette exploitation Lobby Enr.Au 31 mars 2001, 1450 lobbyistes étaient inscrits comme tels à Ottawa, représentant 1088 entreprises ou groupes.Le Bureau du conseiller en éthique du gouvernement a étudié une demi-douzaine de plaintes sur le commerce d'influence, ces deux dernières années, concernant la non-inscription de lobbyistes, des manquements à la déontologie, de possibles traitements de faveur ou des conflits d'intérêts.À titre de comparaison, 17 000 lobbyistes sont enregistrés à Washington.Un employé sur six (67 062 personnes) du secteur privé y œuvre dans qui correspond à six mois de consommation aux États-Unis.Dans leur campagne téléphonique de sensibilisation, les écologistes ont communiqué avec des gens qui avaient assisté à leurs conférences sur la réserve faunique d'Alaska.Ils ont exposé la problématique, puis spécifié le numéro du projet de loi dont les sympathisants devaient traiter avec leur représentant ou leur sénateur.On s'assure qu'ils possèdent le numéro de téléphone de leur élu, afin de lui signifier leur désaccord.Les électeurs doivent faire savoir aux élus leur désir que, le temps venu, ils votent contre les projets de forages pétroliers dans le parc.Si assez de gens s'expriment fermement sur un sujet, les élus plieront devant la masse d'électeurs.Une caractéristique du grassroots, c'est qu'il fait appel à des bénévoles et devient donc accessible à des organisations relativement pauvres.Mais les grandes corporations se sont aussi mises à l'école du grassroots.Toujours dans le dossier de l'Alaska, les entreprises pétrolières font aussi campagne afin de rallier le public.Des entreprises comme Législative Démographie Services (LDS) offrent leur expertise aux organisations qui ont les moyens de la payer.Ces entreprises font annuellement 200 millions d'envois postaux ainsi que 18 millions d'appels téléphoniques afin de rallier le peuple à la cause de nches groupes d'intérêts.LDS œuvre au niveau fédéral, mais aussi dans chacun des Etats et au niveau municipal, où les lois sur le lobbying sont souvent plus strictes.Pourtant, il arnve que la stratégie du grassroots demeure inefficace.Certaines causes ne réussissent pas à séduire l'industrie du lobbying, quatre fois plus que dans l'ensemble du secteur manufacturier.Lobbying et charité Seuls les organismes de bienfaisance reconnus par Revenu Canada (78 000, sur un total de 175 000 organisations, dans tout le pays) peuvent émettre au bénéfice de leurs contributeurs ce qu'on appelle communément des reçus de charité.Or, une organisation qui se livre à du lobbying, selon le jugement des fonctionnaires, perd ce privilège.Le gouvernement fédéral révise actuellement sa Loi de l'impôt sur le revenu le public, peu importe la somme dépensée.Edward A.Grefe est vice-président et chef consultant politique de LDS.Selon lui, seulement 2 °/o des projets de loi soulèvent de l'intérêt dans la population.Mais, «dans ce cas, explique M.Grefe, peu importe l'argent qu'on injecte, c'est l'opinion publique qui décidera.» Dans ces circonstances, comme ce fut le cas dans le dossier du refuge faunique de l'Alaska, l'enjeu prend des allures de campagne référendaire.Des milliers de personnes accourent à Washington en provenance des quatre coins du pays.Elles militent souvent de façon bénévole.Elles passent quelques jours à Washington pour tenter de rencontrer représentants et sénateurs, mais aussi participer à des conférences de presse, à des manifestations.Une grande partie de cette campagne passera par les médias.Mais peut-on compter sur les médias, détenus par une dizaine de consortiums financiers aux États-Unis, pour informer le public de façon objeoive?Après tout, ces conglomérats ne sont pas dénués d'intérêts en dehors de l'information.De là, la question: l'opinion publique, manipulée par les lobbies et les médias, exerce-t-elle des choix de société éclairés dans l'intérêt commun?La masse des pauvres, des malades et des vieillards est sans voix devant cette démocratie soumise au |eu des influences conjuguées de puissants groupes d'intérêts.Mais est-elle sans intérêt?L'intérêt commun tient compte de tous, pas seulement