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Titre :
La Revue moderne.
Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. La publication prend le nom de Châtelaine en 1960. [...]

Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. C'est la journaliste d'expérience Madeleine Huguenin, de son vrai nom Anne-Marie Gleason, qui fonde La Revue moderne. L'éditeur torontois Maclean Hunter achète la revue en 1960 pour fonder Châtelaine, toujours publiée aujourd'hui.

La Revue moderne se donne une double mission, à la fois intellectuelle et populaire, qu'elle maintiendra tout au long de son existence. Elle vise à satisfaire à la fois une clientèle intellectuelle intéressée par la science, la littérature et les idées, et une clientèle populaire à laquelle elle offre un contenu de divertissement adapté au goût et à la morale du Canada français. Les deux sections de la revue sont autonomes et évoluent en parallèle.

Dans les premières années de son existence, La Revue moderne vise une clientèle aisée, qui profite d'une certaine croissance économique d'après-guerre. En font foi les annonces publicitaires de produits de luxe et le grand soin mis dans la conception des illustrations. La revue prend un ton qui va à l'encontre du nationalisme alors en vogue véhiculé par Lionel Groulx et Henri Bourassa.

La Revue moderne montre dès le départ un intérêt certain pour la littérature : en plus de publier des romans-feuilletons, elle compte sur des collaborations de Louis Dantin et de Louvigny de Montigny. De 1930 à 1935, l'engagement de Jean Bruchési pour la littérature canadienne alimentera aussi le contenu littéraire de la revue. Celui-ci sera ensuite plus orienté vers la France. Dans les années 1950, La Revue moderne fait moins de place à la littérature, et s'intéresse davantage à la télévision.

Plus de la moitié du contenu de La Revue moderne est voué aux pages féminines. Un roman de littérature sentimentale et d'évasion, visant particulièrement la clientèle féminine, y est publié en feuilleton chaque mois. Ces romans sont principalement l'oeuvre d'auteurs français, dont la romancière Magali, qui jouit d'une immense popularité. Les pages féminines traitent de la mode, des soins de beauté, des arts ménagers, de l'éducation des petits et d'activités mondaines, comme le bridge. Le public féminin est aussi la principale cible des annonceurs.

La lectrice type de La Revue moderne est mariée et mère, elle est citadine et catholique, aisée et charitable, sentimentale et raisonnable. Elle a le souci de son apparence et de celle de son foyer. Elle bénéficie de temps libres pour se cultiver. C'est une femme moderne intéressée par les nouveautés, mais pas féministe pour autant. Elle ne cherche pas à rompre avec la tradition. Cela changera avec Châtelaine.

La Revue moderne gagnera des lectrices jusqu'à la fin de sa publication. Le tirage de la revue, de 23 120 en 1922, passe à 12 904 en 1929, à 31 343 en 1940, à 80 000 en 1944 et à 97 067 en 1956, pour atteindre un peu plus de 101 650 exemplaires en 1960.

La publication de La Revue moderne est interrompue pendant cinq mois de décembre 1938 à avril 1939, pour revenir en mai 1939 avec une nouvelle facture graphique. Cette renaissance est attribuée à Roland Beaudry, alors vice-président et administrateur de la revue.

En plus des collaborateurs nommés plus haut, La Revue moderne s'attire la participation de personnalités comme Robert Choquette, Albert Pelletier, Alfred DesRochers, Michelle Tisseyre, Jehane Benoit, Damase Potvin, Ringuet (Philippe Panneton), Alain Grandbois, Robert de Roquebrune, Gustave Lanctôt, Adrienne Choquette, Germaine Guèvremont, René Lévesque, Jean Le Moyne et Valdombre (Claude-Henri Grignon).

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. V, p. 294-295.

DES RIVIÈRES, Marie-José, Châtelaine et la littérature (1960-1975), Montréal, L'Hexagone, 1992, 378 p.

PLEAU, Jean-Christian, « La Revue moderne et le nationalisme, 1919-1920 », Mens, vol. 6, no 2, 2006, p. 205-237.

RICARD, François, « La Revue moderne : deux revues en une », Littératures (Université McGill), no 7, 1991, p. 76-84.

Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1919-1960.
Contenu spécifique :
mardi 15 mars 1921
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Châtelaine.
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Références

La Revue moderne., 1921-03, Collections de BAnQ.

