La vie en rose, 1 janvier 1981, septembre
il faut lire Les femmes et Falcool I ^ Fnnuunr i\r I jlith Michèle Costa-Magna Michèle Costa-Magna et Vera Memmi LES FEMMES ET L'ALCOOL Et si les femmes buvaient par plaisir?L'alcool pourrait faire partie des cérémonies de retrouvailles des femmes avec elles-mêmes, corps et âme confondus.Denoel, 180p.S18.95 Marie-Jo Bonnet UN CHOIX SANS ÉQUIVOQUE Recherches historiques sur les relations amoureuses entre les femmes XVI-XIXe siècle Les femmes qui s'aimaient ont été depuis toujours celles dont on ne parlait pas.Marie-Jo Bonnet est allée à leur recherche à travers l'histoire dans une étude passionnante et passionnée qui leur redonne la parole et fait ressortir leur attitude profondément subversive pour la société patriarcale.Denoél/Gonthier (Coll.Femme) 294p.S24.95 I M II 11 11/ 1)1 li^fsl Kl lil-IH\!lii\ Ana G.Martinez EL SALVADOR Enlevée, torturée, interrogée, poussée à la collaboration durant des mois, une femme commandante du Front de Libération nationale du Salvador raconte sa résistance.Edition Des Femmes (Col.Pour Chacune) 264p.S9.50 elerw gianinl BELOTTI courrier au cœur Elena G.Belotti COURRIER AU COEUR Après l'immense succès de son livre Du côté des petites filles, Elena Gianini Belotti nous présente les lettres les plus marquantes qu'elle reçut lorsqu'elle fut chargée du courrier des lectrices de la revue NoiDonne (Nous les femmes).Ces lettres traduisent l'extraordinaire effort des femmes pour s'affranchir du masculin.Editions Des Femmes.418p.$21.00 Il W lVVi DHII.I.\KI> VJ< 1 lï ( I M )\ L'hiirtcDii \au des appointa Jean Baudrillard DE LA SÉDUCTION L'horizon sacré des apparences ¦< Le livre fermé, on se demande si, pour Baudrillard, la séduction n'est pas une nouvelle ligure de notre liberté.» (Max Gallo, L'Express) Denoèl/Gonthier (Coll.Médiations) 248p.$6.95 La porte claque et.o o (APF) Mme Marie Lalonde nous montre la ciel de sa maison à L'Ange-Gardien en banlieue de Québec.Rien de particulier lusque là, saut que, au moment de partir de chez elle, hier matin, elle a trouvé la porte un peu dure « Alors ie l'ai claquée »,a-t-elle expliqué.Résultat : sa maison est tombée dans la rivière, en commençant par l'arrière.Manifestement sous le choc Mme Lalonde n'a pu que commenter l'incident « Heureusement |e n'ai pas tout perdu, mon exemplaire de la «Vie en rose» n'arrivait que demain ».ABONNEMENT (1 an : 4 numéros) Ordinaire : 6,00$ De soutien : 20,00$ De mécène : 50,00$ (Tarif international : 12,00$) utilisez la carte réponse ci-jointe.la vie e\ rose septembre octobre novembre mi 1 MICHELE MANCEAUX Amour et psychanalyse Une femme au soir de so vie, un homme ou début de la sienne, une rencontre violente.•Il fallait la distance ironique et subtile de Michèle Monceaux pour que Venise suscite encore un beau roman d'amour où Tort commande.256 pages $19.25 Points - R 35 - $5.95 Louis ( imiii Lé canard de bois I «* lil> Ai \.i liberie Le roman québécois de l'été] Une histoire d'amour entre une terre et un peuple, ç ^ symbole de la résistance française en Amérique.Une saga qui hantera longtemps notre mémoire.En vente partout aS12.95 2 la vie en rose septembre octobre novembre I9st boréal fexpress s o 1 aire LA VIE EN ROSE SEPT / OCT / NOV 1981 , Dossier LES FEMMES ET L'INFORMATION L'information est en crise.Comme toujours.Et les femmes là-dedans, fabricantes et/ou consommatrices de nouvelles et d'images ?La vie en rose est allée voir d'abord des femmes journalistes en grève ou en période de remise en question ; puis des « outsiders », vedettes comme Janette Bertrand ou parallèles comme les femmes de la revue Des Luttes et des rires de femmes.Voici leurs commentaires sur l'information qu'on nous fait Et le nôtre en éditorial, comme il se doit.18 L'ENVERS DU SILENCE Françoise Guénette 21 CONTRE LA LIGUE DU VIEUX « POIL » Sylvie Dupont 25 DÉRANGER SANS CHOQUER Une entrevue avec Janette Bertrand Francine Pelletier 26 LA VIE EN NÉVROSE Marie Décary 28 CABLOSÉLECTEUR BLUES Nicole Campeau 29 POUR VOUS MESDAMES.Sylvie Dupont 30 DES LUTTES ET DES RIRES : QUATRE ANS DÉJÀ Christine Lemoine EDITORIAL COURRIER COMMENTAIRES COMMUNIQUES 6 ~8 9 LES US QUI S'USENT/Monique Dumont Support affectif no.1 ENTREFILETS AU POIVRE/ Sylvie Dupont Des plans pour l'avenir PRONOSTICS POLITIQUES /Hélène Lévesque Quand la social-démocratie n'est plus ce qu'elle était DOSSIER / Coordination F.Guénette et S.Dupont Les femmes et l'information BANDE DESSINÉE/Andrée Brochu, Françoise Guénette Les mémoires d'Alexandrine Tinne 11 13 15 17 32 JOURNAL INTIME ET POLITIQUE/ Donna Chemiak .d'une avorteuse CENTERFOLD/Claire Beaulieu 34 36 LONGUE DISTANCE/ Claudine Vivier, Lise Moisan L'Irlande insoumise FICTION / Sylvie Dupont Le journal 38 42 ANALYSE/Dominique Le Borgne Santé au travail : droit au retrait préventif ou retrait préventif d'un droit?47 EVENEMENTS/Lise Moisan, Claudine Vivier Adrienne Rich, Nicole Brossard : conscience lesbienne et littérature EVENEMENTS / Françoise Guénette Léa Pool ou le cinéma de la différence EVENEMENTS/Joyce Rock Bons baisers d'Amsterdam !!! THEATRE/Suzanne Aubry Paroles de femmes des Pays d'Oc 50 52 54 56 CINEMA / Chantai Sauriol La folie bien ordinaire ou Alice au pays de la dépression LIVRES/Monique Dumont / Claude Krynski / Camille Raymond 57 58 ARTS VISUELS/Jocelyne Lepage Artistes féministes demandées MUSIQUE / Louise Malette Plutôt être une rebelle qu'un robot SCIENCES/Claudie Leroy Dans les pommes 61 62 65 SANTÉ/Nicole Campeau Va te faire soigner, t'es malade MOTS CROISES / Bernard Tanguay JAMBETTES / Andrée Brochu PETITES ANNONCES 67 69 72 LA VIE EN ROSE septembre octobre novembre I9S1 3 Qui sont-ils ?Des illuminés ?des sa\n\s ?/ des prophètes ?/ des exploiteurs ?/ des victimes ?/ Voyez en nrmnn/ R E S I fl U & fl n T '526 -V Un film de Gilles Biais Tourné à Montréal et à Québec Une production de l'Office national du film du Canada au cinéma Outremont (Montréal) les 27, 28, 29 septembre à 19 h 00 et le 30 septembre à 19 h 30 au cinéma Cartier (Québec) les 4 et 5 octobre à 19 h 00 et le 6 octobre à 19 h 30 Prix d entrée général 2,50 $ 50 ans et plus et moins de 14 ans 1,25 $ 9 Office national du film du Canada National Film Board of Canada 4 la vie en rose septembre octobre novembre mi éditorial équipe de rédaction Sylvie Dupont, Ariane Emond, Françoise Guénette.Lise Moisan, Francine Pelletier, Claudine Vivier Collaborations Suzanne Aubry, Nicole Campeau, Donna Chemiak, Monique Dumont, Dominique Le Borgne, Jocelyne Lepage, Claudie Leroy, Hélène Lévesque, Francine Lévesque, Louise Molette, Joyce Rock, Chantai Sauriol, Bernard Tanguay Illustrations Brigitte Ayotte, Danielle Blouin, Andrée Brochu, Claudine Bujold, Marie Cinq-Mars, Lise Nantel, Joanne Roy Photographie Anne de Guise Page couverture Nicole Morissel, Anne de Guise Maquette Andrée Brochu, Nicole Morisset, Lise Nantel Corrections d'épreuves Lorraine Leclerc, Marie-Noël Pichelin, Suzanne Bergeron Composition Deval-Studiolitho Inc.Impression Imprimerie Arthabaska — Publications REF Distribution Diffusion Parallèle Inc.1667, Amherst, Montréal Permanence Francine Pelletier Finances Suzanne Ducas.Claude Kn-nski, Louise Legault, Yolande Léonard, Lise Moisan Publicité Claude Krynski Promotion Ariane Emond, Françoise Guénette LA VIE EN ROSE est éditée par les Productions des années 80.corporation sans but lucratif.On peut nous rejoindre pendant les heures normales de bureau au 3963, rue St-Denis, Montréal h2w 2m4, ou en téléphonant au (514) 843-8366 Tout texte ou illustration soumis à LA VIE EN ROSE passe devant un comité de lecture.Date de tombée : 2 mois avant la prochaine parution.Depot légal Bibliothèque nationale du Canada.ISSN-0228-549 Courrier de deuxième classe : 5188 la VIE EN ROSE SEPT/OCT/NOV 1981 Les faits parlent d'eux-mêmes, disent les médias.À l'ère de l'objectivité électronique, des satellites, des banques de données et des sciences de la « communication », on se garde bien de parler de politique d'information.C'est le parti pris de ceux qui prétendent ne pas en avoir, qui nous renvoient un reflet fragmenté, amorti, étranger de la réalité pour « un public » qu'ils veulent passif, indifférent et amnésique.À LA VIE EN ROSE, nous n'avons pas le culte de l'objectivité.Des parti pris déclarés nous en avons, même plusieurs.Un parti pris féministe pour commencer.Si nous publions cette revue, c'est d'abord pour rendre visibles les révoltes, les luttes, les gestes isolés ou collectifs de femmes, ici et ailleurs ; toutes ces démarches et ces ripostes qui alimentent ce que nous appelons le mouvement et qui appartien- nent aussi, veut veut pas, à la sacro-sainte actualité.Parti pris de déroger à la norme journalistique, au bon ton neutre et distancié des diseurs de nouvelles.Nous voulons plutôt décoder l'information officielle — qu'il s'agisse de décisions politiques, économiques ou autres, bref de ce que le pouvoir veut bien nous dire, ou encore du spectacle décousu et lointain qui tient lieu d'actualité internationale — nous voulons la resituer sous notre angle de vision, en fonction de nos intérêts, de notre réalité.Parti pris également de rompre l'isolement.De dénoncer les conditions de vie intolérables, l'oppression, l'absence de pouvoir et de moyens, tout ce qui fonde l'ordre.Parti pris de gratter le « normal » pour mettre à jour les rapports de pouvoir et nommer les oppresseurs.Parti pris d'amener des points de vue, des pistes, des critiques, des textes et des images qui nourrissent nos réflexions et nos imaginaires et font avancer nos débats.Et notre dernier parti pris: celui de persévérer.Parce qu'il faut continuer de réagir.Parce qu'il faut opposer à l'information majoritaire notre contre-information et, à tous les mots d'ordre qu'on nous serine, enfin, nos propres mots de désordre.Une politique d'information ressemble toujours à une déclaration d'intentions.Plutôt que de servir à paver l'enfer, nous souhaitons que nos bonnes intentions permettent à nos lectrices, à nos collaboratrices de mieux comprendre notre projet, de le contester, de l'approuver ou de l'enrichir et bien sûr, de comparer ces objectifs au produit que nous publions tous les trois mois.^ L'ÉQUIPE DE RÉDACTION « Cette expression nous la devons a un groupe de féministe françaises les • G d'une grève de femmes.tit.rêveuses » qui.en 1980, lancèrent l'idée LA vie e\ rose septembre octobre novembre mi 5 lettres à LA VIE EN ROSE Au sujet des hommes et d'une caricature Aïe les filles.Quand arréterez-vous de parler de ces maudits hommes ?Je m'abonnerai à votre revue quand vous ne parlerez que de nous, les filles.(.) J'veux plus voirde pénis et d'hommes.J'ai mon voyage de ça.Suzie juin 81 Au sujet des hommes et des vibrateurs Ma chère nièce, J'ai dévoré avec enthousiasme l'exemplaire de la vie en rose que tu as eu la gentillesse de me faire parvenir.Les articles sont soulevants et expriment avec une exactitude surprenante ce que j'ai sur le coeur depuis plusieurs décennies.A date, je n'avais pour auditoire que des oreilles sourdes.Aujourd'hui, elles sont munies d'appareils auditifs.(.) Je n'ai moi non plus aucun homme dans ma vie et je n'ai pas besoin de cet « embarras » qui devient de plus en plus inutile avec les années.Là encore grâce au progrès, un bon vibrateur surpasse hautement leurs petites faveurs erotiques qui ne valent pas de la m.anyway.Je n'ai aucune haine pour eux mais seulement beaucoup de pitié.Je te semblerai peut-être pleine de rancune ou d'animosité, au contraire, j'ai d'excellents amis dans l'espèce que j'aime mieux comme copains que comme amants.Marco grandit en hauteur et en sagesse et je suis bien fière de lui.à date.J'essaie de lui mettre du plomb dans la tète afin qu'il réalise qu'une femme n'est pas un accessoire mais une être supérieure qu'on doit traiter avec honneur et fierté.(.) Je suis fière que tu collabores à la revue et vous souhaite longue vie et beaucoup de succès à la vie en rose (.) Ta tante, pasadena.californie.5 mai 81 Du CROC tout croqué Bonjour, À la fin de la lecture du dernier numéro de la vie en rose (juin-juillet-août), je déborde tellement d'enthousiasme et de satisfaction que j'ai le goût de vous l'écrire.(.) Les sujets que vous traitez me touchent énormément autant par le fond que par la forme.(.) Par contre, je suis un peu déçue par votre rubrique « les petites annonces de la vie en rose » : c'est du Croc tout croqué, mais en plus faible.Vos mots croisés sont difficiles : j'ai l'impression désagréable de « manquer de culture » ou de diplôme (oud'intelligen-ce ?) en tentant de les résoudre.Ceci dit, je compte sur vous tous les trois mois (au moins) et vous pouvez, vous aussi, compter sur moi.Merci.Jacinthe Caron rimouski.5 juin 81 La Grande Déesse : un autre son de cloche Monique Dumont.ce que vous considérez « comme un sketch bouffon de votre composition.» m'apparait à moi, complètement grotesque, méprisant et phallocrate ! Puisque vous semblez trouver valorisant de vous mettre sous la couille protectrice de Roland Barthes, je vous offre la paire : « Les mythes signifient l'espriL dit Lévi-Strauss.Ainsi peuvent être simultanément engendrés, les mythes eux-mêmes par l'esprit qui les cause et, par les mythes, une image du monde deja inscrite dans l'architecture de l'esprit ».(Cette pensée de Lévi-Strauss est citée par Thérèse Plantier dans un livre vivifiant en diablesse, le discours du male-logos spermaticos, publié aux éditions Anthropos.) A chaque ligne de votre bouffonnerie, vous essayez de ridiculiser les femmes qui s'intéressent ou se passionnent pour le mythe de la Grande Déesse.J'en suis de ces femmes : ni fanatique, ni bornée, ni rétro, mais plutôt en état d'alerte, de recherches car il est clair que ce mythe ponctue un autre temps, une autre civilisation et d'autres valeurs humaines.Mais tout cela semble échapper a votre clairvoyance ?!!! En ce qui me concerne, je préfère depuis longtemps m'as-socier à une pensée féministe, souvent lesbienne, qui s'ouvre sur l'imaginaire et sur la culture des femmes.« Le monothéisme patriarcal n'a pas simplement changé le sexe de la présence divine ; il a dépouillé l'univers de toute presence, de toute divinité féminine ».(Adrienne Rich, of woman born).Dans un livre que je trouve, moi, extraordinaire, Mary Daly réclame « un exorciste de la pollution de l'àme, de l'espriL du corps infligée par le mythe et le langage patriarcal à tous les niveaux.» Et plus loin elle ajoute, en parlant de gyn/ ecology : « Il s'agit de femmes vivant aimanL créant notre Moi, notre Cosmos.C'est se Dé/posséder, aviver son Moi, entendre la voix du grand large, définir notre sagesse, filer et tisser des tapisseries universelles faites de genèse et de transmission ».En ce sens, je dirais que votre sketch est singulièrement polluant.Dans la première partie de votre bouffonnerie, vous essayez de ridiculiser la pensée de Leonora Carrington qui dans un de ses tableaux identifie Mother Goose à Mother Goddess.Savez-vous seulement qui est Leonora Carrington ?Si oui, vous savez qu'il s'agit bien plus que d'une sonorité pertinente.Si non, vous avez du front tout le tour de la tète ! Pour moi, la pensée d'une ou d'un artiste et de toutes celles et de tous ceux qui créent à travers le monde, aura toujours plus de poids, de résonnances, de vraisemblance que la pensée de celles/ceux qui tentent de les piéger, de les réduire.En ce qui concerne les « solar sisters » je n'ai pas lu cet article.Je ne lis pas la revue Omni, mais les courts extraits que vous citez me semblent un exemple parfait du genre d'information que le patriarcat aime bien laisser filtrer à propos des femmes.Puis-je vous rappeler, Monique Dumont que l'important n'est pas seulement l'information.Que ce qui est important et qu'il ne faudrait jamais perdre de vue, il me semble, c'est la machine idéologique qui contrôle cette information, qui la manipule, la trafique.Si je lisais un article dans le genre et le ton de celui que vous citez, je me, poserais d'abord des questions quant à sa véridicitè.En terminant, pensant que vos connaissances ne sont peut-être pas tout à fait à jour, je vous suggère ces quelques titres.le patriarcat.Ernest Bor-neman, P.U.F.quand dieu était femme, Merlin Stone, féminisme et anthropologie, Evelyn Reed, la grande déesse blanche, Robert Graves, 6 LA vie en rose septembre octobre novembre 1981 lettres à LA VIE EN ROSE la porte de pierre, Leonora Carrington, Flammarion, the sillsbury treasure, Richard Dames, et le dernier microsillon de Marie Savard pour faire passer tout ça .jovette marchessault rivière ouareau, juin 81 Pour l'iconoclastie Lorsque le mythe devient la réalité, lorsque le mot devient la chose qu'il nomme, lorsque l'image devient ce qu'elle représente, lorsque donc toute distance symbolique est abolie, il se passe de bien étranges choses dans l'univers de la connaissance, aussi étranges que dans le jeu de croquet de la Reine dans alice au pays des merveilles, où les instruments habituellement utilisés pour le jeu se transforment en êtres vivants, les boules en hérissons, les maillets en flamands, et s'amusent à jouer leur petit jeu à eux.Les joueurs deviennent joués.C'est ainsi qu'on a déjà vu de bien étranges choses se passer, comme des gens qui ont cru à l'existence réelle d'un Dieu le Père à la barbe blanche, à l'existence réelle d'un paradis au-dessus de leurs têtes, d'une Vierge Marie le pied sur un serpent à la réalité réelle d'anges ailés ou de démons à queue, bref à toutes les formes successives que les humains ont donné aux divinités, ou aux noms qu'ils ont donné à l'innommable, pour employer une expression de Marguerite Yourcenar.C'est ainsi que des gens ont cimenté leur cohésion de groupe sur la base de telles croyances, se sont inventés des rituels d'inclusion et d'exclusion, et c'est ainsi que tout drapeau peut devenir une matraque.Et c'est ainsi, me référant à votre lettre, que par une étrange métamorphose, les phrases dites par des mâles deviennent des couilles et que j'ai peur tout à coup de voir en quoi mes phrases pourraient se transformer.C'est donc sur ce phéno- Laperformeuse américaine Mary Beth Edelson dans « WOMAN RISING / SEXUAL RITES» en 1974 mène étrange où certains symboles deviennent aussi collants que de la glue qu'il m'a fait plaisir de boufTonner dans mon texte sur la Grande Déesse, comme d'un exercice fort salutaire de dépollution mentale et comme une mise en garde sur l'utilité réelle de rediscuter du sexe des Anges.Ce n'est pas le mythe historique de la Grande Déesse qui m'achale, ce qui m'achale c'est la possibilité de le voir ressurgir de son grenier poussiéreux, réactivé et proposé comme remplaçant au mythe de Dieu le Père, mythe passablement rongé actuellement ainsi que la civilisation qui va avec.Pour penser une nouvelle civilisation il faut apprendre a penser et à mon sens la libération des femmes est indissociable de la libération de l'esprit de tout ce qui l'encombre.En ce sens, une totale liberté à l'égard des images et une grosse dose d'iconoclastie est plus que nécessaire actuellement Monique Dumont Oyez, femmes du FLF! Recherchons, pour fin d'anthologie, papiers internes de tous genres, bilans, tracts, communiqués, chansons, photos, ayant trait au Front de libération des femmes du Québec (1969-1971) que vous auriez pu conserver dans vos archives personnelles.Cette anthologie des textes du FLF précédera, dans un même volume, la reédition de tous les numéros de « québécoises deboutte ! » Louise Toupin Véronique O'Leary pour les Éditions du remue- menage.P.S.Acheminez vos textes, durant la grève des postes, aux Editions du remue-ménage, 4801 Henri-Julien (angle Villeneuve).Après la grève, envoyez-les à Louise Toupin, L'Ëchouerie, Gaspe, GOE 1N0.la vie en rose septembre octobre novembre i9s1 7 commentaires £ur le salaire au travail menacer Si vous habitez dans le quartier Saint-Louis à Montréal, vous avez sans doute reçu au printemps dernier cette lettre manuscrite (!) d'une femme « de ménage » qui offrait ses services à nous « ménagères » parce que femmes : « Mesdames.Je suis la femme qu'il vous faut, pour veiller à la propreté de votre maison.» Elle m'arrivait en pleine rédaction d'un mémoire sur la production domestique, avec en prime le numéro de LVR traitant justement du salaire au travail ménager.Et comme par hasard, la lettre faisait mention d'une expérience de quatre ans en «entretien ordinaire»: cette femme excluait très probablement les tâches identiques faites pour le compte d'un mari, d'un chum, d'enfants.Par un curieux tour de passe-passe, un travail se transforme ainsi dans le cadre familial à la fois en un acte d'amour (maternel, romantique ou autre) et en un devoir féminin.Le même geste devient naturel, normal et.gratuit : un don de soi, franc et sincère, suprême jouissance ! La femme qui cherche à gagner sa vie en faisant des ménages se perçoit comme partie dans la négociation d'un horaire, d'un salaire, etc.Mais chez elle, elle perd toute possibilité de marchander ses conditions de travail.Les sentiments et le code civil la contraignent et l'enchaînent aux travaux ménagers, tout en n'accordant à ces derniers aucune reconnaissance sociale.Les prochaines statistiques nous apprendront qu'une femme sur deux est salariée.Les ménagères se-raient-elles une espèce en voie de disparition ?Je ne le crois pas, les femmes continuant à accomplir de nombreuses heures d'un travail toujours plus déqualifié.Par ailleurs, cela me semble correspondre aux divisions qui s'opèrent aujourd'hui entre les femmes : d'un côté les « émancipées » et de l'autre les «aliénées».Des ména-gères-mères-et-épouses se sentent dépréciées et méprisées par tous et toutes, dont les «féministes».Des militantes ont du mal à aborder la question du travail ménager sans ressentir un avilissement ou une humiliation — je suis d'ailleurs toujours étonnée par les appartements bien rangés des copines ; ce qui n'empêche qu'aussitôt après la bise vienne invariablement le ne regarde pas la maison c'est tout à l'envers.Règle générale, ça suffit à me convaincre que chez moi c'est invivable ! Au fait, plus j'y pense (au ménage) et moins j'en fais : faute de temps ou refus des normes ?À mon avis, il est impossible d'en finir avec les différentes formes de l'oppression et de l'exploitation des femmes sans en attaquer la légitimation la plus insidieuse, le travail ménager non-salarié.Ce dernier est le noeud de l'infé-riorisation et représente par là même le lieu susceptible de réunir (réconcilier) deux catégories de femmes qu'on oppose de plus en plus, les salariées et les non-salariées.-4 La revendication du salaire au T.M.peut être une base d'organisation des femmes.Parce qu'elle s'adresse à l'État, elle rend évident l'aspect socio-économique (et comptabilisable) de la production domestique, qui ne peut plus dès lors être perçue comme une affaire privée.Cependant elle néglige selon moi un interlocuteur : le sexe masculin.La majorité des femmes cohabitent avec un homme et vivent les rapports entre les sexes comme des rapports interpersonnels.On oublie que la famille nucléaire, patriarcale et monogame fait de l'homme un être tout à fait intéressé dans la division sexuelle du travail.Andrée Michel'1) note qu'en se mariant un homme fait deux fois moins d'heures de production domestique alors que la femme en fait deux fois plus ! Dans ce contexte, il me paraît difficile de compter sur une réelle solidarité masculine dans la revendication du salaire au T.M.C'est pourquoi il faut dégager en des termes féministes nos propres conditions d'un tel salaire, et les imposer au capital, à l'État mais aussi au sexe masculin.Il ne s'agit pas de réduire nos exigences à celles des moins radicales d'entre nous mais de développer une conscience de sexe véritable qui dérive du travail ménager.Pour ce faire, il importe d'identifier la place des hommes dans le processus de notre intériorisation, ce qui amènera à réduire l'oppression des femmes dans la cuisine ou la chambre à coucher.Diane Belisle 1/Andrée Michel, les femmes dans la société marchande, puf.1978.8 la vie en rose septembre octobre novembre 1981 communiqués Première au Québec : Les 23, 24 et 25 octobre à l'hôtel Méridien de Montréal, UN COLLOQUE SUR LES FEMMES ET L'INFORMATION organisé par un comité de femmes de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.Le colloque tentera de faire journalisme le point sur la situation des femmes dans les médias, et sur l'information sur les femmes.C'est par le biais de conférences, de témoignages et d'ateliers que nous espérons briser l'isolement dans lequel se trouvent la plupart des femmes en information et face- à l'information.Nous souhaitons que le colloque soit à la fois une prise de conscience et une prise de parole.On y dévoilera aussi les résultats d'une enquête sur la place des femmes en information, enquête commandée au Centre québécois de recherche et de perfectionnement en Le colloque débutera le vendredi soir 23 octobre par des conférences de madame Lise Payette et de la journaliste française Martine Storti, actuellement à F Magazine, qui à travers leur expérience personnelle traiteront des 2 thèmes du colloque.Le samedi : les femmes dans les médias Le samedi matin sera consacré à la présentation de témoignages de femmes sur leurs difficultés dans l'exercice de leur métier de journalistes.En LA FEMME DESSINÉE Image des femmes véhiculée par les bandes dessinées : Tintin, Lucky Luke, Astérix, Schtroumph.Rencontre le 22 septembre à 19 heures.Centre St-Pierre, 1212 Panet, Montréal, 524-3561.THEATRE EXPERIMENTAL DES FEMMES_ Les lundis de l'histoire des femmes Une conférence mensuelle chaque 2e lundi du mois de septembre 81 à juin 82.Cette année le thème sera : les femmes et l'art Des conférences sur les arts plastiques, la littérature, la chanson, le théâtre, l'architecture, le cinéma, la relation entre l'art et le pouvoir.Spectacles de musique Wondeur Brass : en septembre.Dates exactes à déterminer.Marie Savard : du 29 septembre au 17 octobre 81.A 21 heures.Relâche dimanche et lundi.Théâtre LA TERRE EST TROP COURTE.VIOLETTE LEDUC de Jovette Marchessault Mise en scène de Pol Pelletier.Avec Luce Guilbault Laurence Jourde, Louise Laprade, Luc Moris-sette.Guy Nadon, Sophie Sé nécal.Du 5 novembre au 12 décembre 81.À 21 heures Relâche dimanche et lundi.ALISSE VERA LA MONTAGNE Spectacle de Marie Ouellet (de trois et 7 la numera magica 8) présenté le dimanche, 20 septembre, à 21 heures.Pour\ femmes seulement.Cette pièce de théâtre musicale peut se jouer à domicile ou à n'importe quelle réunion de femmes après-midi, les participant(e)s pourront réfléchir en ateliers sur 4 thèmes différents : 1.les conditions de travail faites aux femmes 2.les secteurs d'information où elles sont et où elles ne sont pas 3.la presse féministe face à la presse traditionnelle 4.les valeurs et les modèles imposés aux femmes en information.Le dimanche : l'information sur les femmes En matinée, ce sera au tour des groupes de femmes de prendre la parole sur la marginalisation, la déformation et l'absence de l'information sur les femmes.Pendant le diner, une journaliste américaine (dont le nom n'est pas encore confirmé) rendra compte des expériences et des tentatives de solution amorcées par nos voisines du Sud.Le colloque est ouvert à toutes.Les frais d'inscription sont de $10.00 et il y aura sur les lieux des services d'hébergement et de garderie.Pour plus de renseignements, veuillez communiquer avec Marthe Blouin à 285-3474 ou 525-3454.DU 8 AU 26 SEPTEMBRE Grande Galerie exposition de groupe — peintres : Denyse Dumas, Montréal ; Amy Ainbinder, Mont-réa ; EvaNebeska, Montréal ; Ginger Legato, Brooklyn, N.Y.Petite Galerie Lyne Bastien, dessins et lithographies DU 29 SEPTEMBRE AU 17 OCTOBRE Grande Galerie Jill Livermore.peintures récentes Petite Galerie Freda Bain, photographies polaroids DU 20 OCTOBRE AU 7 NOVEMBRE Grande Galerie Une artiste invitée montréalaise, Kittie Bruneau, peintre Petite Galerie Anita Shapiro, peintures Ces trois premières expositions sont une série d'expos de peinture (les expos dans la Grande Galerie).DU 10 AU 29 NOVEMBRE Grande Galerie Reproduction/art — une expo d'oeuvres obtenues au moyen d'une machine à photocopier (xérographie) par des femmes artistes canadiennes.Il y aura pendant cette expo une série d'entretiens et d'ateliers avec Barbara Astman de Toronto et Sarah Jackson de Halifax, ainsi que Sonia Landy Sheridan des E.U.— toutes des pionnières dans l'art par reproduction.Petite Galerie Les organisatrices de Reproduction/art Lonny Baumholz, Doreen Lindsay et Nell Ten-haaf, auront une expo de leurs oeuvres xérographiques.Dans la série « Poètes à Powerhouse » : OCTOBRE - Nicole Brossard, poète/écri-vaine de Montréal, qui lira dans les deux langues.21 NOVEMBRE — Leona Gomm, poète de la Colombie-Britannique, gagnante de la médaille de poésie du Canadian Authors' Association pour 1981.la vie e.\ rose septembre octobre novembre 1981 9 FEMMES professionnelles & commerçantes ISélmtger, b.c.• Docleu r en Chiropralique SUITE 900 407 ST.LAURENT MONTRÉAL, P QUE SUR RENDEZ.VOUS MÉTRO PLACE D'ARMES 871.8520 VÊTEMENTS DE CUIR 521- QZI9 Bun Laval BUR.C.C.P.E.