La presse, 2 août 1986, B. Samedi plus
[" SAMEDI PLUS .* * LA PRESSE.MONTRÉAL.SAMEDI 2 AOÛT 198A LE SOMMET DE LONDRES Mulroney a-t-il suscité de trop grands espoirs MICHIL VASTEL de notre bureau d'Ottawa j LONDRES \u2014 « Les Mandela, les ™ Tutu, les Boesack finiront par avoir gain de cause», avait promis le premier ministre à la tribune de l'ONU en octobre dernier.« Nous sommes prêts à aller jusqu'à la rupture des relations diplomatiques avec l'Afrique du Sud », avait lancé le chef du gouvernement à la sortie d'une réunion de son cabinet à Vancouver.« Langage inacceptable », ont jugé les Sud-Africains.« Est-ce délibéré ou accidentel ?», ont demandé, plus diplomates, les Britanniques.« Le premier ministre a balisé le chemin que prendra la diplomatie canadienne s'il ne se passe rien à Londres », a rappelé un porte-parole de M.Brian Mulroney cette semaine à LA PRESSE.Émotions Comme sur beaucoup de sujets \u2014 libre-échange ou constitution \u2014 sur lesquels il prend position, M.Mulroney s'est sans doute laissé emporter par ses emotions.L'apartheid, comme toute injustice sociale, répugne à celui qui reste, même à la tète du pays, un « petit gars de Baie Comeau ».Délibéré ou non, ce langage « musclé » a suscité au Canada et dans les pays du tiers monde, des espoirs que le chef du gouvernement canadien aura cependant du mal à ne pas décevoir d'ici mardi prochain à Londres.Les chances sont grandes que, d'une façon ou d'une autre, le Sommet de Londres ne soit pas décisif et ne prononce pas le dernier mot sur la question sud-africaine : ¦ la puissance économique des 49 pays du Commonwealth, surtout si elle devait ne pas comprendre le Royaume-Uni, n'a pas de quoi effrayer le régime de Pretoria.Exemple : les 55 000 tonnes de ble récemment vendues par le Canada à l'Afrique du Sud représentent moins de 15 p.cent de ses besoins et seraient facilement remplacées par le blé des fermiers du Mid-West américain en mal de nouveaux marchés ; ¦ toute pression économique contre le régime de Pretoria n'a pas de valeur sans une action identique des pays de la Communauté européenne, des États-Unis et du lapon.Or la CEE ne prendra pas position avant la mi-aoùt et les « mesures » américaines font toujours l'objet de négociations entre le Congrès et l'Administration ; ¦ la situation politique intérieure en Afrique du Sud est à toutes fins utiles « gelée » jusqu'à la mi-aoùt, lors de la tenue d'un Congrès important du parti du président Botha .Montrer la voie Il reste donc au Sommet de Londres, comme l'a d'ailleurs reconnu le repré- Le 17 octobre 1985, à Nassau, aux Bahamas, le premier ministre du Canada, Brian Mulroney, échangeait des propos avec le sultan Hassanal Mu'izzaddin Waddaulah et Mme Margaret Tatcher, avant le début de la conférence, pendant que.photothèques LA PRESSE sentant spécial de M.Mulroney cette semaine, à « montrer la voie au reste du monde ».Petit ou grand, ce nouveau pas dans l'escalade diplomatique du Commonwealth ne sera donc pas décisif et il ne manque pas de leaders africains qui craignent qu'il faille aller jusqu'au bout.La partie que M.Mulroney joue à Londres ces quatre prochains jours est donc délicate.Le gouvernement sud-africain, et l'Administration américaine, brandis- sent le spectre de la déstabilisation de cette région du monde et d'un jeu de dominos qui, après l'Angola, ferait basculer l'Afrique australe dans la zone d'influence de l'Union soviétique.On soulève également le danger de sanctions qui heurteraient davantage les pays de la « ligne de front », en particulier le Botswana et le Lesotho, qui dépendent de l'Afrique du Sud pour leurs approvisionnements, et les autres .dans les rues de Cape Town, en situation reste inchangée dans ce Afrique du Sud, la police tentait de maîtriser une émeute.Et la Pay** photothèque LA PRESSE pays comme le Zimbabwe qui dépendent de services sud-africains pour rester en contact avec le reste du monde.Déstabilisation politique Face au danger de déstabilisation politique, de tensions militaires et de crise économique, que peut le Canada ?« Certainement pas grand chose », insiste l'ambassadeur sud-africain, Glenn Babb.Par ailleurs, les échanges économiques canadiens avec l'Afrique du Sud \u2014 $227 millions d'importations puisqu'on ne veut pas toucher aux $150 millions d'exportations \u2014 ont une dimension qui frise la futilité.Les Sud-Africains menacent même de s'en prendre aux exportations canadiennes de sulfure ( $71 millions ), ce qui menacerait la rentabilité d'une bonne partie de l'industrie de la potasse en Saskatchewan.S'il faut « jouer dur », le régime du président Botha a déjà prouvé qu'il est prêt à tout et il ne manque pas d'atouts dans son jeu.Personne ne conteste par exemple que l'Afrique du Sud soit la « locomotive économique » de toute l'Afrique australe.Ce n'est pas par accident que le Botswana et le Lesotho sont parmi les cinq pays du Commonwealth qui ont connu le plus fort taux de croissance du PNB par habitant entre 1972 et 1980 ( mieux que le Canada ou la Grande-Bretagne ).Et les difficultés de la Zambie sont autant attribuées, par les observateurs indépendants, aux erreurs de gestion du président Kaunda qu'à la crise du cuivre.Poids considérable M.Mulroney ne pourra pas ignorer non plus, dans le secret de son tète-à-téte avec Mme Margaret Thatcher, les intérêts socio-politiques de la Grande-Bretagne en Afrique du Sud.Outre les intérêts économiques qui sont bien connus, on rappelle à l'occasion qu'il y a 800 000 blancs d'Afrique du Sud qui ont droit à la citoyenneté britannique.C'est un poids considérable pour un chef politique en difficulté.Enlin, les intérêts stratégiques des États-Unis sont encore plus impor- tants : l'Afrique du Sud estime que 85 p.cent de ses exportations sont irremplaçables parce qu'il s'agit de métaux rares qui entrent dans la fabrication des équipements militaires.Quant à un boycott des investissements, le régime de Pretoria rappelle qu'il est autosuffisant a 90 p.cent et il ne se gène pas pour rappeler qu'il passera d'abord le poids de toute sanction économique à ses voisins plutôt que de les absorber lui-même.Tout cela permet donc au président Botha une arrogance dont il ne se prive d'ailleurs pas.Et il ne manque pas de leaders occidentaux pour trouver que le premier ministre du Canada tient un langage dérangeant.Qu'un « leader blanc » du monde industrialisé tienne ce langage a en effet une valeur symbolique qui n'échappe pas aux pays du tiers monde.Mais il se peut aussi que ce langage ait suscité au Canada des espoirs qui seront difficilement satisfaits.Langage plus modéré À Ottawa, les conseillers de M.Mulroney ont manifestement commencé a tenir un langage plus modéré.Ils savent en effet que la diplomatie canadienne, quoique très utile au Sommet de Londres, ne sera pas déterminante.Les joueurs qui comptent sont l'Afrique du Sud elle-même dont on attend un commencement de dialogue avec le Congrès national africain, l'ANC lui-même et son leader, Nelson Mandela, dont on attend qu'il renonce à la violence, et la Grande-Bretagne dont on attend une solidarité non équivoque avec le reste du Commonwealth.L'échec de la mission de Sir Geoffrey Howe cette semaine prouve une chose : il ne reste plus qu'aux États-Unis à offrir leurs bons offices et à provoquer un rapprochement entre l'Afrique du Sud et sa majorité noire, comme la diplomatie américaine travaille actuellement à un rapprochement en4 tre Israel et les leaders palestiniens.El comme au Moyen-Orient, le Canada n'a peut-être pas les moyens de prononcer des arrêts sans appel.LA SUITE DE NOS INFORMATIONS EN PAGE B 6 B 2 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 2 AOÛT 1986 ÉDITORIAL PAUL DESMARAIS président du conseil d'odministrotion ROGER D.LANDRY président et éditeur MICHEL ROY éditeur odjoint CLAUDf GRAVEL directeur de l'information JEAN-GUY DUBUC editor white en chef Le problème du PLC Selon un sondage paru cette semaine, les Canadiens appuieraient en plus grand nombre les libéraux fédéraux si ceux-ci étaient dirigés par Jean Chrétien.C'est bien possible.Mais la question est théorique; elle repose sur une simple hypothèse.Si M.Chrétien avait été à la place de John Turner depuis 1984.qui sait comment le pays l'aurait jugé?Quand John Turner pratiquait le droit à Toronto il y a quelques années, beaucoup de Canadiens pensaient qu'il serait un meilleur chef de gouvernement que le Premier ministre Trudeau.La réalité a démenti l'hypothèse.C'est que l'électeur tend à voir des héros chez ceux qui n'exercent plus ou pas encore le pouvoir.Les «gérants d'estrade» ont souvent plus de succès que les vrais responsables dune équipe.Un tel sondage crée en outre l'impression que le problème majeur des libéraux fédéraux est celui du leadership.Les amis de M.Chrétien en sont convaincus, ce qui est bien naturel.Il faut reconnaître qu'un problème de direction se pose aux libéraux.Mais il n'est pas primordial, du moins pour les quelques prochaines années.Ce n'est pas en novembre prochain, lors du congrès du PLC à Ottawa, que l'autorité de John Turner sera contestée.D'une part parce que son leadership s'est raffermi depuis un an auprès de l'aile parlementaire; d'autre part parce que les militants, même ceux qui sont insatisfaits de la prestation du chef, laisseront à celui-ci le temps de préparer le prochain combat électoral, dans 24 ou 30 mots.Si les libéraux devaient le perdre, la question de confiance serait alors posée et M.Turner poussé poliment vers la porte.Mais d'ici là, le vrai problème des libéraux est d'un autre ordre.Les sondages de l'été, quand ils ne portent pas sur des questions hypothétiques, montrent que les libéraux sous John Turner recueillent plus d'appuis que les conservateurs de M.Mulroney.Ils ne faut pas attacher à ces résultats plus d'importance qu'ils n'en ont.Entre les scrutins, l'électeur est volontiers mécontent.Quand un sondeur lui téléphone un soir d'été, après une dure journée de travail, il est tout disposé à renverser le gouvernement.Le même électeur se comporte autrement dans l'isoloir le jour des élections.Il n'en