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Titre :
La vie en rose
La Vie en rose jette un regard féministe sur l'actualité politique, sociale et culturelle, sur un ton critique et avec humour. [...]

Publiée à Montréal de 1980 à 1987, La Vie en rose est, pendant cette période, le principal magazine féministe québécois. Le premier numéro, sous-titré « magazine féministe d'actualité » et dirigé par un collectif de six femmes, paraît au printemps 1980, encarté dans la revue contestataire Le Temps fou. Autonome dès le cinquième numéro, La Vie en rose est publiée trois fois l'an jusqu'en 1984, puis huit fois l'an jusqu'en 1986, où elle devient une publication mensuelle.

S'éloignant du militantisme « pur et dur » des revues des années 1970, La Vie en rose propose, pour contrer le discours ambiant post-féministe et justifier sa pertinence et son combat, de repenser, de renouveler et de redéployer le féminisme. Pour ce faire, La Vie en rose donne au féminisme une image enjouée, évite le dogmatisme et favorise une variété de perspectives. Cette volonté de rassemblement des féministes permet une ouverture intergénérationnelle et encourage la réflexion.

Le magazine jette un regard féministe sur l'actualité politique, sociale et culturelle, sans s'aligner explicitement sur un parti ou une idéologie politique. Les thèmes abordés ne sont par ailleurs pas étrangers aux enjeux féministes : les articles traitent presque exclusivement de sujets intimement liés à la condition des femmes dans la société contemporaine. Revue indépendante, La Vie en rose tient mordicus à l'autonomie, qu'elle revendique aussi sous toutes ses formes pour les femmes québécoises.

Outre les rubriques récurrentes (l'éditorial, le courrier, les comptes rendus de films, de livres et de pièces de théâtre), le magazine propose des dossiers spéciaux qui abordent des sujets comme le travail, la langue, le pouvoir, le syndicalisme ou les lois. La Vie en rose explore parfois des questions difficiles, voire litigieuses, telles la religion, la prostitution, la pornographie et les maladies transmissibles sexuellement. Des entrevues de fond, avec des personnalités d'ici et d'ailleurs (Clémence DesRochers, Lise Payette, Diane Dufresne, Simone de Beauvoir, Christiane Rochefort et plusieurs autres), sont aussi publiées régulièrement.

Une des caractéristiques importantes du magazine est l'espace qu'il accorde à l'humour. Les caricatures et les textes ironiques en sont partie intégrante, de même que les célèbres « chroniques délinquantes » d'Hélène Pedneault (réunies ultérieurement en recueil), très appréciées du lectorat. La Vie en rose fait également une grande place à la littérature et encourage ouvertement la « relève »; elle publie le nombre impressionnant de 58 récits de fiction au fil de ses 50 parutions. Certains numéros contiennent des nouvelles portant sur un thème suggéré par la revue, alors que d'autres rassemblent des textes d'un même genre (le roman policier, par exemple), que l'équipe de La Vie en rose cherche à ouvrir à une redéfinition en vertu de paramètres féministes.

D'abord tiré sur papier journal et illustré de dessins et de photos en noir et blanc, le magazine adopte, dans son numéro de juillet 1983, un graphisme semblable à celui des revues à grand tirage et est imprimé sur papier glacé. De 10 000 exemplaires en 1981, son tirage moyen atteint ensuite près de 20 000 exemplaires par numéro.

Une combinaison de plusieurs facteurs, dont des difficultés financières dues aux abonnements insuffisants et un certain essoufflement de l'équipe d'origine, forcent La Vie en rose à tirer sa révérence au printemps 1987. Cette revue demeure encore aujourd'hui parmi les plus importantes de la presse alternative québécoise.

BERGERON, Marie-Andrée, « La Vie en rose (1980-1987) - Construction rhétorique d'un leadership », Globe - Revue internationale d'études québécoises, vol. 14, no

DES RIVIÈRES, Marie-José, « La Vie en rose (1980-1987) - Un magazine féministe haut en couleur », Recherches féministes, vol. 8 no

Éditeur :
  • Montréal :Productions des années 80,1980-1987
Contenu spécifique :
février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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Références

La vie en rose, 1985, Collections de BAnQ.

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DEPUIS 1840 Futonia la compagnie de futon qui appartient à des femmes est gérée par des femmes emploie des femmes.370A Duluth Est, Montréal 843-4739 220 Laurier Ouest, Montréal éditorial Quinze ans plus tard La mort de l'indépendance as de libération des femmes sans libération du Québec, pas de libération du Québec sans libération des femmes».Rappeler que c'est en ces termes que le mouvement des femmes au Québec a pris son envol en 1970.c'est susciter plus d'un sourire, et plus d'un regard sceptique.Car ce mariage du féminisme avec le nationalisme québécois (le marxisme complétant l'éternel triangle) n'aura guère duré La rupture était sans doute nécessaire : des trois priorités de l'époque -indépendance, lutte des classes, lutte des femmes - la dernière s'avère aujourd'hui la plus populaire.Mais, malgré toutes les distances prises face au Parti québécois, le débat sur l'indépendance ne nous a pas laissées indifférentes.Je me souviens d'une réunion prérèférendaire et passionnée d'une trentaine de militantes féministes Je me souviens surtout du 20 mai 1980 : massées devant les télés couleurs de nos amies, notre qualité d'attention et notre fébrilité valaient bien celles des «sportifs» devant les finales de hockey.Aujourd'hui, face à la «crise du PQ», où est passée notre fébrilité 7 Comme les tra-vailleuses-eurs syndiqué-e-s, les sans-emplois, les jeunes, nous avons déchanté Et puis, nous avons tellement d'autres chats à fouetter ' Par ailleurs, dans cette scission assez brutale entre les modérés et les orthodoxes, comment ne pas voir une leçon pour tout mouvement dit progressiste 7 La méprise des «orthodoxes» En décembre, une partie de l'opinion publique opposait «l'opportunisme» de par Francine Pelletier René Lévesque à la «dignité» des ministres et députés démissionnaires, à leur «fidélité» aux principes.Les médias décrivaient le rapport de force entre les deux factions et supputaient la création d'un nouveau parti indépendantiste Mais qui relevait le fait que les orthodoxes avaient l'air ridicule à faire ainsi de grandes sorties au nom d'un idéal, l'indépendance, qui n'est plus répandu 7 Pour peu qu'on ait les oreilles et les yeux ouverts, il est clair qu'une minorité de Québécois-e-s seulement veulent aujourd'hui entendre ce discours.Or.même si René Lévesque semble de plus en plus détraqué (rappelez-vous ses propos incohérents d'avant Noël, au Point, devant Brian Mulroney.à l'Assemblée nationale) et que ses méthodes de «négociation» sont discutables, il a eu raison sur ce point.Cela ne veut pas dire que nous voudrons encore de lui, ou d'un nouveau parti indépendantiste, aux prochaines élections.Lévesque ne nous intéresse plus, moins parce qu'il courtise effrontément Ottawa ces temps-ci que parce qu'il n'a pas su répondre, depuis neuf ans.aux principales revendications des femmes (et des autres) qui l'ont porté au pouvoir.Parce qu'ils sont tellement passés à côté de la réalité, les Parizeau.Laurin.et autres «nouveaux» indépendantistes ne nous passionnent pas davantage.Car le règne du PQ sa dernière crise en particulier, auront mis en évidence ce dont les féministes se doutaient depuis 15 ans : un rêve n'est pas nécessairement garant de justice, indépendance et socialisme (ou social-démocratie) ne vont pas forcément de pair En principe, féminisme, socialisme et même indépendance devraient faire bon ménage.Mais comme il y a loin du rêve à la réalité, les ruptures se sont, dans les faits, succédé.Pourquoi 7 Le rêve nationaliste D'abord, le nationalisme, le mouvement le plus enraciné au Québec, n'est pas automatiquement progressiste, inutile d'évoquer Duplessis pour le savoir Mais c'est aussi le plus vieux rêve du Québec.En novembre 1976.pour quoi votions-nous, progressistes de tout acabit, sinon pour cet idéal nationaliste, rebaptisé et revampé 7 Les féministes, par exemple : nous ne pouvions pas dire, à l'instar des syndicats, que «le PQ était de not' bord» Nous avons quand même voté pour le PQ et quatre ans plus tard, alors que la social-démocratie devenait de la bouillie pour les chats, nous avons majoritairement voté oui au référendum.Et puis ça s'est airêté là On dira que l'échec du référendum nous a démobilisées, mais ce moment historique n'a-t-il pas agi plutôt comme l'assouvissement final 7.Après la Crise d'octobre, après l'élection du PQ.après la Loi 101, après toutes les querelles Ottawa-Québec.?Comme si nous en avions assez fait au nom d'un idéal nationaliste un peu vide, un peu suranné aussi.Aujourd'hui le monde entier est en crise et en train de se restructurer L'aisance des pays industrialisés dépend de plus en plus des pays du Tiers-Monde qui sont tous de petits volcans en puissance.ou en imiption : Amérique centrale.Ethiopie.Inde Qu'est-ce que l'indépendance du Québec, en comparaison 7 Un socialisme revu et corrigé Un Québec socialiste aurait pu.par conne.nous être utile à un moment pareil.Mais comment le savoir vraiment 7 Suite à la page 1 9 février 1985 5 LA VIE EN ROSE Courrier Bonne année ! À toute l'équipe de LVR.une année 1985 qui ne soit pas morose, un cinquième anniversaire qui soit riche ($$$) de toutes les manières.Je vous souhaite de garder le sourire même si plusieurs voudraient nous, vous voir mourir 1985 ne sera pas la fin d'une décennie, ce sera le début d'une grande folie Je vous embrasse.Louise Desmarais Mes tantes de 200 livres Madame Pedneault, énervez-vous pas ! Vous êtes pas la première ni la dernière à prendre létau-bus pour voyager surtout si ça vous prend 17 heures pour faire le trajet Havre-Saint-Pierre/Montréal-terminus.Nous autres sur la Côte on est bien endurants.Mais moi je le suis moins quand vous dites que les hommes, ils prennent trop de place dans les étau-bus parce qu'ils se pensent plus gros et plus importants que les pauvres voyageuses.C'est vrai que les évêques portent la soutane parce qu'ils pensent qu'ils ont quelque chose de précieux à cacher.Mais c'est vrai aussi que mes tantes de 200 livres et leurs fourrures, avec leur «sent-bon» et leur «ma-tante-Sophie-est-en-ville», elles étaient pas mal dures à endurer.Surtout quand on était huit dans le char et qu'on faisait dix heures de route pour aller réveillonner de l'autre bord du fleuve ! Pis nous-autres.les ti-gars.on n'avait aucune idée que c'était par oppression - pour se venger - qu'elles exhalaient ainsi leur condition féminine et matriarcale.Coudonc.on n'était pas politisés, dans ce temps-là 1 Écoutez, ça c'est comme le partage des «couvartes» dans le «litte».Quand on est pas capable de s'endurer, on fait chambre à part ou bien on prend l'avion pour aller au Saguenay ! Louis Garneau Sept-Îles PS.: On vous aime ben pareil ! A utre son de cloche J'étais heureuse de trouver dans le numéro de septembre un autre «son de cloche» sur les femmes et l'Église.C'était un dossier traité de façon intelligente, avec une page couverture très drôle 1 Daniéle Bordeleau Montréal oe souvenir de tout Nous appuyons inconditionnellement le geste qu'on posé les Consoeurs du souvenir, le 11 novembre dernier.11 faudrait qu'on se souvienne de tout le 1 1 novembre Depuis longtemps, on se souvient des anciens combattants et de leurs familles éprouvées.Nous voulons inscrire les femmes dans l'histoire parce qu'elles ont eu leur large part de souffrance et qu'on a tendance à vouloir l'étouffer La Collective de Viol Secours Québec /féministe ou à succès ?Pour être différentes, «il s'agit de faire ce que les autres magazines font moins : un contenu rédactionnel qui a de la profondeur, une information d'après le point de vue des femmes et qui suit de près les luttes féministes», disaient Ariane Émond et Françoise Guénette dans Le Devoir du 27/10/84, sous le titre La Vie en rose, un magazine féministe à succès.Ce sont justement ces orientations journalistiques et féministes que nous voulons questionner.Le 6 juillet 1984.paraissait, en première page de La Presse, la nouvelle de la pétition du Collectif pour la liberté des femmes, annonçant publiquement le retrait des femmes de l'Église catholique en signe de contestation.(.) Nous avons donné de nombreuses entrevues à des médias écrits et électroniques du Québec, du Canada et des États-Unis, participé à des lignes ouvertes, etc.Cette presse couvrait abondamment notre action, parfois bien, parfois superficiellement, et quelquefois très mal.La Vie en rose.bien que présente aussi à nos conférences de presse, n'a su que mentionner l'action.Nous aurions cru que cette revue, compte tenu de sa définition, couvrirait et analyserait davantage ce geste politique issu de groupes féministes.D'autant plus qu'un dossier allait être consacré à la question religieuse.Nous avons été déçues de ce dossier (septembre 1984) qui ne traduisait pas la pluralité de nos actions, et de l'absence dune analyse du religieux qui aurait contribué à cerner la cohérence des actions de contestation entreprises par les femmes lors de la visite du pape au Québec.Trop souvent, le sens de nos actions est occulté par un ensemble de motifs politiques, mais de savoir que notre «seule revue d'actualité féministe», donc dune certaine façon une partie de notre mémoire collective, ne les retient pas.nous apparaît incompréhensible.Comment se fait-il que vous ayez effleuré cet événement de l'actualité féministe ?Et vous qui voulez «susciter des débats», pourquoi ne pas vous être sérieusement préoccupées, par une analyse de fond, du débat suscité au sein même des féministes et des femmes de tous les milieux, par notre geste de dénonciation radicale et/ou de retrait de l'Église catholique ?Caroline Larue et Louise Bouchard Collectif pour la liberté des femmes PS.: Il nous arrive de lire des articles dont le contenu est profond, du point de vue des femmes, dans d'autres revues «pour femmes».Z/homme à son meilleur ?Je vous écris car j'ai lu un article dans la revue Au Masculin qui m'a particulièrement choquée.Décidément, nous sommes bien loin d'être débarrassées des misogynes ! L'article s'intitule «À l'ombre des jeunes filles en fleur», de Jacques Cimen : il méprise tout simplement les femmes et les groupes de femmes Sur la couverture de cette revue, il est inscrit : «L'homme à son meilleur» 1 Eh bien, si c'est comme cela, moi je préfère vivre sans hommes ! Par chance, il y a La Vie en rose, une revue qui parle des femmes en connaissance de cause.Merci à vous toutes qui nous inspirez.Chantal D.longueuil J Z)ébosselage sexiste (À l'Atelier de débosselage.Longueuil) Monsieur, l'indignation qu'a provoquée auprès de notre mouvement la parution de votre annonce publicitaire nous oblige à la dénoncer.Nous exigeons que cette publicité soit retirée de la circulation, car elle est néfaste auprès de la gent féminine et de toute la population.Jeanne King Louis Borges Denyse Thivierge Le Comité de la condition féminine du C.L.S.C.Longueuil ouest février 1985 7 LA VIE EN ROSE femmes professionnelles i ïtt Ponzeau.De Lagrave et Croteau Avocats & Procureurs Hamsters 81 Solicitors Nathalie Croteau Carole De Lagrave ACCEPTONS LES MANDATS D'AIDE-JURIDIQUE 4017A rue Notre Dame ouest Montreal (Quebec! HdC 1R3 Tel (514) 937-9326 Grenier & Leduc avocats lise leduc avocate 4213 ouest, rue St-lacques Montréal, Québec, Canada H4C 1)5 Metro Place St-Henn (5141 935-6839 ETUDE JURIDIQUE À MAJORITÉ FÉMININE Unterberg Labelle Jenneau Dessureault et associés 1980 ouest Sherbrooke suite 700 Montréal H3H 1E8 934-0841 Paul Unterberg Lise Labelle Michèle Jenneau Hélène Dessureault François Lebeau Louise Rolland Lina Desbiens AVOCATS Bon émier, [ferrie, |_dmarche 822, rue Mont-Royal est Montreal H2J 1X1 Me Hélène Bohemier Me Suzanne Dame Me Lucie Lamarche Avocates 526-9164 - .4*.5 Offrez-le en cadeau.Un outil de references.¦ Un repertoire unique de ressources.Un guide pratique de services et produits.— Vente en kiosque dès le 8 décembre 3,25 $ (514) 845-4281 376.rue Sherbrooke Esl Montreal H2X1E6 .• t—r m V.« p.¦y- il i i v ¦¦•;«•; *: '¦¦> • i »¦ -.i •r>< ¦îflfï ! V ÉQUIPE Dt DIRECTION : Ariane Emond.Françoise Guénette.Claude Krynski.Louise Legault.Lise Moisan, Francine Pelletier • REDACTION : Françoise Guénette.Francine Pelletier • ADMINISTRATION: Louise Legault • PROMOTION Ariane Emond • SECRÉTARIAT: Andrée-Anne Delisle • DIRECTION ARTISTIQUE : Sylvie Laurendeau • COLLABORATION Anne-Marie Alonzo, Carole Beaulieu.Ghila Benesty-Sroka.Isabelle Brabant.Gloria Escomel.Josette Giguère.Lise Julien.Monique Langlois.Claire Lapointe.Magall Marc.Hélène Pedneault.Diane Poitras.Denise Proulx.Hélène Roy.Diane Tremblay.Marie-Claude Trèpanier.Nathalie Watteyne • ILLUSTRATION Marie-Josée Chagnon.Suzanne Côté.Anne Mclsaai • PHOTOGRAPHIE Marik Boudreau.Ginette Clément.Denise Coutu.Suzanne Girard • MAQUETTE: Diane Blain.Marie-Josée Chagnon.Sylvie Laurendeau.Luce Venne-Forcione (publicité) • CORRECTION D'ÉPREUVES : Suzanne Bergeron.Louise Malette • COMPOSITION : Concept Mèdiatexte Inc.• PELLICULAGE : Dupligraphix • IMPRESSION Imprimerie Canadienne Gazette Inc • DISTRIBUTION : Les Distributeurs associés du Quèbec(DAQ).tel : 645-8754.extérieur I 800-361-4550 • PUBLICITÉ: Claude Krynski 843 7226 • ABONNEMENT I an.10 numéros 19 î.2 ans.20 numéros 33$.3 ans.30 numéros 45$ Tarif international par voie de surface : 30$.par avion 44$ Marie France Poirier 843-8366 • LA VIE FN ROSE est subventionnée par le Conseil des arts du Canada et par le ministère des Affaires culturelles du Québec LA VIE EN ROSE est publiée par les Productions des années 80.corporation sans but lucratif On peul nous joindre de 9 h 30 à 17 h au 3963.rue Saint-Denis.Montréal.H2W 2M4.ou en téléphonant : (514) 843-8366 ou 843-7226 Copyright 1984- LA VIE EN ROSE.Tous droits de reproduction et d'adaptation réserves Dépôt légal Bibliothèques nationales du Quebec et du Canada ISSN-0228-5479 Indexée dans Radar el membre de l'Association des éditeurs de périodiques culturels québécois Courrier de deuxième classe : 5188 Commission paritaire 4 067 CDN Communiqués ' D è l'argent contre la violence Depuis cinq ans, le Mouvement contre le viol offre des services de counselling aux femmes victimes de violence, viol, inceste, agression, ainsi que des services d'éducation publique par l'animation d'ateliers dans les milieux scolaires et socio-communautaires.Nous avons besoin de l'appui financier de toutes et de tous pour continuer d'offrir ces services essentiels à toutes les femmes Vous pouvez faire parvenir vos dons au Mouvement contre le viol CP 391.Succursale Delonmier.Montréal (Québec) H2H 2N7 SVP indiquez si vous désirez un reçu pour fins dimpôt Informations (514) 526-79 72 ou 526-2460 , Une première régionale Le Centre de santé des femmes de Lanaudière vous offre un calendrier tout à fait original afin de financer ses activités.Illustré de 12 dessins de femmes artistes de la région, il offre de l'information sur l'anatomie, la physiologie, le cycle menstruel, ainsi que l'histoire de la médecine Coût : 5$ plus les frais de transport Commandes^ Le Centre de santé des femmes de Lanaudière.598.rue Saint- Viateur Joliette (Quebec) J6E 3B6.(514) 755-7/5/ et 17 h Le nombre de participantes est limité Animatrices Suzanne Bartolini et Diane Duguay Lavandière nicaraguayenne Bri T.année de votre déprime ?Le Centre de santé des femmes de Montréal offre un atelier sur la santé mentale, portant sur la dépression.Contenu en douze rencontres, divers thèmes tels : la perception que nous avons de nous-mêmes versus celle que la société nous renvoie, les conséquences d'une telle perception, notre manière de transiger avec notre sensibilité et notre lucidité de même que l'expression de nos colères, de nos frustrations, de nos intolérances et de nos forces.Pour qui pour toutes les femmes intéressées.Où au Centre de santé des femmes.16.boul.Saint-Joseph Est, Montréal Quand les mardis soirs, du 26 février au 14 mai 1985.Coût 120$ pour les douze rencontres.Un versement de 60$ est exigé à la première rencontre.Inscription par téléphone, en appelant au Centre de santé (514) 842-8903.ou en s'y présentant du lundi au vendredi entre 9 h et 12 h.13 h 30 rigades Québec-Nicaragua Vous aimeriez faire quelque chose pour le Nicaragua ?Vous aimeriez même vous y rendre ?Les Brigades Québec-Nicaragua recherchent des volontaires pour un projet de garderie dans le sud-ouest du Nicaragua, qui débuterait ce printemps La collaboration au projet consistera en l'aménagement des lieux, la conception et la réalisation du matériel pédagogique, la formation des responsables et l'aménagement du dispensaire médical.Chaque brigade (il y en aura trois) sera composée de six à dix personnes, spécialisées et non ** spécialisées.Exigences: être disponible pour un séjour de trois à quatre semaines ; pouvoir défrayer le coût du séjour (1 400 $) ; avoir des connaissances en aménagement des lieux, en éducation, en soins infirmiers ou en administration Si vous êtes intèressé-e-s.téléphonez ou envoyez vos feuilles d'inscription à : Comité Québec-Aménque centrale, a/s Carrefour Tiers-Monde 454.rue Caron.Québec GIK 8KB tel (418) 647-5856 Ou encore à Solidarité Québec-Amérique latine 5575 boul Saint-Laurent suite 406 Montréal H2X 277.tel (514) 842-2463 *^A/ouvelles publications féministes Le comité des femmes de la Fédération nationale des enseignants et enseignantes du Québec (FNEEQ) publie désormais Réseau Femmes - premier bulletin à être distribué uniquement aux femmes au sein de la CSN.Publié aux deux mois et tiré à 3 000 exemplaires.Réseau Femmes concrétise «le voeu de plusieurs militantes d'avoir un instrument bien à elles», en plus de répondre au «besoin de multiplier et de renforcer les liens de solidarité avec d'autres femmes».Dans son premier numéro (sept.