(514) 686-1044 1497 EST, BOUL.ST-JOSE^M MONTRÉAL H2J IM6 (S14) 522-4533 £$es/fr>a/ie/, M.p».PSYCHOLOGUE PEURS - DÉPENDANCES - CULPABILITÉ HÉTÉROSEXUALITÉ - HOMOSEXUALITÉ CROISSANCE .CHEMINEMENT LINDA BUJOLD méd.Psychothérapeute Psychothérapie et Counselling pour femmes, anglais et français.Sur rendez-vous (514) 271-4846 • Affirmorion de soi • Communicorion verbale (Groupes er individuels) • Préparation de curriculum virae • Plan de carrière MICHÈLE DPJEN Conseillère en communication 462-2060 PETITE ÉfBZE^ÎE des soeurs lû6rosse \ /J] 851.dulutïi est 522-1775 aliments délicieuse 10 la vie en rose septembre octobre novembre i9si les us qui s'usent la vie en rose septembre octobre novembre liu 11 L homme démolie ACROPOLE Avec un humour amer, Poniscan "ose" révéler les nouvelles décences et les vulnérabilités des hommes du XXe siècle.Pr CHRISTIAAN BARNARD CHOISIR SA VIE CHOISIR SA MORT belfond lnscrira-t-on, un jour, dans nos constitutions, le droit pour chaque homme et pour chaque femme de choisir sa vie et, surtout, de choisir sa mort?une pudeur extrême un cri d'amour insoutenable un témoignage bouleversant ACROPOLE Bien loin d'être la défaite que l'on a coutume d'imaginer, la mort peut être une sorte de victoire, une bataille gagnée sur la douleur et la peur.318 pages/$14.95 155 pages/$16.50 351 pages/$14.95 en vente partout Diffusion: Edipresse Inc.8382 St-Denis, Montréal, Québec H2P 2G8 Tél.: (514) 381-7226 12 LA HE EN ROSE septembre octobre novembre 1981 entrefilets au poivre If irf|ififf///'i DES PLANS POUR L'AVENIR J'ai une sainte horreur des questionnaires, surtout quand ils sont obligatoires.C'était à prévoir, mes problèmes avec le recensement ont commencé dès la première question : ins-cripion des membres du ménage J'ai regardé dans les dictionnaires.Menage : d'après l'ancien français « maisnie » : « Famille » (le petit Robert).Ménage : voir mariage (Dictionnaire des idées suggérées par les mots).C'est bien ce que je pensais, je n'ai pas de ménage ! En général, je trouve ça plutôt plaisant, mais aujourd'hui ça me complique la vie.afin que tous les membres du même groupe familial soient énumërés ensemble.ecrivez (à la question 1 ) le nom de tous les membres de ce ménage dans l'ordre suivant : a) Personne 1.Choisissez une des personnes suivantes comme Personne 1 : l'un des conjoints de tout couple marié demeurant ici ; l'un des partenaires en union libre ; le père ou la mère (.).Merde, il n'y a pas de Personne 1 dans ma baraque.SI aucune des catégories ne s applique (oui, c'est ça !), choisissez n'importe quel membre adulte du ménage.Ils commencent à me tomber sur les nerfs, avec leurs ménages.Je vous jure ! il n'y a pas de ménage ici.J'ai regardé partout, même en dessous du lit où il n'y a que des moutons.Du calme.Admettons que je sois la Personne 1.Après tout c'est moi qui paie le loyer.Ensuite, pendant quelques questions, tout va sur les roulettes.À part la question 12, évidemmenL où il m'a fallu un certain temps pour reconnaître mon domicile.Un appartement dans un immeuble de moins de cinq étages Je commençais tout juste à me détendre quand je suis arrivée à la question 37.réservée aux femmes ma riees ou qui ont déjà été mariées : combien d'enfants avez-vous mis au monde ?aucun ?nombre d'enfants ?Rien ne vas plus.Je relis le questionnaire et je ne trouve nulle part la question similaire pour les femmes célibataires.Fuck ! Le célibaL c'est pas un moyen contraceptif.Il faut encore que j'aille voir dans le guide du recensement.question 37.(.) pour cette question .les femmes vivant en union libre devraient se considerer comme mariees Ils Ont le mariage facile à Statistique-Canada, quand on pense qu'il y a des gens qui ont dépensé des fortunes pour s'épouser dans les règles.Tout ça c'est bien beau, mais je ne sais toujours pas comment répondre si on n'est pas mariée ni en union libre.D'accord, j'ai pas mis d'enfants au monde, mais c'est pas une raison.Si j'en avais fabriqué douze, ils ne le sauraient jamais ! Si c'est comme ça qu'ils font leurs statistiques sur la dénatalité, les causes profondes de l'exode des berceaux ne sont peut-être pas celles que l'on pense.Tant pis, qu'ils se débrouillent avec leurs problèmes, je saute toutes les questions de personnes mariées.39.a) la semaine dernière.pendant combien d'heures avez-vous travaillé (sans compter les travaux ménagers, ou d'entretien chez vous)'?Pour les ménagères, c'est facile : Si vous n'avez eu aucune des activités mentionnées, vous n'avez qu'a repondre « aucune » ou «non ».Les chanceuses, elles peuvent passer tout de suite à la question 46.Ma voisine par exemple, qui a 4 enfants, un mari, et deux chambreurs, ça doit la reposer de s'apercevoir qu'elle n'a pas travaillé du tout la semaine passée, ne pascomp- ter les heures travaillées sans rémunération.à titre bénévole.Tiens, moi aussi je me sens beaucoup moins fatiguée tout à coup.Ce qu'ils disent : le recensement du canada fournira une foule de renseignements qui aideront à répondre aux défis d'aujourd'hui et à dresser des plans pour l'avenir.vos réponses.une fois compilées en statistiques, permettront d'arreter des politiques economiques et sociales, de planifier le développement industriel et de prevoir les besoins (.) Ce qu'ils ne disent pas : SERONT EXCL UES DES PLANS DE L'A VENIR CELLES QUI ONT DES ENFANTS ET QUI SONT CÉLIBATAIRES.CELLES QUI FONT LE TRAVAIL MÉNAGER SANS SALURE.CELLES QUI FONT DU TRA i AIL BÉNÉVOLE POUR LIMITER LES DEGATS ET COMBLER LES TROUS DE NOS POLITIQUES.CELLES.La moutarde me monte au nez.Je m'énervais pour rien.C'est vrai que le féminisme me rend paranoïaque.Le lendemain, à tète reposée, j'ai compris.J'avais sûrement reçu par erreur le questionnaire réservé aux hommes.J'aurais du m'en apercevoir plus tôL C'était pourtant clair dès la première page, avec ce message à tous les canadiens.Et encore dans la section qui recensera : • pour que tous les résidents du canada soient recensés (.)».Et d'ailleurs, partout dans le questionnaire.J'ai écrit à Statistique-Canada au mois de juin mais je n'ai pas encore reçu de réponse.Seulement des petits cartons de toutes les couleurs pour me rappeler de faire mon devoir de citoyenne.J'attends toujours.^ Sylvie Dupont'' la i7£ en rose septembre octobre novembre 1981 1 DISQUES — USAGES — LIVRES B.D.Neuves et ueegéei 20% de rabais sur la B.D.L'OCCAI i .'.ra mus Z\=MTél.: 272-7600 ACHAT - VENTE - ECHANGE LE RESSAC Achat et Vente de livres et disques usagés ENR.317est, Ontario près St-Denis 844-4541 14 la vie en rose septembre octobre novembre 19si pronostics politiques quand la social-démocratie n'est plus ce qu'elle était Bon, d'accord.Ça n'a rien à voir avec, mettons, la grande peur de l'an mil.Nous avons appris a vivre en périodes de crises, voire à composer avec elles.Exception faite de quelques sombres prophètes, il ne se trouve pas grand monde pour parier sur la fin des temps au détour de l'année prochaine.Mais reste que l'économie occidentale a une fièvre de cheval, et que ça finit par affecter curieusement les moeurs politiques de certains pays.L'heure est généralement aux coups de barre à droite, au retour aux valeurs dites sûres, •aux discours sur le nécessaire retour des femmes au foyer d'où elle n'auraient jamais dù sortir, aux joies de la famille-à-l'ancienne.Bref, le.paradis.Au Québec, si on ne s'est pas encore lancé dans l'apologie — mais ça ne devrait pas tarder — du touchant trio Famille-Église-Patrie, il n'en reste pas moins que l'allure prise par la dernière campagne électorale, et par le début du second mandat du Parti québécois, vient confirmer un sérieux temps d'arrêt dans la mise en chantier des grandes réformes sociales.SUS AUX GROS MÉCHANTS FÉDÉRALISTES Il y avait eu des naïfs pour croire que le discours péquiste du dernier scrutin géné- ral ne constituait qu'une malencontreuse, mais nécessaire, parenthèse dans l'évolution de ce parti.Il fallait, après tout, ce qu'il fallait pour se faire réélire.Mais après, on verrait ce qu'on verrait.On voit.A peine tues les grandes orgues électorales, on ressortait dare-dare la souveraineté-association, ses pompes et ses oeuvres.mais en laissant dormir dans la boule à mites les grands idéaux de la « social-démocratie ».Le discours inaugural de René Lévesque, en mai dernier, allait donner le ton : 1 ère de croissance tout azimut avait, pris fin (dixit le PM), les largesses de l'État itou.Les Québécois allaient devoir se serrer la ceinture.Le dernier budget Parizeau, rendu public avant la campagne electora- te vie en rose septembre octobre novembre içsi 15 pronostics politiques le et largement dénoncé tant par les centrales syndicales que par de nombreux groupes populaires, était intégralement reconduit.Peu ou prou de projets législatifs d'envergure dans le menu sessionnel offert par le premier ministre : la réalisation de deux promesses électorales, l'une portant sur l'accès à la propriété pour les jeunes ménages, l'autre sur l'abolition de l'âge de la retraite obligatoire"1.Pas la session du siècle, pour reprendre les propos du leader parlementaire du gouvernement, Claude Charron, mais intéressante en ce sens qu'elle aura donné de sérieuses indications sur ce que serait la stratégie du Parti québécois durant les prochains mois, sinon les prochaines années : il s'agit moins, désormais, déjouer les bons gouvernements que de s'afficher en héros pur et dur de l'autonomie québécoise, face au gros méchant comploteur fédéraliste qui veut nous passer un sapin.Dès la réplique au discours inaugural, les deputes de la majorité attachaient le grelot, jurant aux grands dieux que jamais, au grand jamais, il n'avait été question de mettre la souveraineté-association en veilleuse.Quelques semaines plus tard, le Conseil national du parti venait à son tour confirmer très clairement la these souverainiste.Pratiquement plus de déclaration ministérielle, depuis, qui ne vienne tapera bras raccourcis sur la traîtrise fédérale, et toute la vie politique québécoise est désormais articulée autour de ces dénonciations.Le grand theme évoque singulièrement le « rendez-nous notre butin » du nationalisme des années cinquante.Duplessis n'est pas mort, et il ressemble de plus en plus à René Lévesque.Les vieux unionistes sont venus se coller au PQ, leur ex-leader occupe un fauteuil ministériel et swinge la baquaise.Comme dirait l'autre, plus ça change, plus c'est pareil.LE DÉCLIN D'UN PROJET SOCIAL Il n'est nullement question de mettre en doute la légitimité du combat constitutionnel entrepris par le gouvernement péquiste.Que le projet Trudeau de rapatriement unilatéral constitue bel et bien une intrusion dans des champs de juridiction strictement provinciale, remettant notamment en cause des acquis sur le plan linguistique ou dans le domaine de l'éducation, même les libéraux provinciaux sont prêts a le reconnaître (peut-être pas toujours à haute et intelligible voix, mais enfin, de plus en plus).Mais c'est lorsque le débat constitutionnel vient occuper toute l'avant-scène, lorsqu'il mobilise en priorité, au nom de l'intérêt national et en reléguant à l'arriere-plan des besoins et des préoccupations qui ne peuvent souffrir longtemps d'être mis en attente, qu'il y a lieu de s'inquiéter.Pendant que les 'délégués extraordinaires du gouvernement québécois s'essaient au lobbying auprès des parlementaires britanniques, des reformes piétinent et le projet social cafouille lamentablement.Signes des temps : Camille Laurin, capitulant devant la ca- bale adroitement orchestrée des groupes de pression catholiques, annonce que le programme d'éducation sexuelle sera revisé et fera l'objet de nouvelles « consultations » avant qu'on ne se décide à l'introduire enfin dans les programmes.en 82 ou 83 ! Jacques-Yvan Morin aura réussi le tour de force d'éviter de régler, pendant qu'il était titulaire de l'Éducation, l'épineuse question de l'école confessionnelle, que le Parti Québécois traîne comme un boulet depuis son accession au pouvoir.Quant à l'entrée en vigueur de la reforme du droit de la famille, elle se fait au compte-goutte.'2' Mais il y a pire.Déjà, certaines des coupures annoncées dans le dernier budget Parizeau, surtout dans le secteur de l'éducation des adultes, avaient été plutôt mal encaissées par les milieux concernés puisqu'elles étaient susceptibles d'affecter les plus démunis : femmes en cours de recyclage, par exemple.Depuis, notre Zorro de la finance n'en finit plus de « tailler dans le gras » et a choisi de lancer un fameux ballon d'essai, devant un auditoire formé — oh coïncidence — d'hommes d'affaires : le ticket modérateur.MODÉRER QUI, AU JUSTE?Il en avait déjà été question à quelques reprises, de ce « ticket modérateur », mais toujours mollo-mollo, toujours mine de ne pas vraiment y toucher.Une idée comme ça, sans conséquence.Il faut croire que cette fois les temps sont mûrs, et que le gouvernement songe à instaurer un système de frais minimaux pour les services de l'État jusqu'à maintenant offerts gratuitement Traduire : les fatigants qui passent leur temps chez le médecin devront a chaque fois, rembourser un certain montant pour continuer d'avoir accès au service.Et vlan, ça leur fera les pieds! Seulement, voilà : des études de source, tout ce qu'il y a de plus gouvernementale, démontrent que plus souvent qu'autrement les fatigants sont des.fatiguées.Femmes sans ressources, sous-informées, qui s'en remettept à l'institution médicale quand ce sont leurs conditions de vie (logement, travail) qu'il faudrait pouvoir changer, radicalement Alors, à quand un ticket modérateur pour médecins abusant sans vergogne de la castonguette (ce n'est pas comme le savon, ça ne s'use pas.), ou mutilent inutilement des patientes ?'3> À quand la mise sur pied d'une véritable médecine préventive, tellement moins coûteuse, au bout du compte, et tellement plus proche du monde que la prise en charge institutionnelle, systématique et désincarnée quand le mal est fait ?LA CONDITION FÉMININE, CETTE PARENTE PAUVRE La présentation du dernier cabinet laisse présager le pire : deux femmes seulement retenues par le premier ministre pour y figurer — sans jeu de mots.Une dérisoire représentation, nonobstant la qualité et la volonté d'agir des ministres en question (Pauline Marois, à la Condition féminine, et Denise Leblanc à la Fonction publique).Lévesque n'aura cependant pas réussi à museler cette grande gueule de Louise Harel, bien qu'il ait songé, fort astucieusement, à la caser à la présidence de l'Assemblée nationale'4'.Que pourront, concrètement, les Marois etLeblanc ?Fort peu de choses, en vérité.Les priorités sont nettement ailleurs et il faudrait plus qu'une volonté politique défaillante pour élargir vraiment le réseau de garderies, rendre opérationnelles les cliniques Lazure (Johnson à présent) d'avortement, apporter des amendements au Code du travail pour permettre l'accréditation multipatronale'5>.Certes, Denise Leblanc a bien présenté un projet de loi qui lui donne, théoriquement, les moyens de mettre de l'avant des pratiques « d'action positive » dans l'embauche de femmes, de personnes handicapées et de membres des minorités ethniques dans la Fonction publique.Théoriquement, dis-je, au moment, justement, oû on se fixe comme objectif la croissance zéro de la Fonction publique.Il y a là comme une ironie.UN AUTOMNE CRUCIAL L'automne qui vient sera crucial.Lévesque livrera son « vrai » message inaugural et annoncera les priorités économiques de son gouvernement.Le débat constitutionnel battra son plein et on saura davantage sur quoi le PQ s'enligne.Mais surtout, c'est tout l'échafaudage des alliances, durables ou circonstancielles, de ce parti, qu'il faudra surveiller de près.L'aile parlementaire péquiste a eu tendance à élargir le fossé entre elle et ses alliés traditionnels, depuis quelques mois.Les syndicats n'ont nettement plus la cote d'amour, et la rencontre gouvernement-centrales sur les coupures dans les secteurs de l'éducation et des affaires sociales, tenue au début de l'été dernier, n'augure rien de bon, les positions des uns et de l'autre se situant aux antipodes.Et déjà, se profilent à l'horizon les prochaines rondes de négociations du secteur public.^' ^ HÉLÈNE LÉVESQUE 1/À la prorogation de la session, le 18 juin, les modalités du programme d'accès a la propriété n'avaient pas encore ete dévoilées Quant à I abolition de la retraite obligatoire, le projet devait faire l'objet d'auditions publiques, a l'automne, avant son adoption.2/ Un projet de loi venant concrétiser plusieurs mesures deja largement publicisees par le eouvernement (divorce a l'amiable, procedures à huis clos pour les causes de droit familial, disparition de la notion d'illégitimité pour les enfants nés hors manage) a été depose a la fin de la session, mais est mort de sa belle mort au feuilleton de l'Assemblée 3/ Voir a ce sujet les données du Rapport ÉGALITÉ ET INDEPENDANCE, du Conseil du statut de la femme 4/ Il lui aurait alors ete interdit de prendre position de façon partisane.5/ L'accréditation multipatronale permettrait par exemple aux travailleuses de la restauration de se syndiquer dans un même syndicat même si elles ont des patrons différents.16 la vie en rose septembre octobre novembre I9si dossier la vie en rose septembre octobre novembre i9si 17 L9ENVERS DU si i,i:\(r QUÉBEC, décembre 1980 : Le congrès annuel de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec1 se poursuit au Château Frontenac.300 journalistes, une dizaine d'hommes politiques et de syndicalistes, essayent de répondre à la question : « Qui nous dit quoi dire ?» « Et si c'était les hommes qui nous disaient quoi dire ?» avait déjà répondu Nathalie Petrowski dans une lettre au 30, organe mensuel de la FPJQ.En effet, peu de femmes se retrouvent, ces jours-là, « sur les panels » ou dans les preoccupations du congrès.Réaction spontanée : à l'initiative de Gisèle Tremblay, une vingtaine de femmes journalistes se concertent et ripostent en pléniere, pour dire d'abord que cette absence des femmes est inacceptable, qu'on aurait dû consacrer au moins une discussion de ce congrès national au fait que ce sont majoritairement des hommes qui dictent la parole aux médias et, à l'intérieur des médias, aux femmes journalistes.Pour dire ensuite qu'elles se contenteront, cette fois, d'une minute de silence.« La femme journaliste vit une situation particulière et ambiguë: en effet, son rôle enferme en lui-même la double condition d'oppression commune à toutes les femmes et de semblant de privilège pour être admise dans le monde des hommes, et par conséquent au pouvoir''.ECRIRE CONTRE expérience, réflexions et analyses de femmes journalistes italiennes Silence, donc, dans la grande salle du Château.Et malaise général.Puis soulagement ( « Donc, elles ne feront pas de scene ! ») et adoption unanime d'une proposition suggérant l'organisation en 1981 d'un colloque sur les femmes et l'information, organisé par des femmes.Ce colloque, qui sera en même temps le congrès annuel de la FPJQ, aura lieu les 23, 24 et 25 octobre prochains à l'hôtel Méridien de Montreal-, la vie en rose donnait rendez-vous, un soir d'été, à trois des organisatrices pour savoir, au-delà des circonstances, quelles réflexions personnelles les ont amenées à considérer l'urgence d'une telle rencontre.Voici les propos de Gisèle Tremblay, Yolande Brasset et Raymonde Provencher.3 GISÈLE TREMBLAY: Au moment du congrès de Québec, j'écrivais un manifeste féministe^ et réfléchissant à l'oppression des femmes, je découvrais que si on avait toujours déployé tant d'efforts pour contenir les femmes, c'est qu'elles avaient en elles une grande puissance.On n'utilise pas un tel arsenal pour enfermer une mouche ! Cette puissance fait peur aux hommes, évidemment et à la suite d'une longue oppression depuis longtemps intégrée, fait peur aux femmes elles-mêmes.Cette double peur, je l'ai retrouvée au congrès, quand j'ai proposé aux femmes d'intervenir ; il y eut d'abord un mouvement d'enthousiasme puis un net recul : « Ah non ! On va jeter la FPJQ à terre, ça va être trop agressif, etc.» La peur des femmes, donc, et en plus, on l'a su plus tard, la peur des nommes de la FPJQ : « Qu'est-ce qu'elles vont faire ?Que va-t-il se passer ?» Si la parole faisait si peur aux femmes, il était urgent de commencer par là, de prendre la parole.D'où l'idée du colloque.Il fallait aussi dépasser les applaudissements d'usage ; taper des mains est une façon de se laver les mains.De tout ça découlent les deux objectifs du colloque : en premier lieu, qu'il serve à libérer la puissance contenue des femmes, en l'occurrence des femmes journalistes.Qu'elles prennent d'abord conscience de la leur, pour mieux mettre en évidence celle des autres femmes.Il faudrait pour cela étendre l'information sur les femmes à tous les secteurs — politique, économique — au-delà de ceux traditionnellement féminins où on en reste encore à l'image de victimes : femmes violées, battues, bafouées.J'ai un exemple à donner de cette puissance : Thérèse Parisien, seule femme journaliste dans un hebdo régional.Elle y faisait vraiment tout couvrir les événements, ouvrir des pages culturelles, surveiller la qualité du français, assurer l'administration et la photographie, tout.Un jour, l'éditorialiste-proprietaire se retrouve à l'hôpital, terrassé par un infarctus.Il demande à TP.de lui trouver un remplaçant : « Il me faut absolument un gars pour assumer ma succession pendant mon absence ! » Elle n'a appelé personne : « Pourquoi ?J'ai toujours fait le journal toute seule, depuis 4 ans.» Et lui se cherchait un gars ! Dans le même journal, on offrait 150 dollars/semaine aux aspirantes-journalistes et, d'office, 200 dollars aux aspirants.C'est un exemple, bien sur, d'injustice envers elle, et de discrimination, mais c'est aussi l'exemple d'une puissance en action, de quelqu'un d'énergique et de créateur.C'est ça qu'il faut voir : pas une victime écrasée, mais une force qu'on cherche a contenir.La puissance des femmes est cependant isolée, collectivement inconsciente d'elle-même.Le deuxième objectif du colloque serait de ressouder les éléments de cette Et notais.18 la vie en rose septembre octobre novembre i9si dossier force, de la rendre collective, par la prise de conscience.et après, les femmes décideront elles-mêmes de démarches collectives.YOLANDE BRASSET: Moi, je venais de passer un an à l'exécutif de la FPJQ avec des hommes habitués à avoir la parole.J'avais donc beaucoup écouté et peu parlé.Je viens d'une région, j'ai toujours travaillé isolée et éloignée des grands centres, toute seule ou presque.Je me sentais doublement marginalisée, femme sans le pouvoir de la parole et « régionale ».Le colloque m'a révélée à moi-même ; je sens qu'il y a des choses en information qui sont incorrectes et qui doivent changer.Moi, mon objectif est que les gens des régions viennent en « gang » au colloque et se fassent entendre.L'histoire que Gisèle racontait, c'est le vécu des femmes journalistes dans les hebdos, surtout non syndiqués.Nous avons des responsabilités, mais pas de pouvoir.Il faudrait nous regrouper et créer entre nous un mouvement de solidarité qui nous donne la force de continuer, parce que de plus en plus de filles s'épuisent à faire des jobs comme ça.D'autant plus que la situation a changé : traditionnellement, les hebdos servaient d'écoles aux journalistes débutants avant de sauter au quotidiens.Aujourd'hui il n'y a plus de travail ailleurs, dans les grands médias.et on voit qu'il y a du travail intéressant à faire en région, à un niveau plus humain, plus près du vécu quotidien des gens.mais cette proximité est aussi plus dure à supporter, comme responsabilité face aux lecteurs et au milieu.N'importe, bien des femmes seraient prêtes à le faire, avec de meilleures conditions de travail.La discrimination elle-même est plus subtile, mais encore très présente dans les hebdos où les journalistes sont syndiqués.Dans mon journal, par exemple, on distribuait les secteurs entre nous, 6 journalistes dont 2 femmes — ça, c'est l'équilibre ! D'ailleurs, quand j'y suis entrée, le directeur s'était informé auprès de l'autre femme pour savoir si ma présence la dérangerait!.— et a cette réunion, je voulais le dossier politique.Deux gars le voulaient aussi et personne ne lâchait prise, jusqu'à ce qu'un gars se lève et dise « Je ne veux pas t insulter, Yolande, mais moi je vois mieux un homme a la politique qu'une femme ! » Ça m'a écœurée.Ce sont des anecdotes, mais tout à fait representatives de la réalité.Quand on a voulu organiser le colloque du Cercle de Presse des Lauren-tides, c'était acquis pour moi qu'on y ferait un atelier sur l'image des femmes dans les médias de la region, mais j'ai été obligée de me battre pour leur faire accepter, en tant que présidente du Cercle.Plusieurs n'en voyaient pas la pertinence.À cet atelier sur l'image des femmes dans les médias des Laurenti-des (30 mai 1981 ), les 40 femmes présentes — journalistes, militantes péquistes, syndicales ou féministes, membres de l'AFEAS, travailleuses culturelles — après avoir longuement et unanimement critiqué les médias de la région, proposèrent : de créer une table de concertation des Laurentides, regroupant des femmes et groupes de femmes de la région, afin d'établir collectivement des stratégies d'utilisation des médias existants ; d'agir en tant que comité de vigilance, contre le sexisme, l'absence ou la déformation de l'information sur les femmes ; et d'encourager la formation de groupes de travail locaux.Elles s'engagèrent aussi à supporter la presse autonome de femmes, et à la susciter dans les Laurentides.Et si ce regroupement fonctionnait ?Et qu'il s'en développait partout?RAYMONDE PROVENCHER : À mon tour.Moi aussi, pendantdes années, aux congrès de la FPJQ, j'ai regardé les gars parler, concis, pertinents.Etais-je aussi capable de me lever et de parler ?Et puis j'ai commencé à m'en mêler, doucement et à un certain moment intriguée, j'ai décidé de me présenter au bureau de direction de la FPJQ.Plus tard est arrivée cette proposition de colloque.Moi, j'ai dit : «je suis féministe, parce qu'une femme qui se dit non-féministe — et j'aimerais bien que ça se dise un moment donné — dit qu'elle n'est pas femme.Être féministe, c'est être pour soi-même ! » Ça ne se pose même pas comme question.Une fois que tu as dit ça.tu regardes autour de toi.Moi, j'ai toujours travaillé à la télévision et à la TV, une fille doit avoir une image précise.Bien sûr, il y eut des exceptions comme Judith Jasmin.mais ça n a pas dù être drôle pour elle ! Pourquoi, dès qu'on parle d'une femme, est-ce qu'on traite du côté esthétique ?Je pense, par exemple, à Jocelyne Blouin, Miss Météo, qui a été particulièrement bousillée.Alors que Alcide Ouellet lui, qui n'est pas radiophonique, est devenu la particularité d'une émission, CBF-Bpnjour, et passe comme un personnage.A moi, on m'a reproché d'être « aux antipodes de la télégénie » ! Jamais tu n'entends ce genre de critique pour un gars.GT: C'est comme Gisèle Gallichan ; quand elle relate ce qui se passe à l'Assemblée Nationale, moi j'aime ça, parce que c'est vivant ni froid, ni distant Elle ne raconte pas une affaire abstraite, mais des êtres humains, qui passent des lois.Eh bien, on lui a reproché précisément ça, parce que ça ne répond pas aux patterns masculins d'information, encore plus rigides en politique.Dans les grosses boites, comme Radio-Canada ou Radio-Québec, la plupart des recherchistes sont des contractuelles et de plus en plus souvent quand on ne renouvelle pas le contrat de femmes journalistes, on leur reproche, parmi les raisons données, d'être trop féministes.Est-ce qu'on jugerait un gars trop « promasculin » ?RP : Finalement tu retrouves le même isolement dans le métier, à la ville comme en région.GT : Il y a aussi le fait que nous sommes absentes ; par exemple, aux Lundis de Pierre Nadeau, dernièrement on décidait de faire toute une émission sur l'état de l'information au Québec.On nous a invitées à faire partie du public en studio, mais il n'y avait aucune femme sur le panel : 3 hommes ! On ne la voit plus, l'absence des femmes, à force d'habitude.Et dans un milieu soi-disant privilégié, plus ouvert, nous avons les mêmes problèmes.À Radio-Canada, par exemple, la majorité des recherchistes sont des femmes ; elles font tout le travail, se débrouillent et après c'est un gars qui se pavane devant l'écran pour présenter ça.Encore à Radio-Canada, 95% des réalisateurs sont des hommes et 95% des assistantes sont des femmes.alors que dossier LA VIE EN ROSE septembre octobre novembre 1981 19 très souvent celles-ci font même la mise en ondes, et sont les vraies réalisatrices, sans en avoir ni le statut ni le salaire.RP : Il existe un réseau entre les gars du métier, qui s'appellent, se critiquent., nous, les femmes, nous travaillons plus isolément, sans beaucoup nous entraider.Ça tient peut-être à l'idée de la compétition, même si de plus en plus de femmes n'ont plus le goût d'embarquer là-dedans.GT:II est vrai que nous commençons toutes par intégrer — même inconsciemment — les patterns masculins, parce que nous voulons réussir, et c'est ainsi que beaucoup de femmes journalistes ont réussi.Mais il y a aussi toutes les autres qui, à un moment donné, ne supportent plus la tension interne et ne veulent plus, ne peuvent plus, travailler contre elles-mêmes, en faisant violence à leur vraie nature dans la façon de concevoir ce travail.c'est là que la réflexion commence.« Toutes (les femmes journalistes) ont lourdement payé leur choix professionnel dans leur vie personnelle.Elles écrivent « contre » les femmes, c'est-à-dire contre elles-mêmes, quand le journal les utilise, précisément elles, pour faire passer des modèles féminins diminués, infériorisés, par le biais d'articles sur la mode, la cuisine, « l'économie domestique », d'interviews de divas ou d'épouses d'hommes célèbres, de bavardages superficiels et insignifiants concernant les moeurs actuelles, etc.C'est justement aux femmes qu'incombe le devoir de faire passer un modèle féminin antiféministe, de se nier elles-mêmes pour nier les autres femmes'' ÉCRIRE CONTRE C'est vrai pour le contenu.Exemple : le budget Parizeau.On invite des économistes mâles à en faire le commentaire : « Que seront les effets de ce budget sur les hommes d'affaires ?Sur les cadres à haut revenu qui se trouvent infériorisés par rapport à leurs collègues ontariens ?» etc.Ce sera le genre de questions posées, et c'est normal, par des hommes à d'autres hommes.Mais la ménagère à faible revenu ?Qui va relever dans le budget tout ce qui concerne les femmes ?Personne, parce qu'il n'y a pas de femme mêlée à son élaboration, pas de femme économiste pour commenter et pas de groupes de femmes qui vont réagir en conférence de presse au budget Tout un secteur nous échappe, alors que ses conséquences nous touchent quotidiennement au foyer et au travail — et on n'en parle pas.C'est vrai aussi pour la forme ; pourquoi ne ferions-nous pas une information plus globalisante, en pensant à l'émotion des gens, comme Janette Bertrand le fait depuis des années, hors des patterns masculins, et cette information — carc'en est — est snobée, dénigrée, parce qu'on continue à privilégier l'information de déclaration politique, alors que ce n'est pas ce qui touche le plus les gens.Si nous étions là, nous, pourquoi ne sélectionnerions-nous pas autrement ?