Vie ouvrière., 1 janvier 1984, juillet-août
• ^ vie ouvrière juillet août 1984 • > vie ouvrière Revue fondée en 1951 et publiée en collaboration avec la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC), le Mouvement des Travailleurs Chrétiens (MTC) et le Centrede Pastoraleen Milieu Ouvrier (CPMO) Volume XXXIII numéro 179 Directeur: Raymond Levac Conseil de direction: Jean-Guy Casaubon.Gilles Comeau.Diane Gariépy.Hélène Parenteau, Pierre Purcell Recherchiste: Martine D'Amours Comité de rédaction: Luce Bôdard.Hélène Char-bonneau, Denise Gauthier, Diane Perreault, Jacques Boivin, Jean-Guy Casaubon, Claude Hardy, Jean-Marc Lebeau.Couverture et recherche visuelle: Claudette Rodrigue Photos Vie Ouvrière: Martine D'Amours Secrétariat: Louise Bessette Montage et comptabilité: Yolande Hébert-Azar Sous-comité de travail pour ce numéro: Louise Bessette, Mona-Josée Gagnon, Guy Lafleur, Diane Perreault.Martine D'Amours Recherche pour ce numéro: Louise Bessette, Martine D'Amours Pour Illustrer OC présent dossier nous aums puise dans: Suenlifïe Vnieritan.Multinational Monitor.I."entre Utils.I es rditions du ( ep WH\.Re>ue Commerce a>ril'X-4.SCFP la puce a l'oreille Abonnement: 8 numéros par année.— Abonnement individuel: 15$ par année — Abonnement 2 ans: 28$ — Abonnement de soutien: 20$ — Abonnement outre-mer: 18$ Distribution: Diffusion Parallèle 8 15 Ontario est Montréal, 2c H2L IPl Tél.: (514) 525-2513 Référence*: Les articles de la revue Vie Ouvrière sont répertoriés dans le Répertoire analytique d'articles de revues du Québec (RADAR), de la Bibliothèque nationale du Québec Dépôt légal à Ottawa et à la Bibliothèque nationale du Québec ISSN 0229-3803 Les Presses solidaires Inc.Courrier de la deuxième classe, enregistrement no 0220 Revue Vie Ouvrière 1212 Panet Montréal, Qc H2L 2Y7 Téléphone: (514) 523-5998 Jrr/ito'tiaL La technologie libère du temps: qui en profite?Martine D'Amours Guichets automatiques, ordinateurs à l'école, code informatisé sur les produits.les nouvelles technologies ont déjà fait leur entrée dans nos vies quotidiennes.Dans les milieux de travail, avec l'augmentation prévue du nombre de robots, la pénétration des systèmes de traitement de texte, la première vague d'informatisation des services publics, on peut dire qu'elles ont un pied dans la porte.en attendant d'y mettre les deux.11 ne s'agit pas d'une mode passagère, pas plus que d'un simple remplacement d'une ancienne machinerie par une nouvelle: il s'agit d'une résolution tout aussi importante que la résolution industrielle de la fin du 19ième siècle.Pour la première fois avec cette ampleur, la croissance économique ne va plus de pair avec la croissance de l'emploi.Autrement dit, on peut maintenant produire plus vite et mieux, avec beaucoup moins de travailleurs et travailleuses.Ainsi, la Rand Corporation, aux Etats-Unis, estime qu'à la fin du siècle, il faudra 5% de la main-d'oeuvre actuellement nécessaire pour réaliser toute la production devant satisfaire à la demande.80% des ouvriers de l'industrie américaine de l'automobile seront remplacés par des robots1.Que deviendront les 80%, 90%, 95% des travailleurs et travailleuses restants, voilà la question.Deux scénarios sont possibles.Ou bien on laissera se creuser l'écart entre ceux, de moins en moins nombreux, qui auront un emploi et une majorité de marginaux vivotant de jobbines et de bien-être.; ou bien on décidera de partager l'emploi, en réduisant le temps de travail et en permettant à toutes et tous d'avoir du temps libre pour faire autre chose que travailler.Car, d'une part, comme le disent volontiers un certain nombre de travailleurs, "c'est pas que nos jobs sont intéressantes." Et d'autre part, l'injustice la plus criante mise à jour par la crise actuelle n'est-elle pas que les uns se crèvent 40 ou 45 heures par semaine pour gagner un salaire dont ils n'ont pas le temps de profiter, alors que les autres n'ont pas de travail du tout, donc pas d'argent, et occupent leur temps à lutter pour la survie?Certains, comme le philosophe et journaliste André Gorz, croient que la porte de sortie à la crise actuelle passe par "le revenu garanti" pour lequel chaque être humain devrait fournir 20 000 à 30 000 heures de travail tout au long de sa vie.Vingt heures par semaines pendant 20 à 30 ans.1 Nous avons ce choix.Il est difficile à revendiquer et à organiser parce que patronat et gouvernements entourent leurs projets d'un écran.de fumée.La première prise sur le virage technologique passera donc par l'information: savoir ce qui se prépare, prévoir l'impact des changements sur le travail et sur la vie.L'enjeu: s'assurer que toutes et tous aient accès à une formation qui les rende apte à maîtriser les nouvelles machines, faire obstacle à la déqualification, à l'exploitation des femmes et du Tiers-Monde, faire en sorte que les travailleurs et travailleuses profitent de la richesse et du temps libre créés par l'avènement des nouvelles technologies.1.Tiré d'une entrevue avec André Gorz, Re»ue Contretemps, vol.1, no.1.Vie Ouvrière / 1 Nos jobs transformées par les puces BA SUPE COW CONTROLLER COMPUTER ^ç^j TEACHING BOOTH ?MODEl-RECOGNITION SENSOR ±__i du MACHINE CONTROLLER V \f r [ I MACHINE CONTROLLER La compagnie General Motors a récemment installé, dans son usine de Doraville, aux Êtats-l nis, un système complètement automatisé pour la peinture des automobiles et des camions.C ette portion de la chaîne de montage est composée de trois paires de robots qui vaporisent la peinture sur le toit et les côtés, de cinq paires de machines à contrôle numérique (dont quatre sont équipées de mécanismes pour ouvrir les portes) et d'une cabine de direction (extérieure à la chaîne de montage) 2 / Vie Ouvrière 20 qui renferme une autre machine à contrôle numérique.Le rôle de la machine à contrôle numérique est de peindre toutes les surfaces autres que le toit ou les côtés.L'ensemble de l'opération est supervisée par un ordinateur qui fait intervenir, à tour de rôle, chacune des machines et par lequel passent toutes les informations re-lativ es au modèle, à la couleur etc.In seul travailleur est nécessaire pour "enseigner" à la machine principale une nouvelle séquence de travail.Vie Ouvrière / 3 Dans l'automobile le robot s'apprêterait à frapper Entrevues et texte: Mona-Josée Gagnon, service de la recherche FTQ Quand on parle de robots, c'est à l'industrie automobile que l'on pense le plus souvent.Et aux Japonais bien sûr, à leurs usines robotisées dont la performance fait l'envie des directeurs de GM, Chrysler et Ford, encore aux prises avec