-oct.84).Réseau Femmes fait état de l'enquête entreprise par le comité femmes sur la condition des enseignantes.À lire Et à Québec, c'est le «début d'une aventure» : une publication d'orientation féministe et socialiste intitulée Marie-Géographie.«Marie pour femmes et Géographie pour notre rapport au monde», disent les éditrices : «Nos objectifs de travail sont de contribuer au dècloisonnement des luttes et des analyses des groupes de femmes, ainsi que du féminisme et du socialisme.De favoriser l'échange entre les groupes de femmes et les groupes en lutte pour transformer la société.Et enfin de faire des liens entre les conditions de vie et le travail des femmes Tout cela se veut à l'image du bouillonnement que connaît la région de Québec, avec les hauts et les creux de vague de nos démarches et de nos vicoires.» Publié trois fois l'an, le premier numéro (sept.84) est présentement disponible.Écrivez à Marie-Géographie CP 3095.Suce Saint-Roch.Québec GIK 6X9 Ou abonnez-vous ' Coût 2.50$ le numéro 6.00$ Tabonnement (3 numéros).12.00$ Tabonnement de soutien es Québécoises et l'érotisme Nous, aux Éditions de la Pleine lune, sommes intéressées à recevoir vos nouvelles, en vue de la publication d'un recueil.Un seul thème : l'érotisme.Et toutes les audaces vous sont permises.Une seule contrainte : un texte dactylographié à double interligne, à nous faire parvenir d'ici le 1" juin 1985.(La maison ne s'engage d'aucune façon à publier toutes les nouvelles reçues ni à renvoyer les nouvelles non retenues.) Les Éditions de la Pleine lune.CP 188.Succursale Delonmier.Montréal (Quebec) H2H 2N6 février 1985 9 LA VIE EN ROSE -Commentaire- La Femme publique De l'art ou de la porno?Avez-vous vu La Femme publique, le film d'Andrzej Zulawski avec Valérie Kaprisky?Acclamé à Paris, refusé à Cannes, à la fois hué et applaudi à Montréal, c'est un sujet controversé.En octobre, deux collaboratrices, Josette Giquère et Isabelle Tréma, dénonçaient « les fantasmes de violeur », l'image d'une « héroïne victimisée », « tout l'arsenal des films porno » qu'elles avaient vus dans le film, et surtout sa violence gratuite.Parce qu'ils soulevaient la délicate question de la porno, ces « flashes » ont à leur tour suscité des commentaires.Au nom de l'art ou.de la réalité, deux lectrices défendent le film.Valérie Kaprisky endant longtemps, je n'ai su quoi penser de la bataille contre la pornographie.Petit à petit, en lisant LVR et en portant plus d'attention, j'avais réussi à me convaincre du bien-fondé de la position féministe.Mes dernières objections (la liberté d'expression brimée, le retour dange- reux à une morale rigoriste par la censure, etc.) étaient tombées devant l'affirmation qu'une loi vraiment précise et surtout (pour une fois) intelligemment composée par des femmes ne pourrait pas être mal interprétée par les censeurs éventuels et donner lieu à une répression de l'art, y compris l'érotisme.Malheureusement, votre critique de La Femme publique m'a fait douter de cet idéal.Si une féministe évoluée et à l'esprit ouvert comme madame Tréma, une personne au courant, donc, de la bataille contre la pornographie, peut qualifier ce film de pornographique et en faire une critique aussi peu nuancée, je me demande comment les fonctionnaires de la cen- sure (qui.on le sait, ne brillent pas toujours par leur subtilité) pourraient, eux, préserver l'art et l'érotisme en interdisant la pornographie.Sans que j'aie particulièrement apprécié ce film, il me semble avoir sa place sur nos écrans de cinéma.Or étiquetter un film de «pornographique» reviendrait à le faire interdire.On peut ne pas aimer l'image de la femme présentée, mais il me semble inconcevable de classer La Femme publique comme film porno II s'agit bien là d'art (art masculin et opposé à l'idéologie féministe, soit, mais art tout de même) et non d'un quelconque film X.Toujours bien à vous.4^-/" Pascale Des Rosiers es «fantasmes de violeur» ?Un film est toujours la projection des fantasmes de son auteur.C'est vrai de Woody Allen et de Fellini, et je les apprécie encore II est vrai aussi que les fantasmes d'un auteur masculin sont différents de ceux d'une femme Ce sont des évidences à con- sidérer dans l'appréciation d'un film, mais moi je n'ai pas vu de fantasmes de violeur dans La Femme publique Vous qualifiez ce film de pornographique C'est discutable La violence en soi n'est pas porno, c'est l'utilisation qu'on en fait qui peut le devenir.Or la violence de ce film n'est pas gratuite.Elle fait partie de la vision du monde de l'auteur, peut-être dure et pessimiste mais selon moi fondée.Le sexe, ensuite.Comme la violence, ce n'est pas porno en soi.au contraire.Le contexte de certaines scènes d'amour physique est révoltant mais pas porno.D'autres scènes sont très belles Le voyeur est plutôt pitoyable, et quant au fait que des femmes gagnent leur vie en montrant leur cul c'est la réalité.Ce n'est pas en le niant qu'on y changera quelque chose «Perversité hétérosexuelle mal mas- quée» : c'est une remarque à connotation fortement moralisatrice, très «censure».La définition de la perversité est aussi complexe que celle de la pornographie Et qu'est-ce que l'hétérosexualité vient faire là-dedans "> Vous relevez aussi le manque de tendresse et de communication entre les êtres.C'est vrai mais il y en a quand même : l'héroïne aime sa mère et souffre de ne pouvoir l'aider C'est par tendresse pour son amant qu'elle le rejoint sur son terrain, la folie.«Tout sert à ranger les femmes dans la catégorie de celles qui n'ont rien à dire.» L'auteur a le droit de mettre en scène une héroïne qui ne soit pas féministe.Pourquoi nier que des femmes semblables existent "> Il ne faut pas prendre ses rêves pour la réalité.«Amour-souffrance, désespoir meurtrier, viol, cruauté, décadence» : ces états de choses existent, les étaler n'est pas nécessairement les assumer ou les promouvoir.Pour moi, la «décadence» relève de la même subjectivité que la «perversité».Ce film ne fait qu'illustrer la tragédie humaine.«Fallait-il que le mouvement descende jusqu'aux enfers'», demandez-vous.Personnellement, je réponds oui.Pourquoi pas 'Ya-t-il un point à ne pas dépasser ~> Y a-t-il une mesure en création, et si oui quelle est-elle 7 En tout cas, je retournerai voir ce film ; ma mémoire a peut-être involontairement négligé certains aspects.Mais je continue de croire votre approche du film réductrice, voire biaisée, parce qu'elle se limite à appliquer une grille d'analyse féministe, qui a sa raison d'être et donne de bons résultats, mais qui ne permet pas d'appréhender globalement, ou même de savourer un film Selon moi, cela aboutit à une vision à la fois très idéaliste et très puritaine de la vie.Un film se savoure avec sa tête, son coeur et son ventre.Sur ce, je vous lis toujours avec intérêt Ghislaine Chaînon LA VIE EN ROSE 10 février 1985 Chronique Délinquante Y a-t-il un taxi dans la salle?a société française ressemble au métro de Paris : l'usagére doit ouvrir les portes elle-même, mais elle ne peut pas les refermer parce «qu'on» se charge de les refermer automatiquement.C'est la même chose dans les magasins : on pense que les vendeurs et les vendeuses sont là pour nous servir, mais en fait ce sont des murs déguisés en vendeuses.Même chose dans les taxis : on pense naïvement que.quand quelqu'un choisit de faire un métier public, il choisit de rendre service aux autres contre rémunération, en autant que le ou la cliente soit endurable Erreur : les taxis sont des autos qui passent et qui vous amèneront à l'endroit où vous allez si par hasard elles y vont elles aussi et si vous ne fumez pas.Autrement, «tintin» comme ils disent (aucun rapport avec Hergé).Et si vous avez le malheur d'avoir une sacoche assez grosse pour avoir l'air, de loin, dune valise, le tarif vient d'augmenter de quatre francs.Ce n'est peut-êtTe pas un hasard de l'imaginaire si j'ai toujours trouvé que les présidents de la République ressemblaient tous à des rois.Pour moi.cette prestance, cette superbe, ce verbe pompeux est l'apanage des rois français.J'essaie d'imaginer René Lévesque en Louis XIV et je croule de rire pendant des heures (même s'il agit comme Napoléon).Et ils viennent tous, ou à peu près, de la grande bourgeoisie quand ils ne portent pas la particule magique de leurs origines nobles : de Gaulle.Giscard d'Estaing et quelques autres.Même le président de gauche ne s'en vante pas, mais il vient lui aussi de la grande bourgeoisie, de Jarnac, un bled obscur de Charente qui a le grand bonheur de se trouver près de Cognac et de l'argent qui pousse dans les vignes par Hélène Pedneault Moi je crois que les Français s'ennuient pour mourir de la royauté et qu'ils regrettent beaucoup d'avoir fait la Révolution Ils ont perdu la tète avec cette Révolution : ils ne pouvaient continuer de tolérer qu'un seul des leurs soit roi alors que tous les autres auraient pu l'être aussi («52 millions de prétendants», comme dirait le chanteur Renaud) Ils ne doutent de rien Si vous saviez comme j'aimerais rencontrer un Français qui a un bon gros problème d'identité 1 Ce n'est pas pour rien qu'ils ont pratiqué l'impérialisme aussi longtemps Et même s'ils ne sont plus dans la course depuis belle lurette, ils continuent de penser qu'ils sont encore les meilleurs et les plus forts.Ils continuent de vivre sur une réputation qu'ils n'ont plus Ça fait quand même drôle et ça fait mal un peu quand on y a cru longtemps parce qu'ils écrivaient les livres qu'on lisait et les chansons qu'on écoutait.Pourtant, même en 1984, nos livres continuent à avoir du mal à se faire distribuer en France pendant que les éditeurs français inondent notre marché de leurs milliers de titres par année Même chose pour les disques et pour les spectacles.Et quand une Québècois-e, d'an-ache-pied, réussit en France, on se le fait reprocher («nous sommes envahis par les Québécois !») ou alors ils s'en emparent et s'il a réussi c'est grâce à eux.Quoi, Brel était-il Belge ?Accident de naissance Comment peut-on ne pas être Français 7 Ils aspirent, assimilent et protègent tellement bien leur marché que leurs ordinateurs ne sont compatibles qu'avec les leurs.La France a déjà été le nombril du monde, elle s'en souvient très bien, elle l'a écrit partout pour ne pas qu'on l'oublie, même si aujourd'hui elle est à peine le nombril d'elle-même.Elle n'a pas ètè capable d'empêcher MacDonald de s'ins- taller sur les Champs-Elysées, ni le fast-food de se propager comme la gale à la grandeur de Paris et du reste du pays Elle ne proclame pas bien haut que les compagnies de Cognac qui faisaient sa fierté appartiennent maintenant à des intérêts allemands ou américains.Elle continue de faire semblant Mais les radios «libres» jouent maintenant de la musique anglaise ou américaine en tTès grosse majorité et les jeunes parlent une langue toute aussi trouée par les Américains que leur marché Les Français fantasment sur l'Amérique mais détestent les Américains.Ils savent tout du sexe, mais pratiquent le sexisme comme un sport national Ils aiment les femmes, mais on ne voit aucune femme seule se promener à Paris après neuf heures du soir alors qu'on traverse des murs de gars Ils savent tout de la politique, ils savent tout de la Révolution, mais continuent d'entretenir les hiérarchies et les classes sociales comme ils entretiennent l'argenterie de famille.Ils sont libertaires, mais si on boit un café avec du lait après un repas on se fait dire qu'on est des foutus étrangers incapables de s'intégrer à la société qui les reçoit.Ils savent tout sur tout mais la mode ne leur appartient plus, la pensée non plus, leur société se sclérose de plus en plus et ils ne s'en rendent même pas compte Et je n'ai pas parlé de leur administration, de leur rapport à l'argent, de leur racisme et de leur individualisme à tout crin, rengaines trop connues.Vous aurez compris que je reviens de Paris et que.finalement, après 15 ans de fréquentation, la société française m'a tout à coup exaspérée complètement 11 y a des Françaises et des Français que j'aime, mais de deux choses l'une : ou ils détestent toutes et tous la France, ou ils et elles habitent au Québec.Ils en ont eu man-e.^ Mais Paris est tellement belle février 1985 LA VIE EN ROSE Actualité Féministe Morgentaler, suite torontoise Acquitté.Une fois de plus.Et cette fois au coeur même de cette Ontario conservatrice qui.prévoyaient les Pro-vie, allait «enfin régler le cas Morgentaler».Mais non.Basant sa défense sur la «notion de nécessité», soutenant que le besoin et la demande davortements justifiaient ses agissements «même si ceux-ci transgressaient la loi».Henry Morgentaler a joué quitté ou double.Et a gagné.Tout au moins pour l'instant Henry Morgentaler Le 8 novembre 1984.un jury composé de six hommes et de six femmes l'acquittait, lui et ses deux associés.1 d'accusations de conspiration pour pratiquer des avortements.Déjà acquitté trois fois au Québec au cours des années 70.Henry Morgentaler venait-il de résoudre la quadrature du cercle ?Le gouvernement fédéral allait-il reconnaître la nécessité de réviser une loi si éloignée de la réalité que même un jury de Cour Supérieure acquittait des individus qui avouaient fièrement l'avoir transgressée "> Pendant que le gouvernement ontarien portait ce jugement en appel - ce qui n'empêchait pas Morgentaler de rouvrir sa clinique torontoise - et que Joe Borowski, bien connu comme chef de file des Pro-Vie manitobains.laissait entendre que le docteur «faisait mieux de ne pas se montrer la face à Winnipeg», le gouvernement conservateur fédéral optait pour le statu quo en ce qui concerne la loi Même si Brian Mulroney se redisait personnellement opposé à lavortement.Au Québec, outre l'Association des médecins pour la vie qui a exigé la démission du président de la Corporation des médecins, le docteur Augustin Roy, à cause de son témoignage «positif» lors du procès Morgentaler, seul un grand «ouf» de soulagement accueillait le verdict d'acquittement.Selon la présidente de la Fédération québécoise pour la planification des naissances, Mme Fernande Ménard.ce sentiment d'un «répit» témoigne bien de la situation qui prévaut au Québec où, même s'il demeure il^gal au sens delà loi.lavortement est.dans les faits, accessible sur demande.«C'est vrai.Il n'y a plus de mouvement coordonné pour obtenir des amendements à la loi.Sans doute parce que ce n'est pas facile de se battre pour un principe quand, dans les faits, les services sont disponibles.Mais nous croyons toujours que c'est une tâche essentielle et nécessaire».Selon Fernande Ménard, s'il faut toujours lutter au Québec actuellement, c'est beaucoup plus pour maintenir la qualité des services, accroître leur accessibilité (surtout dans les CLSC) et la résistance aux coupures.Vingt-cinq hôpitaux du Québec, huit ou neuf CLSC et quelques centres de santé pour femmes offrent actuellement des services d'avortement.«S'il y avait un changement radical de politique, si l'accessibilité était menacée, je sens qu'il serait facile de mobiliser les gens Le soutien du libre choix s'est élargi au cours des dernières années.» La Fédération ne se fait toutefois pas d'illusions sur les impacts réels de ce quatrième acquittement.Entre ceux et celles pour qui ces victoires répétées forceront le gouvernement à réviser la loi et les autres selon qui seule une condamnation «réveillerait les femmes et forcerait une révision», rien n'est encore dit., et les Québécoises, comme le dit si bien Fernande Ménard, ont bien peu d'énergie à dépenser pour «réveiller le chat qui dort».Carole Beaulieu I / Les docteurs Robert Scott et Leslie Smoling avaient tous deux été arrêtés en juillet 1983 lors d'une descente de police à la clinique torontoise du docteur Morgentaler Sexisme outre-mer En France, la publicité annonce aux petites filles que «les métiers n'ont pas de sexe» et qu'elles peuvent ainsi s'orienter «dans toutes les directions» ! Mais la seule volonté des filles suffira-t-elle à leur ouvrir la voie vers les emplois intéressants, payants, avec perspectives d'avenir7 L'expérience de trois jeunes Britanniques semble indiquer que le sexisme est encore bien vivant dans les écoles Âgées de douze ans, elles se voient brusquement refusées en classe supérieure, sous prétexte qu'il n'y a plus de place pour elles.Des garçons plus jeunes qu'elles ayant été LA VIE EN ROSE admis, elles en concluent qu'elles ont été victimes de sexisme et portent leur cause devant les tribunaux.La justice britannique donne raison aux rois jeunes filles, lesquelles touchent en plus 1 000 livres (environ 2 000 $) en dommages et intérêts.D'après l'un des professeurs de l'école St-Georges Church of England, à Bromley, il s'agirait là d'une pratique courante qui facilite «l'organisation fies classes»!.L'Equal Opportunities Commission confirme, par ailleurs, qu'elle reçoit de nombreuses plaintes concernant cette forme de discrimination sexuelle qui sévit appa- remment dans de nombreuses écoles de Londres.Qu'en est-il au Québec?Diane Tremblay.GEE!! 12 Les Consoeurs du souvenir Onze novembre 1983 : une mystérieuse dame en noir provoque un émoi en déposant, pendant la cérémonie du Souvenir, Carré Dominion à Montréal, une couronne de fleurs : «Pour toute femme violée en temps de guerre/For every woman raped in war».Onze novembre 1984: Dana Zwonok réitère son acte symbolique.Accompagnée cette fois d'une quarantaine de femmes, d'hommes et d'enfants, elle veut rendre hommage à la mémoire de «toutes les femmes victimes des guerres».Désirant respecter la douleur de ceux et celles que les guerres ont fait souffrir, les Consoeurs du souvenir ont attendu la fin de la cérémonie officielle pour tenir la leur, dans le calme et la dignité II est vrai que cette attitude pacifiste n'a pas été payée de retour par les militaires présents.L'épouse d'un légionnaire raconta même qu'ayant exprimé le désir de se joindre aux consoeurs, son mari lui rétorqua : «Si tu y vas.j'te tire.» Cela faisait du bien de voir fous les médias reprendre la nouvelle le jour même ou le lendemain, et.règle générale, les médias francophones ont couvert l'événement avec honnêteté.Pourtant, il était inexact de parler de «rififi» (comme le titrait La Presse) ou de «risque dèchauf-fourée» (Le Journal de Montréal) Il aurait fallu, pour cela, que les deux parties menacent d'en venir aux coups.Ce qui n'a jamais été le cas.Le cercle formé par les Consoeurs du Souvenir dégageait une atmosphère de recueillement et de paix, qui ne s'est pas laissé altérer par les invectives ni même par quelques gestes d'agression Des gestes qui se perpétuent d'ailleurs : Dana Zwonok a subi ensuite, par téléphone, des menaces de viol (anonymes, bien sûr).Mais que dire des médias anglophones qui ont diffusé des informations tellement biaisées qu'on peut se demander où était passé leur souci d'objectivité ?The Gazette.par exemple, a accusé les Consoeurs de manquer de civisme et n'a publié par la suite que des lettres négatives de lecteurs et lectrices.On ne peut que déplorer que le geste posé cette journée-là ait été mal compris.Alors que cette journée devrait être consacrée, non pas à un exercice de glorification militaire, mais au rappel de toutes les morts et les blessures que la guerre traîne dans son sillage.Trop souvent morts et blessures de femmes promptement refoulées dans la mémoire collective.Les femmes verront désormais à ce que toutes ces Dana Zwonok journées du Souvenir ne soient jamais plus celles de l'oubli.Josette Gicuère N.D.L.R.Si vous avez |ubilé à voir une action féministe faire la une.si vous êtes pleine d'admiration devant le courage (il en faut) des Consoeurs du souvenir, si vous trouvez aussi que les femmes souffrent toujours d'invisibilité faites parvenir vos dons (les Consoeurs sont dans le rouge mais veulent poursuivre l'année prochaine ') à : Dana Zwonok.CP 886, Suce Outremont.Outremont.H2V 4R8 février 1985 Erratum Dans le dernier numéro de LVR.l'article sur la discrimination au travail (p.17) comportait deux erreurs.Une d'ordre typographique : on parle de discrimination systèmique et non systématique L'autre : ce n'est pas la Charte québécoise mais bien la Charte canadienne des droits et libertés de la personne, avec son enchâssement «d'accès à l'égalité dans emploi», qui explique, du moins en partie, le jugement porté récemment contre le CN.F.P.LA VIE EN ROSE -Actualité Féministe Le Rapport Abella: un pas en arrière?Il y a deux ans.le ministre de l'Emploi et de l'Immigration de l'époque, Lloyd Axworthy, bien connu comme partisan de la cause des femmes, déclarait que le gouvernement fédéral devrait rendre obligatoires les programmes d'accès à l'égalité, puisque les programmes volontaires étaient, selon lui.inefficaces.Mal appuyé par ses collègues au cabinet.Axworthy nommait, peu après, la juge Rosalie Abella pour trancher la question.Le 20 novembre dernier, le Rapport de la commission royale d'enquête sur l'égalité en matière d'emploi (maintenant rebaptisée l'équité en emploi) était déposé par la nouvelle ministre conservatrice Flora MacDonald et tranchait du côté du patronat ?Quoi qu'il en soit, Ghislain Dufour, président du Conseil du patronat du Québec, s'est empressé de crier «bravo» au Rapport Abella.1 Y aurait-il anguille sous roche ~> Dans l'ensemble, le document s'égare dans les généralités (souvent contradictoires) et les voeux pieux.