Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Droit d'auteur non évalué

Consulter cette déclaration

Titre :
La vie en rose
La Vie en rose jette un regard féministe sur l'actualité politique, sociale et culturelle, sur un ton critique et avec humour. [...]

Publiée à Montréal de 1980 à 1987, La Vie en rose est, pendant cette période, le principal magazine féministe québécois. Le premier numéro, sous-titré « magazine féministe d'actualité » et dirigé par un collectif de six femmes, paraît au printemps 1980, encarté dans la revue contestataire Le Temps fou. Autonome dès le cinquième numéro, La Vie en rose est publiée trois fois l'an jusqu'en 1984, puis huit fois l'an jusqu'en 1986, où elle devient une publication mensuelle.

S'éloignant du militantisme « pur et dur » des revues des années 1970, La Vie en rose propose, pour contrer le discours ambiant post-féministe et justifier sa pertinence et son combat, de repenser, de renouveler et de redéployer le féminisme. Pour ce faire, La Vie en rose donne au féminisme une image enjouée, évite le dogmatisme et favorise une variété de perspectives. Cette volonté de rassemblement des féministes permet une ouverture intergénérationnelle et encourage la réflexion.

Le magazine jette un regard féministe sur l'actualité politique, sociale et culturelle, sans s'aligner explicitement sur un parti ou une idéologie politique. Les thèmes abordés ne sont par ailleurs pas étrangers aux enjeux féministes : les articles traitent presque exclusivement de sujets intimement liés à la condition des femmes dans la société contemporaine. Revue indépendante, La Vie en rose tient mordicus à l'autonomie, qu'elle revendique aussi sous toutes ses formes pour les femmes québécoises.

Outre les rubriques récurrentes (l'éditorial, le courrier, les comptes rendus de films, de livres et de pièces de théâtre), le magazine propose des dossiers spéciaux qui abordent des sujets comme le travail, la langue, le pouvoir, le syndicalisme ou les lois. La Vie en rose explore parfois des questions difficiles, voire litigieuses, telles la religion, la prostitution, la pornographie et les maladies transmissibles sexuellement. Des entrevues de fond, avec des personnalités d'ici et d'ailleurs (Clémence DesRochers, Lise Payette, Diane Dufresne, Simone de Beauvoir, Christiane Rochefort et plusieurs autres), sont aussi publiées régulièrement.

Une des caractéristiques importantes du magazine est l'espace qu'il accorde à l'humour. Les caricatures et les textes ironiques en sont partie intégrante, de même que les célèbres « chroniques délinquantes » d'Hélène Pedneault (réunies ultérieurement en recueil), très appréciées du lectorat. La Vie en rose fait également une grande place à la littérature et encourage ouvertement la « relève »; elle publie le nombre impressionnant de 58 récits de fiction au fil de ses 50 parutions. Certains numéros contiennent des nouvelles portant sur un thème suggéré par la revue, alors que d'autres rassemblent des textes d'un même genre (le roman policier, par exemple), que l'équipe de La Vie en rose cherche à ouvrir à une redéfinition en vertu de paramètres féministes.

D'abord tiré sur papier journal et illustré de dessins et de photos en noir et blanc, le magazine adopte, dans son numéro de juillet 1983, un graphisme semblable à celui des revues à grand tirage et est imprimé sur papier glacé. De 10 000 exemplaires en 1981, son tirage moyen atteint ensuite près de 20 000 exemplaires par numéro.

Une combinaison de plusieurs facteurs, dont des difficultés financières dues aux abonnements insuffisants et un certain essoufflement de l'équipe d'origine, forcent La Vie en rose à tirer sa révérence au printemps 1987. Cette revue demeure encore aujourd'hui parmi les plus importantes de la presse alternative québécoise.

BERGERON, Marie-Andrée, « La Vie en rose (1980-1987) - Construction rhétorique d'un leadership », Globe - Revue internationale d'études québécoises, vol. 14, no

DES RIVIÈRES, Marie-José, « La Vie en rose (1980-1987) - Un magazine féministe haut en couleur », Recherches féministes, vol. 8 no

Éditeur :
  • Montréal :Productions des années 80,1980-1987
Contenu spécifique :
juillet
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (10)

Références

La vie en rose, 1985, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
qu'il faut lire est eu N°28 ÉDITORIAL 5 Pornographie Le terrain glisse Lise Moisan Courrier 7 Communiqués 8 COMMENTAIRE 9 Negligence médicale Des professionnelles répondent ACTUALITÉ FÉMINISTE Les dessous du Livre blanc 10 Librairie féministe à vendre 11 Stéréotypes dans les médias Toujours ménagères 12 Femmes et sages-femmes 13 Des femmes et de la survie 14 Débat pour un journal populaire 15 ao - ¦ • II' o i i T 1 1 1 1 i 1 • i 1 iZ, il (« 1 Mil !(•' | 1 II 1 ' ' vi- JOURNAL INTIME ET POLITIQUE French cancans Lili Gulliver 41 SOMMAIRE 17_ 24 Le doigté Louise Desjardins 27_ w Mallarmé, côté cour Monique LaRue 21_ Vous, découverte nue Carole Massé 31 Tendresse Marie-Claire Biais 23 Comme dans un café Marie-Francine Hébert Aigres-douces Lucie Godbout 32_ Histoire de Q, prologue Françoise Guénette 34_ Histoire de Q Anne Dandurand juillet/août 1985 Viens, on va se faciliter la vie Hélène Pedneault Cinéma Charlotte Laurier 44 Sérieuse et flyée Diane Poitras Créteil Après la Vénus de Milo 46 Monique Durand LITTÉRATURE La mémoire courte 50 Louky Bersianik Les corps épris 51 Anne-Marie Alonzo L'erotisme selon elles 52 Francine Pelletier, Françoise Guénette, Anne-Marie Alonzo, Marie-Claire Girard Flashes 55 Livres, cinéma, video Calendrier 59 Tenter l'erotique Francine Pelletier 18 Le 25 mai dernier, à Montréal, un jury composé de sept femmes et de cinq hommes, après deux journées et demie de délibérations, n'a pu rendre son verdict, par manque d'unanimité, dans le procès intenté à Benjamin News, distributeur québécois de Penthouse.La Couronne devait prouver hors de tout doute raisonnable que le numéro de décembre 1984 était obscène.Un «reportage» photographique sur les Japonaises y montrait des femmes ligotées et suspendues à des arbres, dans un décor de roches et de fleurs de la plus pure esthétique japonaise !' C'était là le premier procès pour obscénité de l'histoire du Québec à être entendu par un jury.La Couronne a décidé de former un autre jury et un nouveau procès doit se tenir en septembre.L'acte d'accusation est signé par Pierre-Marc Johnson.Le colosse Benjamin ne se laisse pas bousculer comme ça.En juin, il intentait à son tour un procès à la Ville de Château-guay, dont il déclarait inconstitutionnelle sa réglementation sur l'étalage.Il poursuivait également pour libelle diffamatoire (750 000 $) un journal catholique qui, protestant contre le fait qu'on lui ait confié la distribution de documentation officielle sur la visite du pape, qualifiait Benjamin News de «distributeur de pornographie».Au Québec, la lutte contre la pornographie négocie donc un tournant judiciaire délicat, à un moment où le paysage législatif peut se modifier sensiblement, si le ministre fédéral de la Justice.John Cros-bie.décide d'adopter les recommandations du comité Fraser sur la pornographie et la prostitution au Canada.En quoi consistent-elles ~> Dans son analyse de la pornographie, comme d'ailleurs de la prostitution, et dans ses recommandations, le comité Fraser s'est largement inspiré des thèses féministes, plutôt que des points de vue traditionnellement conservateurs et libéraux, allant même puiser, entre autres, chez les Américaines Andrea Dworkin et Catharine MacKinnon, chez la Canadienne Jillian Riddington.Trois niveaux d'interdits Tout comme les féministes, les membres du Comité hésitent à «faire un usage inapproprié du droit pénal» pour résoudre les problèmes posés par la pornographie, mais considèrent comme dangereuse la tolérance encore plus grande des tenants du libéralisme.Le Comité est-il pour autant résolument féministe "> N'exagérons rien.«Criminaliser les images présentant la femme comme un produit rendrait Pornographie Le terrain glisse Benjamin News en procès à Montréal, le rapport Fraser encore tiède sur les pupitres gouvernementaux, des artistes ontariennes victimes de la «censure antipornographique» : tout s'embrouille sur le terrain de la lutte à la pornographie.par Lise Moisan illégale une bonne part de la publicité contemporaine (.) ; une loi interdisant la présentation des femmes comme putains par nature pourrait être considérée tellement vague».que ce serait porter atteinte à la liberté d'expression.Le comité Fraser considère quand même qu'en développant la misogynie, la porno constitue une discrimination sexuelle entravant l'accès des femmes à l'égalité, donc contraire à la Charte II recommande donc de remplacer, dans le Code criminel, l'actuel critère d'obscénité par de nouvelles infractions relatives à la pornographie, en définissant avec précision trois catégories d «interdits».Les productions les plus pénalisées seraient celles «qui comprennent la représentation visuelle d'une personne de moins de 18 ans qui participe à un comportement sexuel explicite (rapport vaginal, oral ou anal, masturbation, violence sexuelle, bestialité, inceste, nécrophilie.attouchement ou exposition lubrique des seins ou des parties génitales) ; on met dans le même sac «les productions qui exaltent, approuvent ou présentent comme normale lagression sexuelle des enfants» et celles «dont la réalisation a entraîné l'infliction de sévices physiques aux personnes représentées».Les productions du deuxième niveau comprennent «des choses (sic) ou spec- juil./août 1985 5 LA VIE EN ROSE tacles qui décrivent ou représentent un comportement sexuel violent, la bestialité, lincesteou la nécrophtlie Le comportement violent comprendrait les agressions sexuelles, les sévices représentés dans le but apparent de causer la stimulation ou la gratification sexuelle du spectateur, et désignerait notamment le meurtre, les voies de fait, le ligotage dune autre personne ou l'automutilation » À remarquer cependant qu'on pourra toujours invoquer l'intérêt artistique, éducatif ou scientifique de la production pour échapper aux sanctions.L'esthétisation de la violence sexuelle ne peut-elle pas êtTe, pourtant, des plus pernicieuses ?Au troisième niveau, nous retrouvons enfin les «productions ou spectacles pornographiques visuels représentant un rapport vaginal, oral ou anal, la masturbation, l'attouchement ou l'exposition lubrique des seins ou des parties génitales» de personnes majeures librement consentantes elles ne seraient objet de poursuites qu'en étant «exposées au public sans avertissement, ou vendues ou accessibles à des mineur-e-s.2» Voici donc des cibles clairement établies ; encore faut-il voir comment va s'exercer le contrôle.Les «productions pornographiques» les plus citées sont visuelles : revues, films, vidéos sont donc particulièrement visés.Un parapluie troué Il y a actuellement quelque 540 titres différents de revues pornographiques en vente au Canada.Le rapport Badgley constatait que leur consommation était à la hausse : le taux de diffusion, par habitant, des 17 revues en tête de palmarès était 3,5 fois plus élevé en 1981 qu'en 19653.En 1981, un homme canadien achetait en moyenne 1,12 revues, le matériel pornographique le plus répandu avant les films et les livres.Selon la GRC, l'ensemble de ce matériel est presque exclusivement importé, surtout (à 83 %) des États-Unis et ses destinations principales sont l'Alberta (39 %), le Québec (24 %) et l'Ontario (20 %).Comme quoi les Québécois surmontent bien les barrières linguistiques 1 Rappelons que ces ventes rapportent entre 12 et 50 milliards de revenus par an, toujours d'après le rapport Fraser.D'autres problèmes se posent : la télé payante et la retransmission par satellite de films - tous made in USA - contreviennent désormais aux interdictions recommandées par le comité Fraser.Entre les pluies acides et le torrent de pornographie américaine, lequel aura l'effet le plus corrosif 7 Et, connaissant sa volonté d'être un digne partenaire économique et politique des États-Unis, peut-on croire que le gouvernement Mulroney sera plus ferme envers cette dernière source de pollution7 Pour résumer ici les recommandations du comité Fraser sur le contrôle à la —editorial — source de la pornographie au Canada, disons que s'il s'est montré doué pour l'analyse idéologique et vigoureux en matière juridique, il est bien laconique face aux problèmes très politiques du contrôle douanier.«Le gouvernement fédéral devrait accorder une plus grande priorité au contrôle de l'importation de matériel pornographique», souhaite-t-il vaguement.Mais il constate «un manque de volonté politique» et déplore que l'on accorde plus d'importance au contrôle «des automobiles et des vêtements qu'à ce qui est immoral ou indécent4 » Tout en suggérant que les modifications au Code criminel qu'il propose servent de références pour prohiber l'entrée au pays de matériel porno, le Comité constate que l'énorme manque de personnel douanier ne sera qu'aggravé par les restrictions budgétaires du gouvernement.Et finalement, le Comité abandonne là ce qui pourrait être l'angle le plus pertinent de la question : le problème du contrôle douanier aurait bien mérité autant d'attention que celui de la classification.Malgré cette insuffisance de personnel, le Comité recommande de poursuivre la collaboration entre les Douanes et les bureaux provinciaux de classification des films, afin d'assurer la cohérence de cette activité administrative.Voilà qui est bien Surtout, il veut abolir la période de 60 jours accordée aux films qui entrent au Canada par les ports québécois, un délai suffisant pour permettre la reproduction clandestine et la diffusion incontrôlée de films et de vidéos, avant même leur classification.Au Québec, la classification elle-même s'effectue selon des critères très mystérieux, sur lesquels la Régie québécoise du cinéma fait planer un véritable secret d'État 1 Alors même que l'article 135.2 de la nouvelle Loi sur le cinéma l'oblige à les rendre publics.Qui dit classification dit «censure» : les films hard core ou snuff sont déjà officiellement interdits de diffusion au Québec, donc «censurés», sans que les partisan-e-s québécois-es de la liberté d'expression n'y trouvent trop à redire.Mais jusqu'où et comment, quand on est féministe et qu'on y voit d'abord une industrie basée sur l'exploitation sexuelle des femmes et des enfants, faut-il censurer la pornographie 7 Jusqu'à maintenant, les féministes québécoises en lutte contte la porno ont surtout visé, apparemment unanimes, des réformes judiciaires et réglementaires.Au Canada anglais, par contre, les féministes ont creusé davantage le débat porno vs censure.Elles n'ont pas eu le choix.En Ontario, par exemple, des artistes féministes voient leurs oeuvres interdites par le Bureau de censure, dont la directrice Mary Brown s'appuie entre autres sur les arguments de groupes féministes5 ! Le 14 mai, la police torontoise effectuait une descente dans une librairie progressiste.Pages Bookstore : sa vitrine exposait un collage sur la sexualité des femmes, qui incluait une serviette sanitaire peinte en rouge, un diaphragme, un godemichet et une vingtaine de livres féministes.Collage et livres furent saisis, artistes et libraires arrêté-e-s.Elles et ils sont passibles d'amendes et d'emprisonnement en vertu de la loi 159 sur l'obscénité.Loin d'être isolée, cette attaque n'était que la dernière d'une série contre des artistes féministes et progressistes en Ontario.Dans un contexte général d'intensification de la répression policière antiféministe, antiavortement (les cliniques Morgentaler) et antigaie, la scission des féministes canadiennes en deux camps est compréhensible.Toutes se disent contre la pornographie, mais certaines s'élèvent fortement contre ce qu'elles considèrent être de la censure6.Au Québec, nous ne vivons pas une polarisation aussi douloureuse ; il n'y a pas pour autant unanimité sur la stratégie qui consiste à se concerter avec l'État pour réprimer la pornographie.Même les plus ardentes réformistes redoutent le pire, c'est-à-dire que des mesures vouées d'abord à la défense des droits des femmes aboutissent éventuellement à la répression, par exemple, de toute sexualité explicite ou dite «marginale».Car.compte tenu du manque de contrôle à la source (aux frontières), nous devrons nous suffire de mesures répressives accrues sur l'étalage et la distribution de cette énorme masse de matériel pornographique importé Cela nous engagera dans de longues procédures judiciaires (pas forcément gagnantes), qui relanceront chaque fois la controverse.Ces batailles risquent non seulement de nous épuiser et de nous diviser, mais surtout de s'éterniser, inefficaces, semblables au tonneau sans fond, jamais rempli, des Danaïdes.Quant à la question de fond, vous le voyez, elle n'est pas encore résolue pour nous, de La Vie en rose : comment contrer la porno en évitant les effets nuisibles de la «censure» 7 Nous poursuivrons la discussion entte nous cet été ; n'hésitez pas à l'alimenter de vos commentaires.À suivre encore, donc.^ 1/ Voir LVR.février 1985.p 17.21 La pornographie et la prostitution au Canada Rapport du Comité spécial d'étude de la pornographie et de la prostitution.Vol 1.Centre d'édition du gouvernement du Canada.Ottawa, 1985, p.292.3/ Ibid.p.171 4/ Ibid .p 311 5/ À lire pour plus d'information sur la réaction des artistes, le flash : Pornographie alternative de Diane Poitras, en page 57.6/ Récemment paru à ce sujet, Women Agamst Censorship, un recueil d'essais sous la direction de Varda Bursryn, Éd Douglas et Mclntyre.Vancouver et Toronto.1985 LA VIE EN ROSE 6 juil./ooût 1985 Courrier Lise Payette A.propos de Lise Payette J'ai trouvé l'entrevue avec Mme Payette très intéressante, mais elle a fait son temps.À l'âge qu'elle a.on ne monte plus sur les barricades pour défendre la politique ou le féminisme et c'est facile de lire entre les lignes qu'elle est fatiguée et qu'elle en a plein le dos de tout cela.11 faut faire confiance à la relève, tout simplement.Françoise Bégin Levis Ce qu'il est mesquin, cet éditorial de Francine Pelletier, sur «Les femmes de l'indépendance» ! Tout est rose du côté de Lise Payette, et noir du côté de Denise Leblanc-Bantey.Vous vous livrez une fois de plus à votre exercice mensuel de manichéisme.Vous vous gardez bien, cette fois, de rappeler le courage de Denise Leblanc-Bantey qui a démissionné par conviction et non à la suite d'une gaffe.Vous rendez un bien piètTe hommage à Lise Payette, ce qui va à rencontre du message qu'elle passe : «On a aussi douté de mon féminisme à moi quand j'étais là.» On se lasse vite de vous voir jouer les pythies au jeu étTiqué et pénible de «la plus féministe».Vos techniques rappellent le mauvais journalisme des gars.Chose certaine, ce n'est pas votre féminisme que j'ai envie de conjuguer avec indépendance.Votre «mood» d'autocritique me vaudra peut-être la consolation de voir ma lettre publiée.Lise M.Jalbert Longueuil Payette, dans son téléroman La bonne aventure, permet d'apprivoiser de nouvelles formes de relations : relations entre femmes, entre femmes et hommes, et même entre hommes (Simon et Hubert).Grâce à Payette, on sort de l'«autrefois» pour airiver au monde d'aujourd'hui.On sort des ornières d'un passé révolu.Enfin, des schemes rétrogrades, comme ceux du Temps d'une paix.Déjà vingt ans.Parc des Braves.etc., le cèdent en cotes d'écoute à la BA.Ce dont Payette se félicite avec raison.Nous sommes moins fermés qu'on ne le croyait.Au lieu de rester braqués sur un passé («Je me souviens»), après tout pas tellement reluisant, nous commençons enfin à regarder vers des formes actuelles.Bravo Payette, et merci pour ce bon travail d'ingénierie socio-culturelle ! Pierre Maranda Québec Des fausses et des vraies femmes_ L'éditorial «La riposte des vraies femmes» (voir LVR.avril 85) m'a littéralement plongée dans la consternation.N'est-il pas irritant de voir des femmes se dresser contre d'autres femmes ' Le féminisme n'est pas la lutte des femmes contre leur autonomie, mais celle des féministes confire les «traditionalistes».Quel paradoxe étonnant ! Cela vient du fait que les femmes, évidemment présentes dans toutes les couches de la société, ne forment pas une caste distincte.Comme Gisèle Tremblay, je crois que beaucoup de femmes défendent d'abord les intérêts de la classe sociale des hommes auxquels elles sont liées.Ainsi, accorder des droits aux femmes de classe sociale moyenne ou pauvre est sûrement très menaçant pour celles qui se complaisent dans la classe bourgeoise.Résultat : la zizanie.Et beaucoup d'hommes s'en réjouissent.Face à ces difficultés, nous, les féministes, devons agir avec plus de vigueur, de solidarité et de conviction, car l'enjeu se ressenre.La véritable liberté se situe dans l'action positive : c'est-à-dire dans l'édification, la construction d'un monde meilleur, et c'est d'abord au nom de cette liberté que nous devons lutter.Merci à Francine Pelletier pour cet article choc.Julie Desharnais Montréal Et l'esthétique ?Apollinaire disait que la concentration intellectuelle s'accommode mal d'un paysage grandiose.Pour bien se concentrer, il faut se placer dans un recoin.LVR.c'est un recoin où l'on peut s'isoler pour comprendre et le message passe d'autant mieux qu'on n'est pas distrait par tout ce qui ferait peut-être mieux vendre la revue, mais noierait le poisson.LVR est remarquablement ajustée aux temps que nous vivons ; ce qui s'y dit est essentiellement dit par des femmes, mais pas seulement pour des femmes.Malgré toute la suspicion qui enveloppe le débat féministe, la revue réussit à se conserver un public d'hommes qui, petit à petit, se sent gagné par le débat et veut y participer, parce que cela est essentiel, pour les hommes comme pour les femmes.Clément Sauriol Montréal Bonjour les belles poupounes ! (J'y peux rien, je la trouve drôle, moi).Qu'est-ce à dire, pas esthétique, La Vie en rose 7 M'en fous de leur esthétisme.moi j'aime les êtres femmes, pas les formes objectivées par l'oeil mâle L'esthétisme, c'est ce qui relègue de belles femmes comme Lanctôt ou Bombardier dans un minuscule médaillon tandis que d'horribles typesses surfardées étalent triomphalement leur nullité à grandeur de couverture.C'est ce qui reste de la femme quand le mâle est passé par là.Julienne Desjardins Montréal .//imaginaire sexuel des femmes_ Il est vrai que La Vie en rose n'est pas à proprement parler une revue attrayante.Mais vous savez ce que ça coûte, une revue du type Figaro-Magazine 7 Pas besoin d'épiloguer ! Il serait urgent d'élaborer beaucoup plus sur un sujet qui est primordial pour les femmes, soit l'imaginaire sexuel.Pourquoi 7 À part les stéréotypes masculins éculés du vécu erotique, et de ce qu'en dit une Nancy Friday ou une Suzanne Brôegger.on ne trouve aucune borne en vue d'une définition de ce qu'est la sensualité féminine.LVR devrait se pencher sur ce thème, ceci pour le plus grand épanouissement de tous et de chacun-chacun-e.Après tout, avec l'humour, ne sont-ce pas là les deux èpices essentielles à l'existence morne d'aujourd'hui 7 Jean Paul Provost Montréal juil./août 1985 7 LA VIE EN ROSE ornographie Le Comité sur la pornographie du YWCA fait circuler une pétition dans la ville de Montréal pour inciter le maire Drapeau à réglementer l'étalage et l'affichage du matériel pornographique Depuis décembre 83, le Québec a donné pouvoir aux municipalités pour le faire, mais M.Drapeau a préféré attendre le rapport de la Commission Fraser sur la pornographie et la prostitution.Maintenant que ce rapport est sorti, il est urgent, selon le Comité du YWCA.d'intervenir immédiatement.Pour avoir des copies de la pétition et pour de plus amples informations Stella Daoust Vichy Pearson et Grace Rostig au 866-9941.poste 59 Étudiante en maîtrise recherche les mémoires des groupes suivants, présentés au Comité Fraser : Comité d'information et d'action antipornographique, Comité des ex-détenues.Women's Collective to Overthrow the Patriarchy.Women Against Pornography.La Cause d'Elle.Comité contre la pornographie à Ripon.Contactez Claude Gendron.1012.rue Fabre Montréal H2E 2B2.125-2094 (entre 18 h et 19 h) A vos voiles ! Accès-Voile offre, du 21 juin à la fin août, des stages d'initiation à la voile sur le lac Champlain.pour une fin de semaine ou pour cinq jours, à prix raisonnables.Pour informations Accès-Voile.4005.boul Gouin est.Montréal-Nord HI H 5M6.326-3049 TVouvelles publications_ Le Mouvement action-chômage de Montréal offre une brochure intitulée : Conseils pratiques aux chômeurs et chômeuses Disponible au Mouvement action-chômage de Montréal.6839 A.rue Drolet.suite 304.Montréal H2S 2TI.211-4099 Coût 2 S (ajouter I $ pour les frais d envoi) L Annuaire des femmes de Montréal 1985 communiqués est maintenant disponible.11 contient plus de 200 pages et 2 500 inscriptions, et il est édité en français et en anglais On peut se le procurer aux Éditions Communiqu Elles.3585.rue Saint-Urbain.Montréal H2X 2N6.844-1161.et dans les librairies et kiosques Le CEDAL va publier un bulletin de liaison mensuel qui fera connaître le travail des femmes dans les différents groupes de solidarité québécois et latino-américains, les luttes des femmes latino-américaines et les problèmes spécifiques des immigrantes latino-américaines.Vous pouvez y contribuer.Pour /oindre le comité de rédaction : CEDAL.3138.rue Saint-Dominique.Montréal H2X 2X9.388-3412 A.vos plumes !