La presse, 2 novembre 1985, La Presse plus
[" o US PROFESSIONNELS DE LA VISION ] GREICHEet scaff OPTOMETRISTES 28 succursales 336-53301 montréal, le samedi 2 novembre 1985 Jéciste un jour, jéciste toujours page 8 Le carré St-Louis: une histoire d'eau page 10 Autonomie à la mode basque page 12 Silhouette littéraire: Gabrielle Roy page 16 REPUBLIQUE DOMINICAINE.7 nuits 399s MARTINIQUE GUADELOUPE.7 nuits .399s 499s MARGARITA au Venezuela.14 nuits.599s VOILE dans les GRENADINES.7 nuits 1 1 29s CALIFORNIE, avion ) auto \u2022 hôtel.7 nuits.679s RIO.14 nuits.1 1 69s Prix minimum, basp double rte Mciirejl luxes en sus Hiver 85-86 ''30 boul an m \u2022 soimm i .- ?S6 4800 B0Q boul de Maisonneo* \u2022-¦ 842-1450 \u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022\u2022 BUl 1 800 361-2133 Détentrice Ouitpottn >; an Qûeoei La machine humaine en pièces de rechange 4 w : LES PHOTOS DE la presse Paul-Henri Talbot 1 Z o t.E Un geste typique C e fut un grand Canadien.un diplomate raffiné et un militaire aguerri.Maintenant, ce sont les évêques canadiens qui se penchent sur son dossier pour déterminer s'il faut entreprendre des démarches pour le .faire reconnaître comme vénérable, première étape vers la reconnaissance de la sainteté.Cette photo du général Georges Vanicr a été prise au mois d'octobre 1965.alors qu'il présidait à l'inauguration du pont de la Concorde qui relie la Cité du Havre à l'île Sainte-Hélène et à nie Notre-Dame.Cette photo prise de dos permet facilement d'identifier l'illustre personnage à cause du geste très caractéristique de la main dans le dos.À ses côtés, le commissaire général d'Expo 67, M.Pierre Dupuy.Fiche technique Appareil: Rolleiflex Objectif: 2,8 - 80mm Format: 2Vi X 2V* Ouverture: l/250e à F/8 Pellicule: Tri-x mm ' ¦ ¦ ¦ .¦\u2022I . BIENTÔT L'HOMME BIONIQUE Les robots les plus sophistiqués sont encore loin de ressembler à l'être humain, mais, en revanche, de plus en plus d être humains possèdent, dans leur propre organisme, des éléments tout à fait semblables à ceux qui pourraient entrer dans la fabrication de l'homme-robot idéal.De l'oreille électronique à la prothèse pénéenne, en passant par le pace-maker, la main de plastique, la hanche artificielle, les électrodes pour faire fonc- tionner la jambe artificielle, bref, il est aujourd'hui possible d'intégrer une impressionnante quincaillerie à l'organisme humain.Et cela sans compter toutes les transplantations d'organes vitaux.En 1984, au Québec seulement, rapporte Gaston Brassard, médecin consultant à la direction générale de la santé du ministère de Guy Chevrette, les différents centres de transplantations ont effectué neuf greffes du foie, 153 greffes de rein, 11 greffes cardiaques, sans compter quelques dizaines de greffes de moelles osseuses, L'homme de demain sera en pièces détachées quelques greffes rein-pancréas et une greffe coeur-poumon.Les transplantations et les implantations sont à ce point devenues monnaie courante en médecine que le Dr François i.amoureux n'hésite pas à parler de l'homme de demain « en pièces détachées ».Le Dr Pierre Daloze.qui participa, jeune médecin, aux toutes premières transplantations rénales en Belgique et qui est sans contredit un pionnier des transplantations au Québec, préfère, lui, une vision moins « mécaniste » et plus « philosophique ».Il voit, dans cette technologie médicale haut de gamme, « l'homme qui se prolonge chez son semblable.À part la procréation et la naissance, nous n'avions jamais pu, jusqu'à tout récemment, maintenir la vie avec la vie d'autres personnes.|e trouve cela absolument extraordinaire », dira le Dr Daloze.Mais, il subsiste toujours, dans le domaine des transplantations, un problème de taille : la pénurie d'organes humains, ce qui, en pratique, conduit tout droit, pour l'instant à tout le moins, à l'exploration d'une ) photothèque LA PRESSE Les docteurs François Lamoureux et Pierre Daloze.utilisation ou bien des organes d'animaux ou bien des prothèses artificielles.« Pour le rein, explique-t-il, nous savons déjà qu'une bonne partie de sa fonction peut être remplacée, temporairement, par un appareil.Le recours à un rein animal pourrait vraisemblablement fonctionner, encore qu'il subsiste d'importantes barrières à franchir pour régler les problèmes immunitaires.« Pour le coeur, nous rencontrons des difficultés semblables.Le coeur artificiel pose toujours d'importants problèmes d'éner- gie, mais cela peut constituer une bonne solution de rechange en attendant une greffe d'organe humain.Quant à une transplantation de coeur animal, si cela est techniquement faisable, il reste d'importants problèmes immunitaires.« Le pancréas est sans doute l'organe le plus facilement rem-plaçable par une machine, mais, pour l'instant, la technologie n'a produit que des appareils trop gros.En fait, l'avenir, dans le cas du pancréas, devrait plutôt passer par des nouvelles applications des cellules pancréatiques que par l'avènement de transplantation de pancréas animal ou par l'implantation de pancréas artificiel.« Pour ce qui est du poumon, difficile d'obtention chez les donneurs humains, il pourrait y avoir des perspectives d'avenir intéressantes par l'utilisation de poumons animaux, notamment de ceux des grands primates.Le poumon artificiel, capable d'oxygéner le sang, existe, mais sa capacité de fonction est limitée, de sorte qu'il y a sans doute plus d'intérêt à chercher du côté de l'utilisation du poumon animal.« Enfin, pour ce qui est du foie, conclut le Dr Daloze, je pense qu'il est aussi impensable de songer au remplacement du foie humain par un organe de donneur animal que par une prothèse artificielle, la fonction du foie étant vraiment trop complexe.» ?Une personne sur deux bénéficiera d'une transplantation OU d'une implantation \u2014 le Dr François Lamoureux Une personne sur deux bénéficiera, un jour ou l'autre dans sa vie, des progrès que réalise aujourd'hui la médecine en transplantations et en implantations, estime le Dr François Lamoureux, président de l'Association des médecins de langue française du Canada.À cause de la place de plus en plus grande que les transplantations et les implantations prennent dans la pratique de la médecine, ra.m.l.f.c.a donc décidé de tenir son 57e congrès annuel sur ce thème.Vingt-six conférenciers, venant d'ici, mais aussi de France, de Suisse, de Belgique, d'Angleterre et des États-Unis, feront le point, les 7,8 et 9 novembre prochains, au Palais des congrès, sur les plus récents développements en ce domaine \u2014 quelques-uns d'entre eux, dont le célèbre chirurgien américain William De Vries, qui fait des implantations de coeur artificiel, font, du reste, état de la situation, ailleurs, dans ce dossier de LA PRESSE/PLUS.\u2022 Outre les conférences à l'intention des professionnels de le santé, une large partie du congrès sera ouverte au grand public, précise le Dr Lamoureux.Dans la vingtaine de stands du congrès accessibles au public, nous présenterons notamment le fameux coeur artificiel Jar-vik-7, un rein artificiel en fonction et toute une panoplie de prothèses et d'orthèses.Nous allons montrer, en quelque sorte, l'homme de l'an 2 000 en pièces détachées.\u2022 Des médecins seront sur place pour répondre aux questions des gens, pour les informer de ce que la médecine peut faire aujourd'hui, mais aussi pour leur parler des maladies qui peuvent conduire à une trans- plantation ou à une implantation, poursuit le président de i'a.m.l.f.c.Il y aura, en plus, un robot qui circulera dans la foule pour répéter diverses informations.Ce sera un véritable happening médical, auquel nous attendons au moins 200 000 personnes.¦ Ce congrès se propose également, selon ses organisateurs, de briser deux « grands mythes il À savoir que les programmes de transplantations et d'implantations coûtent trop cher, et que la société devrait plutôt investir dans des programmes de prévention au lieu d'engloutir les fonds publics dans la technologie médicale haut de gamme.«Nous croyons que le public saura mieux comprendre que certains technocrates, qui ne sont préoccupés que par des ob- jectifs de réduction de dépenses, l'importance d'avoir une vision d'avenir en médecine, il est tout à fait faux de prétendre qu'une transplantation d'organe coûte plus cher à l'État que d'autres méthodes de traitement, fait valoir le Dr Lamoureux.Et puis, de toute façon, il ne s'agit pas d'investissement de nouvel argent, mais d'un simple transfert.Parfois même une transplantation fera réoliser des économies.\u2022 Il faut bien se rendre à l'évidence, enchaîne le Dr Lamoureux, que, notre société ne permettant pas, Dieu merci, l'euthanasie et obligeant les médecins à traiter les malades, il faut, par conséquent, que nous nous occupions des malodes.Autant le faire de la meilleure des façons ! Et ne venez surtout pas me dire qu'au lieu de foire des transplantations nous de- vrions foire des campagnes de prévention.On n'a pas d'affaire à opposer ces deux concepts, l'un n'exclut pas l'autre.C'est de la pure démagogie technocrats tj que.c \u2022 Et puis, à part ça, il faudrait 5 peut-être que le gouvernement c finisse, un jour, par prendre ses z responsabilités dans le domaine » de la prévention.C'est curieux > comme, jusqu'à maintenant, le ¦r gouvernement a été bien plus > efficace et bien plus rapide pour 5 nous apprendre à choisir entre g les bons vins, au lieu de mettre ~ en valeur des méthodes d'hy- 2 giène de vie susceptibles d'à- q méliorer l'état de santé des ci- < toyens.La consommation d'al- 5 cool et de tabac, qui rapporte g tant au Trésor, coûte, par ail- m leurs, une énorme fortune au ^ même gouvernement, en frais £° de santé par la suite.\u2022 P.V.W Une médecine de riches sur le dos des pauvres?Les programmes de transplantation d'organes n'ont pas d'avenir.Ils sont inapplicables à cause de leurs coûts exhorbi-tants.Et, pire, nous sommes en train d'ériger, à même les deniers des contribuables des classes moyennes et pauvres, une médecine qui ne privilégiera bientôt que la classe des riches.Serge Mongeau, médecin de formation et qui s'est érigé, au cours des dernières années, en une sorte de conscience de notre système de santé, estime qu'il n'y a vraiment pas lieu de se réjouir de la performance des vedettes de la médecine.Au contraire, il faut s'en inquiéter très sérieusement, croit-il.« Comme il aurait fallu le faire, autrefois, pour la bombe atomique, nous devrions, aujourd'hui, être capable de dire « non » à la haute technologie médicale, soutient-il.À cause de ses impacts sociaux.« A plus ou moins long terme, croit-il, les premiers et les seuls bénéficiaires des progrès de la haute technologie médicale seront les riches.C'est déjà vrai aux États-Unis dans le domaine des transplantations rénales : selon ce que le patient peut payer, il aura droit à un rein de $2 000 provenant d'un robi-neux, ou à un rein de $10 000 offert par un donneur relativement correct, ou encore à un rein de $25 000 vendu par un Brésilien en bonne santé, vivant dans un bidonville et voyant là une occasion unique dans sa vie d'empocher autant d'argent.Et nous nous acheminons vers ça, même chez nous.» photothèque LA PRESSE Le Dr Serge Mongeau.Inapplicable_ « Avcz-vous songé, plaide-t-il, à ce que cela représenterait que d'appliquer un programme de transplantations cardiaques à grande échelle chez nous ?Les problèmes cardio-vasculaires sont la deuxième cause de mortalité au Canada, alors imaginez ce que cela coûterait s'il fallait changer tous les coeurs de ceux qui se trouvent dans cette situation.Non seulement, ce serait inapplicable au plan financier, mais, en plus, cela signifierait quasiment qu'il faudrait tuer la moitié de la population pour trouver des coeurs à donner.Vraiment, la haute technologie médicale que nous développons en transplantations, en ce moment, c'est inapplicable à gran- de échelle.Ce qui revient à dire que la médecine aura à choisir les bénéficiaires de transplantations, ce qui nous conduit directement à des types d'interventions qui ne serviront éventuellement qu'à prolonger la vie des riches de demain.» Mais, le plus grave, selon le Dr Mongeau, c'est que tous les espoirs que font naître les performances spectaculaires des vedettes de transplantations d'organes, « empêchent les gens de prendre les tournants nécessaires pour améliorer leur état de santé.Et, partant de là, éviter les problèmes de santé.« Plus les gens apprennent à croire qu'il sera simple de remplacer un organe usé et hors d'usage, moins ils auront envie de se préoccuper de choses aussi élémentaires, aussi simples et aussi efficaces que de mieux s'alimenter.Cette idée est à ce point répandue, aujourd'hui, aux États-Unis à tout le moins, que de plus en plus de gens, tel Walt Disney, se font congeler en espérant qu'un jour les hautes technologies médicales permettront de les guérir du mal dont ils allaient mourir.« Mais, c'est se leurrer, affirme le Dr Mongeau, parce qu'avant d'avoir un organe malade, on a eu une personne malade.La maladie, ça se prépare de longue main.C'est le résultat d'un paquet d'affaires.Et, si la médecine peut réparer un tympan ou stopper une hemorrhagic, ou encore parvenir à placer deux os en bonne place, avant que l'organisme humain ne finisse de toute façon par régulariser le tout, elle commet une lourde erreur en s'octroyant tous les pouvoirs de diagnostic.Erreurs de diagnostic « Il y a tant d'erreurs de diagnostic, constate le Dr Mongeau.Et, s'il est vrai que des malades se « conformeront » à un diagnostic de mort dans trois mois, bien d'autres refuseront de jouer leur rôle de mourant et vivront bien au-delà de cette soi-disant échéance de vie.