«Les employeurs devraient présumer que les employés masculins et les employées féminines ont les mêmes responsabilités familiales», lit-on dans un premier temps On reconnaîtra pourtant, un peu plus loin, «qu'il y a un rapport positif entre l'accessibilité des services de garde et le taux de participation des femmes au marché du travail».Ainsi, la confusion quant à la nature du problème mène à de fausses solutions Par exemple, on proposera des frais de garde déductibles Or.on sait que le mouvement des femmes s'oppose depuis des années à cette idée parce que le système de déduction d'impôts avantage les contribuables à revenus élevés (dont peu de femmes) et favorise la garde en milieu de travail (lieu privilégié d'exploitation des femmes).Quant à la discrimination en matière d'emploi, les recommandations du Rapport Abella ne sont guère plus réjouissantes.On reconnaît l'insuffisance des programmes volontaires mais on propose comme solution des «programmes volontaires obligatoires» ! Ainsi, pour ne pas effrayer les réfractaires aux programmes d'accès à l'égalité, on laisse à l'employeur toute la flexibilité voulue pour aménager son propre système d'embauché.Aucune obligation : ni celle de faire approuver son progiamme.ni celle de fixer des objectifs quantitatifs à l'embauche des femmes dans son entreprise.En fait, la seule obligation imposée à l'employeur par la juge Abella serait de fournir un rapport annuel sur la composition et la distribution de ses employé-e-s Advenant des statistiques douteuses, l'employeur pourrait encourir la sanction ultime : un avis Les Jeudis de l'histoire des femmes Rosalie Abella de la Commission canadienne des droits de la personne lui demandant d'amender sa politique.(!) Or, en vertu des lois de la personne, tout (bon) employeur est déjà tenu «de ne pas faire de discrimination» ! Les PDG, patrons, employeurs avouent eux-mêmes, au début du Rapport, que seules des mesures coercitives peuvent changer quelque chose.Pourtant, ce même Rapport ne présente aucun objectif fixe, ni d'échéancier précis pour que cette «égalité» se mette en branle.Sous prétexte de ne pas freiner le progrès qu'effectuent déjà les groupes visés par ce rapport- les femmes, les handicapè-e-s et les autochtones - on s'oppose aux quotas, aux objectifs numériques, à tout ce qui rendrait efficaces ces fameux programmes «d'accès à l'égalité».Et c'est ce qu'on appelle le «progrès» ! Carole Wallace 1/ Cité in Le Devoir, 20 novembre 1984.Vous rappelez-vous les Lundis de l'histoire des femmes 7 C'était, après Mon héroïne, la deuxième série de conférences organisée par le Théâtre expérimental des femmes de Montréal il y a trois ans.Les Lundis.qui avaient fait salle comble, n'existent plus.Mais les Jeudis, eux, prennent la relève.Organisés par Lucie Leboeuf, du Centre pastoral en milieu ouvrier, et Rachel Vinet, du Centre St-Pien-e.à Montréal, les Jeudis de l'histoire des femmes ont rejoint surtout, jusqu'à maintenant, les femmes des organisations populaires du Centre-Sud de Montréal.Ces rencontres font le point sur les résistances et les luttes des femmes, celles dont nous n'entendons jamais parler.Et à en juger par un premier vidéo, réalisé à partir de ces rencontres/ conférences, c'est passionnant.11 faut voir ce vidéo qui parle du secours direct, du travail dans les usines d'armement, de la conscription, de la syndicalisation.11 faut entendre les femmes raconter comment elles vivaient à trois familles dans un logement, question d'enligner «mon pain à hot dogs avec les cretons de la voisine».Le vidéo (un deuxième suivra sur les luttes plus récentes) est disponible, moyennant un petit coût de iocation (négociable), pour tout groupe populaire au groupe de femmes Pour le louer ou pour connaître l'horaire et les sujets des Lundis appelez Lucie (527-8291) ou Rachel (524-3561) F.P.LA VIE EN ROSE 14 février 1985 L'Erythrée à Montréal Depuis que l'attention mondiale a été alertée par la famine qui sévit en Ethiopie, nous recevons davantage d'information sur ce pays.Nous apprenons entre autres qu'il est en guerre sur plusieurs fronts L'un des conflits armés se situe dans la province de l'Erythrée, complètement au nord du pays.Après la Deuxième Guerre mondiale.l'Erythrée, une ancienne colonie italienne, est placée sous la juridiction de l'Ethiopie parce que les États-Unis tiennent à cet emplacement stratégique sur la Mer Rouge En 1962.l'empereur éthiopien d'alors, Hailé Selassie, l'annexe sans consulter le peuple érythréen Plus tard, le gouvernement soi-disant marxiste du lieutenant-colonel Mengistu.qui prend le pouvoir en 1974.ne lui reconnaît pas plus son droit à la souveraineté (car les Soviétiques disputent le territoire aux Américains).Malgré le fait que la lutte de l'Erythrée pour son indépendance soit la plus ancienne d'Afrique, elle en demeure la moins connue Léoul et Saba étaient de passage à Montréal en novembre, pour nous parler de la vie et du combat des Érythréennes Léoul est présidente de la NUEW (National Union of Eritrean Women/Union nationale des femmes érythréennes).Fondée en 1979, la NUEW rassemble aujourd'hui des dizaines de milliers d'Érythréennes et constitue l'un des plus importants organismes du EPLF(Eritrean People's Liberation Front/Front de libération de l'Erythrée).Saba, qui vit en Amérique du Nord depuis 1977, oeuvre aussi au sein de la NUEW qui possède, en plus de son bureau central en Erythrée, des bureaux de coordination à Milan, Francfort, Khartoum et New York.En Erythrée, la NUEW s'est donné comme objectif de permettre aux femmes de jouer un rôle actif à tous les niveaux de la lutte pour la libération.Elle s'occupe de l'éducation des femmes : 95% d'entre elles sont illettrées.Elle travaille à changer les lois et les mentalités.La loi ancienne du mariage, par exemple, niait à une femme le droit de divorcer, la laissant sans ressources quand le mari usait de ce droit à sa guise Traditionnellement, les femmes n'avaient pas non plus le droit de posséder des terres, alors que ce sont elles qui en majorité y travaillent.1 La NUEW voit donc à ce que les femmes prennent leur place dans la société crythréenne.participent aux assemblées de village, s'instruisent et apprennent un métier.(Curieusement, des emplois considérés comme Léoul.présidente de la NUEW des ghettos féminins en Occident, par exemple l'éducation et la santé, étaient strictement réservés aux hommes en Erythrée.) De plus, par l'intervention de la NUEW.les femmes participent maintenant aux combats : elles composent 35% des effectifs sur le front.Véritable libéralisation de la société ou besoin urgent de combattantes 7 Pour les femmes de la NUEW.il est important que la communauté mondiale prenne conscience de la situation politique de l'Erythrée.En effet, la sécheresse est en grande partie responsable de la famine, mais la guerre y joue un rôle majeur, les forces étant consacrées à se battre plutôt qu'à enrayer le fléau.En outre, comme il est arrivé que l'armée éthiopienne se serve de l'aide alimentaire pour nourrir ses soldats ou pour forcer l'enrôlement dans ses troupes, il est d'autant plus urgent que les pays bienfaiteurs soient vigilants et assurent la distribution équitable de l'aide internationale.Pour Léoul.son pays a besoin de noun-iture et de médicaments, mais aussi de tentes pour monter des camps, d'équipement et d'aide technique pour l'irrigation et la culture, d'outils pour développer l'artisanat : machines à coudre, tissus, ciseaux, etc.À l'automne 1985.en Hollande, la NUEW organisera une conférence internationale sur la situation des femmes érythréennes.Pour plus de renseignements à ce sujet ou pour faire parvenir vos dons : National Union ofEntrean Women in N A .P.O.Box 1255.New York, N.Y.10025 Tel : (212) 864-1 127 Association daide aux réfugiées érythréen -ne-s du Québec, CP.1255, Suce.«H».Montréal H3G 2W2.Tél.: (514) 335-1837 ou 366-7204 Josette Gic.uf.re 1 / Voir à ce sujet les articles de Carole Beaulieu.LVR.n° 20.p 40-43.et de Marie-Claire Girard.Gazelle des femmes, vol 6.n° 4, p 32-33 février 1985 15 LA VIE EN ROSE îlosoph Actualité Féministe En novembre avait lieu à l'Université de Montréal le colloque annuel interdisciplinaire de la Société de philosophie du Québec, cette fois sur la situation de la femme.Le premier soir.Louise Marcil-Lacoste, philosophe et chercheure à l'U.de M., principale organisatrice, constatait que les théories sur la condition féminine abordaient rarement les rapports d'égalité entre les hommes et les femmes.Le débat était lancé.À vrai dire, pendant ces trois jours, le mot égalité m'est apparu glissant, un peu comme un poisson vous glisse des mains quand vous le détachez de l'hameçon.Le concept ne m'a paru «saisi» que lorsque Jocelyne Saint-Arnaud l'a placé devant la loi et encore, disait-elle, s'il y a parfois discrimination légale, c'est au nom de la protection des femmes.Il ne faut pas se surprendre si.lorsqu'on parle d'égalité, il est vite question de l'identité des femmes.Michéle Morosoli le rappelait : des auteures comme Simone de Beauvoir, Betty Friedan.Germaine Gréer et Luce Irigaray ont montré que les femmes doivent arriver à s'identifier par l'intermédiaire de modèles féminins fabriqués par des hommes, sinon carrément par des modèles masculins L'expérience vécue par Denise Bombardier au Service de l'information de Radio-Canada illustre bien le problème.«Orpheline de modèles» dans sa profession, elle observe que le modèle anticipé pour une femme qui questionne le pouvoir est celui de la séduction.Mal à l'aise dans cette situation, elle choisit un modèle masculin, «l'intelligence», ce qui revient pour une femme à «accepter de faire peur à l'homme».Le cas de l'Italienne Eleonora Fonseca-Pimental.au XVIII' siècle, présenté par les historiennes Maria Petrusewicz et Emma Nesbitt, est un autre bel exemple de masculinité forcée.Cette femme a profité d'une crise politique dans la région napolitaine pour prendre parti pour les révolutionnaires, fonder un journal dont elle a été la rédactrice et même «mourir comme un homme», pendue 1 Une intervenante de la salle a remarqué que ce comportement lui paraissait plus humain que masculin, et elle a été approuvée par plusieurs.Il semble très difficile de trouver des modèles du féminin faits par des femmes C'est pourquoi la démarche de Marisa Zavalloni.psychologue, est à considérer.D'après elle, l'identité personnelle puise des images dans une histoire individuelle liée à une histoire collective.Les «traducteurs d'images» sont les poètes, artistes et idéologues qui empruntent des éléments anciens à la culture pour créer une nouvelle image qu'ils renvoient à la culture.À ce moment-là, les femmes peuvent travailler au projet collectif.C'est ce que fait l'écrivaine Nicole Brossard, en proposant les «images positives» de l'amazone et de la lesbienne, qui gomment la différence sexuelle et opposent aux femmes fictives produites par les hommes, des femmes fictives conçues par une femme Le texte de Mary Daly m'a semblé aller en ce sens, mais le ton sur lequel elle a donné sa conférence, ses gestes, m'ont fait penser à un sermon de curé ou de prêcheur américain.Sa performance, c'en était une, a surtout plu aux plus jeunes.Quand on parle de modèles, on en arrive toujours à évoquer les rôles, et la sociologue Nicole Laurin a démontré que les femmes ne choisissaient pas parmi les rôles traditionnels ou nouveaux.Elles devaient plutôt les cumuler ! La «situation de fait» ne paraît pas tellement égali-taire.mais selon Jocelyn Beausoleil.le virage technologique amorcé par la société «Sweetheart est un scénario de violence sexuelle et de soumission (.) Ses agresseurs soumettent (l'héroïne) à toute une série de dégradations.» Est-ce que sa présentation vous donne envie de visionner le vidéo Sweetffeart 7 Si oui.vous le trouverez chez Provisoir, à côté de Chloé.l'obsédée sexuelle.Worhsex.Les Chiennes.Angel Above and Devil Below, etc.Propriété de la très québécoise et prospère compagnie Provigo.Provisoir est une grosse chaîne de 186 dépanneurs, dont 145 ouverts 24 heures par jour, sept jours par semaine.À l'initiative de Provigo.Provisoir commençait l'été dernier à louer des vidéo-cassettes, dont une bonne part de vidéos soi-disant erotiques.Le groupe de femmes Solidarité rose se forma peu après pour organiser la riposte.Mais, malgré toutes ses démarches, lignes de piquetage, lettres et appels à Provigo.Solidarité rose n'avait toujours pas, fin novembre, reçu satisfaction : la fin de la location et de la vente de matériel pornographique par Provisoir.Convaincu que «seule une forte pression occidentale permet d'espérer une amélioration Là.les réactions des gens de la salle étaient partagées, car la conquête du monde scientifico-technique par les femmes semblait signifier, à toute fin pratique, leur identification à des modèles masculins comme celui du savant ou du scientifique, rationnel et objectif.Justement, la communication de Sarah Kofman mettait en évidence la réputation surfaite du rationalisme masculin, en prouvant que des discours pseudo-scientifiques comme ceux de Freud et Rousseau visaient essentiellement à mieux assurer la domination du sexe féminin par le sexe masculin.Si la question de l'égalité n'était pas abordée directement par tous les confè-rencièr-e-s, elle était néanmoins sous-entendue Le mot du commencement de Françoise Collin, «la question de l'égalité me fait peur», explique la démarche de plusieurs.Si eux et elles la contournent, c'est sûrement pour mieux comprendre les rapports entre les hommes et les femmes.Le débat théorique est bel et bien engagé.Monique Langlois économique, par un boycott massif et bien organisé, pourra amener Provigo et Provisoir à reconsidérer leur position», le groupe décidait alors d'aller chercher l'appui des Québécoises en lançant une pétition Elle devait circuler trois mois avant d'être présentée, début février, à Provigo.Provisoir, aux médias.et au gouvernement du Québec, l'un des principaux actionnaires de Provigo (!), par le biais de la Caisse de dépôt et de placement Solidarité rose invitait aussi les femmes à répandre dans leurs quartiers et villages ces informations sur Provigo et le mot d'ordre du boycott, au moyen de tracts, rencontres, journaux locaux.On comptait même organiser, début février, une journée de protestation décentralisée, devant tous les Provisoir du pays.Il n'est pas trop tard pour collaborer au boycott ou distribuer des copies de la pétition.Il suffit de communiquer avec Solidarité rose, CP.381, Suce.E, Montréal.Québec.H2T 3A7 Tél.: (514) 392-3008 ou 495-4088.LVR LA VIE EN ROSE 16 février 1985 Jugé «matériel obscène», le magazine Penthouse de décembre dernier était interdit de circulation par le ministère fédéral des Douanes.Ce qui n'a pas empêché plusieurs tabagies de l'afficher et de le vendre.Aux dernières nouvelles, le ministre de la Justice du Québec, Pierre-Marc Johnson, déclarait qu'il poursuivra la maison de distribution Benjamin pour son manque de vigilance à cet effet.Le directeur de Penthouse.Bob Guc-cione.a été passablement irrité de voir qu'on s'offusquait de la présence de son magazine au Canada «Ce sont des photos hautement artistiques», a-t-il dit.Artistiques ~> Jugez-en vous-mêmes.Ne serait-ce que pour mieux viser la cible.LVR NOUVEAUTÉS Sommeil d'hiver MARIE-CLAIRE BLAIS Des femmes écrivent des textes dramatiques et du théâtre.Il y a dans ce mode d'écriture une relation particulière et immédiate à la vie Une parole directe que les femmes ont toujours privilégiée.Le théâtre, c'est aussi un texte à lire comme un roman Sur l'air d'Iphigénie de MARIE SAVARD Une lettre rouge orange et ocre de INNE-MARIE ALONZO les éditions de la pleine lune EN LIBRAIRIE Alice & Gertrude Natalie & Renée et ce cher Ernest de JOVETTE MARCHESSAULT février 1985 17 LA VIE EN ROSE Actualité Féministe Quiz au MS Q «Quelle était la condition première pour avoir de l'aide selon la Loi dassistance aux mères nécessiteuses ?R: «Avoir de bonnes moeurs» ! Connaissez-vous le Mini Quiz féministe7 C'est une brillante idée des femmes du Mouvement socialiste : avec le comité de condition féminine de la CEQet d'autres militantes, elles ont conçu ce jeu qui pourrait bien concurrencer le fameux Quelques arpents de pièges Le principe est le même : répondre à quatre catégories de questions (arts, lettres et culture ; sciences, technologie et santé ; politique, histoire et mouvements sociaux : sports, jeux et loisirs) mais cette fois à partir de l'histoire des femmes.Le tout «dans l'humour et la complicité».1 Ces femmes du MS.aux idées ingénieuses, ne sont pas très nombreuses.Au 2' congrès du Mouvement socialiste à Montréal, début décembre, il y avait une femme pour environ quatre hommes.«Ben dla barbe», comme dit ma mère pour décrire des attroupements d'intellec-tuels-profs-de-cegeps.Mais, bien que minoritaires, les femmes du MS en menaient très large.Sur les 112 propositions votées par les congressistes, plus du tiers portaient sur la condition des femmes et toutes ont été adoptées sans débat, quasi à l'unanimité.Où suis-je7.me suis-je immédiatement demandé, un tel appui aux revendications féministes étant plutôt inusité en dehors du mouvement des femmes lui-même.Une deuxième question devait, celle-là, provoquer un large débat, très attendu : à un an (7) des prochaines élections provinciales, le MS allait-il ou non se transformer en parti politique 7 Et les congressistes et l'exécutif se sont retrouvés partagés en deux camps.Entre le projet (finalement retenu par une légère majorité) de développer une coalition de mouvements sociaux - femmes, assis-té-e-s sociaux-ales, jeunes, personnes âgées - et celui de créer un parti, deux conceptions du politique s'affrontaient.Pour les femmes du MS, entre autres, le «parti politique» représentait le summum de l'institution patriarcale, à éviter à tout prix.Mais l'option «coalition» n'a pas fait ses preuves et on sent que la patience des èlectoralistes.à la Marcel Pépin par exemple, pourrait être courte.Ce serait dommage, car trop d'empressement et «d'ambitions» politiques court-circuite-raient une expérience pleine de possibilités.Lise Moisan 1/ On peut se procurer le Mini-Quiz féministe au coût de 12$ en envoyant un chèque au nom de la Centrale de l'enseignement du Québec, couvrant le nombre d'exemplaires demandés Centre de documentation CEQ 2336.chemin Sainte-Foy.CP 5 800.Sainte-Foy.Québec.G1V 4E5 Tel: (418) 658-5711.(Coûts de manutention inclus.) Un dossier Le bénévolat des femmes: porte d'entrée ou porte de sortie Des articles variés La vioience conjugale: un jour on part pour de bon L'accès des femmes à l'égalité en emploi Philippines: la filière des ananas Les jeunes et l'avenir de l'emploi Et bien d'autres choses. Les Femmes et les mots En juillet 1983.plus de 750 femmes s'étaient réunies à Vancouver pour la conférence Les Femmes et les mots/Women and Words, et avaient discuté de l'écriture et de la culture des femmes canadiennes L'événement, depuis, a eu plusieurs suites.D'abord la création d'une Société canadienne Les Femmes et les mots.Puis la publication d'une Anthologie Les Femmes et les mots, un recueil de textes inédits (prose et poésie) de 80 auteures, déjà connues ou non (chez Harbour Publishing.1984 Disponible à Montréal à la librairie Androgyne).Un ouvrage intéressant parce que très diversifié et bilingue, entre autres.Les actes de la conférence seront publiés bientôt et la Société Les Femmes et les mots songe à organiser un tel colloque pancanadien tous les deux ans, le prochain en 1986 Entre-temps, par un bulletin, elle voit surtout à relayer l'information entre les groupes Les Femmes et les mots qui ont surgi à travers le pays.Et c'est bien le plus intéressant de l'affaire : sajoutant au groupe fondateur de Vancouver, des femmes ont créé des groupes autonomes à Montréal.Toronto, Winnipeg et bientôt Terre-Neuve Leur objectif général : promouvoir l'écriture des femmes, les moyens différant d'un groupe à l'autre.Le groupe montréalais se réunit depuis l'automne 1983.Le 17 novembre dernier, il organisait à l'Institut Simone-de-Beauvoir une lecture publique de textes de Gail Scott.Geneviève Letarte.France Théoret et Anne McLean, par les auteures.Succès : 60 femmes accouraient pour entendre.Le 29 novembre, c'était le lancement de l'Anthologie Les Femmes et les mots.Et le 4 février, il y a une rencontre d'information pour toutes les femmes intéressées aux projets du groupe (à 19 h 30.à l'Institut Simone-de-Beauvoir.2170.rue Bishop, à Montréal).Quels sont-ils ?Deux ateliers d'écriture : l'un fonctionne déjà, en anglais, sous la responsabilité de Robin Potter L'autre, francophone, est en formation Une anthologie québécoise et bilingue : il s'agit de rassembler des textes inédits de Québécoises, de monter le recueil et de le faire publier.Un groupe de discussion sur la culture lesbienne, sa spécificité et sa visibilité Suscité en partie par la pièce de Jovette Marchessault.Alice et Gertrude , c'est l'affaire de Carole LaGre-nade.Un groupe sur la critique littéraire : pour évaluer la critique actuelle, puis faire des comptes rendus critiques et les proposer aux grands médias, La Presse, le Globe and Mail, etc.«Il faut prendre la place là, pour rejoindre plus de gens, dit Lynn Lapostolle La critique des livres de femmes est mal faite, mal centrée, par des gens qui au départ ne l'aiment pas.Si ça ne les intéresse pas.qu'ils nous laissent la place, au moins une fois par mois.» Mais quelle littérature 7 «Celle des femmes en général, mais dans une perspective féministe.» Enfin, un groupe de discussion sur le pouvoir du langage Alors, si l'un de ces ateliers vous intéresse, et pour toute information sur Les Femmes et les mots : Lynn Lapostolle : 277-4970.ou Carole LaGrenade : 252-8410.LVR Suite de la page 5 Le socialisme qu'on a vu et lu ici se limitait généralement à de grands principes M-L (marxistes-léninistes) inadaptés aux réalités québécoises.Ce n'est pas par hasard que la lutte des femmes, comme mouvement politique multiple et enraciné, a survécu à la «lutte des classes» : celle-là répond toujours à un véritable besoin d'affranchissement social, politique, économique ; celle-ci semblait trop souvent se résumer à l'idéalisation du travail en usine ! J'ai toujours pensé, par ailleurs, que la scission entre le mouvement autonome des femmes et le courant socialiste avait été trop totale.