La Revue moderne., 1 octobre 1930, octobre
ROMAN COMPLET: Les deux Jeanne Par PIERRE MAEL Canada français et industrie maritime Par EMILE BKITHESI Poésies Pur JOVETTE-ALICE H Fit M El! et ROSAIRE I>l\ La Gaspésie retrouvée Par .11 kl Ulil ( III M Chronique musicale Par AKIETTE LA 8ALL1 La Vie Canadienne Pages féminines V.\r 11 VIMOIMM MONTREAL, I AN \l>\ — OCTOKRE 1930 lie ANNEE - NUMERO 12 ifcrirpprpir.S NoM| Non, Gaston je pre-fère reste t- vieux çat-çon, When good fellows get to-gether E>iwoi Je sais que les jeunes CEST La Bière oïd Stock Vie de mehôOé- «tjsi je savais _ -seule oui vaill^.Tde trouver une 5ais-tu qje ma CTerome cowwe ça h\€rtCûura^elj£ crois que j'f Ç" Jk( bûÎM de la rt*e déciderais àj Lstock/J saut, |—X« Zcr Reine des Bières Co-rédacteurs: Madeleine Jean Bruciiesi Idministrateur: Roméo Caron Publicitt: E.-J.SlIEARMAN Service des abonnements: E.-L.MlGNAULT LWjVpERNE et.LA VIE CANADIENNE .fusionnées Président-Directeur: NOËL-E.LANOIX Bureaux: 320 est, rue Notre-Dame Tél.Harbour 6195 Représentants' G.-M.Rae, Toronto J.W.Hastie, New York Franklin E.Wales, Chicago Thos.-J.Stobart, Londres, Ang.lie Année— No 12 MONTREAL, CANADA Octobre içjo Canada français et industrie maritime LPLUS beau fleuve du monde baigne les rivages québécois.A prés de 1,000 milles de l'Océan, nous avons un port magnifique, QUEBEC, capable d'abriter toute une flotte.Et Montréal, métropole du Dominion, port de mer, tient la clef du Saint-Laurent à l'ouest.Situation géographique remarquable; population aux quatre-cinquièmes française à Montréal même.Et il faut que les Canadiens de langue française chantent victoire parce qu'un des leurs, pour la première fois, vient d'obtenir la présidence de la commission qui préside aux destinées du port de Montréal.Une tradition est brisée; les journaux anglais ont tonné, crié, pleuré; certains ont jeté l'injure et le mépris.Au lieu du troisième violon, nous avons cette fois le premier.Serait-ce le commencement d'un réveil ?Avouons-le carrément; nous n'avons souvent que ce que nous méritons.Nous manquons d'aplomb, nous manquons d'audace, et ceux qui se mettent à notre tête, on s'y laissent porter, ne sont parfois que des lâcheurs.Nous acquiesçons trop volontiers à cette légende saxonne que les nôtres n'entendent rien aux affaires.L'exemple part de haut Notre trésorier provincial, par tradition, ne doit-il pas par être anglais ?Une affaire s'organise-t-elle, où les deux groupes ethniques sont représentés, presque infailliblement il se trouve un "cana-yen" pour proposer un trésorier de langue anglaise.Tirez les premiers, MM.les Anglais! Quand cela changera-t-il ?Nous n'avons qu'à le vouloir.Il sied qu'au Port de Montréal un de nos compatriotes occupe le fauteuil présidentiel, fût-il simple membre du Barreau.— Relisons quelques pages de notre histoire: nous y verrons la large part que prirent autrefois les gens du Québec dans le développement de l'industrie maritime.Nos explorateurs et nos découvreurs, les Nicolet, les Marquette, les La Salle, les La-Vérendrye étaient tous de hardis navigateurs.C'était un des nôtres, ce Lemoyne d'Iberville dont les expéditions à la Baie d'Hudson font l'égal des plus célèbres officiers de la marine française.Par C.-Emile BRUCIIESI Experts à manier la voile et l'aviron, nos ancêtres ne tardèrent pas à s'essayer dans la construction des navires.Dès 1606, à Port-Royal, Pont-Gravé lançait deux petits navires; en 1663, le Conseil Souverain établissait, à Québec, un premier chantier maritime auquel Jean Talon, premier intendant de la Nouvelle-France, devait donner un essor remarquable.En 1670, des navires y étaient construits et équipés pour le voyage aux Indes Occidentales, avec escale en France et retour; notre commerce d'exportation s'inaugurait.Les chantiers de la rivière Saint-Charles, devenus trop petits, sont agrandis.De 1740 à 1750, pour le seul commerce des Indes Occidentales, une quarantaine de navires sont livrés aux marchands français, et, en 1753,1e ministère de la marine fait construire une dizaine de navires, dont l'un, "l'Algonquin", est une frégate armée de soixante-et-douze cannons.Après 1760, sous le régime anglais, c'est un regain d'activité.Le commerce de la Grande-Bretagne exigeait de nombreuses cales.Le Canada se chargea de lui en fournir.L'industrie maritime atteint son apogée de 1850 à 1875.Durant la seule année 1864, sur 500 navires construits dans les provinces du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Ecosse et de Québec, notre province fournit près de la moitié, soit 120,000 tonnes.La moitié de la population de la vieille capitale tirait sa subsistance de la construction navale.Et ces meilleurs chantiers de Québec appartenaient aux Canadiens français.L'un d'eux, Brunelle, construisait, en 1860, un voilier capable de faire ses 14 nœuds à l'heure.Cette belle popularité allait bientôt s'évanouir.Les coques d'acier parurent, qui chassèrent de la haute mer les jolis navires de bois.Rappelons pour mémoire que le premier navire a vapeur fut lancé à Montréal en 1809.C'était "l'Accomodation".Le premier navire qui put traverser l'Océan, sans autre secours que la vapeur de ses bouilloires, le "Royal William", était lancé à Québec en 1831.Quelle a été la part des gens du Québec dans le développement de l'industrie maritime au Canada ?Toujours la main d'oeuvre canadienne française fut prisée très haut dans tous les chantiers maritimes, sous le régime anglais comme sous le régime français.Jusqu'en 1857 Québec construisait la moitié du tonnage total.Quand on se mit à construire en acier, les nôtres abdiquèrent, les chantiers québécois diminuèrent d'importance, puis changèrent de mains.Que nous reste-t-il à nous, Français du Québec, de tous ces travaux, de tous ces succès ?Sont-ce les chantiers de Lévis où les nôtres fournissent la main-d'œuvre?Sont-ce les chantiers de Sorel où l'on daigne parfois faire construire quelques remorqueurs, crue-môles ou marie-salopes ?Sont-ce les chantiers de Montréal, où les nôtres sont appréciés grâce à leur labeur de braves gens, sages, pondérés, ennemis des grèves et satisfaits de peu ?Il faut bien l'avouer: de toute la belle industrie d'autrefois, tout ce qui est demeuré nôtre, non seulement en main d'œuvre mais en capital, ce sont les chantiers de Verchères, berceau de la fameuse chaloupe à fond plat, favorite des pécheurs à la ligne.Nos compatriotes avaient fondé la compagnie Richelieu, devenue depuis, The Canada Steamship Lines.Quelle y est notre part d'influence aujourd'hui ?Les remorqueurs de la Cie Sincenne ne sont-ils pas devenus ceux de la maison James Playfair ?Lesquels, parmis les nôtres, s'occupent de transport maritime ?Quels sont les gros exportateurs ou importateurs qui, par leurs chiffres d'affaires, s'imposent à l'attention, exercent de l'influence, alimentent les assurances ?Quels sont ceux qui approvisionnent les nombreux navires qui nous visitent annuellement ?Quels sont les arrimeurs ' Quels smit ceux qui vivent de la vie du port ?La vieille maxime est toujours vraie: Trade follows the flag.Nous aimons trop jouer troisième violon.Nous venons de faire un premier pas.A quand le deuxième ?Canada français et industrie maritime, Fjinilr Brttchési.3 SOMMAIRE Modes .2i -34 La Gaspésie retrouvée, Jean Brachési Le jardin du poète.4-5 LA VIE CANADIENNE.10 Comment entretenir les planchers.Le courrier du mois, Marjolaine.41 43 Quelques livres.ROMAN 1 1 L'éducation des enfants, Marjolaine.4ù Chronique musicale, Annctte La Salle.y*, f.- Les deux Jeanne, Pierre Magl.PAGES FEMININES, Marjolaine 1 1 Vous désirez quelque chose de personnel.47 T 'nmif 10 Nii'nifQ l'rlfl g Eve au miroir, Celia Caroline Cole.17 La Petite Poste.50 1.llllll 11 0 l \ < 1 \ .l 1 1 11.Quo doivent manger les enfants.22 Concarneau, Brrthe Délisle.8 Le bon goût.26 Etudes Graphologiques.50 La Revue M o ci e i u < Montréal, Octobre 1 9 S 0 La Gaspésie \liiiifi i.s ,i goélands .i IVr.é Photo C.N.R.ON a parfois comparé notre Gaspésie à l'antique Bretagne "taillée comme un navire".Habitées toutes deux par une population de pêcheurs, la Bretagne et la Gaspésie, qui sont toutes deux la pointe avancée d'un continent, offrent le spectacle d'une nature grandiose passant sans transition de l'aspect rude et sauvage au pittoresque et à la gr.'n r de- plus di m\ paysages Mais il ne faut pas pousser plus loin la comparaison après avoir rappelé cependant que la Gaspésie est, .m 111< ¦ le |>.i\ - d'Aï iii' > r , r 111 < • i f 111 « -à un degré moindre, une terre de légendes.C'est le propre des pêcheurs et des marins, écumeurs d'océans dont les yeux ont l'habitude des horizons illimités, de donner libre cours à une imagination qui fait d'eux des poètes et des rêveurs.La "grande câline", qui cl pi.'