Vie ouvrière., 1 janvier 1986, janvier-février
Une Baronne au service des plus pauvres Ma vie avec Dieu Catherine de Hueck Doherty '•';/ | ' ' ^"»."i ( ,ni \ \ sierlf 232 p; 13,5 cm sur 19.5.11,95$ Catherine de Hueck Doherty est la fondatrice de la communauté de Madonna House a Combermere.Ontario, vouée au service des pauvres et à l'accueil des gens qui veulent y faire une expérience de solitude et de prière.Dans Ma vie avec Dieu, elle fait revivre pour nous les principaux moments de sa vie: ses lointains souvenirs de Russie, son enfance en Egypte, son mariage avec le Baron de Hueck.ses passages successifs de la richesse a la pauvreté, son apostolat en France, a Harlem, a Combermere.La vie de Catherine révèle combien déconcertantes mais aussi combien riches sont les voies ou Dieu mené ceux et celles qui prêtent l'oreille a ses appels.Passionnant comme un roman, et si vrai! D'autant plus précieux que la Baronne est decedee a la mi-decembre 1985.Disponible chez NOVALIS, C.P.700, Hull, Que., J8Z 1X2: a ses comptoirs: 375, Rideau, Ottawa, (613) 560-2542, et 8123, St-Denis, Montréal, — métro Jarry — (514) 382-8432, ainsi que chez votre libraire.NE MANQUEZ PAS EN MARS • Une entrevue avec Bernadette Devlin • Un dossier sur le logement • Les femmes immigrantes • La faim en Afrique _ "ïGre st • pierre DONNER DES MAINS À LA FOI L'analyse sociale pour tous Guy Paiement met à la portée de tous une méthode d'analyse pour mieux connaître son milieu et pouvoir y changer quelque chose Une session qui apprend à mieux insérer l'Evangile dans la vie.Dates: les mardis 4,11.18.25 février et 4 mars (de 19h à 21h30) Vivre l'Alliance avec le pauvre Bernard Ménard aidera à cerner ce qui semble le déti le plus pressant auquel nos communautés sont acculées présentement: l'Alliance de Dieu avec les pauvres.Dates: week-end des 8 et 9 mars (samedi de 9h à 16h; dimanche de 9h à 12h30) La Révision de Vie Jean Fortier vient d'enregistrer au Centre St-Pierre une cassette sur la Revision de Vie: voir, juger, agir.Un instrument clair et simple pour s'initier à reviser ss engagements en équipe Prix: 5$ (ajouter 1$ pour frais postaux) Pour s'inscrire ou pour commander: Centre St-Pierre, 1212, rue Panet, Montréal H2L 2Y7 Téléphone: 524-3561.poste 303 relati ions Vn conte de J(ocl les réfugiés Je désire m'abonner à Relations Nom______________________ Adresse __________________ Code postal Abonnement 1 an (10 nos) 16$ - étranger: 20$ Relations, 8 100 boul St-Laurent Montréal.Québec H2P 2L9 (514) 387-2541 2/VIE OUVRIERE/JANVIER-FEVRIER 1986 5/ Editorial — Raymond Levac.Bonne année, madame la marquise! 6/ Serviteur d'un mieux-vivre — Céline Cossette Entrevue avec Benoit Fortin, prêtre-ouvrier dans les caves du Hilton à Québec, devenu, depuis.Supérieur des Capucins.10/ Le féminisme, comme une poche de thé dans l'eau bouillante — Louise Bessette La profonde influence du féminisme, surtout chez les mères et les grands-mères.Mais qu'advient-il de leurs filles?12/ Savez-vous planter des arbres?— Isabelle Drolet Une gang de |eunes, fatigués d'attendre qu'on leur trouve une job.ont décidé de fonder une coopérative forestière dans la région de Portneuf 14/ L'Année de la paix — Guy Côté 1986 sera l'Année Internationale de la paix Loin de ne concerner que l'avenir, la menace à la paix nous affecte dans notre quotidien au- 23/ Vie quotidienne: Myope, que je vous dis.— Céline Cossette.Bande Dessinée: Le monde vu d'en bas — Vivian Labrie.24/ L'Eglise à Cuba: un tournant?— Raymond Levac.Vingt ans après la révolution cubaine, les relations tendues entre l'Eglise et l'État semblent connaître un déblocage 26/ Les Philippines, terre de résistance — Diane Gingras, Louise Leboeuf Nous avons appris du peuple philippin à donner des visages à la solidarité internationale 28/ Alerte Centre-Sud — Nicole Brais Un quartier populaire s'engage sur le terrain de l'économie par la création d'une corporation de développement économique et communautaire 30/ «Wilson.Macdonald, Forget»: coupez — André Giroux.L'offensive dans le sens des coupures dans la Loi sur l'assurance-chômage est lancée II faudra crier nos revendications haut et fort 32/ Une semaine sans voir le soleil — Jean-Bernard Duhamel Une prêtre d'une région minière de Bolivie participe, au fond de la terre, à une grève de la faim vécue par les mineurs 15/DOSSIER/MÉDIAS ET CRIS — Céline Cossette L'information, ce n'est pas ce qui manque en Amérique du Nord Nous sommes mêmes noyés, suralimentés par cette puissante industrie Se pourrait-il.cependant, que ce quatrième pouvoir ne soit que le miroir d'un monde, l'écho d'un seul discours9 À côte des médias, il y a des cris qui ne peuvent se faire entendre VIE OUVRIERE/JANVIER-FEVRIER 1986/ 3 69 85 Volume XXXV numéro 191 Vie Ouvrière.Revue tondee en 1951.publiée en collaboration avec la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC).le Mouvement des Travailleurs Chrétiens (MTC) et le Centre de Pastorale en Milieu Ouvrier (CPMO) Directeur: Raymond Levac • Conseil de direction: Gilles Comeau, Luc Dion.Gilles Dubois.Oiane Gariépy.Hélène Parenteau • Secrétaire à la rédaction: Céline Cossette • Comité de rédaction: Luce Bedard.Hélène Charbonneau, Aline Gendron.Diane St-Germain.Monique Tremblay.Claude Hardy.Jean-Marc Lebeau.Jean Menard • Membres des sous-comités Jeunes.Femmes, Eglise.International: Louise Bessette, Sylvie Bonin.Madeleine Bousquet.Nicole Brais.Jean Brouillette.Sylvie Cadotte.Suzanne Charbonneau.Dominique Cyr, Mariê-Helène Deshaies.Isabelle Drolet.Ginette Du-quette.Sylvie Gervais, Molly Kane.Diane Lalancette.Sylvie Lavallee.Jacques Lauzon, Luce Pelletier Lucie Raiche • Maquette, montage, couverture et graphisme: Anne Bnssette • Bande Dessinée: Vivian Labrie • Photos pour Vie Ouvrière: Céline Cossette.Pierre Gauvm-Evrard.Raymond Levac • Imprimerie: Payette et Simms • Photocomposition: Photocomposition Tréma Inc • Distribution: Diffusion Parallèle, tel (514) 525-2513 • Abonnement régulier: 15S/an de soutien: 20S/an.28S/ 2 ans à l'étranger: 18$/ an.commande de 6 abonnements et plus: 12S chaque Rélérences: Les articles de la revue Vie Ouvrière sont répertoriés dans le Répertoire analytique d articles de revues du Québec (RADAR), de la Bibliothèque nationale du Québec ISSN 0229-3803 Courrier de deuxième classe, enregistrement no 0220 Revue Vie Ouvrière 1212.rue Panet, Montréal, Que.H2L 2Y7 Tel (514)523-5998 VIE OUVRIÈRE DISPONIBLE DANS VOTRE RÉGION Montréal Outaouais Agence du Livre français Globe Mags & Cigars Divermag Librairie Classic (Gatineau) Coop UQAM Librairie de la Capitale CoopHEC Librairie Le Trillium Coop CEGEP Maisonneuve Librairie Université d'Ottawa Librairie Aube-Epine Librairie Campus Québec Librairie Caron Coop F.-X -Garneau Librairie Champigny Librairie Flammarion Librairie générale française Librairie Laliberté Librairie Hermès Librairie Pantoute Librairie L'Encrier Librairie St-Sacrement 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Diffusion Parallèle — Librairie René Martin Diffusion Prologue 4 / VIE OUVRIERE / JANVIER-FEVRIER 1986 Bonne année, madame la marquise! RAYMOND LEVAC Tout va très bien madame la marquise Nous avons deux gouvernements, l'un à Ottawa et l'autre à Québec qui nous ont promis du changement.Et il semble bien que nous en aurons Alors que vouloir de plus?Les politiques sociales Du changement pour les personnes âgées9 Le gouvernement Mulroney a voulu leur en fournir en désindexant leur pension de vieillesse Pourtant, il faut dire que cela n'a pas plu aux groupes de retraité-e-s et pré-retraité-e-s qui ont fait bloquer ce projet par une mobilisation sans précédent.Il faut du changement pour les familles, de continuer malgré tout M Mulroney: désindexons les allocations familiales1 Pourtant, il faut dire que les groupes de femmes et les groupes familiaux n'ont pas apprécié ce cadeau et ont décidé de dire un non massif à cette politique Tout va très bien quand même, madame la marquise.Organisons un changement pour les chômeurs et chômeuses, se dit-on au fédéral à la suite du rapport Macdonald.Une commission d'étude présidée par l'ancien ministre québécois Claude Forget proposera-t-elle des coupures drastiques dans les prestations d'assurance-chômage?Pourtant, il faut dire que les groupes populaires et syndicaux entendent organiser une mobilisation d'importance pour s'opposer à un tel projet Malgré qu'on déplore quelques petits riens, tout va aussi bien à Québec.Quel changement va-t-on proposer aux femmes et aux hommes qui ne gagnent que le salaire minimum qui se trouve toujours scandaleusement à 4 00$ l'heure?Cela va dépendre si M Bourassa écoute le Conseil du patro- nat du Québec ou les groupes de non-syndiqué-e-s qui réclament une augmentation d'importance Tout devrait aller bien avec le budget Bourassa A moins que vous ne pensiez qu'il s'orientera dans le mé-mer sens que le livre blanc du P Q sur la fiscalité.Il défavorisait les non-salarié-e-s et agrandissait les écarts entre assistées-sociales, chômeurs et faibles salarié-e-s.Le monde du travail Pour les gens qui ont un emploi salarié, madame la marquise, alors là.tout va très, très bien Pourtant, il faut dire que des pressions énormes se font pour que des mesures comme la loi anti-scab soient abolies, que le code du travail soit amendé pour rendre encore plus difficile la syndicalisation.Un changement est annoncé pour les travailleurs de la construction qui les rendra totalement à la merci des entrepreneurs au niveau de l'embauche Tout cela est-il un signe avant-coureur des modifications au code du travail qui se produiront suite au dépôt du rapport de la commission Beaudry9 C'est à suivre Vous travaillez dans le secteur public et parapublic, madame la marquise?Alors là c'est bien Le P Q avait fort diminué le rapport de force des syndicats par sa loi 37 Les libéraux veulent du changement: l'abolition totale du droit de grève dans le secteur de la santé! Bravo! On revient à la situation forçant les syndiquées à agir dans l'illégalité pour faire valoir leurs droits Et avec un ministre du travail