|e connais, personnellement, plusieurs personnes, chez qui on avait décelé un cancer, qui s'en sont tirés, en ayant recours à toutes sortes de méthodes thérapeutiques allant du jeûne à la prière, en passant par la réclusion totale.La médecine se trouve, en fait, à une drôle de croisée de chemins : d'un côté, il y a les objectifs de prévention, qui pourraient théoriquement mener à des campagnes intensives de sensibilisation des dangers de la route et, par voie de conséquence, amener une réduction importante des accidents de la route.D'un autre côté, il y a les besoins d'organes le plus sains possibles, que les équipes de transplantations trouvent principalement chez les accidentés de la route, qui sont très majoritairement des jeunes en excellente santé.Bref, une baisse substantielle des accidents de la route conduit tout droit à une diminution draconnienne des « actifs » des banques d'organes.David Roy, directeur du centre de bio-éthique à l'Institut de recherches cliniques de Montréal, et un des grands experts nord-américains des questions éthiques en médecine, considère, lui aussi, que les transplantations d'organes ne doivent pas être considérées comme une « solution finale ».Il reconnaît néanmoins leur nécessité, « en ce sens que bien des gens décéderaient autrement.Mais, cela étant dit, nous commettrions une grave erreur si nous décidions, comme société, de limiter la promotion de la prévention et la recherche fondamentale, en vue de trouver des solutions définitives aux problèmes conduisant aujourd'hui à des solutions de transplantations.À l'autre bout du problème, il y a également un aspect tout aussi délicat : le choix des personnes « transplantables ».« Faut-il, par exemple, interroge David Roy, refuser une transplantation hépatique à un alcoolique ayant un problème de cirrhose du foie ?|e pense que ce dont il faut s'assurer avant de faire une transplantation, c'est que le patient a un impérieux besoin de ce traitement, qu'il a de bonnes chances de survivre à l'opération et qu'il aura de bonnes possibilités de recouvrer une certaine qualité de vie par la suite.« Le grand problème de l'avenir dans ce domaine, ce sera assurément la politique de sélection des patients, puisqu'il semble bien que nous aurons, pendant encore un bon moment, plus de candidats à la transplantation que de donneurs d'organes.» P.V.LU > o z < Z O et L'histoire du coeur mécanique remonte aux années 50 L'idée de remplacer le coeur d'un être humain par une pompe mécanique n'est pas si récente qu'on pourrait le croire: déjà, dans les années 50, les chercheurs obtenaient des survies de quelques heures en faisant de telles expériences sur les animaux.En 1969, le Dr Denton Cooley, de Houston, parvenait à faire battre, pendant 65 heures, un coeur artificiel dans la poitrine d'un patient en attente d'une transplantation; mais son malade devait mourir, le lendemain, non pas de l'implantation, mois de so transplantation.Cependant, l'école du coeur artificiel, qui devait aboutir aux progrès d'aujourd'hui, a eu pour premier instigateur un certain William Kolff.Un chirurgien d'origine néerlandaise, qui, dans la Hollande nazie de 1944, avait développé la technique de transplantation rénale et qui devait, dans les années 70, constitué, en Utah, la première équipe du coeur artificiel.Dont firent partie le Dr Robert Jarvik, l'inventeur de coeurs portant son nom, et le Dr William De Vries.La mise au point du coeur artificiel Jarvik-7 deviendra, au début des années 80, le grand déclencheur de toute cette révolution cardiotogique.Il s'agit, rappelons-le, d'une mécanique conçue pour remplacer les deux ventricules, c'est-à-dire les deux compartiments du coeur où le sang est soumis à l'action de-pompe.Chaque ventricule artificiel est équipé d'une sorte de diaphragme flexible qui, actionné par l'air du compresseur, pompe le sang et le repousse, de façon cyclique.En principe, cette machine peut battre ainsi une quarantaine de millions de fois por année.Soulignons, enfin, que l'équipe du Dr Robert Jarvik a presque complété ses travaux du Jarvik-8, mieux adapté aux différentes tailles de la coge thoracique, qui fonctionnera avec un compresseur pneumatique moins encombrant, qui fonctionnera avec des batteries et qui, affirme-ton, aura une longévité deux fois plus longue.Ailleurs, des chercheurs travaillent sur d'autres types de cœur artificiel : William Pierce, en Pennsylvanie, a déjà obtenu d'excellents résultats, sur des animoux, avec un coeur mû électroniquement En Californie, on est très avancé avec un coeur artificiel mû grace à une capsule contenant du sel de lithium fondu ; ce sel est chauffé au moyen d'un courant électrique possont à travers la peau.Sa chaleur dilate l'hélium d'un réservoir implanté dans la cage thoracique, qui, à son tour, actionne le coeur.C'est, du reste, un modèle de ce genre qui a été commandé por l'hôpital Notre-Dame de Montréal P.V. BIENTÔT L'HOMME BIONIQUE De Vries veut réaliser les 100 implantations cardiaques gratuites promises - Le premier, Barney Clark, a survécu 112 jours, sans, toutefois, n'avoir pu mettre le pied en dehors de l'hôpital.Le deuxième, William Schroeder, vit, depuis le 25 novembre 1984, avec son coeur de plastique et de métal dans la poitrine.Il a passé une bonne partie de sa convalescence dans un appartement à proximité de l'hôpital, et son médecin se propose de lui accorder un congé permanent au cours des prochains jours.Il devrait rentrer chez lui.pour de bon, avant Noel.I.e troisième, Murray Hay-don, approche son neuvième mois de survie.Il devrait bientôt obtenir son congé de l'hôpital, pour aller s'installer dans l'ancien appartement de Schroeder.Le quatrième patient du Dr De Vries, Jack Burcham, aura eu moins de chances que les autres membres du club très fermé des « hommes bioniques » : il est mort peu de temps après son implantation, en avril dernier.La prothèse cardiaque |ar-vik-7 était trop grosse pour sa cage thoracique.Le seul autorisé_ William De Vries, seul chirurgien autorisé officiellement par la Food and Drug Administration (FDA) à implanter, de façon permanente, des prothèses cardiaques sur des mnlades, peut encore « faire » trois autres malades.Mais, il est convaincu qu'il n'aura aucun mal à convaincre les autorités de la FDA de lut accorder la permission de poursuivre jusqu'à la fin l'objectif du Humana Heart Institute, fixé a 100 implantations de coeurs artificiels.Les résultats, jusqu'à présent, sont suffisamment encourageants pour continuer d'aller de l'avant, a affirmé le Dr De Vries, au cours d'une interview avec LA PRESSE, à l'hôpital Audubon de Louisville, dans le Kentucky.« M.Schroeder va mieux maintenant, rapportait, il y a quelques jours, le Dr De Vries.Et, s'il est encore limité dans ses activités, c'est beaucoup plus à cause de la congestion cérébrale qu'il a faite à la suite de son implantation, et qui a affecté sa mémoire et son elocution.Il a aujourd'hui recouvré sa mémoire, et il peut à nouveau parler sans difficultés la plupart du William De Vries est le seul chirurgien autorisé officiellement par la Food and Drug Administration (FDA) à implanter, de façon permanente, des prothèses cardiaques sur des malades.temps, j'ai l'intention de retourner M.Schroeder chez lui, de façon permanente, avant Noel.« Quant à M.Haydon, il récupère lentement.Il est toujours branché sur un appareil respiratoire pendant la moitié de la journée.Mais, le reste du temps, il respire par lui-même.Il peut manger tout seul.Il se rase, fait sa toilette, se brosse les dents, et il sera bientôt en mesure d'entreprendre un programme d'exercices physiques.D'ici à Noel, quand il sera complètement libéré de son appareil respiratoire, il pourra sortir de l'hôpital et s'installer dans un appartement spécialement aménagé et proche de l'hôpital.» Aussi célèbre que le Colonel_ Pour le célèbre chirurgien du Kentucky, qui est là-bas aussi connu que feu le Colonel et ses petits poulets, non seulement l'implantation d'un coeur artificiel est-il l'unique moyen de sauver d'une mort certaine ces individus, mais, en outre, cela améliore considérablement leur qualité de vie.Le Dr De Vries rejette canément les allégations de ses détracteurs, a l'effet que ses patients ne sont rien de plus que des « cobayes », des « sujets de laboratoire ».Bref, que leur maintien en vie sert essentiellement les intérêts de la science et la promotion de la très lucrative ($2,6 milliards de chiffre d'affaires, l'an dernier) société de santé Humana.« D'abord, ces gens-là seraient morts aujourd'hui, ne l'oublions pas, rétorque-t-il.(Clark et Schroeder souffraient tous deux de cardiomyopathie, une maladie incurable, qui se traduit par une détérioration progressive du muscle cardiaque).Ils n'auraient pas vécu une journée de plus, si nous ne leur avions pas implanté une prothèse cardiaque.Nous savons aujourd'hui que l'homme peut vivre beaucoup plus longtemps que l'animal avec une telle machine.« Ensuite, poursuit-il, il faudrait bien admettre que la qualité de vie de ces gens se trouve considérablement améliorée avec un coeur artificiel, par rapport à leurs derniers jours avec leur coeur naturel.Prenons le cas de M.Haydon, si vous voulez : avant son implantation, il n'était même plus capable de se brosser les dents.Il se réveillait la nuit parce qu'il avait du mal a respirer.Il devait se mettre la tète entre les deux jambes pour retrouver son souffle.» Certes, M.Schroeder, M.Haydon, ainsi qu'un certain Leif Stenberg en Suède, ont obtenu un sursis face à une mort certaine.Mais, avec leur Jarvik-7 dans la poitrine et avec leur compresseur pneumatique accroché au cou, ils sont néanmoins condamnés à vivre de façon extrêmement limitée.Au mieux, en ce moment à tout le moins, ils peuvent faire leur toilette, regarder la télé et faire le tour de leur maison.Bref, pas question pour eux de retrouver leurs activités d'antan, de retourner travailler.Réponse aux critiques « Et puis après !, s'emporte le Dr De Vries, depuis quand ne faudrait-il traiter que les personnes capables de retourner au travail ?Peut-être qu'en Chine ou dans certains pays d'Europe, il pourrait être pensable de laisser mourir un homme de 50 ans sous prétexte qu'il ne pourrait plus être productif.Mais, ici, aux États-Unis, et je crois savoir que c'est pareil au Canada, nous voyons les choses autrement.« Une autre critique répandue à propos des implantations de coeurs artificiels, continue le Dr De Vries, c'est que ça coûte cher ($12 000 pour le coeur, $40 000 pour le grand compresseur pneumatique et $20 000 pour le compresseur portatif, sans compter le per diem de quelque $1 000 en frais d'hospitalisation) et qu'il vaudrait mieux investir dans la prévention.Bon, je veux bien qu'on critique.Nous sommes dans un monde libre.Mats, je constate que la plupart de ces critique ne sont pas formulées par des scientifiques.Or, il s'agit d'un programme scientifique, que nous nous devons, comme société moderne, de réaliser.Si nous ne continuons pas de faire avancer la science, autant retourner au Moyen-Àge (dark ages).» P.V.plus Éditeur Roger D.Landry Coordination Paul Longpré Responsable des chroniques : Pierre-Paul Gagné Tél.: (514) 285-7070 Page couverture : A.N.Pilotte avec la participation de Wyeth Limitée Mise en page: Jacques Gagnon Fernand Marcotte Collaboration Philippe Bat baud Dinu Bumbaru Jean Basile Berthto Cécile Grenier Serge Grenier Yves Leclerc Alice Parizeau Simone Piuze Toronto Michel Labrecque Vancouver Daniel Raunet Mexico Francis Pisani Managua Jacques Lemieux Paris Louis-S.Robitaille Londres C.Saint-Germain Costa Rica Gilles Paquin San Salvador Edith Coron Bonn André Racicot Washington Jean-F.Usee New York Edouard Jacob ONU Michèle de Rosset Vienne Claude Moniquet Tokyo Lillian Ginoza Taiwan Jules Nadeau Publicité Responsable des cahiers spéciaux Manon Chevalier Secrétariat Micheline Perron Tél.: (514)285-7319 .c CO O z 3 Z o < \u2022o 00 tu Ul La cyclosporine, prescrite aux personnes ayant subi une transplantation, peut comporter des effets indésirables ressemblant étrangement à ceux causés par le virus du SIDA.Dans un cas comme dans l'autre, le système immunitaire est attaqué.L'organisme ne sait plus se défendre contre la plus insignifiante des grippes.Et cela peut entraîner des conséquences graves, et même conduire à la mort.« Les agents immuno-sup-presseurs (dont la cyclosporine), utilisés par suite d'une transplantation d'un organe vital, perturbent le système im-munologique un peu de la même manière que le virus du SIDA », reconnaît le Dr Gilles St-Louis, un des grands experts de transplantations rénales à l'hôpital Notre-Dame.En outre, l'on a constaté, chez environ vingt pour cent des transplantés, que la cyclosporine produisait un effet toxique sur le rein.Qu'il s'agisse d'un nouveau rein greffé, comme à la suite d'une transplantation rénale, ou du rein originel, s'il s'agit d'une transplantation d'un autre organe vital, le rein ne fonctionne pas normalement, il filtre moins bien qu'il ne le devrait.On ne comprend pas pourquoi_ « Nous ne pouvons cependant pas démontrer, hors de tout doute, qu'il y a vraiment un phénomène de cause à effet entre la cyclosporine et cette disfonction rénale, s'empresse toutefois de nuancer le Dr St-Louis.Nous n'arrivons pas encore à comprendre pourquoi il y a cet effet ennuyeux chez environ vingt pour cent des patients, et pas sur les autres.Peut-être y a-t-il des conditions préalables ?» Un médicament cause des effets semblables à ceux du SIDA En tout cas, l'affaire préoccupe les compagnies pharmaceutiques.Elles font fonctionner à plein régime leurs laboratoires pour trouver une version améliorée de la cyclosporine.Un médicament moins névro-toxique.Certains tests de la nouvelle cyclosporine ont, du reste, déjà été tentés sur l'humain en Ontario, mais il est encore trop tôt pour tirer des conclusions.En attendant, comme il faut bien utiliser des médicaments pour combattre le phénomène de rejet chez les transplantés, on a ressorti des boules-à-mites les deux autres grands médicaments jadis utilisés à la suite des transplantation : la cortisone et l'azathioprine.