-que leur Lin c.iu cl, .nubien souvent! leur tombeau, nourrit à la fois les corps et les cœurs.Plus rapprochée du nord que la Bretagne, la Gaspésie ne connait généralement pas cette douceur du climat que le voisinage du Gulf Stream donne au pays des calvaires, et l'on y chercherait vainement cette température quasi-tropicale dont s'enorgueillit la région de Roscoff.La saison d'été y est brève: rarement plus que juillet et août.Les nuits n'y sont à peu près jamais chaudes et il faut avoir quelque courage, sauf pendant quelques jours, pour prendre un bain de mer entre Matane et Cap-des-Rosier».Si la cote nord de la Gaspésie, plus pittoresque, offre le spectacle ¦auvent grandiose de ses caps, de ses montagnes et de ses baies, c'est le versant sud qui rappelle davantage le reste de la Province.Il faut voir les villages du nord, y séjourner même un peu lorsqu on en a le temps.Le touriste ne trou- mes et des légendes.1 )epuis qu'une route magnifique, qui tantôt domine la mer, à plus de mille pieds, tantôt se rapproche d'elle au point d'en recevoir l'incessante caresse ou les rudes coups, encercle la Gaspésie sur un parcours de quelque 550 milles, le voyageur peut vous admirer de près au lieu de vous saluer tout simplement du pont d'un navire rapide.Mais, s'il veut avoir plus de chaleur, un paysage plus doux, des coins de plages sablonneuses, le spectacle d'une bonne aisance et d'une terre plus cultivée, c'est le long de la baie des Chaleurs qu'il ira, .tes monts aux faîtes alanguis, L'or de tes genêts roux, tes collines [joyeuses.(Blanche Lamontagne-b) Femelle de Fou-de-Bassan sur son nid Photo C.N.vera pas ailleurs une nature plus entre Carleton et Gaspé, laissant sauvage et tourmentée qui éblouit derrière lui le regard et fait monter aux lèvres les cris d'admiration.Cap-Chat, Sainte-Anne-des-Monts, et Mont-Louis, Madeleine, Saint-Maurice, Rivière-au-Renard, Anse-au-Griffon, Cap-des-Rosiers! Autant d'étapes accueillantes sur une route qui provoque à la fois l'émotion et l'enthousiasme du voyageur le plus blasé.Gros ou petits villages, tous pareils, qui s'étirent au fond d'une anse ou d'une baie, de chaque côté d'une église dont on retrouve le style et le clocher sur tous les points de la Gaspésie! Petites et chères patries, adossées aux Shickshocks, mais ouvertes sur l'immensité de l'océan, et d'où, chaque jour, de mai à novembre, partent les barques noires et grises! Il n'y a pas encore longtemps, vous restiez hors du courant qui emporte les touristes à la recherche des paysages nouveaux, des coutu- * Il y a près de quinze ans, j'avais mes premières vacances gaspésien-nes.Le souvenir qui en est resté, venant s'ajouter à celui d'une croisière précédente dans le golfe et à l'inoubliable tableau de la baie de Gaspé, demeure, dans la mémoire, aussi frais que la jeunesse d'hier.Par la suite, d'autres séjours sur la rive rocailleuse de l'anse de Maria n'ont fait qu'enrichir les premières impressions.Un soir, on prenait — on prend encore — le rapide et confortable Océan — l'Intercolonial d'hier.—Le lendemain, dans la lumière naissante, les yeux s'ouvraient sur la somptueuse vallée de la Matapédia.Petites gares misérables, forêts épaisses, rivière au cours rapide, sol de colonisation.Puis, il fallait descendre dans un cirque de montagnes, pendant que le long train noir s'en allait bien vite vers le sud, franchissant le pont de fer qui unit le Québec au Nouveau-Brunswick.A une heure incertaine, on se remettait en route, mais cette fois à bord d'un petit train mélancolique dont les voitures aux sièges de paille ou recouverts d'une espèce de velours jadis rouge ignoraient le confort et la propreté.Dans un bruit de ferraille et le grincement continu des roues sur l'acier rouillé, le train suivait prudemment la voie mauvaise.Par les La route de (ïaspesie, à Mont-Louis La Revue Moderne — Montréal, Octobre 19 30 f'fir/r Retrouvée fenêtres ouvertes qui laissaient entrer la poussière et la fumée, on pouvait, à loisir, contempler le paysage aux scènes variées, resté le même alors que tant d'autres choses sont .changées.Parfois, comme s'il était fatigué, le train s'arrêtait entre deux champs de blé ou tout au bord de la mer.Les voyageurs avaient le temps de descendre pour ramasser des fraises sauvages.Puis, souillant, fumant, crachant, le train repartait.Les gares, peintes en rouges, pour la plupart, se succédaient à des intervalles irréguliers.Nous nous arrêtions à l'une d'elles, avec au moins deux heures de retard.Un chemin de campagne descendait vers la mer rutilante qui devenait, pendant des semaines trop courtes, l'objectif de tous les regards et la cause de rêves fous.Je viens de revoir tout cela: l'église orientée vers l'ouest, les maisons clairsemées, très rarement peintes, la longue route sans trottoirs, le vieux pont Rouge où le feuillage épais d'un orme centenaire doit encore projeter son ombre, les rivières peu profondes qui descendaient de la montagne et leurs fosses pleines de truites mouchetées, le long quai de bois où, jamais, aucun navire n'est venu, lieu de promenade plus qu'autre chose, avec, tout au bout, un phare blanc dont un marin septuagénaire venait, chaque soir, allumer la grosse lampe à arc.Et la plage aussi, recouverte de galets, de coquillages et de troncs d'arbre, où l'on s'amusait à chercher des agates et que parcourait, le soir, dans le clair de lune, quelque héron craintif et silencieux.Oui, comme la mer ramène les épaves sur la rive, ainsi le souvenir a fait subitement remonter à la surface des choses un passé' qui ignorait le souci.Les noms, les dates, les objets se sont remis à vivre .Mais déjà, le train avait dépassé Maria, m'entraînant vers C'handler, vers Gaspé où m'attendait un vieil ami pour me conduire chez lui dans la paix et la solitude de l'Anse-au-Griffon.Ce n'est plus le train paresseux d'il y a dix ans, le train presque légendaire abandonné à lui-même par des administrateurs étrangers qui Par l'ouverture du rocher Percé Photo C.N.R.longues années de protestations Vieux moulin rustique de fermier gaspésien Photo C.S.R.ne se préoccupaient pas du progrès de la Gaspésie.Enfin, après de l'ort de pèche ftaspésien Photo C.N.R.et de démarches, le chemin de fer de la baie des Chaleurs, qui traverse l'une des plus belles régions de notre pays, est passé en des mains plus dignes et plus fermes.Il fait désormais partie du réseau considérable du Canadien National.Déjà, l'on a consolidé la voie.Plus de régularité et d'exactitude dans les horaires, plus de confort à boni des trains, plus de rapidité-dans le parcours: voilà autant d'heureuses constatations qui s'ajoutent à plusieurs autres dans des domaines différents.Il y a maintenant un évêque à Gaspé, un évêque au grand coeur qui voit loin et s'est consacré tout entier à cette terre historique dont Jacques Cartier prenait possession, un jour de juillet L5.Î4.La < iaspé-sie doit déjà beaucoup à Mgr Ross qui lui a donné un hôpital, un collège classique, des communautés religieuses, dont une d'oiiginc gaspésienne, des coopératives, de pêche qui font une belle concurrence aux étrangers successeurs des fameux Robin, longtemps les maîtres absolus de la Gaspésie.L'évêque a trouvé de précieux appuis chez les hommes publics et groupé des énergies qui, jusque là, s'ignoraient.Ses efforts, ses succès prolongent ceux de quelques Gas-pésiens d'hier — Gaspésiens de naissance ou de cœur— intéressés au développement de cette belle région, et au premier rang desquels il faut mettre l'ancien député de Gaspé — aujourd'hui sénateur — l'honorable Rodolphe Lemieux.La Gaspésie est riche: riche en rivières poissonneuses et en forêt que l'étranger, hélas! exploite en trop grande partie, à son seul bénéfice; riche en mines à peine connues; riche par sa population honnête qui a besoin d'être mieux comprise, davantage aidée; riche par une partie de son sol qui pourrait être utilisée de façon plus pratique et donner de beaux fruits abondants; riche par ses pêcheries dont les méthodes devraient être rajeunies; riche par ce port de mer naturel qu'est Gaspé à 500 milles plus près de Liverpool que Halifax; riche surtout par ses perspectives d'avenir.Car, si l'on veut, si ceux qui ont en mains l'administration de la chose publique le comprennent, la Gaspésie remplira demain les magnifiques promesses qu'on entrevoit aujourd'hui.11 faut compter sur cet avenir qui lui donnera, à force de trav.iil, de persévérance et de foi, la basilique nationale du centenaire, le port incomparable dont le Canada tout entier tirera profit et ce chemin de fer intérieur qui ouvrira un pays nouveau à la colonisation et au progrès.Jean Rrucresi Août-septembre 1Q.M). Page 6 La Revue Moderne — Montréal, Octobre 1930 LE JARDIN DU POETE CHOISIS CE $]JE J'AI DE MEILLEUR Depuis qu'il est parti, je n'attends plus personne, Je n'ai plus que toi, le Printemps; Et ne sois pas surpris qu'enfin je m'abandonne, C'est toi qui seras mon amant.Avant qu'il soit trop tard, prends toute ma jeunesse, Au cœur des choses, jette-la; Prends mes sens éperdus, mes humaines faiblesses, Je n'ai plus besoin de cela.Fais avec ma douceur des cliamps de violettes, Et regarde si je n'ai pas Un reste de sourire en mon âme inquiète Pour le mauve frais des lilas.Au creux de mon épaule, enlève la tendresse, Il n'y reviendra jamais plus; Que nul autre que toi, Printemps, ne la connaisse, Ma lèvre tiède où il a bu.Viens prendre le toucher de mes doigts lents et pâles, Puisqu'il ne doit plus revenir; Ole-moi ce cœur-la qui tremble et qui s'affale Dès que s'approche un souvenir.Si tu veux pour tes nuits des étoiles nouvelles, Prends mes regards inapaisés; Mes rires d'autrefois feront les cascatelles.Mes soupirs, des bruits de baisers.Tandis que mon chagrin versera ses orages, Fais fondre tes plus doux pastels, Et si triste qu'il soit, relève mon visage Par le rêve