La presse, 2 novembre 1985, E. Arts et spectacles
[" ARTS ET SPECTACLES '4 IS LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 2 NOVEMBRE 1985 LOUISE MARLEAU AU THÉÂTRE Une comédienne forgée par le temps ¦ Dans une petite pièce sobre-1 ment meublée, à l'étage de sa maison sur le Mont-Royal, Louise Marleau parle d'elle-même.«On dit que je suis inaccessible et rêveuse».Inaccessible, elle le fut sans doute, volontairement, durant plusieurs années.Une certaine froideur dans ses rapports avec les autres, mécanisme de défense contre les intrus, les importuns, qui auraient été tentés, autrement, d'envahir sa vie privée.Mais Louise Murleau est maintenant dégagée, souriante, détendue, accessible.Rêveuse elle l'est sûrement encore.Il suffit de regarder le grand parc boisé, son parc, qui s'étale à perte de vue derrière la résidence, pour imaginer ses lentes promenades dans les sentiers couverts de feuilles mortes.«J'ai choisi la maison pour cela, pour le jardin», souligne-t-elle.Mais nous l'avions déjà compris.RAYMOND BERNATCHEZ_ Louise Marleau n'avait que huit ans lorsqu'elle fit ses débuts, à la télévision, dans des émissions destinées aux enfants.C'est une télésérie pour adolescents, Beau temps, mauvais temps, qui devait toutefois la révéler au grand public.À 15 ans, elle fait ses premiers pas au théâtre, à La Poudrière de l'Ile Sainte-Hélène.Elle n'a pas choisi ce métier.Ayant atteint l'âge adulte, elle lui oppose donc une certaine résistance.Pourrait-elle trouver ailleurs que sur la scène ou sur un plateau de télévision, de plus grandes possibilités?Les études peut-être.Un baccalauréat, des cours de psychologie à l'Université de Montréal ainsi qu'à McGill ne parviennent pourtant pas à la détourner de son activité de comédienne.Louise Marleau est belle, inac- cessible.Trop belle et trop irréelle pour jouer quelqu'un de vrai.«Le charisme, précise-telle, est une qualité de base dans notre métier, mais il peut également nous empêcher de jouer des choses très belles» Victime de son image, elle est cantonnée dans un style de jeu par des réalisateurs et des metteurs en scène qui ne font appel à ses services que pour un type d'emploi.Puis un jour, en 1976, elle aura l'occasion, avec le metteur en scène Jean Salvy, de rompre, au théâtre, avec le cycle infernal.Nous avons parlé de sa remarquable performance de jeu dans Soudain l'été dernier, de Tennessee Wiliams, monté au Quat'Sous en avril de cette an- née-là.Inoubliable, méconnaissable, Louise Marleau apparaissait dans cette pièce comme une grande tragédienne.La technique et le don de soi «Cette pièce fut pour moi un point tournant.J'étais parvenue à montrer une intériorité plus secrète.Il m'a fallu beaucoup de temps pour devenir véritablement comédienne, d'autres y parviennent plus rapidement.Mais j'avais enfin compris que je devais alimenter le personnage d'une partie de moi-même.J'avais déjà pris conscience de cette dimension du métier en tournant dans L'arrache coeur, de Mireille Dansereau.Il faut arriver à établir une équation ¦ i 1 entre les moyens sur le plan technique et les choses à exprimer.Cela correspond à une certaine maturité humaine et pro-, fessionnelle.Il faut bien se^ connaître, se présenter comme on est, avec ses certitudes et ses doutes, tomber le masque.00 devient réellement comédien à partir de ce moment-là.» À compter de jeudi, au Théâtre Félix-Leclerc, le public montréalais pourra revoir Louise Marleau à la scène, dans une comédie, la reprise de l'adaptation québécoise de Same time, next