de ceux qui parient le plus fort.AssailL par les lobbyistes, le politicien doit taire preuve d'un grand courage politique, s'il désire la réalisation du bien commun et non seulement sa réélection.G et a mené une consultation à cet égard, à laquelle M.Pierre Riley, directeur général de la Fédération des centres d'action bénévole du Québec, a participé.M.Riley ne cache pas que, au Québec, les organismes de défense des droits des citoyens sont nerveux au vu de cette révision.Plusieurs s'inquiètent, par exemple, de ce que la politique, tant attendue, de reconnaissance et de financement de l'action communautaire autonome 0'ACA, dans le jargon du milieu) annoncée par le gouvernement du Québec, en les assimilant à des lobbyistes, dans la défense de droits collectifs, ne leur ravisse ce rare privilège fiscal, les privant d'une source importante de financement.JANVIER/FÉVRIER 200?IECT0 VCIS0 I 41 1 RIO+10 Déchets dangereux f_nergie renouvelable La question de l'eai Développement dui >> Le 4e Sommet de la Terre se tiendra à Johannesburg (Afrique du Sud) en août 2002, 10 ans après l'adoption de la Déclaration de Rio de Janeiro.Premier d'une série de quatre articles de notre chroniqueuse en environnement Denise Proulx.DÉCHETS TOXWUES LA POUBELLE DU NORD Les importations de déchets dangereux en provenance des États-Unis ont augmenté de 300% depuis 1999 au Québec.Pour éliminer le problème à la source, il faut adopter des normes internationales uniformes et traiter les produits toxiques sur place en appliquant le principe du pollueur-payeur.PAR DENISE PROULX Saint-Ambroise, à 15 kilomètres au nord-ouest de Chicoutimi, accueille des déchets toxiques en provenance des États-Unis dans son parc industriel, depuis 1996 (voir Recto Verso, n° 273, juillet-août 1998 : «Le Québec, terre d'accueil pour les BPC?»).La filiale québécoise de Ben-nett Environmental , de Colombie-Britannique, Récupère-Sol, y est installée en plein bois, face à des champs de patates.Elle y a brûlé 35 000 tonnes de sols 42 ! RECTO VERSO JANVIER/FEVRIER 2002 contaminés au BPC (biphényles poly-chlorés) ou au PCP (polychlorophénol) en 2001.Les quatre cinquièmes (80%) provenaient des États-Unis.Certains sols contiennent des métaux lourds cancérigènes, indestructibles par incinération.Les cendres sont enfouies dans un site de la MRC Lac Saint-Jean-Est.D'autres sont mêlées à de la terre et servent de recouvrement ou de remplissage.Lorsque les résidus toxiques dépassent les normes, les cendres partent vers un des 23 sites d'enfouisse- y; •1-^ ^r-asir** ment de déchets toxiques et de sols contaminés autorisés par le ministère de l'Environnement du Québec (MENV), par exemple ceux d'Horizon Environnement, à Grandes-Piles, ou d'Enfouibec, à Bécan-cour, en Mauricie.Le 10 avril 2001, le directeur régional de la santé publique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, M.Andy Kennedy, a informé Récupère-sol et la municipalité de la présence de plomb, mercure, cadmium, dioxines et furannes dans les sols forestiers avoisinant l'incinérateur de Saint-Ambroise.La direction de la santé publique a demandé un plan de suivi environnemental.La municipalité et l'entreprise n'ont pas répondu.Le Québec accuse le taux de cancer infantile le plus important au Canada, à cause des pesticides et de la pollution industrielle, montre «Varias de l'incidence du cancer chez l'enfant au Québec» publié en février 2000.«L'étude descriptive de l'incidence du cancer au Québec de 1989 à 19 93» démon- trait dé|à que le Saguenay-Lac-Saint-Jean comptait le taux de cancer infantile le plus élevé au Québec.Récupère-Sol n'a cependant jamais eu à défendre publiquement la fiabilité de son procédé d'élimination de sols contaminés.Bennett Environmental veut ouvrir un second incinérateur à Kirkland Lake, en Ontario.La nouvelle réglementation de l'Ontario (décembre 2001) en matière de destruction des déchets médicaux et des BPC par incinération favorisera son projet.Près du fleuve et du centre-ville de Montréal : Cintec Environnement enfouit des sols contaminés (sans BPC) dans des membranes, sur un terrain appartenant à la Ville de Montréal.Cintec, contrairement à d'autres entreprises québécoises d'élimination de déchets dangereux, n'a pas l'autorisation d'en importer de l'étranger.PHOTO tElOÎT *«Bm POUB RECTO VERSO Une stratégie mondiale Un petit nombre de multinationales tissent une immense toile d'araignée tout autour de la planète.La tactique des multinationales est partout la même : acquérir des entrepnses locales par l'intermédiaire de filiales, faire des alliances avec des sociétés nationales.