_ Radio-Québec lance son troisième concours de scénarios pour auteur-e-s dramatiques de moins de 30 ans.L'objectif est de primer un scénario pour un vidéo de 60 à 90 minutes destiné aux jeunes téléspectateurs, par une bourse de 4 000 $.Tous les textes doivent parvenir avant le 13 septembre 1985 à 16 h Pour obtenir les règlements Radio Québec, concours de scénarios 1985.bureau C-449.800.rue Fullum.Montréal H2K 3L1.Ils sont également disponibles dans les neuf bureaux régionaux.La revue Solaris annonce la tenue du Prix Solaris 1986, en deux volets : création littéraire et bande dessinée.La date limite pour les envois est le 31 octobre 1985.Pour obtenir les règlements Création littéraire.Elisabeth Vonarburg.266.rue Belleau.Chicoutimi G1H 2Y8 Bande dessinée Luc Pomerlmu.44.rue Bédard.app 503.HullJ8Y 5Z1 La Grosse Valise est en quête de textes avec ou sans paroles, de dix ou cent vingt minutes, conçus pour des personnages «masqués», archétypiques et d'une interprétation dramatique «à la bande dessinée» Date limite : septembre 1985.Pour plus de renseignements Nicole Pomerleau.coopérative de théâtre Masques et mouvement.3981.boul Saint Laurent, suite 800.Montréal H2W IY5.288-4100 Groupes, collectifs_ Solidarité populaire Québec est une coalition qui s'est formée pour mettre un terme à la politique de coupures dans les programmes sociaux des gouvernements fédéral et québécois.Elle cherche à regrouper l'ensemble des organismes syndicaux et populaires du Québec.Pour joindre ses rangs Solidarité populaire Québec.1601.av de Lorimier.Montréal H2K 4M5 CREA, le Centre de ressources, d'expérimentation et d'animation pour la petite enfance met à votre disposition des chargées de projet ayant l'expertise nécessaire pour mettre sur pied votre garderie.L'Office des services de garde à l'enfance peut maintenant assurer des subventions qui vous permettent de défrayer les honoraires d'une chargée de projet Pour informations CREA.839.rue Sherbrooke est.suite 8.Montréal H2L 1K6 Céline Marchand 521-0413 uel marathon?Le 6' Marathon Amérique Centrale a pour but de recueillir de l'argent servant à la réalisation de projets au Salvador, au Nicaragua et au Guatemala.Vous pouvez y participer soit en courant 10, 20 ou 40 km et en vous faisant commanditer, soit en commanditant, ou collectant des fonds pour des coureurs-ses, soit encore en nous aidant à des tâches d'organisation ou de publicité.Pour informations Lorraine Guay.Comité Marathon Amérique Centrale.CP 194.Succursale N.Montréal H2X 3T1.933-8324 ÉQUIPE DE DIRECTION : Ariane Émond.Françoise Guénette, Claude Krynski, Louise Legault.Lise Moisan.Francine Pelletier • RÉDACTION : Gloria Escomel, Françoise Guénette.Francine Pelletier • ADMINISTRATION: Louise Legault • PROMOTION: Ariane Émond • SECRÉTARIAT : Andrée-Anne Delisle» DIRECTION ARTISTIQUE: Sylvie Laurendeau • COLLABORATION: Anne-Marie Alonzo.Louky Bersianik.Marie-Claire Biais.Anne Dandurand.Louise Desiardins.Monique Durand.Josette Giguère.Marie-Claire Girard.Lucie Godbout.Marie-Francine Hébert.Renée Larouche.Monique LaRue.Monique Letarte, Carole Massé.Hélène Pedneault.Diane Poitras, Hélène Sarrasin.Marie-Claude Trépanier, Diane Tremblay • ILLUSTRATION : Suzanne Côté.Thérèse Godbout, Christine Lajeunesse, Nicole Lévesque.Aline Martineau, Louisa Nicol.Diane O'Bomsawin • PHOTOGRAPHIE : Marik Boudreau.Maurice Gagnon, Suzanne Girard MAQUETTE : Diane Blain.Sylvie Laurendeau CORRECTION D'ÉPREUVES : Suzanne Bergeron • DOCUMENTATION : Hélène Blondeau • COMPOSITION Concept Médiatexte inc • PELLICULAGE : Dupligraphix • IMPRESSION: Imprimerie Canadienne Gazette inc.» DISTRIBUTION: Les Distributeurs associés du Québec (DAQ).tel : 645-8754, ext.: 1-800-361-4550 • PUBLICITÉ : Claude Krynski.843-7226 • ABONNEMENT: 1 an.10 numéros: 19 $.2 ans.20 numéros 33 S.3 ans.30 numéros 45 $ Tarif international par voie de surface 30 $.par avion 44 $ Marie-France Poirier et Anne-Marie Cormier 843-8366 • LA VIE EN ROSE est subventionnée par le Conseil des arts du Canada et par le ministère des Affaires culturelles du Québec • LA VIE EN ROSE est publiée par les Productions des années 80.corporation sans but lucratif On peut nous joindre de 9 h 30 à 17 h au 3963.rue Saint-Denis.Montréal H2W 2M4.ou en téléphonant (514) 843-8366 ou 843-7226 Copyright 1985 - LA VIE EN ROSE Tous droits de reproduction et d'adaptation réservés Dépôt légal Bibliothèques nationales du Québec et du Canada ISSN-0228-5479 Indexée dans Radar et membre de l'Association des éditeurs de périodiques culturels québécois Courtier de deuxième classe : 5188 Commission paritaire 4 067 CDN LA VIE EN ROSE 8 luil./ooût 1985 Commentaire Négligence médicale Des professionnelles répondent C^est avec un immense chagrin et une révolte très grande que j'ai lu l'article de Monique de Gramont sur la mort de votre consoeur journaliste.Louise Côté (voir LVR, mai 85).On peut très certainement crier au scandale et à l'outrance quand on voit, si c'est bien le cas.comment s'est déroulé son accouchement et les nombreuses erreurs de jugement médical qui ont été faites.Déjà, au début, on aurait dû considérer sa grossesse «à risques», étant donné sa tendance à la prééclampsie Je ne veux pas jeter la pienre sur le corps médical ni sur les sages-femmes, mais nous, du corps médical, nous battons constamment pour garder un niveau élevé de compétence en obstétrique.Sommes-nous toujours capables de l'atteindre 7 J'en doute fort car plusieurs d'entre nous semblent improviser leur compétence en ce domaine, ainsi que d'autres, oeuvrant dans un secteur connexe.Pounra-t-on toujours assurer une sécurité et une compétence en obstétrique si elle peut être faite par n'importe qui.n'importe où, n'importe quand ?De grâce, n'allez surtout pas prendre les hôpitaux universitaires comme meilleur gage de sécurité, si la personne qui vous prend en main est elle-même incapable d'oeuvrer en obstétrique.Le meilleur gage est la compétence, la formation reçue et une bonne expérience.C'est en forgeant qu'on devient forgeron.Ce n'est pas en faisant deux ou trois accouchements par mois qu'on devient habilité à travailler en obstétrique.Même si l'accouchement est un processus naturel, la nature, elle, nous joue des tours trop souvent.On nous reproche souvent d'être trop interventionnistes, nous le sommes justement pour éviter ce genre de catastrophe.Interventionniste ne veut pas dire épisiotomie ou monitoring de routine ou déclenchement non médical.Cela veut dire rester aux aguets, être prêt-e à intervenir en cas de complications, être assez compétent-e pour aider une grossesse à se rendre à terme, être attentif-ve aux besoins de toutes les accouchées, être humain-e dans tous les gestes que nous po- sons.Être bon-ne obstétricien-ne ne veut pas dire promettre à une femme enceinte qu'elle n'aura pas de monitoring, de césarienne ou de forceps.C'est aider quelqu'un à mener à terme une grossesse, quelles que soient les éventualités ou complications qui se présentent.Accoucher quelqu'un ne se résume pas à sortir un bébé du ventre : le processus a commencé neuf mois auparavant et il faut en tenir compte tout au long de la grossesse.Je rêve du jour où nous, les femmes, cesserons de nous torturer pour savoir si nous accoucherons à l'hôpital ou à la maison, avec une sage-femme ou un médecin, mais plutôt pour choisir la personne qui nous apportera notre sécurité et celle de l'enfant à naître.Nous avons le droit, quand nous choisissons la personne qui nous accouche, de demander ses «cartes de compétence», mais lesdites cartes ne sont malheureusement pas toujours présentes.Renée Larouche médecin en périnatal1té Alma Je suis une des infirmières qui accompagna Mme Côté en cette soirée de la «tTiste fête», pour paraphraser votre langage.L'événement ne fut pas «classé», comme vous le dites, sous la rubrique froide et très officielle d'un «malheureux et exceptionnel accident de parcours» ; mais vu, vécu et ressenti, comme un tragique et dramatique accouchement, et cela par tous les intervenants.J'ai plus de vingt ans de vie professionnelle.J'ai deux enfants vivants, mais j'en ai perdu quatre à la naissance.Je connais donc, de manière personnelle et professionnelle, la douleur et le profond sentiment de dépendance qu'éprouve une femme en travail.Cette forme d'abandon du corps et de l'âme entre les mains des autres Mais je m'émerveille encore sans cesse et toujours de cette sorte de miracle qu'est l'arrivée au monde d'un nouvel être humain.Je ne m'attarderai pas sur les inexactitudes majeures relatées par vous quant au déroulement de ce sinistre événement Mais sachez que chaque minute de la présence de Mme Côté dans notre service d'obstétrique, fut passé et repassé au crible de notre conscience, de notre savoir, et revue en détail par la corporation des médecins Tout, vraiment tout a été remis en question Pourquoi Josiane est-elle morte7 Pourquoi Louise Côté est-elle morte 7 Pourquoi, madame, ne vous est-il pas venu à l'esprit, durant ce temps de votre réflexion, pour un regard plus serein, cette simple et saine question : comment, si les normes du puzzle du diagnostic avaient été si faciles à assembler, oui, comment aurions-nous pu être si nombreux à nous tromper 7 Hélas, la limite du savoir était là.La mort nous laisse toujours pantois et.malgré les forces canalisées pour la combattre, nous baissons souvent pavillon devant la Nature, le Destin, ou Dieu.Croyez, madame, que je partage votre peine en tant que femme et mère, moi non plus je n'oublierai jamais Mme Côté.Mais permettez-moi de vous souligner que votre témoignage est loin, très loin de l'esprit dans lequel nous travaillons Une infirmière Montréal (Je ne peux signer à cause des poursuites judiciaires dont vous parlez | ¦ nexactitudes majeures 7 II est impor-I tant de rappeler que le dossier médical let les rapports d'autopsie de Louise et ¦ Josiane ont été revus, analysés et com-I mentes par des experts - et non par ^moi.Peut-être aurait-il fallu les publier en guise de preuve, comme l'un d'eux le souhaitait 11 est aussi important de souligner que le syndic de la Corporation professionnelle des médecins du Québec a revu le dossier et décidé de poursuivre.Comme dit le proverbe, il n'y a pas de fumée sans feu.Monique de Gramont juil./août 1985 9 LA VIE EN ROSE Actualité Féministe Les dessous du Livre blanc Quelque soixante-quinze femmes, représentantes de différents conseils régionaux et associations membres de la Fédération des femmes du Québec (FFQ).se regroupaient, début mai.pour analyser et débattre les conséquences, pour elles, du Livre blanc sur la fiscalité des particuliers publié par le ministère des Finances du Québec en janvier 85.La Fédération des femmes du Québec, fondée en 1966, regroupe 41 organismes (80 000 membres) et poursuit la correction des injustices dont les femmes sont victimes.Le colloque «Femme et fiscalité», animé par Mme Claire Bonenfant.n'a pas fait exception à cette cause.À savoir du Livre blanc Disons d'abord que quatre objectifs principaux ont stimulé le gouvernement à modifier notre régime fiscal : obtenir une fiscalité1 concurrentielle avec les autres provinces canadiennes, inciter la population au travail, lutter contre la pauvreté et rechercher une plus grande équité Mais qu'est-ce qu'une fiscalité plus concurrentielle 7 En gros, c'est une fiscalité qui incitera les personnes à haut revenu à demeurer au Québec au lieu de «voler» vers l'Ontario.Au Québec, en effet, l'impôt sur le revenu augmente en fonction de l'augmentation du revenu jusqu'au taux maximum de 60.4 %.tandis qu'en Ontario ce taux ne peut dépasser 51,1 %2.On proposerait donc un taux maximum se situant aux alentours de 58 %.En ce qui concerne l'incitation au travail et la lutte contre la pauvreté, les mesures préconisées par le Livre blanc concernent à la fois le système d'imposition et le régime de transfert.Partant du principe que les contribuables ne tendent pas à rechercher les plus hauts revenus possibles parce que les impôts augmentent considérablement, le gouvernement propose une réduction des taux de taxation.BOUQUINEZ À L'AISE À LE NGENCE DU LIVRE 1246 rue St-Denis Montréal Tél.: 844-6896 Les analyses démontrent aussi que les personnes à faible revenu n'ont pas beaucoup d'avantages à préférer le travail à l'aide sociale : entre les déductions d'impôt et la perte d'un ensemble d'aides financières - surtout dans le cas des familles monoparentales - elles ont très peu d'avantages nets sur le marché du travail.Pour inciter les bénéficiaires de l'aide sociale, aptes au travail, à se trouver un emploi, le Livre blanc propose des activités qui facilitent leur intégration (stages en entreprise, formation scolaire et professionnelle) en contrepartie de transferts plus élevés versés par le gouvernement Les personnes qui ne participent pas à ces programmes verront par contre leurs prestations réduites au minimum.Finalement, le principe d'équité veut que des paiements de taxes identiques soient versés en fonction de capacités identiques : un couple qui a deux enfants n'a pas les mêmes besoins qu'un couple qui en a trois.L'objectif du gouvernement est de voir si le système fiscal reconnaît les besoins essentiels et ne les taxe pas.En ce sens, le ministère des Finances propose une augmentation du seuil imposable ainsi que des exemptions personnelles ; ainsi, un contribuable marié, ayant deux enfants en bas âge, commen- LA VIE EN ROSE 10 juil./août 1985 cera à payer de l'impôt à partir de 16 588 $ de revenus annuels (plutôt que 11 918 S).Là où le bât blesse Mais tout n'est pas blanc dans le Livre blanc.Au Québec, le système fiscal demeurera plus avantageux pour les bien nantis, puisqu'ils ont la possibilité de déduire une partie de leurs revenus imposables en investissant dans un régime d'épargne-actions (REA), ce qui diminue le taux d'imposition (Cette possibilité n'existe pas en Ontario.) Et puis, le Livre blanc ne tient pas compte des revendications existantes, tel le refus de faire des heures supplémentaires (elles sont plus lourdement imposées que les autres) ou la réduction des heures de travail (afin de partager les emplois existants), dans les solutions à envisager De plus, le Livre blanc, qui prétend analyser en profondeur toute la fiscalité, oublie de traiter de l'évasion fiscale, prétextant que «ces questions n'ont pas fait l'objet d'analyses approfondies en raison de l'ampleur du sujet et de la nécessité de conserver la plus grande harmonisation possible des régimes de taxation fédéral et québécois».Enfin, le Livre blanc propose de baisser au minimum les prestations d'aide sociale pour les personnes aptes au travail, afin de les inciter à trouver un emploi Mais il ne tient pas compte des jeunes assistés sociaux, qui reçoivent à l'heure actuelle moins que le minimum vital et ne trouvent toujours pas d'emploi.Un peu plus désavantagées D'après le Conseil du statut de la femme (CSF) le Livre blanc marque un recul pour nous, puisque les mesures d'aide écono- mique aux familles sont orientées en fonction des pères pourvoyeurs et des contribuables à revenu élevé.Francine Lepage, agente d'information du CSF.a expliqué pourquoi ces mesures renforcent la dépendance économique des conjointes au foyer.Les femmes avaient demandé que l'on transforme l'exemption de personne mariée en une allocation qui leur serait personnellement attribuée.Le gouvernement décide, au contraire, d'augmenter l'exemption de personne mariée pour compenser l'absence de revenu des épouses, mais c'est toujours le mari qui en bénéficie et non la femme qui continue à assumer bénévolement, à plein temps, les tâches du foyer.De plus, contrairement à tout autre adulte qui a le droit d'avoir un revenu d'environ 5 000 $ sans être imposé, une femme mariée voit ses premiers dollars gagnés imposés sur le revenu de son mari Voilà une deuxième mesure qui n'incite pas les épouses à se trouver un emploi et qui favorise le mari pourvoyeur.Et comment ne pas voir dans les allocations familiales existantes, peu importantes et non indexées, un manque de reconnaissance des nombreuses femmes qui gèrent le budget familial ?Ces mesures accentuent aussi la dépendance des grands enfants, dont chaque dollar gagné réduira l'exemption accordée.Jusqu'à présent, ils pouvaient gagner jusqu'à 2 930 $ sans affecter les exemptions.De plus, au lieu d'améliorer le régime de prêts et bourses pour les personnes aux études, le gouvernement préfère accorder une exemption additionnelle aux parents dont les enfants poursuivent des études post-secondaires : ici encore, ce sont les familles à revenu élevé qui sont les plus avantagées.Charge d'enfants Par contre, l'aide aux familles monoparentales sera réduite À titre indicatif, un couple sans enfants pourra se prévaloir, en 1987, de 10 160$ d'exemptions, alors que la famille monoparentale avec un enfant n'aura droit qu'à 8 765 $ d'exemptions, puisque le premier enfant ne pouna plus être exempté comme première personne à charge (enfant ou adulte).Pourtant, il est vraisemblable de penser que le premier enfant d'une famille monoparentale entraîne des dépenses aussi importantes que celles du deuxième adulte dans un couple.Finalement, les frais de garde n'allègent pas le fardeau des familles à revenu moyen : leur revenu est trop élevé pour qu'elles puissent bénéficier du programme d'aide à la garde, mais trop faible pour en tirer un profit réel.Le fait que les déductions pour frais de garde puissent désor- mais être réclamés par l'un ou l'autre des parents entraînera plus que jamais la chasse aux reçus de garde Quelle gardienne (en milieu familial) consentira à en émettre, sachant que l'épargne fiscale de son mari en sera réduite d'autant 7 Tout en étant d'accord avec les analyses du Livre blanc présentées à ce colloque, les membres de la Fédération des femmes du Québec ont recommandé, entre autres, que la base d'imposition soit basée sur la reconnaissance de l'individu plutôt que sur l'unité familiale._Monique Letarte 1/ Le terme «fiscalité» inclut le régime de taxation et de transfert.Le régime de taxation réfère à l'impôt sur le revenu, les taxes sur la consommation, les taxes municipales et scolaires, l'impôt des sociétés et certains autres revenus du gouvernement Par régime de transfert, on entend l'aide sociale, le supplément au revenu du travail, certaines mesures familiales comme les allocations familiales, de disponibilité, d'aide financière à la garde, etc 2/ Mais il ne faut pas croire que la vie est moins chère en Ontario pour autant Les taxes municipales et scolaires ainsi que sur la consommation étant plus élevées, cela revient à peu prés au même.Paris Librairie à vendre La librairie Carabosses et le café de femmes Barcarosse vont cesser leurs activités.Depuis mai 1978.la librairie offrait à la fois les services d'une librairie spécialisée, ouverte à un large public, et des senices spécifiques à une librairie féministe pluraliste, permettant la diffusion des idées et des informations concernant la vie des femmes et la mise en mouvement de leurs révoltes.Quant au café, ouvert en octobre 1979.il offrait à ses adhérentes un lieu de rencontres, d'information, de documentation, d'expositions, de débats.et constituait ainsi un carrefour d'échanges pour les féministes de toutes nationalités.Ni instrument d'une tendance, ni propriété collective d'un mouvement.Carabosses-Barcarosse a été la réalisation d'un groupe qui en avait la charge et la responsabilité.Mais les trop grandes difficultés rencontrées auiourd'hui pour adopter un fonctionnement collectif aux réalités économiques et sociales de plus en plus dures, nous amènent à prendre notre décision.La librairie est donc désormais en vente, mais d'ici là.nous continuons nos activités et vous attendons encore nombreuses.Les Carabosses juil./ooût 1985 11 LA VIE EN ROSE %dge.Vbtrequotidien prend unairdefête.Actualité Féministe Nettoyeur mou^1» stéréotypes dans les médias Toujours ménagères Plus de deux ans après le rapport du CRTC établissant clairement l'existence de stéréotypes sexistes à la télévision, à la radio et dans la publicité, l'image des femmes dans les médias s'est-elle améliorée ?C'est ce qu'une récente étude du groupe Évaluation-médias/Media Watch a voulu savoir.Il était permis de douter dune amélioration quelconque puisque, plutôt qu'imposer des directives claires afin d'éliminer ces stéréotypes, le CRTC a choisi de laisser l'industrie s'autorégle-menter pendant une période de deux ans (voir LVR, nov.84).Des centaines de femmes de toutes les régions du pays ont participé à l'évaluation de la programmation de la radio et de la télévision.La réalisation de cette recherche a été exclusivement confiée à des femmes.E-M ayant jugé important que le point de vue des femmes soit pris en considération, ne serait-ce que pour contrebalancer l'ensemble des présentations de l'industrie prévues au Forum d'évaluation qui doit clôturer la période d'essai en septembre.Quelques conclusions Malgré une amélioration concernant le pourcentage de représentation des deux sexes (les personnages principaux féminins dans les émissjpns dramatiques et de variétés sont passés de 39 % à 49 96).l'enquête nous apprend qu'un véritable changement n'a pas eu lieu durant la période d'autoréglementation Dans l'ensemble, les femmes continuent à être représentées au foyer (les occupations féminines sont, en ordre d'importance, ménagères, commis de bureau, étudiantes).Et quand elles ne sont pas préoccupées par le soin du mari et des enfants, elles sont réduites à des objets sexuels (26 % de la publicité télévisée utilise le corps des femmes).Elles n'établissent pas de rapports d'amitié avec d'autres femmes (contrairement aux hommes qui.eux, entretiennent beaucoup de rapports avec d'autres hommes).Les femmes sont encore soumises et n'ont pas de pouvoir (les hommes sont montrés beaucoup plus souvent comme prenant des décisions et, au travail, on voit rarement des femmes aux postes de direction).Elles sont tout aussi rarement présentées comme expertes en différentes matières (84 % des personnes interviewées à la télé et 79 % à la radio sont des hommes), et prennent peu de décisions importantes pour elles et pour les autres Elles sont très souvent absentes lors des grands événements d'actualité (75 % des personnes qui font l'actualité sont des hommes, 6 % sont des femmes).Finalement, même belles, les femmes disparaissent des écrans lorsqu'elles sont âgées de 35 ans et plus (à la télé, deux femmes sur trois ont moins de 35 ans tandis qu'un homme sur deux est âgé de plus de 35 ans)1.Il est important de faire connaître notre mécontentement face au sexisme qui perdure dans les médias et d'exiger la tenue du Forum public dans les plus brefs délais2 Pour sa part, Évaluation-médias présentera lors de cette assemblée publique une série de recommandations tirées de son volumineux rapport.Mari Boti et Johanne Frechette d'Évaluation- médias 1/ Ces exemples sont tirés du rapport Set Role Stereotyping a Content Analysis of Radio and Television Programs and Advertisements.1985, 223 pages.2/ À cet effet.E-M fournit des formulaires de plainte et offre des ateliers de discussion sur le sexisme dans les médias Pour de plus amples informations, contactez : Évaluation-médias.CP.1687.Suce.H.Montréal H3G 2N6, 270-7069 A propos d'Evaluation-médias Mis sur pied en 1981, ce groupe a produit et diffusé des vidéos dénonçant le sexisme, a mené des campagnes pour le retrait de publicités sexistes et a réalisé l'enquête ci-haut mentionnée L'organisme a aussi évolué.D'un petit groupe de femmes à Vancouver, il fonctionne maintenant sur la base de représentantes-conférencières dans chaque province et territoire, en plus de former dans plusieurs endroits des groupes de militantes autour de projets communs.À Montréal, par exemple, un collectif d'une dizaine de femmes surveille les médias francophones.Et pour 1985, le groupe pancanadien prévoit orienter ses efforts vers la sensibilisation des jeunes.LA VIE EN ROSE 12 juif/août 1985 Pour une politique des sages-femmes Les 3 et 4 mai dernier, plus de 500 femmes et quelques hommes participaient à î'événement-rencontre Femmes et sages-femmes un lien privilégié, organisé par le Mouvement sage-femme.Si l'événement était politique - les organisatrices étaient fiéres de la dimension que prenait l'événement et très conscientes de sa portée face aux milieux ministériels du Québec et d'ailleurs - l'atmosphère traduisait aussi un immense plaisir de se retrouver et d'élargir ses rangs.Comme un premier violon qui donne le ton, c'est une Marie-Claire Séguin tour à tour émue, déterminée, chaleureuse et drôle qui ouvrit la rencontre.Allaient suivre des témoignages : poignant (Monique de Gramont, journaliste - voir LVR, mai 85), essentiel (Renée Gilbon.sage-femme française), passionnant (Isabelle Brabant, sage-femme québécoise), articulé (Maria de Konink, chercheure) et d'un réalisme, d'une humanité et d'un humour rarement atteints (Lise Cousineau, sage-femme québécoise).Le samedi, des présentations fort étoffées (Mmes Francine Saillant, Québec ; Renée Gilbon, France ; Gayle Harriet Peterson.É.-U.) allaient permettre aux participant-e-s de poursuivre leur réflexion et de déboucher sur la question de la stratégie.Enthousiastes, les femmes demandaient quelle pouvait être leur contribution à l'avancement du dossier.Le Mouvement sage-femme demande que la profession de sage-femme soit une profession autonome, régie par ses propres structures, que la formation de niveau premier cycle universitaire et multidisci-plinaire soit accessible à toute personne le désirant et que cette pratique puisse être exercée dans tous les lieux, maison, hôpital, maison de naissance.Le rapport du comité interministériel sur les sages-femmes (voir LVR, fév.85) remis au ministre Chevrette et rendu public le 3 mai dernier respecte ces principes et le Mouvement sage-femme n'a pas caché sa satisfaction à cet effet.Il s'agit maintenant d'aller chercher l'appui de la population pour que ce rapport ait une suite.C'est-à-dire qu'une politique des sages-femmes voie le jour.Le Mouvement entreprend donc une tournée provinciale pour faire connaître les sages-femmes, chasser limage de sorcières qui leur est encore trop souvent accolée et rendre compte de leurs besoins au plan de la formation et de leur statut légal.Parallèlement, on travaille à effectuer un relevé de tous les cours de sages-femmes dans le monde afin de construire un programme de formation le plus complet possible.Le Mouvement sage-femme nous demande un appui moral' et financier car malgré les assurances données par le ministre Chevrette venu clôturer la rencontre - M Chevrette a clairement annoncé la sortie dune politique des sages-femmes avant la fin juin et son adoption l'automne prochain -il est clair que la bataille avec les médecins sera âpre et l'issue loin d'être évidente.