demeure pas moins que le taux d'insatisfaction est anormalement élevé.Ce qui signifie que les conservateurs sont les premiers artisans de leur infortune et de leur impopularité relative.Ils mettent plus de temps qu'on le prévoyait à maîtriser l'appareil du pouvoir et l'art de gouverner.Ils n'ont pas non plus le concours actif de la fonction publique qui servait mieux les libéraux.Soucieux d'agir autrement que leurs prédécesseurs, ils ont une propension à multiplier les maladresses et les erreurs, comme en témoigne l'affaire Stevens.Ce qui semblait inconcevable il y a moins d'un an apparaît désormais plausible: les conservateurs pourraient perdre le pouvoir en 1988 ou en 1989 à moins d'un redressement vigoureux.Dans ces conditions, les libéraux seraient appelés, beaucoup plus tôt que prévu, à reprendre le pouvoir.Mais avec quel programme, quelles idées neuves, quelles politiques?Tel est en effet le problème capital de ce parti aujourd'hui: l'infortune des conservateurs pourrait le reporter au pouvoir dans un état sérieux d'impréparation.M.Turner l'a com- \u2022 pris.C'est pourquoi il a convoqué pour le printemps 1987 une conférence d'orientation politique dont l'organisation, totale- ¦ ment indépendant, ne relèvera pas du Parti.Lester Pearson avait pris une pareille initiative en 1960 avec beaucoup de succès.Il s'impose en effet de redéfinir les orientations du Parti libéral.Car, au fil des contradictions et des improvisations, on ne sait plus ce qu'il pense du libre-échange, de la constitution, de la défense nationale, des relations canado-américaines, des programmes sociaux et du développement économique.Tel est son plus grave problème.Michel ROY «Fade-out» du Commonwealth?Le groupe restreint (7) des pays du Commonwealth, qui se réunit demain à Londres, entame des discussions dont l'issue pourrait bien influe1, non seulement sur l'évolution de la situation en Afrique du Sud mais sur l'avenir du Commonwealth lui-même.À Michel Vastel, correspondant de ce journal à Ottawa, le représentant personnel du premier ministre Mulroney, Bernard Wood, a déclaré que la réunion de Londres «montrera la voie au reste du monde», en ce qui concerne les sanctions économiques envisagées à rencontre du régime de Pretoria.À quoi on ajoute: mais la réunion ne restera, malgré tout, qu'une étape.Cette restriction est extrêmement importante.Car on ne voit pas très bien comment on pourrait supposer que le premier ministre britannique, Mme Thatcher, opposée aux sanctions, lors de la réunion des Bahamas en octobre dernier, ait changé d'avis depuis.Et, à supposer encore que sa pensée personnelle soit en train d'évoluer, il n'est pas du tout assuré qu'elle fasse part d'un changement de position notoire dans un forum du Commonwealth.Il est impensable qu'elle change de cap sans consulter son allié le plus proche, qui est le président Reagan, et sans coordonner son action avec celle de ses partenaires au sein de la Communauté européenne.On a fait grand état, ces derniers jours, de la mission en Afrique du Sud de sir Geoffrey Howe, chef de la diplomatie britannique.On n'a pas suffisamment remarqué que le délégué de Londres était chargé d'une mission de la C.E.E.La C.E.E.tirera ses conclusions un peu plus tard, au milieu d'août ou en septembre.M.Howe est rentré, semble-t-il, ébranlé.Ébranlé par ses échecs à la fois auprès des leaders noirs et auprès du président Botha, qui s'est montré à peine poli avec le visiteur.S'il est revenu avec des convictions nouvelles, il n'a pu convertir Mme Thatcher à ses vues, dont la position reste, pour l'heure, inenta-mable.Ni le temps écoulé depuis I Accord de Nassau, qui était, en réalité, un désaccord entre Londres et ses partenaires du Commonwealth; ni le rapport des «sages» sur les conditions d'un règlement; ni la suite des péripéties, qui ont surtout montré jusqu'où peut aller I entêtement de M.Botha, n'ont ébranlé Mme Thatcher.Pendant que sir Geoffrey poursuivait un voyage sans agrément et sans satisfaction, l'Organisation de l'unité africaine (OU.A.) ouvrait son 22e «sommer» à Addis-Abeba.Au coeur de cette rencontre: l'Afrique du Sud.Le forum du Commonwealth n'est pas le seul forum.Il n'est pas sûr, en outre, qu'il soit le plus habilité à «montrer la vote au reste du monde».Pour indiquer le chemin aux autres, il faut savoir où on va.Les Jeux du Commonwealth à Edimbourg, boycottés par plus de 30 pays, dont l'Inde, n'ont pas offert le spectacle de l'unanimité.Les rumeurs persistantes d'un désaccord entre le premier ministre anglais et sa souveraine n'ont certainement pas dissipe I impression de malaise.Il n'est pas démontré, en outre, que les Anglais soient éper-dument attachés au Commonwealth, contrairement aux Canadiens, qui s'en font les apôtres.Si le Commonwealth disparaît de l'écran de l'histoire, il s'effacera selon un procédé connu des cinéastes: le «fade-out».L'image ne disparaîtra pas soudainement, par une interruption abrupte.Elle fondera.La réunion de Londres devrait être riche d'enseignements a cet égard.Ovy CORMIER à / 4 \\ \u2022j t.- * il\\ fi Droits réservés Marcel Adam > La vague de fraudes et de mSÊk, violence dans les autobus À la Société de transport de la Communauté urbaine de Montréal (STCUM) on ne s'explique pas la violence dont sont victimes les employés préposés au service du public, notamment les chauffeurs d'autobus.À première vue la violence contre les employés de la STCUM semble gratuite puisque le vol d'argent n'est généralement pas le motif.Il s'agit presque toujours de jeunes fraudeurs qui s'en prennent physiquement au chauffeur qui insiste pour les faire payer.ladis ce type de fraude était plutôt rare.Et lorsqu'un délinquant se faisait prendre, il pouvait argumenter avant de payer ou de descendre du véhicule, mais il ne levait pas la main sur l'employé.Peut-être parce que les gens étaient moins violents qu'aujourd'hui.Très certainement parce que l'employé tirait son autorité et sa force du fait que l'ensemble des passagers étaient de son bord.Aujourd'hui le chauffeur sent que les passagers ne sont pas tous avec lui, et le resquilleur a aussi le même sentiment qui l'enhardit dans son méfait.«Avant le chauffeur d'autobus et le passager se respectaient, disait cette semaine un chauffeur d'expérience.Maintenant ils ne se respectent pas autant.» Pour lui, comme pour son syndicat, les chauffeurs ne sont aucunement responsables de la détérioration des rapports avec les usagers.Ceux-ci sont devenus hostiles à cause de la diminution des services et de la réaction agressive des chauffeurs à l'endroit des passagers menaçants.Cette explication me parait un peu courte.Se pourrait-il que beaucoup d'usagers vouent une sourde rancune à ceux qui, par leurs grèves répétées, longues et souvent sauvages, leur ont fait endurer mille misères depuis une couple de décennies?Ce ressentiment ne serait-il pas exacerbé par l'attitude détestable d'une multitude de chauffeurs qui traitent le public voyageur comme du bétail en transit?Si l'ensemble des chauffeurs se montrait courtois et avenant a l'endroit des gens, s'il les respectait comme il sied à des serviteurs publics, je suis convaincu que les Montréalais, avec le bon naturel que je leur connais, auraient vite oublié les désagréments causés par les grèves, et ne leur feraient pas grief des coupures de services dont ils savent qu'ils ne sont pas responsables.|e suis prêt à reconnaître qu'il s'agit d'une minorité; mais elle est si importante qu'elle suscite une antipathie du public à l'endroit de l'ensemble des chauffeurs.On me reprochera d'encourager, par ce propos, la vindicte populaire à l'endroit des chauffeurs d'autobus.Pas du tout.Dans l'analyse des causes de cette violence on ne peut faire abstraction des raisons qui font que le chauffeur affronte de plus en plus d'usagers agressifs et qu'il se sent seul et vulnérable face aux fraudeurs violents.Un changement d'attitude des chauffeurs n'éliminerait pas comme par enchantement la fraude et la violence.La STCUM doit trouver les moyens de mieux les protéger.Le président du conseil d'administration de la STCUM, M.Yves Ryan, favorise l'installation d'émetteurs de signaux qui permettraient à un chauffeur en difficulté de lancer un appel au secours.Le syndicat des chauffeurs s'apprêtait â proposer un système semblable qui a fait ses preuves ailleurs: un voyant lumineux sur le toit du véhicule que le chauffeur actionnerait du pied.Fort utile dans le cas d une agression, un tel système ne le serait pas autant dans le cas des fraudeurs qui se contentent de tenir tète au chauffeur.je crois qu'il y aurait beaucoup moins de violence si les chauffeurs s'abstenaient d'argumenter ou de tenter d'expulser les resquilleurs.Ils devraient laisser en paix une personne qui persiste à ne pas payer après avoir été rappelée à l'ordre courtoisement.Aujourd'hui c'est pour eux courir un trop grand risque que de faire la police sur les autobus.L'installation de signaux d'alerte aurait sur beaucoup de fraudeurs potentiels un effet dissuasif.Dans le cas contraire le chauffeur n'aurait qu'à actionner le signal qui alerterait un policier ou un agent de sécurité de la STCUM patrouillant les lignes.Mais la lutte contre la fraude ne serait pas pour autant gagnée.La parole d'un resquilleur qui nierait son méfait aurait autant de poids que celle, non corroborée par un témoin, du chauffeur qui l'accuserait.Pour résoudre ce problème il faudrait que chaque passager ait sur lui une preuve d'achat de son droit de voyager.Que ce soit une correspondance, le talon ou une partie ou ticket déchiré.Chaque passager devrait pouvoir l'exhiber sur demande de la part d'une personne en autorité, sous peine d'être pour suivi et mis à l'amende.Cette pratique existe dans le métro de Paris \u2014 et sans doute aussi dans les autobus \u2014, où des inspecteurs vérifient occasionnellement si les passagers sont en règle.Le couplage d'une telle mesu re avec un système d'alerte se révélerait très efficace contre la fraude et la violence qui l'accompagne.LECTURES Le vieux débat des sociétés d'État En 1957, tout comme en 1984, une majorité de Canadiens décida de se doter d'un gouvernement conservateur.