d'extrème-droite comme Pierre Paradis, tout ira très bien, madame la marquise Le libre-échange Vous ne vous occupez pas de ciné- ma, au moins?Non9 Alors vous n'avez rien à craindre du libre-échange avec les Etats-Unis Evidemment, on pourra toujours déplorer les pressions que ne manqueront pas de faire les Américains pour qu'on coupe davantage les programmes sociaux canadiens pour les uniformiser avec la faiblesse de leurs propres programmes Il y a aussi les milliers de mises à pied résultant de la fermeture des entreprises du secteur dit mou qui constituent toujours une part importante de l'économie québécoise Le chômage ne disparaîtrait pas de si tôt même avec une autre Baie James Mais enfin, il faut un prix pour que ça aille bien.Vous croyez que l'Etat intervient trop dans la société?Alors, vous serez servie, madame la marquise L'heure est au désengagement de l'Etat du moins pour le secteur social et les petites entreprises II faut se fier au dynamisme de l'entreprise privée, ce qui ne l'empêche pas de donner un milliard de dollars de notre argent à ces grandes entreprises dont une des banques vient de faire faillite Évidemment, on déplore dans les centres, de femmes de ne recevoir presque rien alors qu'on demande si peu II en est de même dans les groupes populaires autonomes Pour qui le changement?On pourrait parler des enjeux de la commission Rochon sur les services de santé, la politique familiale, l'introduction des nouvelles technologies, de la question nationale Vous dites, madame la marquise, que vous gagnez moins de 30 OOOS par année9 Beaucoup moins9 Et bien sur vous êtes une femme1 Tout va alors très bien II faut pourtant que l'on vous dise VIE OUVRIERE / JANVIER-FEVRIER 1986/5 Serviteur d'un mieux-vivre Entrevue avec Benoit Fortin Benoit Fortin, le nouveau Supérieur des Capucins, est un prêtre ouvrier qui a travaillé dans les caves du Hilton à Québec.Les seules robes de bure qu'iln'ait jamais rencontrées dans ce milieu se retrouvaient.surlesbouteillesdevin.il a revêtu le bleu de travail pour être un ouvrier parmi les autres.Avec eux, il s'est débarrassé de l'Union américaine et l'a remplacée par un syndicat delà C.S.N.Il a été congédié pendant un an et demi pour une simple farce: l'annonce que l'hôtel donnerait une dinde à chaque employé pour Noél.De la basse-cour, il est passé à la Cour Suprême du Canada et a gagné son procès, malgré les menaces et les tromperies des patrons.Travailleur un peu spécial, il est allé sur le terrain pour être le serviteur d'un mieux-vivre, non pas pour prendre le pouvoir mais aider les autres à le prendre.Dans cette humilité, je n'ai rencontré aucune fadeur.J'ai croisé deux yeux rieurs, rusés, pleins de cette vitalité qui appelle la vie.CELINE COSSETTE 6 / VIE OUVRIERE / JANVIER-FEVRIER 1986 .c'est do monde qoi travaillait d'une clarté à l'autre.Céline: Ta vie est très reliée au monde ouvrier.Benoit: J'ai vécu douze ans dans le quartier ouvrier de St-Jean-Baptiste et j'ai travaillé neuf ans à l'hôtel Hilton de Québec Toutefois, mes vraies racines, ce sont mes origines Les premières images que j'ai vues de la vie.c'est du monde qui travaillait d'une clarté à l'autre pour vivre.On était dix-sept chez moi.Il fallait bûcher et cultiver une petite terre de roche pour s'arracher la vie.Le petit peuple est en bas de l'échelle.Il n'a pas de pouvoir: toujours travailler et pas d'avenir.C'est ce que j'ai retrouvé au Hilton, plus tard: une vie qui n'est qu'une corvée J'ai été pauvre avant de faire le voeu de pauvreté Dans mon milieu, j'ai développé une sensibilité, une vibration à la misère.J'ai eu une sorte de sentiment que je pourrais aider à améliorer cette vie.C'est avec ça en tête que je suis entré chez les Capucins qui, à cause de St-François, me semblaient plus près du peuple.Ce n'était pas une histoire d'église Chez nous, on riait des enfants de choeur.Nous autres, on bûchait.Après avoir été ordonné prêtre en '66, j'ai travaillé dans le milieu de l'éducation à Cap-Rouge Dans ces années:là, ça bougeait au Québec et dans l'Église.On parlait d'une Église pauvre et servante mais il n'y avait ni geste ni démarche qui illustraient cela.Je ressentais une sorte d'infidélité à mon milieu, à mon sang Moi et d'autres, on s'est dit: si on reste en communauté, c'est pour se mettre en situation de liberté et de créativité pour poser des gestes concrets pour le peuple.Céline: C'est à ce moment-là que tu es allé vivre en quartier dans une petite communauté comme prêtre ouvrier.Benoit: C'étaient là de nouvelles pistes pour concrétiser la réflexion de l'époque.Tant dans Gaudium et Spes (Vatican II) qu'au Synode de la justice dans le monde, en 71, le message était clair: tu n'as pas le choix, une option préférentielle pour les pauvres et une participation au combat pour la justice, ça fait partie de l'évangélisa-tion Alors, nous autres, on est partis très naïvement dans la rue, avec comme seul projet de vivre l'Évangile avec le monde.On a appelé ça la conversion des pieds: aller sur le terrain pour être convertis par les gens Je me suis enfoui dans le milieu pour me laisser changer, pour réapprendre la vie dans le quotidien, le prix du pain.On avait un local au centre-ville pour les gens qui ont du mal à vivre, ceux que l'on cache quand viennent les expositions Là, les pauvres ont pris des visages et des noms.J'ai été bouleversé, j'ai entendu pleurer comme jamais Ça m'a fait un choc qui a rejoint les chocs de ma jeunesse J'ai aidé les gens à souffler mais c'était toujours à recommencer On ne peut en rester à du dépannage; il faut aller aux causes.J'ai réalisé qu'il fallait passer à on aotre cran.Passer do dépannage à la solidarité.Je me suis tenu près des gens écrasés mais je me suis aussi approché de ceux qui se relèvent, qui s'organisent Face au désespoir, il faut amener les gens à agir J'ai encouragé les gens à aller travailler Ils y allaient et se fai- saient exploiter J'ai réalisé qu'il fallait passer à un autre cran: s'inscrire dans des mouvements sociaux plus vastes pour amener des solutions collecti ves, pour améliorer la vie des gens qui n'ont pas de pouvoir Passer du dépannage à la solidarité Avec ma vision du monde, j'ai changé mon vocabulaire J'ai commencé avec les pauvres, ceux à qui on donne Puis les appauvris.Là arrive une question de justice Maintenant, les opprimés II faut que tu organises leur libération C'est clair pour moi, la société ne marche pas II y a un projet social à développer.Céline: C'est dans cet esprit que tu es allé travailler.Pourquoi dans l'hôtellerie?Benoit: Au centre-ville de Québec, il y a 3000 personnes qui travaillent dans les hôtels gérés par de grosses compagnies étrangères qui ont écrasé les quartiers Comme Capucin, vouloir être frère du peuple, c'était aller sur leur terrain, partager leur lutte Je suis entré sur le marché du travail pour gagner ma vie et vivre dans ma peau la situation des travailleurs J'ai vécu l'humiliation de chercher une job à un certain âge J'avais dit que j'avais complété un secondaire V C'était vrai Que j'avais tait du ménage, de la réception, de la vaisselle Qui n'en a pas fait?J'ai commencé à travailler comme magasinier dans la cave du Hilton, là ou la nourriture rentre C'est un travail VIE OUVRIERE/JANVIER-FEVRIER 1986/ 7 dur.Tu as de la misère à te grouiller le soir Tu n'as plus d'idée, tes ïambes sont raides, tes mains enflées même les fins de semaine.Dans les premiers six mois, l'avais le goût de me sauver, de dire que ce n'était pas ma vocation.C'était un univers stupide.Tous habillés en bleu, on n'était plus que des bras, des êtres supposément incapables de penser On était la racaille.Je n'étais plus du bord des prêtres à qui on fait des courbettes.Je n'ai jamais dit que l'étais prêtre.Non pas que je voulais le cacher, mais je voulais vivre sans privilège, être engueulé comme les autres, manger la même merde Céline: Tu ne voulais pas apporter de prime abord une espérance par les sacrements.Benoit: Moi je voulais améliorer la vie.La Bonne Nouvelle était sur le terrain du pain et du beurre, d'un salaire valable, d'un logement décent Comment leur dire que Dieu les aime, si ces hommes et ces femmes ne se sentent pas respecté-e-s dans leur vie?La première augmentation de salaire pour les femmes de chambre était de 1$ l'heure, 40$ par semaine: cela, ça compte Être payé quand tu es malade, aussi La vie religieuse doit être une libération pour que la vie soit meilleure.S'il y a des opres-seurs, il faut les dénoncer.Mettre les gens sur la voie de l'Évangile, c'est les sortir de leur isolement J'ai dû comprendre les petits gestes, les communications non-verbales, les coups de poing sur les murs, les silences Ces gens seuls, exploités ont réussi à se mettre ensemble, à développer un noyau, une famille Après quatre ans de lutte, on s'en est sortis On s'est débarrassés du local 31, un syndicat de boutique On a formé une vraie association avec la C S.N.À travers cela, les gens ont changé, ont grandi Ils sont restés avec le goût de s'engager Tout au long de la lutte, c'est la solidarité qui donnait une sorte de souffle Moi, mon rôle fut de soutenir l'espé- rance.J'ai été à leur service pour qu'ils prennent la parole et leur pouvoir.La vie religieuse doit être une libération pour que la vie soit meilleure.S'il y a des oppresseurs, il faut les dénoncer Céline: Là, tu es au bord de la politique.Benoit: Oui, c'est tout politique Je n'étais pas syndicaliste.En bon religieux, je croyais que tout le monde est bon et que les mauvais patrons, ça n'existe pas.Mais la réalité est tout autre Nous, on avait le salaire minimum et on travaillait comme des fous On pouvait être mis dehors pour un rien Tu te dis: ça n'a pas de sens II faut s'organiser pour que ça change, se donner des instruments, se réunir Tu réalises tout à coup que tu fais de la politique et du syndicalisme.Moi.l'appelle ça de la charité efficace.