d'un arc-en-ciel.Epuise ce besoin solitaire et farouche, Souffle sur ce désir que j'ai D'avoir avidement sa bouche sur ma bouche Puisque je n'y dois plus songer.Printemps passionné, Printemps mâle et bohème, Choisis ce que j'ai de meilleur, Ce que j'ai de pâmant dans mes angoisses blêmes, Ce que j'ai de beau: ma douleur.Jovette-Alice Bernier.Sherbrooke, 1930 ("Les masques déchirés" en préparation.) SB SB SB SB si SB CHOSES REVEES Ce serait, sur les bords de la mer, un chalet.Avec un jardin vert encerclé de galets.La vague expirerait sur le perron de pierre, Festonnant de varechs les ais de la barrière.Au matin, nous irions sur les sables déserts Quérir, dans nos paniers, moules et crabes verts.Et puis, après avoir bien gavé nos prunelles De l'azur du soleil dont la vague étincelle, Ce serait le retour au chalet réveillé Et devant Vôtre clair au repas famillier.Nous ferions très souvent, vers l'horizon qui s'arque, Des voyages soudains.Seuls aux creux, de la barque, Qui tangue au gré des flots, dans l'éparse clarté, Nous voguerions sur l'eau du Rêve illimité.Parfois, ramenant à l'amarre l'aviron, Dans un rocher formant un asile profond, Bercés au calme oubli du monde et de sa fièvre, Comme le gouffre amer m'attirerait ta lèvre.Nous goûterions les soirs profonds, mystérieux, Les soirs inquiétants, quand tious irions tous deux Sur les sables mouillés encor de la marée, Nos doigts s'entrelaçant par la fraîche soirée, Seuls comme en un désert, deux flammes, deux fétus, Longeant l'immense abime et les roches battus.Ah \ par ces soirs bénis ou l'amour divin rôde, L'azur, comme un bassin étamé d'émeraude, Formerait pour nos cœurs une intime cloison, Et le ciel et la mer seraient notre horizon.Dans la nuit reposant dans la paix, côte-à-côte, En écoutant la mer frapper la haute côte, Quel bonheur de goûter un désir incessant Et vert comme le flot quémousse le brisant.Avec un cœur le bruit de la mer moutonnante Et des flots de douceurs en nos âmes chantantes.Sur les bords de la mer, ce serait un chalet.Rosaire Dion Hampton-Beach, 1930.|Poème inédit.] Quelques Dieux blancs, hommes jaunes — Une vision de l'Fxtrême-Oricnt singulièrement nouvelle.Races jaunes et pays tropicaux n'ont-ils pas subi, ces dernières années, de surprenantes transformations?Colonies britanniques ?Indochine?.Il appartenait à Luc Durtain, dont les livres d'Amérique et de Russie se classent parmi nos révélations majeures sur ces pays, de tracer l'étonnante figure de l'Asie actuelle, telle qu'elle est, grandeurs et lacunes.Forêt vierge ou plantations d'hévéas, cérémonies royales ou pagodes, cités grouillantes ou étranges retraites du plaisir et de l'opium, Chinois, Khmers, Annamites ou Français, partout et vers tous l'écrjvain vous conduit hardiment, en enquêteur, en savant, en poète.Ft sans jamais oublier ce qu'il y a d'humain dans toute race, dans chaque vie.Œuvre de haut style et de celles qu'il faut avoir lues pour connaître le monde moderne.Hier, c'était le New York de Paul Morand.Aujourd'hui, Luc Durtain, avec Dieux blancs, hommes jaunes (Flammarion, éditeur, 1 fort volume, 15 francs) apporte au grand public, avec des tableaux inoubliables, le plus poignant des problèmes.Les Galériens du Kaiser — Nos lecteurs connaissent l'énorme succès du livre d'Eric Remarque, A l'Ouest, rien de nouveau.Le réalisme de cette oeuvre, - à laquelle on peut par ailleurs adresser de sévères critiques, -servi par une habiJe propagande pacifiste, en explique le formidable tirage et la diffusion à travers le monde.Toute une littérature de guerre, traduite de l'allemand en français, a suivi l'ouvrage de Remarque.Après les récits de la guerre des tranchées, voici l'histoire de la vie des marins allemands : Les Galériens du Kaiser, par Théo-dor PJivier, traduction de C.Burghard, (1 vol.chez Flammarion).Le presse allemande a déjà fait de grands éloges du livre de Plivier, du moins la presse allemande qui a des allures pacifistes et républicaines.Le lecteur, qui se procurera ce livre intéressant, tout plein de scènes dramatiques, d'où se dégage parfois une certaine monotonie, ne devra pas oublier que l'oeuvre de Plivier, comme celle de Remarque, ne présente qu'un côté de la médaille, qu'une vision raccourcie et incomplè- te d'une guerre atroce, certes, mais fertile en actes d'héroïsme, de noblesse et de grandeur., * * Bernardin de Saint-Pierre — La collection de "L'Histoire de la Nature vivante" vient de s'enrichir d'une oeuvre remarquable, susceptible d'intéresser les savants autant que les littérateurs.Bernardin de Saint-Pierre et l'harmonie de la nature tel est le titre de ce livre dont l'auteur est M.Louis Roule, professeur au Musc'um national d'Histoire naturelle de Paris (1 vol.chez Flammarion).Les élèves des écoles, couvents et collèges ne connaissent généralement Bernardin de Saint-Pierre que par son livre célèbre, Paul et Virginie.Et encore, bien peu ont lu en entier cette histoire romantique qui fit pleurer tant de jolis yeux.Le livre de M.Louis Roule, contenant une biographie complète du célèbre écrivain et une analyse de ses oeuvres, se termine par une étude sur l'harmonie de la nature, telle que la biologie moderne permet de la comprendre.Cette étude classe parmi les naturalistes Bernardin de Saint-Pierre qui, le premier, "eut l'idée d'étudier la vie générale et s'efforça d'en obtenir une interprétation morale." La Revue Moderne — Montréal, Octobre 1030 Page 7 CHRONIQUE MUSICALE LE PARFAIT DISCOPHILE Par Annette LA SALLE EN ce qui touche directement le sujet des disques, cet article aura d'autant plus l'aspect d'un froid documentaire, que je me suis mesurée la place comme à plaisir.C'est qu'avant d'en commencer la rédaction, j'ai eu le tort de lire les pages que Jean-Richard Bloch, dans la revue Europe, consacré précisément à la musique mécanique.Toutes les idées qui me sont chères y sont exposées avec une netteté et une originalité telles, que je ne puis résister au plaisir d'en reproduire ici quelques extraits."Tout a changé", écrit Jean Richard Bloch."La sans-fil, la machine parlante, provoquent une révolution analogue à la découverte de l'imprimerie.On a vu, en moins de cinq ans, des réputations de chefs d'orchestre, de virtuoses, de chanteurs, s'épandre à la surface du monde avec la même puissance irrésistible que, dix ans plus tôt, la ligure fraternelle de Charlie Chaplin.Avant la guerre, une gloire musicale demandait, pour s'imposer, une vie entière, de longues tournées, de pénibles voyages.Portée aujourd'hui par les ondes ou les disques, elle touche le monde entier en quelques semaines."Le mois, même où j'écris ces lignes, une grande maison d'édition phonographique met à la portée de tout esprit curieux la Judith, de Honegger, l'Orestie, de Darius Milhand, deux grands ouvrages d'une exécution hérissée de difficultés.C'était, en janvier dernier, le Sacre du Printemps, dirigé par Strawinsky en personne, et la belle Ibéria de Debussy, que seul, un Parisien pouvait se flatter d'entendre tous les deux ou trois ans.C'était, le mois dernier, Till Eulenspiegel, sous ia baguette de Richard Strauss."Je cite ces exemples au hasard.Nous entrevoyons le jour où Gramophone, Columbia, Polydor seront les Calmann-Lévy, les Fasquelle de l'édition musicale, et verront naître, à leurs côtés, des Grasset, des N.R.F., des Rieder musicaux, bâtiments d'avant-garde, offerts à la jeunesse."Si le drame postule un public présent à tout moment dans l'esprit de l'auteur, la musique, drame de l'inconscient, subit les mêmes lois.La présence occulte, dans la pensée du compositeur, d'un public de dix millions de personnes, agira sur son inspiration tout autrement que l'espérance hésitante de quelques centaines de dilettantes."Nous sommes à la veille d'entendre un nouveau langage musical.Il s'adaptera aux moyens titaniques que l'on met à sa disposition.Il s'élèvera à la hauteur de l'attente universelle."Il y aura autant de différence entre la musique de demain et celle d'hier qu'il y en eut entre la phrase destinée à la soigneuse calligraphie, sur un parchemin, par les soins d'un scribe, au fond d'un couvent, et la parole directe, qui, multipliée à volonté, atteint l'esprit avec la rapidité d'un projectile."Il a fallu un siècle pour que le langage s'habituât à l'imprimerie, dépouillât les longues circonlocutions de la rhétorique monacale, sentit naître son public nouveau et trouvât, pour le toucher, un rythme nouveau.Ce qui a demandé cent ans, à la Renaissance, la musique l'accomplira aujourd'hui en vingt".