À l'été 2001, Bennett Environ-mental signait une telle alliance stratégique avec IT Corporanon, un géant états-unien des déchets, et Onyx Environmental Services, propriété de Vivendi Environnement qui a des activités sur les cinq continents.Les récentes alliances et la réglementation sur l'enfouissement des sols contaminés décrétée par le ministre québécois de l'Environnement, André Boisclair, le 11 juillet 2001, favoriseront les projets de Récupère-Sol, se réjouit Jean-François Landry, son directeur général.Bennett veut augmenter ses importations de matières dangereuses et de sols contaminés, dont Vivendi estime le marché aux États-Unis à 1 milliard SUS annuellement.«La nouvelle orientation du ministre exigera le traitement des sols contaminés voués à l'élimination.Il ne sera plus possible de juste les enfouir», analyse M.Landry.En 2002, «grâce au marche des États-Unis», Récupère-Sol prévoit hausser sa capacité d'incinération à 60 000 tonnes, puis à 100 000 tonnes dans les années suivantes, comme le permet son certificat d'autorisation, toujours sans audiences publiques.Pour faire avaler la pilule aux citoyens de Saint-Ambroise, Récupère-Sol a donné des ordinateurs aux écoles, soutient les clubs sportifs, offre des bourses en environnement à des étudiants de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQÀC).Des personnalités régionales siègent à son conseil d'administration, dont le nouveau recteur de l'UQÀC, Michel Belley.Le directeur des communications de l'L'QÀC, Jean Wau-thier, s'occupe aussi des relations publiques de Récupère-Sol.► JANVIER/FÉVRIER 2002 1ECT0 VERSO 43 Claude Villeneuve, professeur-chercheur, lui a livré une étude d'évaluation environnementale que les membres du Regroupement régional pour la sauvegarde de l'environnement de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean qualifient de «complaisante».Mc Pierre Meunier, sous-ministre à l'Environnement entre 1982 et 1985, siège aux conseils d'ad- ministration de Récupère-Sol et de Bennett Environmental.Une confusion entretenue Le gouvernement du Québec a modifié la Loi sur la qualité de l'environnement et soustrait les sols contaminés de la classification des matières dangereuses lors du Récupère-Sol, au Saguenay, traite surtout des sols contaminés importés des États-Unis (80%).Sur le site, en plein bois, face à des champs de patates, les sols en attente de traitement (a) seront chauffés pour volatiliser les contaminants organiques, récupérés et brûlés dans un incinérateur (bi.La Régie régionale de la santé concluait en 2001 que l'entreprise contamine les sols de son entourage sans représenter, dans l'immédiat, un danger pour la santé.passage de Jacques Brassard comme ministre de l'Environnement et des Transports, et responsable de la région Saguenay-Lac-Saint-Jean, entre 1994 et 1998.En 1997, les règlements québécois qui garantissaient la surveillance du transport des matières dangereuses ont été abolis.Cette surveillance relève désormais du fédéral.En 1997 également, la Loi sur la qualité de l'environnement a divisé les matières dangereuses en deux catégories : les éléments toxiques et les matières toxiques.Les règlements et les codes diffèrent pour chacune de ces catégories et diffèrent également des normes établies par le gouvernement fédéral.Les sols contaminés sont eau baccalauréat à (^iimouski eloppement social tt ê des problèmes sociaux • programme de sociologie appliquée • formation de spécialistes aptes à faciliter la résolution des problèmes sociaux actuels, tant en milieux urbains que ruraux • environnement social innovateur et expertise reconnue dans le domaine du développement et du changement social