Être charitable dans ce milieu, ce n'était pas aller à la porte de l'hôtel et les consoler en leur disant qu'ils auraient une vie meilleure après la mort.Et la vie après la naissance, elle?Le milieu où tu gagnes le pain ne doit pas être un milieu où tu es écrasé La chanté efficace, c'est avoir une convention collective pour 500 travailleurs Ceci a fait boule de neige On est rendus 10 000 avec la C S N.Céline: Ce qui ne veut pas dire que tu es prêt à entériner tout ce qui se passe dans le milieu syndical.Benoit: Bien non! Le milieu syndical comme l'Église, comme le Vatican, a sa bureaucratie et ses scandales Avec la crise, les organisations syndicales ont été débordées II y a une sorte de repli sur elles-mêmes.Tout ça est un peu inévitable.Et on peut le critiquer de l'intérieur.Mais l'expérience qu'on a eue à la C.S.N., c'est qu'elle s'est intéressée à des petits travailleurs défavorisés et dominés par une Union américaine.Ce milieu syndical commence à s'ouvrir, à penser à un mieux-vivre pour tout le monde Et par mieux-vivre, on n'entend pas avoir plus pour consommer davantage C'est avoir une facilité de vie au niveau des conditions essentielles: un salaire qui permet d'agir, un milieu où tu es respecté et non exploité Mieux que ça, c'est atteindre un niveau de conscience: chercher les intérêts, ne pas se laisser endormir, renoncer au capitalisme Et plus encore, c'est s'éveiller à la solidarité: agir à plusieurs, élargir son monde, s'engager pour que d'autres vivent mieux.Il faut permettre aux travailleurs de prendre la parole et de s'organiser Ça 8 / VIE OUVRIERE / JANVIER-FEVRIER 1986 Dieu est devenu pour nous quelqu'un qui est sur le terrain, où la vie est menacée.va toucher des aspects politiques et plus globaux de la société.Dans la mini-société du Hilton, on a pris un peu de pouvoir sur notre petite vie.On a saisi que quand tu t'organises pour t'en sortir, il y a de la répression On a vu toutes sortes de tactiques.J'ai été congédié pendant un an et demi pour une dinde qu'on n'a jamais eue Par contre, on a eu des agents doubles et des menaces.Il y a des gens intéressés à ce que ça ne change pas Les patrons affinent leurs attaques.On n'est pas en terrain neutre.Céline: Si tu n'avais pas ton immunité de prêtre, tu serais classé parmi les «rouges»! Benoit: J'ai souvent été classé parmi les gens dangereux.Mais mon cheminement ne s'est pas fait seul.Ça fait douze, treize ans que nous échangeons, dans ma communauté, à partir de notre pratique ouvrière et populaire.C'était quoi, trouver Dieu dans une cave d'hôtel, dans les assemblées syndicales, lorsqu'on est menacé de se faire casser la gueule, lorsqu'on est poursuivi?La vie spirituelle, il faut la trouver dans ce que les gens vivent.Dieu est devenu pour nous quelqu'un qui est sur le terrain, où la vie est menacée Les droits des pauvres, des écrasés, sont les droits de Dieu.Dans les caves du Hilton, j'ai revécu l'Exode «Et Dieu dit: j'ai entendu la clameur du peuple et j'ai décidé de vous faire sortir».J'ai entendu les prophètes: «Si vous exploitez vos ouvriers, n'allez pas faire des sacrifices et des célébrations.» Il y a toute l'Incarnation Jésus qui vit la solidarité dans sa chair II n'est pas mort parce qu'on l'a débranché II a été tué pour ce qu'il a vécu et dit.Jésus a dérangé du monde Nous autres.on a essayé de suivre ce chemin tout simplement.Le Dieu qu'on prie est lié à la vie des hommes et des femmes d'au-jourd'hui, lié au projet de libération de ce monde C'est un Dieu Libérateur.Au Hilton, j'ai trouvé du monde d'une bonté incroyable, avec un souffle de vie, un sens de l'autre, un rêve d'un monde Des gens très proches de l'Évangile mais qui, toute leur vie, ne sauront peut-être pas qu'ils croient Je n'ai pas eu de misère à trouver Dieu là-dedans.Céline: Qu'est-ce que ça change que tu sois devenu Supérieur des Capucins?Benoit: J'ai changé de travail, je n'ai plus les mains enflées Je ne vis plus avec les travailleurs.Je risque d'oublier le prix du lait, du pain, parce que je n'ai plus à gagner ma vie.Ma vie a changé, mais j'espère que ça ne changera pas les options que j'ai.J'ai accepté de devenir Supérieur pour prendre un certain pouvoir et développer, au niveau de ma communauté et des autres religieux, les options de pauvreté et de justice pour les travailleurs Je prends la parole auprès de groupes de religieux, pour éveiller, encourager les bouillonnements et relier la prière à une justice et à une analyse sociales Je travaille à éliminer certains préjugés Je leur raconte mon histoire: «Il était une fois.».Plusieurs communautés viennent de milieux pauvres II faut passer du «pour» au «être avec», aller sur le terrain, être en communion de destin Passer d'une Église parlante à une Église vivante Il faut faire une relecture de nos voeux.Dans la chasteté, il y a une liberté.On est dégagé pour attaquer, prendre des coups On est irrécupérable car libre de toute attache Qu'est-ce que l'obéissance si elle n'est réduite qu'à un renoncement à sa volonté9 Elle entretient l'immaturité Elle signifie plutôt une disponibilité aux «signes des temps» Le grand danger pour moi, c'est d'être récupéré par l'institution dont je suis le permanent Mon défi, c'est de repartir du monde des pauvres pour que l'institution redevienne un lieu prophétique, un lieu de libération Ça, c'est un combat pour moi Ma situation de Supérieur me donne une crédibilité pour prendre la parole Je la prends VIE OUVRIERE / JANVIER-FEVRIER 1986 / 9 Le féminisme, comme une poche de thé dans l'eau bouillante LOUISE BESSETTE Enquête et compilation: Suzanne.Hélène, Sylvie et Nicole Le comite-temmes oe la revue a entin procède a son enquête-maison.I elles de fines limières, nous sommes parties à la recherche des traces permanentes laissées par les luttes féministes des dernières années.Nous voulions prendre le pouls.Que pensent les femmes du féminisme et des féministes?Le mouvement les a-t-il rejointes en douce, mine de rien?En sortent-elles gagnantes?Croient-elles au partage des tâches?Qu'ont-elle à dire à propos des garderies, de l'autonomie financière, du libre choix à la maternité, de la pornographie?Que pensent les femmes! Mais quelles femmes?Nos voisines, nos soeurs, nos compagnes de travail, nos amies du centre de femmes ou d'un groupe du quartier.Des femmes quoi1 Juste des femmes Ni des féministes avouées, ni des militantes enragées Bref, vingt-sept femmes! Nous avions l'intuition qu'on ne mesure pas uniquement la portée du féminisme à la vigueur de son mouvement organisé ni à la prolifération des groupes autonomes de femmes Nous avions envie de voir si le féminisme se répandait comme une poche de thé dans l'eau bouillante.Et si l'infusion était forte L'infusion est bonne II est vrai que peu de ces femmes se disent féministes — certaines ignorent même de quoi il s'agit Par contre, elles ne sont pas — quoiqu'on en dise — en réaction contre les «méchantes féministes radicales» Le plus souvent elles méconnaissent leur histoire, mais elles sont curieuses Elles identifient les batailles des femmes comme un facteur positif de changement dans leur vie Mais surtout, chacune d'entre elles pose une quantité de gestes de résis- tance, impossibles à poser sans l'appui d'autres femmes, sans la présence d'un mouvement organisé Vous a-t-on déjà dit que vous étiez féministe?«Non, on ne m'a ïamais traitée de féministe, mais j'ai déjà mis mon tablier sur la corde à linge.» (Une femme de 67 ans, mariée, mère de 10 enfants).La moitié des femmes de plus de trente ans se fait «traiter de féministe», l'autre pas.L'épithète leur est plus souvent qu'autrement lancée par la tète par le fils, le conjoint ou la voisine On dit d'une femme qu'elle est féministe si elle se choque, si elle ne fait plus la vaisselle, si elle veut négocier le partage des tâches, si elle refuse de faire l'amour Si le mot est lâché pour insulter, il arrive qu'il soit pris pour un compliment.«Se faire traiter de féministe?C'est un compliment! Parce que pour moi, c'est signe que je défends mes droits, que les gens n'useront pas de mon corps si je ne le veux pas.Pour moi, être féministe, c'est le respect de soi.» Les filles de moins de vingt ans, elles, ne sont pas féministes, du moins on ne le leur a jamais dit.Plusieurs entendent le terme pour la première fois Deux adolescentes ont même confondu «féministe» et «féminine».Une était féministe.à cause de ses cheveux! L'autre avait une mère plus féministe .qu'elle, sa mère s'habillait mieux! Si elle avaient 20 ans, comment envisageraient-elles l'avenir?Les femmes de plus de trente ans sont unanimes.Elles feraient des études plus avancées, auraient moins d'enfants ou les auraient plus tard Elles ne refonderaient plus une famille dans les mêmes conditions Certaines ne se marieraient plus ou y penseraient à deux fois.Elles vivraient plus pour elles Les notions de choix et d'indépendance personnelle seraient primordiales Une femme de 67 ans raconte: «Je ferais peut-être un cours en médecine, mais pas infirmière Je me remarierais mais j'aurais moins d'enfants (elle en a 10) Je voudrais m'occuper d'eux.Je pourrais avoir un bureau à la maison, par exemple.» Les femmes qui fréquentent un centre de femmes se font plus précises.D'abord, elles auraient un bon contrat de mariage.Elles auraient un travail rémunéré et les enfants iraient à 10 / VIE OUVRIERE / JANVIER-FEVRIER 1986 69 la garderie.Elles ne laisseraient pas tomber leurs amies en se mariant Elles auraient un compte en banque.Toutes penseraient davantage à elles mêmes.Celles qui «ont l'avenir devant elles» rêvent de se marier et d'avoir des enfants.Aucune n'entrevoit le concubinage sans enfant ou le célibat avec ou sans enfant.Par contre, elles veulent un métier, une profession pour un éventuel retour sur le marché du travail quand les enfants auront grandi.Pour la moitié d'entre elles, le mari demeure la principale source de revenu familial.La femme pourra «l'aider» si nécessaire, mais elle n'a pas à assurer sa propre autonomie financière Le féminisme vous a-t-il influencée?La grande majorité des femmes rencontrées répondent que le féminisme a changé la vie des femmes.Les femmes peuvent décider quand faire les bébés Elles sont plus libres.Elles font