La Revue moderne., 1 juin 1934, juin
UN COEUR CAPTIF, roman complet, par Marcel IDIERS Gracieuse mariée île juin Nash a construit UN MILLION d'AUTOS .et les agents NASH donnent UN MILLION de DEMONSTRATIONS par mois PARTOUT les dépositaires du Nash se mettent en frais de montrer à un million d'automobilistes — en .">o jours — ce qu'il y a de si agréablement différent à conduire un Nash 1984 ou son compagnon, le nouveau La Fayette.Partout, d'ici .'50 jours, le public aura une meilleure idée de l'automobile moderne à son mieux.Nash a déjà construit — et le public n acheté — un million d'antos Nash — preuve évidente que les constructeurs du Nash mettent dans leur voiture quelque chose qui sort de l'ordinaire et de manifestement supérieur.Nous vous invitons à essayer un Nash ou un LaFayette, ou les deux, pour constater que le double allumage accentue virtuellement le rendement du moteur — que le mécanisme "jeweled movement" du LaFayette élève la performance de ce nouvel auto construit par Nash bien au-dessus de sa catégorie de prix.Nous voulons vous renseigner à fond sur les nombreuses supériorités techniques exclusives à ces deux remarquables voitures.Venez nous voir — vous ne serez soumis à aucune sollicitation indue.La persuasion s'opérera rien qu'à voir la voiture à l'oeuvre, par le seul effet de sa douceur de roulement, de son excellent "travail".ROUES AVANT LIBRES A VOTRE GRE NASH DOUBLE ALLUMAGE Soupape en tête 1934.Gro» Six, 111 pes emp.XX H.P.S modèles AHvnnred Eiffht, 121 peu emp.100 H.P.6 modèles AmbatBador Huit, 1.1.1 pes emp.125 H.P.2 modèles AmbaëêC.doT Huit, 11,2 /ics emp.125 H.P.S modèles NOUVEAU LAFAYETTE FABRICATION NASH.LE BEL AUTO DANS LES PLUS BAS PRIX.7 MODELES NASH-LaFAYETTE AUTOMOBILES, LTD 1102 RUE SAINTE-CATHERINE OUEST, MONTREAL.QUEBEC.WI.5333 La Revue Moderne — Montréal, Juin 1 9 S U Page ?Les PRESENTEMENT, des milliers et~des~milliers"de nos jeunes gens ne peuvent gagner leur vie honorablement; présentement, des milliers et des milliers de jeunes gens sont dans l'impossibilité de fonder un foyer; présentement, des milliers et des milliers de nos jeunes gens, par la force des choses, vivent en parasites chez leurs parents.C'est là une série de faits que tout le monde constale et admet.C'est une tragique vérité de I.a Palice.Mais, il ne suffit pas de constater, d'admettre le péril de la situation, ce à quoi on se limite trop souvent.Il faut agir, agir sans tarder et d'une manière vraiment pratique.Il ne faut pas se borner à des palliatifs comme, par exemple, la loi Gordon, les refuges et les camps de concentration.Cela est excellent dans certains cas, mais il faut une formule plus souple, plus vaste, plus énergique.Pour remédier à une crise qui n'est pas une demi-crise, il faut autre chose que des demi-mesures.La première réponse au problème est un vaste programme de colonisation soigneusement étudié, hardiment exécuté, grâce auquel les ruraux comme les citadins, les jeunes célibataires comme les pères de familles, pourront s'établir non seulement dans les territoires de colonisation, mais aussi dans toute la province, qui, en somme, doit nous appartenir autant qu'aux capitalistes étrangers.Evidemment, tout cela coûterait de l'argent, beaucoup d'argent même.Mais, nous avons bien dépensé des millions et des millions de dollars, lors de la grande guerre, pour faire tuer des milliers de jeunes gens, afin de sauver la civilisation.Est-il déraisonnable, est-il illégitime de demander maintenant que l'on dépense quelques millions pour faire vivre toute notre jeunesse, et cela afin de sauver notre propre pays ?Avec une politique de colonisation intelligemment établie et conduite, nous pouvons fonder des centaines et des centaines de paroisses un peu partout à travers la province.Les fils de cultivateurs y viendraient fonder leurs foyers et bientôt ces nouveaux centres assureraient des débouchés à nos jeunes professionnels: ingénieurs, comptables, agronomes, médecins, avocats, notaires, etc., sans compter que les artisans, comme, par exemple, les forgerons, les cordonniers et les charrons, pourraient y trouver un travail rémunérateur.De plus, le commerce et l'industrie auraient ainsi de nouveaux marchés.De nombreuses usines, dont l'activité dépend directement ou indirectement de celle de l'agriculture, ouvriraient de nouveau leurs portes et feraient appel à nos jeunes ouvriers et à nos jeunes collets blancs pour fournir à la demande.Comme je l'écrivais, plus haut, ce vaste programme de colonisation, qui bénéficierait évidemment non seulement aux jeunes mais aussi à leurs aînés, comporte une élude préalable approfondie.Pour cela, je n'hésite pas à le répéter pour la centième fois, il faut avoir recours à une commission composée de spécialistes indépendants et de fonctionnaires.Des démarches ont été faites auprès du gouvernement provincial afin d'obtenir la création de cette commission ou d'un conseil de colonisation qui, après un inventaire sérieux, établirait un plan d'ensemble et coordonnerait Horizons Fe Par Paul GOUIN les efforts de différents ministères intéressés: terres et forêts, agriculture, colonisation, voirie et secrétariat provincial.Déjà plus de 300 conseils municipaux dont ceux des villes de Grand'mère, de Hull, de Chicoutimi, de Montréal et plus de dix-neuf conseils de comtés ont envoyé une résolution dans ce sens à Québec.Il est à espérer, soit dit en passant, que tous les conseils municipaux de la province sauront imiter ce geste éminemment opportun.Sur une question de cette importance, les gouvernants doivent être appuyés, stimulés même, par l'opinion publique.Cette commission ou ce conseil décolonisation—le nom importe peu, c'est l'idée qui compte—pourrait non seulement établir un plan de colonisation mais aussi étudier et résoudre, au moyen de sous-comités, les questions connexes comme celles du redressement de notre agriculture par la conquête des marchés locaux et l'élec-trification des campagnes, et comme celle de l'industrie complémentaire.Ce sont là trois articles du programme de restauration rurale qui doivent être réalisés simultanément, ainsi que nous le rappelait M.Esdras Minville.mes ?Pour ma part, et je me répète ici encore pour la centième fois, je suis convaincu que l'industrie complémentaire, organisée suivant le projet de M.Paul Riou, professeur de technologie à l'Ecole des Hautes études commerciales de Montréal, est le complément indispensable de notre agriculture.Ajoutons, pour rester dans le cadre de cet article, qu'elle offrirait de nombreux débouchés à notre jeunesse.L'organisation méthodique de l'industrie complémentaire, en effet, fera surgir, un peu partout à travers la province, de petits centres industriels qui fourniront des marchés à nos agriculteurs.Les fils de cultivateurs, ceux qui n'ont pas les aptitudes nécessaires pour réussir dans l'agriculture, auront ainsi un débouché devenu indispensable en trouvant à louer leurs services sur place.De plus, comme les nouvelles paroisses agricoles que fera naître une politique de colonisation bien comprise, ces petits centres industriels permettront à nos jeunes professionnels de s'établir dans des postes nouveaux; ils fourniront aussi de l'emploi à un certain nombre d'ouvriers spécialisés et de collets blancs: comptables, commis de banque, etc.Comme on peut le voir, la commission ou le conseil de colonisation aura, comme on dit, du pain sur la planche.Il s'agit donc de trouver une formule qui lui permettra de faire rapidement et efficacement son travail (inventaire, statistiques, enquêtes,) travail qui couvre toute la province.Les missions culturelles, dont j'ai déjà parlé bien des fois également, à propos du conseil économique, entre autres, seraient ici d'un précieux et indispensable secours.11 s'agirait de répartir, en quelques groupes homogènes, un certain nombre des diplômés de nos écoles spécialisées, écoles d'agriculture, écoles techniques, polytechniques, etc, actuellement sans emploi.Ces groupes ou missions, sous la direction de la commission ou du conseil de colonisation, parcoureraient méthodiquement toute la province pour se rendre compte de façon exacte des liesoins et des possibilités de chaque région.Ainsi on connaîtrait de façon précise, le nombre de fils de cultivateurs, les domaines forestiers, situés près des vieilles paroisses, qui pourraient être ouverts à la colonisation, le nombre des terres abandonnées qu'il y aurait lieu de mettre en culture, la qualité du sol dans les différents districts, les ressources naturelles pouvant donner lieu à la naissance de petites et moyennes industries, etc.L'avenir de notre jeunesse, qui est d'ailleurs l'avenir de toute notre nationalité, se ramène donc à une question d'organisation, d'action immédiate et concertée.Pour le moment, tous nos efforts doivent tendre vers la création d'une commission ou d'un conseil de colonisation.C'est le premier pas, celui qui, dit-on, coûte le plus, vers une formule de coopération intelligente et agissante.Pour cela, pour vaincre l'hésitation qui précède toute évolution, il faut que toute la jeunesse s'unisse.Jeunes urbains et jeunes ruraux, jeunes ouvriers et jeunes professionnels, et je n'hésite pas à ajouter, jeunes "rouges", jeunes "bleus" et jeunes indépendants, tous, nous devons serrer nos rangs pour revendiquer, d'une manière pacifique, mais ferme, nus droits.C'est à ce prix seul que, de nouveau,s'ouvriront devant nous ce qu'un écrivain français a si bien appelé "les horizons fermés".Sommaire Les horizons fermés.3 Paul Gouin La Chimie des plantes.4 Abbé Th.Moreui Le jardin zoologique de Québec.5 Docteur Armand Brassard Mon âme, où vas-tu t.0 Père Antonin Lamakche Un nouveau ministre à Québec.0 Les nouveaux hôtes de Spenccr-Wood.7 Jean Bruchesi Dans le monde des lettres.8 Jean Bruchesi Ln Vie Canadienne.10 Jkan-Baptistk PRIX D'A BONN BMBKT ' 1 .I I 10 — »«!• l'nl» lu.Il M Sommaire I.a Science Invisible.27 à 42 Alan Jackson Pages féminines .11 à 60 Marjolaine ROMAN UN CŒUR CAPTIF par Marcel Idiers Contrainte par devoir filial d'épouser le secrétaire do son père, Nelly Bcrtin demeure fidèle au souvenir d'un premier iniiour.Mais un accident d'auto, met la vie de Maurice en danger, arrache la jeune femme au mirafjo do son rAvo.