Ça ne veut pas dire que nous n'en parlerions pas, de la politique.YB : Peut-être qu'on devrait former des groupes de pression, et leur dire : « On n'est pas d'accord avec le genre d'information que vous faites.» CT : De toute façon, elle arrive dans un cul-de-sac, l'information selon les patterns masculins, elle est particulièrement mauvaise depuis 3, 4 ans au Québec.RP : Quant au colloque, on nous demande souvent si les hommes y seront ; nous ne ferons pas d'efforts particuliers pour les rejoindre.Ce sont les femmes des régions et des groupes que nous voulons amener là.Tant mieux si les hommes et les patrons viennent mais nous serons aussi préparées à les empêcher de kidnapper la parole, cftmme cela se passe trop souvent.YB : Et c'est pour ça que la deuxième journée est importante, avec les témoignages de femmes et groupes de femmes insatisfaites des médias.Si nous voulons changer notre façon de travailler, y replacer nos valeurs, nous devrqns nous rapprocher d'elles — la masse des lectrices et auditrices —, accepter leurs critiques de notre travail, chercher avec elles de nouvelles voies, de nouveaux modèles.et avoir leur appui si nous le faisons.OT : En plus, on a estimé essentiel d'ouvrir ce colloque vers l'extérieur, qu'on ne se retrouve pas encore à se regarder le nombril entre Québécois.on s'imagine souvent qu'on recommence le monde, ici ! D'où la présence d'invitées étrangères, parce qu'il faut comparer notre réalité aux leurs.Une Française : Martine Storti, et une Américaine.« L'Histoire d'aujourd'hui s'écrit dans l'instant même de son devenir.On peut la photographier, la filmer, la graver sur bandes comme les interviews de ces quelques personnages qui contrôlent le monde ou bouleversent le cours des événements.On peut la diffuser immédiatement : par la presse, la radio, la télévision.On peut l'interpréter, la négocier à chaud.Quel autre métier permet d'écrire l'Histoire dans l'instant même de son devenir, et d'en être le témoin direct ?Le journalisme est un privilège extraordinaire et terrible.Ofiana Fallaci.ENTRETIENS AVEC L'HISTOIRE Et finalement moi, j'aimerais aussi que ça porte sur l'ambiguïté de l'information sur les femmes.Pour qu'il y ait de l'information, il a fallu créer des secteurs particuliers, qui sont devenus des ghettos : famille, éducation, santé, etc.Mais si ces ghettos disparaissaient l'information sur les femmes ne serait pas forcément étendue aux autres secteurs.Il y a aussi l'ambiguïté d'être une femme journaliste ; moi, je ne veux pas être forcée de ne couvrir que les viols, l'avorternent et l'éducation.alors que ça concerne aussi les hommes.Le but étant qu'on parle des femmes dans tous les secteurs et aussi que les femmes journalistes puissent parler de tout même du budget Parizeau ! Propos recueillis par Françoise Guenette 1/ FPJQ " La Federation n'est pas une corporation professionnelle comme celle des médecins ou des pharmaciens, mais une federation d'associations de journalistes, dont le mandat est de discuter et de réfléchir sur le metier dans ses aspects professionnels L'adhésion s'y fait par syndicats, cercles de presse régionaux ou autres regroupements de journalistes, ou encore à titre individuel Un des intérêts de la FPJQ étant de pouvoir regrouper lesjournalistes isoles, non-syndiqués et non-syndicables Les syndicats de journalistes en sont par ailleurs membres.n Yolande Brasset 21 Voir communique en page 9 3/Gisèle Tremblay : pigiste, successivement journaliste au Devoir, au Jour, a l'émission Présent de Radio-Canada, a divers magazines.Yolande Brasset journaliste a l'Echo du Nord, hebdo de Laurentides.Présidente du Cercle de presse regional.Raymonde Provencher : journaliste a la television de Radio-Canada, puis a l'émission l'Objectif de Radio-Quebec 4/À la demande du Comité d'action politique des femmes du Parti Québécois Voir LA VIE EN ROSE DE MARS 1981 20 la vie en rose septembre octobre novembre mi dossier CONTRE la ligue du vieux «poil» Le 30 octobre dernier, les 204 journalistes des salles de nouvelles de Radio-Canada à Montréal, Québec et Rimouski déclenchaient une grève légale qui dura huit mois.Vingt pour cent de ces journalistes sont des femmes.À quelques jours du règlement de la grève, donc en juin dernier, Sylvie Dupont rencontrait pour la vie en rose Michèle Viroli et Danièle Levasseur, deux anciennes de la salle de nouvelles de Montréal.LA VIE EN ROSE : Vous êtes en grève depuis maintenant plus de 7 mois.Dans votre lutte, y avait-il des enjeux touchant plus particulièrement les femmes ?MICHÈLE VIROLI : Oui.D'abord les congés de maternité, que les conventions précédentes avaient complètement négligés : nous avions 2 semaines de congés payées à 95% de notre salaire et le reste dépendait de l'as-surance-chômage.De quoi vous décourager à tout jamais de pondre un oeuf ! Nous avons obtenu une entente qui engage Radio-Canada à combler la différence entre les prestations de chômage et une somme allant jusqu'à 75% de notre salaire pendant 15 semaines.Ce n'est pas encore très impressionnant mais comme Radio-Canada a dû concéder cet avantage à toutes les autres employées de la boîte, c'est un gain important.D'autre part, il y avait le problème des surnuméraires, en grande majorité des femmes.Les surnuméraires n'ont aucune sécurité d'emploi et ne sont pas inscrit-e-s automatiquement ni à la Caisse de retraite ni aux régimes d'assurances de Radio-Canada.On exigeait d'elles et d'eux d'être disponibles dès qu'on les appelle, peu importe si c'était l'heure du souper par exemple.Après 2 ou 3 refus, on ne les rappelait tout simplement plus.Nous n'avons pas réussi à obtenir la sécurité d'emploi pourlessurnuméraires, mais le syndicat est parvenu à négocier une majoration de 10% de leur salaire de base, comme compensation des avantages sociaux dont ils-elles ne bénéficient pas.De plus, nous avons obtenu certaines clauses rendant moins arbitraires les sanctions prises par la direction dans le casoù un-e surnuméraire refuse de travailler au moment où on lui demande.Les surnuméraires seront maintenant appelé-e-s au travail selon leur ordre d'ancienneté.LVR : Par ailleurs, qu'est-ce que cette grève aura changé pour les femmes du service des nouvelles de Radio-Canada?MV : Disons d'abord que les problèmes des femmes n'avaient jamais été une grande préoccupation de l'exécutif syndical.Or, dans cette grève, les femmes ont pris énormément d'importance, parce qu'elles ont été des plus actives.Parmi les 30 ou 40 personnes qui ont fait le plus de bruit, qu'on voyait toujours sur les lignes de piquetage, qui ont été de toutes les actions, il y avait toujours une proportion très forte de femmes.Nous avons été en quel- dossier LA 17£ EN ROSE septembre octobre novembre 1981 21 que sorte le moteur et l'âme de cette grève.LVR : Ces femmes étaient-elles déjà très impliquées dans les affaires du syndicat?MV ET DANIÈLE LEVASSEUR: Non, pas du tout.LVR : Comment expliquez-vous alors leur rôle pendant la grève ?MV : J'ai une petite théorie là-dessus.Les situations de crise dévoilent les gens.Pour moi, il est clair que dans la salle des nouvelles de Radio-Canada, ce sont les femmes qui constituent l'élément dynamique.Mais on ne les a jamais laissées s'exprimer.Nous avons toujours été cantonnées à des rôles mignons et subalternes avec des crétins qui jouent les protecteurs avec nous.A cause de la grève, les structures paternalistes et hiérarchiques sont disparues tout à coup.Les rôles n'étaient plus fixés d'avance et dépendaient seulement de l'implication et de la personnalité de chaque gréviste.On s'est aperçu que les femmes étaient sorties de leur coquille.Plus rien ne les en empêchait.Et puis, il y a eu un autre facteur, assez étonnant celui-là.Pendant la grève, nous avons constaté que les femmes étaient plus disponibles que les hommes, et cela pour une raison très simple : nous sommes presque toutes célibataires, séparées ou divorcées.Très peu d'entre nous avons un mari à la maison, contrairement à nos confrères qui ont presque tous une femme et 2 ou 3 mousses.En temps normal, cela leur sert : ils peuvent faire autant d'heures supplémentaires qu'ils le veulent et pendant ce temps, leur femme s'occupe de la maison, des enfants, fait leur ménage et leur bouffe.Nous, quand on travaille, on a du mal : après 3 soirées de reportage, si on avait un «Jules», souvent il ne reste plus qu'à s'en trouver un autre.De toutes façons, le gars ne nous attend pas avec un souper tout préparé.En temps de grève, c'est l'inverse : ce qui favorisait les gars devient un handicap.À la maison, les femmes se révoltent parce qu'il n'y a plus d'argent.La situation du mari devient difficile.Les gars mariés, habituellement très sécurisés, ont vraiment mal vécu la grève, alors que pour nous autres, ça a pris des allures de longs congés sans solde, de gros party.Nous n'avions pas de maison en banlieue ou de voiture de l'année à rembourser.C'est une différence à laquelle je n'avais jamais pensé avant la grève.DL : Nous étions très actives, nous partagions tous les risques, nous étions prêtes à tout.Notre point de vue prenait donc beaucoup d'importance.Nous avions une lutte commune, toutes les énergies y étaient canalisées, on n'avait plus le temps de nous mépriser.De plus, sur 5 personnes à l'exécutif, Il y a deux femmes.Pendant la grève, pour la première fois depuis que je suis à Radio-Canada, je ne sentais plus le sexisme.LVR : Vous vous êtes réunies pour parler du retour au travail.MV : Oui.Cette réunion était une conséquence de notre nouvelle solidarité.Après avoir tellement travaillé ensemble pendant la grève, nous avons senti le besoin de nous asseoir et de réfléchir sur la situation des femmes dans la salle des nouvelles.Nous avons parlé de nos problèmes à l'intérieur, de nos conditions de travail.Chacune a raconté sa petite histoire ; nous nous sommes aperçues que nous nous étions toutes fait intimider et que nous avions toutes été victimes des préjugés qui traînent dans la boîte depuis une trentaine d'années.Un exemple parmi d'autres : une surnuméraire qui postule un emploi à plein temps se fait répondre qu'avec trois enfants, elle ne sera pas assez disponible pour partir en reportage.Nous avons décidé qu'en rentrant, dans la mesure du possible (on se promet bien des choses pendant une grève.), chaque fois que l'une d'entre nous aura l'impression d'être victime de discrimination, de menaces voilées ou d'autres sévices, elle en référera aux autres.Nous en ferons un cas d'espèce, par exemple en allant voir le gars pour lui dire : «Comme ça, quand on a 3 enfants, on n'est pas un bon reporter ?» On fera un drame de chaque vacherie.On leur rendra la vie intenable jusqu'à ce qu'ils s'écoeurent de nous écoeu-rer.DL : Nous nous sommes aussi engagées entre nous à pratiquer au retour ce qu'on appelle de la discrimination positive.MV : Une femme chef de pupitre, par exemple, favorisera une femme plutôt qu'un gars, même s'il est aussi compétent.Au diable l'égalité ! Les gars font ça depuis toujours entre eux et j'espère que nous allons vraiment le faire.Mais je n'en suis pas certaine parce qu'il y a toujours des tensions à l'intérieur d'un service.C'est un métier très individualiste.Mais l'intention est excellente.Ce sont là des conséquences très positives de la grève.Tu sais, quand on travaille, on a des horaires tout à fait différents, surtout les surnuméraires.Depuis 7 mois, nous avons toutes le même velles et où se situent les femmes ?MV : En haut, il y a le rédacteur en chef.Puis, les chefs de pupitre, qui décident de l'ordre des priorités, de ce qui passera ou ne passera pas dans le bulletin.Comme tout le monde à partir de là, les chefs de pupitre sont syndiqués.Après eux, il y a les affectateurs qui distribuent le travail entre les reporters.Et finalement, il y a les rédacteurs, considérés à tort comme la plèbe du service des nouvelles.Pourtant, il faut des gens pour écrire les nouvelles et bien les écrire, mais comme c'est un travail moins « glamour », où on ne passe pas à la télévision, les rédacteurs sont très majoritairement des surnuméraires et donc des femmes.À la télé, il y a deux femmes reporters au horaire et j'ai pu rencontrer des tas de femmes que je connaissais à peine jusque-là, à qui je disais bonjour-bonsoir sans même savoirce qu'elles faisaient exactement comme travail.Ça fait 15 ans que je suis dans la salle des nouvelles.J'aurais pu au moins les prévenir de comment ça se passe, les avertir qu'on allait leur dire ceci ou leur faire cela.Parce qu'au fond les méthodes n'ont jamais changé ; c'est la même merde qu'on reçoit les unes après les autres.C'aurait eu moins d'impact sur elles, suscité moins d'amertume et moins de complexes.Mais chacune de son côté pensait que c'était un problème personnel.LVR : Quelle est la structure de pouvoirà la salle des nou- régional et une au national.Sauf pour deux femmes chefs de pupitre à la radio, les femmes sont complètement exclues des postes-clés, ceux où l'on décide du contenu de l'information.Je crois que c'est un problème énorme et un jour il faudra qu'il y ait des femmes cadres.LVR : Dans Le Nouveau Canard, votre journal de grève, vous dites que la direction considère les femmes comme une main-d'oeuvre transitoire, manipulable, sans aucune aspiration de carrière.Comment cela se traduit-il ?DL : Les hommes ont les postes les plus intéressants pendant que nous sommes toujours confinées aux mêmes secteurs, l'éducation, les affaires sociales, les chiens écrasés ou la condition fé- 22 la vie en rose septembre octobre novembre mi dossier minine.Les gars couvrent la « vraie » politique : par exemple pendant les campagnes électorales, ce sont eux qui suivent les chefs.Quand la direction amis une femme au Parlement, elle a fait son effort et il lui semblerait inimaginable qu'il y en ait d'autres.MV : Pourtant, tu vois, d'une certaine façon ils n'ont pas toujours tort de dire que les femmes n'ont pas de profil de carrière.Et moi je revendique le droit de ne pas avoir de profil de carrière.Qui a dit qu'il fallait en avoir un?Je n'ai pas d'ambition et je pense qu'il y a d'autres femmes comme moi.Je ne voudrais jamais être présidente de Radio-Canada parce qu'il me semble que c'est la job la plus plate du monde.Et je refuse de passer les plus belles années de ma vie à faire dérangeantes, parce que nous sommes différentes, que nous avons des valeurs autres et même une conception de l'information tout autre », Ètes-vous d'accord avec cela ?MV : Il est évident que les femmes n'ont pas toutes la même conception de l'information.Chacune travaille avec son propre bagage d'expérience, son analyse et ses intérêts particuliers.Pourtant, en règle générale, je crois que les reportages de femmes sont moins sensa-tionnalistes.DL : Personnellement, j'ai l'impression que nous avons une façon de voir les choses qui n'est pas celle des gars.En reportage, il m'arrive d'être émotive, voire même agressive.Pourquoi devrais-je parler de l'exploitation des fem- DL : Tous leurs critères sont des critères de mâles chauvins.Il faut que tu sois belle, eux peuvent être laids.Mais pas trop belle.Mimi par exemple, Qst trop belle ; ils disent que ça dérange les gens et les distrait du bulletin.Belle mais avec une voix grave.La voix radiophonique, c'est une voix grave, une voix mâle.Selon eux, une voix haute, c'est énervant, agaçant.C'est une voix de femme ! Et puis ils diront aussi qu'on fait des reportages trop féministes.LVR : Pour eux, c'est une insulte ?MV et DL : Oui.Féministe, virago, mal-baisée, lesbienne, etc.On ne se donne même pas la peine de réagir.Parfois, on a l'impression d'être au coeur de la ligue «du vieux poil », moustache et pantalon.« Qu'est-ce que la nouvelle ?Ce qui fait la nouvelle est une partie précise, reconnue, de l'événement et non pas tout l'événement.Elle se situe indubitablement du côté de la réalité.L'expérience effacée, foulée, oubliée qui constitue le monde féminin et prjvé ne se raconte pas.''.« Ainsi cette division, public-privé, social-non social, reconnu-refoulé, qui correspond à la contradiction homme-femme, est un aspect principal qui se reflète dans l'écriture du journal et qui détermine les caractéristiques les plus générales de l'information ».ÉCRIRE CONTRE « Lorsqu'un fait dramatique se produit, comme cette femme qui jette son enfant de trois ans par la fenêtre, toute la presse est unanime : l'épisode est probablement la manifestation pathologique d'une folie pourquoi pas héréditaire et qui s'est déjà manifestée dans sa jeunesse par une dépression nerveuse.Une dépression qui se signale comme la conséquence d'une fatalité (la mort du frère), mais jamais comme le résultat d'un mode de vie inhumain dont la société, et non le hasard, est responsable''.ÉCRIRE CONTRE « La Une, mais surtout l'article de fond et la rubrique politique restent le bastion du journalisme masculin >>.ÉCRIRE CONTRE des heures supplémentaires.C'est mon droit le plus strict.Mais au lieu d'apprécier à sa juste valeur le fait qu'une femme (ou un homme) n'aspire qu'à garder sa job et à bien la faire, ils pénalisent cette attitude.Pour eux, cela veut tout de suite dire qu'ils vont pouvoir se servir de vous, pour vous passer par-dessus à saute-mouton ou pour vous faire faire les sales jobs.Ils ne peuvent pas comprendre qu'on n'ait pas d'ambition.Ça ne s'inscrit pas dans leur système hiérarchique et compétitif.LVR : Pendant la grève, une journaliste de Radio-Canada à Rimouski écrivait dans Le Nouveau Canard un texte intitulé « Être différentes ».En conclusion, elle affirmait : « Par notre seule présence, nous les femmes, nous sommes mes indiennes avec une voix mielleuse ?Bien sûr, faire de l'information, c'est d'abord donner des faits, mais des sentiments peuvent passer dans ces faits.On veut que nous fassions de l'information aseptisée : le pour et le contre en une minute et demie.Pour moi l'information c'est beaucoup plus que cela.C'est d'abord une perception humaine des événements.Nous sommes obligées de nous imposer un modèle de gars : la froideur, la distance.C'est, semble-t-il, le seul modèle qui fonctionne, celui qui assure la crédibilité journalistique.Moi, je la conçois autrement, cette crédibilité.MV : Nous avons un mal fou à imposer notre façon de faire.Les hommes n'en veulent pas, ça les terrifie parce qu'ils n'en sont pas capables.LVR : Allez-vous participerau colloque Les femmes et l'information organisé par la FPJQ1 cet automne?MV : Moi, je ne crois pas beaucoup à tous ces parlot-tages.L'intention me semble louable, sans plus.Même si je rencontrais toute la FPJQ, ça ne réglerait pas mon problème dans la salle des nouvelles.C'est là, jour après jour, avec les femmes qui y travaillent, que je pourrai faire quelque chose.Je crains que ce colloque, comme la plupart des colloques, comme l'Année internationale des femmes, ne serve qu'à nous récupérer, à nous perdre dans des dédales de comités et de structures.DL : Moi, je ne suis pas aussi pessimiste que Mimi.J'ai l'impresssion que cet échange peut s'avérer intéressant, d'autant plus que ça ne s'est jamais fait ici.Peut-être en tirerons-nous un peu plus d'assurance.À voir tant de femmes intelligentes, compétentes, articulées, vivre des problèmes similaires, on finira par se dire qu'il est impossible que nous ayons toutes tort.Et puis Mimi, quand même, si au lieu d'une hystérique dans la salle des nouvelles, ils en avaient trente, ce serait plus sympathique, non ?-gfcp Une entrevue de Sylvie Dupont 1/ FPJQ : Fédération professionnelle des journalistes du Québec.dossier la vie en rose septembre octobre novembre I9SI 23 ¦¦i _ DERANGER SANS CHOQUER : ^ \Du COURRIER DU COEUR à MON MARI ET NOUS, d'OPINION \DE FEMME à JANETTE VEUT SAVOIR, Janette Bertrand Jsillonne depuis 30 ans le paysage québécois des commu- \ \nications.Elle y fait une sorte d'information parallèle, * Jhors des normes mais efficace.Certains préfèrent igno-\rer cette démarche trop émotive et « féminine », nousT [l'appellerons pratique journalistiqueoriginaleT^Vi^E^ ROSE en a parlé avec madame Bertrand. LA VIE EN ROSE : La noùon traditionnelle de journalisme est celle de « l'objectivité » ou, plus récemment celle de « l'honnêteté » ce qui veut essentiellement dire : présenter les deux côtés de la médaille en restant en dehors du sujet Vous avez toujours fonctionné différemment Comment qualifieriez-vous le genre d'information que vous faites ?JANETTE BERTRAND : J'appelle ça de l'information populaire et j'appelle ça prendre des risques.Il m'importe de parler des choses humaines qui sont P°ur moi, beaucoup plus cruciales que les derniers développements au Proche-Orient.Les batailles des hommes — ce qu'on appelle les « intérêts supérieurs » de l'argent et du conflit — ne m'intéressent pas.Le pouvoir est un jeu qui me répugne : je ne veux pas apprendre ces règles-là.Mon petit pouvoir à moi, et je crois en avoir un, est le pouvoir des millénaires des femmes, un pouvoir détourné, un pouvoir de gants blancs, de porte d'à côté, de Sainte-Vierge vis-à-vis le Bon Dieu.Et si on me dit que le suicide chez les adolescents, l'éducation des enfants, l'alcoolisme sont des sujets « futiles », des discussions de bonnes femmes, je réponds qu'il me semble bien plus futile de parler de hockey et d'automobiles pendant des heures.Les conversations de femmes sont les vraies conversations sérieuses parce qu'on y parle de la vie.LVR : N'est-ce pas perpétuer les stéréotypes de dire que la politique c'est pour les hommes ?JB : La politique a toujours été pour les hommes.Il y a seulement 20 ans que quelques femmes s'en mêlent et pour ce faire, elles doivent apprendre le jeu des hommes.Les femmes n'ont pas l'habitude du pouvoir.J'aime penser que les choses changeraient si nous avions le contrôle mais peut-être tomberions-nous dans les mêmes pièges que les hommes.Le pouvoir est paraît-il, la chose la plus grisante au monde., Comment savoir?On ne change pas des millénaires de conditionnement en 20 ans.Déjà, ça va très vite.Moi, je suis sortie de l'époque de la grande noirceur et je me demande encore comment j'ai fait LVR : On vous a souvent entendue dire que, toute votre vie, vous avez voulu prouver à votre père qu'une fille valait quelque chose.Pensez-vous avoir fini de faire vos preuves ?JB:Difficile à dire.Savez-vous que la semaine de sa mort — il y a seulement deux ans — j'ai arrêté complètement de faire à manger.C'est que, toute petite, la nourriture était déjà liée pour moi à la notion d'amour.Mon père jouait beau- dossier coup avec mes frères et moi pour l'attirer, je faisais à manger.Evidemment je n'ai pas compris ça tout de suite.C'est épouvantable d'être si vieille pour comprendre les choses.LVR : Vous avez parlé de prendre des risques dans vos émissions.En quoi consistent-ils ?* JB : Je fais beaucoup d'émissions qui sont menaçantes pour les hommes.Le viol, l'inceste, les femmes battues.Les hommes se sentent constamment menacés quand on leur parle de choses qu'on cachait autrefois.Evidemment mon nom, la cote d'écoute qui est excellente, me prêtent une crédibilité, m'aident à prendre ces risques.Mais tout ça s'est bâti lentement Ça s'est fait en ne trichant jamais et en ne prenant jamais le public pour des caves.S'adresser au monde ordinaire comme à du monde intelligent qui ont des choses à dire, c'est ma formule depuis toujours.LVR : Quand on voit toutes ces émissions d'après-midi pour les femmes — comment s'habiller, comment éduquer ses enfants.— on s'aperçoit qu'il s'agit en fait d'une véritable formation professionnelle des ménagères.Est-ce que vous pensez qu'être ménagère c'est un métier ?JB : Je dirais plutôt que c'est une job — et une job bien plate — que toutes les femmes font Moi, j'ai faitdeuxjobs toute ma vie, ce qu'aucun homme n'est capable de faire.Mais je ncyois pas pourquoi les femmes feraient tant d'affaires plates.LVR : Depuis quand vous dites-vous féministe ?JB : Depuis longtemps.Comment peut-on ne pas l'être en étant une femme ?Mais je comprends la réticence des femmes à se dire féministes.J'ai vécu la francomanie où il était de bon ton, après la guerre, de parler à la française et ensuite, l'anglomanie : « If you can't fight them, join them ».Or, les femmes qui veulent se retrouver du côté des hommes font preuve d'une attitude semblable.Ce désir d'être du côté du pouvoir, cette mentalité de colonisées que nous traînons, sont dangereux.Par contre, sije tiens à être « dérangeante », je ne veux pas choquer.Parce que sije choque, je vais tout perdre.Je vais perdre le monde, la confiance.L'influence quej'ai tient en partie, au fait que j'ai une vie de famille qui marche bien, que j'arrive toujours coiffée et bien habillée.Ces critères esthétiques me pèsent croyez-moi, et j'envie les femmes qui ne se les imposent plus.Je trouve qu'elles ont fait un pas.Mais j'avoue humblement que je ne suis pas rendue la ^ Francine Pelletier ' pour LA vie en rose « Avant ce désert politique et professionnel, je n'aurais pas imaginé de collaborer à un journal féminin où l'actualité, la politique, les problèmes sociaux ont moins d'importance que la mode mais dans les journaux dits « d'opinion », on prend si peu les femmes au sérieux.Sauf quelques cas isolés promus au rang d'exception, c'est-à-dire d'alibis qui permettent d'autant mieux de refuser les autres, on se méfie des femmes.Leurs idées ne sont pas considérées comme politiques, surtout quand elles choquent, c'est-à-dire quand elles le sont ».Michéle Manceaux, GRAND REPORTAGE SEUIL.COLL.POINTS « Il n'y a pas de journalisme sans morale.Tout journaliste est un moraliste.C'est absolument inévitable.Un journaliste c'est quelqu'un qui regarde le monde, son fonctionnement, qui le surveille de très près chaque jour, qui le don-chaque jour, qui donne à revoir le monde, l'événement.Et il ne peut pas à la fois faire ce travail et ne pas juger ce qu'il voit.C'est impossible.Autrement dit, l'information objective est un leurre total.C'est un mensonge.Il n'y a pas de journalisme objectif, il n'y a pas de journaliste objectif.Je me suis débarrassée de beaucoup de préjugés dont celui-là qui est à mon avis le principal.De croire à l'objectivité possible de la relation d'un événement >>.Marguerite Duras OUTSIDE l4 vie en rose septembre octobre novembre IM1 LA VIE EN NEVROSE « Le sonneur prend sa trompe d'ivoire et parcourt le village en appelant les hommes.Ils viennent tous dans la case du chef et prennent place sur les nattes.Les femmes viennent aussi, mais on les fait rester dehors, comme c'est la loi, elles regardent par les fentes des bambous et écoutent ainsi.» (Biaise Cendrars, ANTHOLOGIE NEGRE I Plus de femmes les lisent parce que plus de femmes les aiment et nous sommes même nombreuses, féministes de toutes épithètes, à les consulter, que ce soit dans la salle d'attente du dentiste, en cachette à la maison ou avec l'heureux prétexte, comme l'a fait Anne-Marie Dardigna en France, de se pencher sur le phénomène de la presse féminine1.Pourtant, même si elles se présentent en couleurs sur papier glacé, les revues féminines sont déprimantes.Je ne sais comment font par exemple les 129,143 lectrices qui, hebdomadairement, achètent le lundi et les 288,000 qui, d'un océan à l'autre, feuillètent madame au foyer2.Moi, la lecture de ces magazines me donne les bleus.Véritables tchadors à l'occidentale, ces périodiques qui nous sont pré-destinés nous bâillonnent et nous emmaillotent tout en ayant l'air de parler de nous à pleines pages.Les revues féminines sont des revues spécialisées au même titre que les revues de chasse et de pèche, d'affaires et de cul.La Femme étemelle qu'on nous y présente est effectivement un être spécialisé dans l'art d'embellir, de séduire et d'apprêter les restes.Aux aspirantes-candidates, il convient de souligner très tôt que les exigences requises sont grandes et que beaucoup de temps, d'énergie et d'argent sont nécessaires à la réussite du projet 26 la vie en rose septembre octobre novembre 1981 « LA VIE C'EST 10% CE QUE VOUS FAITES ET 90% VOTRE FAÇON DE LA PRENDRE Les revues féminines sont des revues d'intérieur et d'intériorité.Elles ne sont pas toujours inintéressantes et on peut à l'occasion, y lire de très bons articles, mais elles n'ont qu'une définition de la féminité.On y cultive l'art du « happy ending » à tout prix et le prince charmant qui veille au grain n'est jamais bien loin.« La nature des choses est fréquemment invoquée.Et cette NATURE présente curieusement des liens fort nombreux avec l'idéologie dominante, avec la politique du mâle au pouvoir »'.Les femmes des revues vivent dans des gynécées modernes sans aucun pouvoir réel sur le monde extérieur (on ne parle jamais de politique dans la plupart de ces magazines).comme si rien n'avait change depuis que le nez de Cléopatre a porté ombrage à l'Histoire, clin doeil, « Complice de vos 20 ans », etCHEZ-SOl, « Le magazine du rêve réalisable », deux nouvelles venues sur le marché québécois publiées, à 100,000 exemplaires chacune2 par les Editions Le Nordais regorgent de textes et de bas de vignettes qui ont le même effet engourdissant que la musak du métro.Le « Chez-soi du mois » de juin dernier était ainsi présenté : « Pour Sonia, à la vie professionnelle trépidante, l'important était de s'inventer un chez-soi plein de quiétude et reposant ».A voir l'intérieur luxueux de cette, maison « située à quelques pas de la cohue et de l'agitation du centre-ville » on comprend que Sonia ne mène pas la vie de Carmen, caissière chez Provigo, qui, j'en suis sûre, aurait besoin de se reposer de sa journée pas tellement trippante « sur le niveau supérieur de la terrasse (.) et de prendre des petits déjeuners ensoleillés et de se détendre agréablement dans un mobilier de rotin blanc qui ajoute une note de fraîcheur et de vacances ».Ce que nous propose le plus souvent la presse féminine est faux et inaccessible si ce n'est la réussite d'un « croque-monsieur pour deux personnes » sur la fiche-cuisine (sic).« Les heures filent.les plantes s'épanouissent dans un coin de séjour attenant à la serre.» LA DIÈTE RAPIDE DU MAILLOT DE BAIN Les pontifes des revues féminines sont aussi souvent des hommes, éminents et souverains spécialistes médecins, psychiatres et couturiers qui s'arrogent des pouvoirs excessifs sur nos corps.Dans la revue vivre, « Le magazine de la santé physique et mentale » publié à 32,000 exemplaires par le Groupe Québécor, la liste des chroniqueurs comprend quatre médecins (trois hommes et une femme) et un phytothérapeute4 ! On y parle principalement des maladies, des régimes-miracles (au cours de l'été Ginette Reno avait enfin découvert comment maigrir de 60 livres sans régime) et de sexualité.On y apprend que : « Même actuellement, alors que la libération de la femme la rend égale ou presque, le mâle garde sa fonction d'initiateur.Sur lui repose le succès, ou l'échec, pour une bonne partie du moins ».on se demande bien laquelle.La normalité a une fois de plus la vie sauve.dossier Les revues de mode, très pernicieuses, nous offrent également des images déformées de miroir-de-Parc-Belmont comme réelles et normales, alors que nous savons toutes que le grand mannequin de six pieds deux, 90 livres souffre d'anorexie.Mais le sourire de la cover-girl sur toutes les couvertures ne trompe pas : les revues de mode se vendent bien et représentent les intérêts énormes des manufacturiers et marchands de vêtements.