Renseignements Téléphone : 1 800 511-3382, poste 1633 Courriel : Micheline_Bonneau@uqar.qc.ca "I Université du Québec à Rimouski 44 I RECTO VEBS0 JANVIER/FEVRIER 2002 sous la responsabilité d'une troisième division du MENV.Il est impossible de savoir combien de déchets toxiques sont produits au Québec et combien sont importés.Ces données ne sont pas compilées dans un fichier central au MENV et les fonctionnaires provinciaux n'ont pas de contact avec leurs homologues fédéraux.Les seules données disponibles concernent les sols contaminés.Le Service québécois des lieux contaminés a estimé, en 2000, que 320 000 tonnes avaient été enfouies sans traitement au Québec, dont 54 000 provenaient des États-Unis.Une autre quantité de 210 000 tonnes de sols contaminés, dont 14 000 importées des États-Unis, a été traitée au Québec.Ces données ne concordent cependant pas avec celles de Récupère-Sol (qui aurait incinéré à elle seule 28 000 tonnes de sols contaminée en 2001).Sans suivi au Québec, sans surveillance sérieuse du côté fédéral, personne ne connaît les routes empruntées par les truckers pour le transport des déchets dangereux, personne ne sait qui ils sont, ni ce qu'ils font après le déchargement des cargaisons.Les inspecteurs fédéraux ont effectué seulement 15 contrôles sur les 17 000 transports de déchets dangereux entre les États-Unis et le Canada en 1997, rapporte Brian Emmet, commissaire canadien a l'Environnement et au développement durable.On ne sait rien pour les années subséquentes.Des membres du Regroupement régional pour la sauvegarde de l'environnement du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont vu des camions servir au transport de grains sans avoir été nettoyés après le transport de sols contaminés.Ds ont logé une plainte auprès du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation.Ils affirment Des camions auraient servi au transport de grains sans avoir été nettoyés après le transport de sols contaminés.Au Canada, il existe un Inventaire national des rejets de polluants depuis 1993, mais les producteurs de matières dangereuses ne sont pas obligés de déclarer leur volume de production.Quant aux déchets dangereux en provenance des États-Unis, les fonctionnaires fédéraux se fient aux formulaires d'im-port/export remplis par les manufactuners de produits toxiques pour juger du nombre de cargaisons qui passent la frontière.que le ministère de l'Environnement taisait ces mformations.«La question du transport est une zone gnse importante.Personne ne sait qui est responsable, de la compagnie de transport ou de celle qui achète les déchets», dénonce Ursula Larouche, directrice générale du Conseil régional en environnement du Saguenay-Lac-Saint-Jean.Aux États-Unis, la Loi sur la planification d'urgence et le droit à l'information dts ► UN - HOMMAGE (Tj NOMMAGE À LA t BÉNÉVOLAT-QUÉBEC /-\ RICJ-lESôE CINQUIEME EDITION > SI) DU ^ 2002 45 LAURÉATS DE TOUTES LES RÉGIONS ^^S~* du Québec Catégorie « Bénévole en action » GvrÉc-ORŒ « Organisme en action • Catégorie « Jeune Bénévole - Prix Claude-Masson » DATE LIMITE POLTv LES MISES EN CANDIDATURE : 30 JANVIER 2002 Pour obtenir un formulaire de mise en candidature ou pour tout renseignement, vous pou\tz communiqufr \\ 1 « l'in des organismes suivants : Secrétariat à l'action communautaire autonome du Québec Région de Québec : (418) 646-9270 Ailleurs lu Québec.SUIS rr.iis : 1 800 577-2844 Internet : www.mess.gouvqc.ca Fédération des centres d'action bénévole du Québec Région de Montréal : (514) 843-6312 .Ailleurs au Québec, sans frais : 1 800 715-7515 Internet : www.rcabq.org Québec ri ci un fcciC>q JANVIER-FEVRIER 2002 IECT0 VERSO I 45 RIO+10 Déchets dangereux collectivités impose aux manufacturiers des obligations de recyclage et de traitement avant enfouissement.Le principe du pollueur-payeur s'applique tant que les matières dangereuses sont entre leurs mains.Les États-Unis ont insent 650 substances chimiques dans la liste des produits dangereux, contre seulement 268, au Canada, et 110, tières dangereuses à celle des États-Unis.