|ohn Diefenbaker et ses troupes avaient fait de la question de la libre entreprise l'un de leurs chevaux de bataille au cours de la campagne électorale.PIERRE VENNAT Pour les conservateurs d'il y a 30 ans, comme pour ceux d'aujourd'hui, l'entreprise privée avait toutes les vertus et les troupes de John Diefenbaker accusaient les libéraux \u2014 au pouvoir depuis plus d'un demi-siècle sous Mackenzie King puis sous Louis Saint-Laurent \u2014 d'avoir favorisé les sociétés d'État au détriment des sociétés privées.George Hees, un homme d'affaires prospère, nouveau ministre des Transports, ne pouvait être en désaccord avec la politique de son parti sur ce plan.Le vieux politicien (toujours ministre dans le gouvernement Mulroney 30 ans plus tard), avait alors déclaré qu'il n'y a rien de plus utile à une société que la concurrence.Si une usine fabrique un produit dont personne ne veut, avait-il dit, ou vend son produit à des prix supérieurs à ceux de ses concurrents, c'en est fait de son avenir.Trente ans plus tard, alors que le gouvernement québécois vient de se départir de Quebe-cait et qu'on est en plein débat sur la privatisation des sociétés d'État, tant à Québec qu'à Ottawa ou même à Paris, il n'est pas mauvais de lire Sur les ailes du temps, l'histoire non officielle des 50 premières années d'Air Canada.On y voit que ce débat sur le rôle des sociétés d'État et d'Air Canada en particulier n'est pas nouveau.Et qu'il n'est pas facile à trancher au couteau.Gordon McGregor, qui fut président d'Air Canada durant les années 60, déclara alors que quant à lui, «les gens ont tendance à condamner les monopoles par principe seulement, sans plus.Ils croient que la où sévit la concurrence, les services sont meilleurs et les prix plus bas.Le monde de l'aviation et celui des communications téléphoniques sont deux exemples du contraire.«Si l'on avait deux sociétés nationales de téléphone, l'épi- cier du coin devrait avoir deux appareils téléphoniques pour répondre à~ tous ses clients.Il faudrait aussi doubler l'ensemble du réseau téléphonique, ce qui entraînerait des dépenses inutiles, une augmentation des tarifs et une diminution de la qualité du service.«Imaginez une ville avec deux sociétés d'électricité concurrentes ou deux entreprises de cueillette des ordures.Ce serait ridicule.En règle générale, les besoins d'une nation sur le plan du transport aérien sont bien mieux servis par une société que par plusieurs entreprises en concurrence directe.» Quoi qu'on puisse penser des affirmations de George Hees ou de la thèse opposée de McGregor, la lecture du volume de Smith, spécialiste de l'histoire économique canadienne, est très éclairante.C'est ainsi qu'on apprend qu'il s'en fallut bien peu pour que, de toute façon, Air Canada, connue à ses débuts sous le nom de Trans-Canada Airlines, soit un «joint venture*.En effet, le projet initial du gouvernement fédéral voulait que le Canadien National, société d'État ferroviaire, et le Canadien Pacifique, la grande société privée, s'unissent pour former la nouvelle société d'État en rachetant quelques petites compagnies aériennes existant à l'époque.Le projet avorta parce que le président du CP du temps ne croyait pas en l'avenir profitable de l'industrie aérienne! Vingt-cinq ans plus tard, à la fin du gouvernement Saint-Laurent, le CN, alors présidé par Donald Gordon et le CP, par Norris Crump, faillirent en venir à la fusion de CP Air-TCA.Le projet avorta à nouveau, cette fois parce que le CN et le Canadien Pacifique voulaient tous deux 51 p.cent du contrôle du nouvel Air Canada.Smith révèle un tas d'autres anecdotes peu connues sur les débuts de l'aviation au pays et son développement jusqu'à aujourd'hui.Ecrit dans un style alerte, il s'agit d'un livre à lire Four quiconque s'intéresse à histoire économique du Canada et non seulement par les fans de l'aéronautique.Sur les ailes du temps.Philip Smith.Édition de l'Homme.491 pages. IA PRESSE.MONTRÉAL, SAMEDI 2 AOÛT 1986 SAMEDI PLUS 8 3 La France, c'est le paradis des politiciens ¦I PARIS \u2014 Immédiatement ™ après l'Italie, qui détient la palme absolue dans le domaine, la France pourrait être considérée comme le plus délicieux paradis en Occident pour les hommes politiques.Pas tellement pour les avantages matériels \u2014 pas négligeables \u2014 que pour ce bien aujourd'hui Inestimable : la sécurité d'emploi à vie.Si les hommes politiques québécois ou nord-américains connaissaient les charmes discrets de la vie publique française, beaucoup demanderaient à émigrer.Quand on pense que quelques années après avoir été à deux doigts de devenir premier ministre, Paul Hellyer faisait partie de la troupe de journalistes chargés de « couvrir » à Paris le premier ministre Trudeau.Que la pauvre Géraldine Ferraro, d'honorable candidate à la vice-présidence américaine, s'est retrouvée femme-sandwich pour Pepsi-Cola.Que des personnalités politiques québécoises de premier plan passent leur temps à se faire éjecter à la moindre élection et doivent même se remettre à travailler pour vivre : certains, comble de honte, deviennent même journalistes comme Hellyer, quand ils ne doivent pas écrire des télé-romans pour Radio-Canada! En France, on a pratiquement aboli ces fâcheux aléas.Si vous entrez vraiment en politique, vous n'en sortez que les pieds devant, après quarante ou cinquante ans de bons et loyaux services.François Mitterrand, à près de 70 ans, est aujourd'hui le symbole le plus éclatant de ce système.Nommé pour la première fois ministre à 30 ans en 1944, il n'est pas impossible qu'il se représente à la prochaine élection présidentielle, anticipée ou pas.Une longévité d'autant plus spectaculaire que.au cours de ces 41 années dans les hautes sphères, les occasions de chute n'ont pas manque.Deux « affaires » troubles \u2014 dont un « faux » attentat contre lui en I%1 \u2014 qui auraient du suffire à le couler.Un non suicidaire à de Gaulle en 1958.Un faux pas gigantesque en mai 68.Deux défaites à I élection présidentielle.La liste est impressionnante.Et pourtant Mitterrand n'a jamais été totalement en panne, même s'il a patienté dans l'opposition de 1958 à 1981.Il est brutalement éjecté de son siège de député en 1958?Le voilà sénateur l'année suivante, avant de retrouver son siège LOUift- BERNARD ROBITAILLE c Pari» collaboration tpédol» pour de bon en 1962.Après quoi il sera totalement inexpugnable dans la Nièvre, où il devient maire de la petite ville de Chéteau-Chinon.L'implantation locale L'Implantation « locale », voilà le fin mot de la politique française.Une carrière commence modestement par un poste de conseiller municipal ou de conseiller cantonal.Mais tout homme politique de stature un tant soit peu nationale cumule bien davantage : le nombre de titres constitue à la fols un filet de sécurité et un critère de puissance (tout comme les décorations en URSS).Le poste le plus prisé, quasiment fétiche, est celui de maire.Pratiquement tous les hommes politiques connus en France ont quelque part une mairie dans la circonscription dont ils sont députés \u2014 ou l'inverse.Gaston Defferre fut trente ans maire de Marseille et, au sommet de sa gloire, en même temps député, faiseur de rois au Parti socialiste, ministre de l'Intérieur (sans parler de sa qualité de propriétaire du plus (irand journal de Marseille), acques Chaban-Deltr.as : président de l'Assemblée nationale, député de Bordeaux, maire de Bordeaux, président du conseil régional d'Aquitaine.Pierre Mauroy était maire de Lille, Michel Rocard de Conflans Sainte-Honorine.Le premier ministre Chirac, lui, pousse la fantaisie jusqu'à se faire élire député en Corrèze.et à garder son titre de maire de Paris tout en gouvernant la France.Les carrières politiques sont d'autant plus « solides » qu'elles reposent sur le bien le plus précieux : un siège de député en béton armé (problème qui ne se pose plus dans le système de la proportionnelle).Même dans les années les plus agitées, il y en a toujours eu une centaine à droite et une cinquantaine à gauche.Le contrôle d'une machine municipale et/ou régionale en fait un fief inexpugnable.S'il existe quelques incompatibilités et des limites au cumul des traitements et salaires, les recordmen du genre, avec quatre titres importants, jouissent d'une situation tout à fait enviable, à la fois pour les revenus et les avantages indirects, voitures, appartements, frais, etc.Ce système permet surtout de traverser les zones de tempêtes, le rencontre à Bourges François Mitterrand, à près de 70 ans, est aujourd'hui le symbole le plus éclatant de ce système.Nommé pour la première fois ministre à 30 ans en 1944, il a survécu à tous les aléas de la vie politique.en juin 81 l'ancien bras droit de Giscard, lean-François De-niau, qui prévoit déjà sa défaite à l'élection législative.