l'amour par plaisir Les femmes sortent de la maison.Elles sont plus autonomes.Elles sont plus nombreuses en politique, dans les affaires La lutte des féministes leur a donné le droit de vote fr'ES R}EtJQuuNE\ ^FÉMINISTE / J Si les femmes interviewées sont conscientes des améliorations apportées par le mouvement féministe dans la société, elles ne sont pas toutes convaincues d'avoir personnellement profité de ces changements II peut s'agir de leur situation financière Certaines d'entre elles font face à l'éclatement de la famille Elles se retrouvent travailleuse rémunérée, ménagère et parent unique Elles font la triple job et sont très essoufflées en fin de semaine.L'une d'elles croit que le «vent de féminisme a créé une agressivité entre les femmes et les hommes» Cinq femmes impliquées dans des groupes populaires disent n'avoir jamais entendu parler du féminisme Mais du même souffle, elles racontent leur participation à la fête du 8 mars, la «fête des femmes» Ou encore, cette assistée sociale qui parle de son implication dans un groupe qui promet l'autonomie financière des assistées sociales On peut penser que l'action et le discours féministes les ont rejointes, elles et plusieurs autres Mais elles ne connaissent pas nécessairement l'histoire de leurs luttes Et le partage des tâches, la contraception, la pornographie.Les femmes de plus de trente ans militent quotidiennement en faveur du partage des tâches mais seulement la moitié des conioints ont capitulé Les femmes âgées ont mis les hommes aux travaux lourds A eux, la balayeuse et le lavage des planchers! En grande maiorité, les grand-mères sont en faveur des garderies mais n'y ont jamais envoyé leurs enfants Les femmes dans la trentaine ont des réserves à envoyer les leurs en garderie même si elles favorisent leur existence Les adolescentes envisagent de partager les tâches avec leur futur coniomt Mais elles glissent partout des «parfois» et des «à l'occasion» La cuisine reste leur terrain privilégié Elles désirent partager la responsabilité de l'éducation des enfants.En matière de contraception, les jeunes filles sont unanimes C'est une responsabilité de couple Mais pour plusieurs d'entre elles, la question ne s'est pas encore posée Plus de la moitié des plus âgées croient aussi à la responsabilité de couple.Les autres affirment que la contraception reste encore leur unique responsabilité Une repondante a précisé que les méthodes contraceptives temporaires utilisées par les femmes (stérilet, pilule) étaient les seules satisfaisantes pour l'instant.Tandis que pour la contraception permanente, la vasectomie semblait tout indiquée.Les femmes ne sont pas contre l'avortement.ou ne le sont plus.Ça ne représente pas nécessairement une solution qu'on retiendrait pour soi, mais elles acceptent le choix des autres La pornographie les choque toutes, particulièrement les plus leunes femmes Quelques exceptions ont appris à supporter les habitudes de consommation de matériel porno de leur mari Le féminisme en terrain fertile Ce tableau impressionniste est partiel.Il nous a semblé suffisamment parlant pour conclure que le discours et l'action féministes s'étaient trouvés en terrain fertile chez ces femmes On devient féministe sur le tas! Le féminisme a fait des «petites» comme on dit! Mais les grand-mères et les mères sont plus fortes que leurs filles C'est ce qui nous inquiète Les jeunes n'ont pas appris la leçon Elles ont tout à découvrir Rien n'est acquis.Seront-elles malgré tout mieux armées quand elles engageront leur inévitable première bataille9 VIE OUVRIERE / JANVIER-FEVRIER 1986/11 Savez-vous planter des arbres?ISABELLE DR0LET Quand on leur demande ce dont ils rêvent comme job, les jeunes parlent souvent d'un emploi à leur goût, pas routinier.Une job où la créativité, le sentiment de faire quelque chose d'utile et la possibilité d'avoir des rapports moins hiérarchisés sont présents.«Faire sa vie» ne se limite plus à manger-dormir-travailler.Est-ce du domaine du rêve ou de la réalité?Une gang de jeunes, techniciens forestiers pour la plupart, fatigués d'attendre que les gouvernements ou les compagnies leur trouvent une job, ont décidé de créer leur réalité.Pour faire cesser le rêve, ils ont fondé une coopérative forestière dans la région de Portneuf.Déboise et reboise Aujourd'hui, la Coop compte quinze membres Quatorze gars et une fille ayant en moyenne 27 ans, exploitent l'entreprise forestière.Concrètement, ils font la coupe du bois, gèrent le transport, l'achat, la transformation et la mise en marché de cette matière ligneuse Ils s'occupent aussi de la construction et de l'entretien des chemins menant à leur travail Exploitation forestière ne veut pas seulement dire déboiser Ils voient à garder une vitalité aux forêts par des travaux sylvicoles l'aménagement forestier et le reboisement Faire renaître la forêt est un processus assez long qui passe par trois étapes On fait d'abord le scanfiage.la préparation du terrain Viennent ensuite le reboisement proprement dit et finalement le dégagement de plantation, ou on élimine les plants qui empêcheraient les autres de pousser.Beaucoup de travail, et les |ournèes sont longues Elles commencent vers 6h30 le matin et se terminent vers les 4 ou 5 heures l'après-midi Mais ces travailleurs-euses prennent de l'expérience au fil des jours Un bon planteur peut faire 2 500 plantations par jour quand le terrain est beau La Coopérative n'est propriétaire d'aucun terrain d'exploitation.Il lui faut donc décrocher des contrats pour travailler.Ceux-ci sont négociés avec le ministère de l'Énergie et des Ressources.Celui-ci, dans une politique d'aide aux coopératives forestières, peut lui offrir jusqu'à un maximum de 50% des contrats d'une région, directement et sans appel d'offres.Il est possible d'aller chercher plus de contrats mais il faut faire face au marché et offrir des prix concurrentiels Prendre racine La Coopérative se débrouille bien, quoique l'expérience soit toute jeune.Elle n'opère que depuis mai '83.En octobre '82, quelques gars, la plupart des finissants en techniques forestières, écoeurés du B ES., se regroupent autour d'une idée en l'air: «Pourquoi ne pas partir une coop forestière?» Ils entreprennent des démarches, des recherches, font des rencontres et montent des dossiers pour un projet de coopérative forestière L'acceptation vient enfin au bout de sept mois, à l'époque par le ministère des Institutions financières et coopératives, puis par le Ministère de l'Industrie et du Commerce, Division Coopératives, avec qui ils font affaires aujourd'hui Sept mois, c'est long.Les délais normaux pour une telle démarche sont d'environ trois mois.Mais les difficultés ont surgi.Le problème le plus épineux a sans doute été celui de QUI ferait partie de la Coop.Au début du projet, douze personnes extérieures de la région de Portneuf s'étaient entendues pour être les membres fondateurs de la Coop.Mais il existe une loi orestt-rtneui er< iond, go* M60.12 / VIE OUVRIERE / JANVIER-FEVRIER 1986 disant «que les forces du milieu doivent se prendre en main».Il y a donc eu des rencontres avec des gens de St-Raymond-de-Portneuf pour créer un nouveau projet avec eux.Des douze du début, cinq seulement sont venus s'installer dans le comté de Port-neuf pour travailler avec les résidents de la région II a été entendu que «les forces du milieu» seraient toujours majoritaires dans la Coop.La caractéristique propre à cette région, la forêt, demeure donc entre les mains de ses propriétaires, des membres résidents.Quand cette question a été réglée et le projet accepté, en mai '83, les travailleurs forestiers ont pu s'atteler à la tâche et prendre les moyens qu'il fallait pour arriver à leur but: l'aménagement forestier dans le comté de Port-neuf.Un rêve bien enclenché Une partie de la «gang» de départ et des gens de la région ont réglé leur problème d'emploi.Mais ont-ils le milieu de travail dont ils rêvaient?Avec la structure coopérative, tous sont égaux: chacun a droit de parole au même titre que le président.Ils contrôlent les investissements financiers, les profits sont ré-investis dans la Coop pour le local, l'équipement, les projets futurs.S'il y a des excédents, ils sont distribués aux membres.Décider du milieu où l'on travaille, le faire pour soi-même (propriétaire-usager), avoir une force de groupe pour travailler et négocier directement avec le gouvernement sont autant d'avantages dont ces jeunes rêvaient et qu'ils ont réussi à obtenir Le contrôle de ses horaires et de son salaire, permet d'accéder à une autonomie et de développer la prise en charge du milieu Mais ce rêve subit encore les contraintes de la réalité On ne peut prévoir les contrats que quatre mois à l'avance II y a un fond d'insécurité qui oblige à prendre ce qui passe C'est dur de faire de la coupe à blanc, de raser complètement un coin de terre quand on est sensibilisé à l'écologie et à la nécessité de préserver la forêt.Mais a-t-on vraiment le choix quand le travail manque de façon flagrante?On espère un jour avoir le choix.Les projets ne manquent pas: l'inventaire forestier, la récolte de cônes, l'acquisition d'usines de sciage, de pâtes et papiers, l'implantation de serres Bien se brancher Avec une coopérative on peut assurer son avenir mais il ne s'agit pas seulement d'un projet de travail.Si on n'a pas d'abord et avant tout un noyau humain, ça va craquer, même avec la plus belle structure administrative Sans l'implication de chacun, l'organisation risque de tomber dans les mains de deux ou trois personnes Et alors, la coopérative n'en est une que de nom L'implantation ne vient pas toute seule.Pour développer le sens coopé- ratif, on a essayé de mettre sur pied des ateliers de sensibilisation, puis des comités d'information, d'embauché et de protêts Mais, ça n'a pas marché C'est difficile d'aller chercher des ressources humaines auprès des institutions coopératives et gouvernementales, car ces services donnent davantage des trucs techniques Personne ne dit quoi faire en terme d'éducation Les travailleurs espèrent que la coopérative de développement régional nouvellement implantée, chargée de la mise sur pied et du suivi des coopératives, pourra leur apporter le support humain nécessaire à la survie de la Coopérative de Portneuf Un projet de société se bâtit à même nos milieux de vie.dont celui du travail.Le dossier de juin?C'est vous qui l'écrirez.