* * Entrons maintenant dans le vif du sujet.Devant forcément me limiter, je me contenterai de signaler brièvement les "grandes vedettes" de la phonogenie, ainsi que les œuvres jusqu'ici les plus représentatives.Elles nécessitent absolument, j'en veux prévenir le lecteur, le concours d'appareils perfectionnés, dans le sens de la qualité sonore comme de la puissance et de la précision.Voici d'abord Toscanini, à la tête de l'Orchestre Philarmonique de New York, et voici Furtwangler et son orchestre de Berlin.Le grand chef italien a fourni à Victor Gramophone une réalisation merveilleuse de la Symphonie de Haydn, dénommée Y Horloge,et du Songe d'une Nuit d'été.Furtwangler a donné aussi une version de cette dernière œuvre pour la firme Polydor, version en tous points admirable; mais pour parler comme il convient de l'Air de la Suite en ré de Bach, je laisse ici la place à l'écrivain Florent Fels: "C'est le Pater de la musique.Il nous élève, il ne nous étonne plus.Et cependant, sous la direction du génial Wilhelm Furtwangler, conduisant l'Orchestre Philarmonique de Berlin, une émotion inconnue nous détient de toute son emprise.Le pas solennel du vieux Bach résonne sous des architectures prodigieuses, les mélodies captées par un esprit très respectueux de la technique musicale et la plus rigoureuse, sont filtrées par une âme de la sérénité d'un dieu antique.Si un sentiment y trouve son compte, c'est celui de la paix magistrale, non des sanctuaires, mais des sommets sans nuages et sans présences vivantes".J'ai parlé déjà dans mon précédent article de ces chefs-d'œuvre que sont Petrouchka, Le Sacre, l'Oiseau de Feu que leur auteur Strawinsky, a dirigés pour Columbia.On ne saurait assez louer son magnifique effort: loin de reculer devant certains problèmes spéciaux présentés par l'enregistrement, il les attaque directement, il tourne à son avantage les difficultés, travaillant à même, si je puis dire, la matière sonore; et comme il est le plus grand technicien de notre temps, une sorte de Paolo Uccello de l'orchestre, il ne pouvait que réaliser en ce sens des créations d'un prix unique et inestimable.Chez Polydor, la musique symphonique de Mozart a trouvé en Richard Strauss son plus habile interprète sur le disque; quant à ses propres œuvres, elles n'ont également pas de meilleur traducteur que leur auteur lui-même.Parmi les autres réalisations opérées par les grandes phalanges orchestrales, voici quelques-unes de celles qui sont au tout premier plan, et qu'aucun discophile ne doit ignorer: Escales de Jacques Ibert; Prélude à l'Après-midi, d'un fanne par Walter Straram et son orchestre de Paris.Symphonie écossaise de Mendelsohn; Symphonie en la, de Beethoven; Syntphonie No jo, de Mozart, par Weingartner et l'orchestre Philarmonique de Londres.Le Trkorne de Manuel de Falla, par Enri-que Arbos et l'Orchestre de Madrid.L'Ouverture de Matrimonio Segreto par Molojoli et la Symphonie de Milan.La Péri de Dukas; le Tombeau de Couperin par Gaubert et son orchestre.Tous ces derniers disques sont édités par Columbia.Ajoutons le Pacific 231, et Rugby d'Honegger, sous la direction de l'auteur, chez Odéon, firme allemande représentée ici par Columbia.La production de Victor Gramophone nous est plus familière.Il serait superflu d'insister sur la valeur d'un Stokowsky, l'un des premiers à produire des disques d'orchestre d'une grande perfection.Mentionnons aussi Pierre'Monteux et la traduction excellente qu'il a fourni de la Polonaise du Roi Malgré lui de Chabrier.Aux éditions Polydor, citons: La Symphonie No II de Beethoven et VInachevée de Schubert, par l'orchestre de l'Opéra National de Berlin.Sous la baguette d'Oscar Fried, c'est la Petite Musique de nuit de Mozart que le même orchestre rend avec un sentiment délicieux.Enfin, la Philarmonique de Berlin, dirigée par Hans Pfitzner donne une exécution absolument incomparable de l'Héroïque de Beethoven.El il ne faut pas oublier la symphonie La Surprise de Haydn, non plus que ces Divertissements de Mozart, musique "colorée comme un tableau vénitien", pure merveille que l'on est tenté d'alourdir de littérature, tant est adorable l'enchantement qu'elle nous dispense.A la liste des grands chefs déjà nommés, ajoutons les noms de Bruno Walter, Mengel-berg, Weigaert, Sir Hamilton Harty, Albert Wolf, W.Damrosh, Thomas Beechman, Dan Godfrey, Léo Blech, Pierné.De ce dernier, je recommande tout particulièrement l'interprétation de l'exquis poème musical de Debussy, Sirènes, avec chœurs féminins.Tous ces chef ont produit des disques dont plusieurs mériteraient une longue étude.Au domaine symphonique également, ressortissent les Concertos de Beethoven, Bramhs et Mendelsohn, qu'un Kreisler plus maître que jamais de son art, exécute avec l'Orchestre de Berlin.Pour orchestre et chœurs, l'œuvre capitale demeure la Messe en si mineur de Bach, par la troupe de l'Opéra National de Berlin.Pour orchestres réduits, le Trigentuor Lyonnais, dans un louable effort pour sortir des sentiers battus, interprète brillamment Ma Mère l'Oye de Ravel, les Saudades du Brésil de Milhaud, et cette œuvre charmante, "si délicieusement française, dit un critique, et qui fait songer aux premiers Bonnard et à La-prade, le Festin de l'araignée d'Albert Roussel".Pour les fervents de musique espagnole, de Falla joue au piano son Concerto, avec quelques uns des meilleurs musiciens de Straram ; et pour les fervents du.jazz, cette dernière forme musicale apparaît sur un plan supérieur avec la Rliapsody in blue et le Concerto en fa de Gerswhin, splendidement exécutés par l'auteur et l'orchestre de Whitemann.La musique de chambre est impeccablement représentée par le Quatuor Capet, le Quatuor Flonzaley, et le Trio de Casais, Cortot et Thibaud, ce "miracle à trois voix" dit Fels, parlant du Trio à l'Archiduc.Et il ajoute: "C'est une inondation d'harmonie où rien ne se résout que dans une logique inattendue, la plus heureuse et la plus rare".Le Trio Op.99 de Schubert, et les Sonates de Franck et de Fauré que Thibaud joue avec Cortot, bénéficient d'une aussi parfaite exécution.La troupe de Bayrenth, avec le concours de Straram, a donné la plus notable contribution à l'opéra par disques, en enregistrant intégralement les Niebelungen et Tristan.Sont aussi reproduits entièrement ou en partie: Boris Godounov par l'Opéra de Paris, le Barbier de Séville, l'Heure espagnole de Ravel, la Délivrance de Thésée, ("opéra-minute")de Milhaud.Chai iapine (dont la voix ne gagne pas précisément à l'enregistrement,) Thill, Ninon Yallin, Elisabeth Schumann, Germaine Lubin, Karen Branzell, Piccaver, Lotte Lehmann y font leur marque.Qu'on m'excuse de ne pas parler de ces as du bel canto qui ont une voix merveilleuse et généralement très phonogénique: tout le monde sait cela, et il n'y a rien de plus à en dire.Le champ du lied est naturellement moins exploré.Léo Slezak, Kipnis, Marcelle Gérar, Fugère, Lotte Schone sont, avec les chanteurs déjà nommés, ceux qui s'y distinguent le plus.Je fais une place à part à une Maria Barrientos, une Conchita Supervia qui s'illustrent dans des chants de caractère nettement ibérique, qu'elles interprètent toutes deux avec un art incomparable.La musique vocale fournit aussi dans le domaine religieux des réalisations magnifiques: je signalerai surtout les chants polyphoniques de Palestrina et de Vittoria, par les Chœurs de la Scala de Milan.La maîtrise Saint-Jean de Lyon donne les délicieux "Noéls" de Costeley, et des chorals de Bach.Le Requiem de Mozart est chanté par le Chœur Saint-Guillaume de Strastbourg.Dans un autre ordre, t'ajoute i de fruits cl de légumCS — et toujours conforme à l'hygiène alimentaire.8.On doit subordonner le dessert à l'obligation de manger d'abord les mets substantiels.Il est évident que pour manger et boire chaud, il faut se servir de bouteilles Thermos qui, rendant la boite à lunch plus pesante et plus fragile, seraient une des raisons qui Les enfants doivent être prudents en retournant à la maison après la classe.justifieraient l'achat à l'école, si possible, de la soupe ou du breuvage chaud, et il est du devoir des parents de ne rien épargner et de ne rien négliger pour garder les enfants en excellente condition physique, condition nécessaire — sinon essentielle — pour l'étude.MENUS POUR LE LUNCH Soupe aux légumes.Sandwiches au fromage à la crème et aux dattes.Pommes.Biscuits à la mêlasse.Sandwiches de salade aux oeufs.Tomates mûres.Breuvage aux céréales grillées.Biscuits à la farine d'avoine.Sandwiches à la gelée et au beurre d'arachide.Lait.Gâteau éponge.Orange.Sandwiches au bacon et au foie de poulet.Sandwhiches aux tomates.Coco ou autre breuvage chaud.Banane.i La Revue Moderne — Montréal, Octobre 1930 Page 23 LES DEUX JEANNE (Suite de la page 21) II s'abandonna à l'élan de sa passion, fut tour à tour tendre et suppliant, ou mporté et irascible.Rien n'y fit.La rille des pécheurs garda sa fierté de race, fierté excessive, à coup sûr, et, pour complaire à ce sentiment cruel, elle sacrifia .