« Bof 1 me dit-il très grand seigneur, il me restera la présidence du conseil général.» Autre grand confident de Giscard, Michel Poniatowski est battu en avril 78.On le recasera l'année suivante au Parlement européen qui, comme le Sénat, accueille les battus du suffrage universel.De manière assez classique, le pouvoir en place nommera à des postes de haut fonctionnaire (diplomatie, corps d'Etat, etc.) des battus aux élections, ou ceux qui, à la veille d'une élection, sont assurés de la défaite : pratique courante en France et qui.contrairement à ce qui se passe au Canada, ne provoque que quelques ricanements passagers.On retombe toujours sur ses pieds Les anciens puissants traversent-ils une mauvaise période?Certains d'entre eux ont pour le moins une formidable faculté à retomber sur leurs pieds.Premier ministre redevenu simple député en juin 81, Raymond Barre retrouve tout naturellement un « secrétariat » personnel boulevard Saint-Germain : de vastes bureaux avec collaborateurs et permanents.Qui paye?Des «cotisants».Michel Rocard, lui, a des bureaux encore plus considérables dans le même quartier.Et l'autre ancien premier ministre, Laurent Fabius, est en train d'emménager boulevard Raspail au siège d'une association présidée par un ami banquier (nationalisé).Des ministres aux ambitions moins « nationales » se débrouillent également : le flamboyant lack Lang (culture) a créé une association Allons-z-idées joui le premier geste a été de lui offrir une voiture avec chauffeur.En France on ne tombe pas facilement dans le caniveau quand on a atteint un certain échelon.Et si par malheur tous les filets de sécurité avaient cédé l'un après l'autre, il n'y a plus qu'à se replier sur le dernier refuge : le « grand corps d'État » dont on était membre avant d'entrer en politique.Quinze ans plus tard, et malgré toutes les vicissitudes de la vie publique, un membre de la Cour des Comptes, du Conseil d'État, etc., etc., ne perd jamais ses droits : haut fonctionnaire un jour, haut fonctionnaire toujours! « Le scandale, c'est qu'on en parle » m PARIS \u2014 C'est peu de dire ™ que les Français n'ont jamais compris l'affaire du Watergate : ils sont encore convaincus qu'il y avait là-dessous une sombre conspiration de quelque lobby militaire pour faire tomber un Nixon trop porté sur la détente.Pour les Français, on ne peut quand même pas reprocher à un responsable politique d'avoir espionné ses adversaires et par la suite de nier l'avoir fait !_ Louis-Bernard ROBITAILLE collaboration Spécial* Les Français ne comprendraient pas non plus le fin mot de l'affaire Marcel Masse puisque par definition le financement des campagnes électorales n'est pas réglementé.Et même s'il l'était : les réglementations sont faites pour être contournées, et une affaire de quelques milliers de dollars vaut à peine un article dans le Canard enchaîné, le seul jour-' nal pourtant à s'intéresser aux scandales.Quant aux interminables débats sur les dépenses somptuai-res d'un Brian Mulroney à Paris, ils seraient interprétés à contre-sens.Un journal de Toronto reprocherait-il à l'ambassade d'avoir servi cinquante-sept dollars de caviar lors d'une réception?On estimerait en effet scandaleux d'avoir été aussi avaricieux dans la distribution de l'oeuf d'esturgeon.(Pour rassurer le contribuable, disons que les cocktails et buffets de l'ambassade du Canada ou de la Délégation du Québec sont à peu près ce qu'il y a de plus modeste \u2014 ou minable \u2014 de ce qui se fait à Paris au niveau des ministères, grandes ambassades, organismes officiels, etc.À titre de comparaison : quand le directeur d'une organisation internationale invite deux journalistes (dont votre serviteur) et deux collaborateurs pour un déjeuner « amical » et sans objet précis, cela se passe au Bristol, l'un des dix meilleurs restaurants de Paris, à 200$ ou 300$ par personne.) Les Français ne font pas dans l'excès de puritanisme.Le Canard enchaîné, célèbre et unique journal satirique dans le pays, sort toutes les semaines plusieurs « affaires » dont certaines suffiraient au Canada à entraîner la démission d'un ministre, parfois celle du gouvernement.C'est tout juste si ces informations sont reprises par la presse « politique ».« Il faut bien en convenir, nous dit en souriant le directeur du journal, Roger Fressoz : les Français s'en foutent.Ils gueulent contre la classe politique, mais Ils trouvent normal que les hommes politiques profitent agréablement du pouvoir.» De telle sorte que- la seule question qui se pose lorsqu'une petite « affaire » éclate n'est pas : « Comment peut-il avoir fait ça?», mais: «Qui donc cherche à lui nuire en sortant cette affaire?» Vers 1972, un haut fonctionnaire un peu Idéaliste ou illuminé, Gabriel Aranda.s'était mis à déballer des dossiers croustillants dans le domaine de l'Immobilier et de la voirie (on était alors en plein boom économique sous la férule du président Pompidou).Comment tel ministre avait obtenu telle dérogation illégale au profit d'un promoteur immobilier.Comment tel chef de cabinet avait fait pression sur la direction de l'Equipement pour empêcher la rénovation d'une route nationale \u2014 ce qui aurait pu nuire à une autoroute privée, etc.etc.Le feuilleton avait duré quelques semaines, jusqu'à ce que le président Pompidou déclare à peu de choses près : « Le scandale, ce n'est pas qu'il y ait du scandale, mais qu'on en parle.» Inutile de dire qu'Aranda fut le seul à être inquiété et que sa carrière s'arrêta là.Le Canard avait révélé avec abondance de détails que Raymond Barre, alors premier ministre, avait obtenu dans des conditions extrêmement avantageuses un terrain hors de prix sur la Côte d'Azur.L'affaire ne « décolla » jamais, pas plus que l'histoire des opérations en Bourse de Mme Giscard d'Estaing sous la présidence de son mari.Ce qui ferait ici vandale pas-se en France d'autant plus facilement que les règles de fonctionnement ne sont pas très précises.Rien n'interdit au président Mitterrand d'amener dans chaque voyage à l'étranger une dizaine d'amis, même s'ils n'ont rien à voir avec le pays concerné.Rien ne réglemente l'utilisation des avions officiels (et gratuits) du GLAM.ce qui a permis au premier ministre Barre de faire un saut à Salzbourg dans la soirée pour assister à un opéra, à titre privé.Il y a, de façon très officielle, des « fonds spéciaux » déposés à Matignon, et dont l'utilisation par le premier ministre est discrétionnaire.Dans les principaux ministères, il y a de petites enveloppes qui circulent pour payer sous la table certains hauts fonctionnaires, et des mallettes bourrées de billets pour financer des opérations délicates.Chaque année, la Cour des comptes publie un rapport détaillé sur les bizarreries comptables effectuées à même les fonds publics.On apprend par exemple qu'au Centre mondial des communications de Ser-van-Schreiber.toute la direction avait la manie de passer sa vie en Concorde, ou alors se faisait rénover pour 100000$ tel somptueux appartement dont le loyer mensuel s'élevait à 5000$.Que tel grand reportage télévisé sur Mitterrand, dont le coût prévu était de 130000$ avait coûté quatre fols plus.Que tel projet immobilier avait engouffré des millions en pure perte etc.Les médias en font (modérément) leurs choux gras pendant trois jours, et plus personne n'en parle.De temps à autre, un scandale révélé par le Canard finit par nuire à la personnalité mise en auestion.Exemple la déclara-on d'impôts de Chaban-Del-mas, alors premier ministre en 1971 : on y découvrait que grâce à des astuces juridiques, il avait évité de payer le moindre centime l'année précédente.Exemple Giscard et les diamants offerts par Bokassa.Rien de tout ça n'était illégal mais dans ces cas-là les deux hommes avaient fait mauvaise figure, ce qui est bien pire que de la malhonnêteté.Le feuilleton qui divertit aujourd'hui les Français sur les plages a pour titre Carrefour du développement.Une affaire qui a éclaté il y a deux mois et concerne le ministère (socialiste) de la Coopération de 1983 à 1986.On y trouve : \u2014 un ancien chef de cabinet du ministre Nucci, Yves Châtier, soi-disant en fuite au Paraguay après avoir fait un trou de quatre millions de francs (au moins) dans la caisse; \u2014 une association fantôme qui achète d'une astrologue amie de Chalier un château, soi-disant pour la formation de cadres africains; qui fait transiter en liquide, en fausses factures, des sommes d'argent s'éle-vant jusqu'à dix millions de dollars, le tout pour le sommet franco-africain du Burundi en 1984; \u2014 une voiture blindée pour Mitterrand au Burundi, payée une première fois 200000$ par Carrefour du développement, puis repayée officiellement à Renault par l'Elysée; \u2014 des accusations concernant le financement de la campagne électorale socialiste dans le département de l'Isère, où se Présentaient non seulement ucci, mais le président de l'Assemblée nationale, Louis Mermaz.Rien ne manque à cette affaire : ni l'ombre des services de renseignements, ni les mallettes bourrées de billets, ni les fausses factures, ni les appartements offerts à telle maîtresse de Chalier, ni les rencontres discrètes avec l'adjoint de Mit-terand pour l'Afrique, Guy Penne, avec un fils de Mitte-rand, avec le président lui-même.Nucci, qui avait donné pleins pouvoirs et « délégations de signatures » à Chalier et avait « pour le moins fait preuve d'une incroyable légèreté » (dixit un socialiste), était présent comme si de rien n'était à la réception du 14 juillet à l'Elysée.Quant au Monde, il se contentait de déplorer avec philosophie que « se perpétuent ainsi les fâcheuses pratiques de la coopération franco-africaine ».En somme, les socialistes auraient fait ni mieux ni pire que leurs prédécesseurs, ce qui les excuserait en bonne partie.Lysiane Gagnon Le triomphe des idées sirîipi sa WHISTLER \u2014 Quand les premiers ministres canadiens se ™ réuniront dans dix jours à Edmonton, il y aura un nouveau personnage autour de la table.gracieuseté des créditistes de la Colombie-Britannique, qui viennent de catapulter à la tète de leur province un « self-made man» millionnaire, souriant mais inculte, sorte de croisement entre le vendeur de commerce et le « preacher » télégénique.C'est la caricature parfaite du populiste d'extrème-droltc.pour qui le divorce, l'Etat, les intellectuels, les syndicats et les assistes sociaux sont autant de fléaux à combattre au nom de de la famille et de !a « libre entreprise».Le nouveau premier ministre de la Colombie-Britannique.M.Bill Vander Zalm.n'a pas d'équivalent au Québec.Ni en Ontario.Encore moins en Europe, bien qu'il soit Hollandais d'origine.C'est un produit typiquement «western», qui aurait plus en commun avec la Californie du Sud.terre d'élection de l'argent neuf et des idées simplistes, qu'avec le reste du Canada.Dans une province où les deux tie«-s des habitants sont nés ailleurs, M.Vander Zalm est le prototype de l'immigrant qui a fait fortune à la force du poignet, et qui n'arrive pas à comprendre pourquoi tout le monde ne fait pas pareil.Ancien vendeur itinérant de bulbes de tulipes, il a monté une prospère pépinière, à quoi se greffent maintenant la plus grosse entreprise de laitues de serre au Canada et un parc d'amusement.Il arrive au pouvoir avec un bagage intellectuel plutôt léger, ayant quitté l'école autour de la septième année.Mais à quoi sert l'instruction?vous dirait-il.M.Vander Zalm déteste les «experts», et considère totalement farfelue la proposition qui veut que les problèmes contemporains soient «complexes».