La vie en rose, 1 janvier 1980, mars
librairie des femmes Librairie-café féministe 3954 rue St-Denis, Montréal Heures d'ouverture : Lun.mar.mer., 10 à 6, jeu.vend., 10 à 9 et le samedi 10 à 5.Tél.: 843-6273 f-t- ROSE plus ¦Que faisiez-vous au Temps Fou, dit la fourmi à cette emprunteuse ?" Pour un an, ne vous déplaise, LA VIE EN IJL.CUÔO * I UUA LUI »H « * * ^* * ^ »»! I Notre correspondante était sur les lieux par Marie Décary Jeudi, 20 décembre 1979, trois heures p.m., aujourd'hui ce n'est pas le voile du temple qui se déchire, c'est Lévesque, le Premier Ministre qui dévoile sa question.Je suis à l'Assemblée Nationale, surplombant cette arène, cette fosse où les lions même vieillissants bêlent au lieu de rugir.Il y a parmi eux de belles toisons frisées mais pas beaucoup de moutons noirs.Je pense au merdier mondial dans lequel nous nous enfonçons grâce aux dirigeants de ce monde qui sont, et ce, je l'ai encore entendu aux dernières nouvelles de la voix de Bernard Derome, majoritairement des hommes, majoritairement possédants et de préférence actionnaires, de toutes races et couleurs à l'extérieur mais blancs en dedans.Je rage, j'ai envie de mordre et que ça fasse mal.J'ai envie d'être là, au pouvoir.J'ai envie de voter pour Claire Brassard, Diane Létourneau, Pauline Julien, Sonia chatouille Côté, en précisant que ni moi ni ma soeur n'avons porté au pouvoir Solange Tapis-Volant, Margaret Thatcher, Indira Gandhi.J'ai envie de me présenter, n'étant ni plus ni moins OUI ou NON ?Qui sait?par Ariane Emond Voilà, une fois de plus les sondeurs sont lâchés.Après avoir cherché pendant des mois LA question fatidique, c'est désormais LA réponse qui les obsèdent.Leur devise : connaître aujourd'hui ce qu'on cochera demain.Mais c'est précisément là le hic : on ne sait pas trop bien.Si le sort nous désigne, leur indiscrétion nous glace.Traqué(e) au bout du fil, on improvise une réponse pour remplir le blanc et qu'on nous laisse en paix.Après tout, ils verront bien.Dans le temps comme dans le temps.14/La vie en rose, mars 1980 OCIEES^ NOUS REPONDONS X LA QUESTION.vertueuse qu'un député moyen, une femme blanchie en dedans au même titre que les autres avec, à l'occasion, une goutte de sang ou de sueur en plus.Mais je voudrais être là, assise en bas au milieu des complets gris.Ils ne sont pas tous également méchants ou retors, certains d'entre eux pourraient même être dignes de confiance ! Mais elles sont trop peu nombreuses.Elles, et à six ne peuvent pas, prises dans le pot-au-feu national, rendre compte de toutes nos tendances, de tous nos espoirs, tous nos projets, de nous toutes puisque nous ne formons pas, non plus un bloc monolithique, puisque nous ne sommes pas LA femme mais des femmes encore sans pouvoir à qui le programme « d'égalité des chances » n'offrira bientôt que celle d'aller mourir au front.Et j'écoute la question distraitement, sachant que je pourrai la lire in extenso, le lendemain, à la une de tous les journaux.Le moment est quand même émouvant, c'est comme assister au 100e but de Guy Lafleur au Forum au lieu de le voir en reprise à la télévision.J'écoute distraitement la question, sachant depuis 10 ans que je voterai oui ; au même moment, l'incorruptible M.Ryan se prépare à répondre : •¦ No thanks ! ».n'ajustez pas votre appareil, malgré les apparences, ceci n'est pas un « replay ».Les sondeurs calculent et restent sur leur