Écrivez-nous de petits récits humoristiques, émouvants ou comportant un suspense.Des textes courts et intéressants à lire durant l'été.Notre objectif?Offrir à nos lecteurs et lectrices sur leur balcon, au parc, au chalet ou sur le bord de la mer des textes intéressants à lire en vacances.Encourager parmi celles et ceux qui nous lisent les talents de romancier qui ne demandent qu'à éclore.Envoyez-nous de petits récits fictifs ou réels à partir de situations de la vie quotidienne.Longueur maximum: 6 feuillets (25 lignes de 60 frappes) Date limite pour présenter les textes: 7 mars 1986 à: Revue Vie Ouvrière, 1212, rue Panet, Montréal, ÛCH2L2Y7-(514) 523-5998.VIE OUVRIERE / JANVIER FEVRIER 1986 /13 C'est vous qui l'écrirez.Écrivez-nous de petits récits humoristiques, émouvants ou comportant un suspense.Des textes courts et intéressants à lire durant l'été.Notre objectif?Offrir à nos lecteurs et lectrices sur leur balcon, au parc, au chalet ou sur le bord de la mer des textes intéressants à lire en vacances.Encourager parmi celles et ceux qui nous lisent les talents de romancier qui ne demandent qu'à éclore.Envoyez-nous de petits récits fictifs ou réels à partir de situations de la vie quotidienne.Longueur maximum: 6 feuillets (25 lignes de 60 frappes) Date limite pour présenter les textes: 7 mars 1986 à: Revue Vie Ouvrière, 1212, rue Panet, Montréal, ÛCH2L2Y7-(514) 523-5998. L'ANNÉE DE LA PAIX GUY CÔTE, de l'Entraide missionnaire Après l'Année internationale des jeunes, 1986 sera celle de la paix.On peut y voir une certaine continuité, puisque ceux qui ont le plus long avenir devant eux sont aussi ceux qui s'engagent davantage pour la paix.Mais la paix n'est pas une question qui concerne seulement un avenir plus ou moins lointain Ce qui menace la paix nous affecte aujourd'hui, autant que le chômage ou les problèmes de logement La course aux armements engloutit des milliards de dollars qui ne peuvent être consacrés à la santé, à l'éducation ou aux programmes sociaux, aujourd'hui.La psychose de la guerre entretient une méfiance de l'ennemi qui tue toute confiance et tout espoir, aujourd'hui.En habituant nos consciences à la menace d'utiliser contre les populations entières des armes dévastatrices, la politique de dissuasion par le sur-armement anesthé-sie notre sens moral aujourd'hui.Si la question de la paix nous concerne de si près, nous serions bien mal avisés de la reléguer au grenier des «jongleries» facultatives.C'est un défi pour aujourd'hui, et pour chacun et chacune d'entre nous.Bien sûr, les Années internationales n'ont pas la réputation de faire des miracles.Mais nous pouvons quand même en attendre quelques pas concrets: une meilleure information; une prise de position plus nette; un engagement plus réel.Puis une mobilisation de l'opinion publique.Celle-ci ne suffit pas toujours à faire bouger les pouvoirs, surtout quand le complexe militaro-industriel est touché.Mais les pouvoirs, de leur côté, sont incapables de fonctionner indéfiniment à rencontre de l'opinion publique.Plus précisément, sur quels, points faire porter nos efforts9 Quels sont les enjeux prioritaires?1) Démystifier l'épouvantail de la menace soviétique.Sans avoir la naïveté de nier tout danger, il serait temps de se rendre compte que le peuple russe étant l'un de ceux qui ont le plus souffert de la dernière guerre mondiale, et qui en gardent la mémoire la plus vive (1 ), il n'est pas prêt à faire face de nouveau à des atrocités pires encore II faut chercher les avenues d'une rencontre à la base entre citoyens d'ici et de là-bas.2) Réexaminer notre conception de la sécurité nationale et de la défense.Puisque tout danger n'est pas ex- clu, il faut être en mesure d'assurer notre sécurité.Mais par quels moyens?Des voix de plus en plus nombreuses, et parmi les plus autorisées (par exemple, les ex-généraux pour la paix) dénoncent la théorie selon laquelle plus on est armé, mieux on assure la paix.Le contraire aurait plus de chance d'être vrai! Il faut donc de toute urgence inventer des alternatives politiques de dissuasion militaire, et créer des groupes voués à cette recherche, par exemple sur la résolution effective des conflits par la non-violence.3) Faire une analyse critique des mécanismes générateurs d'injustice, et donc de guerre.En plus des grands déséquilibres Nord-Sud, il y a lieu de nous interroger sur nos habitudes de vie, en particulier celles qui concernent nos besoins immédiats.Nos dirigeants justifient les dépenses militaires de notre pays par la nécessité de protéger nos intérêts nationaux: niveau de vie, emplois, etc.Ces liens sont-ils si évidents?Avons-nous vraiment besoin de l'industrie militaire pour stimuler l'économie?4) Éduquer à la paix.Le service de la paix commence par l'information, la réflexion et la discussion entre personnes de bonne volonté.Les lieux pour assurer cette libre circulation d'idées ne sont pas si nombreux.Il faut les multiplier pour éveiller sans cesse et développer la disponibilité à la paix et la capacité de paix Dans les groupes populaires, les syndicats, les écoles, les églises, il faudrait pouvoir compter sur le travail de tels groupes.Et au plan personnel, chaque individu préoccupé de la paix doit apprendre à cultiver en soi les attitudes et les choix cohérents avec son désir de paix.(1) Ct Le Monde diplomatique, n.377.août 1985.14 / VIE OUVRIERE / JANVIER-FEVRIER 1986 «L'information est la clé du pouvoir.Celui qui ignore demeure sous la dépendance de celui qui sait.» Bernard Voyenne Médias et cris L'information, ce n'est pas ce qui manque en Amérique du Nord.Nous sommes noyés, suralimentés par cette puissante industrie qui occupe autant nos forêts que l'espace.Omniprésence trépidante, elle couvre l'ensemble du monde, dont elle nous trace un portrait à l'allure d'une piste de course.Se pourrait-il que ce quatrième pouvoir ne soit que le miroir d'un monde, que l'écho d'un seul discours?A côté des médias, il y a des cris qui ne peuvent se faire entendre.Entrevues et textes Céline Cossette VIE OUVRIERE / JANVIER-FEVRIER 1986 /15 RE EMPRISE ormation est une des plus belles conquêtes de l'humanité.Elle est l'affirmation de libertés fondamentales pour l'ensemble des collectivités.Mais à travers le canal de la transmission, ne prendrait-elle pas quelques libertés qui viendraient détruire la réalité des «médias pour tout le monde»?Vu de l'intérieur Le monde de l'information s'appuie sur un univers de libertés acquises au fil de luttes.Contre la censure se sont levées les libertés d'expression, d'opinion et de publication.Cette dernière s'est concrétisée dans la libre entreprise, associant la garantie de qualité à la concurrence.À cause d'événements comme l'utilisation des médias à des fins de propagande et le stockage de l'information durant les deux dernières guerres mondiales, on est venu à réclamer d'autres droits et libertés.«Les entreprises doivent pouvoir rechercher et distribuer des informations en n'importe quel lieu sans que des considérations de frontières entre les États ne limitent cette liberté d'action.»1 Les Etats-Unis ont appelé cela le «free flow».la libre circulation de l'information, doctrine adoptée par les démocraties occidentales.Plus encore, il faut un accès réel aux sources d'information pouvoir aller sur les lieux, empêcher la rétention d'information L'information est considérée comme un outil de progrès et de développement Elle doit être constituée non pas d'opinions ni d'idéologies mais de faits Ceux-ci sont choisis en fonction de l'actualité, de leur signification et de l'intérêt qu'ils éveillent chez le public.Ces faits son amenés avec le maximum d'exactitude «L'objectivité résulte, selon une formule consacrée, "du libre heurt des multiples subjectivités "»1 À travers ces principes, la bataille n'est pas terminée Ces droits et libertés ont consolidé les entreprises de presse.Ce qui est maintenant réclamé, c'est le droit à l'information et à la communication C'est le public qui demande sa part de pouvoir.En regardant autrement Bardés de bonnes intentions, les médias n'en livrent pas moins chaque jour un produit qui n'atteint pas nécessairement ses objectifs, tant au plan national qu'international.Le groupe de la Maîtresse d'école s'est penché sur le traitement fait à deux conflits internationaux Si les médias peuvent se pencher sur l'école, pourquoi la réciproque ne serait-elle pas possible9 Dans L'arme de l'information, le groupe examine la couverture faite pendant deux mois par Le Devoir et La Presse sur les conflits en Pologne et au Salvador.Leur but: mesurer leur objectivité de traitement face à deux événements qui d'abord, concernent les droits de la personne et ensuite, impliquent les deux super-grands, États-Unis et URSS Juste en terme d'espace, la Pologne est nettement favorisée: près de 3 fois plus de place lui est accordée dans Le Devoir et 13 fois plus à La Presse.Et poutant dans cette période, il y a en moyenne de 730 à 930 assassinats politiques et 800 morts au combat au Salvador En Pologne: aucun.Face au Salvador, des faits importants sont à peine traités par ces médias, comme le massacre de 117 villageois par l'armée, l'abandon de la réforme agraire, les plus grosses victoires de la guérilla en quatre ans.Par contre, la couverture polonaise n'en est pas une de faits mais de commentaires et de spéculations sur la façon dont Walesa reçoit le Prix Nobel, sur les «potentielles réactions» que causeront de grosses manifestations et une augementation alimentaire de 10% Quand ces événements surgiront enfin, il y aura peu de réactions et les médias en parleront peu D'une part.donc, on ignore des faits et d'autre part, on spécule sur des faits qui n'arrivent pas.On ne tire pas du même bord de la couverture.La Maitresse d'école se questionne sur les causes: le monopole des agences de presse, la portée réelle de la «liberté de presse» des pays démocratiques (Salvador) et de la «censure» des pays totalitaires (Pologne).Elle s'interroge sur la façon de présenter les nouvelles; leur accorde-t-on un espace qui chuchote ou qui leur sert de haut-parleur?Elle met en doute les sources qu'on dit «bonnes», «sures», «diplomatiques» mais qui sont le plus souvent anonymes.Sa conclusion?