«C'est faux, proclame-t-il.ce sont les gouvernements qui compliquent les choses.» Le libre échange, par exemple.C'est simple: «Nous n'allons pas seulement compétitionner avec les États-Unis, s'exclame-t-il.nous allons les dépasser!» Les politiques protectionnistes américaines ont jeté à terre l'industrie de ressources colombienne, mais au diable ces «complexités», avec lui.l'heure est toujours à l'optimisme.Les enseignants?Il veut bien reconnaître leur utilité, mais à condition qu'ils «enseignent des faits, pas des opinions».Les programmes sociaux?«Ils seront révises en fonction d'un seul et unique critère: est-ce bon pour la famille?» En 76.il a traité René Lévesque de «frog».et s'est félicité de la victoire des séparatistes qui allaient débarrasser le Canada du français sur les boites de céréales, et sa province des hippies québécois qui traînaient sur les plages.e Voilà un homme qui n'a pas peur des mots, et qui est «sincère», disent ses partisans.Mais derrière cette image de virile franchise qui fait une partie de son succès de foule, n'y aurait-il pas, tout simplement, un opportuniste?Ce catholique intégriste qui est devenu le chouchou des fondamentalistes protestants, promet maintenant des casinos partout et la légalisation des jeux de hasard (cela fait l'affaire des promoteurs).Son aversion pour le bilinguisme ne l'a pas empêché de tenter de faire carrière chez les libéraux de Trudeau, à l'époque où ils faisaient campagne pour le bilinguisme.En 73, quand les libéraux ont commencé à baisser dans l'Ouest, il s'est rabattu sur le Crédit social.qui justement revenait au pouvoir après l'éclipsé néo-démocrate.En 1985, après avoir démissionné du cabinet Bennett en traitant ses collègues de «poules mouillées», il s'est présenté à la mairie de Vancouver, autre bizarre revirement chez ce banlieusard qui n'a jamais habité la métropole, et jamais fait autre chose que de flatter les préjugés anti-urbains de sa base rurale, luste punition des dieux.et des citadins: il a été battu.Et le voici aujourd'hui, après une campagne où il n'a pas été capable de rallier un seul de ses anciens collègues du cabinet, et sans même un siège à la législature, premier ministre en titre! e Il fallait le faire.Il t'a fait, dans l'atmosphère idyllique d'un congrès où les principaux candidats ont utilisé les techniques les plus avancées de conditionnement des foules, du spectacle de laser aux messages aériens en passant par l'arsenal plus terre-à-terre de la bouffe gratuite et de l'alcool coulant jusqu'à plus soif.Il s'est dépensé tant d'argent à Whistler que même |im Pattison, le multimillionnaire et p-d.g d'Expo 86, en a été scandalisé! 11 s'est déclaré en faveur d'une loi qui limiterait les dépenses électorales.M.Vander Zalm doit sa victoire aux sondages, qui en faisaient le plus populaire des 12 candidats au leadership dans l'opinion publique.Or, des élections devront avoir lieu d'ici à deux ans, et les néo-démocrates ont monté dans l'opinion publique, à la faveur de la crise économique.Il sera fascinant de voir comment l'exercice du pouvoir transformera Bill Vander Zalm, mais pour l'instant, on craint que son élection n'augmente les tensions sociales dans une province où la politique était déjà trop polarisée, à cause de sa tendance naturelle à braquer l'opposition et à susciter la confrontation.Son prédécesseur, M.Bill Bennett, avait tenté d'amener son gouvernement au centre en faisant appel à des conseillers issus de la machine conservatrice ontarienne, plus sophistiqués que les créditistes traditionnels, et capables de mettre au point des politiques de compromis \u2014 d'ailleurs souhaitées par les milieux d'affaires importants, qui trouvent contre-productif ce perpétuel climat de confrontation.Mais le parti a rejeté la voie modérée offerte par les deux candidats de la tendance conservatrice ( Brian Smith et l'étoile montante du parti.Bud Smith, un jeune avocat ), préférant retourner à la tradition populiste qui fait du Crédit social une formation marginale sur la scène canadienne et de plus en plus dépassée à Vancouver ou à Victoria, où l'électorat, plus pluraliste et plus évolué, est de plus en plus réfrectaire à la démagogie populiste.A la surprise générale, après le deuxième tour de scrutin.Bud Smith s'est rallie au candidat en avance plutôt qu'à son allié naturel, l'autre Smith.Décision qui a semé le désarroi dans ses troupes, et stupéfait leurs organisateurs ontariens.John Lasin-ger et Pat Kinsella, deux brillants vétérans de la Big Blue Machine qui ont «fait» les campagnes de Davis en Ontario et de Mulroney à Ottawa, et qui croyaient avoir tout vu.Ce qu'ils n'avaient pas vu, ni mesuré, c'est la profondeur du chauvinisme colombien qui a jeté Bud Smith dans les bras de Vander Zalm même s'ils n'ont pas l'ombre d'une idée en commun.Car pour l'ambitieux Bud Smith, rien ne pouvait être plus nuisible à sa carrière que d'être vu comme la marionnette de l'establishment conservateur ontarien.Après le socialisme et l'athéisme en effet, ce qui vient en troisième place dans la démonologie crèditis-te colombienne, c'est Toronto. B 4 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 2 AOÛT 1986 -SAMEDtPTJIS- IL Y A 50 ANS, LES OLYMPIQUES DE BERLIN Les Dieux du stade courent pour Hitler h Le ciel est gris sur Berlin ™ le premier août 1936.pour l'ouverture officielle des (eux olympiques.Mais, comme le rapporte LA PRESSE du trois août, «ce n'est pas une malchance», car les couleurs du spectacle d'ouverture s'en trouvent avantagées.«Un orchestre nombreux, poursuit le journal, une demi-douzaine de fanfares et un choeur de mille voix, un nouveau Cesar moderne, le chancelier Adolf Hitler d'Allemagne.tout a un caractère propre a faire de l'événement une scène incomparable».Champion de la propagande, de la manipulation des symboles et de la mobilisation des foules, le regime nazi sait tout le profit qu'il peut tirer du mythe olympique.Et il ne se genera pas.Les jeux olympiques de 193b seront une formidable operation de propagande pour le «César moderne».Adolf Hitler.Cela, le Comité olympique international (CIO) ne pouvait pas le prévoir en 1931 quand l'organisation des |eux fut confiée a l'Allemagne.C'est seulement deux ans plus tard, en mars 1933, que Hitler prend le pouvoir a Berlin.Héritière des |eux.l'Allemagne nazie voudra montrer au monde son efficacité et son sens de la grandeur.L'Olym-pisme.avec ses rassemblements, ses defiles, ses bannières, ses hymnes, ses spectacles et sa pompe, voila une belle occasion d'afficher la fierté retrouvée de la «nouvelle Allemagne»! Hitler s'arrangera donc, avec cette fois la complicité des autorites olympiques, pour présider lui-même le comité de patronage des |eux.assiste du ministère de la Propagande de Goebbels.Tout est en place pour la grande confusion: les |eux de Berlin se dérouleront sous les bannières confondues de la croix gammée et des anneaux olympiques.Le jour de l'ouverture.Berlin a droit a un immense defile militaire ou apparaissent les organisations nazies.Puis, moment suprême.Hitler fait son entrée dans un stade bonde de cent mille personnes.C'est l'ovation.L'orchestre et le choeur de mille voix, diriges par Richard Strauss, interprètent un air de Wagner, le compositeur préfère du Fuhrer.pendant que le dirigeable Hindenburg survole le stade.Puis la cloche olympique, sur laquelle on peut lire «l'appelle la jeunesse du monde», fait entendre une note grave.Les delegations des différents pays vont défiler devant Hitler.Accueillie dans le délire, la délégation allemande, «epurce».ne comprend évidemment pas un seul athlete juif et ses membres font tous obligatoirement partie des |eu-nesses hitlériennes.Seul petit incident a signaler: la déléga- tion américaine est la seule a ne pas baisser son drapeau devant te I uhrer.Règlement de l'armée, expliqueront les Américains.À la fin du défilé.5000 athlètes se trouvent massés devant Hitler et les hauts dignitaires nazis.Le chef du comité allemand d'organisation se charge alors d'apporter aux |eux leur petite signification aryenne: «Quand on verra la flamme olympique s'élever vers le ciel, déclare-t-il.on y verra un pacte entre l'Allemagne et la Grèce fondée il y a 4000 ans par des gens ayant émigré du Nord».Et voilà pour la morale du jour! Pour l'édification des foules, le Parti charge Leni Riefcns-talh de filmer ces |cux.Cela donnera un documentaire memorable.«Les Dieux du stade».Le boycottage Ces jeux ambigus auraient pu tourner autrement si le mouvement de boycottage lancé en 1933 avait réussi.L'Allemagne nazie commençait déjà à faire peur aux démocraties.La «politique de violence et de persécution» de l'Allemagne hitlérienne, comme l'écrit un hebdomadaire catholique américain, soulève la réprobation dans plusieurs pays.Le mouvement en faveur du boycottage prendra une certaine ampleur au États-Unis et au Canada, sous l'influence d'oga-nisations juives et religieuses.En Europe, le vent de la contestation souffle moins fort mais une conférence est tout de même tenue a Paris en juin 193b pour la «défense de l'idéal olympique».Mais le CIO ne cede pas un pouce et même la Prance de Leon Blum, pourtant peu suspecte d'affinités nazies, maintient sa participation aux |eux de Berlin.Des organisations de gauche tentent bien d'organiser des «contre-|eux démocratiques».Mais au moment où doit s'ouvrir a Barcelone l'Olympiade populaire.Franco déclare la guerre a l'Espagne « rouge ».Pas de contre-feux et finalement pas de boycottage.Hitler aura sa fète.Il en fera, sans rire, une féte de la paix.Le ministère allemand des Affaires étrangères ne manque pas de souligner que le premier août 3b marque le 22e anniversaire du déclenchement de la grande guerre.