■•On n'ira pas loin avec la nouvelle réglementation du gouvernement du Québec.Le premier ministre a confié un droit de veto sur les décisions du ministère de l'Environnement à la commission Lemai-re (groupe de travail sur l'allégement réglementaire)», analyse Pierre Morency.1988, l'incendie de l'entrepôt de BPC de l'entrepreneur Marc Lévy à Saint-Basile-le-Grand : 4 000 personnes évacuées et une facture d'au moins 67 millions $ pour le gouvernement du Québec, selon La Presse (1998).La saga du déménagement et de la destruction des BPC dura plus de dix ans.au Mexique.Des contaminants qui servent à protéger le bois, par exemple, sont jugés toxiques aux États-Unis, mais pas au Canada.Il en coûte entre 50 et 60 SCAN/ton-ne (entre 32 SUS et 39 SUS) pour enfouir des sols contaminés au Québec, alors qu'il faut compter au minimum 150 SUS/ton-ne aux États-Unis : «Il devient avantageux pour les industriels des États-Unis de se débarrasser de leurs déchets toxiques ici», déplore Pierre Morency, président des Amis de la Terre de l'Estrie et membre du groupe canadien Hazardous Waste Commutée.Sous la pression publique, le ministre André Boisclair a procédé en juillet 2001 à la mise à niveau de sa réglementation avec celle des États-Unis.Il a toutefois négligé d'ajuster sa liste de ma- Larticle 11 de l'ALENA Grâce à l'Accord de libre-échange nord-améncain (ALÉNA), le commerce des déchets toxiques et des sols contaminés est florissant au Canada.Depuis 1999, leur importation des États-Unis a augmenté de 300 %, calcule M.Morency.Signataire de la Convention de Bâle ', le Canada a tenté d'empêcher en 1997 l'entrée de BPC en provenance des États-LInis, a Swan Hills, en Alberta.La compagnie S.D.Myer Inc., de l'Ohio (É.-U.), a fait appel à l'article 11 de l'ALÉNA pour exiger une compensation.Le 14 novembre 2000, un tribunal d'appel de l'ALÉNA condamnait le gouvemement canadien à verser à S.D.Myer la somme de 50 M SUS.Le tribunal de l'ALÉNA arguait de la préséance des règles du commerce mondial sur la Convention de Bâle.Le Mexique a également dû payer une pénalité de 16,5 M SUS à Metalclad Corporation, aussi des États-Unis, pour avoir bloqué l'importation et l'enfouissement de substances dangereuses dans la municipalité de Guadalcazar, dans le nord-ouest du pays.En somme, chaque pays ou province est incapable, isolément, de réglementer le traitement, le transport et le commerce des déchets dangereux, face aux pressions de l'industrie, notamment états-unienne.Philippe Guénn est ingénieur chez Cin-tec Environnement, une entreprise qui exploite des cellules d'enfouissement de sols contaminés à LaSalle (Montréal).Cintec s'est tait connaître notamment pour avoir détruit les BPC d'Hydro-Québec avec un incinérateur mobile dans la région de Baie-Comeau.M.Guénn croit que la solution, pour la gestion des déchets dangereux, réside dans la définition de normes identiques pour les trois pays : «L'uniformisation de la réglementation stabiliserait l'industne, qui serait moins préoccupée de perdre des revenus.Elle pourrait investir davantage dans la recherche de nouvelles technologies de traitement.Avec les récentes consignes, le ministre Boisclair a fermé une porte pour régler un problème, mais il a laissé les fenêtres ouvertes.» Les 12 salopards Arsenic, boues contaminées, chrome, DDT, dioxines, furannes, manganèse, mercure, mirex, mox, plomb, solvants, cette sale douzaine de produits organiques persistants, les POP, ne cessent d'alerter les sciennfiques du Programme des Nations unies pour l'environnement et le développement (PNUED), de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et du Forum intergouvernemental sur la sécunté chimique.Huit de ces déchets toxiques sont utilisés en agriculture.Les POP résistent à la dégradation par la lumière et la chaleur, ainsi qu'aux traitements chimiques et biologiques.Volatils, peu solubles, ils s'accumulent dans les tissus gras des organismes vivants et se concentrent dans la chaîne alimentaire.Ils causent infertilité, cancers, troubles de comportement et d'apprentissage.L'élimination des POP figure parmi les enjeux majeurs de la conférence Rio+10.En 1998, à Montréal, le Canada a approuvé la liste des 12 POP à bannir parmi les plus dangereux.En mai 2001, il signait la Convention de Stockholm2 sur l'élimination des matières toxiques.Toutefois, lorsque vient le temps d'en réglementer le 46l RECTO VERSO JANVIER/FÉVRIER 2002 commerce et le transport, le Canada renie sa signature, au grand dam des écologistes.