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5 MARS 1921 MONTRÉAL, CANADA 2ème ANNÉE, N A REVUE MODERNE Ao*e* ae #*ftg>M par Z.Aiicy I LITTERATURE.POLITIQUE, ARTS (Revue mensuelle) PRIX ; 25 SOUS LA REVUE MODERNE 15 mars 1921.«III II prononcé de bon goût dans le traitement simplicité n'exclue pas la dignité.La jol bien simple de cette draperie.En effet la iesse des étoffes que nous employons s augmente par l'art délicat que nous apportons à marier les draperies avec votre ameublement.Nous ferons de votre intérieur un véritable oasis d'où émanera une ambiance de confort, de dignité et de repos, en y disposant des draperies de velours dans les tons qui conviendront à votre tempérament, vous assurant ainsi une plus grande somme de contentement.Cette étude de la psychologie humaine est un facteur très important dans notre travail, en raison de l'influence considérable qu'exercent les couleurs sur les tempéraments.Le fait que nous donnons toujours satisfaction à nos clients prouve que les études très fouillées que nous avons faites dans 1 art de décorer un intérieur, alliées à la grande expérience que nous en avons feront toujours de notre "Studio'' la maison de confiance par excellence.r * + + CADEAUX DE PAQUES Au point de vue de l'originalité et de l'utilité notre Studio vous offre une collection de bibelots et de choses artistiques les plus récents de Paris.Nos prix sont modérés.Tél.Est 4090.478, rue S.-Denis, près Sherbrooke, Montréal 2799999 354171 15 mars 1921.LA REVUE MODERNE BUREAU CHEFi MONTRÉAL L'ECONOMIE Le peuple qui a l'habitude LES COMPTES D'EPAR-de l'ECONOMIE possède GNES peuvent être ouverts un bien national.?*?utea les succursales de la Banque de Montréal en UN COMPTE D'EPAR- montants de $1.00 et plus.GNES est non-seulement , , ., Quelque modeste que soit une sauvegarde pour 1 ave- votre dépôt VOTRE nir mais aussi un devoir COMPTE recevra notre envers notre patrie.prompte attention.Vous êtes cordialement invité à devenir l'un de nos déposants.BANQUE DE MONTREAL Etablie depuis au-delà de 100 ans.Capital Payé.$ 22,000,000 Réserve.$ 22,000,000 Profits indivis.$ 1,251,850 Actifs totaux.$560,150,812 COMPAGNIE GENERALE TRANSATLANTIQUE LIGNE FRANÇAISE Service hebdomadaire postal.NEW YORK—LE HAVRE-PARIS Par le» paquebots à 4 et 2 hélices FRANCE - LAFAYETTE - LA LORRAINE LA SAVOIE - ROCHAMBEAU - LA TOUR AI NE Service bi-mensuel NEW-YORK-BORDEAUX par les paquebots CHICAGO - NIAGARA GENIN, TRUDEAU & CIE Limitée Agents Généraux Canadiens Tél.M.2078.22 Notre-Dame Ouest Montréal La ptua importante Librairie et Papeterie Française au Canada 4 Nous enverrons sur demande nos H CATALOGUES d'Articles de Bureaux •( 6 li^w»' Articles Religieux O ¦ " o v Livres l\elloieux (7 •• « Littérature et Science (jf « •• Livres 3 m WJ S THE CANADA PMT/CO ///y/////y%^ limited m ^\\\\\\v ^Makers ofthe PamousEléphantBran.( RoiDMM, EST ST91 460, RUE ST-DENIS, (sh.^"00k.) MONTREAL "Un bon livre est un ami" Faites-vous de bons et loyaux amis à La Llbralrto Dé®m 251-Est, rue Ste-Catherine MONTREAL On y trouve toujours le plus grand choix de nouveautés Téléphone: Eat 2551 LA REVUE MODERNE 15 mars 1921 18^ le paquet Deux pour a Meilleure Cigarette dans N'importe quel Port.faihs-m huai CIGARETTES PLAYER'S NAVY CUT 15 mars 1921.LA REVUE MODERNE 11 LA MORT D'UN ARTISTE Par MADELEINE Notre pays et notre race ont récemment perdu un artiste, un grand artiste par l'inspiration, le goût et le raffinement.Cet artiste tendre et fin que la mort nous a pris, sans secousses et sans angoisse, tout doucement, comme l'on prend celui qui souffre pour le bercer, s'appelait Ulric Lamarche, et de notre Revue, dès le premier instant, il devint l'ami très sincère.Nous avions tout de suite réclamé le concours de son crayon spirituel; malade, très malade même, alors, il avait accepté tout de suite, espérant le jour où pour nous il aurait pu donner libre cours à son esprit finement ironique sans méchanceté, et qui le faisait aimer même de ceux qu'il croquait dans leur faiblesse ou leur ridicule.Il avait le don de rire et de faire rire, sans être jamais cruel, car la douceur et l'indulgence étaient le fond même de cette âme sensible et sincère qui n'aimait que le beau et le cherchait constamment dans la vie.Mais que dire de ses toiles superbes qui enrichissent quelques unes de nos collections canadiennes, et que leurs propriétaires ne céderaient pas aujourd'hui à prix d'or.Elles sont l'expression d'un talent personnel, où vit vraiment une intel-lectualité supérieure.Tout y est doux, caressant, enveloppé.Il aimait les beaux paysages où chantent la nature en fleurs, les cliamps roussis de soleil, où s'élève le blé blond voisinant avec des taches d'herbes vertes; il aimait les petits coins ignorés ou dédaignés où nul n'avait rien perçu, et où il trouvait, lui, la réponse à sa soif d'harmonie et de sérénité.Il aimait la simplicité dans la nature, comme il l'aimait dans les êtres.Et nous le voyions contempler l'une et rechercher les autres, s'intéressant à tout ce que la vie offre de sincérité et de simplicité.Un petit tableau séduit ma pensée: un peu d'eau enveloppé d'arbres vert et or.Le charme s'en dégage comme d'un poème.Ce petit coin cueilli au pays des soleils, là même où est né Lamarche, dans cette terre merveilleuse de la Californie, éblouit et passionne.Il semble que le talent tout entier du peintre s'y soit fixé: ceux ULRIC LAMARCHE sympathie pour cet artiste au style si clair, si discret et si prenant.Pauvre Lamarche, sitôt parti tout de même, entre deux sourires.Je le vois là qui semble dormir sur la couche basse où la mort l'a couché.L'ami qui lui est resté fidèle dans toutes les étapes du calvaire qu'il a dû gravir pour mériter le repos suprême, lui rend le dernier service: celui de lui fermer les yeux dans l'immortalité de la mort.Sa figure resplendit d'une paix extraordinaire.Il semble dire à ceux qui pleurent: "Pauvres humains, pauvres fous, pourquoi regretter la vie quand l'éternité est là, avec sa paix et sa joie".La mort nous apparaît soudain comme un bienfait, et autour de celui qui dort, semblant si heureux, nous causons avec calme, gagnés par sa splen-dide sérénité.Pauvre ami si précieux et si sûr, que nous n'entendrons plus exprimer des mes profondes, des sentiments justes et des espoirs magnifiques.Exubérant et impulsif, il croyait à tout ce que l'existence peut offrir de beauté et de bonheur, et même le mal affreux qui le rongeait depuis deux ans ne put le faire douter du bienfait de la vie.Il espérait, et son espoir dominait son mal épuisant.Il s'attacha à la Revue dont il avait surveillé la fondation, et à laquelle nous tentions de le rapprocher en le mêlant à tous nos projets, en le consultant sur les gravures et les teintes qui devaient présider à sa présentation.Et quand il s'excusait d'être un collaborateur au repos, nous pouvions lui répondre qu'il avait inspiré à la Revue ses détails les plus aimables.Tous les mois, le coup de téléphone fidèle nous apportait son contentement et son appréciation amicale, et ce coup de téléphone hélas, suspendit en février, nous serons à jamais tristes de ne plus l'entendre résonner dans notre vie avide de sympathie et de sincérité.Lamarche, né dans le sud américain de parents canadiens-français, ressemblait étonnamment aux hommes du Midi.Il lui arriva fréquemment d'être pris pour un Mexicain, et il affectionnait d'ailleurs, comme qui le regardent ne peuvent se défendre d'une intense pour accentuer cette erreur, le large chapeau noir'que 12 LA REVUE MODERNE 15 mars 1921.portent presque toujours les aristocrates du Mexique.Ses yeux noirs brillaient de franchise et de sincérité.La vie en débordait large et généreuse.Ses études le portèrent, jeune encore, vers Paris, et il semble que, pour ce Canadien-français jailli en terre américaine, sa vraie patrie devait être la France.Il l'adorait et ne pouvait se passer d'elle.Sans cesse il y retournait, comme l'on retourne vers la lumière.La province française le passionna peut-être plus encore que la Capitale.Il aimait les vieilles villes et les vieilles coutumes; il aimait les gens surannés et les habitudes antiques.Il aima la beauté de la France à travers ses paysages, ses ruines, ses antiquités, ses vieux temples, ses mes étroites et tourmentées, ses châteaux moyenna-geux; il aima la France comme Von aime V Art lui-même, et la parcourut d'un bout à l'autre, stationnant en Bretagne, en Normandie, en Touraine, en Auvergne, dans les Alpes et dans les Vosges, toujours admirant, toujours aimant.La guerre arriva au cours d'un de ces voyages artistiques.Alors tout le mal de la France entra en lui à grands coups de sabre et de baïonnette.Il ne pouvait guérir de cette plaie atroce qui était la plaie de la Bien-Aimêe, et, suivi de la compagne incomparable qui souffrait de son mal, comme elle avait vécu de son bonheur, il s'en revint mourir avec nous, qui l'aimions bien, et que son trépas laisse inconsolablesl Dans notre existence étroite et égoïste la vie d'un tel homme passe inaperçue.Elle révèle pourtant une admirable personnalité, et ceux qui le mirent au tombeau purent se dire que celui-là allait vers la Vraie Paix, réservée aux hommes de bonne volonté qui n'ont voulu que le Bien, poursuivi que le Beau, et mérité la Récompense qui attend le Juste, Là-Haut, au-delà des étoiles, où Dieu a monté son Paradis.madeleine umm souhaits danniversaire mm L'une de nos maisons de commerce canadienne-françaises célèbre son 53e anniversaire, et nous tenons à féliciter hautement son propriétaire et son gérant général, pour l'impulsion splendide qu'ils ont donné au commerce de la partie est de notre ville.En effet la maison Dupuis, fondée il y a tant d'années par l'homme d'action que l'on se rappelle encore, M.Nazaire Dupuis, est restée là où l'avait posée son fondateur, et elle n'a jamais non plus changé de nom.Après la mort de M.Dupuis, ses frères prirent la suite de ce beau commerce qui florissait alors tout tranquillement.Après quelques années M.Narcisse Dupuis restait seul à la tête de la maison qu'il dirigea jusque vers 1909, époque à laquelle il mettait à la tête de la maison, l'homme d'expérience et d'initiative qui devait le seconder avec tant d'habileté et de dévouement, M.A.J.Dugal.Dirigée par ces deux hommes progressifs qui s'étaient entourés d'aides intelligents et travailleurs, parmi lesquels il faut citer le trésorier, M.Armand Dupuis, la maison devint rapidement un magasin à rayons modèle, et; comme par magie s'agrandit, prospéra, s'améliora, au point a M.NARCISSE DUPUIS, propriétaire et directeur de la grande maison de commerce qui porte son nom.d'exciter chez les Canadiens-français, une légitime fierté.Lancée dans la voie du succès, la maison Dupuis est devenue une puissance commerciale, et nous assistons à son développement et à son perfectionnement avec une satisfaction fort explicable.Nous offrons à son directeur, à son gérant et à tous les collaborateurs de cette œuvre magnifique nos souhaits pour l'anniversaire qu'ils vont célébrer par une vente colossale qui permettra à leur clientèle de garder de cet événement, le bon souvenir que laissent les ventes à sacrifice, dans l'esprit de tout acheteur qui connaît la valeur de l'argent.En ces temps de vie chère et de lutte matérielle si âpre, un événement de ce genre, où qu'il se produise, est un bienfait, dont tout homme et toute femme soucieux d'améliorer son existence doit savoir judicieusement profiter.Nous souhaitons à la maison Dupuis, de nouveaux succès justement mérités par son souci de maintenir très haut, et très loyalement sa réputation de maison moderne.la directrice M.A.J.DUGAL, gérant général de la Maison Dupuis, l'une des plus anciennes et des plus progressives de la Métropole. 15 mars 1921.LA REVUE MODERNE 13 CHRONIQUE LITTÉRAIRE QUELQUES LIVRES D'HIER -Par LOUIS PANTIN Lk Mauvais Passant, par Albert Dreux.— 1 vol.in 12° de 120 pages.Montréal, Roger Maillet, éditeur.Ces poèmes, d'une indiscutable sincérité, révèlent en M.Albert Dreux le rêveur sensitif et l'artiste consciencieux que le volume des Soirs avait déjà fait entrevoir.Les tendances de l'auteur le portent vers les nouvelles écoles, celles qui cherchent dans la gamme des mots des sonorités plus amples, des combinaisons plus subtiles et des fusions plus audacieuses.Pour instrument, on sent qu'il préfère à la lyre traditionnelle, trop calme à nos oreilles blasées, la mandoline au timbre aigu, aux vibrations crispées et nerveuses.Il modernise pourtant avec une certaine réserve, qui n'est peut-être que la prudence du bon sens.Son inspiration est composite, en somme, aussi bien que son écriture.Il puise souvent aux sources de l'âme, et il se grise alors d'une mélancolie exaltée, d'un sentiment vif et capiteux; il lance sa pensée vers de hauts problèmes en des ascensions rationnelles ou mystiques; il brûle son cœur à la flamme folle des caresses.Mais c'est aussi un "objectif", et il se plait à des peintures désintéressées et sereines, aux pures louanges de la Beauté.Son vers est tantôt le vers romantique, à peine touché de la teinte parnas-ienne, et tantôt le vers libre, chevauchant le Pégase sans frein des Olympes où Kahn et Laforgue sont dieux.Peut-être, en dispersant ainsi sa manière, laisse-t-il soupçonner qu'il n'a pas tout-à-fait choisi sa voie, qu'il n'a pas atteint l'unité resserrée et forte où le style et le poète se fondent en un tout indissoluble.Peut-être y a-t-il dans son éclectisme même une part d'imitation dont se dégagerait un art plus confiant et mieux affermi.Il garde, malgré tout, plus d'un élément de riche originalité.Sa communion à la nature est d'un enthousiasme vrai et se chante en notes gravement ferventes.Il a la nostalgie des bois touffus où s'épandaient ses rêves d'enfance, où les héros même de ses livres revivaient dans les troncs altiers et épiques; c'est avec un regret intime qu'il contraste avac leur.silence la clameur grossière des cités: J'ai déserté la joie, ô mes amis d'antan! Un jour néfaste et dur me jeta dans la ville Où tout, jusqu'à l'amour, est pressé, haletant; Où même un cœur d'enfant est une chose vile.Mais je retournerai, je reviendrai vers toi, Nature qui me fus maternelle et si tendre; Je saurai retrouver mes rêves à ta voix ; Je veux me retremper en toi, tu peux m'attendrc.Dans le palais sacré des chênes et des ormes, Des pruches et des pins, des chênes, des tilleuls.Le merveilleux secret des couleurs et des formes Se renouvelle, vit, demeure.Et c'est là seul, Dans ce vivant palais aux colonnes fécondes Dont le dôme est un chant cl dont les hôtes sont Rossignols, roitelets, mésanges et pinsons, Ceux qui font plus joyeux le sourire du monde.Que je veux promener le dégoût et l'ennui Qu'a jetés dans mon cœur la ville, ce cratère.O Forêt, où le jour semble une belle nuit Pour ce que vous semez d'étoiles sur la terre! De même il trouve, pour recréer les paysages fleuris de neige ou les lueurs fantasques des nuits de janvier, des images brillantes et plastiques.Il fait tournoyer nos sports d'hiver, la raquette et le hockey, avec une gracieuse prestesse.Dans Soirs d'Artiste, par contre, ce sont des étangs et des vasques idéals qu'il voit sommeiller sous un ciel d'Afrique, à l'orée de bosquets peuplés d'oiseaux éclatants, de nymphes et des dieux.Le soleil était tombé là-bas Tout au fond de l'eau verte; L'occident semblait un dahlia A la corolle ouverte.Et je songeais: Soir si clair, si beau, Si rempli de caresses, Je te chanterai sur mes pipeaux, O cher soir qui m'oppresse! Ainsi toujours il est tendre à la nature, que ce soit celle de la réalité ou de la fantaisie; et ces effusions gonflées de l'âme des choses, ces hymnes à la beauté du monde sont, je crois, dans son œuvre la partie la plus spontanée et la plus vivante.Quand il s'attaque à l'idée pure, il vacille entre des théories diverses, même contradictoires, et se convainc de cette curieuse insouciance intellectuelle que j'avais signalée jadis chez Emile Nelligan.Ainsi il dédie à M.Henri Grignon, des strophes parfaitement pieuses, où il semble pénétré de la sécurité, de l'extase même des vieilles croyances: Sous les arceaux bénis, l'âme des encensoirs Déroulait sa guipure aux rythmes des cantiques.Tandis que, récitant les oraisons du soir.Nous nous vêtions de paix et de douceur mystique, etc.Et puis, à dix pages de distance, c'est un chant angoissé et acerbe où l'humanité en révolte hurle des négations désespérées: Alors, échevelant sa tête haute et belle Et défiant le ciel de ses deux poings crispés: "O splendeurs de mon rêve, extases irréelles, Comme un soleil défunt, chimères, vous tombez! Vous n'étiez que l'idole immobile du temple.Ma raison s'abîmait au pied de vains autels; ' Je vous remplacerai dans mon rêve éternel Par un orgueil plus grand, par un espoir plus ample.Ces vers sont beaux, mais au fond que pense le poète?N'a-t-il pas d'opinion à lui?N'a-t-il aucun scrupule de souffler le chaud et le froid par les trous du même chalumeau, de faire de ces brûlants sujets un simple volant pour les jeux de sa rime?L'artiste peut, sans doute, tirer sa matière de partout, et même de sources opposées, mais à condition, semble-t-il de n'y puiser que des tableaux, des émotions peut-être, non des affirmations et des idées inconciliables.Ici l'indécision, l'absence de parti-pris compromettent l'unité et.nuisent à la perspective totale.Il est plus cohérent dans sa façon de traiter l'amour.C'est toujours pour lui le fils de la Vénus antique, l'attrait séducteur et impérieux auquel toute vie est soumise et qui dompte à la fois l'âme et la chair.Les quelques pièces où il le chante sont d'un bel élan intime, et s'imprègnent gentiment de câlinerie et de tendresse.Il en craint pourtant les désillusions, communes à toutes les joies humaines, 14 LA REVUE MODERNE 15 mars 1921.et pour leur échapper, suggère un compromis légèrement risqué, mais qui se dit avec beaucoup de délicatesse et de grâce: Quand, les sens apaisés et les yeux demi-clos, Nous sentons, ô très chère, invincible descendre Le beau calme animal neigeant comme une cendre Sur le feu clair, ardent, qui flamboyait tantôt; On est heureux.Le cœur s'endort tout doucement, Sans regret, sans frisson; et l'âme sans pensée, On songe vaguement aux forces dépensées Et l'on flotte en un vague anéantissement.Mais lorsque nous avons refusé la folie Et que nous n'avons pas voulu jusqu'à la lie Boire la coupe entière et fade du plaisir, Quel bonheur de garder l'aiguillon dans nos veines Et de sentir toujours, comme un vol de phalènes, Planer autour de nous les oiseaux du désir! Un seul mot, à mon sens, déroge à la perfection dans cette pièce tout-à-fait charmante: "Quel bonheur!" Et l'on se demande en passant: Pourquoi nos poètes sont-ils, en général, si peu soucieux du détail, de chaque détail de leurs vers?Pourquoi se contentent-ils si souvent d'une composition d'à peu près et d'ensemble?Pourquoi n'arrivent-ils pas, même dans un sonnet, à regarder chaque vers comme une entité individuelle, ayant droit pour elle-même à un soin exact et minutieux?"Quel bonheur," c'est évidemment le mot de premier jet, celui qui s'est offert d'abord et qu'on a accepté de confiance, au petit bonheur; c'est par suite le mot général, élastique, mitoyen et médiocre, qui dessine vaguement toutes sortes de sentiments voisins sans en fixer aucun comme il faut.Le bourgeois qui vient de gagner le gros lot s'exclame: "Quel bonheur!" Si "bonheur" a un sens précis, il indique le repos, le calme dans la possession, l'apaisement du désir et non sa persistance: il suggère donc assez mal la jouissance subtile impliquée dans cette gentille gaminerie.Il y avait tant de substantifs plus directs et plus nuancés: charme, griserie, délices, enchantement, volupté, et que d'autres! Et sans doute c'est beaucoup de fracas pour un mot qui n'est ni incorrect ni décidément impropre: mais n'est-ce pas assez qu'il décroche une maille dans une si jolie trame?Et puis il est typique de tous ces "moyens termes" qui, non seulement chez M.Dreux mais chez l'armée de ses confrères, se glissent dans les morceaux les mieux conçus et les mieux écrits.Poètes, surveillez donc à la loupe vos noms, vos adjectifs, vos verbes, et jusqu'à vos articles! Le Mauvais Passant, qui donne son nom à tout le volume, nous offre un essai de vers libre traité avec une réelle maîtrise.C'est une tragédie de l'Hiver qui tue, la lutte de la tempête glacée enserrant de ses tourbillons, accablant de ses dagues et abattant comme pour un triomphe le vagabond ivre qui l'acclame et lui fait fête jusqu'à la fin: Ce n'est plus qu'une forme atténuée; La neige, vivante nuée.Le couvre de sa broderie, Puis, dans la claire poudrerie, Elle s'envole, crystalline, La neige soyeuse, fine.Il y a là toute la cruauté dédaigneuse, toute la férocité souriante des forces qui se jouent avec nos vies.Il y a un symbolisme subtil, des images évoquant plus qu'elles ne disent, une impression finale et forte émue dans l'âme par la musique des strophes.L'on se prend à souhaiter que M.Albert Dreux persiste à cultiver cette forme, puisqu'il y réussit si bien ; il pourrait y trouver un jour sa voie définitive.Même dans les tentatives disséminées que groupe ce volume, le talent est incontestable.On peut franchement louer des pièces comme Raffinement, Soir en Forêt, Soir d'Hiver, Ah\ comme la Lumière] et reconnaître dans toutes des éléments d'art précieux, à côté d'évidentes faiblesses.Que, dans des excursions encore plus hautes aux sphères poétiques, l'artiste étende et complète sa moisson de beaux rêves; qu'il s'impose le joug d'une perfection plus étroite, plus soutenue: notre public, qui l'applaudit déjà, fera mentir alors tout-à-fait sa trop pessimiste complainte: Et c'est pourquoi, Rêveurs, parmi les foules vastes Vous ne serez jamais que des déshérités; Car la plèbe, qui reste en bas quand vous montez, Ne sait pas que vous lui rapporterez des astres.* * Les Atmosphères.Le Passeur; Poèmes et autres Proses; par Jean Aubert Loranger.Un volume de 60 pages, avec une couverture de J.C.Drouin.Ne me demandez pas pourquoi cette plaquette s'intitule: Les Atmosphères; pourquoi elle est imprimée tout entière en caractère- gras; pourquoi elle porte en épigraphe cette phrase de Jules Romains, d'une philosophie si profonde: "Quelque chose s'est mis à exister soudain." J'ai peur que ce ne soient là des mystères; et s'ils ont une explication, l'auteur seul pourrait la fournir.Tout au plus le dernier suggère-t-il cette autre énigme que se posait jadis le bon poète Camille Mauclair: Se plaindre qu'il n'arrive jamais rien.Est-ce que c'est cela les névroses?Peut-être M.Jean Aubert Loranger a-t-il voulu, dès le seuil du livre, planter le fanion de son école, pendre l'enseigne des prosateurs nouveaux, qui aspirent à tenter dans les régions neuves de l'idée et de l'expression de hautes et magnifiques fortunes.Talents impatients des lenteurs de l'évolution littéraire et qui s'essaient à la devancer, à réaliser déjà l'esthétique et à parler le langage des siècles futurs; découvreurs en quête de conceptions et de formules transvolant non seulement le passé, mais le présent, et atteignant d'un bond à l'idéal encore en germe d'esprits plus subtils et plus affinés que les nôtres.M.Loranger semble avoir partagé cette ambition.Son entreprise se joue ici sur un terrain borné: elle n'en a pas moins l'intention vaste et la belle témérité qui forcent la sympathie et excusent même la défaite.La pièce principale du volume, c'est Le Passeur; c'est là que se déploient surtout le caractère et le ton de ces poèmes en prose.Le Passeur a, depuis un nombre indéfini d'années, façonné son âme et son corps au même exercice uniforme, aux mêmes motions monotones et rythmées: faire voyager d'une rive à l'autre la chaloupe et le bac qui prolongent la grand'route pour les piétons et les fardeaux.Il s'est identifié avec ce labeur, qui fait partie de son être et de sa personne.Un jour, il constate qu'il a quatre vingts ans, et pour la première fois il a peur; il songe au temps où ses bras pèseront moins lourd que les rames; il redoute moins la mort elle-même que "la vie des vieillards qui ne travaillent plus, mais qui gardent assez de bras pour repousser la mort." Dès lors commence la légende de sa déchéance, l'inertie de ses bras anémiés, Pankylose de ses reins, l'effondrement de ses membres usés que la paralysie enfin enserre et immobilise.Un autre passeur le remplace, et il devient le spectateur rivé au sol des va-et-vient du bac dont il était jadis la force et la vie.Son âme engourdie n'est plus qu'un miroir vague de son passé, où se nimbent à l'état de rêve toutes les images qui le remplirent.Il con- 15 mars 1921.LA REVUE MODERNE 15 nait le calme universel, l'impuissance totale, l'ennui absolu.Un jour, dans un renouveau passager de forces, il se glisse jusqu'à la vieille barque, s'y asseoit, et s'essaie comme jadis au rite familier des rames.La barque part à la dérive; le passeur ébloui flotte comme une épave entre les bords silencieux du fleuve jusqu'à ce qu'un remous le renverse et l'entraîne avec son bateau dans le gouffre.La donnée, on le voit, est simple et humaine; elle fait appel à des sentiments élémentaires et profond*.Mais c'est l'exécution surtout qui retient l'attention, la curiosité même; c'est le style d'une naïveté de surface recouvrant la recherche intense, d'une syntaxe embrouillée à dessein, d'une incorrection caressée et voulue: style qui horrifierait Verniolles et réjouirait des Esseintes.Et il serait facile d'en rire, si l'auteur ne l'avait pas "fait exprès"; mais cette forme, étant le résultat d'un système, demande au moins qu'on l'examine et qu'on s'efforce à l'expliquer.J'y crois voir, pour ma part, la transposition en littérature de la thèse hégélienne proclamant l'identité des contraires, et de la théorie pessimiste qui ne voit dans le monde qu'un jeu baroque et funambulesque.Impossible de concevoir autretnent cette manière d'écrire, ce mélange de faits dramatiques et de détails saugrenus, cette gaucherie étudiée des tournures, ce contraste entre la crudité puérile de l'expression et la complexité tragique des choses, comme dans ces très anciennes ballades où des situations à faire frémir s'énoncent avec une bonasserie voisine de la bêtise.D'après cette rhétorique, si je la saisis bien, le solennel et le trivial, le primitif et le raffiné, le frisson et la blague, se mêlent dans le style comme ils s'accolent dans la vie elle-même.L'ironie devient la loi suprême de la littérature.Etant donné que le cosmos est une mauvaise plaisanterie, une farce cruelle jouée à nos dépens, il est tout naturel, n'est-ce pas, qu'il revête sous la plume un faux air de fumisterie?Entendu de cette sorte, le burlesque ajoute même un élément de plus à la "grande pitié humaine", et le rire qu'il provoque est aussi amer que les larmes.Cette théorie n'est pas aussi neuve qu'elle en a l'air: ce fut, dans une mesure, celle de Shakespeare avec Caliban ou Bottom, celle de Victor Hugo dans ses créations les plus puissantes: Triboulet, Qusimodo, l'Homme qui Rit.Seulement Hugo et Shakespeare mariaient le sublime et le rococo dans les personnages: nos innovateurs le marient dans les mots; ils se font à plaisir une langue où le haut et le bas du lexique se heurtent comme reine et laquais dans Ruy Bios.A parité de génie, le résultat serait peut-être le même.Tel qu'il est, ce système, par je ne sais quel tour de force, arrive parfois à étouffer tous les sens critiques, et à vous imposer ses impressions rares ou aigûes.Je vous donne ces déductions pour ce qu'elles valent; voilà comment, en tout cas, j'excuse chez l'auteur des Atmosphères et chez ses frères en futurisme des passages comme ceux-ci: Comme la souffrance de son dos le suivait partout, dans sa chaloupe et dans son bac, il lui fallut bien s'admettre qu'il avait quelque chose là.Comme cette chose ne se tenait pas agrippée à son épaule ni à ses hanches, il finit par reconnaître l'existence en lui des reins, et il en fut consterné.Son mal et ses reins s'identifièrent donc en passant par sa connaissance.Ils furent une partie douloureuse à son corps: ils furent une maladie qui lui venait du lit et du sommeil ayant constaté un redoublement de ses souffrances à son réveil.Puisque ses reins étaient le mal à son corps, il avait donc attrapé tes reins.Et si, certains jours qui furent plus pesants que les autres, ses rames s'arrêtaient en l'air comme le geste interrompu d'un orateur qui ne trouve plus ses mots, le passeur s'excusait d'être, tout simplement, un pauvre homme qui porte ses reins.Si ceci était écrit d'une âme absolument sérieuse, ce serait à se tordre: mais cette platitude, j'aime à le croire, distille une ironie secrète, et l'auteur en a souri le premier, d'un sourire à peine conscient, réprimé peut-être.C'est ainsi que doivent sourire les peintres cubistes et les musiciens comme M.Ornstein.Et s'ils ne sourient pas, ma foi, tant pis pour eux: ils n'ont pas le sens de l'humour et ne sont pas aussi futés que je l'espérais.Tout n'est pas, d'ailleurs, dans ce ton extrême: il y a des tableaux qui se gravent, il y a des images évocatrices: l'effet total du morceau reste suggestif et inquiétant.Les autres parties du livre ont moins d'importance, et j'oserais même dire que le Conte final n'en a pas du tout.C'est un fait-divers sans grand relief, et que l'effort stylesque ne sauve pas assez desa banalité foncière.Les Signets sont des notations brèves s'attachant à saisir des aspects fugaces de scènes et de spectacles; quelques-unes, comme celle-ci, d'une vision bien nette: "Avec l'hiver, soudain, les petits bateaux se sont tus au port comme les grenouilles quand l'étang gèle, et le dernier paquebot, avec derrière lui l'eau épaissie qui bouge encore, se hâte vers le bout du fleuve qui est la mer." Ce sont de ces traits de plume qui me donnent foi en l'écrivain naissant qu'est peut-être M.Loranger.Je lui rappellerai que le futurisme ne crée pas seulement des droits, mais impose des devoirs, celui, en particulier, de n'être jamais commun ni quelconque; que la phrase, même en révolte, réclame certaines disciplines essentielles; que des formules comme "attraper les reins" sont au dessous de tout dans n'importe quel idiome.Après quoi, je le féliciterai de son audace, et souhaiterai long voyage à sa barque neuve sur des océans qu'il aura découverts, ou peut-être même creusés.Brins d'Herbe, par Monique.—Un volume in 12: de 136 pages.Imprimerie du Devoir, Montréal, 1920.Ce sont des pensées rapides, plutôt notées qu'énoncées, sur la question de l'heure ou le fait du moment; des impressions qu'a soulevées un souffle et qu'un autre souffle emportera vite, mais qui voltigent un instant en bulles chatoyantes et légères; pour employer la métaphore de l'auteur, de frêles graminées poussées au hasard de la pelouse, et sans autre mission que de jeter un brin de parure verte sur le gris du sol.Elles furent bien à leur place dans le journal quotidien, cet autre éphémère; le livre, en les fixant comme dans un herbier, évapore un peu de leur grâce; elles .y gardent pourtant une philosophie aimable, une émotion délicate et un langage brillant et souple.Elles sont parfois empreintes d'un sentimentalisme qui sied bien à l'âme féminine, mais que nous autres hommes, êtres plus rudes et plus frustes, avons peine à nous assimiler complètement."Ils étaient beaux nos rêves, tombés de notre cœur en essayant leur premières ailes! Ils étaient tristes nos rêves, tout pantelants avec leurs ailes brisées! Ils étaient défunts nos rêves, pauvres oiseaux, pauvres petits!" S'imagine-t-on un homme s'apitoyant ainsi sur ses avatars et ses faillites?La critique mâle est tentée ici de récuser juridiction et de renvoyer la cause devant un tribunal en corsage.Bien féminine aussi, la sagesse qui se dégage de ces morceaux est une sagesse moyenne, pénétrée de tradition et de retenue.Ses maximes n'effarouchent pas par leur hardiesse: "Si ce beau précepte, Aimez-vous les uns les autres, était observé, comme la vie serait plus facile!"