« Pour éviter au maximum les effets secondaires, explique le Dr St-Louis, nous utilisons à petites doses les trois médicaments.Nous varions, en fait, les quantités selon les patients.Par exemple, si un patient réagit mal à la cyclosporine, nous supprimerons tout simplement le médicament au bout d'un certain temps, ce qui aura pour effet de stabiliser l'état ou même, parfois, de l'améliorer.» Le meilleur des médicaments anti-rejet Mais, toutes nuances étant faites, la cyclosporine demeure, dans la majorité des cas de transplantation, le meilleur des médicaments anti-rejet.« La cyclosporine procure très rapidement un état de bien-être au malade, qui pourra sortir de l'hôpital deux fois plus vite qu'auparavant, explique le Dr St-Louis.Contrairement à la cortisone, qui, elle, peut perturber tout le système immunolo-gique, la cyclosporine s'attaque de façon plus sélective et plus efficace au problème du rejet.A partir de là, il est donc possible de diminuer sensiblement les doses de cortisone.Et, par voie de conséquence, de limiter les effets secondaires parfois inhérents à la cortisone, tels l'hypertension, le diabète, les risques d'infection, les problèmes musculaires.» Il faut également préciser que la cyclosporine a néanmoins permis d'obtenir, de façon globale, des résultats remarquables dans les transplantations.C'est, en effet, grâce à ce fameux médicament-vedette si le taux de survie à un an des greffés à grimpé aussi rapidement depuis deux, trois ans : de 70 à 85 p.cent pour les transplantations rénales et de 30 à 70 p.cent pour les transplantations du foie.Même succès remarquables pour les greffes cardiaques.De nombreux experts s'entendent même pour dire que la cyclosporine a carrément amené la deuxième grande vague des transplantations.« La pre- mière grande vague remonte au milieu des années 60 jusqu'au début des années 70, estime pour sa part le Dr Pierre Dalo-ze, de Notre-Dame.Et puis il y a eu ensuite un creux.Parce que le taux de réussite n'était pas assez bon, à cause justement des problèmes de rejet.Quand est apparue, au début des années 80, la cyclosporine, qui réglait une grande partie des problèmes immunitaires, alors, tout le monde s'est remis à faire des transplantations.» Découvert par hasard C'est un peu par hasard qu'on a découvert, dans les années 70, en Suisse, la cyclosporine.« On cherchait alors, raconte le Dr St-Louis, un antibiotique contre les champignons, ou plus exactement un antimycotique.En analysant un champignon qui pousse à l'état naturel un peu partout en Europe, on a observé sa grande capacité d'inhibition de prolifération de cellules.Une propriété que l'on recherche précisément pour combattre le phénomène de rejet.On en a donc fait la synthèse, pour être ensuite capable de le reconstituer chimiquement.» Il ne fait pas de doute que, sans ce puissant médicament, plusieurs grands centres de transplantations dans le monde réduiraient considérablement leurs activités.« Écoutez, c'est simple, il faut absolument un outil pour combattre l'inévitable phénomène de rejet, insiste le Dr St-Louis.La nature a horreur de tout ce qui lui est étranger.L'organisme ne reconnaît pas comme sien ce qu'on vient de lui greffer, alors il met en branle un mécanisme d'autodéfense.II attaque les cellules étrangères, et parvient généralement à les détruire au bout de sept à vingt-et-un jours.C'est cette action que combat la cyclosporine.« Bien sûr mon rêve, à moi, ce serait que nous parvenions, un jour, à nous passer des médicaments, confie, par ailleurs, le Dr St-Louis.Aujourd'hui, nous supprimons ou diminuons l'action du système immunologi-que par la médication, alors que, demain, nous parviendrons, j'en suis sûr, à régulariser le système immunologi-que.La prochaine révolution va se faire avec les anticorps monoclonaux.« Comme vous le savez peut-être, dans l'organisme, il y a des cellules qui attaquent, les lym-phocites cytotoxiques, et celles qui régularisent l'action des premières, les lymphocites inhibiteurs.Ce que nous devrons apprendre à faire, c'est de stimuler les cellules inhibitrices pour qu'elles régularisent plus efficacement l'action des cellules agressives.Tout ça se fait déjà dans les centres de recherche de Boston, et je peux vous assurer que nous en connaîtrons les bienfaits avant de trépasser.Un jour, le greffon chez le transplanté se comportera comme le foetus dans le corps de la femme enceinte.Mais, en attendant de pouvoir réaliser ces greffes parfaites, il faut nous satisfaire des greffes, les plus i-déales possibles, que nous faisons, avec tous les problèmes inhérents aux effets secondaires de la médication.» P.V.Brillant avenir pour l'industrie du coeur artificiel 00 o.tu a: CD LU > O z a LU < to < ¦LU g Z O ne constitue pas un empêchement, en ce moment, pour être admissible au programme Humana, le coeur artificiel gratis n'est pas offert à n'importe qui.« Un bon candidat à une implantation de coeur artificiel aura un coeur en si mauvais état qu'il ne pourrait subir une transplantation cardiaque, précise le Dr De Vries.Il devrait idéalement peser autour de ISO livres, et ne pas souffrir d'autres maladies sérieuses.Il devra être assez intelligent pour comprendre les grands principes généraux de sa prothèse cardiaque, avoir de la famille ou des amis pour s'occuper de lui éventuellement, et, surtout, il devra avoir le goût de vivre.» Les candidats doivent également signer un contrat par lequel ils acceptent qu'on leur enlève à jamais les ventricules.Pour les remplacer par une pompe mécanique qui sera reliée, par deux tubes de plastique, à un compresseur pneumatique.Il existe un modèle portatif de compresseur pneumatique (de la taille d'une valise de voyage, à l'épaule), ayant une autonomie de quelques heures, mais, la plupart du temps, le patient doit être branché sur un énorme appareil.Ils s'engagent également à accepter tous les risques inhérents à une opération toujours considérée en phase expérimentale.À se soumettre à certaines expériences scientifiques ne faisant pas expressément partie de leur traitement.M leur faut aussi autoriser Humana à faire des vidéos de l'opération, pour fin de diffusion dans les médias.Bref, en échange de quelques jours, de quelques semaines ou de quelques mois de sursis devant la mort, les candidats à une implantation de prothèse cardiaque doivent accepter de vendre leur corps à la science.et à la promotion des entreprises Humana.Mais, en dépit de toutes les contraintes, les candidats ne manquent pas.Le Dr De Vries doit examiner des dizaines et des dizaines de dossiers, qui lui sont référés de partout dans le monde (il y en a même eu deux de Toronto, récemment).Il voit un ou deux des candidats les plus sérieux à chaque semaine.\u2022 Aussitôt que j'aurai trouvé la perle rare, j'opérerai dans les heures suivantes.¦ Le Jarvik-7 peut théoriquement prolonger la vie d'environ trois ans.Dans la meilleure des hypothèses.\u2022 La prothèse est conçue pour durer quatre à cinq ans, explique le Dr De Vries.Mais, à l'intérieur du corps humain, so durée de vie pourra être plus courte.Peut-être trois ans.En fait, nous ne savons vraiment pas combien d'années le patient peut vivre avec un cœur artificiel.Ce que nous savons, c'est qu'il n'aurait pas survécu une seule journée sans implantation.?p.v. BIENTOT L'HOMME BIONIQUE Paraplégique et grand sourd, Gérald Sabourin a toujours persisté à considérer ses deux handicaps comme temporaires.Il est aujourd'hui libéré, en bonne partie, de l'un des deux : il entend à nouveau, depuis qu'on lui a implanté une oreille électronique.« Avant, j'avais l'impression de vivre dans une cage de verre, d'où je pouvais tout voir mais rien entendre.J'ai refusé d'apprendre le langage gestuel de peur d'être enfermé dans un ghetto.Quant à la lecture sur les lèvres, je dois dire que je n'ai jamais été très bon.Bref, pour avoir une conversation avec les autres, il me fallait du papier et un crayon.« Et, en même temps que tout ça, je persistais, et je persiste encore d'ailleurs, à considérer mes deux handicaps comme temporaires.Même si, pour mon problème de surdité, mes lectures de revues médicales n'avaient rien de trop enthousiasmant.À l'époque, ce qu'on proposait de mieux aux grands sourds, c'était un appareil pour entendre la sonnette de la porte ou pour entendre japper le chien.Puis, un jour, j'ai appris que le Dr (Pierre) Ferron avait réussi un implant cochléaire sur un de ses patients (Réal Sasse-ville).Et je me suis dit : «Voilà l'homme que je cherche, celui qui comprendra combien j'ai eu raison de ne pas me laisser aller, d'espérer.» Il entend_ Gérald Sabourin, 40 ans, marié, père de trois enfants, est rentré chez lui en septembre dernier.II ne marche pas, « pas encore », note-t-il, mais il entend.Pas comme autrefois, mais assez pour savoir quand le téléphone sonne.Assez pour saisir des grands morceaux de conversation dans sa famille.Assez pour suivre les descriptions de matches sportifs.M.Sabourin, onze ans d'exercice de la médecine, une passion pour sa ferme d'élevage en banlieue de Montréal, a subi un tragique accident le 26 août 1982.Il a fait une chute de vingt-deux pieds, il est tombé sur du béton.Deux fractures du crâne, deux vertèbres et quatre côtes cassées.Il a survécu à son accident, mais il s'est retrouvé, après huit mois et demi d'hospitalisation, paraplégique et complètement sourd.« J'ai découvert, raconte l'ancien médecin, une dure réalité dans le monde des handicapés : personne ne te fait de cadeau, en ce sens que ton médecin ne te prescrira pas tel ou tel traitement qui réglera ton problème.Il va te donner des outils, une oreille électronique par exemple, et c'est à toi à te débrouiller pour améliorer ensuite ton sort.Espoir pour les paraplégiques photo Denis Courvillo, LA PRESSE M.Gérald Sabourin espère trouver un autre Dr Pierre Ferron sur son chemin.C'est pas comme un pace-maker pour le coeur, qui fait tout pour toi sans que tu n'aies à t'en occuper.» Le 28 mars dernier, à l'Hôtel-Dieu de Québec, le Dr Ferron réalisait sur M.Sabourin sa troisième implantation d'oreille électronique.Urne longue et délicate intervention chirurgicale, qui consiste à ouvrir le crâne, juste derrière l'oreille, pour y placer, à l'intérieur de l'os mastoïdien, un petit émetteur-receveur de la grosseur d'une pièce de monnaie de cinquante cents.Cette minuscule pièce, fixée à l'os par des fils de dra-con, émet, d une part, sur 22 canaux dirigés vers autant d'électrodes, afin de stimuler le nerf auditif, et est relié, d'autre part, à un capteur de sons, qui ressemble à s'y méprendre à un walkman.Dans une poche de chemise_ Ce dernier appareil, qui se glisse tout simplement dans une poche de chemise, décode les sons, les bruits et les mots entendus, pour ensuite les recoder en langage électronique.Par la suite, le patient doit apprendre à se familiariser avec ce nouvel univers sonore, à se constituer une nouvelle mémoire auditive.Une période d'apprentissage intensif, qui dure habituellement quatre mois.«Au début, c'est excessivement déroutant.Ce qu'on en- tend n'a rien à voir avec ce qu'on se souvient d'avoir entendu, autrefois.Ainsi, par exemple, pendant les premiers jours, j'avais l'impression que tout le monde parlait comme Donald Duck.Je n'arrivais pas à faire la différence entre une voix d'homme et de femme.D'autres bruits ambiants ressemblaient à une sorte de pétillement.J'entendais la sonnerie du téléphone, mais je n'arrivais à savoir ce que c'était.Il m'a fallu un bon mois et demi avant de me bâtir un réflexe pour identifier le téléphone.« Puis, petit à petit, au fil des séances de réadaptation, j'ai fini par apprendre à reconnaître le son des voyelles, une syllabe, un mot.Plus tard, je parvenais à distinguer entre les timbres de voix de Raymond Lebrun et de Claude Raymond durant les matches de baseball à la télé.Je reconnais aujourd'hui la voix de Bernard Derô-me, mais son débit est encore trop rapide pour que je puisse vraiment suivre tout « le Téléjournal ».J'ai plus de facilité avec « le Point ».Quant à la musique, ça équivaut à du gri-chage, comme si j'étais entre deux postes de radio, encore que, l'autre jour, j'ai reconnu un « beau beat » dans une radio d'auto.Il me reste encore beaucoup à apprendre, il me reste à gagner plus de confiance en moi.» Rôle important des patients_ Selon le Dr Ferron et Michel Desgagnés, responsable de la réadaptation, il est impossible pour l'instant de savoir jusqu'à quel point les bénéficiaires d'implant cochléaire pourront recouvrer l'audition, se rapprocher d'une certaine normalité.« Nous ne connaissons pas encore le plateau de toutes les possibilités de l'appareil, expliquent-ils.Ce sont des patients comme M.Sabourin qui nous l'apprendront.Il est certain que l'appareil a certaines limites : il ne permettra sans doute jamais d'entendre de la musique, puisqu'il est essentiellement conçu pour la conversation.Mais, plus tard, dans quatre ou cinq ans, quand sortira une nouvelle génération d'appareils, il est permis de croire que nous dépasserons les limites actuelles.» Une cinquantaine de personnes dans le monde, toutes atteintes de surdité totale, peuvent entendre à nouveau grâce à un implant cochléaire conçu par la firme Nucleus d'Australie.Bien qu'on estime à environ 500 000 personnes le nombre de Québécois souffrant de problèmes de surdité, à divers degrés, seulement un tout petit nombre d'entrés eux sont admissibles à une implantation d'oreille électronique.