À suivre.Hélène Sarrasin 1/ On peut obtenir au Mouvement sage-femme (525-5895) la copie d'une lettre demandant la légalisation des sages-femmes au premier ministre Oui est Ce Ho Rosenberg ?demandez à votre libraire Lil CONSTULilTION DU CVGM o la pleine lune DEUX ROMANS POUR VOS VACANCES Après «La Ville aux gueux» remarqué par la critique comme un livre étonnant.Pauline Harvey nous invite à suivre les aventures de quatre adolescents dans Montréal.ENCORE E PARTIE POURBERRI o la pleine lune 523-2375 DISPONI juil./ooût 1985 13 LA VIE EN ROSE Actualité Féministe Des femmes et de la survie La paix mondiale, malgré le sentiment d'urgence et les conséquences internationales qui s'en dégagent, semble peu affecter nos vies quotidiennes.C'est pourquoi une telle préoccupation n'a guère été reprise par le mouvement des femmes, comme d'ailleurs par les femmes en général.Pourquoi une femme s'inquiéterait-elle des bombes à neutrons, alors que ses trois repas par jour ne sont pas toujours chose assurée 7 Pourquoi une féministe s'inquiéterait-elle de la montée du militarisme, alors que la pornographie est déjà si violente, omniprésente ?» C'est ainsi que s'annonçait la conférence Des femmes et de la survie, qui eut lieu à la mi-avril, à Montréal.Conférence ambitieuse s'il en est, puisqu'elle voulait non seulement lier les préoccupations féministes aux préoccupations pacifistes, mais aussi parce qu'elle visait à créer des liens entre les différentes communautés et groupes de femmes de Montréal.Quoique nous n'étions guère plus qu'une centaine - de femmes en majorité -où dominaient les anglophones, l'assemblée était plus hétéroclite que d'habitude : quelques femmes noires, autochtones, indiennes, autant de jeunes que de femmes plus vieilles, et, parmi bon nombre de militantes pacifistes, féministes et syndicalistes, quelques femmes d'affaires Il faut dire que la journée s'annonçait impressionnante tant par ses ateliers que par ses personnes ressources, dont Juanita Westmoreland {Les femmes des minorités ethniques et la survie), Solanges Vincent (Des emplois pour la paix).Dorothy Rosenberg (Féminisme et militarisme).Jo Vellacott (Savoir partager le pouvoir et la responsabilité).Greta Nemiroff (L'ère nucléaire du désespoir à la mobilisation).Mary Two Axe Early (La question autochtone).Le consensus de la journée ?Que la paix est un bien grand mot.ayant autant de significations qu'il y a de réalités différentes.Ainsi, en Occident, nous faisons généralement l'équation entre la paix, le désarmement et la non-violence, alors que la paix dans les pays du Tiers-Monde passe presque inévitablement par la lutte armée.Et que dire de la lutte des Noir-e-s américain-e-s, qui a été particulièrement violente par moments 7 N'est- ce pas d'ailleurs par manque de telles nuances que le mouvement pacifiste a toujours peu d'impact sur nos vies et sur nos gouvernements 7 Or, c'est dans ce sens que les liens à faire entre le sexisme et le militarisme sont essentiels au mouvement pacifiste.Car comment se mobiliser sans une vision concrète et quotidienne du problème 7 «La question de l'armement nucléaire ne se raconte pas.elle se sent», disait Greta Nemiroff dans son atelier.Mais qu'on soit féministe, pacifiste ou les deux, pourquoi ne pas supplanter la notion de paix par celle de justice 7 C'est ce qui est ressorti de tous les ateliers, mais de façon plus retentissante dans celui sur les minorités ethniques.«Je connais des féministes qui s'inquiètent pour les femmes d'Afrique du Sud, qui luttent contre l'apartheid, et pourtant, si je leur dis que le racisme existe ici, qu'une femme noire vivant seule avec un enfant a toutes les misères du monde à se trouver un emploi ou un logement, je passe pour une paranoïaque.Le mouvement des femmes ne se rend pas compte qu'une revendication du genre salaire égal pour travail égal n'a pas du tout la même portée si l'on est Blanc ou Noir.Si nous ne sommes pas prêtes à regarder nos préjugés en face, la question de la paix demeurera une préoccupation essentiellement «blanche et de la classe moyenne», a dit une jeune femme noire, dont la colère était visible La colère a d'ailleurs été l'autre grand pôle de cette journée.Dans l'atelier de Greta Nemiroff.où il s'agissait d'exprimer tout ce que nous pouvons ressentir à l'idée d'une guerre nucléaire, la colère était omniprésente, qu'elle ait pris la forme de messages écrits sur les murs (Humanity not hardware.') ou d'aveux spontanés : «J'en veux à la société et aux hommes qui la gouvernent et j'en veux aux jeunes de mon âge.qui ne trouvent rien de mieux à dire qu'ils veulent se retrouver directement en dessous des bombes, quand elles tomberont !» lança une jeune femme de 20 ans.Rien de plus motivant que la colère, d'ailleurs.Après 1 5 années de luttes féministes, il est bon de se le rappeler.Francine Pelletier LE THÉÂTRE EXPÉRIMENTAL DES FEMMES Comment les artistes féministes transforment la sexualité?Peut-on parler d'une sexualité qui soit transmissible ?Comment recréer la place de la fête, des rites, des codes, d'ardentes noces, des parades populaires, d'une cérémonie : l'appel du feu ?Quelle est la place des sentiments?À quoi pourrait ressembler ce Festival ?Vous êtes conviées à une journée de discussions et de propositions sur le thème, samedi le 31 août 1985.Inscrivez-vous par la poste en nous envoyant vos noms, adresses et téléphone.Nous vous retournerons par la poste vers la mi-août les informations supplémentaires quant au déroulement de cette journée.Nos bureaux seront fermés jusqu'au 1" août 1985 LA VIE EN ROSE 14 juil./août 1985 Débat pour un journal Un journal populaire, démocratique et progressiste est-il nécessaire et seriez-vous prêts à y souscrire ?C'était la question posée le 2 mai dernier à quelque deux cents personnes par l'Institut canadien d'éducation des adultes.Il y a déjà quelques années que l'ICEA.à la lumière de la disparition de Québec-Presse, du Jour, de Presse libre, et même du Temps fou.travaillait en groupe restreint à imaginer cet hebdo d'actualité couvrant tous les sujets, à la fois national et critique, issu des milieux populaires et syndicaux et financé par eux.Le 2 mai.l'ICEA lançait un débat plus large sur la pertinence d'un tel journal.Animé avec humour par Lise Payette, le débat a été nourri par les interventions «spécialisées» de plusieurs invité-e-s dont Jacques Keable.ex-journaliste du Jour et de Québec-Presse, auteur de L information sous influence (Éd.VLB), une démonstration efficace, au ton pamphlétaire, des méfaits de la concentration des entreprises au Québec.Parmi ces méfaits, sur lesquels il y avait unanimité dans la salle, mentionnons d'abord l'impossibilité de retrouver dans les médias de masse actuels cet autre point de vue sur l'actualité nécessaire à la formation d'une opinion éclairée, et qui ferait contrepoids aux valeurs conservatrices véhiculées par les Paul Desmarais, Jacques Francoeur et Pierre Péladeau (à trois, ils contrôlent 97 % de la presse quotidienne au Québec).Selon l'ICEA.ce déséquilibre atteint maintenant un seuil critique et il faut envisager d'autant plus sérieusement la possibilité d'un journal de gauche, porté par les syndicats, les groupes populaires, les groupes de femmes, les jeunes, tous les progressistes insatisfait-e-s des médias actuels.D'où la question posée ce soir-là.Visiblement nostalgiques (et avec raison d'ailleurs) des belles années de Québec-Presse', une partie des participant-e-s, surtout des hommes, relevèrent, avec preuves à l'appui, la nécessité d'un tel outil de contre-information de gauche Moins nombreux-euses, d'autres essayèrent de soulever l'aspect problématique du financement : comme les groupes populaires sont pauvres et/ou subventionnés, ne faudrait -il pas compter sur les centrales syndicales 7 Mais alors celles-ci n'auraient -elles pas tendance à infléchir à leur profit la politique d'information du journal 7 Quelle possibilité de contrôle resterait-il à la vaste et démocratique assemblée des propriétaires 7 Et quelle serait la marge de manoeuvre de l'équipe de journalistes professionnel-le-s char-gé-e-s de la rédaction 7 Pourrait-on critiquer aussi les syndicats 7 L'indépendance politique est-elle possible sans indépendance financière (une question que les femmes connaissent bien) 7 Invitée ce soir-là.parmi d'autres, à faire part des limites de l'expérience de presse alternative qu'est La Vie en rose, j'avais évoqué les problèmes financiers, journalistiques et politiques du projet.Plus tard, inspirée toujours de la leçon parfois douloureuse de LVR, j'ai souligné la difficulté de financer un tel journal, à mon avis sous-estimée par plusieurs.Quant à l'indépendance de la rédaction, elle me semblait encore plus difficile à assurer : même si La Vie en rose n'a jamais prétendu représenter toutes les tendances de tous les féminismes québécois, même si ses 15 000 acheteuses en sont les vraies créancières et propriétaires (avant les publicitaires et les États subventionneurs).même si elle n'est dévolue qu'à un seul projet politique, le féminisme.La Vie en rose, malgré toutes ces précautions, a parfois été déchirée par les différends idéologiques.Un journal ayant des intérêts aussi divers que le féminisme, le socialisme, le syndicalisme, l'écologie, etc., de plus propriété de tous et toutes, pourrait-il éviter d'être déchiré par ses contradictions 7 Et si la démocratie survivait aux conflits d'intérêts, survivrait-elle aux impératifs du marketing 7 Et enfin, comment penser qu'il serait facile de décrocher des collaborateurs-trices, des publicitaires et un public lecteur dès la première année, quand LVR, après cinq ans, commence à peine à s'en sortir 7 Le bassin de sympathisant-e-s prêt-e-s à collaborer, à payer, à soutenir BOUQUINEZ À L'AISE À LE kGENCE DU LIVRE 1246 rue St-Denis Montréal Tél.: 844-6896 concrètement une telle expérience est peut-être plus mince qu'on ne le croit.A preuve : la maigre santé des médias alternatifs et progressistes existants.Un nouveau journal aurait-il pour effet de raviver les forces branlantes de la gauche ou au contraire de diviser les rares ressources existantes, humaines et financières 7 Et ainsi de nuire aux hebdos de quartiers comme, à Montréal.La Criée et Liaison Saint-Louis, et même à La Vie en rose 7 Certain-e-s ont pu interpréter mon intervention, par ailleurs spontanée, comme de la mesquinerie ou du corporatisme.Mais, comme le disait ensuite Francine Pelletier, «poser ce genre de questions n'est pas empêcher la naissance d'autres médias féministes ou alternatifs.Nous avons, par exemple, salué la naissance de Marie-Géographie, le magazine féministe de Québec, et nous savons l'importance de multiplier les lieux de diffusion du féminisme.Mais, devant un projet aussi ambitieux2, il faut regarder les choses en face : en avons-nous les moyens, financiers et autres 7 Et si on a le malheur de mettre en garde : «Attention, il n'y a pas nécessairement de place pour tout le monde, le public québécois ne lit.n'achète que peu d'alternatif, il est blasé.(à commencer par nous-mêmes)», c'est l'anathéme 1 Mais a-t-on pris la peine de comprendre pourquoi les médias alternatifs existants ne font plus notre affaire, alors qu'ils ont une expérience pratique en démocratie, en marketing, en progressisme populaire 7 Pourquoi ne les aimons-nous pas assez pour les acheter régulièrement ?» Malgré toutes ces réserves, il y a certainement intérêt à poursuivre le débat ; d'ailleurs, le 2 mai.la plupart des participant-e-s s'engageaient à le faire dans leurs milieux respectifs.Alors si la question d'un journal populaire vous intéresse concrètement, écrivez-nous ou.mieux, faites parvenir vos commentaires à l'ICEA.a/s Esther Désilets.506.Sainte-Catherine Est.n° 800.Montréal.Québec H2L 2C7.Françoise Guénette 1/ Québec-Presse, né en 1969 et mort en 1974.vendait autour de 25 000 exemplaires.21 Le journal imaginé par l'ICEA devrait tirer à 35 000 copies pour en vendre dès le départ 25 000 11 coûterait à produire, la première année.1 240 000 $ et embaucherait une trentaine de permanent-e-s.ml./août 1985 15 LA VIE EN ROSE Tenter l'erotique par Francine Pelletier C'est un projet qui ne date pas d'hier.Depuis le début de La Vie en rose, la question de l'érotisme nous a attirées.et puis effrayées, tant le sujet était tabou, compliqué, inexploré.Celles et ceux qui lisaient LVR au moment où ce n 'était qu 'un petit inséré dans Le Temps fou se souviendront peut-être d'un certain texte «cochon» (Trip de cul, notre premier texte anonyme, d'ailleurs) et surtout, ce qui avait causé plus de grincements de dents encore, des fameux Centerfolds erotiques de Nicole Morisset, notre première et courageuse directrice artistique.C 'était avant que s'enclenche la lutte contre la pornographie.Et sans doute devait-elle avoir lieu avant que nous puissions revenir sur la question d'un érotisme féminin.Car n 'était-ce pas mettre la charrue devant les boeufs, penser trop à l'avenir alors que le présent faisait encore tant problème?Lancée il y a six mois, l'idée d'un «spécial erotique» a suscité un enthousiasme beaucoup plus grand qu 'elle ne l'aurait fait il y a cinq ans.Signe des temps?Signe du besoin toujours plus pressant que nous avons de dire notre amour du cul, du sexe, du «let's get physical » ?De raconter ce qui se discute mal intellectuellement, ce qui, bien que ce ne soit pas notre intention première, démontrera mieux que n 'importe quel argument que les féministes ne sont pas puritaines?Viennent de paraître, aux États-Unis, deux passionnantes anthologies de textes erotiques écrits par des femmes, histoires vraies dans un cas, fictions dans l'autre (voirpage 53).Au Québec, malgré les pages parfois troublantes de Brossard, Bersianik, Villemaire, etc., nous sommes encore au début de cette démarche de création d'un érotisme féminin et c 'estpeut-être ce qu 'illustrent les huit textes suivants, qui penchent plus vers la sensualité que vers le déchaînement joyeux.Notre récolte finale est - quantitativement - un peu maigre: toutes les femmes a priori tentées par l'expérience n 'ontpas remis leurs textes, et nous en avons refusé d'autres, pas assez «erotiques».Le défi est-il encore trop grand, et «notre» érotisme trop empêtré dans la pornographie ambiante?Ce petit recueil servira, nous le souhaitons, d encouragement à toutes celles quin 'ont pas encore osé coucher leurs fantasmes sur papier.juil./août 1985 17 LA VIE EN ROSE ¦p 5 cour r Monique LaRue CW était à Paris, vers 1970.g J'ignorais presque tout de l'homme chez qui j'avais rendez-vous.Nous suivions le cours de Roland Barthes, et c'est à la suggestion de ce dernier que nous avions convenu de nous rencontrer, afin de discuter de nos recherches sur Mallarmé.Pour l'avoir eu longtemps en face de moi.dans le local exigu de la rue de Tournon où avaient lieu les séminaires, je connaissais bien son admirable visage carré, encadré de cheveux argentés.Il était parfois accompagné d'une Italienne appelée Sologna, et d'autres fois d'un garçon aux allures affectées.Quelqu'un m'avait raconté que cette femme, le jeune dandy et lui, formaient un ménage à trois.Mais je ne parvenais pas à me rappeler son | nom.C'était le mois de juin, et il faisait très chaud.J'arrivai en nage à son appartement de la rue du Loing.Celui-ci donnait sur une petite cour où, en raison de la beauté du soir, plusieurs portes-fenêtres étaient ouvertes.Dans la musique composite des bruits qui en montaient, on distinguait la dégringolade jazzée d'un saxophone.Mon hôte me fit signe de m'asseoir sur | canapé, face à la fenêtre à la française, prande ouverte.Il apporta de grosses )lives de Kalamata, et du vin glacé II était Tés disert, et il commença à m'entretenir le Mallarmé en des termes qui m'étaient âmiliers mais qui, ce soir-là, me semaient étrangement vides de sens.La moiteur de l'air, le bourgogne fruité qui me faisait frissonner, portaient mon esprit à s'évader vers la cour, qui sombrait lentement dans la pénombre.Les lumières électriques s'allumaient une à une, et les rideaux se refermaient sur le secret des appartements.Mon regard allait d'un îlot lumineux à | l'autre quand je fus attirée par une ombre, en contrebas vis-à-vis de nous.Il y avait I une femme, debout dans une fenêtre Elle | avait la peau noire, et sa silhouette s'exhi- ROSE 18 avec netteté dans la lumière ambrée de la chambre.Ses jambes semblaient miraculeusement longues.Elle marchait en se déhanchant, disparaissant et réapparaissant dans mon champ de vision.Son port de tête était celui d'un mannequin, d'une actrice.Sa monumentale stature ne pouvait pas ne pas se remarquer.À peine estompée par des rideaux de tulle, cette présence m'avait captée avec une telle intensité que je regrettai plus que tout au monde de devoir m'en détacher pour revenir à mon hôte Celui-ci, assis à l'autre extrémité du canapé placé dans la porte-fenêtre, ne paraissait pas la voir.Il parlait d'une voix uniforme et monocorde, et ne me quittait pas des yeux.Par politesse, je simulais l'intérêt et m'efforçais de rester tournée vers lui, tout en jetant des coups d'oeil vers la silhouette qui évoluait à quelques mètres de nous.Un homme sortit du fond obscur de l'appartement.Il vint s'adosser au cadre de la fenêtre.À travers le fin voilage, on devinait sa nonchalance, la détente de son corps.Il était vêtu d'un seul blue jean.De longs cheveux blonds, comme cela se portait à cette époque, tombaient sur son cou.Ils restèrent longtemps à se regarder, elle en équilibre sur un pied, appuyée par les épaules et une jambe au cadre de la fenêtre, le dos arqué, les seins offerts.Vue d'où j'étais, elle paraissait nue et parfaite, comme une statue.Il buvait, à même une bouteille.Elle fumait.De temps en temps, ils changeaient : elle buvait, il fumait.Ils ne parlaient pas.La nuit était presque complètement opaque, et dans la cour plus calme, seul le ruban sinueux du saxophone continuait de monter et descendre.Mon interlocuteur, dont je n'avais pas osé demander le nom.me vouvoyait avec élégance.Il avait enlevé sa veste noire, et relâché le noeud ¦de sa cravate.Il parlait des poèmes d'enfance et de jeunesse de Mallarmé, et employa à plusieurs reprises l'expression «passion blanche».La chaleur, le vin, le discours cyclique de mon compagnon qui faisait des boucles sonores autour de moi, m'avaient peu à peu étourdie, et je me pris à lutter contre l'engourdissement, quand je fus à nouveau happée par le spectacle de la cour.La lumière avait baissé dans la pièce, éclairée par une seule veilleuse.Mais on discernait encore ce qui s'y passait.La femme était étendue, sur un lit, un sofa, de simples coussins peut-être.La masse sombre de son corps tranchait sur les couleurs rouges d'une couverture, d'un tapis.On entendit distinctement sa voix âpre résonner, amplifiée par l'écho des lieux : «Viens., viens.qu'est-ce que tu attends.viens donc.» L'accent était étranger.Les paroles se| détachèrent si clairement que mon compagnon s'interrompit Nos regards se croisèrent.Il baissa le sien.Le saxophonel s'était tu.Aux fenêtres voisines, des têtes| apparurent.«Viens.suppliait la voix.Baise-moi.Prends-moi.» Les mains dans la ceinture de son pantalon, l'autre restait debout dans la fenêtre, les épaules secouées d'un léger rire.La voix rauque continua d'appeler, pressante, impatiente, mélangeant l'insatisfaction et le désir jusqu'à la douleur.Mon hôte, avec une certaine hauteur,I avait pendant ce temps abordé la question! de la biographie de Mallarmé, qui d'aprèsl lui n'aidait en rien à comprendre l'oeuvre." La tête me tournait.Je m'efforçais de prendre part à la conversation, n'osant avouer qu'il s'agissait d'un malentendu, et que mon étude était loin d'être aussi avancée que la sienne.Je lui fis part de quelques idées sur l'effet métonymique en poésie.Ma voix me sembla dérisoire.Il fallait que je parte.Mais au moment où j'allais me lever, il s'excusa : il devait téléphoner La femme avait cessé son tapage.Son amant était couché sur elle, les bras étendus, tenant ses poignets peut-être.ils se déplaçaient lentement.la masse confondue de leurs corps, les cheveux blonds sur les tissus rouges, étaient aplatis par l'angle de vision, leurs gestes comme ralentis.Il l'embrassait, sans doute, pénétrant dans sa bouche.leurs gémissements étouffés se devinaient plus qu'ils ne s'entendaient.elle avait écarté ses jambes, plié les genoux.il remuait doucement.puis la silhouette siamoise se releva.elle achevait de le déshabiller.le blue jean vola dans la chambre.au sonl lancinant du saxophone qui avait repris, comme si le musicien, quelque part, lesl observait.Je m'approchai discrètement de fenêtre.Mais ils éteignirent la lampe.Jel me rendis compte que mes mains tremblaient.Mes jambes me portaient à peine De biais avec moi.très proche, sur leI même étage, un clochard regardait er| bas.Sa braguette était ouverte.La bille de sa prunelle reflétait la clarté d'un lampadaire.Je pouvais imaginer son teint vineux, sa barbe mal taillée.Je reculai.Derrière moi.je sentis une présence.Mon i compagnon sans doute.Je me retournai.£ Ses yeux brillaient de colère.Je ramassai mes affaires avec précipitation.Il m'accompagna vers la porte, marchant derrière moi.Ma robe collait à mes jambes nues.Quand je vins pour sortir, avec la rapidité des félins, il releva ma jupe, fourrageant d'un doigt expert entre mes cuisses.Mais je connaissais depuis toujours les matous de sa sorte, et je lui glissai des mains, me sauvant dans l'escalier.Il m'y suivit.Mes pas résonnèrent dans la cour.Rendue au trottoir je me mis à courir, mais le fou rire m'empêchait d'aller aussi vite -]| que j'aurais voulu.Sur la rue d'Alésia.K, j'espérais trouver un taxi.Une femme en conduisait justement I lun.Elle était accompagnée d'un chien.Ipour décourager les attaquants.Je lui dis 'de me mener à la Closerie des Lilas.Je savais y trouver un ami.que je voyais de temps en temps.Mon coeur battait et.en me poudrant les joues, je surpris dans la petite glace ronde mes propres yeux, moqueurs.Je connaissais le désir de cet homme.[C'était un désir sûr.immédiat, indéfectible.Il était attablé au milieu d'un joyeux groupe.Je chuchotai quelques mots à son oreille.Il s'excusa, paya sa consommation et me prit par le bras jusqu'à sa voiture.• Par ce point de contact entre nos peaux, une décharge nous rivait comme deux aimants.Pendant qu'il conduisait, traversant Paris vers les confins de la rive droite où il habitait, je le caressai fiévreusement, comme rarement j'avais osé, ouvrant son pantalon, excitée par l'odeur de sa chair.Il se gara.Je me souviens de l'immédiateté du plaisir, dans l'espace restreint d'une Renault et l'éclairage brutal d'une terrasse de café.Rentrés chez lui, nous fîmes longtemps l'amour, variant librement nos jouissances.Et encore au matin.Puis ce fut fini.Je ne travaillai pas sur Mallarmé, mais sur un autre auteur.Mais cela, c'est une autre histoire ^ 19 LA ROSE Tendresse par Marie-Claire Biais lies dormaient ensemble, doucement enlacées.Elles se connaissaient à peine depuis quelques heures, n'avaient échangé que quelques mots, de brèves caresses, et pourtant la chambre était pleine d'elles, de la sensuelle parenté de leurs corps, de leurs vies venues se réchauffer l'une près de l'autre, en cette froide nuit de mars.Dehors, on entendait le déluge d'un printemps glacial, une odeur de pluie et de brouillard imprégnait encore leurs vêtements, ces manteaux trop lourds, ces chaussures vaseuses, objets devenus soudain d'une morne nécessité, lorsqu'elles avaient franchi le seuil de l'appartement et qu'elles avaient parsemé autour d'elles, dans la fougue de leurs sens envahisseurs.Maintenant elles dormaient, ou feignaient de dormir, leurs regards, leurs mains, se cherchant encore, dans le chaud refuge du lit.L'élan d'une brusque tendresse, mais aussi l'appréhension de la rencontre amoureuse, lorsqu'on s'étreint pour la première fois dans la nuit, les avaient surprises, nouées là.dans cette oasis inconnue.Ce n'était là, peut-être, pouvait-on redouter, qu'une rencontre encore fraternelle, virginale, l'aube n'efface-t-elle pas souvent de sa terne lumière les gestes lumineux de la nuit, chacune n'irait-elle pas dès le matin vers ces devoirs inexorables de l'existence ?Bientôt ce serait l'éblouissement de l'été, pourquoi se quitter déjà, si tôt, et sous leurs paupières assoupies, leurs regards s'éveillaient tour à tour inquiets, ardents, l'illumination de cet été les rapprochait déjà, leurs joues étaient brûlantes, leurs yeux scintillaient de cet espoir fugace, la vie, l'été, nous, ce temps éperdu de l'amour que l'on anête dans une chambre, quand on sait qu'au dehors tout ne sera bientôt que froidure et étran-geté.L'une se demandait ce qu'elle aimait s tant en l'autre, était-ce cette mèche de | cheveux drus qui retombait sur la longue f oreille ou le petit pied solide, si musclé | qu'il semblait déjà prêt à la course - mais 0 était-ce à la course ou à la fuite '-ce pied 1 qu'elle avait délicieusement tenu entre ses doigts ?Mais elle pensait aussi que dans ce champ sauvage que la nuit lui avait livré, tout, dans le corps de l'autre, lui était familier, de ces pleurs salés au coin des paupières, dont elle connaissait la saveur, car au bord des yeux de l'autre, c'est son âme soudain attentive, vigilante, qui s'était penchée, suspendant l'ivresse de son corps (et elle avait pensé : elle vient d'entrer en moi sans prudence, je l'aimerai, comment faire autrement ?).de ces larmes contenues jusqu'à la vigueur du pied étroit qui l'avait fait sourire, oui.chacun de ces détails d'un corps joyeusement parcouru, ne vous retenait-il pas douloureusement auprès de lui, car il fallait tout savoir, du moins tout comprendre de ce souverain désordre qui surgissait dans votre vie.L'autre avait froid peut-être, ou pressentait-elle déjà l'heure du départ, elle dit : «Couvre tes épaules», comme si elle lui eût toujours parlé ainsi, murmuré à voix basse, mais d'un ton subtilement impérieux, cet ordre à celle qu'elle appelait déjà obscurément mon amie.Mais la bienveillance de ces mots, de ces gestes, pouvait être accordée à d'autres amantes aussi à travers de nombreuses nuits.Et celle qui avait posé ses lèvres sur cette ride qui creusait la joue de l'autre, bu l'âpreté de ses larmes, sentit passer entre elle et l'autre les débris de ces vies antérieures, ces débris qui s'affolaient seuls ou isolés de tout, dans l'air voluptueux de la chambre.Il faisait subitement froid puisque l'autre revêtait sa poitrine d'un maillot sportif, cette chose qui voilait la beauté d'un torse d'enfant (quand l'autre venait de parler de la détérioration qui accompagne toute vie, avec la souffrance et le temps) et ces mots erraient encore dans la chambre, avec leur pudeur grave, l'effritement des jours de splendeur qu'ils avaient abrités, cette chose, un morceau de coton bleu dont le corps de l'autre s'était drapé, dans les frissonnements du froid, devenait, dans les premières lueurs de l'aube, la chair et le parfum de l'autre, avec toutes ses empreintes.Le maillot de coton bleu, avec ses manches courtes, effilochées comme si les mains de l'autre les eussent cisaillées de ses doigts impa- tients (et ces reflets jaunes sous les aisselles, d'une jaune transparence plutôt, car on y voyait brunir le duvet des aisselles en dessous, comme s'il y eut partout sous le brasier de ce corps d'autres feux qui couvaient, paisibles, couchés, les vêtements n'étant là que pour les soumettre aux lois d'une saison froide), ce vêtement d'un bleu pâle sur lequel l'aube s'était jetée, respirait avec la poitrine de l'autre, écoutait comme l'eût fait l'oreille d'une amante, les battements de ce coeur.Plutôt que d'envelopper de ses hardes bleues celle qui avait froid, il la dénudait soudain, offrant des grâces successives, la musculature d'un ventre sur lequel on reposait sa tête bien que ce fût dur.des cuisses hardies qui vous ramenaient au pied intrépide, si fort dans son désir de partir, de bouger, que les doigts épris ne le calmaient plus, le laissant s'égayer seul vers ses rêves ou sa soucieuse agitation car les corps n'étaient-ils pas comme tout le reste de nous-mêmes, compliqués, têtus, d'un entêtement qui exprimait l'ascension vers une liberté si fragilement contrainte 7 Soudain, dans ce jour violent, c'était un matin d'une extrême violence puisqu'il séparait de sa grise lumière, de son vent froid qui avait abattu des arbres pendant la nuit, ces mains encore si chaudes qui évitaient de se joindre, soudain, il fallait partir, mais il y avait encore ce même espoir dans leurs yeux, comme lorsqu'elles avaient dormi dans les bras l'une de l'autTe tout en ne dormant pas.