îon propre cœur et celui du pauvre Pierre.La douleur exaspéra celui-ci: —Soit! rugit-il, vous ne voulez pas.Soyez assurée que je suis aussi fidèle à une parole que vous pouvez l'être vous-même.Je ne me marierai pas ailleurs, et vous verrez ce qu'il advient d'un désespéré comme moi Il s'enfuit, laissant la mère et la fille en proie à la plus amère anxiété.A Paris, où il s'empressa de se rendre pour étour dir son chagrin, il se jeta à corps perdu dans les distractions violentes.Jeanne entendit parler de ses folies et elle en souffrit horriblement.Elle essaya de sauver le jeune homme et lui adressa lettres sur lettres.11 répondit aux premières, mais comme Jeanne entourait ses refus de toutes sortes de considérations religieuses et morales, il lui écrivit un jour, avec une sorte de brutalité, qu'il n'avait pas besoin de sermons et qu'à l'avenir, si elle n'avait pas autre chose à lui dire, elle s'abstînt de lui adresser des missives qu'il lui retournerait sans les décacheter.Aussi bien tint-il parole, et, un soir, Jeanne reçut par la poste tout un paquet de ses lettres dont les enveloppes n'avaient subi aucune atteinte.Ce fut un terrible coup pour la jeune fille.Avivé brusquement par ces événements, le mal qui couvait en elle se fit jour et progressa rapidement.Malgré l'iode et l'air salin, la tuberculose apparut insidieuse, lente, opérant son œuvre de mort.Elle ne murmura pas, ne se plaignit point, considérant, en véritable sainte qu'elle était, que Dieu lui envoyait ainsi le prix de sa lutte, la récompense des poignantes douleurs qu'elle avait su accepter et soutenir.Mariannik ne s'aperçut du malheur qu'assez tard, un jour que Jeanne, prise en sa présence d'une toux violente, ne put dissimuler à temps son mouchoir imprégné de sang.La pauvre mère devint folle de terreur.Elle consulta tous les médecins de Cran-ville.Leur jugement fut uniforme, monotone comme une sentence de mort.Alors, la nourrice écrivit à Pierre.Moins de quarante-huit heures après, l'officier accourut.Quand il vit la jeune fille sourire en lui tendant sa main amaigrie, son cœur se brisa.Il vint tomber à genoux à son chevet et couvrit de pleurs et de baisers les pauvres doigts brûlants de fièvre.Et la mourante ne se refusa point à ces démonstrations passionnées.Maintenant que le sacrifice était fait, elle avouait son amour.Elle confessait à son "frère" d'autrefois, à son compagnon d'enfance et de jeux, de quel immense et saint retour elle avait payé, sans l'avouer, la passion peut-être trop charnelle du jeune homme.Pour Pierre, de tels aveux ne pouvaient qu'accroître la douleur, rendre atroce le déchirement.Ce fut pour complaire à une fantaisie de la mourante, et auss avec le secret espoir de la sauver en la plongeant plus complètement dans les bienfaisantes émanations de l'iode, que Pierre acheta en pleine propriété l'île du Grand-Bouf.Désormais, son existence fut close.Il s'enferma avec la malade et sa mère dans cet îlot perdu que battaient les flots.Il vécut ainsi les derniers jours de cette créature adorée, qui n'appartenait plus qu'à Dieu.Pierre fit encore une tentative.Il aurait voulu acquérir, par la bénédiction nuptiale, le droit de donner son nom à la chère aimée.Mais Jeanne se refusa encore à ce désir.Un soir qu'assise sur le seuil de sa petite maison elle contemplait la mer, l'unique paysage dont ses yeux pussent se réjouir, elle prit doucement la main de l'officier qui, les paupières lourdes de larmes, la regardait du morne regard des désespoirs.—Pierre, dit-elle avec un tendre sourire, je connais mieux votre cœur que vous même.Ne vous en blessez pas, surtout.Je vais mourir; mais la mort ne sera pour moi qu'une délivrance.Jeanne! .protesta l'officier dans un sanglot.Derechef elle sourit.—Chut! Ne pleurez pas.C'est la loi, vous dis-je.Je vais mourir.Les morts ignorent la jalousie et les misérables passions de ce monde.Laissez-moi faire.Dieu m'accordera, vous verrez, de vous trouver moi-même l'élue de la destinée, de vous amener celle qui devra être la compagne de vos bons et de vos mauvais jours.Celle-là sera la Jeanni véritable, celle qui doit être unie à votre existence, et à laquelle toute votre vie appartiendra.Moi, je ne suis déjà plus qu'un souvenir, presque un songe.Vous aimerez l'autre, et, tous deux ensemble, vous prierez pour moi.Que repondre à ces douces et cruelles paroles ?Pierre enveloppa du plus intense, du plus touchant respect, les suprêmes instants de la mourante.Il put à loisir savourer l'agonie de Jeanne.Au reste, ce ne fut point une agonie.Dieu fit grâce à la sainte des affres du passage.Elle s'envola dans une gloire, sous les rayons d'un crépuscule admirable, effeuillant de ses mains presque raides toute une corbeille de roses grimpantes au pied de la statue de Notre Dame des Flots, dont sa piété avait orné le dessus de la porte.Voici comment se fit la chose: D'un petit geste qui lui était familier, elle avait renvoyé Pierre et sa mère, ne voulant point qu'ils la vissent mourir.Et à peine s'étaient-ils éloignés de quelques pas qu'un soupir les rappela brusquement.Ils tombèrent à genoux aux côtés du fauteuil de la malade, chacun prit une des mains encore tièdes, aux ongles desquels des pétales roses s'étaient fixés.La vierge était renversée sur le dossier.Les grands yeux ouverts embrassaient l'infini des cieux au delà de l'infini de la mer; les lèvres, à peine écartées, avaient un sourire céleste.C'était fini.L'âme montait sans doute dans l'azur sans limites, plus haut, toujours plus haut, vers Dieu.Telle fut la fin de ce roman de larmes.Le curé de Granville emmena son clergé dans les îles.Ce fut Yvon Toulfran qui guida ce convoi en pleine mer.Combien de gens de la côte accoururent sur le sauvage rocher pour prier au chevet de la jeune fille ?De la demeure à la fosse, creusée dans le flanc du gTanit, il n'y avait pas deux cents mètres.On fit à la bière un chemin de palmes et de fleurs.Tout ce qu'un mois radieux verse de joyaux à la nature fut répandu sur cette tombe immaculée, et Jeanne descendit dans le grand repos au chant des prières d'allégresse, au parfum des roses mêlé au parfum de l'encens.Une large pierre scella la couche virginale, et nuit et jour le cantique de l'Océan berça ce sommeil de la morte d'amour.Le récit du matelot toucha profondément son auditoire.Après son départ, Jeanne prétexta un peu de fatigue pour se retirer un instant dans sa chambre.Puis, là haut, la rêverie s'empara d'elle, elle fit savoir que, son malaise persistant, elle ne descendrait pas de la soirée.Pendant ce temps, la bonne nouvelle s'était répandue dans tout Granville, et les compliments affluaient à la villa.Le lendemain, il en fut de même, et toute la journée de Jeanne se passa à recevoir les hommages des visiteurs et à les en remercier.Elle le fit de très bonne grâce, disant gaiement qu'elle préférait voir ce concours du fond d'un fauteuil que du fond d'une bière.VIII Trois jours après, au saut du lit, Mlle de Buheil décidait son père à entreprendre une course aux îles Chausey pour remercier M.l'Olonnois de son hospitalité.La proposition trouva le financier tout à fait dispos.Sur-le-champ, il fit prévenir le patron Yvon Toulfran et retenir le cotre pour lui et ses amis.On appareilla par le plus beau temps du monde.La traversée fut un plaisir.Ce fut une véritable surprise pour Pierre l'Olonnois de voir débarquer tout ce monde sur son rocher.A distance, il n'avait pu reconnaître les visages.D'ailleurs à ce moment-là même il s'entretenait avec un officier de marine, et comme MALTA MMl'OHTE OV VOl'8 AIXEZ I-*- nom de Plurer mar une cigarette garantit la qualité et la pureté du tabac.' ¦ mi plu qu'un nom — ¦ • -t une réputation.Bouts en Llèpe 00 Bouts Unis Jeanne, un peu troublée par les souvenirs et par le récit des jours précédents, fermait la marche en compagnie de M mes Ber-thiaux et Dumarroy, le jeune homme ne l'avait point aperçue.Il se leva donc pour recevoir Yvon qui, précédant les hommes de quelques pas, s'avançait, son bonnet à la main.— Capitaine, dit celui-ci, toujours plein de respect pour celui qu'il avait vu porteur de trois gallons, ces messieurs-là sont le père et les amis de la demoiselle que vous avez sauvée.Pierre parut étonné.— Mais, je n'ai sauvé personne, ce me semble.Ce fut Jeanne en personne qui, se montrant tout à coup, répondit: — Pardon, monsieur, ne détruisons pas la légende, s'il vous plaît.Le jeune homme s'inclina: — Mademoiselle, puisque c'est votre ordre, je respecterai la .légende ; mais, en vérité, il me semble que voilà beaucoup de monde pour l'accréditer.En ce moment, M.de Buheil tendit la main à l'ex-officier de marine.— Monsieur, permettez-moi de vous dire que, pour moi, l'histoire vaut mieux que la légende.Je suis le père de Mlle de Buheil.Je vous devais des remerciements pour votre exquise urbanité à l'égard de ma fille, et je m'empresse de vous les apporter, en ajoutant qu'ils ne sauraient acquitter ma reconnaissance.On échangea de nouveaux saluts, et les présentations se firent avec le cérémonial usité.Pierre, se tournant alors vers l'officier, lieutenant de vaisseau, qui se trouvait à ses côtés, le nomma : — Monsieur Jean Le Tianek, lieutenant de vaisseau, commandant le cotre de surveillance YAlcyone Ce Jean Le Tianek était un superbe garçon, blond comme un fils du pays flamand, blanc comme l'écume des vagues qui, en cet instant, ceignaient le rocher.Jeanne serra la main du frère de lait avec la plus vive cordialité.Celui-là avait été intimement mêlé au drame d'amour dont la page suprême était gravée sur la pierre du sépulcre, à l'autre bout de l'Ile.Puis, Pierre s'offrit galamment à montrer son domaine aux visiteurs.Assurément, la promenade n'était point longue.Mais quand le tour de l'île eut été fait, Pierre, qui avait soigneusement évité de faire passer ses hôtes dans le voisinage de la tombe, proposa de franchir les passes et de parcourir, l'une après l'autre, les principales terres de l'archipel.— La mer étant haute, avait-il dit, ce sera une excursion agréable et facile.Il va sans dire que l'offre fut agréée sur-le-champ.Au moment d'embarquer, Jeanne s'approcha de L'Olonnois.