— "Il ne faut jamais compter sur les autres: il en est si peu qui se rappellent leurs promesses!" Pour la misère, pour la douleur sous toutes ses formes, une pitié sincère, mais sans protestation ni apostolat de nouveaux remèdes.Une seule fois elle s'insurge contre le snobisme 16 LA REVUE MODERNE 15 mars 1921."dans la bienfaisance, et les billets de charité apportant leur message sur carton fin à tranches dorées.Ce n'est donc pas dans leurs suggestions sociales qu'il faut chercher vraiment l'originalité de ces esquisses: c'est dans des croquis de nature bien enlevés, des coins de paysages précis, des projections-éclairs de la rue montréalaise, et les réflexions fines et justes que ces images suscitent."Dans l'air alourdi résonne une gamme chromatique, tel un tonnerre de cinéma; le piano qui la rend a le sort de bien des vieux pianos: il vient finir ses jours à la campagne.Il tousse l'humidité du dernier hiver, et c'est pitié de l'entendre.Qui me délivrera de ces sons saccadés pour que je vous regarde en silence, lucioles, petites éphémères qui promener vos lanternes de phosphore dans l'alanguisse-ment de ce beau soir d'été?" — "De mon lit où je soigne ma convalescence, j'aperçois toute une chevauchée.Le vent gonfle comme des outres les taies d'oreiller; les bas multicolores dansent une sarabande échevelée, et toute une série d'innommables choses raconte l'histoire du lundi.Mais voici que la brise s'arrête, et le guignol de l'air cesse tout-à-coup sa pantomime; les marionnettes aux formes diverses semblent avoir perdu pour toujours leur âme de pantin.Alors ces lamentables choses, immobiles, attendant le soleil, prennent un aspect si déconcertant que je ne veux plus les voir." Il y a des passages bien plus poétiques, mais je choisis exprès ceux dont la touche réaliste dénote l'esprit d'observation, la faculté de voir et de peindre.Où il y a plus de poésie, on ferait aussi de jolies trouvailles, mais avec çà et là, peut-être, un soupçon de phraséologie et d'emphase.La langue est d'une correction bien française, sauf de rares oublis.Elle n'est ni grimée ni précieuse; et pourtant voici un bout de phrase qu'on croirait venu en droite ligne de l'hôtel Rambouillet: "Sur la route passent deux chevaux noirs, qui n'ont même pas la prérogative de leur allure." Œuvre agréable, en somme, et dont les doses minuscules ont juste ce qu'il faut pour guérir de l'ennui, à l'occasion, quelques minutes de nos vies pressées.Je finis par un mot cueilli dans le volume, ironique et malin, celui-là: "Certains chapeaux de deuil sont plus tristes que le chagrin qu'ils expriment!" Louis Dantin.Sait-on que nous avons en Canada des endroits où l'hiver n'est pas plus rigoureux qu en Floride ou en Californie?Grâce au courant chaud du Kouro-Sivo qui passe à proximité de l'ile Vancouver rechauffant ainsi I atmosphère de cette réqion les parterres de la ville de Victoria sont couverts de fleurs et de vert gazon lorsque dans I est du pays, nous nous débattons sous quelques pieds de neige.—Faveur du Pacifique Canadien. S mars 1921.LA REVUE MODERNE 17 ADOLPHE CHAPLEAU mm Adolphe Chapleau Chapleau! Que de souvenirs doit évoquer ce nom aux exaeéaaireB d'aujourd'hui! Quelle fougueuse éloquence, queues luttes, quels triomphes, quelles intrigues et aussi jiiclles souffrances ont marqué la carrière retentissante de ce favori des dieux qui, du premier coup, atteignit le sommet de la grandeur, puis connut l'amertume des déceptions et mourut à cinquante-huit ans, déjà vieilli, blasé et pour ainsi dire abandonné! Dans la première législature de notre province, après l'adoption de l'acte fédérât if de, 1867, avec les grands Canadiens à qui le double mandat permettait de siéger aux Chambres d'Ottawa et de Québec, figurait ce jeune homme de vingt-cinq ans, au teint pâle et à la longue chevelure, qui avait pris d'assaut le comté de Terrebonne.C'est à lui que le ministère Chauveau confia la tâche de proposer l'adresse en réponse au discours du Trône, choisissant pour ouvrir les débats en cette occasion mémorable la voix la plus éloquente qui pût se faire entendre dans le pays.L'Assemblée Législative, qui s'ouvrait alors, promettait d'être une sorte d'académie où le chef de l'opposition, monsieur Joly, huguenot très distingué, devait rivaliser de courtoisie avec le premier-ministre.La confédération débutait dans une atmosphère de bonne entente."Nous sommes au berceau d'une constitution nouvelle, dit Chapleau dans son discours; autour d'un berceau, les passions se taisent pour faire place à des sentiments d'amour, à des projets de gloire et d'avenir." Cet esprit de tolérance caractérisera toute sa vie publique et l'empêchera de se mettre à la tête des Canadiens français dans l'affaire Riel qui lui valut beaucoup d'avanies et qui montra surtout quelle fascination il exerçait sur le peuple.Esprit indépendant, il vota contre son chef en 1870, sur la question du double mandat qu'il croyait préjudiciable à l'autonomie de la province.A l'âge de trente-deux ans, il devenait solliciteur-général dans le ministère Ouimet.Il démissionna avec ses collègues le 8 septembre 1874, pour donner champ libre à l'enquête sur l'achat du terrain des Tanneries; mais en janvier 1876, après que tous les ministres eurent été exonérés, il fut nommé secrétaire provincial dans le cabinet De Boucherville.Il commença par ontrecarrer son chefvsur la question de la construction du hemin de fer du Norrl qu'il préférait, laisser entre les mains les entrepreneurs tandis que le premier-ministre voulait tu'elle fut terminée par l'état.Il dut céder, pour deux 'onnes raisons: d'abord, parce que De Boucherville ne édait jamais, ensuite parce qu'il craignait qu'une oppo-ition trop acerbe ne favorisât, le parti libéral.Ces deux hommes n'étaient pas faits pour s'entendre, hapleau, catholique libéral, homme du peuple, avocat Par ARTHUR BEAUCIIESNE criminaliste, tribun aimé des foules, gagneur d'élections; ce Boucherville représentant l'ultramontanisme dans ce qu'il avait de plus intraitable, silencieux et têtu, né grand seigneur et préférant le Conseil législatif ou le sénat aux chambres populaires; ils étaient aux antipodes sur toutes les questions, la nature les ayant créés pour se combattre plutôt que pour s'entr'aider.L'un cependant commandait à l'autre, et Chapleau était forcément conservateur parce qu'il n'y avait alors, comme il n'y a encore aujourd'hui, que deux partis dans notre province, et quelles que soient les raisons pour lesquelles vous appuyez l'un et combattez l'autre, vous êtes condamné à n'être toute votre vie qu'un libéral ou un conservateur.De Boucherville préféra Angers à Chapleau, l'institua procureur-général avant même qu'il fût député et en fit le porte-parole du ministère, tâche dont Angers s'acquitta d'ailleurs avec talent jusqu'au jour de l'élection générale alors qu'il perdit son siège et se retira.Après le coup d'Etat Letellier et le scrutin de mai 1878, Chapleau se trouva chef de l'opposition.Il donna du fil à retordre à Joly qui, malgré son titre de chef libéral, était un tory à peine déguisé et ne se maintenait que par le vote prépondérant du président de la Chambre.Les tentatives d'économie du gouvernement prêtaient quelquefois au ridicule.Ainsi il privait de secrétaire le procureur-général parce que le solliciteur-général en avait un, et Chapleau demandait si cela était l'un des moyens par lesquels on espérait sauver la province de la banqueroute.Comme les prévisions budgétaires ne se votaient pas facilement, les journaux oppositionnistes pressaient Joly de déguerpir et, de peur qu'on n'oubliât sa foi religieuse, lui disaient: puisque les fonds manquent, il vous faut partir: pas d'argent, pas de suisse.Le cabinet, incapable de mettre son programme à exécution, piétinait sur place.Chapleau réussit à le renverser par un vote hostile en pleine Chambre.Joly démissionna le 30 octobre 1879 et Chapleau devint premier ministre.Il avait alors trente-neuf ans.Depuis une vingtaine d'années il électrisait les foules par une éloquence incomparable qui bouleversait ses adversaires, ébranlait les opinions les mieux arrêtées et attachait à sa personne tous ceux qui avaient l'heur de l'entendre.Son biographe et longtemps son ami, Arthur Dan-¦sereau, a fait de lui, en 1890, le portrait suivant: "Au physique, M.Chapleau offre des traits frappants.Il entrerait dans une salle remplie d'inconnus que tout le monde se retournerait pour examiner ce type remarquable.Il a ce je ne sais quoi qui ne ressemble à personne.Ce n'est pas un regard ordinaire, ce n'est pas une tête vulgaire, ce n'est pas une expression qui s'oublie.L'œil offre cet indicible mélange de cette douceur inséparable des tons bleus et de cette pénétration qui y fait miroiter comme une pointe métallique.Il n'y a pas à dire, c'est le regard des intelligences privilégiées.La lèvre est mince et d'un dessin d'autant plus parfait qu'il nous semble toujours y voir voltiger un trait d'esprit.Le nez romain, le nez des caractères mâles; teint pâle, encadré dans une puissante chevelure, noire jadis, maintenant blanche.Le poème est là dans la combinaison de la chevelure et du front, un front sculpté par le ciseau d'un grand maître qui avait besoin de donner un frontispice royal à une pensée si magistrale.Dans un mouvement d'éloquence, il est impossible d'essayer (2) 18 LA REVUE MODERNE 15 mars 1921 à analyser cette physionomie.Il y passe des jeux de lumière, des éclairs qui chatoient comme les rayons de l'aurore boréale sur le fond du ciel gris." On venait de loin pour l'écouter.Quelques-uns de ses discours remportèrent des succès inouïs.Dans une lutte serrée, quand il fallait emporter le morceau, rien ne lui résistait.A Sainte-Croix-de-Lotbinière, il fit tourner, en 1875, contre les libéraux une réunion qu'ils avaient organisée à grands frais.Il parla avec tant d'effet devant les habitants de la paroisse d'Upton, en 1877, qu'ils firent volte-face sur-le-champ, votant contre Laurier quand ils étaient censés l'appuyer et, par ce fait, entraînant la victoire du candidat conservateur.Dès son inscription au barreau, il acquit une grande réputation de criminaliste.En 1874 il était accouru au secours de Lépine et quelques autres métis compromis dans une affaire séditieuse au Nord-Ouest.Il y perdit le premier procès qu'il plaida; mais, non découragé, il entreprit immédiatement la défense du nommé Lajimodière, le vrai coupable, et obtint son acquittement séance tenante.Aussitôt qu'il fut premier-ministre, il négocia un emprunt sur le marché de Paris et fonda le Crédit-Foncier Franco-Canadien, la seule institution du genre qui ait réussi au Canada.Il vendit au Pacifique Canadien le chemin de fer du Nord, encouragea l'agriculture et rétablit l'équilibre dans nos finances.Les élections provinciales eurent lieu le 25 novembre 1881.Il triompha avec cinquante-trois partisans sur soixante-cinq députés.Il tenait la province dans sa main, et aurait pu rester de longues années premier-ministre.Mais il se sentait déjà atteint par la maladie.Le fait est qu'il ne se ménageait guère.Débordant d'énergie, gai compagnon, adoré des femmes, dîneur artiste, connaisseur des bons vins, populaire dans le monde où l'on fait bonne chère, aimant le jeu, capable de passer des nuits entières autour d'une table verte, les cheveux blanchissant sous la migraine, alternant le travail avec le plaisir, il se fatiguait, usait ses forces et vieillissait.John A.Macdonald, d'autre part, ne pouvait laisser dans l'arène provinciale un homme aussi puissant et cherchait depuis 1878 à se l'attirer.Les élections fédérales approchaient, et Macdonald craignait de faire face à notre province sans autre appui que Langevin, Masson et Baby.Il lui fallait quelqu'un qui remportât la victoire.Il tendit encore ses filets, et, cette fois, il attrapa Chapleau qui, le 29 juillet 1882, entrait dans le cabinet fédéral.En quittant Québec au lendemain d'un triomphe électoral, alors que son gou-' vernement était solidement établi, Chapleau laissait derrière lui quatre ans de vie parlementaire assez facile, pour aller à Ottawa se livrer à un chef qui se méfiait de lui, subir des humiliations, se savoir soupçonné, tirer les marrons du feu pour des ingrats, combattre sans cesse pour des incapables et tomber dans le gouffre affreux de la rébellion du Nord-Ouest.Profitant des loisirs que lui laissait le secrétariat d'Etat, il passa l'été de 1882 en Europe, puis l'hiver dans la Californie.Il en retira beaucoup de bien.De nouvelles victoires électorales lui étaient réservées, mais à quel prix devait-il les remporter! Une antipathie réciproque gâta toujours ses relations avec Langevin qui voyait en lui un rival, tenait à conserver ses droits de préséance, ne voulait pas que Chapleau prit de l'ascendant sur ses collègues et ne fut pas étranger à ce qu'il fut tenu dix ans au Secrétariat d'Etat, alors qu'il demandait avec instance, afin de conserver son prestige dans le district de Montréal, qu'on lui donnât un por- tefeuille fournissant plus d'occasions d'exercer le patro nage ministériel.Au sein même du cabinet, ces deu: Canadiens français ne s'entendaient pas.Adolphe Ca-ron, représentant le district de Québec avec Langevin mais personnellement sympathique à Chapleau, approu vait tantôt l'un, tantôt l'autre, et se les mettait sou vent à dos tous les deux.Chacun était jaloux de sa juri diction et ne permettait pas que l'on empiétât sur sori terrain."Si Langevin, en allant à Québec, disait Macdonald, s'arrête à Montréal, pour déjeuner, Chapleau m'écrit qu'il intervient dans son district, et s'il sort de chez lui, à Québec, pour se promener rue Saint-Jean, Caron m'envoie une dépêche chiffrée me disant que nous somme?menacés de dissensions sérieuses." Le parti conservateur, en 1883, bouillonnait de popularité.Il était au pouvoir à Québec et à Ottawa, après avoir écrasé ses pires ennemis, et recevait l'appui des grandes institutions financières, des manufacturiers, du clergé et de presque toute la presse du pays.Tant de bonheur ne pouvait durer.Une réaction était inévitable.Deux écoles distinctes se coudoyaient sous la bannière de Macdonald: les ultramontains surnommés les "castors" dont le chef était le sénateur F.-X.-A.Trudel et les catholiques à tendances libérales.La presse politico-religieuse eut un regain de vigueur.Trudel devint le directeur de l'Etendard.Les articles de ce journal, dont Chapleau était la bête noire, avaient cette empreinte de mépris et ce ton d'autorité intransigeante si familiers aux éteignoirs qui ne sont heureux que lorsqu'ils font du jansénisme.Chapleau, avec l'esprit combattif qui le distinguait, accepta du premier coup la lutte que lui offraient les- émissaires de ce schisme politique.Il dénonça leur organe dès son apparition.A la réunion de Saint-Laurent en Septembre 1883, alors qu'il croisa le fer avec Mercier, il mit le public en garde contre ces castors "qui détruisent les chaussées des bons moulins pour construire leurs tanières et ne sont vraiment utiles que lorsqu'on vend leur peau.Leur parti, ajouta-t-il, comprend toutes les médiocrités ambitieuses qui ne peuvent arriver par les voies ordinaires, tous les désappointés et un bon nombre d'hypocrites qui se prétendent religieux et conservateurs pour mieux ruiner le grand parti conservateur, pour mieux détruire chez le peuple le vrai sentiment religieux dont la base fondamentale est le respect de l'autorité et l'amour du prochain.Ils se sont affublés du manteau de la religion, et avec cette dépouille ils en ont imposé à nombre de gens honnêtes qu'il est difficile de désabuser.La presse politico-religieuse, dit-il, est une presse sans autorisation, presse malveillante qui a fait plus de tort que beaucoup d'ennemis naturels de la religion, parce qu'elle n'a fait que froisser, que diviser les consciences, en faisant de l'exclusivisme, et en se posant comme seul défenseur intelligent des doctrines et de la hiérarchie.et c'est une témérité que de s'immiscer sans mission spéciale dans des discussions où le moindre faux pas peut compromettre une cause, où la moindre vivacité peut provoquer des divisions profondes.Malheureusement le mal prend son intensité à la source même qui devrait le guérir.Ce que l'épiscopat déplore, une partie du clergé l'encourage et lui donne contenance.Il est temps que l'opinion publique s'agite et fasse tomber ces masques Il n'y a pas de pire exploitation que l'exploitation religieuse.Personne n'a le droit de faire servir à ses fins personnelle.' ce grand, ce puissant sentiment qui nous domine tous dan-ce beau pays du Canada." Il dit carrément au clergé: "Votn faute, messieurs, c'est d'avoir laissé les politiciens entre) chez vous, dans cette forteresse de la société, où la foi, la charité, la vertu devraient seules être admises." 15 mars 1921.LA REVUE MODERNE 19 Inutile de dire que l'Etendard avait les sympathies de Langevin.Trudcl, tout en combattant Chapleau, votait au.sénat en faveur du gouvernement.On en était à ce régime lorsque survint l'affaire Riel.Les castors se liguèrent avec Mercier et les libéraux, mais comme ils redoutaient tous l'influence de Chapleau, ils lui offrirent de servir sous ses ordres s'il voulait bien diriger la bataille contre Macdonald.Mercier était prêt à s'effacer.Beaubien, Ber-geron, Bellerose, Pelletier, tous les riellistes conservateurs espéraient fermement que Chapleau se mettrait à leur tête.Les libéraux qui, en 1878, posaient sa retraite comme condition aine qua non à une coalition, se déclaraient maintenant prêts à accepter son commandement.Ses propres amis, craignant que le parti ne se ruinât à tout jamais dans ce malheureux imbroglio, lui conseillaient de sortir du cabinet et de s'emparer du mouvement.Il n'avait qu'un mot à dire et il devenait le roi de la province de Québec.Au moment psychologique, Macdonald déclara que si ses collègues canadiens-français démissionnaient, il formerait un gouvernement sans le concours de notre race, dissoudrait les Chambres et en appellerait au pays contre nous.Tarte, qui a rapporté les incidents de cette période dit : "M.Chapleau manda un soir à Ottawa M.Lacoste (aujourd'hui sir Alexandre), M.Arthur Dansereau et moi.Nous passâmes la nuit à discuter, à feuilleter l'histoire, à peser ies pour et les contre.Nous nous mîmes au ht à quatre heures du matin.Au déjeuner de huit heures.M.Chapleau, qui n'avait pas dormi, nous annonça qu'il en était venu à la résolution de ne pas démissionner: il nous donna ses raisons avec une grande force et une grande clarté."Nous sommes dans la fosse aux lions", ajouta-t-il.C'était plus que vrai." Chapleau, dans cette circonstance, ne tint aucun compte de ses intérêts personnels.Il vit d'un côté toute notre population l'acclamant et le portant aux nues tandis qu'un abîme infranchissable se creusait entre nous et les Anglo-Canadiens; et, de l'autre, il se vit conspué et honni tandis que la bonne entente pouvait à la longue se rétablir.Il accepta bravement la dernière alternative.L'histoire est forcée d'admettre qu'en agissant ainsi il se conduisit en véritable homme d'Etat.Les accusations de trahison ne furent pas lentes à venir.L'éloquent Chapleau, qui avait été l'idole de ses compatriotes, commença à recevoir des horions.Ses anciens adversaires, contents de pouvoir enfin l'attrapper, l'accablèrent d'injures, le pendirent en effigie, tentèrent de le mettre au ban de la nation.Riel n'en fut pas moins exécuté le 16 novembre 1885.On eût dit que sa mort donnait le coup de grâce au parti conservateur, dont les chefs, bien défendus cependant par une presse intelligente, laissaient passer la tempête.Le 28 novembre, Chapleau adressa aux Canadiens français une lettre habile expliquant sa conduite et terminant par ces phrases énergiques: "Ma conscience me dit que je n'ai failli, dans cette circonstance, ni à Dieu, ni à mon souverain, ni à mes compatriotes.Le courage qui m'a porté à faire mon devoir sans faiblesse ne me fera pas défaut dans les tribulations dont on me menace.J'ai servi mon pays comme député depuis dix-huit ans, avec joie, avec orgueil.Je ne continuerai à le faire qu'à une condition celle de garder ma liberté et d'avoir seul le souci de mon honneur et de ma dignité".Macdonald savait que l'enthousiasme des riellistes faiblirait avec le temps.Il attendit.Au mois de juillet 1886, il ordonna l'élection partielle de Chambly où il eut son candidat, M.Jodoin.Les libéraux orésentèrent le jeune Raymond Préfontaine.Chapleau se rendit dans la circonscription, mais son apparition sur ''estrade, à Longueuil, fut le signal d'un brouhaha indescriptible.On plaça sous ses yeux le portrait de Riel avec la corde au cou.Il réussit cependant à se faire entendre; puis il s'installa sur ce champ de bataille et y res a jusqu'au jour du scrutin.Préfontaine fut nommé par quatre-vingt-six voix.Qu'importe! Chapleau avait prouvé que la province de Québec n'était pas unanime sur la question Riel.De là à remporter la victoire, il n'y avait pas très loin.Les élections provinciales eurent lieu le 14 octobre suivant et Mercier triompha par une majorité de sept députés.Cinq mois plus tard, en février 1887, vinrent les élections fédérales.Macdonald fut alors victorieux dans notre province par un député de majorité.Cette victoire était l'œuvre de Chapleau.On aurait cru qu'une telle abnégation et de tels services méritaient d'être reconnus et que le secrétaire d'Etat recevrait bientôt un portefeuille de première importance.Il n'en fut rien.Quoique Mercier eût été maintenu par une majorité de vingt députés le 17 juin 1890, Chapleau, aux élections fédérales du 5 mars suivant, conserva son district de Montréal, mais les libéraux, qui combattirent alors pour la première fois sous le commandement de Laurier, obtinrent une majorité de cinq comtés dans la province de Québec.Le 6 juin suivant, John A.Macdonald mourut.Lorsque Dalton MacCarthy proposa, en 1890, l'abolition de la langue française dans le Nord-Ouest, Chapleau défendit nos droits par un fier discours."Si, dit-il, l'honorable député veut détruire et effacer la langue française au Canada, il devrait commencer en touchant à plus haut; il devrait commencer par en faire supprimer l'usage dans l'ordre le plus élevé de la chevalerie anglaise ; il lui faudrait la faire disparaître des armes royales de l'Angleterre, et je lui dirai de plus que, s'il croit que, en parlant français nous sommes déloyaux envers notre bien aimée Souveraine, Sa Majesté la Reine, qu'il se souvienne des mots "Honi soit qui mal y pense".S'il veut supprimer la langue française, je lui répondrai avec tous mes compatriotes français et les vrais sujets anglais du Canada: Vous'ne toucherez pas, messieurs, à cette langue; vous ne pouvez la supprimer.Nous la conserverons avec notre rehgion, comme un don qui nous vient de la Providence et de la libéralité de notre bienaimée Souveraine.Et toutes les fois que l'on essaiera de nous priver de ce don sacré, nous ne désespérerons pas tant que nous lirons sur les armes royales de l'Angleterre: "Dieu et mon Droit." Chapleau n'était plus le lutteur des anciens jours.Sa santé était maintenant plus que chancelante.L'affaire McGreevy-Langevin éclata.Abbott remplaça Macdonald et nomma Chapleau ministre des douanes.Lors de la formation du cabinet Thompson, en décembre 1892, Auguste-Réal Angers, dont les fonctions de lieutenant-gouverneur avaient pris fin, devint ministre de l'agriculture et Chapleau le remplaça à Spencerwood.Le parti conservateur avait vécu.La zizanie s'empara des ministres qui firent du gâchis de la question des écoles du Manitoba.Nous assistâmes à une période de décadence conservatrice alors qu'une étoile libérale de première grandeur apparaissait au firmament politique.Wilfrid Laurier voyait arriver son heure.A Spencerwood, Chapleau étudia.On lui avait si souvent reproché de mal parler le français qu'il charma ses loisirs par des travaux de linguistique et de littérature.Ses discours de circonstance furent de véritables chefs-d'œuvre de délicatesse, d'originalité et de style harmonieux.Il suivit, en outre, de très près la législation et, avant d'apposer sa signature officielle au moindre document, il exigea toujours de multiples explications.S'il sortait du pays, 20 LA REVUE MODERNE 15 mars 1921 il exprimait le désir qu'en son absence le ministère n'adoptât que des résolutions de routine.Lorsque Sir Charles Tupper, en 1896, forma son cabinet, il crut un moment qu'il aurait Chapleau pour collègue, mais Tarte fit échouer cette combinaison.Le fait est que le tribun, alors âgé de cinquante-cinq ans, était déjà un vieillard.Valétudinaire et peu sympathique à l'élément qui trônait à Ottawa, il ne se souciait guère d'accepter la succession délabrée qu'on lui offrait.Il aurait préféré être maintenu dans ses fonctions de lieutenant-gouverneur, mais Laurier et Tarte, malgré qu'ils en eussent le désir, ne purent arranger les choses, après la défaite de Tupper.pour lui accorder cette faveur.A l'expiration de sa durée d'office, en janvier 1898, il fut remplacé par le juge Jette et, pour la première fois depuis 1867, sortit de la vie publique.Il vint à Montréal, se retira à l'hôtel Windsor et se mit à fréquenter sa bibliothèque qu'il avait toujours gardée au-dessus du Crédit-Foncier, à l'endroit où se trouve aujourd'hui l'immeuble de la Compagnie Trust and Loan, côté sud de la Rue Saint-Jacques, proche la Côte Saint-Lambert.Il possédait là quatre pièces dont une chambre à coucher.Cela avait longtemps été son pied-à-terre quand il venait dans la métropole.J'étais son secrétaire.(Louis Beaubien père tenait son bureau sur le même palier, et quand il rencontrait Chapleau dans le corridor, ils se regardaient avec des yeux vagues et des physionomies faïen-cées).Il n'était pas installé depuis deux mois que la maladie de Bright dont il avait déjà senti les symptômes commença à ravager ce qui lui restait de vigueur.Il se rendit à Atlantic City d'où il m'écrivait régulièrement au sujet de ses affaires et me donnait de mauvaises nouvelles de sa santé.Vers le mois de mai, il revint décharné, rapetissé et plus vieux de vingt ans.Il éprouvait d'affreux frissons et disait quelquefois en dictant sa correspondance: "J'ai des nausées absurdes." Ses habits étaient devenus trop grands tant il était amaigri; il dut s'en commander de nouveaux.Vers cette époque il reçut une longue lettre de M.Hugh-John Macdonald l'invitant à revenir dans la politique.Il consulta ses amis, entre autres l'abbé Colin, et répondit qu'il avait pris la résolution de rester sous sa tente pendant au moins deux ans, car avant de "rentrer dans la fournaise", il préférait attendre les événements et refaire sa santé.Il n'était plus que l'ombre de lui-même.Il venait une journée au bureau et restait deux jours à sa chambre Au commencement de juin, il me dicta de son lit, à l'hôtel Windsor, une longue lettre à sir Wilfrid Laurier, et une autre, le lendemain, à Hector Fabre.Ce furent les dernières qu'il signa.Il ne s'occupa plus ensuite qu'à se préparer à mourir.L'abbé Colin, son aviseur spirituel, passa avec lui de longues heures.Le 9 ou 10 juin, il fit son testament.Sa fin approchait.MM.Roddick et Wilkins, ses médecins, constatèrent bientôt qu'il était perdu et le lui dirent avec force ménagements.Il prit la chose stoïquement et même avec une certaine satisfaction, car il souffrait beaucoup.Il languit pendant deux jours.Dans l'avant-midi du 13, il dit au docteur Roddick: "la mort se fait attendre".Il reçut peu après un câblogram-me de Rome disant: "Saint-Père accorde de tout cœur bénédiction sir Adolphe Chapleau." Il en écouta la lecture, puis il ajouta: in articulo mortis.Comme lady Chapleau, les yeux baignés de larmes, ne pouvait déchiffrer la signature, il murmura: "Oui, oui, Rampoll.a, je le connais." Il eut une syncope et resta quelques minutes sans connaissance, mais il se ranima.Onze heures sonnèrent.Il y avait alors dans la chambre, lady Chapleau son épouse.Mlle Hélène Chapleau, sa sœur, Mlles Géraldine et Jean-nine Chapleau, ses nièces, Mlles Jeannine, Nina et Aline Dansereau, deux sœurs de la Providence, Mme Wurtelc, MM.Samuel et Ephrem Chapleau, ses frères, le colonel King, son beau-père, le juge Wurtele, Arthur Dansereau, W.E.Blumhart, A.Delpit et moi.Vers midi, le médecin nous fit entendre que l'agonie commençait.Les abbés Colin et Racicot s'agenouillèrent au pied du lit pour réciter les prières des agonisants.Mlle Hélène Chapleau tenait un crucifix qu'elle posait de temps en temps sur les.lèvres de son frère dont la poitrine découverte laissait voir de nombreux scapulaires.M.Colin lut en français d'une voix solennelle ces prières dont le réalisme vous donne l'impression d'être en présence du Créateur: "Je vous remets à Celui qui vous a créé, afin qu'après avoir payé par votre mort la dette que tout homme a contractée, vous retourniez à l'auteur de votre être, à celui qui vous a formé du limon de la terre.Reconnaissez, Seigneur, votre créature; elle n'a point été créée par des dieux étrangers, mais par vous qui êtes le seul Dieu vivant et véritable." Le râle du mourant accompagnait seul la voix du prêtre.Dans un moment de silence, lady Chapleau, demi-agenouillée et lui pressant la main, lui demanda s'il la connaissait.Il répondit lentement: "Mary".Ce fut le dernier mot qu'il prononça.Sa respiration devint de plus en plus pénible.La bouche restait parfois entr'ouverte.Puis ce furent quelques aspirations irrégulières.Les nerfs de la figure se détendirent.Les membres s'affaissèrent.Il expira.On n'entendit plus que la prière finale de l'abbé.Le colonel King debout, avait son mouchoir sur les yeux et donnait libre cours à ses larmes.En sortant de la chambre, l'abbé Colin dit: "Je vous souhaite à tous de mourir comme Chapleau", et l'abbé Racicot ajouta: "il est mort comme un saint".L'un des premiers télégrammes de sympathie fut celui de M.Laurier: "La mort de Chapleau est une perte nationale qui sera ressentie par toutes les classes du peuple canadien." Les restes mortels furent exposés à l'université Laval.De grandioses funérailles eurent lieu à l'église Notre-Dame et l'inhumation se fit à la Côte-des-Neiges, sous, un tertre surmonté d'un obélisque, à cent mètres du caveau de Mercier.Chapleau fut un homme d'Etat courageux, un ami dévoué et un adversaire loyal.L'école de Laurier ne l'a jamais haï.Ses rapports avec le grand chef libéral ont toujours été amicaux.Dans ses lettres, il l'appelait "mon cher Wilfrid", et Laurier commençait les siennes par "mon cher Adolphe".Il a plus souffert moralement de la conduite de ses collègues que de celle des libéraux.Les persécutions dont il fut la victime n'avaient pas trop aigri son caractère.Il savait faire la part des choses et, dans ses dernières années, il regardait le passé sans amertume.Il a conservé jusqu'à la fin l'estime des cœurs droits.Ce fut peut-être le plus habile général de John A.Macdonahl pour qui il a remporté d'éclatantes victoires.Nous n'avons plus de ces magnifiques et séduisants semeurs d'enthousiasme.Au fait, nous ne nous emballom plus guère.Serait-ce que la lutte pour la vie nous a rendue trop pratiques ou que la politique a fini par nous ennuyer ?N'avons-nous pas plutôt cessé de produire de grand?hommes?Nous ne voyons plus dans la vie publique ce?personnalités exceptionnelles qui brillaient aux jours dt Mercier, de Chapleau et de Laurier.Le moule semble en être détruit.Arthur Beauchesne. - mars 1921.LA REVUE MODERNE 21 Le Centenaire de l'Ecole des Chartes L Pur EDMOND BUKON On célèbre cette année le centenaire de fondation de lEcole des chartes.Partout dans le monde savant des voix s'élèveront qui rendront un juste hommage de reconnaissance et d'admiration à la première en date, et à la plus grande institution de l'érudition que l'universelle République des Lettres s'honore de posséder.A la Révolution l'oeuvre des Bénédictins de Saint Maur fut interrompue.Le Cabinet des chartes, création due à l'initiative royale, qui recrutait parmi ses membres plusieurs Bénédictins, fut entraîné dans la ruine des ordres religieux.Ce n'est qu'en 1806 que le baron de Gérando, secrétaire général du Ministère de l'Intérieur, proposa à son ministre Champagny la fondation d'une "espèce de nouveau Port-Royal" pour continuer les travaux où s'étaient illustrés les savants congréganistes et pour préparer de jeunes pensionnaires-aux travaux de l'érudition.L'Empereur avait des vues différentes.Du reste ses occupations furent telles que la proposition de Gérando ne reçut d'exécution qu'en 1821 le 22 février L'ordonnance royale réglait l'organisation de l'Ecole: les élèves ne pouvaient excéder le nombre de douze.Ils étaient nommés par le Ministre de l'Intérieur sur la proposition de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres; ils recevaient un traitement.Il n'y avait que deux professeurs, choisis, l'un parmi les employés du Dépôt des