«Tout le peuple allemand voit en cela un heureux présage du désir et de la volonté de la nation de concentrer tous ses efforts et sa capacité vers une compétition pacifique pour le bien être du genre humain ».Ce langage apaisant, repris par les jounaux du monde entier, ne réussit pas à étouffer les bruits de guerre qui retentissent dans le monde cette an-nee-la.Quatre jours avant l'ouverture des |eux, on peut lire à la une de LA PRESSE: «La crainte d'une guerre se propage en Europe.Les espoirs d'une jeune génération qui desire ardemment la paix sont assombris par la tragique perspective d'une mort sur les champs de bataille».Pendant toute la durée des |eux de Berlin, du premier au seize août, les nouvelles de la XI' olympiade sont étouffées par le déferlement de la guerre civile espagnole.Le monde est intrigué par ce qui se trame déjà entre Rome et Berlin.Depuis le début de l'année, on a vu Mussolini envahir l'Ethiopie et Hitler reprendre possession de la rive gauche du Rhin, au mépris d'un accord international.Réuni à Genève pendant les |eux, le Congrès juif international déclare la guerre économique à l'Allemagne nazie et voit en Hitler le principal ennemi du peuple juif.Les Jeux du FUhrer Hitler, lui.profite du répit olympique pour améliorer son image, comme on dirait aujourd'hui.Des photos de presse le montrent au milieu de joyeux attroupements d'athlètes.L'effet est certain.Le premier jour des leux.il distingue lui-même deux athletes allemands, gagnants de médailles d'or.Le CIO lui rappelle que cela n'est pas très réglementaire.|uste rappel qui évitera au Fuhrcr de serrer la main, le lendemain, à lessc Owens, le «negre» américain qui brise le record mondial du 100 metres.S'il y a une petite ombre aux beaux |eux du Fuhrer, elle est justement là.[esse Owens remporte à lui seul trois des six médailles gagnées à la course a pied par les « nègres de l'équipe américaine», comme le titre LA PRESSE du 8 août 3b, qui n'a pas encore peur des mots.À part cela, tout se déroule dans le plus bel ordre national-socialiste.Les athlètes allemands remportent médaille sur médaille et chaque fois montent au podium faire le salut nazi.L'Allemagne sort grande gagnante de ces |eux.tant pour les points que pour le nombre de médaille, suivie d'assez loin par les Etats-Unis.La pompe nazie Les |eux se terminent dans la même pompe nazie et dans la même confusion qu'à leur commencement.Le 14 août, un «spectacle grandiose» fait frémir les 100000 spectateurs du stade.Devant le chancelier Hitler, les forces aériennes, navales et terrestres présentent un spectacle militaire impressionnant avec 200 tambours et I 750 musiciens.Cette «kolos-sale» fanfare joue toutes les marches si chères aux troupes allemands pendant que soldats, matelots et pilotes défilent devant Hitler avec le salut d'usage.La foule jubile.On joue du Wagner, encore une fois, dans l'obscurité presque totale; seuls trois phares éclairent le drapeau à croix gammée, l'étendard du chancelier et la flamme olympique.Puis, du tunnel, surgit une colonne de soldats avec des torches.Ils entourent la piste et l'on entend les fifres, puis les tambours, puis les trompettes et finalement toute la fanfare éclate de nouveau.«La loge des journalistes, placée au haut du stade, tremble sous les vibrations», écrit un correspondant d'agence.La céromonie de clôture du 1b août tourne elle aussi à la fète olympico-nazie avec discours, feux de joie et hourras pour Hitler.En dehors du sta- Le « César moderne », Adolf Hitler, en a profité pour se livrer à une gigantesque opération de propagande.de.sur une longueur de six mille.', les rues sont remplies de chemises noires et de chemises brunes.On peut lire dans LA PRESSE du 17 août 193b: «Le monde n'avait jamais vu et ne reverra pas avant la XII1' Olympiade de Tokyo, un enthousiasme tel que celui dont ont fait preuve les nazis».Les (eux de «l'enthousiasme nazi» seront les derniers de cette époque.C'est Londres qui prendra la suite en 1948, non sans que le mouvement olympique ait perdu quelques plumes de son flirt avec le «grand protecteur» des |eux de Berlin Lo$ athlètes allemands montent au podium faire le sa lut nazi.Une ombre aux beaux Jeux du Fuhrer : Jesse Owens, qui remporte à lui seul trois des six médailles gagnées à la course à pied par les « nègres de l'équipe améri caine.» DANS LA FAUNE WASHINGTONIENNE L'influence des columnists WASHINGTON Jean-Franç ois Lisée collaboration spéciale i WASHINGTON - Lors-* que le Californien Ronald Reagan a mis pied dans la capitale contre laquelle il avait victorieusement fait campagne, il lui fallait une introduction, un interprète pour le familiariser avec la faune du lieu.En attendant que limmy Carter lui cède le bureau ovale en janvier 1981, deux mois après l'élection comme c'est la règle, le président élu a rencontré par petits groupes les « movers and shakers », les décideurs et brasseurs d'affaires de la ville, dans les appartements d'un des nouveaux papes du journalisme américain, George F.Will.Will, journaliste conservateur dont la chronique hebdomadaire est publiée dans 400 quotidiens, est un des membres de ce groupe privilégié que l'ambassadeur canadien Allen Gotlieb, mi-respectueux, mi-ironique, appelle le « upper-média ».Que la salle à diner de Will ait servi de rampe de lancement au séjour d'un nouveau président dans la capitale témoigne du poids grandissant que ces commentateurs détien- nent dans le processus politique.Les « columnists » américains ont toujours profité d'un accès privilégié aux centres de pouvoir et y ont parfois exercé une influence déterminante.Le fait nouveau des années 80 est l'extension -le leur audience dans le grand public et l'extension de leur fortune personnelle grâce a leur entrée tardive mais combien profitable dans l'univers télévisuel.L'ampleur du phénomène s'est révélé en février 1985 lorsqu'un des membres émi-nents de l'upper-media est devenu employé de la Maison-Blanche et a dù publier le détail de ses revenus.Patrick Buchanan, turbulent directeur des communications du président, ultra parmi les ultra-conservateurs, avait empoché en 1984 la jolie somme de $400 000.Seulement 15 p.cent de ses revenus provenaient de son travail d'origine, la rédaction de sa chronique.Ses apparitions à deux émissions télévisées hebdomadaires lui rappor- George F.taient $120 000, une émission de radio lui valait $80 000 et le reste, $135 000, provenait de 37 conférences qu'il avait don- nées un peu partout au pays pendant l'année.Le Wall Street journal estimait récemment que George Will empoche un million par an.Comme plusieurs autres1, Buchanan et Will ont complété le parcours : les journalistes de presse écrite se bousculent pour participer à une des émissions de commentaires (à Radio-Canada on dirait péjorativement « de chaises » qui peuplent l'horaire des réseaux de télévision les samedi et dimanche.La télévision en soi n'apporte pas la fortune.Les participants réguliers du « McLaughlin group » ne reçoivent « que » $500 par apparition, les occasionnels, $200.Ceux de « Meet the Press » sur NBC touchent également $500.ceux de « This week with David Brinkley » sur ABC reçoivent le double, mais l'émission dure une heure, plutôt qu'une demie.Avec une cinquantaine de présences par année les pa-poteurs télévisuels empochent tout de même entre $25 et 50000 dollars, mais ils sont parfois prêts à donner gratuite- ment de leur personne pour que leur visage apparaisse sur les écrans à Cincinnati, Cheyenne et Des Moines.C'est que le véritable gros-lot se trouve au-delà de l'écran, dans les conventions des plombiers du mid-west et des propriétaires de salons funéraires « of America » qui sont prêts à payer des sommes folles pour qu'un « insider » de Washington partage avec eux les odeurs de la confidence.Pour attirer l'attention des associations de province, il est inutile d'empiler les prix Pulitzer mais hautement efficace de dire trois mots à la caméra.Strobe Talbott, chef du bureau du magasine Time à Washington «est beaucoup plus en demande depuis qu'il participe a Agronskl» une émission de commentaires du samedi soir, dit son agent Tom Ncill-sen.« Nous avons haussé ses honoraires de $3 à $5 000 (par conférence) et le nombre d'engagements s'est accru.Il est plus reconnu par les ache- teurs.» À ce tarif.Talbott est encore parmi les prolétaires des conférenciers.Les meneurs sont les vedettes de télévision comme les vétérans Walter Cronkite ou Eric Sevareid qui reçoivent environ $25 000 par conférence.George Will empoche entre $12 et $15 000 et donne une quarantaine de conférences par an.Parfois le cirque entier se déplace, notamment les membres du « McLaughlin group » qui quittent leur studio avec leurs chaises et vont s'engueuler en personne devant leur auditoire pour $15 000 l'ensemble.Non seulement cette « tournée des conventions » rappor-te-t-elle considérablement plus que les chroniques, mais au contraire de ces dernières qu'il faut pondre chaque semaine avec un minimum d'originalité, la même conférence peut être mâchée et remâchée sans modification devant les pâtissiers de Charleston, les comptables de Seattle et les agents immobiliers de Miami. IA PRESSE.MONTRÉAL, SAMEDI 2 AOÛT 1986 S S PLUS TETE DE TURC I Pour photographier Gunter Wallraff en Ali à l'oeuvre dans les aciéries de Thyssen, le photographe Gunter Zint, de Hambourg, a dû s'engager durant trois jours dans cette entreprise.On voit ici Ali engagé dans le genre de travaux qu'il décrit dans son livre « Tête de Turc ».Ali, alias Gunter Wallraff, en homme à tout faire chez McDonald.Après son exploit retentissant, Gunter Wallraff poursuit son combat g Après le chancelier Helmut Kohi, Gunter Wallraff est peut-\u2014 être aujourd'hui l'homme le plus connu en Allemagne.Dans les deux Allemagnes.Son dernier ouvrage, intitulé « Canz unten » \u2014 traduction littérale « Tout en bas » \u2014 publié en octobre 1985, a fracassé tous les records de l'édition: 2300 000 exemplaires en allemand.Avec déjà pas moins de 22 traductions achevées ou en cours, il a paru en français, en mars dernier, sous le titre « Tête de Turc ».préfacé par Gilles Perrault, aux éditions La Découverte.Titre qui se lit au propre comme au figuré.Déguisé, en effet, en ouvrier turc non qualifié et sans carte de travail, ce journaliste-écrivain entrera sans tarder dans l'état de sous-homme auquel la logique implacable de la rentabilité et du profit réduit les plus vulnérables.Pour y rester, « tout en bas » donc, pendant à peu près deux ans et demi, et dresser de l'intérieur \u2014 non sans mettre parfois sa santé en péril \u2014 un tableau ahurissant des abus, des injustices, des discriminations, des rejets et des racis-mes dont il se doutait et qui frappent les chantiers et les villes non seulement de la R.F.A.mais de nos sociétés dites développées.Les grands organes de la presse écrite allemande ont salué « ce journalisme à haut risque », pour employer l'expression de Gilles Perrault dans le Nouvel Observateur.Les effets sociaux et politiques ont été immédiats en Allemagne de l'Ouest, où vivent environ 4 500 000 immigrés dont I 600 000 Turcs.Outre-frontières, au Danemark, le Parlement n'a pas tardé à constituer une commission d'enquête afin d'étudier les conditions de vie des travailleurs venus de l'étranger, et en Hollande, la presse a mené des enquêtes parallèles sur la situation des immigrés moluquois.Lily Tasso a rencontré Gunter Wallraff chez lui à Cologne.C'était la première interview qu'il accordait à un journal du Canada.