« Au départ, il faut nous assurer, précise le Dr Ferron, que la personne est totalement sourde, donc que l'oreille interne est détruite, qu'on ne peut pas l'endommager.On vérifie également si la fibre du nerf auditif peut acheminer des sons au cortex, si la cochlée n'est pas obstruée.Autre critère important : il faut que la surdité soit acquise, c'est-à-dire que la personne a déjà entendu dans sa vie.Par exemple, un enfant en bas âge, qui n'a pas encore eu le temps de se structurer un langage, ne saurait être admissible à une implantation parce qu'il ne pourrait tout simplement pas suivre les cours de réadaptation.Et, dernier point important, la personne doit être motivée.» Quatrième implant_ Le Dr Ferron a réalisé, le 20 août dernier, un quatrième implant cochléaire, sur une femme de 39 ans de la région de Québec, souffrant du syndrome de cogan, et il se propose d'en faire un cinquième un peu plus tard cet automne.Quant à Gérald Sabourin, son implantation d'une oreille électronique lui a redonné tant d'espoir qu'il compte maintenant s'attaquer à son deuxième handicap, sa paraplégie.« Vous savez, avec l'implant cochléaire, c'était la première fois qu'on faisait quelque chose de vraiment constructif pour m'aider à revenir le plus près possible de la normalité.Avant, tout ce qu'on avait fait, c'était du pat-chage.La réinsertion sociale des personnes handicapées, c'est bien plus que des chaises roulantes et des rampes d'escalier.» M.Sabourin est aujourd'hui à la recherche d'une équipe mul-tidisciplinaire, qui serait composée d'un neuro-physiologiste, d'un ingénieur et d'un neurochirurgien, des gens capables de le tirer de sa paraplégie.« J'ai lu récemment qu'aux États-Unis, on a réussi, au moyen d'électrodes et d'un mini-ordinateur intégré, à stimuler les muscles de la jambe de paraplégiques.À ce point qu'ils ont dû changer de pantalon au bout de quelques semaines tellement leurs muscles avaient recommencé à reprendre vie.J'ai confiance de trouver, un jour, un autre Dr Ferron capable, celui-là, de croire en la possibilité de me libérer de ma paraplégie.Il faudra bien que les recherches débouchent, un jour, sur du concret là-dessus.Il y va de l'intérêt même de toutes les sociétés, ne serait-ce que parce que trouver une solution à la paraplégie coûterait bien moins cher à la société que les quelque $1,3 million (dollars US) que coûte actuellement un paraplégique dans sa vie.» P.V.3 c CO O z (O Z O < m £ CD m oo Ol Jéciste un jour, jéciste toujours.CO UJ > o Z Z o to* 5f Dans son appartement, a Montréal, M.Benoit Baril prend un plaisir évident à contempler quelques photos anciennes.Il feuillette avec autant de ravissement deux gros albums contenant les premiers numéros d'un journal qu'un bon nombre d'étudiants des années 50 aimeraient certainement revoir.La femme du premier président national de la jeunesse étudiante catholique (|ÉC) pour tout le Canada français est aussi volu-bile que son mari : elle, qui.n'a pourtant jamais «fait de la |ÉC» sinon que par alliance, connaît manifestement une quantité considérable de grands et petits événements ayant marqué les débuts de ce mouvement.À Ottawa, dans son vaste bureau de Rideau Hall, Mme Jeanne Sauvé parle également avec enthousiasme \u2014 et avec une impressionnante simplicité \u2014 de la JÉC de ses jeunes années.Celle qui est devenue gouverneur général du Canada évoque sans difficulté apparente des souvenirs remontant pourtant à aussi loin que 50 ans.L'ambassadeur et ancien ministre Gérard Pelletier, sa femme Alexandrine Leduc-Pelletier, Mme Simone Monet-Char-trand, l'éditorialiste Guy Cormier, le père Germain-Marie Lalande et de nombreux autres se souviennent également.Tous professent même que la |ÊC les a marqués pour la vie.Et, bien que les premiers militants de ce mouvement préféraient n'être désignés sous aucun épithète particulier afin de ne pas se distinguer des autres étudiants, peu d'entre eux, assurément, se formaliseront de la paraphrase suivante : jéciste un jour, jéciste toujours.«Je n'ai pas perdu mon temps »_ M.Baril venait à peine de terminer ses études en philosophie chez les Oblats losqu'un prêtre de cette congrégation, le père Victor-Marie Villeneuve, lui a proposé d'« aller passer quelques années au secrétariat national de la |ÉC», à Montréal.Il y est demeuré quatre ans, de 1936 à 1940, à titre de responsable général du mouvement.«Ces années ont été pour moi une école de formation, d'action sociale, de philosophie avancée et de théologie pratique, affirme-t-il.le n'ai pas perdu mon temps même s'il n'y avait pas de salaire!» Le premier président national de la (EC énumère pêle-mêle les effets positifs pour toute la société et les bienfaits personnels dus à l'action des anciens mili- tants de la lit.Il note, par exemple : « La méthode voir-ju-ger-agir propre aux mouvements d'Action catholique nous a valu, dans ce temps-là, d'être efficaces.Elle demeure une méthode qui n'a jamais cesse de ni \"être utile.» L'insistance avec laquelle la |ÊC a toujours demandé à ses membres d'être des personnes responsables et de travailler à améliorer tout de suite leur milieu de vie plutôt que de ré-ver de transformations futures et de se préparer à être l'élite de demain, souligne également M.Baril, a inculqué aux anciens militants jécistes un sens du réalisme qu'ils ne pouvaient guère trouver ailleurs.Mme Sauvé souligne également qu'elle trouve «extrêmement valable» encore aujourd'hui la pédagogie voir-juger-agir.«C'est un coup de génie de l'avoir adoptée dans un mouvement qui s'appelle l'Action catholique », dit-elle.De sa présence très active au sein de la JEC, Mme Sauvé conserve certainement sa grande facilité de s'adresser même aux jeunes d'aujourd'hui et de les comprendre.Elle sait qu'ils sont très différents des jeunes d'il y a quelques générations.«Leur parler d'obéissance aujourd'hui, ils ne comprendraient pas», fait-elle remarquer.Et en quelques phrases, elle brosse un tableau précis de la jeunesse actuelle, dont elle devine l'insatisfaction et les efforts afin de trouver des réponses à leurs questions.«La jeunesse d'aujourd'hui, affirme-t-elle par ailleurs, est beaucoup plus fraternelle que nous pouvions l'être.» Et elle a-joute : «Aujourd'hui, les jeunes sont ouverts à tout le monde.Ils acceptent tout le monde.» C'est probablement pour cette raison qu'elle les croit «très chrétiens» même si plusieurs d'entre eux ne s'en rendent pas compte.De solides amitiés__ Pour Mme Sauvé comme pour M.Baril, la IIX a été un lieu où se sont nouées de solides amitiés entre d'anciens dirigeants.Le premier président du mouvement dit à ce propos : «Nous étions tous des amis.Et nous le sommes demeurés.» Il est difficile, en effet, de rencontrer des pionniers de la |ÉC des années 30 et 40 qui ne parlent pas en termes chaleureux de leurs compagnons et compa- M.Benoît Baril : \u2022 La méthode voir-juger-agir n'a jamais cessé de Mme Jeanne Sauvé : \u2022 La jeunesse d'aujourd'hui est beaucoup plus fraternelle que nous pouvions l'être.\u2022 m'être utile.\u2022 gnes des «plus belles années de leur vie ».Des noms devenus célèbres fusent, provoquant des sourires et des rires éclatants : Pierre Juneau, Rita Cadieux, Fernand Cadieux, Fernand Du-mont.Daniel lohnson, lean-Paul Geoffroy, Roger Varin.On désigne le plus souvent Mme Sauvé sous son nom de jeune fille : (eanne Benoît.Et Mme Alexandrine Leduc-Pelletier s'appelle encore pour tout le monde «Alec».Le nom de M.Gérard Pelletier, qui a été le deuxième président national de la I EC, ayant rempli cette fonction de 1940 à 1943, et celui de Mme Simone Monet-Chartrand sont aussi très souvent mentionnés.Le sont également ceux d'anciens aumôniers ou de prêtres qui ont joué un rôle majeur dans les premières années du mouvement, particulièrement les pères de Sainte-Croix Emile De-guire, Germain-Marie Lalande, Emile Legault et Maurice La-fond.Puis il y a toutes ces autres personnes, dont MM.Pierre Elliott Trudeau, Michel Char-trand, Claude Ryan, Pierre Va-deboncoeur et le père Ambroise Lafortune, avec lesquelles les anciens militants de la jEC ont eu et entretenu des relations.La centrale nationale de la |ÉC était en effet un carrefour de personnes et de dynamismes de toutes les tendances.Mme Monet-Chartrand, entre autres, rappelle que la JEC, qui est née bien avant l'avènement des cégeps, a été le premier lieu de rencontre des étudiants de tous les collèges.«Puis c'était mixte», ajoute-t-elle, insistant sur le fait que cette particularité, dans le Québec de cette époque, était trop nouvelle pour ne pas scandaliser un bon nombre de personnes.«Une chose assez remarquable, dit encore Mme Monet- photo Robert Mailloux, LA PRESSE Chartrand, c'est que plusieurs garçons et filles qui se sont connus à la jÉC, ou à cause d'elle, se sont mariés entre eux.J'ai épousé Michel en 1942.Alec et Gérard Pelletier se sont mariés en 43.Et d'autres couples se sont formés.» Des militants de la JËC des débuts, Mme Monet-Chartrand signale qu'ils étaient anticléricaux, à cause de l'autoritarisme de l'Église institutionnelle, anti-nationalistes, à cause de Duplessis et internationalistes, à cause de l'isolement dans lequel on maintenait encore les garçons et les filles des collèges et des couvents.«Nous étions tous révolutionnaires», lance-telle.L'époque du formalisme total_ Selon Mme Alexandrine Leduc-Pelletier, qui a été présidente nationale de la JÉCF (la section féminine de la JÉC), le Québec de la fin des années 30 et du début des années 40 était plongé dans le formalisme total.«C'était l'époque du formalisme religieux, du formalisme de pensée, du formalisme social et de l'obéissance.» Pour un grand nombre d'étudiants et d'étudiantes, la JÉC a été accueillie comme l'instrument d'un grand démarrage dans leur vie.Il fallait se prendre en charge, être responsable de ses actes et être conscient que l'Église, c'était aussi les étudiants et les étudiantes.Plusieurs années avant Vatican Il et la Révolution tranquille québécoise, des jeunes ouvraient déjà les fenêtres de l'Église et de la société.Des garçons et des filles se tenaient coudes à coudes \u2014 ce qui n'était pas une mince affaire! \u2014 pour mieux enfoncer les tabous.À chaque année, ils choisissaient des programmes d'action et de réflexion que d'autres mouvements catholiques avaient plutôt tendance à juger dignes de la damnation éternelle.Ainsi, l'année 1943-44 a-t-elle été axée sur le «bien commun physique».En 1945-46, on discutait de «la belle vie en commun».Dès 1939, la permanente jc-ciste Simone Monet proclamait, lors d'une journée d'étude à la centrale catholique de Saint-|ean-d'Iberville : «|e ne tiens pas à être le prolongement du bras et du sacerdoce de l'évéque comme on nous dit parfois, ni son porte-parole.|e veux demeurer une militante laïque de plain-pied et à part entière, dans un travail apostolique où nos propres instruments de travail sont à inventer.Nos messages doivent être conçus et exprimés par nous, à notre façon, dans notre style, à l'intérieur d'équipes, en collégialité.» Et celle que les défenseurs actuels d'une plus grande place des laïcs et des femmes dans l'Église ne désavoueraient certainement pas terminait ainsi sa profession de foi: «jusqu'à ce jour, nous les laies de tout âge et de toute génération, spécifiquement les femmes, avons été des objets de sanctification, de prédication, d'exhortation, de consignes, de mots d'ordre, etc.Nous ne serons plus des répétiteurs de sermons préfabriqués.Nous voulons être traités dans l'Église comme des sujets à part entière, avec des responsabilités réelles.Nous désirons à travers nos études, nos amitiés et nos amours assumer le risque d'être vraiment chrétiens tout en conservant notre libre arbitre.» Des tensions avec la hiérarchie_ Il était inévitable que des tensions allaient surgir entre la JÉC et des membres de la hiérarchie catholique.Cela se manifesta notamment par une opposition acharnée de l'évèque de Rimouski, Mgr Georges Courchesne, qui ne se privait pas d'admonester vertement des dirigeants et des aumôniers de la JEC.M.Gérard Pelletier eut ainsi le douteux bonheur d'être traité par lui de «communiste».D'autres étaient des «protestants».Quant au père Deguire et au père La lande, ils eurent droit aux sobriquets respectifs de «Tête de Calvin moins le génie» et «Père Saute-à-Pic».Certains prélats étaient moins réticents que Mgr Courchesne envers la jÉC.L'archevêque de Montréal, Mgr Joseph Charbonneau, était tout à fait sympathique au mouvement.Mais il est arrivé plus d'une fois que les dirigeants du mouvement aient été surveillés de près par des hommes tels que Mgr Philippe Desranleau, évéque de Sherbrooke, et Mgr Albert Valois, vicaire général du diocèse de Montréal.Un ancien président de la JÉC M.Guy Cormier, se souvient que Mgr Georges-Léon Pelletier, qui était alors évéque auxiliaire à Québec, n'approuvait guère les citations de Charles Péguy dans le journal JEC.Mme Monet-Chartrand ne cache pas qu'elle a été condamnée par trois évèques différents, qui l'ont «mise à la porte de leur diocèse».Mme Pelletier rappelle que la persécution amenait tout simplement les dirigeants jécistes à s'organiser autrement, à «tomber dans la clandestinité».