appétit : les sondages se suivent et se contredisent.Pauvres sondeurs! Pourquoi ne pas chercher ailleurs la réponse tant convoitée?Pourquoi ne pas sonder ceux qui sont les mieux placés, ceux à qui des milliers de gens confient en toute candeur leur coeur et leur •< look ».Ceux qui tout en faisant tomber les boucles savent si bien ramasser les confidences.Ceux qui ont appris, à force d'y jouer, ce qui se cache dans la tête des autres.Oui ou non ?C'est pourtant bien connut Seul son coltteur le sait.Un livre si blanc.par Sylvie Dupont Mariné étape par étape dans l'eau de Javel de la prudence, le bleu a déteint.Le livre est blanc, aseptique, pussilanime et grandiloquent.Qui aurait cru en 70 qu'il porterait le sceau d'un gouvernement majoritaire et qu'on s'ennuyerait à le lire ?En 70, on parlait d'Indépendance et le mot avait de la gueule.On le conjuguait avec action et subversion, à l'exemple des noirs américains ; on se prenait pour des panthères, des nègres blancs.Vague réminiscence, le livre est blanc.Très blanc Blanc de mémoire.200 siècles d'histoire oubliée.Minorités de la page 61, ce n'est pas vous le peuple élu.A bon entendeur, salut! Mais rassurez-vous RIEN D'HUMAIN NE NOUS EST PLUS ÉTRANGER COMME COLLECTIVITÉ Alors, en toute humanité LES COMMUNAUTÉS AMÉRINDIENNES ET INUITS QUI LE DÉSIRENT JOUIRONT, SUR LEUR TERRITOIRE, D'INSTITUTIONS (.) Désirer jouir d'institutions, ça prenait des technocrates pour y penser! Louis Riel a blanchi, lui aussi, sous la plume omissive des auteurs du livre.Mieux vaut oublier les métissages historiques et redonner bon teint à ceux qui ont lutté POUR LA SURVIE DES COMMUNAUTÉS FRANCOPHONES DE L'OUEST En 70, on disait •• pas de libération des femmes sans libération du Québec, pas de libération du Québec sans libération des femmes.» Le livre est blanc.Blancs-becs : ILS SE DONNÈRENT LE NOMBRE QUI LEUR MANQUAIT EN 1760.Voilà, maintenant on peut écrire fièrement LA NATION QUÉBÉCOISE, C'EST UNE FAMILLE QUI AURA BIENTÔT 400 ANS.En effet, ça fait 400 ans que les femmes de ce pays bercent une revanche jamais prise.Le livre nous promet LA PARTICIPATION DES FEMMES A LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE (.) AU COEUR MÊME DU PROGRÈS SOCIAL, DU DEVENIR COLLECTIF comme s'ils venaient de l'inventer.Et des RÉFORMES, et des MESURES ÉGALITÉ ET INDÉPENDANCE, l'oeuf a deux jaunes pour faire passer le blanc du mandat et il risque de pourrir sur une tablette.Mais le livre est aussi blanc de peur.QUE DIRAIENT-ILS ET QUE PENSERAIENT-ILS DE NOUS, S'IL FALLAIT QUE NOUS RECULIONS CETTE FOIS-CI?Gavée d HydroQuébec, de cidre, d'amiante et d'uranium, de Manie, de Baie James, de caisses Desjardins et de bières, privée d'exercice, cette liberté rêvée, la belle Indépendance, a pris de la bedaine : UNE PATRIE OU NOUS POURRONS VIVRE EN MAJORITAIRES, AVEC L'INCOMPATIBLE SENTIMENT DE SÉCURITÉ, DE NORMALITÉ QUI EN DÉCOULE De toute beauté.À vrai dire, je n'ai jamais eu très envie d'un avenir de Bénélux et, chaque fois que je l'entend, le mot souveraineté-association me fait penser aux chapeaux les plus hideux d'Élizabeth.Pourtant, il semble qu'en juin ce sera le seul chemin et il faudra que je porte ma croix jusque dans l'urne.Après tout, les taches se voient mieux sur le blanc que sur le drabe.La vie en rose, mars 1980/15 Quelques notes sur le sens de l'humour officii
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