«Il est bien difficile d'acquérir et de garder un esprit critique dans notre société «d'information libre».(.) Pourtant, le message de cette étude c'est que tout n'est pas si blanc ou noir »2 La Maîtresse d'école considère de plus que les médias occidentaux traduisent trop les intérêts américains en récupérant de bonnes causes (Pologne) et en ignorant d'autres (Salvador) à de vulgaires fins de propagande Allons donc! Le responsable de l'information internationale au Devoir, Michel Arse-neault, a été choqué de cette attaque Ironisant, il se décrit: «tous les matins à mon arrivée au journal, j'astique «mon arme de l'information» (.), je m'applique alors à établir comment je vais «pervertir l'information» et me livrer à une désinformation consciente et grossière »3 Allons donc, ce n'est pas sérieux1 Et après avoir accusé le groupe de lacunes méthodologiques, il conclut.«Mais je le dis sans ironie, les journaux, c'est comme tout le reste, il faut apprendre à les lire.Et pourquoi pas commencer à l'école9»3 Tout est là: apprendre à lire.Ce n'est pas Michel Arseneault qui est concerné Aux dires de ses confrères, il est un journaliste très consciencieux 16 / VIE OUVRIERE / JANVIER-FEVRIER 1986 / .Quand les médias parlent d'eux, c'est en terme de putes ou de charognards.Mais demande/-leur de dévoiler que c'est parce qu'ils ont faim, parce qu'ils n'ont pas d'endroit ou se loger que les jeunes vendent leur cul.ÇA NE PASSE PAS.» Patrick Celier, animateur au projet d'intervention auprès des mincur-e-s prostituées.Colloque «Les médias et les 1S -30 ans> Quand NOUS on initia entaires^s ™'9ré tous nos ïêtotL*"6"'»"""* Pas.Lors de la Semait h "e vie"nen, eaux et de la oranrff des assistés so- ?uéb^.o'est!n%ZnTVane Mon>^-*> meilleure oouvenTeH nousavons eu OPDS-RM.«Les jeunes désespèrent des médias .^.rn!llu.raPPortl'" "lloque «Les pour traduire leur réalité actuelle.tre St-Pierre médias etles18.30ans»,or9aniséparleCen.et soucieux d'une bonne information L'enjeu n'est pas là.Ce que la Maîtresse d'école met en évidence c'est que derrière chaque information, il y a des choix.Pourquoi parler de ce fait plus que d'un autre7 Quel est son intérêt7 Et on ne parle pas ici que de l'aspect accrocheur de la nouvelle mais de son poids social ou politique ou autre.Lire un tournai c'est aussi lire les absences et les répétitions.L'objectivité journalistique, c'est d'éviter d'être une courroie de transmission.C'est de donner l'information la plus honnête et la plus fiable (vérifiée) possible Mais l'objectivité ne peut prétendre être libre d'intérêts et de choix Libre théoriquement, elle s'incarne dans une réalité La vraie question que pose La Maîtresse d'école c'est: «Se pourrait-il que les médias ne soient pas neutres mais qu'ils soient au neutre; qu'ils suivent la pente idéologique d'un système qui les a engendrés7»4 Chez nous est-ce pareil?Qu'on se fasse un peu avoir sur l'in- formation internationale c'est en partie explicable Mais sur le plan local, on pourrait croire qu'on peut donner une information de qualité la plus exempte de partialité.Se rappelle-t-on de la grève du transport en commun à Montréal, en janvier '82.les deux pieds pognés dans la neige, et la tète dans la tempête syndicale-patronale7 L'Institut canadien d'éducation des adultes (ICEA) a fait une analyse de la couverture de presse Les médias ont expliqué les 2/3 du temps que cette grève, dans une ville comme Montréal, en plein hiver, c'était inhumain.5 Le 22 janvier '82, |ournée ou les syndiqués retournèrent au travail sous la menace d'une désaccréditation, Marcel Adam de La Presse écrivait «Aujourd'hui, des choses peuvent être dites, qu'il ne convenait pas de dire quand il fallait en priorité prendre le parti de l'État contre l'anarchie »5 Les éditorialistes savaient que les syndicats avaient raison sur plusieurs points, ils savaient que le gouvernement testait sur ce groupe une politique pour l'ensemble des travailleurs du secteur public Ils ont attendu la fin du conflit pour en faire état et analyser la situation dans son ensemble Retenir des informations, focaliser sur une seule partie du conflit, n'est-ce pas choisir en toute objectivité de prendre parti7 La presse est-elle un instrument d'information ou l'instrument du pouvoir7 La liberté d'information n'est pas dans le seul fait qu'on parle de tout Faut-il voir aussi comment et quand on en parle, pour qui et pourquoi1 1 Trudel P Boucher J Piotte R Brisson JM Le droit a l'information émergence, re connaissance, mise en oeuvre, Presse de I université de Montréal.1981 2- La Maîtresse d'école L'arme de l'intorma lion.Numéro spécial de La dépèche et Info FNEEÛ.mai 1985 3 Michel Arseneault.-L'arme de l'information de nombreuses lacunes méthodologiques Le 30.Vol 9.No 7 septembre 85 4 -La Maitresse d école se détend- Le 30, Vol 9 No 9 novembre 85 5 Louise Toupin II laut que le métro roule.Numéro spécial de r ICEA Vol 5.No 2 mai 1982 VIE OUVRIERE / JANVIER-FEVRIER 1986 /17 formation, PARASITE DE LA MACHINE Avoir une presse parfaite qui réponde à tous les besoins en même temps, c'est illusoire.Mais l'illusion qu'il existe une presse qui offre un maximum de qualité, elle pourtant, persiste.Plusieurs travailleurs de l'information mettent toute leur compétence ou service de cette qualité mais, quelque part dans le fonctionnement de la machine, quelque chose bloque.Le monde de l'information est avant tout une grosse business À partir du portrait tracé pour l'ensemble des quotidiens par la Commission Kent (1981), on réalise la faible part de ressources financières accordée à la rédaction Ce qui touche directement à l'information est assez mince: 17,4% du budget Le papier et l'impression, à eux seuls mangent 45,8% du financement La publicité fournit la plus grande part des revenus, soit 78,5% Les cotisations des lecteurs couvrent à peine les frais de rédaction, avec un apport de 20.2% C'est à se demander si un quotidien est une source d'information ou de publicité Peut-on affirmer qu'avec un tel poids, la publicité n'aurait aucune influence sur le contenu?La rédaction vit dans un étau financier qui influence les affectations de la salle de presse, les collaborations à l'étranger, la diversité des sources d'information: soit les outils même de son travail Dans les «grosses businesses» ce qui garantit la qualité d'un produit, c'est la concurrence Or.la concentration de la presse va touiours s'accen-tuant, standardisant l'information Au Québec, trois consortiums se partagent 96% du tirage des quotidiens francophones: Gescar (Desmarais), Québécor (Péladeau).Unimedia (Fran-coeur) Seul Le Devoir fait cavalier seul (1) Remonter aux sources L'époque du citoyen qui appelle à tour de bras au journal pour signaler les événements et celle du reporter qui arpente la ville est bien révolue.Un système bien articulé de circulation de l'information envoie directement les journalistes au coeur de l'action.Chaque jour rentre «sur le fil de presse» l'annonce des différentes conférences de presse.À chaque journal de répartir ses effectifs pour assurer une couverture des événements qui lui semblent intéressants.Pour agrandir le territoire de l'information, les médias ont recours aux agences de presse qui collectent et transmettent les informations.La Presse canadienne, coopérative appartenant à une centaine de quotidiens, alimente le réseau à partir des reportages de ses propres journalistes, de ceux provenant de ses quotidiens membres ou des agences mondiales Celles-ci sont au nombre de cinq: deux américaines, AP et UPI, une française, AFP, une anglaise, Reuter, et une soviétique, TASS.La mise en commun de l'information permet une ouverture sur le monde Mais quel monde?Sans reporters à l'étranger, de nombreux postes coupés par la crise, 90% de nos nouvelles internationales reflètent des cultures et des intérêts étrangers, qui s'identi- fient beaucoup aux préoccupations américaines.Dans les quotidiens, les journalistes courent chaque jour les conférences de presse.On y croise le fer entre spécialistes des communications.Souvent organisées par d'ex-journalistes recyclés en relations publiques et publicité, les conférences de presse sont les déversoirs d'un discours de propagande bien articulé et étayé d'arguments consistants.Malgré l'esprit critique des journalistes, vu l'abondance et la répétition de ces discours, ils finissent par s'implanter A-t-on jamais autant entendu parler, par exemple, d'un État-Providence à abattre?Il est difficile de contrebalancer la puissance des messages du gouvernement et de l'establishment social.Les journalistes se laissent souvent happer par le tourbillon rapide de la quotidienneté.Les groupes qui pourraient tenir un contre-discours n'arrivent pas au niveau du professionnalisme des agences de relations publiques pour asseoir leur crédibilité À cette information pré-digérée s'ajoutent d'autres petits jeux de communication Tout journaliste est à l'affût d'un «scoop», de la nouvelle exclusive.Chacun essaie de trouver un filon d'information, de provoquer des fuites dans les secrets chastement gardés Des fuites, il y en a, et elles sont souvent judicieusement calculées.Le nez collé sur la piste, les reporters ne flairent pas certaines informations Combien d'articles ont été écrits sur la prétendue date des élections9 Ça se passe ailleurs Mieux encore, aux États-Unis, on parle carrément de désinformation.18 / VIE OUVRIERE / JANVIER-FEVRIER 1986 Hess, auteur de The Government Press Connection, regroupe sous quatre catégories les tactiques que le gouvernement utilise dans la joute des communications.On accepte le mensonge honnête, légitimé par la sécurité nationale, et le mensonge par inadvertance, l'erreur étant humaine.La demi-vérité, souvent utilisée pour éluder des questions trop «chaudes» est plus difficile à encaisser.Et que faire devant le mensonge pur et simple?.Que répondre au secrétaire de presse de Bush qui dit: «Vous pouvez dire ce que vous voulez dans un débat où 80 millions de personnes vous entendent Si des journalistes réalisent que le candidat a menti, qu'importe?Peut-être que 200 personnes le liront.» (2) Pour contrer ce courant, il n'y a qu'une solution: suivre la règle énoncée par le Procureur général John Mit-chell: «Ne vous préoccupez pas de ce que nous disons.Surveillez plutôt ce que l'on fait.» Comme tout ce qui vient des États-Unis finit par franchir les frontières, on peut penser que le processus de désinformation «flirte» déjà avec notre système.Pour l'éviter, il faudra abandonner le journalisme des conférences de presse.Faire l'article De retour à la salle de presse, les journalistes mettent en forme les événements.Qu'est-ce qui en ressort?Depuis quelques années, certains secteurs ont réussi à prendre leur place dans la presse, et même, à s'y faire aimer, comme l'économie Mais aujourd'hui «la presse redécouvre la vie quotidienne des citoyens.