«Un jour, raconte-t-elle, nous avons dû tenir une rencontre dans un autre endroit que celui que nous avions prévu.Nous nous sommes retrouvés dans une grange, à Rose-mont, avec des vaches puis du monde.» On devine que les aumôniers de la JÉC des débuts vivaient parfois des situations difficiles.M.Pelletier leur a rendu hommage en disant qu'ils ont souvent été des paratonnerres au-dessus de la tète des dirigeants du mouvement.M.Cormier confirme que ces prêtres ont en effet plus d'une fois joué le rôle de tampons entre certains membres de la hiérarchie et les responsables jécistes.Mais la JÉC n'a pas été en butte qu'à certains évéques et autres représentants du clergé.Dans quelques institutions d'enseignement, elle a dû croiser le fer avec un autre mouvement de jeunesse, l'ACJC (Action catholique des jeunes canadiens-français).Contrôlée par les jésuites, cette organisation, qui mettait l'accent sur la spiritualité, en même temps que sur le nationalisme, visait également la formation des futures élites.Comme antithèse de la JÉC, en fait, on ne pouvait trouver mieux! L'âge d'or de la JÉC Dans les collèges classiques de l'époque, les couvents, les écoles normales et les écoles techniques, la JÉC avait néanmoins acquis une popularité incroyable.Elle vivait alors son âge d'or.En témoignaient ses journaux et autres publications, que l'on trouvait partout et qui contribuaient grandement à son financement.Parmi eux, il y avait le journal JEC, fondé en 1936 et devenu Vie étudiante en 1946, François (dont le tirage a atteint les 175 000 exemplaires) et sa contrepartie féminine Claire.Il y avait aussi Contact, qui s'adressait aux fédérations diocésaines.Conquérants, destiné aux équipes locales, et la revue Mes fiches, qui est devenue la maison d'édition Fides.Le congrès du 10e anniversaire de la JÉC, qui a eu lieu à Montréal le 25 juin 1945, don-~e aussi une bonne idée de la popularité du mouvement : 30 000 étudiants et étudiantes venues de toutes les parties du Canada, mais aussi des États-Unis, y ont participé.Dans un message de bienvenue adressé aux congressistes, Mgr Charbonneau soulignait : «Répartie dans 23 diocèses avec I 200 sections et 12000 chefs, la JÉC s'impose à l'attention de tous.» Le cri de ralliement de ce congrès était : « Nous étudiants, fiers de notre force, fiers de notre métier».Sur cette photo prise en 1937, l'écrivain français Henri Gheon (au centre) est entouré notamment de Roger Varin et Françoise Baril (1ère rangée, à gauche) et de Alec Leduc et Benoît Baril (à droite).Le père Emile Legault est à gauche dans la rangée du haut.Grâce à Big Brother, la JÉC de 1985 se porte bien JULES BÉLIVEAU est chroniqueur de religion à LA PRESSE Après son \u2022âge d'or-, la Jeunesse étudiante catholique a connu, à compter «le 1949, une succession invraisemblable de crises de toutes sortes: crises d'identité et de financement, soubresauts à l'intérieur même de ses équipes dirigeantes, schisme entre ses responsables et ses aumôniers, etc Le tout ayant pour toile de fond l'avènement de la télévision, le changement de mentalité de la société québécoise, ta disparition des collèges classiques et la naissance des écoles polyvalentes et des cégeps, le désintéresse* ment grandissant de la jeunesse face aux questions religieuses et à l'Église et ta baisse de la pratique religieuse.Ce qui devait arriver arriva : en 1968, ses dirigeants nationaux et les responsables diocésains de Montréal, Québec, Saint-Jérôme et Sherbrooke ayant démissionné en bloc, la JEC était pratiquement rayée de la carte du Québec Pendant quelques années, seuls quelques diocèses parviennent à maintenir allumée une toute petite flamme.Après une.tentative rapidement avortée en 1970, l'année 1972 marque toutefois le moment de la relance.La reconstruction s'amorce avec l'engagement de deux permanents nationaux et l'embauche de permanents dans les cinq diocèses où la JÉC est encore implan- En 1*74.près de 120 étudiants des diocèses de Joliette, Rimouski, Québec, Saint-Jean, Montréal et Chicoutimi participent à un camp d'été national baptisé -Bip Brother-.Pour la première fois depuis 19*9, des étudiants provenant d'équipes locales se rencontrent et se sentent solidaires.Plusieurs croient aujourd'hui que c'est grâce à Big Brother que la JÊC existe encore en 1985.Parce que, même si elle n'a jamais retrouvé l'opulence de son Age d'or des années 40, ta JÉC de 1985 se porte relativement bien.Selon un permanent, Denis Roy, do la Centrale nationale (maintenant située dans une maison des Frères de l'instruction chrétienne, rue Brébeuf, à Montréal), lo JÉC se compose aujourd'hui de 150 équipes réparties dans huit diocèses : Chi-coutimi, Québec, Joiiette, Saint-Hyacinthe, Montréal, Saint-Jean-Longueuil, Volteyfîeld et Hull.Des équipes sont sur le point de se former dans les diocèses de Saint-Jérôme et de Sherbrooke.Et le mouvement rejoint au total environ 2 000 étudiants des écoles secondaires ou poly va lentes.La preuve que la JÉC se porte relativement bien?\u2022 Aujourd'hui comme hier, dit Denis Roy, la JÉC demeure fidèle au milieu étudiant et tient toujours à être collée à ce qui s'y passe.Comme elle le faisait dès ses débuts, elle revendique pour les laïcs la place qu'ils doivent occuper dans l'Église.Les permanents et les dirigeants de ta JÉC ne sont pas les courroies de transmission des évèques.Nous considérons que les étudiants ont lout de suite une mission spécifique à remplir dans la société et dans l'Église.* photo Pierre McCann, LA PRESSE Denis Roy : «La JÉC demeure fidèle au milieu étudiant.* Ai ssis au bord du bassin dont les lignes tracent l'image d'un plan d'eau -du siècle dernier, on se laisse facilement aller à la contemplation de ce lieu qui compte parmi les plus caractérisés de Montréal.Les allées, les bâti- CÉCILE GRENIER et DiNU BUMBARU ments environnants (si l'on fait abstraction de l'Institut d'hôtellerie), les jeux de la fontaine et les arbres qui se reflètent dans l'eau conservent à ce square son cachet romantique.Si son bassin joue maintenant ce rôle esthétique, il avait autrefois un rôle beaucoup plus prosaïque : celui de réservoir d'eau potable pour la ville qui se situait en bas de ta côte.L'eau et la ville_ Au début du XIXe siècle, avant la construction des réservoirs et des aqueducs, les Montréalais s'alimentaient en eau à partir de puits où ils la prenaient de porteurs qui leur vendaient une eau plus ou moins claire tirée du fleuve.En 1801, Joseph Frobisher, marchand de fourrure, John Gray, premier président de la LE CARRÉ SAINT-LOUIS Une histoire d'eau Banque de Montréal, et Daniel Sutherland, premier gérant de cette banque, fondaient la Compagnie des propriétaires de l'Aqueduc de Montréal.Cette compagnie installa un premier réseau de tuyaux de bois alimenté par l'étang situé derrière le village de la Côtc-des-Neiges.Ces tuyaux longeaient les rues Mon-kland et la Côte-St-Antoine.Les bris étaient fréquents et le système fonctionnait somme toute assez mal.En 1816, la compagnie et sa franchise de 50 ans furent mises en vente et achetées quatre ans plus tard par une autre compagnie.Le vieux réseau fut remplacé par des tuyaux de fer de 4 pouces (quel débit!) alimenté du fleuve au moyen de pompes à vapeur.La compagnie passa en 1830 aux mains de Moses judas Hayes, un des premiers juifs à détenir un poste dans la fonction publique au Québec (il fut juge et plus tard chef de la police de Montréal).Sa firme remplaça les tuyaux par des conduites de 10 pouces et améliora le système de pompage.En 1843, Montréal possédait un réseau de conduites de 14 milles.L'eau était conservée dans des ci ternes dans les bâtiments de la Compagnie des eaux, située sur la rue Notre-Dame près de Bon-secours.En 1839, ce réservoir avait une capacité de V* de million de gallons.Le nouveau réservoir La Ville acheta cette compagnie et ses bâtiments en 1845.La commission de l'Aqueduc décida en 1848 que le système existant était inadéquat et qu'il fallait construire un nouveau réservoir.Le site fut choisi le 4 août 1848 et acheté le 2 septembre de la même année d'Alexandre Maurice Delisle, greffier de la paix, qui l'avait lui-même acquis en 1844 de Denis-Benjamin Viger.Ce terrain était situé 130 pieds plus haut que le fleuve, mais seulement 20 plus haut que l'ancien réservoir, élévation qui permettait d'obtenir une pression adéquate.Il était borné à l'est par la rue Saint-Denis, à l'ouest par la rue Sainte-Elizabeth (maintenant Laval), au nord et au sud par d'autres terrains appartenant à A.M.Delisle.Dans les conditions de vente, on exigeait que le réservoir soit orne de deux plantations d'arbres forestiers, que les bâtiments construits autour soient de pierre ou de brique, que leurs toits soient recouverts de métal et qu'ils n'abritent aucune fonction manufacturière qui aurait fait baisser la valeur des propriétés avoisinantes.En 1851, le jour de la Sain: (ean-Baptiste, le nouveau réservoir est inauguré sous le nom de Réservoir |ean-Baptiste.Il est entouré d'un talus d'une dizaine de pieds de hauteur qui lui donne une profondeur totale de 20 pieds et une contenance de 3 millions de gallons; des clôtures *~ Carnaval d'hiver au vieux réservoir.Cette gravure est tirée du Canadian lllustrataed News, S avril 1879.le ceinturent et des escaliers mènent au bassin.Mais cette capacité devait vite se révéler insuffisante : le grand incendie de 1852 poussa la Ville à vouloir s'assurer de réserves d'eau plus importantes.Le réservoir McTavish (15 millions de gallons) fut construit en 185b et, dès le début des années 1870, le réservoir |can-Baptistc était devenu désuet.Du réservoir aquatique au square public_ Dans un rapport .du surintendant de l'Aqueduc de Montréal, en 1873, on peut lire la proposition de transformer en square public ce réservoir désormais inutile comme tel.En 1879, on décide de concrétiser cette idée.Jl n'y a pas encore de maisons au sud et au nord du site.Sur la rue Laval, face au réservoir, il n'y a que deux maisons.Rue Saint-Denis.l'Institut des sourdes-muettes n'était alors qu'une longue maison basse dont le premier étage était orné d'une véranda.Plus au sud.sur Sherbrooke, on trouvait les propriétés de Monseigneur Bourget et des Soeurs du Bon Pasjleur.Le service de la Voirie qui prit charge du parc et fit disparaître les talus.Une fois le niveau du bassin ramené au niveau de celui des rues, on put utiliser le réservoir en hiver comme patinoire.L'année suivante, le parc prend le nom de Square Saint-Louis.La clôture est démolie et remplacée par une chaine de pierre, le terrain est gazonné.les côtés et le fond du réservoir empierrés et on installe une fontaine.En 1881, des allées sont tracées et la Ville accepte de prendre possession du terrain que lui of fre la succession Delisle en bordure du square pour en faire des rues.Ces rues (Ernest et Albina) seront très vite bordées de maisons victoriennes au décor exubérant formant une unité d'ensemble évocatrice des squares géorgiens.Elles abritent la haute bourgeoisie canadienne-française de l'époque.Y logeront entre autres le maire Payette, l'hon.Israel Tarte, ministre des Travaux publics dans le cabinet Laurier, l'hon.Ernest Préfontaine, maire de Montréal et ministre de la Marine dans.ee même cabinet, God-froi Langlois, directeur du journal Le Canada et député de Saint-Louis, le Dr de Lotbinière-rtarwoodr^tmfnent \"chirurgien, E.-Z.Massicotte, historien et ar- chiviste, et les deux frères Emmanuel et lean-Baptiste Saint-Louis, importants entrepreneurs et pro-priétaires de nombreuses maisons autour du square (on ne sait trop s'ils donnèrent leur nom au square ou si celui-ci le tire du quartier dans lequel il est situé).Sur les rues voisines vivaient également d'autres personnalités de l'époque dont Emile Nelligan, Albert Lozeau et Louis Frechette.Saint-Louis-Plage_ En 1877, un club de natation demande la permission à la Ville d'installer une école de natation aux abords de l'ancien réservoir lean-Baptiste.La Commission de l'Aqueduc se prononce contre l'octroi d'un tel permis.Mais, en 1902, de nouveaux promoteurs d'idées exotiques reviennent à la charge.Voulant offrir distractions et jeux en plein air aux jeunes Montréalais qui ne peuvent aller à la campagne, ils projetaient d'agrandir pour le transformer en station balnéaire durant l'été le bassin du Square Saint-Louis.L'exposé des motifs du projet faisait appel à une intervention semblable à Buffalo.Les parcs montréalais faisaient déjà l'objet de convoitises pour des projets plus ou moins farfelus toujours vantés pour leur apport positif à l'existant.Dans ce cas précis, le bassin était décrit comme une sale crapaudière ne pouvant que tirer bénéfice d'un tel aménagement.L>és 1883, les infiltrations d'eau à partir du réservoir causèrent des problèmes aux fondations des maisons riveraines.Si bien que leurs propriétaires exigèrent que la Ville cimente le fond du bassin.En réponse, celle-ci en réduisit la profondeur à 3 pieds.Elle finira par en cimenter le lit en 1903.Les problèmes liés au contrôle des foules à Montréal ne datent Un grand projet : une station balnéaire pour les enfants.1902.pas d'hier.Le 21 juin 1904, A.Pi-notteau, surintendant des parcs, conclut quant à la tenue d'un concert en plein air dans le carré : «Mon opinion est que les fleurs seront en partie détruites.(.) Si ce concert a lieu, des arrangements devront être pris avec le chef de police.Un homme devra être posté à chaque massif de fleurs (.) et une dizaine d'autres devront être disséminés ici et là pour la protection du square en général.C'est un précédent qu'il ne vaut peut-être pas la peine d'établir.» Ce surintendant, avec les masses des temps présents, n'aurait certainement pas permis les grands rassemblements de récente mémoire.Bien plus tard, les foules envahiront le square qui entre-temps avait perdu son air « fashionable*, ses habitants ayant déménagé vers Outremont.