« L'American smile » est effectivement toujours de mise à toute heure du jour mais il n'est pas contagieux et n'est pas compris dans le prix de vente du magazine.Pour vous consoler il reste la consommation-compensation du petit soulier demier-cri, modèle Cendrillon-recyclée qui, même insatisfaisante, en raison de l'épaisseur de votre portefeuille, sera une panacée à votre, notre névrose.FÉMINISME TEMPÉRÉ AVEC RAFALES DE VENT Le cas de la revue chatelaine est intéressant Avec des ventes au Québec de 284,000 exemplaires, soit environ 40,000 de plus que le magazine actualité, elle est de loin la revue féminine la plus populaire.Il y a quelques années, voulant coller de plus près à la réalité de ses lectrices, la revue était entrée, avec quelques changements et de nouvelles journalistes, dans la catégorie des magazines que Mme Dargigna nomme un peu hautainement « les revues du contre-pouvoir féminin » : « Au mieux, il s'agit d'un réformisme classique visant à amé- liorer l'adaptation des femmes aux structures déjà existantes »2.La publication de dossiers sur l'avorternent (février 1979), sur « les femmes et leur gynécologue » avait fait croire à un vent de libéralisme.Il y avait eu quelques accidents de parcours telle l'indignation soulevée par la bande dessinée d'Andrée Brochu et de nombreuses lettres de lectrices dénonçant régulièrement la publicité abusive et oppressive de la revue, mais dans l'ensemble, chatelaine plaisait et plait encore.Pourtant depuis un an et cédant aux pressions des éditeurs de Toronto, McLean Hunter, et à celles des publicitaires qui paient $3,200 pour une page-couleur dans un numéro, chatelaine semble avoir perdu quelques plumes.Qu'on en juge simplement par le retour en force des cover-girls sur les couvertures.«JE ME SUIS FAIT ENLEVER UN SEIN.COMMENT PEUT-IL MAIMER ENCORE ?» La presse féminine est la seule qui traite de l'émotion humaine ; elle aborde autant les débordements du corps, même si on nous enjoint rapidement de les endiguer, que les tourments du coeur et c'est principalement pour cela qu'elle est jugée futile par les médias d'information.Aux hommes qui nous côtoient debout devant les kiosques à journaux, on offre le monde, en toute objectivité, mais c'est à nous toutes et à nous seulement que l'on demande de .rendre la vie vivable, en toute harmonie jj^ Marie Dëcary N.B.C'est CHEZ ROGER, mon dépanneur licencié, qu 'ont été sélectionnées les revues dont il est question dans cet article.L'échantillonnage n'est pas à proprement parler très scientifique mais si vous connaissiez l'exiguïté des lieux, vous comprendriez vite que Roger ne peut se permettre de « tenir » de magazines impopulaires.Je me suis donc fiée à sa connaissance toute sociologique du quartier et à son sens inné des affaires pour assurer une certaine crédibilité à mon enquête.1/Anne-Marie Dardigna.LA PRESSE FÉMININE.Maspero 1979.2/Ces chiffres sont tires de CARD (Canadian Advertising Rates and Data).Juin 1981.3/ LE LUNDI.Vol.5 no.18.4/ .qui soigne les plantes ! Beau temps pour laver t C£ bem .0h, IL FAUT QUE je Vf Ai ME DÉPÊCHE, J'Ai Xeuotz-yous cvez fyNE'cOLOGUê ._ MA/i MADAME, V0V$ AVEZ CAJ CBKAIE AUTOUIt DU col h CHÂTELAINE/JUIN 1980 En juin 1980, notre illustre illustratrice et collègue, Andrée Brochu, tannée comme les deux héroïnes de sa bande dessinée de voir l'agent Glad ou M.Net nous conseiller dans le choix de nos outils de travail (a-t-on déjà vu Madame Gingras recommander l'achat de la scie-sauteuse X et X à son castor-rongeur-de-bricoles ?) présentait à Châtelaine, à titre de collaboratrice-régulière pigiste, une B.D.intitulée : « Beau temps pour laver » que nous reproduisons ici.Les commentaires du public-lecteur furent nombreux et pour la plupart venimeux.En septembre, Châtelaine publiait dans son courrier deux lettres désapprobatrices.La première, celle d'un homme.« il est vrai que je suis un homme, un publicitaire par surcroit.» qui jugeait la B.D.« vulgaire, négative et peu réjouissante » et la seconde envoyée par une lectrice régulière qui considérait que « .faire de l'esprit de ce calibre sur un sujet aussi délicat (.) et donner une telle réplique au médecin est simplement impensable et de mauvais goût ».Dans le numéro suivant une autre lectrice voulut rétablir certains faits : « (.) si, entre femmes, on se moque de nos bobos c'est que l'on commence à se réveiller et à cerner le mal déjà fait ».Mais aux yeux de l'équipe de rédaction, encouragée par la maison-mère de Toronto à agir vite, la « farce » avait assez duré ; on conseilla donc à Andrée Brochu d'aller rire ailleurs.CRIC CRAC CROQUE ! dossier LA vie e\ rose septembre octobre novembre Ml 27 cmosûeçjçM BLOCS Jeudi soir.11 juin.19h30.I lui : « Être viril, madame, c'est être comme le Créateur et confier la création à la femme.» / lui : « L'homme thaïlandais est en étroite relation avec son éléphant.Il passe souvent plus de temps avec lui qu'avec sa famille.» / lui : Il nous fait plaisir de louer le courage de ce garçon handicapé qui.» Dans la foule, elle encourage lui à devenir médecin./ Its a super good milk chocolate — Rash sur le cul dïLLE sur la page / lui : « We had a tough fight.» ELLE : « I forgot the shopping list.» / lui : « Toute définition de moi serait, limitative.» ELLE : « Le café est prêt.En voulez-vous, Maître ?» / lui : ¦ ELLE à lui : « J'aime ce que je fais, j'ai le sentiment d'être - une infirmière.Beaucoup d'hommes malheureux repartent d'ici heureux.Si on ne pouvait m'acheter avec de l'argent, l'argent perdrait de sa valeur.Tu veux encore de moi?» Et elle se mit à passer l'aspirateur et à faire cuire les carottes./lui : « Je ne peux pas supporter d'être regardé de haut en bas.» / - «oi» frire au goût de Jeannot le poulet dans l'huile Crisco /lui : « À moitié nue dans la voiture, c'est la —— -' - h»ile.cette grande âme, cette Mater Dolorosa.» LUI : « Oh! =»i~n nf the fighters.The test men femme d6.-M ^'-être qui va frôler 'a'îinl simulation test is ca Ie {^J[g retro) « I'm not sick, my l'héroïsme de ce prêtrequi the gener J.simu / elle : lasileieuui t Qf your 1 "LxL_i.mar.h mes.» /elle.___ .médailles sur ie ' .et.Miss, What s u»s_____ r€ femme u> ENTRELLES.FÉVRIER 81 (rflrtÏÏvWA à is___ tenu, d'où elle vient, etc.C'est rare une publication sans publicité et c'est tellement agréable, non ?Euh.oui, c'est rare.Mais revenons aux textes : comment l'équipe de rédaction décide-t-elle sa politique éditoriale ?Comment les journalistes.Quelle équipe de rédaction ?! Quelles journalistes ?! Récapitulons et soyons précises : la revue est produite par un collectif, c'est-à-dire un groupe féministe qui n'a rien à voir ' avec une équipe de redaction ou un comité de lecture.Avec les collaboratrices régulières ou occasionnelles, le collectif discute, coordonne, exécute les tâches nécessaires au « 56 pages » qui sort cinq fois par an tous les deux mois depuis trois années pleines.Les articles et illustrations proviennent de sources très diverses, d'individues ou de groupes, de Matane ou de Montréal, de' féministes radicales ou de féministes socialistes.Ça fait un peu melting-pot par moments, avec tout ce que ça comporte de richesse et de problèmes ou insatisfactions.En gros - très gros - c'est ça des luttes et des rires.Ah, j'oubliais aussi de parler des dossiers.Chaque dossier remplit à peu près la moitié de la revue, c'est du stock ça ! L'élaboration du dossier, la recherche d'articles, éventuellement leur rédaction sont sous la responsabilité d'un comité autonome.C'est un des nombreux moyens de participer à la revue.D'autres comités existent pour toutes les tâches techniques.Il y a seulement l'impression et la composition qui ne sont pas assumées par des femmes (ça viendra un jour.?) En conclusion, vous semblez bien parties pour une nouvelle année.On l'aurait juré, n'est-ce-pas ?Et pourtant ! Que de remises en question en ces mois d'été 1981 ! Chaque année nous faisons un bilan pendant le break estival et on se réoriente pour l'année suivante.Cette fois-ci on prend un peu plus de temps pour discuter de l'avenir de des luttes et des rires On suspend la publication jusqu'à la fin de l'année 81.J'entends déjà la question qui se presse sur vos lèvres : « Mais pourquoi, pourquoi ?» Et bien, il est nécessaire que de nouvelles femmes entrent au collectif.Question d'énergie, d'équilibre, de sang neuf.Et il y a peut-être d'autres modes de fonctionnement à expérimenter.On a envie aussi de discuter de plein de choses passionnantes et nécessaires pour repartir d'un bon élan.De toute façon, la revue est un moyen et non une finalité.Alors, des moyens d'action, de lutte, on en a encore beaucoup à trouver collectivement j^, christine lemoine Pour le collectif de desl uttes et des rj re s de femmes N.B.Un article signé du collectif est para dans le vol 4 no.1 (oct-nov.80) Ce long texte situe la revue après trois ans de fonctionnement et précise les orientations de DES LUTTES ET DES RIRES C'est une référence importante qui reste encore d'actualité.Un autre article bilan, à paraître dans le prochain numéro devrait redéfinir ce que veut être DES LUTTES ET DES RIRES.« Sur le plan technique, l'expérience des têtes de pioche démontre de façon éclatante qu'il est possible à un groupe de femmes de réaliser un projet aussi audacieux que de publier un journal mensuel autonome — féministe de surcroît — et que la presse féministe « à l'état pur », si je puis dire, a sa place ici, une place viable.Armées de courage et de bonne volonté, ces militantes qui n'étaient nullement des journalistes de métier — du moins, au départ — ont amorcé une façon différente de pratiquer le journalisme, d'abord en le dé-profes-sionnalisant, c'est-à-dire en rejetant les schemes habituels de la société masculine dominante.mais surtout en réussissant à transmettre à la fois l'émotion vécue et l'analyse théorique, au plan de l'individu autant qu'à celui de la collectivité, le plus souvent en projetant la réflexion jusque vers l'action.C'est ce qui en fait un journal féministe révolutionnai-préface LES TETES DE PIOCHE.COLLECTION COMPLETE dossier la vie en rose septembre octobre novembre 1981 31 - les mémoires d Alexandrine le Journal intime et politique JOURNAI INTIME ET POLITIQUE D'UNE AVORTEUSE 34 la vie en rose septembre octobre novembre mi le journal intime et politique J'ai étudié la médecine pendant 4 ans.Durant ce temps, je n'ai pas vu un seul avortement.Aujourd'hui, à nouveau apprentie, j'observe Henry Morgentaler à l'oeuvre : tant de gestes que des années d'expérience rendent méticuleusement précis et qui finissent par solutionner le problème d'une femme, parmi tant d'autres.J'ai appris les étapes par coeur.Aux actes maintenant.J'ai peur de manquer mon coup, de leur faire ma!.Mais ce n'est plus le moment des tergiversations.Hésitante, je m'essaie sur quelques « cas faciles » : des femmes qui ont déjà accouché et qui ont entre 8 et 12 semaines de grossesse.Et en moi-même, j'ajoute : comme par hasard des femmes pauvres ou immigrantes ou d'une condition telle qu'elles ne s'apercevront pas qu'elles sont mes cobayes et à plus forte raison, ne s'objecteront pas.La presence des infirmières me sécurise.Je trouve mes gestes maladroits.La dilatation exige plus de force que je ne l'imaginais.Je tremble du dedans, transpire du dehors.Je ne termine que pour recommencer.Je rentre chez moi les poignets endoloris, le dos barré, épuisée physiquement et émotivement mais plus confiante, prête à y retourner.**** Je fais des avortements une fois par semaine, entre 8 et 12 avortements par jour, un avortement toutes les 20 minutes.J'entrevois brièvement trop brièvement chaque femme avant son avortement : je lui explique ce qui va se passer, j'évalue son anxiété, j'essaie de trouver les mots qui la calmeront.Le fait que je sois une femme en rassure certaines ; d'autres semblent inatteignables.Nous prenons nos places dans la salle d'examen.La « patiente » allongée sur la table, les pieds dans les étriers, les genoux tendus.Moi, debout devant elle.Une infirmière à ses côtés lui tient la main, lui parle, la distrait Une autre prépare les instruments.Je fais l'examen interne.Mes doigts fouillent le vagin chaud, cherchent la rondeur souple du col au fond.Puis, l'utérus gonfle.Sa grosseur équivaut à tant de semaines de grossesse, me dit combien de dilatations seront nécessaires, quelle canule d'aspiration utiliser.Sa position dans l'abdomen m'indique s'il s'agit d'un « cas difficile » ou non.J'enfile les gants stériles et l'avortement commence.Insérer le speculum, désinfecter le col de l'utérus, le saisir avec les pinces, le geler, passer la sonde qui mesure l'utérus, ensuite les dilatateurs qui glissent dans le col, les uns après les autres et qui permettent enfin, l'aspiration.Suivre la matière écumeuse, sanguinolente, le long du petit boyau transparent le sentir tirer à chaque contraction de l'utérus.Racler les parois dénudées de l'utérus avec la curette.Vérifier les saignements.Enlever les instruments.S'assurer que tous les morceaux de foetus et de placenta y sont Souffler un peu.Puis passer à la suivante.Examen, speculum, pinces, anesthé-sie, dilatation, aspiration, curetage.Je suis fatiguée.J'ai faim.Encore deux autres avant le diner.Comment s'appelle-t-elle déjà ?Quelle langue parlions-nous ?.La nuit je rêve.Une grande salle, des tables d'examen à perte de vue.Sur chacune des tables, une femme en jaquette blanche, les pieds dans les étriers, attend qu'on lui pose un stérilet Je descends l'allée, enfonçant un stérilet dans chaque utérus.Paf, paf, paf.Il y en a un qui me résiste mais je finis par réussir.J'ôte le speculum puisje m'aperçois que je n'ai pas coupé les cordes du stérilet Écoeurée, je décide que ça ne lui fera pas de tort de trainer ces cordes jusqu'à son prochain examen gynécologique.Elle se relève, sourit et voilà que les deux petites cordes bleues lui pendent de la bouche.Sans broncher, je prends des ciseaux, coupe les cordes au ras des grandes dents blanches.Et je me réveille.Enceinte, je continue à faire des avortements.Je m'amuse à calculer quelles femmes en sont à la même semaine de grossesse que moi.Les morceaux de foetus que j'examine à la fin me fascinent d'autant plus.Une main parfaitement formée et pas plus grosse que la tète d'une épingle.J'exulte de sentir la vie en moi, vie que j'ai choisi d'entretenir et d'aimer.Je peux partager la responsabilité de ces femmes qui en ont décidé autrement Sans problème.Quand mon fils a 4 mois, je reprends la pratique, les seins encore engorgés, des taches humides sur ma chemise blanche.Et les femmes sont toujours là qui m'attendent Des femmes qui pourtant se servent de moyens contraceptifs, consciencieusement, presque religieusement Des stérilets toujours en place.Une liga- ture de trompes vieille de dix ans.À quelle méthode vous fierez-vous dorénavant?La confiance est-elle a jamais minée ?Et cette jeune fille pour qui l'avortement est aussi son premier examen gynécologique.Je serai douce, ma toute petite.Ce n'est pas une punition, mais tu vieilliras beaucoup aujourd'hui.Voilà.C'est terminé.Tu as bien fait ça.Veux-tu ta mère ?Ton amant ?Des femmes qui n'ont pas d'enfants.Des femmes qui en ont plusieurs.Direz-vous à vos enfants ce que vous avez faitaujourd'hui ?Vous soutiendront-ils ?Vous jugeront-ils ?Des femmes qui veulent des enfants mais plus tard.Dans de meilleures conditions.Pleurez.Vous pouvez pleurer ce que vous avez perdu.Nous porterons cette perte avec vous comme nous pourrons.La femme qui enfantait des jumeaux.J'hésite, je lui dis.Soupir suivi de sourires.Elle est doublement soulagée.La femme qui a parcouru 1,000 milles pour se faire avorter.Qui est beaucoup plus avancée qu'elle le croit dans sa grossesse.Comment puis-je la renvoyer, comme ça ?Il faut au moins que j'essaie.La canule se bloque, ça ne passe pas, les morceaux sont trop gros.Je dois travailler fort et vite.Ce n'est pas agréable, mais c'est fait Et une autre, une autre encore.Je rentre chez moi fourbue, de mauvaise humeur, tendue.J'ai besoin de quelque chose à boire ou à fumer.Je me sens meurtrie, insultée, indignée comme si c'était moi qui avait ete sur cette table, maintes et maintes fois.Je prends une douche et je tombe dans mon lit Un jour, je ne rentre pas enterrer ma joumee dans mes draps.Plutôt un sauna et un massage.La tension et la fatigue me sortent par les pores de la peau.Et je pense à toutes les femmes quej'ai encouragées à parler de ce qu'elles ressentaient à partager leur expérience avec quelqu'une qui saurait les écouter.Je me dis : sois ton propre médecin.Et j'apprends à parler des avortements que je fais.A en parler aux femmes qui se préoccupent du sortdes femmes, aux gens qui se préoccupent de moi.Et je rêve.du jour où l'avortement sera accepté comme une chose de la vie.Donna Cherniak Traduction Francine Pelletier la ME EN ROSE septembre octobre novembre i9si 35 longue distance Bobby Sands et trois autres détenus politiques irlandais sont morts en mai dernier.Leur grève de la faim pour l'obtention du statut de prisonnier de guerre n'a pas fait céder la Grande-Bretagne d'un pouce.Pour le pouvoir anglais, il n'existe pas de guerre civile en Irlande du Nord, les nationalistes irlandais ne sont qu'une poignée de terroristes criminels et le camp de concentration de Long Kesh est une prison-modèle.Ces grèves de la faim, qui perpétuent une tradition de lutte du mouvement de résistance depuis le découpage de Hie en 1921, ont réactualisé sur la scène internationale la guerre civile qui se poursuit en Irlande du Nord depuis plus de dix ans, guerre civile bien souvent traitée par les médias comme toutes les autres guerres « lointaines » : informations fragmentaires, réduction des conflits à des guerres de religion ou à des luttes entre terrorismes opposés (Salvador, Liban.).Au moment d'écrire ces lignes, plusieurs autres grèves de la faim pour le statut politique des prisonniers et prisonnières nationalistes se poursuivent dans les blocs H de Long Kesh.Naomi Brennan, secrétaire générale de l'Irish Republican Socialist •* «orme à Montréal en juin dernier dans 1 ¦""'"s Dolitii listes se poursuivent w ivcau.» Brennan, secrétaire générale de l'Irish Kepuuiican Socialist Party est venue à Montréal en juin dernier dans le cadre d'une campagne de solidarité avec les prisonniers politiques irlandais organisée par le Comité Québec-Irlande.C'est à partir des entretiens que nous avons eus avec elle que nous avons bâti cet article 38 la vie en rose septembre octobre novembre mt longue distance Les blocs H et la crimi-nalisation des prisonniers politiques Long Kesh est le camp-prison le plus important d'Irlande du Nord.Situé près de Belfast, c'est une ancienne base militaire reconvertie en camp d'internement en 1971, quand l'internement sans procès a été remis en vigueur.À partir de cette date, on envoie donc les internés dans les camps (les femmes vont à la prison d'Armagh) et en 1976,8 000 personnes seront déjà passées dans ces camps1.« À Long Kesh, jusqu'en 1976, les prisonniers, malgré des conditions d'internement épouvatables, jouissaient de certains ' privilèges ' : ils pouvaient porter leurs vêtements personnels, ils pouvaient recevoir des journaux et de la correspondance de l'extérieur.Ils avaient aussi le droit de s'organiser.C'était ce qu'on appelait le statut ' catégorie spéciale '.L'autorité britannique concédait ce statut ' spécial ' aux prisonniers nationalistes parce qu'à l'époque, elle reconnaissait l'existence d'une situation 'spéciale' en Irlande du Nord.» Même si la situation est demeurée aussi « spéciale » par la suite, le statut spécial a été révoqué en mars 1976.Selon Naomi, si l'Angleterre a décidé de supprimer ce statut de prisonnier politique, c'est parce qu'elle subissait des pressions d'ordre international.On peut penser qu'il s'agissait d'interventions venant de pays en butte eux-mêmes à des luttes de libération nationale ou à des groupements de gauche armés et qui acceptaient mal que la Grande-Bretagne accorde un statut politique à un type de mouvement qu'eux-mêmes voulaient criminaliser à tout prix.De plus, ce geste des autorités britanniques visait à mater le mouvement populaire de solidarité avec les prisonniers.Toute personne inculpée après mars 1976 ne pouvait plus bénéficier du statut politique.Les personnes inculpées avant cette date ont continué d'en bénéficier.À Long Kesh, on a enfermé les hommes internés ou condamnés2 dans des baraquements de tôle en forme de H, d'où le nom de blocs H.Le premier interné après l'abolition du statut spécial refusa de porter l'uniforme réglementaire.Ce fut le début de la grève de la nudité qui dure depuis 5 ans.3.Voici quelles sont les 5 revendications des prisonniers des blocs H : — droit de porter leurs propres vêtements — droit de ne pas faire de travail pénal — droit d'association — droit à une lettre, un colis et une visite hebdomadaire — droit à la réduction de sentence L'Irlande du Nord, champ expérimental de la contre-insurrection On a souvent présenté l'Irlande du Nord comme un terrain d'entraînement pour les armées et les polices britanniques et européennes qui y expérimentaient des stratégies anti-subversion et des techniques de contrôle et de répression de populations civiles insurgées.Selon Naomi, il est difficile de savoirsi des unités anti-guérilla européennes sont physiquement « invitées » à venir « s'instruire » sur le territoire d'Irlande du Nord.Ce qui est sûr par contre, c'est que les forces spécialisées britanniques font partager leurs expériences à leurs collègues d'Europe.Les fameux S.A.S.(Special Airborne Services), qui s'étaient distingués lors de la reprise de l'ambassade iranienne à Londres, sont impliqués en Ulster depuis l'intervention des troupes britanniques en 1969.Ce sont des unités d'élite qui n'ont pas d'existence officielle.D'ailleurs, il est interdit d'en parler (sécurité nationale).Faligot, ¦ dans son ouvrage la résistance irlandaise, relate la visite du 22ième S.A.S.au 9ième régiment de chasseurs parachutistes de Toulouse en France.Le brigadier Kitson, commandant la 39ième brigade aéroportée et responsable militaire de Belfast, est l'une des têtes-pensantes de la contre-subversion.Dans son livre opérations de faible intensité - subversion.insurrection et maintien de lordre, il indique très clairement que les techniques expérimentées en Irlande du Nord4 pourraient très bien être utilisées en Angleterre dans l'éventualité de situations sociales agitées.Pour l'armée, l'Irlande du Nord est une école vivante de la répression en cas de guerre civile.La torture Cet aspect expérimental des techniques de répression s'illustre notamment par les méthodes d'interrogatoire que l'armée britannique et les forces de l'ordre loyalistes ont perfectionnées en Ulster, contre les inculpés nationalistes : torture par le bruit, par la désorien-tation systématique (cagoule noire), par la déprivation sensorielle (que la police ouest-allemande a elle-même expérimentée sur les prisonniers de la Fraction armée-rouge).Naomi nous a apporté le cas de ces 14 personnes qui en 1973 ont servi à titre de cobayes pour des expériences de torture par la deprivation sensorielle et le bruit et qui ont poursuivi la Grande-Bretagne en dommages, levant le voile sur les atrocités de la répression anti-nationaliste.« Le mur du silence sur la torture est ainsi brisé ; à tel point que le gouvernement irlandais du sud (République irlandaise.NDLR), pour ne pas perdre la face, se voit obligé de traîner la Grande- Bretagne devant la Cour internationale des Droits de l'homme de Strasbourg pour ' mauvais traitements contre des citoyens irlandais'.En août 1976, une commission de la Cour de Strasbourg a partiellement reconnu la culpabilité du gouvernement anglais (.) »5 Rappel de la situation irlandaise : la partition de 1921 L'État irlandais du sud a toujours joué la prudence et son attitude face à la résistance en Ulster, face au mouvement nationaliste et face à Londres n'est qu'une longue série de tergiversations : accès de répression contre les militant-e-s du mouvement républicain (Sinn Fein et Irish Republican Army — I.R.A.) à l'intérieur de ses propres frontières, collaboration avec les services policiers britanniques, période de protectionnisme économique face à la Grande-Bretagne, prises de positions verbales pour la réunification de ITIe (en période électorale.), etc.Respectant le statu quo, coincée par ses contradictions et ses intérêts économiques, l'Irlande du Sud se sent menacée par des mouvements nationalistes qui mettent en péril la nature de son régime politique.La partition C'est en 1921, après une guerre civile qui a commencé en 1916 par le soulèvement de Dublin, que l'on « négocie » la partition de ITIe en deux états : les 26 comtés du sud deviennent la République d'Irlande, état souverain économiquement dominé par l'Angleterre et actuellement membre de la Communauté européenne, et 6 comtés du nord-est sont maintenus dans le Royaume-Uni.La Grande-Bretagne conserve ainsi son contrôle colonial direct sur la partie de ITIe la plus industrialisée.De plus, ce découpage a été organisé de façon à assurer aux anglo-protestants du nord, descendants des colons écossais et anglais, la majorité démographique et la totalité du pouvoir politique et économique.Il existe en Irlande du Nord toute une série de mesures discriminatoires envers la minorité catholique au niveau du droit de vote, du logement et de l'emploi, qui constituent une véritable politique d'apartheid.C'est ce qui explique la montée du mouvement pour les droits civils des catholiques.Les autorités anglo-protestantes disposent également d'un énorme arsenal répressif : pouvoirs spéciaux, police, milices, organisations para-militaires orangistes et loyalistes.La communauté anglo-protestante dans sa majorité soutient le rattachement de l'Ulster à la Couronne britannique, d'où le terme loyaliste qu'on lui accole.la vie en rose septembre octobre novembre IMl 39 longue distance LES FEMMES EN IRLANDE Lors de notre entrevue avec Noami Brennan, nous avons orienté la plupart de nos questions sur la place des femmes dans le mouvement nationaliste et plus généralement sur les conditions de vie des femmes tant au nord qu'au sud.Nous avons complété nos informations avec des articles publiés dans la revue féministe anglaise spare rib et dans la revue française le temps des femmes Le mouvement des femmes pour la paix La création en 1975 du Mouvement des femmes pour la paix a bénéficié d'une grande couverture de la part des médias internationaux.À vrai dire, ce fut la seule occasion où nous avons pu entendre parler d'un événement impliquant des femmes en Irlande du Nord.« Cette organisation a pris naissance autour d'un événement précis : la mort d'une jeune fille catholique, tuée accidentellement par une auto conduite par des gens de l'I.R.A.Ce furent la tante de la jeune fille, Mairead Corrigan, et une ami, Betty Williams, toutes deux catholiques, qui fondèrent le Mouvement ; celui-ci a surtout recruté dans la classe moyenne.Si cet organisme a beaucoup dénoncé les atrocités commises par l'I.R.A.et par la communauté nationaliste, par contre, il n'a jamais pris position contre la brutalité de l'armée britannique et de la police nord-irlandaise et il n'a jamais dénoncé les exactions des milices para-militaires loyalistes ou oran-gistes.Le Mouvement a été récupéré par le gouvernement britannique qui y voyait une nouvelle occasion de démobiliser la communauté nationaliste.» Les prisonnières politiques : Armagh Armagh est l'un des 6 comtés d'Ulster.C'est aussi une ville, et c'est le nom de la prison des femmes.Depuis trois ans, chaque 8 mars donne lieu à une manifestation devant la prison d'Armagh.« Il y a peu de ' criminelles ' à Armagh et la plupart sont là pour des infractions mineures.Il y a 33 prisonnières politiques et 2 d'entre elles bénéficient du « statut spécial ».Elles ortt le droit de porter leurs propres vêtements, comme dans toutes les prisons de femmes britanniques ; il n'y a donc pas eu de lutte sur ce plan comme chez les hommes de Long Kesh.Les femmes refusent le travail pénal, elles exigent le droit de choisir les activités de leur choix et elles veulent la liberté d'association.En février 80, elles se sont révoltées et la répression a été terrible : les gardiens, surtout des hommes, les ont battues, ils 40 la vie en rose septembre octobre novembre 1981 longue distance ont saccagé les cellules et les effets personnels des détenues et ils les ont enfermées 23 heures sur 24 sans accès aux toilettes.C'est de là qu'est partie la grève du « no wash », ou grève de l'hygiène.Les conditions sanitaires sont devenues épouvantables.La situation a duré plusieurs mois.Depuis, les conditions se sont un peu améliorées, surtout après la grève de la faim que 3 femmes d'Armagh ont faite en octobre 80.Le gouvernement britannique a cédé plus rapidement parce qu'il craignait une réaction internationale.» Quelques notes sur la situation des femmes en Irlande L'Irlande du Sud est un état idéologi-quement dominé par l'Église Catholique, et sa constitution de 1937 n'y va pas par quatre chemins : « L'État reconnaît que par sa vie au foyer, la femme apporte à l'État un soutien sans lequel le bien commun ne pourrait être atteint (.) il s'efforcera donc de faire en sorte que les mères ne soient pas contraintes par nécessité économique de travaillera l'extérieur et de négliger leur devoir au foyer »6.À cause de l'émigration, les femmes représentent 55% de la population irlandaise.Selon Naomi Brennan, entre 20 et 30% des femmes ont un emploi salarié.Ce chiffre serait légèrement plus élevé dans le Nord.La contraception a longtemps été interdite en République d'Irlande et elle reste difficilement accessible.