Manuscrits de la Bibliothèque Royale, l'autre parmi les employés des Archives du Royaume.Ils devaient apprendre aux élèves "à lire les divers manuscrits et à expliquer les dialectes français du moyen âge." Cette première Ecole eut une existence éphémère.Pourtant des savants s'y formèrent, tels que Benjamin Guérard, Léon Lacabane, Amable Floquet, Barbie du Bocage, Burnouf (dont la fille épousa Léopold Delisle).En 1829 l'Ecole fut restaurée.Deux cours furent institués,l'un de paléographie, l'autre poui l'explication des dialectes et la "science critique des monuments écrits" du moyen âge, autrement dit l'étude des langues romanes et de la diplomatie ue.Aux élèves qui sortaient avec le brevet d'archiviste-paléographe étaient réservés la moitié des emplois vacants dans les )ibliothèques publiques, les archives du royaume et les fivers dépôts littéraires.Graduellement les maîtres et les élèves de l'Ecole entreprirent la recherche et les publications des documents nédits en même temps que l'inventaire des documents onservés dans les dépôts d'archives de Paris et des Départements.Le travail était dirigé par Champoîlion-"igeac.En 1839 fut fondée la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, publication périodique de mémoires et documents relatifs à l'histoire de France au moyen âge.Archives Nationales — Porte de Clisson L'Ecole fut réorganisée en 1846; l'enseignement comportait la paléographie, la sigillographie et la numismatique, la philologie, la diplomatique, le classement des archives et des bibliothèques, la géographie historique, les monnaies, poids et mesures, les institutions polici-ques, l'archéologie et le droit civil, canonique et féodal.L'Ecole était placée sous l'autorité d'un Directeur et d'un conseil de perfectionnement, dont cinq membres sur neuf étaient nommés par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.Il y eut alors une pléiade de maîtres dont l'Ecole garde encore un souvenir profond : Guessard, Quicherat, de Mas-Lastrie, etc.C'est de cette époque que date l'institution des soutenances de thèses.Par un décret de 1850 les fonctions d'archiviste départemental furent réservées aux anciens élèves de l'Ecole.Alors commença par toute la France un travail intense dans les archives.Les dépouillements méthodiques avec inventaires, les monographies savantes, les mémoires d'érudition se multipliaient.Les sociétés d'Archéologie reçurent une impulsion nouvelle par le concours des chartistes qui apportaient comme la révélation de •méthodes rigoureuses dans l'investigation scientifique.Les sociétés savantes de l'étranger se rendirent compte de l'excellence de renseignement des sciences auxiliaires de l'histoire tel qu'il était organisé en France.On vint d'Allemagne, d'Autriche, d'Italie, d'Espagne suivre les cours et s'initier aux bonnes méthodes de travail." Puis des établissements analogues se fondèrent sur le modèle de l'Ecole des chartes: ce furent à Vienne Y Institut fur ôs-terreichischc Geschichtsfarchung ( 1 854 ) ; à Venise VEcole de paléographie ( 1855) ; à Madrid VEscuela de diplomatica (1857) à St Petersbourg l'Ecole d'archivistes (1877); à Florence la Scuola di paleo-grafia ( 1 880) : à Rome une autre Ecole de paléographie (1893); à Marbourg le Séminaire pour les sciences auxiliaires de l'histoire i 1893 ) ; à Liverpool la School of local history and records (1909) dont la direction fut confiée à M.J.A.Twemlovv ancien auditeur libre à l'Ecole des chartes.A la séance d'inauguration de cette dernière école M.E.K.Muspratt pro-chancelier et président du Conseil de l'Université fit un trop bel éloge de l'Ecole des chartes pour que nous nous privions du plaisir de le reproduire: "L'absence de discipline scientifique a été vraiment la grande faiblesse des recherches et des études archéologiques dans ce pays.Il y a longtemps qu'on a reconnu à l'étranger cette nécessité d'une discipline scientifique et qu'on y a pourvu.La célèbre Ecole des chartes, à Paris, qui pendant plusieurs générations, a fourni aux bibliothèques et archives de France une splendide succession d'élèves formés aux traditions d'une ¦ f.ta 22 LA REVUE MODERNE 15 mars 1921.exactitude rigoureusement scientifique, a été longtemps un exemple et un modèle que l'Angleterre a été malheureusement trop lente a imiter complètement." * * * Il est difficile de marquer ici toutes les étapes du perfectionnement et de l'extension de l'enseignement de cette confrérie de "Bénédictins laïques".Une pareille revue a été très magistralement faite par l'Ecole elle-même dans un livre commémoratif écrit à l'occasion du centenaire.Cet historique se complète naturellement par l'énumération des plus beaux monuments de science de ses élèves; oeuvres qui ont été accueillies d'enthousiasme par le monde savant de tous les pays.Archives Nationales — Palais Soubise.A ces balles conquêtes il est légitime d'associer le souvenir des hommes qui par leur travail, leur abnégation, une sincérité de conviction et un attachement passionné à la vérité et au devoir, ont consacré leur vie à un labeur qui, bien qu'ignçré du grand public, n'en fut pas moins fécond en résultats et éminemment profitable à la science.A cet égard les noms de l'abbé Lespine, Quicherat, Paul Fournier, Dareste, Delaborde, Léon Gautier, Paul Meyer, Gaston Paris, Arthur Giry, Leopold Delisle, de Las-teyrie sont inoubliables.Ils furent comme des centaines d'autres, de dignes fils spirituels de Mabillon.Rappelons brièvement quelques-uns des travaux considérables qui ont été entrepris et achevés par les char-tistes: c'est principalement aux archives nationales que se confectionnent les inventaires manuscrits — et quelquefois imprimés — des documents qui sont proprement les archives de France.Soit à Paris, soit en province le classement et l'inventaire de ces documents se fait patiemment et méthodiquement, suivant des règles établies après de longues et pénibles études.Ce travail se poursuit depuis une centaine d'années.A Paris seulement les volumes d'inventaires forment par eux-mêmes une grosse bibliothèque comprenant environ un million de recueils.Pour la province 540 volumes sont parus.Depuis plus de cinquante ans les historiens réclament l'inventaire et le dépouillement des archives notariales.Des projets de loi ont été déposés et même adoptés par le Sénat accordant aux notaires la faculté de déposer dans les archives départementales les minutes antérieures à 1790.Quelques dépôts ont été spontanément créés en province grâce à des initiatives locales; mais le gros de cette formidable accumulation d'actes est encore à ex- plorer.Le dépouillement d'une matière aussi considérable demandera bien encore un siècle.Quand entre-prendra-t-on cette besogne ?S'il est vrai que les archives notariales ont pour l'histoire moderne une importance égale à celle des chartes pour l'histoire médiévale on doit souhaiter de les voir mises au jour.Les chartistes qui mieux que tous autres savent les valeurs du document officiel ou authentique sont les plus ardents à réclamer l'exploration de ce domaine.C'est ainsi que pour fournir aux historiens et au public une preuve de l'intérêt qu'offrent les archives notariales, M.Coyecque a publié en 1905 un ancien minutier parisien qui fut une révélation.Outre les archives, les chartistes ont dressé un grand nombre de catalogues ou inventaires des collections de manuscrits conservés dans les bibliothèques de France.Une centaine de volumes ont déjà paru.Mais il est un domaine où les chartistes, donnant toute leur mesure, apportent à l'histoire une contribution plus directe et souvent définitive: c'est dans l'édition et la publication des textes.Toutes leurs études (paléographie, diplomatique, droit, généalogie, linguistique, etc.) convergent vers cet objet: la présentation du document.L'historien n'est plus un architecte qui construit un monument selon une conception personnelle, mais un archéologue qui reconstruit, pierre à pierre, un monument qui fut, à l'aide des pièces authentiques retrouvées et qui par leur réarrangement, reproduisent l'antique, sans altération, sans interstices suspects comme sans additions, interprétations erronées et sans vernis ou fausses ornementations.Le rétablissement des textes, le classement des copies diont l'original a disparu, la restitution des dates, le choix des variantes, la nature juridique des actes, les usages de la chancellerie, la discrimination des interpolations, des pièces forgées ou remaniées, telles sont les tâches que la Vérité, pour se révéler, impose à l'éditeur.Dans ce genre de travail qui aboutit à "l'édition savante" l'Ecole des chartes a fourni des hommes remarquables.Depuis que Quicherat a donné son mémoire sur les deux plus anciennes chartes de l'abbaye de Saint-Germain- des-Prês, toute une élite de savants sont venus qui ont produit Archives Nationales — Salon de la Princesse de Soubise.de véritables chefs-d'oeuvre d'érudition tels que le Recueil des actes de Philippe 1er roi de France, le Recueil des actes de Lolhaire et de Louis V de Louis Halphen et FeVdinand Lot, celui des Actes de Henri II roi d'Angleterre 5 mars 1921.LA REVUE MODERNE 23 cl duc de Normandie de Leopold Delisle, les actes de Phi-'ippe Auguste du Comte François Delaborde, etc.Rappelons enfin que l'Ecole, en remettant en honneur les études médiévistes, a rendu de signalés services à l'histoire de l'art et à celle de la Littérature.Qui n'a pu entre les mains une des vingt-quatre éditions que Léon Gautier a données successivement de la Chanson de Roland, qu'on trouve aujourd'hui portée sur tous les programmes d'études des universités des deux mondes?Léon Gautier "s'attacha à la poésie épique et montra de quelle légèreté et de quelle ignorance Voltaire avait fait preuve en proclamant que "les Français n'ont pas la tête épique." De 1865 à 1868 il publiait en trois volumes Les épopées françaises, où, prenant les chansons de geste à leur origine, il les suivait jusqu'à leur décadence, étudiant chemin faisant les questions qui 6e rapportent à leur composition, à leur versification, à leurs remaniements.Pour chaque cycle, il analysait l'oeuvre type.Puis tenant compte des critiques que certains passages de son livre avaient provoquées et aussi des études parues depuis 1868, il refondit complètement son oeuvre et en donna une seconde édition en quatre volumes."(1 ) (1) L'Ecole des Chartes de lStl à IStl.p.CXXXIV, Chez Picard.Paris 1921.N'est-ce pas aussi une bénédiction qu'enfin il nous ait été donné un texte critique du Roman de la Rose après un classement de ses innombrables manuscrits disséminés à travers le monde ?Nous le devons, ce texte attendu pendant des siècles, à un autre chartiste, M.Ernest Langlois.Et de combien d'autres poèmes anciens, remis dans leur forme primitive nos bibliothèques ne s'enrichissent-elles pas chaque année?L'histoire littéraire prend figure aussi chaque année, grâce aux investigations sagaces, précises, définitives d'un Marius Sepet par exemple.En résumé le monde savant rend à la science française un légitime et juste hommage en célébrant le centenaire d'une Ecole qui a révolutionné la discipline de l'esprit dans sa recherche de la vérité et dont les enseignements ont produit de si beaux fruits en France et à l'étranger, non-seulement pour l'étude de l'histoire et de la vie politique mais aussi pour celle des Arts, du Droit, des Lettres et des moeurs d'autrefois.• Pur remembrer des ancessurs Les diz et les faiz et les murs.EDMOND BURON.Fédération du Canada Anglo-Saxon avec les Etats-Unis _- Par WILFRID GASCON ' La proposition émise devant le Canadian Club de Boston, le 18 janvier dernier, par M.E.M.Macdonald, ancien député de Pictou, vient à l'appui de l'idée dont j'ai déjà entretenu les lecteurs de cette revue.M.Macdonald était un des principaux lieutenants de Sir Wilfrid Laurier à la chambre fédérale, et il était désigné pour le portefeuille de la Justice, s'il avait persévéré.C'est un redoutable jouteur parlementaire.Dans la capitale du Massachusetts, restée la Mecque des Anglais des Provinces maritimes, M.Macdonald a pu dire avec autant de vérité one de ferveur patriotique: There should be, if not a definite, yet an understood alliance or federation of all Anglo-Saxon peoples in the world.May we not work together in amity and union so that all principles for which we have stood may prevail throughout the world?M.John G.Ewart, le grand avocat de la cause de l'indépendance du Canada, à propos du traité anglo-japonais, qui doit être renouvelé, écrivait dernièrement dans sa revue The Canadian Natioji (Ottawa): Canada's interests are bound up with those of the United States.If, in disregard of those interests, the United Kingdom continues her alliance with Japan, Canada must plainly assert that not that way can she proceed., M.Ewart, chacun le sait, était un grand ami de sir Wil-iid.C'est lui qui plaida la cause de la minorité manitobaine u Conseil privé d'Angleterre en 1890.C'est un esprit cul-ivé et sans préventions.Il est d'accord avec l'avocat de Pictou pour reconnaître étroite communauté d'intérêts qui existe entre le Canada nglo-saxon et les Etats-Unis.Or, le Canada anglais, c'est l'Ontario au sud de la vallée de l'Ottawa, ce sont les quatre provinces de l'Ouest, c'est la partie du Nouveau-Brunswick située au sud de la voie du Transcontinental, c'est enfin la Nouvelle-Ecosse.Le reste forme un territoire compact où vit la nation canadienne, et sa sœur l'acadienne, en masses denses et sans solution de continuité: c'est le Canada français ou Nouvelle-France.Sa langue, sa religion, son histoire, ses coutumes, ses sentiments, ses souvenirs, ses intérêts sont différents de ceux de l'autre.Ces deux faits étant admis, et, d'autre part, puisqu'il est bon que tous les Anglo-Saxons s'unissent pour faire triompher dans le monde les principes pour lesquels ils ont combattu ensemble: c'est-à-dire le free self determination de tous les peuples grands et petits (Président Wilson) et le government with the consent of the governed (L.George), c'est-à-dire le droit de tout groupe national à choisir son propre gouvernement, alors apparaît hors des nuages qui l'obscurcissaient aux yeux du P.Pratt, la solution tant recherchée de la question canadienne: 1° fédération des populations anglaises du Dominion avec les Etats-Unis; 2° indépendance du Canada français constitué de tous' les groupements de notre race entre Port-Arthur et le Cap-Breton, avec les réciproques garanties d'usage pour la protection des minorités établies par la Ligue des nations.Il y a quelque temps je m'en suis ouvert à M.Ewart lui-même sur cette question.Il m'a déclaré que le Canada, devenu indépendant de la couronne anglaise, assurerait sans doute aux Canadiens français et catholiques la jouissance des privilèges (?) que nous reconnaît si mal la loi constitutionnelle, le fameux Acte de l'Amérique britannique du Nord de 1867.Le bon billet!.Moi je dis plutôt: .4 bird in the hand is worth two in the Anglo-Saxon bush, et vive l'indépendance! Wilfrid Gascon. LA REVUE MODERNE 15 mars 1921 AU MILIEU DES BOUQUINS -Par GUSTAVE LANCTOT_ Dollard des Ormeaux et ses Compagnons.Par E.Z.Mas-sicotte.Avec une introduction par Aegidius Fauteux.Dans notre histoire, cet "écrin de perles ignorées," le Long Sault sonne la même note glorieuse et tragique que Roncevaux dans l'épopée française.En un décor moins grandiose, mais non moins pittoresque, au lieu de la montagne haute et terrible, la luxuriante forêt vierge au bord de la rivière tumultueuse, c'est le même courage, le même esprit, le même combat: une vaillance sans peur, le sacrifice pour le groupe, l'écrasement final sous le nombre.Aussi faut-il accueillir, avec gratitude et fierté, cette brochure où l'infatigable chercheur qu'est monsieur E.Z.Massicotte, a pieusement recueilli les petits faits et les menus incidents qui formèrent la vie connue de DoJJard et de ses compagnons.Ces faits et ces incidents, avec une patience de bénédictin, il les a, loupe en main, extraits de vieux manuscrits où l'encre jaunie dessine d'invraisemblables arabesques ou de miniscules hiéroglyphes.Il a trans-, crit les pièces essentielles et tiré des autres les moindres renseignements.Avec ce meilleur des guides éclairant la route, on voit, à force de minimes détails, sortir partiellement de l'ombre les personnages du fait d'armes épique de 1660.Eux, les modestes héros, dont les noms étaient à peine connus, on les voit défiler sous nos yeux.On connait leur profession ou leur métier, leur état de fortune, leurs relations.On sait même le détail de la garde-robe de Dollard.L'auteur a eu l'heureuse idée de reproduire, en fac-similé, quelques-uns des manuscrits, de sorte que le lecteur a, pour ainsi dire, sous les yeux, les pièces qu'ils ont écrites ou signées.Il y a une certaine émotion à se pencher sur l'écriture de Dollard, impulsive et loyale, et à déchiffrer les testaments de Valais et de Tavernier, d'une si noble fermeté d'âme et touchante piété.L'émotion se grandit de respect et d'admiration devant l'acte de décès, où, de son écriture tassée, l'abbé Souart résume, en quelques lignes brèves, l'épopée du Long Sault, et inscrit les noms et prénoms des dix-sept héros dont le plus âgé avait 31 ans.A l'appendice se trouvent les deux seuls récits contemporains du combat: le plus intéressant est celui de la Mère Marie de l'Incarnation, d'une prose savoureuse; l'autre, de la plume du rédacteur des Relations des Jésuites, a des tournures amusantes de reportage avant la lettre.Signalons, comme il convient, la préface qu'a mise au volume, M.Aegidius Fauteux.En quelques pages de la plus excellente prose, il fait une maîtresse exégèse historique du combat du Long-Sault.Rappel du passé, hommage du présent, ces pages, que soulève un souffle patriotique, forment une intéressante introduction à la vie des héros de Ville-Marie.Voilà un livre, je dirais presque un reliquaire, à mettre dans nos maisons comme un digne souvenir du plus glorieux des gestes français en terre canadienne : Gesta Dei per Francos*.* * * Au Cœur de l'Histoire.Par Louis Raoul de Lorimier.Préface de l'abbé Elie-J.Auclair.Montréal 1920.Voilà, dans le petit champ de notre littérature, quelque chose de nouveau.Ce n'est pas le roman historique, cher à Dumas père, et ce n'est pas le roman de l'histoire à la Gabriel Lenôtre.Et pourtant, c'estun peu l'un et c'est un peu l'autre.C'est de l'évocation historique, basée sur le document contemporain, avec le costume du temps et l'écriture de l'époque.C'est le film du passé artistiquement mis en scène.Ces reconstitutions ne sont pas des tableaux: c'est à peine des tableautins.Plutôt c'est de la miniature historique.On dirait que l'auteur travaille à la manière des maître- hollandais, les Terboch, les Dou et autres.Presque toujours le récit se limite à un petit fait et tient en quelques pages; mais la scène est soigneusement étudiée, chaque partie fidèlement traitée, et chaque objet exactement rangé à sa place.Artiste de goût, d'une sobriété peut-être exagérée, M.de Lorimier a mis, dans ces évocations du temps jadis, une consciencieuse exactitude d'historien.Presque chaque détail, chaque mot même lui a dû coûter de longues recherches, tirés les uns et les autres des auteurs contemporains ou des spécialistes de l'époque.Il faut lire lentement, pour en bien goûter toute la fidélisé historique et la couleur locale, "Un jour de l'An sous l'ancien régime, 1646", et aussi "Les premières rues de Ville-Marie".Ces pages évoquent, avec une précision minutieuse, les us, coutumes et costumes du dix-septième siècle.Comme début, c'est un joli succès.C'est un livre à lire aux heures des soirs d'hiver, en se remémorant le passé.Il faut demander à l'auteur de revenir à la charge.Nous aimerions à le voir élargir son genre et, au heu du tableautin, aborder le tableau.Il conviendrait aussi de donner plus de mouvement et plus de liberté aux personnages.Dans ce décor impeccable, par souci d'exactitude, il n'ose pas leur donner libre jeu, anxieux qu'il est de rester dans la vérité historique.Qu'il lâche un peu la bride à son sjyle aussi.Qu'il se rappelle que l'atmosphère consiste plus dans le sentiment que dans le mot.Qu'il sache oser au besoin: le lecteur n'aime pas les peut-être dans un récit qui n'est pas de l'histoire.M.de Lorimier sait reconstituer le mil-lieu, mettre la couleur contemporaine, créer l'ambiance.Le cadre est prêt.Que maintenant, il y fasse hardiment évoluer ses personnages, leur prêtant les sentiments de leur psychologie historique.Qu'il ose, il a le talent et le bon goût qui mènent au succès.* * * Des Influences Françaises au Canada.Par Jean Charbon-neau.Montréal 1920.Trois volumes.M.Jean Charbonneau vient de publier le troisième et dernier volume de son ouvrage: "Des Influences Françaises au Canada".On peut donc dès maintenant se hasarder à porter sur l'œuvre un jugement d'ensemble, quoique le cadre restreint de cet article ne permette qu'une brève appréciation générale.Et d'abord, il convient de signaler, et c'est déjà un éloge, l'ampleur de conception et l'effort considérable que représentent ces trois volumes consacrés à l'étude de la survi vance française dans notre pays.D'une haute inspiration, d'une grande largeur de vues, d'une forte indépendance de doctrine, ils accusent chez l'auteur un esprit curieux e' philosophique, fervent de l'analyse, cherchant à dégage^ des multiples faits de la vie et de l'histoire l'immanent' leçon qu'elles contiennent, afin de donner un sens au pass* et d'indiquer au présent une directive. 15 mars 1921.LA REVUE MODERNE 25 Les livres d'idées sont rares, très rares au pays.Les français du Canada n'ont pas la tête philosophique, aurait dit Voltaire, si ce nationaliste anti-colonial nous avait mieux connus.C'est un tort, et c'est une faiblesse.Il ne suffit pas à un peuple de se raconter dans l'histoire, de se pi'indre dans le roman, de mettre son cœur en poèmes, d'écrire des traités d'économie politique ou de sciences, il se doit à lui-même d'analyser dans les faits du passé l'âme nationale, afin de découvrir la loi qui oriente son histoire, l'évolution inéluctable qui le mène, et les forces qui favorisent ou retardent son développement.M.Charbonneau est une heureuse exception.Poète avant tout, adorateur du verbe français, il a voulu étudier les manifestations de notre littérature en fonction de notre survivance nationale.Force indestructible, la langue française lui apparaît le plus puissant moyen de sauvegarder notre entité ethnique: "Il nous faut, écrit-il, nous pénétrer de cette idée que, comme elle, nous avons hérité d'un caractère d'indestructibilité," et il ajoute qu'il nous incombe "la responsabilité de la perpétuer à jamais sur un continent où nous l'avons déjà maintenue par notre volonté de résistance et au milieu de tant de perturbations politiques." Dans ces lignes se trouvent le plan et le but de l'ouvrage.L'auteur écrit donc l'histoire de la littérature canadienne et des influences politiques qu'elle a subies.Le premier volume, oubliant la prose, étudie la poésie contemporaine, ainsi que les influences étrangères qui s'exercent sur elle.Le second verse dans l'histoire pure et débute par le tableau du Canada avant et après la conquête.Ensuite il fait l'examen des œuvres littéraires de ceux qu'il appelle justement les primitifs, de leurs successeurs, et de la génération de 1860.Le dernier volume passe en revue, revue historique et critique, nos diverses constitutions politiques.On le voit, et nous n'avons pas signalé les hors-d'œuvre, le programme est vaste.Quoiqu'il omette la grande influence française de l'église canadienne, il touche encore à toute notre vie politique, sociale et littéraire.Aussi ne faut-il pas s'étonner de la valeur inégale de l'ouvrage.C'est presque fatalement se condamner à être superficiel sur certains points que de vouloir être œcuménique, surtout quand on est d'abord poète.Et l'auteur n'a pas toujours su se garder de ce grave défaut.Quand il reste dans le domaine strictement littéraire, M.Charbonneau sait intéresser davantage, car on le sent chez lui, dans un sujet qui lui est familier.Guidé par un goût sûr, appuyé sur la pratique des meilleurs auteurs, il écrit des pages excellentes: car il a des opinions bien personnelles et les affirme avec une belle franchise.Ainsi son premier volume, le plus travaillé, reste aussi son meilleur.Quand il entre dans le champ de la politique et de l'histoire, il nous donne l'impression d'être en pays étranger.Il a bien lu certains livres, fait des recherches, et il apporte sans doute à son sujet une application consciencieuse, mais, quoiqu'il fasse, sa phrase n'a plus la même conviction, ni la même certitude.On sent que l'accumulation des mots dissimule mal la faiblesse de la documentation.Puis il a les défauts de son esprit et de sa formation.Philosophe, plutôt attiré par l'idée que par les réalités, par la métaphysique que par la science, il ne se nourrit pas suffisamment de faits et se contente trop facilement de vagues généralités philosophiques.Les Influences Françaises n'en constituent pas moins un effort qui mérite d'être signalé.Sous une forme plus ramassée, avec un style plus précis et une documentation plus serrée, l'ouvrage atteindrait encore mieux son but de montrer le grand rôle de la littérature dans le drame de la survivance française au Canada.Gustave Lanctot La rue King est une des larges voies bien tenues d'Hamilton, Ont.— Réseau du Grand-Tronc. 26 LA REVUE MODERNE 15 mars 1921 LES ECHOS .Par LUC AUBRY.Au congrès de Vienne, Talleyrand prédit que "le commerce succéderait à la guerre".L'avenir lui donna raison.Il faut arriver à la guerre de Crimée, quarante ans après, pour enregistrer le premier grand conflit international.Pendant quarante ans, en dehors de l'expédition d'Espagne et de la guerre de Morée, petites affaires sans influence sur l'esprit des peuples, l'Europe travailla et s'enrichit en toute tranquillité.La Grande guerre eut un autre lendemain.Les canons s'étaient à peine refroidis que la guerre industrielle commençait.Le 10 novembre 1918 les Allemands étaient de sales Boches, deux jours après, le 12, ils étaient élevés à la position de clients désirables.Or pour qu'un client soit désirable il faut que ses affaires marchent bien, que son crédit soit bon, qu'il ait en caisse autant d'argent que possible.Moins l'Allemagne aura d'indemnité à payer, meilleure sera sa clientèle, plus grande sera sa puissance d'achat.C'est pour cela que dans les grands pays industriels, chez les Alliés d'hier, ou trouve une presse féroce au service des intérêts allemands, qualifiant les modestes prétentions de la France d'impérialisme, de vengeance et de folie.C'est cette même presse qui, lorsque la France et la Belgique réclamaient aux Allemands pour leurs enfants, les vaches laitières qu'ils avaient volées, s'indigna au nom des petits boches, qui manquaient de lait.*-* * Avec son amendement au covenant de la Ligue des Nations, demandant la suppression de l'article X, cet article invoqué par les Etats-Unis pour s'isoler de ses alliés, l'hon.C.J.Doherty a mis le Canada en pleine lumière dans le monde diplomatique et s'est placé au premier rang des hommes d'Etat.Quand un canadien-anglais débite des choses désagréables aux canadiens-français on le passe moralement à tabac de façon qu'il se le rappelle pour peu qu'il ait l'épidémie d'une certaine sensibilité.Quand ce même canadien anglais impressionné par notre cri: "Connaissons-nous mieux", nous étudie et nous adresse de bonnes et justes paroles, on le hue publiquement, on le traite d'hypocrite, 'de renard' flagorneur et on lui rappelle qu'il y a cinq, dix ou vingt ans, alors qu'il ne nous connaissait pas, il a dit de nous ceci, cela et encore autre chose.Morale: il n'y en a pas, mais par contre il y a chez nous des malandrins qui, pour leur bénéfice personnel, pratiquent admirablement l'excitation à la haine et au mépris des citoyens entre eux.* * Les Prussiens sont tellement heureux de l'occasion que la mort de l'impératrice d'Allemagne leur fournira de manifester en faveur des Hohenzollern, qu'ils lui préparent des funérailles grandioses de son vivant.Us manquent peut-être de tact et de délicatesse ces Allemands, mais on doit reconnaître que leurs mœurs s'adoucissent: pendant la guerre ils n'attendaient pas que les gens fussent morts pour les enterrer.* * * On quête pour les Chinois mourant de faim; on fait bien.Par contre les Chinois inondent le marché canadien d'une telle quantité de produits alimentaires que nos cultivateurs en sont alarmés.Comment concilier ces deux faits?Une supposition: gardons notre argent pour nos pauvres et que les Chinois gardent leurs denrées pour leurs affamés; de cette manière tout le monde sera content, à commencer par les Canadiens à qui on fait avaler des œufs chinois "fraîchement pondus." ' * * Qu'était, que pouvait être Bucéphale, auprès de nos chevaux de pompiers?Un de nos échevins disait l'autre jour que Concordia demandait par soumission publique des chevaux de 15 à 16 "pieds" de haut et montrait les soumissions mêmes à l'appui.Si pour notre service hydraulique on avait des chevaux un peu moins grands et des conduites-maîtresses un peu plus résistantes, le Coroner n'aurait pas eu à tenir d'enquête sur la mort de ces deux pauvres petits enfants victimes de la vingt-quatrième rupture d'un tuyau presque neuf.* » Le "Figaro" s'étonne de l'habitude qu'on a prise de dire "réceptionner un ancien" alors qu'il serait si simple de dire "recevoir un ancien," et se demande: "que sera le français de l'avenir?" Nous aussi nous nous posons cette question angoissante quand nous lisons, en grosses lettres, qu'un marchand offre en vente des "Meubles pour vivoir".* * .A la dernière réunion de l'Institut des Ingénieurs, le conférencier a chanté le génie de Marconi, mais il n'a pas dit un mot du professeur Branly, sans les travaux duquel la télégraphie sans fil serait encore dans les limbes.Marconi a fait for- tune et le professeur Branly est pauvre, vivant d'un traitement annuel de 18,000 francs et voyageant dans Paris aux heures ouvrières par nécessité.Et l'on parle de la reconnaissance des peuples et des actionnaires! * * * Le jugement du Conseil Privé ne paraît pas avoir fortement impressionné nos juges.Dans la province de Québec le mariage d'un monsieur qui avait trop bu avant la cérémonie a été annulé, et dans la province de la Colombie Britannique un trop vieux monsieur uni à une trop jeune fille est redevenu taxable, c'est-à-dire célibataire pour cause d'irrégularités.Les anciens voyaient juste quand ils donnèrent un glaive à la Justice; elle en use pour rompre les liens matrimoniaux comme un certain Alexandre se servait de son épée pour trancher le nœud gordien.* * Les auteurs canadiens sont aussi galants que les comptables — pardon, les actuaires — le sont peu.Les premiers viennent d'inviter les femmes auteurs, peintres, compositeurs, sculpteurs à prendre part à la Convention des auteurs qui s'est réunie à Montréal, ce mois-ci, alors que les seconds ont refusé d'admettre les femmes dans le sanctuaire de la tenue des livres.Et cependant il est avéré, reconnu que les femmes sont des comptables, des actuaires, des chefs de contentieux hors de pair et des mathématiciennes incomparables.Une d'elles, Miss Kampf, une américaine, n'a-t-elle pas occupé pendant de longues années un poste élevé au Bureau des Longitudes de Paris, poste qu'elle avait conquis au concours.Pourquoi l'homme empêche-t-il la femme d'être médecin, avocat, actuaire, quand il se permet d'être modiste, couturier, brodeur et quelquefois bonne d'enfants ?* * On se plaint que dans des affaires retentissantes la police marche trop lentement et que les autorités judiciaires sont d'une prudence frisant l'indifférence.Il y a cependant des gens qui trouvent que policiers et magistrats vont quelquefois trop vite, tels les innocents envoyés au bagne ou à la mort.En France on vient de réhabiliter la mémoire de six soldats fusillés par erreur.Aux Etats-Unis une femme ayant fait trente-deux ans de pénitencier a été reconnue innocente.En Suisse, on a relâché un innocent ayant passé quinze ans au bagne.Que de terribles misères morales et physiques comportent pareilles erreurs et combien avait raison, ce juge déclarant que mieux valait acquitter dix coupables que condamner un innocent.Le monde a fait quelques progrès depuis le jour où, au siège d'Albi, Simon de Montfort disait à ses soldats: "Tuer, tuer, 15 mars 1921.nnocents ou coupables, le Seigneur reconnaîtra les siens".Les erreurs judiciaires sont devenues rares, heureusement ! espérons qu'un jour justice signifiera infaillibilité.