year, de Bernard Sla-de.Cette production tint l'affiche à Broadway durant cinq ans.Robert Mulligan en tira également une version cinématographique, en 1978, avec Ellen Burs-tyn et Alan Aida.Même jour, même heure, l'an prochain, est produite par Jean-Marie Lemieux.Il s'agit d'une reprise puisque Louise Marleau avait participé à la création québécoise, en 1980, au Théâtre du Bois de Coulonge.François Tassé lui donnera la réplique.Tous deux incarnent un couple bizar; re, Georges et Doris, qui, dans S cette version, se retrouve tous Î2 les cinq ans, depuis 1951, dans of une auberge de Mendocino, au «£ nord de la Californie, pour une _y petite séance d'adultère.§ Georges et Doris demeureront £ fidèles à ce petit rituel jusqu'à 1 un âge vénérable.Nous serons a donc témoins de l'évolution de S leurs rapports, qui ne sont pas ^ étrangers à l'évolution des moeurs américaines, soulignée par la projection de diapositives sur un écran.«Je n'ai pas pu résister à la tentation de reprendre cette pièce.C'est la chose la plus québécoise que j'ai faite au théâtre.De plus, c'est une comédie et l'on ne m'a pas souvent proposé de jouer la comédie.Une comédie sensible mais qui fait rire.PAGEE 6 Guy A.Lepage, Richard Z.Sirois, Yves P.Pelletier (devant), Bruno E.Landry et André G.Ducharme.Rire avec Rock et belles oreilles ¦Dans un coin de pays où on se permet de moins en moins d'audace.Rock et belles oreilles dérange.On a les a vus au gala de l'ADISQ mordre dans la main du pape.celle qui a bien nourri Céline Dion, ridiculiser ;5AN BEAUNOYER l'exode de certains artistes québécois et s'affirmer comme un groupe humoristique solide et audacieux.Les cinq membres de la formation présenteront leur premier spectacle à compter de mercredi, au Club Soda, et je me demandais s'ils n'allaient pas composer avec le grand public maintenant qu'ils amorcent leur carrière multi-disciplinaire.«Nous n'avons aucunement l'intention de changer notre style et de modifier quoi que ce soit, indiquait Guy A.Lepage.Pendant les répétitions du gala de l'ADISQ on nous avait prévenus de' l'impact qu'allait avoir notre propos sur «le léchage de la main du pape pour faire une carrière*, çiais disons que Rock et belles oreilles c'est à prendre ou à laisser.Pas question de concessions.On fait pire en France ou aux Etats-Unis dans rémission de Carson, par exemple, qui pourrait se faire poursuivre en PAGE E6 FRANÇOIS LABONTÉ TOURNE HENRI Un film qui chante la Beauce mt Henri un personnage fier, ™ un jeune de 16 ans joué par Éric Brisebois, est aussi un film qui chante la Beauce.au coût d'un million et demi de dollars.Pourquoi la Beauce?Pour deux raisons: la première parce que le scénariste, Jacques Jacob, est originaire de Sainte-Marie de Beauce; la deuxième parce que l'esprit du personnage principal est beauceron, explique François Labonté, également originaire du coin, du côté de Thetford Mines.GILLES NORMAND «Les gens, ici, sont fiers, fiables, honnêtes, travailleurs et ils veulent arriver à quelque chose.Ces caractéristiques-là, on les retrouve chez Henri, qui les vit à travers une crise d'adolescence et aussi à travers une situation familiale difficile.