À partir de 1936, l'Église a détenu le contrôle de l'éducation et des politiques de la famille.Elle dispose encore aujourd'hui d'un énorme pouvoir comme en témoignent les précautions qu'a prises Charles Haughy, alors ministre de la santé, quand il a introduit sa législation sur la contraception en 1979 : celle-ci n'est devenue légale que pour les couples mariés et elle a été remise entièrement sous contrôle des médecins (il faut une prescription pour obtenir des condoms).Le stérilet est interdit, parce que considéré comme méthode abortive.L'avorternent est bien entendu absolument interdit.Le contingent de femmes étrangères qui vont se faire avorter en Grande-Bretagne est principalement constitué d'Irlandaises (environ 10,000 par année).Il y a maintenant des liens solides entre des groupes de femmes en Irlande du Sud et des femmes qui travaillent dans des cliniques d'avorte-ment en Angleterre.L'homosexualité et le divorce sont également interdits.Une femme peut être considérée comme folle s'il y a consensus entre son mari et un prêtre.Quant à l'Irlande du Nord, son establishment est dominé par l'idéologie fondamentaliste presbytérienne.La loi britannique y est appliquée sauf en ce qui concerne : — l'avorternent (loi britannique de 1967) — l'homosexualité : lorsqu'il fut question d'étendre à l'Irlande du Nord l'Homo-sexual Reform Bill anglais, le révérend Paisley, leader fondamentaliste d'extrême-droite, lança une campagne «Sauvons l'Ulster de la sodomie».— la loi contre la discrimination sexuelle Il n'y a pas longtemps que le divorce est légal, et il a fallu une longue lutte des groupes de femmes pour l'obtenir en 1979.La contraception est aussi légale.C'est ce qui explique les fameux « trains de la contraception » organisés par les femmes du Sud pour aller chercher du matériel contraceptif dans le Nord.Le mouvement des femmes et la Question Nationale « En ce qui concerne les revendica-tionsjustesdesfemmes, nous l'I.R.S.P., et le peuple irlandais, ne voyons des changements possibles qu'avec la libération, qu'avec un changement global des conditions de vie et qu'après une confrontation avec l'impérialisme britannique ».membres du mouvement républicain soutiennent des positions ultra-natalistes et ont dénoncé la loi sur la contraception comme un « complot britannique » destiné à maintenir la communauté nationaliste en minorité.Face à la question nationale, les groupes de femmes sont divisés : certaines pensent que les femmes actuellement engagées dans la lutte anti-impérialiste ne retourneront jamais aux rôles traditionnels une fois l'Irlande libérée (Women Against Imperialism).D'autres estiment que les organisations militaires, que ce soient celles qui veulent détruire le statu quo ou celles qui veulent le maintenir, sont toutes aussi patriarcales.Elles parlent de l'Irlande du Nord comme d'un « patriarcat armé »(Derry Women's Aid).D'autres encore essaient difficilement d'exister en tant que groupe de femmes anti-impérialistes qui n'appuie pas le mouvement républicain, (Belfast Women's Collective), à cause de ses positions sur les femmes.¦ jq?Claudine Vivier avec la collaboration de Lise Moisan Face à ce qu'elle-même appelle la «question femmes», Naomi, membre d'une organisation socialiste républicaine irlandaise, développe donc la vision traditionnelle de la gauche et des mouvements de libération nationale en général.Au moment où, en Irlande du Sud, certains groupes de femmes commençaient à soulever des questions féministes (à partir de 1970), les femmes en Ulster se trouvaient confrontées à une situtation de guerre civile contre les troupes britanniques.Elles ont joué un rôle primordial dans la résistance : organisation dans les ghettos insurgés, grève des loyers et des impôts, etc.Pourtant, s'il y avait une radio libre dans le ghetto libéré de Derry, il n'y avait pas de garderie.Les revendications des femmes ne sont pas jugées prioritaires par le mouvement nationaliste.Certains Naomi Brennan 1/ Roger Faligot.La résistance irlandaise, Maspero 2/L'inlememeni sans procès a ete aboli en 1976, mais les inculpes subissent des procès expédiufs, souvent sans jury.3/ Ils ne portent qu'une couverture, d'où leur nom de blanket men.4/Cité dans l'ouvrage de Faligot déjà cite.5/ Roger Faligot.ouvrage deja cite.6/Cité dans Le temps des femmes, mai-juin 1980.L.4 vie en rose septembre octobre novembre 19S1 41 fiction Le journal * • a Il pleuvait à boire debout et malgré les efforts de Jeanne, le sommeil ne venait plus.Après avoir regardé avec hésitation la petite bouteille, elle renonça finalement à prendre une autre Librium.Elle sortit du lit pour se réfugier dans sa robe de chambre, la bouche pâteuse, les membres lourds.Et â trente-sept ans, pour la première fois de sa vie, elle se passa la tète sous un robinet d'eau glacée.Encore en état de choc, elle se fit du café et s'installa près de la fenêtre pour le boire.Elle était seule dans le bois depuis vingt-quatre heures, à dix milles de la maison la plus proche.Les yeux vagues, eJUe fixait fa grisaille et, peu à peu, cet absurde tète-à-téte * avec un petit lac perdu dans les montagnes se transformait en un étrange plaisir solitaire, mêlé d'euphorie et d'amertume.Elle fit ' durer ce plaisir autant qu'elle put.' La sensation finit, par s émousser, mais tout compte fait, après .avoir tant dormi, elle se sentait plutôt mieux qu'hier, malgré les courbatures, la congestion et un léger mal de tête.Elle reprenait • espoir.Ici, elle réussirait à écrire cette nouvelle avant la fin de septembre.Pour Léa.Elle allait prendre le calendrier quand un premier coup de feu '.interrompit son geste en plein vol, bientôt suivi par trois autres, ceux-là plus lointains.Figée, retenant son souffle pour ne pas céder à la terreur, Jeanne mit du temps à comprendre avant de se soulager d'un petit gloussement nerveux.Bien sûr, la saison de la chasse, l'automne et les chasseurs ! Elle respira profondément et se demanda encore une fois comment elle avait pu changer à ce point, au point de frôler la panique au moindre bruit, au point de ressembler à n'importe quelle hystérique.Elle qui les avait tant méprisées.42 la vie en rose septembre octobre novembre 19S1 \ fiction La décharge d'adrénaline avait réveillé sa migraine.Elle avala deux Valium, une lampée de sirop à la codéine et améliora son • café d'une rasade de cognac.Lentement, elle débarrassa la table enchant de se concentrer sur le travail qu'elle aurait à faire.Mais sa pensée revenait toujours à Léa.Elles se connaissaient depuis presque dix ans, longtemps amantes, et Léa savait mieux que personne que Jeanne n'écrivait plus rien depuis des mois, qu'elle allait mal, qu'elle perdait pied.Et voilà qu après avoir tenté à plusieurs reprises de provoquer des confidences, Léa avait pris les grands moyens et, de but en blanc, lui avait commandé une nouvelle pour le magazine où elle travaillait.Pauvre Lég.Elle espérait me coincer dans un refus, m'obliger à parler.Etonnant qu'elle me connaisse encore si mal.Comme toujours quand elle se sentait traquée, Jeanne avait réagi par la bravade et accepté avec enthousiasme.Si Léa avait été surprise, elle ne l'avait pas laissé voir, insistant seulement pour que Jeanne respecte la date de tombée.Et Jeanne avait promis dans un rire moqueur, malgré la sensation désagréable d un piège se refermant sur elle.Pourtant, elle n'avait pas regretté tout de suite.Pendant quelques semaines, absorbée par une traduction urgente, elle avait pu croire que son bluff lui regagnerait les états de grâce d'autrefois, qu'elle reviendrait à cette époque fastueuse où des histoires fortes et échevelées s'imposaient à elle et venaient lui forcer la main.Le rêve avait été de courte durée.À bout de prétextes pour remettre à demain, elle s'était retrouvée grosse-jeanne-comme-devant.Le délai d'abord confortable avait fondu comme du beurre au soleil pendant qu'elle relisait tous ses cahiers de notes, qu'elle parcourait la ville dans tous les sens, que ses personnages la désertaient avant même d'avoir fait connaissance et que ses histoires avortaient à la chaine comme pour la convaincre à jamais d'une irréversible stérilité.Elle avait été jusqu'à mimer le geste d'écrire, elle qui avait tant ri de Pascal et des angoisses de la page blanche.Ensuite, elle avait changé de tacùque et cessé d'essayer.Elle lisait sans arrêt, passait ses journées vautrée sur le lit.Le soir on la voyait un peu partout en ville, agitée, bavarde, éparse.Elle buvait beaucoup.Ses amies s'inquiétaient.Elle multipliait les ruses pour éviter Léa.Un mois avait passé avant qu'elles ne se retrouvent face à face, avant-hier, dans un bar.Evidemment, Léa avait tout de suite fait allusion au texte.Jeanne l'avait rabrouée brutalement.Elle revoyait la scène, le visage incrédule et blessé de son amie, la glace dans le verre et le silence pénible qui avait suivi.Après le départ de Léa, elle avait bu toute la nuit dans plusieurs bars, et encore au lit, incapable de se saouler ou de dormir.Incapable.Ce n'est qu'au matin qu'elle avait retrouvé un espoir de réconciliation avec elle-même en décidant de venir s'installer ici, jusqu'à ce que mort s'en suive s'il le fallait, et d'écrire cette nouvelle à temps.Plus tard, elle expliquerait à Léa.Il pleuvait déjà quand elle était partie, le jour même, dans l'après-midi.En arrivant, elle avait dù faire la navette une quinzaine de fois entre la voiture et le petit chalet pour décharger l'alcool et l'épicerie, la dactylo, les vêtements, les couvertures et l'oreiller, et tout ce dont elle pourrait avoir besoin pour tenir dix jours, sans téléphone, ni électricité.C'est probablement là qu'elle avait perdu les clés de la Chevrolet louée.Trempée jusqu'aux os, elle avait vite abandonné les recherches dans la boue.Elle s'était mise au lit avec une bonne grippe et la bouteille de Geneva, après avoir vaguement rangé ses bagages.Les somnifères lui avaient fait faire le tour de l'horloge.Jeanne secoua sa torpeur.Les calmants et la codéine commençaient à agir.Il pleuvait toujours sur le toit de tôle et de temps en temps, un claquement sec dans la forêt la faisait sursauter.Mal à l'aise, désoeuvrée, elle avait très envie de lire, de se perdre dans un roman policier invraisemblable.C'était le premier symptôme de l'état de manque.La veille, dans sa résolution aveugle, elle avait délibérément exclu du voyage tout ce qui aurait pu la distraire d'écrire : livres, magazines, revues, radio.Un frisson lui passa dans la nuque.Privée de ses dopes familières, il lui fallait maintenant s'exécuter.Elle sortit le papier quadrillé, les ciseaux, les crayons et décida de faire un feu pour chasser l'humidité.C'est alors qu'elle aperçut le journal, près de la boite à bois, à côté de la truie.C'était une vieille Presse, datée du mercredi 6 mai 1981, un peu jaunie mais intacte et dans un ordre parfait.Enchantée de sa découverte, Jeanne alla s'étendre sur le divan en se promettant de ne regarder que les gros titres.À première vue, ce journal semblait plutôt terne et Jeanne le feuilletait de plus en plus vite.LES ANCIENS DU COLLÈGE STAN SE RETROUVENT.Le utre attira son attention à cause de Richard.Elle le parcourut rapidement.L'entrefilet était suivi d'un titre racoleur.L'HÉRITAGE FABULEUX DE L'ONCLE FAUSTTNO.Buenos Aires (AFP).Faustino Retamar avait été l'un des premiers Européens à s'établir en Argentine, vers 1785.Il avait assassiné son frère, pris la fuite au Brésil, s'était marié, avait changé de nom pour celui de Correa et amassé une immense fortune.D'après l'article, il aurait été l'homme le plus fabuleusement riche du monde.Empoisonné à 80 ans, il s'était vengé à l'avance.En effet, le vieux retors avait ajouté à son testament une clause interdisant que l'on répartisse ses richesses, évaluées maintenant à plus de $100 milliards de dollars, avant que soit éteinte la quatrième génération après lui.Le dossjer avait été ouvert il y a trois ans et les avocats chargés de l'affaire devaient identifier les héritiers parmi 35,000 Latino-Américains portant tous les noms de Retamar et de Correa.Jeanne alluma un joint.Cette histoire la transportait.Elle relut l'article en songeant au parti qu'elle pourrait en tirer dans une nouvelle.Devant elle, les contours d'un petit village près de Rio.Dans ce village, une femme enceinte d'un sixième petit Retamar.Rosanna était mariée à Juan et Juan avait la fièvre de l'héritage.Hier, Juan avait annoncé à Rosanna qu'il quitterait son emploi pour mieux surveiller ses intérêts dans les dédales juridiques de l'affaire.Après 15 ans de lutte, cette fois Rosanna s'avouait vaincue.Maudissant l'oncle Faustino, elle songeait à quitter Juan, avant que ses fils ne soient contaminés à leur tour.Éperdue de reconnaissance envers le journal, Jeanne passa la soirée, puis la nuit, en compagnie de Juan et de Rosanna.La fièvre de l'héritage nourrissait la sienne et la douleur aiguë qui lui traversait le dos aiguillonnait son excitation.Elle écrivait.Elle avait enfin recommencé à écrire.Elle ne rejoignit son lit qu'à l'aube, quand elle fut bien certaine d'avoir enfermé tous ses personnages dans les petites 'grilles bleues du papier.Elle était heureuse.• Pourtant, il lui fut impossible de se reposer malgré son épuisement.Elle était secoué par des quintes de toux incontrôlables aui ne lui laissaient que de courts rérjits pour somnoler un peu.Elle fit un rêve où Léa devenue juge instruisait son procès dans une salle bondée.Elle se reveilla en larmes.Elle ne voulait plus se rendormir.La grippe empirait.Le jus d'orange n'avait plus de goût.Sa montre s'était arrêtée pendant la nuit et cette sombre journée n'offrait aucun repère.Jeanne se força à manger une tranche de pain grillé insipide qui s'effritait comme du sable dans la bouche.Elle avait mal à la tète et chaque coup de feu se répercutait entre ses tempes.Sur la table en désordre, la découpure du journal dépassait d'un tas de papier.Cette histoire de Faustino ne lui disait plus rien mais elle s'y raccrocha encore, le temps de remuer le feu.de se verser du cafe, d'allumer une cigarette.Quand elle regarda enfin ce qu'elle avait écrit la veille, elle fut consternée.Des pages et des pages de signes cabalistiques.Des phrases décousues, d'autres qui n'avaient aucun sens.Parfois quelques lignes à peu près compréhensibles : de mauvais acteurs déclamant un rôle idiot.Même l'écriture lui était étrangère.Pendant quelques secondes, elle douta que ce chaos soit vraiment venu d'elle.Mais il n'y avait personne d'autre.Elle alla se recroqueviller sur le divan, enroulée dans une couverture et elle resta longtemps prostrée, les yeux grand LA vie en rose septembre octobre novembre 1981 43 fiction ouverts, la tête vide.Puis elle commença à écouter la pluie, à compter les détonations.Au bout d'un certain temps, elle reprit le journal presque sans s'en apercevoir.pendant l'inspection d'un foyer pour vieillards.femme de 101 ans enfermée dans une armoire.Miami (AP).Ça c'était passé dans la ville aux palmiers, au Paradise Boarding Home.Le joXunal reproduisait une grande photo de la centenaire.Jeanne regarda longtemps Rose Crooks, bouleversée par sa beauté.Écrire cette histoire, passer des heures enfermée dans le noir, raconter par petites touches chaque mouvement, chaque pensée de la prisonnière du placard.Mais dès qu'elle fermait les yeux pour se mettre à sa place, Jeanne prenait panique.Pas maintenant.Un jour.Elle découpa l'article et continua de tourner les pages pour oublier Rose.Au Caire, on se proposait d'aménager 40 ou 50 salles avec air conditionné, éclairage indirect vitres de plexiglas et personnel soignant pour les momies royales.Certains titres dignes d'Ellery Queen ou d'Agatha Christie : le meurtre du metropolitan opera le machiniste a emprunté un ascenseur avec mme mintinks.New York ( AP).Crimmins aurait précisé qu'il avait vu la jeune violoniste canadienne pour la dernière fdis lorsqu'elle avait quitté l'ascenseur au /deuxième étage du théâtre.0 Toutefois, la poursuite prétend que le soir du 23 juillet le machiniste de 22 ans entraina Mme Mintinks sur le toit de l'édifice, où il tenta de la violer, puis la déshabilla et lajeta nue, bâillonnée et ligotée, dans une bouche d'aération.Les ascenseurs.Les cages qui se referment Hélène Mintinks, l'estomac noué devant l'ascenseur, pestant contre sa claustrophobie.Les portes qui s'ouvrent.Elle hésite, puis se décide, parce qu'elle pe sera pas seule, parce que la présence familière dû jeune machiniste la rassure un peu.Elle lui sourit Edgar Allan Poe.léventreur du Yorkshire dit'QIÎtl croyait accomplir une mission divine.Londres (AFP).Le chauffeur routier de 35 ans est accusé du meurtre de 13 femmes.Son avocat plaide la folie.Sutcliffe déclare : « Il y a encore des prostituées et ma mission n'a été que partiellement remplie.Si je • me reffouvais entouré de femmes, je pense que ce genre d'idées me reviendrait rapidement » Jeanne referme le journal.Elle a du mal à avaler sa Salive.De l'air.J'ai besoin d'air.Elle attrapé un imperméable, se précipite dehors.Elle va vers le quai, s'y engage avec prudence.Le bois, est pourri et couvert de mousse glissante.Elle essaie de voir au loin mais le lac est minuscule et encerclé par les montagnes.La violence du coup de feu lui faitperdre l'équilibre.Ils approchent.m Cette fois, elle est certaine qu'une proie a été abattue, qu'elle gît quelque part â terre, chaude et sanguinolente.Elle vomit et retourne vite à la chaleur.Plus.tard, elle sort à nouveau sous la pluie battante.Elle examine longuement les alentours de la voiture, scrute le sol de plus en plus boueux, là où il n'est pas encore envahi par les flaques d'eau brune qui gagnent du terrain.Les clés restent introuvables.En rentrant, le chalet lui semble glacial.Elle vide les trois quarts de la bouteille de scotch, tournant délibérément le dos au journal.Elle sent le danger et lui résiste, mais finalement la fascination est plus forte que la peur.Elle va vers le journal et cette fois, elle trouve tout de suite ce qu'elle cherche : elle a repéré l'article hier et elle connait déjà l'histoire, l'histoire.poursuite de mme orlikow contre le royal vic.le dr i paul-hus : « quand j'ai pris connaissance du dossier, je me croyais en chine ou en corée.» Jeanne avait suivi ' l'affaire.Velma'Orlikow avait été hospitalisée au Royal Victoria en 1956, à l'âge de 44 ans, suite à une dépression post partum.Mais son .psychiatre, le Dr Cameron, directeur du Allan Memorial Institute poursuivait alors des travaux sur le lavage de cerveaux dans le cadre d'un programme de $50 millions financé par la CIA.Le projet MK Ultra devait assurer à l'agence de renseignements américaine la mainmise sur les recherches portant sur le lavage de cerveaux afin de développer des techniques permettant de contrôler les agents secrets étrangers.Comme bien d'autres patients de Cameron, Velma Orlikow, à son insu, servait de cobaye : il cherchait à briser la résistance mentale humaine au moyen d'électrochocs, de cures de sommeil, de séances de déprivation sensorielle et d'hallucinogènes (comme le LSD, alors utilisé dans le cas de démence chronique 'et de frigidité).Pendant la « cure », on lui faisait écouter presque sans interruption des messages enregistrés afin de compléter la « déprogrammation ».Suite à cette « thérapie », Mme Orlikow, âgée maintenant de 64 ans, ne peut plus ni lire ni écrire.Epouse de l'ex-député néo-démocrate David Orlikow, elle avait entamé un procès conjointement avec 7 autres Canadiens, contre le Royal Victoria et la CIA.44 la vie es rose septembre octobre novembre I98i fiction La relecture de cet article donne un autre éclairage au journal.Un plan s'esquisse.Jeanne ne peut plus s'arrêter de lire.Elle commence à comprendre.Il ne peut s'agir d'une coïncidence.le club des marmitons gastronomie et plaisir pour hommes seulement.Et un peu plus loin : cachez ce sein Toronto (PC).Le 9 avril, le propriétaire d'un commerce s'est offusqué de voir Mme Jennifer Trott, 32 ans, de Burlington, nourrir son fils.Il traita la dame de cochonne et la fit expulser de la galerie des boutiques.on noie des fillettes.Certains paysans chinois continuent, malgré 30 ans de révolution communiste, à noyer les fillettes à la naissance ou bien à les laisser mourir de faim, révèle un rapport gouvernemental, la fête des mères, pour sortir maman de la cuisine.le veau de grain du québec.Tout s'enchaine.Pendant des pages et des pages.Chaque nouvelle apparemment anodine a des ramifications souterraines.Un réseau.Jeanne lit, compare, découpe les articles, puis les recolle parce qu'à l'endos, il y en a encore d'autres.Elle va vite et pourtant elle à l'impression qu'elle n'en finira jamais.Le plan se précise.Le journal deviendra un roman.Une heroine par article, un chapitre par héroïne, Rosanna, Rose Crooks, Hélène Mintinks, Mme Sutcliffe pendant le procès, Velma Orlikow, Jennifer Trott.apres 36 ans, les vi allemands menacent encore les paysans hollandais.Amsterdam (AFP).Plusieurs dizaines de VI, les premières bombes volantes lancées en 44 par l'armée allemande en direction de l'Angleterre et du port d'Anvers, sont retombées dans les champs à peu de distance de leurs rampes de lancement.Pour permettre aux démineurs d'en déterrer une dizaine, les habitants du petit village de Harpen, dans l'est des Pays-Bas, à une trentaine de kilomètres de la frontière allemande, ont connu une nouvelle évacuation.Accompagnées de leurs vaches, veaux, cochons, poules, chats et chiens, une soixantaine de familles ont été mises à l'abri pendant plusieurs jours tandis que les spécialistes neutralisaient les redoutables engins.Chapitre 6.Anjia prépare les siens pour l'évacuation.Ils sont nombreux.Ils tirent de plus en plus souvent pour me signaler leur présence.Ils veulent me faire peur.le contrôle des armes dans le monde.Paris (PA).Une étude effectuée par l'Associated Press auprès de 50 nations a établi que la législation sur le contrôle des armes dépend de la politique et des traditions de chaque pays, et que même les lois les plus sévères ne parvenaient pas à réprimer les crimes et la violence, plein feux sur l'actualité, lulsteren deuil après la MORT de BOBBY sands.salvador : l'état de siège est prolongé de 30 jours (d'après AFP, UPI).La ville est totalement sous le contrôle des forces gouvernementales, a souligné le porte-parole de la Défense.L'armée poursuit actuellement une série d'opérations de nettoyage contre les cellules terroristes dans la partie Ouest du Salvador.les euromissiles.Jeanne a termine le plan du roman.Des coups de feu.Il faut que je parte d'ici.Elle plie le journal, ramasse les feuilles de notes.Elle fait ses bagages en vitesse.Elle tremble.Trouver mes clés.Cette fois elle fouille la boue à pleines mains.Elle grelotte de fièvre.Les clés ne sont pas là.Je ne veux pas mourir ici.Marcher.Je peux encore marcher jusqu'au village.Sa décision est prise.Elle s'habille chaudement pour la route.Pas une seconde à perdre.Elle ferme quand même l'eau et le gaz.Elle se sent froidement lucide, malgré la douleur qui comprime ses tempes.• •• le cadavre de ST-ZÉnon.Montreal (PC).Des excursionnistes ont découvert par hasard le cadavre d'une femme dans la trentaine, dans un chalet de St-Zénon, à quelques kilomètres de St-Michel-des-Saints.On ignore encore l'identité de la victime qui a été tuée d'une balle dans la tète.Selon l'inspecteur Duguay de la Sûreté du Québec, il est probable qu'il s'agit d'un accident de chasse.Le projectile venant de l'extérieur aurait été tiré à une certaine distance, faisant voler la fenêtre en éclats avant d'atteindre la victime à l'intérieur du chalet.Les policiers poursuivent leur enquête.• •• — Marie ?c'est Léa.Écoute, ça va mal.On a enfin retrouvé Jeanne.Elle vient de m'appeler de chez Mme Charest.C 'est ça, elle était au lac.Oui, je lui ai parlé et.Oh, Marie.Elle parlait d'un complot qu 'elle a découvert, oui, un plan international contre les femmes.Elle dit qu 'on lui a volé les clés de l'auto pour l'empêcher de partir et de raconter ce qu 'elle sait.Elle dit qu'on a voulu la tuer, qu'elle a réussi à se sauver à pied, en marchant et en courant jusqu 'au village, tu te rends compte, elle-a fait dix milles dans le bois.Elle raconte qu'ils Font suivie, qu'ils ont essavé de tirer sur elle pour l'empêcher de publier un .livre, quelque chose comme un roman pour les dénoncer.Elle me criait de venir la chercher, de la cacher pour qu'elle puisse écrire cette histoire.Elle parlait aussi d'un journal, une espèce de preuve.Marie, il faut qu 'on y aille tout de suite FIN Sylvie Dupont la vie en rose septembre octobre novembre mi 45 LIBRAIRIE analyse SANTE AU TRAVAIL: DROIT AU RETRAIT PRÉVENTIF OU RETRAIT PREVENTIF D'UN DROIT ?1 er janvier 1981 : promulgation de la loi 17 sur la santé et la sécurité au travail.Dorénavant, toutes les travailleuses et tous les travailleurs auront le droit, du moins théoriquement, de refuser d'exécuter un travail qui met en danger leur santé.Toutes et tous, sauf les femmes enceintes pour qui on établit un « droit spécial », le retrait préventif.Dominique Leborgne, ergonomiste ou en d'autres mots, spécialiste des conditions de travail, fait le point sur ce « privilège ».La loi 17, dans ses articles 40-48, reconnaît donc aux femmes enceintes le droit de quitter leur poste de travail s'il comporte des risques pour leur santé ou celle de l'enfant a naître.À première vue, ces mesures constituent un progrès appréciable.En effet, auparavant, les femmes enceintes devaient très souvent quitter leur travail dès le début de leur grossesse, perdant du même coup salaire et garantie de retour au travail, parce qu'elles ne pouvaient pas conserver un emploi déjà pénible et souvent dangereux pour l'enfant à naître et pour elle.Mais pourquoi donc a-t-il été nécessaire d'instaurer un droit spécial, régi par des articles spécifiques, alors que la loi 17 prévoyait déjà un droit de refus de travailler à un poste dangereux pour la santé, et ce, pour l'ensemble des travailleuses et des travailleurs?Nos législateurs se sont en ettet rendu compte que le principe du droit de refus, tel qu'ils l'avaient libellé dans leur projet de loi, excluait d'office les femmes enceintes : si l'article 12 de la loi 17 stipule qu'« un travailleur a le droit de refuser d'exécuter un travail s'il a des motifs raisonnables de croire que l'exécution de ce travail l'expose à un danger pour sa santé », par contre l'article suivant précise que « le travailleur ne peut exercer le droit que lui reconnaît l'article 12 si (.) les conditions d'exécution de ce travail sont normales dans le genre de travail qu'il exerce » II! En plus de rendre quasi inapplicable l'exercice du droit de refus (le travail dangereux n'est-ii pas « normal » au Québec ?), cette restriction élimine les femmes enceintes puisque dans leur cas, c'est plutôt leur état « anormal » qui serait la source du problème, et non les conditions de travail, qui elles restent « normalement » dangereuses.DURA LEX, SED LEX.'\y-UxJjU^T\JjL ! la me en rose septembre octobre novembre 19s1 47 analyse DES INQUIÉTUDES MAL FONDÉES On a donc comblé cette lacune par l'insertion des articles 40-48 concernant le retrait préventif des travailleuses enceintes.Certains esprits malins se sont empressés d'y voir un « privilège » accordé aux temmes enceintes.D'autres, parmi ceux qu'on appelle communément les « intervenants en milieu de travail », s'inquiètent des conséquences de ces articles.Ainsi, à la Commission de la Santé et de la Sécurité au travail (C.S.S.T.), certains pensent que le retrait préventif des femmes enceintes devrait s'appliquer avec beaucoup de réserves étant donné que ce droit (toujours perçu comme un privilège) risquerait de créer auprès des employeurs un préjugé défavorable à l'embauche des femmes fécondes.Bref, on voudrait « protéger » notre santé, mais pas trop quand même, parce qu'à long terme, nous en subirions les inconvénients.Pourtant, comme l'a souligné Adrienne Rich, l'histoire a fait la preuve que le • FOR YOUR OWN GOOD » n'a jamais rendu service aux femmes.Comment le travail exploité et sous-payé depuis toujours deviendrait-il tout à coup moins rentable, simplement à cause de quelques ennuis occasionnés par le transfert de poste ou le retrait préventif d'une très faible partie des employé-e-s de l'entreprise ?Toutes les femmes de l'entreprise ne seront pas enceintes en même temps! Il est évident que les coûts de ces mesures seraient loin d'être prohibitifs, même du point de vue des employeurs.On peut donc se demander si le gouvernement ne véhicule pas cette idée pour se prémunir et justifier d'éventuelles restrictions dans l'application du droit au retrait préventif des femmes enceintes.Examinons d'abord comment ce droit au retrait préventif s'applique et dans quelle mesure il offre une réelle protection aux femmes enceintes.UNE PROTECTION PLUS THÉORIQUE QUE PRATIQUE Voici le libellé des articles 40 et 41 : 4- RETRAIT PRÉVENTIF DE LA TRAVAILLEUSE ENCEINTE 40- Une travailleuse enceinte qui fournit à l'employeur un certificat attestant que les conditions de son travail comportent des dangers physiques pour l'enfant à naître ou, à cause de son état de grossesse, pour elle-même, peut demander d'être affectée à des tâches ne comportant pas de tels dangers et qu'elle est raisonnablement en mesure d'accomplir.La forme et la teneur de ce certificat sont déterminées par règlement et l'article 33 s'applique à sa délivrance.41-Si l'affectation demandée n'est pas effectuée immédiatement, la travailleuse peut cesser de travailler jusqu'à ce que l'affectation soit faite ou jusqu'à la date de son accouchement.Précisons d'abord qu'il a fallu attendre l'adoption du règlement sur le certificat du médecin pour que le droit au retrait préventif de la femme enceinte devienne effectif.Et ce règlement n'est pas des plus rassurants.Il est curieux en effet qu'on ne permette pas à la travailleuse enceinte d'arrêter le travail aussitôt qu'elle s'aperçoit des dangers qu'elle encourt.Il lui faut d'abord un certificat du médecin, alors que les autres travailleuses et travailleurs n'ont pas à présenter une telle « preuve » à l'appui de leur refus de continuer de travailler à leur poste.Cette mesure paraît discriminatoire et de plus, elle peut avoir des conséquences catastrophiques.On sait en effet que le foetus est particulièrement susceptible aux agressions extérieures entre le 21 • et le 70' jour après la fécondation.Or cette période est souvent déjà bien entamée au moment où la travailleuse apprend qu'elle est enceinte et où elle commence ses démarches pour l'obtention du certificat.Pourquoi faire attendre les femmes, les maintenir à un poste dangereux jusqu'à rémission de ce certificat ?Lors du colloque organisé par l'Association des hygiénistes industriels du Québec en hiver 80 sur la femmes enceinte et la sécurité au travail, les invités responsables du dossier à la Commission de la santé et de la sécurité au travail (C.S.S.T.) ont voulu nous rassurer sur les délais d'émission du certificat.La C.S.S.T.