* * * Qui veut des records?Nos voisins en trouvent, en inventent et en réclament tous les jours.Ils détiennent celui de l'adoption avec cette femme ayant, comme dit la Bible, suscité à son mari, grâce à la complicité de sa mère, une douzaine d'enfants recueillis dans toutes les maternités des environs.En apprenant que,semblable à ces oiseaux benêts qui couvent les œufs que la femelle du coucou dépose dans leur nid et en élèvent les petits, il avait élevé, nourri, habillé, chaussé, logé, surtout logé cette douzaine d'intrus, le mari est parti en faisant claquer les portes.Il aurait mieux fait de claquer sa belle mère.Après le record de l'adoption celui du nombre.1,400 journaux yankees viennent de chanter la gloire d'un M.Bland père de 34 enfants dont 24 vivants.Le premier lit lui en donna quinze, le second dix-neuf Il y a eu progrès.Mais que ces records sont pâles auprès de celui que notre province pourrait réclamer avec cette bonne mère dormant à son mari quinze enfants, dont six paires de jumeaux, en dix ans.On n'a jamais enregistré mieux comme vitesse.* * * Au cours d'une courte et récente étude sur la vie de Gambetta, M.A.D.DeCelles écrit ce qui suit: "Il (Gambetta) avait poussé l'armée à la bataille au cri de Vaincre ou mourir pour la Patrie.La mort c'était pour les autres." En serions-nous restés au temps où nos journalistes ne pouvaient parler du grand tribun sans l'injurier?M.DeCelles était de cette époque et semble en avoir conservé la mentalité.L'homme qui un soir d'octobre 1870 sortit de Paris assiégé en ballon, en pleine connaissance des dangers qu'il courait ne saurait être accusé de lâcheté.Qu'était-ce qu'un aérostat à cette époque?Une bulle de gaz à la merci du vent.Combien d'aéronautes du Siège de Paris ont disparu tombés en mer, dans les solitudes du Nord au milieu des armées prussiennes ?Ce fut la malchance de Gambetta qui n'échappa aux Prussiens qu'après en avoir '¦ssuyé le feu et grâce à un fermier qui l'aperçut et le guida dans la forêt.On peut détester, condamner, haïr les dées, la politique d'un homme d'Etat ans qu'il soit nécessaire de l'injurier et urtout de fausser les faits en racontant que -s Parisiens flétrirent par leurs huées la lémoire de Gambetta lors de la translation te son cœur au Panthéon, comme l'affirme f.A.D.DeCelles, historien! LA REVUE MODERNE La majorité gouverne! pas au Canada où un député vient d'être élu par 4,093 voix sur 12,951 votants.Rien dans la loi n'empêchant les divisions électorales du pays d'élire tous leurs députés dans les mêmes conditions, nous pourrions bien, au lendemain d'élections contestées, à plusieurs candidats dans chaque division, nous trouver avec une Chambre et un gouvernement représentant la minorité des électeurs: celle des extrémistes par exemple.* * * Les bureaux de placement pour service domestique, de New-York, disent que cette année le maximum des gages correspond au minimum de ceux de l'an dernier et que l'abaissement des salaires industriels d'une part, l'augmentation du nombre des immigrantes, d'autre part, vont promptement ramener la question des servantes à ce qu'elle était avant la guerre.* * * Nous recevons de Roumanie une excellente lettre, dont nous extrayons les passages suivants, tout remplis d'admiration pour la France.Nous publierons bientôt un article de M.Bazile Démétrius Bradul."Le Royaume de Roumanie, pays latin, aime les formules claires et surtout l'esprit constructeur des français, — car la France est, certes, le cerveau du monde.Elle pense; elle produit les plus merveilleux chefs-d'œuvre de la littérature et de l'art.Nous sommes un peuple qui, au point de vue de la civilisation, doit tout, mais absolument tout aux Français."Nous pensons grâce à la France; nous avons une littérature grâce aux Français; voilà pourquoi nous aimons avec la tendresse d'un amant, le beau pays de France et le noble peuple français."Vive la France!" Voilà le cri qui sort de notre cœur, et ce cri est sincère, car en Roumanie tout ce qui vient de France est aimé et bien reçu." "Je suis avec le plus profond respect, madame, votre particulièrement dévoué, Bazile Demetrius Bradul, (Ecrivain, poète roumain et théologien).¦ * * * On sait combien les autorités françaises sont ennemies du profitéïsme en matière de loyers.Or un propriétaire banlieusard de Paris vient de créer une situation nouvelle en mettant aux enchères publiques la location d'un logement vacant.La mise à prix était de 450 francs.Vingt-cinq enchérisseurs se présentèrent et l'un d'eux déclarait qu'il irait jusqu'à 2,000 francs.Malheureusement l'enchère fut ajournée à huitaine, et entre temps le propriétaire loua son appartement de gré à gré.La justice voulait poursuivre, parait-il.Pourquoi?Il offrait son logement pour 27 450 francs par an; si un bonhomme l'estime 2,000 francs, doit-il refuser cette offre?S'il l'accepte, commet-il un défit?Pour amusante que soit cette affaire à la surface, elle est très sérieuse au fond.Et on ne peut que regretter les enchères supprimées; il en serait peut-être sorti une nouvelle jurisprudence.* * * Discours de l'ambassadeur des Etate-Unis à l'inauguration du Monument de la "tranchée des Baïonnettes.": M.Hugh Wallace gravit le premier les degrés d'une petite estrade de bois blanc.Avant de parler il embrasse d'un rapide coup d'œil l'hallucinant panorama d'alentour, où le travail des hommes est impuissant à effacer les vestiges de la guerre.Et cette vue semble le troubler, car c'est d'une voix altérée qu'il commence ainsi: Grande est la gloire de la France, car elle peut revendiquer Verdun comme son propre bien.Immense est la dette de reconnaissance qu'elle y imposa au monde, car, à Verdun, elle fut seule à affronter les barbares.La victoire qui, une fois de plus, a sauvé ici la civilisation est la sienne et nul autre ne peut en réclamer la moindre part.Disons-le bien haut, dans un sentiment de profond dévouement non seulement pour les Français qui combattirent et moururent en ces lieux mais aussi pour le noble pays qui leur donna le jour.Ils combattirent pour la France, mais c'est pour l'humanité qu'ils ont vaincu.A eux seuls en revient la gloire et la louange.Si tant est que ce que nous disons aujourd'hui doive se conserver dans la mémoire des hommes, que ce soit cet aveu de gratitude envers la France, les remerciements que le monde lui envoie à elle et à ses nobles fils qui restèrent fermes sur la brèche, non pas seulement sur le front des .Alliés, mais sur celui de la civilisation même, à ses fils qui combattirent ici et moururent, mais moururent victorieux.LTne pareille dette ne saurait être acquittée; ce que nous faisons n'a d'autre objet que de la reconnaître.Cette pieire vient d'Amérique.En qualité de représentant de ce pays, je la consacre comme symbole de cette gratitude que notre amitié nationale rendra éternelle.Il est bon de faire cela, il est bon d'être ici, je me sens très honoré que les circonstances m'aient donné ce privilège, et si, sur un tel terrain, en présence d'une telle assistance, je me hasarde à formuler mes pensées, c'est parce que je puis dire librement ce que le distingué président de la République, dans sa modestie, s'abstiendrait d'exprimer.La France n'a pas de plus éloquent fils que son premier magistrat, et cependant il n'en serait pas moins impuissant à trouver des accents capables de célébrer comme elle le mérite la gloire de la France.Cette gloire, elle ruisselle du haut des collines qui entourent Verdun, elle marque au loin d'une ligne d'or la vallée de la Marne; elle auréole ses fils qui survivent et montent la garde sur les anciennes frontières qui lui ont été heureusement rendues, elle enchâsse à jamais la mémoire des morts qui, comme les héros de la tranchée historique, là devant nous, combattirent pour la France, et, en mourant, s'assurèrent une renommée immortelle.* Un humouriste à tendances féroces, disait un jour que la sécurité de la traverse des rues ne serait acquise qu'au lendemain de l'écrasement d'un échevin.C'est un peu ce qui vient de se passer dans un autre domaine, celui du logement.Le gouvernement français a dû acheter un hôtel à Paris pour permettre au maréchal Foch de se loger et réquisitionner des appartements pour abriter nombre de députés n'ayant trouvé de libres, à l'ouverture de la session, que des arches de pont ; enfin le Président de la Chambre des députés italienne demande à son gouvernement de mobiliser cent appartements pour les représentants du peuple.Et les familles nombreuses que fera-t-on pour elles ?elles sont encore plus intéressantes qu'un élu du peuple logé à la belle étoile.* * .Il se peut qu'on oublie Sa femme, ses amis, son chien et sa patrie, 28 LA REVUE MODERNE 15 mars 192] Mais jamais on oublie un rendez-vous [donné.a dit Musset, poète probablement inconnu de ce shérif yankee qui, un beau matin, oublia le rendez-vous qu'il avait donné à un nègre au pied d'une potence.Pendant que le condamné croquait le marmot, le bourreau a dû broyer du noir, beaucoup de noir.* * Des lettres reçues de M.Louis Morpeau, Etzer Vilaire et autres témoignent également du bonheur qu'éprouve Haïti tout entière, de trouver chez nous une telle attention sympathique.L'article consacré par notre éminent collaborateur Louis Dantin à la Littérature Haïtienne a provoqué dans la presse de la vaillante ile, des commentaires on ne peut plus heureux.Au moment où Haïti, la fière et la brave, doit se défendre contre les empiétements de ses puissants voisins, il lui est consolant de trouver chez nous des esprits latins formés à la même école, et tournés vers le même idéal de justice et de dignité.Entre la poire et le fromage le président de la Commission administrative de la ville de Montréal — ouf! — a constaté avec tristesse combien nos concitoyens manquaient d'esprit public.Possible! mais il y a quelque chose de plus profondément triste c'est de voir dans quel esprit notre ville est administrée et de constater avec quel ensemble les administrateurs de presque toutes les administrations barrent le chemin, dénigrent, tuent et s'élèvent contre tout homme animé de cet esprit public et en vertu du principe qui veut que les empêcheurs de danser en rond soient des êtres dangereux tant que le beurre sera mis dans des assiettes rondes.* • * Un juge américain vient d'ajourner à dix jours le prononcé de la sentence d'un jeune homme reconnu coupable d'une tentative de réi-el et seul soutien de sa vieille mère et d'une sœur infirme.Il avait quelques jours auparavant suspendu la sentence d'un condamné à la veille d'être père, en lui disant: "Je crains que si je vous condamne maintenant il arrive à votre femme quelque chose dont je ne voudrais pas être responsable".Quand, pour réprimer les crimes, trouvera-t-on autre chose que de fournir gratuitement aux criminels la table, le logement et l'habillement pendant qu'on laisse leurs femmes et leurs enfants innocents crever de faim et de misère ?* * * Se faire voler une maison de trois étages, ce n'est pas banal ni commun.La-chose est arrivée à un propriétaire de Chicago — fasse le ciel que ce soit un vautour profiteur.Plus rien, place nette, le terrain étant redevenu vacant, la "bâtisse" avait été déménagée trois jours avant à l'aide de gros camions.L'opération a dû être fructueuse, car.par le temps qui court, mieux vaut enlever des maisons vides que défoncer des coffres-forts pleins.* * Le Chant du Cygne! Caruso qui a de la lecture a refusé de l'entonner.Il savait que ses compatriotes Pline et Virgile niaient à Léda le don de la musique.Il y a longtemps de cela, mais les légendes ont la vie dure.* * Notre chauve planète s'émancipe.En dépit de son âge elle se livre aux douceurs du "shimfny".Elle vient de frissonner, d'onduler pendant cinq jours au Chili en agrémentant le mouvement de quatre-vingt-douze sauts de carpe.La population était moins joyeuse.* * * Des entrepreneurs de constructions, entre l'Atlantique et le Pacifique, viennent de réduire les salaires de leurs journaliers de 4c par heure et ceux de leurs ouvriers de 10c, soit pour des semaines de 4S heures une réduction de $1.92 et de S t.80 respectivement Mais comme Us pensionnent leurs hommes ils ont annoncé que le prix de la pension serait diminué de 50c par semaine.Ça doit se passer comme cela en Paissie.* * Des érudits passent leur vie, leur temps et leurs loisirs à chercher qui s'est caché sous le nom de Shakspeare.Les uns ont établi que c'était le chancelier Bacon et prouvé par dessus le marché que ce dernier était le fils de la reine Elizabeth; d'autres ont ponté sur le premier comte de Derby; dans le groupe des farceurs il s'en trouva un qui, Bible en mains et avec des citations très sensées, prouva sans réfutation possible que le grand dramaturge n'était autre que le roi David.Le jeu continue et a donné naissance à d'autres casse-tête.Pendant la guerre on chercha d'où et de qui descendait le maréchal Macken-sen.Du roi de Hanovre?de l'empereur Guillaume I ou d'un grand duc russe?La défaite du maréchal diminuant l'intérêt des recherches , on les abandonna.Aujourd'hui les chercheurs de choses qui ne les regardent pas se demandent quels peuvent être les ascendants du sauveur de la Pologne, le général Weygand.C'est bien simple, le nom a une tournure belge, le prénom est Maxime; l'illustre soldat doit être le fils de l'empereur Maximilien et de la princesse Charlotte à moins qu'il ne soit né d'un mariage morganatique du roi Léopold.La vérité doit être que le général est le fils de braves plébéiens qui en ont fait un homme.* * L'Ile Maurice, qui fut l'Ile de Franc pendant un siècle, de 1715 à 1815, veut redevenir française et les descendants de Français qui colonisèrent cette ile viennen1 de porter la question sur le terrain électoral Si leurs candidats sont élus, le résultat, des élections aura tout le caractère d'un plébiscite favorable à la rétrocession de l'île à la France.Que dira l'Angleterre devant cette nouvelle manifestation du désir qu'éprouve un peuple de disposer lui-même de ses destinées ?Rouget de l'Isle a sa statue, pourquo Calixa Lavallée, le compositeur inspiré de "0 Canada", n'aurait-il pas la sienne?Le fameux trésor espagnol n'a pas été découvert; il est toujours caché et on trouve encore des imbéciles pour courir après.On annonce de nouvelles victimes; ce serait peine perdue que les plaindre.La "garantie" de Georges Carpentier est retrouvée, tant pis; cela va permettre à deux hommes de s'assommer et de se casser quelques os pour un enjeu de 1500.000.Et l'on parle de la cruauté des combats de coqs ou de taureaux; et l'on quête pour les enfants des empires centraux et ceux des miséreux des grandes villes ! Il est fâcheux qu'on ne puisse au nom de l'humanité, de la charité, confisquer ce demi-million et l'envoyer aux enfants qui meurent de faim Luc Atjbry COMBLOMANI E Le comble du bonheur pour un bossu: Avoir une ferme dans la Beauce.Le comble du zèle pour un agent de police: Disperser un embarras gastrique.Le comble de la pitié: Consoler un saule pleureur.— Il paraît que votre fille a épousé un riche Américain, vous en êtes content?.— Ravi.Je n'ai qu'un regret: c'est qu'elle n'ait pu en épouser deuxl J5 mars 1921.LA REVUE MODERNE 2') ramam LIVRES ET REVUES mmm "~ LOUIS CLAUDE Nous avons reçu avec plaisir et intérêt et nous signalons à nos lecteurs l'Almanach catholique français pour 1921, que vient de publier la maison Bloud et Gay avec une belle préface de Mgr.A.Baudrillart, l'émùient recteur de l'Institut catholique de Paris.C'est la deuxième année que le "Comité catholique des amitiés françaises à l'étranger" publie cet almanach; et cette deuxième édition n'est pas moins vivante et instructive que la première.On y trouve une foule de renseignements sur le monde catholique français: épiscopat, œuvres d'enseignement, d'assistance, de charité et de sanctification, syndicats et corporations, secrétariats sociaux, etc.D'intéressants articles sont consacrés aux catholiques et à la reconstitution nationale par des hommes aussi distinqués que Mgr Julien, H.Bordeaux, Marc Sangnier, Maurice Denis, M.de Lamarzelle, Gaston Tessier, Branly.etc.La vie familiale, avec de bien curieux détails sur les vieux usages domestiques en cours en France, la vie religieuse, avec une érudite notice sur le trésor artistique de la France religieuse, les pèlerinages, voyages et sports, l'année religieuse font l'objet d'articles documentés et faciles à lire, qui complètent heureusement cette attachante brochure, fort joliment illustrée.* * * Le premier volume édité par la Revue Moderne Croquis de Guerre de Marcel de Verneuil sera en librairie, ces jours prochains.L'édition sera naturellement fort soignée.Un des artistes, dont le crayon a le plus sincèrement trouvé la note de ces paysages de guerre, sinistres et tourmentés, c'est vrai, mais illuminés de de bravoure et de gloire, M.Pellus, a préparé des dessins très intéressants qui ajouteront encore à l'intérêt du volume.L'on pourra se procurer les Croquis de Guerre à la Revue Moderne, et chez tous les bons libraires.* L'émouvante lettre que voici, adressée à notre Directrice, prouve si éloquemment combien les relations de sympathie intellectuelle nouées par l'intermédiaire de notre Revue avec Haïti et ses écrivains, a suscité là-bas, une joie émouvante: Madame, La Belle Revue que vous dirigez avec tant de distinction nous est communiquée par notre père Monsieur Louis A.Brun.L'un des derniers numéros que nous avons lu contient des poésies de Messieurs Etzer Vilaire et Georges Sylvain, deux personnalités bien connues dans le Monde Littéraire français.Un rayon de soleil, par un matin d'avril, aurait moins réjoui notre âme ivre de lumière, que cet hommage rendu à ces deux grands écrivains haïtiens.Nous sentons que loin de nous, sans doute, mais près de notre cœur, grandit un frère jeune comme nous, et plein de sollicitude pour guider nos pas hésitants dans les voies de l'Art.Les contrastes de nos beautés que les feux du Midi ont revêtu de leurs tons d'or, ne peuvent qu'accuser la sereine majesté de la pensée de notre vaillant frère du Nord: la sereine majesté de cette pensée que les neiges ont façonnée en y mettant toute leur candide blancheur.M.l'abbé Thellier de Poncheville qui tient, du haut de la chaire de Notre-Dame, les foules conquises à sa haute éloquence et à sa vibrante prédication.Contrastes aimables faits pour se retrouver dans les mêmes sentiers conduisant vers l'Idéal unique de la Beauté.De cette communauté d'aspirations ne peut naître que l'Amour, l'amour de la jeune Haïti pour le noble Canada.Nés tous deux de l'Idée française, nous avons encore des liens de sang, pour marcher ensemble vers les mêmes conquêtes.De notre côté, nous irons d'un pas d'autant plus mâle et assuré, que le concours tendre et dévoué, d'un frère plus fort nous est acquis désormais.En lisant votre belle "Revue" nous apprenons à aimer ce gentil frère dont la réconfortante sympathie fortifie nos espérances.Nous vous envoyons sous ce couvert une page, où nous nous essayons d'une façon malhabile à rendre les impressions que nous inspira un Soir d'Automne, au pays du Midi et du Soleil.Puisse-t-elle, si la Revue Moderne la trouve convenable pour sa publication, révéler à ses lecteurs, un charme inconnu, par la saison d'AutomnP des habitants des pays froids.( 1 ) Mais ne manquez pas, nous vous en prions, de dire à nos amis du Canada, qu'aucun artiste ne saurait rendre les jouissances d'un "Soir d'Automne" sous notre ciel; voire lorsque cet artiste n'a, comme nous, pour tout instrument qu'une lyre mal accordée, sur laquelle nous n'essayons de faire jouer nos inspirations que parce que nous aimons les chants et la musique.Nous arrêtant sur ce désir, nous empruntons à nos aurores leurs grâces, pour vous prier, Madame, d'accepter pour la distinguée Directrice de la Revue Moderne, les hommages respectueux de notre sincère admiration.A.BRUN.* * * Quand elle aime, acte en vers de M.Pierre Bréville, publié par l'imprimerie Nationale de Port-au-Prince, en 1918, vient de m'être adressé, et j'ai goûté la délicatesse des vers où se raconte l'amour, le bel amour, celui qui triomphe de l'adversité, de l'intrigue, et qui domine toute la vie.* .Grain de Sable par Mademoiselle Blanche Gagnon nous apporte des pages charmantes recueillies au hasard de la vie, et qui reflètent une mentalité profonde et sincère.Mademoiselle Gagnon est la fille de l'écrivain distingué et du musicien d'élite dont le nom est bien connu, Ernest Gagnon, et le livre de la fille est une gerbe parfumée déposée sur la tombe du père.# » * Little Heroes of France par Kathleen Burke a été écrit pour apprendre aux enfants américains comment se conduisirent les enfants de France à l'époque tragique où il n'était pas permis à des enfants d'être jeunes.Le livre est passionnant et émouvant.Les larmes montent aux yeux à cette lecture qui raconte si bien comment les petits Français surent, eux aussi, aider au triomphe de leur immortelle patrie.Souhaitons que ce livre soit traduit, afin que les petits canadiens français le lisent dès le bas âge,et apprennent U) Doit paraître bientôt. 30 LA REVUE MODERNE 15 mars 1921 eux aussi, comment des enfants de leur sang, de leur âge et de leur foi, surent souffrir héroïquement, et se défendre contre l'ennemi.Certains faits authentiques, qui sont cités par Miss Burke, révèlent l'enfance magnifique de cette France qui porte en elle tous les miracles, comme toutes les vertus.* * Pour qu'on aime la Géographie, par.M.Emile Miller, est un splendide travail, présenté par son auteur dans une préface très littéraire.Cette œuvre est d'une lecture attachante et reposante, et elle instruit et renseigne sans effort et sans fatigue.Ainsi se réalise son titre, car tous ceux qui la liront devront aimer la géographie.Nous ne saurions donner au livre de M.Miller tout l'éloge qui lui revient, car il faudrait des pages pour en exprimer l'action intelligente et éducative.Nous recommandons chaleureusement la lecture de ce livre, et nous félicitons l'auteur sincèrement pour l'art subtil et charmant apporté à rajeunir un vieux sujet, et à l'inonder de clartés nouvelles et puissantes.Le volume, merveilleusement édité, fait honneur à la maison G.Ducharme.La dédicace est offerte au jeune et brillant Secrétaire de la Province qui mérite cet hommage.* * "Dans l'Ombre" occupe, dans le jardin féminin de notre littérature, une place de lumière et de charme.Remarquable surtout par sa bonté, cette charmante canadienne qui, de l'est, émigra vers l'ouest, semble avoir fait de sa vie, trop courte, hélas! un apostolat intellectuel et chré- Vient de Paraître CROQUIS DE GUERRE par MARCEL DE VERNEUIL Illustré par G.Pellus.Édité sur Papier de Luxe.75 sa vie durant.Qu'au moins il me soit donné à la fin du voyage, lors que, coureur fatigué, je m'asseoirai ayant terminé le ibeur de la journée.Et je voudrais qu'il flotte alors sur mes vres flétries répondant en vainqueur au Rire horrible de la amarde.am, le 5 octobre 1920.Philippe Panneton.UN ÉDUCATEUR D'ART M.Armand DesRosiers, directeur du Studio de Luxe, cette maison que tous les gens de goût, fréquentent, vient de partir pour l'Europe en voyage d'étude.M.DesRosiers veut perfectionner ses connaissances en art décoratif, et c'est vers la France qu'il doit tout d'abord se diriger.Il ira aussi puiser en Italie, en Belgique, en Hollande et en Angleterre le secret des divers styles d'ameublement et de décorations d'intérieurs.A la tête d'une maison florissante, il veut développer et améliorer ses ressources de façon à donner à sa clientèle choisie et nombreuse, les compositions les plus parfaites, conformes au style adopté et parfaitement harmonisées.Il ne faut pas ignorer toute l'influence que prend cet art chez nous.Nous sommes un peu dans l'enfance du goût, et c'est justement en créant des foyers conformes à l'esthétique et à l'art, que nous arriverons, et rapidement à inspirer le désir des beaux tableaux et des précieux bibelots.L'ambiance ainsi créée, l'on verra, et rapidement, se développer le respect et le souci des intérieurs artistiques, que M.ARMAND DESROSIERS, directeur du Studio de Luxe, parti en voyage d'études en France et à travers l'Europe.rien ne déflorera, et qu'une chose baroque ne viendra pas gâter.M.DesRosiers aidera beaucoup, lui et tous ceux qui cultivent l'art charmant d'entourer la vie de décors harmonieux et agréables, à la formation du goût qui fera éclore le culte pour les choses artistiques et belles.L'âge d'or sonnera bientôt, pour nos peintres et nos sculpteurs.Que M.DesRosiers et ses émules nous créent des intérieurs, qu'ils empruntent aux autres pays, leur art et leur splendeur pour en embellir notre vie, et nous verrons vite fleurir l'ère artistique du Canada.M.DesRosiers est l'un des collaborateurs de la Revue Moderne.Il lui apporte le concours de sa confiance, de sa sympathie.Nous souhaitons à ce fervent ami de la Revue Moderne, qui est essentiellement un éducateur d'art, un voyage heureux en résultats dont nous profiterons tous.jean hardy 3,2 LA REVUE MODERNE 15 mars 1921 CHATEAU LAC LCÙJÏST qui depuis 1885, relie entre elles les différentes provinces du Dominion, est devenu aujourd'hui, grâce à la sagesse de ses administrateurs, le plus important chemin de fer du monde entier.Le Pacifique Canadien contrôle en effet sur ce continent plus de 19,000 milles de voies ferrées, le long desquelles sont disséminées environ 2,400 gares.Les opérations ferroviaires ne résument cependant pas toutes les activités de la compagnie; celle-ci exploite encore des lignes de navigation sur l'Atlantique, le Pacifique, les Grands Lacs et sur les eûtes de la Colombie-Anglaise.Elle possède ses propres usines où elle construit la plus grande partie de son matériel roulant.Son réseau télégraphique comprend 125,000 milles de fils en opération.Elle dirige à travers le pays une chaîne de superbes hôtelleries qui peuvent rivaliser avec les plus luxueuses du continent.Son trafic de touristes est énorme, à cause des beautés naturelles sans nombre amassées le long de son réseau, particulièrement dans l'Ouest, où la chaîne des Rocheuses offre d'uniques panoramas.Son trafic de fret est non moins important, ses quelque 90.000 wagons à marchandises étant continuellement en circula.ion, transportant les produits de nos champs et do nos usines.Le Pacifique Canadien est aussi l'agent de colonisation qui a le plus fait pour le développemer: de l'Ouest, où encore actuellement, des milliers de colons vont s'établir sous sa direction.C'est lui qui a popularisé en Alberta la culture par l'irrigation; le gigantesque barrage qu'il a construit à Bassano, près de Calgary, est le plus considérable du monde, après celui d'Assouan, en Egypte, Que dire des travaux de génie effectués au début pour surmonter les obstacles naturels qui s'opposaient à la construction du chemin de fer; les ponts qu'il a fallu ieter sur les rivières, les tunnels qu'il a fallu forer sous les montagnes, etc.Il faut avoir voyagé sur le Pacifique Canadien, d'un océan a l'autre, pour avoir une juste idée de l'importance de ne réseau.C'est pour .oui Canadien un sujet d'orgueil, de constater que son pays possède une telle organisation de transport.HOTEL GARE M?ADAM 15 mars 1921.LA REVUE MODERNE 33 LE COUP DE FOUDRE _ Par JEANNE SCHULTZ - Non, marraine chérie, je n'épouserai pas votre héritière, si charmante et si dorée qu'elle soit, c'est fini! Là! ne vous fâchez pas! j'ai voulu vous porter ce coup, vivement, sans vous dire gare! Et maintenant que vous avez jeté un premier cri, écoutez-moi patiemment, car c'est toute une semaine de ma vie que j'ai à vous raconter! Je vous avais annoncé, il y a une dizaine de jours, que je partais pour affaires dans le pays de Caux; j'y étais appelé par un riche éleveur qui rêvait de se faire bâtir "un château au sein de ses pâturages", comme il me l'écrivait poétiquement.Un château! cela sonnait assez bien à mes oreilles de jeune architecte et, trouvant la tâche honorable, je répondis par mon arrivée.Mais, quand je fus auprès de lui, quand il exhiba ses plans personnels, me décrivant avec amour dans ses moindres détails ce mélange inouï de tous les styles et de tous les âges qu'il avait la prétention de me faire édifier, tout mon sérieux professionnel ne put m'empêcher de rire.Il y avait de tout dans son château, des cintres mauresques et des croisillons Renaissance, sans préjudice d'un peu de style Louis XVI, Empire, etc., etc.!.C était, je pense, le résumé de ce qui lui avait plu dans toutes les propriétés du pays, et c'était assurément le dernier mot du burlesque.J'essayai, bien en vain, de lui faire entendre raison et de lui montrer l'harmonie comme le premier mérite d'une construction quelconque.Mais, bah! il était buté à son idée, et j'aurais mieux aimé avoir affaire à dix propriétaires de la banlieue et à leurs rocailles tradition- IH'llrs ! De mon côté, j'étais, bien entendu, tout aussi décidé à maintenir les droits du bon sens, de sorte que, après une discussion de deux heures, remplie par des raisonnements et des réponses à dérouter Minerve elle-même, je fis la seule chose qui me restait à faire, et je repris le train de Paris.Les offres étaient bien tentantes, cependant! Et vous allez me dire que ce n'est pas ainsi qu'on devient riche.C'est possible; mais comme, Dieu merci! ma fortune actuelle me rend indépendant.][ai le droit de ne pas me plier à de si ridicules caprices! Et puis, que voulez-vous, je puis être un jour un Philibert Delormo, et je m'applique sagement, dès aujourd'hui, à ne pas signer ce dont je rougirais alors.D'ailleurs, tout cela n'est qu'un simple prologue; arrivons donc au fait! Après avoir quitté mon éleveur à deux heures et son excellente voiture à trois, juste à temps pour sauter dans le train, je m'étais accoté dans mon coin, et, tout a fumant, je songeais à la discussion "ouffonne que je venais de soutenir, quand la voix d'un employé annonça de cette façon inintelligible qui leur est propre: "B.! cinq minutes d'arrêt!" Puis, presque en même temps, avant même que le train fût tout à fait stationnaire, j'entendis une voix qui criait : —Par ici! ma tante, par ici! vous serez seule.Et une tête de collégien s'encadra dans ma portière brusquement ouverte.Puis, du même élan, comme une balle qu'on renvoie, il recula avec une grimace expressive de désappointement, causée sans doute par la vue de l'audacieux peuplant cette solitude qu'il recherchait pour ma "tante".Mais comme tout un groupe attiré nar ses cris était maintenant massé derrière lui, il ne put que descendre et expliquer sa méprise d'une voix qu'il cherchait à faire basse, mais dont la précipitation haussait le ton et envoyait jusqu'à moi des lambeaux de phrases: —Presque seule enfin!.l'air très bien.pas de cigare!.chercher encore, d'ailleurs! Mon avocat, car il cherchait visiblement à excuser ma présence là, m'amusait très fort par son ardeur, et peut-être aussi, qui sait ?tant l'amour-propre humain est vite éveillé, par sa flatteuse opinion de mes mérites.A vrai dire, elle était conçue avec légèreté, car j'avais précisément un excellent cigare à la main; mais elle m'avait disposé aux concessions, de sorte que.au lieu de prendre l'air rogue et offensé de tout voyageur qui voit envahir son wagon, je lançai au loin le corps du délit et j'attendis d'un air détaché ce qu'on allait décider.L'incident était puéril, et cependant je sentais mon creur battre.Qu'était-ce donc, sinon ce pressentiment de l'homme qui va se trouver en face de sa destinée?Quoi qu'il en soit, mon attente ne fut pas longue.Une petite femme déjà âgée, mais l'air vif et alerte, avec des yeux d'une bonté attirante et de grands bandeaux blancs tranchant sous son chapeau, s'avança, en disant à haute voix: —Non, non.enfant, c'est bon; pourquoi chercher ailleurs ?Voilà plus de place qu'il ne m'en faut.Et puis, ajouta-t-elle en parlant plus bas, "puisqu'il est si bien!" C'était répondre sans détours à la façon discrète dont son neveu lui avait fourni ses renseignements, et cette publicité lui parut si compromettante qu'il passa aussitôt à l'arrière-plan.En même temps, ma future compagne de route s'installait à sa place, démasquant ainsi la petite société réunie sur le quai.Ma curiosité de voyageur désœuvré ne l'aurait pas signalée à mon attention, que la jeune fille qui.en formait le centre aurait suffi à me la faire remarquer au milieu de n'importe quelle préoccupation.Ah! que n'avez-vous pu la voir comme je la revois encore dans ma pensée.Grande, élancée, elle était d'une grâce indescriptible qui frappait avant tout autre chose, si bien qu'on ne remarquait pas d'abord sa royale beauté, tant on était séduit par chacun de ses mouvements et involontairement occupé à les suivre.Telle qu'elle était là, devant moi, sans que je pusse même, de ma place, arrêter la couleur de ses cheveux, cachés par un grand chapeau, celle de ses yeux, ni le détail de ses traits, elle m'a fait ressentir du premier coup une impression d'une telle vivacité que tout le reste disparut pour moi.Je me rendais compte vaguement que cinq ou six personnes étaient autour d'elle, mais sans même songer à les regarder; la conversation, qui avait repris, m'arrivait sans aucun sens, et je n'ai jamais rien éprouvé, à aucune époque de ma 'vie, qui ressemblât autant à un enchantement.Si j'étais la victime d'un charme, ce fut la voix même de celle qui m'en avait enveloppé qui le rompit, ou qui lui donna du moins un caractère moins vif d'hébétement.Montée sur le marchepied, elle parlait à la voyageuse d'une voix jeune, fraîche, et dont le timbre pur répondait au reste de sa personne et me pénétrait comme la plus délicieuse des musiques.En est-il d'ailleurs qui égale celle d'une voix humaine vraiment belle?.Je ne sais si vous êtes de mon avis, marraine, mais s'il est une désillusion choquante entre toutes, c'est, à mon avis, celle qu'on éprouve en entendant sortir d'une jolie bouche une voix désagréable ou un vilain accent.C'est à peu près la sensation que j'éprouverais en respirant une rose et en m'aperce-vant tout à coup qu'elle a une odeur désagréable.Ici, rien de pareil.Dieu merci! Et pendant que cette grâce nouvelle dissipait mon premier saisissement, je concentrais dans mes yeux toute ma puissance d'attention et même d'intelligence pour mieux regarder et mieux voir cette délicieuse créature.Vêtue d'une de ces robes en étoffe légère, semée de fleurs, que la mode a eu l'heureuse idée de remettre en honneur, un gros bouquet passé à la diable dans sa ceinture, elle semblait une vivante incarnation de la jeunesse et delà simplicité.Elle avait jeté sur la banquette la grande ombrelle rouge qui l'inondait tout à l'heure d'un rayon pourpre.Animée, un peu émue, elle était tout à la préoccupation des adieux, et c'est à peine si votre pauvre filleul avait eu un regard de curiosité.En bonne justice, je ne pouvais pas prétendre à plus de sa part, et.cependant, je trouvais choquant, pensant tant à elle, de ne pas l'intéresser plus que n'aurait fait une valise posée à ma place.Cependant, nos cinq minutes d'arrêt touchaient à leur fin; retardées par l'embarquement d'un gracieux troupeau d'animaux domestiques dont les grognements déchirants arrivaient jusqu'à nous, elles allaient finir.Machinalement, je répétais en moi-même: "S'ils pouvaient se sauver!." Mais, hélas! les plus récalcitrants devaient être matés, car les portières battaient une à une, et, à côté de moi.ta (3) 34 LA REVUE MODERNE 15 mars 1921.recommandations et les mots affectueux se précipitaient: ;—Soigne-toi bien!.Une dépêche ce soir, n'est-ce pas?.Amitiés à Nanon, ma tante.Ah! c'est vraiment trop court un mois!.Adieu.adieu! Et, les uns après les autres, chacun montait et donnait un dernier baiser à celle qui partait.C'était touchant comme tout ce qui est sincère et parfaitement naturel, et ce groupe de famille, passant ainsi devant moi avec son émotion qu'il ne songeait pas à cacher, était vraiment patriarcal! La dernière, la jeune fille entoura la voyageuse de ses bras, et, comme une enfant, avec des larmes au bord des cils et un sourire sur les lèvres, elle lui fit sa caresse d'adieu.C'était fini, elle descendait!.Malgré moi, malgré la folie de cette impression, une vraie amertume me serra le cœur, et un mouvement irraisonné me poussa presque en avant pour lui dire adieu, moi aussi!.Un moment encore, sa tête souriante et celle du collégien parurent à la portière, puis le train s'ébranla; ils sautèrent à terre, et la vieille dame se pencha pour agiter son mouchoir, privilège que je lui enviais! Au même instant, mes yeux tombèrent sur la banquette.L'ombreUe était là, oubliée.Je me levai, la saisis, et, m'appro-chant : —L'ombrelle, madame, l'ombrelle! dis-je avec agitation! Elle se retourna, inquiète, comme quelqu'un qui a subitement affaire à un fou.mais elle vit bientôt ce que c'était, et, me la prenant des mains vivement, elle se pencha de nouveau, en l'agitant comme un drapeau de garde-barrière.