* Henri , qui met en scène un jeune coureur, se veut un tableau sociologique vivant et coloré, ayant pour toile de fond Sainte-Marie de Beauce, dont le décor illustre la vie contemporaine à la campagne, où l'esprit de famille, de clan et d'appartenance est encore omniprésent.Le chapelet dans les amplis On n'y a pas tellement balayé ces valeurs auxquelles on est plus lié que par le passé.Et comment! Quelle ne fut pas la surprise de l'équipe technique, tin beau soir de la semaine dernière, d'entendre le célébra chapelet en famille du Cardinal Paul-Emile Léger, émaner des amplificateurs, au moment où l'on visionnait lef rushes des scènes tournées durant la fin de semaine! Hein! fit-on, en se regardant.On a appris qu'une station ra-diophonique de la région diffusait, à compter de 7 heures, le chapelet «en direct de Marie-Reine-du-Monde» des années 50-60, et qu'il arrivait que les prières en cassette.s'infiltrassent depuis la radio jusque dans les amplificateurs, par on ne sait trop quelle magie.Il y a trois ou quatre endroits, comme ça au Québec, où l'on présente encore, à la radio, le vieux chapelet du cardinal, nous informe le cinéaste montréalais.Des raisons de géographie aussi ont fait opter pour cette région de la Beauce.«Par exemple, la maison de la famille d'Henri, dont le père est personnifié par Jacques Godin.devait être située dans un villa ge, sur la rue Principale; elle devait tourner le dos à une rivière.et il fallait une cour arrière.Souvent, une maison qui aurait pu servir donnait sur la rue Principale, mais elle n'avait pas le dos à la rivière, ou vice versa.Cette maison devait aussi avoir une façade assez grande pour loger une cordonnerie d'un coté et un magasin de chaussures de l'autre», raconte François Labonté.Six mois de recherches On a enfin trouvé la maison idéale, à Sainte-Marie de Beauce même.«Nous avons cherché longtemps.Durant six mois, je me suis promené le long de la Chaudière, depuis le lac Mégantic jusqu'à Saint-Lambert, m'arrè-tant ici et là.pour repérer les points de vue, les caractéristiques, les conditions.«Nous avons appris plus tard que la maison choisie est tout juste en face de celle où l'auteur, Jacques Jacob, est né.Elle a même appartenu, jadis, à Louis Vachon, le père du fameux gâteau Joe Louis», précise le cinéaste, qui, en juin dernier, a aussi fait la tournée des écoles polyvalentes de la Chaudière, pour y rencontrer au-delà de 1000 jeunes.«J'ai retenu une centaine de ces jeunes, qui présentaient un intérêt visuel.On est venu plus tard faire des bouts d'essai et, indépendamment des besoins de figuration, on a retenu six adolescents, dont trois sont très bons.» Ces six jeunes sont Chantai Veilleux, Daniel Doueet, Guy PAGE E 10 Le réalisateur Francois Labonté et Éric Brisebois.t-\u2022****\" ¦\u2014 «MBKRtI hudï LE BAISER DE LA A / \\kH W7W 'Ï**Ë juiiA nk FEMME ARAIGNEE , % ¦ \\, ^1 W *3Ê IK»SS Mho SPIDER WOMAN f ¦ » ._ .; ~J ¦ ~TB^\" WÊ W 1 LA PRESSE, MONTREAL, SAMEDI 2 NOVEMBRE 1985 ~~ Lim a:\tAT\tD\tBE AU PLAISIR DE LIRE Très drôle, très bon M Là, je vous propose de sou-rire.Certaines semaines, co|iime par un fait exprès, on ' tombe sur de joyeuses aventures et sur de joyeux plaisantins.On ne s'en plaint pas.Semaine faste: le hasard na fit ouvrir deux livres, coup sur coup.La grande douleur qu'ils fussent finis me les fit fermer.Bon signe, n'est-ce pas, lorsqu'on trouve cela trop court?Mémoires de Judas, Quoi?Que ne vont-ils pas inventer! Vous parlez si je m'en fiche, du personnage de Judas dont la trahison m'a toujours paru enfantine (pour ne pas dire débile).Trahir quelqu'un, le désignant d'un baiser, que toute la ville de Jérusalem avait vu passer et faire des miracles! Une bonne àme devrait m'expliquer ça.L'auteur de ce roman, Pierre Bourgeade, s'est peut-être posé la même question et, en guise de réponse, avisé qu'un traître était nécessaire à la Passion?Que sans un