(.) Évidemment les préoccupations sociales, économiques et politiques ne sont pas remisées pour autant mais on ne peut ignorer que la mode est aux faits divers» C'est ainsi que Gilles Gougeon, journaliste à Radio-Canada, perçoit la presse.(3) Cette mode est si forte que tout est à se «fait-diversifier», selon Rodolphe Morissette, journaliste du Journal de Montréal.Alors qu'on vient de sortir du fait divers les nouvelles de police en les traitant sous l'angle d'une information judiciaire, ce sont les autres secteurs qui tombent dans le style «chiens écrasés».On transforme les nouvelles économiques, politiques ou autres en flashes ou en brèves.«Ces petites unités d'information font l'objet du traitement typique de l'ancien fait divers: avec les qui, quoi, où et quand — mais rarement comment et encore plus rarement pourquoi—, le tout sur cinq ou dix lignes»(4) Et pire encore, des faits totalement insignifiants prennent une place démesurée «Â la recherche de son père, il paie le limier avec de la tarte au chocolat.Ça a lieu à Los Angeles et c'est classé en page 2 II faut dire que les Québécois aiment le dessert.»(4) L'ensemble des éclatées, morcelée, tes relations entre dance de ces nouv pauvreté de l'informe (1) Mireille Viau Les Médias et nos organisations, Centre de Formation Populaire.1985 (2) Anthony Marro.«Whenthe governmenttells lies-.Colombia Journalism Review (traduction libre) (3) Gilles Gougeon, -Une presse à notre image révolution — stabilisation tranquilles- Le 30, vol 8.no 6.|um '84 (4) Rodolphe Morissette.-Quels laits divers?-, Le 30, vol 9.no6.|uin'85 MASSES vs MASS Syndicat et groupes populaires connaissent bien la difficulté de percer les médias traditionnels.Pour contrer les préjugés que ceux-ci véhiculent, ils ont à batailler pour faire valoir leurs revendications, à s'outiller pour améliorer leur information et, éventuellement, à mettre sur pied leur propre média écrit national.Dès 79, lors du colloque «La parole, ça se prend», et ensuite aux «États généraux sur les communications», en '84, les groupements syndicaux et populaires ont établi une plateforme de revendications Oui, il y a à demander, VIE OUVRIERE / JANVIER-FEVRIER 1986 /19 V çpjDnTe'Laccè?«iVaawmel un plus gra affecté?, réalités, aytfc droit de répya ux médias et le droit Cela serait possible nombre de journa-couverturede leurs reconnaissance du Est aussi revendiqué information complète, e et pluraliste Ça implique un nouvel équilibre des secteurs d'information: moins de sports, plus d'affaires syndicales et populaires; une diversification des sources d'information: moins d'agences, plus de sources directes D'autres aussi doivent s'impliquer.Le gouvernement doit freiner la commercialisation et la concentration des mass-médias, exiger qu'ils respectent leur mandat de service public et consolider les médias communautaires et alternatifs Action De leur côté, les organismes ont travaillé à pallier leurs faiblesses.Ils ont amélioré l'information à l'intérieur de leurs propres organisations.Ils se sont donnés des mécanismes de formation Les groupes populaires ont accentué leur concertation au sein d'organisations régionales comme les OVEP (Organismes volontaires d'éducation populaire) et nationale comme le MEPACQ (Mouvement d'éducation populaire et d'action communautaire du Québec).La C.E.Q.a transformé sa revue syndicale en un magazine à large public et à intérêt général, Mouvements.Ces organismes multiplient leurs interventions, plaintes, commentaires, surveillent les médias et développent leur propre expertise Pour que le public réalise qu'ils sont des «partenaires sociaux» et non pas les «agitateurs sociaux» que les médias présentent, ils doivent le dire, monter leurs dossiers et se manifester.Devenir concurrent Mais au delà des pressions sur la masse des médias, les organismes populaires et syndicaux s'interrogent sur la possibilité de mettre sur pieds leur propre média écrit national et progressiste.C'est en quelque sorte vouloir faire renaître Québec-Presse, journal heb- domadaire mis sur pied en 1969 par des militant-e-s de mouvements syndicaux et coopératifs et des groupes politiques et populaires.Il a duré cinq ans pendant lesquels il a essayé de donner une forme nouvelle à l'entreprise de presse et à l'information.L'Institut canadien d'éducation des adutes (ICEA) pilote le projet du nu-veau journal.Même si cet hebdo national est fortement désiré, il est difficile à mettre sur pied dans le contexte de crise actuelle Dimanche-Matin ne vient-il pas de céder à la concurrence des éditions du dimanche des grands quotidiens et de fermer ses portes?Mais il faudra que quelques chose arrive, car les mass-médias ne sont pas près de s'ouvrir Quand Paul Bélanger, de l'ICEA, a envoyé un article donnant un compte-rendu des «États généraux sur les communications» de '84, il y avait cette note de la rédaction au bas de l'article: «La Presse a dépêché un journaliste à cette réunion mais, appelé d'urgence sur les lieux d'un sinistre, il n'a pu rendre compte des conclusions.Merci de nous les communiquer».C'est presque cynique.À force de vouloir Si nous prenons la peine d'inventorier nos ressources, nous réalisons qu'il existe un possible intéressant: les médias communautaires.Radios, télés, journaux ont champignonné un peu partout au Québec avec une importance, des formes et des contenus inégaux.Certains sont les seules voies de communication de leurs régions, d'autres luttent avec force dans l'ouragan de la concurrence.Peu importe leur différence.Leur force réside dans leur multitude, non plus éparse, mais ralliée en réseau.Les médias écrits du Québec ont formé leur association, l'AMECQ, en 1980 Celle-ci a accompagné le développement de ces nouvelles entreprises de presse locales.Plus de 50% des journaux locaux sont apparus au début des années '80.Pourtant, ce phonomène n'est pas récent Le premier journal communautaire, le Maillon, s'est implanté à Grandes Berge-ronnes sur la Côte-Nord en 1967, et il vit encore.Plusieurs journaux ont poussé comme des fleurs au printemps et ont disparu à l'hiver des années Mais depuis la formation de l'AMECQ, les nouveaux venus durent.Onze au départ, ils sont maintenant 52 au sein de l'Association Tous opèrent sur un marché local: un quartier, une localité.Ils couvrent une information générale qui rejoint les sensibilités de leur communauté.Celle-ci est très présente aux journaux car ce sont des organismes sans but lucratif, gérés par leurs utilisateurs Ensemble, ils tirent à 225 000 exemplaires et rejoignent plus de 500 000 lecteurs C'est un peu plus que le tirage journalier de La Presse.N'a-t-on affaire qu'à de simples feuilles de chou?Seulement 36% ont un format bulletin (8,5" x 11"), 57% publient sous la forme tabloïd (format Journal de Montréal) Mais qu'importe la présentation II y a quand même 2 millions et demi de dollars qui se brassent dans l'ensemble de ces petites entreprises Leur atout majeur est de rendre leurs pages accessibles à des groupes, organismes, individus qui peuvent faire part de leurs besoins, donner leurs idées, enclencher des ac- 20 / VIE OUVRIERE / JANVIER-FEVRIER 1986 n oo -,«* «o b tions.Dans certaines régions, c'est toute la vie de la communauté qui passe par le journal.On leur reproche souvent leur amateurisme.Peu de journalistes professionnels y travaillent.Mais leur souci de formation et de rigueur augmente.L'AMECQ, à leur demande, développe des outils pour améliorer la qualité de l'information locale, outils qui touchent autant l'écriture et la gestion que la publicité.Il ne leur est pas nécessaire d'être branché sur les agences de presse pour soulever des paniers de crabe et demander des comptes aux autorités concernées.La parole: un droit Le journal communautaire a été pour certains la seule voix possible pour être entendu À Québec, en 1974.c'était l'époque de la «revitalisation» du centre-ville, du réaménagement sauvage, des quartiers rasés pour faire place aux méga-proiets des autoroutes pour banlieusards et des bâtiments administratifs et hôteliers.Les comités de citoyens se sont formés pour combattre pouce par pouce cette invasion Ils ont tenté de prendre la parole et d'expliquer leur point de vue Leurs conférences de presse ont été boycottées, ou leurs propos déformés Les groupes et organismes populaires ont donc mis sur pieds leur propre Droit de parole.Ce journal apporte une information que les grands journaux ne donnent pas II lutte pour l'amélioration et la défense des droits collectifs de la population.C'est un journal qui ne cache pas son parti-pris pour les démunis, qui travaille à la mobilisation par l'information C'est en ces termes que Denis Falardeau trace l'histoire du journal.Ce mensuel des groupes populaires a toujours vécu du millitantisme de ses groupes-membres, présentement au nombre de 12 Chacun apportait sa contribution tant à la gestion qu'à la production.Les comités de citoyens assuraient la distribution Ce travail collectif a permis de démystifier le monde de l'information II n'y a pas de nouvelles objectives Chaque journal a dans sa trame une analyse Celle de Droit de parole est communautaire Depuis quelques années, le contexte socio-politique a changé Les attaques sont plus subtiles II est donc en train de se produire un rapprochement avec les groupes syndicaux pour établir une plate-forme commune De plus, les groupes connaissent une certaine démobilisation On a besoin d'un apport plus stable des individus pour monter des dossiers et donner un support à l'information Droit de parole est à un croisement Pour continuer, doit-il se donner une infrastructure avec permanents, pigistes et distributeurs rémunérés' C'est ce qui est à décider Nouvelles dépenses, nouveaux revenus?