—Marguerite, cria-t-elle, ton ombrelle! Ma qualité de sauveteur me donnait le droit de m'intéresser à la suite de l'aventure; j'avançai donc aussi la tête, et, outre le plaisir de revoir de loin Mlle Marguerite, dans l'intimité de laquelle il me semblait que je venais de faire un pas immense, j'eus la bonne fortune de jouir d'un steeple-chase, vraiment remarquable, entre le collégien et notre train, encore peu lancé, heureusement! L'ombrelle vola des mains de la tante dans celles du neveu, qui la reçut avec une adresse de jeune clown et un air d'orgueil bien excusable; puis, la machine accélérant son mouvement, toutes les têtes qui avaient paru aux portières rentrèrent à leur place.Je regagnais discrètement la mienne, avec la sensation d'un homme qui a beaucoup vécu en peu d'instants, quand quelques mots aimables de ma voisine m'arrêtèrent.J'y répondis de mon mieux, poussé par un intérêt peut-être un peu.de reflet, mais avec un respect qui lui était tout personnel, car elle avait une vraie distinction, et, après quelques passes courtoises, comme elle ne semblait pas d'humeur à établir une conversation suivie, je me renfonçai définitivement dans mon coin.Là, je vous laisse à imaginer quelle allure désordonnée prirent mes pensées.Je revoyais incessamment cette charmante créature, cette taille svelte, ces grands yeux, cet éclat éblouissant qui suffirait à embellir des traits ordinaires.et je sentais de ces picotements qu'on éprouve quand on a fixé trop longtemps le soleil.Mentalement, je la comparais à toute les femmes que j'ai vues.Toutes pâlissaient à côté d'elle!.et quand la belle Mme.Mae-Leed, avec qui j'ai conduit un si brillant cotillon dernièrement, arriva à son tour, que voulez-vous ?positivement, j'eus pitié d'elle! Je revoyais ce doigt de rouge et ce nuage de poudre de riz qui m'avaient semblé piquants alors, grossis comme par une loupe.devenus monstrueux, la défigurant! Et, à côté, ma jeune inconnue avec sa peau satinée, qui pâlissait les églantines attachées à son corsage; et c'est encore à elle que demeurait le charme suprême.Puis, j'étais heureux de penser qu'elle s'appelait Marguerite; ce nom de fleur, immortalisé par tant de légendes poétiques, me semblait fait exprès pour elle avec sa signification persane de "Perle de lumière!" Cependant, le train courait toujours, et nous nous étions arrêtés plusieurs fois sans que la charmante scène passée se reproduisît nulle part! A deux reprises différentes, j'avais eu la bonne fortune de rendre de légers services à ma voisine.D'abord, sa glace ne pouvait ni se lever ni se baisser, et vous jugez si je lui prêtai avec plaisir le secours de ma vigueur! Ensuite, ce fut le filet qu'elle atteignait à peine.C'était peu, si vous voulez; mais, quelle grâce et quel respect je sus mettre dans chacune de mes phrases, dans le moindre de mes mouvements! Ces circonstances me parurent précieuses, et je songeais déjà à toutes les attentions délicates dont je pourrais l'entourer dans la cohue de l'arrivée.Evidemment, dans sa première lettre, elle dirait quelques mots de ce jeune homme, vraiment si courtois; et Mlle Marguerite verrait combien son indifférence à mon égard avait été frivole.quand, brusquement, sans préparation, le train s'arrêta et ma vieille dame descendit.Mon espoir me manquait.J'eus néanmoins le temps, en la voyant rassembler ses paquets, d'ouvrir la portière, de sauter à terre et de la faire descendre avec les mêmes précautions que si elle eût été en verre filé; mais après, ce fut tout! Deux vieux domestiques, dont Nanon, je pense, l'attendaient et l'entourèrent immédiatement d'un air joyeux.La femme lui jeta une sorte de grand manteau sur les épaules, l'homme s'empara de tous ses menus bagages, et, dès qu'elle m'eut remercié d'une façon charmante en faisant allusion "aux rares représentants de la politesse d'autrefois", elle disparut dans la gare et le train repartit, m'emportant seul de nouveau et tout à fait déconcertél Songez donc, marraine: elle à Paris, je savais qui était ma jeune fille.Elle m'aurait certainement permis de la mettre en voiture, et, quand j'aurais connu son nom et son adresse, il se serait bien trouvé quelqu'un pour me renseigner!.tandis que, maintenant, le néant! Tout cela vous semble excessif, et vous riez peut-être; mais je l'éprouvais si vivement! "Voyons, me disais-je, je ne suis pas amoureux; on ne s'éprend pas d'une jeune fille qu'on voit de loin pendant cinq minutes, qu'on entend dire quelques mots insignifiants et qu'on est parfaitement sûr de né retrouver jamais.c'est absurde!.Je sais bien cependant qu'il existe quelque chose qu'on appelle le coup de foudre et dont la description répond assez à mon cas; mais cela se voit-il ailleurs que dans les romans ?" Non, certainement, et demain je n'y penserai plus.Puis, deux minutes après, je me surprenais en flagrant délit d'admiration rétrospective.Si ce n'était pas encore de l'amour, c'était du moins une bien forte préoccupation, n'est-il pas vrai ?Sur ces entrefaites, j'arrivai à Paris; je dînai seul chez moi, craignant de faire perdre sa fleur à ma rêverie en la promenant dans la banalité d'un restautant, et, après avoir passé ma soirée à esquisser une foule de silhouettes qui ressemblaient toutes à un même type, comme je m'en aperçus à la fin, je m'endormis.Inutile de vous dire, n'est-ce pas, que mon sommeil fut hanté! Seulement, à ma grande confusion, celui de mes souvenirs qui domina fut celui de petits animaux roses à queue frisée! Des hommes d'équipe cherchaient vainement à les enfermer dans des fourgons.Pour un qu'on faisait entrer, il en surgissait dix; et ils couraient, criaient, s'affolaient à faire perdre la tête.Je m'en mêlais à mon tour résolument, les poussant avec conviction, sans pitié pour leurs cris.Ils se multipliaient de plus belle, se faufilaient LA SOCIÉTÉ D'ADMINISTRATION GÉNÉRALE, 1 ™l*S£SS Capital souscrit: $500,000.Reserve et Profits non distribués: $164,594.79.Fonds administrés: $9,719,217.20 Administration de Successions de Fidéi-commis de Fortunes Privées Téléphonez ou écrivez pour renseignements.Syndic autorisé du Gouvernement Fédéral pour les liquidations et faillites.VOUTES DE SÛRETÉ - DIRECTION : ASSURANCES: Incendie, Bris de glaces, Automobiles, etc.MARTIAL CHEVALIER, Directeur Général.J.-THEO.LECLERC, Secrétaire. 15 mars 1921.LA REVUE MODERNE 35 r ntre mes pieds; enfin c'était une lutte homérique et qui se serait peut-être .erminée sans gloire pour moi, si je ne m'étais éveillé à ce moment, en nage et ¦puisé de fatigue.Ma jolie vision veillait à mon chevet, et ce fut ma première pensée."Décidément, me dis-je, c'est une obsession!" et, la traitant comme telle, je fis de mon mieux pour l'écarter.Je passai huit jours ainsi, au lieu de me calmer, de plus en plus préoccupé, et commençant à m'impatienter de retrouver toujours devant mes yeux ce sourire et cette grâce souveraine dont je me sentais si loin! Quant à ma rencontre avec Mlle Hormès, vous supposez bien que rien n'était plus loin de ma pensée! Mais votre amie, Mme Termier, qui s'étonnait fort de ne pas m'avoir vu à la veille de la bataille, m'envoya un petit billet impérieux qui m'enjoignait de venir dîner avec elle le soir même, et qui était rempli d'allusions matrimoniales.Brusquement rappelé sur terre et fort peu satisfait de la manière dont on m'y faisait redescendre, je fus tenté de lui répondre que je ne pouvais pas aller chez elle, et que j'avais renoncé, pour des raisons nouvelles, à toutes prétentions sur Mlle Hormès.Mais je pensai à vous, à votre désir d'avoir de nouveaux filleuls et à l'ardeur que vous aviez mise à me moraliser sur ce sujet.Par-dessus tout, je me dis que cette entrevue allait être la pierre de touche de ma préoccupation actuelle et me servir au mieux de thermomètre moral.Je répondis donc affirmativement et, à sept heures, j'étais chez Mme Termier.Vous connaissez son impétueuse animation, et vous pouvez aisément vous figurer ce qu'il me fallut subir de reproches sur ma négligence, mon indifférence et ce qu'elle appelait "mon oubli apparent", qui était au fond mon oubli si réel! —Ma parole, me disait-elle avec impatience, vous allez au-devant de votre destinée plus insouciamment que chez votre tailleur! Je fus sur le point de lui dire franchement que oui, que fort souvent la perspective d'un habit manqué m'avait rendu plus perplexe, et de lui confier enfin le secret de ma froideur; mais le souvenir de sa proverbiale ironie m'arrêta et je gardai mon rêve pour moi, et pour vous, marraine, mon antre moi-même! Tout fut donc convenu.Elle me parla sans trêve de Mlle Hormès, me chapitra sur l'attitude la meilleure à prendre, s'informa de mes ressources de toilette, et me donna son avis sur ce que je devais mettre avec la gravité d'un juge.A dix heures, au moment où je prenais congé, elle m'approcha d'elle, et, me frappant le front du bout du doigt: —Et là, me dit-elle, et là, — indiquant cette fois la place généralement attribuée au cœur.— il n'y a rien?Je répondis négativement, bien entendu.Et de fait, après cette conversation si positive, mon joli souvenir me paraissait ii ne simple folie.Nous nous séparâmes, elle, me criant: —Au Luxembourg, demain, à deux ! ures moins un quart.Et surtout soyez 1 act! Ces dames se sont annoncées pour deux heures! Jusqu'au lendemain, Mlle Hormès fit tous les frais de mes pensées, et j'arrivai au musée dans de bonnes dispositions et avec tous les raffinements d'élégance que comporte la laideur absolue du costume masculin à notre époque.II Assurément, la circonstance était solennelle, et, jusqu'à ce moment, je m'en étais senti pénétré comme il convenait; mais, dès que je fus là, ce fut plus fort que moi, le comique de la situation me saisit en plein.Et quand je me vis dans ce musée banal, au milieu de ce public du dimanche, venant choisir ma femme, il me prit une folle envie de rire! Mme Termier m'attendait, nerveuse, agitée, froissant un catalogue qu'elle avait pris par contenance, et au fond ravie comme dès qu'elle s'occupe de mariage.—Arrivez donc! me cria-t-elle du plus loin qu'elle m'aperçut.Je tremblais que ces dames ne fussent là avant vous! Je m'approchai, montre en main, pour me justifier, toujours luttant contre mon intempestive gaieté, et je lui demandai si nous avions un lieu convenu pour nous retrouver, ou si on se fiait au seul hasard ?Choisirions-nous Les Derniers jours d'un Condamné, qui seraient d'un à-propos si saisissant, ou un bon Intérieur hollandais, qui nous ferait rêver d'avenir?—Mais, mon Dieu! Jean, me dit-elle, un peu fâchée, ne sauriez-vous être sérieux un seul instant?Vous savez cependant.Ah! voici ces dames, ajouta-t-elle en s'in-terrompant brusquement; puis, baissant la voix: —N'oubliez pas, vous avez eu l'amabilité de me donner votre bras pour aller à la découverte, dans ce musée, qu'à ma honte je ne connaissais pas! Rencontre tout à fait imprévue.la jeune fille ne sait nen!."Rien, pensais-je en moi-même; eh bien, si elle ne l'a pas deviné dans dix minutes, j'augure mal de sa finesse d'esprit".Pendant ce temps, Mme Termier, avec un air détaché et candide que lui aurait envié un chérubin, donnait son intérêt à la Prière de la Madone, de Bouguereau.Moins expert en dissimulation, je n'avais rien trouvé de plus naturel que de fixer obstinément le parquet, quand la rencontre eut lieu.—Eh! chère amie, s'écria tout à coup Mme Hormès, est-ce bien vous vraiment ?Rencontrer quelqu'un au musée du Luxembourg, un dimanche! Et nous qui croyions être les seules à avoir l'idée d'y venir! C'est vraiment unique! —Vous ici, répliqua ma protectrice d'un ton d'étonnement si absolu, et en laissant tomber son lorgnon avec un mouvement de surprise si bien joué, que je fus au moment de me pincer le bras pour m'assurer que je ne dormais pas.Et cette chère enfant., mais quelle bonne fortune pour moi! Figurez-vous que, honteuse de ne pas connaître à mon âge les merveilles de Paris, j'ai juré de me mettre en campagne aujourd'hui même, et j'ai pris, pour ma première étape, le bras d'un aimable garçon, qui a voulu accepter la corvée de guider une vieille femme au milieu de ces merveilles.H est, d'ailleurs, à sa place en parlant de choses d'art, car c'est un jeune architecte du plus réel talent.—N'écoutez pas, vous, me dit-elle gaiement en se tournant vers moi, ou plutôt puisque c'est fini, venez, que je vous présente à ces dames: "Monsieur Jean d'Arey".Je m'inclinai profondément, et, pendant que Mme Hormès édifiait son petit mensonge avec la même aisance et le même bonheur que votre amie, je m'écartai un peu, bien décidé à laisser faire tous les frais de la conversation par ces dames.J'entendais vaguement: —Le désœuvrement d'un long dimanche.Nous non plus ne connaissions rien d'ici, et Marguerite a voulu voir.Marguerite!.J'avais oublié que Mlle Hormès s'appelait ainsi! Instantanément, à ce nom, comme un flot qui monte, toute la petite scène du wagon se retraça à mes yeux.Cette famille si touchante dans son union, cette jeune fille simple et charmante, faisaient avec ce qui m'entoujfait un si grand contraste que ce souvenir reprit aussitôt toute sa force sur mon esprit.Ce qui m'avait fait rire d'abord dans cette présentation m'attristait maintenant ; ces faussetés qu'on débitait autour de moi me semblaient encore plus choquantes qu'elles ne l'étaient réellement.Mlle Hormès, dans son aisance de femme du monde, me paraissait outrecuidante et toutes ces choses convenues m'irritaient.Je me mettais à envier ces ouvriers et ces petits marchands endimanchés, avec leurs réflexions naïves et leur bonne gaieté; eux au moins montraient franchement pourquoi ils étaient là.Nous passions et repassions dans ces grandes salles, dont les tableaux nous fournissaient des remarques pleines d'imprévu et d'originalité.Quant à l'ignorance de Mlle Hormès, j'étais fixé; elle m'avait analysée d'un coup d'œil rapide, mais sûr, qui m'en avait dit long! J'avais fait de même, à la vérité, Usant également de mon droit, mais de plus en plus ma pensée UN GRAND POINT D'ELEGANCE C'EST D'ÊTRE BIEN CHAUSSÉ Notre assortiment de Chaussures est de grand chic, comme toujours de 1ère qualité.Mesdames, messieurs, vous êtes cordialement invités à venir faire votre choix.THOMAS DUSSAULT Limitée 281 Est, S.-Catherine .Montréal 36 LA REVUE MODERNE 15 mars 1921 retournait vers l'autre Marguerite.En face de cette scène préparée, réglée d'avance où chacun de nous jouait un rôle, sans même avoir l'honnêteté de l'avouer, le charme et l'imprévu de cette rencontre, qui m'avait tant fait rêver, se doublaient pour moi.Tout dans le bleu, là-bas, jusqu'au nom de l'héroïne; tout ici calculé, chiffré, depuis la dot et les espérances de Mlle Hormès, jusqu'à mes gains annuels, mes revenus, mes relations mondaines et mes souvenirs de famille, jusqu'aux généreuses intentions de ma chère marraine!.On lui avait dit que j'étais grand et brun, c'était exact; elle pouvait le vérifier.Moi, je savais qu'elle était moyenne, brune aussi et d'une beauté méridionale.Tout était bien là au complet, comme des marchandises étalées sur une table.Nous n'avions plus qu'à nous voir encore trois ou quatre fois, dans différents musées, avec le même naturel et le même charme; puis, si "l'affaire" si sagement commencée continuait à bien marcher, dans quinze jours je serais admis à lui apporter sa bague.Je passerais un contrat avec un fleuriste; tous les jours, il lui adresserait en mon nom un bouquet, ayant autant de cachet personnel que tout ce que nous aurions déjà échangé, et, six semaines après, nous serions mari et femme.C'est peut-être un anachronisme que ma manière de voir, comme vous me le dites parfois, d'ailleurs; mais, que voulez-vous, j'ai de l'idéal et de la poésie plein le coeur et plein la tête, et penser qu'un des souvenirs que je voudrais garder parmi les plu dorés de mon existence serait celui de ce dimanche bête!.Non, mille fois non!.Je ne demande pas une idylle impossible, mais quelque chose enfin où le sentiment ait sa place, si petite qu'elle soit.Tenez, si Mlle Hormès avait seulement rougi une fois, je l'en aurais mieux aimée; j'aurais vu, au moins, l'émotion de la timidité dans ce cœur de jeune fille! Mais non, rien, sûre d'elle! C'est donc sa dixième entrevue, pour montrer un tel sang-froid, que j'avais l'air d'un écolier à côté d'elle ?.Je suis toujours poli avec les femmes, vous le savez; ce qui grondait en moi ne se trahissait donc que par une pointe de raideur, mais c'en était assez pour la finesse de Mme Termier, et dès que j'eus mis ses amies en voiture et que nous fûmes seuls de nouveau: —Alors, me dit-elle à brûle-pour-point, elle ne vous plaît pas?Peste, mon cher monsieur, vous êtes difficile! Une dot princière, des espérances aussi sûres que des réalités ; avec ' cela, une excellente éducation, des yeux superbes et une taille charmante.Que vous faut-il enfin?est-ce une infante?—Croyez bien, madame, répondis-je un peu fâché à mon tour, que je ne monte pas si haut dans mes rêves.Je prétends seulement, et j'espère qu'en cela vous me comprendrez, que la femme que je dois épouser ne me déplaise pas absolument, à première vue; or c'est le cas de Mlle Hormès.—Mais enfin, que lui reprochez-vous ?reprit-elle avec impatience.Non, voyons, ne nous fâchons pas; ce n'est assurément pas votre dernier mot; je ne veux pas vous presser trop; demain, après-demain, venez me trouver, et nous causerons posément et sans passion.—Excusez-moi d'insister maintenant, madame; mais il n'y a rien qui me déplaise davantage que les situations mal définies; et c'est bien mon dernier mot que je vous dis là.Votre jeune amie est charmante, j'en suis persuadé, et je vous suis infiniment reconnaissant de m'avoir jugé digne de faire son bonheur.Sans doute, je ne suis point mûr pour le mariage, comme le montre cette épreuve, et je n'ai plus qu'à remettre entre vos mains le soin de trouver pour ces dames la meilleure défaite possible.Je suis confus de vous causer cet ennui, mais avec votre tact et votre esprit, vous ne sauriez rester longtemps embarrasée.Du reste, faites-moi aussi noir et aussi fou que vous voudrez; dites que je suis en traitement pour une morsure douteuse chez M.Pasteur, que je rêve de la Trappe., ce qu'il vous plaira enfin, pourvu qu'il soit bien convenu que je me reconnais absolument indigne de Mlle Hormès.—Oui, oui, dit^elle à demi-voix, toujours un peu fâchée, vous croyez tout arranger en me faisant un compliment.Du tact, de l'esprit, n'est-ce pas, et vous pensez que, même avec cela, il est commode de dire à une jeune fille qu'on la refuse?.Mais, d'ailleurs, j'aurais dû m'attendre à ce qui arrive, car vous êtes le plus grand fou et le plus grand rêveur que je connaisse, et, si votre coeur ne se mettait pas du premier coup à battre comme une horloge devant la femme qu'on vous destine, vous deviez naturellement vous figurer qu'il est malhonnête d'aller plus loin.—Mon Dieu, oui, madame, malhonnête un peu, c'est vrai, et malheureux beaucoup, et cela pour elle comme pour moi, croyez-le bien.Quant à la froisser, vous êtes tranquille, puisque sa mère a eu le bon goût de ne lui rien dire f je ne pus me refuser le plaisir de lancer cette malice d'un air candide), et si vous dites à Mme Hormès que sa fille est trop belle pour moi.qui suis à la fois un peu envieux et très jaloux, tout le monde sera content., si toutefois vous poussez la bonté jusqu'à ne pas demeurer fâchée contre moi, qui me mets à vos pieds pom obtenir ma grâce.Ce discours était savant, et j'avoue qui j'en attendais les meilleurs effets.—Allez, me dit-elle, tout cela est peul être fort joli; mais pour moi, je n'y min prends rien, et je fais ici le serment solennel de ne plus jamais m'occuper d'un garçon de votre trempe! "Maintenant, me voici chez moi; adieu sans trop de rancune, quoique vous manquiez une bien belle occasion.Je ne vous invite pas à dîner avec moi, car je ne saurais m'empêcher de vous moraliser, et cela vous rendrait amères toutes les bonnes choses que j'avais commandées pour vous.Non, non, ne protestez pas, je le sais, et, d'ailleurs j'ai besoin de toute ma liberté d'esprit pour rédiger le gentil billet dont vous (ni chargez.A présent, je ne vous souhaite plus qu'une chose, c'est une bonne gron-derie de votre marraine; d'elle, au moins, cela vous touchera! Puis, vivement, sans me tendre la main, avant de me laisser le loisir de trouver un dernier mot d'excuse, elle disparut dans la maison.Elle est fâchée, c'est certain, si injuste que cela soit, et j'en restai tout sot pendant longtemps.Mais, vraiment, n'est-il pas étrange qu'il suffise de n'être pas de l'avis de quelqu'un pour le blesser immédiatement?Mme Termier, sans que ni vous ni moi ne pensions à pareille chose, nous entraîne dans cette affaire: elle vous fanatise, me convainc à moitié; et parce qu'ensuite tout ne marche pas comme elle l'avait décidé, la voilà qui m'en veut beaucoup et qui vous en veut un peu à vous aussi, soyez-en sûre! C'est très humain, à la vérité, mais fort désagréable à éprouver.Je rentrai donc chez moi, assez ennnuyé de tout cela; non pas que je regrettasse en rien ma prompte décision, mais à cause de ce qui en résultait, et j'achevais tristement ma journée, quand l'idée me vint d'aller passer une heure au Bois pour secouer ma mélancolie.Je descendis en plein fourré, et c'est là, marraine, que je fis moi-même le premier nœud de ma destinée.Un ravissant clair de lune illuminait tout le Bois.Avec la magie propre à sa lueur, il faisait de ce jardin parisien le plus charmant coin de nature vraie.Les barrières ne se voyaient plus, les lacs, mi-partie sombres, avaient l'air d'eaux dormantes au fond d'un parc, le sol battu des grandes allées se déroulait à perte de vue d'un blanc deneige.avec les ombres îles grands arbres nettement dessinées qui se profilaient de distance en distance.9 a m à 5 heures p.m.7 À 8 heure* p.m.Or.ARTHUR BEAUCHAMP CHIRURGIEN-DENTISTE 174 RUE S.-DENIS Appartement A Tél.Bell Est 3549 " MIMEOGRAPH " Machine rotatoire à copier.Mécanisme parfait.Simple économique, pratique.Capacité: plus de 100 copies â la minute.JOSEPH FORTIER, Limitée FABRICANTS PAPETIERS 210 rue Notre-Dame Ouest Angle de la rue S.-Pierre - MONTREAL Alfred St-Cyr Jos.Hurtubise Maison fondée en 1860 Tél.MAIN 1287 Hurtubise & Saint-Cyr Courtiers d'Assurance» Feu, Vie, Accidents, Bris de Vitre (plate glass) Automobile et Garantie Patronale, Etc.Agents Financiers, Emprunts négociés.Administration de successions Agents Royal Insurance Co.Limitée Représentants des Révdes Soeurs Grises.BUREAU : EDIFICE DE L'ASSURANCE ROYALE PLACE D'ARMES 15 mars 1921.LA REVUE MODERNE 37 A peine si, par moment, un roulement de voiture venait rompre le charme, et, m s'enfonçant un peu dans les petits chemins, c'était L'absolue solitude.Vous dirai-je ee que vous devinez sans doute?.Au milieu de toute cette poésie, 1rs goûts romanesques qui sommeillent en moi surgirent tous h la fois, me firent, je ne sais comment, m'avouer à moi-même que je pensais plus que jamais à la jolie Marguerite de la station de B., et que l'étais si prés d'en être amoureux que cela m' valait plus la peine de dire non.Dans ces conditions-là, me dirent me* diables roses, le mieux est évidemment • le la retrouver, de la connaître, et si, comme il y a lieu do l'espérer, "le ramage ressemble au plumage", de me faire aimer d'elle et de l'épouser, après avoir demandé à ma marraine sa plus tendre bénédiction; puis, alors, de rendre ma femme si heureuse, que de cette aventure commencée sous la naieté d'un beau soleil, définitivement engagée par un mystérieux clair de lune, on puisse faire plus tard un vrai conte de fées.C'était juré, je partirais le lendemain, et, désormais, mon but unique serait de retrouver ma future compagne.Je rentrai à pied d'un pas leste, malgré la distance et malgré les signes engageants des cochers.; mais, grand Dieu! mettre dans ma confidence les coussins râpés d'un fiacre! C'était bien assez de penser que la lune, que j'avais invoquée si légèrement tout à l'heure, lisait maintenant dans mes pensées à livre ouvert! J'ai passé ma nuit à vous écrire tout ceci, voici le jour qui point, mon volume touche à sa fin, et la plus importante de mes affaires est ainsi réglée.Vous êtes, comme toujours, aussi au courant de mon coeur que moi-même, et vous n'allez pas trop me gronder, n'est-ce pas ?Pour un homme qui court après l'idéal dans notre siècle, songez donc! il y en a tant pour lui faire contrepoids.Je ne laisse pas l'ombre d'un créancier derrière moi, et, si quelque rival jaloux me plonge son poignard dans le cœur, je mourrai sans remords.Je ne fais pas non plus une trop grande folie en mettant la clef sous ma porte, car je ne néglige pas d'affaires importantes, et je n'ai plus qu'une inquiétude au monde, c'est de bien conduire ma campagne.Qui sont ces gens?S'ils n'habitent pas la ville, comment les connaître et sous quels auspices enfin me présenter chez eux ?Me faudra-t-il, comme Blondel cherchant son roi, courir de cas tel en castel, pour retrouver ma Dame?Puis, comment se conduit-on en province ?Que dira-t-on là-bas de mes vêtements actuels?La mode y est-elle en retard de deux ou quatre ans ?Dois-je me procurer un habit long ou court?A quelle largeur de bord en est-on pour les chapeaux ?Vous comprenez que je ne veux blesser aucune susceptibilité chez ces braves gens! Qui m'apprendra le nain jaune et le tarot ?Qui me dira quelle littérature on lit là-bas ?Pensez-vous qu'ils en soient déjà à Balzac ?Songez donc que je n'ai jamais mis les pieds hors de Paris et que je ne connnais la province que par ses cancans légendaires, et par ce qu'on en dit dans les romans.Ajoutez à cela mon type normand qui est, il faut bien l'avouer, un échantillon réussi du genre.Je ne dois parler, n'est-ce pas.ni politique, ni religion, ni théâtre, ni valse, ni.etc.Quant aux jeunes filles, bien entendu, il ne faut les regarder qu'à distance, et, si je n'avais pas la certitude que ma charmante inconnue est tout autre, je me demanderais avec terreur comment je pourrais gagner son cœur! Ah! marraine, quel tourment pour un novice comme moi.et combien j'ai besoin de vos conseils! Envoyez-moi poste restante à B., outre vos encouragements, des lettres d'introduction pour tous les gens que vous ou vos amis pourrez connaître dans ce qui va être mon horizon désormais ! Heureusement que le hasard me donne une contenance toute naturelle là-bas.B.possède une vieille église du style gothique le plus pur.Elle est classée comme monument historique, et, vu ma qualité d'architecte, cela me donnera en quelque sorte droit de cité.Adieu donc, je vous quitte terriblement perplexe, et si préoccupé de bien jouer mon rôle, qu'il y a tout à parier que je détonnerai.Quand vous recevrez ceci, je serai sur les lieux, interrogeant, corrompant au besoin, car il faut tout prévoir, et j'ai bourré mes poches d'or!.Ma terreur suprême maintenant est une désillusion sur elle-même!.Mais non.c'est impossible! Mes yeux ont bien vu, mes oreilles bien entendu: c'est un ange! III A trois heures de l'après-midi de ce même lundi de juin, un grand jeune homme descendait du train de Paris à la station de B.Son billet à la main, l'air indécis, il cherchait si visiblement quelque chose, qu'un employé obUgeant s'approcha en lui disant: —La sortie, n'est-ce pas, monsieur ?par là-bas, à main droite, et la salle des bagages à gauche.—Ah! oui, la salle des bagages, répondit l'étranger; merci, mon ami, j'y vais.Mais au fait, puisque vous voilà, vous pourrez peut-être me donner un petit renseignement.