«Il faut traiter les déchets toxiques sur leur site de production, avec des unités mobiles.Le principe du pollueur-payeur doit s'appliquer», martèle Ursula Larouche, du CRE Saguenay-Lac Saint-Jean.L'industrie environnementale juge cette approche irréaliste.«Trop cher.Les industriels vont envoyer les toxiques dans les provinces moins exigeantes.Ça va tuer l'industrie québécoise de l'environnement et il ne se fera pas de recherche de procédés d'élimination sécuritaire.On ne sera pas plus avancé», réplique Philippe Guénn, ingénieur chez Cintec Environnement.Vie Shantora, responsable du dossier des déchets toxiques à la Commission de coopération environnementale de l'ALENA, s'impatiente : «Je ne sais pas comment on peut accélérer les actions, mais il faut aller vers un traité globaJ d'élimination de la production de ces toxiques.» Mais les membres de l'ALENA, le Canada, les États-Unis et le Mexique, refusent de prendre le problème à bras le corps.M.Shantora mise sur le 4e Sommet de la Terre, à Johannesburg (Afrique du Sud), en 2002, pour que s'implantent des règles contraignantes et uniformes.Rio+10 Deux conceptions du développement s'affronteront lors du 4e Sommet de la Terre populansé sous l'appellation de Rio+10 : comment la mondialisation peut-elle contribuer au développement durable et assurer un partage plus équitable:" Comment atteindre les obiectifs de réduction de la pauvreté fixés par la Déclaration du Millénaire ' de l'ONU?Lors des sommets de Stockholm (lg72).Nairobi (1982) et Rio de Janeiro (1992), le milieu des affaires s'était contenté de rencontres parallèles.Pour le sommet de Johannesburg, du 26 août au 4 septembre 2002, les multinationales réclament de s'asseoir a la table des négociations avec les chefs d'États.Le grand patron de Shell, Sir Mark Moo-dy Smart, préside le comité de financement du Sommet de Johannesburg.Le co- nesburg, le PNUED défendra le droit pour tous à la terre, à l'eau, à l'énergie.Le PNUED réclamera aussi un accès aux soins de santé et des actions concrètes pour juguler la pandémie du SIDA.L'Organisation mondiale du commerce (OMC), à Doha (Qatar), en novembre 2001, a cédé aux demandes de libéralisa- L'ALENA a condamné le Canada à 50 millions $US de dommages pour avoir voulu interdire l'importation de déchets toxiques en Alberta.mité a été mis en place par l'International Chamber of Commerce et le World Business Council for Sustainable Development.Il travaille de concert avec le Programme des Nations unies pour l'environnement et le développement (PNUED), présidé cette année par David Anderson, le ministre canadien de l'Environnement.Certains estiment que cette contribution est essentielle pour un virage réel en faveur d'un développement durable.D'autres y discernent l'influence des milieux d'affaires pour mieux retarder les changements souhaités.Sécurité des populations, développement et sauvegarde de l'environnement sont désormais indissociables.A lohan- non des médicaments brevetés dont le Brésil, l'Inde et l'Afrique du Sud produisaient des copies sans licence pour leurs malades.À Marrakech, par contre, en octobre 2001, le PNUED a plaidé en vain pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre et le Protocole de Kyoto reieté par l'administration Bush.Toutes ces questions seront évoquées bien avant Johannesburg, lors de la rencontre des ministres des Finances des 143 pays membres de l'OMC, a Monterrey, au Mexique, en mars 2002, première rencontre maieure depuis la conférence de Doha et le début d'une nouvelle phase de négociations mondiales sur le libre-échange.D 1.La Convention de Bàle vise le contrôle des mouvements transfrontaliers des matières dangereuses, principalement des pays industrialises vers les pays du Tiers-Monde Ratifiée par 102 pays en 1992.les États-Unis ont toujours refusé de la signer.2.La Convention de Stockholm, en mai 2001.a crée un programme pour l'élimination des 12 produits organiques persistants (POP) juges les plus dangereux.3.La Déclaration du Millénaire a été adoptée à l'ONU par une Assemblée générale spéciale des chefs d'États de 147 pays, le 8 septembre 2000 Ils se sont engages à réduire de moitié le nombre de pauvres dans le monde Iles personnes vivant avec moins de 1S par |Our) d'ici 2015 Les puissances occidentales ont aussi accepté d'envisager l'annulation de la dette des pays les plus pauvres.Pour en savoir plus ■ www canada2002earth summit gc ca Informations sur le Sommet de la Terre de 2002.