___11 Page La Revue Moderne — Montréal, Juin 1 9 3 4 La Chimie des Plantes Le poète-paysan, l'hiléas Lebègue, conduisant une hcr.se dan» son champ.l'hiléas Lebèfrue est un admirable poète.La terre et la vie à la campagne lui ont inspiré des poèmes où la justesse et l'éclat des images s'allient à la plus profonde sincérité.Le Jardin du Poète HYMNE A LA CHARRUE Arme virile et nue, à loi mes plus beaux vers'.lj>m du fracas sanglant des tumultes divers, Tu rayonnes au soleil vaste Polie au frottement des sillons entr'ouverts'.Glaive jamais rougi de sang, glaive divin.Ce ne sont pas les pleurs, l'Epouvante, la Faim Qui suivent les guerriers robustes: C'est la Paix qui pour tous a du pain et du vin'.De les rudes exploits, de tes gloires augustes, Pendant que bout la she aux branches des arbustes, L'alouette des deux chante le fier bardil.Et c'est tout ton passé qui vibre et resplendit, Calme et majestueux, ainsi qu'un plein midi, Quand cet hymne en l'air se disperse; C'est t'espotr qui descend en l'âme du Maudit'.Oh', devant le soleil, quel long rêve me berce.Lorsque je te conduis au pas des chevaux lourds, Par le champ solennel qui se ride et se gerce'.Dans le déroulement des siècles et des jours, C'est le Travail humain tenace, âpre toujours, Qui m'apparatl dans la lumière fit dont j'entends monter aux deux les râles sourds.El t'est toi que son poing brandit, acier ou pierre, 0 soc dur, toi toujours que dans son noble orgueil, Il fait collaborer à la nature entière] Sans trêve sous les deux, dans la joie ou le deuil, C'est avec tôt qu'il a lutté la flamme à l'oeil; C'est avec toi qu'il doit encore Creuser dans l'Avenir le sillon enchanté Où croîtront les épis de la Fraternité Sous l'atur libre, empli d'aurore'.Philéas Lebeuue LE RETOUR A LA TERRE Un soir, l'homme revint au pays des aïeux, Quand son coeur fut trop lourd du long effort stérile.Près du foyer disert où l'attendaient Us vieux, En retrouvant son âme, il oublia la ville.Il reprit l'aiguillon.Sa force plus débile Laboure en haletant le long sillon bourbeux, C'est par la main de l'homme retournant l'argile Que germe le blé eut plus être complet sans une visite au Jardin Zoologique.Enfin mes derniers mots seront une invitation cordiale, non seulement au public des environs de Québec; mais de la province toute entière.Cette année, à l'occasion du tièlM centenaire «le la découverte du pays, il y aura des fêtes jusque dans la vieille cité de Champlain.Or, comme les visiteurs viendront des quatre coins de la province et d'ailleurs, ce sera, je crois, la meilleure occasion de faire une visite à cette endroit enchanteur.Votre voyage ne sera pas complet si vous n'avez vu le Jardin Zoologique de Québec.Parc et étable des Bisons Page 6 La Revue Moderne — Montréal, Juin 1 y 3 A pologètique Mon Ame Où Vas-Tu?DEJA nous avons montré l'extrême actualité de la question religieuse dans le numéro de mars de cette même Revup.Si nous nous demandons aujourd'hui d'où provient cette actualité?nous répondrons qu'elle provient de la destinép humaine elle-même.De là, la question devient d'une souverain'- importance.Important, en effet, de savoir où vont nos vies; si nous avons un but déterminé à atteindre, important de connaître le chemin qui y conduit; mais qui donc nous le montrera ?Longtemps le mot d'ordre fut: "cessons de croire, la science expliquera tout ." Néanmoins, les sciences, les arts, l'industrie ont progressé, mais que nous ont-ils appris sur le sort de l'homme au sortir de cette vie?L'esprit humain a été exalté à l'égal d'un Dieu, un bruit sourd d'incrédulité et d'indépendance a passé sur le monde, des écrivains athées, sceptiques, indifférents nous ont inondé de leur littérature perverse, semant le doute dans tous les esprits, la corruption dans tous les cœurs.Voilà pourquoi, aujourd'hui, avant d'enseigner la religion chrétienne, nous sommes obligés de la défendre, de plaider sa cause devant ses propres enfants.L'angoissant problême que se posent tous les hommes est celui de l'immortalité de l'âme.L'incroyant, qui disserte officiellement pour prouver que tout finit à la mort, conseillera aux hommes de tirer de la vie le maximum de plaisir.Pourtant, dans ses heures de solitude, il sera le premier à mettre en doute que tout finit à la mort.Il y a quelque temps, un protestant des environs d'Ottawa disait à un groupe de religieux: "Je ne crois pas à l'immortalité de l'âme! Mon père et ma mère sont morts depuis dix ans, et je n'en ai jamais eu de nouvelles; mon grand'père et ma grande mère sont morts depuis vingt ans et je n'en ai jamais eu de nouvelles.pourtant, ils m'aimaient beaucoup.S'ils n'étaient pas morts, ils me donneraient de leurs nouvelles." Evidemment, le seul messager qui puisse lui apporter des nouvelles, c'est la foi, et il la refuse.Est-ce que la petite Thérèse, avec tous le» autres saints, ne nous donne pas de ses nouvelles par tous les prodiges qu'elle opère?Si vous refusez la correspondance, la radio, la télégraphie, comment pourrez-vous avoir des nouvelles de vos amis qui sont en Chine, en Afrique, en Europe, au Japon.?Impossible.De même, si vous rejetez les messages de foi et d'espérance que vous apportent l'Eglise, si vous ne voulez pas croire aux parfums qu'exhalent les tombeaux de nos saints: soutenez obstinément que nous ne savez rien de P.Antonin LAMARCHE, O.P.La vierge de gauche, à figure ferme et décidée, représente la Foi.La croix qu'elle tient en main figure Jésus crucifié pour le salut du monde.La vierge de droite, portant un bandeau sur les yeux, représente l'Incrédulité.Elle refuse de voir la lumière apportée aux hommes par Jésus-Christ.Elle regarde obstinément à terre.l'autre vie, mais n'aftir-mez pas que tout finit à la mort, vous n'avez aucun droit de conclure ainsi.Tout au plus, on peut vous permettre de douter, si la philosophie est impuissante à vous convaincre.D'autre part, si l'on excepte les matérialistes notoires qui sont plutôt rares, l'histoire nous apprend que tous les peuples, que tous les grands philosophes, et même les poètes, ont cru à l'immortalité de l'âme."Oui, Seigneur, j'espère en ta magnificence: Partout, à plaines mains, prodiguant l'existence, Tu n'auras pas borné le nombre de mes jours A ces jours ici-bas, si troubles et si courts.Je te vois en tous lieux conserver et produire: Celui qui peut créer dédaigne de détruire; Témoin de ta puissance et sûr de ta bonté; J'attends le jour sans fin de l'immortalité." ?Un Nouveau Ministre Alors, où va l'âme si elle ne meurt pas ?Immédiatement se pose la question religieuse.Si l'homme en quittant la terre entre dans une autre vie qu'on nomme vie éternelle—heureuse ou malheureuse selon l'usage qu'on aura fait de la vie—on doit se demander: quels chemins y conduisent ?quels moyens avons-nous pour atteindre ce but ?Comme c'est par la religion que l'homme entre en îdation avec son Dieu, on discute sur la valeur des différentes religions existantes, quelle est celle qui nous conduira avec certitude dans cette vie supérieure ?Certains diront que toutes les religions sont bonnes.Non, toutes les religions ne sont pas bonnes.Une seule doit l'être, par le fait que les diverses religions sont contradictoires et que la vérité est une.Jamais vous ne conclurez un marché avec un homme qui vous soutiendra que deux et deux font trois.Ainsi, Dieu ne saurait agréer de la même manière un hommage et une insulte, un culte qui l'honore et un culte qui l'outrage.D'autres diront: pour être dans la bonne religion, il surfit d'être honnête homme.Etre honnête homme, c'est beaucoup, mais ce n'est pas assez.D'ailleurs, le premier devoii d'un honnête homme est de soumettre son esprit et -.¦il ( 11 iii .m Créateur de toutes choses, sans compter qu'un honnête homme sans religion est difficilement concevable.Il est donc d'une souveraine importance pour tout esprit sérieux d'étudier soigneusement la question religieuse.Or, la religion de Jésus-Christ qui est aussi la nôtre, se présente aux regards de tous les hommes, si merveilleuse dans ses espérances, et si riche dans ses promesses, qu'elle est folie |M)ur les uns, et sagesse pour les autres.Un conflit se livre: qui a raison ?Conflit vieux comme le christianisme, et dont nous retracerons brièvement l'évolution, dans notre prochain article.Cliché Albert Dumas L'Honorable Irénée Vautrin 1'HONORABLE M.TASCHEREAU, premier .ministre de la province de Québec, vient d'inviter M.Irénée Vautrin, député de Sainî-Jacques, à faire partie de son cabinet.Ce choix a recueilli l'unanime approbation de tous ceux qui connaissent le nouveau ministre.Les lecteurs de La Revue Moderne seront sans doute heureux de lire ici quelques notes biographiques qu'un ami de l'honorable M.Vautrin a bien voulu nous faire tenir.M.Irénée Vautrin est né à Saint-Edouard, comté de Napierville, le 23 décembre 1888, du mariage de Zénophile Vautrin, cultivateur, et d'Augustine Dupuis.Ses études primaires terminées, il passa à l'école normale Jacques-Cartier, de Montréal, après quoi il entra à l'Université de Montréal, pour y suivre les cours de l'école d'architecture.Il obtint ses diplômes en 1914.Après avoir été président de la jeunesse libérale, puis de la fédération des clubs libéraux de la province, M.Vautrin prenait en mains l'organisation du parti dans le district de Montréal.C'était la porte ouverte à la vie politique active.Elu député pour la division Montréal-Saint-Jacques en 1919, il fut défait en 1923, puis réélu aux élections générales de 1927 et de 1931'.M.Vautrin jouit d'une grande popularité ch»z ses collègues qui reconnaissent en lui un orateur distingué, profondément versé dans les questions politiques et les grands problèmes qui agitent à l'heure actuelle l'opinion publique, un conseiller dis cret et averti, hautement estimé par la population de Montréal.Dans l'intimité, le nouveau ministre est d'un commerce charmant.Causeur agréable, d'une rare distinction, il ne compte que des amis au sein de la députation, chez les oppositionnistes comme chez les libéraux.Dans l'exercice de ses fonctions comme vice-président de la Chambre, il a su se ménager la sympathie de tous ses collègues.Ceux-ci ont toujours rencontré en lui le parfait gentilhomme qui honorait de sa distinction la charge honorifique d'orateur-suppléant.L'honorable M.Vautrin fera, nous n'en doutons pas, du bon travail, soit dans l'intérêt de son parti soit, ce qui vaut encore mieux, dans l'intérêt de tous ses compatriotes.Son ascendant personnel, l'influence que lui donne sa nouvelle fonction et l'ambition légitime qu'il caresse de monter encore plus haut dans le domaine politique, vont porter sûrement d'heureux fruits.La Revue Moderne est heureuse de féliciter le ministre Vautrin. La Revue Moderne — Montréal, Juin î 9 S U Page 7 ï Nouveaux Hôtes de Spencer Wood R Par Jean BRUCHESI AKEMENT nomination a été accueillie par une telle unanimité dans l'éloge que celle de l'honorable M.Patenaude, dési: gué, le 26 avril, pour remplacer l'honorable M.("arroll comme lieutenant-gouverneur de la province de Québec, ("est que l'ancien ministre conservateur dans les cabinets Borden et Meighen, tout en ayant loyalement servi son parti, n'a jamais sacrifié aux intérêts de ce dernier les intérêts supérieurs de ses compatriotes.C'est que, dans l'exercice de sa profession d'avocat comme dans sa carrière de député a Québec ou à Ottawa, l'honorable M.Patenaude s'est toujours fait remarquer par sa compétence, sa dignité, sa courtoisie et des convictions politiques qui n'excluaient pas le respect de l'adversaire et n'entraînaient pas l'aveugle partisanerie.Les manières du nouveau lieutenant-gouverneur, faites de distinction et de simplicité — l'une n'excluant pas l'autre — sont précisément de celles qui conviennent au représentant du roi en cette province.Elles sont l'indice certain que l'honorable M.Patenaude saura, dans ses nouvelles fonctions, faire honneur à sa province et à ses compatriotes, comme il l'a fait dans le passé.Et il aura, pour l'aider à remplir le rôle social, qui n'est pas la moindre part de la tâche imposée au représentant du roi, une compagne dont la discrétion, le bon sens et l'amabilité inspirent les moindres actes.Gentilhomme dans toute la force du terme, hôte généreux et courtois dont les goûts portent la marque du raffinement le plus sûr, l'honorable M.Patenaude sera on ne peut plus à l'aise pour accueillir à Spencer Wood les personnages de tout rang qui se présenteront à lui.Car il ne se passe pas une semaine sans qu'une personnalité du monde religieux, politique ou social n'aille à Spencer Wood.Le quatrième centenaire de la découverte du Canada, pour ne mentionner que cet événement de haute portée historique, amènera à Québec des personnages étrangers et des délégations officielles en grand nombre.Nous pouvons être assurés d'avance qu'ils recevront à Spencer Wood l'accueil empressé et digne qui demeure, du reste, une tradition heureusement respectée jusqu'ici.Les uns et les autres ne seront pas seulement L'honorable M.Patenaude, lors de son assermentation comme lieutenant-gouverneur de la prorince de Québec.A sa gauche.Madame Patenaude.conquis par le cadre enchanteur dans lequel ils pourront évoluer, le temps qu'ils passeront à Spencer Wood; mais ils remporteront de l'accueil reçu cette impression très vive que savent seuls faire naître la distinction des manières et le charme personnel.Spencer Wood a une histoire qui nous le rend cher à plusieurs titres.Certains peuvent regretter, parfois, que la résidence officielle des lieutenants-gouverneurs de la province de Québec n'aît pas un nom français qui rappellerait aux Canadiens et aux étrangers ses lointaines origines.Je pense, par exemple, à ce nom de Coulonge qui fut celui de la châtellenie érigée, en 1657, par la Compagnie des Cent Associés, en faveur de Louis d'Ailleboust, et dont le domaine de Spencer Wood fut plus tard détaché.Nos lecteurs n'ignorent pas, en effet, que la distribution des terres, en Nouvelle-France, se fit suivant les principes du régime féodal.Les compagnies ou les intendants concédaient, pour des services reçus ou à recevoir, des fiefs simples — auxquels aucun titre ou honneur L'historique demeure de ''.