quelques centaines de milliers de travailleurs en chair et en os, avec tous les inconvénients que cela comporte.Mais les temps changent.Les yeux tournés vers le Japon, ses robots, sa qualité de vie au travail, ses cercles de qualité et autres "gadgets", les magnats de l'industrie automobile américaine ont entrepris de rattraper leur retard.En 1978, il n'y avait que 300 robots dans les usines de GM en Amérique du Nord: on en prévoit 14 000 en 1990; parallèlement, d'un niveau d'emploi de 520 000 en 1978, on est passé à environ 340 000 employés début 1984 et on en prévoit environ 260 000 en 1986.L'industrie automobile au Québec, c'est une usine: celle de General Motors à Bois-briand (Ste-Thérèse).Vie Ouvrière y a rencontré Pierre Lepage, représentant international des Travailleurs unis de l'automobile et ex-travailleur de GM, John De Falco, président du comité d'usine, et Pierre Renaud, président de la section locale 1 163, pour faire le point.La robotisation: un élément d'une restructuration industrielle majeure "En effet, explique Pierre Lepage, General Motors est en train de se restructurer à l'échelle internationale.La robotisation, c'est bien sûr un facteur important pour l'avenir des 3 350 travailleurs et travailleuses de Boisbriand, mais il y a d'autres aspects dans la restructuration qui m'ap-paraissent aussi, sinon plus menaçants.Ainsi, le projet "Saturne" qui oriente actuellement GM vise à généraliser la construction de type modulaire, principe selon lequel la chaîne de montage serait le lieu d'intégration de sous-ensembles déjà montés ailleurs: par exemple, tout le tableau de bord arriverait tout fait, déjà inspecté.Ce qui nous inquiète, c'est où iront les emplois des différents modules: GM n'essaiera-t-elle pas d'éparpiller les emplois dans de petits ateliers satellites non-syndiqués?L'usine de Ste-Thérèse est peu robotisée si on la compare à la plupart des autres en Amérique du Nord.Deux robots dans une 4 I Vie Ouvrière usine automobile, c'est moins que rien; mais il est question d'en introduire 200 à 250 d'ici 1986-87: là ça devient sérieux.Avec la venue de ces robots, la production sera augmentée de 42,5 autos/heure à 60 à 65 autos/heure.Et, sur le plan des changements technologiques, il n'y a pas que les robots comme tels qui remplacent les travailleurs; les machines automatiques sont toujours plus perfectionnées, et l'on commence seulement à voir les applications de la micro-électronique et de l'informatique à la production.Il y a un grignotage des emplois: une nouvelle machine coupe 3 postes sur deux équipes, et six mois après, une nouvelle machine arrive et en coupe d'autres.C'est pour ça que les TUA au Canada doivent prendre de front un ensemble de problèmes: la restructuration industrielle, les changements technologiques et l'état de l'industrie dans son ensemble.Nous avons, depuis longtemps, des revendications au sujet du Pacte de l'automobile, qui n'est pas équitable pour les travailleurs canadiens.Si on considère l'ensemble des éléments qui entrent dans la production des automobiles, on se rend compte que le Canada achète bien plus qu'il ne produit.Quant à la part du Québec, elle est minuscule: à peine 2% de l'ensemble de la fabrication des pièces d'automobile pour le Canada.Notre syndicat veut que les gouvernements assurent un équilibre entre la consommation et la production canadienne, pour les producteurs américains comme pour les Japonais d'ailleurs." De contradictions en incertitudes A leur tour, John De Falco et Pierre Renaud expliquent combien le silence dont GM entoure ses projets rend difficile une In robot peut saisir et déplacer des objets, être équipé d'outils qui lui permettent d'effectuer des opérations de peinture, de soudure, de fraisage etc.bref, il peut faire les tâches spécialisées et répétitives pour lesquelles il a été programmé.En effet, contrairement à ce qu'on voit dans les Films de science-fiction, la majorité des robots n'ont que très peu de capacité d'adaptation.Ils ne peuvent que répéter à l'infini une série de mouvements qui ont été enregistrés, par un opérateur, dans la mémoire d'un ordinateur.Certains d'entre eux, plus sophistiqués, sont équipés de capteurs tactiles et visuels qui leur permettent de reconnaître les objets et de contrôler le déroulement du mouvement programmé.Vie Ouvrière / 5 action syndicale sur les changements technologiques.La première fois que les leaders syndicaux de Boisbriand ont entendu parler de l'arrivée massive des robots dans leur usine, on leur a dit de ne pas s'inquiéter: 400 emplois de plus seraient créés, car on augmenterait la production à la faveur d'un changement de modèle! Quelques mois plus tard, le discours avait changé: aucune inquiétude, disait la direction, le nombre d'emplois sera inchangé."Probablement que bientôt il vont découvrir qu'il y aura des emplois supprimés, dit De Falco, mais ce qui est sûr, c'est que le syndicat sera le dernier à le savoir." "C'est pas qu'on aime nos jobs!" Le syndicat s'inquiète bien sûr des emplois, mais les militants du comité d'usine sont unanimes à trouver que les tâches qui seront éventuellement robotisées ne présentent pas d'intérêt, et c'est peu dire."C'est criminel de laisser des gens passer leur vie dans des jobs comme ça", disent-ils."Tout le monde n'a qu'une idée, essayer de sortir de la ligne d'assemblage, se trouver un poste ailleurs." Ce n'est pas pour rien que les ouvriers et ouvrières de GM détiennent le records absolu des "droits de refus" exercés pour les premiers mois de 1984 en vertu de la loi sur la santé et la sécurité au travail; les 1 789 accidents déclarés dans l'usine en 1983 témoignent aussi de ces conditions de travail pénibles.Dans l'industrie automobile, les robots n'arracheront pas les ouvriers à un métier patiemment appris et pratiqué avec plaisir: les robots seraient bienvenus, n'était cette incertitude quant à la sécurité d'emploi.Pour les militants syndicaux de GM-Boisbriand, et leurs camarades canadiens et américains, la prochaine ronde de négociation (automne 1984) doit être l'occasion de rattraper le terrain perdu et de faire des gains."La dernière fois, ça allait mal dans l'industrie, le rapport de force n'était pas bon", expliquent Renaud et De Falco; "on a concédé certaines choses, particulièrement les congés personnels payés, mais là ça va bien, GM a recommencé à faire des profits confortables, et on ne se contentera pas de miettes." Une attention particulière sera accordée au recyclage et à la formation des ouvriers qui seraient éventuellement déplacés par la robotisation; le