« suggère » aux médecins concernés de compléter le formulaire du certificat au plus tard 48 heures après la demande.C'est le médecin traitant qui remplit le certificat, mais il doit obligatoirement consulter le médecin responsable de l'entreprise ou, à défaut, le médecin-chef du Département de santé communautaire (D.S.C.) de la région ou un médecin désigné par ce dernier, pour compléter la partie du certificat qui concerne l'environnement du poste de travail (rapport environnemental).Pour réduire les délais d'émission du certificat, cette consultation entre médecins peut se faire par téléphone.Dans le cas d'entreprises déjà fichées ou déjà identifiées pour leurs produits dangereux, cette procédure peut paraître acceptable, mais qu'en est-il de la petite entreprise non syndiquée, où ni l'employeur ni l'employé-e n'ont idée des dangers qui existent, ou de l'entreprise où l'on tient les employé-e-s dans l'ignorance de ces dangers?Un médecin pourra-t-il refuser d'émettre un certificat si l'analyse superficielle de l'environnement ne donne pas de résultats concluants ?Etqu'arrivera-t-il s'il y acontradiction entre les suggestions du médecin traitant et les conclusions du médecin consulté au niveau environnemental ?De toutes façons, il est impossible qu'un délai de 48 heures permette au médecin consulté d'établir un véritable diagnostic sur le milieu de travail : pour cela il faudrait identifier des produits souvent brevetés, mesurer des agressions de toutes sortes, évaluer la charge de travail, estimer les risques, etc.Cela prend du temps et de l'expertise.Le délai de 48 heures ne satisfait donc personne.Par ailleurs, il serait pour le moins surprenant que les médecins consultés acceptent une telle procédure, sachant très bien qu'ils auront à assumer la responsabilité des conséquences de leur décision.Se sentent-ils vraiment responsables de ces conséquences?La Commission a beau souligner dans le mémoire proposant le projet de règlement que « leur (les médecins) connaissance approfondie du milieu de travail et des conséquences potentielles qu'elles peuvent exercer sur la santé leur permettent d'éclairer le médecin traitant », il est difficile de croire qu'ils possèdent une boule de cristal infaillible leur permettant de deviner l'ensemble des risques que comporte un poste de travail.Il est également dangereux de se fier aux dires de l'employeur et même du syndicat (s'il y en a un), étant donné que dans de nombreux cas, personne ne connaît les véritables dangers que comporte un milieu de travail spécifique.Dans son appréciation du projet de règlement, la Fédération des médecins et omnipraticiens s'inquiétait elle aussi de savoir « à qui incomberait la responsabilité éventuelle des dommages.(.) si aucun commentaire n'est remis par le médecin consulté » ?Et nous ajoutons : comment le médecin consulté pourrait-il fournir des commentaires crédibles dans des délais aussi courts ?Dans ces conditions, il faut revendiquer le droit au retrait dès que la travailleuse réalise qu'elle est enceinte et ce, sans perte de salaire et des avantages liés à l'emploi qu'elle occupe.Il nousfaut également obtenir des garanties pour que dans le certificat, le rapport médical établi par le médecin traitant ne soit pas redevable du rapport environnemental.Le médecin traitant est certainement le mieux placé pour évaluer les risques que sa patiente peut encourir.Sinon, lesperdantesdanstoutcela.ee seront encore une fois les femmes.Advenant une réponse négative à la demande de retrait, il y a fort à parier que la travailleuse consciente du risque pour sa santé et celle de son enfant, et d'ailleurs incapable de continuer le travail dans des conditions déjà pénibles, prendra malgré tout l'initiative d'arrêter de travailler.Bien sûr, cela signifiera pour elle perte de salaire et non-garantie de retour au travail.Comme toujours, les femmes feront les frais d'un système qui les rend seules responsables de la reproduction de l'espèce;^* Dominique Le Borgne 48 la vie en rose septembre octobre novembre mi d OUTRE/HONT Guy Lai^gne,libraire 1284 ouest.rue Bernard tél.:277-511° Ouvert 7 jours par semaine LE BISTRO ST DENIS BAR RESTAURANT vos hôtes: JEAN-PIERRE JEAN-VICTOR 1738 rue St.Denis, Montréal,Que.H2X3K4 tél.(514)842-3717 ._ m ^b\\é comment onsyP^op - La recette médiévale La thérapie du cri primai ou notre dernier numéro CROC Le mensuel à l'humour mordant.Pour vous abonner, écrivez à CROC, 464 rue St-Jean.Vieux-Montréal H2Y2S1.ou téléphonez à (514) 844-3911.la vie en rose septembre octobre novembre i9s1 49 événements à dialogue o ecrivaines : un événement an-nuei organisé par la Librairie des femmes et le Collectif d'écriture des femmes de Toronto — Invitées cette année : Adrienne Rich et Nicole Brossard,'1' ecrivaines lesbiennes féministes et auteurs de nombreux ouvrages poétiques, littéraires et critiques.Conscience féministe et langage, conscience lesbienne et -'dation littf ~:-«> tels étaient les thèmes —?iinesalk 0> a,reS «oe c°"sc\ePaientles«*m- Nicole Brossard a pubUè 16 oeuvres de poésie et de prose.Elle fut l'une des fondatrices du journal féministe les TtTBS de pioche.Actuellement éditrice de la nouvelle barre du jour Adrienne Rich, depuis la publication de son livre of woman born, elle est reconnue comme l'une des plus importantes théoriciennes féministes américaines.C'est aussi une grande poète Elle a publié 14 livres de poésie et de prose.50 la vie en rose septembre octobre novembre mi événements question:Comment une conscience lesbienne peut-elle contribuer au développement de la littérature contemporaine?nicole brossard : Eh bien je pense qu'effectivement, la conscience lesbienne peut jouer un rôle dans la création littéraire actuelle.Parce qu'elle m'est nécessaire dans mes propres lectures, pour mes réflexions, pour mon écriture.Parce qu'elle est nécessaire aux lesbiennes, visibles ou non, et à quiconque remet en question les apparences de la réalité.Cette conscience lesbienne actuelle, que l'on trouve dans l'oeuvre de certaines écrivaines lesbiennes, transforme la réalité.Ces écrivaines ramènent la réalité patriarcale au laboratoire de la critique pour redonner vie à la réalité.Une conscience lesbienne, ça signifie pour moi explorer, voyager dans les cités et les mythes, dans la mémoire, dans le futur et ce, bien sûr, au travers du langage.Le point de départ de ce parcours, c'est la peau : ma peau, ma propre peau.Par cette conscience lesbienne, l'écrivaine se trouve projetée dans une dimension, dans un espace où elle ne peut créer qu'avec sa peau, qu'avec son imaginaire, et qu'avec les mots qui correspondent à un nouveau territoire mental.Cette conscience lesbienne est très importante parce qu'elle nous permet de remettre en question avec les mots la réalité et la fiction, parce qu'elle nous pousse à mettre le pied dans un territoire que nous pensions inimaginable jusqu'alors.Pour moi, une sensibilité, une conscience lesbienne, c'est surtout avec la peau que ça fonctionne.La peau génère la pensée, et les pensées affectent la surface entière du corps.C'est par notre peau que nous captons l'énergie et que nous la transmettons.La peau est notre mémoire tactile.Elle protège notre intériorité, notre intégrité.Elle agit comme un synthétiseur qui convertit les mots, les émotions, les idées.Notre imaginaire, c'est celui de notre corps, de notre sexe et surtout de notre peau, capable de faire les synthèses dans le temps et dans l'espace.L'imaginaire voyage à travers notre peau, sur toute sa surface.Pour moi, le glissement d'une peau de femme sur une peau de femme amène toujours un glissement de sens et rend possible au niveau des mots une nouvelle vision de la réalité et de la fiction.Ça produit ce que j'appellerais une vision tridimensionnelle.Ça ouvre la possibilité de comprendre le fonctionnement subliminal du système patriarcal et donc de comprendre comment il arrive si bien à nous hypnotiser.C'est la conscience lesbienne qui a façonné ida de Gertrude Stein, night-wood de Diana Barnes.C'est elle qui a façonné dream of a common language et on lies, secrets and silence.d'Adrienne.C'est elle qui a façonné gyn-ecology de Mary Daly, lesbiana de Michèle Causse et l'oeuvre de Monique Wittig.C'est elle qui façonne le travail de Jovette Marchessault.C'est elle qui façonne chaque jour mon esprit et mon travail, et c'est ça la littérature contemporaine.adrienne rich: Je ne peux pas pensera la conscience lesbienne sans faire un retour en arrière.Parce que parmi les oeuvres que Nicole vient de mentionner, plusieurs sont récentes.Par exemple, il n'y a pas très longtemps que nous pouvons avoir accès à bon nombre d'ouvrages de Stein.Ce qui m'amène à penser aux liens existant entre un mouvement politique de lesbiennes et le fait qu'il existe des publications, des revues, des lieux où l'on peut voir cette conscience lesbienne traduite et exprimée.Et il y a une dynamique qui circule constamment entre les deux.Cela me saute aux yeux chaque fois que je mets les pieds dans une librairie féministe.Je me souviens du temps où une librairie entièrement consacrée à des ouvrages écrits par et pour des femmes, ça n'existait pas.Je me souviens du moment où, pour la première fois, j'ai rassemblé sur la même étagère de ma bibliothèque les femmes poètes.Parce que j.avais besoin de les voir ensemble, j'en avais besoin pour me donner plus de force.Et à ce moment-là, il n'était pas encore question pour moi d'une recherche de la conscience lesbienne, bien que parmi toutes ces femmes poètes, plusieurs étaient lesbiennes.En tant que femme poète, écrivant en anglais, à la recherche d'autres écrivaines, je sais que c'est ça que je cherchais, je sais que c'est ça que je commençais à découvrir même si je ne pouvais pas encore le nommer pour moi-même.Lorsque nous disons conscience lesbienne, je pense que nous voulons parler de cette rupture que nous avons entamée par rapport à l'ensemble des structures qui nous semblaient « naturelles » auparavant, et qui cessent de paraître naturelles aussitôt que nous avons engagé ce processus de rupture.Et je suis convaincue que toutes les femmes, que chaque femme à différents moments dans sa vie rompt avec ces structures et souvent y revient à nouveau.C'est ce que j'appelle la double vie des femmes.Cette conscience lesbienne est présente, elle a été présente depuis l'origine de ce que nous connaissons aujourd'hui comme l'écriture des femmes.Ce qui me fait peur c'est la quantité de livres que met à notre disposition le grand réseau commercial, aux États-Unis en tout cas, des livres « sur les lesbiennes », des livres qui reflètent encore la vision patriarcale de la réalité, des livres qui prétendent véhiculer une conscience lesbienne.Maintenant qu'il existe tant de possibilités de lire des ouvrages nouveaux qui véhiculent vraiment une conscience lesbienne, nous risquons d'oublier tout ce qu'il a fallu faire pour en arriver là, pour en arriver là où nous sommes présentement, au milieu d'une salle pleine de monde, en train de parler publiquement de tout ça en sachant parfaitement de quoi nous parlons.La conscience lesbienne.je sais que j'en ai besoin, je sais que j'ai été formée par elle bien avant de savoir que c'est elle que je recherchais.question : Et par rapport à l'élément explicitement erotique dans la littérature lesbienne.nicole brossard : Ma poésie n'est pas désincarnée.Pour moi, c'est à partir de mon corps, de ma peau, de mon sexe bien sûr qu'elle se fabrique.Le corps y est toujours présent, il y circule.Quand vous dites « explicitement », je ne sais pas très bien ce que ça veut dire.Je peux certainement imaginer ce que ça peut être, mais je ne suis pas convaincue que ça donne nécessairement un bon poème ! Erotique, c'est un mot que je pourrais employer encore, mais je l'utilise de moins en moins parce que même si, strictement parlant, ce n'est pas un terme patriarcal, il est rattaché à une vision patriarcale qui fragmente le corps féminin.Cette vision s'accompagne du rituel sado-masochiste qui s'exprime concrètement par la fragmentation mentale du corps de la femme.C'est pourquoi je préfère parler de la peau plutôt que du corps parce que pour moi, la peau réfère vraiment à l'intégrité, et l'intégrité est un mot que j'ai appris grâce à l'expérience lesbienne.adrienne rich : On trouve deux concepts rattachés aux lesbiennes en tant qu'êtres sexuels.L'un fait de nous des êtres asexuées, et l'autre fait de nous des êtres pornographiques.Dans la structure mentale patriarcale et hétéro-sexiste, il n'existe rien entre les deux.Nous ne pouvons être qu'asexuées ou pornographiques.En tant qu'éditrice de revue, je lis beaucoup de poésie « erotique ».Ce que j'ai découvert en rédigeant des lettres de réponse aux auteures de ces poèmes, c'est que nous, comme éditrices d'une revue de l'imaginaire lesbien, nous étions à la recherche de poèmes qui fassent le lien entre le monde intime du contact, de la relation physique et l'univers plus large dans lequel deux femmes doivent s'assumer et survivre.Une poésie qui nous fait toutes faire le lien entre ce qui a été réduit au domaine de l'erotique et notre travail, notre pensée, nos politiques, nos actions, au-delà du lit en question.J'insiste pour affirmer que nous sommes des êtres sexuelles.D'un autre côté, l'une des choses qu'apporte la conscience lesbienne, c'est la redéfinition de tout ce territoire qu'on a nommé sexuel ; la découverte d'un paysage jamais vu.C'est exactement la même chose qui s'est produite lorsque les femmes ont commencé à regarder mutuellement leurs vagins avec les spéculums et à examiner leurs propres vagins.Explorer un territoire jamais vu.Je pense qu'il existe un domaine entier de l'espace des femmes qui n'a jamais été exploré : c'est le domaine de l'erotique ^ Propos recueillis par Lise Moisan Traduction de Claudine Vivier la vie en rose septembre octobre novembre 19SI 51 événements LÉA POOL ou le cinéma de la différence Ce n'est pas un hasard si Léa Pool s'est inspirée de ces mots, « Parallèles », du poète Guillevic pour imaginer son film strass café.Exil, incommunicabilité, communion imaginaire du désir et de la parole, désert urbain, absence ; les thèmes et l'atmosphère sont ici et là les mêmes.De strass café, beau poème visuel en noir/blanc et voix, on aura dit : « .inspiré par la démarche de Marguerite Duras malgré un imaginaire totalement différent Glissement de la solitude dans les mots, dans la ville, impossibilité de communiquer, impossibilité d'être, vertige quotidien.»' Ou encore : « D'abord il y a la froide poésie de l'espace urbain.La ville de Pool est dépouillée, anguleuse, lunaire.(.) Au coeur de la ville vide, il y a le Strass Café.(.) C'est le lieu imaginaire ou réel d'une rencontre imaginaire ou réelle entre un homme et une femme.Déjà le piano se fait entendre en sourdine.Un tango emporte un couple anonyme sur la piste de danse.(.) La femme ira rejoindre l'homme dans l'errance urbaine.Il n'y a plus rien.Le désert.»2 On aura dit encore, à l'Institut québécois du cinéma, en refusant à Léa Pool une subvention pour scénarisation : « C'est un film trop « hermétique » (pas assez commercial ?).Il n'est donc pas question pour le moment de vous aider à en faire un autre.» Pourtant ce film, s'il est de forme et de contenu si particuliers, s'est gagné l'admiration de milliers d'inconditionnelles.Moi, entre autres.Déjà au Festival de La Rochelle, les critiques et le public remarquent sa facture et son originalité.Au troisième Festival International de films de femmes, à Sceaux en mars 1981, il suscite spontanément un vaste mouvement de sympathie, qui lui vaut le troisième prix populaire des longs métrages.On le demande au Festival d'Avignon, à Grenoble, en Belgique, au Festival des Festivals de Toronto.On le projette à Québec, à Montréal, au Cinéma Parallèle cet automne.Surtout on en parle, de bouche à oreille, entre apprivoisé-e-s.Mais trop de déraciné-e-s urbain-e-s, trop de poètes, trop de femmes aussi se reconnaissent dans ce film dit « marginal » pour qu'il soit vraiment hermétique.Ou bien on ne l'aime pas : « C'est du sous-Duras ».Ou bien on l'aime sensuellement comme on se laisse bercer, infiltrer par des images, une musique particulière, une odeur.La nostalgie, aussi.Mais qui est donc Léa Pool ?Ce nom de théâtre est le sien : « Je suis un mélange comme ça, de la Pologne, de l'Italie, de la Suisse, vivant au Québec.» « Je suis venue au Québec en 1975, à 25 ans, sans argent, sans ami-e-s ici.Je ne supportais plus la Suisse et son étroitesse.Paris me semblait trop agressif, fermé, sans espace.Le Québec était une alterna- On va, l'espace est grand, On se côtoie, On veut parler Mais ce qu 'on raconte, L'autre le sait déjà, Car depuis l'origine Effacée, oubliée, C'est la même aventure.En rêve on se rencontre, On s'aime, on se complète On ne vas pas plus loin Que dans l'autre et dans soi.52 la vie en rose septembre octobre novembre 1981 • événements rive, à court terme.J'y suis restée.Encore en exil.« Ils n'ont pas d'âge.Viennent de nulle part.S'en vont nulle part.En exil » (in STRASS CAFÉ) J'ai toujours été confrontée à l'exil, même enfant, par la religion, le statut social ou intellectuel.Mon père était polonais, apatride, traducteur à l'ONU et écrivain.Nous vivions à Lausanne, dans un quartier ouvrier, je portais le nom de ma mère.Nous étions juifs.L'exil pour moi, c'est une question d'identité posée en termes de rapport à l'extérieur — les gens et les choses —, comme un dédoublement douloureux entre ce que je ressens à l'intérieur de moi et une réalité extérieure qui ne concorde pas.J'ai cru — et c'est pour cela que je suis partie — qu'il y avait un ailleurs plus vivable, « Elle aurait découvert un autre lieu, plus supportable,.au-dedans d'elle.» (in S.C.) .alors que cette recherche d'identité, d'un autre lieu, je ne peux la faire qu'au-dedans de moi, en espérant que ça concorde avec d'autres gens et que je reste en contact, le danger étant de décrocher tout à fait du réel.Où pourrais-je chercher cet espace, si je n'avais pas la possibilité de créer ?C'est pourquoi j'ai fait strass café.Il fallait que ça sorte quelque part ; j'étais dans un tel état de fragilité que faire ce film a été salutaire, comme une sorte de psychanalyse personnelle, une thérapie.Parce que le film me dépassait toujours, je lui courais après, il me renvoyait de moi-même une image sans cesse plus avancée.Ce n'était donc pas lié à une réflexion ou à une démarche intellectuelle — alors que certains taxent le film d'intellectualisme gratuit — et même le montage et la construction du film se sont faits par touches, d'une façon impressionniste, presque à mon insu.Comment suis-je venue au cinéma ?En arrivant ici, j'ai étudié pendant trois ans en Communications à l'UQAM, avec entre autres Georges Dufaux.Sans savoir exactement comment je voulais m'expri-mer, je cherchais une forme de langage.Autour de l'image, parce que j'y sens mieux les choses qu'en écriture.Je ne suis pas une conteuse, une raconteuse d'histoires.Je lis très peu de romans, par exemple, maisje peux être fascinée par un poème où, sans linéarité, je puis puiser, à mon rythme, des images.C'est ce que j'aime chez Duras, justement, cet espace énorme.Je ne peux pas analyser, intellectuellement, Duras.Ça se passe entre les lignes, dans tout ce qu'elle ne dit pas.C'est beaucoup par elle que je suis venue au cinéma.Il y a quatre ans, je ne la connaissais pas du tout.C'est un ami, Michel Langlois, qui me l'a fait découvrir, pressentant des affinités.(Michel est d'ailleurs présent dans tout ce que je fais, et strass café lui est dédié.) Je suis entrée dans Duras, fascinée par le miroir qu'elle me renvoyait.Elle, exprimait ce que je ressentais si violemment.J'ai d'elle une compréhension qui ne passe pas par la raison, mais de ventre a ventre.C'est un rapport sexuel ou amoureux plus qu'intellectuel ou rationnel.Mais l'envie de faire, moi, du cinéma ne me vient pas que de Duras, mais aussi de Chantai Ackerman, Win Wenders, de la poésie.« L'intensité d'un rapport que je ne peux faire voir.Mais que je peux créer.Filmer un état.Un passage à vide.Un trop plein.Figer là.» Ce qui m'intéresse dans le cinéma, c'est de créer non pas une histoire mais un état d'àme.Créer une émotion, quelque chose de plus tactile, comme la musique, qui ne passe pas par la compréhension rationnelle.Et ce n'est pas étonnant que les gens aiment ou n'aiment pas strass café.C'est comme le désir ; ça t'atteint ou ça ne t'atteint pas.Je travaille beaucoup en écoutant la musique.J'aimerais construire un film comme une partition musicale, en plaçant les pièces une à une, comme d'un puzzle, pour reconstituer une vision globale — que tout le film soit une seule image Le défi étant pour moi de recréer ce moment-là, si précaire, où, entre le trop-plein et le vide, tu sens que tu bascules.où tu te tiens, fragile, à la toute limite de l'équilibre, sur la corde raide.Je termine cet été le scénario d'un autre film, en couleurs celui-là.Titre : la femme de l'hôtel.On y verra une femme d'environ 40 ans s'installer dans un hôtel, en cachant son identité, rencontrer une autre femme, plus jeune et artiste, ne plus arriver à repartir.On la croira étrangère, peut-être juive.En fait, on découvrira qu'elle vit volontairement l'anonymat dans sa propre ville.La schyzophrénie de l'anonymat eL encore, de l'exil.Ce sera tourné en hiver, à Montréal.Montréal, pour moi, est une ville précaire, qui n'a pas encore eu lieu.Je vis moi-même dans la précarité.Ce n'est pas un hasard sije vis dans l'insécurité financière, si j'ai décidé de ne pas avoir d'enfant, et de vivre seule.Cette précarité est la seule alternative, je ne pourrais pas me fixer dans la société.J'accepte de ne pas m'inscrire et j'y vois une forme d'engagement politique, comme dans la liberté de ne pas appartenir à un homme ou à un pays.La non-appartenance m'est politique.Je sais qu'en voyant strass café, on me compare inévitablement à Marguerite Duras.J'ai même été refusée à un festival parce que, disait-on, strass café ressemblait trop à Duras.On me reprochait de ressembler à la « différence » mais on ne pose jamais de question quand tu ressembles à tout ce qui se fait !! J'aurais pu essayer d'éviter les influences de Duras, mais pourquoi ?Je trouve dommage, au contraire, qu'on n'ose pas aller dans son sillage, parce qu'elle est devenue un mythe — dont elle souffre elle-même — alors qu'elle ouvre un champ fantastique au cinéma, tout un univers psychanalytique, inconscient.Moi, j'ai envie d'aller voir, quitte à être comparée.Il y a quand même entre elle et moi une différence fondamentale : elle part du texte, des mots, moi des images.Mon imaginaire passe d'abord par l'image.Le cinéma est pour elle secondaire (« Quand je n'ai plus rien à faire, je fais des films.» M.D.) alors qu'il est vital pour moi, au niveau de l'expression.Je rêve de bâtir un film, un scénario à partir de photos, de musique, de textes poétiques.Le résultat serait en termes d'émotion et non de contenu, une atmosphère.Mais c'est difficile à faire sans argent, sans moyens.Et qui financerait pareille entreprise ?Je n'avais que $6,000.00 pour strass café, c'est fou.»3 Je pars, laissant Léa Pool à son chat, aux poètes autrichiens qu'elle lit ces temps-ci ; ils parlent aussi de l'errance dans la ville, de violence, de porte à faux.Dehors, la pluie a cessé et, descendant l'escalier humide, je pense à la création en exil.& Françoise Guénette Filmographie : LAURENT LA M ERRE.PORTIER : court métrage docu-mcni.nre prime au Festival de ta francophonie, i Nice STRASS CAFÉ 16mm, 1 heure, 1980.Moyen métrage en noir/blanc.1/ Nicole Wind, dans LIBÉRATION 2/Fulvia Caccia.dans VIRUS MONTRÉAL 3/ Alors que le budget des PLOUFFE s'élevait a près de 6 millions.la he en rose septembre octobre novembre 19S1 53 événements BONS BAISERS D'A M S T E R D A / eerste internationale i\\m en video œnierenWe 25-31 mei 1981 \ \ \ f Chères 9 en rose : Premières impressions ?Que de travail, cette • Première conférence internationale de films et de vidéos féministes » ! Sept jours d'ateliers et de visionnements.Et pour couronner le tout 200 vidéo-cinéastes féministes venues des 4 coins du monde : d'Asie, d'Europe de l'Est de l'Ouest d'Amérique centrale, du Québec, des (JSA, de la Scandinavie, du Moyen-Orient du Canada et de l'O.M.F.(?.).La plupart des pays ont une déléguée, mais le Québec se voit représenté par une véritable mafia : neuf femmes (dont votre fidèle correspondante) pour la production > indépendante » et 3 femmes pour l'O.N.F.Les ateliers ont traité de tous les sujets imaginables : la théorie féministe, les femmes et les films ethnographiques, les films féministes du Tiers Monde, le cinéma lesbien, la misogynie courante au cinéma, etc.On a même pu profiter d'un après-midi libre pour présenter notre propre atelier : « Les vidéo-cinéastes québécoises féministes : ghetto (?) ou mafia (!) ».(Vous ne nous trouvez pas merveilleusement conséquentes ?.) À bientôt Joyce 54 la we e\ rose septembre octobre novembre i9Si événements Ici depuis 3 jours seulement et il a suffi d'un téléphone à Montréal pour me déprimer complètement Avez-vous entendu parler des dernières déclarations de l'Institut du cinéma québécois ?On annonce, sans vergogne, que seuls quelques longs métrages ou séries seront financés cette année ! Évidemment ça se vend mieux à la télé.Je crois qu'à l'instar de la SDICC, l'Institut vient de sombrer dans le syndrome hollywoodien.Il y a une heure, j'ai aperçu cette carte et je me suis plu à nous imaginer, moi pis ma gang, dans l'image : ben-chèquéespis-pas-d'place-oùaller.Une idée : pourquoi ne pas vendre toutes nos vieilles fourrures, nos robes paysannes, nos salopettes, nos chemises indiennes et émigrer à Amsterdam ?Dans une ville réputée pour ses marginalesaux et ses « squatters », on jouirait tout au moins, d'un meilleur « standing » que chez nous.De toute façon, cette ville est haute en couleurs : c'est plein de féministes « punk » ! Mais que ça soit bien clair : pour les cheveux, je me réserve la teinture bleue (et je soupçonne Albanie d'avoir l'oeil sur la verte).Mais inquiétez vous pas, on vous gardera bien un peu de rose.Éternellement votre et colorée, Joyce 1/ Société de développement de l'industrie cinématographique canadienne.Au début, trop d'ateliers.Ensuite, trop d'ateliers et trop de visionnements.Surtout trop de féministes qui se retrouvent dans une situation analogue à la nôtre.Lorsque les organisatrices de la conférence nous ont demandé, il y a 3 mois, de planifier nos ateliers et de dresser l'horaire de nos films, pas moyen de le faire parce que pas de sous.Et au moment où l'Institut le Ministère des affaires intergouvemementales et le Secrétariat d'État se sont décidés à nous en donner, il était trop tard pour être incluses dans le programme officiel.On est donc là à se désâmer pour redresser la situation en projetant nos films et vidéos à n'importe quel moment de la journée.Laissez-moi vous dire que c'en fait des visionnements : le choix est affolant Malgré les frustrations, il est inestimable d'avoir accès au moins à une partie de ce que d'autres féministes produisent ; de pouvoir échanger des adresses et établir des contacts.Certaines femmes planifient déjà une 2* conference de ce genre et nous, la mafia féministe québécoise, on continue à prévoir comment une fois rentrées, on va s'organiser.C'est une idée qui date d'avant la conférence et qui est certainement mûre.Qu'on travaille en groupe ou seules, on sait qu'une plus grande présence féministe ne serait pas de trop à l'intérieur des bastions encore et toujours trop sexistes et misogynes du milieu vidéo-cinématographique québécois.Je vois ça d'ici : D'abord c'était : Qu'est-ce que veut le Québec?Ensuite : Qu'est-ce que veulent les Québécoises ?Et maintenant : Qu'est-ce que veulent les féministes québécoises ?(Tout, mon amour, pis tout de suite !!) A bientôt 0 en rose ' Q£ Joyce Rock Traduction Francine Pelletier \ AMSTERDAM Carte postale #3 #2 ,f Oct AAVî /cri.-«._ , ; -—t\»tr\t„ *Jjj)> ï >'-j ^ -'t H Et EN K> la vie en rose septembre octobre novembre i9si 55 mÊo teatre de la C arriéra (ou encore, theatre de la rue), theatre bilingue occitan et français existant depuis une dizaine d'années, se définit comme une troupe « occitaniste » et féministe.À la recherche d'une parole de femme à la fois tributaire de l'héritage culturel occitan et innovatrice dans un present conjugué au passé et au futur, lo teatre de la Camera (compose d'hommes et de femmes) a réalisé plusieurs pièces qui rendent compte de cette démarche.Lors de leurs deux visites au Québec ( 1979 et 1981 ) dans le cadre du Festival du jeune théâtre, la troupe occitane a présenté d'abord, saison de femmes, et puis cette année, deux nouvelles créations : le miroir des jours et porteà-porte.A l'origine, les objectifs fondamentaux de la troupe consistaient à représenter au théâtre la réalité socio-politique des pays d'Oc.Constatant que l'éventail des personnages déjà existant favorisait beaucoup plus les comédiens que les comédiennes de la troupe, la recherche théâtrale fut orientée vers l'étude des types sociaux qui permettraient une distribution plus élargie : les femmes pouvaient jouer aussi bien les rôles de patron, de curé que des personnages plus génériques (la republique, la jeunesse).Ces types sociaux (s'accordant presque exclusivement au masculin), s'ils ont ouvert indéniablement un champ de jeu et d'action plus étendu pour les comédiennes, rendaient inévitables le travestissement et donc la désexualisation des femmes.En 1977, la troupe s'intéressa plus particulièrement au jeu inspiré des carnavals occitans et de la Comedia dell'Arte qui, selon elle, pouvaient « généraliser les inversions sexuelles ou sexualiser la typi-sation des personnages1.Cette tentative a le mérite de nous faire sortir de nous-mêmes, commeCamaval faitéclaterdans la rue corps grotesque et spontanéité imaginative ».Mais encore là, les images carnavalesques sous toutes leurs formes, seculairement masculines et misogynes, ne sont pas facilement utilisables dans une perspective de transformation des signes et representations des femmes (et des femmes occitanes).Ces interrogations constantes achemineront les femmes de la troupe vers une prise en mains de leur parole et des moyens pour la faire naitre, avec la complicité et l'appui des artisans de la Camera.Ventre rond, un garçonl — ventre pointu, enfant! fendue «Je suis née dans une famille où il y avail déjà deux filles Mon père attendait un garçon Jugez de la déception Ma grand-mère pendant huit jours m'appela Gaston » Créée en juin 1979, saisons de femme raconte le voyage vers la nuitd'Aurette, à travers chaque étape importante de sa vie, et dont les rêves seront brisés un à un.La progression dramatique, tramée selon un itinéraire inéluctable de la naissance à renfermement d'Aurette dans une vie matrimoniale sordide, est ponctuée par les interventions ambiguës de la grand-mère, à la fois ange protecteur et étoile d'amertume du passé, et celles d'Aurette à quarante ans qui, dans une espèce d'hébétement et de vide émotif, range soigneusement des clochettes muettes dans des tupperwares-cercueils.