À la fin des années 60, la jeunesse contestataire s'y installe, ce qui donne lieu à quelques heurts avec les forces de l'ordre et certains résidants du quartier.En juin 1971, la Ville décide d'imposer un couvre-feu.Le square ne sera «ouvert » qu'entre 7h et 23 h, à la déception des jeu- nes et des anciens habitants du quartier.Site artistique Le square St-Louis, vers 1880.En 1970, les artistes créeront sur le square des oeuvres qui seront exposées immédiatement sur place : ce sera la Fête de l'oeil et de la main.Elle marque l'émergence dans la ville du square Saint-Louis en tant que haut lieu de regroupement et d'avant-garde pour l'imaginaire et la création.D'autres manifestations de ce type auront lieu.De l'une d'entre elles proviennent les sculptures de Vaillancourt qui ornent le square aujourd'hui.Elles disparaîtront subitement la première fin de semaine de novembre 1979.pour reapparaître tout aussi mystérieusement au cours de la semaine suivante.Dans les années 70, une génération qui en avait marre de l'insignifiance et de l'insipidité des constructions neuves de l'époque se tourna vers le charme de l'ancien et petit à petit s'appropriera le square et ses rues environnantes.Malheureusement, elle n'était pas seule à apprécier la valeur du secteur.La venue du métro et la proximité de la rue Sherbrooke et du centre-ville donnèrent lieu à une forte spéculation qui menaça le square et son unité.Mais ce qui a véritablement réussi à détruire cette unité, c'est l'arrivée de l'Institut d'hôtellerie, qui s'est mérité en 1973 le prix citron de la Société d'architecture de Montréal.De nombreuses tours ont envahi le secteur comme on l'observe au coin des rues Berri et Sherbrooke.En 1974, une society, suisse, Procans Fitianz, allait éri-^ ger deux tours \u2014 l'une d'habitation et l'autre de bureau.1; \u2014 rue Sherbrooke, au sud du square, sur le terrain vague ou était l'Institut familial des Soeurs du Bon Pasteur.Les rues et maisons avoi-sinantes y auraient beaucoup perdu en échelle et en charme, mais sans doute y auraient-elles gagné en ombrage! De vives protestations mirent fin au projet et, en 1976, le Service de l'habitation et de l'urbanisme de la Ville publiait un projet de zonage pour protéger le square Saint-louis et les rues avoisinautes.La Ville gela alors pour 90 jours toute démolition, transformation et création de terrain de stationnement dans une vaste zone partant de la rue Sherbroo- î2 kc et s'étendant jusqu'à Outre- Si mont.'L Jusque-là le zonage était axé q sur le principe d'une hauteur mi- z nimum pour les constructions ^ neuves.Ce nouveau zonage dé- ÇT créta une hauteur maximale de F 35 pieds ou de trois étages pour .Ainsi, on compte beaucoup sur l'industrie touristique, San Sebastian ayant été, au début du 20e siècle, la station balnéaire la plus fréquentée d'Europe.A Bilbao, l'industrie lourde est florissante.On cultive aussi bien sûr la laine avec les moutons de montagne et on commence à développer une industrie viticole promise à un brillant avenir.? L'EMPIRE DES SENS Serge Grenier (magasinage Le centre Rockland S'y rendre n'est pas chose facile, surtout si l'on doit emprunter le boulevard métropolitain à l'heure de pointe (c'est toujours l'heure de pointe, boulevard métropolitain).Le parking est immense; aussi est-il fortement conseillé de noter le numéro de section car il n'y a rien de plus désagréable que de circuler dans les allées humides, les bras chargés de sacs, à la recherche de sa voiture.Le centre Rockland ressemble à tous les autres centres commerciaux: comptoirs d'infâme fast-food, succursale de la SAQ, Eaton, La Baie, Holt Renfrew et ces boutiques qu'on retrouve au centre-ville.Un peu moins de «bag la-dies», un peu plus de chevelures bleutées et de chemisiers en lamé.Par ce calme lundi après-midi, des établissements où l'on aperçoit plus d'employés que de clients.Et la question: comment font-ils pour survivre?J'entre dans une boutique (The Linen Chest) en môme temps qu'une jeune femme s'apprête à en sortir.Un agent de sécurité, pas plus subtilement qu'il ne faut, l'interpelle et lui demande d'exhiber son coupon de caisse.Elle l'a.Au lieu de s'excuser, il se contente de lui dire: «Ok, ça va.» Elle aurait été en droit de protester mais elle n'en fait rien.Une vendeuse, pas très subtile, elle non plus, demande à l'agent & voix haute: «L'as-tu vu faire?» Il n'est pas certain: peut-être ben que oui, peut-être ben que non.le me sens inconfortable, presque coupable.Je ressors, ayant perdu toute envie de profiter des réductions de 30% sur la marchandise en magasin.Je profiterai plutôt des rabais d'Eaton où le choix d'édredons est moins vaste et le personnel moins soupçonneux.Et puis, Rockland, Pointe-Claire ou Galeries d'Anjou, je déteste les centres commerciaux, le retrouve sans trop de peine ma voiture et je retourne jouer dans le trafic du boulevard métropolitain.gadget) La télé de poche Elle sera bientôt disponible au Canada.Fabriquée par Seiko (les montres), elle a la taille d'un paquet de cigarettes king size et son écran à cristaux liquides mesure 4 cm sur 5 cm.Une petite-merveille qui se vend 200$ aux Etats-Unis (le double pour la telé-couleur).à la télé) Les soaps Quoi de mieux qu'une bonne grippe pour savoir ce qui se passe à la télé américaine en dO-but d'après-midi! Un soap n'attend pas l'autre.D'abord, les titres: Another World, All My Children, As The World Turns, Days of Our Lives, Search for Tomorrow.Des histoires qui se ressemblent tellement qu'on peut passer de l'une à l'autre et se construire son propre scénario.Tout y est étrangement semblable: les intérieurs cossus, les robes du soir portées tôt le matin, les coiffures élaborées, les lourds bijoux, les flûtes de champagne.Ici ou là, un visage connu: Jean Leclerc, Daniel Pilon ou Serge Dupire.Et quand on en a assez de tout ce luxe, on regarde un vieil épisode de «Terre Humaine» (tous les jours à 13 heures) afin de retrouver ces bonnes vieilles tasses de thé avalées sur un coin de table de cuisine de chez nous, ces tabliers, ces bretelles et ces chemises à carreaux dont Mia Rid-dez a le secret.exposition D La vie selon Life Avant Paris-Match, avant tous les autres, c'est le magazine Lite qui a fait un genre de la photo d actualité.A l'occasion de son 50e anniversaire, une exposition itinérante intitulée «The Second Decade: 1946-1955» s'arrête, jusqu'au 1er décembre, au musée Marsil, 349 Riverside Drive, Saint-Lambert.magazine D Pour oenophîles Une nouvelle publication pour amateurs avertis: Vins et Vignes.Appréciations d'une centaine de crus disponibles ici et dont la plupart se vendent moins de 10$, reportage sur ces vignobles californiens qu'on a trop souvent tendance à déconsidérer.Tout sur la dégustation, le choix des verres, la conservation, le vocabulaire du vin.Un magazine à donner soif.c y> O Z 2 Z o .< ^ m a> V) LU OC m 5 DEMAIN L'AN 2000 Yves Lecterc Des ordinateurs africains?J'ai vécu il y a quelques semaines une expérience fort intéressante: j'ai participé ù Dakar, au Sénégal, à un séminaire sur l'informatique médicale groupant des participants de huit pays, organisé par le Bureau intergouvernemental pour l'informatique (IB1) et animé par une entreprise québécoise, ELIF, probablement la seule boite d'informatique au Québec qui ait un bureau en Afrique.L'IBI est un organisme international comprenant une quarantaine de pays, dont la mission est d'informatiser le tiers-monde.Il organise des conférences, des séminaires, des stages de formation dans le monde arabe, en Afrique et en Amérique latine, et participe même à des projets d'implantation.Pourquoi, dans ce cas précis, un séminaire sur l'informatique médicale?Parce que c'est un des domaines « riches en information » qui posent les plus grands problèmes sur le continent africain et dans le tiers-monde en général ; c'est aussi l'un de ceux où on croit que les solutions déjà mises au point dans les pays industrialisés peuvent être applicables ailleurs sans modifications majeures.Des besoins urgents Sur l'importance et l'urgence des besoins de l'Afrique en matière de santé, je crois que je n'ai pas besoin d'insister longuement.Les problèmes se posent à plusieurs niveaux et prennent plusieurs formes.Au cours du séminaire, les éléments suivants ont été soulignés: Dans une foule de secteurs des difficultés qui sont considérées en grande partie réglées chez nous sont encore dominantes là-bas : contrôle des épidémies, maladies infantiles, anémies et infections.Souvent une composante importante de ces problèmes est le manque d'information et de statistiques récentes sur la situation.Par exemple, dans un pays qui est aux prises avec des épidémies chroniques, le rapport sur la situation en 1978 n'a été publié qu'il y a quelques mois, faute de moyens appropriés pour recueillir et traiter l'information.Deuxièmement, les ressources sont rares.Équipement clinique et surtout médicaments sont en état de manque chronique, et parfois ce qui est disponible est gaspillé faute d'une gestion cohérente.L'informatique ne peut évidemment remplacer les remèdes inexistants, mais elle peut du moins permettre de mieux gérer ceux qui existent.Autre problème angoissant : le manque de.personnel expert.La situation varie d'un pays à l'autre ; à certains endroits, il n'y a tout simplement pas de médecins ; ailleurs, ils existent mais doivent se partager entre une multitude de tâches (enseignement, administration, éducation populaire, etc.) qui les forcent à se disperser et les rendent peu efficaces.Sur ce dernier point, les participants au séminaire de Dakar se sont montrés fort critiques vis-à-vis l'expérience tentée au Tchad par le Centre mondial d'informatique de Paris, expérience qui consiste à suppléer au manque de médecins par des ordinateurs portatifs programmés pour donner des diagnostics des maladies les plus courantes.En échange, ils se montrent très intéressés par les outils didactiques qui permettent d'accroître l'efficacité des enseignants et de diminuer leur charge pour leur permettre de faire autre chose (nous avions avec nous des programmes mis au point par la Faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke), et par tout ce qui peut réduire le temps que les praticiens sont obligés de consacrer MBC-550-2 ?ORDINATEUR 128K EXPANSIBLE_ n LOGICIEL WORDSTAR INCLUS I I I I n LECTEUR DE DISQUETTE ¦ 360K INCLUS_¦ ?MS-DOS__I MONITEUR J EN sus m i 998s 271-2316 783 MISTRAL aux charges administratives et à la préparation de paperasse.Des besoins différents Comme je le mentionnais la semaine dernière, la quasi totalité de nos hôpitaux et une bonne part de nos cliniques ont une gestion informatisée.En Afrique, ce type d'informatisation non seulement n'existe pas, mais il n'est pas souhaité, sauf là où il permet de libérer des médecins des tâches de gestion pour leur permettre de retourner à la pratique.Il est évident que les priorités sont différentes.Entre autres, ceux d'entre nous qui sont un peu plus âgés se rappelleront les grandes campagnes de santé publique et de vaccination d'il y a deux ou trois décennies, entre autres contre la tuberculose et contre la polio.Ce type d'effort, pratiquement oublié chez nous, mobilise des ressources importantes en Afrique et souvent dans des conditions difficiles: les médias d'information, les réseaux de communication et de transport sont moins développés.La lutte contre les épidémies occupe une place importante parmi les priorités de la médecine africaine.Elle se mène sur deux fronts: dépistage et guéri-son des maladies endémiques d'une part, prévention par l'amélioration des conditions d'hygiène et d'alimentation et par l'éducation populaire de l'autre.Dans un cas comme dans l'autre cela comporte une composante « information » importante dans laquelle l'informatique peut jouer un rôle.Mais devant tant de problèmes, et face à des ressources financières, techniques et humaines souvent très limitées, l'ordinateur n'cst-il pas un luxe pour la médecine du tiers monde ?C'est la question évidente qui s'est posée à plusieurs des participants à l'issue du séminaire.Et à laquelle un représentant de l'Organisation mondiale de la santé a répondu à peu près comme suit : « Non, l'ordinateur n'est pas un luxe pour nous, justement parce que nous avons peu de moyens et peu d'argent.Nous ne pouvons permettre de gaspiller le peu que nous avons, de planifier et de gérer nos ressources à peu près comme peuvent le faire les pays d'abondance du Nord.Nous ne pouvons nous permettre de ne pas utiliser les outils d'information, de gestion et de communication qui sont disponibles, surtout si on tient compte du fait que depuis quelques années, tout d'un coup, ces outils sont à notre portée et par le coût et par la simplicité et la fiabilité de fonctionnement accrues.» LE COURRIER Cher Monsieur, Chaque fois qu'on veut acheter un ordinateur, le problème de l'anglais se pose.Ou bien la documentation est en anglais, ou bien ce sont les programmes, ou bien l'écran n'est pas capable de montrer des lettres avec accent.Je sais bien que la plupart des ordinateurs vendus au Québec sont américains, mais comment se fait-il qu'ils ne fonctionnent pas en français alors que la plupart des autres produits importés eux sont francisés?Je pensais qu'avec la Loi 101, tous les produits vendus chez nous devaient être au moins bilingues.S.Lalonde, Verdun RÉPONSE: Beaucoup d'autres gens partagent avec vous cette illusion, car c'en est une.En réalité, la loi est ainsi faite qu'il semble n'y avoir aucune obligation de la part des fabricants d'ordinateurs à franciser leurs produits.