syndicat sait déjà qu'il aura à contrer des projets de GM visant à uniformiser les postes de travail, chaque ouvrier devenant "polyvalent"."Nous ne voulons pas laisser la compagnie détruire ce que nous avons gagné durement, et particulièrement le droit pour les plus anciens d'avoir des tâches moins pénibles.La solution, c'est d'améliorer l'ensemble des tâches", expliquent De Falco et Renaud.Vers une bataille rangée G M aussi forge ses armes pour la prochaine négociation.Un document patronal interne expose clairement sa stratégie; malheureusement pour GM, tous ses ouvriers ont eu l'occasion d'en prendre connaissance, grâce à une "fuite".La stratégie patronale passe par des programmes de qualité de vie au travail, par l'instauration d'une sorte de négociation permanente, par le chambardement des classifications suite à la robotisation, par le "partage des bénéfices" à la place des augmentations de salaires.Tous ces projets vont de pair avec des plans pour couper 33% des effectifs ouvriers, remplacés par les robots.• 6 / Vie Ouvrière Dans l'industrie du vêtement Accepter les changements technologiques pour éviter la disparition Entrevues et texte: Mona-Josée Gagnon, service de la recherche de la FTQ Le secteur du vêtement est sans nul doute celui où les changements technologiques sont les moins avancés; au Québec, l'industrie est éparpillée dans une multitude (1 632) de petites et moyennes entreprises (PME), les ouvertures et fermetures d'ateliers sont fréquentes, le travail à domicile frappe plus durement que jamais.toutes caractéristiques allant contre l'implantation de changements technologiques.Et pourtant, là aussi il en est question, là aussi ça commence.Le phénomène est récent et frappe très inégalement les différents métiers dans l'industrie.Michel Dorion est permanent à l'Union internationale des ouvriers du vêtement pour dames (UIOVD).où il s'occupe d'éducation et du dossier des changements technologiques.Il nous livre ici son analyse syndicale des changements technologiques dans son secteur industriel."Notre raisonnement est simple: si l'industrie du vêtement ne se modernise pas.elle ne pourra peut-être même pas survivre.On se dit qu'il faut sauver les meubles, se résigner à ce qu'il y ait éventuellement certaines pertes d'emplois dues aux change- Vie Ouvrière / 7 ments technologiques, du moment qu'on tions — et la main-d'oeuvre — les plus sauve le secteur." coûteuses." "Il y a une étude de la CISL (NDLR centrale syndicale "internationale") qui prévoit jusquà 75% de pertes d'emplois dans le textile et l'habillement.Jusqu'ici, on n'en a pas encore constaté chez nous, mais c'est qu'on en est vraiment au début des changements.Si l'industrie était mieux structurée au Québec, ce serait une autre affaire." "Notre implication concrète dans ce dossier se fait au niveau de la formation professionnelle: nous nous organisons pour assurer la formation des coupeurs, qui seront les premiers à subir des changements.Les changements technologiques vraiment "modernes" n'atteindront que plus tard les autres métiers: les employeurs commencent par moderniser les opéra- "La question des changements technologiques doit être liée à tous les problèmes structurels de l'industrie, problèmes que nous dénonçons depuis longtemps.La mobilité des ateliers, la remontée du travail à domicile et aussi du travail clandestin, le retard technologique de l'industrie qui ne survit que par les "quotas" d'importation.c'est un gros ménage qu'il faut faire là-dedans! À court terme, je ne crois pas que les changements technologiques vont décourager les employeurs de faire faire du travail à domicile: ça pourrait arriver le jour où la confection coûterait moins cher en atelier qu'à domicile, à cause des machines plus perfectionnées, mais ce n'est pas pour demain." Table-ronde avec Josée Jacques, opératrice depuis 8 ans, Pierrette Lebrun, presseuse depuis 14 ans, Marcel Salvet, coupeur depuis 24 ans, toutes et tous de l'UIOVD à Montréal, ainsi qu'avec Michel Dorion, permanent.V.O."Pourriez-vous décrire, chacun dans vos métiers, comment se sont manifestés les changements technologiques ces dernières années, et ce qui se prépare selon vous?Marcel Salvet: "À Montréal, il y a une dizaine d'ateliers qui ont introduit l'informatique dans le travail des coupeurs, et c'est le cas de celui où je travaille.Les patrons sont dessinés, mesurés, tracés sur ordinateur.J'ai fait partie du premier groupe à suivre le recyclage fourni par le syndicat.Mon évaluation, c'est que notre travail est devenu plus intéressant, dans le sens qu'on n'est plus seulement des "bras", on fonctionne avec notre tête plus qu'avant.C'est revalorisant." 8 / Vie Ouvrière Dans certains secteurs industriels, on utilise la conception et la fabrication assistées par ordinateur (CFAOl.Quand, par exemple, on se sert d'un ordinateur pour dessiner des patrons, les agrandir etc, il s'agit de conception assistée par ordinateur.Pierrette Lebrun: "Le changement technologique dans mon métier, c'est le "tunnel".Ça commence seulement.Avant, on pressait manuellement les coutures, cols, manches et on passait ensuite le vêtement à la vapeur; c'est cette dernière opération que le tunnel, une sorte de grosse boîte carrée du genre d'un réfrigérateur, supprime.Dans mon atelier, l'employeur a profité de l'arrivée du "tunnel" pour changer l'échelle des prix (salaires) à la pièce, et on est obligés de "rusher" de façon épouvantable.Le tunnel permet de presser en moyenne trois fois plus vite, mais en même temps on est harcelés pour sortir la production.C'est pas une amélioration, et c'est pas une qualification nouvelle: ça s'apprend dans le temps de le dire." Pierrette Lebrun Josée Jacques: l'industrie, il y améliorations détails dans Depuis mon arrivée dans a eu souvent des petites aux machines, des petits l'automatisation qui font LA COUPS ASe Lafleur ,svs- >?tos ,uol Ht iota»?