«enccr-Wood construite dans le style colonial avec fronton de l'ordre toscan.sur colonnes n'était attaché — et des fiefs de dignité avec titres.Les châtellenies étaient du nombre de ces derniers et il y en eut une dizaine de créées avant la Cession.Celle de Coulonge comprenait plusieurs centaines d'arpents de terre acquis, de 1649 à 1653, par M.d'Ailleboust qui avait remplacé le chevalier de Montmagny comme gouverneur de la Nouvelle-France, Quelques années plus tard, la veuve de M.d'Ailleboust cédait la moitié du fief à l'Hôtel-Dieu de Québec qui se portait bientôt acquéreur de l'autre moitié.Finalement, le séminaire de Québec achetait la châtellenie entière et la gardait jusqu'en 1766.C'est à cette dernière date que la noble terre île t'otilongc p,i-s,i.morceau par morceau, aux mains de divers propriétaires.Une partie, vendue plus tard au brigadier-général Powell, prit le nom de Powell Place.C'est là que se trouvaient le manoir, la grange et les étables de bois ou de pierre; et c'est précisément ce domaine qui reçut, en 1811, le nom de Spencer Wood, donné par un autre acquéreur, M.Michael-Henry Perceval, en l'honneur de Spencer Perceval, chancelier de l'Echiquier et premier ministre de Grande-Bretagne.Quelques gouverneurs anglais, notamment l'ombrageux Craig.sir Edmund Head et le sympathique lord Elgin, devaient, par la suite, séjourner à Spencer Wood.Trois ans après l'établissement de l'Etat fédéral, le gouvernement du Canada cédait à celui de la province de Québec le manoir et le domaine adjacent.Reconstruit au lendemain du désastreux incendie de 1860 auquel lady Head et sa fille n'échappèrent que par miracle, le "château" de Spencer Wood n'a cessé, depuis lors, d'être la résidence officielle de tous les lieutenants-gouverneurs de la province, de sir Narcisse-Fortunat Belleau à l'honorable M.Carroll.Telle est, en résumé, l'histoire de Spencer Wood où viennent d'entrer l'honorable et madame Patenaude, accompagnés des vœux de l'entière population de cette province.l"ne telle nomination, a-t-on écrit, marque le couronnement d'une belle et fructueuse carrière.Mais ce n'est pas â cinquante-neuf ans qu'une homme aussi bien doué, physiquement et intellei t uellcmcni.que l'honorable M.Patenaude termine une carrière.Récompense méritée, l'honneur conféré à notre compatriote ne devrait être qu'une trêve apportée à l'action publique de M.Patenaude dont la province et le pays ont encore le droit d'attendre des actes et des directives. Page 8 La Revue Moderne — Montréal, Juin 1 9 S i Dans le Monde des Lettres Le Nom dans le Bronze en Michelle Le Normand, dont un public fidèle goûte les alertes chroniques et qui s'est créé une enviable réputation d'écrivain par deux recueils où la fraîcheur des sentiments s'allie à celle du style, est entrée dans le vaste monde du roman avec Le nom dans le bronze.J'avoue que je préfère, pour ma part, ces billets pleins de couleur et de vie à l'histoire de Marguerite Couillard, jeune Soreloise d'abord follement éprise d'un anglo-saxon protestant, puis convaincue, à la suite d'un voyage à Québec, des dangers d'un mariage mixte.Non pas que l'auteur ait entièrement sacrifié l'art au besoin de présenter une thèse défendable et que son roman — une longue nouvelle plutôt — soit dépourvu de belles pages.Il s'y rencontre ici et là une description de paysage ou une peinture de caractère qui rappellent les meilleurs passages A'Autour de la maison.Sorel et les Ile», Québec, ses vieilles rues étroites et grimpantes ne sont pas des natures mortes, encore que les évocations historiques ne soient pas toujours bien amenées.La vie y circule et le lecteur qui se promène en compagnie de Marguerite Couillard ne s'arrêtera pas lui-même sans émotion devant le bronze de Louis Hébert où est gravé le nom d'une autre Marguerite Couillard, courageuse compagne d'un des premiers colons de notre pays.D'autre part, Michelle Le Normand a bien saisi le caractère et la beauté de la nature québecquoise qui sert de cadre à l'action de ses personnages.De même, ceux-ci, qui pensent, agissent, aiment et souffrent sous nos yeux, ne sont pas des fantoches et l'auteur les a campés, pour la plupart, d'une manière h.'ihitc.Ni Marguerite Couillard ni Steven Bayle, ne même ce Philippe Dupré, patriote sans forfanterie et professeur d'histoire sans trop de pédanterie, ne diffèrent tellement de types déjà connus ou entrevus.Et ce départ subit de Marguerite pour l'Europe, après la rupture, cette fuite d'une petite fille qui a sacrifié son amour à l'appel de la race — car c'est bien cela, en somme — au lieu d'arrêter brusquement le récit, l'oriente dans une voie nouvelle, soulève les voiles de l'avenir, sinon |x>ur celle qui s'en va sans rien voir, du moins pour le lecteur.Que voilà une discrétion de bon aloi! Par quoi, alors, Le nom dans le bronze, pourrait-il moins plaire que les chroniques habituelles de Michelle Le Normand r C'est que l'auteur, entraînée à rédiger d'aimables petits billets ou chroniques, n'a encore si l'adresse ni le souffle nécessaires pour soutenir jusqu'à la fin I intérêt du lecteur.Il apparait, dés les pemières pages du livre, que Marguerite Couillard n'épousera pas Steven Bayle, et trop de passages, non dépourvus de qualités par ailleurs, ont l'air d'avoir été mis là pour allonger le récit.Quant au style, il n'a, dans l'ensemble, ni la couleur, ni la vivacité, ni la correction de telle ou telle chronique du même auteur.Ce livre, à notre avis, ne marque pas un progrès sur les précédentes œuvres.Voici quelques phrases, cueillies au hasard, pour appuyer ce que j'avance: ".qui lui aiderait " "Je veux toujours garder mes bons sentiments, parce que du soleil, il y en aura toujours " "Ses premiers scrupules, il leur avait imposé silence"."Se refuse ton à approuver un amour qui /'achemine vers le mariage mixte"."Elle sourit tout de même en redescendant.La porte s'ouvre pour les voyageurs .Parmi ses robes, elle en a choisi une." "Les ouvriers se paient vite une chaloupe, avec l'argent qu'ils donneraient au bac, qui fait la navette " Et "la place décorer par un canon"?Et "les navires fantastiques de hauteur" ?J'en passe, pour ne plus, en terminant, qu'émettre un léger doute sur Barrés, "professeur d'énergie".(1) Le) nom ituna le hrnm».pur Michelle t.» Normand, édition» du "D«TOtf.Croisière sur l'Atlantique tu 1E 1er juillet 1933, après des préparatifs qui avaient .duré dix-huit mois, vingt-cinq hydravions portant 115 hommes sous le commandement du général italien Balbo, s'envolaient de l'aéroport d'Orbetello à destination de l'Amérique.Amsterdam, Londonderry, Reykiavik, Cartwright, Shédiac, Montréal, Chicago, New-York, les Açores, Lisbonne: telles furent les étapes de cette sensationnelle randonnée dont le succès a répandu le nom de Balbo à travers le monde et consacré la réputation de l'aviation italienne.L'homme encore jeune, qui eut l'entière responsabilité de l'entreprise, est rentré à Rome aux acclamations de ses compatriotes.Le régime qu'il servait avec tout son cœur l'a envoyé gouverner une possession africaine — la Lybie — disgrâce dorée, a-t-on écrit.Le récit de l'exploit accompli par les aviateurs italiens vient de paraître sous la signature du maréchal Balbo."Croisière sur l'Atlantique".Ce titre modeste dit assez que l'auteur n'a pas cherché, en publiant son livre, à célébrer ses propres mérites ni à se décerner des éloges.Il a voulu — et le lecteur en conviendra sans peine — raconter simplement la genèse de l'héroïque et audacieuse expédition et rapporter jour par jour, heure par heure les événements qui se sont déroulés depuis le départ jusqu'au retour.Ce livre est une magnifique leçon d'énergie, tout en restant une œuvre des plus objectives et d'une lecture agréable où abondent les détails pittoresques ou amusants.C'est un soldat qui l'a écrit, un homme habitué à agir et à commander, mais un homme qui sait observer, qui ne vise pas à l'effet et parvient, sans doute à cause de cela même, à émouvoir fortement son lecteur.A l'occasion, il a des mots et des phrases qui sont d'un poète, tant il est vrai que les poètes ne sont pas toujours uniquement des rêveurs et que l'action peut être la sœur du rêve.Si Croisière sur l'Atlantique est une leçon d'énergie, c'est également une leçon de fierté nationale dont chaque lecteur peut prendre son profit.Gloire de l'Italie, du fascisme et de Mussolini: tel fut le leitmotiv des vibrantes allocutions prononcées par Balbo à chacune des étapes où il voyait venir à lui des milliers de compatriotes.Ecoutons-le parler aux Italiens de New-York: Dieu a permis à l'escadre atlantique d'accomplir son vœu; par les voies du ciel nous vous apportons le salut de Rome, le salut de l'Italie et de Mussolini.Nos 48 moteurs sont arrivés jusqu'à vous, afin que vous sentiez dans le ciel de cette métropole battre le cœur de l'Italie, un cœur d'acier et de feu.Soyez fiers d'être Italiens, ô mes compatriotes d'outre-mer, et vous surtout, ouvriers aux bras infatigables et aux cœurs simples.C'est à vous que va l'amour et l'orgueil du Duce, parce que vous êtes croyants et prolifiques!" Est-il plus nohle langage ?On comprend la légitime fierté que versa dans les cœurs italiens la croisière de Balbo, "déroulée, suivant la parole de Mussolini, sous le signe de la chemise noire" et dont l'objet "était de consacrer, dans le ciel des deux continents, le dixième anniversaire de la révolution fasciste".Plusieurs pages du livres de Balbo intéresseront particulièrement les Canadiens: celles où l'auteur raconte, sans pécher par excès de précision, l'arrêt de l'escadrille à Shédiac, le vol jusqu'à Montréal, et le bref séjour des aviateurs dans notre ville.Tout d'abord, il écrit Chédiac.Puis il ne manque pas de souligner que le maire de Shédiac M.Sormany, est d'origine italienne.Je crois plutôt que les Sormany sont originaires des îles Jersey.