traître, l'histoire n'eût pas été exemplaire, et complète?Puis, s'intéressant au thème de la trahison (il le dit lui-même) de fil en aiguille il en est arrive à écrire ces Mémoires de Judas.Je les ai trouvées tordants.D'abord, il faut bien le dire, ce n'est pas Judas qui parle, pas tout le temps, mais bien des per- sonnages célèbres, Marie, Madeleine, Pilate, Cafphe.ainsi qu'un brave curé de village que l'auteur rencontra un soir de mauvais temps, en 1983, et qui Î>rétendait être Judas, Iscariote ui-méme.Surprise de l'auteur, JACQUES FOLCH- miAS collaboration spécial* surprise du lecteur, le bon curé de campagne ne cessera de nous étonner.Judas était le fils d'un garagiste, figurez-vous, et sa mère tenait un motel sur la route entre Jéricho et Jérusalem.Lui, le petit Iscariote, servait l'essence aux touristes.Quant à Jésus, appelé l'Agitateur, il était vêtu de jeans et de teeshirt et buvait du Pepsi-Cola.Le gouverneur anglais de Palestine se nommait Sir Ponce, il jouait au golf avec Lord Nerodus, le tétrarque.Pierre (le futur saint) louait parfois un minibus pour les déplacements des apôtres.Le jour de la Pâque, l'Agitateur préféra un bourricot.On le loua cent piastres, pour la soirée.Ainsi de suite.On aura com- pris, Pierre Bourgeade est un joyeux drille, il ne respecte rien et s'amuse avec tout.Mais renouveler le thème de la Passion en essayant de faire comprendre le mythe de Judas, avouons qu'il fallait oser.On sourit tout le temps, c'est excellent, très bien écrit par un écrivain de grand format qui, ici, se donne le luxe de la pochade, ou de la sotie.Et, par-dessus le marché, avec du suspense jusqu'aux dernières pages.Pour amitié et plus.Voilà autre chose.Lisez-vous parfois les petites annonces sous la rubrique «Rencontres»?C'est souvent tordant.Elles offrent toujours le paradis, ou presque: amitié, plaisir, bonheur.et plus, disent-elles aussi.Derrière ce plus, que de rêves! L'annonce dont il s'agit dans ce roman, la voici au complet: 75 H 40 a.Écrivain aimant nature, chats et Mozart désire rencontrer J.F.ou F.âge indifférent.Pour W.E., promenades, échanges, le plus n'est ni impossible, ni indispensable.Décodons l'annonce.L'homme de quarante ans en question, c'est Marc, écrivain mais plutôt journaliste vivant à Paris (75).Un jour, dans la maison d'édition où il travaille il a reçu un manuscrit, mauvais, qu'il a refusé mais dont il a volé l'idée di- Pierre Bourgeade rectrice: un roman sur les usagers des petites annonces de «Rencontres».Il a donc rédigé son appel à la future âme soeur en essayant de mettre le plus de chances de son côté : jeune fille ou femme, âge indifférent, pour week-end.tout lui est bon, il ne faut rien brusquer, et le plus non plus.Il a reçu quarante-trois réponses.Il va pouvoir écrire un roman documenté, fort, réaliste, drôle, intéressant.Naturellement, nous nous doutons que le roman en question sera celui de Marcelle Routier: Pour amitié et plus.Un mot sur Marcelle Routier.Elle a écrit pour le théâtre.Elle a également écrit de nombreuses biographies.pour les autres.Signées d'un autre nom que le sien.Je sais bien qu'il faut travailler pour vivre, mais cer- tains jours on a envie de donner des coups de pied: pas à l'auteur, au marchand de soupe qu'on appelle éditeur.Alors, il est d'autant plus agréable que Marcelle Routier ait écrit, enfin sous son nom, ce premier roman drôle, tendre, décontracté, plein d'aspérités, d'élisions, d'apocopes et syncopes, très subtilement monté en scènes courtes comme des séquences subliminales, dont