«*%~i zi\ Vie Ouvrière / 19 L'ordinateur en bref Il y a trente ans, le premier ordinateur ca- nateur a été permise par la découverte du nadien était gros comme une salle de cours micro-processeur, mieux connu sous le et pesait plus d'une tonne.Ensuite, on a nom de "chips" ou de "puce".La puce est produit des mini-ordinateurs de la grosseur une pièce de silicium, pas plus grosse qu'un d'un bureau et finalement des micro- ongle, sur laquelle sont imprimés les coordinateurs de la dimension d'un téléviseur cuits, ou le "cerveau", de l'ordinateur, portatif.Cette miniaturisation de l'ordi- 20 / Vie Ouvrière Le micro-processeur a non seulement permis de réduire la taille et le prix des ordinateurs mais aussi de "programmer" certains appareils domestiques: four micro-ondes, certaines machines à laver ou réfrigérateurs, ainsi que des objets comme les montres ou les calculatrices.Un ordinateur sert essentiellement à emmagasiner de l'information sous la forme d'un code, à la traiter de la manière déterminée par le programme, et à produire les résultats.Pour réaliser ces fonctions, l'ordinateur doit avoir quatre types d'éléments: 1.l'unité de traitement: la boîte qui contient l'unité centrale (la puce qui synchronise les opérations de l'ordinateur), les puces-mémoires et les puces logiques.2.un ou plusieurs appareils qui permettent d'entrer des données dans l'ordinateur et de lui donner des instructions.Ces appareils peuvent être un clavier semblable à celui d'une machine à écrire, un crayon électronique (qui permet "d'écrire" à l'ordinateur en touchant l'écran) ou une "souris" (un petit appareil qui déplace un signal sur l'écran.Le modem permet à des ordinateurs de communiquer entre eux par le biais d'une ligne téléphonique.3.les organes de stockage de la mémoire: Une partie de la mémoire de l'ordinateur s'efface quand on le ferme (ou quand il tombe en panne!).Pour conserver les données, on les enregistre sur des cassettes magnétiques ou sur des disquettes.4.un ou plusieurs appareils capables de montrer ce qui est emmagasiné dans la mémoire de l'ordinateur, autrement dit, de sortir l'information.Ce peuvent être un moniteur (ou un écran) sur lequel s'inscrit l'information et/ou une imprimante, qui imprime l'information sur papier.Plusieurs micro-ordinateurs domestiques utilisent une télévision en guise d'écran.En dépit de tous ces appareils, l'ordinateur ne peut pas fonctionner si on ne lui dit pas quoi faire.La liste des instructions de fonctionnement est contenue dans un logiciel.Un ordinateur sans logiciel, c'est comme une automobile sans essence.On peut se procurer sur le marché plusieurs types de logiciels ou programmes, qui permettent d'utiliser l'ordinateur pour une application précise: comptabilité, traitement de texte, jeux etc.Si, par exemple, on introduit dans l'ordinateur une disquette sur laquelle est inscrit un programme de ventilation de comptabilité, l'écran fera apparaître une feuille de comptabilité, sur laquelle on entrera des données.Mais, contrairement à une feuille de comptabilité ordinaire, le tableau de ventilation électronique peut calculer les chiffres, changer les largeurs de colonnes, appliquer des formules, recalculer chaque chiffre de la feuille en une seconde.Un logiciel utilisé pour l'enseignement se nomme didacticiel.C'est un peu l'équivalent du manuel scolaire.» Cette partie tirée de: SCFP, La puce à l'oreille — Picard et Shaw, L'ordinateur apprivoise — Comité de condition féminine CSN, Les puces qui piquent nos jobs.Vie Ouvrière / 21 Secteur public La première vague 22 / Vie Ouvrière Kntrevues et texte: Martine D'Amours Depuis quelques années, les nouvelles technologies s'introduisent dans les services publics: les ministères, certaines municipalités, des centres de services sociaux, des universités, des hôpitaux.Auparavant, ces institutions possédaient souvent leur service d'informatique; elles informatisaient certaines fonctions, comme la comptabilité ou la paye.Maintenant, la technologie se décentralise; elle s'étend à un nombre de plus en plus grand de services et de fonctions.Autrement dit, des se- crétaires, des techniciennes de laboratoire, des fonctionnaires, des releveurs de compteurs d'Hydro-Québec manipulent quotidiennement, qui des machines à traitement de textes, qui des terminaux avec écrans cathodiques, qui des appareils d'analyse et de mesure reliés à des terminaux.Il semble que cette première vague de changements techonologiques n'ait pas entraîné tellement de pertes d'emplois, puisque les gens ont été relocalisés; certains justement travaillent à entrer sur ordinateur toutes les données ou tous les dossiers d'un service.Mais l'avenir inquiète: la majorité des syndiqués - et des syndicats - n'ont qu'une mince idée de l'ampleur et de la nature des changements actuels et à venir; ils craignent particulièrement les pertes d'emploi qui surviendront lorsque les services seront complètement informatisés.La question des emplois leur semblerait donc prioritaire à négocier, de même que celles de la santé-sécurité et de la formation.Négocier?Au premier coup d'oeil, les perspectives semblent extrêmement limitées, du moins les perspectives globales, par un contexte de décrets ou de cadre législatif qui lient les mains des employés provinciaux et fédéraux.Certains syndicats locaux, cependant, ont commencé à prendre le taureau par les cornes.Remplacer des jobs ennuyeuses.par d'autres tout aussi ennuyeuses Au fichier central du Centre des services sociaux du Montréal métropolitain, on a réduit les postes de 10 à 5, puis on a rentré les écrans cathodiques."Pour nous, je ne peux pas dire qu'il y ait une augmentation l ne machine à traitement de texte Le traitement de texte est donc une application spécifique de l'ordinateur.Certaines machines à traitement de texte sont "autonomes" c'est-à-dire qu'elles ne font que cela; d'autres sont des micro-ordinateurs dotés d'un logiciel de traitement de texte.Ce dernier système est le plus répandu.La machine, qui comprend un clavier, un écran cathodique et une imprimante, permet d'effacer des erreurs, de changer ou d'ajouter des lignes ou des paragraphes, de corriger l'orthographe.Llle peut garder en mémoire des documents ou des lettres qu'on peut modifier, corriger puis imprimer sans erreur.In ensemble de technologies, - incluant le traitement de textes, le courrier et l'archivage électroniques, -connu sous le nom de bureautique, menace de révolutionner complètement l'organisation des bureaux.Cette partie tirée de: SCFP, La puce à l'oreille — Picard et Shaw.I.'ordinateur appri>oisé — Comité de condition féminine CSN, Les puces qui piquent nos jobs.Vie Ouvrière / 23 Quand on travaille avec un terminal à écran cathodique ou une machine à traitement de texte, la posture de travail est très importante, si on veut éviter des effets négatifs sur la santé.du stress: quand trop d'appels rentrent en même temps, ils s'inscrivent sur un répondeur automatique.Seulement, on nous apprend de nouvelles tâches, mais sans nous accorder davantage de qualification ou de salaire.Les filles ont l'impression que la machine élimine des jobs ennuyeuses, et c'est vrai, mais elle amène de nouvelles vérifications, tout aussi ennuyeuses.Au fond, avec les écrans, le travail