« Cette Aurette, héroïne de saisons de femme qui, après avoir revécu sa vie cassée, claustrée, envoie balader tupper-ware et sopalin, qui ébranle les barreaux de la prison qu'elle s'était elle-même construite, qui entend, enfin, sa sonnaille tinter.c'est aussi l'histoire des femmes de la Camera.» Jamais maison n'a bien marché où les femmes ont gouverné saisons de femme étant plus un constat d'échec et d'oppression qu'une libération véritable du personnage d'Aurette.les femmes de la Camera ont ressenti le besoin d'explorer et d'extérioriser davantage une parole de liberté, au-dela de l'« enfermement de la femme ».Ainsi le miroir des jours (créé en mars 1980) met en scène une jeune femme de la vigne.Thétre à la fois quotidien et carnavalesque, le miroir des jours est aussi le reflet de la « difficulté d'inventer au théâtre des types sociaux de femmes avant même que la société elle-même les ait reconnus et représentés (.) Les situations théâtrales deviennent floues lorsque nous sortons de la représentation des types sociaux traditionnels et des agissements ancestraux pour entreprendre la mise en scène de comportements nouveaux.» Le principal problème a trait au manque de crédibilité des personnages de femmes abordés sous l'angle carnavalesque, car la prise de parole, aussi libératrice et explosive soit-elle, est nécessairement investie par les images et archétypes ancestraux.Les artisanes de la Camera, outre qu'elles exposent et tentent de résoudre dramatiquement ce problème de taille — qui n'est d'ailleurs pas seulement le fait du midi de la France mais se pose partout selon des angles particuliers — soulèvent lucidement la difficulté pour les femmes « de passer d'une définition par rapport aux hommes (par mimétisme ou opposition) à une définition de femme.Etre femme et être occitane « Déchirées entre l'urgence de reconquérir notre culture occitane contre le génocide, l'uniformisation, et une parole de femme qui brûle d'envie de faire table rase de cette civilisation qui les a trop souvent dégradées et niées, nous ne voulons sacrifier ni notre dimension occitane, ni notre dimension féminine.» C'est, à travers le prisme douloureux et parfois tragi-comique de cette double perte d'identité, que cheminent les femmes de la Camera.Perforant les masques torturés de la résignation, luttant contre l'amnésie et la standardisation insidieuses de la vie occitane, lo teatre de la Camera avec ses chants, les accords à la fois doux et gutturaux de la langue d'oc et un sens du théâtre décapant découvrent et nous font découvrir une statuaire et une imagerie où les sens se multiplient à l'infini, en des accents d'humour triste et de douleur souriante.' j^* Suzanne Aubry 1/ Les citations sont tirées du livre intitulé l'ecrit des femmes.paroles des pays d'oc, du teatre de la Camera, publie par les éditions Solin, 1980.21 Dicton Populaire.3/ Proverbe occitan PAROLES DE FEMMES DES PAYS D'OC 56 la vie en rose septembre octobre novembre 1981 cinéma C'est donc agréable, aller aux vues.Se carrer au fond de son siège, avec un gros popcorn au beurre, se lécher les doigts et siffler un Coke, en équilibre dangereux entre les genoux.Puis, quand les lumières s'éteignent, se laisser aller, entrer dans le grand écran, faire sienne la vie de personnages qui nous seront proches pendant quelques heures.Si l'on est touché, soudainement et qu'un sentiment de déjà-vécu nous submerge, ce sera plus difficile de rester critique, de ne pas se laisser avoir par les beaux dialogues, les belles images, le beau monde.La complaisance est là, surveillant le moment où elle viendra peser sur l'arbitraire de chacun-e, nous faire décider ce qui est bon ou mauvais, beau ou laid, bête ou gentil.Mais voici qu'à force d'aller au cinéma comme on ouvre un magazine, la notion de divertissement fait place à celle de l'information et l'on dévore des heures de pellicule comme une pile de Time.Le désavantage, c'est que l'émerveillement s'estompe, les trucs montrent de quel gros câble ils sont cousus, les maquillages les plus sophistiqués ne font plus croire à l'étemelle jeunesse ou à l'âge mûr triomphant Les obstacles dont le héros se moque sont tellement loin de ceux que l'on rencontre dans la vie, qu'on se surprend à croire que les contes de fées ont été inventés pour les adultes les plus dévalorisés.Mais on a, quelquefois, l'occasion de se réconcilier avec le cinéma.La folie bien ordinaire ou Alice au pays_ de la depression C'EST PAS LE PAYS DES MERVEILLES, par exemple, ne tombe pas dans la complaisance.Ce moyen métrage, réalisé par Helen Doyle et Nicole Giguère, mêle de façon fort heureuse le documentaire à la fiction.Les deux cinéastes de Québec ont voulu nous parler de la folie.Pas la folie romantique des poètes maudits ni celle, brutale et attendrissante, des héros de cuckoo's nest, mais la simple folie qui guette, hypocritement l'air de rien, des femmes comme nous toutes ou comme nos voisines.Le film nous montre ces femmes qui décrochent de leur quotidien, sans crier gare, se culpabilisant de ne plus se contenter d'une vie pourtant « voulue » (?) et se retrouvent à brève ou moyenne échéance, esclaves des pilules.Cette folie banalisée s'est nourrie insidieusement aux échecs additionnés, de quelque ordre qu'ils soient Faire le ménage, les lavages, les repas pour son entourage, assurer cette routine qui na- guère s'accomplissait mécaniquement, demande tout à coup un effort surhumain dPautant plus que s'y glisse la honte de ne pas faire face à ses responsabilités.C'est le grand mot Ces femmes sont « responsables ».De leur maison, des enfants et du mari, du bien-être de tous et du sourire gratuit qui doit accompagner l'administration de ce bien-être.L'entrevue avec la psychiatre Suzanne Lamarre nous apprend que ces dépressions sont plus fréquentes chez les femmes mariées et mères de famille que chez les célibataires sans enfant, alors que la proportion est exactement à l'inverse chez les hommes ?Curieux et révélateur.Mais il n'y a pas lieu d'entreprendre de vaines recherches sur d'hypothétiques coupables.Il faut écouter ces témoignages, entendre ces femmes raconter ce qu'elles ont souffert et admettre qu'elles s'en seraient bien passé.Comme dirait Laborit « si la souffrance élève, je me demande bien vers quoi ».c'est pas le PAYS des merveille s mérite d'être beaucoup vu.La sortie en salle est prévue pour l'automne.C'est la première expérience de distribution de film 16mm de la maison Vidéo Femmes, à Québec, qui travaille essentiellement avec des films de femmes, sur des sujets qui nous concernent toutes et tous.Quant à l'aspect cinématographique, la grande qualité technique du son et des images est remarquable.La partie fiction, qui parfois peut déranger un peu à cause de la difficulté que présente toujours l'interprétation d'un langage allégorique, est haute en couleurs et se lie harmonieusement avec le documentaire.Non, ce n'est pas toujours agréable d'aller aux vues.Pas quand on ressent cet écho assourdi au ventre, ces peurs étalées en gros plans, avec ces voix et ces visages qui témoignent encore douloureux mais lucides, de nos angoisses, quand on ne sait plus à quoi sert ce que nous faisons chaque jour de nos vies.Alors, il faut bien remplacer le qualificatif d'un film « agréable » pour celui d'« utile ».Cinéphiles de tous les goûts, à bientôt^ Chantal Sauriol P.S.OPNAME (En observation) de Erik Van Zuylen (Pays-Bas) raconte le bouleversement que subit la vie d'un monsieur qui, se rendant à l'hôpital pour une visite de contrôle, apprend qu'il est malade, très malade.Il ne faut rater ce film sous aucun prétexte.On le verra bientôt a Montreal, car une maison de distribution d'ici (Cinema Libre) en a acquis les droits.la vie es rose septembre octobre novembre IWJ 57 livres Le temps de la chasse Scoundrel Time Lillian Hellman Bantam Book N-Y 1976 Dans le numéro de juillet du magazine L'actualité, un article de Louis Wiznit-zer parle d'une nouvelle croisade idéologique qui s'amorce aux USA, sorte de chasse aux sorcières qui risque de ressembler étrangement à celle menée dans les années cinquante par le célèbre sénateur McCarthy et sa non moins tristement célèbre Commisson d'enquête sur les « activités anti-américaines ».Était antiaméricain à cette époque tout ce qui ressemblait de près ou de loin à de la propagande communiste.Aujourd'hui, la purge idéologique serait menée par une sous-commission sur la sécurité et le terrorisme, le terrorisme étant le nom nouveau donné à cette vieille sorcière subversive qu'il faut brûler régulièrement aux feux de la rectitude idéologique, pour le plus grand bien de l'unité nationale et la plus grande sécurité du pouvoir.Rappelons-nous que tout conflit idéologique divise le monde en deux, les bien-pensants et les mal-pensants, et cette vision du monde a certainement des avantages pour le confort de l'esprit si on en juge par sa longévité.Flash back donc sur les années '50, plus précisément à l'époque où la commission McCarthy purgeait l'industrie cinématographique de tous ses éléments subversifs ou jugés tels.La commission se réunit pour juger du film - song of russia '.film nisme et à proférer des « non, je le ferai plus jamais, jamais, promis, promis.» C'est dans le livre de Lillian Hellman, scoundrel time, (le temps des gredins, canailles ou scélérats, au choix) que j'ai découvert des anecdotes de ce genre, et puisque la saison de la chasse semble vouloir recommencer, je vous propose ce petit livre admirable, écrit par cette femme dramaturge et écrivaine remarquable (the children's hour, watch on the rhine, the little foxes, pentimen to.an unfinished woman, etc.), femme de lucidité et de courage qui posa un geste exemplaire devant la commission sur les activités non-américaines où elle fut amenée en 1952 pour témoignerde ses supposées affiliations communistes.« Je ne peux pas et ne veux pas tripoter ma conscience afin qu'elle s'accomode des modes de ce temps », dira-t-elle en substance aux membres de la commission, se méritant du même coup le respect silencieux de beaucoup de gens et la perte de tous ses contrats à Hollywood.C'est cette époque qu'elle raconte dans scoundrel time, ses souvenirs du McCarthysme, sa position devant la Commission, son refus de donner des informations sur qui que ce soit sauf elle-même, sa mémoire des amis et gens du milieu qui, supposément progressistes, se transformèrent tout à coup en moutons jjuui jugci uu iinn survuur husma .iirm^^u diiMiw iiieiem loui a coup en moulons tourne en 1944 au moment ou les RusseslJbelants devant la Commission, de ceux et les Amé ains étaient alliés, mais qui en même temps que les relations américano-soviétiques, connut un singulier refroidissement de popularité par la suite.Qu'y a-t-il de subversif dans ce film se demandent les commissaires ?Très simple, répond Miss Rand, scénariste témoignant devant la commission, on y montre des Russes qui sourient Et pour Miss Rand, montrer des Russes souriants, c'était faire de la propagande communiste ! Un commissaire à qui il restait encore un peu de raison récidiva avec cette question : Les gens ne sourient donc pas en Russie?Well, répondit-elle, je crois que non.Vraiment pas ?répéta étonné le commissaire ?Non, dit-elle.Pas de cette façon.S'ils sourient c'est en privé, accidentellement Ce n'est certainement pas un sourire qui approuve le système, (sic).Le film fut donc jugé anti-américain et un acteur comme Robert Taylor qui y avait tenu le rôle principal, se mit à faire des professions de foi débordantes d'américa- qui refusèrent de se livrer à ce petit jeu des dénonciations et se retrouvèrent en prison, comme Dashiell Hammett son compagnon et l'homme de sa vie, des longues années de vaches maigres qui s'ensuivirent etc.On comprend en lisant ce livre pourquoi toutes ces années cinquante furent si fertiles en films américains cul-cul : le milieu avait bel et bien été purgé.Il n'en restait plus que des esprits ventrus qui avaient préféré leur confort à leur dignité.Et parlant de ces gens d'Hollywood qui étaient tellement riches qu'ils rivalisaient de luxe jusque dans leurs salles de bain, Lillian Hellman dira : « Il y a un rapport douteux entre un tel luxe et les actes normaux de l'hygiène et de la défécation.Il est d'ailleurs possible que les excréments ne soient pas contents d'être recueillis dans des objets si luxueux et préfèrent alors se loger dans l'âme de leurs propriétaires.»' Monique Dumont SCOUNDREL TIME, Lillian Hellman.Bantam Book.New York.1976.« De tous et de toutes — les femmes avant été en quelque sorte les cobayes — est exigé de façon croissante une masse d'efforts non rétribués, non reconnus, non avoués, sans lesquels pourtant l'économie de la société industrielle n'existerait pas, car sa machine s'en nourrit : travail fantôme de la ménagère, du consommateur de soins, de l'étudiant infantilisé dans un apprentissage stérile, du banlieusard perdant au sens propre son temps à aller au travail.»' Toujours à l'affût des failles de la société industrielle, Yvan Illich s'inspire, cette fois-ci, du mouvement féministe pour élaborer cette notion du « travail fantôme ».Mais Illich, pas moins misogyne pour autant est très heureux de laisser le travail ménager patauger dans cette «vaste économie de l'ombre ».Car, pour lui, les femmes aujourd'hui sont de « pau- 58 la vie en rose septembre octobre novembre 1981 livres Etat de choc Quand on me parle d'amour, je ne peux pas résister.Je me suis donc laissé tenter pour le titre du livre de Francesco Alberoni: le choc amoureux Ce court essai (cent quatre-vingt-neuf pages) qui se propose de prouver que : « tomber amoureux, c'est l'état naissant d'un mouvement collectif à deux » se lit plutôt agréablement.Sans doute parce qu'y est exposée avec justesse toute la gamme des comportements et des sentiments qu'en-traine l'amour naissant.C'est ainsi que l'auteur nomme la phase numéro un de l'amour.Il est aussi intéressant de penser, qu'il existerait « .entre les grands mouvements collectifs de l'histoire et le fait de tomber amoureux une parenté très proche : la nature des forces qui se libèrent et agissent sont du même type ; de nombreuses expériences, la solidarité, la joie de vivre, le renouveau.» Cependant, Monsieur Alberoni est moins convaincant lorsqu'il affirme : « Le couple amoureux se reconnaît dans le mouvement collectif et tend à se fondre en lui.» On a envie de lui rappeler que, c'est bien connu, les êtres amoureux sont seuls au monde et le plus souvent tout à fait centrés sur la petite unité qu'ils forment Tomber amoureux supposerait un grand potentiel révolutionnaire ?Il ne va pas du tout de soi que les flèches de Cupidon visent., la tête de Ronald Reagan ! Par ailleurs, j'ai beaucoup apprécié ce commentaire d'Alberoni sur le fameux « Ils vécurent heureux et tranquilles » : « C'est un non-sens, nous dit-il, sur le plan de l'expérience existentielle.Il s'agit d'un mythe extrêmement répandu et que nous renouvelons sans même nous en apercevoir.» Et de nous démontrer efficacement que le mariage, comme toutes les autres institutions, est oppressif etréducteurde plaisir.On finit par s'y ennuyer.Quand on saitaussi le conditionnement qu'on a subi comme femmes par rapport au mariage et à ses soi-disantes capacités de nous offrir le Bonheur éternel, le livre d'Alberoni revêt pour la .féministe que je suis, un certain intérêt ^ Claude Krynski La qualité première du livre réside toutefois dans la description détaillée des comportements amoureux naissants.Quant à la théorie de Monsieur Alberoni, selon laquelle tomber amoureux est en soi révolutionnaire, elle n'est pas suffisamment claire et étayée.Il lui reste encore à la page 189 le fardeau de la preuve.Francesco Alberoni Le choc amoureux LE CHOC AMOUREUX Ramsay.Paris, 1980 Francesco Alberoni, Ed.et son vres caricatures » du passé, tout juste bonnes à faire réchauffer des T.V.dinner alors que ces vaillantes femmes de jadis élevaient et abattaient les bêtes qu'elles faisaient mijoter à la journée longue.La position féministe lui semblera donc « doublement aveugle ».Aveugle de ne pas se battre contre le caractère salarié du travail et de revendiquer la reconnaissance économique du travail ménager, aveugle de refuser de voir comment tout le travail accompli par les ménagères « modernes » est « stérile ».Encore une fois, nous sommes à côté de la track, tout comme nous sommes toujours en dehors de la « production ».Pour cet illuminé, la planche de salut l'alternative au travail salarié, aliénant et dépossédant et à son « complément indispensable ».le travail fantôme, réside dans le « travail de subsistance ».Pris de nostalgie pour les sociétés traditionnelles et paysannes d'avant le capitalisme, Illich nous entretient brièvement — très brièvement — de cette belle époque où hommes et femmes produisaient tout ce qui était nécessaire à leur survie, « sans être payé-e-s ».Une question insidieuse surgit : la soi-disante « non-productivité » des femmes modernes, dont parle Illich, ne serait-elle pas plutôt attribuable à cet inquiétant constat : les femmes ne travaillent plus avec les hommes à la production à l'intérieur de l'unité familiale ?Car comment peut-il se permettre d'oublier à quel point les femmes étaient exploitées et opprimées dans ces fameuses sociétés d'antan?Leur participation pleine et entière à cette production de subsistance n'empêchait aucunement le fait qu'elles étaient au service de leurs pères, leurs frères, leurs maris, leurs fils et même leurs seigneurs.D'ailleurs, les petites communautés auto-suffisantes dont rêve ce passéiste sentimental, reposeraient sur la « distribution binaire » du travail qu'il définit comme « la complémentarité des travaux entre les sexes ».C'est bien une façon de procéder au réaccouplement des hommes et des femmes mais peut-on se cacher qu'il s'agit dans le fond, de la division sexuelle du travail ?C'est dans ce sens que le travail fantôme, malgré ses allures subversives et son analyse pertinente du travail ménager comme faisant partie du « travail fantôme », ne remet aucunement en question la domination des femmes.C'est-tu beau, le progrès ! .Camille Raymond 1/ Resume a l'endos du livre le travail fantôme.Yvan Illich.Seuil.1981.la vie en rose septembre octobre novembre I9SI 59 Le Centre de la femme Le YWCA: C'est quoi, pour qui et pourquoi Parce que, depuis plus de 100 ans c'est un endroit où nous les femmes pouvons: • améliorer notre situation • acquérir une meilleure condition physique • nous enrichir culturelle ment • faire partie intégrante d'une communauté Que se passe-t-il?On y fait quoi?• des sports et des loisirs • du conditionnement physique • le centre de gestion pour femmes • la résidence — permanente ou pour touristes • le centre de références et de ressources • le camp de vacances pour jeunes filles • l'action féministe • la garderie • le club de l'âge d'or Le YWCA.Un endroit où les femmes travaillent de concert pour faire bouger les choses! YWCA-1355 ouest Dorchester.866 9941 librairie HERMES elisabeth marchaudon libraire PHILOSOPHIE ¦ DICTIONNAIRES • NOUVEAUTÉS • ll.nES OE POCHES • DEPUIS 1840 1120 ouest, rue laurier (entre querbes et de I epee) outremont (montreal) H2V 2L4 tél.: (514) 274-3669 (autobus 51 et 129) HUGO Librairie Hugo Inc.Centre commercial Wilderton 2735, Van Horne, Montréal H3S 1P6 739-9251, 739-0512 COMMANOES SPÉCIALES • CASSETTES POUR LE 5 A T le coeur du faubourg restaurant terrasse 2439 Logan, Mtl.524-6620 *Crunchs a volonté Bières 2 pour 1 Vin $1 75 le carafon Alcools: $2 00 ( Taxes incluses) 60 la vie es rose septembre octobre novembre mi arts visuels Nell Tenhaaf Powerhouse En 1973, huit femmes artistes décident d'exposer leurs oeuvres ensemble.Elles font le tour des galeries d'art de Montréal, en vain.On accepterait bien de présenter les travaux de certaines d'entre elles, considérées comme professionnelles, mais pas ceux des autres.Les huit refusent de se séparer, louent plutôt un appartement dans Westmount qu'elles transforment en galerie et y exposent enfin leurs oeuvres.Ainsi naquit « Powerhouse », seule galerie d'art à Montréal que l'on peut qualifier de féministe.Il faut préciser que ces huit femmes étaient des anglophones de Montréal ainsi que des Américaines.Elles avaient décidé d'être solidaires après avoir fait partie d'un groupe de « conscienù'sarion » (comme on les appelait à l'époque) qui s'était penché sur les problèmes particuliers aux femmes artistes («création» à temps partiel, moyens financiers limités, absence des femmes aux paliers de décision dans ce domaine comme ailleurs, etc.).Un an plus tard, Powerhouse emménage au 3738 rue St-Dominique où elle est toujours.Une quinzaine de femmes en sont alors membres.La galerie fonctionne selon le mode de la coopérative, sans en avoir le statut officiel, et reçoit des subventions du Conseil des arts de Montréal à partir de 1975, puis quelques années plus tard, du Conseil des arts du Canada.En mai 1981, sous la coordination de Nell Tenhaaf (de qui je tiens tous ces renseignements), la galerie compte une trentaine de membres actives, dont sept ou huit sont francophones (le quart, m'a dit Nell).La faible proportion d'artistes francophones préoccupe les membres de Powerhouse dont certaines sont même prêtes à remplacer le « très anglais » nom de la galerie par un autre qui aurait une signification pour les deux groupes linguistiques.Selon Nell, la galerie est féministe en ce sens qu'elle est réservée aux femmes et qu'elle est gérée par l'ensemble des membres.La galerie comprend une petite salle à l'usage exclusif des membres et une grande salle ouverte à toutes les femmes, membres ou non.Les femmes qui désjrent y présenter une exposition ou participer à des expos de groupe, n'ont qu'à soumettre leurs oeuvres à la galerie.Le choix des exposantes, choix difficile à faire selon Nell, revient à des comités composés de membres de la galerie.La composition des comités varie selon les thèmes des expositions et selon les moyens d'expression utilisés (peintures, gravures, art conceptuel, performances, etc.).La galerie comprend aussi un centre de documentation.Les artistes de Powerhouse accordent aux oeuvres féministes la priorité sur d'autres oeuvres de femmes, moins engagées, mais dont la qualité « professionnelle » serait supérieure.Actuellement si Powerhouse réservait ses espaces aux seules oeuvres au contenu clairement féministe, son programme ne serait pas très chargé.Mais, a confié Nell, la galerie n'a pas fait de démarches particulières pour tenter de découvrir les oeuvres féministes qui se cachent peut-être dans certains salons-doubles d'illustres inconnues.Dans sa programmation de l'automne-hiver prochain.Powerhouse présentera, entre autres, une exposition de bandes dessinées féministes venant de plusieurs pays.Pas moins de 200 auteures de bandes dessinées y participeront Un événement à ne pas manquer ! Les performances seront aussi à l'honneur (avis aux intéressées).La galerie France Morin J'ai chosi de vous présenter la galerie France Morin aux côtés de Powerhouse, parce qu'il s'agit d'une aventure bien différente de la première et que l'une permet d'éclairer l'autre.France Morin fut avec Chantai Pont-briand, il y a cinq ans, à l'origine de la revue d'art contemporain Parachute, revue qu'elle a quittée l'an dernier pour se lancer dans une aventure fort risquée, celle d'ouvrir une galerie privée réservée à l'art contemporain.Qu'est-ce qui peut bien pousser une femme à ouvrir une galerie d'art contemporain en ces temps de dépression économique et alors que la plupart des oeuvres contemporaines, de par leurs dimensions, entre autres (elles prennent parfois tout l'espace de la galerie), ou leur contenu, sont « invendables » ?Car, contrairement à une galerie-coopérative ou « parallèle », une galerie privée ne reçoit pas de subventions de l'Etat et doit vendre pour survivre.France Morin, historienne et critique d'art maintenant « galeriste »- aime ce métier qui l'appelle à voyager beaucoup dans le monde où elle tente de découvrir des artistes en qui elle voit les valeurs sûres de demain.Cette foi qu'elle a dans l'art actuel, elle réussit à la transmettre aux visiteurs et visiteuses qui se rendent à la galerie et elle est intarissable quand il s'agit de leur expliquer le sens de la démarche souvent complexe des artistes qu'elle a, comme elle le dit endossés, c'est-à-dire Rolland Poulin, Betty Goodwin et John Massey.En cela, France Morin est peut-être unique.La galerie présentera l'an prochain, à tour de rôle, les travaux de quelques jeunes femmes dont France Morin a découvert les oeuvres en rendant visite aux artistes dans leurs ateliers, sur la recommandation d'ami-e-s.Selon elle, les femmes seront de plus en plus nombreuses à compter en art, parce qu'elles sont de plus en plus nombreuses à mener leur recherche jusqu'au bout à faire de à plein temps et à refuser les compromis.La galerie France Morin est située au 42, ouest ave Des Pins, à deux pas de Powerhouse, '«r* Jocelyne Lepage 1/Centrale d'énergie 21 Terme utilise en Europe et importe par F.Morin.Il correspond à ce qu'on appelle ici directrice ou directeur de galerie.la vie en rose septembre octobre novembre 19s1 61 musique rebelle au' un robot Wondeur Brass La féte de la librairie des femmes, qui célébrait en octobre 80 son 5e anniversaire, aura été l'occasion-prétexte pour les neuf femmes de la future Wondeur Brass de jouer sur la même scène, celle de la salle Polonaise.Des femmes appartenant a différents groupes de musique, de théâtre déjà dissous ou en voie de l'être, prêtèrent main forte à cette fête bénéfice.Cette complicité d'un soir rendait évidentes les convergences tant musicales qu'idéologiques et aiguisait l'envie de se regrouper d'une façon plus formelle.Elles en eurent l'occasion au mois de novembre suivant à la salle Saint-Edouard pour une autre fête bénéfice.La formation telle que nous la connaissons aujourd'hui était née.En décembre, elles créent un nouveau répertoire, écrivent leur propre musique.C'est également une période difficile : les différences (il y en a neuf) ressortent les desseins ne sont pas clairs, l'équilibre reste encore à trouver.En janvier elles font un démo avec « L'hôtel Central » et « Les ailes d'Angèle » et demandent une subvention au Ministère des affaires culturelles qui leur sera refusée.Mais cette demande de soumission les oblige à préciser leurs intentions et à se trouver un nom.Elles s'entendent sur deux points : fusionner théâtre et musique dans un même show et le nom de la Wondeur Brass remporte la « palme de cuivre ».Désormais le groupe se concentre sur ce nom et l'allure électrique, jazzée, qu'il leur prête.Être à sa hauteur, abandonner le son fanfare, les valses : foncer, faire éclater, se risquer.Les différences deviennent des influences qu'il faut mettre à profit pour atteindre l'objectif : le show anna theme et constance urbaine qu'elles donneront fin mai, aux Clochards Célestes.Diane Labrosse et Danielle Roger de l'ancienne Arcanson1 apportent au groupe une connaissance scénique et musicale précieuse.Elles incarnent également l'idée rassurante de la durée.Geneviève Letarte et Ginette Bergeron, autrefois de 3 et 7 le numéro magique-, sont des ressources au niveau théâtre et improvisation et inspirent le contenu politique des textes.Dyane Raymond, Claude Hamel et Joane Hétu de I'ex La Fanfarlouche' apportent leur expérience de la rue, fantaisie, déguisement et ont l'habitude de jouer acoustique.Quant à Danielle Broué et Martine Leclercq qui ont longtemps joue avec Mona Lisa Klaxon et Hortense4 avant de former La Fanfarlouche, elles s'avèrent être des personnes clés pour la discipline et l'aisance avec lesquelles elles jouent Pour les besoins du show anna theme et constance urbaine, trois autres femmes se joignent au groupe : Marie Hélène Robert à la mise en scène, Rachel Boucher à l'éclairage et Diane Leboeuf au son.Désormais, elles seront douze à la Wondeur Brass.Pendant qu'elles travaillent à anna theme, elles continuent à donner des spectacles : Journée internationale des femmes, le 3e anniversaire du Syndicatde la musique, CEGEP Saint-Laurent.Complexe Desjardins.Autant d'occasions pour elles de se roder, d'affronter des publics différents et d'acquérir ensemble une expérience de scène.L'avant-première d'anna theme et constance urbaine qui a lieu au Café Campus laisse présager le succès des cinq représentations qui suivront aux Clochards, leur assurant ainsi des contrats pour les mois suivants.Une musique nouvelle Une seule sait lire la musique quoique chacune compose.