¦j II faut vraiment être hors ™ du commun pour s'accommoder d'un appartement dont la porte d'entrée s'ouvre sur.la salle de bains! « l'ai mes racines dans cet immeuble, mon grand-père fabriquait des pianos au rez-de-chaussée et y avait son magasin.|e vis ici depuis 20 ans », raconte Gunter Wallraff, les yeux bleus pétillants d'humour, ces yeux qu'il lui avait fallu assombrir par des lentilles de contact pour entrer dans la peau d'un Turc.Bâti comme un athlète, la quarantaine svelte, volubile à souhait, Wallraff parlera d'abondance, interrompu de temps en temps par des appels interurbains et intercontinentaux, laissant ainsi un peu de répit à mon interprète.Pour aboutir à la terrasse fleurie où nous avait conduits un grand blond aux cheveux en queue de cheval, nous avions traversé l'inévitable salle de bains et deux pièces minuscules qui servent de bureau à Wallraff.Précisons également que l'immeuble ordinaire de trois étages où habite Wallraff, est situé sur une rue banale, la Thebàerstrasse, dans un quartier tout aussi banal, tranquille en plus.Une perquisition Pas toujours cependant, puisque le jeudi matin précédent, dès 7 heures, une dizaine de policiers venus expressément de Bavière et munis d'un mandat de perquisition l'avaient bel et bien perturbé en forçant la porte de Wallraff.Sous prétexte de confisquer les films qu'il avait tournés au cours de ses enquêtes à l'aide d'une caméra cachée dans le sac où il prétendait transporter son café turc, et qu'il n'avait eu à justi- fier qu'une seule fois, en un allemand genre petit nègre: « Nous, Turcs, faire café spécial très foit ».« Ils savaient pourtant que toutes mes cassettes se trouvent chez mon notaire », se plaint Wallraff, qui a vu ces policiers prendre des photos de tout ce qui leur tombait sous la main, y compris des lettres qu'il avait écrites à l'âge de 15 ans! « C'er,t la première fois qu'une telle chose m'arrive, même si les gens influents ont toujours été ma cible.Cela prouve que le parti de Franz Joseph Strauss et quelques grandes industries comme Thyssen, se sont ligués contre moi », commente-t-il.Une véritable tempête Franz Joscf Strauss est depuis vingt-cinq ans à la tète de la CSU.l'Union chrétienne-sociale, branche bavaroise de la CDU, l'Union chrétienne-démocrate, actuellement au pouvoir en R.F.A.À un meeting monstre traditionnel, Wallraff.se faisant passer pour un émissaire de celui qu'il nomme dans son ouvrage « le dirigeant fasciste turc Tùrkes.le chef des Loups gris », avait réussi à se frayer un chemin jusqu'à Strauss, avait eu droit â une tape sur l'épaule et â une dédicace personnelle sur un volume d'images édité en l'honneur de l'homme fort de Bavière.La publication de Tète de Turc, qu'est venue illustrer ' avec force la projection, dans une centaine de salles de cinéma, du montage des 80 cassettes vidéo tournées par Wallraff, a déchainé, on s'en doute, une tempête suivie de mises au point, démentis, débats publics, enquêtes ministérielles et judiciaires, poursuites et condamnations de coupables.Wallraff, comme on peut le supposer, a récolté, pour sa part, des procès en diffamation dont les derniers en date intentés par Thyssen et Tùrkes.Le même montage devait être diffusé à la télévision le 1er ULY TASSO mai.La télé bavaroise l'a retiré de sa programmation.Les postes des autres Lander, ou Etats fédérés, en ont fait autant, « â la protestation unanime des journalistes », comme le souligne Wallraff.Et d'ajouter, â propos de l'incursion des policiers bavarois chez lui : « Cette invasion a terrorisé ma fillette et je compte aller vivre en Hollande, si ça continue.Mais ce ne sera pas facile pour ma femme qui enseigne ici l'anglais ».Sinirlioglu, un nom prédestiné Sa fillette Nadia, un beau bébé blond et joufflu de 14 mois, il nous l'a présentée fièrement \u2014 dans les bras de sa mère Dorlies \u2014 comme « la fille d'Ali », Ali étant son prénom turc quand, pour les besoins de la cause, il s'appelait Ali Lèvent Sinirlioglu.Un nom de famille presque prédestiné puisqu'il peut signifier en turc, « fils de l'homme qui a du tempérament ».Il en fallait assurément pour se présenter â toutes les corvées et les subir, semaine après semaine, tignasse et moustache noires encadrant son « regard tranchant ».Il sera tour â tour homme â tout faire dans un fast food, homme sans visage de la sous-traitance dans diverses entreprises, cobaye dans l'industrie pharmaceutique, chauffeur et garde du corps d'un marchand d'esclaves.Il n'a reculé que devant le colmatage de conduits de vapeur dans une centrale nucléaire.« Ça risque de l'achever », l'avait mis en garde un ami radiologue.Il aurait fait partie alors de ces « tètes à couper sans bénédiction », comme il le fait dire â l'un des ecclésiastiques â qui il s'était adressé pour se convertir soi-disant au catholicisme, tentative qui n'aboutira d'ailleurs pas plus que celle faite en vue d'entrer dans une secte en vogue en R.F.A.La lutte continue Depuis que la justice s'est mise en marche, les procès forment aussi le quotidien de Wallraff.Ses avocats \u2014 il en a plusieurs \u2014 vont le dimanche, les soirs de semaine et même parfois la nuit, interroger les travailleurs lésés, surtout les « occasionnels » qu'engagent les sous-traitants.Des étrangers brimés pour la plupart.Ils sont encouragés â se manifester et à réclamer leurs droits.« Tout à coup, tout le monde porte des masques dans l'usine chimique de Thyssen, et quatre nouveaux postes d'ingénieurs de sécurité ont été créés », lance Wallraff, en s'esclaffant.Il a rassemblé plus d'un témoin pour affronter le géant sidérurgique devant les tribunaux qui.espère-t-il, lui donneront raison une fois de plus.Par ailleurs, pendant plusieurs mois, cet « humaniste de combat », tel que l'a qualifié L'Humanité, anime presque tous les soirs une conférence-débat sur l'immigration en Allemagne.«Comme mon livre, cela aussi peut susciter un engagement », soutient-il en ajoutant : « Les gens qui se connaissent n'ont pas de préjugés.Les agressions se créent dans les ghettos ».Et c'est pour combattre ceux-là qu'il investit 1 700 000 DM (près de $1 100000) dans un premier projet domiciliaire à loyer modéré, à Duisburg, dans la Ruhr, où 200 familles allemandes et turques pourront vivre les unes à côté des autres.Fonds de solidarité Cette somme est puisée dans le Fonds de solidarité avec les étrangers, créé par Wallraff, et où sont versés les deux tiers de ses droits d'auteur.Ce fonds permet aussi d'apporter l'aide juridique nécessaire aux trar vailleurs menacés d'expulsion ou risquant de perdre leur emploi.Ceux qui ont besoin de cures ne sont pas oubliés non plus.Wallraff lui-même avait dû se faire soigner pour ses poumons encrassés et pour un déplacement de vertèbres.Enfin, d'anciens collègues, à~~* qui il a d'ailleurs dédié son ILv~t vre, frappent à sa porte, parfois au milieu de la nuit, pour lui demander de completer uq loyer ou de régler un arriérée « |e me sens une responsabilité envers eux.De coeur, je suj& toujours Ali, l'un des leurs fc confie-t-il en toute simplicity presque avec désinvolture, 'm Devant Liselotte Funke.sorte d'ombudsman des étrangers, qui lui avoue qu'elle; reçoit le tiers seulement de son abondant courrier, il propose sans se gêner: « Vous devrieç me prêter votre bureau »! ' Passionné de justice, on peut ¦ l'affirmer sans se tromper, ami ! d'Olaf Palme et du prix Nobel de littérature Heinrich Boll.Gunter Wallraff, un Allemand de la génération d'après-guerre, avait fourbi sa plume à Par-mée pour se consoler du service militaire auquel il ne pouvait échapper.Pour assumer, par la suite, d'autres rôles « démasqueurs » dont celui du « journaliste indésirable », terme qu'il affichait d'ailleurs à la tète d'un ouvrage précédent, publié en 1978, dans lequel il décrit.les pratiques douteuses du grand quotidien à sensation Bild Zet-tung.du groupe Springer.Son Tête de Turc rejoint' le mouvement S.O.S.Racisme et lui donne incontestablement un bon coup de pouce. B 6 \u2022 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 2 AOÛT 1986 \u2014SAMEDtPurs\u2014 LE COMMONWEALTH Un carrefour à la merci d'une collision ¦ LONDRES \u2014 Si ce n'était ¦ du Commonwealth, le président Kenneth Kaunda de Zambie et le premier ministre Margaret Thatcher de Grande-Bretagne ne se seraient sans doute pas parle aujourd'hui à Londres.MICHEL VASTEL_ Mais ce carrefour où se ren- ' contrent tous les deux ans 49 chefs d'Étal ou de gouvernement de tous les continents, de toutes les races et de toutes les religions, ressemble de plus en plus à une tour de Babel où on parle la même langue et qui.plutôt qu'un drapeau, s'est donne une reine pour symbole.La decolonisation aidant, le nombre des pays membres du Commonwealth est passé de 10 en I9b0 à 3! en 1970 et 49 aujourd'hui.Le club, de plus en plus disparate, rassemble l'Inde, près de 700 millions d'habitants, et l'atoll de Tuvalu.8 000 habitants ; l'immense Canada.10 millions de kilomètres carrés et le minuscule Nauru, 21 kilometres carrés; le très riche sultanat de Brunei-Daressalam.plus de $17 000 de revenus par habitant, et le tragiquement pauvre Bengladesh.