est devenu ni plus stressant, ni plus valorisant." Dans la fonction publique fédérale, Tinsécurité d'emploi la plus totale Parmi les ministères fédéraux, il semble que les changements technologiques soient davantage avancés à la Commission d'Emploi et Immigration Canada et au minis- tère des Approvisionnements et Services.Dans le premier cas, les fonctionnaires ont encore des dossiers physiques entre les mains mais ils communiquent certaines données directement à l'ordinateur, ce qui élimine tout le travail de remplir les formules.Dans le deuxième, on assiste à l'informatisation du service de la paye et on s'attend à l'introduction du télétraitement.Dans ce cas, les documents seraient acheminés directement d'un ministère au service de l'informatique, éliminant les emplois des commis et des vérificateurs.Il se pourrait aussi qu'éventuellement tous les chèques émis par le gouvernement fédéral (assurance-chômage, pensions, etc) soient déposés directement dans les comptes de banque des bénéficiaires, ce qui éliminerait les emplois à la conciliation.A l'Alliance de la fonction publique fédérale, on craint de perdre ainsi beaucoup d'emplois et d'autant plus qu'assujettis à la Loi fédérale des relations de travail plutôt qu'au Code canadien, les 185 000 fonctionnaires ne peuvent négocier ni clause de sécurité d'emploi, ni clause relative aux changements technologiques.On étudie actuellement le moyen, pour les 15 à 20 groupes de fonctionnaires, de se donner une convention-cadre qui permettrait de négocier la sécurité d'emploi, la santé, la formation et le recyclage.A Hydro-Québec, la convention nous protège contre les mises-à-pied, mais ne prévoit rien au niveau du recyclage Ici, plusieurs catégories de travailleuses et travailleurs sont ou sont en voie d'être touchés par les changements technologiques; machines à traitement de textes, systèmes de classement électronique, de mesurage électronique, micro-ordinateurs, 24 / Vie Ouvrière écrans.De plus, une expérience-pilote est en cours dans la ville de Québec; un système spécial, installé chez 1 000 abonnés, permet de savoir par téléphone la consommation d'électricité inscrite sur leur compteur.Si l'expérience se généralisait, elle mettrait en péril les 800 postes de commis à la facturation.Au local 2000 (SCFP), où sont syndiqués les cols blancs d'Hydro-Québec, on compile actuellement les résultats d'un questionnaire qui avait pour buts de connaître le nombre de travailleurs touchés par les nouvelles technologies et l'impact qu'elles produisent sur leur travail.A partir des résultats, le syndicat privilégiera des revendications et des moyens d'action.Hôpitaux: la déqualification guette les techniciennes de laboratoire Il n'y a pas si longtemps les techniciennes faisaient 2 ou 3 analyses à la fois, à l'aide d'appareils mécaniques qu'elles savaient monter et démonter.Depuis l'arrivée des appareils électroniques, elles en font une vingtaine à la fois (250 à l'heure)."On ne maîtrise plus l'appareil; on peut en faire l'entretien minimal mais quand il brise, c'est le technicien en électronique qui doit venir le réparer.On ne contrôle pas non plus le processus: à la limite on n'a plus besoin de savoir comment se font les analyses, du moment qu'on sait faire fonctionner la machine et interpréter les résultats.Notre formation est complètement dépassée.et les hôpitaux offrent peu de possibilité de perfectionnement." D'autre part, à l'Association du Personnel Para-Médical (APPM), on soupçonne que l'appareillage encore plus sophistiqué installé dans certains hôpitaux, dont Maison- neuve et Ste-Justine, pourrait être branché sur des terminaux qui relieraient entre eux les laboratoires des hôpitaux.On a peur que cela permette de renforcer la centralisation des analyses dans les grands centres hospitaliers, les autres devenant des satellites.La tendance est déjà visible: certains types d'analyses de laboratoire ne sont plus faites dans les petits hôpitaux.L'introduction de ces appareils donne lieu à une réorganisation du travail: pour les rentabiliser, on diminue le nombre d'heures travaillées, on coupe dans le remplacement, on fusionne des postes, on en crée d'autres à temps partiel."Négocier?Difficile, les hôpitaux ne veulent pas négocier de cadre général sur les changements technologiques".CSST: bientôt un »aste guichet automatique?A la Commission de santé et sécurité au travail (CSST) l'implantation de l'informatisation est très avancé: 1 100 écrans cathodiques pour 2 500 employés, répartis à travers le Québec.C'est, de l'avis de mon interlocuteur, celui des organismes privés ou publics qui possède le plus de matériel informatique, au pro-rata de son personnel."Actuellement, les avis d'accidents sont inscrits sous un double système: écrit et électronique, mais il est prévisible que d'ici cinq ans, les dossiers physiques auront disparu pour faire place aux seuls dossiers contenus dans l'ordinateur.Tout est mis en place pour que, dans un avenir pas très lointain, les grosses entreprises dotées de terminaux puissent communiquer directement leurs données à l'ordinateur de la CSST".Vie Ouvrière / 25 Pierre Casgrain, conseiller en réadaptation sociale à la CSST et délégué syndical pour le Syndicat des professionnels du Gouvernement du Québec (SPGQ), poursuit: "A l'heure actuelle, l'informatisation n'a pas coupé d'emplois mais elle a modifié toutes les tâches.Il y a trois ans, le service de la réadaptation sociale employait une secrétaire, qui assumait les tâches de dactylo, de téléphone et d'accueil, un agent de bureau qui s'occupait des calculs, des statistiques, de la saisie de données et de certains actes administratifs et moi-même qui assumais le suivi des clients, l'élaboration d'un traitement, le soutien psychologique, etc.Avec l'informatisation, les postes de secrétaire et d'agent de bureau sont disparus, sous prétexte que je peux faire toutes leurs tâches à l'aide de l'écran.Ces personnes n'ont pas (encore) été mises à pied; elles ont été relocalisées.Certaines travaillent au traitement de texte, d'autres à la photocopie, d'autres à entrer les dossiers sur l'ordinateur.D'ici quelques mois, même la fonction de traitement de textes sera décentralisée: autrement dit toutes les lettres standard seront accessibles à chaque écran et chaque fonctionnaire dactylographiera ses lettres.Que se passera-t-il quand tous les dossiers auront été entrés sur ordinateur?Nous prévoyons que d'ici 5 ans, la In nombre grandissant d'employées du secteur public sont amenées à travailler avec des terminaux d'ordinateur à écran cathodique.A