—C'est tout à vot' service, monsieur! Et pendant ee temps le jeune homme se disait mentalement: Xon, faut-il n'avoir regardé qu'elle et ne pas pouvoir dire aujourd'hui même le nombre de ceux qui l'accompagnaient, c'est idiot Puis, tout haut, il reprit: —Voici ce que c'est: je suis passé ici en chemin de fer, tenez, il y a eu samedi huit jours, et, au moment où le train partait, j'ai été amusé par une petite scène que vous vous rappellerez sans doute.Une vieille dame a jeté fort adroitement de son wagon dans la main d'un jeune garçon une ombrelle oubliée par une personne qui restait ici.Est-ce quelqu'un de la ville, et le connaissez-vous ?Il a fait une fameuse course pour nous rattraper, et j'aurais plaisir à lui en faire comphment.Si cela peut vous aider, il faisait partie de toute une famille qui était venue accompagner une dame à la gare.L'entrée en matière était faible, à la vérité; mais Jean n'avait rien trouvé de mieux, et, d'ailleurs, soit naïveté réelle ou feinte, l'homme n'eut pas l'air d'y voir malice et répondit simplement: —Je n'étais pas de service samedi dernier sur la voie, monsieur, et on ne m'a rien dit de cela ; mais si vous vous adressiez à Martin, il doit savoir sûrement l'affaire.Au bout d'un instant, comme Martin demeurait introuvable et que d'ailleurs Jean se croyait obligé de protester que cela ne signifiait rien, n'avait pas d'importance., force lui fut de dégager sa malle et de chercher un gîte.Une demi-douzaine d'omnibus, rangés en cercle devant la porte, attendaient le choix des voyageurs.Vais-je me décider.c c APPAREIL CHAUFFANT L'EAU INSTANTANEMENT Suppression du réservoir.Suppression des allumettes.9 J ECONOMIE de gaz.de temps.DEMONSTRATION SUR DEMANDE DOMINION WELDING MFG.Tél.EST 4430 340, RUE AMHERST, MONTRÉAL 38 LA REVUE MODERNE 15 mars 192! se demandait Jean, pour la Couronne, la Pomme de Pin, ou le Cheval Blanc?Il y aura évidemment ces trois noms-là.Mais, à sa vive surprise, à part le Cheval-Blanc, dont l'enseigne se balançait sur la place même de la gare et indiquait plus une auberge qu'un hôtel, les noms étaient infiniment plus élégants: Hôtel du Petit-Louvre, de Paris, de Normandie, d'Amsterdam.Jean ouvrit de grands yeux; intimidé par ces splendeurs, il entra au buffet, et, s'adressant à une jeune femme assise au comptoir: —Madame, lui dit-il avec cette courtoisie parfaite qui était son cachet dis-tinctif, je suis étranger dans cette ville, et je vous serais fort reconnaissant si vous aviez l'obligeance de me donner un conseil.Quel est le meilleur hôtel d'ici, afin que je le choissise pour y descendre?—Oh! monsieur, c'est sans contredit l'hôtel d'Amsterdam, répondit la jeune femme visiblement flattée de sa confiance.En cela vous pouvez me croire, car ma mère est à B.depuis cinquante ans et connaît toute chose au juste, et je serais bien fière, monsieur, si dans d'autres circonstances je pouvais encore vous être utile.—Je suis loin de refuser, madame, repartit le jeune homme, et, quand je serai installé à l'hôtel d'Amsterdam, je viendrai, soyez-en certaine, user encore de votre complaisance.Et, la saluant aimablement, Jean alla livrer lui et sa malle aux garçons de l'hôtel choisi.En wagon, Jean s'était juré de mettre tous ses soins à ne se faire que des amis dans le pays, quel que fût leur rang et leur âge, et il commençait à ravir, comme on voit.Le lendemain et le surlendemain, il n'avait encore rien appris sur le sujet qui l'intéressait.Par une vraie fatalité, à la gare, où il était retourné sous le prétexte d'un paquet imaginaire à réclamer, personne n'avait pu le renseigner.La jeune femme du buffet elle-même n'avait rien pu voir, étant séparée du quai du départ par le train où se trouvait Jean huit jours avant.Outre l'histoire de l'ombrelle, son signalement était peu net: "une jeune fille en robe claire et un collégien"; la moitié des jeunes filles de la ville pouvaient réunir ces deux conditions; et encore il lui fallait faire attention de ne montrer pour tout cela qu'un intérêt banal.Il avait battu la ville en tous sens, hanté les promenades publiques et les églises sans rien voir de ce qu'il cherchait; et il était déjà triste et découragé, quand la lettre tant attendue se trouva enfin à la poste.C'était au moins un moyen d'action qui s'offrait à lui ; il était plus que probable que la famille qu'il cherchait serait connue dans une des maisons où il allait se présenter: peut-être même était-elle de celles-là! Le coeur battant à cette idée, car les difficultés survenues avaient naturellement surexcité encore son intérêt, Jean parcourut rapidement la lettre de sa marraine, puis les différentes adresses que portaient les enveloppes qui en tombèrent.Tous les affectueux conseils de mesure et de prudence qui lui arrivaient glissèrent c'est honteux à dire, comme l'eau coule sur ces grandes feuilles velues qu'on trouve souvent auprès des sources et qui semblent placées là tout exprès parce qu'elles ne sauraient se mouiller.Jean aimait tendrement sa marraine, mais quant à écouter actuellement autre chose que l'idée qui le poussait en avant, c'était ce qu'il ne fallait pas attendre de lui.En revanche, sa collection de lettres de recommandation et la petite note consacrée à chacune d'elles sur une feuille volante l'arrêtèrent davantage.Un notaire, un percepteur, un médecin, un commandant démissionnaire qui était venu, comme on dit familèrement, "planter ses choux" à B., tel était le cercle qu'on lui ouvrait.Tous mariés, comme le lui apprenaient ses notes: le médecin, jeune et père de deux bébés; le commandant, veuf et possédant de grands fils.Le percepteur et le notaire seuls, d'après la nomenclature de leur famille, pouvaient donc à la rigeur répondre à ce qu'il cherchait: "Desprez, Dubrègue." S'appelle-t-elle Desprez ou Dubrègue, se répétait le jeune homme en se préparant à sortir ?Voyons, par qui commencerai-je mes visites, et que dirai-je à tous ces gens?Au commandant, je ferai raconter ses campagnes: cela ira tout seul! Avec le percepteur nous parlerons administration; avec le notaire, paysans, ventes, etc.Je lui demanderai ce qu'il faut pour qu'un testament soit légal; nous en avons bien pour une heure.Le médecin.ah! le médecin, ce sera le plus embarrassant: s'il est discret, il ne dira rien de ses malades.Mais, au fait, j'oublie; ces messieurs seront à leurs affaires, et ce sont ces dames qui me recevront.Faut-il croire ma marraine et leur parler simplement comme à d'autres femmes?.Non, c'est son universelle bienveillance qui voit ainsi les choses, et je sais ce qu'on peut attendre d'une provinciale.Je ne peux pas encore faire ma partie dans les cancans, mais avec la lessive, les fruits, les confitures, quitte à m'y engluer un peu, je m'en tirerai avec honneur! Chez la femme du médecin, nous parlerons du petit dernier, et je veux perdre mon nom, si je ne les charme pas toutes.Sur ces modestes réflexions, Jean acheva de s'habiller.C'était une longue affaire que cette toilette, car avec la bizarre idée qu'il se faisait de tous ceux qu'il allait visiter, il craignait le cachet et l'élégance comme un autre eût craint la vulgarité.Toutes ses cravates lui paraissaient trop "genre", tous ses vêtements trop bien coupés, et il mit une heure à choisir, parmi ses gants, quelque chose qui ne fût ni de ces demi-teintes de bon goût pour une visite, ni de cette nuance rougeâtre enrichie de broderies qui sentait son Parisien d'une lieue, lui semblait-il.Après tant de peines, il restait distingué parce que c'était chez lui une qualité native; mais il est certain qu'il n'avait plus cet aspect que pas un mot classique ne traduit aussi bien que ce terme d'argot: "l'air chic".Puis, ses lettres en main, le cœur battant comme un solliciteur qui va faire antichambre chez un ministre, il partit d'un pas rapide.La première des maisons qu'il atteignit fut celle du docteur.C'était bien une maison de province, comme se le disait le jeune homme en regardant la façade.Haute de deux étages, elle était bâtie régulièrement en belles pierres de taille, entièrement grises alors; les fenêtres du rez-de chaussée étaient garnies de gros barreaux de fer largement renflés dans leur partie inférieure, et avec sa porte peinte en blanc s'ouvrant sur un perron de huit marches, soigneusement entretenu, elle avait un aspect vraiment confortable.A côté d'une chaîne également en fer, formée de baguettes reliées entre elles par des anneaux, et terminée par une grosse boucle, on voyait une plaque de cuivre sur laquelle était gravé: "Sonne/, pour le dobteur Maldant." Jean sonna, suivant ce conseil naïf, et même il le fit si vigoureusement que la cloche qu'il mit en branle, et qui devait être de taille à rendre envieuses bien des églises de village, produisit un véritable carillon.Presque aussitôt, il entendit le bruit d'une paire de sabots qui arrivaient à toute vitesse: la porte s'ouvrit et une grosse fille fraîche et réjouie s'effaça pour le laisser passer.—Le docteur Maldant?dit le jeune homme sans entrer.—Monsieur est sorti, mais si c'est pour un malade pressé, je peux.—Non, merci, répondit-il en souriant, ce n'est pour aucun malade, c'est pour moi.Et Mme Maldant est-elle chez elle et reçoit-elle ?—Voilà: la consultation de Monsieur est le lundi, le mercredi et le vendredi, de une heure à trois et le jour de Madame, le dimanche tout l'après-midi.Après ça, comme elle est au jardin, je peux toujours lui demander si elle veut vous recevoir.—Non, non, interrompit vivement le jeune homme, j'ignorais qu'elle eût un jour, je ne veux pas du tout la déranger, je reviendrai!.Mais, passant outre à ses protestations, la grosse bonne avait déjà disparu, toujours claquant ses sabots sur les dalles et laissant son interlocuteur assez embarrassé de sa personne.Elle revint au bout d'un instant en disant: —Entrez, monsieur, Madame vous attend au jardin.A son tour il traversa le vestibule, qui était de la taille d'un moyen appartement de Paris.Un large escalier de pierre à rampe de fer en occupait le milieu; la bonne qui le précédait passa à côté, et, ouvrant une petite porte, l'introduisit dans un jardin qui était au-même niveau que la rue, de sorte qu'il fallait descendre, pour y arriver, les mêmes huit marches qu'on avait montées pour entrer dans la maison.Seulement le jeune homme ne s'y attendait pas, et, passant de l'obscurité d'un étroit corridor à la clarté éblouissante du soleil, il manqua le premier degré et fit son entrée de cette façon éminemment comique qui n'est pas toutià fait une chute, mais qui consiste en une suite de faux pas, faits le corps penché, les bras étendus en avant, comme quand on cherche un point d'appui!.Il crut entendre un léger éclat de rire qu'on cherchait à étouffer, et il reconnut, sans hésitation possible, le gros rire de la servante.Des qu'il eut retrouvé son équilibre, il aperçut dans l'allée qui aboutissait à la.porte, une jeune femme à l'air timide qui s'avançait avec empressement.—Pardonnez-moi, monsieur, dit-elle avec une grande simplicité, la maladresse 'f>rr.ent conservées; les meubles, tous df ;.époque la plus sobre du style Louis XIII, étaient recouverts de même, et cet ensemble de verdure convenait parfaitement à un salon de campagne.Un piano d'un bois foncé était la seule note moderne de cette pièce, avec des paniers et d :s vases remplis de fleurs.AMELIOREZ VOTRE ALIMENTATION Y\ EN EMPLOYANT LES PRODUITS 1tX« \3m CRÈME DOUCE — BEURRE — CRÈME GLACEE mon Tél.EST 1618 - 1361.290, AVENUE PAPINEAU 44 LA REVUE MODERNE 15 mars 1921.Elle n'avait cependant rien de raide ni d'austère: des X placés entre les grands fauteuils, des petites tables avec quelques bibelots de choix, lui donnaient ce même air vivant qu'on remarquait déjà aux abords de la maison.Près de la fenêtre, dans une large embrasure, assise toute droite comme l'exige la raideur de ces fauteuils qui font prendre involontairement aux femmes la pose majestueuse des châtelaines d'autrefois, un métier à dentelle, dont elle faisait sauter les fuseaux, posé sur ses genoux, Mlle Bellegarde formait sans le savoir un délicieux tableau de genre.Comme fond, on voyait les grands arbres du parc encore tout mouillés de la pluie qui finissait, et.entre les nuages, un premier rayon de soleil, de ce jaune particulier et en quelque sorte humide qu'on voit après les orages, filtrait doucement.Jean serait resté volontiers à la contempler encore longtemps, mais M.Belle-garde marchait, il fallait le suivre et les présentations d'usage eurent rapidement lieu.—Je te présente M.d'Arcy, architecte, attiré par les beautés de notre vieille église, et qui compte, je l'espère, passer quelques jours ici.—Monsieur.Madame.Et les saluts recommencèrent comme si on ne s'était pas vu déjà.La jeune fille avait posé son ouvrage et se mêlait simplement à la conversation, ni trop ni trop peu, juste ce qu'il fallait, pensait Jean, qui écoutait, de nouveau, avec ravissement, cette jolie voix.Tout était bien comme il l'avait pensé; l'éloignement n'avait rien embelli.Seulement, maintenant il pouvajt voir tous les détails qui lui avaient échappé à distance.Les yeux étaient d'un gris superbe avec une expression de franchise et de simplicité, les cheveux entièrement dorés et frisottant partout comme des jeunes pousses de vigne, les sourcils et les cils brun franc, et le nez tout droit,hardi et fin, avec deux petites narines relevées fort spirituelles.Le menton enfin et la bouche, qui sont des signes révélateurs si indiscrets de l'intelligence et du cœur, et qui pour cette raison arrêtèrent longtemps Jean, lui parurent comme tout le reste absolument parfaits.Fermes sans dureté et gracieux sans mollesse, ils indiquaient à la fois la résolution et la bonté, et quand la jeune fille se mit à rire à une remarque fantaisiste que faisait le jeune homme et qu'il vit dans tout leur éclat ses jolies dents et dans toute sa grâce une fossette, la plus mutine qu'on puisse imaginer, qui se creusait au beau milieu de la joue, il se demanda qui avait posé cet aphorisme: "La perfection n'est pas de ce monde." Heureusement la conversation qui, bien entendu, se poursuivait pendant le cours de ces observations, faites le plus discrètement possible, le força à penser à ce qu'il disait et non à ce qu'il voyait et lui permit ainsi de faire la plus favorable impression sur chacun de ses hôtes.Quand enfin, au bout d'une heure, il se leva, honteux d'être resté si longtemps, alors que le soleil avait dû largement sécher les chemins, il fut vivement et cordialement invité à revenir.C'était la réalisation de tout ce qu'il désirait, et sa nature prime-sautiôre laissa voir une joie d'une telle vivacité, que Mme Bellegarde ne put s'empêcher de dire dès qu'il fut sorti: —Mon Dieu, comme ce jeune homme doit se trouver isolé ici! As-tu remarqué Marguerite, à quel point sa figure s'est illuminée quand je l'ai prié de revenir?Il est d'ailleurs charmant, ne trouves-tu pas ?—Charmant, répondit laconiquement la jeune fille.Et elle se mit en devoir de refaire un bouquet qui n'en avait pas ab-lument besoin.L'admiration de Jean avait été trop manifeste pour qu'elle ne la remarquât pas, ce que sa mère n'avait pu faire, placée qu'elle était de manière rà ne pas voir les yeux parlants du jeune homme; malgré elle, ce souvenir l'avait fait rougir, et, comme elle s'en voulait de cette émotion pour si peu de chose, elle cachait sa confusion dans les fleurs.M.Bellegarde reconduisit son visiteur jusqu'à la grille et lui réitéra ses offres de service et d'hospitalité.Puis, comme le jeune homme dégageait de son bras la bride de son cheval et s'apprêtait à partir: —Mais au fait, dit-il, vous ne savez pas encore ce que sont nos dimanches de province; c'est un avant-goût du Purgatoire! Si donc vous n'avez rien de mieux à faire, venez demain, et la jeunesse trouvera bien moyen de s'occuper ensemble.Jean accepta d'enthousiasme, bien entendu, et M.Bellegarde, frappé à son tour de son ardeur, se dit en remontant l'allée: "Eh bien, voilà un aimable garçon et à qui j'ai fait vraiment plaisir, je crois!" Ce n'était, du reste, pas à la légère qu'il ouvrait ainsi sa maison à un inconnu ; comme il l'avait dit à Jean, on lui avait beaucoup parlé de lui ce même jour et de la façon la plus flatteuse, et ses instincts cordiaux et hospitaliers avaient fait le reste.Sautant lestement eu selle, Jean partit à fond de train; la joie le rendait fou, il aurait voulu faire quelque chose d'extraordinaire, sauter des fossés, des murs, embrasser quelqu'un, et il se sentait pris pour tout le genre humain de cette bienveillance attendrie qu'éprouvent les gens heureux, quand ils sont lions.Sur la route, il rencontra cinq ou six gamins entre les mains desquels il vida sa bourse, et quand le valet d'écurie vint lui prendre la bride, il lui dit de monter chez lui aussitôt qu'il aurait fini et lui donna, avec une lettre à porter à la poste, un pourboire tellement disproportionné que le brave garçon, tout hors de lui, s'en alla en se touchant le front et en se disant: "Il est un peu pris de là.j'ai peur; mais c'est tout de même un joli monsieur!" La lettre si rapidement écrite ne contenait que ces mots: "Marraine, je l'ai retrouvée, elle est mille fois plus adorable encore que je ne pouvais le croire! Venez vite et apportez votre robe de gala pour aller faire la demande!" Au moment où Jean se laissait tomber dans le mieux rembourré de ses fauteuils, pour se remémorer cette heureuse suite d'événements, il aperçut sur sa table une carte de visite qui portait le nom de M.Desprez et quelques mots écrits au crayon."Je regrette d'autant plus de ne pas trouver M.d'Arcy, disait la carte, que j'étais chargé par Mme Desprez de lui transmettre une invitation à passer la soirée de demain à la maison et que j'aurais pu, de vive voix, lui mieux expliquer combien ce sera peu de chose et cependant combien nous serions heureux de le voir parmi nous!" Jean se hâta de répondre quelques mots d'acceptation empressés et il se demanda si la famille Bellegarde ne serait pas là aussi et si décidément sa bonne étoile ne le prenait pas par la main pour le conduire à son but.Puis, il se rappela sa visite gourmée chez Mme Desprez, sa conversation banale; LOUIS MULLIGAN DECORATION D'INTÉRIEUR, TISSUS ORIENTAUX ESTAMPES JAPONAISES POTERIES — OBJETS D'ART 340, Rue Dorchester Ouest, Angle l'Avenue Union + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + 15 mars 1921.LA REVUE MODERNE 45 et les doutes survenus depuis dans son esprit sur l'opportunité de sa conduite lui revinrent plus vifs.Enfin, so dit-il en manière de conclusion, je verrai ce qu'il faut faire demain, et si les allures de tous ces gens me prouvent que j'ai agi comme un élourneau, je mettrai tout en œuvre pour le faire oublier et me I, l'aii'r p;inliiiiner.Mme Desprez avait hésité un instant avant d'adresser son invitation à Jean; elle craignait des manifestations peu aimables de la part de ses filles et de ses neveux.Elle leur en parla discrètement, en leur expliquant son désir d'offrir au jeune étranger cette distraction.Ils s'exclamèrent d'abord avec vivacité, convenant entre eux que personne ne s'occuperait de Jean.Mais, peu à peu, leur gaieté et leur bonne grâce naturelles reprirent le dessus et ils décidèrent que, bien au contraire, ils se montreraient si aimables et si spirituels qu'ils feraient en masse la conquête du jeune Parisien et que ce serait là toute leur vengeance.—Une vengeance à la Corneille, dit en riant un des jeunes gens, punissant un outrage par un bienfait! VII Le lendemain, à une heure, sous un soleil radieux, et cette fois officiellement, Jean partit pour la Tourelle.Le même enchantement que la veille dorait tout à ses yeux.Lee gens endimanchés qui le croisaient, arrivant de tous les côtés pour les vêpres, recevaient en échange du bonjour amical que les paysans ont conservé la cordiale habitude d'adresser même aux étrangers, un salut et un sourire rayonnants de jeunesse et d'entrain.L'après-midi se passa gaiement, entre les parties de croquet, de boule et le canotage dans un bateau minuscule, sur la petite rivière dont Jean avait vu, deux jours auparavant, l'entrée dans le parc.Elle sillonnait les pelouses, alimentait un large étang et sortait en formant une cascade abondante.Le jeune Raymond Bellegarde était là et Jean n'eut pas de peine à reconnaître son visage ouvert, mais orné de toute la laideur de l'âge ingrat.Sa figure avait ce teint inégal des jeunes travailleurs, et on voyait poindre sur chaque joue une ombre de barbe soigneusement entretenue, mais encore malingre, malgré tout ce que son propriétaire faisait pour elle; l'ensemble ne se sauvait que par des yeux superbes qui rappelaient ceux de sa sœur, avec plus de décision, et l'air de cordialité qui frappait tout d'abord chez son père.Si Jean l'avait reconnu, lui cherchait visiblement à se rappeler oû il avait pu entrevoir la figure du jeune architecte et il fronçait ses sourcils en le fixant avec un air d'application qui n'était pas sans inquiéter Jean, car ce n'était pas à lui qu'il réservait le rôle de découvrir son roman à la famille Bellegarde.Après avoir mis en péril, plus de cent fois, par leur égale inexpérience, les jours de leur jolie passagère, les deux jeunes gens finirent par arrêter le bateau au bord d'un pré, qui était un petit verger compris dans le parc.Là, ils cueillirent les plus belles cerises que Jean se rappelât avoir jamais vues de sa vie, et quand Mlle Bellegarde lui offrit gentiment un bouquet de celles qu'elle avait pu atteindre, il lui sembla que rien ne manquait plus à sa félicité.Assis dans l'herbe épaisse, auprès de la jeune fille, il retrouvait dans sa mémoire ce passage charmant du journal d'André-Marie Ampère, où il raconte précisément un épisode semblable.C'est le moment où il va avec Julie Caron et sa sœur Elise cueillir des cerises dans le verger de leur mère: "Julie me donna deux charmants coups de poing", ajoute Ampère, avec son adorable naïveté, et il fait de ce moment de bonheur une peinture charmante.Tout était presque semblable pour Jean ; à la rigueur.Raymond pouvait remplacer Elise, et jusqu'aux "cheveux d'or" de l'héroïne, l'analogie était complète.Il souhaita dans son cœur que son idylle, arrivée au même point, finît moins tristement, et il fut tout près de demander à la jeune fille si elle ne connaissait pas ce journal si touchant et de lui rappeler cet épisode.Mais l'allusion était par trop directe et il se remit à parler d'autres choses.Vers cinq heures, comme Jean demandait son cheval, Mme Bellegarde s'excusa de ne pouvoir le retenir plus longtemps.—Mais nous dînons chez nos amis Desprez, lui dit-elle, et de pauvres campagnards comme nous sont forcés de se mettre en route de bonne heure quand ils vont en ville.C'était bien ce que Jean espérait ; il expliqua qu'il aurait le plaisir de retrouver ses hôtes le soir et, après les plus chaleureux remerciements, il quitta la Tourelle toujours plus épris.VIII A neuf heures, revêtu d'un habit neuf, tout à fait à la mode cette fois, il fit son entrée dans le salon du percepteur.Evidemment il ne s'agissait, comme on le lui avait dit, que d'une soirée intime.On avait simplement poussé les meubles contre les murs pour avoir plus de place, et avec cinq ou six lampes, quelques bougies, et des fleurs un peu partout, c'étaient tous les frais qu'on avait faits! Après avoir salué Mme Desprez, Jean fit la connaissance du docteur, qui lui plut infiniment par la simplicité distinguée de ses manières.Sa petite femme, soutenue par sa présence, se montra naturelle et toute gentille, ne gardant de sa timidité que juste ce qu'il fallait pour rappeler la grâce d'une biche effarouchée.Déjà préparé à reconnaître son erreur, Jean convint honnêtement vis-à-vis de lui-même qu'il s'était montré absurde, et, tout désolé à l'idée que quelqu'un pouvait lui en garder rancune, ou, chose plus grave encore, le dénoncer à M.Bellegarde, il ne songea plus qu'à effacer cette première impression.On l'y aida d'ailleurs, et chacun montra la magnanimité cornélienne dont on était convenu.Le résultat de ces divers efforts fut une gaieté générale, qui rendit charmante cette soirée presque de famille; on organisa les charades les plus amusantes, où tous les jeunes gens rivalisèrent de folies spirituelles, puis on roula le grand tapis avec une dextérité qui prouvait l'habitude qu'on avait de son maniement, quelqu'un se mit au piano, et on put jouir du plaisir par excellence: quelques tours de valse! Marguerite, au milieu de ce joli groupe de jeunes filles, ressortait avec une grâce et une beauté si particulières qu'elle ne leur nuisait même plus.Elle était, pensait Jean, comme ces déesses de l'antiquité, qui réunissaient autour d'elles les nymphes les plus charmantes, et qui, au milieu de ce gracieux essaim, paraissaient encore tellement belles entre les plus belles qu'elles étaient ainsi deux fois reines! Cette déesse, malgré sa grandeur, était de la plus aimable simplicité, comme Jean l'avait déjà éprouvé, et leur intimité s'augmenta de toutes les faciles occasions que donnent les réunions sans cérémonie.£5H5H5E5E5EKSÎ5E5eïï525ÏSH5H5HHffi5H52S25ffi25H2^ Sanatorium Saint-Sébastien Chiropratique — Osthéopathie — Kinésithérapie — Massage Suédois Aliénation mentale — Epilepsie — Dépression nerveuse — Paralysie générale — Neurasthénie — La Paralysie, le Rhumatisme et le Rein — Les Maladies Vénériennes — Electricité Médicale — Rayons X—etc.Traitement des Maladies des Enfants et toutes Difformations des Os.Attention toute spéciale aux Maladies des Femmes Médecin compétent i charge de l'Institut.49 AVENUE PIEDMOND, Côte des Neiges TELEPHONE UPTOWN 8900 fe Demandez notre pamphlet sur les maladies que nous traitons Les tramways Guy — Côte des Neiges et Cartierville conduisent au Sanatorium 46 LA REVUE MODERNE 15 mars 1921.D'ailleurs, le désir de plaire du jeune homme et ses efforts pour faire oublier son fâcheux début ne furent perdus pour personne; tout le monde en apprécia la sincérité, et il avait cinquante conquêtes quand on se sépara, à minuit.A ce moment, tandis que Jean aidait Mme Bellegarde à mettre son manteau: —Je sais où je vous ai vu, s'écria tout à coup son fils d'une voix éclatante.Vous êtes le voyageur qui avez rendu l'ombrelle de Marguerite à tante Marie et vous avez été charmant pour elle, elle nous l'a écrit!.—C'est vrai, répondit Jean un peu confus; du moins quant à l'ombrelle, ajouta-t-il en riant.Et comme M.Bellegarde, tout étonné, le regardait comme pour lui demander la raison de son silence, à propos de cet incident: —Si vous voulez me permettre de faire quelques pas avec vous, monsieur, lui dit-il, puisque vous ne rejoignez votre voiture qu'à l'hôtel, je vous parlerai de cela.Et il en parla, en effet; il raconta, avec une simplicité et une ardeur qui amusaient et émotionnaient tour à tour M.Bellegarde, l'impression profonde que lui avait faite sa fille durant son passage à B., la persistance de ce sentiment une fois son retour à Paris, le refus qui s'en était suivi d'épouser la jeune fille qu'on lui destinait, et enfin sa décision de revenir dans le pays.Il raconta ses recherches, sa joie en revoyant la jeune fille, son amour toujours croissant et son désir enfin de l'obtenir pour femme.—Je ne voulais vous dire tout cela, monsieur, que quand vous m'auriez connu un peu plus, ajouta-t-il, mais, après la demi-révélation de monsieur Raymond, il me semblerait déloyal de ne pas vous avertir."J'ai vingt-cinq ans, une fortune personnelle qui se doublera plus tard, et une position que je pense améliorer chaque jour; j'aime mademoiselle votre fille de toute l'ardeur de mon cœur, et quoiqu'on prétende aujourd'hui que c'est chose inutile en ménage, il me semble à moi qu'il ne doit rien avoir de si doux."Ne me dites pas si mademoiselle Bellegarde a, oui ou non, de la fortune, puisque, grâce à Dieu, ce que je possède me suffira à lui faire une vie aussi douce que je la rêve pour elle; enfin, permettez-moi demain de vous présenter ma marraine qui m'a servi de mère, et qui arrive à mon appel; puis surtout, monsieur, ne me dites pas de ne plus revenir chez vous, car c'est une chose que je ne pourrais supporter! Et, saluant profondément, le jeune homme se sauva sans attendre un mot de réponse.Trois semaines après, il n'était bruit dans la ville que des fiançailles de M.d'Arcy et de Mlle Bellegarde, et les plus malins prétendaient qu'ils l'avaient toujours pressenti.Comme il arrive ordinairement, ceux qui auraient pu en dire le plus long là-dessus, soit le bon curé, que la similitude des fameuses silhouettes et de Marguerite n'était pas sans avoir frappé, soit le petit berger, qui n'avait pas averti M.Belle-garde, mais qui avait prudemment suivi Jean dans sa ronde les deux jours où il se croyait si bien caché, ainsi qu'il le lui avoua plus tard, furent les seuls à se taire.Avec l'exagération propre à son caractère fougueux, Jean s'était pris de passion pour la vie tranquille de cette petite ville qu'il avait d'abord raillée, et il déplorait maintenant, passant d'un extrême à l'autre, d'être forcé d'emmener sa jeune femme dans ce tourbillon de Paris.—Heureusement, dit-il à sa marraine, vous serez là pour nous protéger l'hiver, et l'été nous nous envolerons le plus tôt possible.Plusieurs fois, il avait été forcé de quitter B., et sa jolie fiancée.LE FLEURISTE "MODERNE'' Rien n'est plut approprié que de* fleur: Rien n'est plus délicat â offrir que des fleurs^de chez notre Pop iilaîre °%smuolntraegaalsin—108-110, RUE STE-CATHERINE EST—T e 1è,|tp«7?n e Maison FILIATRAULT (48 ANS D'EXISTENCE) Spécialiste, Importateur direct et Marchand exclusif.TAPIS - LINOLEUMS - RIDEAUX 429 BLVD ST-LAURENT Tél.Est 635 MONTREAL Permettez q'une femme soulage vos souf- f innées.Je veux que vous m écriviez, tiilu de pouvoir vous parler de ma méthode simple de traitement il «Ç* l'essai pour dix jours gratis, franc de port, et vous mettre en re- v^flç^ lation avec des femmes du « lanada, uni seront heureu- ses de vous dire ce que ma iné-tuodo a fait pour .> elles.*1 s, vous souffrez do o&ÉttSft' faiblesse fatigue.> i %* Alm gu-meii'ts liè.v.,K,itouirréK».li.A" orciiicnt, gon M emeiit s^Si sensation «le chute ou do dérangement des organes intérieurs, nervosité désir de ^ ^ pleurer, palpitation, excès de chaleur, cercles noirs en-dessous des yeux, ou manque d'intérêt dans la vie, écrivez-moi aujourd'hui pour traitement d"essai gratuit.Adressez: MRS.M.SUMMERS BOX 99 WINDSOR, ONT.Le facteur qui fait le service de la Tourelle était alors épuisé de fatigue, et le chef de gare parlait d'établir un service spécial de carnmionnage pour le surcroît de paquets qui arrivait de Paris! Enfin, le premier août, par un soleil éblouissant, dans la vieille église elle-même, le jeune couple fut uni.Le curé, par un discours plein d'élévation et de cœur, d'où il ne crut pas devoir bannir l'esprit, émut toute l'assistance, et, debout dans la lueur éclatante des vitraux, Jean et la jeune fille étaient tous les deux si charmants et si sympathiques que, par extraordinaire, la foule entière s'accorda à dire qu'on n'avait jamais vu un mariage et des mariés ressemblant à ceux-là.Après un superbe déjeuner servi sous les grands arbres du parc, les deux époux disparurent à l'anglaise, et une heure après ils étaient à la gare.Malgré la discrétion des intéressés, le romanesque début de cette histoire s'était répandu dans le pays, et quand le train qui devait les conduire à Paris s'arrêta et qu'un employé cria à haute voix: —B.! cinq minutes d'arrêt!.— les regards de tous ceux qui étaient là se tournèrent vers les jeunes gens, comme pour leur dire: "Entendez-vous?" Oui, ils entendaient! Et Jean, pressant doucement la main de sa jeune femme, lui disait en l'installant dans un coupé: —Qui donc a osé dire que sur la terre toutes les minutes ont la même valeur ?Il en est que rien ne peut estimer, car elles renferment le bonheur de toute une vie, et celles que j'ai passées ici il y a deux mois sont de celles-là.Jeanne SCHULTZ.PIN Dans le prochain numéro: "Un Baiser au Clair de Lune" (au complet) par Guy de Chantepleure et "Le Maître de Forges" (1ère partie) de Georges Ohnet.LA REVUE MODERNE publiée a Montréal par Madame Madeleine Gleaaon-Huguenin.I47, rue S.-Déni», et imprimée par la Cie de Pub.La Patrie Lté* I 20-Est, rue S.