épiant leurs désirs entre leurs paupières entrouvertes, cet espoir dont elles ne parlaient pas tout en emportant tout, cette surabondance de dons abrupts dont elles étaient étourdies, cet espoir qui n'était presque rien et peut-être tout, l'amour encore, l'amour demain, peut-être, pour l'instant, le souvenir de leurs deux souffles dans la nuit ^ Marie-Claire Biais, née en 1940 à Québec, est lune des écrivaines les plus connues du Québec Elle a publié une trentaine d'oeuvres, la plupart traduite en plusieurs langues Les plus récentes Un sourd dans la ville ( 1981 ).Visions dAnna (1983), Pierre ou la guerre du printemps 81 (1985), Sommeil d hiver (1985) juil./ooût 1985 21 est ainsi qu'il était entré dans sa vie comme dans un café.11 lui avait semblé si familier qu'elle avait eu tôt fait de le prendre dans sa bouche et de le boire jusqu'à la dernière goutte.Il faisait chaud comme aujourd'hui dans ce café où elle paraissait, jusque-là, rivée à sa chaise de toute éternité, les jambes légèrement écartées, la jupe relevée à mi-cuisse, ses grands pieds sanglés de fines lanières de cuir blond longuement posés par terre tel un oiseau.Les sièges collaient aux cuisses et les dossiers laissaient des marques dans le dos.On sentait confusément bouger un bras, s'étirer un corps, dans un vain effort pour échapper à une indicible langueur Certains s'étaient carrément laissés choir sur le premier appui venu ; qui sait s'ils se reprendraient jamais.Les cous avaient l'air particulièrement longs, offerts, vulnérables, comme à la plage.Les robes étaient molles et les pantalons courts et on pouvait assez facilement être indiscret en lorgnant du côté des emmanchures.Le spectacle, que certains auraient à un autre moment trouvé impudique, était là mis sur le compte de la chaleur.Il faut dire que les regards, tout comme les fenêtres ouvrant sur la rue.donnaient l'impression d'être légèrement embués.Tout un chacun marinait dans la chaleur de cet après-midi, buvant son café par petits coups, tournant distraitement les pages d'un livre ou d'un journal et se laissant aller à des velléités de conversation.Seul le jet de vapeur de l'appareil à faire le café au lait surgissait avec netteté en une sorte d'amplification des soupirs poussés dans l'espoir de se délester d'un peu de cette torpeur qu'on aurait dit installée à demeure.Chaque nouvel arrivant était évalué d'un bref regard paresseux jeté aux pieds et n'ayant guère besoin de remonter beaucoup plus haut que la taille pour être fixé sur le sexe, le statut, le grain de peau et ces menus détails qui éveillent ou non l'intérêt.C'est ainsi qu'il était entré dans sa vie comme dans ce café, balayant vaguement l'horizon un peu au-dessus des têtes à la recherche d'une table libre.Elle n'avait pas eu à lever les yeux beaucoup plus haut que le short de jogger bourgogne pour reconnaître, aux longues jambes qui en émergeaient, l'un de ces grands mammifères doux de poils et de cuir qui vous donnent sur-le-champ envie d'y tendre le doigt, la main, le sexe, le coeur, parfois même l'âme tout entière.Il avait suffi qu'il se retrouve entre deux tables à portée de la main pour qu'elle ne puisse s'empêcher d'en glisser une entre le t-shirt et le short, accédant ainsi à cette fine couche de peau moite qui lui collait aux flancs comme une antilope.Il s'arrêta net et s'abandonna là.Il ne pouvait faire autrement que de suivre les yeux fermés, sur des voies qu'il n'aurait jamais cru possible d'explorer autrement qu'en rêve, cette inconnue de chair et d'os.Qu'elle introduise subrepticement l'autre main entre ses genoux et remonte alternativement l'une et l'autre cuisse s'inscrivait dans la suite logique des choses Il n'en crut pas moins défaillir quand elle le prit tout doucement par le fond de la culotte et le ramena lentement et sûrement à elle, tant et si bien qu'il put bientôt sentir la chaleur de son souffle à travers le nylon du short.Qu'elle file tout droit vers l'entrejambes lui sembla tout aussi criant d'à-propos qu'une réaction des plus vive de la part des clients du café.Mais, s'il se sentit tout entier projeté hors de lui dans ce sexe soudain animé dune vie propre, ce qui restait de clients, un bon nombre s'étant vraisemblablement esquivés en douce, parut s'enfoncer d'un cran dans le calme lourd de cet après-midi-là.Une grande fille aux cheveux courts et aux gestes longs en émergea, le temps de se débarrasser nonchalamment de ses sandales, de poser ses pieds nus sur l'un des barreaux de la chaise de sa vis-à-vis et de poursuivre avec elle la lecture du journal de fin de semaine comme si de rien n'était.11 fut vite ramené à lui et faillit littéralement perdre pied quand l'inconnue l'empoigna à la racine du plaisir avec autant d'assurance qu'il l'aurait fait lui-même et le faisait souvent car il rêvait beaucoup.S'il subsistait le moindre doute sur ce qui se passait entre eux.il venait sûrement de tomber en même temps que le short de nylon qu'elle avait écarté du revers de la main tel un détail encombrant.Les murs du café allaient à coup sûr se refermer sur eux en autant de portes.Ils restèrent immobiles, en suspens, la main dans le sac, s'attendant au pire C'est à peine s'ils perçurent un léger froissement de tissu laissant supposer que leur voisine de droite venait de resserrer les cuisses sur un peu de malaise et beaucoup de plaisir ou l'inverse.Il était maintenant plus nu qu'il ne l'avait jamais été.bandé comme un arc.à la merci d'une inconnue dont il ne connaissait pas le visage mais appréciait avec émoi le tour de main.De le sentir offert avec autant d'ardeur l'émut tant qu'elle ne put s'empêcher de l'éprouver davantage.Elle n'oserait pas.Oui, elle osait attaquer son désir à la base, faisant claquer la langue comme une enfant.Il n'était plus qu'un sexe dans la main de cette femme.Le clap-clap de la langue en alternance avec les bruits de succion résonnaient à leurs oreilles à la manière d'un pouls trop élevé.Le client assis à la table d'en face eut beau s'absorber dans la contemplation du menu, ils n'en crurent pas moins le voir trembler dans sa culotte.Ne venait-il pas d'en-tT'apercevoir cette femme prendre cette homme dans sa bouche avec l'intention manifeste de le boire jusqu'à la dernière goutte 7 Elle y aurait bien consacré le reste de sa vie, ou tout au moins de l'après-midi, mais quand l'air embauma d'un seul coup ce fumet mi-chair mi-poisson, un trouble, dont on oublie de fois en fois l'intensité, irradia du plus profond d'elle-même et la laissa ouverte telle une chatte en chaleur, les pattes de derrière légèrement fléchies et le croupion retroussé à l'envi sur son siège.Comment le patron pouvait-il feindre d'ignorer plus longtemps ce qui se déroulait dans son café, lui qui avait plus que tout autre une vue imprenable sur autant d'impudeur ; elle allait toujours nue sous la robe les jours de grande chaleur.Il n'en continua pas moins de nettoyer son comptoir avec une étonnante application Être prise vivement par la peau des fesses Sentir un doigt s'enfoncer en elle comme elle en enfonçait maintenant un dans le troufignon de ce bel animal qui l'épousa aussitôt comme un gant de peau Leur voisin d'en face venait de s'approcher du patron ; il leur était impossible de distinguer le moindre mot parmi les bruits sourds de l'échange Que quelque chose éclate, l'indignation, la colère, la fête, l'orgie, des applaudissements, n'importe quoi.Cela jaillit et se réverbéra en eux avec une telle force qu'ils ne pourraient jamais plus entendre le jet de vapeur de l'appareil à café au lait sans que se déclenche aussitôt le film de ce qui allait devenir leur plus cher phantasme Non.il n'allait pas s'échapper lui aussi.Pas avant d'avoir mis le doigt, la main, le sexe, le coeur et peut-être même l'âme tout entière au corps de cette inespérée et ineffable inconnue Elle se retrouva bientôt à plat ventre, dépliée sur la table, les fesses entrouvertes comme un grand livre.Quand il s'y jeta la tête et les bras en avant, elle crut fondre et s'écouler d'elle comme le café du client de la table d'en face malencontreusement accroché au passage et dont on entendait le drip-drip interminable sur le plancher de bois.Retrouver au coeur de cette femme un goût de fond, une odeur sauvage qui lui donnait l'impression de flairer chaque fois ce quelque chose d'inqualifiable, d'élémentaire, tapi dans les profondeurs humides de chacun II ne put résister longtemps à l'envie d'y chercher racine.Quand il déposa une main sur sa hanche et l'ouvrit de l'autre avant de la pénétrer, elle sut qu'elle l'avait dans la peau car il Suite à la page 39 Marie-Francine Hébert, née en 1943 à Montréal, est écrivaine de métier et se penche depuis longtemps sur deux sujets en particulier : les enfants (elle a une fille) et l'érotisme Elle faisait d'ailleurs figure de pionnière en publiant, en 1970, Slurch.une suite erotique, et Miscible (poèmes) Elle prépare actuellement, pour les enfants, un cinquième album.Venir au monde, et une série de 13 émissions télévisées sur la sexualité juil./ooût 1985 23 LA VIE EN ROSE Le doigté par Louise Desjardins - Maintenant tu es trop grande.- Trop grande 7 - Oui, depuis que tu as eu des enfants, on dirait qu'il y a moins de résistance en toi.- Ah ! Il s'était retiré promptement comme d'habitude, se ruant sur les papiers mouchoirs pour ne pas tacher les draps.Elle mettait enfin le doigt sur la cause exacte de son désenchantement Les nuits avaient viré à l'ennui, et ce, depuis quelques années.Pour des raisons strictement physiologiques, venait-il de dire, l'amour mourait à petit feu au beau milieu des draps.Elle commença à se documenter sérieusement sur la chose et tomba sur cette tête de chapitre : Les exercices de Kegel.«Lorsque vos muscles pubococcygiens sont flasques, il est difficile d'avoir des orgasmes, particulièrement si vous avez eu des enfants.» Ah bon.«Faites ces exercices tous les jours : 1 - Dix contractions.Une pause puis répétez deux fois la série de contractions.2- Contractez vos muscles une fois et tenez la contraction dix secondes.Répétez trois fois1.» Elle crut qu'elle n'avait rien à perdre et décida de s'y adonner sérieusement.Elle cacha prestement son livre sous le matelas et elle s'installa dans un endroit sûr, dans le fond de sa garde-robe par exemple, un miroir entre les jambes.Elle s'assit par ten-e, les coudes enfoncés dans les souliers : une lampe de poche bien disposée empêchait que l'endroit fût complètement noir.Les ourlets des robes et des pantalons lui ébouriffaient un peu les cheveux.Voyons voir si c'est si grand, se dit-elle, et elle commença par écarter les petites lèvres avec les doigts de sa main libre.Oh 1 Elle a quinze ans la première fois au cinéma.Gerry descend habilement ses doigts salés de pop corn jusqu'à ses petites lèvres en suivant les plis de sa jupe fendue sur les côtés.Elle-même n'oserait toucher de ses propres doigts une telle zone parfaitement érogène et défendue.L'effet de surprise se transforme en effet du tonnerre avec éclat et coup de foudre.Le film continue de se dérouler entre ses jambes et le générique se prolonge à travers le halo d'un french kiss.Quand elle rabat le siège de velours rouge, elle sent un peu d'humidité.Et voilà qu'elle obtenait le même résultat devant sa glace à main, son majeur éclairé avec adresse à cette place sombre et juteuse.Elle se dit : «En effet, c'est bien grand, mais c'est trop confortable pour un seul doigt.» Oh 1 elle revient de voyage en juillet et il fait bien chaud dans la Simca grise.Elle garde la roue pendant que Sam promène méticuleusement la main gauche sur sa cuisse droite.Avec doigté il avance vers la lisière de dentelle élastique.Oh ! elle pèse très fort sur l'accélérateur et elle crie : «Plus vite, plus vite !» Il lui répond : «Chérie, c'est toi qui conduis.» Elle applique les freins brusquement et bifurque dans un chemin de traverse.Le soleil brûle la banquette.Maintenant deux doigts, puis un troisième.Que de place, que de place 1 Et pourtant aucun enfant n'a encore altéré démesurément son espace intime.Sam est le premier qui va si loin en elle, il manie son petit bâton avec une adresse consommée.Elle s'étonne des résultats obtenus par cette chose douce et rouge et ferme, à peine plus grande qu'un rouge à lèvres.Il n'airête pas de dire : «Tu es belle», et elle le croit dur.Il laisse, comme autant de trophées, des taches d'apparat sur la banquette avant de descendre.Elle reste seule à les essuyer avant de se rendre.Elle agita son propre majeur sur le pourtour des lèvres et voilà que ses tempes prirent feu sous les robes et les pantalons.Elle criait des Oh ! qu'elle étouffait à mesure.Quelques souliers à talons hauts se renversèrent sous la poussée.Elle ne pouvait pas crier plus fort ni plus longtemps, les enfants auraient été alertés.Papa qui travaillait à son bureau aurait été dérangé par le charivari, tlle s'arrêta net et sortit le sourire aux lèvres de sa caverne.Elle prépara le repas du soir sans qu'on pût deviner qu'elle avait fait ses gammes tout l'après-midi en utilisant le bon doigté.Ce soir-là.il avait éteint la lumière, disposé des papiers mouchoirs sur la table de chevet, appliqué machinalement sa main sur un de ses seins Elle avait dit : - Non.- Pourquoi 7 - Tu es trop petit.- Trop petit ?- Oui.- Ah ! Puis elle avait changé de lit, puis changé de chambre, puis changé de maison.Du bout des doigts.Ni grande, ni petite.* Louise Desjardins, née en 1943 à Noranda.est professeure et écrivaine Elle a publié deux recueils de poésie au Noroît.Rouges, chaudes (1983) et Les verbes seuls (1985).et.à L'Estérel.Petite sensation (1985) Elle collabore à plusieurs revues littéraires : la Nouvelle barre du jour.Estuaire.Voix et images.1/ Le sexe au féminin.Carmen Kerr.Éditions de l'homme, 1979, p.187-188 LA VIE EN ROSE 24 juil./août 1985 «.les sens sont morts en profondeur pour qu'on ne distingue pas -ou rien d'autre qu'un progrès de la technique de la peur- entre «Les oiseaux» de Hitchcock et une pub fasciste STOP en tous cas, je suis convaincue que les tympans sont gavés STOP que les coeurs sont très durs, et que seule la peau du dedans de cuisse porte quelque espoir de silence et de douceur.» Suzanne Jacob, 1985 Il n'y aurait jamais eu rien de plus beau au monde que son sourire s'il n'y avait déjà eu auparavant la bouche qui savait faire le sourire.J'observe quelqu'un de très près, je me sers de mon oeil comme d'une loupe, et je vois des choses étonnantes.Les pores de la peau sont des trous véritables par lesquels on peut entrer une fois qu'on a laissé la sueur sortir.Nous on est là pour usurper seulement.Toujours On entre par où la sueur sort et ça ne goûte jamais pareil parce que le salé appartient à la sueur, et que la sueur ne vient sur nous que lorsqu'il y a quelque chose qui se passe dans la peur, dans la terreur, dans le désir ou dans le grand débat du coeur et des jambes, c'est la même chose quand on y pense.Quand on fait une autopsie du désir, c'a toujours l'air d'une autopsie.Le désir s'en absente et revient dans une heure, quand on s'est lassé d'essayer d'expliquer Je ne peux pas souhaiter être plus près.Il y a pourtant une table et une nappe en papier entre nous.Et tout cet encombrement dessus.J'atteins son milieu et rien ne bouge.Le désir surprend toujours quand on est en train de faire autre chose, de manger ou de rire.De rire surtout.Ou de ne pas y penser.Et même si on se fait croire qu'on ne le reconnaît pas à chaque fois et qu'on regarde ailleurs.Les garçons s'agitent entre les tables et le bruit monte vers le haut et retombe sur nous, pluie acide.Il se cogne partout dans son billard aveugle, il grogne et s'amplifie, suinte aux murs, gicle, rebondit.Il ne peut rien contre la liquéfaction qui nous concerne en exclusivité.Et pourquoi je ne dirais pas que ta sorte de peau me fait défaillir.Pourquoi pas.Il faut bien commencer quelque part à désirer.C'est arbitraire puisque tes yeux et tes fossettes avaient déjà commencé à me commencer dans le désir.Et probablement aussi ce que tu disais.Et aussi ce que tu ne disais pas parce que ce n'était pas vraiment nécessaire.La sueur commence à couler sous les seins chez moi.Pas obligatoirement parce qu'il fait chaud.Et je ne peux pas faire autrement que de le savoir.Elle coule et je parle malgré tout.Elle chatouille lentement.Elle coule comme tout ce qui coule, vers le bas.comme pour rejoindre une source plus importante, plus majestueuse.Ma sueur est un affluent.Tout coule comme quand ça fond.Parce que ça fond.Puis ce sont mes tempes qui battent comme des peaux de tambour d'Afrique.Comme l'effet du vin.Puis c'est tout le reste, je ne sais plus dans quel ordre ou dans quelle simultanéité.Ma main qui se surprend à vouloir prendre celle qui émiette le pain ou triture le carton d'allumettes.Ou celle qui passe son doigt doucement sur le rebord d'une assiette vide.Ou qui ne fait rien.Simplement d'être à prendre.J'entends plus.J'entends tout.Un magnotophone se déclenche tout seul et enregistre, je dirais avec la précision d'un microscope.L'image et le son organiques.Je ne peux plus dissocier.J'ai des oreilles dans les yeux et des yeux dans les oreilles.Le temps passe et nous caresse au passage comme il ne le fait pas souvent.Il pense à nous caresser avant qu'on ne le fasse, avant même qu'on y songe précisément.On tète encore le dernier café qu'on n'ose pas finir parce qu'on ne sait pas dans quelle forme on va se retrouver ensemble.Together.To-get-her Et il faut encore penser à l'addition.Le lit est tellement loin qu'on ne sait pas si on va pouvoir y arriver.Il y a tant d'autres couches à traverser.Maintenant il n'y a pas plus de bruit dans le restaurant, même s'il est rempli à ras bord comme d'habitude.Le magnétophone ne capte plus les bruits du restaurant.Il va chercher tous les silences, même si les mots continuent de se débattre, encore tellement nombreux.La seule chose qu'on ne peut pas faire c'est d'arrêter le temps, et on y arrive presque malgré tout.Mais comme il est difficile d'arriver jusqu'à un lit.Il faut faire tant d'efforts surhumains pour payer, s'habiller quand c'est l'hiver, sortir, prendre un taxi ou marcher, ou monter des escaliers interminables après avoir débarré une porte.Comme le lit est loin.Tellement loin qu'on a déjà presque changé de sujet et qu'on a oublié de continuer de fondre.On a commencé à se reconstituer On oublie.Il faudrait pouvoir s'étendre dans le restaurant, se rapprocher jusqu'à ce que la table n'existe plus, et se prendre sur place, en toute intimité.En toute chaleur.Mais il y a la taxe à rajouter aux additions, le pourboire à calculer, les retardataires comme nous, pour des raisons diverses, et le garçon qui veut finir son quart.Il est excédé, je suis excitée.Toi aussi.Il ne nous voit pas.J'ai entendu tes jambes s'écarter sous la table, et j'ai senti ton sexe venir jusqu'à moi.Il venait aussi de tes yeux et de ta bouche.À ma rencontre.Et j'étais là, absolument.Personne n'a rien vu.Ils n'ont pas vu l'eau me venir à la bouche quand tu t'étirais, quand tu t'allongeais vers moi.Ils n'ont rien vu du tout.Ils ne m'ont pas vue te recevoir au complet et manquer de souffle.Ma cigarette fumait quand même au bout de ma main.Ils n'ont rien vu d'autre que la fumée qui s'alan-guissait entre nous.Je suis entrée dans ton sourire et même dans ton rire, je suis revenue, je suis venue.Je suis entrée partout, tranquillement.Viens on va se faciliter la vie.L'histoire ne le dira pas.Le coton de ma blouse ne peut plus rien cacher, mes seins pointent jusqu'à ta bouche.Tu vois leur durcissement, tu le sais et tu le veux.Et j'entends dans ta voix un manque, une ellipse dans le souffle qui ne se rend plus par le canal habituel.Ta bouche est déjà occupée.Je parle avec ta salive Ton souffle est en moi et m'alimente.Je te prête ma peau.Viens on va se faciliter la vie.Je te redonne ton souffle pour que tu puisses retrouver notre calme.Parvenir jusqu'à ce calme.N'explose pas.Je veux que tu saches que je comprends les volcans qui dorment.N'explose pas.Le coeur nous manque.On ne dit pas n'importe quoi mais on le sort comme ça vient.Nos langues se parlent entre elles.Nous comprenons tout.Nous sommes en eau.Nous sommes en nage.En âge Nous ne savons plus écrire et nous n'avons jamais fait l'amour avant.Analphabètes.Tu frissonnes.Tu passes la main dans tes cheveux.Viens on va se faciliter la vie.J'ai besoin de traverser ton corps pour venir jusqu'à moi.Nous prenons l'eau.Ça coule de toutes parts.Tous tes orifices ont leur liquide et chacun d'eux m'étanche.Et chacun d'eux me reçoit.Et parce que chacun des miens te reçoit aussi, on se revoit demain.^ Hélène Pedneault.notre délinquante préférée, est née en I952 à Jonquiêre.Journaliste à la radio et dans la presse écrite, éditrice (au Biocreux), elle est actuellement recherchiste à l'émission Droit de parole et chroniqueuse à Montréal ce mois-ci, en plus de collaborer à La Vie en rose Elle écrit aussi des chansons et des textes de fiction juil./ooût 1985 27 LA VIE EN ROSE omment, vous absorbant en cette étroite solitude qui vous drapait le corps à la manière d'une vierge orante.façon-niez-vous cette étreinte continuelle de mon corps, de ses angles dans les encoignures du vôtre 1 Comment, sans me voir, mouliez-vous vos formes et intégralement aux miennes que je nous aurais crus couchés, vous, coulant par tous vos orifices sur moi et modulant de toutes les façons mon nom que vous aimiez comme les bonbons, enfant, dans votre bouche Ou me caressiez-vous alors sans même le savoir, tel un après-midi, à genoux, à côté de la baignoire ; vous me laviez et à la toute fin savonniez mon sexe en riant Plongée graduellement en quelque émotion innommable qui vous dilatait les narines, agrandissait vos yeux, entrouvrait vos lèvres, vous n'avez pas su ce qui s'écoula de votre bouche habitée de moi.mais que j'ai vu.secoué, frémissant parce que l'intérieur de vous s'était vu soudainement : un filet de salive.Quand je vous ai montTé.par ma propre émotion, la vue que vous m'aviez offerte de vous sans le savoir, vous avez eu «honte», à vous enfouir le visage dans vos mains ; comme si je vous avais brusquement découverte nue, mais par le visage, et dévoilée dans ce désir que vous ne conteniez plus de vous ouvrir à moi jusqu'au revers de votre conscience.Alors j'ai léché vos mains que vous m'avez tendues sans plus de retenue.Avec la grâce de la nageuse aspirant les moindres vagues de mon désir pour le faire sien, vous vous êtes glissée par-dessus la clôture des sexes et allongée tout contre moi.dans l'ébahissement des premières eaux apprivoisées où vous flottiez, les bras noués autour de mon cou.vous nous imaginant perdus au milieu de la mer.L'on a flotté ainsi au moins une heure, vos larmes se mêlant à vos huiles, les eaux nous pénétrant de nous jusqu'aux os, imbibé chacun de l'autre, avec les pores gonflés de belles éponges, pour aller nous débonder dans les draps, nous pressant l'un contre l'autre dans le chuintement des chairs trempées qui avait l'éclat des rires que vous étouffiez sous la rougeur des joues quand j'essuyais avec ma langue votre entrecuisse, au tout début du moins ; après je me souviens des bruits d'eau qui claquaient dans les profondeurs de votre sexe quand vous ne riiez plus et cherchiez à avaler encore plus que ce que 3 la raison vous permettait.g Je me souviens d'un dimanche matin I où en vous toujours, mais savions-nous s quand j'étais en vous et quand je ne l'étais c pas.