l'aide du clavier et de l'écran vidéo qui lui est relié, la travailleuse ou le travailleur peut entrer des données dans la mémoire de l'ordinateur, faire apparaître le contenu d'un dossier sur l'écran, bref donner ou obtenir de l'information de l'ordinateur.Dans les grandes entreprises privées ou publiques, plusieurs centaines de micro-ordinateurs peuvent être ainsi reliés entre eux, avec l'ordinateur central et peuvent communiquer avec des ordinateurs éloignés.Ces ordinateurs "communicants" entraînent déjà la croissance des dossiers 'ieclro-niques ( au lieu des dossiers physiques, en papier | et stimulent la croissance et l'utilisation des banques de données.26 / Vie Ouvrière CSST aura la capacité de réduire son personnel de moitié.11 est peu probable que Pierre Casgrain perde son emploi comme conseiller; cependant il considère que son travail est passablement déqualifié: "Je dois effectuer maintenant 18 nouvelles tâches qui étaient faites auparavant par la secrétaire et l'agent de bureau.Par exemple je remplis les formulaires par écrit puis je les dactylographie à l'écran.Bientôt, je les entrerai directement à l'écran.Depuis l'instauration de ce système, je passe entre 40 et 50% de mon temps à effectuer des tâches cléricales, et cela affecte directement la qualité du service.Je ne rencontre chaque client qu'une fois par 2 mois, au lieu d'une fois par mois.Tous les professionnels sont aux prises avec le même problème: le temps qu'ils passent à dactylographier, ils ne le passent pas à inspecter les usines ou à renseigner les accidentés du travail." Nous sentons que notre compétence est sous-utilisée.De plus, l'informatisation renforce le contrôle: la partie "contrôlable" de mon travail s'accroît; par exemple, le temps d'utilisation de mon écran est mesuré quotidiennement.Elle permet aussi d'accéder aux dossiers personnels de chaque employé.Mais en bout de ligne, c'est la qualité même du service qui est en jeu; nous devenons de plus en plus des "agents payeurs" et de moins en moins des conseillers susceptibles d'aider et d'orienter les accidentés.Quand je me laisse aller à penser à Orwell, je me demande si la CSST n'est pas en voie de devenir un vaste guichet automatique, où chaque accidenté recevrait son paiement en introduisant une carte de plastique." Personnel de soutien à l'UQAM: Prendre la techno par les cornes Au SEUQAM, (syndicat des employés de l'UQAM) on n'a pas l'air trop désarçonnés par l'introduction des nouvelles technologies - machines de traitement de textes et terminaux - qui toucheraient, semble-t-il, entre 150 et 200 des 1000 membres."D'abord, explique Michel Lizée, nous avons obtenu, dans la convention, que l'employeur ne puisse exiger, à l'embauche, une connaissance du traitement de texte.Ensuite, nous avons une hypothèse de programme de formation que nous désirons pousser au comité du personnel.Enfin et surtout, nous avons lancé, entre deux périodes de négociation, une opération de consultation/sensibilisation de nos membres, une sorte d'enquête autour du thème "la bureautique à l'UQAM.telle que vue par ceux et celles qui la vivent." Déjà, les réponses au sondage nous apprennent que les employés - particulièrement celles qui travaillent avec les machines à traitement de texte - apprécient les aspects suivants: travail plus satisfaisant et plus créateur, économie de temps, corrections facilitées, etc.Plusieurs disent qu'elles ne "reviendraient pas en arrière, avec seulement une dactylo".Par ailleurs, qu'elles travaillent avec le traitement de texte ou les écrans, elles déplorent le stress et la plus grande charge de travail: plus de données à entrer, davantage de corrections à faire (les cadres et les professeurs se permettant de faire faire trois ou quatre versions d'un texte) dans des délais plus serrés.Les exigences augmentent, le nombre d'étudiants et de professeurs aussi, mais la quantité de personnel de soutien demeure stable.De Vie Ouvrière / 27 plus, la posture de travail de même que l'environnement laissent souvent à désirer: tables et écrans trop petits ou placés trop haut, éclairage inadéquat, manque d'espace et de tranquilité.Enfin, l'équipement est implanté sans consultation et sans presque de formation: "On reçoit un cahier de procédures, puis on s'essaye; quand on a des problèmes, on demande l'aide d'autres employées." Sur la base de ces premiers résultats, le syndicat s'apprête à consulter l'ensemble des membres et à dégager des priorités de négociation, de façon à pouvoir intervenir lors d'une deuxième vague d'implantation de la bureautique à l'Université.» Abonnez-vous à Vie Ouvrière Economisez 5$ par année et 12$ pour 2 ans, en vous abonnant maintenant! Nom .Adresse., Ville.Code Postal □ Abonnement régulier: 15$/ an □ De soutien 20 $/ an D Po ir 2 ans 28$ □ À 1 'étranger 18$ D Je désire recevoir la liste des dossiers déjà parus, (2.50$ par numéro, plus .50( pour les frais de poste).Revue Vie Ouvrière, 1212 rue Panet, Montréal, Qc H2L 2Y7 28 / Vie Ouvrière L'implantation des nouvelles technologies au Québec: avancée, pas avancée?Louise Bessette, Martine D'Amours Est-il possible de dresser un tableau précis de l'état de l'informatisation au Québec?Difficilement: les données sont éparses; les comparaisons, périlleuses.Tout au plus peut-on risquer une évaluation de grandes tendances, une sorte de "portrait-robot" aux contours flous.Le robot s'apprêterait à frapper Au Japon, il y aurait, dépendant de la définition qu'on en donne, entre 10 000 et 90 000 robots; aux Etats-Unis, 6 000; au Canada, 750, dont les 2/3 dans l'industrie automobile.Michel Blouin, ingénieur et expert attitré du Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ) - secteur robotique -, estime que 42 robots sont présentement installés au Québec.Les robots québécois et canadiens sont surtout utilisés dans quatre champs d'application: la peinture, la soudure, la manutention et l'assemblage.42 robots, c'est peu et le retard du Québec en cette matière s'explique par une structure industrielle qui s'appuie sur les PME et par la faiblesse du secteur automobile.A l'heure actuelle, seules de grosses entre- Vie Ouvrière / 29 prises, des fonderies et des centres de recherche en possèdent.Cependant le robot s'apprêterait à frapper dans de nouveaux secteurs - le textile, la chaussure et le meuble - et à étendre son emprise dans le secteur automobile, avec le programme de robotisation des chaînes de montage de G.M.A la pointe de la robotique internationale au Québec, on retrouve les distributeurs de robots ASEA et CAE-Morce.Il n'existe pas