■ www.digicom.qc.ca/cre02 Conseil régional de l'environnement Saguenay-Lac-Saint-Jean.(418)662-9347 ■ www.hcwh.org Healt Care Without Harm ■ www.iccwbo.org International Chamber of Commerce.■ www.basd-action.net World Business Council for Sustainable Development.■ www.abacom.com/-cree Conseil régional de l'environnement de l'Estrie.(819) 662-9347 ■ www.ec.gc.ca/pdb/inrp Inventaire national des rejets polluants du Canada.■ www.epa.gov/tri L'inventaire national des rejets toxiques des États-Unis.■ www.ipen.org International POPs Elimination Network, site éducatif et accessible en français.■ www.greenpeace.org Documentation détaillée sur les cinq continents ■ www.unep.org Programme des Nations unies sur l'environnement.■ www.basel.int La Convention de Bâle sur l'élimination des produits toxiques par l'industrie.JANVIER/FEVRIER 2002 1ECT0 VEISO I 47 Chers lecteurs, nous aimerions vous connaitre davantage ; c'est pourquoi nous vous invitons à répondre au questionnaire suivant.Pour vous remercier, nous vous offrons les deux prochaines parutions de Recto Verso gratuitement ou, si vous êtes déjà abonnés, nous prolongerons votre abonnement de 2 numéros.De plus, vous courrez la chance de gagner l'un des 5 bons d'achat d'une valeur de 100 $ chacun, offerts par les Librairies Renaud Bray.Merci !_______________________________________________ 1.Sexe: □ Masculin D Féminin Quel âge avez-vous?D Entre 18 et 34 ans D Entre 35 et 54 ans D Plus de 55 ans 3.Quelle région habitez-vous?□ Montréal D Laval D Rive-Sud D Montérégie D Lanaudière □ Québec D Laurentides □ Lac St-Jean D Bas St-Laurent-Gaspésie D Chaudières-Appalaches DEstrie Depuis combien de temps lisez-vous Recto Verso?□ Moins d'un an D Entre un et trois ans D Depuis plus de 3 ans D Depuis plus de 5 ans Quelle est votre occupation?D Professionnel-le D Employé-e cadre D Employé-e non cadre D Travailleur autonome D Étudiant-e D À la maison D À la retraite D Sans emploi 8 Dans quel secteur travaillez-vous?D Organisations communautaires □ Coopératives et entreprises d'économie sociale D Syndicats D Fonction publique D Entreprise privée □ Travail autonome D Autres :________________ Quel est votre niveau d'études complété?D Universitaire D Collégial D Secondaire Quel est votre revenu familial annuel?D Moins de 20000$ D 20 000$ a 39 000$ D 40000$ a 59000$ D Plus de 60000$ Où vous procurez-vous votre exemplaire de Recto Verso?□ Groupe communautaire D Bibliothèque D Librairie O Club Vidéo DCLSC D Institution Scolaire D Centre Culturel D Abonnement D Autres :_______________ 10.Partagez-vous votre copie de Recto Verso?Si oui, avec combien de personnes?DNon □ 1 D2 D3 11.Quelles sont vos rubriques préférées?D L'éditorial D Les portraits D Les pages livres D L'information socio-politique D Les pages d'information internationale D Les sujets régionaux D La tribune des lecteurs D Le Tout-court 12.Y a-t-il des rubriques que vous lisez peu ou jamais?Si oui, lesquelles?D L'éditorial D Les portraits D Les pages livres D L'information socio-politique D Les pages d'information internationale □ Les sujets régionaux D La tribune des lecteurs □ Le Tout-court NOM : ___ ADRESSE TELEPHONE : COURRIEL: .D JE DÉSIRE RECEVOIR 2 PARUTIONS GRATUITES OU D VEUILLEZ PROLONGER MON ABONNEMENT DE 2 NUMÉROS Veuillez nous retourner votre profil du lecteur dûment rempli avant le 15 février 2002, par télécopieur (514 523-5812) ou par la poste (1215, rue De la Visitation, bureau 101, Montréal (Québec) H2L 3B5 Librairie 5S©s Livres «Musique •Films* Cadeaux «Jeux La nouvelle façon de choisir ! j 24 succursales n ,.