étant en vous avec mes mots, mes g odeurs, ma voix qui vous enivraient au | point de chanceler debout, ce matin-là en vous par votre sexe qui coulait à flots, par vos yeux qui bruinaient de bien-être, j'ai juil./ooût 1985 poussé si loin en vous, au coeur de ce qui vous faisait ce corps d'émois en absence de corps, que soudainement j'ai vu vos yeux chavirer dans les miens, votre visage blêmir en glissant sur le drap : vous avez ressaisi d'une main votre coeur qui fuyait au galop, en tirant tout le dedans de vous vers le dehors et vous avez geint comme sans voix ou sans plus de moi.Je vous ai enroulée dans les draps Vous me faisiez signe en silence de ne point bouger, ni parler, ni vous embrasser d'un seul regard de plus.J'ai fermé la porte de la chambre derrière moi Aimer, pour vous, comporterait épiso-diquement ces affres de la délivrance ; j'attendrais chaque fois inquiet de ne vous savoir mourante ou vivante de cet accouchement répété d'une autre frayeur qui était la poussée incontournable de votre désir, retenu jusqu'à ce jour au fond de votre ventre.Ce désir sortait graduellement la tête, les épaules, les hanches, les jambes et libéré, vous faisait vous relever de vos couches, enroulée dans vos draps jusqu'au cou.telle une momie ressusci-tée, et me racontant le songe qui vous avait ravie : Je buvais vos yeux et mon désir m'aspira en eux Vous me happez par mon désir sans limite de vous et mes limites éclatent Mon coeur, mon coeur, vous le voyez bien, c'est de vous qu'il éclate Je vous reprenais dans mes bras, vous allongeais sur les débris de votre coeur énamouré, en déroulant vos bandelettes.Je reconnaissais le bruit de la mer qui se déversait entre vos cuisses, l'embrun sur vos pores, vos moindres orifices en fleur ou en coquillage, le varech de votre chevelure, la plage du désir dans vos yeux de nouveau ouverte et je vous reprenais dans l'infini de ce déferlement où vous me pointiez fièrement, par vos cris, abandonnée dans le sable, une petite peur de plus.Un jour, ce fut moi qui défaillis presque en me retournant sur le dos pour vous sentir debout, à côté du lit.relevant lentement votre robe sous laquelle vous ne portiez pas de culotte.Je sortais à peine d'un rêve et déjà, dans le brouillard de vos formes, je m'enfonçais dressé en vous, si soudainement pris par vous que c'était vous qui vous enfonciez voluptueusement en moi : je dus vous emprisonner dans mes bras en geignant, le souffle me fuyant à la manière de l'ultime exhalaison d'un mourant.Vous, vous frémissiez dans ma prise, tel un oiseau que j'aurais saisi au vol par crainte qu'il ne me crève les yeux et dont l'élan Suite à la page 39 Carole Massé, née à Montréal en 1949.a d'abord publié de la poésie : Rejet (au Jour, en 1975), puis, aux Herbes rouges, deux romans : Dieu (1979) et L'existence (1983).des poèmes : Loutre (1984), un essai : «La femme à l'écriture», dans Qui a peur de l'écrivain (1984).Son Nobody paraît en août 1985 et «Vous, découverte nue» est un extrait de son prochain roman : homme 29 es-douces par Lucie Godbout Oups ! Elles étaient un peu rondes, un peu chaudes peut-êtTe.Etourdies de soleil aussi.Leur peau paraissait trop petite, leur corps aurait voulu déborder et se répandre.Légèrement rougies.sensibles au toucher, la moindre pression du doigt laissait des traces.Elles se regardaient en silence.Nulle n'aurait su comment parler.D'ailleurs de quoi ~> Elles se regardaient donc.Ni l'une ni l'autre n'osait un geste.Le désir s'installait, devenait presque palpable et cette absence de mots, de gestes, le faisait gonfler jusqu'à prendre toute la place entre leurs deux corps.Leurs odeurs se confondaient, elles y étaient attentives pour la première fois.Jamais elles n'avaient pensé.enfin, jamais il n'avait été question.Je crois bien que l'indépendance avait été jusque-là leur qualité première.Oui.L'anonymat,la deuxième.En groupe ou en famillle, elles se sentaient seules, comme bien d'autres.Rien ne les distinguait.Si elles avaient eu un passeport ou un casier judiciaire, on y aurait lu «signe particulier : néant».Elles avaient profité de tout ce qui passe, surtout du temps.Se laissaient balloter sans projets.Mais maintenant qu'elles étaient si proches, si intensément portées l'une vers l'autre, le temps était ce qui leur manquait le plus.Elles souhaitaient devenir des objets de cire, ou mieux encore, une nature morte pour demeurer éternellement ainsi, tout près, le souffle coupé, inertes et sans paroles inutiles.Lentement elles s'imprégnaient de l'identité de l'autre.Passaient en revue tous ces petits riens si importants : la lumière qui dessine les contours, les couleurs de chaque partie du corps de l'autre, les creux et les renflements.Jamais elles ne bougeraient d'ici.Une 1 main pourtant bougea, caressa, s'attarda 0 aux rondeurs.Un bref frisson, presque un 1 sursaut, s'ensuivit.Prises d'un indicible c étourdissement.les deux pommes se s retrouvèrent dans un bol.Leur avenir était § inscrit dans la compote.Lucie Godbout.née en 1956 à Trois-Rivières.est comédienne et membre des Folles Alliées, qui publiaient leur première pièce de theatre, Enfin duchesses 1 en 1984 et joueront bientôt à Montréal leur Mademoiselle Auto Body Elle est également animatrice à Vidéo Femmes, à Québec LA VIE EN ROSE HISTOIRE DE «Les féministes qui ont tenté de créer un art erotique, tandis qu'évoluait parallèlement le mouvement antipornographique, ont provoqué les hauts cris.Il suffit, pour s'en convaincre, de voir les gens s'exclamer avec dégoût et taxer de pornographie la peinture erotique d'une artiste féministe.Les artistes féministes engagées dans la création erotique ont encore beaucoup de chemin à faire avant de voir leur art reconnu.Supposons quelles doivent se tromper quinze fois et réussir à la seizième.elles laisseront peut-être tomber à la quatorzième tentative.» Barbara Kerr, cinéaste américaine, membre du Feminist Anti-Censorship Task Force ourquoi le texte d'Anne Dan-durand.Histoire de Q_, a-t-il besoin d'un aussi long prologue 7 Parce qu'il nous a profondément divisées, monopolisant quasiment, trois mercredis soir de mai, tout l'agendadu comité de lecture Sa publication, finalement, est le résultat de discussions torturantes, d'allers et retours du consensus, de consultations nombreuses.Compromis boiteux ou position éditoriale courageuse 7 Ce sera à vous de décider.Vous préféreriez peut-être lire la fiction tout de suite (page 34), avant de savoir toutes les péripéties ayant mené à sa publication et que j'essaierai de résumer ici.péniblement, comme toujours quand on tranche dans le vif.Le premier soir, nous avons laissé Histoire de Qen attente.Voter ne nous aurait servi à rien.La plupart des membres du comité de lecture (Ariane Émond, Gloria Escomel.Lise Moisan, Françjne Pelletier) s'y opposaient, à cause de son ambiguïté et de sa violence, toutes choses que nous dénonçons, entre autres dans la pornographie.Trois autres personnes - Hélène Pedneault, Marie-Claure Trépanier et moi - le défendaient, y voyant plutôt une parabole, une démonstration sur l'amour, un texte à prendre au second degré.Mais personne n'osait jurer de rien.Le délai porterait conseil.La semaine suivante - on avait entretemps accepté cinq autres textes -, la discussion reprit, cette fois plus véhémente.Après une deuxième lecture.Francine Pelletier avait changé d'idée : il y avait maintenant trois femmes contre et trois pour (sans compter les absentes).Les positions se démarquaient.Distribué les jours suivants parmi les permanentes de LVR, Histoire de Q sema, comme on dit, la consternation : horreur, malaise, dégoût, principes féministes et réflexes viscéraux.Les partisanes du refus voyaient se confirmer toutes leurs appréhensions : si ses propres artisanes ne le «prenaient» pas, comment les lectrices et abonnées d'un magazine féministe recevraient-elles un tel texte ?Le mercredi suivant on ramena Histoire de Qsur le tapis, quand Lise Moisan, absente la deuxième fois, avoua qu'elle avait changé d'avis et le publierait mais accompagné d'une «mise en garde» expliquant nos réserves.Diane Poitras invoqua, pour le publier, la responsabilité de LVR.C'était, de nouveau, le feu aux poudres : la majorité venait de changer de camp, le ton monta, on comptabilisa les arguments pour et contre, ceux-ci, l'emportant largement.Indécision totale, ressentiment croissant, plaidoyers émotifs et tentatives de rationalisation, têtes froides contre tripes à vif : il y avait longtemps qu'une question aussi privée et politique ne nous avait amenées dans ce genre d'impasse.Vers 11 heures, personne n'osait plus parler ! Finalement, la majorité coupa court à sa propre indécision en proposant de le publier assorti d'une introduction et des propos des dissidentes.Le débat à lui seul justifiait la publication.Autrement dit, La Vie en rose est là aussi pour soulever des débats, pour creuser ces questions douloureuses que sont la pornographie, l'érotisme, la sexualité, pour mesurer notre vrai seuil de tolérance, les vraies raisons de nos refus.11 est significatif que ce soit ce texte-là qui nous ait divisées, et pas un autre.Il ne nous érotise pas, c'est vrai.Mais il nous trouble, nous rend malades ! Pourquoi le cacher 7 Pourquoi ne pas avouer notre malaise et laisser ensuite les lectrices se faire leur propre opinion 7 Bref, l'intérêt du débat et la volonté d'y intéresser les lectrices l'emportèrent.Et la soirée se termina en débandade générale.LA VIE EN ROSE 32 juil./ooût 1985 Le lendemain, spontanément, les employées de LVR ajoutaient leurs mots de protestation à ceux de Gloria et d'Ariane.Voici un montage de tous ces commentaires négatifs.Gloria Escomel.secrétaire de rédaction, s'y oppose d'autant plus qu'il s'agit d'une revue féministe : «Dénoncer les effets de la violence dans la porno lorsque des femmes en sont victimes, mais endosser l'inversion des rôles me semble une inconséquence majeure.Toute torture est odieuse, surtout associée à l'érotisme ou, pire, à l'amour.Et quel aveu d'impuissance que d'obtenir cette soumission par la contrainte physique ou mentale et non par l'art d'en susciter l'envie1 Exciter sexuellement jusqu'à la douleur, et ne pas satisfaire le besoin entretenu, c'est l'arme des allumeuses.Une torture parmi d'autres pour créer le réflexe masochiste, plus perverse sans doute que le viol, mais aussi cruelle.Publier ce texte dans La Vie en rose, c'est renforcer l'image de la féministe revancharde, castratrice et «dévoreuse d'hommes», avide de vengeance : manque certain d'imagination et.d'humanité.«La diffusion d'images sadiques me semble dangeureuse : au pire, elle flatte nos bas instincts ; au mieux, elle les banalise et nous y accoutume, surtout si c'est sous couvert d'esthétisme.Le seul instinct que je trouve dangereux d'attiser est justement le sadisme, déjà présent en nous, consciemment ou non.» Ariane Émond.responsable de la promotion, est aussi cofondatrice de LVR : «Dès la première lecture, cette fiction m'a révulsée.Pour moi.l'érotisme se conjugue au plaisir, à la joie.Je voulais, par ces fictions erotiques, donner du plaisir à celles et ceux qui nous liraient.Et.en prime, faire reculer le vieux préjugé selon lequel les féministes sont antisexe, puisque antiporno.«D'abord, Histoire de Q n'est pas erotique C'est une histoire lugubre où suinte le mépris et je suis allergique au mépris.Spontanément, je me suis identifiée à l'homme torturé, jamais à "celle qui l'aime" Mais, contrairement à lui, je n'en redemandais pas à la fin.J'étais en colère «Je n'arrive pas à établir deux poids, deux mesures.Si un homme avait signé cette même nouvelle, jamais nous ne l'aurions publiée, même pour relancer le débat.Nous y aurions vu et dénoncé ce qui y est : une banalisation de la violence, du viol, du mépris, du sadomasochisme, des procédés pornographiques.«Cette complaisance soudaine de féministes envers des fantasmes féminins violents m'inquiète et me déroute Qu'aurons-nous à redire ensuite à tous ces défenseurs de photos «artistiques» à la Penthouse, où des femmes sont aussi ligotées têtes en bas ?Les images et les mots publiés dans La Vie en rose prennent souvent une importance et des proportions insoupçonnées.Je ne veux pas censurer ce texte mais je m'y oppose parce qu'il est sexiste, violent, sadique, antiféministe.Parce que sa publication risque de nous aliéner la confiance de nos lectrices.Parce qu'il m'apparaît ridiculement peu stratégique de vouloir relancer le débat «érotisme VS pornographie» avec ce texte qui, à mon sens, n'avance en rien le débat Au contraire, il braque et antagonise inutilement.» Louise Legault, une des «vieilles» de LVR.est responsable des finances : «Pour moi, Histoire de Q n'est nullement erotique.C'est un texte cheap, gratuit et de mauvais goût II est évident qu'une infime minorité de femmes seront érotisées (?) par cette relation sadomasochiste Pas très puritaine de nature et l'ayant lu cinq fois, disons que je ne le mettrai pas entre les mains d'ado-lescent-e-s.«En lisant ce texte, tout mon corps se crispe de répulsion et ces mots me brûlent par Françoise Guénette la tête et le coeur, comme lorsque j'apprends qu'on diffuse Eisa, la louve des SS à la télé payante, qu'on tourne des films porno avec des enfants, qu'on y tue même parfois des femmes pour vrai (snuffj «Mon dernier argument sera financier.Comme administratrice de LVR, je pense que ce texte risque de nous faire un très grand tort, en donnant à nos lectrices des raisons de s'indigner, de perdre confiance.Continueront-elles de nous suivre quand même?» André-Anne Delisle est depuis l'automne notre secrétaire-réceptionniste : «Sans avoir la verve des rédactrices, je suis quand même en mesure d'aimer ou non un texte, et celui-ci-, foncièrement, je ne le prends pas.Je suis peut-être «straight» en matière de cul.mais quand on lutte depuis des années contre la porno et que vlan ! du jour au lendemain, on publie un texte pareil, eh bien moi.les p'tites copines, je débarque, pour ne pas dire je débande Ces fantasmes-là me font peur, me répugnent, m'humilient.Voilà.» Toute nouvelle.Hélène Blondeau est en train de monter un centre de documentation à LVR : «Ce débat sur l'érotisme me déconcerte, me fait l'effet d'un jet d'eau glacé sur la tête.Je savais la démarcation entre l'érotisme et la pornographie confuse dans notre culture québécoise puritaine.J'espérais par contre qu'avec toute la diversité de la culture féministe, on arriverait à tracer plus clairement cette ligne, à choisir et publier ce qui est erotique.« Mais à choisir aussi ce qui ne l'est pas et surtout à ne pas le publier dans un spécial erotique 1 Pour moi.Histoire de Q, c'est porno.Ça ne m'érotise pas.Pour moi.l'érotisme est lié à la liberté, à l'idée de faire des folies au lit ou ailleurs, de laisser son corps et celui des autres s'exprimer Le personnage principal d'Histoire de Q subit.Qu'il aime ou non, il subit.Qu'il ait du plaisir ou non, il subit.Difficile de choisir le plaisir lorsqu'on est enchaînée '» Suite p36 juil./août 1985 33 LA VIE EN ROSE Peut-être ainsi : il l'avait fait jouir de la main et de la langue, assez pour qu'elle semble agoniser, puis lui s'êtant à demi couché sur le sofa, elle l'aurait enfourché de dos.avec une rythmique implacable il se serait senti en elle bander plus dur encore, puis aspiré et trituré par son sexe à elle, avant qu'il ne l'aggripe aux hanches pour que le mouvement s'appuie, s'accélère, le tue.Elle se serait affalée sur lui.suante, si odorante, pour se recabrer quelques secondes plus tard, et lui tirer par la vulve une deuxième ejaculation.Puis une troisième.Le secret de cette chimie leur échappait tous deux.Il devait partir.Mais avant qu'il ne se rhabille elle lui aurait soufflé : tu ne m'aimes pas, je t'aime tant je t'enlève Avec une seringue, toute prête semblait-il, elle le piqua haut sur la cuisse, là où le sang frappait encore.Ou alors cela se serait passé ainsi : le bar s'était vidé et il avait fini par épuiser sa soif.Dehors, deux femmes l'auraient encadré et il a senti le froid des poignards entre le cuir de son blouson et l'étoffe des jeans.Elles l'auraient poussé à l'arrière d'une limousine conduite par une silhouette Il fut proprement dévêtu et ficelé, et pendant que l'une le masturbait sans enlever son gant, l'autre lui marquait la joue d'une longue estafilade en lui murmurant : ça, elle ne nous l'a pas demandé, c'est pour le plaisir.2 D'une manière ou de l'autre l'aboutissement était le même.Il avait été amené dans la salle de bal d'un manoir caché loin, hors les limites de la ville.Par les hautes portes-fenêtres le parfum des muguets mourait comme la vague sur le carrelage glacé.On ne lui avait pas permis de remettre son linge.Au fond de la pièce scintillait un singulier assemblage de tuyaux et de chaînes Le doute.L'appréhension ensuite.Ne pas montrer qu'il tressaille.Il fut étroitement sanglé, entre les aisselles et le bas-ventre, dans un corset de fer garni d'anneaux.Puis on lui ajusta serré des bracelets d'acier aux poignets, aux coudes, aux genous et aux chevilles.On le relia ensuite à l'échafaudage avec les chaînes À l'aide de poulies, il fut soulevé à quelques pouces du sol.et écartelé.Après lui avoir baisé les paupières, celle qui l'aimait lui enserra toute la tête dans un casque de cuir qui dégageait les oreilles et les lèvres, mais bouchait les yeux.À voix basse il demanda seulement : pourquoi les chaînes ?Elle répondit : pour oublier.3 On le laissa pendant des heures.Il entendait bruire le feuillage du parc et, à intervalles irréguliers, de longs gémissements d'hommes, d'où on ne pouvait démêler la souffrance de la volupté.Parfois aussi il percevait le chuchotement d'étoffes froissées, comme si on se glissait en silence pour l'observer.Les oiseaux se sont assoupis.Sa mère qui se meurt, ses ennuis d'argent, sa carrière incertaine, son passé ?Après tout un jour à tendre l'oreille, il ne se souvient plus.Il a faim, on fait jouer les poulies, ses mains sont amenées à la hauteur de son menton.On lui donne un bol de métal, il boit une mixture épaisse, au goût curieux.La tête lui tourne, la situation ou la boisson ~> Jamais il ne s'est senti moins seul mais il s'étonne de se détacher si vite de ses soucis, de ce qu'il est.Des pas résonnent, un claquement musical, deux paires de sandales de bois 1 On roule une table près de lui, il y a un clapotement d'eau dans un plat, du verre qui tinte.Des voix claires chantonnent en.japonais, il ne sait pas.Elles rient.De lui ¦> Quatte mains le palpent.Il est fouillé sans merci, il rougit sous son casque.heureusement il n'est plus personne alors quelle importance.Il bande comme un fou.Les mains sont si petites, presque des mains d'enfants.Elles s'envolent.Puis on mouille ses bras, ses jambes, ses aisselles, le tour de ses mamelons, son ventre, son entrejambes.On le savonne avec un blaireau.On le rase.Partout.Il craint la lame, un modèle ancien, mais il ne débande pas.On l'assèche, on l'huile, jamais il ne s'est senti plus nu.plus innocent.Les mains lui touchent enfin le sexe On lui applique une graisse parfumée à l'opopanax.avec un fond sucré.Les mains, complaisantes, montent et descendent sans hâte son pénis, séparent les testicules, serrent le gland.Puis les Japonnaises l'abandonnent Les sandales de bois claquent comme le sarcasme.Dans le silence le sexe lui brûle.La graisse ! Non seulement il a perdu toute identité, mais il n'est plus qu'une verge enflammée.4 Personne ne l'a soulagé.Dans un couloir du manoir s'est élevée puis éteinte une fête bruyante, entrecoupée des hurlements d'un homme.Ce matin toute une grappe babillante s'est amassée autour de lui.On le met face contre le sol.on lui enlève son corset.Il est suspendu par les articulations, c'est moins confortable.Un pinceau lui effleure l'épaule, puis l'omoplate, jusqu'entre les fesses.En riant on le saisit fermement aux membres.Il entend un ronronnement électrique, comme une fraise de dentiste.On le tatoue pendant des heures, il ne sait plus.Au début les aiguilles étaient intenables, mais la douleur s'est endormie d'elle-même.Il a voulu crier mais il n'a plus de voix.Il sent le dessin, une bête mythique avec des ailes.Il voudrait savoir les couleurs, il ne comprend pas que sa peau ne puisse les lire.LA VIE EN ROSE 34 juil./août 1985 par Anne Dandurand Plus de bourdonnement.On a fini.Elles sont encore toutes là, serrées contre lui Une bouche touche son tatouage, de bas en haut.Il n'ose croire en sa joie, c'est celle qui l'aime, il reconnaît ses baisers Mais cent bouches le couvrent soudain, comme le ventre d'une poulpe, toutes ces bouches qui le lèchent, le sucent, il perd la trace de celle qui l'aime.5 Il n'en peut plus.Il veut uriner, déféquer.Il devrait appeler mais il n'ose.Il a honte.Son masque, son corset et ses chaînes l'ont dématérialisé si rapidement, il veut demeurer cet ange captif.Mais bientôt les viscères lui tordent.Il se retient.Les premiers oiseaux saluent le soleil.Les gonds grincent, on vient.On lui pétrit durement le ventre et la vessie.On le masturbe sans finesse, il ne peut plus pisser même s'il le désirait.On roule la table, il lui semble que quelques-unes ricanent sous cape.A-t-il discerné la fragrance un peu amère de celle qui l'aime ?On joue des poulies, il est maintenant à l'horizontale, comme une femme chez le gynécologue, les genoux plies et écartés.Elles se rapprochent, il sent leur haleine contre ses cuisses.Plusieurs doigts de tailles différentes lui asticotent l'anus, puis on y introduit un tube qui semble ne plus finir.C'est une nouvelle sensation et sous l'anonymat du casque il sourit de gêne et de plaisir.Un liquide chaud cascade en lui.comment peut-il en absorber autant 7 Son corset le moule un peu douloureusement On lui mordille les oreilles, on lui couvre les épaules d'une chaude pluie de petites caresses Plusieurs l'ont empoigné au sexe.On ôte le tube un peu trop brusquement, il est remis à la verticale, les genoux de chaque côté de la taille.On actionne un levier.Toute la structure qui le soutient vibre.Il ne résiste plus et lâche toute l'eau de son ventre sous les applaudissements ironiques du groupe.Mais lui a compris qu'il évacuait en même temps tout ce qu'il se reprochait vis-a-vis de celle qui l'aime, ses lâchetés secrètes, ses demi-vérités, ses fuites.Maintenant, cette légèreté, cette délivrance, cette absolution : il se promet de s'ananger pour subir demain le même traitement 6 Le tatouage lui chauffe le dos.Sans le déferrer on l'étend sur le carrelage.Une femme s'assoit sur sa poitrine.Elle est nue, sa vulve palpite contre son estomac.Tranquillement, elle ouvre les lèvres de son fruit, y plonge les doigts de l'autre main.Elle se branle sans hâte sur lui, ondulant de la croupe en cadence.Elle met bientôt les deux mains à l'ouvrage, elle siffle comme un serpent, elle rue sur lui, et les effluves de l'orgasme lui trempent le sternum Elle ne s'est pas retirée que deux autres s'installent sur son ventre et se dodichent l'une l'autre.Une quatrième s'empale sur les orteils de son pied gauche, il est assaili de femmes, de sexes de femmes qui emmitouflent son corps, y laissant chacun son jus, son râle.Aucune ne l'a essuyé, il a l'impression de se noyer dans tous ces arômes, d'être devenu le lit d'un bordel lesbien.Les poulies chuintent, il est hissé horizontalement, il dégouline.Il entend des bruits mous, comme si on fessait une chair lourde, il songe à une sourde mélopée.Personne pourtant ne se plaint.On l'enduit d'une substance collante et chaude, en se servant d'une cuillère qui s'attarde entre ses cuisses, sur sa tige.On continue pourtant jusqu'à sa bouche.En tirant la langue il peut goûter.Une confiture d'abricots et de roses ?Sous son casque de cuir le délire éclate, les grillons stridulent, le soleil bondit comme un capri, il chavire comme un moucheron au coeur dune sarracénie pourpre.Mais voici qu'on le tapisse dune pâte souple.Un déclic : la température se réchauffe subitement.Elles l'ont trans- formé en un bonhomme de pain d'épices.fourré de confiture et de crème.Il attend.Il est prêt pour l'heure du thé.7 Une fontaine sanglote au loin.S'est-il évanoui 7 Pendant la nuit on l'a déposé sur le sol.Il a gardé son masque, mais maintenant quatre gros boulets de fonte tirent au bout des chaînes.Il peut se déplacer, mais au prix d'efforts épuisants.Il doit retrouver celle qui l'aime, si elle est encore là.Il ouvre les chambres, écoute si on respire.Il comprend qu'il n'est pas le premier à errer ici : personne ne s'éveille lorsqu'il se penche pour flairer les corps.L'aube tarde, le raclement du fer sur le carrelage gémit comme le chagrin Si elle n'y était plus 7 Pour la première fois il a vraiment peur, si ce n'est pour elle pourquoi ces peines 7 Enfin elle est là.il prononce son nom.tout bas.elle dort, elle ne répond pas.Il s'écroule près d'elle, s'enivre de sa fragrance un peu amère.Elle se secoue, le délivre, lui dit : pars.11 refuse.Il dit : laisse-moi mon masque et mes chaînes, ce sont les signes de l'amour Elle se couche alors sur lui.et commence à le dévorer 4^ Anne Dandurand est née en bonne compagnie en 1953.à Montréal.Journaliste, réalisatrice, comédienne, elle publiait en 1982.avec sa jumelle Claire Dé, un recueil de nouvelles : La louve-gawu (1982) à la Pleine lune Cette nouvelle inédite est extraite d'un recueil en préparation Le journal de laraïgnée LA VIE EN ROSE 35 juil./août 1985 Suite de la page 33 ous étions six.au comité de lecture, à vouloir publier ce texte.Mais toutes, cependant, nous avions des réserves et de l'appréhension en prévision des réactions.Après ceux de Marie-Claude et de Diane, le texte de Francine reprend la plupart des arguments pour, en plus de détailler des doutes qui nous étaient communs.Marie-Claude Trépanier.collaboratrice, est membre depuis peu du comité de rédac-' tion : «J'aime le texte d'Anne Dandurand pour ses qualités littéraires, ses audaces et ses ambiguïtés.Les deux propositions du début soulignent bien le caractère fantasmatique.Certaines phrases mont aussi plongée dans le doute (pourquoi pas ?).la réflexion ou le plaisir : "À voix basse, il demanda seulement : pourquoi les chaînes ?Elle répondit : pour oublier." Ou : "Il sent le dessin, une bête mythique avec des ailes.Il voudrait savoir les couleurs, il ne comprend pas que sa peau ne puisse les lire." J'entends, je lis cela sur le plan symbolique.«Pour moi.le personnage masculin n'est pas qu'un accessoire du masochisme, il est un sujet pensant : on sait que sa mère se meurt, qu'il a une carrière incertaine, des lâchetés secrètes.On n'en sait pas autant du personnage féminin.Finalement, c'est un texte que je respecte et je voudrais que d'autres femmes puissent le lire.» Diane Poitras est depuis l'automne dernier notre chroniqueuse de cinéma : «J'ai d'abord lu ce texte avec un intérêt inquiet et malheureux.À la relecture, je n'y prends pas plus de plaisir.Je suis donc d'accord avec l'analyse de celles qui s'y opposent : il y a un risque que les lectrices n'y voient qu'une vengeance bête et méchante ; le consentement suggéré de l'homme rappelle celui que la pornographie prête aux femmes (victimes).Je m'oppose aussi à la relation violence-sexualité, surtout s'il y a un rapport de pouvoir inégal entre les deux parties.«Pourtant, j'arrive à des conclusions différentes.Il faut publier ce texte : l'ampleur et la violence des débats qu'il a suscités montrent qu'il n'y a unanimité ni sur le texte - ni peut-être sur la porno ?