— Monsieur, demanda-t-clle, votre nourrice est-elle chez vous ?Après la maladie BOVRIL vous épargne des semaines de faiblesse mr Page 21 La Revue Moderne — Montréal, Octobre 1930 LES DEUX JEANNE Les Maux de Tête Fréquents Indiquent un ETAT D'ACIDITE QUANI» un état de sur-acidité étend son ombre s"ur vous, vous devez vous forcer à travailler, et même les amusements demandent un trop grand effort.L'appétit diminue; la digestion est mauvaise.Tout le système souffre.lies expériniri-s fie laboratoire démon trent qu'un état sur-acide est dû aux erreurs de notre alimentation moderne.Mais vous n'avez pas besoin d'attendre pour prendre le moyen de vous sortir de cette difficulté.Prenez une cuillerée à table de Lait de Magnifie de Phillips.Ceci neutralisera rapidement l'acide.Dès le moment où vous soulagerez un estomac ayant un surplus d'acide avec ce médicament crémeux, plaisant, vous vous sentirez une autre personne.Prenez-en un peu chaque fois que la gastralgie, le mal de tête, la nausée, la flatuosité, ou la bile indique que le système digestif devient trop acide.Chaque fois que vous prenez froid ; quand la paresse intestinale indique que les intestin! sont embarrassés, le Lait de Magnésie de Phillips exerce une douce action laxative.Ce merveilleux antiacide est très agréable à prendre.Il est considérablement prescrit pour les hommes, les femmes et les enfants.Les autorités du monde médical conviennent que c'est de la magnésie sous sa forme la meilleure.C'est un liquide — non une tablette; la bouteille et l'enveloppe du véritable portent toujours, pour votre protection, lu signature de Chas-H.Phillips.Lait de Magnésie de PHILLIPS — Assurément, mademoiselle.Désirez-vous la voir ?Je vais vous conduire.— Oui, monsieur, et, si vous le permettez, je passerai près d'elle le temps que vous consacrerez à votre tournée.Mais ne vous dérangez pas, je connais le chemin.Et elle s'élança, légère et vive, laissant Pierre à ses nombreux compagnons.L'excursion fut extrêmement agréable, rappelant par plus d'un point de ressemblance, les pérégrinations des touristes en Norvège, à travers la région des fiords.Pendant ce temps, Jeanne et Mariannik s'entretenaient dans l'intérieur de la maison.La jeune fille était entrée sans frapper.La nourrice, au coin d'une baie de fenêtre, un tricot à la main, n'entendit point le pas de l'arrivante.Ce lui fut un étonne-ment de voir se dresser devant elle cette "demoiselle" en toilette élégante, qui accourait à elle les mains tendues.— Bonjour, madame Le Tianek.Mariannik se leva et fit quelques pas en avant.Jeanne fit volte-face, et, gaiement: — Vous ne me reconnaissez pas?La lumière éclairait son charmant visage.Un sourire mélancolique vint aux lèvres de la nourrice.— La demoiselle de Paris, murmura-t-elle.Et spontanément, elle ouvrit ses bras à la jeune fille.— C'est bien gentil d'être venue nous voir.Ah! ça, est-ce que vous êtes avec tout ce monde-là ?Elle désignait par la vitre le groupe qui s'éloignait.Jeanne répondit en riant: — Ce monde-là, c'est mon père avec des amis.M.Pierre les mène faire une promenade en bateau.Quand ils reviendront, vous les verrez.— Eh bien! et vous, pourquoi n'y allez-vous pas?— Parce que j'ai préféré vous voir et causer un moment avec vous.Les yeux de la nourrice se mouillèrent.— Vous êtes bien trop aimable, ma chère petite, de vouloir tenir compagnie à une pauvre vieille femme comme moi.Vous allez bien vous ennuyer.— Au contraire ; et puis, pour tout vous dire, j'ai tenu à vous rapporter moi-même les vêtements que vous m'avez I in' 11 s l'.itit re jour.Ce disant, elle tirait de dessous un pan de son manteau gris, en toile, un paquet enveloppé avec soin.Elle le défit elle-même.— Voyez si rien n'y manque, demanda-t-elle.Un geste de la nourrice la fit insister.— Non, reprit-elle, assurez-vous bien que tout y est.Alors, Mariannik, d'une main tremblante, prit les effets, les déplaça, et, tout à coup, au milieu des vêtements, elle aperçut un objet soigneusement enveloppé de papier fort sur lequel était écrit le mot: Fragile.Le poids de l'objet surprit la \ ici lie femme.— Ça, ce n'est pas à moi, dit-elle.— Au contraire, fit Jeanne, c'est à vous plus que tout le reste.Regardez bien.Mariannik rapprocha le paquet de ses yeux et y lut: A Madame veuve Le Tianek Elle comprit que cela contenait une surprise.De nouveau ses mains tremblèrent, elle eut peur d'ouvrir le papier, comme s'il eût renfermé quelque chose d'anormal.Puis, recouvrant la mémoire : — Mais pourquoi me rapportez-vous ces vêtements ?Ne vous ai-je pas priée de les garder en souvenir de votre visite ici ?Jeanne l'embrassa sur les deux joues.— Oui j'ai accepté le cadeau.Mais, si j'ai rapporté les vêtements, c'est uniquement pour vous prier de garder, en retour, le très petit hommage que j'ai voulu vous offrir.Ouvrez le paquet, je vous prie.Cette fois, la veuve s'y décida.Elle fit sauter les cachets de cire un peu fébrilement.Sous plusieurs enveloppes elle découvrit une boite de carton pleine de ouate, d'où sortit une croix de verre et biscuit, merveilleusement travaillée, un de ces chefs-d'œuvre de porcelaine dont quelques maisons de Paris possèdent 1 exquise spécialité.A l'entour des branches de la croix s'enroulait un ruban d'argent bruni, sur lequel courait en lettres d'or ciselées, l'inscription suivante : "A Jeanne Le Tianek, Jeanne de Buheil".Mariannik demeurait sans voix devant la croix.Elle l'avait replacée dans la boîte de carton.Les mains jointes, la poitrine soulevée par les sanglots, elle laissait couler ses larmes sans chercher à les contenir, sans penser même à remercier Mlle de Buheil pour ce cadeau de prix qu'elle lui faisait.La mère douloureuse épanchait son chagrin avec l'insouciant égoisme de la souffrance.Pourtant ce silence prit fin.La vieille femme essuya ses yeux, et, fixant sur Jeanne un de ces regards où l'on met toute son âme, elle murmura : —Vous êtes belle et bonne comme elle, comme un ange du bon Dieu.Très émue, elle-même, Mlle de Buheil balbutia : — C'est bien peu de chose, madame, bien peu.J'aurais voulu faire mieux.Vous mettrez cette croix .Elle hésita.Sur la tombe de votre fille.La nourrice se leva : — Venez, dit-elle avec solennité, vous l'y mettrez vous même.Cela lui fera plus de plaisir, Car, je suis bien sûre qu'elle vous aime et vous protège.Jeanne se laissa faire.Mariannik avait pris la boîte.Elle sortit, précédant Mlle de Buheil, bientôt marchant du même pas qu'elle.Les deux femmes tournèrent l'angle de la maison et, laissant à leur droit la crique où se balançait le cotre du père Toulfran, elles s'avancèrent vers la pointe, au nord-est de l'îlot.C'était là que s'ouvrait, dans la roche, la tombe virginale de Jeanne Le Tianek.Mlle de Buheil s'en approcha en proie à un trouble profond.Alors, Mariannik lui tendit la boite de carton, et la jeune fille en retira la croix qu'elle déposa pieusement sur une anfractuosité du granit formant console.Les deux femmes s'étaient agenouillées.Elles mêlèrent leurs prières et leurs larmes.Quand elles se relevèrent, un lien les unissait, désormais indissoluble, lien de sympathie et de respect, lien de reconnaissance et de dévouement.Jeanne se pencha.Elle cueillit dans le parterre sans cesse fleuri qui entourait la pierre deux ou trois roses blanches qu'elle unit en un petit bouquet.Mariannik la regarda faire.A la fin elle parla.— Je voudrais qu'il pût vous voir ainsi.Elle dit cela avec une naïveté d'expansion, une sincérité d'accent qui fit tressaillir Mlle de Buheil.Celle-ci se sentit rougir.La nourrice reprit de la même voix : — Quand il sera de retour, quand vous serez partie, il me demandera qui a mis là cette croix.Il devinera bien que c'est vous, allez, et il vous en aimera davantage.Emotion singulière : jamais plus douces paroles n'avaient caressé le coeur de Jeanne.Elle prenait un ineffable plaisir à entendre Mariannik lui dire de telles choses.C'était pour elle comme une griserie.La vieille femme l'avait entraînée sur un pan de la muraille rocheuse qui surplombait directement la mer.Pierre, sans doute afin d'y mieux fixer ses contemplations solitaires, avait fait tailler dans le granit comme une chaire d'où la vue se perdait dans l'horizon sur quelque point que s'arrêtât le regard.C'était là que, peu de jours auparavant, il était venu méditer au passage de l'escadre.Mariannik s'était placée à côté de la jeune fille.— Ainsi, vous savez son histoire ?Vous savez pourquoi il est venu ici ?— Oui, je le sais, répondit Jeanne.— Qui vous a raconté cela ?Je gage que c'est le père Toulfran ?— Vous ne vous trompez pas.C'est lui, en effet.La nourrice se tut une minute.On eût dit qu'un secret lui pesait sur le cœur que désireuse de s'y soustraire, elle m trouvait pas les termes voulus poui l'exposer.Et avec une complaisance vraimeni maternelle, elle se mit à détailler le' charmes réunis dans la personne de Jeanne — Elle! c'est elle! Comme vous lu ressemblez! Voilà bien ses mains, de mains de grande dame, de longs doigt -effilés.Seulement, ses pauvres mains, à elle, étaient bien maigres.Quand eili les a jointes pour mourir, elle les avaient blanches comme de la cire.Et la taille, et la figure, c'est la même chose.Il y a pourtant une différence.Vos yeux sont noirs, les siens étaient bleus, des yeux de sainte.Et puis, son sourire n'était pas gai comme le vôtre.Elle ne souriait pas souvent, car la douleur était au fond de son cœur, une douleur dont elle est morte.Jeanne éprouvait une immense sympathie pour cette femme si cruellement éprouvée.Et, sans qu'elle s'en aperçut, des larmes montaient dans ses paupières comme dans celles de la veuve.