— Les uniformes de la police lui rappellent les gravures du dix-septième siècle."On me dit, écrit Balbo, que ces gens parlent encore le français du grand siècle".Voilà une légende quia la vie dure.Le lendemain, c'est le départ pour Montréal.Où donc l'auteur a-t-il pris que la vallée du Richelieu était "l'un des plus célèbres greniers du monde' ?Qu'est-ce que ce (J> CroUlere «ur l'Atlantique, par le maréchal Italo Balbo.traduit par A.Caffl.avec 4» gravure» et une carte; Pion édlt.Cette année à Jérusalem (i) MEmile Schreiber a traversé la Palestine juive.Mais il n'a pas fait ce voyage — c'est du moins l'impression que nous laisse la lecture de son livre — en homme qui vise avant tout à être objectif.L'évidente sympathie qu'il éprouve pour les fils d'Israël l'a poussé à rédiger une apologie du sionisme et à tracer de l'expérience juive en Palestine un tableau qui ne manque pas de couleur, certes, mais qui apparaîtra au lecteur averti comme un tableau fait sur commande.Il est hors de doute que la venue de quelque 250 000 Juifs dans la Terre promise, leur établissement sur un sol qui n'a jamais passé pour être ,dans l'ensemble, très fertile et qui demeure stérile, rocailleux en majeure partie, ont considérablement modifié l'aspect de la Palestine.Les colonies sionistes, comme Tel-Aviv, sont sans doute d'heureuses expériences et les nouveaux arrivants ont pu, en certains endroits, transformé en terres arables un sol qui paraissait, jusque là, impropre à toute culture.On fabrique aujourd'hui, en Palestine, des cigarettes qui peuvent rivaliser avec certains produits de la régie ottomane et j'ai récemment mangé, là-bas, des oranges qui surpassent en douceur et en saveur celles de la Californie.D'autres industries et cultures permettent également à la Palestine d'avoir une vie économique qu'il était impossible de prévoir il y a quelques années.Mais de là à dire, avec l'auteur de Cette année à Jérusalem, que la Palestine est un pays sans crise, il y a loin.Le seul problème des relations entre les 2S0 000 Juifs et les quelque 1 200 000 Arabes qui se partagent le sol de la patrie du Christ garde toute son acuité.Il est lourd d: terribles incertitudes, non seulement pour l'avenir de l'expérience sioniste, mais pour la paix orientale.Jérusalem est devenue, depuis que Constantinople a perdu son prestige de grande capitale musulmane, le centre des intrigues arabes.Les Anglais, qui ne sont pas encore parvenus à concilier la promesse d'un empire arabe avec les principes de la fameuse Déclaration Balfour, ont assumé, en acceptant le mandat de la Palestine, une mission des plus périlleuses qui leur a déjà coûté gros et qui leur réserve encore de pénibles surprises.Quoi qu'il en soit, la promenade que M.Schreiber nous invite à faire à travers la Palestine juive ne manque pas d'intérêt.Bien que restreinte aux seuls établissements sionistes, elle apporte d'utiles renseignements sur un pays qui n'échappe pas à la loi du progrès et auquel pas un Chrétien ne peut penser sans une profonde émotion.lac Saint-Hilaire dont l'escadrille survole la verticale ?Sans doute.Balbo n'a fait que passera travers notre ville.Encore dut-il avoir recours àun fasciste qui parlait parfaitement anglais pour pouvoir se défendre, entre deux envolées, contre l'assaut des journalistes et des curieux.Et l'on comprend que l'illustre aviateur confonde le pont Jacques-Cartier avec le Victoria Bridge, qu'il situe le lac Saint-Louis en face de Montréal fondée, d'après lui, par Champlain en 1610, et qu'il dote la basilique d'une colonnade en miniature copiée sur celle du Bernin! Nos compatriotes apprendront, de plus, en lisant Croisière sur l'Atlantique, que les Jésuites fondèrent à Québec, en 1636.la plus ancienne université de l'Amérique du Nord.Quant aux habitants des Provinces Maritimes, ils ne sauront pas sans surprise que Saint-John est la capitale du Nouveau-Brunswick.Vétilles que tout cela ?Je ne le pense pas.Sans rien enlever, bien entendu, au mérite de l'œuvre accomplie et racontée par Balbo, ces erreurs n'en sont pas moins regrettables.Mais, au lieu de provoquer notre susceptibilité à fleur de peau, qu'elles nous incitent à prendre enfin les bonnes mesures pour faire connaître notre pays à l'étranger.Bien rares les pays qui n'ont pas recours à tous les moyens de publicité moderne dans l'intérêt de leur tourisme, Hc leur commerce ou de leur industrie.Faisons comme e^x- (1) Cette année A Jé'uaslem, par Emile Sohrelber, Pion Edlt La Revue Moderne — Montréal, Juin 1 9 3 k I'.is 1 le jeter tout le fardeau du ménage sur leurs maris, tandis qu'elles se prélassent toute la journée assises les bras croisés".Donc, pour dépaysés que 9oient messieurs les officiers, ils ne sauraient bouder la vie de société qui s'offre à eux.Québec abonde en jolies femmes.Comment de galants militaires leur demeureraient-ils indifférents?Ce n'est le cas ni de Lévis ni de Bougainville, encore, nous insinue son chef, que celui-ci n'obtienne des coquettes "tout au plus quelques légères faveurs qui ne feraient que des péchés véniels".Chacun a son cercle et sa belle.Montcalm tout le premier n'a rien d'un ascète.On a beau être d'ascendance huguenote, homme de famille et de principes, un brin rigoriste, on est de sa race et de son siècle.Les dames intéressent fort le brillant marquis; et il ne dédaigne pas de les fréquenter, et de près.Il y a aussi la lecture.M.de Montcalm a emmené ses classiques.Ah! quelle volupté, en compagnie de quelques bons auteurs français ou latins, de se transporter si loin des Iroquois et des Abénaquis.sans parler de M.de Yaudreuil qui ne les fréquente guère.N'oublions pas non plus les plaisirs de la plume.M.de Montcalm tient quotidiennement son journal ou le dicte, ou au moins l'inspire.Puis, Dieu merci, il y a la correspon- I- KKC, La ville de Québec au temps de Montcalm dance.Comme on s'amuse à échanger des billets rapides avec les favoris, MM.de Lévis et de Bougainville, ou même avec Bourlamaque qui peu à peu se dérouille! On est du même monde.On se comprend.On fraternise.L'en-tête de l'épitre est officielle: "Monsieur le comte" ou "Monsieur le marquis", mais vite on se laisse aller; ce sont des boutades, des confidences, des plaisanteries à demi-mot échangées avre ce "cher ami", vis-à-vis de qui il fait si bon se départir de toute contrainte Etant donné la mauvaise écriture du chef, le commencement de la lettre est souvent de la main d'un secrétaire; mais bientôt la vivacité de Montcalm l'emporte 11 lui arrache la plume.Alors quelle avalanche de brocards! Quand on s'est soulagé, il faut bien se reprendre; d'où la recommandation qui revient: "Brûle/ cette lettre".Lévis.heureusement pour nous, était un homme méthodique et conservateur II ne brûlait rien du tout, et c'est surtout grâce à lui que nous pouvons apprécier les mérites épistolaires de son général.A Québec, la maison où le train esl le plus brillant, c'est celle de l'intendant Bigot.Tout de suite.Montcalm est frappé de l'éclat de 9es réceptions: "Deux l>als, où il a vu, écrit-il, plus de quatre-vingts dames et demoiselles très aimables et très bien mises Québec, ajoute-t-il, m'a paru une ville de fort bon ton Je ne crois pas que dans la France, il n'y en ait plus d'une douzaine au-dessus de Québec pour la société".L'élégance y est grande, aussi la soif de plaisir.Et malheureusement un fléau s'y déchaîne, c'est le jeu.le jeu à outrance.Certes, jouer est un des divertissements de la bonne compagnie de Paris et de Versailles, mais, chef d'armée, pénétré de son devoir.Montcalm a le souci de ses res-ixinsabilités.C'est avec ennui qu'il voit ses officiers s'attabler au tapis vert et engager des parties très disproportionnées avec le montant de leur solde Là passion du jeu et aussi, plus dangereuse, celle de la spéculation existent partout "L'agio, écrit Bougainville.se fait ici.comme dans la rue Quincampoix".Et d'où vient l'argent qui alimente toute cette folie ?C'est alors que, fronçant le sourcil, Montcalm, qui ne débarquait pas sans défiance, est bien obligé de se rendre compte d'un état de mœurs gravement préjudiciable, non seulement à la moralité publique, mais aux intérêts majeurs du roi et de la colonie.(1) Mnntrnlni pur Anrtr» I.l.Mmhfrj.r Don.Mit. Page 10 La Revue Moderne — Montréal, Juin 1 9 S /, LA VIE CANADIENNE iliiMHnM^nmuiiiiihiiinqimn^imrpn^i|^ii|mlm[iiiMiiMiiuMliiiiHnillli)miniiNtiriiir:Hi:gTi | Une Grande Ecole 1T T\ banquet réunissait dernièrement, \^_J Montréal, plusieurs personnalités du monde politique et du monde des affaires, des professeurs et les finissants de l'Ecole des Hautes Etudes Commerciales.Excellente occasion de rappeler l'œuvre éminemment bienfaisante de cette Maison d'enseignement supérieur, "l'une des plus belles filiales de l'Université de Montréal", suivant la très juste expression de l'honorable M.David.L'Ecole des Hautes Etudes célébrera l'an prochain le vingt-cinquième anniversaire de sa fondation.Celle-ci remonte, en effet, à 1910.Le premier ministre de la province de Québec était alors sir Lomer Gouin.En homme qui voyait loin et grand, M.Gouin voulut doter notre ville d'une Ecole où nos jeunes gens pourraient recevoir une formation pratique, propre à les aider dans le commerce ou la finance.Sans doute, nous avions eu, jusque là, des hommes habiles qui, par leur esprit d'initiative, leur ténacité, leur amour du travail, avaient fait leur marque dans la vie économique du pays.Mais, la concurrence devenant chaque jour plus ardente et les Canadiens français ne possédant pas les capitaux nécessaires à la création ou au développement de grandes entreprises, il était urgent de donner à notre peuple, dans le domaine des affaires, non plus seulement des bras et des bonnes volontés, mais des cerveaux, des esprits bien formés, des compétences.Telle fut l'idée qui présida à la fondation de l'Ecole des Hautes Etudes Commerciales.Après vingt-quatre ans de progrès constants, la modeste institution de 1910 est devenue un établiwmenl dr premier ordre qui n'a pus son égal au Canada et qui peut rivaliser avec la plupart des Ecoles du même genre établies en Amérique et en Europe.Elle a eu et, fort heureusement, elle a toujours, dans la personne de M.Henry Laureys, un directeur énergique et clairvoyant qui a su grouper autour de lui un corps professoral d'élite, la plupart de ceux qui enseignent à l'Ecole étant des professeurs de carrière, formés par elle et assez heureux pour avoir pu se perfectionner ensuite en Europe et aux Etats-Unis.Cours du soir et cours du jour attirent chaque année, à l'Ecole de l'avenue Viger, des centaines d'élèves et d'auditeurs; et, à mesure que le besoin s'en fait sentir, un nouveau cours vient compléter un programme d'enseignement des mieux conçus et des mieux distribués.L'effort des dirigeants de l'Ecole ne s'est pas borné à l'enseignement oral ou aux cours par correspondance qui ont pris, ces derniers temps, un essor des plus significatifs.L'action extérieure de l'Ecole se fait heureusement sentir par un musée qui se développe, lui aussi, d'année en année, par une bibliothèque économique bien pourvue d'ouvrages et de publications périodiques, par une revue dont le rayonnement souligne le succès et la nécessité.De trente-deux qu'ils étaient, en 1910, les auditeurs et les élèves des cours de l'Ecole sont devenus près de mille en 1933 et, comme le faisait remarquer M.Henry Laureys, au banquet annuel de l'Association des licenciés, les jeunes gens qui sont passés par l'Ecole "ont fait et font grand honneur à l'institution qui les a formés".Comment ne pas se réjouir en face de tels résultats obtenus par le travail persévérant et l'action intelligente! En ces jours de pessimisme, de pessimisme noir pour un trop grand nombre, comme il fait bon entendre des paroles de réconfort du genre de celles que prononçaient, l'autre jour, M.Henry Laureys, l'honorable Le Dr H arwoo LA mort subite du docteui Louis de Lotbi-j nière-Harwood, survenue dans la nuit du 15 mai, a plongé dans le deuil et la stupéfaction le monde médical et les milieux universitaires de notre ville.La veille encore, le docteur Harwood avait assisté à une réunion de la Commission administrative de l'Université de Montréal et obtenu, non sans peine, l'adhésion de cette dernière à un projet d'assurances-dotations susceptible de redresser, au moins en ce qui concerne les salaires des I>niIcm'ui-., la douloureuse situation financière qui menace l'existence même de notre institution d'enseignement supérieur.Heureux et fier, à bon droit, du succès de ses démarches et d'un labeur incessant, le docteur Harwood rentrait chez lui, tard dans la soirée.Quelques heures après, une congestion cérébrale emportait le doyen de la Faculté de médecine, l'un de nos plus éminents praticiens qui s'était montré, toute sa vie, un parfait gentilhomme.Des voix autorisées ont célébré et célébreront encore la mémoire de ce compatriote qui fit honneur aux siens partout et toujours.Elles ont déjà souligné les grands traits d'une carrière entièrement vouée à l'action sociale dans !a plus large acception de ces deux mots à la mode.Chirurgien qui avait complété sa formation première auprès des plus célèbres maîtres français et dont les jeunes "anciens d'Europe" avaient pu, à maintes reprises, apprécier la courtoisie et la sympathie, professeur à la Faculté de médecine pendant plus d'un quart de siècle, doyen de cette même Faculté, le docteur Harwood avait consacré son talent, son énergie, ses relations et son prestige à deux grandes œuvres: l'Université de Montréal et l'hôpital