À un moment où la lutte des femmes québécoises va sélargissant.rejoignant les féministes chrétiennes, les pacifistes, les femmes du Tiers-Monde, et alors que.parallèlement, s'organise le Mouvement socialiste, il serait peut-être bon de revoir nos affinités.Après trois ans d'existence et son congrès d'orientation de novembre, le Mouvement socialiste sait qu'il n'a pas grand avenir au Québec sans l'appui massif des féministes et des groupes populaires.Son programme est donc rempli de propositions des plus féministes.Il reste à mesurer la solidité réelle de cette plate-forme car, dans l'ensemble, le mouvement des femmes demeure sceptique face aux bonnes intentions de la gauche.Le MS prétend aussi que l'État socialiste québécois doit d'abord être indépendant.Sans doute le socialisme en serait-il d'autant plus facile à réaliser, mais cet objectif d'indépendance tombe mal 1 Quel «job» ce sera de faire d'un vieil idéal, aussi usé à droite qu'à gauche, un nouvel espoir 1 Et puis, que d'irréalisme : «La souveraineté nationale des Québécois ne saurait triompher sans une rupture complète de tous les liens de dépendance qui nous rattachent à l'espace nord-américain», lit-on dans le programme du MS Et plus loin, les auteur-e-s dénoncent l'actuelle «canadianisation forcée des Québécois-e-s».Le MS nous propose-t-il plutôt l«albanisation», c'est-à-dire l'isolement, du Québec?Pourtant, en optant récemment pour une coalition large - de femmes, de groupes populaires, de jeunes - plutôt que pour la formation hâtive d'un parti politique, le Mouvement socialiste semblait se ranger du côté des réalités quotidiennes, de la juste part des choses.Sans doute les femmes, très influentes au MS.y sont-elles pour quelque chose.Mais ces mêmes féministes, auxquelles nous faisons confiance, sauront-elles rectifier la perspective et la rhétorique du Mouvement suffisamment pour que le rêve -indépendance, socialisme, féminisme -nous ressemble et que nous ayons le goût d'y (re) croire 7 février 1985 19 LA VIE EN ROSE est politique Fin octobre, à Toronto, avait lieu le 2e congrès annuel de l'Alliance des sages-femmes d'Amériaue du Nord.Quatre cents participantes, quatre jours de réunions, d'ateliers, de conférences, dont une soirée mémorable avec Sheila Kit linger, anthropologue et auteure de nombreux livres sur l'accouchement, Mary O'Brien, sociologue et auteure de The Politics of Reproduction, et Michèle Landsberg, journaliste et auteure de Women and Children First.Au thème Midwifery as a woman's issue, elles ont répondu : Midwifery is a feminist issue'.Isabelle Brabant, sage-femme québécoise, est revenue de Toronto comme d'un accouchement : la tête légère par manque de sommeil, à la fois paisible et fébrile, de cette excitation qui donne envie de réveiller les voisins pour leur crier qu'on vient d'avoir un bébé! par Isabelle Brabant artout au Canada, la pratique des sages-femmes est illégale Aux États-Unis, où elle est pourtant admise dans la majorité des États, les sages-femmes doivent encore faire reconnaître leur compétence, leur autonomie, la pertinence de leur perspective sur l'accouchement vu comme événement normal dans la vie d'une femme, tant auprès du public que du système médical.Pourtant, elles ont eu longtemps un statut enviable.Au siècle dernier, par exemple, les bateaux transportant les immigrant-e-s en Amérique devaient avoir une sage-femme à bord, sinon les femmes refusaient de s'embarquer ! Mais les conditions de vie de l'époque, l'éparpillement des sages-femmes dans ce vaste territoire et leurs différences de lan- gues - elles étaient portugaises, chinoises, etc.- les ont empêchées de se resserrer en associations pour défendre leur profession.Les médecins, riches et organisés, se sont peu à peu emparé des accouchements, dans un temps où les universités étaient interdites aux femmes (histoire de les garder ignorantes et de s'assurer du pouvoir7).3 «Les médecins, racontait Sheila Kitzin-ger à Toronto, ont mis beaucoup d'énergie à détruire les sages-femmes ou à les changer en servantes, ce qui revient au même.Ils ont confiné les accouchements aux hôpitaux, pour que les étudiants puissent s'exercer, et ils ont mis l'emphase sur les complications pour justifier leur existence.» Pourtant, la chaîne des sages -femmes/mères/ bébés ne s'est jamais rompue, persistant dans l'adversité et même l'illégalité Une vision mâle.Aujourd'hui plus que jamais, les femmes enceintes sont vulnérables dans notre système de santé.On leur brandit au nez des statistiques de mortalité infantile, les «meilleures au monde» !, en justifiant du coup la technologie de pointe et l'interventionnisme aigu qui caractérisent l'obstétrique en Amérique et en menaçant celles qui voudraient s'insurger contre cette façon de faire.Il n'est pas rare qu'une femme se fasse répondre, à une quelconque demande : «Ça ne me fait rien, madame, si vous aimez mieux un bébé avec des séquelles au cerveau !» Or, en Hollande et en Suède, où la grande majorité des accouchements se font sous la responsabilité des sages-femmes, les statistiques de mortalité infantile sont encore meilleures qu'ici mais elles ne coûtent rien aux femmes : que 5 % de césariennes en Hollande contre 20 % au Québec,3 et ce taux ne fait qu'augmenter ! En fait, la vision mâle de l'accouchement LA VIE EN ROSE 20 février 1985 est elle-même porteuse de complications.Par exemple, les médecins ont «modelé» la façon de pousser le bébé : on prend une grande respiration qu'on retient le plus longtemps possible sans faire un son.pour maintenir une bonne pression, et on pousse, on pousse, on «performe».on «leur» montre ce qu'on peut faire, et à l'expulsion, on gagne le gros lot, on se désintéresse de ce qui vient de sortir, on veut se reposer (ça vous rappelle quelque chose 7) Résultats : l'oxygène se rend moins bien au bébé, la mère s'épuise, le bébé aussi, c'est brutal pour le périnée4 qui n'a pas le temps de s'étirer.Bref le temps de poussée devient un temps dangereux ! Les sages-femmes ont une vision différente : on n'a qu'à observer les femmes qui accouchent pour voir qu'elles répondent, chacune à sa manière, aux sensations engendrées par la descente du bébé et retirement du vagin, en modifiant leur position, leur respiration, leur effort, pour faciliter ce passage pour elle-même et pour leur bébé.Résultat : moins de complications 1 Par exemple, et je puise dans mes propres chiffres après quelques années d'exercice et plus de 200 accouchements : 25 % de déchirures mineures ou moyennes, contre 95 % d'épisiotomies dans les hôpitaux montréalais,5 dont 25 % jusqu'au rectum .contre une vision féministe Les sages-femmes se battent pour préserver une vision féminine, voire féministe, de la grossesse et de l'accouchement Cette préoccupation essentielle rassemblait les 400 sages-femmes du congrès de Toronto, sous le thème Creating Unity.Nos pratiques sont pourtant très diversifiées, autant que les femmes qu'elles desservent Aux États-Unis, certaines travaillent dans des hôpitaux, en équipe avec des spécialistes et des infirmières, d'autres dans des maternités autogérées ; certaines dans les campagnes du Texas, d'autres dans les quartiers défavorisés de New York.Au Canada et au Québec, à cause de l'illégalité, nous sommes forcées de ne travailler qu'à la maison.Malgré ces différences, il ressortait des discussions une volonté claire de trouver des structures souples et solides pour définir et régir notre profession, un souci commun d'en protéger l'autonomie et de développer un professionnalisme nouveau, proche des femmes et fidèle à notre première raison d'être : les femmes sont capables d'accoucher.Mais les sages-femmes ne veulent pas d'une profession jalousement gardée où elles seraient des expertes et les femmes, des ignorantes une fois de plus.Ce savoir de la naissance ne leur appartient pas en exclusivité.Elles veulent ouvrir la profession et reconnaître la validité de divers apprentissages préalables : physiothérapie, travail social, maternité, etc.Aujourd'hui, plusieurs associations d'infirmières, québécoises entre autres, aimeraient forcer l'État à réserver le métier à leurs membres, y voyant peut-être une façon de se redonner du pouvoir dans un système où elles sont perdantes Mais dans les États américains où on a légalisé le statut d «infirmière/sage-femme» plutôt que de sage-femme, on le regrette déjà : le métier y a perdu sa précieuse indépendance et doit s'accommoder maintenant du modèle médical enseigné aux infirmières, qui va à l'encontre de la pratique des sages-femmes, et que plusieurs d'entre elles avouent devoir «désapprendre» pour devenir de bonnes sages-femmes.L'exemple ontarien «La lutte pour la reconnaissance des sages-femmes suscite la peur et la méfiance des infirmières, disait Michèle Landsberg.Ne les attaquons pas.Le féminisme doit se battre pour notre liberté de choisir nos vies, pour que nous ne soyons plus jamais aliénées de notre propre expérience.Je suis toujours attristée de voir comment, dans nos confrontations, nous dirigeons notre colère contre celles qui ont fait des choix différents, plutôt que vers le système qui nous dresse les unes contre les autres et en tire son profit Alors qu'il y a de la place pour chacune de nous » À cet égard, ce qui se passe en Ontario est particulièrement intéressant.Il y avait dans cette province deux associations de sages-femmes : l'Ontario Association of Midwives (OAM) et l'Ontario Nurse Midwives Association (ONMA).affiliée à l'association ontarienne des infirmières, seule adhésion capable de lui donner une crédibilité officielle.Les deux associations ont été fondues en une seule : l'Ontario Midwives Association, après un immense travail de rapprochement.Fortes de cette union, les sages-femmes ont présenté un très sérieux dossier sur la «légalisation» des sages-femmes au Health Profession Legislative Review et, par l'entremise d'un député NPD sympathisant un bill privé proposant leur reconnaissance légale et la mise en place de structures de formation et de pratique en Ontario.Personne ne s'attendait à ce que le bill soit accepté mais le sujet a tout de même mobilisé une heure de débat en Chambre, un support très impressionnant de tous les députés NPD (et de quelques autres) ainsi qu'une bonne couverture de presse.La démarche n'a eu que des résultats positifs, ne serait-ce qu'en obligeant les sages-femmes elles-mêmes à définir clairement ce qu'elles désirent comme statut et conditions de pratique.Des gestes très politiques Plusieurs femmes ont développé une conscience féministe suite aux tristesses et aux colères vécues dans leurs maternités.«Je me suis toujours demandé, confiait Michèle Landsberg en nous racontant l'histoire incroyable de ses accouchements, comment on pouvait accoucher dans les années 60 sans devenir irrémédiablement une féministe enragée, enflammée.» Et les années 50, où ma mère a été endormie cinq minutes avant chaque accouchement 7 Et les années 70.où j'ai «passé pour folle» parce que je voulais mon bébé sur moi dès son arrivée : « Il va se refroidir 1 Vous voulez tuer votre bébé7 Et les années 80, où chaque hôpital installe une chambre de naissance à un bout du couloir et augmente sans cesse son taux de césarienne à l'autre bout 7 Cette idée que féministes et sages-femmes sont du même mouvement a fait l'unanimité tout au long du congrès.Accoucher à son goût est un geste politique.Être sage-femme équivaut à prendre une position politique «On nous reproche de ne pas faire de politique, disait Mary O'Brien.Nous n'en parlons pas mais nous en faisons.Nous avons très subtilement changé le setis du mot révolution : nous sommes en train d'en faire une, sans violence, sans verser de sang.Cette culture a bien commodément classé la question de la naissance parmi les questions privées.Il est temps de se lever et d'en parler.On me demande comment je puis en parler, moi qui n'ai pas eu d'enfant, mais, bon Dieu 1 moi aussi je suis née.«La sage-femme aide à refaire le pont entre le monde naturel et le monde culturel.On a fait en sorte que la distinction entre les deux soit vécue comme une séparation, ce qui permet la domination d'une réalité sur l'autre, et un contrôle de tout le processus de la reproduction.Les femmes ont une vision différente de la relation entre ces deux mondes, une vision unifiante dont l'univers a sérieusement besoin Ce n'est pas un hasard si la question des sages-femmes est soulevée en ce moment.C'est une question de vie.et la vie est une espèce en voie de disparition.À moins qu'ensemble, nous ouvrions l'histoire à nos rêves» Isabelle Brabant est sage-femme pratiquante à Montréal depuis cinq ans.Co-fondatrice de Naissance-Renaissance et du Mouvement sages-femmes, elle donne aussi des ateliers sur la naissance et l'accouchement.1/ Les sages-femmes, une question de femmes 7 - L'existence des sages-femmes est une question féministe 2/ Lire à ce sujet le passionnant Sorcières Sages-femmes et Infirmières de Barbara Erhenreich et Deirdre English, paru en français aux Éditions du Remue-Ménage.1978 3/ Selon le professeur G J Kloosterman.chef du département d'obstétrique et de gynécologie de l'Université d'Amsterdam, présent à Toronto.Il y a en Hollande 600 sages-femmes pour 700 obstétriciens1 Au Québec, il y avait 19% de césariennes en 1979.selon les chiffres du ministère des Affaires sociales.4/ Périnée : partie génitale qui s étend de l'ouverture du vagin à l'anus.5/ Selon les relevés d'actes médicaux du MAS L'épisiotomie consiste à inciser le périnée pour agrandir l'ouverture du vagin février 1985 21 LA VIE EN ROSE Accoucher autrement Elles étaient 130, mères, infirmières ou sages-femmes, à assister au 5e colloque de Naissance-Renaissance, à Montréal, en novembre dernier.Ce rendez-vous annuel de formation permet à une vingtaine de groupes soucieux de l'humanisation de la naissance d'échanger des informations essentielles et de faire le point sur une lutte toujours recommencée.Car « humaniser la naissance », c'est confronter le système médical et son monopole sur la « compétence » et le « progrès ».C'est aussi renverser une montagne de préjugés et de peurs autour de l'accouchement à la maison et de la pratique des sages-femmes, une pratique alternative encore illégale mais de moins en moins clandestine.par Denise Proulx Ace colloque de Naissance-Renaissance, on a surtout tenté de voir pourquoi la majorité des femmes se dirigent vers les salles d'accouchement, même quand elles ont le choix.La peur d'accoucher «autrement» ne vient-elle pas d'abord de l'ignorance de nos corps et de nos droits ~> Pourquoi n'aurions-nous pas droit à des rencontres tant postnatales que pré-natales, mais plus près de nos besoins, à des accompagnantes à l'hôpital, à accoucher dans la position qui nous convient, voire à l'utilisation d'herbes et de massage Shiatsu 7 Quand les femmes auront-elles un véritable choix face à leurs accouchements 7 C'est essentiellement en ces termes que la lutte pour l'humanisation de la naissance s'est articulée depuis six ans.Et cette lutte prend de l'ampleur.Il faut voir comment.Premières tentatives En 1978.face à la croissance des accouchements à domicile, on implantait une première chambre de naissance au Jewish General Hospital de Montréal, à titre expé- rimental.Aujourd'hui, il en existe une quarantaine au Québec mais leurtaux d'utilisation varie entre 5 % et 90 %.selon le lieu et la mentalité des médecins.Ainsi, plus une chambre est «médicalisée», proche du fonctionnement de la salle d'accouchement, moins elle est utilisée.En 1980, le ministère des Affaires sociales, alerté par les demandes des femmes, organisait une série de colloques régionaux.Accoucher ou se faire accoucher.Nombreuses, les femmes sont venues dire leurs insatisfactions et poser leurs revendications, qui se résumaient à 1 ) des maisons de nais- LA VIE EN ROSE 22 février 1985 sance ; 2) des sages-femmes ; 3) des moyens d'information sur la grossesse et l'accouchement Le succès de ces colloques incitait le MAS à commander un rapport sur les sages-femmes, mais il n'empêchait pas la fermeture, en 1983.du département d'obstétrique de l'hôpital Sainte-Jeanne-d'Arc.très prisé par les femmes pour son ouverture, même à la présence de sages-femmes lors des accouchements.N'ayant pu contrer cette décision gouvernementale, le mouvement de protestation, de plus en plus organisé (avec une pétition de 80 000 noms), obligeait le MAS à mener une étude d'implantation expérimentale de maisons de naissance.Entre l'hôpital et la maison Qu'est-ce qu'une maison de naissance-on dit aujourd'hui centre alternatif d accouchement ~> «Un lieu où les femmes et les couples pourraient vivre la grossesse, l'accouchement et la naissance dans un environnement physique et humain, respectueux de la façon dont chacune conçoit ces événements », explique le Comité maison de naissance Donc un endroit à la fois moins médicalisé qu'un hôpital mais plus organisé qu'une maison, où l'on pourrait recourir à certaines techniques au besoin, par exemple à la ventouse (plutôt qu'aux forceps) pour faciliter la sortie du bébé.Par ailleurs, on n'y pratiquerait pas de césarienne Bref ce serait un compromis entre accoucher à la maison et accoucher à l'hôpital.Le comité privilégie aussi l'intégration des sages-femmes, mais ne serait-ce pas se mettre à dos le corps médical ?D'abord la tète„ En effet, à en juger par le sort fait au fameux Rapport interministériel sur les sages-femmes commandé par le MAS en 1981.la question fait problème.Depuis janvier 1984.le rapport se promène d'un bureau politique à l'autre, accueilli par les uns, condamné par les autres Car il recommande puis le corps de Léo ni plus ni moins que la «légalisation» des sages-femmes au Québec.Les militantes elles-mêmes, qu'on a d'ailleurs consultées, approuvent ce document à 99 % (Sans doute une première dans les relations entre le mouvement des femmes et le gouvernement ') Un mouvement de solidarité Pour la Fédération des syndicats professionnels d'infirmières et d'infirmiers du Québec (FSPIIQ).la reconnaissance des sages-femmes est devenue une nécessité afin de «mettre un frein à l'industrie obstétricale qui évacue l'expérience humaine au profit de prérogatives économiques (paiement à l'acte) et pseudo-scientifiques (echographies de routine)».3 Sans se prononcer sur l'implantation éventuelle d'un centre alternatif d'accouchement, la FSPIIQ voit en gros la pratique des sages-femmes comme le prolongement de son rôle de nursing C'est une opinion que ne partagent ni Naissance-Renaissance ni l'Association des sages-femmes du Québec, composée de 200 sages-femmes qui ont soit obtenu leur diplôme à l'étranger, soit été formées au Québec, entre 1962 et 1972.en tant qu'infirmières et en vue d'un travail en milieu rural ou à l'étranger.Malgré ces divergences, les groupes intéressés veulent travailler ensemble, ce que le tout récent Mouvement sages-femmes leur permettrait.Ce regroupement cherche la «légalisation» des sages-femmes, la sensibilisation du public (incapable de revendiquer ce qu'il connaît mal) et l'élaboration d'une formation reconnue et appropriée.Et puis le Mouvement veut bâtir sur ce qui existe déjà, c'est-à-dire la coopération et la solidarité entre les sages-femmes diplômées, les sages-femmes pratiquantes et les femmes actives dans les groupes pour la naissance ; le sentiment commun de travailler à un changement essentiel de nos conditions de femmes II est temps que cette préoccupation autour de la naissance sorte de la voie de service où elle a été confinée, au seul usage des femmes enceintes ou qui ont accouché dans l'année.D'ici peu.un dépliant sera distribué afin de démystifier la philosophie et la pratique des sages-femmes Et les 29 et 30 mars, à Montréal, un événement d'envergure réunira des confèrencièr-e-s d'Europe et des États-Unis.Enfin, le Mouvement organise pour l'automne 1985 une tournée provinciale de sensibilisation '^jjP " Toutes ces activités seront ouvertes au public Pour plus d'information Mouvement sages-femmes.CP 129.Suce E.Montréal H2T 3A5 Denise PtouIx est )Ournaliste à la pige II y a maintenant plus de trois mois, elle accouchait à la maison, aidée d'une sage-femme, de la petite Florence-Léa montrée en couverture de LVR 1/ Les chambres de naissance dans la région de Montréal.Sylvie Cadieux et Ginette Lebel.étude réalisée par Alternative-Naissance, août 1984 21 Document de travail du comité, 1983 3/ Conférence de presse de la FSPIIQ, 22 novembre 1984 février 1985 23 LA VIE EN ROSE Cuir-et-chrome En parler encore.L'écrire.Dire, inévitablement, ce qui déjà, sous toutes formes d'articles/livTes/ rencontres/débats, a été dit En parler encore.Re-prendre la douleur, la joindre où j'avais tenté de la laisser Un temps Fraction de seconde et d'espace.Un 5 juillet 1966 de 10 heures, quelque part entre des rails de chemin de fer et l'hôpital du Sacré-Coeur.Un temps.Comme pour chercher le souffle, le saisir au début, en faire soigneusement le tour, à peine et en silence.Se savoir vivante et pouvoir se le dire, même immobile.Surtout.L'histoire est simple.Se répète.Une enfant en voiture avec ses parents, son frère.Situer la scène : coccinelle (on dit VW) bleue à changer, le jour même, pour une autre, musique enjouée, temps clair lustré d'apocalypse, bonne humeur générale, chamailles anodines entre frère (lui, plus jeune de trois ans) et soeur (moi, chemisier gris, pantalon rose dernier cri.dans la poche une photo de coeur, image d'amour, c'est l'âge).Au bord du chemin de fer, l'arrêt.Une seconde, fraction à peine.Et l'accident ! L'accident, justement, comme on dirait «la mort».Trente-trois ans, déjà vieille de coeur, une femme (moi) se souvient, craintive et soucieuse à la fois : en parler encore, n'en finir jamais ! Comment (et que) faire alors pour que l'histoire se tienne, si ce corps flou de douleur, si ce corps déserté ne bouge pas.Permanent «état de siège» Forteresse encerclée, sanglée, attachée.Dure depuis vingt ans cette guerre.Assise à perpétuité comme pour d'autres la prison.