l'efficacité est totale.On suit l'action en haletant.Marc rencontre Julia.Polonaise.Marc possède une chatte: Chipie, et deux soeurs jumelles: Elisa et Beth (ce nom donne Elisabeth, n'est-ce pas?).Marc et Julia s'en vont en amoureux au bord de la mer, et se procurent un chien: Touquet, qui aura beaucoup de mal à s'entendre avec la chatte Chipie.Julia doit retourner en Pologne.Marc rencontrera donc une seconde correspondante, Soizic.Bretonne.Institutrice.Cela se terminera tristement.Les jumelles, ainsi que la maman de Marc, se désolent que ce grand garçon reste célibataire, et sorte avec de jeunes femmes qui répondent aux petites annonces.Bon.J'arrête avant de vous parler d'une autre femme: Clara.Vous verrez bien.C'est un joyeux petit roman, avec lequel on passe de tendres moments.Les tendres moments de la séduction vont plus loin qu'il n'y parait.Tendresse et plus.Pierre Bourgeade: MÉMOIRES DE JUDAS, roman, 219 pages, collection Le Chemin, Éditions Gallimard, Paris, 1985 Morcelle Routier: POUR AMITIÉ ET PLUS, roman, 201 pages, Éditions Acropole, Paris, 1985.EN TRADUCTION Un Colleen McCullough futuriste Colleen McCullough oh Colleen McCullough a fait ™ sa réputation et sa fortune avec Les oiseaux se cachent pour mourir, son roman sur f RANCINE ORBORNE l'Australie qui a connu un immense succès de librairie avant Jle devenir une série télévisée.i Depuis, l'auteur a écrit notamment Un autre nom pour \"J'amour et vient de publier La -j>assion du Dr Christian, A Creed For The Third Millenium en anglais.Ce nouveau livre est totalement différent des précédents.L'action se déroule aux États-Unis, le pays d'adoption de Colleen McCullough, et non en Australie, son pays d'origine.Le roman est futuriste, les événements ayant lieu en l'an 2030, au cours d'une période glaciaire prolongée.Là où habite le Dr Christian, dans le Connecticut, il fait dorénavant un froid de loup pendant la majeure partie de l'année, de sorte que la population a presque déserté les États du nord des États-Unis pour émigrer vers le sud.Ceux qui restent passent six mois par an dans les États au climat plus doux, ce qui désorganise passablement le pays.Seule une infime minorité passe l'hiver dans le nord.Dans le livre, il n'est pas question du sort réser- vé au Canada, situé bien au nord du Connecticut, où la situation est déjà intenable.Fait significatif dans ce contexte, le ministère le plus important de l'époque à Washington, c'est l'Environnement.En outre, la surface cultivable de la terre diminue fortement, ce qui a obligé les États-Unis à adopter une politique familiale très restrictive.Un seul enfant par famille et pour en avoir un autre, il faut une autorisation spéciale.Terrés comme des animaux pendant des mois et vivant dans une société sans enfants, les Américains de l'an 2030 sont malheureux.Washington s'en occupe et la solution miracle trouvée par le Dr Judith Scar-riot, c'est un nouveau messie, le Dr Josuah Christian, un psychothérapeute qui arrive à faire accepter ces conditions difficiles par ses patients.On lui demande de faire la même chose pour toute une nation.La passion du Dr Christian est un livre à nette saveur allégorique.En Josuah Christian, on peut facilement reconnaître le Christ, alors que le nom du personnage féminin principal Judith Scarriot rappelle évidemment Judas Iscariote.L'allégorie va jusqu'à faire mourir le héros par la crucifixion, mais sans qu'il ait eu à porter sa croix cependant.En dépit de la façon très originale de traiter son sujet, Colleen McCullough