- à la La Vie en rose Ne pas le publier serait masquer cette division et je trouverais cette position inconfortable pour une revue féministe qui se veut pluraliste Pour moi.ce texte n'est pas antiféministe et il faudrait donc laisser aux lectrices la liberté de se faire une opinion, les encourager même à réagir.«Par ailleurs, ce débat n'est pas le seul fait d'un groupe d'intellectuelles à LVR.Il soulève des questions sur lesquelles nous serons toutes appelées à éclaircir nos positions, à les confronter, avant de pousser la réflexion plus loin et de proposer des alternatives concrètes Histoire de Q n'est peut-être pas le texte idéal pour provoquer un tel débat mais, on l'a souligné, on risque d'attendre longtemps un tel texte.» «Les femmes ne parlent pas d'érotisme.ou très peu.C'est une chose de dire avec qui on baise ou baiserait bien, c'en est une autre de dire ce qui nous hérisse le poil, nous fait mouiller, nous excite sans lendemain», écrivait Francine Pelletier dans LVR de décembre 1980.dans un texte intitulé DEros.des poissons et des femmes, le seul jusqu'à maintenant à avoir analysé carrément dans nos pages l'érotisme des femmes «Première réaction : je n'ai vu dans Histoire de Q_ qu'un pastiche d'Histoire d'O et autres romans du genre.Reprendre le modèle pornographique à notre compte ?Ah non 1 C'est trop simple, bête, niaiseux !».écrit-elle cinq ans plus tard.«Je ne trouvais pas le texte erotique ; j'avais aussi l'impression que l'auteure allait au plus choquant, provoquait pour provoquer.Je n'arrivais pas à lui faire confiance.«Après la première discussion, par contre, je pouvais concevoir Histoire de Q comme une sorte d'exorcisme ou de rite de passage, comme un «rebirth» littéraire.Bref, comme un exercice assez horrible, mais par lequel il faudrait passer pour atteindre l'autre côté du miroir.Mais pourquoi fallait-il donc employer tout l'arsenal de la torture 7 «À la deuxième lecture, celle-là attentive, je me suis laissée prendre par la fable étrange qu'est aussi ce texte.Fable : "petit récit en vers ou en prose qui illustre un précepte".À ne pas prendre pour la réalité vraie.Je recommençais à faire confiance à l'auteure : elle essayait sans doute de dire quelque chose.«Il me semble maintenant évident qu'Histoire de Q est un constat sur l'amour : jusqu'où devrons-nous aller pour que les nommes s'y abandonnent 7 Et s'ils le font, cela ne sera-t-il pas aussi dangereux pour eux que ça l'a été pour nous 7 Rien à voir avec l'érotisme.Mais au fond, je suis un peu déçue.Parce que.loin de pointer vers le futur, vers ce qui pourrait être, vers ce que les femmes ont encore à inventer pour célébrer leur amoyr du cul (la raison d'être, pour moi, de ce spécial erotique), Histoire de Qs'en tient à un constat aussi présent que morbide, qui ne nous avance pas tellement.Mais peut-on passer à côté de ce qui existe ?«De plus, j'ai toujours réagi fortement à l'idée que nous, les femmes, quand nous nous mettrions à faire tout ce que font les hommes (gérer les avoirs, gouverner les pays, inventer les images, etc.), ce serait forcément beau.C'est une utopie dange- BOUQUINEZ À L'AISE À El rVGENCE DU LIVRE 1246 rue St-Denis Montréal Tél.: 844-6896 reuse, qui nous dessert, qui nous empêche de préciser nos idées, de nuancer nos positions.Nous nous battons aussi pour avoir le droit de nous tromper, de bafouiller, d'être déchirées.mais sans en avoir honte 1 «Mais suis-en train de "me tortiller le cul pour chier droit", comme dirait un peu cavalièrement une amie 7 Tant de rationalisations augurent mal.Les premières impressions ne sont-elles pas finalement les plus sûres 7 Et puis, comment ne pas considérer l'émoi causé par ce texte ?Je sens la déprime de l'une, l'indignation de l'autre le découragement général.Ne vaudrait-il pas mieux, comme disent les Anglais, let sleeping dogs lie 1 «Justement.On ne peut pas avoir discuté pendant près de 12 heures (l'une des discussions les plus mémorables de l'histoire de LVR et.en ce qui me concerne, la pire décision que j'aie eu à prendre) et ne pas en tenir compte 7 Et y a-t-il moyen d'engager le débat sans publier le texte qui l'a provoqué7 Non.L'érotisme et/ou la porno ne se discutent surtout pas dans l'abstrait.«Alors, il faut publier.Par honnêteté intellectuelle.Par souci de cohérence face à la démarche entamée, moins celle de l'érotisme que celle du débat autour de la pornographie II est possible que nous nous tendions des pièges en publiant Histoire de Q (exemple : vouloir absollument prouver que nous ne sommes pas puritaines !) Mais il est aussi vrai que l'idéologie féministe comporte ses propres pièges et sa propre morale parfois paralysante, non ?» L'ACTUALITÉ ggggjks FEMMES Du 5 au 9 juin dernier, des femmes d'à travers le monde se sont rendues à Halifax pour discuter de quoi aurait l'air une véritable sécurité mondiale et pour déterminer de nouvelles méthodes destinées à réduire les tensions internationales.Saviez-vous que vos impôts ont contribué l'année dernière au budget mondial de 800 milliards de dollars d'armements?Aimeriez-vous miser sur d'autres valeurs?Envoyez-nous vos dons, ils nous aidera à défrayer les coûts de la conférence ainsi qu'en publier les conclusions.Coalition of Canadian Women's Groups International Peace Conference Room 9-10.Seton Annex.166 Bedford Highway.Halifax.Nova Scotia.Canada.B3M 2J6 LA VIE EN ROSE 36 juil./août 1985 our accepter Histoire de Q_, certaines d'entre nous avaient invoqué son aspect de fable, de démonstration sur l'amour et l'abandon, où la souffrance n'était jamais mise en évidence pour titiller la lectrice, comme c'est le cas dans la porno.Mais d'autres voyaient d'abord la souffrance et s'identifiaient au torturé ! N'importe quel texte peut ainsi s'interpréter de manières opposées.Mais quelles étaient les intentions de l'auteure ~> Depuis deux ans, Anne Dandurand s'acharne, avec sa soeur Claire Dé, à recueillir des fictions erotiques auprès d'auteures québécoises, en vue d'une anthologie.L'érotisme est pour elle un vieux «bag» Nous l'avons invitée au bureau, lui avons fourni tous les commentaires écrits, positifs et négatifs Au deuxième feuillet, pas du tout étonnée des réactions à son texte, elle s'écriait : «Je ne voulais pas forcément écrire quelque chose de violent ! Je voulais répondre à Histoire d'O, de Pauline Réage.D'ailleurs, les premiers chapitres en sont pratiquement un pastiche, avec les deux faux débuts, etc.Mettons les choses au clair : moi aussi, dans ma vie réelle, je suis absolument et uniquement pour une sexualité joyeuse, libre, non violente et égali-taire ! «Histoire de Q n'est pas un texte érotisant, mais bien une fable moralisante.Si Histoire d'O représente ce qui arrive lorsqu'une femme aime trop.Histoire de Q montre ce qui arrive lorsqu'un homme n'aime pas Cela dit.j'écris dans la fureur d'écrire, je n'ai jamais le choix, c'est ma manière à moi de survivre.J'ai écrit, je me suis laissée emporter Après seulement, je me suis demandé : pourquoi ai-je écrit ça ?«Ma réponse, je l'ai trouvée dans une phrase de Henri Laborit disant que l'agressivité n'est jamais spontanée, mais vient toujours en réponse à quelque chose.Et moi, au moment de l'écriture, j'aimais sans être aimée, j'étais torturée émotivement par lui, le non-aimant.Le texte correspond à ce que je vivais émotivement : j'aurais voulu faire souffrir le gars avec qui je vivais, parce que lui me faisait souffrir.J'ai écrit Histoire de Q pour torturer mon tortionnaire.Est-ce que j'aurais dû me censurer, me taire, avoir honte de ma violence, de ma méchanceté, nier que oui, j'éprouvais des pulsions meurtrières, sadiques.alors que justement, elles me révélaient ce que j'avais à faire : c'est-à-dire abandonner enfin cet homme, l'objet de mon amour 1 «Alors, c'est vrai que c'est un texte de vengeance, de destruction pure.À la fin.il lui dit son amour, qu'il veut rester.Alors elle se couche sur lui et commence à le dévorer.Elle veut qu'il disparaisse.«J'ai fini par me pardonner ce texte.Je dis pardonner à cause de séquences comme le tatouage.Moi.je suis tatouée sur le bras et hou ! ça fait très mal.Lui.dans l'histoire, a le dos tatoué au complet, en une seule séance.On ne ferait jamais ça d'un coup ! Donc il doit souffrir, c'est effrayant 1 C'est vraiment la destruction de l'homme non aimant.J'ai mis des mois à le comprendre.Je regardais ce texte et je faisais Wark I, complètement dégoûtée.«La scène du lavement, aussi, est horrible.Mais lui est content, il se libère de ses lâchetés.Il comprend quelque chose à travers ça.finalement.Mais non, quoi qu'on en pense, il n'arrive jamais à s'abandonner vraiment.C'est pour cela qu'à la fin.il lui dit : "Laisse-moi mes chaînes et mon masque, ce sont les signes de l'amour." Pour ce gars-la, l'amour c'est ça.Alors moi, en tant que femme, je le dévore.Ça ne me tente pas.un gars qui marche avec un masque et des chaînes.Ça ne m'intéresse pas.«Il y a déjà longtemps que j'ai écrit Histoire de Q presque deux ans.Je sais que ce texte sent le soufre, personne n'en veut et je comprendrais tout à fait que vous ne le publiiez pas.Mais je ne m'en excuse pas Je ne le renierai jamais : j'ai appris avec lui, et peut-être d'autres, avec moi.» Finalement, cette «fable moralisante sur l'amour», nous ne l'avions qu'à demi décodée, les unes et les autres, ce qui était inévitable, je suppose.D'ailleurs, comme toutes les fictions erotiques publiées ici.Histoire de Q ne nous renvoie en définitive qu'à nous-mêmes, qu'à la conception très intime et morale que nous avons individuellement de l'érotisme et de l'amour.La fiction est toujours un miroir, cette fiction-ci est un miroir plus trouble, plus implacable que d'autres.Mais à côté de l'éclairage gourmand, positif, rassurant, ironique ou tendre projeté par les sept autres nouvelles, n'avait-il pas aussi sa place ?W cHipfilands ^nn PETITE AUBERGE EN NOUVELLE-ANGLETERRE À seulement 3 heures de route de Montréal, dans les montagnes blanches du New Hampshire, le Highlands Inn est un endroit unique pour vous, vos amies, vos amantes.Cent acres de terrain privé, des montagnes à perte de vue, des chambres meublées d'antiquités et avec chambre de bain privée, des salles communes spacieuses.tout est là pour créer une atmosphère calme et agréable.Nous avons aussi une piscine, des kilomètres de pistes en montagne, du golf, du tennis, des marchands d'antiquités à proximité.Cette année, prenez rendez-vous avec la montagne.Aubergistes : P.O.Box 118 U Judith Hall Valley View Lane Grace Newman Bethlehem, N H 03574 (603) 869 3978 Université de Montréal Faculté de l'éducation permanente PIAF Perfectionnement des intervenantes et intervenants auprès des femmes • Un programme féministe de 15 crédits dans lequel on systématise ses connaissances sur les femmes.• Un programme qui peut être complété par une formation sur mesure pour obtenir un certificat (30 crédits).• PIAF s'adresse aux intervenantes ou intervenants en santé, en travail social, en éducation et dans les groupes de femmes.Date limite d'admission : le 2 août 1985 Pour information : tél.: 343-6090 |UI ./août 1985 37 LA VIE EN ROSE École de danse M.M.M.Athlétique Thérapeutique Esthétique Méthode Margaret Morris Session d'été : du 15 juillet au 31 août Mardi et jeudi : 9 h 30 à 10 h 45 18h00àl9hl5 Coût: 35 $ 1 fois/semaine 60 $ 2 fois/semaine Accessible à tous Préparation adéquate pour tous les sports Mobilisation de la colonne vertébrale Respiration intégrale du hatha-yoga 3012 est, rue Mont-Royal (angle Bordeaux ) 78b 9777 525-5335 Ne ratez pas, dans les numéros d'automne de LA VIE EN ROSE: DES DOSSIERS: Comment être jeune, pauvre, chômeur-euse, mal nourri-e.et avoir quand même des projets?Les hommes: mais qu'est-ce qu'ils veulent?DES ENTREVUES: Anne Sylvestre (enfin!), les Folles alliées (déjà!), Luce Guilbeault, etc.DES TÉMOIGNAGES: .de toutes les «filles à papa» qui ont répondu au texte «Mon père à moi» d'Hélène Pedneault (en mars dernier).DES RÉFLEXIONS: sur l'érotisme, la pornographie et la censure (poursuivons le débat), sur les femmes terroristes, etc.DES REPORTAGES: sur la conférence de Nairobi, les Philippines, la Chine, l'Afrique du Sud; sur le féminisme d'État, les élections provinciales, etc.NOUVEAU] «an: Chabot Sylvie Oui»" Lettres sur l'amour Saint-Martin Suite de la page 23 avait le sexe d'un homme et la main d'un enfant.Il la trouva si humide qu'il eut l'impression d'entrer en elle comme dans un aquarium.Il s'y serait laissé flotter le restant de sa vie ou tout au moins de l'après-midi, mais elle resserra vivement sur lui l'étreinte, l'entraînant dans un va-et-vient qui leur parut aussitôt aller de soi Ils glissaient si bien l'un dans l'autre, marquant le rythme d'halètements d'aise, qu'on ne sut bientôt plus lequel était lequel.Il leur sembla que la grande fille aux cheveux courts venait d'introduire un pied sous la jupe de sa vis-à-vis dont la respiration s'était selon toute apparence légèrement accélérée Le patron affichait depuis peu le regard vague et déterminé du coureur Se pouvait-il que cet homme d'un naturel si retenu soit en train d'échapper aussi résolument à toutes contraintes, en plein après-midi, derrière le comptoir de son café 7 Ils crurent apercevoir leur voisine de droite opter résolument pour le plaisir au détriment du malaise Quant au client d'en face, toujours accroché à son menu comme à une bouée, dissimulait-il de sa main libre quelque abondance dans sa culotte 7 Tout cela n'était peut-être finalement qu'imaginations et projections.Ils filèrent un bon moment à vive allure, s'éperonnant les flancs pour leur plus grand plaisir, se cramponnant l'un à l'autre pour ne pas, dans les moments d'emballement, être désarçonnés et projetés en bas de leur monture Elle eut soudain enviede voir le visage de celui qui s'enfonçait en elle.Quel était cet homme qui fonçait à bride abattue en son for intérieur et auquel elle s'attachait avec tant d'impétuosité 7 S'accrochant à son sein gauche ainsi qu'à tous les plaisirs passés, présents et à venir, se cherchant avec frénésie en tous ces points du corps et de l'âme capables de vous charrier si loin au coeur de vous-même qu'on croit parfois ne jamais pouvoir en revenir, elle ramassa peu à peu l'étendue de son désir pour tous ces êtres de chair passés, présents et à venir en une masse si compacte qu'elle en mourrait si jamais elle éclatait Elle pouvait bien en mourir.Qu'y avait-il vraiment d'autre 7 Il la sentit foncer dans la voie du plaisir avec un tel allant qu'il ne put faire autrement que lui céder le passage Elle dut bien toucher le fond d'elle-même car le son qui sortit en rafale de sa bouche se répercuta longtemps dans le café.Elle s'écroula sur la table secouée par l'impact.Il crut l'espace d'un instant qu'elle ne s'en remettrait pas.Il s'en serait trouvé fort démuni s'il ne l'avait pas en un tournemain retrouvée pendue à son sexe comme à un pouce.Elle tétait, tétait, se rattachant à ce genre de gestes primaires qui seuls parfois rassurent vraiment.L'envie lui prit soudain de voir le visage de cette femme qui, il en était sûr.le sucerait jusqu'à la moelle.11 eut le temps de se rendre compte que le client de la table d'en face s'esquivait, gêné, vers la salle de bain, que le patron affectait des rougeurs aux joues et un air de contentement inhabituels et que la grande fille et sa vis-à-vis cherchaient réciproquement sous leur jupe ce que leur voisine de droite venait de trouver abondamment sous la sienne.Ne pouvant plus se retenir, il ne se retint plus et se cogna si fort en elle qu'il pensa y laisser sa peau et l'y laissa un temps.Ils restèrent un long moment appuyés l'un sur l'autre, ne sachant trop que faire d'autre.Quand la tendresse va dans les fesses, qu'est-ce 7 C'est ainsi qu'il était entré dans sa vie comme dans un café, balayant vaguement l'horizon un peu au-dessus des têtes à la recherche d'une table libre.uil./ooût 1985 Suite de la page 29 retenu lui fait battre de l'âme.Vous frémissiez de vous sentir aspirée dans ce désir sans fin.en même temps il vous semblait glisser dans un calme si grand que votre musculature se dénouait et au lever, vous m'avez dit : J'ai grandi C'était vrai, on aurait juré que vous aviez pris un pouce ou deux de plus, c'est du moins ce que j'ai rajouté pour gagner quelques baisers.Pour vous voir vous jeter à mon cou en riant et me traîner au cabinet de toilette, en me tendant ce crayon bleu à paupières, me suppliant de tracer au mur ce tiret oû vous tapiez exactement votre tignasse.Puis vous vous êtes collée à moi.collée, collée comme si vous aviez craint de laisser votre double épingle au mur.avec une main en oeillère sur vos yeux.Quand vous avez osé un coup d'oeil entre deux doigts, j'ai compris que vous conteniez à peine l'émotion d'apercevoir l'autre que vous aviez été certes autrefois, mais sans savoir que vous pouviez l'être, et que vous étiez maintenant Soulagée d'avoir soutenu cette vision de vous-autre sans défaillir vous-même, vous avez pouffé de rire.Vous m'avez regardé dans les yeux.Chaque matin, on recommencera Touché par ce rituel que vous me proposiez de jouer avec le plus grand sérieux, j'ai recommencé tout de suite, sur le tapis, en prenant votre mesure de façon que ça ne laisse de trace, cette fois-là, qu'en vous Après, quand j'ai proposé de vérifier l'exactitude de la marque bleue au mur, pelotonnée sous moi.le museau dans les poils de mon aisselle, concentrée dans mon odeur pour absorber encore plus d'être que ne plus être un instant dans ma prise vous autorisait, vous avez soupiré : Non.pas tout de suite, jdi du me ratatiner Vous aviez dû perdre quelques pouces en chemin, que je vous promettais de regagner d'ici à la nuit ^* o 6 3 00 Christina.LA VIE EN ROSE 39 Journal intime et politique French cancans (lettre à un copain québécois) e voyage, tu sais, c'est bizarre mais jusqu'à présent je ne suis pas très héroïque.Le cadre a changé, ce n'est plus Montréal, c'est Paris, mais je réalise que je gratte sous mes souliers et c'est la même terre.Et la même fille perdue.Sous mes dehors de délurée, je suis assez tight C'est vrai que je me tiens en laisse.Muselée, je ne sais pas, mais le cul sen-é, ça oui.D'autant plus qu'ici, à Paris, on dirait bien que les mecs ne rêvent que d'enculer Ça tombe pile que je te parle de cul parce que là.il y a quelque chose que je ne pige pas bien.Les Français soi-disant libérés - les grands baiseurs, les techniciens du sexe, les cunni-fella-culo-etc.- me semblent déconnectés quelque part aussi Bon.je vais t'expliquer.Mardi soir, à Paris, nous étions invités à une «espèce de fête» spéciale.J'avais revêtu pour cette soirée un body en dentelle noire, au travers duquel on pouvait apercevoir mes seins bien ronds, une jupe moulante et mini en cuir noir, et de longs bas filet noirs chaussés de souliers rouges comme mes cheveux.Faut dire que j'ai pas fait une entrée inaperçue.Une bombe 7 Déjà que j'étais la plus grande, la plus jeune, la plus sexy.Je n'avais que l'embarras du choix parmi les six mecs qui se tenaient autour de moi, comme des abeilles autour du miel.Non.des taons, et tous en slip - ou nus.Car c'est vrai que nous étions en retard, nous sommes arrivés vers minuit, et ça devait être cul sur le tapis.Justement, en entrant dans l'appartement, la première vision que j'ai eue c'est celle de Patrick en train de baiser, lui à genoux et sa partenaire jambes ouvertes sur le divan devant tout le monde.J'entre, il continue la baise et me dit : «Ah ! Bonjour, la Canadienne !» Et une, deux, une.deux.Je lui dis : «Ça va ?» - «Oh.comme tu vois, ça va, ça vient !» Belle entrée dans la matière.Je suis un peu gênée.Un Américain m'approche.Je | l'envoie poliment péter dans les fleurs.| J'avais le goût de lui demander : «Vous S vous forcez pour être con ou c'est naturel % chez vous 7» Mais enfin, passe.Je m'assied s à la table, près du mur, et Linda de l'autre g côté.En face, trois mecs qui ont péché par | convoitise, je le sens.Ils veulent de la chair I fraîche.par Lili Gulliver Un ami soi-disant - en fait Patrick, le même qui baisait tout à l'heure - s'approche de Linda et lui entre la main dans le décolleté de la robe bustier à baleines qui retient ses seins tombants II la taponne ou tâtonne un peu et elle lui pince les testicules pour ensuite lui tailler une belle pipe à table, devant moi qui mange un roast beef justement, et qui ne supporterais pas l'échange ; roast beef ou queue bandée 7 Je garde le boeuf et j'arrose de vin rouge Tu crois que je me limite 7 Eux.en tout cas, leur indécence n'a pas de limite.Indécence, m'entends-je dire.Vestige de mon éducation catho ou quoi 7 Trop tight ?Qu'est-ce que je veux au juste 7 Et qu'est-ce que je fais là 7 Bonne question.Je le savais d'avance, que ce serait une partouze.Et je me pointe sexy en diable et je refuse toutes avances.Pourtant, ça faisait une semaine sans sexe, il y avait des mecs pas mal.et de l'atmosphère, tu peux deviner Porte-jare-telles et cie.Eh bien, sous mes allures de salope de première, je suis restée vêtue toute la soirée et j'ai seulement frenché avec Daniel, qui a adoré ça.Peut-êtTe que je ne suce pas beaucoup mais embrasser, j'adore ça.Et je suis très gourmande, j'avale toute la langue, la salive avec mais je recrache les dents.Il y a des limites Du moins j'ai mes limites, tu sais.À part ça, pour sucer un lobe d'oreille, je donne pas ma place non plus : je suce, je mordille, j'enfouis ma langue dans l'oreille, ça les rend fous.Chacune sa spécialité, j'imagine.Tant qu'à la queue, je ne sais pas trop.On n'a pas toujours le goût de jouer de la musique à bouche.Je n'ai rien contre mais ça me prend et l'instrument et le musicien pour bien faire vibrer tout ça.Et c'est là que je voulais en venir, quand je disais que ces mecs-là, ils sont déconnectés.La queue d'un bord et le coeur au foyer, ou ailleurs.Pourtant ça suce, ça encule.ça éjacule - les filles et les gars -mais il n'y a rien là, tu vois.Et pas question que je tombe là-dedans.Pas parce que c'est sale ou quoi que ce soit.Mais c'est pas mon trip.Peut-être que oui.finalement, jesuis une princesse qui attend son Prince charmant, qui n'est jamais parfait (comme moi.mais enfin).Tu crois que si je suçais plus ça m'aiderait à voir clair 7 Tu crois que je deviendrais la plus belle du monde 7 Mais le sperme, c'est engraissant, oui ou non 7 Il faut le reconnaître, j'ai un don : celui de me retrouver dans des milieux et situations pas possibles.Et c'est là qu'on arrive à la partie cochonne.Eh oui.je suis allée au Bois-de-Boulogne Hier soir à quatre heures du matin.Mais quelle soirée de fou 1 Quelle ville que ce Paris ! Tu sais.nous, à Montréal, la chose in c'est la coke, hein 7 II y a des toilettes de bar aménagées pour ça et, dans certains bars, une petite pièce derrière pour sniff-sniff II y a les partys à la coke, la coke et le grand délire des confidences.Eh bien ici, à Paris, c'est le cul.Il y a des toilettes de bar aménagées pour ça.il y a la petite pièce derrière pour put put.il y a les orgies, le cul et le grand plaisir des connivences.Je n'en reviens pas, tout est à la portée du cul.Et voilà le hic ! Ça me dépasse.La grande belle fille à l'allure délurée est plutôt un peu coincée.Tiens, hier soir, par exemple, je suis invitée avec Linda par des copains à elle que je ne connais pas.À dîner d'abord (faut faire bouffer les dames '), puis en boîte, rue Saint-Honoré.Gérard D.y était justement, en plus de quelques autres célébrités dont je tairai ici le nom afin de préserver la confidentialité qu'impose un tel lieu Car la boîte en question, c'est spécial 1 Il y a assez de gens pour créer une atmosphère plutôt chaude et sur la musique disco, on ne danse que des slows langoureux 1 Merde 1 Moi qui allais là pour danser l'aérobique.c'est pas la place indiquée Et à peine entrée, j'étais déjà repérée : si les petits yeux mâles étaient des scies, je me serais retrouvée cul-de-jatte.L'idée de la mini-jupe de satin noir et des bas filet, dangereuse.À peine assise, me revoilà debout à danser dans les bras d'un monsieur d'Israël, qui a insisté pour que je lui accorde le Sexual Healing que Marvin a eu bien du plaisir à chanter.Je ne sais pas si c'est la musique ou le satin, ou ma cuisse ferme (grâce à Jane) mais là je sens le sexe mâle se durcir et se frotter, tandis que les mains qui glissaient sur le satin essayent de s'infiltrer dessous.Et mon Israélien qui chante avec Marvin Lets Make Love Tonight Ouf1 J'ai chaud, j'ai soif, au secours ! «Excusez-moi.je vais rejoindre mes copains.» Parlons-en.des copains.Où sont-ils ?Je regagne ma place - à coups de caresses et là.ouais ! La Linda necke-du verbe necker-avec François pendant que Jorge lui relève juil./août 1985 41 LA VIE EN ROSE et politique la jupe et la pelote gentiment comme ça à ma table Quel culot 1 Comme je reviens, François veut maintenant m'honorer de son attention et de ses intentions, je ne sais pas très bien.Mais je m'y refuse, en lui disant : «Bas les pattes, coco ! Faut pas toucher la marchandise '» - «Oh 1 dis donc, la Canadienne, ça va, je te force pas» et il repart «à la conquête d'autres nanas».comme ils disent Ah oui.c'est vrai, il n'y a qu'à passer dans la pièce arrière pour plus d'intimité.Intimité, tu parles 1 Mon cul 1 Je veux dire leurs culs exposés comme ça.En tout cas.le cul c'est plus généreux comme milieu que celui de la coke, car là tout le monde peut sniffer, hein ?Et plus il y en a.plus ils sont contents Grande diversité dans l'étalement de la marchandise.Je te raconte ça comme ça.question de te faire piger l'ambiance tolérante du joyeux milieu dans lequel j'évolue.Dans la petite pièce d'en arrière, par exemple, il y en avait des à poil.Gérard D.et cie.Bon, mettons que lui, je me le serais peut-être bien .tapé 7 farci 7 envoyé 7 Mais non : je me suis tenue bien en laisse, comme tu dis Bon, j'ai flirté un peu.c'est sûr.Il y avait un Italien aux yeux bleus qui me plaisait bien.J'ai dansé quelques slows avec lui.collée, collée, mais je ne suis pas allée me faire pénétrer dans la pièce arrière.Linda, elle, y est allée, puis je l'ai vue sucer les deux gars qui nous accompagnaient.Mais moi, eh bien, non ' BOUQUINEZ À L'AISE À LE NSENCE DU LIVRE 1246 rue St-Denis Montréal Tél.: 844-6896 Écoute le reste, c'est là que ça devient intéressant.On quitte le bar 106.il est 3 h 30 Les deux copains à Linda vont d'abord la reconduire, elle.Elle qui les a sucés, ils la plantent là chez elle qui leur offre son hospitalité.Mais non.ils sont fatigués, prétextent-ils Grosse soirée, travail demain, etc.Et là, Jorge me dit : «Dis donc, tu ne t'es pas tellement éclatée, toi.ce soir7 Écoute, c'est ta première fois à Paris ; ça ne te tenterait pas de vivre une expérience insolite, inusitée, que seuls des Parisiens d'expérience pourraient te montrer7» - «Bof.