Évitons ménage, varices et jambes enflées.État civil, statut, emploi 7 Un mot n'est pas dit, qui commence par H par Anne-Marie Alonzo Assise noble pharaone, scribe accroupie, laissant sa marque au stylet, j'écris, dit-elle, ce qui ne se raconte plus.Seule trône la monarchie.Et dire le mal ne (me) servirait qu'à dire La douleur m'est intime, farouchement personnelle, se partage peu.Cet accident, justement, je disais «la mort».Anesthésièe (certain-e-s disent paralysée), je ne souffre plus.Ai trop souffert.En ai trop ri.Ai bien joué à rire.Ce corps n'existe que par fragments, je sens ne sens pas je sens et le mal comme fines aiguilles s'installe à demeure, par endroits.La douleur immobile n'atteint pas.Seul l'esprit se meurt, seul le coeur.À 33 ans.le ton change, n'est plus le même, l'Année internationale traîne sa marque.Codes, lois, règlements.Même les noms varient.Qui suis-je alors sous tant d'appellations 7 Dossier, cliente, patiente, numéro, quel genre de handicap (comme on dirait quelle saveur de crème glacée), depuis quand 7 Pour l'impôt, des preuves, annuelles : aurais-je bougé, remué d'un millième depuis vingt ans.pourrais-je les tromper, trahir, marcher sans le leur dire ?! Le monde écoute, fait aussi semblant Sur les trottoirs, dans les immeubles parfois, des rampes.L'accès est (se veut) facile.On fait place, on la cède par moments.Nous dérangeons moins.Croyez-vous ?J'ai déjà vu la peur.Peut-être pas vraiment.Dans la rue un homme m'insulte Je roule au milieu du chemin, lui barre la route II crie, dit ce qu'il faudrait taire Alors je sais L'angoisse qui monte, me noue, m empêche de dire, l'angoisse lui reproche, muette: en criant il m immobilise, recrée la février 1985 25 LA VIE EN ROSE douleur d'être, refait l'accident comme on repasse un film Alors lentement, à l intérieur de ce qui est fou de mot je souhaite quïlme heurte de sa voiture, quil me tue ! Cessera là.et seulement là le mal Ilastoppé.estreparxi Je n ai pas souri, tourné la tète, soufflé mot Je raconterai l'histoire.Je les dirai toutes, celles des mille et une nuits d'attente.Pour que tourne le vent comme tournent les roues et que les un-e-s comprennent.Mon corps n'est pas moi L'immobile est décor.Réduite à la tête, la tension monte.Je me suis longtemps tue.La peur, toujours même, qui revient, choisit sa place, s'impose.Chercher sourire, comme une nature autre, mienne pourtant Je ne suis (ne serai ?) pas aimée.(d'Amour s'entend).La cour est sans appel ! Et dans les bars, même le regard des femmes se détourne.J'avais sorti le chemisier, le pantalon dernier cri La chaise, tu vois bien, ne fait pas le moine.Le charme n'opère qu'à peine.Immobile, je le vois, je cherche à plaire Plus encore.Mieux (Oublie les pieds, les bras, les mains, oublie ce corps que je ne saurais voir) Savoir alors mentir Montrer l'infinie variété de masques Ici à la plage, non.pas très difficile de nager, le corps vogue, se laisse flotter, jambes amaigries, manque d exercice 1 (Refus catégorique du regard de l'autre sur ce corps affaissé) Ici une piste de danse, cha-cha improvisé, «adapté» Là : un lancement, excellent pour le moral cette vie publique Ici avec ma mère, elle est très belle en effet Séance de photos terminée.Montrer, prouver, ce qui.malgré, peut être fait.Avec joie ! Parfois l'amour Mais dès le premier souffle, le regard premier, la crainte L'évidence anticipée de l'échec.Nous sommes déjà deux ma-chaise-et-moi, «odd couple».Facile alors de blâmer cuir-et-chrome de tous les «malheurs de Sophie».Aimée, j'attends l'amour, ne le reconnais pas.S'habiller donc, et compter avec le noir de la cuirette.le noir de la housse du coussin, et le chrome qui va avec tout.Quelque part, la garde-robe fait défaut Difficile avec les années et le corps qui ploie, de cacher les.Comment dire 7 11 est important que le pantalon puisse avantager la jambe, en bas du genou (les mollets, vois-tu, sont faibles, inexistants), que la longueur soit bonne pour dissimuler les chevilles.Les chemisiers sont amples, les muscles de l'abdomen se relâchent, il faut pallier Adolescente, je pensais à une col- lection quatre saisons.Sinon suivre la mode, du moins «l'adapter».L'importance de (bien) paraître.Cacher, faire oublier, dissimuler, maquiller, tout pour éviter d'avoir l'air L'importance de paraître.Il y a des moments et la mémoire flanche, fait défaut, insiste sur des faits, m'embrouille, me reprend comme si je m'étais trompée.Il y a des moments, comme pour tout le monde, et cela ne me console pas.Ma mère retrouve mon trophée, le seul.Quatorze ans, un corps d'athlète, disait-on.Lancer du poids, du javelot, course, sauts, barres asymétriques, poutre d'équilibre, seules olympiades.Sur la plaque de laiton : «Meilleur esprit sportif 1965-66».Déjà, l'esprit.Avant tout Reste alors le rêve, les jambes revues et corrigées, les bras qui s'élancent, les épaules et je me surprends du désir de mon corps enfoui.Nostalgique de moi comme d'une autre, déjà connue.Je me souviens ne me souviens plus, ne sais plus de quoi, exactement, je me souviens.Tout est vrai, je le jure, rien ne l'est.L'année de réclusion : hôpital, centre de réadaptation Que faisiez-vous donc à quatorze ans 7 Sage enfant, docile enfant des anges, je m'étonne, ne me plains pas.Physio-ergo-thérapies, garder le tonus, la forme physique, réintégrons socialement, le système attend ! Cette fois, nul ne s'occupe de l'esprit.Tout s'ébranle qui n'est pas atteint de mutisme.J'étouffe, me débats, croule sous le poids.On (me) soigne, ne prévient pas.Pas d'esprit sain dans ce corps.peu importe, elle (moi) s'y fera.À quatorze ans.Juliette mourait d'amour Je mourais aussi.Seule réalité, explication.Faire alors re-vivre l'impossible, traverser les interdits, tresser, mains immobiles, des paniers d'osier et taper, lentement, une lettre à la fois.Apprendre à écrire, écrire avant tout.Aujourd'hui je sais L'aimer fait mouvoir Sur le matelas d'exercice : regarder ses yeux, implorer, s'y voir mobile, grandie, accepter (espérer 7) la douleur, plier le bras, mourir, la regarder plier la jambe, mourir et prier que le supplice achève.Elle demandait de lever les bras, de garder l'équilibre, de jouer avec elle au ballon, de tenir, de ne pas tomber, de recommencer.Elle demandait, voulait tout Ce cliché .j'aurais soulevé des montagnes.Je l'ai fait.Par moments.Par moments j'ai flanché.Tout semble loin, de ce gymnase à la maison.L'âge impose des lois.Assise aujourd'hui, chaque mouvement me la rappelle (elle).Chaque battement.L'hiver insiste.Me rend pareille à tous et toutes.Camouflée, cachée, emmitouflée (En)terrée.Nulle ne bouge alors et la neige se couvre de chrome.Elle aussi.L'hiver me fait (te) ressembler, m'aspire et m'occulte à la fois.J'appelle pourtant toute différence, l'exige, ne me veut ni semblable ou pareille mais simplement reçue, prise telle que donnée.Altière le suis, le serai de tous temps, altière et fière, leçon maternelle, savoir, apprendre à relever les yeux, les regards ne tuent pas.Terre des hommes.Devant, un spectacle oriental Je voudrais voir, regarder, la foule est partout par terre, je recule, abandonne, m'apprête à quitter Une vieille femme, si vieille qu'on la dirait d'un autre âge s approche Le parler est franc, direct, l'allure burlesque, touchante Je ne ris pas.la suis alors que.de coups de coudes en coups de sacs, elle forge chemins et sentiers pour cette traversée de la mer Rouge Moïse, pour moi elle fend les eaux Je ne verrai pas les danses Une femme debout, rigide rèche et revèche s'impose croit sàffirmer me cache la vue Elle ne bougera pas.ne changera pas de place Si je veux voir, il y a des endroits «spéciaux» dit-elle, pour des gens comme moi Elle travaille dans un centre de réadaptation, sait quoi faire, quoi dire, elle nous connaît ne se laissera pas faire Je me dis qu elle aille au diable La vieille dame insiste heurtée, elle grogne et tempête Elle souhaite à l'autre la pire des calamités, prend ma défense en toute bonne volonté, crée une émeute, attire l attention Entre elles deux, offerte et refusée, je ballotte, marchandise à écouler.Trop comme pas assez.De l'attention exagérée, du maternage à l'indifférence, peu de juste mesure.Menaçante cette chaise, attire et repousse.Difficile de s'y retrouver et l'identité perd du terrain.Femme, handicapée, immigrée, les minorités me rendent majeure.Et vaccinée.Les paroles déferlent à présent, avalanche de maux plus jamais cachés, retenus.Incidents de parcours, accidents de la route, tout sert d'histoire.Je me suis (trop) longtemps tuée.Anne-Marie Alonzo.poète et critique, auteure de Veille et de Geste, entre autres, est aussi membre de la rédaction des revues Estuaire et Fruits LA VIE EN ROSE 26 février 1985 HANDICAPÉES ombien y a-t-il de personnes handicapées au Québec 7 Près de 500 000, si l'on ajoute aux cas de déficiences mentales les diverses formes de déficiences physiques (voir encart).Environ 80 % de ces personnes sont exclues de toute vie professionnelle, donc sociale, étant donné l'importance accordée au travail dans notre société.La majorité pourrait fort bien avoir une activité rémunérée et mener une vie plus autonome, mais la persistance de nos préjugés leur oppose des obstacles faits de pitié, de scepticisme quant à leurs capacités, de peur de leur différence.On peut devenir handicapé-e dans toutes sortes de circonstances.Mais certaines sont plus «favorables» que d'autres ; un accident de la route ou de travail, par exemple, donneront lieu à différents supports sociaux : rentes, dédommagements, programmes de réadaptation ou d'aménagement domiciliaire auxquels n'auront pas droit ceux et celles qui deviennent handi-capé-e-s en de moins nobles situations.En tombant d'une échelle alors que vous faites vos carreaux, en accouchant, ou en naissant, en contractant une maladie non professionnelle, vous n'aurez droit qu'au strict minimum ironiquement appelé «bien-être social».AU Inutile de raisonner longtemps pour comprendre que la majorité des acciden-té-e-s de la route ou du travail ne sont pas les femmes, à cause de leur plus faible intégration professionnelle, de leur moins fréquente utilisation des voitures, du danger moins spectaculaire de leurs emplois.Ne soyons pas sexistes : les métiers spécifiquement masculins présentent plus de risques d'accidents ou de maladies professionnelles.Je parle des mines, des chantiers, des scieries, des forêts, des usines où l'on manie machinerie lourde ou produits toxiques.Y a-t-il plus de femmes que d'hommes handicapé-e-s 7 Les statistiques manquent pour le dire.On peut tout de même affirmer que les femmes handicapées sont en général plus «mal prises» Suite aux basses considérations matérielles (.et vitales) déjà citées, mais aussi pour d'autres raisons Une femme handicapée trouvera rarement mari ou compagnon et.si elle est déjà mariée, elle perdra plus facilement conjoint qu'un homme dans la même circonstance : on connaît l'instinct maternel ou «infirmier» des femmes ! Si elle cherche à intégrer ou réintégrer le marché du travail, elle aura plus de difficultés qu'un homme (qui en a déjà pas mal.merci) : l'apparence, pour une femme cherchant un emploi, joue beaucoup plus que pour un homme.Par contre, une petite fille devenue han- R É CAR par Gloria Escomel février 1985 27 LA VIE EN ROSE dicapée a plus de chances qu'un petit garçon d'être gardée par ses parents, plutôt que d'être confiée au centre hospitalier ou.moindre mal.au centre de réadaptation : elle inspire davantage pitié.Nous ne parlons ici que de la minorité, c'est-à-dire des personnes handicapées physiques (déficiences motrices, auditives, visuelles).Cela nous évite le douloureux débat sur la stérilisation des personnes handicapées mentales, qui porte surtout, disons-le en passant, sur la fertilité des femmes plutôt que sur celle des hommes, en vertu de ce bon vieux proverbe machiste : «Je lâche mon coq, gardez vos poules !».qui fait reporter la responsabilité de la procréation aux femelles de l'espèce.Cependant, même les femmes n'ayant que des handicaps physiques sont souvent pénalisées dans leur désir d'avoir un enfant.On invoque des raisons médicales (dans certains cas.comme celui de la sclérose en plaques, la grossesse est déconseillée), héréditaires (l'ataxie de Friedreich, par exemple), ou fonctionnelles (qui s'occupera de l'enfant ?La question ne se pose même pas lorsque c'est le père qui est handicapé.La mère se chargera de tout, voyons donc ! Y compris du travail rémunéré.) Déjà, les raisons fonctionnelles sont utilisées très arbitrairement mais, pire, c'est souvent en fonction de préjugés qu'on intervient pour qu'une femme handicapée n'ait pas d'enfants.Mais qu'elle ait la paralysie cérébrale, qu'elle soit paraplégique, aveugle ou sourde n'empêche pas une femme d'avoir des enfants et de s'en occuper, moyennant quelques adaptations, comme pour tout autre type d'activité.Les plans de l'Office À voir l'activité militante et l'efficacité manifestées par les femmes handicapées dans leurs associations, on voit cependant ce qu'elles seraient capables de faire si on leur donnait une chance d'intégration professionnelle.Mais, hommes ou femmes, la majorité des personnes handicapées vivent cachées et inactives.Le mot intégration est à la mode depuis une décennie et 1Office des personnes handicapées a déployé d'immenses efforts pour qu'il devienne une réalité, mais la société est encore loin de permettre un rôle actif aux hommes et femmes handica-pé-e-s.Créé en 1978, l'Office des personnes handicapées du Québec a pour mandat de faire respecter la Loi assurant l'exercice des droits des personnes handicapées, de veiller à la coordination des services qui leur sont dus - ou de remplacer ceux qui n'existent pas ou qui sont lacunaires - et d'élaborer une politique d'ensemble.En sept ans, cet organisme gouvernemental présidé par Laurette Champigny-Robillard (la première présidente du Conseil du statut de la femme) a abattu un travail considérable, même si ses moyens n'ont pas toujours été à la hauteur de sa tâche.Son service à la clientèle, bien que long à répondre aux demandes tant il a été rapidement dépassé par les besoins exprimés, offre un plan de services pour pallier les carences des autres programmes gouvernementaux.Une personne handicapée et laissée pour compte par tous peut bénéficier d'un plan de services individuel : après analyse de ses besoins, on lui donne les moyens de mener à bien son «projet de vie», en vue d'une autonomie sociale ou professionnelle, soit par une aide matérielle, soit autrement.Le plan de services peut ainsi défrayer le coût d'orthèses ou de prothèses non fournies par la Régie d'assurance-maladie, l'adaptation du domicile aux besoins de la personne handicapée, ses transports lorsqu'il n'y a pas de transports adaptés dans sa municipalité.Le plan peut aussi lui allouer un montant pour se payer un service de maintien à domicile, si les organismes concernés (CLSC.CRSSS, etc.) n'ont pas suffisamment de personnel pour le faire.Le plan de service peut être assorti d'un «contrat d'intégration professionnelle» : l'Office défraiera le salaire de l'individu-e et celui d'un éventuel moniteur pendant la période où.commençant à travailler, sa rentabilité sera moindre, et s'occupera d'adapter son poste de travail.Le miracle nécessaire C'est là un petit renseignement pratique, parce que l'Office n'est pas aussi connu qu'il le devrait, malgré tout le battage publicitaire des dernières années, surtout de 1981.l'Année internationale des personnes handicapées, qui s'est terminée ici par une conférence socio-économique organisée par le gouvernement québécois.Même en 1984.avec le lancement de la politique d'ensemble À part égale, les personnes handicapées sont un public-cible difficile à rejoindre, et la plupart du temps, elles ignorent les services auxquels elles ont droit.Si vous en connaissez, faites donc passer le renseignement, s'il vous plaît.sans discrimination de type de handicap (physique ou mental^ ou de sexe.Il est également bon de savoir qu'en vertu de la loi.toutes les entreprises de 50 employè-e-s et plus doivent présenter à l'Office des plans d'embauché pour donner, à plus ou moins longue échéance, plus d'emplois aux personnes handicapées.La politique d'ensemble À part égale, déjà endossée par le gouvernement au début de l'année 84.se propose aussi d'égaliser les chances de ces personnes, quelle que soit l'origine de leurs déficiences.Mais ce qu'aucune loi ni aucun office ne peuvent provoquer, c'est un miraculeux changement des mentalités envers les personnes handicapées.Car leur principal obstacle, ce sont les résistances et les craintes qu'elles peuvent inspirer aux autres : oui.craintes, car toute différence nous fait peur.Il ne s'agit pas non plus de tomber dans une pitié lénifiante, mais simplement de comprendre.Leurs limitations fonctionnelles nous semblent importantes, mais les personnes handicapées ont dû apprendre à vivre avec et savent, elles, les surmonter.Elles sont toujours plus autonomes qu'on le pense.Encore faudrait-il leur laisser une chance de nous le prouver ! Gloria Escomel est journaliste pigiste et professeur de littérature.En 1981.elle a été coordon-natrice de l'Année internationale des personnes handicapées pour le Québec.Chiffres et adresses On évalue à 500 000.approximativement, le nombre total des personnes handicapées au Québec, en accumulant les données établies par les différentes associations représentatives.Ce ne sont pas des chiffres certains mais des estimations En sont exclues les personnes souffrant de déficiences organiques : insuffisance rénale, diabète, etc.Déficience mentale (légère : 169 000) Déficience d'ordre psycho-pathologique Déficience physique : motrice visuelle surdité troubles du langage 191 000 20 000 70 000 50 00C 56 000 56 000 Pour plus de renseignements sur les droits des personnes handicapé-e-s et les services offerts, il faut contacter l'Office des personnes handicapées du Québec : Bureau central : 309, rue Brock.Drum-mondville (Québec) J2B 1C5.Tél.: 1 -800-567-1465).Montréal : 2.Complexe Desjardins.Tour de l'Est.14' étage, n° 1418.CP.97.Montréal H5B 1 B2 Tél.: 873-3905.LA VIE EN ROSE 28 Faites-vous un cadeau! Offre super-spécial d'abonnement à Nuit Blanche, l'Actualité du livre Si vous ne connaissez pas encore Nuit Blanche, voici une occasion exceptionnelle de découvrir la principale revue québécoise d'information entièrement consacrée au monde du livre francophone.Nuit Blanche offre à tout nouvel abonné un des 4 livres suivants: M .Hll < I VIHt HI US Sommeil d'hiver (,.\B Kl 1.1.1.1.1« >Y L Amant Sommeil d'hiver, de Marie-Claire Biais, Editions de la Pleine Lune De quoi t'ennuies-tu Evelyne, de Gabnelle Roy, Boréal Express (Ces 4 succès de l'année 1984 ont une valeur de 9.95 $ et plus chacun en librairie) Profitez-en pour abonner vos amis.Cette offre n'est valide que jusqu'au 30 avril 1985.NUIT BLANCHE NUnjHJJKHE NUIJ^NCHE NUIT BLANCHE NUIT GRATUIT! 2 anciens numéros pour tout nouvel abonnement.Je profite de l'offre spéciale d'abonnement a Nuit Blanche et je m'abonne pour six numéros à partir du numéro _ Inscrire le titre du livre-cadeau choisi- Entourez d'un cercle les deux anciens numéros gratuits que vous désirez recevoir: 9 10 11 12 13 14 15 16 Remplir soigneusement le coupon d'abonnement et joignez-y un chèque ou mandat-poste au montant de 12 50$ (10 00 S pour l'abonnement + 2 50 $ pour couvrir les frais de port et de manutention) Nom Prénom Rue App : N Ville Code postal Province Tél.: nuit blanche t actualité du livre N'oubliez pas votre chèque a l'ordre de Nuit 3lanche, 20 rue St-Jean local 122.Québec, Canada G1R 1N6 Tél.: (418) 525-9166 Anciens numéros disponibles 2 00 $ l'exemplaire Abonnements à l'étranger: 20 00 $ Comme cr Marie-Blanche Rèmillard e la connais depuis longtemps.Marie-Blanche Plus longtemps qu elle ne me connaît Son histoire a suscité chez moi bien des crampes interrogatives Comment avait-elle accepté de continuer à vivre ?Jeune, active, jolie, intelligente, elle était devenue handicapée à l'âge où une jeune femme est en pleine possession de ses moyens Je la savais très engagée dans la défense des droits des personnes handicapées au Québec, entre autres en tant que présidente du Regroupement des usagers-ères du transport adapté de 1981 à 1984 J'avais eu vent aussi de sa traversée de l'Atlantique à l'été 84.à bord du Jacques-Cartier Ce que je ne savais pas délie, elle me l'a confié par un beau dimanche doctobre Issue dune famille de filles - elle a cinq soeurs - avec une mère travailleuse sociale et un père prof de cégep et écrivain Mane-Blanche a da-bord étudié la philosophie à l Université Laval puis les arts à l École du Musée à l'UQAM et à Concordia Elle partage présentement son temps entre son travail pour lOffice des personnes handicapées du Québec, au bureau de Drum-mondville et ses nombreuses activités et multiples amies à Montréal ou partout ailleurs sur la planète Marie-Blanche est plus mobile que la plupart dentre nous Toujours aux aguets, elle prend le temps de réfléchir avant de répondre à mes questions, les yeux grand ouverts Comme la fatalité Mon accident1 C'était en 1977.Je venais de rompre avec mon chum, qui était américain L'année scolaire commençait à l'UQAM et s'annonçait très bien.J'étais enthousiasmée.J'avais suivi mes premiers cours le mardi, et le jeudi soir.il y a eu un incendie.chez moi.Un incendie criminel, au milieu de la nuit.À l'odeur du feu, je me suis réveillée.J'ai vérifié si le poêle était allumé, il ne l'était pas.J'ai ouvert la porte de mon appartement.il y avait des flammes et de la fumée dans l'escalier Je me suis alors précipitée dans la cuisine et je me suis assise sur le rebord de la fenêtre.J'habitais au troisième étage.Les autos passaient.Des gens aussi, qui commençaient à s'arrêter : «Ne sautez pas.mademoiselle '» J'ai senti mes cheveux qui grésillaient.Je me suis dit que je me casserais les jambes (je n'ai jamais pensé à la colonne), que j'allais rater ma session.J'avais 26 ans.