Notre-Dame.Ceux-là seuls, dont il fut le collaborateur ou le chef et, souvent, l'entraîneur, sont aujourd'hui en mesure de comprendre quelle perte immense ces deux institutions viennent de faire.Sur la tombe à peine fermée de cet intègre citoyen qui sut maintenir les belles traditions d'une des plus anciennes familles de chez nous et marcher sur les traces d'ancêtres dont les noms ont brillé dans l'histoire de notre pays, La Revue Moderne dépose l'hommage de ses regrets et de son admiration.M.David, MM.Maurice Duplessis et Victor Doré! Nous pouvons donc inscrire quelque chose à notre actif déjà tellement réduit par la ci ise et par ces défauts de race qui expliquent, en majeure partie, nos échecs et nos reculs ?Le fait est assez rare: proclamons-le, répétons-le! Le Français à la Radio UN comité pailementaire se livre, depuis quelque temps, à une enquête sur la Commission Canadienne de la radio.Cette Commission, qui compte à peine deux ans d'existence, a déjà été l'objet des plus vives critiques.Sans pai 1er de ceux qui en ont toujours condamné le principe, combien s'acharnent parfois avec raison, à critiquer le choix des artistesou des programmes, allant même jusqu'à protester contre le favoritisme qui, dans bien des cas, présiderait à ce choix.Il est trop tôt pour dire ce que l'enquête donnera.D'ores et déjà, elle a servi,non pasàrévéler— car elle était connue — mais à souligner davantage l'attitude d'une partie de la population canadienne à l'égard de l'emploi de la langue française au cours des émissions radiophoniques.Le Canada est un pays bilingue de fait et de droit, sinon, sur tous les points, en vertu de la lettre du Pacte de 1867, du moins dans l'esprit de ce contrat qui permettait, il y a plus de soixante ans, la fédération des provinces.Le gouvernement fédéral l'a compris en créant la Commission Canadienne de radiodiffusion.L'un des commissaires, sur trois, est un Canadien français et l'on a fait, dans les programmes, une part aussi large que possible à la langue maternelle d'un tiers de la population.Nous ne croyons pas, cependant, que cette part soit proportionnée au nombre de nos compatriotes.Il serait intéressant de rechercher combien d'artistes canadiens-français participent aux émissions transmises d'un océan à l'autre, quelle est la part de Toronto comparée à celle de Montréal, soit en matière de programmes, soit en matière de fonds disponibles.Il n'en reste pas moins vrai que l'annonce des programmes de la Commissions se fait dans les deux langues officielles du Canada.C'est peu.Mais cela suffit à rendre encore plus jaunes qu'ils ne le sont déjà certains radio-philes fanatiques de l'Ontario et de la Saskat-chewan.Ceux-ci ne vgulent pas entendre de français à la radio-Etat.Non seulement, ils protestent contre l'annonce bilingue, mais ils voudraient limiter à la seule province de Québec la diffusion de programmes français.L'un des principaux porte-parole de nos "amis" de l'Ouest s'appelle C.H.Buchanan.Pour ce monsieur et les membres de son association de radiophiles, il y a trop de français à la radio.Les Canadiens anglais de l'Ouest ont autre chose à faire que d'écouter des causeries, des commentaires ou des chants français.Ils ne se soucient pas des besoins et des désirs de nos compatriotes établis dans les provinces de l'Ouest bien avant l'arrivée des émigrants d'Angleterre ou d'Europe centrale.Les 50000 Canadiens français de la Saskatchewan ne pèsent pas beaucoup devant l'étroitessed'esprit ou l'ignorance d'une poignée de fanatiques.Fort heureusement, il y a, dans l'Ouest et dans l'Ontario, des hommes aux larges vues et capables d'apprécier un beau programme français.L'enquête aura permis à quelques-uns d'entre eux de faire preuve de bon sens et de justice, pour le malheur des adversaires du français."L'opinion de la classe intellectuelle, en Ontario, est en faveur du maintien des programmes français", a déclaré M.Frank Denton, de Toronto, président du National Council of Education.Un autre Anglais, M.Bushnell, directeur des programmes de la Commission pour l'Ontario et l'Ouest, a parlé dans le même sens.De son côté, le Mail and Empire, de Toronto, a vigoureusement condamné les préjugés de ceux qui s'opposent au français et regretté le peu de temps consacré chaque semaine aux excellents programmes canadiens-français de la Commission.Le droit et le bon sens sont de notre côté. UN CŒUR CAPTIF par MARCEL IDIERS ¦ Reproduction autorisée par la Société des Gens de Lettres ¦ CHAPITRE PREMIER Le bal languissait, teinté de cette vague mélancolie qui enlise les choses gaies à l'approche de leur lin, cependant que les jeunes tilles, point encore rassasiées de "blues" et de "two-steps", imploraient de leurs mères résignées l'ultime quart d'heure de grâce qui devait assurer leur triomphe.— De mon temps, chuchota une dame dont la voix avait des sonorités de petite flûte, on se tenait mieux.Les jeunes filles étaient plus modestes .et les jeunes gens donc., polis, déférents, empressés, fallait voir.Vous laissiez tomber votre mouchoir, exprès naturellement, qu'ils se disputaient l'honneur de le ramasser et vous le tendaient avec un compliment Aujourd'hui.— Ils se disputent à qui ne le ramassera pas, soupira sa voisine en secouant sa chevelure fauve, qu'est-ce que vous voulez ; les femmes ambitionnent d'être traitées en égales et les hommes en pro"itent.Elles étaient bien plus fortes quind elles personnifiaient le s;xe faible .Mais dites-moi, c'est bien la petite Bertin que j'aperçois là-bas.au bras de ce grand jeune homme blond ?— M tis oui, c'est Nelly, confirma la dame à la voix Mutée en ajustant sur son nez imposant un binocle sins grâce.Vous ne stvez pas qui est ce monsieur.C'est Robert de Rochas, ingénieur, très grand avenir, sorti premier de Centrale très riche.— Joli garçon.— Je vous crois .La petite Bertin pourrait plus mal choisir, mais je ne pense pas que le gaillard veuille se laisser marier comme ça.D'ailleurs, toutes les mères se le souhaitent pour gendre.Il a un succès fou.— Je comprends cela.Mazette! Quel chic! Si, par-dessus le marché, il est aussi bien rente que vous le dites.— Oh! pour ça, je vous l'affirme.Très riche.— Vous ne croyez pas que Germaine?— Ma fille! Ah! bien oui .Il suffirait que je lui en parle pour qu'elle trouve immédiatement le monsieur impossible.Son interlocutrice poursuivit, sans paraître avoir entendu: — Si cela pouvait vous être agréable, je vous l'aurais présenté .J'ai beaucoup connu ses parents, les de Rochas avaient une propriété en Touraine, à côté de chez moi.— Avaient ?— Oui, Robert de Rochas est orphelin.Il habite Paris toute l'année.La voix se tut, tandis que l'orchestre attaquait les premières mesures d'un tango nostalgique.Les danseurs, plus inquiets de leurs pardessus que du sort des demoiselles vouées à la tapisserie, galopèrent vers le vestiaire.Les mères s'empressèrent "autour de leurs filles, un peu décoiffées .On entendit ça et là de ces benoîtes recommandations qui font se cabrer la jeunesse d'aujourd'hui, où il est question de lainages et de fichus noués sur les oreilles: "Tu sais comme tu t'enrhumes facilement." "Si encore tu étais raisonnable, mais non, tu danses comme une folle." "Regarde comme tu as chaud " "Pourquoi as-tu voulu rester jusqu'à la fin.C'est ridicule jamais nous ne trouverons de voiture." Bousculade de bon ton, baise-main distrait, regards malicieux qu'on voudrait complices et qui ne sont que vaguement polis, tout le brouhaha d'une sortie tardive.Mme Bertin.qui reconduisait une amie dans sa voiture, fit signe à sa fille de se hâter.Nelly s'empressa d'accourir.C'était une jolie fille au visage tendre, encadré de cheveux châtains foncés, savamment ondulés et retroussés en bouclettes à la naissance du cou.Un teint mat, presque diaphane et une sorte de gravité dans les traits lui donnaient un petit air pensif que corrigeait l'éclat incomparable de très beaux yeux où se lisait toute la ferveur et toute la joie de vivre de ses vingt ans en fleur.Mme Bertin, née de Fraipont, était, au physique, tout l'opposée de sa fille.Elevé à la campagne, et, disait-on, plutôt durement, par un père excellent, mais terriblement original qui était de cet avis que les filles se doivent mener comme les garçons, la pratique des sports violents lui avait donné une allure martiale qui la faisait vaguement ressembler à un dragon déguisé en femme.De visage agréable, heureusement, mais brusque dans ses manières, elle faisait trembler quiconque l'abordait, et il n'était pas jusqu'à son époux qui ne baissât pavillon devant elle.Le ménage, néanmoins, était des plus unis Mme Bertin adorait son mari qu'elle avait épousé par amour, un peu contre le gré de son père qui aurait aimé pour sa fille et pour la dot de sa fille, un mari plus reluisant que ne l'était, alors, Max Bertin, ingénieur sans fortune, devenu, par la seule grâce de son travail acharné, le célèbre constructeur d'autos dont tout le monde aujourd'hui se plaisait à louer la valeur.Longtemps, le vieil hobereau avait tenu rigueur à son gendre de lui ravir celle qui ordonnait si admirablement sa maison, depuis la mort de Mme de Fraipont et s'entendait comme personne au monde à organiser une chasse au cerf ou à mettre au bouton un cheval indocile.Puis, avec les années, constatant que son garnement de fille ne parlait pas de lui revenir, et que sa dot, d'abord timidement mise à contribution, s'était muée en une usine imposante d'où sortait chaque jour un nombre croissant de voitures, il s'était humanisé.L'influence de Nelly aidant, M.de Fraipont entretenait avec son gendre des relations de plus en plus cordiales; encore que Max Bertin, peu enclin de sa nature aux démonstrations d'amitié, se bornât à observer à son égard une stricte politesse, ainsi qu'il en usait, d'ailleurs, avec tout son entourage.Dans la voiture qui les ramenait.Mme Bertin n'adressa guère la parole à sa fille.Nelly avait voulu aller à ce bal, elle avait dansé, sauté, bref, s'était beaucoup amusée, tout était donc pour le mieux.C'était une enfant, une petite fille à peine grandie — sa mère lui aurait volontiers donné douze ans — et, Dieu merci, elle trouvait déjà bien assez beau de l'escorter dans le monde et de subir, des heures durant, les confidences des mamans en mal d'hyperboliques espoirs, sans avoir encore à l'interroger sur ses impressions.Au demeurant que lui aurait raconté cette gamine fraîchement sortie de pension ?Que celui-ci dansait mieux que celui-là, ou que l'orchestre de ce soir était meilleur ou pire que le jazz de la dernière fois.Rien d'intéressant .des enfantillages Nelly, pourtant, qui n'était rien moins que la fillette que voulait voir en elle Mme Bertin, aurait donné tout au monde pour confier à sa mère ses premiers émois de jeune fille.Sevrée de ces mille câlineries que seuls connaissent les enfants élevés au foyer paternel, privés de cette chaude atmosphère familiale dont la pension n'est qu'une décevante copie, le cœur et l'esprit de Nelly avaient, tout au contraire, mûris presque trop vite au cours de ces interminables songeries où se complaisent les âmes exilées.Au calme du paisible couvent, avait succédé sans transition le rythme trépidant de la vie mondaine, les bals, les soirées, les garden-parties; la petite fille, devenue jeune fille, s'était précipitée dans la ronde enchantée de toute la fougue de sa juvénile ardeur.Elle avait, selon que le proclamait sa maman, beaucoup dansé et beaucoup ri, et comme elle n'était vraiment point désagréable à regarder et possédait un papa "confortable", ses dan-seurs, gens pressés, ne s'étaient pas autrement privés de lui laisser entendre tout le bien qu'ils pensaient de son aimable petite |>ersonne Nelly avait écouté ces gracieux propos d'une oreille distraite.Cela ne faisait-il pas partie du protocole obligatoire des réunions mondaines ?Pourquoi s'en serait-elle émue, puisque sa mère négligeait de a'inquiéter de ce que pouvaient bien lui raconter ses danseurs.Mais