n'a pas retrouvé dans La passion du Docteur Christian la magie, la verve et l'inspiration qui ont fait des oiseaux se cachent pour mourir {Thorn Birds en version originale ) un best-seller international.A l'image du nouveau climat nord-américain, le dernier roman de Mme McCullough est assez froid.Il faut du temps et quelques dizaines de pages avant de s'y laisser prendre.Le dénouement, logique et inéluctable, laisse le lecteur un peu déçu.Néanmoins, c'est un livre qu'il vaut la peine de lire, même s'il n'aura sûrement pas l'impact des Oiseaux se cachent pour mourir.Depuis ce best-seller, on a publié en français une oeuvre antérieure de Collen McCullough, intitulée Tim, ainsi que son autre roman intitulé Un autre nom pour l'amour.La traduction française de La passion du Dr Christian est de Françoise Cartano.A noter également la parution en traduction de deux oeuvres moins récentes d'auteurs améri-cains bien connus.Les feux du printemps (The Fires of Spring), de James Michener, un livre qui remonte à 1949, de même que L'héritage Scarlatti (The Scarlatti Inheritance), de Robert Ludlum.Il s'agit là d'un des premiers livres de Ludlum, écrit au début de 1970 et sûrement l'un des meilleurs.Quant au Michener, c'est un roman écrit en 1949 qui raconte l'histoire touchante d'un orphelin élevé dans un hospice dans les années 1920.Michener n'avait pas encore adopté à ce moment-là sa technique de faire tout un livre autour d'un thème historique, comme avec Pologne, Colorado, L'alliance, etc.Colleen McCullough, I,a passion du Dr Christian, Editions Belfond, Paris, 1985, 352 pages, $15,95.James A.Michener, Les feux du printemps.Éditions LA PRESSE, Montréal, 1985, 528 pages, $17,95.Robert Ludlum, L'héritage Scarlatti, Éditions Robert Laf-font, Paris, 1985, 360 pages.$15,95.DÉCOMPTE MUSfC TITRE\tINTERPRÈTE 1.LIVE IS LIFE\tOPUS 2.DARE ME\tPOINTER SISTERS 3.LOVE RESURRECTION\tALISON MOYET 4.POP LIFE\tPRINCE 5.THE POWER OF LOVE\tHUEY LEWIS 6.SPANISH EDDIE\tLAURA BRANIGAN 7.CANNONBALL\tSUPERTRAMP 8.FREEWAY OF LOVE\tARETHA FRANKLYN 9 DRESS YOU UP\tMADONNA 10.YOU SPIN ME ROUND\tDEAD OR ALIVE 11.ALL FALL DOWN\tFIVE STAR 12.YOU'VE GOT TO BE A WINNER\tHUEY HARRIS 13.ENDICOTT\tKID CREOLE 14.IF YOU LOVE SOMEBODY\tSTING 15.LIFE IN ONE DAY\tHOWARD JONES 16.DON'T LOOSE MY NUMBER\tPHIL COLLINS 17.FREEDOM\tWHAM 18.WE DON'T NEED ANOTHER HERO\tTINA TURNER 19.VICIOUS GAMES\tYELLO 20.DANCING IN THE STREET\tBOWIE A JAQOER Le DÉCOMPTE DANCE MUSIC est diffusé tous les samedis, de 15 h à 17 h, sur les ondes de CKMF/94.1 LA PRESSE, MONTREAL, SAMEDI 2 NOVEMBRE 1985 LITTÉRATURE E 3 RENÉ LAPIERRE Fini l'été, fini les folies H « Sa Stellar démarra et le \u2014 bon ronron du moteur ne couvrit pas la musique de Hàndel que jouait le magnétocassette.Il descendit l'avenue Northcliffe et dût s'arrêter pour laisser passer le double flot de voitures qui s'écoulait rue Sherbrooke, depuis les feux /de circulation du boulevard Descarie a l'ouest, ceux de l'avenue Vendôme à l'est.Il traversa la rue, ralentit devant l'hôpital Reine-Elisabeth, vira a droite après les studios de Bellevue-Pathé pour s'engager dans Upper Lachine Road.Passé le viaduc, il tourna à gauche pour atteindre, rue Saint-Jacques, la bretelle de l'autoroute Ville-Marie.» Ce petit trajet vous dit quelque chose ou ne vous mène nulle part.Ce fut le mien ce matin, comme tous les jours, et je ne pensais pas qu'il put s'écrire.Pourquoi l'écrire?Je m'étais dit hier, en refermant l'Été Rebecca, et je voulais le confirmer, que pour revivre les aventures