actuellement de manufacturier canadien ou québécois qui produise des robots.Et les ordinateurs?Dans l'industrie, l'utilisation d'équipement informatisé ne se limite pas aux robots.Par exemple, les grands bureaux d'ingénieurs-conseil et les grandes entre- prises oeuvrant en haute technologie utilisent couramment des systèmes de conception assistée par ordinateur (CAO) qui permettent la réalisation de dessins techniques, de calculs d'ingénierie et de commandes pour les machines à contrôle numérique, de même que le stockage de résultats sur supports informatiques.Il n'y a pas d'évaluation exacte du nombre d'ordinateurs au Québec.Celles qui existent ne recensent que les systèmes de taille moyenne ou de grande puissance et estimaient leur nombre à 2 600 en 1982.En comparaison avec la moyenne canadienne, l'informatique serait peu répandue dans les assurances, dans les industries pétrolières, dans les bureaux d'avocats et de comptables.Par contre, elle serait utilisée de façon un peu inattendue dans le secteur de la distribution et de l'hôtellerie.QUI POSSÈDE UN ROBOT AU QUÉBEC?Institutions de recherche et d'enseignement Grandes entreprises Entreprises moyennes CNRC 1 CRIQ 1 ETS 1 Autres 4 Générale Électrique 11 Northern Telecom 5 General Motors 3 Bombardier 2 Sylvania 2 IBM 1 Continental Can 1 Abaco 3 (manutention) B&X Industries 2 (soudure) Vestshell inc.2 (manutention) Shellcast 3 Foundries 1 (manutention) m 1 Fibrobec 1 (coupage) Cari-Ail 1 (soudure) 0 o • -3 Total 7 % 17% 25 60% • 10 1 23% J 30 / Vie Ouvrière Ici encore, l'entreprise québécoise fait face à un problème considérable.Au moment où les sociétés les plus dynamiques au plan international accélèrent leurs programmes d'achat de robots, de machines à contrôle numérique et d'autres outils de gestion informatisée, les manufacturiers québécois, victimes de la crise économique, hésitent à acquérir un équipement qu'ils craignent de ne pouvoir rentabiliser faute d'un carnet de commandes suffisant.Le gouvernement du Québec entend leur apporter une aide par la création d'un réseau de centres de diffusion des technologies de production automatisées et par un programme d'assistance financière directe à l'achat de CAO/FAO.La bureautique: le traitement de texte est en plein expansion mais.le système bureautique intégré n'est pas pour demain! Il existe, à l'heure actuelle, des équipements aptes à informatiser divers aspects du travail de bureau: traitement de texte, courrier électronique, classement électronique, accès direct à des banques de données (systèmes télétexte ou vidéotex).Parmi ces équipements, le système de traitement de texte est le seul à être passablement répandu dans les bureaux.Au Canada, 37 000 systèmes ont été vendus en 1981, mais on prévoyait 56 000 ventes en 1983 et 75 000 en 1985.On estime la part du marché québécois du traitement de texte à 26cc du marché canadien.Quant au "système bureautique intégré", qui permettrait d'intégrer dans un même poste de travail toutes les fonctions de la bureautique: traitement de texte, dictionnaire, calendrier et gestion du temps, classement, accès aux banques d'information et capa- cités de traitement de données, beaucoup de fabricants y travaillent mais ce n'est pas demain qu'on en verra plein les bureaux.On prévoit leur usage courant pour la fin de la décennie.La production québécoise des systèmes de traitement de texte est surtout assumée par deux entreprises: AES et Micom.Avec cependant un handicap: elles importent presque tous les composants (processeurs, mémoires, écrans, imprimantes) ce qui les rend très vulnérables face aux prix des fournisseurs étrangers.Les industries de l'électronique et des logiciels La fabrication de matériel électronique représente environ 2,5ac de la production industrielle au Québec.Plus particulièrement, le Québec est présent dans la production des équipements de télécommunications et dans celui des équipements de bureau.Au nombre des entreprises impliquées, on pense à Mitel, à la Société IBM.toutes deux de Bromont et à la Société de microélectronique industrielle de l'Université de Sherbrooke, qui fabriquent des circuits intégrés, à AES Data et Micom, pionniers du traitement de texte et à Comterm, impliqué dans la fabrication des terminaux interactifs.Par contre, il doit importer la majorité des ordinateurs, des équipements, des logiciels et des services informatiques.Le gouvernement fait une priorité du développements des logiciels et systèmes informatiques, dans le but de permettre au Québec de jouer un rôle majeur dans le domaine de l'électronique.En outre, l'introduction des micro-ordinateurs dans les écoles est pensée en vue d'ouvrir un marché pour une industrie québécoise des didacticiels.• Vie Ouvrière / 31 Travailler dans l'informatique.une job d'avenir?Martine D'Amours * En mai 1983, une fuite d'un document fédéral intitulé The Rocky Road to 1990 révélait que les nouvelles technologies, alliées à la concurrence étrangère, feraient perdre entre 25 et 50% des emplois du secteur manufacturier et 25% des emplois dans les services commerciaux et financiers: en tout, jusqu'à 2 millions d'emplois perdus.Le secteur des services, naguère un des plus créateurs d'emplois et celui où se concentre la main d'oeuvre féminine, sera très durement touché.On entend souvent dire que cette perte d'emplois n'est pas dramatique, puisqu'elle sera compensée par la création de nouveaux emplois: -il faut bien que du monde fabriquent les logiciels, produisent les ordinateurs, réparent les robots!- des emplois plus qualifiés, moins monotones, moins abrutissants.Or il est vrai qu'en ce moment, la technologie crée de nouveaux emplois.