À la guerre comme à la guerre.Elles écrivent sur des partitions (qui n'ont pas de portée) les lettres des notes qui en composent la mélodie.Comme le temps n'est pas indique sur la partition, celle qui la présente doit donc jouer et rejouer aux autres la nouvelle « toune «jusqu'à ce qu elles en connaissent le rythme par coeur.Cette lacune théorique les ralentit : elles inventeront sûrement poussées comme elles le sont par le temps, un nouveau code théorique adapté aux exigences du moment.Parfois celle qui a composé a aussi fait les arrangements, parfois, au contraire, il n'y a qu'une « idée dans l'air » et elles la travailleront ensemble ou par petits groupes d'instruments.Il ne fait aucun doute qu'elles soient musiciennes même si la plupart d'entre ellesjouentde leur instrument depuis peu.Leur coeur fait foi de la technique.Elles apprennent naturellement et d'une façon presque instinctive, ne s'occupant pas de règles et de l'éthique de la Sainte Musique, découvrant en jouant les possibilités de leurs instruments.Le résultat est d'ailleurs étonnant.Leur musique tout en puisant dans la vitalité de la fanfare et la richesse du folklore, aborde les frontières du jazz.Une fois dépassé le stade de l'apprivoisement elles trouveront peut-être des choses qui, sur le plan musical, n'ont encore jamais été faites.Car leur pureté est une garantie de liberté.Et la liberté, en plus d'être une porte ouverte sur la création, n'est-elle pas l'essence même du jazz?Une symbole L'engouement du public pour la Wondeur Brass ( valable aussi pour Montréal Transport Limité et autres manifestations artistiques du même genre) n'est pas surprenant.Les marginaux de toutes sortes, composant la majorité de ce public minoritaire, trouvent enfin un écho.Publiquement et directement Car le fait de passer par des circuits parallèles (fêtes bénéfices etc.) élimine le sablage, le délayage, les compromis qui rendent les plus belles choses insignifiantes et insipides.Dans le cas plus spécifique de la Wondeur Brass, le faitqu'il s'agisse de neuf femmes n'est pas étranger à leur réussite.S'il s'en trouve quelques-uns pour trouver la chose « exotique » et amusante, la majorité des femmes qui composent ce public y voient « une symbole ».C'est là l'explication de cette chaleureuse complicité qui se dégage pendant leurs spectacles.D'emblée elles annoncent leur volonté de détruire « la systématique patriarcale » et pour ce faire, chantent-elles, « leur égoïsme fondamental ne peut leur être fatal5 ».Des femmes, « tannées d'être gênées », décident de dire ce qui a rarement été dit, osent reprendre ce qu'on leur avait volé : leur langage, leur musique, leurs envies, leurs « affaires ».Et pour peu que leurs affaires soient aussi les vôtres, vous sentirez comme moi, à les entendre et à les voir, un grand soulagement.I/Arcanson : groupe de 5 musiciennes de folklore.Avril 78 a 80.2/ 3 et 7 le numéro magique : atelier féministe de théâtre et de musique qui a fait des tournées au Quebec et en France en 1979.3/ La Fanfarlouche : groupe de fanfare mixte ; musique de rue 198f>81.4/Mona Lisa Klaxon fanfare mixte française.Hortense : fanfare feminine française.Les deux groupes sont venus au Quebec a l'ete 1976.5/Introduction au spectacle ANNA THEME ET » CONSTANCE URBAINE 62 la vie en rose septembre octobre novembre i9St musique Marie Savard Si la critique officielle n'a pas fait grand cas du dernier disque de Marie Savard, il faut y voir un boycottage quasi systématique de toutes créations féministes.Marie Savard dira : « Nous on est étiquetées « féministes radicales », ce que l'on fait n'est donc pas considéré comme de la musique ou des chansons mais comme de l'animation sociale1 ».De plus la FOLLE DU LOGIS — titre de l'album — échappe aux réseaux de distribution et de publicité courants.Marie Savard, Claire Saint-Aubin, Marie Trudeau et Hélène Mailloux, les trois musiciennes avec qui elle travaille depuis quelques années, décident de faire un démo « pour le fun » mais aussi pour prendre un peu de recul.Le résultat les enchante et l'idée d'un disque les séduiL Evidemment aucune compagnie de disques ne veut prendre le risque financierde le produire : le marché du disque québécois va tellement mal ! Marie Savard a pourtant ses lettres de noblesse dans le milieu.Un premier microsillon — du blues — en 63 avec le trio Pierre Leduc ; un autre l'année suivante enregistré lors d'un spectacle au Patriote2 ; un 45 tours en 693 et finalement Québékiss* en 71 qu'on interdit, dès sa sortie, de faire tourner à la radio.On le retira même du marché.Ce n'est que quatre ans plus tard lorsque les relents de la crise d'octobre — sujet même du disque — seront dissipés qu'on pourra l'entendre sur les ondes des radios communautaires.Le souvenir de cette grosse farce dans laquelle elle s'est faite idéologiquement et financièrement rouler, joint au refus des compagnies d'éditer LA FOLLE DU LOGIS la poussera vers la seule alternative possible : produire elle-même son disque.Résolue, elle trouvera l'argent nécessaire à la location du studio d'enregistrement apprendra les rudiments du mixage et enfin fera marrainer son disque par les éditions de la Pleine Lune.Rien d'étonnant à ce qu'une chanteuse qui se définit d'abord comme poète édite son disque dans une maison d'édition de livres.Mais il y a plus.Marie Savard, une des fondatrices de la Pleine Lune, il y a 7 ans, s'est souvenue que leur charte comprenait une clause à l'effet que la maison se donnait la possibilité de financer aussi des productions de disques.Mais l'édition f «•"¦^^rToar^*09.6'grosse.piano.M^&r^* Lelarte.H om«»ettes„ e en do.Diane Labr et ¦¦¦^^ÎTttTGenevieveue ergeron.saxe Raymond, saxe - ¦ -» québécoise a le souffle court et il s'agit dans ce cas plus d'une reconnaissance que d'un véritable financement.Restait a régler le problème de la mise en marché.Encore une fois, aucune maison de distribution de disques ne voulait prendre le risque de.Bon.On a donc eu recours aux diffuseurs5 des livres de la Pleine Lune.Le marché visé est donc celui des librairies.C'est bien la une étrange coïncidence pour une poète qui fait des chansons.C'est aussi une innovation au Quebec.Alors que dans toutes les librairies féministes et underground de New York on vend des disques féministes et/ou qui ont un intérêt littéraire particulier — on voit maintenant un disque parmi l'étalage de livres des librairies de Montréal.« J'aurais moi-même programme a l'avance toutes les étapes de cette production que ça n'aurait pas ete mieux ».À cause des obstacles, les solutions parfois hasardeuses se sont enclenchées d'une façon logique et se sont avérées — oh, rareté — conformes à l'idéologie de l'au-teure.Marie Savard a une autre raison d'être satisfaite : on imprime déjà la deuxième edition du disque.Une fois les coûts de production absorbes.Marie Savard mettra les profits dans la petite caisse des éditions de la Pleine Lune réservée à la production de disques.Une porte est en train de s'ouvrir pour celles à qui on a fermé toutes les autres portes mais aussi pour celles qui feront un choix : celui de l'indépendance et de l'authenticité.Quant à la folle *du logis de Marie Savard — un disque dont on a besoin et qu'on aime toujours mieux — j'attends, chères lectrices, vos commentaires avec impatience, g» Louise Malette 1/ Propos recueillis lors d'une rencontre avec M.s au mois de mai.2/Tous deux sur etiquette Apex.3/ Polydor.4/ Distribue par Zodic.5/ Les Messagenes Prologue.là vie en rose septembre octobre novembre 1981 63 Claire Culhane est membre du Prisonner's Rights Group (Groupe de défense des droits des détenus).Tout au long de sa vie elle a milité pour la défense des opprimés.Née à Montréal en 1918, à 18 ahs elle était membre des Amis du Batillon Mackenzie-Papineau.De 1967 à 1972, elle travailla dans un hôpital au Sud-Viêt-nam.Suite à cette expérience, elle publia un livre choc Why is Canada in Vietnam?(Que fait le Canada au Viêt-nam?N.C.Press 1972).En 1976, elle devenait membre du Comité consultatif de citoyens du pénitencier de la Colombie britannique où elle fut témoin de plusieurs des incidents qui sont décrits dans le présent récit.Chassée de prison, une description émouvante des conditions de vie des détenus(es).Chassée de prison par Claire Culhane 218 pages — Aux Éditions coopératives Albert Saint-Martin 5089 rue Garnier — Montréal, H2J 3T1.Tél.: 525-4346 64 la vie en rose septembre octobre novembre mi ÇoJ>\ _¦ ¦ ¦ ¦ a ¦ ¦ ¦ ¦ ¦V." Tous les trois mois, la vie en rose fait des efforts pour vous sortir de votre grisaille quotidienne ; aussi c'est avec une grande satisfaction que j'ai appris que des gens sérieux, des savants, ont decide eux aussi de vous faire voir la vie en rose.Grâce a l'aide financière du Conseil national de la recherche, vous pourrez — peut-être — avoi.' du cidre rose sur votre table1, et naturellement.pour la couleur, car pour le cidre c'est un peu moins sûr ! Alors que des generations se sont contentées d'écraser des pommes, de les presser, de laisser le jus ambre fermenter, solitaire, dans un tonneau de chêne, notre ere technologique, efficace, pressée, superlative, triomphale, a modifie le procède.Supprimant, dans le jus, les ferments de la pomme pour les remplacer par la levure du champagne : c'est plus noble.Montant le degré d'alcool, 12,13% : c'est plus fort.Rajoutant du sucre : c'est plus sucre.Dans certains cas.la touche finale, le geste artistique, consistera a diviniser ce doux breuvage de quelques gouttes d'« essence » de pomme.L'eau devrait vous venir a la bouche ! Vous devriez vous précipiter chez votre dépanneur habituel ! Pourtant, devant l'objet du désir, votre excitation tombe, votre regard s'éteint, vos traits s'affaissent, votre bras retombe.Pour ranimer votre enthousiasme de consommateur, les chercheurs sont à l'oeuvre.Dans des laboratoires perfectionnes, ils pilent des pelures de pommes Mac Intosh afin d'en extraire les pigments pour les dissoudre dans un cidre commer- cial décoloré.Victoire, c'est beau, c'est rose, vous allez devoir l'acheter.Demi-victoire seulement ; pour des esprits scientifiques, il faut s'assurer maintenant de la stabilité de ce produit miraculeux.Pendant des mois et des mois, il sera soumis a des observations rigoureuses, des mesures précises, étudiant l'influence de la temperature, de l'éclairage, de l'acidité, du bisulfite et de l'acide ascorbique — entrant aussi dans la fabrication du cidre.Les jours passent apportant leur lot d'espoir ou d'abattement.Certaines bouteilles ont vire, plus ou moins rapidement au brun orange.D'autres ont perdu, peu à peu, de leur intensité.Mais rien ne saurait décourager des esprits entreprenants, le succès sera pourdemain ! Au stade actuel des recherches, ils sont deja arrives à la conclusion que : « L'addition des extraits est avantageuse — ?— dans certaines conditions : obscurité et 4°C préservent la couleur originale pour deux mois.l'effet néfaste des rayons solaires pourrait être amoindri par l'utilisation d'un verre brun — comment voit-on le rose ?— ou l'addition de tannins.»:.Quelle premonition chez ce cousin des vergers de Rougemont qui.pour honorer votre visite, montait de la cave une bouteille verte que la buée recouvrait instantanément d'un cidre bouche d'une année particulièrement réussie ou particulièrement heureuse!.En attendant la mise au point définitive du cidre rose, j'ai encore le temps de me demander : Pourquoi rose ?Pour qui ?Qu'a pu faire croire que je désirerais davantage le cidre rose à celui que je laisse actuellement sur les tablettes, en souvenir des lendemains de la veille ?C'est ainsi que, partant à la recherche de mon identité, j'ai rencontre « The Reference Man », l'homme moyen, l'ultime ! En fait je ne connaissais que lui.Tous les jours en première page des journaux.Il mange du yogourt ne se déplace qu'en auto, alors que j'adore la compote et aime la marche.Depuis ma plus tendre enfance, il me poursuit.Au berceau, il lui faut des vitamines, plus tard, de 18 à 22 ans — s'il est « femelle » — il pèse 58kg et mesure 163cm.A moi les complexes, si je suis.hors-normes ! Ainsi toute sa vie.il va se comporter d'une manière reconnue normale ou convenable.Mais qui est-il.ce « Reference Man » ?Et bien, c'est en effet une moyenne, un nombre, illustrant certains jugements de valeur.Etant l'ami intime des scientifiques, il a dû leur suggérer.statistiquement que la couleur rose lui plaisait — donc se vendrait.Mais je suis aussi uneindividue« qui choisit ses aliments en fonction de ce qu'(elle) il considère être un besoin personnel »'.Alors, du cidre rose.Non.merci !.Et puis,.c'est le moment de faire des economies.Ifc i, 2/ « Production d'un cidre rose stable » par re Simard.F Beaulier.Univ Laval, dans JOURNAL DE L'INSTITUT CANADIEN DE SCIENCE ET TECHNO LOGIE ALIMENTAIRE Vol.13, No 4.1980 37 «T-ood selection in relation to requirement » par J.Trcmolicrcs.dans HEALTH AND FOOD 1972.Claudie Leroy '2 L ; i ¦ • ¦ ¦ i ¦ c a a o , I» 1 I.I J ¦ I I ¦ ¦ I I ¦ • I I ¦ ¦ _ • I ¦ a a i ¦ a a a a a ¦ ai ¦ ¦ a a ¦ a a a a a a la me e\ rose septembre octobre novembre tosi 65 L'autonomie, ça s'apprend! L'autonomie a pris une résonnance dans tous les aspects quotidiens de la vie des femmes: qu'il soit question d'autonomie financière ou d'une façon autonome d'envisager la vie affective, la sexualité, partout nous ne cessons de constater que nous sommes les seules à avoir le droit et la capacité de .gérer nos vies.PRIX SPÉCIAL! 6.00$ l'exemplaire, du 15 septembre au 15 novembre 1981, en commandant directement aux Éditions.Ajoute: 10% pour les frais de poste.Prix en librairie: 8.00$ l'exemplaire.les édifions du remue-ménage c.P.607.succursale c.Montréal h2L4ls rgra [ara[a(a[a[a[a[a[E][a[araia[a^ [g] PRIX VALABLES POUR LA RÉGION DE MONTRÉAL i 66 la vie en rose septembre octobre novembre 19s1 santé VA TI FAIil I® TES MAL API 9 Se faire soigner, les femmes y vont beaucoup : elles sont, de loin, les premières consommatrices de soins médicaux et psychiatriques et les plus grandes avaleu-ses de pilules.Mais sont-elles vraiment malades, elles qu'on dit et qui se disent si volontiers malades ?va te faire soigner, t'es malade1 écrit en collaboration par l'anthropologue Louise Guyon et les psychologues Roxanne Simard et Louise Nadeau porte un regard décapant sur la façon dont notre système de santé perçoit et traite les femmes : un système, pur produit du système social, qui perçoit à priori les femmes comme des êtres naturellement malades et qui les traite en conséquence.La médecine en sait quelque chose, elle qui a pris allègrement le contrôle du corps des femmes depuis l'adolescence jusqu'à la vieillesse, surmédicalisant toutes les étapes physiologiques de notre vie.Dans les bureaux des thérapeutes, les diagnostics qu'elles reçoivent sont plus graves, elles sont traitées plus longtemps, elles se voient prescrire plus de médicaments et sur une plus longue période de temps.Les femmes reçoivent surtout des diagnostics de maladies mentales alors que ceux des hommes se rapportent à des troubles de comportement.Les femmes sont donc malades alors que les hommes n'ont que des problèmes.Qui plus est, ces thérapeutes, gardiens de l'ordre patriarcal, chargés de guérir les déviances, de rendre les échouées à nouveau « fonctionnelles » ontde la santé mentale des femmes une vision qui ne coïncide pas avec leur définition de la santé mentale.En témoigne cette recherche de Broverman auprès de psychiatres, de psychologues et de travailleurs sociaux américains qui révélait qu'une femme « saine » était à leurs yeux plus émotive, plus soumise, plus vulnérable, qu'un homme « sain » ainsi que moins objective, compétitive et aventureuse que lui.Comme par hasard, les qualités de l'homme sain correspondaient à celles de l'adulte sain.Ça Fait 10 fin-.Qut Je su it Ça m n Court **O.OOo' Pl * .morv PSlCHifiref f ' t rv y ft OHnji icsuû nu*«ii pu te fmt» pou* 1 Htvfn Qu iiT ce if «llift d ftlfiom 1 QUI it m'i f m» «- .lu, ?Quand les femmes arrivent en consultation, elles sont donc aux prises avec un thérapeute qui a d'elles une vision de sous-adulte et qui par surcroît comme le démontre l'ensemble des études faites sur le sujet voit comme suspect tout écart trop manifeste par rapport aux rôles sexuels traditionnels.Dans une société en changement les tensions qui découlent du besoin de se conformer à un rôle font pourtant intrinsèquement partie de leurs problèmes.Mais les thérapeutes, tout comme elles-mêmes, tout comme le reste de la société, persistent à y voir des problèmes « personnels », des maladies de « l'étemel féminin ».«VA TE FAIRE SOIGNERtT'ES En réalité, les femmes vivent des conflits énormes, écartelées entre leurs conditions de vie nouvelles et leur socialisation qui a voulu les femmes, et continue de les vouloir, gentilles, charmantes, tournées vers la vie affective plutôt que vers l'action alors qu'on leur demande maintenant de s'affirmer.Une socialisation qui les prépare d'abord à être des épouses et des mères alors que comme le souligne Louise Guyon, presque 50% des femmes sont maintenant sur le marché du travail, que le maternage occupe une part de plus en plus réduite dans leur vie et qu'un mariage sur trois finit par un divorce.Une socialisation qui les entraine à l'absence du contrôle direct sur leur vie et au besoin de protection, qui leur renvoie une image de second ordre d'elles-mêmes, et qui les prédispose à la peur et à la dépendance.La dépression, « maladie » des femmes, se caractérise par l'apathie, le sentiment d'impuissance etl'autodévalorisation.Ne serait-ce pas, comme le suggère Roxanne Simard, les effets de la socialisation des femmes portés à leur limite ?Socialement les femmes sont actuellement coincées, quoi qu'elles fassent : femmes au foyer, elles jouent isolées, un rôle lourd d'exigences et totalement dévalorise.Femmes au travail, elles jouent au bas de l'échelle, un rôle pour lequel elles ont été mal préparées et assument quotidiennement la double tâche, en craignant comme toutes les autres d'être de mauvaises mères.Car, quels que soient les nouveaux rôles qu'on prétend vouloir leur laisser choisir, les femmes sont d'abord évaluées par les « psy », comme par la société en général, en fonction de leurs qualités de mères et de responsables de la vie affective des leurs.Les femmes, dociles exécutrices des messages sociaux, sont les premières à se croire coupables de tous les problèmes des autres, comme des leurs.Le dernier chapitre du livre, portant sur l'image négative que la société entretient envers les femmes consommatrices de droçues n'est qu'une illustration de plus de 1 image négative globale qu'elle entretient de la féminité.Alcooliques, narco-manes, les femmes sont ostracisées et s'ostracisent elles-mêmes beaucoup plus que les hommes qui vivent les mêmes problèmes.Anges déchus, putains, elles commettent la faute impardonnable de ne plus assumer le service domestique, sexuel, maternel et affectif qui doit faire partie de leur destinée.Le discours sur la santé des femmes et sur leur rôle social est un seul et même discours, va te faire soigner, tes malade a le mérite d'en démontrer la syntaxe et de démontrer l'urgence de revoir de fond en comble la relation d'aide par rapport aux femmes.)fc Nicole Campeau 1/ Louise Guyon, Roxanne Simard, Louise Nadeau VAS TE FAIRE SOIGNER.T'ES MALADE Éditions Stanké, 1981.LA VIE EN ROSE septembre octobre novembre mi 67 les mots croisés HORIZONTALEMENT 1.Désigne ce qui se vit juste avant la vie en rouge.2.Elle roule sa boule en roulotte.3.L'effet des rayons féministes radicaux sur les nouveaux vieux garçons enragés ?4.Ah ! si la Belle au bois dormant en avait eu un au doigt, elle ne se serait pas endormie.— À 60 ans, Violette Leduc, interviewée, disait : « Mon dernier soupir, ce sera le parfum de cette fleur de.».5.Une (a)mante très religieuse débiterait cela en débitant son amant (deux mots).6.Absences de pipi dans la vessie (à l'envers).— Dans la rose des vents.7.Victimes d'une ostina-tion (québécois).VERTICALEMENT 1.Jos Blo croit que les femmes le sont à les servir, lui et ses chums.2.Capitale mondiale de la lutte contre l'avortement.— Ce qu'en 1792, à Paris, la mâle Assemblée répondit à Etta Palm qui réclamait pour les femmes la majc ïté à 21 ans.3.Début d'émancipation.— Morceaux de terrain donnés en pâture aux évêques.4.Virginia Johnson et lui se sont servi des fesses du monde.— Son ironie est aussi connue que celle de Clémence.5.Vieillit mal, fut de plus en plus tarte (s').— Une West.6.Gorgée de notre sang (à l'envers).7.Plante annuelle ou vivace à feuilles piquantes 8.Accompagne la compagnie.— Beaux, ils intéressaient les Rita Leten-dre, les Marcelle Ferron ; ménagers, non.— Suit sigma.9.Les jumelles Dionne le sont l'une après l'autre.— Peinais, faisais de grands efforts.10.La Belle au bois dormant devait trop l'être à son réveil pour dire au charmant prince de la laisser dormir.11.Général sans queue ni tête.— En 1832, Aurore Dupin ne l'est plus ; George Sand l'est maintenant.12.Friedan et Millett n'ont pas besoin d'un père pour l'être (in english).— Ah ! si la Belle au bois dormant en avait eu sous le nez, l'autre, livide, aurait trouvé le lit vide.(cueillies dans le robert).8.Port de mer au nord de Bombay (péché dans le robert).— Prophète juif.9.Il le faut pour convaincre une paire de Jos qu'une femme n'est pas une paire de jos (s') (à l'envers).— Initiales de celle qui joue la Diva.10.Lui ?bouleversé.— J.Y.Desjardins l'est dans sa bêtise.11.Nom de la cote que possède Maia Tchibourda-nidze, 19 ans, championne du monde au jeu d'échecs.— Voyelles qui se suivent et ne se ressemblent pas.— L'aïeule l'a enduré.12.Les hommes le sont à comprendre.— Les talons-aiguilles y seront bientôt relégués ?(pl.).SOLUTION A LA PAGE 71 NOUS ACHETONS VOS LIVRES 842-4989 opuscule LIVRES D'OCCASION 4690 ST-DENIS (angle Gilford, métro Laurier) 68 là vie en rose septembre octobre novembre 19S1 jambettes «surreprésentation des femmes dans les médias» mot mystère FEEDIEUQIN ORHCMRUERRE E F IEREROBALLOCARUSANTEM B I LOMVIOLENC ERIRSREISSO D T LNUITNEMEN NOBAIUJIIDU P C EBIENDINMEVNVPQEEXLIB R E EHTYMI IEER OOAAUNERUOM A L EEEJEESRRU RGMXESLIREF R L CTVOTLSMET EICOULEURIS U 0 NTEUNLENEC EFOETICI L P M 0 C EENRAEVMUE EV RVROSEEOF M E GUENMBEDULOVIEUOTETLI U N IQMAANRVLLRUEHNOBTI I N H I XAELTOEEOE RTAEHTPS L T A U E EMNITRTNRE DACTIONIAIN S P RCTACETOIE IEOERENLUQC F E ERNVNEXOHO FTNDESI LXUE R E MEEARNRTUP FNTITSSUEEU A U ITVRSIOTET IAETUESSSTJ M V REETESSNTS CTTOCRETI EO C E PFRTTI IECE UI I RSDDRTLI H R METVEUOUDE LLMIINCEPOE I T IUUAICLSOC TIOADEERARM S N LPAROLEHEJ EMCLRTNAFNE E E A E L R Abonnement Ecriture Lecture Rare Amante Editorial Lettre Rédaction Amie Enfant Libre Rêves Amour Entrevue Lire Revue Annonce Erreur Liste Rire Avortement Événement Livre Rôle B Exigence Lois Rose Belle F Lutte S Bien Féminisme M Santé Bonheur Fêter Maquette Sexisme c Filet Mère Sexualité Chronique Fille Finance Militante Suer Collaborer Mot T Collectif Franchise Foin Folie Musique Telle Comité Mythe Tendresse Complicité N Tête Conte H Nerf Texte Couleur Humour Nier Théâtre Cuisine 1 Nuit Tordu D Idée p Tout Désir Illustrer Page Travail Dessin Imprimer Parole Trêve Difficulté J Peine V Dire Jeux Peur Vie Discuter Joie Photo Violence Dossier Jouissance Politique Voir Dur Journal Pouvoir Volonté Francine Lévesque A LA PAGE 71 NDLR: RECHERCHES SUR LE CANCER DU SEIN Dans le numéro de juin de la vie en rose, l'article sur la Valium et le cancer du sein déplorait le fait qu'il y avait peu de recherches qui s'effectuaient au niveau du cancer du sein, à l'Institut du cancer de Montréal en particulier.Nous avons appris depuis que l'Institut du cancer de Montréal a entrepris, au début de juin 81, une étude sur le cancer du sein dont le but est l'évaluation des différentes méthodes de dépistage présentement en vigueur : l'auto-examen, l'examen physique et l'examen physique doublé d'une mammographie.Cette étude, subventionnée par l'Institut national du cancer du Canada, Santé et Bien-Etre social Canada, la Société canadienne du cancer et les Ministères des affaires sociales de l'Ontario et du Québec, sera d'envergure nationale et se déroulera simultanément dans plusieurs centres à travers le Canada.100,000 femmes entre 40 et 59 ans seront suivies pendant 5 ans.EXPOSITIONS CONFÉRENCES TOMBOLAS PIQUE-NIQUES BALS MASQUÉS La Vie en Rose veut créer un calendrier d'événements concernant la culture des femmes.Si vous désirez annoncer dans le prochain numéro (SEPT./OCT./NOV), faites parvenir l'information avant le 20 juin à l'adresse suivante : calendrier la vie en rose 3963, St-Denis, Montréal Québec H2W 2M4 1-514-843-8366 70 la vie es rose septembre octobre novembre mi un nouveau film québécois DEPUIS QUE LE MONDE EST MONDE Un film de Sylvie Van Brabant, Serge Giguère et Louise Dugal L'hôpital et la chaise de fibre de verre ou plutôt son propre lit avec des sages-femmes.Comment des femmes vivent une grossesse et un accouchement au Québec en 1981.Distribué par Les films du Crépuscule Inf.: (514) 849-2477 tes petites annonces Wanted Sommes à la recherche d'une vérité ; y aurait-il quelque part une ligne juste qui traine, juste pour nous ?Même les féministes ne nous prennent pas au sérieux, et nous ne sommes pas tous prêts à émigrer au Nicaragua.En Lutte, section 123, Ahuntsic.Reçus, a La vie en rose, ces mots : _ signés : gimi (Geste Immédiat de Macho Inquiet ?).Sommes à la recherche de l'envoyeur.Reconnaissez-vous cette écriture n Si oui, écrivez-nous.C'est votre chum ou votre frère?Nous ne seront pas discrètes.L\R Commentaires Vous pensiez qu'après 7 mois de grève, mes problèmes d'oreille et de fil seraient réglés ?Eh bien non, je fais toujours semblant de comprendre ce qui se passe.Et maintenant, directement d'Oshawa, voici Jean-Claude Polycrain.Celait Bernard, de Rome 11 juin : Enfin, le Devoir reprend ! Je commençais à surir par le dedans.Et, pire, à me refaire des amis.N.Petrowskt En tout cas, si c'était juste de nous autres, y aurait pas de programme d'éducation sexuelle dans les écoles, pas de russes en Afghanistan, Claude Dubois resterait en prison à vie.c'est bon pour lui.et les sauvages de Restigouche apprendraient à vivre.Après tout, c'est pas eux autres qui ont découvert le Canada.Jean-Guy Dubuc.Marcel Adent, Guy Corné.Johnny Pellerini et Vincent Pince, ôiéme page, a droite.La Presse.Vive le droit du public a l'information, l'objectivité journalistique, le cinema canadien en général, Gilles Carie et le Tax shelter en particulier, sans oublier les droits d'auteur, le Château Frontenac, la Cie Voyageur.et Vive le Canada.En ce beau 1 juillet, c'était mon Credo du pnvtawdu dirigeant Roger « Coeur a gauche » Lemelin alias Théophile Plouffe Quant aux plouffe (le film), malgré la faiblesse du scénario, les caricatures que sont les personnages féminins, en particulier Rita Toulouse, le peu d'originalité du traitement cinématographique, la rédaction tient à signaler que Gabriel Arcand, en homme qui pleure, est un maudit bon acteur.Nous tenons à rectifier : le prix Déméritas avait d'abord été attribué à Guy Fournier, grand chroniqueur québécois des perspectives misogynes.À cause des fonctions éminemment politiques occupées par monsieur Foumier, il a dû refuser le prix, et nous l'avons accordé par défaut à Monsieur Net.Claire Bonenfanl, présidente du Conseil du statut de la femme Comme toutes les féministes, vous, à La Vie en rose, vous croyez que les hommes sont tous obsédés, dans leur culture par l'image du phallus, et dans leur sexualité par la primauté du pénis.C'est faux ; d'autres, comme moi, ont renoncé depuis quelques années à l'ambiguïté de l'orgasme penisien pour mieux explorer l'orgasme testiculaire, vulgairement appelé couillon.Reconnaissez leur courage, il en faut pour être couillon.Un chercheur isole Cher Pierre Bourgault tu n'as pas changé depuis que nous écrivions ensemble, ou plutôt depuis que tu écrivais dans nous cette chronique un peu porno que je signais.Car n'est-ce pas toi que j'ai vu traverser la ligne de piquetage des chargé-e-s de cours de l'UQAM, au printemps dernier ?Faux frere, va ! Chantai Bissonnetle avenir Avis : Inscription aux cours d'automne — cégep de Trois Rivières Philosophie 233 : Thomisme et anti-feminisme : les voies de la raison.Professeur : Denis Gouin.philosophe Cette saison, à Terre Humide, voyez Elisabeth, la jeune veuve du fils Jacquemin se recycler dans l'amour des bétes.Pendant ce temps, le père, Antoine (Guy Provost) découvrira les miches rebondies de sa belle-fille boulangère, sous le regard attendri de Tante Mathou et de Loup-Garou enfariné, lui-même séduit par la verdeur du grand-père (Jean Duceppe).A ne pas manquer, l'évolution d'une belle famille de chez nous ! Mia Ridaise « Sort humain, on aura pus le monopole d'Ia crasse humaine ! » Y'elmille Loby Bick, alias Tractor Levis Belville.pour Crasse de Monde.Il y a quelque temps, au célèbre hippodrome d'Ascott (England), avait lieu publiquement la saillie tant attendue, de « Prince Charles », pur-sang royal au pedigree impressionnant champion du titre, et de « Lady Diana », superbe jument palomino, déjà gagnante des éliminatoires européennes.Le fruit de cet accouplement royal sera la propriété de la famille Windsor, de Buckingham (England).Andre >' Blue Bonnets •> Trudelle Vous étiez tannée des Tannants ?Rassurez-vous, avec f'ARTiSHOW, Tele-Metropole ne tombera pas dans la même facilité, grâce a ses trois prestigieux animateurs : Pierre Oh-la-la-londe, Daniel Swing Hétu et Femand Donnez-moi des roses Gignac.Reservez dès maintenant vos places d'autobus.Et n'oubliez pas vos tartes à la crème ! Toute la ville en parlera.Edward Remy D'hiver Ce soir, au menu «Chez Alphonse », rue Metallic.Ste-Anne-de-Restigouche.Filets de saumon territorial sur nid de pulpe de bois « à la Con sol.» servis par 30 indiens chauves sans permis et 10 indiennes sans statut.Invité d'honneur : René Lévesque.Le personnel de la Sûreté du Québec est prié de laisser les chiens et les autos à l'entrée de la réserve.Miroirs et alcool gratuits.Droits aborigènes vendus sur place.Oh ben Anus artificiel.Modèle Fiat Stronsita de l'année, à double embrayage et consommation minimale, à vendre pour cause de rejet Très peu servi.Béni de St-Office.Écrire à J.P.Deux, 1, piazza San Pietro, Roma, Italia.Achetez Jean Lavieillesse, notre nouvelle marque de café décaféiné, celui qui ne vous empêchera pas de dormir.Au contraire.Max Wellhouse Histoires vrajes(?) Chroniqueuse de petites annonces assommée par la canicule cherche sujets de blague et bons mots à double ou à triple sens, qui ne soient pas cependant du sous-CROC.Autrement dit : comment échap per aux modèles masculins ?Repondre à LVR.En attendant voici des vraies histoires, impossibles à inventer (?), tirées de Nouvelles Illustrées, semaine du 11 juillet.Test : Savez-vous faire l'éducation sexuelle de votre mari ?Apprenez-lui à faire de vous une femme heureuse, sans toutefois trop le brutaliser, car son âme d'enfant pourrait être blessée et ce serait malheureux.« Je recommande •• kilo-prive » pour maigrir facilement et un usage Quotidien de Télé-Métropole pour rajeunir à toute allure.Venez tous les jours retomber en enfance avec Votre amibe Suzanne (Lapointt) » « La timidité : pourquoi doit-on s'en guérir?On a vu des timides se comporter d'une façon inimaginable.Certains ont commis des meurtres en série.La timidité peut aussi conduire a l'alcoolisme.Quant a la sexualité, beaucoup de personnes timides préfèrent l'oublier plutôt que d'avoir à subir des crises d'anxiété.» Apprenez a guérir votre timidité, écrivez-moi, Real Giguere _^^^^ 72 LA VIE EN ROSE septembre octobre novembre 1981 'A Voccasion du retour à l'école les librairies classic sont heureuses de vous m3fJé!"i>*' ^ - - » m —- ¦ les plus importants a PRIX réduits: IL^t "LE PETIT LAROUSSE" 1981 PRIX COURANT $32.00 PRIX CLASSIC $27.95 "LE ROBERT" (noms communs) PRIX COURANT $49.95 PRIX CLASSIC $45.95 'DICTIONNAIRE DES SYNONYMES ET ANTONYMES" de Dupuis Edit.Fides PRIX COURANT $15.95 PRIX CLASSIC $13.50 "MICRO ROBERT" poche (2 vols.) 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