^ au Québec 11 Montréal 5252, ch Cote-des-Neiges Tel : (514) 342-1515 Renaud-Bray Express 3660.rue St-Denls Tél.: (514) 288-0952 4360.rue St-Oenls Tel.: (514) 644-2587 Succursale Champlgny 4380.rue St-Oenls Tel.: (514)644-2587 1155, rue Ste-Cathertne E.Tél.: (514) 527-4477 1432, rue Ste-Catherlne O Tél.: (514)876-9119 Complexe Desjardins Tél.: (514)288-4844 5117, avenue du Parc Tél.: (514) 276-7651 1691, rue Fieury E.Tél.: (514) 384-9920 Place Versailles Tél.: (514)351-0350 Csrrafour Angrignon Tél.: (514) 365-2587 Les Galeries d'Anjou Tel : (514) 353-2353 48 I RECTO VERSO IANVIER/FÉVRIER 2002 nTTVRES PAR DAHIELLE SHELTÏÏT DE SOCIETE LES PASSEURS CULTURELS « Je mets mes racines dans mes poches et je vais où je veux.» - Neil BISSOONDATH Février est le Mois de l'Histoire des Noirs.Mars a sa Semaine d'actions contre le racisme.En 2001, une exposition à la Bibliothèque nationale avait permis de découvrir des auteurs marquants, issus des communautés noires, parmi lesquels les écrivains québécois Emile Ollivier, Stanley Péan, Dany Lafemère, Zakana Lingane, Joél Des Rosiers, Anthony Phelps - à qui le ministère des Relations avec les citoyens et de l'im-migration a rendu un hommage à cette occasion-, Marie-Célie Agnant et Gérard Etienne (voir page suivante).Voilà que cette expo, « ENCRE NOIRE », prend la route, gracieusement prêtée aux organismes de Montréal et des régions par Images interculturelles (tél.: (514) 842-7127; images@biz.videotron, ca).Toujours l'an dernier, une autre activité, UXIUISiMl Cet extrait du texte de Lucie Bonin lauréate du concours sÊcnre contre le racisme», est tiré du recueil du même nom dont la première édition sera disponible aux Éditions Images en février 2002 Ce recueil rassemble les meilleurs textes présentés lors du concours qui fut lancé à travers le Québec à l'occasion de r édition 2001 de la Semaine d'actions contre le racisme Pour en savoir plus (514)842-7127 images@biz vxteotron ca JANVIER/FEVRIER 2002 IECT0 VERSO I 49 ELMPT5 DE SOCIÉTÉ REGARDS NOIRS PAR LUCIE BONIN Le clochard noir ne voit que du blanc.La tempête l'agresse de toutes parts.Tous trouvent un abri, lui n'a que douleurs et besoins.Il résiste avec la rage d'un instinct de survie forgé à coups de baïonnette.À bout de force, il tombe dans le trou laissé aux indésirables.Affamé, il mange le silence et cède à l'engourdissement de ses membres, de sa vie.Il se réveillera plusieurs heures plus tard, devant deux femmes troublées par son état, sa différence, son indécence.De questions en hésitations, il leur livrera ce qu'on écoute habituellement d'une oreille distraite : l'être humain, dans les replis de son âme et l'audace de son histoire.Le racisme n'est ni blanc, ni noir.Il est rouge.Gérard Etienne va au-delà de la dénonciation et l'écrit sans censure ni demi-mesure.Des gouttes de sang pourraient jaillir de chaque ligne.Une poésie crue.Comme la vie.Quand un roman nous donne envie de repenser nos regards, le premier étant souvent celui qui tue.NEGRESSE DANS LA NUIT Chant de colère, de détresse.Blues.Pour en finir avec la malédiction d'un esclavage ancestral, d'une naissance marquée par les superstitions, Emma tue son enfant.Qui peut comprendre qu'elle a détruit sa propre chair parce qu'elle tremblait pour elle?Internée, elle refuse de parler, sinon en créole.Des mé- » taphores, des exagérations, des 2 images d'une rare violence.« Toi ~ qui as lu tous les grands livra rédi- 5 géspar les grands hommes, que vaut 2 une maudite parole de négresse?Qui § a jamais prêté l'oreille à nos cris?» Emma vide son cœur pour n'y laisser que le vide.Un vide bleu comme la mer, celle-là même qui cache le sang vomi des cales des négriers, ce sang qui s'est mêlé à l'eau des nvières et que tous, nous buvons depuis.Pendant des années, Emma a tenté de tromper le destin en étudiant.Elle a cher- ché la source de l'horreur, de la haine, en pesant tout le sucre de canne, en mesurant tout le sang et tout le lait d'esclaves qu'il avait fallu pour construire nos villes.On a rejeté sa thèse.
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