|e ne suis pas certain que je possède toute l'information pertinente à ce sujet, mais voici toujours ce que j'en sais.Notez tout d'abord que la partie de la loi qui s'applique aux produits manufacturés s'intéresse essentiellement non pas au contenu mais au contenant ; elle ne porte pas sur la francisation des produits, mais sur celle des emballages.En d'autres termes, ce n'est pas la manière dont un ordinateur fonctionne, ni même ce qu'il affiche sur l'écran, qui pourrait tomber sous le coup de la législation, mais ce qui est écrit sur le boîtier et même sur le carton.Même là la loi ne couvre pas tout: par exemple, elle excepte les inscriptions qui sont gravées ou moulées dans le produit lui-même, ce qui comprend par exemple les touches d'un clavier.Dans certains cas il faut simplement que le fabricant ajoute une étiquette imprimée contenant l'équivalent en français.En ce qui a trait à l'affichage, deux problèmes distincts se posent, un de matériel et un de logiciel.Certains écrans sont configurés de telle sorte qu'ils ne peuvent tout simplement pas afficher des caractères accentués.C'est le cas pour toute « matrice » de caractères qui a moins de huit points de haut (et même dans le cas des matrices de huit points, il peut y avoir des problèmes, comme cela s'est produit avec les Commodore).Ceci n'est pas couvert par la loi, qui ne prévoit pas l'obligation pour un fabricant de changer les caractéristiques physiques de son produit.Et même si On adrets* I* courrier à Yves Leclcrc la Pmn - PLUS 7, ru» Sainr-JacqvM Montréal.Que.H2Y 1K9 elle le faisait, combien se plieraient à cette exigence pour un marché aussi petit que le nôtre?Du côté du logiciel, maintenant : il se trouve dans un « no man's land » qui n'avait pas été prévu par le législateur.Les programmes peuvent soit être jugés produits manufacturés, auquel cas ils devraient être francisés, soit considérés produits culturels, auquel cas ils échappent à la loi.De toute façon, le gouvernement est parfaitement conscient que s'il bloquait l'entrée au Québec des logiciels non francisés, pas mal de gens les commanderaient par correspondance aux USA ou en Ontario, ou iraient les chercher à Plattsburgh ou à Burlington (on ne paie la douane que sur la valeur de la disquette ou cassette vierge).Le même genre de problème se pose pour la documentation : elle est soit un mode d'emploi accompagnant un produit, auquel cas elle est soumise en principe à la loi, soit un imprimé technique et un produit culturel, auquel cas elle n'y est pas soumise.Si on interdisait la vente d'un ordinateur parce que sa documentation est en anglais, le fabricant n'aurait qu'à la sortir de la boîte et à la vendre ou la donner séparément, et le tour serait joué.Couvrant tout cela, et rendant les choses encore plus confuses pour nous et plus faciles pour les fabricants étrangers et les importateurs, il y a le fait que les produits de haute technologie, et les produits à caractère technique dont l'usage est limité à des clientèles restreintes, sont de toute façon soustraits à l'effet de la Loi sur la langue ; cela peut être interprété comme comprenant à peu près tous les produits informatiques.Malgré tout, il faut admettre que certaines sociétés ont fait un effort supérieur à la moyenne pour adapter leurs produits au pays.C'est le cas entre autres d'IBM, dont c'est la politique proclamée de le faire partout où c'est économiquement possible, et d'Apple qui, surtout avec le Macintosh, tend à développer des produits qui ont dès le départ une personnalité «internationale» et qui sont particulièrement faciles à «nationaliser».Commodore aussi a fait par le passé des efforts méritoires dans le même sens, mais j'ai l'impression qu'avec les problèmes que cette compagnie a eus depuis un an, sa détermination a fléchi.On verra comment elle procédera pour les nouveaux modèles Commodore 128 et Amiga, qui apparaissent ces jours-ci sur notre marché. I POUR LIRE Jean Basile Diable et ivresse Le diable exise-t-il ?On le dit mais on n'en est pas sûr.Bernard Teys-sèdre, lui, n'en doute pas puisqu'il vient de publier les deux premiers volumes d'une petite somme sur le diable, justement.Le premier, intitulé Naissance du Diable (I) traite de ce joli monsieur des temps lointains de Babylone jusqu'aux grottes de la mer Morte.Le deuxième.Le Diable en enfer parle d'un diable que l'on connaît mieux puisque c'est lui qui nous envoie en enfer, celui des chrétiens.Mais qu'est-ce que le diable ?Ou même, qui est le diable car, au fond, on ne sait pas très bien si c'est une chose ou un être.Il s'agit, naturellement, de savoir si l'on parle sur le plan religieux où Dieu, quel qu'il soit, représente le bien idéal, ou sur le plan d'une idée philosophique.Le diable, alors, est ce qu'il y a de mal en tout, ce qui nous déplaît, ce qui nous fait souffrir.Ou, plus bêtement, la méchanceté, celle que nous infligeons aux autres.En réalité, ce n'est pas si simple.Des milliers de pages ont été écrites sur ce sujet.Des sommes théologiques.Des tentatives psychologiques aussi comme par exemple, les travaux sur les « possédés » de Charcot.Bernard Teyssédre est plus sage et surtout plus modeste.Il tente essentiellement de tracer une histoire par les textes.Par les images aussi car très tôt, le diable s'est vu donner un corps quelconque par les hommes qui le connaissaient et le redoutaient.Comment « sentait »-on le diable ?Comment le représentait-on ?Comment s'en protégeait-on ou comment faisait-on appel à ses services ?Voilà déjà bien des questions et les réponses sont autant de témoignages des hommes sur eux-mêmes et sur les sociétés qu'ils ont bâties pour leur prospérité et pour leur protection.Ce qui frappe surtout dans ces pages, c'est que le diable à Babylone ou lérusalem est très près de l'être humain.Il souffre avec lui.Il se perd avec lui.Dangereux ?Oui, certes.Mais le diable est aussi un pauvre bougre, pas très fier de lui quoiqu'il puisse avoir aussi de la superbe.Le diable est surtout divers, aussi divers que l'imagination de l'homme.Aussi divers que ses peurs.Car, avant que le Bernard Teyssédre Naissance du Diable \t \tjjHl - - \t \tWKÊ Albin Michel christianisme contemporain ne fasse du diable une seule et même personne, le diable, Satan, le personnage est multiforme.L'univers secret est peuplé de toutes sortes de diables.Les diables sont légion.Il y a eu une hiérarchie du diable comme il y a une hiérarchie des saints.Bernard Teyssédre dit tout cela et bien plus encore.Sa liste n'est sans doute pas exhaustive mais elle est déjà énorme.Son ouvrage est, finalement, l'histoire d'une impayable illusion.Parfois une plaisanterie.Parfois un drame.En réalité, Bernard Teyssédre ne se prononce pas sur sa croyance au diable.Son analyse tend même à prouver que le diable n'existe pas, ni religieusement, ni philosophiquement.Partout où l'on parle du diable, partout où l'on dessine le diable, il y a une raison.Elle peut être sociale, collective.Elle peut être aussi personnelle.Par exemple, le diable n'est pas forcément l'image de la luxure.L'histoire ne montre pas que la sexualité a toujours été la force dominante chez l'être humain qui, dans d'autres temps, avait d'autre chose à penser qu'à la chair.Le diable a donc nom d'avarice, de désir de pouvoir, etc.Certes, Bernard Teyssédre se garde de conclure.Qui le pourrait ?Pourtant, il en arrive à quelques constatations* surprenantes.Le diable, oui, est ce qui est de désagréable en nous.Il est aussi le résultat de la peur que nous avons des autres.Le diable, en somme, prend la forme de la menace.Chose curieuse, car on croirait le contraire, il est une personnification de la convention, de l'immobilité, du conformisme car c'est toujours par le repli que l'on se défend.Le diable, au fond, ce sont les autres, ceux qui, pour une raison ou pour une autre, leur race, leur langue, leur sexe, leur sexualité, etc.sont différents de nous.Un ouvrage érudit mais quand même assez facile à lire malgré les innombrables citations.L'ivresse_ De l'ivresse, on aimerait tout dire et, surtout, dire que c'est bon.La revue Corps écrit (2), pour son numéro 13, a rassemblé quelques textes sur ce sujet toujours intéressant.Hélas, non ! Pas toujours intéressant, comme si dès qu'un spécialiste touche une chose, elle perdait tout son éclat, tout son charme.Il y a de bons noms, Butor, Didier Roche, Casamayor, etc.Pourtant, peu de ces textes dépassent le banal, comme si rien ne s'était passé depuis 1950 environ.Didier-Jacques Duché parlant de l'ivresse des intoxicants, cite Lewin dont les travaux datent de 1928 environ.Il y a le texte obligatoire en ce moment sur l'ivresse « mystique » de Saint lean de la Croix, mystique et sensuel, même sexuel, ce qui veut dire la même chose.On y trouvera aussi de la poésie grecque mais, d'évidence, Jacqueline de Romilly ne s'est jamais posé la question de savoir ce qu'était le vin grec qui n'a rien à voir avec ce que l'on appelle vin aujourd'hui.Le vin grec était, en fait, un vin d'herbes stimulantes concocté pour obtenir certains effets.Le seul texte un peu intéressant est celui de Michel Butor sur les expériences psychédéliques de Michaux.Mais il est intéressant par paradoxe.Butor ne retient des expériences de Michaux que ce qui est négatif.L'ivresse dite par ceux qui ne l'ont jamais connue ou qui, l'ayant connue, en ont un peu honte.ça dessoûle.11 ) Naissance du diable (de Babylone aux grottes de la mer Morte) et Le Diable et l'Enfer (au temps de lésus), 2 volumes, chacun 360 pages, Albin Michel, éditeur.(2) Corps écrit, nr 13, «L'Ivresse», en collaboration, 200 pages.PUF, éditeur.PARLER D'ICI Philippe Barbaud Québécismes grammaticaux (1) Le terme même de «québécisme» dont les gens de l'Office de la langue française font maintenant la promotion, n'est pas sans me chiffonner quelque peu.Bien sûr, je n'en ferai pas un drame et finirai par m'y faire.N'empêche que le terme de «canadianisme» auquel je suis habitué se voit refoulé aux confins de je ne sais quel désert terminologique.Ce dernier mot a depuis longtemps ses lettres de noblesse, me semble-t-il.Est-il appelé à disparaître de notre vocabulaire linguistique?I au dra-t-il inventer les termes de «manitobismes» ou «d'acadia-nismes» pour désigner les autres vocables régionaux du français du Canada?Quoi qu'il en soit, je trouve frustrant de voir le vocabulaire officiel d'ici rétrécir graduellement ses horizons aux limites de notre ego territorial.Le fait français en Amérique du Nord n'a pas seulement le Québec comme terre d'accueil pour avoir le droit d'être nommé.Il est parfaitement légitime, dois-je dire, que l'OLF puisse gouverner la langue française en termes de «canadianismes».Ce que j'appelle les « québécismes grammaticaux» sont habituellement des expressions que nous employons d'autant plus fréquemment qu'elles servent à construire les phrases.Ce sont des locutions adverbiales, des locutions conjonctives ou prépositives ou autres éléments invariables qui se distinguent du vocabulaire courant parce que ce sont des «mots-outils» et non des «mots-message» de la langue.Je dois confier que les chroniques de-langue du Canada français n'ont abordé que rarement le sujet.Personne jusqu'ici, à ma connaissance, ne s'est préoccupé d'évaluer le degré de québécitude des mots-outils qui nous sont les plus familiers.Par exemple, vous pourriez fort bien vous reconnaître dans une phrase telle que: «Un coup que le moteur est parti, mon char va bien».Voilà certes du parler bien ordinaire.Est-ce le mot «char» qui en constitue tout l'intérêt?C'est secondaire, à mon avis.C'est pourtant devenu une tradition que d'en discuter.En revanche, rarissimes sont ceux qui voient un problème dans l'expression «UN COUP QUE».Une raison bien simple est que cette locution conjonctive ne figure ni dans le Quillet ni dans le Robert, entre autres.Elle ne serait donc pas conforme à la grammaire du français correct ou à tout le moins, moderne.Elle fait alors une concurrence directe à la locution conjonctive «DÈS QUt* qui, elle, appartient a la grammaire du français moderne.En effet, «un coup que» dans mon exemple, introduit comme «dés que» une proposition subordonnée de temps.Alors se pose la question : doit-on considérer cette locution comme un québécisme grammatical ?Une raison de le faire serait d'invoquer l'argument de «l'archaïsme» ou du «dialectalis-me» puisque, conformément à la définition que retient l'OLF, il s'agit d'une forme ancienne \u2014 non plus lexicale mais grammaticale \u2014 originaire de France ou de l'une de ses régions et qui est encore d'un usage répandu au Québec Des savants comme Victor Barbeau et Oscar Dunn en précisent même l'origine dialectale: Anjou, Berry, Nivernais et Normandie.Mais une raison de ne pas le faire serait que notre québécisme en puissance fait double emploi avec la locution standard, ce qui est aux yeux de l'OLF, un critère de rejet parmi d'autres.Or si nous observons bien comment nous parlons et comment écrivent nos écoliers d'aujourd'hui, nous pouvons constater qu'il existe maintenant une variante de cette locution: «D'UN COUP QUE».C'est un équivalent du «Et si.» hypothétique de la langue standard.On le retrouve uniquement dans les phrases exclamatives comme cet exemple: «D'un coup que je gagnerais le gros loti?» Incontestablement, nous sommes en présence d'une locution d'exclamation sans pareille dans les autres parties de la francophonie.Pourtant, même chez nous, cette locution n'est attestée nulle part selon cette acception particulière, il s'agit là d'un québécisme grammatical qui affecte la tournure des phrases, c'est-à-dire la syntaxe de notre langue, jusqu'où peut aller la dissidence du français québécois dans cette direction ?Cette question n'est pas académique.Ceux qui estiment que le français d'ici n'est différent du français d'ailleurs que par le vocabulaire, sous-esti-ment en réalité les tendances syntaxiques qui nous en éloignent inexorablement.En voulez-vous une preuve supplémentaire?Eh bien, répondez à cette autre question: est-il conforme aux règles de la grammaire française d'employer le conditionnel (au fait, l'aviez-vous remarqué?) après la locution «D'un coup que» ?Aucune grammaire, aucun dictionnaire ne pourra vous donner de réponse.Mais je parie que cette tournure, elle vous est tellement familière que vous étiez loin de vous douter que vous êtes en pleine dissidence linguistique.