À l'urgence, il y avait plein de monde pour moi.Je n'avais plus de sensibilité en bas de la ceinture.Le soir même, un bel interne m'apprenait avec beaucoup de ménagement que mes jambes avaient été irrémédiablement atteintes.J'ai un peu vécu la suite comme dans un rêve.J'ai reçu beaucoup d'amour de mon entourage.Et je me prenais pour une sainte.J'ai des photos de moi, à l'hôpital.On dirait la pureté incarnée.Je voulais être drôle pour ma visite.Je faisais comme si ce n'était pas grave, ce qui m'était arrivé.Je me souviens aussi que mon équilibre tenait à l'ordre de mon univers matériel immédiat.Mon magnétophone à portée de main, mes livres rangés à mon goût.Ce genre de détails prenait soudain une importance vitale.À l'Institut, pendant ma période de réadaptation, j'avais l'impression que mon bonheur allait être lié au fait que quelqu'un s'occupe de moi.Mon chum était revenu, nous étions très proches l'un de l'autre.Mais j'étais en train de développer une vision très matrimoniale de la vie de couple.La passion, l'attirance physique, la sexualité seraient évacuées de cette vie-là.Je croyais que je ne pourrais plus inspirer que de l'amour-protection, de l'amour-tendresse.Qu'on me trouverait sans doute gentille et charmante, mais jamais plus séduisante.Ça n'a pas duré longtemps.À l'Institut, j'ai trouvé séduisant un gars qui ne bougeait ses bras qu'avec difficulté et pas du tout ses jambes.Il y a eu comme un effet de retour sur moi.Si je pouvais le trouver sexy, il n'y avait aucune raison pour que je n'inspire pas le même sentiment.Au sortir du rêve Je me suis réintégrée rapidement dans le flot de la vie.Je suis sortie de réadaptation en février pour aller vivre avec ma soeur et mon chum.À la fin de cet été-là, j'ai décroché un petit emploi à la Société des fêtes nationales, emploi qui a été salutaire et a facilité mon retour à la vie dite normale.J'ai recommencé l'université en septembre, à Concordia, qui était plus accessible aux personnes en chaise roulante.En me réintégrant, j'ai constaté toutes sortes d'attitudes, de croyances autour de moi.Entre autres, qu'une personne handicapée est le vivant rappel de la fragilité du corps.Limage de maladie, de menace et de mort associée au fauteuil roulant, je l'ai vue, je la vois encore dans les yeux des autres Parmi les personnes qui s'approchent de moi, il y a celles qui me trouvent sympathique et pour lesquelles mon handicap n'est pas un obstacle, ou présente un intérêt supplémentaire.Il y a aussi celles qui s'approchent parce que leur premier réflexe, dans la vie.c'est d'aider.Et puis il y a les curieux-ses.qui ne te regardent pas dans les yeux, qui sont attiré-e-s par le phénomène C'est parfois inhumain, et parfois une façon maladroite d'entrer en contact.Somme toute, il n'existe pas d'attitude univoque.Souvent, les attitudes rafraîchissantes sont le fait de personnes qui ont bien connu une personne handicapée.Mais le manque de simplicité, face au handicap, je le comprends.Je l'ai vécu quand j'ai commencé à militer et à rencontrer des personnes souffrant d'un handicap autre que le mien.Je comprends donc que les gens exa- I gèrent parfois dans leur délicatesse.Au ô point de vouloir faire abstraction de ma f chaise roulante, pourtant bien réelle.Elle g requiert un certain temps de soins chaque année, cette chaise.Un handicap entraîne § des limitations fonctionnelles dont il faut ï LA VIE EN ROSE 30 février 1985 /ec l'hiver Une entrevue de Josette Giguère tenir compte.Pour moi, l'attitude idéale serait un mélange de conscience du handicap et d'acceptation de la personne.Un certain regard Il m'est impossible d'envisager une relation amoureuse avec quelqu'un qui ne m'accepterait pas totalement Je veux être aimée non pas malgré, mais avec mon handicap.J'ai besoin de me sentir en confiance avec mon partenaire.La sexualité est un domaine de jeu, de rire, de plaisir et de détente En dépit d'une diminution de sensibilité, mon corps est aussi présent, aussi capable de recevoir et de donner l'amour.Il m'airive cependant de souhaiter que mon corps soit invisible J'aimerais pouvoir toucher et être touchée sans qu'on puisse le voir.Je ne suis donc pas tellement différente des femmes au corps vieillissant ou de celles qui n'aiment pas leur corps.J'ai intégré les critères esthétiques de ma société et, dans une partie de moi, j'en suis victime.Pourtant il y a des moments où je me sens comme un tout.À ces moments-là.dans mon sourire, mon regard et mes gestes, lorsque je suis une.non seulement je me sens séduisante, mais je séduis.Au contraire, lorsque je me trouve un air infirme, le regard des autres me pèse II est d'autant plus important que je n'aie pas.face à moi-même, des réticences que je ne veux pas retrouver chez les autres.J'ai eu un chum handicapé, après mon chum américain, qui m'a beaucoup aidée.Il m'acceptait inconditionnellement, il m'aimait totalement.Probablement comme n'importe quelle femme souhaiterait être Comble de désespoir, vous avez pige son nom pour l'échange de cadeaux au party de bureau ?Vous aviez bien songé lui offrir une p'tite bombe à retardement.Mais vous êtes contre la violence ou vous craignez le (¦«grand» bras de la justice.Je vous propose une solution, presque aussi efficace et tout à fait légale, celle-là Offrez-lui donc un album de Mafalda.Vous courez la chance qu'en pleine lecture il soit victime d'une attaque cardiaque.S'il en réchappe, soyez assurées qu'au moins il ne vous adressera plus jamais la parole.4*5^ Claire Lapointe est une pigiste originaire d'Abitibi, depuis longtemps militante de groupes syndicaux, populaires et féministes Le père de Mafalda Joaquin Salvador Lavado (Quino) est né à Mendoza.en Argentine, en 1932.Il habite actuellement Milan.En 1963.il était reconnu comme l'un des meilleurs humoristes gra-phrques argentins et il créait sa première et unique série de bandes dessinées : Mafalda La petite Mafalda devient très vite un best-seller Vingt ans plus tard, les (huit) albums sont traduits et diffusés dans une douzaine de pays.LA VIE EN ROSE 46 février 1985 Mafalda et ses amis 1 Mafalda 2 Encore Mafalda 3 Mafalda revient 4 La bande à Mafalda 5 Le monde de Mafalda 6 Le petit frère de Mafalda 7 La famille de Mafalda Littérature Le choc du présent Le 3 novembre dernier, au chic Ritz, à Montréal, la Société des écrivains canadiens présentait une table ronde sur « la fiction et la réalité dans le roman québécois contemporain ».La réalité devait d'ailleurs y dépasser la fiction, vu le décalage qui alla s'agrandissant entre les romancières invitées et un public nostalgique et quasi sexagénaire.par Gloria Escomel ace aux dangers qui menacent nos civilisations, l'écrivain peut-il se couper totalement de la réalité et s'abstraire dans une fiction totale qui se définirait comme une évasion ~>» Cinq ècrivain-e-s étaient invité-e-s à répondre : Gérard Bessette.Marie-Claire Biais, Dominique Blondeau.Agnès Guitard et Francine Noël.«Je ne savais pas.a d'abord ironisé Gérard Bessette, qu'il fallait parler des dangers nucléaires pour aborder la question de la littérature québécoise.» Cette pirouette lui permit de s'en tirer en cinq minutes, en ne parlant de rien.Marie-Claire Biais commença par souligner qu'à l'heure même de cet échange sur la littérature québécoise, 27 pays en ce monde étaient menacés d'extinction lente par la famine et le désespoir, et elle fit remarquer le privilège et les responsabilités des écrivain-e-s qui avaient le loisir de pouvoir s'exprimer parce que «libres et nourri-e-s».L'auteure A'Une saison dans la vie d Emmanuel défendit ensuite le travail d'auteur-e-s qui «n'élèvent jamais la voix pour défendre leur oeuvre, car ils et elles sont trop humbles», mais qui ont assumé leur responsabilité de témoins ou de pion-nièr-e-s d'une écriture moderne.Concluant sur «le bouleversement continuel qu'est l'écriture confrontée aux réalités contemporaines», elle exprime sa crainte de voir cette écriture «menacée de disparition» : «Je sens la fragilité de nos témoins qui écrivent la douleur de vivre à notre époque et je me demande comment nous aussi, notre tour venu, nous saurons survivre.» Questionner le réel Dominique Blondeau.après avoir souligné l'ambiguïté des termes «fiction» et «réalité» et précisé qu'une séparation trop nette entre les deux pouvait être un piège, indiqua qu'elle emploierait le mot fiction comme synonyme de ce qui est coupé du contexte social et de ses pro- blèmes, considérant, quant à elle, que l'oeuvre romanesque ne peut pas être radicalement coupée de cette réalité, sous prétexte d'évasion et de goût du bonheur «Je voudrais que la réalité affrontée, dénoncée, écrite et décrite par plusieurs écrivain-e-s nous achemine, semblable à l'oeuvre de Marie-Claire Biais, vers la certitude que, grâce à cet affrontement, s'ouvrira devant nous une route, sinon harmonieuse, du moins rédemptrice».Agnès Guitard se porta, elle, à la défense de l'imaginaire - fictions poétiques, fantastiques, science-fiction - en démontrant combien cette littérature avait le pouvoir d'épurer et de styliser la réalité, la montrant avec une sorte d'emphase, tandis que des récits «machinalement réalistes», très codés, comme les romans policiers ou les romans Harlequin, la déforment complètement par l'utilisation de situations et de caractères simplistes De son côté, Francine Noël souligna que toute écriture «est un travail sur le réel», et que «le devoir de l'ècrivain-e est de le questionner (.), de le donner à voir de façon nouvelle, forcément violente puisque toute nouveauté dérange » Elle mentionna, à titre d'exemple, la littérature féminine et féministe, qui présente une réalité jusqu'à présent escamotée et nous fait pénétrer dans l'univers féminin, malgré la rigidité de la langue française à marquer le genre féminin.Que n'avait-elle osé proférer là ! Ce simple paragraphe de sa communication, cet exemple en passant, mobilisa la hargne dune série de respectables vieux messieurs apparemment confrontés pour la première fois à de tels propos.À vrai dire, les réactions de la salle démontrèrent à quel point ces quatre romancières, en soutenant la nécessité pour les écrivain-e-s de témoigner de leur réalité et de dénoncer les menaces pesant sur notre monde, étaient perçues comme agressives.Pirce que ces propos sérieux étaient tenus par des femmes alors que le seul romancier invité s'en était tiré par une pirouette improvisée ?Bonheur sous caution Il y eut aussi, venant de la salle, des voix pathétiques de femmes pour réclamer des écrivain-e-s qu'ils et elles tiennent compte du bonheur dans leurs oeuvres, comme si on avait besoin de cette caution de la fiction pour croire à la réalité du bonheur dans la vraie vie.Voix coupées par celles, agressives, de pontifiants individus voulant à tout prix donner leur définition du bonheur, à leur tour coupées par celles d'autres impatients qui en oubliaient la politesse exigée par leur tenue cravatée pour insulter celles qui osaient prétendre que la littérature des femmes apportait quelque chose de neuf.Un célèbre inconnu alla même jusqu'à invectiver Marie-Claire Biais, lui demandant si le réalisme autorisait la caricature que les femmes faisaient de la société québécoise et si c'était là cette fameuse originalité qu'elles avaient apportée à la littérature, selon Francine Noël.Avec dignité et intelligence, Marie-Claire Biais rappela le droit des écrivain-e-s à leur sensibilité et à leurs perceptions propres du réel et se porta à la défense de la littérature féminine et féministe, «sans pour autant dévaloriser celle de nos auteurs masculins» Son appel au calme et son rappel du sujet de la discussion ramenèrent les esprits échauffés et désordonnés à la fiction et à la réalité, à laquelle, de toute manière, le public semblait n'avoir rien compris.bien que constitué essentiellement par les membres de la Société des écrivains.Mais d'écrivains qui ont dû oublier de lire autre chose que les oeuvres pieuses et rimées des années 1900.Fiction et réalité : la solidarité et l'inte ligence des exposés de quatre romancières tombaient décidément en porte-à-faux avec la réalité fictive de leur public, un peu désuet, il est vrai.Mais peut-être plus représentatif qu'on ne le pense de notre bourgeoisie bien pensante ?Gloria Escomel est lournaliste à la pige et collaboratrice régulière de LVR LA VIE EN ROSE 48 février 1985 Littérature Sarah Kof man Une philosophe démasque les pères Sarah Kofman avais lu et aimé le livre de Sarah Kofman intitulé Le Respect des femmes quand j'ai choisi d'assister à ses cours à l'Université de Paris-1, l'ancienne Sorbonne, il y a deux ans.Je ne fus pas déçue.Non seulement j'apprenais énormément, mais c'était un plaisir sans cesse renouvelé de voir cette petite femme énergique mettre en pièces des textes de Freud.Auguste Comte et Rousseau.Je l'ai revue à quelques reprises par la suite et je me suis rendu compte que cette femme à l'esprit percutant était passionnée par son métier de philosophe, d'où cette exigence intellectuelle tant pour elle que pour les autres, qui peut passer pour de la brusquerie.En novembre dernier, elle donnait une série de conférences aux États-Unis et au Québec.Lors de son passage à Montréal, au congrès de la Société de philosophie, elle a accepté de me rencontrer.Nous avons bavardé de son enfance, de sa carrière et des femmes, bien entendu.Sarah Kofman est française, née de parents juifs Aînée dune famille de six enfants, elle n'avait que huit ans.en 1942.alors que son père, un rabbin, était «ramassé» et déporté à Auschwitz.Dans son texte Cauchemar (in Comment s'en sortir), elle a exprimé l'angoisse qui l'étrei-gnait un an plus tard, au moment de fuir sa demeure de la rue Ordener.ayant appris que sa famille «était sur la liste» pour cette nuit-là.Ses frères et soeurs étaient déjà cachés à la campagne.C'était en 1943.elle n'avait que neuf ans.et en par Monique Langlois descendant avec sa mère «la longue rue Mercadet» vers la rue Labat où une femme les accueillait les soirs de rafle, elle vomissait son repas, pensant ne pas s'en tirer.Elle a vécu cachée le reste de la guerre.Elle a donc eu une enfance difficile, me raconte-t-elle.et si elle a pu terminer ses études c'est par l'obtention de bourses Agrégée de philosophie en 1960.Sarah Kofman a enseigné à l'Université de Paris-1 à partir de 1970 et a terminé son doctorat d'État en 1976 Mais elle demeure toujours «maître-assistant», en dépit d'une réputation internationale ; elle estime que c'est à cause, entre autres, de ses recherches théoriques sur la fonction sexuelle du philosophe (homme) que sa carrière philosophique est actuellement bloquée Elle croit que sa reconnaissance serait plus grande à l'université si elle était un homme.Il faut dire que ses re-lectures de Freud.Nietzsche, Comte, Rousseau et Kant se fondent sur un point de vue féminin et que la rationalité dite masculine en prend pour son rhume Elle y va «franco», selon son expression.En effet.Sarah Kofman poursuit inlassablement et rigoureusement les «fins de l'homme» cachées derrière les discours «pseudo-scientifiques» de ses pairs qui sont parfois, ironie du sort, les pères de leurs disciplines II suffit de nommer Freud en psychanalyse et Auguste Comte en sociologie.Ainsi, dans L Énigme de la femme et dans Le Respect des femmes, elle montre que les fins de Freud et Rousseau sont l'assujettissement des femmes et l'assurance de leur possession tranquille La seule façon, pour l'homme, de surmonter l'angoisse de castration serait de fixer la femme dans une position stable féminine, alors que pour Sarah Kofman le «devenir femme» n'est jamais assuré et que c'est justement l'oscillation entre la position masculine et féminine qui le spécifie.Il est impossible de parler de tous ses livres car depuis 1970 elle en écrit un tous les deux ans.sinon tous les ans.Le fil conducteur de l'ensemble demeure la, psychanalyse, mais à y regarder de plus près l'art demeure une de ses préoccupations À surveiller cette année, la réédition de son livre.L'Enfance de lart et la publication de La Mélancolie de lart qui regroupe différents articles, en particulier un texte sur Balthus et la conférence sur Diderot donnée à l'Université de Montréal en novembre dernier.Finalement, je lui ai demandé si elle était féministe Elle m'a dit «avoir été plus persécutée comme Juif que comme femme».C'est pourquoi sa préoccupation principale a été de «s'affirmer en tant que Juif».Elle précise être féministe «à l'intérieur de son travail théorique, en montrant, contre le parti pris traditionnel, que la femme est capable de rigueur».À voir le grand nombre de personnes présentes à ses conférences, je pense que la validité de sa démarche, celle du féminin, fait son chemin en milieu universitaire Enfin Monique Langlois.historienne d'art, termine un doctorat en philosophie (esthétique) à l'Université de Paris-X.Nanterre février 1985 49 LA VIE EN ROSE Histoires de cuisine et d'aventure Bergman est-il un cinéaste « domestique » ?Pourtant, on reproche encore aux films de femmes d'être trop « personnels ».C'était l'un des débats du festival Through Her Eyes, à Toronto, du 22 novembre au 2 décembre derniers.e festival international de films de femmes était présenté dans le cadre des activités du Harbourfront, le vieux port torontois nouvellement restauré Le programme, très alléchant, comprenait une sélection Women Choose Movies, faite par quatre femmes du milieu du cinéma : Andrée Pelletier, comédienne québécoise.Suzanne McCormick.anciennement directrice du Festival international de Chicago et aujourd'hui directrice de Filmex à Los Angeles.Sheila Benson, critique de cinéma au Los Angeles Times et Jutta Bruckner, réalisatrice allemande.Un hommage à Jeanne Moreau nous a permis de rencontrer la grande comédienne et réalisatrice, venue présenter son récent Portrait of Lilian Gish.le premier d'une série de documentaires sur les actrices.Parmi les réalisatrices, il y avait aussi l'Irlandaise Pat Murphy (Ann Devlin et Maeve).l'Israélienne Mira Recanati (A Thousand Little Kisses), les Québécoises lolande Rossignol, Micheline Lanctôt.Léa Pool et Kathleen Shannon, invitée à présenter une rétrospective du Studio D à l'occasion de son 10' anniversaire, des réalisatrices hollandaises, américaines, britanniques et.chinoises ! Enfin, le festival se clôturait sur un programme du Canadian Filmmakers Distribution Center de Toronto.Lorsqu'on sait que la Corporation Harbourfront est un important complexe par Diane Poitras abritant promenades, boutiques, restaurants, bars, salle de théâtre, marché d'antiquités, bref, une grosse entreprise, avec du personnel et une infrastructure permanente, on est moins surpris-e par l'envergure de ce festival, le premier du genre à Toronto depuis 10 ans.C'est Hanna Fisher, responsable de la programmation des films à Harbourfront.qui en a eu l'initiative.C'est elle aussi qui, à un moment critique, a convaincu ses patrons de poursuivre le projet, pourtant assuré d'un déficit de 24 000 $.En plus des ressources de la Corporation, le festival a reçu l'aide de Téléfilm Canada, de la Municipalité de Toronto et d'entreprises privées dont Air Ofinada.Ford du Canada et Red Rose.On s'étonne qu'un festival de films de femmes avec autant de moyens ait été si peu annoncé dans les milieux féministes et cinéphiles du Québec.Étonnant et bien dommage, car il y avait là des titres dignes d'intérêt.Un exemple de plus de l'isolement du Québec à l'intérieur de ce grand Canada 7 Inversement, on sait peu à l'ouest de l'Outaouais ce qui se passe ici.Le programme Through Her Eyes ne présentait-il pas Ann Devlin de Pat Murphy et Night-songs de Marva Nabili comme des premières canadiennes, alors qu'on a pu voir les deux films au Festival des films du monde de Montréal, fin août 7 Un débat marécageux Les quatre invitées de la série Women Choose Movies participaient, le deuxième soir, à un débat sur la question : «Est-ce que les femmes cinéastes perçoivent le monde de façon vraiment différente de leurs collègues mâles ?» Le débat, malheureusement, ne nous apprenait rien de neuf sur les réalisatrices et leur approche du cinéma.À l'exception de Ula Stockl.1 de loin la plus articulée et la plus «politique», les participantes s'appuyaient sur de vagues considérations à propos de la sensibilité féminine et sur de non moins nébuleux critères de qualité.Le plus frappant dans ce discours 7 La persistance d'une attitude d'auto-dévalorisation.Dès le départ, la discussion s'est embourbée dans le terrain marécageux de «l'univers féminin» et de ses problèmes dits domestiques.Pour Suzanne McCormick, si les femmes cinéastes, jusqu'à maintenant, ont surtout parlé d'expériences personnelles, «.c'est peut-être parce que c'était plus facile de commencer par là Mais elles ne vont pas persister dans cette veine.Les meilleures d'entre elles, désormais, viseront l'excellence.» Curieuse logique qui oppose expérience personnelle et excellence.Aurait-on idée de reprocher à Bergman ou à Cassavettes de parler de choses trop personnelles, d'avoir des sujets trop domestiques7 Comme devait le faire remarquer plus tard une intervenante de l'auditoire, des sujets dits domestiques, lorsque abordés par les femmes, deviennent souvent politiques dans le discours des hommes.Quant à Andrée Pelletier, elle a résumé l'histoire du cinéma des femmes au Québec LA VIE EN ROSE 50 février 1985 67 dans ces termes : «Pendant des années, les cinéastes québécoises ont fait et refait sans cesse le même film : ça parlait de menstruations et d'histoires de cuisine Le public s'est lassé et ça se comprend , moi-même, j'en ai eu marre.» Je conçois que Madame Pelletier ait droit à ses opinions personnelles, mais lorsqu'elle est invitée à un débat public à l'extérieur du Québec et qu'elle s'avise de parler de la production cinématographique québécoise, on s'attendrait à plus de rigueur intellectuelle.Et comme le disait Ula Stockl, «nous devons sans doute être aussi professionnelles, compétentes et fortes que les hommes, mais n'oublions pas que nous vivons encore dans un monde où les hommes sont mieux payés et mieux reconnus que les femmes.» À titre d'exemple, elle rappelait qu'elle avait dû réaliser 16 films avant qu'une de ses productions ne soit distribuée Après le succès de son dernier film, elle a donc demandé une somme plus raisonnable pour un nouveau projet.