Ça signifiera vraiment incorporer la publicité selon un code d'éthique qui est à se créer.Pour survivre, a-t-on vraiment le choix de ne pas se donner un certain professionnalisme?Un quartier, des amis Deux journaux communautaires de Montréal se font transformés en hebdomadaires depuis mars '85 Finance oblige Liaison St Louis a été mis sur pied en 77.lui aussi par des groupes populaires, cette fois du Plateau Mont Royal Mais, très rapidement, à force de dire au monde «c'est votre tournai», des gens sensibles aux enieux communautaires et populaires ont commencé à graviter autour du journal Le contenu très centré, au départ, sur l'activité des groupes s'est diversifié, ajoutant le culturel, la politique municipale, les préoccupations individuelles comme un arrêt au coin d'une rue VIE OUVRIERE / JANVIER FÉVRIER 1986 / 21 communication, le 4>assJfà un journalisme de &&,-surTe terraiMoù on mène ses propres enquètés^monte ses dossiers.Malgré^tjMividualisation, par son ~^€entenu^5on approche, le journal mêmes objectifs que les groupes de départ.«Nous produisons une information qui tend à faire bouger dans le sens d'une amélioration de la qualité de vie dans le quartier» de dire Michel Venne, coordonnateur de la rédaction «Ce parti-pris ne fait pas pour autant de Liaison St-Louis un journal d'opinion Nous visons une information utile en reflétant les préoccupations d'ici, en questionnant, en soulevant les contradictions et en forçant les personnes concernées à donner des réponses » Depuis '83, le journal s'est donné un plan de développement, pour bien mettre le bateau à l'eau.Il y a maintenant sept permanents, une cinquantaine de collaborateurs bénévoles.Le tirage est de 28 000 exemplaires La publicité occupe 50% de l'espace et ne devra pas dépasser ce cap Liaison St-Louis n'avait pas le choix Pour contrer la concurence de l'Hebdo St-Louis, «un journal de publicité truffé de quelques communiqués», comme on se plaît à le décrire à Liaison St-Louis, il a fallu devenir bimensuel Ce qui a fait doubler les dépenses Pour augmenter les revenus, ceux de la publicité, il faut une parution régulière.«Pour nous, dit Michel, passer à l'état d'hebdo, c'était une question de survie.» Cette étape de redressement s'est faire au détriment du nombre de membres Négligence à laquelle il faut remédier Le journal vient de mettre sur pied le «Club des Amis» qui va lui donner un support humain et financier.Ce club va permettre aux gens et aux groupes de se rapprocher du journal à l'intérieur d'activités initiées par celui-ci: soupers, débats politiques, culturels et autres Par ce réseau, Liaison St-Louis veut devenir un agent actif dans le regroupement des gens du quartier.L'optique communautaire se réaffirme par une présence active dans le milieu Coopérer à l'information Il était une fois, il y a cinq ans, une trentaine de groupes populaires qui ont voulu se donner un outil pour parler du monde d'ici.La Criée, le journal communautaire de Centre-Sud est de la même lignée que ses confrères Vivant de subventions gouvernementales, La Criée a failli mourir dès sa deuxième année lorsque le ministère des Communications a coupé des 2h sa subvention du PAMEC (Programme d'aide aux médias communautaires), soit de 15 000 $ à 5 000 $.Ce coup dur a permis de susciter un mouvement de solidarité au sein des organismes du milieu, de la population et de plusieurs communautés religieuses.Depuis ce jour, La Criée n'a fait qu'augmenter ses parutions et consolider sa situation financière.Hebdo depuis mars dernier, le journal prévoit s'autofinancer à 67% en ne réservant pas plus de 50% de ses pages à la publicité.Les groupes-membres (24) sont toujours présents au sein de l'organisation du journal, même s'ils se sont distancés de la production à cause de la plus grande fréquence de parution.La Criée est très présente dans le quartier: fête, co-production avec l'ACEF-centre, colloque «Mon quartier, je l'ai à coeur».L'entreprise communautaire est viable par elle-même.Elle aimerait toutefois consolider ses bases financières pour accroître sa marge de liberté de presse.La Criée a donc décidé de se transformer en coopérative d'usagers: coût de la part sociale: 10 $.Projet audacieux car la loi exige que la moitié des usagers deviennent membres: 20 000 exemplaires distribués impliquent 10 000 membres!!! La coopérative est le modèle le plus proche de celui d'un journal communautaire.«Investir un 10 $, c'est avant tout ouvrir un canal, un contact privilégié avec le «journal», dit Jean Forest, membre du C.A.«On ne sait si on arrivera à resserrer suffisamment les liens avec les gens du quartier pour faire la coopérative d'usagers.Mais l'idée de coopérative est bien implantée Peut-être pourra-t-elle prendre une autre forme?» Les journaux communautaires collent à la réalité de leur milieu en tentant d'éveiller celui-ci à un autre type d'in- formation.Qu'on lise différemment le journal, voilà leur objectif d'éducation.Et pourtant Tous les journaux communautaires ne peuvent prendre l'ampleur des hebdos communautaires.Soixante-dix pour cent tirent à moins de 2 500 exemplaires.Et pourtant, il se brasse des affaires.À l'AMECQ, on étudie un projet de publicité nationale.«Les subventions aux médias communautaires, qui représentent un quart des programmes du ministère des Communications, ont été touchées par les compressions budgétaires.Mais si on fait un parallèle avec le OVEP (Organismes volontaires d'éducation populaire), on sent que ça s'en vient» commente André Bourgon, permanent de l'AMECQ.«Vaut mieux être dépendant des budgets de publicité que des subventions » L'Association voudrait arriver à négocier une enveloppe-fermée de publicité avec le gouvernement.C'est ce qu'ont obtenu les Hebdos métropolitains C'est une autre forme de subvention à l'entreprise privée! Déjà l'automne dernier, l'AMECQ a fait subventionner deux articles d'une série de huit par Hydro-Québec pour défrayer la publication dans les journaux communautaires.Autre projet ambitieux: l'AMECQ essaye d'informatiser le réseau par le biais de fonds d'aide à l'informatisation des entreprises de presse du ministère des Communications du Québec Une étude de faisabilité effectuée en septembre '85 est favorable au pro-jet.Le désir de donner une structure plus solide aux journaux locaux prend plus de sens quand on sait que «les hebdos régionaux constituent une source d'information plus importante au Québec qu'ailleurs au pays, conclut Crop».Elle arrive au même pourcentage que la radio (Les Affaires, 15 déc.84, Cahier spécial 518).Peut-être verrons-nous un jour l'avènement d'une presse nationale qui respectera plus adéquatement le droit à l'information.En attendant, la parole peut prendre une voie intéressante à travers les réseaux communautaires.22 / VIE OUVRIERE / JANVIER-FEVRIER 1986 Myope, que je vous dis J'ai un problème visuel et personne n'arrive à le régler.L'optométriste m'a fait passer tous les tests: des petites lettres sur le mur aux appareils les plus sophistiqués.Rien! Moi, je persiste à dire que je ne vois pas plus loin que le bout de mon nez.La preuve?Je l'ai devant les yeux tous les matins.À chaque jour, mon fils me trace le même tableau: il ne veut pas se lever, s'habiller, déjeuner, se brosser les dents ni partir pour l'école.Je suis incapable de prendre mes distances.Immanquablement, je me cogne le nez sur la situation et je vois rouge! Et telle un bateau perdu dans la brume, je hurle.Parfois je me jette de la poudre aux yeux, je reprends mon calme.Mais je fulmine tant que je m'entoure d'un écran de fumée.Et quand sonne huit heures, j'explose Tel un guerrier, la lame haute et la visière basse, |e fonce tête baissée sur lui et le reconduis de façon cavalière jusqu'à la porte.Certain matin, je le regarde droit dans les yeux dès le lever et le fait loucher sur le choix suivant: si ça doit de toute façon finir par une baffe, la veut-il tout-de-suite ou plus tard?Quand il finit par partir pour l'école, je le regarde d'un oeil larmoyant et d'un autre fulgurant.Fâchée de ma propre colère et désespérée de ne pouvoir casser ce cercle vicieux dans nos relations.Un matin, j'ai ouvert un oeil et je crois que c'était le bon J'ai réveillé ma marmotte-hérisson, qui m'a jeté un oeil noir Je n'ai pas cillé de l'oeil J'ai laissé passer le temps, le temps de me remettre les yeux dans le bon trou Et tout à coup, j'ai vu ce qu'il fallait faire.Je l'ai pris dans mes bras, je l'ai bercé Je lui ai donné un petit quart de tendresse C'est comme si on m'avait mis une paire de lunettes roses sur le nez.Enfin! Mais je ne me fais pas d'illusion Je sais très bien que certains matins, je vais me réveiller toujours aussi myope, qu'il n'y aura pas moyen de mettre la main sur mes «lunettes» et que ça va barder! CELINE COSSETTE LE MONDE VU D'£M B4S J'Y CoMpteUQS R\ek) ! QuAtiO C\£ST ^^>X-^rR€S Q« l^s /*wlS, ils S'é/O v4*jrttsr P£K)on*rr péS Soldes Er V(rS souRééS .piS q^/OD C'EST" HJOUÎ -/1uT7?€ y f
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