Ça dépend.» - «T'as entendu parler du Bois-de-Boulogne7» - «Bien sûr !» - «Tu sais que la nuit il s'y passe plein de choses étranges 7 Ça te dirait d'aller voir ?» Tiens, pourquoi pas 7 C'est une idée.Nous voilà donc en chemin, direction Bois-de-Boulogne, Alors moi, je leur demande : «C'est quoi votre fantasme ?Qu'est-ce qui vous intéresse ce soir au Bois ?» Et là, réponse en stéréo : «Notre fantasme, c'est toi.» - «Moua 7» - «Toua !» - «Hey les gars, pourquoi moi7 II y en a plein de nanas.Vous avez partouzé, vous vous êtes fait sucer, etc.je ne vois pas ce que je peux faire pour vous.» - «Mais non 1 Notre fantasme, c'est de te voir t'éclater, toi.C'est ta soirée.Réalises-tu que tu peux faire tout ce que tu veux, que n'importe laquelle de tes fantaisies peut devenir réalité.Paris, c'est magique !» Alors, ils me proposent les spécialités de toutes les parties du Bois-de-Boulogne ; il y DE TOUT POUR TOUTES îles éditions ¦du remue-ménage LA VIE EN ROSE 42 juil./ooût 1985 71 en a un vaste éventail.Voyons, voyons, quel est mon fantasme 7 Faire l'amour avec une travestie 7 Tiens, je n'y avais jamais pensé avant.Mais, maintenant que j'y pense : de beaux seins et une queue, l'androgyne 7 Bouef ! Non.La travestie c'est pour les hommes.«Je peux regarder si vous voulez, mais moi personnellement c'est pas mon truc.» - «Ben dis donc, c'est quoi ton truc ?» Bonne question.Je ne sais pas trop La position du missionnaire, dans un bon lit, avec un amoureux super affectueux 7 «Ah !.mais non.c'est pas du fantasme, ça.c'est commun 1 Pense qu'ici tu as tout ce que tu veux.Déjà, tu as deux beaux mecs avec toi.Si t'en veux plus, ou d'autres, tu nous le dis, on s'occupe de toi.» Ah les bons samaritains ! «L'exhibi, tu connais7», me demande l'un.«Tu \ oudrais pas que des mecs s'exhibent, se branlent devant toi.pour toi ?» Tiens, ça non plus, je n'y avais pas vraiment pensé, à croire que je ne pense à rien.Des mecs qui se branlent devant moi, j'y vois pas le plus grand intérêt mais la curiosité m'excite.Et si je ne veux pas me taper des pédés, qui de toute façon me rejetteraient, ou des couples de swingers, il ne me restera plus grand fantasme dans les bois, à part glisser avec les canards sur l'eau.Tiens, coin, coin, ça j'aimerais bien être un canard, c'est tellement joli un canard, puis ça n'a pas l'air compliqué, mais bon ! Fantasmes cochons, hein, pas coin-coin.Alors bon, l'exhibi.d'accord.On se dirige vers une place spécialisée dans le parc et crois-moi.mine de rien, out of nowhere, à 4 h du mat.un jeudi soir brumeux, il y a plein de messieurs qui ne demandent pas mieux que de se taper une branlette.comme ça dehors, la graine à l'air.Il y en a même tellement qu'il nous faut sélectionner et s'isoler dans un coin plus discret Comme de raison, j'ai choisi les plus beaux.Quatre mecs dehors, plus les deux dans l'auto.Là.bien sûr, je dois quand même, c'est la moindre des choses, les encourager un peu.hein.Je pouvais pas juste rester là tranquille à regarder, en espérant les faire jouir rien qu'avec mon sourire gêné.Alors voilà, j'ai dû montrer mes seins.Ça les a bien excités, il me semble.Ils étaient tous bien équipés et bandés d'aplomb, et ça y allait du poignet.Une.deux, une, deux, en haut, en bas, en haut, en bas, etc.Tu sais comment.Puis j'ai entrouvert les jambes et remonté juste un peu ma jupe de satin noir, laissant apparaître mon porte-jaretelles noir, et ma petite culotte.Là, ça branlait dur.C'était assez, pourrais-je dire, tendu.Et puis, hop 1 .une ejaculation, puis deux, et là le troisième me fait des signes : il voudrait me sucer, il sort sa langue et se branle et pointe sa queue bien rose sur la fenêtre de l'auto, je l'enligne.ça l'excite.Et là.je plonge un doigt dans ma petite chatte, qui est bien humide et si douce, j'écarte ma petite culotte et m'expose bien sur la banquette.Les spectateurs semblent bien apprécier ce joli spectacle, l'atmosphère se réchauffe Déjà que les deux copains dans l'auto s'aventurent à quelques caresses sur ma chaude personne et ils se masturbent aussi, près de moi.Quel spectacle ! Et toi.ça va ?Ça vient 7 Bon ben.c'est ça : tout le monde est venu, finalement.Quelques-uns sur l'auto, d'autres sur l'asphalte Plein de sperme partout, de quoi prendre un bain de pieds 1 Tiens, il ne m'est même pas venu à l'esprit d'y goûter.J'ai même pas fait de pipes.C'est pas les propositions qui manquaient mais tu sais comme je suis, hein 7 M'enfin.ne revenons pas sur cette substance glissante pour l'instant.Je t'endors avec mes histoires 7 La suite devrait t'endormir davantage, puisque si je t'ai raconté tout ça.c'était bien sûr pour en philosopher du point du vue moral, avec toi, cher connaisseur des humeurs sexuelles.Je suis conne, je pourrais bien me dire : c'est bon, faites de moi ce que vous voulez (fantasme passif), vling vlang, splish splash et tout et tout.Eh bien non.En fait, comme ça.c'est trop cru.C'est comme si on m'offrait un gros steak saignant en pleine nuit : j'ai pas faim.À moi de le faire cuire, le steak, peut-être, mais le coeur n'y est pas.Et voilà, c'est ça : le coeur n'y est pas.C'est ça le hic.Eurêka 1 C'est ce qui fait sans doute que je suis une fille saine et pas tordue, enfin pas trop tordue dans sa tète.Tu crois pas 7 Tu crois que c'est mon éducation et mon côté contrôlant qui font que je ne me laisse pas aller dans les plus folles débauches 7 Mais je me rends compte qu'au Québec la sexualité est différente, n'est pas vécue pareil.Tiens, à Montréal, par exemple, si tu ¦as le goût de baiser, tu sors, tu vas chez Swann ou à l'Express ou n'importe où.Un beau gosse comme toi.avec un charme et un baratin pas possible, une fille ne peut qu'accepter l'invitation chaleureuse à laquelle tu la convies.Mais en France, en boîte ordinaire, ça drague pas comme ça.Il faut savoir à qui on a affaire, il faut être présentée, etc.Les Français sont méfiants de nature.Pas avec moi : étant canadienne, ça les rassure.Mais entre eux, ils se méfient, donc la baise et la drague, c'est plus complexe.C'est pour ça qu'un certain nombre d'entre eux préfèrent justement un bar comme celui de la rue Saint-Honoré.où tu peux prendre ton pied sur place, sans baratin et Bonsoir !.ni vu ni connu, comme Gérard D.ou.(oups.des noms !).Mais c'est pas ma formule à moi.J'aime mieux me réveiller dans les bras de celui qui me pénètre de son dard, et lui sourire au petit déj.Ça doit être pour ça que je ne profite pas pleinement de l'éventail des possibilités sexuellement offertes.Enfin, chacun son truc, j'imagine.Et toi, tu fais quoi, cet été 7 La France, peut-être 7 Ça serait bien de faire la fête ensemble.Je pourrais Couvrir les portes du grand Paris by night.juil./août 1985 43 Cinéma Charlotte Laurier Sérieuse et f lyée par Diane Poitras Depuis qu'elle a ébloui le public avec son interprétation de Manon dans Les bons débarras de Francis Mankiewicz, Charlotte Laurier a poursuivi sa carrière de comédienne avec Piwi, Ecaille, Bonheur d'occasion, L'ordinateur en tête et récemment La dame en couleurs de Claude Jutra.Elle a maintenant 18 ans et étudie au cégep en histoire de l'art et en cinéma.Son rêve et son projet le plus immédiat: voyager, voyager, voyager! Cet été: l'Europe, «.à la recherche de l'aventure».Qui est Charlotte Laurier ~> Je ne me risquerais pas à répondre.Elle-même avoue simplement : «Je ne sais pas au juste qui je suis.» Elle se cherche et ne livre que très peu d'affirmations.Le plus souvent ses réponses sont évasives.suivies de longs silences que je ne veux pas briser.Il lui arrive de répéter ma question et de se demander tout haut : «Qu'est-ce que je pourrais bien te répondre ?» Cette simplicité me la rend attachante.J'ai envie de savoir ce qu'elle pense des femmes de mon âge qui ont voulu bousculer les stéréotypes et prendre leur place dans ce métier.«Pour ma génération, dit-elle, il n'est plus question de militer.Alors, parler du féminisme, c'est tout à fait d'une autre façon.C'est plus intérieur, plus individuel.Mais je sais que j'aurai à me battre, ça c'est clair.Un jour, j'ai quitté le plateau en plein milieu d'une audition.J'avais senti que tout ce qu'on cherchait, c'était une fille fine et cute Moi, j'aimerais qu'on me choisisse parce qu'on sait ce que je suis capable de faire.» Être prise au sérieux, pour Charlotte Laurier, ça veut dire aussi faire disparaître cette image de petite fille qui lui reste accolée.surtout par les femmes.Car si elles ne la prennent pas pour un objet sexuel, les réalisatrices ont du mal.sem-ble-t-il, à la traiter d'égale à égale «Je n'aime pas dire ça, mais les femmes, pour des raisons que je comprends, sont souvent insécures dans leur travail.Et elles projettent leur insécurité sur moi : elles me demandent si j'ai bien appris mon texte, si je suis sûre de pouvoir faire le rôle.Souvent, elles ne me laissent pas facilement essayer autre chose que ce qu'elles demandent.Par contre, les hommes, eux, ont souvent trop d'assurance ! (rires).Mais ils ont quand même une attitude qui fait que je ne me sens pas traitée en bébé.Avec Jutra, par exemple, il y avait cette relation de confiance.Il me disait ce qu'il voulait et ensuite, il me laissait essayer beaucoup de choses Je refaftais la scène de plusieurs façons différentes.C'était beaucoup de travail mais stimulant.» Au téléphone, je lui avais dit : «Pense à ce dont tu voudrais parler dans cette entrevue».Lors de la rencontre, elle me répond en riant : «Oh ! mais c'est tellement fou que je n'ose pas !» J'insiste.Elle recule.J'abandonne.Elle me confie qu'elle aimerait des rôles flyés «Qu'est-ce que ce serait, un rôle flyé7» Elle rit.tourne autour de sa gêne, puis risque : «.la chanson peut-être.du théâtre expérimental.Des choses jeunes, modernes.De la vidéo, n'importe quoi 1 (son débit s'accélère).Des rôles qui vieillissent avec moi Des rôles épanouis qui ont du fun et qui ont le goût de vivre ! Et il n'y a pas que le cinéma.Je ferais bien autre chos< LA VIE EN ROSE 44 Cette insistance à parler du plaisir me surprend chez elle.Elle a horreur des gens qui ne pensent qu'au travail, qu'au prochain contrat.Je la trouve pourtant bien sérieuse, et le lui dis.«Mais oui, je le sais ! (un court moment, elle a l'air désespéré).Des fois, je me dis : Écoute là, arrête de prendre la vie au sérieux ! Je ne sais pas ce qui nous rend sérieux.La désillusion, peut-être ?» - «Et à part le cinéma, qu'est-ce que tu aurais envie de faire ?» - «À part le cinéma ?Réaliser des films !» Et elle enchaîne sur un projet de scénario qu'elle veut tourner au cégep.Son personnage principal est une petite fille, «très lucide», qui a la tête pleine d'idées.mais les enfants ont si peu de place dans cette société.«Je me souviens que j'étais malheureuse quand j'étais petite.Je me sentais assez petite ! On peut pas sortir, on peut jamais rien faire !» (rires).Sans que j'aie abordé le sujet, elle me dit sa vulnérabilité à la critique.«Je trouve ça dur parce que je ne suis pas trop sûre de moi.Je ne suis pas le genre à toujours me trouver bonne.Et il y a toujours des gens qui veulent te démolir.» - «Qu'est-ce qui te fait le plus peur dans ce métier?» - «Peut-être de rater mon coup complètement.Là, je ne sais pas ce que je ferais, mais aïe, aïe, aïe.» Elle sourit et il me semble sentir une douleur.On a dit souvent (elle la première) que Charlotte Laurier est venue au cinéma par hasard : elle s'est embarquée dans le tournage des Bons débarras sans réaliser ce qui se passait, et elle fut la plus surprise lorsqu'elle s'est vue à l'écran.Malgré ses questionnements, la jeune comédienne que j'ai rencontrée voit de plus en plus clairement ce qu'elle attend du cinéma : des rôles costauds à se mettre sous la dent et des défis.Mais elle connaît les I difficultés et lutte contre les angoisses du S métier.«Bien sûr.je veux réussir.Mais je § ne veux pas faire une dépression si ça ne § marche pas.Il y a toujours autre chose.» s «Qu'est-ce que c'est, cet «autre I chose» ~>» - «.le goût de vivre '» LA VIE EN ROSE Cinéma Festival de Après la Vénus de Milo par Monique Durand Déménageant cette année de Sceaux à Créteil, aussi en banlieue parisienne, le 7e Festival international de films de femmes abandonnait du coup son ancienne image publicitaire: une Vénus de Milo, caméra à l'épaule.Voici comment une fausse cinéphile québécoise s'est égarée, avec plaisir, dans cet événement.Je l'avoue : je ne suis pas cinéphile.Je ne cours que deux catégories de films : les «drames psychologiques» et les «films d'amour».Et encore, quand j'ai reçu l'assurance que je n'y trouverai ni sang, ni fusils, ni larmoiements.Je guette la rare production, l'élue, dont je m'enticherai jusqu'à la revoir cinq fois.Pour la poignante vieille dame des Scènes de la vie conjugale qui raconte à Liv Ullman.avocate, qu'elle vient de quitter son mari sans raison apparente, «parce que sa vie n'a jamais correspondu à l'image qu'elle s'en était un jour tracée.» Pour le visage de Salieri penché sur les partitions de Wolfgang Amadeus Mozart.Ou encore pour Paule Baillargeon, dans La femme de l'hôtel.martelant dans son bain les notes de Touch me Pour ces minutes, en sortant de la salle obscure, où j'ai la conviction que quelque chose en moi s'est élevé.Comme on émerge d'un beau livre ou d'un bon show.Je supporte mal tous les autres «genres».Peur, sans doute, d'être assaillie puis hantée pendant des mois par des images d'enfer.Comme l'insoutenable carnage final de Looking for Mr Goodbar.où Diane Keaton meurt assassinée de dizaine de coups de couteau en plein ventre.Vous direz que je loupe ainsi nombre de chefs-d'oeuvre dont je pourrais savourer les indiscutables qualités si j'étais moins impressionnable.Je l'admets volontiers.Mais rien ne me convainc encore que tant de palpitations en valent la peine.Alors, que suis-je bien allée faire au 7e Festival des films de femmes de Créteil, en ce printemps frisquet (du 16 au 24 mars), moi qui ai peur d'avoir peur et redoute non seulement la violence, mais l'hermétisme qui fleurit souvent dans une manifestation cinématographique 7 Pour trois LA VIE EN ROSE Tiré de En l'absence du peintre 46 raisons éminemment subjectives : en premier lieu, je nourris moins d'appréhension à l'égard de la violence conçue par les femmes.J'ose, j'aime, je veux croire qu'elles n'en usent pas aussi impertinemment qu'un certain cinéma d'hommes.Deuxièmement, parce qu'il faut encourager l'art des femmes, a fortiori dans une discipline où elles sont, derrière la caméra, encore désespérément rares.C'est ma discrimination positive à moi.Enfin, pour le pur plaisir de revoir La femme de l'hôtel, en lice à Créteil dans la catégorie des longs métrages de fiction.Et ma foi.les festivalières françaises ont bien réagi au film de Léa Pool, puisque La femme de l'hôtel a remporté le Prix du public parmi la quinzaine de productions en compétition, devançant de justesse Miroirs brisés de la Hollandaise Marleen Gorris, Scrubbers de la Britannique Mai Zetterling - qui s'est mérité le Prix des femmes journalistes - et La chambre de mariage de la Turque Bilge Olgac, qui s'est vu attribuer le Prix du jury.Véritable saga des honneurs pour ce film québécois qui, avant Créteil, avait déjà reçu six récompenses ; et pour Léa Pool dont le talent, pour la seconde fois, était reconnu par cette manifestation.Son Strass Café avait en effet obtenu en 1981, à Sceaux, le Prix populaire du festival.Deux autres productions canadiennes étaient inscrites dans la course, cette fois dans la catégorie des longs métrages documentaires : Les mots, maux du silence de Helen Doyle et Abortion stories from North and South, de Gail Singer.Cinéma de rupture.«Les femmes cinéastes refusent la violence pour le plaisir de la montrer.Elles consacrent beaucoup plus d'attention que les hommes aux phénomènes d'op- luil./août 1985 pression, aux minorités et aux handicaps sous toutes leurs formes.Enfin et surtout, elles dessinent des portraits de femmes qui tranchent radicalement avec la grande tradition masculine de la femme mystifiée.Y a-t-il un langage cinématographique spécifiquement féminin ~> Je ne sais pas au juste.Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il existe un point de vue de femme, un regard différent porté sur le monde.» C'est Elizabeth Tréhard qui parle, l'une des deux organisatrices de l'événement.En compagnie de Jackie Buet.elle a visionné plus de 350 films sur les cinq continents, pour en retenir 60 destinés à la compétition de Créteil, dans trois catégories : longs métrages de fiction et documentaires, courts métrages.«Les critères objectifs qui ont guidé notre choix sont simples : les films doivent être inédits en France, c'est-à-dire n'y avoir jamais été distribués, avoir été créés il y a moins de deux ans et.bien sûr.être réalisés par une ou des femmes Quant à nos critères subjectifs, ils reposent avant tout sur le degré de recherche et d'originalité dans l'écriture et le sujet, le tout sur fond de rupture avec le cinéma commercial fait par les hommes.» À l'argument maintes fois repris que ce genre de festival ghettoïse l'art féminin, mon interlocutrice oppose une réponse catégorique : «90% des films que vous avez pu voir ici n'auraient jamais été montrés sans notre intermédiaire.Notre festival a acquis une crédibilité dans le monde entier.Il est le seul en France, au demeurant, à pouvoir revendiquer plus de 20 000 entrées.Et ce, même si la presse continue de nous bouder.» Installé à Sceaux, tout près de Paris, pour ses six premières éditions, le festival s'est transplanté cette année à la Maison des arts de Créteil.un lieu plus spacieux, plus accueillant, doté de quatre salles de projection, d'espaces de débats, de cafétérias et, nouveauté, d'un Marché du film accessible aux producteurs et aux journalistes.Le festival s'est également doté d'un système raffiné et novateur de sous-titTage vidéo électronique.«Nous avons eu envie d'une nouvelle image, qui montrerait une cinéaste vivante, gaie, professionnelle, en pleine possession de ses moyens, plutôt que celle qu'illustrait notre publicité des années passées : une Vénus de Milo à l'air grave et aux bras mutilés, signifiant d'abord que, pour toutes sortes de raisons, les femmes étaient empêchées de faire du cinéma», explique Mme Tréhard.et d'identification Comment qualifie-t-elle l'ensemble des productions présentées cette année par rapport à celles des éditions antérieures ?«Le cinéma des femmes, depuis deux ans, est devenu moins narcissique, plus diversifié.Plusieurs fictions pures sont au programme comme Scrubbers, bâtie autour de la vie d'adolescentes en prison.Papir Flugen (de Anja Brejen.Norvège), sorte d'intrigue policière.Far from Poland (de Jill Godmillow, États-Unis), relative au mouvement ouvrier Solidarité, ou Committed (de Sheila McLaughlin et Lynne Tillman.États-Unis), qui retrace l'histoire de la star hollywoodienne Frances Farmer J'admets toutefois que les films de femmes demeurent encore fortement autobiographiques.» À Créteil.j'ai aussi croisé Louise Martin et Linda Soucy.deux des organisatrices de Silence, elles tournent Prévoyant que la programmation de ce premier Festival de films et vidéos de femmes, du 6 au 16 juin, à Montréal, allait s'inspirer largement de celle de Créteil sans en être la réplique intégrale, elles étaient cependant un peu déçues de la sélection française : «Nous avons énormément appris, raconte Louise Martin mais les véritables trouvailles, notamment au plan de la recherche esthétique, me semblent plutôt rares.» Le festival de Créteil.version 85.avait aussi choisi de rendre hommage à la réalisatrice ouest-allemande Helma Sanders-Brahms (interviewée en juin dans La Vie en rose), avec la présentation de son oeuvre intégrale et de sa dernière production : L avenir d Emilie (hors compétition).Mais le film qui aura sans doute suscité les plus vives réactions, parfois aux antipodes, est Miroirs brisés, de Marleen Gorris.Avec The Silence Surrounding Christine M , elle nous avait donné en 1981 la troublante histoire de ces trois femmes assassinant gratuitement (7).sans préméditation, le vendeur d'une boutique, avant de s'enfoncer dans le silence.jusqu'au rire sardonique concluant le procès Dans Miroirs brisés.Gorris met en parallèle deux histoires, celle d'une prostituée et celle d'une femme «ordinaire», enlevée par un inconnu qui l'attache sur un lit, l'affame et la torture.Miroirs brisés repose la question de savoir s'il faut aller aussi loin dans l'incarnation de la violence sexuelle notamment, celle-là même que l'on veut dénoncer.Vous devinez toute la misère que ce film m'a donnée 1 Dernière découverte de ce festival : le nombre impressionnant de personnages de créatrices et de communicatrices mis en scène dans les fictions : des cinéastes dans La femme de l'hôtel En l'absence du peintre (de Marie-Geneviève Ripeau.France) et Dernier appel (de Dagmar Hirtz.RFA).Des journalistes dans La pratique de Tamour (de Valie Export, Autriche) et Dis-moi que tu mdimes (de Tzipi Trope.Israël).Une comédienne dans Committed Effet du hasard ou signe d'une recherche entreprise simultanément par les femmes du monde entier sur les modes d'expression d'elles-mêmes, la création et la communication 7 Monique Durand, journaliste, vit à Sept-îles adorent le Café Merrier 3635 Saint-Denis (à l'angle de Cherri tél.: 843-4308 juil./ooût 1985 47 P ROFE S MIRIAM GRASSBY MARIETTE PILON LINDA SOLOMON AVOCATES Suite 021 ÎOIO ouest Ste-Cathehi.ne Montreal, Quebec h3b .t»?(314) 879-HOO Lise Leduc avocate Montreal : 698-2140 Beauharnois : 429-4207 HÉLÈNE BÉLANGER DOCTEUR EN CHIROPRATIQUE «7 ST LAURENT SUITE 110 MONTREAL OUEBEC M2V 2Y5 Imeiro PUCK) A,men SUR RENOEZ VOUS I5UI 871 8520 Investissez dans l'immobilier! Pour une vente, un achat ou simplement un conseil, n'hésitez pas a m'appeler.(maison — condo — duplex — triplex etc.) Bureau - 655-3555 Rés.: 641-2826 N E LLE S Panzeau.De Lagrave et Croteau Avocats & Procureurs Barristers & Solicitors Nathalie Croteau Carole De Lagrave acceptons les mandats d'aide-juridique J'en oublie, bien sûr, j'en oublie d'ici comme d'ailleurs, mais il me reste de mémoire erotique ces quelques livres, deux ou trois noms, deux ou trois lignes et beaucoup de place pour le rêve (des plus voluptueux, il va sans dire !).A.-M.A.Des classiques L'érotisme continue de bien se vendre Mais lequel1 Rapidement, quelques bons classiques erotiques et deux exemples de mauvaises parutions récentes.Trois filles et leur mère.Pierre Louys.Publications avant-gardistes.Les chansons de Bilitis, Pierre Louys, Livre de poche.Dans ces deux livres, Pierre Louys oscille respectivement entre les sphères poétiques les plus éthérées et les descriptions les plus graphiques.Une constante : la qualité de l'écriture et la beauté de certains passages.Et Pierre Louys est l'un des rares écrivains mâles qui s'est intéressé avec intelligence à l'érotisme féminin Emmanuelle 1 et II, Emmanuelle Arsan, Éd 10/18.Des classiques, non seulement pour la joie de vivre et l'érotisme véritable que livrent les pages mais aussi pour toute la philosophie de l'amour qui est exposée au long des brillants dialogues qui agrémentent ces romans.Une philosophie discutable, certes, mais qui n'est pas sans susciter certaines réflexions.Histoire d'O, Pauline Réage, Livre de poche.On ignore toujours la véritable identité de Pauline Réage.ce pseudonyme dissimulant une femme de lettres parisienne Histoire dO est paru en 1954 et a provoqué un joli scandale avant de devenir un classique dans le monde entier.Histoire dO peut être lu à plusieurs niveaux mais c'est surtout un livre qui dénonce de façon farouche l'asservissement amoureux des femmes et ceci dans un style particulièrement, sobre et dépouillé Marie -Jo femme ou putain.Lise Bourdeau, Éd.Stanké.Marie-Jo est mariée à un homme tellement impie qu'on se demande tout au long comment elle fait pour le supporter : roman éminemment oubliable.la mince trame de l'histoire sert de prétexte à quelques scènes qui se veulent erotiques et qui ne pèchent pas par leur réussite Manila Black.J.B Reynolds, Éd.Régine Desforges Un roman violent, incroyablement macho et d'un intérêt fort discutable.Régine Desforges, qui a connu bien des histoires avec la censure française, s'est remise à éditer de la littérature erotique mais rien n'apparaît moins émoustillant que des baises forcées au bout d'un canon de fusil.Et c'est là que les héros de Manila Black prennent tous leur pied.M.-C.G. Flash Livres Fabre sur Pacifique Black Magic.Rachel Fontaine.Éd Quinze.Montréal.1985 Un premier roman comporte souvent des maladresses, mais celles que commet Rachel Fontaine.Prix Robert-Cliche 1985.sont comme le reste de son histoire : attachantes Ce livre nous réconcilie d'ailleurs avec l'idée même de ce prix qui.au cours des dernières années, avait récompensé des livres plus ou moins appréciés des critiques.Black Magic raconte quelques jours dans la vie de Fabienne, une mère célibataire qui élève sa fille de huit ans et qui vit des prestations d'aide sociale, comme d'ailleurs la plupart de ses voisines Rachel Fontaine est drôle et touchante, et possède un rare pouvoir d'évocation Elle a aussi le don de faire parler les enfants, de nous faire entendre le son de leurs voix et le non-dit parfois douloureux qui émaille leurs discours.Avec elle nous partageons le quotidien des habitant-e-s de la rue Fabre et nous construisons un magnifique château en carton sur le terrain vague du Pacifique Il y a dans ce roman des filons qui ne sont pas exploités, hélas, mais Black Magic est un livre dont on a envie de parler lorsqu'on l'a terminé.Et il s'agit-là d'une bien grande qualité.Marie-Claire Girard Une autre dimension Axes el eau.Louky Bersianik, poèmes de la «bonne chanson», Éd.VLB.Montréal.1984, 231 p Avec des dessins de Francine Simonin Écrits dans la démesure, comme seules peuvent l'être les héroïnes (de fiction), écrits pour l'une, l'autre, sans toutefois reprendre un souffle qui nous est ravi, écrits dans l'absurdité reconnue des mots, des poèmes de «la bonne chanson», poèmes de la geste médiévale, poèmes à lire et à rire en coin Des noms de femmes, des femmes de re-nom, Ancyl.Adi-zetu (elle disait «tu»), Avertine, la folle alliée.Epsilonne.l'Eugué-lionne, Sylvanie Penn (Pennsylvania, l'État, vous connaissez ~>).toutes ces filles-femmes que Louky Bersianik nous présente depuis L Euguélionne Car l'univers de Louky Bersianik est, faut-il le préciser, unique Des personnages sans âge et sans origine, donc sans barrières culturelles et sans frontières.Un monde nouveau et millénaire à la fois, où Platon n'est pas étranger, mais nécessairement exclu d'un Banquet qui ne le concerne plus Jeux de mots, mots enjoués aussi et le sérieux des causes profondes.