— Vous avez perdu votre fille, — pro-nonça-t-elle doucement ; — moi je n'ai pas connu ma mère.Vous voyez que nos parts sont égales.Mon père est bon, bien bon pour moi.Je l'aime de toute mon âme.Mais je crois que ce n'est pas la même chose d'aimer sa mère.Moi, je n'ai que des souvenirs lointains, je revois encore quelquefois une figure, et quand je la retrouve, je pleure comme si je venais de la perdre la veille.Peu à peu, la conversation suivait son cours.Quand Mariannik eut raconté les derniers moments de sa fille, il fut tout naturellement question de Pierre.Son nom ne fut pas prononcé, mais sa personne fit le sujet de la conversation.Jeanne connut ainsi toutes ses qualités.Avec toutes les habiletés de la curiosité féminine, elle multiplia ses questions.La nourrice ne fit aucune difficulté à répondre.Comme pendant le récit du père Y von, Jeanne éprouvait un étrange plaisir à entendre ainsi parler du jeune homme.Elle prenait sa part de l'orgueil avec lequel la nourrice vantait les vertus de son enfant d'adoption.L'officier grandissait à ses yeux, et en même temps, il faisait grandir cette femme du peuple, cette veuve de matelot, mère elle-même d'un lieutenant de vaisseau distingué par ses mérites.Mais chose singulière, Jean Le Tianek, entrevu tout à l'heure, n'était pour rien dans cette estime conçue pour la veuve.C'était à Pierre L'Olonnois qu'il en fallait rapporter tout l'honneur.Elle ne voyait que lui, ne rêvait que de lui.Toute la puissance imaginative, toute la vivacité de sentiment qui étaient en elle convergeaient maintenant vers cet homme simplement héroïque, dont elle n'avait jamais rencontré le pareil au cours de son existence mondaine, agitée et nerveuse.A la douceur même du sentiment qu'elle éprouvait,une femme d'expérience ne se fût point trompée.L'amour mettait dans le cœur de Jeanne ses premières émotions suaves ; elle le méconnaissait, mais elle ne pouvait méconnaître la douceur du trouble subi.Le dialogue avait pris fin, chacune des deux femmes s'absorbant en un mutisme grâce auquel elles conversaient avec elles-mêmes.Or, tandis que la jeune fille rêvait sous le caressant murmure de l'eau qui rétrogradait, les voyageurs du groupe rentraient au Grand-Bouf.Un bruit d'avirons frappant en cadence la lame fit brusquement retourner Mlle de Buheil.C'était la baleinière qui réintégrait le port d'attache.Quand tout le monde eut mis pied à terre, on prit le chemin de la maison, qui se trouvait dans la même direction que la tombe.Il était évident que Pierre avait le projet d'offrir un lunch à ses visiteurs.Mais, à ce moment, Y von s'avança : — Si ces messieurs veulent quitter l'île, il est temps.Dans un quart d'heure, le bateau serait échoué.Il nous faut profiter de l'eau qui reste avant la fin du jusant.La remarque était fondée.On ne meut pas une embarcation du tonnage du "Jeune Corentin" comme une simple périssoire.Sans compter que si l'on attendait plus longtemps, il serait impossible d'arracher l'embarcation aux mortels contacts des récifs, encore complètement couverts.Tout le monde se rendit à la raison.Pierre prit les devants, afin d'avertir Mlle de Buheil.Elle l'avait aperçu.Ils se rencontrèrent devant le tombeau.Il Nous \ mis offrons gratuitement Une montre TAVANNES Voir page 37 La Revue Moderne — Montréal, Octobre 1930 Pwjt LES DEUX JEANNE ^ulïit à Pierre d'un regard pour découvrir la croix déposée d.ins l'angle de la roche.Ses yeux se mouillèrent.— C'est vous, mademoiselle, qui! .Il ne put en dire davantage.Sa voix s'étranglait au passage.— Ne me remerciez pas, dit Jeanne.Tout le plaisir a été pour moi.C'est bien peu, et nous ne sommes pas à Paris pour .|ut- j'aie pu mieux faire.Spontanément, leurs mains s'unirent.Et, pendant un instant d'inappréciable ilurée, elles se transmirent le double sentiment qui débordait de ces deux i ciurs.La parole n'est pas le seul langage .h l'homme.Quand on eut regagné le gros des touristes, M.de Buheil, fort iiuicalement, invita à dîner pour le surlendemain Pierre L'Olonnois et Jean Le Tianek, dans sa villa de Saint-Pair.L'invitation fut acceptée.Dix minutes plus tard, la voile du cotre se gonflait doucement et, penchée coquettement sur le flanc, la barque reprenait le chemin de ( iranville.IX Le diner touchait à sa fin.Le temps avait été, tout le jour, d'une chaleur lourde et accablante, une de ces chaleurs qui annoncent l'orage prochain.Malgré les menaces du ciel, l'oxygène se faisant rare aux poumons, on avait dû laisser les fenêtres ouvertes.Maintenant, il était visible que la tourmente allait se déchaîner.Les convives, de leurs places, pouvaient voir la mer et le ciel confondre leurs ténèbres.De temps à autre un éclair zébrait le ciel.Un grondement roulait se grossissant à chaque reprise, paraissant, à tout ébranlement nouveau, ramasser de nouveaux échos au quatre points du firmament.Dans la salle à manger de la villa, les conversations languissaient.Peu loquace de sa nature, Pierre avait la parole plus rare encore que de coutume.Depuis un instant, il était muet.Au Champagne, M.de Buheil avait fait part à ses convives d'une grande nouvelle : Jeanne était fiancée à Paul Hautfrion.Aussi bien la révélation du financier avait-elle ôté la verve aux trois soupirants évincés.Ni l'anglais, ni ses amis ne desserraient les dents.Un seul homme, dans cette glaciale atmosphère, semblait animé d'émotions joyeuses.C'était le lieutenant de vaisseau Le Tianek.Pendant toute la durée du repas, il n'avait cessé de deviser fort allègrement avec Mme Dumarroy et sa fille.Antoinette paraissait prendre un plaisir extrême à cet entretien.Pierre avait été placé par M.de Buheil à la droite de Jeanne.Rêveur, à demi penché sur la table, il observait la mer par la fenêtre ouverte.Mme Dumarroy s'avisa de ranimer le dialogue.— Ma chère Jeanne, fit elle méchamment, si vous étiez superstitieuse, je vous dirais qu'il vous faut, au plus tôt, détruire l'effet du mauvais présage.La jeune fille parut sortir d'un rêve.Elle tressaillit.— A quel mauvais présage faites-vous allusion ?— Mais à celui que l'orage apporte à votre repas de fiançailles.— Est-ce donc vraiment un mauvais présage?demanda Hautfrion sceptique.— Dame! dit la perfide créature, je connais des gens qui le croient.Je suis sûre que M.L'Olonnois est de cet avis.Directement mis en cause, Pierre répondit ironiquement : — Non, madame, je ne crois point aux présages.Pourquoi la coïncidence d'une tempête serait-elle défavorable à des fiançailles?J'y verrais plutôt, moi, un signe de bonheur.Il vaut mieux que la foudre gronde avant qu'après.Aussi bien, ajouta-t-il en se levant et en montrant la mer d'un large geste, je ne sache pas que l'on pût souhaiter à Mlle de Buheil plus beau cadre, plus splendide mise en scène que ceux dont la nature se plaît à orner cette fête.Comme pour lui donner raison, un é'dair effrayant, monstrueux, embrasa l'espace du nord au sud.Tel fut l'éclat insupportable du météore, que les femmes jetèrent un cri et se signèrent.Tout le monde s'était levé comme Pierre ; et Jeanne avait paru subitement très pâle.— Je crois qu'il faudrait fermer les vitres, dit vivement M.de Buheil.En ce moment, Pierre jeta une exclamation sourde.— Ah! mon Dieu! Il s'était élancé vers la fenêtre.Puis il se retourna et appela : — Jean ! Son visage était transfiguré.Sous la lumière épanchée du lustre, les traits, jusque-là effacés sous l'indifférence, venaient de revêtir une incomparable beauté, un caractère de grandeur et d'énergie sans pareilles.A l'appel de son frère de lait, Le Tianek était accouru.Comme Pierre, il s'écria : — Ah ! mon Dieu.Alors tout le monde s'expliqua la double exclamation.De son bras étendu, Pierre désignait l'horizon.Là-bas, dans l'épaisse nuit que laissait après eux les éclairs, une tache rouge flamboyait.La mer, dans ses oscillations, la balançait de bas en haut.Elle paraissait et disparaissait, prouvant ainsi l'énorme enflure des vagues, la profondeur du gouffre où elle descendait.Une détonation retentit.La tache rouge, c'était un navire incendié ; le canon entendu,c'était l'appel de détresse.Au moment même où la tempête s'accumulait au ciel, sous les pieds des voyageurs les deux éléments en fureur se disputaient cette carcasse condamnée.Jean Le Tianek s'avança vers M.de Buheil : — Monsieur dit-il, il y a là un navire en perdition.Mon devoir m'oblige à regagner mon bord, afin d'aviser au moyen de le sauver.Excusez-moi si je vous quitte ainsi au milieu de cette joie de famille.Pierre s'approcha à son tour.— Et moi, monsieur, je n'ai aucune obligation qui s'impose à moi.Mais, j'ai quelque expérience de ces choses et il ne m'est pas permis de demeurer en arrière sur l'exemple que me donne mon frère Jean.Jeanne ne put retenir un cri : — Qu'allez-vous faire, monsieur L'Olonnois ?Il répondit, très simplement : — Sincèrement, mademoiselle, je ne sais pas encore.Mais il est telles mesures que les circonstances indiquent et favorisent.Ce sont celles-là que nous allons prendre.On comprit que c'était là une résolution arrêtée, qu'on aurait mauvaise grâce à essayer de les retenir.M.de Buheil trouva le moyen de faire un admirable compliment.