$140.Cette diversité, de plus en plus grande, rend le Commonwealth de plus en plus sensible aux crises internationales et.de reunion en reunion, il doit puiser de plus en plus profond dans son heritage pour éviter l'éclatement.Pour la premiere fois de son histoire, c'est peut-être le symbole de son origine, le titulaire de la Couronne britannique, qui tentera demain soir au palais de Buckingham de réconcilier la famille.De Lord Durham à Margaret Thatcher Les historiens font remonter la creation du Commonwealth au rapport de Lord Durham et aux craintes de la Couronne britannique de voir ses colonies canadiennes suivre l'exemple sécessionniste des jeunes Liais américains.Le Canada, puis Terre-Neuve.l'Aus-iralie.la Nouvelle-Zélande et l'Afrique du Sud accèdent ainsi au statut de « Dominion ».C 'est a la conference impériale de 192b qu'apparaît pour la premiere fois le « British Commonwealth of Nations ».une association d'Etats indépendants ci librement associes a l'Empire par une commune allégeance a la Couronne britannique.Enfin, en 1949, une conference attribue à la reine d'Angleterre le titre de chef du Commonwealth et fait disparaître toute notion d'allegean-ce a la Couronne britannique, permettant ainsi a l'Inde puis a beaucoup d'autres anciennes colonies d'opter pour un regime constitutionnel different tout en restant membre du Commonwealth.C'est ainsi qu'une majorité de membres du Commonwealth \u2014 2b pays \u2014 sont des républiques.La reine Elizabeth a rappelé son « profond attachement » à l'existence du Commonwealth.Cet avertissement, et le discours « musclé » qu'on nous annonce pour demain soir, posent cependant un problème constitutionnel délicat.18.dont le Canada, partagent la reine Elizabeth comme souveraine et cinq pays ont choisi un autre souverain.Si Lord Durham et Winston Churchill, a la fin de la guerre, ont tout fait pour prolonger, dans les anciennes colonies britanniques, l'héritage de l'ancienne mere-patric \u2014 régime parlementaire, système juridique de droit commun, langue et regime d'éducation plutôt similaires \u2014 l'actuel premier ministre, Margaret Thatcher ne semble pas avoir les mêmes préoccupations.C'est que les institutions internationales se sont multipliées et, tant au Sommet économique des Sept pays les plus industrialises qu'a l'intérieur de la Communauté européenne ou de l'Ol AN.la Grande-Bretagne développe d'autres solidarités, économiques, militaires ou simplement politiques, qui l'éloignent de plus en plus de ses partenaires du Commonwealth et la mettent de plus en plus en porte-a-faux dans cette institution.« Bien sur que le Commonwealth reste très important pour nous», affirme un diplomate britannique sur un ton qui manque un peu de conviction.L'autorité d'Elisabeth II Il n'est pas surprenant que, par un jeu de fuites savamment organisées, la reine ait rappelé son « profond attachement » à l'existence du Commonwealth.Cet avertissement, et le discours « musclé » qu'on nous annonce pour demain soir, po- photolheque LA PRESSE sent cependant un problème constitutionnel délicat.La reine de Grande-Bretagne ( et du Canada ) ne peut agir que sur les avis de son « conseil » qui, lui, répond à son propre parlement.Mais que devrait-il arriver si 17 des 18 gouvernements (dont celui de Brian Mulroney) lui conseillent par exemple de resserrer l'etau sur le regime sud-africain et qu'un seul ( celui de Margaret Thatcher ) lui recommande le contraire?Ainsi demain soir, la reine ne parlera pas seulement en tant que chef du Commonwealth, sur lequel elle exerce une autorité morale, mais également comme souveraine de 18 pays dont certains attendent beaucoup de son leadership.C'est une situation dans laquelle le Commonwealth ne s'est encore jamais trouve.Traditionnellement en effet, la reine preside a l'ouverture des conferences biennales mais ne participe pas aux sessions de travail.L'héritage Pionner du dialogue Nord-Sud, le Commonwealth est à l'origine du plan de Colombo pour la cooperation économique et le développement en Asie ( en 1950 ), lequel a tracé la voie aux programmes modernes et aux institutions vouées au développement international.C'est ainsi que les programmes canadiens d'aide au développement, jusqu'à la « découverte » de l'Afrique francophone au milieu des années soixante, ont été à toutes fins utiles dirigés vers des pays du Commonwealth.L'an dernier, sur SI,4 milliard d'aide bilatérale, près de $500 millions allaient encore a des pays membres du Commonwealth.Outre la réunion des chefs d'État et de gouvernement ( qui se tiendra d'ailleurs l'an prochain à Vancouver ), les ministres des Finances du Commonwealth se réunissent chaque année avant les assises du Fonds monétaire et de la Banque mondiale et d'autres réunions ministérielles se tiennent régulièrement dans les domaines de l'agriculture, de l'éducation, de la santé et du droit.Même si elles n'ont pas l'impact d'autres réunions internationales comme celles du groupe des Non-alignés, ou du Conseil de l'Europe, ces réunions ont parfois donné le ton de grands débats internationaux.Ce fut notamment le cas sur la question sud-africaine où, dès 1961, le Commonwealth adoptait une déclaration de principe qui obligeait l'Afrique du Sud a ne pas demander le renouvellement de son adhésion.C'est encore le Commonwealth qui lancera le mouvement de boycott des athlètes sud-africains dans toutes les competitions internationales.Mais le club n'a pas été à l'abri d'autres crises : le conflit indo-pakistanais, la guerre civile au Biafra, la sécession du Bengladesh (qui entraînait le retrait du Pakistan), la crise rhodésienne, le coup d'état d'Idi Amin en Ouganda.Outre un imposant secrétariat à Londres (dont le titulaire, le Guyanais Shridath K,nuptial s'impose de plus en plus comme le champion des tiers-mondistes), le Commonwealth ne compte pas moins de 300 organisations auxquelles le gouvernement canadien contribue $50 millions par année.C'est évidemment le comité organisateur des |eux du Commonwealth qui obtient le plus de publicité mais le club a également créé plusieurs fondations et conseils de coopération technique dans tous les domaines de la vie quotidienne des États membres.( C'est ainsi que se tient aujourd'hui à Londres, sous la présidence de la Canadienne Shirley Carr d'ailleurs, une session d'urgence du Conseil syndical du Commonwealth ).Le « cousin d'Amérique » Les diplomates canadiens attachent une très grande importance à leur participation aux réunions du Commonwealth.Ce n'est pas tellement pour des raisons économiques puisque les échanges du Canada avec l'ensemble des pays membres du club ne représentent qu'un peu plus de $10 milliards.Les intérêts politiques du Canada sont par contre très grands : c'est en effet le seul club international auquel le Canada ne se retrouve pas dans Etats de première ligne Six voisins de l'Afrique du Sud, le Botswana, le Lesotho, le Malawi, le Swaziland, la Zambie et le Zimbabwe sont coupés de la mer.Deux en particulier, le Lesotho et le Malawi, ont un PNB de moins de $500 par habitant.l'ombre des Etats-Unis.Le pays peut donc y jouer son rôle de « grand cousin d'Amérique ».rôle dont les premiers ministres |ohn Diefenbaker dans le passé et Brian Mulroney aujourd'hui ne se privent pas d'ailleurs.Il n'est donc pas surprenant que, comme le président de Zambie récemment ou le premier ministre de l'Inde à Nassau, l'an dernier, on attende du chef du gouvernement canadien qu'il joue un rôle de médiateur entre la Grande- Bretagne et ses anciennes colonies.Son appartenance au Commonwealth a en outre permis au Canada de rivaliser d'influence avec la Grande-Bretagne en Afrique et surtout avec les États-Unis dans les anciennes colonies britanniques des Caraïbes.Ce sont d'ailleurs les mêmes intérêts que la diplomatie canadienne poursuit en appuyant la création d'un « Commonwealth » francophone.photothèque LA PRESSE C'est aujourd'hui que se tient à Londres, sous la présidence de la Canadienne Shirley Carr, une session d'urgence du Conseil syndical du Commonwealth.Ce n'est pas tous les jours que Kenneth Kaunda, président de Zambie, et le premier ministre Margaret Thatcher de Grande-Bretagne ont la possibilité de se présenter.photothèque ia presse Pays du Commonwealth Pays Continent Population 1 ANTILLES .Amérique.100.000 2 AUSTRALIE .Oceania.14.900.000 3 BAHAMAS .Amérique.200.000 4 BANGLADESH .Alnque.90.700.000 5 BARBADE .Amérique.300.000 6 BELIZE.Amérique.100.000 7 BOTSWANA .Afrique.900 000 8 ANGLETERRE .Europe.56.000.000 9 BRUNEI .Asie.233.000 10 canada.Amérique.24,200,000 11 CHYPRE .Europe.600.000 12 DOMINIQUE .Amènque.100.000 13 FIDJI .Oceania.600.000 14 GAMBIE .Afrique.600.000 15 GHANA.Afrique.11.800.000 16 GRENADE .Amérique.100.000 17 GUYANA .Amérique.800.000 18 INDE .Asie.690.200.000 19 JAMAÏQUE .Amérique.2.200.000 20 KENYA .Afrique.17.400.000 21 KIRIBATI .Océanie.59.000 22 LESOTHO .Afrique.1.400.000 23 MALAWI .Afrique.6.200.000 24 MALAISIE .Asie.14.200.000 25 MALDIVES .Afrique.200.000 26 MALTE .Europe.400.000 27 MAURITANIE .Afrique.900.000 28 NAURU.Oceanie.8.000 NOUVELLE-ZÉLANDE - - - - Océanie.3.300,000 NIGERIA .Afrique.87.600.000 29 30 31 32 33 NOUVELLE-GUINEE ST.KITTS-NEVIS -STE-LUCIE 34 ST-VINCENT - - - 35 SEYCHELLES - - 36 SIERRA LORNF.- 37 SINGAPOUR - - - 38 SALOMON 39 SRI LANKA 40 SWAZILAND - - \u2022 41 TANZANIE .Afrique - 42 TONGA.Oceanie Océanie.3.007,000 Amérique.50.000 Amérique.100,000 Amérique.100.000 Afrique.100,000 Afrique.3,600.000 Asie.2.400.000 Océanie.200,000 Asie.15,000.000 Afrique.600,000 .19.100.000 .100.000 43 TRINIDAD .Amérique.1.200.000 44 TUVALU .Oceanie - -.6.000 45 OUGANDA .Afrique.13,000.000 46 VANUATU .Oceanie.100.000 47 SAMOA.Océanie.200 000 48 ZAMBIE .Afrique.5,800.000 49 ZIMBABWE.Afrique.7.200,000 » "]
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