«Sylvanie la peine (!) au second degré / de sa peine effacée sur l'écran farouche : / «suivre sa piste est facile » Ne lest pourtant pas toujours.Ces poèmes sont d'abord et avant tout des chants-chansons pour certaines, nommées «À LysseOpéhi-dé-merveilles».«Exil cette inconnue» ou «Ô Micronne au corps indigent».Les poèmes-chansons de cette résistance première, résistance de femmes à la fois réelles et fictives, nous prennent d'assaut, nous racontent les hauts faits de leurs aventures épiques et féministes Louky Bersianik renverse les valeurs établies, elle déjoue même la modernité, invente un monde qui lui est propre et redonne à la tradition littéraire des femmes une tout autre dimension Anne-Marie Alonzo i4vatars familiaux Qui cest ce garçon ' Nicole de Buron.Éd Flammarion.Paris, 1985 Que voilà un livre drôle.Écrit à la deuxième personne du pluriel (tiens, comme La modification de Michel Butor!) ce roman-récit raconte les avatars multiples d'une mère aux prises avec les affres de ses deux filles amoureuses Avec un père déplorable- ment absent et.bien sûr, horrifié à la pensée qu'une de ses filles puisse lui préférer un autTe homme, c'est bien entendu la pauvre mère qui reste coincée avec l'organisation des sentiments, des émotions, des concubinages et des mariages en blanc Elle s'en tire relativement bien, grâce à son sens de l'humour et à l'aisance matérielle qui ne lui fait pas défaut, heureusement.Nicole de Buron a écrit là un roman pour les vacances, un livre divertissant où nous retrouvons des situations toutes éminemment familières Elle trouve aussi le moyen de nous asséner quelques vérités sur les rapports du couple et sur les relations mères-filles, des vérités qui valent la peine d'être méditées.Et il y a dans ce livre de jolis moments où l'on explore la grandeur et la décadence de la vie de famille avec son cortège de peines et de joies et où tout se termine dans un tonique éclat de rire.Marie-Claire Girard Contre l'oubli Adieu Volodia.Simone Signoret, Éd.Fayard.Paris.1985 Mais qui est donc Volodia.qui donne son titre au roman de Simone Signoret mais qui n'apparaît qu'à la moitié du récit ?En un sens.Volodia aura servi de prétexte à l'auteure pour nous livrer ce beau roman qui nous introduit dans la trame de l'existence de deux familles de Juifs ukrainiens et polonais, les Gutt-man et les Roginski.Simone Signoret écrivaine Oui.et avec un talent qui s'affirme de plus en plus.Ainsi, elle est parvenue à rendre crédible la complexité de l'univers des adultes à travers la perception qu'en ont deux enfants.Maurice et Zaza.Ces petits Français, qui sont la fierté de leurs parents exilés, posent un regard à la fois candide et lucide sur cette époque charnière de la France et de l'Europe de l'enrre-deux-guerres.Voilà un récit attachant sur lequel flotte, comme un nuage avant-coureur de la catastrophe inéluctable, la menace hitlérienne, le national-socialisme qui basculeront dans l'horreur des camps de concentration.Toutes ces victimes ne pouvaient imaginer qu'au bout du cauchemar des pogroms et des ghettos, c'était le plus souvent la mort qui attendait.En filigrane de cette Histoire - que nous redécouvrons parfois avec stupeur -s'inscrit la petite histoire de gens simples et droits, incapables de composer avec la logique aveugle de la cruauté et du mal.Au-delà de la fiction, le ton grave et sensible d'Adieu Volodia sollicite et ravive notre mémoire oublieuse ; à la suite des procès de Paul Zundel et de Jim Keegstra.ce livre nous rappelle que la sourde menace de l'Holocauste n'est jamais tout à fait disparue.Marie Claire Girard juil./ooùt 1985 55 Flash files d'abord Scarlett si possible Katherine Pancol.Éd du Seuil.Paris.1985 En principe, il \ a trois héroïnes dans le roman de Katherine Pan-col.Je veux dire qu'il y a trois personnages avec trois noms différents et trois personnalités : une brune sophistiquée, une noire sexy et une blonde un peu vulgaire Mais je crois que ces trois personnages ne font qu'une seule et même personne.Katherine Rancol Scarlett, si possible _ t roman Si je dis ça, c'est que même après 429 pages je n'arrive pas à les distinguer ; en dehors des caractéristiques physiques, elles se confondent.Comme les conventions du roman l'exigent, disons qu'elles sont trois filles de 18 ans qui veulent sortir de leur patelin et monter à Paris.Il y a Bénédicte.Juliette et Martine Nous sommes en 1968 mais si elles vont dans la capitale, ce n'est pas pour joindre les rangs des manifestant-e-s.C'est surtout pour se trouver un mari (eh oui) et si possible un petit boulot Évidemment, tout n'est pas si simple : par exemple, l'une des trois filles veut surtout faire carrière mais elle trouvera vite à se marier ; une autre, pressée de célébrer les liens sacrés, trouvera un bon emploi.qui ne l'intéresse pas 1 Comme elles sont «vachement» hétéros et suffisamment libérées sexuellement, elles trouveront bien ce qu'elles désirent Et elles seront déçues.Le titre renvoie à l'héroïne du célèbre roman, porté à l'écran, Autant en emporte le vent Scarlett 0 Hara représente l'idéal féminin par son sentimentalisme «déterminé», disons.Ni les événements de mai 1968.ni la montée du féminisme n'arrivent à distraire les héroïnes de leur «moi d'abord» : elles ne sont préoccupées que par l'homme à trouver, même après de multiples échecs C'est la Grande Quête, sans fin recommencée Katherine Pancol est une romancière à succès.Elle utilise largement la recette des romans sentimentaux, avec un peu de mode et d'érotisme.Infaillible, non ~> Marie-Claude Trépanier Koir la mer Amma, Françoise Gange.Éd.Denoël.Paris.1984 176 p.Ce livre, d'une silencieuse et grande beauté, suit les pas d'une jeune Peul, dune jeune africaine quittant son village de brousse pour I ailleurs.Ce village sert de prison où les femmes se voient mariées (dès que leurs seins commencent à pousser), mères et gardiennes des plantations d'arachides jusqu'à leur mort Mais la mort, pense Amina.ne vient pas toujours ; seulement, au bout de la vie, la mort s'installe, est installée dès le mariage à un seul homme, dès la venue des enfants.Effrayée, à peine née à cette vie à venir.Amina fuit.Un camion l'emmène et, par ce camion, elle verra le monde D'abord Souleymane.le chauffeur, puis d'autres hommes encore entreront en elle comme on viole.Silencieuse, se croyant en dette (pour liberté rendue ').elle paiera, se donnera, ne dira surtout rien car la brousse est faite de lent silence meurtrier Comment mieux dire 7 Ce roman en est un de chair et d'odeurs, car Amina prend soin de son corps comme elle se fera attentive à celui des hommes aimés.Ne parlant pas d'amour, elle saura le désir, la fine morsure au bas du ventre qui se meut et appelle.Mais ce désir de l'homme en est un de choix.Amina ne subit qu'au début ; une fois la dette payée, elle choisira, et Souleymane.le premier qui se servit d'elle, devient le premier tenu, celui par qui le désir prend sens Mais dans cette quête acharnée de la liberté d'être.Amina repousse (après y avoir goûté, question de découvrir, d'apprendre et de comprendre) tout lien d'amour ou autre Ni le luxe des Blancs, ni le confort ne réussissent à attacher celle dont l'unique ambition est de voir la mer et son immensité.Livre féministe s'il en est, d'une écriture nue et chaude à la mesure des pays traversés.Amma témoigne de la soif de connaître et de savoir, cette soif d'être libre de son corps comme de son esprit, le droit à l'invention et à l'imaginaire, bref, le droit essentiel de disposer de soi.de ses passions et de sa vie comme bon nous semble, que l'on soit d'Afrique ou bien d'ailleurs Anne-Marie Alonzo Des mythes féminisés Nous.Clytemnestre.Séverine Auffret.Éd des femmes.Paris.1984 Cassandra.Christa Wolf.Farrar, Straus & Giroux.New York.1984 Il faudrait recenser un jour toutes les références à la mythologie grecque dans les écrits féministes contemporains de tous pays et en analyser le sens profond De Phyllis Chesler invoquant Démeter et Perse-phone pour comprendre Les femmes et la folie (1972) jusqu'à Christiane Olivier replaçant le complexe d'Oedipe sous le signe de la mère pour décrire Les enfants de Jocaste (1980).en passant par Le rire de la Méduse d'Hélène Cixous (1975), la revue australienne Hecate et la revue française Pénélope, sans parler de nombreux articles consacrés à Lysistrata, à Médée et à tant d'autres.les exemples sont légion et la convergence des thèmes, pour le moins, singulière.Voici deux nouveaux cas -superbes - sortis à peu près simultanément : Nous.Clytemnestre de Séverine Auffret et Cassandra de Christa Wolf (pas encore traduit) Les ressemblances entre les deux livres laissent rêveuse.Voilà deux femmes européennes, l'une Française et l'autre Est-Allemande, qui.à la faveur d'un voyage en Grèce, se sont mises à réfléchir à un personnage féminin de l'Antiquité et à interroger son Si vous déménagez.Collez ici l'étiquette portant votre ancienne adresse et votre numéro d'abonnée Nouvelle adresse Nom___ Adresse.Ville_ Code Postal N° d'abonnée_____ SVP Faire parvenir ce formulaire à : La Vie en rose, 3963 St-Denis, Montréal.QC, H2W2M4 LA VIE EN ROSE 56 juil./ooût 1985 Cimarrones de Carlos Ferrond importance pour nous, femmes d'aujourd'hui.Pour «re-vision-ner'» l'histoire de la guerre de Troie et ses séquelles désastreuses, Séverine Auffret choisit de s'identifier à une femme de la péninsule attique, et Christa Wolf à une Troyenne.Clytem-nestre fut du côté des vainqueurs, Cassandra, des vaincus, et si Cassandra et le roi Agamemnon, son mari, furent tués par Clytemnestre.il n'y a, ni dans un livre ni dans l'autre, de haine entre les deux femmes Les auteures savent bien que l'histoire s'est écrite loin d'elles ; que les enjeux patriotiques et les valeurs guerrières ne les concernent pas.même si ce refus doit les conduire à la mort.Autre ressemblance : l'invention formelle des deux livres.Car les deux auteures sont conscientes de la connivence séculaire entre Yéthique de notre civilisation patriarcale et son esthétique ; entre la valorisation à outrance de la force masculine et les formes littéraires traditionnelles (l'épopée, la chronique historique).Ainsi, Auffret alterne brillamment l'analyse du personnage de Clytemnestre (à travers toutes les versions du mythe, anciennes et modernes) avec des passages plus lyriques sur ses rapports à sa propre mère et à sa fille.Et Wolf nous livre d'abord un roman, où le récit progresse non de façon linéaire mais par cercles concentriques, et d'autre part, quatre essais qui décrivent les conditions de ce récit : rapports de son voyage en Grèce, extraits de son journal intime, lettre écrite parallèlement à l'époustouflant monologue intérieur de Cassandra.Bref, ces deux livres sont passionnants, originaux, importants.Ils jettent une lumière toute nouvelle sur les origines de notre culture, et sur le monde moderne qui les perpétue d'une manière terrifiante.Ils contribuent à combler la pire lacune de cette histoire : l'avis et la vie des femmes Nancy Huston 1/ Expression d'Adrienne Rich.Cinéma La.jungle rebelle Cimorrones.réalisation de Carlos Ferrand.au cinéma de la Place Guy-Favreau.les 30.31 août.3.4.5.6 septembre Distribution : Cinéma libre 526-0473.Nous connaissons toutes et tous l'histoire des peuples africains, arrachés à leur terre natale et transplantés de force en Amérique.Le très beau film de Carlos Ferrand reconstitue la vie de celles et ceux qui.échoué-e-s au Pérou, ont réussi à fuir l'esclavage et recréer des villages libérés, cachés dans la jungle.Ces femmes et ces hommes furent appe-lé-e-s cimarrones.le nom que l'on donnait aux chevaux rebelles.Au début du film, une femme sud-américaine rappelle les conditions de vie inhumaines qui décimèrent la population noire du Pérou Une misère si grande, qu'à bout de désespoir, ce peuple déraciné en vint même à désirer s'auto-exterminer.et cessa de se reproduire.Le film s'ouvre donc sur une séquence très informative et dont la forme est même un peu austère Puis, peu à peu.le montage donne plus d'importance aux cimarrones On est habilement amenée à se glisser dans le récit sans qu'une césure ne se fasse vraiment sentir entre le documentaire et la fiction.Les cimarrones organisent des attaques chez les Blancs Tapis sous les feuillages, ils guettent l'arrivée d'une caravane L'opération réussit : les prisonniers sont libérés.Quant à l'intendant espagnol, il sera abandonné sous le soleil implacable du désert.Un curieux western, que ce film ! Une impression de lenteur dans l'action, alourdie encore par la chaleur, est contredite par le découpage en gros et très gros plans qui fait monter la tension très rapidement.Le film, tout comme l'attaque du convoi, est mené avec minutie et précision.Aucun artifice.Pas d'effusion de sang.Pas de vacarme inutile.Il faut aussi souligner l'apport de la musique, à la fois discrète et toujours à point, de Carlos Havres.Tout le film est placé sous le signe de la retenue et de la sobriété.Ce qui n'exclut pas un certain humour et une émotion intense.Cette scène, par exemple, qui s'annonce extrêmement violente et que Fenrand dénoue de façon symbolique et inattendue : un ex-esclave brandit un pieu et l'enfonce à l'endroit même où gît.croit-on.son ancien maître devenu prisonnier.Avec un léger retard, la caméra suit le geste et montre le pieu fiché dans la chemise abandonnée de l'intendant espagnol.Très peu de dialogues aussi.Le commentaire du début devient parfois hors champ 11 est bien intégré et ne distrait jamais du récit en cours.Et malgré (ou à cause de) cette économie, la bande sonore est très riche : vent, murmures, cris UN CAMPING PRIVÉ POUR FEMMES SEULEMENT à Ste-Marguerite du lac Masson Informations: 642-6368 (Montréal) 774-2739 (St-Hyacinthe) 228-4652 (Terrain de camping) Réservations terrain de campage Iakenkwe: BG 58 RR 1 Lac Masson JOT 1L0 .va*' juil./août 1985 57 LA VIE EN ROSE , Flash Tiré du vidéo "Suite pornographique" d'oiseaux, un vieillard qui chantonne, tout concourt à imprégner fortement le film d'une atmosphère qui n'a pas à être troublée par un excès de dialogue ou de commentaires «explicatifs» Un film, donc, à voir.Pour son contenu Pour la beauté des images.Pour l'amour d'un cinéma intelligent Diane Poitras Vidéo ^Pornographie alternative Le débat sur la pornographie est loin de faire l'unanimité, tant parmi les féministes qu'entre elles et les défenseurs et défenderesses de la libre expression La lutte des artistes ontarien-ne-s contre leur Bureau de censure provincial en est un bon exemple.Pour appliquer ses mesures de contrôle et de restriction sur les oeuvres vidéo et cinématographiques, le Bureau de censure ontarien (dirigé par Mary Brown) s'appuie, entre autres, sur des groupes féministes que la lutte contre la porno a menés à adopter une position procensure D'autre part, des regroupements féministes se sont joints, récemment, au mouvement de résistance à la censure.Ce mouvement prenait de l'ampleur fin avril, début mai avec l'événement Six Day of Resistance Against the Censor Board, tenu simultanément dans 10 villes de la province et impliquant 70 groupes d'artistes.Refusant de soumettre leurs bandes à l'approbation du Bureau et de défrayer les 250 S requis pour l'obtention d'une licence de dis- tribution, les organisateurs-trices se plaçaient dans une situation d'illégalité.Aussi, dans un costume qui prétendait les confondre au «milieu des artistes»(!), certains policiers se sont présentés sur les lieux de diffusion., qu'ils devaient aussitôt quitter à la demande des organisateurs-trices.Deux semaines plus tard, aucune poursuite n'avait encore été intentée.Aussi, en mai dernier, à Montréal, lors du programme La pornographie et les artistes vidéo présenté au Vidéographe', il n'était pas étonnant de constater que la majorité des bandes provenaient du Canada anglais.L'offensive du Bureau de censure a forcé les artistes canadien-ne-s à réagir plus vite que nous.Cependant, suite au visionnement.force nous est de constater la difficulté de définir, d'un point de vue féministe, ce qu'est la pornographie.Un groupe de féministes québécoises qui travaille actuellement à un scénario de vidéo sur la pornographie fait le même constat : fin mai, elles n'avaient pas de définition satisfaisante.Pour le Bureau de censure d'Ontario, les choses semblent plus claires : toute scène représentant une activité sexuelle explicite (explicit sexual activity) est jugée inacceptable2 Selon cette logique, toutes les bandes présentées au Vidéographe seraient pornographiques Pourtant, à travers ces cinq vidéos, se retrouvait la même volonté de se réapproprier les représentations de la sexualité.Que ce soit La cage, de Marc Paradis ou Confused, de Paul Wong, l'activité sexuelle y est tout naturellement liée à la vie quotidienne.Ce qui lui donne à la fois beaucoup moins et beaucoup plus d'importance que la représentation figée de la sexualité véhiculée par la culture dominante.Paul Wong, par exemple, réussit, à travers un montage d'entrevues et de dramatiques, à traiter avec légèreté et humour de la coexistence des choix hétéro, homo et bisexuels.Il évite, comme les autres vidéos du programme, de faire l'inventaire des préjugés (ou quand il le fait, c'est hilarant) et persécutions à l'égard des orientations sexuelles dites «marginales».Le ton est même plutôt joyeux.Même attitude chez Marylin Burgess et Peter Sandmark (Love In) et Elizabeth Chitty (Desire Control) Chitty construit des fables erotiques qui tentent de redonner sa place à l'imaginaire sexuel féminin.La sexualité féminine y active ses propres fantasmes alors que dans la culture dominante, elle est généralement passive et offerte aux besoins et fantasmes de la sexualité mâle.Parallèlement, elle déconstruit avec humour l'image traditionnelle du couple et de la sexualité hétérosexuelle en mettant en scène les poupées Barbie et Ken dont les comportements et les dialogues se pro- longent dans un montage de clips publicitaires.Qu'ils questionnent le contenu et le sens de la pornographie avec gravité (La cage.Suite pornographique) ou avec humour (Desire Control.Love In.Confused), ces vidéos nous rappellent que la réflexion féministe gagnerait à être poussée plus loin.À long terme, l'imprécision risque de ne pas jouer en notre faveur.De plus, le mérite de ce programme est de proposer des alternatives au contenu de la pornographie commerciale.Car si nous avons beaucoup critiqué et analysé les représentations de la sexualité dans la culture dominante, les alternatives se font plutôt rares.Diane Poitras 1/ La pornographie et les artistes vidéo faisait partie d'une exposition vidéo.TV or Not TV.montée par Jean Gagnon et présentée au Vidéographe du 16 avril au 21 mai derniers.21 Pour en lire plus sur la censure au Canada anglais, Women Against Censorship, textes regroupés par Varda Burnstyn, Éd Douglas et Mclntyre.Vancouver et Toronto, 1985.L'ÉCOLE DE MIME Direction artistique: Asselin-Boulanger LA VIE EN ROSE uil./août 1985 Calendrier THÉÂTRE Le sexe n'est pas toujours rose Une fantaisie comico-sexo-dramatique qui nous fait voir l'envers de l'illusion.Une pièce d'Angéline Parent et Ghislaine Tremblay, jouée par elles-mêmes, mise en scène de Réjean Wagner au café-théâtre Quartier latin.4303.rue Saint-Denis, du 19 juin au 8 septembre à 20 h.du mercredi au dimanche.Réservations: (514) 843-4384./Imore, amore Trois couples de Québécois dans le train Turin-Venise sont emportés dans un délire d'amour, de scotch, de mythes et de fantasmes italiens Avec Anne-Marie Provencher, Marie Laberge, Sylvie Potvin, Robert Claing.Robert Gravel, Paul Savoie et Claude Laroche.Au Nouveau Théâtre expérimental, Espace libre.1945.rue Fullum, du 13 juin au 13 juillet, du mercredi au samedi à 20 h 30 et les samedis à 23 h .festival Réalité Jeunesse 85 Théâtre, musique et danse produits par Les Créations les enfants : 16 créations collectives de jeunes.Au Théâtre du dôme, 3990, rue Notre-Dame ouest, du 13 au 17 août.VARIÉTÉS Céline Délisle Auteure-compositeure, chanteuse, comédienne, elle utilise la scène durant son tour de chant et s'accompagne à l'occasion de son accordéon.Au café-théâtre Quartier latin.4303, rue Saint-Denis, du 3 au 7 juillet à 22 h.Réservations : (514) 843-4384.Zise Dolbec chante Barbara Au café-théâtre Quartier latin, du 7 au 18 août Le Cirque du Soleil À Montréal jusqu'au 2 juin, il poursuit sa tournée : à Ottawa, du 21 juin au 1" juillet, à Québec du 5 au 21 juillet, à Toronto du 26 juillet au 16 août et à Niagara Falls du 16 août au 2 septembre Horaires en semaine : 12 h 30 et 20 h En fin de semaine 14 h et 20 h.Billets en vente à tous les comptoirs Ticketron : 288-3782 festival international de jazz Les plus grands jazzmen et jazzwomen de l'heure, dont les chanteuses Flora Purim et Sheila Jordan, la Québécoise Lorraine Desmarais, etc Huit séries de spectacles constituent le noyau du Festival, au théâtre Saint-Denis et au Spectrum, sans parler du spectacle continu dans la rue Saint-Denis La vente des cartes se fera au Spectrum de Montréal Les billets individuels sont disponibles à tous les comptoirs Ticketron.depuis le 25 mai Pour renseignements: (514) 871-1881 festival de la chanson] de Granby Pour tous les jeunes (18-30 ans) auteur-e-s-compositeur-e-s du Canada francophone, des auditions se tiendront en juillet et en août à Granby et à Québec Date limite de l'inscription : le 1" août.Formulaire d'inscription : CP.41, Granby J2G 8E2.tél.: (819) 375-7555 ou aux stations Radio-Canada.Le Festival se tiendra du 19 au 22 septembre et son gala, le 5 octobre.EXPOSITIONS Les cent jours d'art contemporain (expositions dans chacune des galeries d'art contemporain de Montréal) : du 15 juin au 30 septembre Aurora Boréalis (installations, exposition collec-Uve de 31 artistes canadien-ne-s.incluant, entre autres, Jocelyne Alloucherie, Geneviève Cadieux, Gathie Falk.Vera Frencke.Betty Goodwin, Liz Magor.Renée Van Halm et Irène Whittome).3575.E O « A av.du Parc, du 15 juin au 30 septembre.Tél.: 288-0811 Galerie Oboro 3981.boul.Saint-Laurent, suite 499.844-3250 : 50-Oboro (multimédias, exposition collective de 50 artistes), du 29 juin au 20 |uillet.Galerie Noctuelle.307.rue Sainte-Catherine ouest, suite 555.Rose-Marie Goulet (installation), du 1" au 18 juillet Centre Saidye Bronfman.5170.chemin de la côte Sainte-Catherine.739-2301 : Montréal est au centre (peinture improvisée, performance, vidéo, exposition collective d'une cinquantaine d'artistes), du 16 juillet au 29 août Musée des beaux-arts de Montréal 1379.rue Sherbrooke ouest.285-1600 : Pablo Picasso : rencontre à Montréal du 21 juin au 10 novembre.Musée dart contemporain cité du Havre 873-2878 : Giulio Paolini (peinture), du 1" juillet au 8 septembre.Galerie Esperanza.2144.rue Mackay.933 6455 : Picasso et le primitivisme (papier, céramique, masques rituels africains, etc.).du 2 juin au 31 août (fermée du 15 au 29 juillet).Palais de la civilisation de Montréal (ancien pavillon de la France).île Notre-Dame (métro Île-Sainte-Hélène) : Ramses Il et son temps, du 1" juin au 29 septembre (billets : Ticketron et Télétron) Michel Tétreault-An contemporain.4260, rue Saint-Denis.843-5487 : Troisième coup d'éclat (exposition collective) du 15 août au 1" septembre Avis aux artistes et pro-ductrices-eurs : beaucoup trop de communiqués nous parviennent trop tard pour que nous puissions annoncer les spectacles, événements ou expositions dans nos pages.11 faudrait s'y prendre au moins DEUX MOIS à l'avance.LA VIE EN ROSE juil./août 1985 vo NAMOUR Protégez-la pour toujours avec cette superbe reliur et complétez votre col lectio dès maintenai LA VJEJEN ROSE?LA J Offre spéciale pour seuleme 5,95$ \ (si vous êfe(§ ou 6,95$ (si vous pas ë + i" de 10 Septembre 1981 Quand Janette et les autres ne veulent plus rien savoir Décembre 1981 La nouvelle famille et la loi 89 Septembre 1982 Mises à pied, mises au pas?Novembre 1 982 D'une mère à l'autre, dossier maternité Mars 1983 Les femmes en prison, dossier 1 1 Mai 1 983 Bouffer, c'est pas d'Ia tarte! Juillet 1983 Une fourmi flottait dans sa margarita 13.Septembre 1983 Apprivoiser l'informatique, dossier Novembre 1 983 Les femmes veulent renégocier le syndicalisme, dossier Mars 1984 Simone de Beauvoir, féministe 1 2 14 i 6 Je joins mon paiement de: V i joins mon paiement 6,95 $ mon no.d'abonnée est- 7,95 $ Frais de poste et de manutention inclus pour chaque reliure demandée par chèque ?Visa ?MasterCard N° carte .Signature .Expiration _Tél.Nom.Adresse .Code postal Ville Allouez de 4 à 6 semaines pour la livraison Je veux recevoir les numéros et de LA VIE EN ROSE LA VIE EN ROSE, 3963.rue Si-Denis.Montréal.Qc H2W 2M4 X LA VIE EN ROSE, 3963.rue iil-uenis.Monoeai, vji, n£vv éivi-» 17.Mai 1984 Marie Cardinal, entrevue 18.Juillet 1984 Histoires d'amour et d'eau salée 19.Septembre 1984 OH BOY! Jean-Paul et l'Église des hommes 20 Octobre 1984 Spécial U.S.A., Les américaines et le pouvoir 21 Novembre 1 984 Quelle voyageuse ètes-vous?22 Décembre 84 - janvier 85 Spécial littérature pour enfants.5! O O & 23.Février 1985 Vive les sages-femmes! 24.Mars 1985 Les féministes se critiquent! 25.Avril 1985 La garde partagée, Piège ou libération?26.Mai 1985 Lise Payette fait le point 27.Juin 1985 Louise Roy à la CTCUM Fera-t-il plus beau dans le métro?i Nom Adresse .Ville Tél.Code postal_ Ci-inclus un chèque ou mandat-poste au montant de 2,50$ par numéro 3 4 7 8 10 11 12 13 14 16 ?18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 ?17 ?LA VIE FN ROSE 3963, rue Sl-Denis.Montréal.Oc H2W 2M4 I
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.