À Silicone Valley, en Californie, où se retrouvent plusieurs entreprises productrices de matériel informatique, une nouvelle compagnie peut voir son personnel augmenter de 25 à 30% par année.Mais on prévoit que, d'ici 1995, pas plus de 2 millions de nouveaux emplois seront ainsi créés aux États-Unis; c'est beaucoup (+ 50%) pour l'industrie informatique, mais c'est peu en regard d'une population de 100 millions de travailleurs.La technologie créera moins de 10% des nouveaux emplois dans les 10 prochaines années.1/3 de ces emplois seront hautement spécialisés, intéressants et bien payés, contre 2/3 de jobs souvent répétitives, quelquefois dangereuses et majoritairement situées au bas de l'échelle salariale.32 / Vie Ouvrière La même tendance se dessine déjà pour le Canada.Dans les entreprises productrices de matériel informatique de "Silicone Valley North", dans la région d'Ottawa-Carleton, les presque 20 000 emplois nouvellement créés n'arrivent pas à contrebalancer le taux de chômage.Une part des emplois offerts par ces entreprises "du futur" sont peu qualifiés et répétitifs; par exemple, ceux des monteurs (dont 85% sont des monteuses).La grande majorité de ces compagnies ne sont pas syndiquées.Bien que le Québec ne possède pas l'équivalent - en termes de concentration industrielle - des "Silicone Valley" de Californie et d'Ottawa, il s'y retrouve quelques grands noms de cette industrie.En 1981, par exemple, 1 600 des 2 400 employés d'A.E.S.Data Ltée - le plus important fabricant canadien de systèmes de traitement de texte - étaient québécois.A.E.S.Data prévoyait alors une progression de 25 à 40% par année d'ici 1987.Quant à Micom Data Systems, elle employait 1 400 personnes au Canada, dont 600 au Québec.Elle a actuellement le vent dans les voiles, grâce entre autres à l'efficace réseau de distribution de Phillips International (300 000 travailleurs dans le monde) qui contrôle Micom à 80%.Les 170 travailleurs et travailleuses qui produisent les appareils de traitement de textes et de gestion chez Micom à Ville Mont-Royal constituent une exception dans le secteur: ils sont syndiqués.Quatre d'entre eux ont accepté de nous parler de leurs conditions de travail.Q: Sur quoi a surtout porté votre action s\ndicale?R: Nous avons obtenu l'accréditation en 1980.Aux dernières négociations, nous Vie Ouvrière / 33 avons mis l'accent sur les descriptions de tâches et sur les salaires.Actuellement, ils s'échelonnent entre 7.35 $ et 11 $ de l'heure (avec une majorité de gens autour de 7,35 $), pour un salaire moyen de 8,40 $ l'heure.Pour faire une comparaison, disons qu'une compagnie comme Matrox (non-syndiquée) offre un salaire moyen de 6 $ et quelque.L'organisation syndicale a été difficile: d'abord, les travailleurs appartiennent à entre 25 et 40 groupes ethniques (dépendant des années) avec les divisions que cela suppose parfois.Ensuite, la compagnie ne voulait pas d'un syndicat; elle a essayé de l'éviter par tous les moyens, y compris la contestation de l'accréditation.Actuellement, elle cherche à se donner l'image d'une "compagnie de l'avenir", soucieuse d'avoir des "relations privilégiées avec ses employés", alors elle organise des loisirs, le party de Noël.Q: Quelles sont les conditions de travail offertes par une "compagnie de l'avenir"?R: Il y a deux choses qui sont importantes pour Micom: la productivité et la flexibilité.Les contremaîtres sont durs sur la productivité; quand les normes ne sont pas respectées, on a droit à des menaces et à des mesures disciplinaires.Ensuite, la compagnie exige une grande flexibilité, qui lui permettra de concurrencer les autres compagnies.Cela signifie que dans certains cas de promotion, de mise à pied et de rappel, elle n'est pas obligée de respecter l'ancienneté.Par exemple, pour l'octroi des emplois de techniciens, elle fait passer la compétence (selon ses critères) avant l'ancienneté.Il y a aussi des problèmes de stress, qui vont sûrement aug- 34 / Vie Ouvrière menter parce que la compagnie veut rentrer des convoyeurs, des problèmes de radiation pour ceux qui travaillent sur les écrans cathodiques.En fait, c'est pas très différent de la chaîne de montage traditionnelle.• * à partir d'une rencontre de travailleurs de chez Micom (local 562, syndicat des travailleurs unis de l'électricité, radio et machinerie), organisée par Oswaldo Nunez, d'un reportage de l'émission Le Point, Radio-Canada et de La bureautique au Québec, document de Jean-Michel Salvador, ministère des Communications du Québec. Détourner l'avenir à notre profit 2 Il n'est pas inscrit sur "le mode d'emploi" des puces qu'elles doivent nécessairement servir à détériorer les conditions de travail.A preuve, dans certains groupes populaires, elles ont été utilisées pour rendre le travail moins long, moins pénible, tout en améliorant sa qualité.Les nouvelles technologies sont donc des outils: dans une logique de profit, elles peuvent servir à déqualifier, à contrôler le travail et la vie, à ruiner la santé, à renforcer les divisions hommes-femmes, pavs industrialisés-Tiers-Monde, à imposer une culture étrangère, etc.Saurons-nous les attendre.dans le virage, pour les détourner vers d'autres buts?Vie Ouvrière / 3S Formation: Parle-moi de ton cours, Carole."La Banque où je travaille m'a envoyée suivre un cours, une semaine, sur les ordinateurs.Des soirs, je rentrais en larmes, je ne voulais plus rien savoir de personne et je me couchais en arrivant.Quand je suis revenue au bureau, les boss criaient après moi car je n'étais pas capable de le montrer aux autres." (Carole P.) Oui, si la Banque avait donné de la formation à plus que 2 employées, et sur les lieux même du travail, parmi les tâches quotidiennes, ça aurait été moins stressant et la formation aurait pu être plus longue.S'il existait des congés-éducation payés où les gens travaillaient 6 mois et étudiaient les 6 autres mois, sans perte d'aucun avantage ni de salaire.plus de monde aurait des revenus, vivrait davantage, se cultiverait! Les compagnies pourraient donner un certain pourcentage de leurs profits à ce fonds de formation, l'éducation des adultes pourrait être repensée, l'accès simplifié, des écoles ré-ouvertes, les programmes d'études plus agréables, les budgets d'éducation doublés.(D.P.) Francisation: Watch out! Quand les chimistes du monde entier se rencontrent, c'est en anglais qu'ils se racontent leurs histoires de chimistes: la science parle anglais.Même chose avec la micro-électronique: c'est en anglais que ça se passe.Mais la micro-électronique a un impact plus immédiat sur nous que les recherches en chimie moléculaire; ce sont les jeux vidéos et les micro-ordinateurs domestiques installés dans nos maisons; ce sont les nouvelles machines qui envahissent nos milieux de travail.Les problèmes sont nombreux: manque de logiciels français, claviers anglais, messages anglais, imprimantes utilisant la langue anglaise ou une langue française sans accents, documentation française inexistante ou mal traduite, manque de banques de données en français.La loi 101 n'a pas fini d'être nécessaire, car les nouvelles technologies peuvent annoncer le retour - ou le maintien - de l'anglais au travail.Et, de façon plus insidieuse, c'est toute notre culture qui se trouve mise en cause par ce virage technologique.Watch out! (MJG) 36 / Vie Ouvrière A 6 à*4, G>u\ivîè.ve, mettait ou po/nt av?prunier ord/nateur.Dune, boîte- de.seri/i'etuv, tani-tein*, g//
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