«Mais vous travaillez tellement bien avec de petits budgets '» lui a-t-on répondu Vers la fin du débat, Suzanne McCormick devait quand même faire une déclaration très révélatrice «Dans mon métier (directrice de festivals de films), il y a autant de femmes que d'hommes ; de ce fait, il n'y a pas de problème de sexisme Je dois même dire qu'au cours des dix dernières années, je n'ai pas vu une seule manifestation sexiste.» Et voilà comment on en arrive à des théories comme le postféminisme 1 On ne peut que se réjouir si certaines femmes ont aujourd'hui des situations de pouvoir et de prestige qui les rendent moins vulnérables au sexisme, mais elles sont encore très minoritaires.Médée au XXe siècle Le Sommeil de la raison est le dernier long métrage de Ula Stockl ; elle a accepté de m'en parler.Au centre du film, il y a le thème de Médée.cette reine puissante et riche douée d'un pouvoir magique et qui.un jour, a décidé de tout abandonner pour suivre l'homme qu'elle aimait.Vingt ans plus tard, cet homme la quitte pour une femme plus jeune dont le père lui offre une situation plus enviable.Par vengeance.Médée tue ses enfants.«Comme personnage, dit Stockl, Mèdèe m'est très chère, car à un moment de sa vie.elle est forcée de se souvenir que, dans le passé, elle a déjà été l'égale de l'homme.» Déa.l'héroïne du Sommeil .est gynécologue.Après avoir observé pendant plusieurs années les effets de la pilule anticonceptionnelle sur ses patientes, elle en vient à mener une bataille contre une compagnie pharmaceutique qui en fabrique.Mais ce faisant, elle va à ren- contre des opinions et des intérêts professionnels de son mari qui, lui, occupe un poste important dans cette compagnie «Mais ce n'est pas un film uniquement sur la pilule et la contraception Pourquoi faut-il toujours séparer les choses ?Quand on traite davortement et de contraception, on devrait pouvoir aussi parler du monde dans lequel on voudrait faire un Mira Recanati et Ula Stockl a thousand little kisses enfant (.).Mon film montre également les deux filles de Déa.des femmes adultes qui, elles, choisissent le monde de leur père plutôt que de poursuivre la lutte féministe de leur mère Car cette lutte n'est pas la leur 11 y a des contradictions partout et ce sont ces contradictions qui m'intéressent.» Ula m'entretient aussi du prix de la liberté.«Ça, c'est un des grands thèmes de tous mes films : dans le couple, par exemple, l'autre te donne souvent du support là où tu n'en as pas besoin.Si tu es menteuse et hypocrite, comme on a toutes appris à l'être sans le savoir, tu deviens dépendante de quelqu'un qui, un jour, se croira autorisé à te dire : «Sans moi, tu n'aurais pas ceci ou cela.» C'est comme avec les cartes de crédit : tu achètes toujours plus que ce dont tu as besoin.Après, tu as des dettes.Et en plus, il faut dire merci !» C'était la première fois que Le Sommeil de la raison était présenté au Canada.Lorsque je l'ai quittée.Ula Stockl partait pour Montréal rencontrer des distributeurs.Espérons que ses démarches porteront fruits.Car ce film soulève plus d'une question passionnante.Un cinéma de l'ambiguïté Le même jour, après plus de huit heures de visionnement.j'ai eu envie d'aller prendre un morceau et de vérifier le fonctionnement de mes muscles Mais un brusque remords m'a assaillie : j'étais là pour si peu de temps ! Alors je suis restée.et j'ai bien fait1 Premier long métrage de la réalisatrice israélienne Mira Recanati, A Thousand Little Kisses2 est un film sur les rapports mère-fille et fille-père, sur l'attirance sexuelle et spirituelle, sur l'amour, la culpabilité, la jalousie, la folie et le désir de vivre, vivre mieux, vivre pour vrai.L'histoire commence immédiatement après la mort d'un homme qui laisse dans le deuil une femme, une fille.et une autTe femme et un fils adoptif.Découvrant cette dimension tout à fait insoupçonnée de la vie de son père.Aima décide de poursuivre sa recherche jusqu'au bout, malgré la douleur et malgré sa mère qui tente de la retenir.Passionnant en soi.le sujet est février 1985 51 LA VIE EN ROSE Cinéma fort bien servi par son traitement cinématographique L'intrigue est bien menée, les personnages crédibles.On sent que la réalisatrice les aime et ne les laissera pas tomber.C'est particulièrement heureux pour le personnage de l'épouse légitime qui échappe à la caricature facile de la mère névrosée, hystérique et possessive.En fait, elle est un peu monstrueuse, comme les mères le sont parfois, mais jamais caricaturale Elle est extrêmement forte et.dans le regard qu'on nous invite à poser sur elle, il n'y a pas de place pour le mépris Une autre qualité du film est l'ambiguïté qu'il laisse planer : tout n'est pas dit de l'histoire et des personnages.«Dans la vie, tout est ambigu, dit Mira Recanati.Les choses ne sont jamais exactement et uniquement comme elles nous apparaissent.Pour moi.l'art doit laisser au public cette liberté d'introduire son propre imaginaire, son expérience personnelle.» Madame Recanati a dû faire financer presque tout son film par des sources privées car.dans les circuits traditionnels, on n'aimait pas son scénario : on jugeait ses personnages «malades et tordus».Du quotidien et de l'aventure Parmi les autres films à signaler absolument, il y avait le Play Fair and Fear No One de Jutta Bruckner, qui aurait eu Jurîa Bruckner avantage à être mieux présenté.En effet, après quatre jours de longs métrages de fiction en 35 mm couleur, ce petit film noir et blanc, construit à partir d'archives, avait bien du mal à passer.De plus, la version doublée en anglais était très mal servie par une voix incompatible avec la voix allemande originale Ce film est le témoignage dune femme - la mère de la réalisatrice, m'a-t-on dit -qui raconte sa vie en Allemagne entre 1915 et 197 5.On y reconstitue le portrait de toute une génération : ses origines sociales, ses codes moraux et ses remises en question, provoquées par la guerre et l'après-guerre.Mar de rosas est un très curieux film de la Brésilienne Ana Carolina.La réalité.l'imaginaire s'y entrecroisent sans cesse sur un fond d'humour caustique.En voyage, au milieu d'une terrible dispute qui semble avoir duré toutes les vacances, une femme tue son mari.Elle est alors entraînée dans une série d'aventures des plus rocambolesques.Une très virulente critique du mariage et de l'accoutumance à la médiocrité quotidienne.Je ne peux décemment terminer ce papier sans parler du film The Ascent de la Soviétique Larisa Shepitko.décédée en 1979 dans un accident de voiture Un film très fort, très «russe» et qui, à certains moments, m'a même rappelé Eisenstein 1 Avec regret, j'ai dû quitter ce festival avant la fin.Dans le train vers Montréal, un compte rapide de ce que j'allais manquer : le dernier film de Pat Murphy ; le dernier aussi de Nouchka van Brakel.dont j'avais bien aimé A Woman Like Eve ; la performance de Rosetta Reitz.qui fait l'histoire du jazz noir avec des extraits de films d'archives ; un film de Von Trotta et.Ce sera pour une prochaine fois 1 1/ Occupée à un tournage en Amérique du Sud.Juttd Bruckner s'était fait remplacer à Toronto par une collègue.Ula Stock! 2/ Mille petits baisers.EMA LIBRE CINEMA LIBRE CI ¦BESBSagBg- SOCIETE (IE DISTRIBUTION FILMS QUEBECOIS ET D'AILLEURS 4872, rue Papini Montréal H2H 1V6 *• Vidéo Femmes vous offre son 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à Marcelle Ferron.Or voilà que les femmes disparaissent brusquement quand il s'agit d'événements majeurs entérinés par les hautes instances de l'art tels : biennales, expositions internationales, catalogues, revues spécialisées, livres/bilans couvrant les activités «remarquées» de l'art d'aujourd'hui.Par exemple, à l'exposition Les tendances internationales de la peinture et de la sculpture, présentée en mai dernier au Musée d'art moderne de New-York, on ne comptait que 14 femmes pour 150 hommes, cela pour 17 pays invités.Ici même au Musée d'art contemporain, à l'exposition Via New York, aucun des 25 artistes présentés par les galeries de New York n'était une femme.Nous constatons le même «oubli» quand il nous arrive de consulter les livres/bilans, les dictionnaires ou les encyclopédies de l'art actuel.Dans Skira Art Actuel 1970-80 (période où les femmes ont été particulièrement actives aux plans de la performance, de la vid^o, de l'art corporel, autobiographique, etc.), sur 292 artistes, 41 femmes seulement semblent avoir collaboré à l'art d'aujourd'hui.Dans An 82 par le Robert, on découvre 16 femmes sur par Hélène Roy un total de 204 artistes.Cet ouvrage se voulant un bilan représentatif des principaux événements de l'art actuel à travers le monde, on est en droit de se demander : où sont les femmes7 Et dans quelle mesure l'histoire de demain ne ressemble-ra-t-elle pas étrangement à celle que nous connaissons aujourd'hui.Les oiseaux s'affolent à I heure de la lumière 11 semble encore pertinent que les femmes, soutenues par quelques critiques et historiennes de l'art, se regroupent pour revendiquer leur droit à la visibilité et à la reconnaissance de leurs gestes créateurs Quant à moi.depuis 1975.j'ai participé à plusieurs expositions collectives de femmes artistes (Art Femme 75.Art et Fcminisme.Réseau An-Femme Actuelles I.etc.).J'ai pu ainsi montrer mes oeuvres et établir des échanges stimulants avec d'autres artistes.Ces événements ont favorisé la diffusion de mon travail, tout en ravivant mon désir d'affirmation comme créatrice.Ces expositions mont permis, en outre, de rencontrer de nombreuses étudiantes en art et en histoire de l'art, jeunes femmes à la recherche d'une identité individuelle et collective.Pour moi.ce type de rencontre ne peut pas être un «ghetto».Le ghetto serait plutôt construit et entretenu par les tabous et les peurs ancestrales face au féminisme et aux diverses actions collectives visant à changer certaines règles du jeu bien établies dans notre société.On ne peut se cacher qu'il existe encore aujourd'hui une opinion publique sexiste et agressive face aux divers mouvements de revendication et d'évolution des femmes et cela, dans tous les domaines, social, politique, économique ou culturel.Loin, donc, de constituer un ghetto, les regroupements de femmes artistes me semblent plutôt des actions positives, génératrices de questionnement et de changement Car, pour briser le mur du silence historique, les paroles et les gestes doivent s'unir pour dire et faire voir, mais surtout pour laisser des traces qui stipuleront les plus jeunes à s'inscrire dans le présent et le futur de l'expression créatrice.y 1 Hélène Roy vu à Chicoutimi.où elle enseigne en arts visuels à l'Université du Québec.février 1985 53 LA VIE EN ROSE Livres Là mort du père Z.4 PLACE Annie Ernauv.Éd.Gallimard NRF, Paris.1983.114 p.Le prix Renaudot 1984 est un tout petit livre Quelques pages à peine.Un souffle passant plus vite que la mort du père Le père est mort, vient de mourir La fille est là.avec la mère et les beaux-frères/belles-soeurs La dépouille restera dans la chambre en attente, pour l'hommage dernier.Alors comme un manuscrit simplement déroulé, les pages racontent, par flashes et tableaux, par scènes rapides jamais oubliées, la vie du père et par lui.à travers lui comme un écran transparent, la vie d'une France fermière, paysanne d'une misère infinie.Le souvenir alors retrouvé par la fille présente aux derniers jours, consciente de la mort (in)attendue.Souvenirs vite écrits, notés, racontés de peur de perdre la trace.L'écrire de Annie Ernaux est vif.doublant la mort de vitesse, la rappelant à l'ordre et cet écrire dit l'amour/haine d'un père bien peu connu, à peine compris.Un portrait, une fresque miniature, une époque, une perte vécue avec un calme étonnant Pas de larmes, ni de cris, à peine une surprise, cette fatalité reconnue.C'est tout.Anne-Marie Alonzo Lamy, critique et subversive Quand /e lis /e m invente Suzanne Lamy.Éd L'Hexagone.Montréal, 1984.I 1 I p Fèrmnilé Subversion Écnlure textes réunis et présentés par Suzanne Lamy et Irène Pages, Montréal.Éd du Remue-Ménage, 1984, 286 p Nous connaissons Suzanne Lamy.surtout pour ses articles critiques dans Spirale (dont elle est la directrice), ses conférences et communications données, ici et ailleurs, sur des sujets aussi complexes que la modernité, le* surréalisme et l'écriture féministe Mais cette dernière, bien que maintenant étudiée dans divers cégeps et universités, demeure un sujet «en marge de l'institution littéraire».Mise au rencart par les enseignant-e-s, ignorée par les étudiant-e-s.la littérature au féminin s'est lentement créé une place à l'intérieur des cours devenus pour la cause cours sur l'écriture des femmes.Ghetto oblige ! Dans son dernier livre.Quand je lis.\e m invente.Suzanne Lamy se donne comme lectncedes écrits des femmes et demande pourquoi la «critique féministe n'est pas reconnue au même titre que les autres approches, sociologi- Suzanne Lamy ques.psychanalytiques et sémio-logiques» Impliquée et s'impli-quant personnellement et amoureusement dans la lecture et par-delà, dans l'écriture, elle fait siens ces livres, siens par «l'écho, la gratitude».Des noms se donnent alors, en voix.Jane Austen, les soeurs Brontë.Virginia Woolf mais aussi Yourcenar, Anne Hébert, Nicole Brossard, France Thèorèt, Colette.Chantai Cha-waf, Jeanne Hyvrard.Hélène Cixous.Comment, pourquoi ces femmes sont-elles parvenues à écrire et à faire texte ?Ont-elles contourné (ou obtenu) cette illusoire chambre à soi } Et qu'inspirent leurs écrits à celles qui les lisent et font de ces lectures leur politique ~> A-t-on le droit, critique et femme soi-même, d'être sévère vis-à-vis des écritures au fémi- nin comme on l'est pour toute écriture, sans pour cela se désolidariser de la cause des femmes ?Absolument.Car «féminisme et rigueur n'ont pas à être antithétiques».Et l'affection, voire la passion des textes de femmes ne doit en rien biaiser l'intégrité de la lectrice.Quand /e Its /e m invente est un recueil de sept essais (sept longues questions) où Suzanne Lamy donne des éléments de réponse, où elle s'arrête sur les oeuvres particulièrement marquantes de Nicole Brossard ou de Marguerite Duras, où elle tente de faire un bilan des «années de rêves» ou «années de plomb» qu'ont vécues et vivent encore celles qui écrivent en marge : «que ce soit par les collections réservées à leurs écritures ou par les maisons d'édition qui leur sont acquises, le danger d'être confinées dans ce qui a couleur de ghetto menace les écrivaines.Mais comment auraient-elles effectué l'émergence qu'elles ont réussie, si elles n'avaient pas pris elles-mêmes les choses en main vu que les médias traditionnels ont tendance à niveler ce qui vient d'elles, à déformer leurs demandes ou encore à les ignorer en tant que groupe.» Livre important pour qui s'intéresse à l'écriture des femmes, livre de rèsonnance.Quand /e lis je m invente ouvre des portes de pensées, impose la réflexion et tente d'enrayer une fois pour toutes le silence gardé sur les écrits de femmes.En quoi la féminité peut être subversive, en quoi l'écriture au féminin peut être perverse ?Féminité Subversion Écnlure regroupe des communications présentées dans des ateliers d'études féministes mis sur pied lors des XXV et XXVI' Congrès de l'Association des professeurs de français des universités et collèges canadiens Premier livre publié dans la collection Itinéraires féministes des Éditions du Remue-Ménage.FSE témoigne des diverses manifestations de la créativité dans les textes des femmes, tant au niveau de la fiction que de la théorie.Qu'il s'agisse de la presse «féminine et léministe».des problèmes de langue et de langage, de lectures des textes de Cixous, Chawaf, Bersianik LA VIE EN ROSE 54 février 1985 Sarraute, etc.d'analyses de revues théoriques et littéraires jusqu'à l'importance des graffiti au féminin.FES dénonce la place faite aux femmes en littérature et remet en question «l'institution et, par là même.l'Université».Loin d'être négatives, ces lectures apportent avec elles toute la ferveur des mouvements intellectuels féministes et démontrent, par la profusion du matériel étudié, la vitalité et l'intérêt que suscitent nos écritures «subversives et politiques».Anne-Maim.Alonzo La vie redonnée La vie arrachée.Michèle Mailhot.Éd.La Presse.Montréal, 1984 Premier livre de Michèle Mailhot depuis La Mort de l'araignée (1972) La Vie arrachée est un journal intime où les réflexions vagabondent entre le présent narratif (1983) et le passé (quelques pages tirées de son journal de 1977-1978).Rien n'est plus émouvant que cette mise en parallèle de moments heureux et de périodes dramatiques ou douloureuses : la vie arrachée est celje de deux fils, dont la mort stigmatise à |amais la vie de leur mère et de leur soeur On assiste à la résurrection de leur souvenir, comme si l'évocation pleine d'amour de Michèle Mailhot avait le pouvoir de re-donnri \ if ,iu\ fiil.inls perdus, et, par là-même, de redonner goût à l'existence : «L'admirable vitalité de mon corps m'a sauvée (.) C'est lui qui a été ma foi, mon espérance et mon amour C'est lui le saint des saints.» De très belles, très sobres et poignantes réflexions sur la mort, la maternité, le goût de l'écriture, nous font retrouver ce goût de la méditation intérieure, du repli sur soi où se puisent toutes forces et les plus insoupçonnables ressources.Suivre ce journal intime, malgré l'arrachement viscéral qui en est le coeur douloureux, c'est aussi suivre Michèle Mailhot dans les élans mystiques de son enfance, retracés dune plume humoristique, comme dans cet «enchevêtrement serré des événements et des idées qui se tissent au cours d'une seule journée» et qui la fascinent , c'est entrer avec elle dans les dédales de la création littéraire, la gestation des idées romanesques et le tri qui se fait.La sobriété des passages les plus douloureux, l'humour, un certain lyrisme pour évoquer la puissance de la vie.de l'écriture, de l'amour, ces tons se succéda avec l'alternance des jours, font en sorte que, le livre refermé, l'on reste surprise d'en avoir déjà terminé la lecture.Une seule consolation : puisque Radio-Canada vient de diffuser la suite de ce journal, nous aurons sans doute le plaisir d'en poursuivre bientôt la lecture.Gloria Escomel 0 uvert à double tour Le Sablier Louise Maheux-Forcier, Cercle du livre de France.Montréal.291 p.Le premier journal personnel de Louise Maheux-Forcier était un petit agenda muni de serrures La Crêperie Québécoise « Une atmosphère de détente où vous dégusterez, les crêpes les plus légères et les plus délicieuses ! • '¦/ ,i meilleure crêperie* André Hobvrt 1775 St Hubert, Montréal (Métro Bern) 521-8362 qu'on lui offrait à Noël.Elle découvre un jour qu'une autre personne possède un double de sa clef et ne se gêne pas pour s'en servir Dès lors, elle s'adresse au lecteur.Ce n'est plus son journal intime Avec Le Sablier Louise Maheux-Forcier nous offre un double de la clef de son journal.Mais comment un journal peut-il conserver son caractère intime lorsqu'il est destiné à la publication 7 L'auteure avoue qu'«il y a des intimités qui ne passent pas la rampe et qu'on ne raconte pas aux autres ce qu'on se raconte à soi-même».Devant cette contradiction.L M F montre qu'elle sait jouer de sa propre décence et de ses pudeurs Cela nous donne un recueil de pensées et d'impressions puisées ici et là dans le quotidien, avec de fameux morceaux d'humour et de perspicacité.Il faut lire les passages où il est question de la féminisation des termes.Même en désaccord, il est difficile de résister à tant de charme et à tant de bonheur d'écriture 1 Marie Claude trépanier Cinéma ario et ses G.I.Joe On m'avait pourtant vanté la beauté des images, la suggestion parfaite du monde onirique de l'enfance, les subtilités du langage, etc J'avais pourtant bien aimé les films de Jean Beaudin.particulièrement son JA Martin photographe de si doux souvenir Mais le jour ou je suis allée voir Mario, la magie refusait de se manifester Enfermée chez elle, la magie, et à double tour1 Bref, je n'y ai pas cru : ni à l'enfant, ni à son mutisme, ni à son histoire.Est-ce pour cette raison que je me suis mise à y voir ce qu'on ne m'avait jamais dit à propos de ce film7 Cet enfant, aux yeux si doux, il ne rêve que de guerre 1 Qu'au lieu de jouer avec des G.l Joe ou des soldats de la guenre des étoiles, il se déguise en cavalier arabe, ne change rien au fond de ses préoccupations.Je sais bien que tous les enfants (enfin, soyons claire, tous les garçons) se construisent des forts, jouent au soldat et ne deviennent pas des tueurs pour autant Mais.précisément, n'avons-nous pas questionné cette éducation des garçons, qui ne leur propose que des jeux de guenre et de destruction 7 Même si elle ne produisait que 10 % de violeurs, de tueurs, un peu plus de batailleurs et encore plus d'hommes violents, est-ce que ce ne serait pas encore trop de dégâts ?Je ne conteste pas l'aventure, mais Mario et son frère ne rêvent pas de découvrir d'autres pays, d'autres cultures, ils rêvent de conquém Et lorsque contrarié, le petit Mario n'a-t-il pas qu'un réflexe, soit de tuer : les oiseaux, la blonde de son frère et ses copains de jeu 7 On me dit qu'il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre.Ouais 1 Bien, mais justement, je n'ai aucune envie de me faire passer une vision glorifiante de la guerre, si poétique soit le symbole qui l'enrobe.Dune Poitras Les Films du Crépuscule mettra prochainement à l'affiche « C'EST COMME UNE PEINE D'AMOUR » un film de Suzanne Guy co-réalisatrice de « On est pas des anges » et assistante à la réalisation de « Plusieurs tombent en amour » L'AVORTEMENT VÉCU DE L'INTÉRIEUR DES ÊTRES Bientôt au Cinéma Outremont, à l'Autre Cinéma et au Cinéma Cartier (à Québec) information 849-2477 février 1935 55 LA VIE EN ROSE Gregory Lussier, Jean-François Lesage et Johanne Harrell dans La Dame en couleurs Religieuses au pouvoir Le dernier film de Claude Jutras.La Dame en couleurs.part d'une idée intéressante L'histoire se passe au temps où les religieuses dirigeaient les hôpitaux psychiatriques C'est à elles aussi qu'on apportait les orphelin-e-s et enfants aban-donnè-e-s.En échange du gîte et d'une nounriture décolorée, elles leur assignaient des tâches, souvent des plus ingrates.Le film de Jutras trace sans doute un juste portrait de ce monde très fermé et de son époque.Il montre l'intransigeance dune administration dont les intérêts sont souvent en contradiction avec ceux de ses protégè-e-s.Il dénonce l'absurdité d'une communauté très hiérarchisée, avec ses membres contaminées par la folie du pouvoir.Mais en montrant aussi des femmes sensibles et généreuses, il évite le piège des généralisations grossières et du roman- tisme èculè Alors pourquoi suis-je restée sur ma faim ' Chose certaine, l'action met beaucoup de temps à démarrer : ça traîne à force de vouloir tout expliquer.Et une fois partie, l'histoire ne va pas toujours assez loin.J'aurais aimé, par exemple, que le personnage interprète par Paule Baillargeon ait plus de chair et moins d'intériorité.Au début, j'ai eu du mal aussi à me laisser convaincre par les enfants.Ils sont trop miséreux, les tTOus dans leurs vêtements sont trop évidents, leurs yeux trop rêveurs Ça finit par donner l'impression qu'ils posent Heureusement, ils et elles prennent de la consistance (et de la réalité) en cours de route Enfin.La Dame en couleurs, il faut le dire, nous donne aussi le plaisir de revoir Charlotte Laurier (l'enfant terrible des Bons t Débarras), dans un rôle tout à fait diffèrent.DlANF POITRAS La Thématique contemporaine de l'égalité Répertoire, résumés, typologie 246 p.28$ • Instrument de recherche inédit • Première bibliographie systématique de l'égalité au xxe siècle.JL c P 6128 Suce.