voici que depuis une quinzaine de jours, un jeune homme, un beau jeune homme, tout le portrait du Prince Charmant, ne cessait de lui répéter, partout où ils se rencontraient, ce que lui avaient chuchoté les autres.Seulement, dits par lui, avec un accent de sincérité qui avait forcé son attention, ces pauvres compliments, toujours les mêmes, prenaient, tout soudain, une signification fort différente, et la "petite nlle" avait fait connaissance, sans même s'en aviser, avec ce tyran adorable et redouté qui a nom: l'Amour.Vous l'eussiez probablement fort étonnée et passablement scandalisée, de surcroit, si vous étiez venu lui dire, à brûle-pourpoint: "Mlle Nelly Bertin, vous aimez M.Robert de Rochas." Elle vous aurait sans fa.on ri au nez, la jolie demoiselle Nelly et, pourtant, au trouble éprouvé chaque fois qu'elle voyait venir à sa rencontre la haute silhouette de Boby, à cette furieuse envie de fuir qui s'emparait d'elle, compliquée d'une non moins furieuse envie de se précipiter au-devant de lui, vous auriez pronostiqué, sans erreur possible, que la jolie Nelly Bertin était bel et bien touchée par le petit bonhomme au carquois.Quand elle pensait au beau cavalier dont les initiales figuraient toujours en bonne place sur ses carnets de bal, Nelly l'appelait "II" et comme elle ne pouvait en faire aveu à personne, elle se tenait à elle-même de longs discours où "II" revenait sans cesse, plus irrésistible que la veille et paré de toutes les séductions imaginables.IL avait dit ceci: IL avait répondu cela et encore cela.Mme Bertin, cependant, ne songeait pas le moins du monde à s'étonner du hasard vraiment complaisant qui lui faisait rencontrer le jeune de Rochas dans toutes les maisons amies où elle conduisait sa fille.Ils étaient quelques-uns qui fréquentaient les mêmes salons, assistaient assidûment aux conférences des Annotes ou allaient réentendre "Mireille" Sitôt qu'ils s'étaient fait présenter, elle mettait une si mauvaise volonté à les identifier, que Nelly avait définitivement renoncé à lui parler de ses danseurs.Mme Bertin ne cherchait pas à marier sa fille et quand une maman ne cherche pas à marier sa fille, rien ne lui parait ressembler davantage à un monsieur en habit noir qu'un autre monsieur en habit noir.Nelly dansait, Nelly s'amusait, voilà qui était fort bien.Pour le reste, on avait le temps d'y penser Rien ne pressait.Rien ne pressait.évidemment.Quand on s'appelle Nelly Bertin — "La petite G-huit" comme on la désignait familièrement — et qu'on est jolie comme un ctvur, on trouve un mari du jour au lendemain L'ennui est, justement, de rencontrer ce phénix sans l'avoir cherché et de ne savoir à quel saint se vouer.En pareil cas, il arrive généralement que le phénix s'empresse de dépêcher chc/ les parents de la "petite (.huit" ou de la "petite Tapioca ', son excellent homme de père, avec mission de leur demander la main de sa douce conquête, mais M.de Rochas ne paraissait pas vouloir élire ce moyen.À dire le vrai, le jeune homme attendait pour se déclarer sa nomination à un poste fort important qui lui avait été promis lors de sa sortie de l'Ecole Centrale.Simple question de jours, car le poste lui revenait pour ainsi dite de dioil, en raisin de ses brillants succès.Mais encore ju- geait-il convenable de ne faire aucune démarche avant sa qualification officielle.Ce soir-là, comme toutes les fois qu'ils se retrouvaient à l'occasion d'une soirée, Robert de Rochas avait fait à Nelly une cour éperdue.IL m'aime! se disait Nelly.IL m'aime.Combien ces mots lui semblaient doux, répétés dans le secret de son cœur et combien ce qui l'entourait prenait, tout soudain, un aspect différent, depuis qu'elle se savait aimée.Comment n'avait-elle pas compris plus tôt que la vie est belle.belle.— Nelly! La jeune fille tressaillit comme au sortir d'un rêve; aussi bien était-ce un rêve, et fort joli, qu'elle vivait, tandis qu'elle s'apprêtait à gagner sa chambre.— Comme je ne te verrai probablement pas demain matin, continua Mme Bertin, je te rappelle que tu déjeunes chez ton grand-père.Tu l'avais oublié naturellement.Nelly secoua ses boucles brunes.— Mais non, maman.Je me souviens très bien que grand-père m'a invitée pour demain.— Ah! ça m'étonne.Tu es toujours dans les nuages Sois très aimable, n'est-ce pas?et dis-lui que nous sommes) très heureux de le savoir en bonne santé.— Mais.objecta timidement la jeune fille, il me semble que grand-père noua avait fait téléphoner qu'il n'était pas bien depuis quelques jours; Marie nous a dit qu'il avait toussé.Mme Bertin eut un geste évasif.— Au fait, tu as raison, Marie a téléphoné quelque chose comme cela.En ce cas, tu n'as qu'à lui dire que nous espérons qu'il est entièrement rétabli et que je lui recommande de prendre beaucoup de précautions et de ne pas fumer.Tu entends.Dis-lui: "Maman trouve que vous fumez beaucoup trop".C'est cela qui le fait tousser, mais il ne veut pas en convenir.— Le docteur prétend que cela ne fait rien.— Les docteurs sont des ânes.Tu ne vas pas me soutenir que le cigare n'irrite pas la gorge.Il n'y a qu'à rester cinq minutes à côté d'un fumeur pour être fixé.Fais-lui ma commission et ne t'occupe pas du reste.Nelly s'inclina sans mot dire.Tout ce qu'elle aurait pu objecter était bien inutile; du moment que sa mère avait décidé que l'abus du cigare faisait tousser M.de Fraipont, l'a\ is de> médecins ne comptait plus.Le lendemain, Nelly s'en fut donc avenue du Bois-de^Boulogne, chez son grand-père, sous la conduite de la vieille Catherine que son âge contraignait à de» ménagements; en sorte que la jeune tille la précédait de cinquante pas, juste ce qu'il faut pour se donner l'illusion de l'indépendance et sauvegarder les convenances.Grand-papa de Fraipont l'accueillit avec joie.Le vieil hobereau, devenu ermite depuis qu'il se cloîtrait dans cet hôtel tout rempli de trophées cynégétiques, avait un véritable culte pour sa petite-lille; celle-ci, d'ailleurs, lui rendait ses tendresses avec usure.Rien ne lui plaisait davantage que ces petits déjeuners en tête-à-tête avec grand-papa Xavier, déjeuners où ne paraissaient sur la table que ses plats préférés, sans compter maintes choses défendues: salade, crudités et crèmes compliquées, rigoureusement proscrites du menu de Mme Bertin, qui désirait conserver sa ligne et ne craignait pas de faire partager son régime par son entourage.Mais il n y avait pas que cela.Il y avait aussi que M.de Fraipont s'entendait comme pas un à confesser sa petite-fille et écoutait toujours le plus gravement du monde les mille et un secrets que brûlait de lui confier son aimable conspiratrice.Cette fois, les deux amis n'attendirent même pas le rôti pour en venir aux confidences.M.de Fraipont n'avait eu qu'à regarder sa petite-lille pour deviner qu'il M- p.iss.111 .111 « Ique .Iinst' • •[ bl II- j Il, nient, dardant sur elle ses petits yeux vifs qui savaient se faire tendres à l'occasion, il lui demanda: Page 12 La Revue Moderne — Montréal, Juin 1934- Jean est Fier des Talents de sa Femme! Jean: Cette tarte est tout simplement délicieuse, Marie.Tu fais maintenant tes pâtes à la perfection.Marie: Ça me fait plaisir de te l'entendre dire.Et quand je pense que, tout dernièrement encore, je ratais toutes mes cuissons.Si madame Dajçenais ., .Jean: Je me doutais bien que tu avais suivi des leçons! Marie: Je n'ai pas suivi de leçons.Cette amie m'a simplement recommandé d'employer la Farine Préparée Brodie.Tout est là.Je suis maintenant sûre de réussir toutes mes pâtes.Vous n'avez plus à vous inquiéter de la poudre à pâte, de la soude et du sel quand vous employez la Farine Préparée XXX Brodie.Ces importants ingrédients sont déjà incorporés à la farine dans les proportions voulues pour assurer une parfaite cuisson.Essayez la Brodie XXX à la prochaine occasion.FARINE PRÉPARÉE XXX BRODIE BROnir.* Il Ut VU I.IMITEI» 91», rue Rlonrj, Montréal — Qu'est-ce que tu as?Ta mère t'a grondée Allons.Parle.Nelly devint toute rouge.Elle bredouilla: — Mais non, grand-père, je vous assure, Maman ne.— Bon!.Admettons que ce ne soit pas cela, coupa nerveusement le bonhomme.Qu'est-ce que c'est alors?.Voyons! N'aurais-tu plus confiance en ton vieux camarade.Tu ne vas pas nie faire accroire que tu n'as rien avec une tête comme ça.— Oh! une tête comme ça! s'indigna Nelly.Je vous assure, grand-papa, que je n'ai jamais été aussi heureuse.Le grand-père haussa les épaules.— Eh eh c'est donc cela! Tu es sans doute amoureuse.— Oh! grand-papa! — Quoi .' Oh! grand-papa.Aurais-je dit une énormité?.Tu auras rencontré quelque joli cavalier et écouté ses calembredaines.C'est cela.oui ?— Oui, grand-papa, c'est cela, avoua courageusement Nelly, sauf que M.de Rochas ne m'a jamais raconté de calembredaines.— Ah! ah! Il s'appelle de Rochas.vraiment .Officier de marine, naturellement ?— Non .ingénieur.— Ingénieur ?Alors ce ne sont pas les de Rochas que je pensais.Le tien, euh celui qui nous occupe, veux-je dire, est probablement un cousin.(jentil ?— Très! — Sapristi de petite bonne femme! Comme elle a bien dit cela!.Et tu voudrais mon avis.Enfin, je m'entends., tu permets que je te donne mon avis?.Nelly devint plus pâle qu'une morte.— Mais oui .Grand-père.articu-la-t-elle en faisant un brave effort.M.de Fraipont prit un temps, comme on dit au théâtre, quand on va énoncer quelque chose de capital.Aussi bien ne déplaisait-il pas à cet homme, jadis terrible, de faire trembler son monde.— Eh bien, fit-il, ce choix., car il ne peut s'agir que d'un choix, me parait assez judicieux.Les de Rochas sont de bonne maison, et, ce qui ne gâte rien, très fortunés.Je verrai donc sans déplaisir ma petite Nelly devenir comtesse de Rochas.— Grand-papa, vous êtes gentil, gentil, s'écria la jeune hlle.— Ça, approuva le vieillard en lissant sa moustache blanche, j'en conviens volontiers, encore que ton père n'ait pas toujours été de cet avis, mais passons.Ta maman ne sait rien, évidemment.Ton père non plus ?Nelly fit signe que son grand ami avait bien deviné.— Vas-tu le lui dire ou aimes-tu mieux que.je me charge de la commission?Nelly se mordit les lèvres et déclara qu'elle préférait cette dernière solution, mais pas tout de suite.On pourrait attendre que M.Robert de Rochas se soit déclaré.— C'est le plus sage, approuva le grand-père, d'autant que cela ne peut guère tarder beaucoup.Par la sambleu! si j'étais à la place de cet heureux coquin, j'aurais déjà démoli la sonnette de tes parents.Tu ne te trompes pas, au moins ?Tu es sûre que.Nelly ne lui laissa pas le temps de continuer.Elle était certaine que ce jeune homme l'aimait et la voulait pour femme.Aurait-elle songé à lui s'il ne lui avait explicitement fait comprendre ses intentions ?Le grand-père de Fraipont ne demandait qu'à Ta croire.D'ailleurs, il n'y avait rien là que de très naturel, Nelly était assez jolie et plus que suffisamment dotée pour prétendre à ce mariage.Emportée par son sujet, la jeune fille h, m I.iss.nl |Kiini de parler; liquidant d'un seul coup tout son arriéré de bavardage, elle décrivit et commenta ce "II" sans rival qui tenait désormais une si grande place dans son existence.Ce jour-là, les desserts fameux de M.de Fraipont retournèrent à l'office, dédaignés.II La "petite G-Huit" accueillit trois jours plus tard l'annonce d'un nouveau bal chez M, et Mme d'Oultremont avec des transport! de joie.Elisabeth d'Oultremont était son amie la meilleure.Ex-compagnes de pension, les deux jeunes filles n'avaient point de secrets l'une pour l'autre, et comme elle n'ignorait pas que Boby serait présent, Nelly se réjouissait de mettre son amie au courant de son cher secret.Nelly, que la toilette laissait généralement assez indifférente, s'était brusquement découvert un goût immodéré pour la parure.Elle passait maintenant de longues heures à compulser les journaux de mode et les catalogues des grands magasins; se mettant l'esprit à la torture pour deviner ce qu"'Il" aimait et quel genre de robe pouvait avoir ses préférences.Mme Bertin attachait peu d'importance à ces questions.Selon elle, une jeune fille était toujours bien, pourvu que sa robe fût rose et très fraîche, l'our tout dire, les visites chez les couturiers lui étaient un supplice, aussi s'empressa-t-elle d'accepter la proposition de Mme d'Oultremont, qu'elle connaissait intimement, laquelle s'offrait à conduire les jeunes filles chez un couturier dont on lui avait vanté le talent et le chic extraordinaires.Jamais Nelly n'avait été à pareille fête.C'était la première fois que sa mère l'autorisait à s'habiller à sa guise, sans autre guide que son caprice, et elle entendait en prohter.Son amie, pourtant, ne témoignait guère du même entrain; elle laissait faire l'essayeuse d'un air de parfaite indifférence avec, aux lèvres, un invariable: "Si vous voulez", dont Mme d'Oultremont finit par s'impatienter.