(A suivre) ?c y o z \u20141 TO m > cn > m g Isa Z < 2 m.CD JO rn >o os Oi SILHOUETTE LITTÉRAIRE Alice Parizeau Selon les statistiques, les habitudes de lecture des Québécois changent.On lit plus, on s'intéresse aux écrivains d'ici et les romanciers québécois rejoignent un public.C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de lancer cette chronique où on va vous les pré-Kisenter, ceux qui sont devenus célèbres, comme ceux qui débutent.Il n'y a pas longtemps encore une pareille entreprise était impossible.Plusieurs romans, livres de poésie, biographies et mémoires, ne survivaient pas au-delà d'une saison, d'un lancement, souvent fort discret d'ailleurs, puis cessaient d'être disponibles en librairie.Faute de place, ils disparaissaient tout simplement des rayons, chassés par les nouveautés littéraires et il était difficile de se les procurer.Désormais, grâce au réseau des bibliothèques publiques, cela n'est plus vrai.Les auteurs dont nous allons vous tracer une image aussi fidèle que possible sont accessibles, on peut trouver leurs ouvrages dans les bibliothèques publiques, ou y demander qu'on les fasse venir.Le travail des écrivains du Québec cesse ainsi d'être une \u2022 denrée périssable \u2022 pour devenir comme c'est le cas en France et dans bien d'autres pays, une des plus grandes et des plus importantes richesses culturelles, facile à découvrir, à s'approprier et à aimer.Silhouettes d'auteurs, images de vies, parfois tumultueuses et parfois calmes et simples, chronique d'une littérature québécoise qui ' \"s'écrit d'un livre à l'autre, chronique qui commence sous le signe d'un hommage à la romancière qui n'est plus, mais dont on retrouve la voix à travers ses oeuvres: GABR1ELLE ROY Aforce d'être mince, elle paraissait plus grande.Silhouette frêle, visage àl'ossaturc slave bien fait pour supporter allègrement l'âge puisque les rides n'altéraient en rien le charme du sourire et une expression très partial culière des yeux.Gabrielle Roy avait pourtant peur de son image, de ses photos et de tout contact direct avec son public.Enfermée dans son appartement, ou dans sa maison de campagne proche de la petite rivière Saint-François, elle sortait peu et se glissait alors dans la foule, un fichu ou un chapeau sur la tête de façon à ne pas être re- \u2014 A 36 ans connue.Discrets, les gens de Québec, évitaient de l'importuner ; elle refusait les entrevues sollicitées par les journalistes et en dehors de quelques amis, rares étaient ceux qui pouvaient se considérer comme ses intimes.Pour travailler, elle avail besoin de paix et de silence, pour-retrouver le monde extérieur, elle avait besoin, comme elle disait, de la nature, du souffle du vent qui vient du fleuve, de longues promenades sur les voies ferrées où il est facile d'imaginer des voyages sans fin et de mieux se souvenir de ceux qu'on a déjà fait dans le passé.En somme, cette romancière née à Saint-Boniface, au Manitoba, devenue québécoise par choix et célèbre par la grâce de Paris, où on lui donna en 1947 le prix Fémina pour son roman Bonheur d'occasion , ne cherchait pas l'inspiration en dehors de sa propre vérité.Était-elle heureuse ?Dotée d'un sens trop aigu de responsabilité, elle avait aussi un sentiment de culpabilité dont elle n'a pas su se départir tout au long de son existence de femme.En fait, on la découvre pleinement dans son dernier livre, La détresse et Venchantement , publié à titre posthume, en 1984, aux éditions Boréal Express, qui jette un éclairage nouveau sur l'ensemble de son oeuvre.Cette autobiographie de Gabrielle Roy est particulièrement importante parce qu'elle permet de comprendre la romancière et en même temps de mieux situer les personnages qu'elle avait créés.Famille pouvre_ Tout d'abord des études à l'Académie Saint-ioseph auxquelles il n'est pas facile d'accéder parce qu'elles coûtent cher et que la famille est pauvre.Ce n'est pas la misère étalée au grand jour, reproche vivant face aux bien nantis, mais des tentatives désespérées de cacher aux autres la gêne qui sans cesse rend l'avenir incertain.Le père, « fonctionnaire du gouvernement fédéral, pour n'avoir pas caché sa loyauté politique, s'est trouvé en butte à une sournoise persécution et, pour finir, s'est vu mis à la porte, congédié six mois seulement avant l'âge de la retraite dont il a été frustré ».Autres temps, autres moeurs ! La mère travaille comme elle peut.Elle fait de la couture à domicile.La famille est nombreuse, les aines partent, les plus jeunes usent vêtements et chaussures.Il faut manger, il faut préserver la maison, payer l'hypothèque et le chauffage, et payer aussi les honoraires des médecins quant à l'occasion un enfant tombe malade.A 49 ans.Ces années-là marquent Gabrielle Roy d'une façon indélébile.Très tôt, elle est consciente des sacrifices de sa mère et se sent moralement obligée de la « venger » en quelque sorte en réussissant.Mais le terme de la réussite a des significations multiples et elle va chercher longtemps sa voie.Elle fait du théâtre.Oh, il s'agit d'une troupe bien modeste, le Cercle Molière, qui voyage d'un village à l'autre et joue en français des pièces du répertoire classique.Le succès est garanti.Les salles paroissiales sont pleines.On est avide de ces soirées au Manitoba dans cette population francophone qui applaudit à tout rompre.De là à se considérer comme une future star il y a une grande marge et Gabrielle Roy, dotée d'un solide sens de l'humour, n'est pas et ne sera jamais prétentieuse.Bien au contraire, même plus tard quand elle obtiendra en France, comme au Canada, des prix prestigieux, quand on traduira ses oeuvres en plusieurs langues, elle saura toujours douter.Complexes d'infériorité A-telle acquit à cette époque de son adolescence et de sa première jeunesse des complexes d'infériorité ?C'est encore dans La détresse et l'enchantement qu'elle avoue certaines réalités qu'elle n'a pas voulu admettre de son vivant.« Tout à coup, nous étions moins sûres de nos moyens, notre argent avait diminué, nos désirs prenaient peur », écrit-elle en racontant comment elle quittait avec sa mère Saint-Boniface pour aller faire des courses dans la grande ville de Winnipeg.« Nous continuions à parler français, bien entendu, mais peut-être à voix moins haute déjà, surtout après que deux ou trois passants se furent retournés sur nous avec une expression de curiosité.Cette humiliation de voir quelqu'un se retourner sur moi qui parlais français dans une rue de Winnipeg, je l'ai tant de fois éprouvée au cours de mon enfance que je ne savais plus que c'était de l'humiliation.» À l'opposé aucune révolte face à l'enseignement reçu dans des institutions religieuses.Au contraire, une sorte de reconnaissance lumineuse pour ceux qui tant bien que mal se sont sacrifiés pour maintenir l'enseignement en français et à l'égard de l'Académie où elle a obtenu à l'âge de vingt ans son diplôme d'institutrice.Ensuite, pendant huit ans, elle sera enseignante à son toqr, expérience dans laquelle elle va puiser ce qui deviendra plus tard un beau livre : La Petite Poule d'eau, ou encore Les enfants de ma vie.Gabriel le Roy n'aura pas d'enfants de son mariage avec le docteur Carbone et pour elle l'image de l'enfance ce sont justement ses élèves de cette époque-là.Le problème de l'argent Mais au-delà du métier d'institutrice il y a le problème inévitable, lancinant, continuel et lourd à porter : l'argent ! Ce qu'elle gagne aide sa mère, devenue veuve et sa plus jeune soeur qui ne sera jamais bien portante, à vivre À trois, elles s'appliquent à sauver la maison, où on parvient encore parfois à réunir la famille ; le frère fantaisiste et dépensier, les soeurs, l'oncle qui a une exploitation rurale dans les environs ei les cousins.Alors comment rompre le lien ?Comment céder à l'envie de partir ?En 1937, à vingt-six ans, Ga-brielle Roy ose enfin, tout en se sentant coupable à l'égard de sa mère surtout, car il faut vendre la maison, l'installer dans un petit appartement, l'abandonner en quelque sorte, pour pouvoir s'en aller à la découverte du vieux continent.En Angleterre, elle étudiera l'art dramatique, en France elle vivra la liberté joyeuse et sans attaches.Des rencontres, un homme, un nationaliste ukrainien qui se bat pour la libération des siens et qui n'ose pas aimer une femme ayant décidé de consacrer son existence à une grande cause.Le retour est d'autant plus pénible ! « Mon enfant, te voilà donc de retour à Montréal », écrivait sa mère, « plus tellement loin maintenant de la maison.C'est-a-dire nous n'avons plus de maison.Mais avec les quelques sous que j'ai encore et ce que tu gagneras, nous nous ferons une assez bonne vie, tu verras, et je tâcherai, toi qui es indépendante et moi peut-être trop possessive, d'apprendre à te laisser vivre a ta guise.le peux attendre -^__ Vers la fin de sa vie.Les rides n'altéraient en rien le charme du sourire et une expression très particulière des yeux.ton retour pour bientôt, j'imagine.» « La Commission scolaire de Saint-Boniface, me rappelant qu'elle m'avait gardé mon poste sans solde pour une deuxième année d'absence mais ne pouvait me renouveler ce privilège », note Gabriel le Roy, « je savais que l'heure était venue de prendre une décision irrévocable.» Elle réfléchit_ Elle rôde dans les rues de Montréal et essaie de réfléchir.« Car si c'était déjà une sorte de malheur », avoue (elle dans son livre de souvenirs, « d'être née au Québec, de souche française, combien plus ce l'était, je le voyais maintenant, en dehors du Québec, dans nos petites colonies de l'Ouest canadien ! Ici, du moins, en marchant, toute solitaire comme je l'étais, j'avais sans cesse à droite et à gauche recueilli le son de voix parlant français avec un accent qui m'avait peut-être paru un peu lourd après celui de Paris, mais c'étaient paroles, c'étaient expressions des miens, de ma mère, de ma grand-mère, et je m'en sentais réconfortée.» Message posthume de Ga-brielle Roy qui était en fait celui de tous les écrivains du Québec qui savent qu'en dehors de leur coin du pays ils ne peuvent écrire et être lus dans leur langue, à moins de s'expatrier et d'aller ailleurs, de l'autre côté de l'Atlantique, où on ne les attend pas.Gabrielle Roy, pour sa part, s'installe a Montréal, à Saint-Henri, près de la voie ferrée, où les loyers ne sont pas chers et loin du Manitoba, loin de sa mère ! Elle vient de faire son choix.Elle vivra dans un milieu pauvre, où on parle français et elle écrira.C'est cela sa voie.À force de collaborer aux diverses revues de l'époque, elle gagnera sa pitance, mais ne pourra pas aider sa famille et le remord ne cessera pas de la poursuivre.Toute l'oeuvre de Gabrielle Roy prend sa source dans l'époque de son enfance et de sa jeunesse.Ce qui viendra à l'âge adulte et plus tard encore nourrira son style, mais guère son inspiration.Dans son premier roman Bonheur d'occasion, publié en 1945, elle racontera, inconsciemment sans doute, l'histoire qui est un peu celle de sa mère, de son père et aussi de son frère fantaisiste qui venait autrefois à la maison pour en repartir en emportant l'argent durement gagné et péniblement économisé.En même temps, cependant, il s'agit de sentiments qui sont éternels et qui hantent tous et chacun à des degrés divers.Rue Deschambault, c'est la maison de l'enfance, La Montagne secrète , c'est la quête d'une voie, d'un destin, qui justifie le refus d'assumer le fardeau commun à une famille ou à un groupe minoritaire auquel on appartient par le hasard de la naissance.C'est cela le secret de la réussite de la romancière ! Traduits dans plusieurs langues__ Les livres de Gabrielle Roy ont été traduits en plusieurs langues.Dans certains pays, ils font partie de lectures proposées, ou imposées dans les écoles, dans d'autres on les trouve uniquement sur les rayons des librairies, mais partout ils rejoignent beaucoup de lecteurs.Gabrielle Roy est morte à l'âge de soixante-quatorze ans, en été, en 1983, mais son oeuvre est celle d'une étrange jeunesse qui ne vieillira pas.Ce n'est pas un auteur engagé.Bien au contraire, dans son oeuvre, comme dans sa vie quotidienne, elle est restée une femme discrète qui se voulait effacée et n'était le porte-parole d'aucune cause.Pourtant, il suffit d'aller à Québec et d'interroger les gens pour retrouver sa trace.À la librairie Garneau, au 47, rue Buade, vitrine du livre qui s'ouvre sur la merveilleuse petite place, on vous parlera encore de la belle jeune femme qui lors de la publication de son premier roman.Bonheur d'occasion , était très inquiète.Elle s'informait des ventes puis disparaissait pour revenir quelques jours plus tard.Par la suite, cependant elle cessa de s'en préoccuper.« Madame Roy, avait pris l'habitude de commander ses livres par téléphone », vous dira- * » t-on.« Des nouveautés, des classiques, peu imporie ! Elle lisait beaucoup autant quand elle était à Québec que pendant ses vacances à sa maison de campagne, mais jamais elle ne s'informait des ventes de ses propres oeuvres.Parfois, on lui disait à l'occasion qu'ils ont tous du succès.Il est vrai que dans plusieurs écoles il s'agit désormais de textes proposés aux élèves, mais il y a aussi le public, il y a les lecteurs qui partent d'ici un roman de Gabrielle Roy sous le bras.» Sur la Grande Allée, les feuil- > les jaunes, brunes et or tombent sur les trottoirs.C'est l'été des Indiens, la saison magnifique qu'elle aimait tant, le vent du fleuve est doux encore et les gens se promènent devant le château Saint-Louis où elle habitait.Comme disait son éditeur italien qui avait publié Rue Deschambault sous le titre de La Strada di Casa Mia, l'oeuvre de Gabrielle Roy survivra au-delà du rythme des saisons littéraires et des modes et c'est sans doute un des plus grands hommages qu'on puisse rendre à une romancière.Alice Parizeau, journaliste et romancière, est membre du Conseil Consultatif du Livre du ;s Québec.
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