— Allez, messieurs, quand on a pour hôtes des héros, on doit s'estimer heureux du peu de temps pendant lequel ils dépouillent leur héroïsme.Mais Jeanne s'écria : — Si nous ne pouvons vous garder, messieurs, du moins pouvons-nous vous suivre.Montrez-nous le chemin.— Mademoiselle ! s'exclama Pierre.— Je vous en conjure, monsieur, ne me défendez pas cela.Ce n'est point trop réclamer que de demander la faveur de prier pour vous sur la plage.Au même instant, une immense clameur s'éleva, faisant chorus avec les bruits de la tempête.La foule se ruait sur la route de Granville.On entendait les rumeurs les plus diverses : — Il vient droit sur nous.— Non, sur la pointe du Lude.— Il n'arrivera pas jusque-là.— Il restera, pour le certain, sur le Cocalcux.Pierre jeta par la fenêtre un nouveau Coup d'oeil.— Allons! Jean, hâtons-nous.Il n'est que temps.Toujours courant les jeunes filles en tête, les invités de M.de Buheil eurent promptement gravi la montée de Granville et atteint la tranchée des Anglais.La tempête était dans toute sa force.Le vent accourait furieux du large, aidant la marée à escalader les roches.Et sur cet océan démonté, qui mettait à nu ses entrailles, le vent poussait cette effrayante épave, un navire en flammes.Chaque rafale le rapprochait de la côte.Il brûlait par les deux bouts.On le vovait distinctement à cette heure.C'était un grand steamer anglais, dont la cheminée vomissait encore une fumée acre, nauséabonde, de foyer mal inondé, que le vent rabattait sur la plage, prenant à la gorge les spectateurs affolés.L'énorme silhouette se (Suite à' a page Zj) La supériorité du mélange Orange Pekoe "SALADA" est indisputable II MELANOE SAMOA" 'Tout frais des plantations' l'.n in.l- r K^»idencr: 1871.RIE CAKTIEK 2410.Kl'K SHEI'l'AKI) AMherst 3566 AMhemt 1652 Buanderie J.-SYLVIO MATHIEU MONTREAL Spécialité : Service de Toilette, Tabliers, LINGE DE FAMILLE Jaquette*.Senlettes .etc.A LA LIVRE Clinique Privée du Dr Prévost Ex-élève des hôpitaux de Paris - Londres - New-York VOIES GENITO-FRIN AIRES Maladies des reins, de la vessie et des organes génitaux 3440, rue Hutchison, Montréal Maladies vénériennes et maladies de la pean Tél.M Arqnette 6611 Pour vous tenir un cour tint iln ^ mouvement hdentlf (que contemporain, Usez .La Science Moderne' Et ses chroniques de radio, nouvelles, bibliographie, etc.PRIX DE L'ABONNEMENT $3.00 PAR AN, 0.2", LE NUMERO rnliti.> .ii FKANCE.BEI.GKH'E.Sl'lSSF.rl CANADA.\DRESSE \ MON I l: I V l B.I".Sî.STATION N.Veillez Sur Leur Santé Le lait inférieur est cause de Mortalité Infantile Beaucoup d'enfants meurent en bas âge parce qu'on leur a fait boire du lait de qualité inférieure.Le bon lait n'est pas seulement une nourriture complète; c'est encore un préventif excellent contre le scorbut et les maladies infeetueuses.L'acide lactique que contient le lait est le meilleur antiseptique naturel contre les infections intestinales, qui emportent tant de bébés et de petits enfunts.C'est une erreur de croire que tous les laits sont également bons parce qu'ils sont pasteurisée.Un choix minutieux des troupeaux, des épreuves bactériologiques quotidiennes, une clarification parfaite avant la pasteurisation et un refroidissement instantané avant l'embouteillage jusqu'au moment de la livraison à votre porte; toutes ces précautions assurent au "Lait Joubert" une supériorité absolue.LIMITEE Page 26 La Revue Moderne — Montréal, Octobre 1 9 3 i r LE BON GOUT z^iETTE chambre est la 1^ preuve qu'un choix judicieux et une sage économie peuvent donner d'excellents résultats d'ameublement, et, jusqu'ici, nos pages ont amplement prouvé que le bon goût n'est pas toujours coûteux.Cette nouvelle chambre démontre à son tour que l'effort n'est jamais perdu, car, il est certain qu'elle peut accommoder le plus modeste budget.Le plancher est original, pratique, facile à nettoyer et tout à fait conforme aux conditions sanitaires des chambres modernes.Le centre est rose jaspé foncé, et d'étroites bandes vert foncé, qui forment de grands carreaux, lui donnent un attrayant aspect; il est terminé par une bordure de linoléum uni, brun.Sur ce plancher lisse et doux, des nattes tressées, rose, tan et vieux rose, semblent de vieux amis d'autrefois.Les papiers-tentures sont de deux couleurs différentes dont l'un est composé de feuilles d'érables dans les tons bruns sur fond rose pâle, et l'autre d'un joli dessin d'arbres et de fleurs, tous deux d'un prix minime.Le bleu vif des boiseries soutient bien le mélange des deux papiers.Des moulures, bleues aussi, forment panneaux chaque cflté des fenêtres.Du côté opposé, un panneau semblable fait pendant à une porte.I * s rideaux de vil rage sont en filet bleu.[Je longues draperies de perse glacée, rayée bleu et henna, sont Courtoisie du Delineator montées sur des baguettes au bord du léger enfoncement des fenêtres; elles sont doublées de satinette unie, bleue, et garnies d'un étroit volant plissé.Les meubles que l'on voit ici, ont l'avantage de ne pas faire strictement partie d'un ameublement de chambre.La table de toilette, par exemple, ferait une excellente table de desserte et la commode aurait tout aussi bien sa place dans le living-room.Les couvre-lits en perse rayée, comme les draperies, ajoutent considérablement à l'élégance de la chambre.Ils sont terminés par des volants plissés et doublés de satinette pêche.Les taies d'oreillers et les draps sont aussi de couleur pêche, le drap de dessus est blanc avec bordure pêche.Des monogrammes brodés de deux tons de pêche, leur donnent une note élégante.Le monogramme au centre des taies d'oreillers est petit, celui du drap blanc, deux fois plus grand et celui du dernier, d'une belle grandeur, est assez loin du bord pour qu'il soit visible quand le lit est découvert pour la nuit.Le grand fauteuil si confortable pour les moments de repos, est recouvert de perse rayée; une berceuse et une table avec panier à ouvrage, sont installées près de la fenêtre où une lumière favorable permet un travail agréable.Sur la table de toilette deux jolies petites lampes, une autre entre les deux lits, des chande-deliers, des vases d'étain, une garniture de bureau en marbre noir, une horloge électrique, complètent cette chambre attrayante et confortable.lin ameublement sobre et peu coûteux fait les frais de cette chambre, mais un radio, un clavigraphe, une plume-réservoir, une garniture de bureau, sont aujourd'hui si indispensables qu'ils ont leur place tout indiquée.Les radiateurs placés sous les fenêtres et peinturés bleu vif comme les boiseries, sont très décoratifs. La Revue Modérai — Montréal, Octobre 1930 Page 27 détachait sur la tache rouge, sur les reflets sanglants de l'incendie, dont chaque coup de fouet du vent activait la dévorante énergie.Soudain on entendit un craquement.|)As LesCtiei'eux des Enfants Votre enfant aura une magnifique et saine chevelure si vous faites un usage régulier des shampoos Evan Williams.Achetez le " Camomile " pour les cheveux blonds et le "Graduated" pour les cheveux bruns ou noirs.Imporurkm d'Antlrtcrr.EN VENTE PARTOUT Concluiannatreipour l.r|flS ! .¦ 11*!», ru»- Voniri*, Toronln, Ont.Nouvelles Lunettes Seulement Confortables Prix de VENTE Spéciale Partout Populaire* Voir page 37 1 Dr.S |.R» J929 SOI \ Kl II > I I S I llLS IN I \| |»K |f| .IOI |{S Laissez-mol vous envoyer ces Nouvelles Lunettes Confortables» dernier Style, avec lentilles qui assurent une Vision Claire, pour un ESS il llL>, Dept.64, Windsor, Ontario.En vente dans toutes les meilleures pharmacies. X | Il II ^- l •- Il V» IL^ll^»»!' Tas-pas déjà éprouvé le suprême orgueil du baba À qui il Arrive un bremier ne — „ pense :> qu'il n'y rien de trop beau ]f>our ce fiôlon chéri, AU»M lui ûchètes-tu un beau, carrosse, de beaux vclemcnls.des lab de jouets, etc.:riai& après ûvoir bayé pendant dn-huil ans pour s,eô 'complets, oes chaussures, ses livres, *5or\ collège, *es parties de blaiôir, etc., ce n'est plus aussi intéressant T'àt>-pû& dcià e&bayé une BLkC K HORSt?Ça ton rcnùvVrc l'ûdrmrûttorv tpour ion rejeton 106 A «lites simplement " £t£U fDatveâ S-V'p- 7 est tout à fait élégant pour les sports — golfe, automobilisme et pour tous les amusements d'Automne et d'Hiver.Chaud et confortable, beaucoup de gens d'affaires lui accordent aussi leur préférence.Le manteau canadien idéal pour le climat canadien.Demandez à votre marchand les derniers modèles ACME Munirait de cuir D.B.pour dames, 28" de Ion;/, en cuir à gant, doublé de soie artificielle, nuances en vogue.Le manteau de cuir, modèle "ACME", se vend en une grande variété de couleurs — marron chaud, rouge, bleue, verte et brune, et iJ n'est pas seulement remarquable par sa coupe élégante mais surtout résistant par sa durabiJité et sa valeur.A l'épreuve des vents glacés.Manteau Raglan pour dames, 42" de long, en cuir à gant de couleur chocolat.Il est doubla en tissu polo de fantaisie et les mu nrln s .// htstt mit .Jaquette de sport pour dames, 28" de long, en cuir à gant de qualité de choix, doublé en soie artificielle quadrillée.Nuances en vogue.Pour l'écolier, le manteau de cuir "ACME" est une véritable économie, car en plus d'être presque inusable dans sa durée, il surpasse tout autre tissu comme protection contre les froids d'hiver.Le vêtement d'hiver le plus attrayant et le plus profitable pour l'enfant ou les parents.Acme Glove Works Limited Montréal
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