— Je ne comprends pas, lui dit-elle, d'un ton d'amer reproche, que tu te désintéresses à ce point de ta toilette.Tu sais, pourtant, ce que tu m'as promis.Elisabeth rougit imperceptiblement et balbutia: — Oui, maman, je sais Je tiendrai ma promesse.' Le ton douloureux de la réponse en souligna le caractère énigmatique aux oreilles de Nelly.hlle devina que son amie devait avoir quelque secrète peine et elle conçut un peu de dépit de ce qu'elle la lui ait cachée.La suite de l'essayage eût tôt fait de chasser ce léger nuage.Bien que très différentes, les robes de Nelly et d'Elisabeth étaient toutes deux ravissantes et Mme d'Oultremont félicita Nelly de son choix.Le soir du bal, prête avant sa mère — elle s'était tellement hâtée qu'elle avait une bonne demi-heure de reste — Nelly demanda la permission d'user de la voiture et d'aller jusqu'à l'avenue du Bois.Elle voulait se faire admirer par son grand-père avant de comparaître devant l'élu de son cœur et, surtout, surtout.lui parler de Robert de Rochas dont le silence la tourmentait.Au coup de sonnette, M.de Fraipont, qui était peu accoutumé à recevoir des visites aussi tardives, sortit de sa bibliothèque pour recommander au domestique d'éconduire l'audacieux qui ne craignait pas de le déranger à pareille heure.Mais déjà, Nelly, rose de bonheur, franchissait le seuil et accourait à sa rencontre.— Suis-je belle, grand-père ?dit la jeune fille.J'ai voulu que vous me voyiez avant tout le monde.D'un mouvement plein de grâce elle avait laissé glisser son manteau et faisait la révérence à son grand ami en souriant de sa propre vanité.Elle resplendissait dans l'enroulement du satin nacré ennuagé de tulle, dont le dernier pli se détachait à peine de ses mièvres épaules, mais, tout soudain, elle remarqua que le vieillard la considérait d'un air un peu contraint, avec des yeux enfiévrés de souci.— Grand-père! questionna-t-elle inquiète, vous n'êtes pas souffrant, au moins ?— Non, ma chérie, non.— Mais, reprit la jeune fille, toute sa joie envolée, vous avez l'air tout triste.Dites-moi, cela ne vous fait pas plaisir de me voir, je vous dérange, sans doute.M.de Fraipont prit dans les siennes les petites mains qui se tendaient vers lui et attirant contre son cœur le frêle corps tremblant d'émotion, soupira: — Ecoute, petite Nell, puisque te voilà, peut-être vaut-il mieux, en effet, que je te dise, que tu saches.avant ce bal.— Quoi?Oh! mon Dieu, vous savez quelque chose .vous avez appris.M.de Rochas ?La voix secouée d'une angoisse mortelle, Nelly ne put achever.: : Un Coeur Captif : : Le vieillard la fit asseoir et l'enlaçant d'un geste très tendre, lui dit: — Ecoute, Nelly, tâche de préciser tes souvenirs.Es-tu bien sûre /< ta rit tout u1, me des Carrières MONTREAL J.H.Breton TEINTURIER et NETTOYEUR Tr.ip.do NEW 8Y8TEM CLEANINQ BEKVICE ¦ lllli:!llllllllll]LlliliUI ¦ EXCURSION QUEBEC— NEW-YORK A BORD DU S.S.CHAMPLAIN de rliiAnc coltlnr au moni 00 tonne*) 29 août.11 P.M.$ (Le plu* grand navire de cIomuc t-altlne au monde) (2R.000 tonnes) DEPART DE QUEBEC___ ARRIVEE A ST-JEAN, N.B.DEPART DE ST-JEAN, N.B.ARRIVEE A NEW YORK.____ 1 sept, 6 A.M._ 1 sept.Midi 2 sept., 7 P.M.45 .00 N I M V M I CC "O Aller et Itetaiir — Incluant Chemin do Fer MontreoJ-Quê 00 — Nen-York-Montre»! — I mlclirlle Ne» - York-Montréal.POUR RENSEIGNEMENTS 8'ADRESSER : 119 6, PLACE PHILLIPS MONTREAL OC ACX AGENTS LOCAUX Page 22 La Revue Moderne — Montréal, Juin 1 9 3 U mais non, madame ! 5uivez l'exemple de l'hôtel grosvenor.c'est facile et rapide.ede* ferventtHu B Bisftcll." du Mile B.h, directrice adjointe de ôtei Groivenor, de Van-is comptons notre Prc-tgère.Le Biuell est ¦sentie], car, quoique ervion», bien entendu, eur électrique, la per- fection du service exige aussi un appareil silencieux, qui enlève en un clin d'oeil toute trace de poussière et la moindre cendre de cigarette.Nos balais Bisscll sont utilises à tout moment, et les salons et les chambres des clients sont toujours d'une propreté méticuleuse." C*ndr« »u' Imt topn Miarts-i tout lai toblet MODÈLE "APPARTEMENT** 7^ (Supplément ^ ¦ ' ?de 25c dan» l'Ouest) Les autre* modèles coûtent encore moins cher ! Demandez notre Brochure Gratuite Bissel Carpet Sweeper Co.ot Canada, Limited, Chutes Niagara, Ontario.A EZ recours au Bisscll pour faciliter votre propre menace— suivez l'exemple de l'Hôtel Grosvcnor! Un Bisscll ramassera toute la poussière, grâce nu Régleur Il Lo, dispositif exclusif qui élève et abaisse automatiquement la brosse selon l'épaisseur Le Nouveau du tapis.A cause de la finesse et du soyeux de ses poils, le Bisscll n'endommage jamais les carpettes.11 est très léger— et ses roulements à rouleaux le font glisser silencieusement.0,uel contraste entre le Bissell et ces autres balais qui n'ont d'autre mérite que leur prix! 6F Dans tous les grands magasins BISSELL l DOLLFUS-MIEG 8cC SOCIÉTÉ ANONYME MAISON rONOU EN 1746 MULHOUSE - BELFORT - PARIS COTONS À BRODER D M C, COTONS PERLÉS.D MC COTONS A COUDRE D MC, COTON À TRICOTER D MC COTONÀ REPRISER D M C, CORDONNETS____D M C SOIE À BRODER .D M C, FILS DE LIN____D MC SOIE ARTIFICIELLE DM C, LACETS DE COTON D MC PUBLICATIONS POUR OUVRAGES DE DAMES Ci peut se procurer les fils et lacets de la marque D M C dans tous les magasins de mercerie et d ouvrages de Damea sentait pour la pauvre Catherine une vitesse diabolique.Passant par l'avenue du Bois, elle remarqua devant chez son grand-père l'automobile du docteur Hlanclcart.Prise d'un terrible pressentiment, elle stoppa aussitôt et.laissant la vieille bonne dans l'auto, grimpa quatre à quatre les étages.Au coup de sonnette, le domestique accourut, l'air effaré.— Mademoiselle trouvera Monsieur bien souffrant ce matin, dit-il.Le docteur m'envoyait justement prévenir Madame.Nelly poussa un cri.— Allez! fit-elle.Allez vite.Vous lui direz que je suis ici.Elle ne ht qu'un bond jusqu'à la chambre de M.de Fraipont.Le docteur Blanc-kart vint lui ouvrir et, mettant un doigt sur ses lèvres, lui désigna le malade, étendu sur son lit, la tête surélevée par une pile de coussins et si affreusement pâle que la petite ("> 8, haletante d'angoisse, dut faire appel à toute sa présence d'esprit pour ne pas se trahir.M.de Fraipont, très oppressé, devinant la présence de sa petite 1,11e, lui fit signe d'approcher.— Ne t'inquiète pas.Nell, dit-il.Ce n'est rien.Un gros froid.J'ai voulu réveillonner et tu vois.je me suis fait pincer.— Mais oui, mais oui, fit la petite G 8.Je ne suis pas inquiète .Grand-père.La voix tremblante de Nelly, sa physionomie défaite démentaient son optimisme.Le malade insista: — Un simple rhume.Sa poitrine se soulevait avec un bruit rauque.Le docteur écarta doucement la jeune fille.A cet instant, on entendit un pas pressé dans le couloir — Voilà maman! s'écria Nelly.C'était Mme Bertin que le domestique avait été chercher.La petite G 8 se précipita audevant de sa mère.La menace qu'elles sentaient peser sur elles deux les rapprochant dans une commune angoisse les fit se jeter aux bras l'une de l'autre.Mme Bertin, étouffant un sanglot et n'osant interroger sa fille, dont le bouleversement n'était que trop visible, articula: — Ma pauvre petite.Ma pauvre enfant.Il sembla à Nelly que sa mère ne l'avait jamais embrassée avec autant de ferveur.Elle désigna la porte restée entre-bâillée.— Le docteur Blanckart est là ?Nelly fit signe que oui.— J'ai peur, murmura la jeune fille.Mme Bertin rendit son salut au docteur et, s'approchant du malade, lui prit la main qu'elle tint pressée dans les siennes.Le vieillard reconnut sa fille et, l'attirant à lui, il lui dit à mots entrecoupés: — Je voudrais que Nelly^soit.heureuse.— Mais elle est.heureuse rétorqua Mme Bertin.Il secoua la tête.— Non.approche-toi plus près.c'est cela.Je veux dire heureuse de.de son mariage.du mariage projeté avec M.Lefebre.Mme Bertin pâlit Elle s'assura que Nelly, sans doute pour pleurer sans qu'on la vît, avait quitté la chambre, et, mortellement embarrassée par la présence du docteur, elle répondit à mi-voix: — Nelly est très heureuse d'épouser M.Lefebre, je vous assure.— Bien vrai.— Mais certainement, papa.très heureuse.M.de Fraipont se recueillit un moment: — C'est bien, dit-il .Je croyais.Je me suis trompé.Il ne parlait plus qu'avec une extrême difficulté.Sa respiration était devenue sifflante, extrêmement pénible.Mme Bertin lança au docteur un regard de détresse et elle s'éloigna sur la pointe des pieds pour aller rejoindre sa fille qui sanglotait dans le couloir.— Pauvre papa! gémit-elle.Les pleurs de Nelly redoublèrent.Un immense déchirement se faisait en elle.Elle comprenait, hélas! que son grand-père adoré était à toute extrémité et elle réalisait le vide immense que sa perte, qu'elle sentait proche, allait opérer dans sa vie.Avec lui s'en allait son meilleur et son plus sur ami, le confident de sa jeunesse, son conseiller de toutes les heures, celui qui l'avait toujours admirablement comprise et si tendrement consolée, celui qui l'avait peut-être mieux aimée que personne au monde.Un Coeur Captif Ne représentait-il pas les rares joie9 qu'elle ait connues jusqu'ici?N'était-il pas associé à tout ce qui lui était arrivé d'heureux, de souriant D'instinct et bien qu'elle n'ait pas encore eu le douloureux spectacle d'êtres chers luttant avec la mort, Nelly ne songea pas un instant que son grand-père se rétablirait.A la minute où le domestique lui avait fait part de l'état de M.de Fraipont, elle avait eu l'horrible pressentiment de sa fin, et, maintenant qu'elle pleurait dans les bras de sa mère, elle repoussait tout espoir.Séchant hâtivement leurs larmes, la mère et la fille revinrent dans la chambre.Le docteur venait de faire au malade une application de ventouses qui avait légèrement calmé l'oppression, mais, déjà, on sentait que les forces du vieillard diminuaient.S'arrachant à sa torpeur, Nelly se précipita pour aller au-devant du prêtre, que Mme Bertin avait fait mander dès qu'elle avait eu connaissance de l'état alarmant de son père, et fut assez heureuse pour le rejoindre et le supplier de se hâter, tant elle redoutait que la raison du malade ne l'abandonnât avant sa suprême entrevue avec le représentant de Celui qui juge et décide de nos actes.Après avoir communié et pieusement accueilli les secours de la religion, le grand-père fit'appeler les deux femmes, auxquelles s'étaient joints M.Bertin et Maurice Lefebre, et il trouva encore la force de murmurer à sa fille ses dernières recommandations.Nelly.Le bonheur de Nelly revenaient sans cesse sur ses lèvres tremblantes comme un leitmotiv de douceur et de tendresse.Le docteur Blanckart, qui honorait particulièrement le malade de son amitié, tenta l'impossible: piqûres, ballons d'oxygène, frictions, tout ce que la science a inventé pour se donner l'illusion d'arracher à la camarde notre pauvre enveloppe charnelle, fut essayé.Mais l'heure était là et le grand-père de Nelly, en paix avec sa conscience et entouré des siens, rendit à Dieu son âme de très brave homme.IX Eu égard au deuil qui frappait la famille Bertin, le mariage de la petite G 8 fut célébré trois mois plus tard, dans la plus stricte intimité.Un vrai mariage de convenance sans Heurs ni couronnes.Nelly sut se montrer courageuse; même, elle réussit si habilement à donner le change que son fiancé lui-même s'y trompa.Il crut que la jolie Nelly s'était enfin laissé toucher par le tendre amour qu'il lui témoignait et, comme ils sortaient de l'église, accompagnés de M.el Mme Bertin et de leurs témoins, il lui dit: — Vous avez fait de moi le plus heureux des hommes Nelly.La belle épousée voulut bien sourire.