du héros Léonard Troy, une carte routière de la Nouvelle-Angleterre et une voiture de marque Pontiac ne me suffiraient sans doute pas.Cette carte, celte auto ne sont que des accessoires romanesques, bien sur, mais qui prennent au fil des pages une place considérable.On dirait un itinéraire touristique, ou plutôt un répertoire toponymi-que, car la description hâtive de quelques sites ne suffit guère à atténuer les effets hypnotiques de l'énumération.J'ai lu quelque part que cette obsession nominative est un trait fréquent du roman réaliste américain.Je lis trop.Non, pour rattraper Léonard, il faudrait aussi trouver le moyen d'être professeur de littérature à l'université.Ce n'est pas si facile, la demande étant faible ces temps-ci et les appelés innombrables.Aussi bien faire confiance à René Lapierre, en réfléchissant à pari soi que le romancier aurait été bien embêté d'allonger son histoire sur deux cents pages, eût-il choisi pour héros un personnage plus banal, plombier, ministre ou je ne sais quoi, moins sujet à l'introspection et aux vastes embardées de l'esprit dans les arcanes, peu fréquentés que je sache, des rapports de l'art et de la représentation.Ironie, trop rare Je me moque à peine, et c'est parce que le narrateur ne le fait pas, sauf à deux ou trois occasions, car il a pour Léonard une complaisance très soutenue.Bah ! On parle mieux de ce qu'on connaît, pourquoi s'en priver?Il restera toujours un petit coin pour la fiction, quitte à la promener jour et nuit sur les routes et les plages de l'Est américain.Alors donc le professeur Léonard s'en va donner des cours d'été aux États-Unis, sa femme en subir dans un hôpital de la même S 1 s \u2022\tREGINALD \tMARTEL région bostonnienne.Ils ont près de deux décennies de mariage dans la peau et ils s'aiment encore beaucoup.Leur fille, dix-sept ans, se balade en Europe méridionale.Papa s'en inquiète beaucoup, qui a peur des vieux messieurs et des jeunes gouapes, maman moins, qui a sur les filles, dont la sienne, des idées moins troubles.Léonard va se trouver un chalet, non loin de l'université Bran-deis, quelque part au fond des bois.Edwidge sa femme logera près de son hôpital.Ils se verront à l'occasion, elle qui n'est jamais libre, lui qui l'est beaucoup.Pensez donc : deux cours par semaine, une poignée d'élèves, pas d'autres chats à fouetter.Ce serait la planque, week-end à la mer et pêche à la ligne dans le ruisseau voisin, mais voici \u2014 elle tardait un peu \u2014 la femme, une adolescente plutôt, et férocement délurée.Les rapports de l'art et de la représentation la font moins jouir que les rapports d'un sexe et de l'autre.Bon mari et bon père, comme vous et moi, Léonard est comme vous et moi : capable de ne pas résister à l'assaut d'une belle fille qui ne vous déni ar de rien, sinon le feu d'artifice d'un échange charnel.La fille a un sacré tempérament, qui fait assez bien ressortir le côté un peu lavette du brave professeur.Sachez que s'il est bouleversé, ce n'est pas parce que l'amour à majuscule lui est tombé sur la tête; dans cette rencontre, il n'y a d'amour que celui qu'on fait, une seule fois d'ai-leurs, disons une fois et demie, ce qui est mieux que rien.Non, ce qui a un sonné Léonard, c'est le réveil en lui d'Éros, ce coquin qui avait bien survécu jusque là, merci, à la longue et confortable nuit du quotidien conjugal.L'effet Rebecca.Il est tout à fait délétère.Le professeur, plutôt que de potasser les auteurs qui lui fourniraient la matière d'un cours présentable, se met a boiter de