-Catherine.Adresse postale : Casier 35.Station N Montréal.Téléphone: E»t MIS N 25 (5 mars 1921.LA REVUE MODERNE 47 Profitez de la baisse des monnaies étrangères! ACHETEZ des OBLIGATIONS de GOUVERNEMENTS et de VILLES D'EUROPE Vous ferez ainsi un placement de tout repos, avec non pas la perspective mais l'assurance de doubler votre argent.En participant aux tirages des obligations à primes, vous avez, chaque fois, la chance de gagner un gros lot de 1,000,000 de francs ($200,000) ou d'autres lots dont la valeur va en diminuant.5% "CREDIT NATIONAL FRANÇAIS" 5% 1919-1920 5% "VILLE DE PARIS" 5% 1919 6y2% "CREDIT FONCIER DE FRANCE" 6y2% 1921 Ces obligations sont garanties par le Gouvernement Français.NOUS SOMMES EN MESURE DE POUVOIR VENDRE CES ORLIGATIONS A DES PRIX QUI DÉFIENT TOUTE CONCURRENCE SUR LE MARCHÉ CANADIEN.FORME A NOUS VENDONS AUSSI, LES TITRES LIVRABLES SUR RECEPTION DU MONTANT D'ACHAT.FORME B Un escompte de 2% EST ALLOUÉ SUR LE PRIX D'ACHAT, PAYABLE D'AVANCE; les titres seront livrés dès que la Compagnie les aura reçus de son correspondant à Paris, ceci représente un délai de 60 jours environ.FORME C A TERMES AVEC INTÉRÊT A 7' * de la Croix de Gloire, fait connaître dans les termes émus que voici, une œuvre que toutes nos voyageuses devraient favoriser de leur visite, lorsqu'elles passeront par le merveilleux Paris: ¦ "A toutes celles qui vont visiter le théâtre où s'est déroulé l'affreux drame de la guerre, et où l'on voit des cathédrales mutilées, des maisons détruites, mais pas abandonnées, des arbres amputés, des terrains bouleversés mais qui commencent à refleurir et à produire grâce au courage et à l'amour du sol du paysan français, nous demundons de faire une visite à un autre lieu de pèlerinage, oit l'on travaille à la reconstruction et au relèvement moral de la famille française.(1 ) "Faites-les travailler Mesdames, les petites veuves de France.Une visite à leur atelier vous réconfortera le cœurl Vous y verrez des veuves d'officiers supérieurs travaillant aux côtés de veuves de simples soldats: toutes blessées pareillement au cœur, toutes courageuses, et n'ayant qu'un but, le relèvement de la France." Nos voyageuses pour Paris ne peuvent oîMier cet appel éloquent, et elles voudront s'arrêter à cette œuvre dirigée par une femme d'un patriotisme éprouvé, qui pendant toute la guerre n'a cessé de s'intéresser aux tristesses des pays dévastés, et des foules de réfugiés.Nous avons trouvé le nom de la Comtesse de Ribes dans bien des listes de direction et de patronage d'œuvres, toutes plus belles les unes que les autres, aïissi éprouvons-nous pour cette noble Française un sentiment d'admiration respectueuse.Nous savons également que le grand historien napoléonien, M.Frédéric Massoti, figure en tête de la direction de l'œuvre du Faubourg Saint-Honoré, et ceci nous fait redoubler encore de sympathie pour une institution si bien conduite, et si haut protégée.Encourager une telle œuvre, serait un geste de douceur et de bonté envers ces victimes de la guerre, femmes et enfants, qui méritent, comme les soldats, notre sympathie affectueuse et notre admiration absolue.Et le voyage sera plus beau, plus aimable si l'on jette le long de son chemin quelque peu de son cœur et de sa gratitude.Car la femme de France a souffert, ne l'oublions pas.Elle a souffert pour les femmes de l'Humanité tout entière, et, devant elle, nous devons courber le front et dire: mercil (1) "L'ouvroir des veuves et orphelines de la guerre fondé et dirigé par Madame ; i Comtesse de Ribes, est ouvert pour la vente le lundi, mercredi, vendredi de 2 heures a 6 heures au siège de l'œuvre, 104 rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris".L.CHARTON.Saviez-vous, mes chères lectrices, vous qui n'irez pas à Paris et ne pourrez passer par les ateliers de l'œuvre de la Comtesse j de Ribes, qu'il existe chez nous, parmi les nôtres,'^ pt une œuvre exquise qui se développe radieuse-ment, sous l'impulsion d'une femme de lettres qui se nomme "Ninon", et écrit dans le Courrier des Agriculteurs, des articles pleins de vigueur et marqués au coin de la plus belle volonté: celle qui produit des œuvres.Or, "Ninon" s'est inquiétée de toutes ces femmes qui souffrent et ne peuvent travailler en dehors de leurs maisons.Elle a fondé à leur intention le Cercle des Abeilles, niche immense qui travaille, travaille.L'an dernier, les Abeilles ont organisé une vente-exposition.Il faut espérer qu'elles recommenceront cette année encore.On y trouvait des choses charmantes: tricots, broderies, lingeries fines et tous les menus travaux si gracieux de la femme.Seulement l'œuvre des Abeilles était encore insuffisamment connue; elle devrait l'être davantage désormais.Il faudra que toutes celles qui ont le souci d'apporter à leurs sœurs moins fortunées qu'elles-mêmes, l'aide légère d'une attention aillent vers ces travailleuses, admirent leur œuvre, l'encouragent et la soutiennent.La soutenir 1 Pourquoi pasl Un comité de femmes du monde, riches et influentes, ne pourrait-il se constituer autour de cette cohorte de vaillantes et la protéger ?Une œuvre de fraternité qui se rapprocherait de celle de Paris, dirigée par les plus grandes personnalités de la noblesse et des lettres françaises, ne pourrait-elle tenter celles d'entre-nous, dont la vie est vide d'intérêts généreux, et qui, en dehors de leur bien-être, n'ont jamais pensé à meubler leur vie d'un charme nouveau et captivant.Elles se passionneraient vite pour ce bienfait charmant d'aider la petite sœur qui a besoin de leur concours et qui leur prête en retour san talent et son labeur.Ce ne serait pas une œuvre de cliaritè entendons-nous bien, mais un échange, tout simplement.Le travail est toujours un don, même quand il est payé.Les Abeilles travailleraient, et les grandes dames veilleraient sur la ruche et la patronneraient.Pourquoi pas ?Puisse l'œuvre de "Ninon", si belle et si charmante progresser, afin d'apporter à plus de foyers des sourires.Je voudrais des fleurs autour de toutes les Ruches afin que nos Abeilles puissent y butiner la vie plus belle et plus douce.MADELEINE. 50 LA REVUE MODERNE 15 mars 1921.LES CHOSES FEMININES =Par SOEUR MARTHE: Sœur Marthe remercie toutes les compagnes aimables qui lui ont gentiment souhaité bon accueil, et munie d'un courage plus grand, elle va travailler avec ardeur à donner à ces pages de Choses Féminines, un nouvel intérêt et un charme plus profond.Seulement, il faudra quelquefois m'aider, soit en m'indiquant une question à traiter, soit en m'apportant une recette, un conseil, une idée.Rien n'est utile comme de connaître la pensée de ceux qui nous lisent ainsi que leur goût.Cela permet alors de leur apporter justement la note qu'elles désirent ou le détail qu'elles souhaitent.Ce mois-ci, nous ajoutons à nos pages de février qui nous ont valu ces félicitations dont je vous remercie toutes, des pages de modes, choisies, non dans les catalogues ordinaires, mais triées soigneusement dans les plus beaux cahiers de modes de Paris.Nous savons toutes que Paris est le foyer essentiel du Tomates farcies.bon goût et de l'élégance dans tous ses domaines.C'est donc vers ses artistes que nous devons nous tourner chaque fois que nous avons besoin d'éclairer ou d'affiner notre goût personnel.Les modèles présentés aujourd'hui par nos pages de modes comportent des costumes et des robes printan-niers, de la plus nette élégance et de la plus grande simplicité.En les consultant, nos lectrices seront renseignées sur ce qui se porte à Paris, dans le plus beau monde celui du vrai chic et de la suprême distinction.Madame Josette, mariée d'hier, donne son premier dîner sérieux, et quel tracas, mon Dieu, quel tracas! Elle a bien requis les conseils de la vieille bonne de Maman, mais celle-ci s'y entend plus dans l'art de rôtir les perdrix que dans celui de rendre une table élégante, coquette à l'œil, et réjouissante à faire digérer tous les dyspeptiques.Alors Madame Josette décide de laisser Gothon à ses fourneaux, et d'agencer elle-même cette table qui doit faire honneur à son mari, à ses amis et à elle-même, vous y pensez bien.La voilà à l'œuvre.Elle choisit la plus belle nappe de son trousseau: en fine toile brodée, enrichie de dentelles de venise et au filet.Une autre en belle toile damassée ferait tout aussi bien, et une autre encore à fils simplement tirés.Josette sait que la première condition, c'est que la nappe soit d'une blancheur immaculée.Au centre, elle étend une fine pièce de broderie et dentelle, sur laquelle se pose ensuite le surtout représenté pour le moment par une pièce, moitié cristal, moitié argent, et où parfument des roses délicates.Puis elle dispose chaque couvert, avec chacun des ustensiles nécessaires à la consommation du dîner.Ainsi du côté fourchettes: celle pour l'entrée, l'autre pour le poisson, les viandes; les couteaux et cuillères également nécessaires occupent donc la droite du couvert.Près d'eux, les verres, soit deux ou trois, suivant les vins qui doivent circuler autour de la table.Généralement pour un dîner un peu consistant, on choisit le service à la russe.Tous les plats, soigneusement dressés doivent circuler autour de la table, et chaque convive se sert Macédoine de légumes Pâtés de langue hachée lui-même.La bonne ou le garçon ont eu la précaution au préalable, de déposer devant chaque couvert, l'assiette qui doit servir à ce service.Les personnes qui servent verront à ce que les convives ne manquent ni de pain, ni d'eau, ni de vin.Quand tout le monde a fini un service, on enlève et très vivement les assiettes, et on le fait suivre le plus rapidement possible du service suivant.La maîtresse de maison aura l'œil naturellement à ce que tout se passe dans l'ordre le plus parfait, et elle devra,savoir relever d'un coup d'œil discret, les incorrections que la bonne la mieux dressée peut quelquefois commettre Elle avisera à ce que le service ne soit pas hâté de façon à plonger dans l'embarras celui des convives qui serait en retard, soit parce qu'il aura parlé plus que les autres, soit qu'il mangera plus longtemps.Le menu doit défiler dans l'ordre suivant: Huîtres, s'il y en a, ou pamplemousses; puis hors d'oeuvres (olives, radis, œufs farcis, sardines,thon,caviar, choux marines, etc., etc.) Puis viendra le bouillon ou le potage.Le premier se sert dans de petites tasses à deux anses; le second dans l'assiette à soupe ordinaire.Ensuite le poisson, suivi du premier service de viande; celle-ci très légère: rognons sautés, ou cervelles, ou riz de veau, ou côtelettes, etc., etc.Ensuite vient le service principal, composé d'une grosse pièce qui est le plus souvent de la volaille ou du gibier.Le tout sera dépecé, de façon à ne pas gêner le convive.Si c'est une volaille, elle sera dressée tout autour de la farce montée en pyramide; le plat sera garni de tranches de citron, de persil, de rôties minuscules.On sert en même temps les pommes de terre, et un autre légume choisi au goût.Ce n'est qu'après qu'est présentée la fine laitue blanche, aromatisée d'huile douce et d'un filet de vinaigre.Ensuite le dessert, choisi à sa convenance, le fromage, puis le café.Celui-ci est généralement servi au salon, et on le fait précéder des fruits, un plat superbement dressé et où domine le raisin muscat, tant apprécié des gourmets.Les vins doivent être servis dans l'ordre suivant.S'il ne figure que deux sortes de vin: le blanc et le rouge, on servira le Sauternes jusqu'au service principal de viande, alors qu'apparaîtra le bordeaux.Si le bourgogne doit figurer, c'est immédiatement après, et quant au Champagne, si Madame Josette veut mettre toutes voiles dehors, qu'il soit apporté, bien glacé, et au dessert.Les petits plats de bonbons, d'olives, de noix salées, disposés avec art entourent le surtout de fleurs.La manière de placer les convives: Imaginons que la petite Madame Josette a épousé un jeune homme de talent et ambitieux Il lui fera donc inviter les personnages les plus considérables qui s'agitent dans sa sphère d'action.Alors sa jeune femme mettra à sa droite, le personnage homme, le plus considérable par sa position ou son âge Elle ne devra pas oublier que certaines situations font prime sur le marché protocolaire, et elle devro placer un jeune ministre ou consul avant le vieux monsieur qui n'a que la gloire des ans.Seulement, elle placera le vieux monsieur à sa gauche, ou si la gauche revient à un 5 mars 1921.LA REVUE MODERNE 51 Patrons de Broderies et Dentelles de la Revue Moderne No 1—Dessus de coussin "Les oiseaux" à exécuter en broderie Richelieu.Prix : 25 sous.No 2—Grand médaillon à exécuter en broderie Richelieu peut s'adapter pour rideau de porte, coussin, tête de fauteuil, etc.Prix: 25 sous.No 3—Grappe de vigne à exécuter en Richelieu pour Stores, nappe, dessus de buffet.Prix : 25 sous.No 4—Encadrement riche en broderie anglaise pour chemin de table, napperon, toilette d'oreiller, dessus de bureau, etc.Prix: 25 sous.rsonnage officiel, elle aura la délicatesse le ne pas inviter le vieux monsieur, ce iême jour que tant de jeunes vedettes.La madame du personnage considérable coupera la droite du mari et celle qui la .tiit hiérarchiquement, la gauche; ensuite il s'agira de placer tout le monde en suivant cette ligne immuable que la droite ((institue la première place, la droite du monsieur placé à la droite de Madame Josette appellera la dame, troisième en titre dans ce dîner, alors que la droite de la dame placée à la droite du maître de maison appelle le monsieur qui vient ensuite, et ainsi de droite à gauche, et sans vous tromper, je vous prie.Lorsque le garçon ou la bonne, ou même mieux si Josette a déjà un Maître d'hôtel vient annoncer que "Madame est servie" la maîtresse de maison demandera le bras du monsieur qui doit occuper sa droite, tandis que le maître de la maison offrira le sien (le gauche) à la dame qui doit occuper sa droite.Madame qui reçoit aura vu.au préalable, à ce que chaque monsieur offre le bras à la dame qui doit être sa voisine.C'est bien de l'occupation pour Josette mais, du premier coup, elle prend sa place dans la confrérie des maîtresses de maisons averties, et ses dîners seront cités parmi les mieux ordonnés et les plus abondants.C'est à Josette, qui, l'ai-je dit, a du entrer dans la salle à manger la dernière alors que son mari y était entré le premier, c'est donc à Josette à se lever la première de table, et à sortir au bras de son cavalier de la salle à manger.L'on se dirige vers le salon; Monsieur entraîne bientôt ses amis au fumoir.L'arôme du café qui se distribue au salon se rencontre avec les émanations des purs havanes qui s'échappent de la chambre voisine.Les femmes se sont rapprochées, les hommes entreprennent de grandes dissertations sur le vote féminin, son opportunité, ses risques et ses bienfaits.et l'on jacasse ainsi des heures durant, dans une béatitude heureuse, autour de Madame Josette enfin consacrée maîtresse de maison experte et délicieuse.Mais il se peut que ce soit une toute humble femme qui ait à recevoir.Alors, elle aura le tact d'ignorer le faste de Josette, et de recevoir tout son monde avec la plus extrême simplicité.Les vins seront supprimés, et remplacés par une bonne tasse de thé.de la limonade ou un verre de ginger aie.Elle n'a pas de bonne, et elle préparera tout d'avance, de façon à no laisser la table que fort rarement.Elle aura tant de simplicité, de bonne grâce, et de charme discret que l'on se plaira à proclamer ses petits soupers des chefs-d œuvres.TOMATES FARCIES Videz la tomate délicatement, après lui nvoir enlevé la petite tranche supérieure due vous mettez soigneusement de côté.Bourrez-la avec la composition suivante: ande hachée, bœuf ou porc frais, revenu i ins la poêle, avec un peu de céleri haché fin, sel, poivre au goût, un petit peu de l'irsil rehausse aussi le goût, de l'oignon 1 i menus morceaux, couvrez de chapelure, outez, soit de la sauce bien aromatisée i dernier poulet, ou du dernier gigot; 1 ettez au four quelques instants', recourez ensuite de la petite tranche tout d'a-' >rd enlevée, plantez au centre une jolie < anche de persil vert, et servez sur une tiche feuille de laitue.Ce plat fort sim-: o, est utilisé comme une entrée du meil-1 ur goût.MACEDOINE DE LEGUMES Carottes, 1 cuillerée à dessert de vinaigre, poivre, moutarde préparée, 1 roqnille d'huile d'olive, betteraves, sel, 1 œuf, petits pois, navets, pommes de terre, choux-fleur, persil haché.Prenez les restes de légumes, tant mieux s'ils sont variés.Les pois en conserve peuvent être employés, mais les pois frais sont préférables.Défaites le jaune de l'œuf dans un plat, ajoutez-y graduellement l'huile, le vinaigre, le poivre, le sel et la moutarde, et mélangez-y les légumes jusqu'à consistance.Placez dans un saladier et saupoudrez de persil.LANGUE HACHEE.Langue froide, mie de pain, poivre, sel, beurre, persil haché, 2 ou 3 cuillerées de bonne sauce aux tomates.Hachez les restes de langue froide, ajoutez le }i en pesanteur de mie de pain, et sel et poivre au goût.Saupoudrez de persil et mélangez avec la sauce.Beurrez des moules à pâtés, remplissez du mélange, recouvrez de mie de pain et de petits morceaux de beurre, et cuire jusqu'à coloration brune. 52 LA REVUE MODERNE 15 mars 1921.LE MACRAME "Macramé" est un mot arabe qui sert à désigner des franges et des passementeries; par extension, ce terme a été appliqué à certains ouvrages que l'on confectionne au moyen de noeuds et par le tressage des fils; on les appelle aussi quelquefois franges nouées.Si nous donnons la préférence au terme arabe, c'est que celui-ci a une signification plus générale et que l'on exécute au macramé des bandes, des galons, des grillages, des carrés et des rosaces aussi bien que des franges et des dents.Le macramé était tombé dans l'oubli et c'est à peine si la tradition en a été conservée dans quelques couvents et chez quelques peuples slaves; c'est cette circonstance qui explique pourquoi il a été considéré comme une invention nouvelle, lors de sa dernière apparition, au siècle dernier.Le macramé est un travail des plus intéressants et des plus variés, car il trouve son application pour l'ornementation et la garniture d'une foule d'objets; de plus, ces ouvrages sont d'une solidité à toute épreuve, ce qui contribue beaucoup -à en généraliser l'emploi.Frange au macramé (fig.I)— Longueur entière des fils pour le No 5 du Coton perlé D.M.C: 35'/2 pouces.Le montage se fait avec des fils pris doubles en commençant avec la nuance la plus foncée pour finir avec la plus claire.L'exécution de ce dessin de macramé est d'une grande simplicité.Nous ferons seulement observer Fig.1 — Frange au macramé.que les baguettes travaillées avec des fils doubles se feront alternativement de droite à gauche et de gauche à droite et que.de plus, le fil porte-noeuds double venant de gauche ne sera recouvert que par 3 fils doubles, tandis que le fil double venant de droite sera toujoursrecouvert de 4 fils doubles.Frange avec trois rangs de houppes (fig.2)—Ce genre de frange sera employé de préférence pour l'ornementation des tapis, des rideaux, des canapés; on choisira donc les numéros les plus gros des cotons.Longueur des fils foncés pour le No 1 du Coton perlé D.M.C; 77 '/2 pouces, lon- Fig.2 — Frange avec trois rangs de houppes.gueur des fils clairs: 65 pouces.Pour le galon du montage compter pour 6'/t pouces du galon: 38 % pouces de Coton perlé D.M.C No 1.Les enlacements et interversions des fils sont des plus simples.Les petites houppes, entre les noeuds, se font indépendamment de l'ouvrage avec du Mouliné spécial D.M.C No 14 et sont rattachées aux noeuds au moyen du tenon de la houppe.Frange au macramé avec coin (fig.3) —Longueur des fils pour le No 15 du Fil à pointer D.M.C: 58 pouces.Les franges au macramé ne peuvent, vu leur composition, être froncées lorsqu'on veut les mener autour d'un coin, comme on peut le faire avec des dentelles en tulle, au crochet ou en filet.Les noeuds serrés du montage empêchent de tendre suffisamment le fil intérieur pour donner aux franges l'étendue nécessaire à la circonférence extérieure.On est donc forcé, suivant le dessin, d'augmenter le nombre de fils d'une quantité donnée pour arriver à faire un coin s'aplatissant bien au bord de l'objet que garnit la frange.Dans le détail de la figure 2 on ajoute 5 fils supplémentaires à la 4me série de noeuds.Fig.S — Frange au macramé avec coin.Un groupe de baguettes entrecroisées exige 16 fils, répondant à 4 groupes de petits carrés placés entre les losanges.Puis, les baguettes étant préparées préalablement, on passe un fil supplémentaire, fil 6, par le noeud double qui raccorde les baguettes au milieu.(Les fils supplémentaires apparaissent dans la gravure dans un ton plus foncé).C'est sur le fil 6 que l'on exécute la baguette se dirigeant à droite et à gauche.On monte ensuite encore 7 autres fils sur les fils entre lesquels passe le fil supplémentaire Le fil 7 est monté simple, les fils 8 et 9 sont montés doubles, le fil 10.le fil 11.le fil 12 et le fil 13 sont montés simples, de sorte que les fils 7, 10.11.12 et 13 relient les fils porte-noeuds, tandis que les fils 8 et 9 seuls sont montés séparément sur chaque côté.Les baguettes que forment les noeuds des fils supplémentaires seront serrées de près comme toute autre baguette double Nous avons écarté à dessein les fils porte-noeuds, afin de bien faire distinguer les fils ajoutés des fils existants.Dans le point de jonction des baguettes on attache un fil de couleur rouge, très long, avec lequel on fait des noeuds pardessus les 14 fils qui se trouvent à l'intérieur du losange.On replie le 7me fil à droite et le 1er fil à gauche, et l'on fait avec le fil de couleur un noeud double sur chacun des deux fils.Le milieu du losange est garni de 9 noeuds plats: ceux-ci une fois établis, on continue à nouer le fil rouge sur les côtés; une baguette simple en fil blanc sert de bord extérieur au losange.LA SCIENCE ET LA VIE La vérité, c'est toute ma force.Pascal.On est toujours bien là où on se dévoue.Goorge Sand.Une vie oisive est une mort anticipée.Goethe. 15 mars 1921.LA REVUE MODERNE 53 VOILA, Mademoiselle Colette, où vous a conduit, le foxtrot.Et vous en êtes fière.Dame! c'est qu'à notre époque, les jeunes Filles pimpantes comme vous, et ornées d'une dot, ont quand même à redouter de rester sans épouseur.Pourtant, vous ne m'avez jamais donné d'inquiétudes.Vous avez un petit bout de nez trop futé et spirituel pour demeurer un personnage immobile de tapisserie.Vous êtes Les toilettes de mariées atteignent une somptuosité sans égale.Ce ne sont que soieries mousseuses et fragiles aux chatoyants reflets et dentelles à profusion.Charmante cette toilette d'hymenee en satin et tulle brodé.La façon est simple mais seyante au Possible.Remarquer l'adroit drapé de la tunique.vivante, Colette; et de celles qui suscitent les hasards.C'étaient donc hier vos fiançailles avec l'oiseau rare que vous dénichâtes en fox-trottant.Félicitations, il est charmant, le futur, intelligent, distingué — un garçon d'avenir.Ce qu'il vous fallait.Le salon de votre maman était une serre embaumée de fleurs blanches parmi lesquelles papillonnaient des nuages de tulle.A l'annulaire de votre menotte gauche fut passée le classique diamant de fiançailles, gage d'un amour inaltérable; je vous le souhaite.Il faut que je vous félicite.Votre robe était un chef-d'oeuvre de grâce juvénile; et je comprends la légère griserie qui vous environnait, conduite par les yeux épris du jeune fiancé.Il pouvait être fier de vous.Vous aviez choisi pour ce jour mémorable une robe de taffetas "rose dragée" d'une simplicité enchanteresse.Le décolleté bateau, les mancherons bouffants, laissaient admirer le pur éclat de votre cou et la parfaite gracilité de vos bras.Des bouclettes de ruban étaient le seul ornement de cette robe sur laquelle ils mettaient leur note rieuse et enfantine.Vous étiez mieux que jolie, Colette; et le petit bout de votre nez fripon le savait.Le mariage ne traînera pas; et vous voulez être ce jour-là, pour gravir les marches de la Cathédrale, la mariée exquise vers laquelle se braque l'objectif des photographes de journaux mondains.Vous vous documenterez sur les robes de marées.Vous savez déjà que la fleur d'oranger ne se porte plus et que le jasmin est trop facilement répété.Vous aurez tôt fait de découvrir, chez les couturiers en vogue, l'enroulement de satin qui, sans vous vieillir un brin, pourra s'accorder avec la fleur hiératique que vous avez choisie entre toutes pour votre symbolique ornement.Des lys.Longue et flexible comme vous l'êtes, avec vos cheveux flous, vos yeux d'agathe pailletée d'or, votre peau de fleur, vos mains de patricienne et vos petits pieds d'infante, vous supportez la hautaine royauté de cette belle fleur.C'est elle qui semblera assujettir l'irréelle transparence du voile de tulle uni qui vous enveloppera toute de son perceptible mystère.A la taille aussi vous aurez un de ces lys, sur la robe de satin ivoire, un peu courte, mais complétée du manteau de cour qui descend des épaules et se prolonge loin, très loin, j'usqu'au mignon petit couple porteur de cette traîne digne d'une impératrice.Votre neveu et votre nièce, qui ont six et quatre ans, auront l'orgueil de vous servir de page et de demoiselle d'honneur.Je les vois, avec leurs cheveux blonds, leurs yeux éveillés, leur gentille frimousse; habillés l'un et l'autre de velours noir, pour mieux contraster.Ils seront jolis à voir quand, au bruit des grandes orgues, ils vous suivront vers le maître-autel chargé, pour vous célébrer, de roses et de lilas.C'est une mode ancienne, à laquelle on revient avec empressement.Pour quêter, vous aurez quelques-unes de vos amies, en robes roses ou mauves.Les jeunes femmes de votre famille préféreront les teintes foncées, qui dominent dans les cortèges les plus élégants.Le noir surtout.Je vois d'ici votre maman, qui a de l'allure et un grand charme, dans une robe de satin noir mêlé de tulle, avec un rien de broderie d'argent sur le corsage et un ruban d'argent perdu dans les volutes de tulle.Et votre sœur s'accommode on ne peut mieux d'une robe de taffetas noir mélangée de ruban bleu.Le noir affirme sa supériorité dans toutes les circonstances, et plus encore dans ces célébrations mondaines qui exigent en même temps qu'une rigoureuse élégance, une extrême distinction.Depuis la démocratisation du costume masculin, on n'a encore rien trouvé de mieux; et chaque fois que nous avons nous-même une hésitation ou un doute, c'est au noir qu'il faut nous adresser, avec plus de certitude.Il y a mille façons de corriger par les détails ce qu'une robe noire peut avoir de trop sévère, à première vue.Donc, Colette, il y aura beaucoup de noir dans votre cortège, les messieurs en habit, les dames en panne, en satin, en tulle, en taffetas.Vos demoiselles d'honneur feront exception; mais tout l'éclat sera pour vous qui étincellerez sous vos voiles blancs, telle un joyau.En vérité, c'est une cérémonie accablante.Au sortir des musiques suaves, émue encore de l'anneau passé à votre doigt, il faut que vous receviez avec toute la gamme de vos sourires, la cohue des complimenteurs.Vous êtes assez mondaine pour vous en acquitter avec aisance et sans trop d'ennui, parce que cela vous flatte, tout ce monde venu là pour vous; et vous triompherez de vous montrer à tous plus belle de la certitude d'être aimée et admirée.Quand vous serez tous les deux dans l'auto fleurie qui vous emmènera, en un démarrage discret de voiture de luxe, il vous faudra subir les regards des curieux qui vous attendaient avec des sourires de complaisance.Vous serez un peu étourdie, Colette, je le gage, pour recevoir la parole émue qui vous fut déjà tant de fois dite — et qu'il vous dit encore en maudissant la gravité de ce cérémonial qui lui permet tout juste de porter à ses lèvres votre petite main gantée.Vous avez repris votre assurance pour le lunch.Mais vous êtes distante comme il sied à une reine qu'on célèbre.Le petit bout de votre nez a beaucoup moins de malice qu'à l'ordinaire.BLEUSE.L*a F Lancés —Ça manque un peu d'ensemble.—Laissez doncl.quand ils seront mariés il se mettront peut-être d'accord ! 54 LA REVUE MODERNE 15 mars 1921 Les produits Raymond sont appréciés des connaisseurs. < nars 1921.LA REVUE MODERNE 55 COURRIER DE MADELEINE EXCELSIOR—Tant mieux si je puis vous faire quel-quo bien, et l'assurance que vous m'en donnez m'est vraiment bien douce.Le "Fémtna" agrandi vous a plu, et rien ne sera épargné pour le rendre de plus en ni attrayant et intéressant.CELLE QUI VOUS ADMIRE—Celle aussi qui sait traduire son affection par des mots très doux et très fervents.Je vous remercie pour toute la tendresse que vous jetez en ma vie, et je veux vous garder mienne, toujours.Les yeux noirs dénotent de l'intelligence et de l'ardeur.Quelle bêtise de les taxer de méchanceté et de rudesse.Ceux-là qui parlent ainsi, ne vous connaissent pas évidemment! FERNANDE LA PAYSAN NE—Quelle admirable amie vous êtes, et combien j'apprécie votre agissante sympathie.Comment aimez-vous votre nouvelle carrière?Votre journal malheureusement m'arrive imparfaitement.Voudriez-vous le faire envoyer à mon adresse personnelle: 710 Saint-Hubert.RACHEL D.—Je suis ravie de faire la connaissance d'une petite cousine si vaillante et si aimable.Je voudrais diriger vers votre maison toutes celles que la carrière de "nurse" attire, et qui ne peuvent se placer dans nos hôpitaux.Aussi, si de jeunes amies me consultent à cet égard, je leur dirai quelle sécurité et quels bienfaits offre votre splendide institution.Je vous ai sûrement vue toute petite, car lorsque fillette, t'ai connu votre mère,elle promenait déjà de beaux enfants.Ecrivez-moi souvent et longuement, et vos billets m'intéresseront toujours.DENISE.— Mais oui, cela suffit amplement pour se faire aimer.Votre surdité est certainement nuisible, mais elle ne constitue pas une tare irréparable.Vous pourrez d'ailleurs y remédier, le plus tard possible, par le port d'un appareil très adopté.Cette infirmité peut et doit être masquée le plus longtemps possible, mais elle ne constitue sûrement pas un inconvénient aussi grave que la perte de la vue et du parler.Vos autres qualités tant physiques que morales, vous vaudront d'être aimée.Votre éducation vous donne le droit d'avoir tous les goûts.Seulement gardez-vous bien de moins aimer et de moins respecter ceux qui vous ont préparé une vie supérieure à la leur.C'est alors que vous marquerez une infériorité, la plus triste de toutes.Mais je vous en juge parfaitement incapable.FRANCELINE—Le "pour nous deux" m'a plu.Je vous pardonne ce "verbiage" spirituel et charmant, et je vous engage à y revenir le plus souvent possible.Ainsi tout doucement vous vous acclimatez à votre nouvelle vie.Je souhaite qu'elle vous plaise bientôt, au point de'ne plus rêver à changer.Tous les bonheurs sont en soi, voyez-vous; il s'agit simplement de les reconnaître et de les apprécier.Si le comité de lecture approuve, je ferai illustrer, cela mettra de la vie dans ces petites pages si fidèles et si sincères.Vous devez aimer votre nouvelle petite patrie, à cause justement de la résurrection qui s'y est manifestée.Je suis si contente avec vous, vous le sentez bien, n'est-ce pas?STELLA—Non je ne suis pas désenchantée; au contraire, et de plus en plus je vous apprécie et vous aime.La sincérité est toute la vie, et je déteste la duplicité et la prétention plus que tout au monde.Vous, si simple et si sincère, devez me plaire profondément, et je vous •e confesse en toute amitié.L'OISEAU BLEU—Petit oiseau bleu, que vous êtes charmant.e I Faites ce petit sacrifice généreusement, et qui sait si le bonheur ne vous attend pas là-bas.Le hasard est bon bougre, et peut être votre destinée va-t-elle s'affirmer magnifique, alors que vous serez en tram de douter de lui.Espérez, petit oiseau charmant, l'ère des chansons commence à peine.LIBERTE—Vos vers sont soumis à l'appréciation de Saint-Just, secrétaire de notre comité de lecture en poésie.Je souhaite qu'ils soient acceptés.R.DE L.L.— Malheureusement notre premier numéro est absolument épuisé.Peut-être un lecteur vou-dra-t-il se désaisir de son exemplaire à votre avantage.En eu cas, je vous le laisserai savoir.Notre Revue a donné un succès dépassant les plus folles espérances.Nous n'épargnerons rien pour la rendre de plus en plus attrayante et aimée.Nos lecteurs sont nos amis, ils nous aillent, ils favorisent notre succès, et de toutes Dart.-, l'élan est splendide.De ce temps-ci, notre cir-tulaiion monte, monte.Merci de vous intéresser à notn- progrès, de façon si gentille.Ce violon a pro-oat ornent une grande valeur.Si vous habitez la ville, vouloz-vous que nous vous aidions à le faire recon-na i?SI vous vivez à la campagne voudriez-vous nous ' 'er?Nous n'épargnerons rien pour vous aider à r(>
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