«A», Montréal (Québec) ^ .mV imp Canada H3C 3J7 — Tél.: (514) 343-6321-25 «=%^|V LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL Le cinéma juif et les femmes La 2' édition de la Quinzaine internationale du cinéma juif prenait fin le 16 décembre à la Cinémathèque québécoise.Organisée par une corporation de «Juifs libres» en collaboration avec la Cinémathèque, cette quinzaine à but non lucratif a offert plus de 30 films, courts et longs métrages de pays aussi divers que la Pologne, la Belgique.Israël et le Canada.Un hommage fut rendu à Boris Lehman, cinéaste belge âgé de 40 ans Lehman définit son approche cinématographique comme expérimentale : la fiction et le documentaire s'y entremêlent.On a présenté cinq de ses filins Couples.Regards.Positions (1983), un essai sur le noir et le blanc, sur le vide et le plein, sur l'impossible union des contraires, un miroir à double face où un homme et une femme jouent à se regarder ; puis Ne pas stagner (1973).Le Centre de classe (1970).Symphonie (1979) et Le Grand Béguinage de Bruxelles (1978).La sélection des films a été établie en fonction des thèmes et des dimensions de l'existence juive Un film inédit.L'Auberge (1982).de Jerzy Kawalerowicz, évoque le monde disparu des Juifs polonais, sous forme de grandes fresques pittoresques Ce film en polonais, non sous-titré, reconstitue l'histoire de la.communauté juive avec son folk'ore rituel et culturel Le seul rôle de femme «osée» est celui de la belle fermière non juive et provocatrice dont les charmes séduisent même les rabbins Parmi les films réalisés par des femmes.Moments (1979).interprété par Michal Bat Adam, co-production France-Israël, traite un sujet tabou en Israël : l'homosexualité, féminine en plus Ce film est la rencontre de hasard de deux femmes vivant mal leurs émotions, et dont les sentiments sont complètement étouffés, avec la beauté de Jerusalem en toile de fond.Un autre film sur Israël, par Edna Politi.Pour les Palestiniens une Israélienne témoigne (1974) s'adresse «aux dëbutant-e-s» de la cause palestinienne «Nous avons tenté de rendre compte de façon concrète, sensible, de l'existence du peuple palestinien, et cela non par des discours théoriques, mais en décrivant la vie quotidienne des Palestinien-ne-s, leur société, leur histoire, et en montrant aussi les contradictions internes de cette société.Un autre film était réalisé par une Américaine et une Française, filles de survivantes de l'holocauste : Comme si celait hier, un portrait émouvant de l'héroïsme quotidien des résistant-e-s en Belgique, en majorité des femmes.Enfin Malou, un film allemand (1980) de Jeanine Mearapfel, montre la lutte d'une fille avec le passé de sa mère : «Il ne s'agit pas de détachement mais plutôt dune prise en charge des origines et de la tradition » De façon générale, de bons, de très bons films Ghila BENisn Sroka LA VIE EN ROSE 56 février 1985 Vidéo 7?ockeuses et rockailleuses On fait toutes du show business, vidéo couleur réalisé par Nicole Giguère.produit et distribué par Vidéo Femmes 60 minutes -1984.La cinéaste Nicole Giguère (aidée de Linda Roy et Joanne Fournier) a réussi ce tour de force de réunir dans un vidéo de 60 minutes Diane Dufresne.Nanette Workman.Wondeur Brass.Belgazou.Chantai Beaupré.Louise Forestier.Marjolène Morin du groupe Corbeau, Geneviève Paris, Louise Portai, Sylvie Tremblay, ainsi que Paule Morin.musicienne, et le groupe Blue Oil.moins connues En tout 19 femmes qui parlent du métier que font les chanteuses qui «brassent», celles qu'on qualifie de «rockeuses».Mais l'éventail est plus large que prévu puisque Wondeur Brass tait plutôt du jazz et que Louise Forestier n'a jamais été une rockeuse clairement identifiée bien qu'elle puisse exceller aussi dans ce style.(C'est mal dit mais ça veut dire qu'elle est bonne dans toutt et que c'est très bien pour nous qu'elle exploite plusieurs styles parce qu'autrement ça nous priverait.) Qu'importe.Elles font toutes du showbu-siness avec ce que ça signifie pour des femmes dans ce monde d'hommes et de technique lourde Un excellent montage nous mène des entrevues à des extraits de spectacles, à des textes de transition fort bien faits, lus par Sylvie Tremblay et écrits par elle et sa soeur Gilaine Elles parlent de la séduction, de la business, des rapports avec les hommes qui les entourent, des enfants qu'elles ont ou non et de leur goût de la scène.Leur goût profond d'être vues et aimées.Elles parlent aussi du pourquoi et du comment elles finissent toujours par se retrouver sur une scène.Sauraient-elles en fait être ailleurs ?Louise Forestier, comme d'habitude, émerge par son intelligence et la profondeui de son propos.Cette fille pense (Oui.j'ai un parti pris) Mariolène Morin est étonnante pour moi qui la connaissais peu : fille d'instinct et de coeur, c'est la rockeuse la plus authentique de la gang, la plus «rockailleuse».passez-moi l'expression.Elles possèdent toutes un morceau du puzzle qu'on appelle showbusiness.et se battent comme des lionnes pour en imposer, pour «passer» La «texture» de leur propos, je veux dire le ton.semble directement reliée aux années de métier : plus elles sont nombreuses, plus la parole est coupante.La confrontation perpétuelle aiguise et raffine, et la solitude aussi semble augmenter avec le temps Elles sont belles, ces femmes, et Nicole Giguère a fait des images qui écoutent De prime abord j'aurais aimé un commentaire subtil mais critique sur les images que ces femmes charrient à l'intérieur du rock.Mais non La cinéaste laisse au public le soin de tirer ses propres conclusions sans poser de jugement sur l'une ou l'autre.C'est tout à son honneur comme on dit.Alors ça donne un vidéo pas du tout didactique et tant mieux Mais je peux quand même dire que j'aime moins Louise Portai, beaucoup trop encore dans l'Image (avec un grand I) et les lieux communs J'aime moins Nanette (même si elle est infiniment sympathique et sincère), qui ne jure que par les textes de Luc Plamondon du genre Call Girl ou Gigolo Passons.Ce que Spectacle Cyndi rock prêtresse Cyndi Lauper au Forum de Montréal, le 16 novembre 1984 J'aime Cyndi Lauper parce qu'elle est folle, excentrique, fringuée tout croche, créant ainsi sa propre harmonie Je l'aime aussi pour la bonne humeur de ses vidéo-clips, la tendresse de certaines de ses chansons.Le vendredi soir 16 noverrbre.au Forum, en attendant que le show commence, j'ai soudain eu peur D'être déçue.Et si Cyndi Lauper n'était qu'un bon produit vidéo ?Il a suffi que la lionne rouge surgisse pour qu'elle balaie mes craintes d'un coup de tignasse sauvage.Cyndi Lauper est à la hauteur de son personnage À son apparition, le parterre du Forum s'est levé et ne s'est plus jamais rassis.À sa troisième chanson.She Bop tout le Forum dansait Au moment de son grand hit.Girls Just Want To Have Fun.les lumières se sont allumé et le Forum au complet a participé à son show.Cyndi Lauper communique avec son public comme personne Elle s'en approche, lui parle.Diane Dufresne raconte a déjà été lu dans maintes entrevues écrites, sauf un bout hilarant mais désespérant sur ses musiciens et ses rapports avec eux.Mais c'est en soi un tour de force d'avoir Dufresne en images et en mots.Je sais que les cinéastes avaient presque une heure d'entrevue avec elle et je serais curieuse de voir le reste.Vidéo-Femmes fera-t-elle un montage à part de ce matériel rare "> Bref, courez voir ce vidéo dont la sortie officielle est prévue pour février, à Québec, dans le cadre du Festival annuel de Vidéo-Femmes, et au Spectrum, à Montréal, début mars.Hi i 1 M Pt llNEAULT le touche, le convie à la fête avec une chaleur qui se propage jusqu'aux dernières rangées Elle est sincère, la Cyndi.et.pas si folle Quand elle rapporte les propos sexistes de Lou Alba-no, le lutteur de son vidéo, et que toutes les petites filles du Forum crient chou, j'avoue que ça me rassure Je préfère cette idole d'énergie qui n'a pas froid aux yeux à toutes les /olies ma-dames de la musique pop Cyndi Lauper enlève ses souliers pour danser, porte des running shoes pour mieux sautiller, marche de la façon la moins sexy que j'ai ïamais vu Pourtant, lorsque Cyndi s'agenouille dans le faisceau de lumière pour chanter sa chanson douce, il y a du velours dans l'air Josette Giguère février 1985 57 LA VIE EN ROSE Flash Vertige Théâtre Le souci du «moderne» Circulations du Théâtre de Repère de Québec, présenté au Quat-Quat'Sous en novembre Vertige, d'après «Le Poudroiement des masques» de Louise Guay.du Théâtre de la Grosse Valise de Montréal, présenté à la salle Calixa-Lavallée en novembre.À un moment où on a l'impression que le théâtre québécois n'invente guère sinon par le biais d'un certain rétro Aurore Alice et Gertrude.Albenine en cinq temps) ou de bons gros gags /Broue Mousse.La Noce).Circulations fait très «moderne» Il n'y a d'ailleurs pas meilleure illustration de la fameuse phrase de Marshall McLuhan.«Le médium est le message» : le faire.ici.l'emporte sur le dire.ou.comme le dit Jacques Lessard, directeur artistique de la troupe : «On crée à partir du concret et non à partir d'idées » Mais il faut voir de quelle façon ! Le meilleur exemple : cette scène où le personnage principal, une jeune femme partie se trouver une âme.une vocation.aux États-Unis, se retrouve à Provincetown.flanquée de deux petits machos américains (machos hétèros.faut-il préciser : le lieu aurait pu être mieux choisi ') Ils prennent une bière, jasent, parlent à moitié anglais, à moitié français.C'est banal mais jamais ennuyeux (c'est même très drôle) car cette banalité est constamment décortiquée par un bijou de bande sonore qui répète inlassablement des leçons d'anglais, par des jeux de lumière, et peut-être surtout par des jeux de meubles.Ainsi, nos trois personnages, tantôt tranquillement et perpendiculairement assis devant nous, se retrouvent, cinq minutes plus tard, exactement dans la même position mais à l'horizontale, c'est-à-dire couchés à terre, sur leur chaise, à jaser toujours.L'effet est immanquable D'ailleurs, ce show tient autant de l'art visuel et de la performance que du théâtre Mais le divertissement ne tient pas uniquement à un éblouissement visuel et sonore.Car plus j'y pense, plus je trouve .que Circulations contient aussi des idées, quoi qu'en dise son directeur artistique.Il y a l'idée de l'absurde, mais servie à la ANDRÉ JACQUES psychologue Psychothérapie gestaltiste Séances individuelles et de groupe 3950 Drolet, Montréal, H2W 2L2 (514) 843-3452 mode «new wave» plutôt qu'à celle de Ionesco.Il y a l'idée de la «quête de soi-même» constante, dans le domaine des arts Il y a l'idée dune femme qui.fidèle à sa génération et à son temps, ne se fait pas (trop) avoir, malgré la peur, l'incertitude, la confusion.Finalement, il y a l'idée de l'affirmation (plutôt que de la victimisation), qui est peut-être la meilleure idée de toutes.Peu surprenant alors que Circulations ait remporté, cette année, le prix de la meilleure production canadienne de la Quinzaine internationale du théâtre de Québec.Vertige est aussi un spectacle qui se soucie du moderne Après neuf ans de travail avec les masques, le Théâtre de la Grosse Valise tente autre chose : le dénuement, la prise de parole, voire l'utilisation de la vidéo et de «l'écriture sonore» Mais j'avoue que ce sont les bonnes vieilles techniques avec les masques, intégrées au reste, qui mont surtout plu Quel spectacle que ces grosses faces de carton blanc qui déambulent, se promènent dans le public, tels des personnages de bandes dessinées «lâchés lousses».mais sans mot dire, toute l'histoire étant inscrite dans le corps, l'allure, les gestes des deux comédiens et des deux comédiennes.Et quel métier ! Lorsque vient le temps de passer à la parole, aux raffinements de la pensée, on sent le décalage, l'incertitude.Il est d'ailleurs bon de savoir, comme l'explique le metteur en scène Robert Dion, que Vertige est un «work in progress", une question qu'on pose : «Peut-on au théâtre apporter et jouer sa personnalité et comment se joue-t-on ?» On sent ici les préoccupations philosophiques de Louise Guay à qui Robert Dion avait commandé le texte de base.On sent les difficultés que les comédien-ne-s ont dû avoir avec ce texte.Comme s'ils-elles avaient tenté trop profond, trop vite.Il est à souhaiter, par ailleurs, que la démarche se poursuive et qu'un prochain spectacle réussisse à intégrer autant de talents Francine Pelletier Mira Falardeau Arts visuels La tendresse des contours La caricature n'a pas besoin de mots pour communiquer Jeu d'images et d'esprit, ce langage peut séduire tous les publics Encore faut-il les rejoindre Pour le faire, la dessinatrice et humoriste Mira Falardeau offrait un «sourire tendre» et un message de complicité dans une exposition présentée en novembre au Bilboquet, à Québec.Message, parce que l'artiste fait appel à l'imagination des specta-teurs-trices pour qu'ils et elles établissent leurs propres combinaisons Je pense à une oeuvre où Simone de Beauvoir est associée à une chauve-souris.J'y ai vu une analogie car la chauve-souris vit dans l'ombre et Simone de Beauvoir faisait un peu de même, dans celle de Sartre.Ces «clins d'oeil» que l'artiste fait à la vie ne s'enferment pas dans des définitions hermétiques.L'approche est bonne, l'ironie plaisante C'est aussi une toute nouvelle façon d'utiliser la caricature (du moins au Québec) Par ailleurs, je n'ai pas tellement aimé la technique.Les contours, importants pour la qualité de certaines illustrations, en masquaient d'autres.Par exemple, une caricature de Pauline Julien (qui ne lui ressemblait pas) était noircie de traits nerveux et excessifs.Dans l'ensemble le contenu était perspicace et le déplacement en valait la peine : Jeanne Sauvé, Gabrielle Roy et Albertine, toutes étaient au rendez-vous.des caricaturé-e-s.Nathalie Watteyne Mira Falardeau a collaboré à plusieurs revues telles que Mainmise.Châtelaine et Perspectives Elle a.de plus, participé à l'exposition Art et Féminisme à Montréal en I98I LA VIE EN ROSE 58 février 1985 Margie Gillis, pas de Tamour.de Bonnie Sheir Klein.68 min .1981.Pour réfléchir sur les causes et les conséquences de la pornographie.Théâtre Les Folles La nouvelle revue musicale féministe des Folles Alliées.Mademoiselle Autobody.prend l'affiche du 30 janvier au 23 février, au Théâtre du Grand dérangement, 30.rue Saint-Stanislas, à Québec (réservations : 692-3000) Mais les Folles représenteront en tournée, en avril, leur grand succès : Enfin Duchesses Pour plus d'informations : Michèle Pérusse: (514) 844-2928 Ca .armen Au Théâtre de la Veillée, du 6 au 15 février.Carmen Jolin chantera des textes de Rimbaud.Rilke.Racine (Phèdre1).Sylvia Plath.etc au 1371.rue Ontario est Informations : 526-6582 Nouvelle barre du jour 6 février: à 17 h.à la Galerie UQAM.pavillon Judith-Jasmin, local J-R120.La Vie en rose et Possibles débattent du sujet «Femmes et artistes».À 20 h.à la Maison de la culture du Plateau, une soirée musicale présentée par Ana et Sonances.7 février à la Cinémathèque québécoise.Copie Zéro et Séquences présentent à 18 h 35 : .•lu pays de Zom.de Gilles Groulx ; à 20 h 35 : Perceval le Gallois.d'Eric Rohmer.8 février à 19 h.aux Foufounes électriques, une soirée d'improvisation présentée par Inter Jeu et Parachute Le programme de Les revues saffichent est en librairie.Informations : (514) 523-9401.Danse Afargie Margie Gillis.la «déesse de la danse», sera au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, du 1" au 10 février Cinéma Le Festival des Filles des vues Vidéo Femmes récidive cette année avec une manifestation multi-disciplinaire de plus d'envergure encore.À Québec, du 20 au 24 février, à la Bibliothèque centrale, 350.boul Saint-Joseph est.Voici une idée du programme des films et vidéos présentés.Du Québec.Incident à Restigouche.film documentaire d'Alanis Obomsawin ; Trapèze et Les Tatouages de la mémoire.vidéos de Helen Doyle ; Relations mère-fille, docu-vidèo de Nicole Pomerleau ; On fait toutes du show business, docu-vidèo de Nicole Giguère ; La Différence n'a pas dïmportance docu-vidèo de Stella Goulet et Daniel Guy ; Les Comptines Marie Descary ; L'Ordinateur en tète, de Diane Beaudry : Les Femmes pénivtennes, de Marilu Mallet .Naissance, de Francine Prévost ; Haïti, de Tahani Rached ; L Enfant et la télévision.de Louise Spickler ; La Tirelire et Chevaux d'acier de Stella Goulet ; 7rève, de Suzanne Gervais ; Le Travail piégé, de Dagmar Gueissaz ; Cest comme une peine d amour, de Suzanne Guy (sur l'avortement) Le Festival comprendra aussi des expositions, une installation vidéo, un atelier avec la cinéaste Sally Potter Pour plus d'informations sur le Festival à Québec : Vidéo Femmes : (418) 692-3090 iSuper 8 Le 6r Festival international du film super 8 aura lieu à la Cinémathèque québécoise, du 19 au 24 février, avant de partir en tournée à Sherbroke.Québec.Hull, Chicoutimi, Trois-Rivières et Laval Les Mardis Les Mardis de limage, par l'Association des locataires de Villeray.au 6865, rue Christophe-Colomb à Montréal (tél.270-6703).Le 29 janvier, à 19 h 30 : Comme en Californie.de Jacques Godbout et Florian Sauvageau.80 min.1983 Le 26 février, à 20 h : Cest surtout Événements Les revues s'affichent Organisée par l'Association des périodiques culturels québécois, une semaine d'activités, à Montréal 5 février à 20 h.à la Maison de la culture du Plateau Mont-Royal, une soirée littéraire présentée par Arcade Estuaire.Les Herbes rouges Moebius La Expositions A.Montréal Sylvie Bouchard : peinture et installation.Appart'art actuel.326.rue Marie-Anne est.du 6 février au 6 mars.Suzanne Gauthier : peinture et sculpture, Articule.4060.boul Saint-Laurent, suite 106.du 30 janvier au 17 février.Holly King : photo, Dazibao, 4050, boul Saint-Laurent, suite 104.du 6 février au 3 mars Joyce Wieland peinture.Galerie dart Concordia.1455.boul de Maisonneuve ouest.10 ans de peinture du 13 février au 16 mars Nancy Petry : peinture.Galerie Esperanza.2144.Mackay, février 1985 Denise Bouchard ¦ Wolfe : peinture.Galerie La Malvas.3859.rue Saint-Denis, du 27 janvier au 14 février Anne Gélinas : gravure.Galerie La Malvas.3859.rue Saint-Denis, et Elizabeth Dupond, dessin, du 17 février au 7 mars.Michèle Héon : art textih-Galerie Noctuelle.307.rue Sainte-Catherine ouest, suite 555.du 2 au 28 février Carole Beaulieu : sculptures, Galerie Skol, 3981.boul.Saint-Laurent, suite 810.In vitro, du 5 au 16 février.Denise Colomb : portraits et photos.Galerie 13.3772.rue Saint-Denis, du 14 février au 10 mars.Suzanne Joubert et Femmes-artistes de l'Outaouais : installation.Galerie UQAM, 1400.rue Berri.salle J-R120.La Maison, du 6 au 24 février et Anne-Marie Forest, travaux de maîtrise, du 20 février au 3 mars Susan Scott : peinture et dessin.Michel Tètreault, Art contemporain.4260.rue Saint-Denis, février 1985 Musée d'art contemporain : Cité du Havre, collection permanente, conservatrice : Paillette Gagnon.en charge de l'animation : Lucette Bouchard, du 24 janvier au 21 avril 85.Carole Waino : peinture, et Barbara Strasen.sculptures.Powerhouse.3738.rue Saint-Domimque.du 9 février au 9 mars A.Québec Lucie Lefebvre : photos.Vu.Centre d'animation et de diffusion de la photographie.44.rue Garneau.suite 202.du 7 février au 3 mars.février 1985 59 LA VIE EN ROSE Vous êtes en amour avec La Vie en Rose?Protégez-la pour toujours avec cette superbe reliure Offre spéciale de lancement Recevez gratuitement 2 anciens numéros de La Vie en Rose à l'achat d'une ou plusieurs reliures Consultez la page 62 pour choisir vos exemplaires gratuits! 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