l'âme et du corps.C'est l'enfer.La mort pour vrai C'est l'enfer, et sachez que le narrateur, tout en promenant sans cesse son professeur à Ira- BEST-SELLERS DE LA SEMAINE 1\tDans la fosse aux lions\tJean Chrétien\tL'Homme\t2 2\tLe matou\tYves Beauchemin\tQuébec-Amérique\t10 3 Requiem pour la vie\t\tDr Scliwartzenberg\tPré aux Clercs\t1 4\tScarlett si possible\tKatherine Pancol\tSeuil\t11 5\tGaston 0: gaffes et gadgets\tFranquin\tDupuis\t3 6\tLe crash\tJohanne de Montigny\tRernue-ménage\t1 7\tLes Kennedy\tCollier et Horowitz\tdu Roseau\t4 8\tIls se sont connus à Lwow\tAlice Parizeau\tC.L.F.\t6 9\tAdieu Volodia\tSimone Signoret\tFayard\t1 10\tSans la miséricorde du Christ Bianciotti\t\tGallimard\t1 Les listes nous sont fournies par les librairies suivantes: Bertrand, Demure, Ducharme, du Scorpion, Flammarion, Guenn, Hermès, Laméac, Ratfln, Renaud-Bray, Son» et Lettres et René Martin (Joliatta).vers les patelins du Massachusetts, et tout en l'accompagnant dans ses aventureuses pirouettes parmi des oeuvres savantes (je me console : elles sont peut-être fictives), ne manque pas d'en faire un enfer de première classe.Léonard aura mal partout à la fois.Les poumons et le coeur, l'estomac et les testicules, tout est atteint, comme quoi on est puni par où on a péché, et même à la périphérie.L'âme n'est guère épargnée, qui subit des tortures variées, depuis le sentiment de culpabilité jusqu'aux appels sournois du désespoir.Le professeur Troy sent même la mort venir en lui et ce n'est pas, je vous jure, la petite mort.La qualité de ce roman commence dans le titre.Rappelons-nous l'été Sylvie ou l'été Catherine, l'été François ou l'été Stéphane.Il ne nous reste de ces saisons que ce qu'y ont inscrit ces personnages aimés, un regret parfois, au mieux une nostalgie qu'il fait bon cultiver, quand le coeur est au froid.Rébecca signe l'été de Léonard et je trouve que c'est plus qu'une belle formule : un hommage.Le bon titre résume l'oeuvre mais ne l'épuisé pas.Il se trouve dans l'Été Rebecca bien des choses intéressantes qui ne se réduisent pas à trois mots.Je pense à ce chien terrible qui effraie le professeur et habite ses cauchemars ; je pense aussi à son attitude vis-à-vis des femmes, fort ambiguë puisqu'elle varie, selon les personnes, de la tranquille possession à la peur panique d'être agressé, utilisé, privé de son autonomie intellectuelle et affective.Depuis des années propriétaire d'un savoir et d'un statut, et de personnes et d'objets, Léonard Troy se retrouve au bout de l'été devant un petit tas de cendres qu'il examine avec la plus touchante componction.Il n'est pas ridicule, il est pitoyable.On iui souhaite quand même un doux automne, dans la chaleur retrouvée de son foyer de Montréal.Tout le monde sera rentré, même qu'une petite fille nouvellement adoptée remplira la maison de son babil.La love story pourra reprendre sans heurts et la Pontiac du petit bourgeois fragile servira enfin à des courses moins risquées, sur des routes plus familières.Fini Pété, fini les folies.René Lapierre, L'ÉTÉ REBECCA, roman.Éditions du Seuil, Montréal, 1985.ON OUVRi DES CAISSES SANS ARRÊT lOMiyJONS t>E LIVRES 25^:50W Panniers â magasinage; imperméables del pompiers; Balais «te rue»; Queiencore ?| DËCORS et ACCESSOIRES P°\"r FILMS, THÉÂTRE,VlDéOetc.IvtaiTEZ NOTRE BAWQV/E D'IDÉES ;C 'CSt p*«1U'Wl fflUS& I LE SEUL.CENTKE DU GENRE QUI Fx rSTF RiiN DE PLVS CHER.Q«i PEUT FAiRBÇA?PÎERRE«D6ER NASEAU.UNE SEULE ADRESSE: owtrr4etti4ia9l
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.