— Je pense, fit-elle, que vous n'avez pas oublié ce que je vous ai dit hier.Le front de Maurice Lefebre se rembrunit.— Non, je n'ai pas oublié.— Alors.Elle lui échappa pour aller embrasser son père, très droit dans sa jaquette bien coupée, l'air un tantinet rêveur, mais si incroyablement jeune que les inévitables midinettes qui se pressaient pour les voir passer, le prirent pour le marié et échangèrent des réflexions qui firent rougir de plaisir Mme Bertin.Un oncle de Maurice qui lui servait de témoin, Maurice Lefebre ayant perdu son père et sa mère dès l'âge le plus tendre, s'approcha de lui et le félicita chaleureusement.Il s'étonna de la mine renfrognée que faisait le nouveau marié, d'autant plus que Maurice s'était montré fort exubérant jusque-là.— Qu'est-ce qui t'arrive, lui dit-il à mi-voix, tu étais tout sourire ce matin, et maintenant tu fais une figure longue d'une aune On dirait.Dieu me pardonne, que tu n'es pas content.Trouverais-tu, par hasard, la fiancée trop belle.— Mais pas du tout.— Tu as quelque chose voyons?.(Suite à la jMtge 24) Revue Moderne — Montréal, Juin 1 9 3 U Page 2ï Pour l'Embellissement de la Maison 4 T 1\ belle saison met de la gaieté lout autour de nous.La • nature a sa toilette neuve et pour être en harmonie avec elle, la maison en demande une nouvelle.Il ne faut plus rien de sombre, rien de fané, tout doit être clair.Avec les inventions modernes rien n'est plus facile que de tenir une maison propre, d'en entretenir l'agréable fraîcheur et de lui conserver sa beauté.Toutefois, la maîtresse de maison doit de temps à autre en faire l'inspection minutieuse pour découvrir l'amélioration à apporter ou le changement à faire.C'est la peinture à rafraîchir, le papier tenture à remplacer, quelque accessoire a ajouter à la chambre de bain, de nouveaux tapis à acheter ou de nouveaux rideaux.Le contraste de murs peints et de murs recouverts de papier-tenture est du plus heureux effet et la plus haute nouveauté dans la décoration des pièces.La \ariété et la beauté des papiers tentures sont infinies, et il n'en coûte pas plus cher d'en poser un bon que d'en choisir un bon marché.Il y en a quelques-uns qui se lavent.Quelle économie! Nos modèles représentent des dessins rayés argent et blanc ou or et blanc — pour une petite pièce, un papier bleu à fond blanc, d'un dessin bien balancé, sobre et charmant — un jardin de fleurs sur fond bleu pâle, fleurettes de tons délicats, y compris blanc fond beige pâle avei dessin léger beige plus foncé et Heurs aux couleurs gaies — un beau papier dans les tons brun et tan avei dessins bleus et rouges — papier ivoire et dessins géométriques plus foncés et fleurs de tons doux.Les accessoires de la ch.mbre de bain sont fournis pai Canadian Potteries Limited qui vient de publier un joli dépliant démontrant la beauté du dessin de ces accessoires pratiques, hygiéniques et économiques.(Courlolule du "DtlInrKor") I Page 2k La Revue Moderne — Montréal, Juin 19 3k m • Les fleurs pour la "Mariée" ' * j ^^^^ Notre spécialité (UT 1600, Ste-Catherine 0.352, ave Laurier 0.V Coin Guy Coin ave du Pare La Santé du Bébé Il \m porte de prutlffer l'enfant ~^^tj^ contre I»-» ni»lmlii*H, afin d'**n faire plus tard un citoyen capable de remplir parfaitement w* devoir-* d'état La revue men«uelle LA GARDE-MALADE, nera un auxiliaire précieux pour les mamans conscientes de leurs devoirs envers leurs enfants.Chaque mois LA GARDE-MALADE vous apportera des conseils sur la diète, les habitudes d'hygiène et sur maints autres sujets du plus grand intérêt.Abonnez-vous à LA GARDE-MALADE.Prix de l'abonnement: $2.d0 par an -Envoyez ce coupon aujourd'hui!- LA GARDE-MALADE.a /s La Revue Moderne, 120 est, rue Notre-Dame, Montréal.Messieurs, Veuillez m'envoyer La Garde-Malade pendant un an (12 numéros).Cl-Joint, veuilles trouver la somme de $2.00.Nom Adressa."rlére de fuir»- eJMqBi payable au pair a Montréal à l'ordre de La Revue Moderne On demande à acheter Petite ferme ou camp avec lac dans les Laurentides.S'adresser: Depl B.La Revue Moderne, 320, rue Notre-Dame E., Montréal Pour Affections Nerveuses, Anémie, Convalescence, Insomnie, Perte d'Appétit Le Tonique Puissant et Reconstituant ELIXIR CONTANT aux Glycéropophosphates et Lécithine ' 1 - 25 1» bouteille Inutile d'insister sur la qualité de ce produit.Les cent ans d'existence de la Pharmacie sont une preuve Indiscutable de son honorabilité envers ses clients, et de la valeur des préparations qu'elle offre au public.PII \ K M ACIE CONTANT t.B.COXTANT, Prop 1833 ÎOO Ans — 365.rue Notre-Dame est 1933 MONTREAL (Suite de la page 22) — Absolument rien, protesta mollement le jeune homme.Qu'est-ce que j'aurais?.Je suis très content.très, très content.— On le serait à moins, maugréa l'oncle qui était célibataire et prétendait n'avoir jamais trouvé femme qui lui plaise."Une petite femme charmante.Un amour.jolie, fine et pas bête.Il baissa la voix: — Je sais que tu n'es pas intéressé.mais tout de même.la fille unique de Max Bertin.l'héritière des automobiles "La Torpille".On a beau dire.c'est un mariage, ça.— Mon oncle, je vous en'prie.Si on vous entendait.— On ne m'entend pas.Et puis.ce que j'en dis.ce n'est pas bien méchant.Sans compter que te voilà le chef tout désigné de leur affaire.Une des premières usines de France .Je voudrais bien voir que tu ne sois pas content.Moi, à ta place, je danserais de joie.Je danserais, tu m'entends.— Oui.oui.je vous entends.Mais je ne puis tout de même pas danser dans la rue.Nous ne sommes pas à Pithiviers ici.— Pas à Pithiviers! rugit l'oncle que cette allusion à sa ville natale blessait au plus profond de son orgueil de citoyen conscient et organisé, je le sais fichtre bien que nous ne sommes pas à Pithiviers.Pas la peine de le crier sur tous les toits.Ce n'est pas chez nous qu'on verrait jamais un mariage comme ça.D'abord, à Pithiviers, on se marie en habit.— Vous me l'avez déjà dit, coupa Maurice impatienté.Je vous ai pourtant expliqué que la jaquette était tout aussi bien portée.— Et il y a du monde, continua l'oncle.Une suite.Un cortège, quoi!.— Nous sommes en deuil, trancha Maurice.Nelly vint à point nommé interrompre leur dialogue qui menaçait de tourner à l'aigre, l'oncle de Maurice, digne citoyen de Pithiviers, n'ayant d'autre tort que de ne pas être très au courant des usages mondains et excessivement chatouilleux touchant la ville où s'écoulaient ses jours sans faste.— Je voulais vous présenter à une amie qui m'a fait le plaisir de se joindre à nous, fit doucement la petite G 8 en entraînant son mari vers une grande jeune fille supérieurement élégante qui se disposait à prendre place dans sa voiture.Maurice Lefebre s'inclina cérémonieusement.— Mon mari.Mlle Jacqueline Saint-Georges.— Toutes mes félicitations, Monsieur, dit Mlle Saint-Georges en tendant sa main finement gantée à Maurice, subitement embarrasse devant le regard ironique de sa femme.Mme Bertin, qui s'impatientait dans son auto arrêtée au bord du trottoir, fit signe à Nelly de se hâter.— Vous venez, articula la petite G 8 en se tournant vers Maurice.Il la suivit sans mot dire.Ils prirent place dans leur voiture discrètement fleurie de roses blanches.Nelly expliqua: — Je ne comptais pas retrouver ici Mlle Saint-Georges; mais puisqu'elle a eu la bonne idée de venir, je 1 ai priée d'être des nôtres, je suppose que cela ne vous contrarie pas ?— Mais.bien au contraire, assura le secrétaire de Max Bertin.11 ajouta en boutonnant son gant: — Elle est charmante.— Très gentille, oui.Nous sommes amies de pension, mais il y avait longtemps que je n'avais eu le plaisir de la voir.Je crois qu'elle n'habite plus Paris.Nelly se tut, évitant de regarder son mari.Maurice Lefebre était manifestement de plus en plus mal à l'aise.Figé dans un silence hostile, il méditait ce que lui avait dit son épouse.A en juger par son air furibond, le résultat de ses méditations de devait pas être précisément couleur de rose.Dix fois il fut sur le point de rompre les chiens de s'évader de cette lourde inimitié qu'il sentait peser sur eux comme une chape de plomb, et dix fois le courage lui manqua pour ramener à lui l'insoucieuse épousée qui affectait d'arranger du bout de ses doigts fuselés les plis de sa robe blanche.La veille, parbleu.Elle lui avait dit.des choses.certaines choses à quoi il n'avait peut-être pas attaché suffisait!- : : Un Coeur Captif : : ment d'importance.Il croyait qu'elle oublierait ou qu'elle n'y ferait plus attention.Mais voilà qu'elle le rappelait à l'ordre au premier mot qu'il lui adressait.Il se souvient admirablement qu'elle lui a dit, à peu près textuellement: — Monsieur Lefebre.Réfléchissez à ce que vous allez faire.Je ne vous aime pas .Je ne vous l'ai jamais dissimulé Vous persistez à m'épouser.soit, ne craignez-vous pas que cela ne vous réserve quelque surprise désagréable ?Il avait répondu que rien ne pouvait lui arriver de désagréable dès l'instant qu'elle consentait à devenir sa femme, qu'il saurait si bien l'entourer de tendresse qu'elle finirait par se laisser attendrir, et autres choses du même goût, susceptibles, croyait-il, de la faire revenir sur sa détermination.Il se disait, au surplus, qu'elle voulait probablement l'effrayer, ou, plus exactement, l'éprouver, se convaincre que son amour était assez profond, assez vrai, pour se rire des difficultés et ne reculer devant rien.Elle sera la première à oublier ses menaces, pensait-il.C'est une épreuve.pas autre chose.Maintenant qu'elle lui avait rappelé, et en quels termes, ses propos de la veille, il se demandait s'il n'avait pas eu tort de l'épouser.coûte que coûte.Il songeait qu'il y a des choses dont on ne devrait jamais user à la légère et que l'amour était de celles-là.— Maurice! II tressaillit, comme au sortir d'un rêve, et bredouilla, voyant Nelly le regarder avec le même petit sourire énigmatique qu'il lui découvrait depuis quelques heures.— Vous.heu.vous m'avez appelé?.— Oui, nous sommes arrivés, fit-elle, le plus tranquillement du monde.J'attends que vous veuilliez bien me laisser passer.Il aperçut un valet de pied qui tenait la portière ouverte et n'eut que le temps de sauter hors de la voiture'pour aider Nelly à descendre.— J'espère que vous n'êtes pas toujours aussi distrait, mon ami, lui dit-elle.Il répondit, fort mécontent de son personnage: — Non .pas toujours.Rassurez-vous.Il éprouvait la désagréable sensation de perdre pied, de plus en plus, et se sentait un peu ridicule de trembler devant cette femme.qui était la sienne et qu'il avait jusqu'ici considérée comme une grande enfant.Les repas de noce ont ceci de commun avec les auberges espagnoles qu'on y trouve très exactement ce qu'on y apporte et pas davantage, au point de vue gaieté, s'entend, car pour le reste, l'ordonnance du festin offert par les parents de la petite G 8 fut irréprochable.Irréprochable, mais glacial.M.Bertin, dont la double cérémonie de la mairie et de l'église avaient épuisé la réserve d'énergie, demeurait irrémédiablement taciturne; quant à sa femme très grand dame, elle eut tôt fait de renoncer à dégeler ses convives.Les nouveaux époux échangeaient de rares paroles, empreintes d'une politesse à décourager un Lapon.L'oncle, après plusieurs tentatives pour amorcer une conversation avec Mlle Saint-Georges, qu'il s'était vu octroyer comme cavalière, se consolait en mangeant comme quatre et en buvant sec.Son neveu lui faisait l'effet d'un poseur .Il voulait bien admettre que cette famille venait d'éprouver une perte cruelle, mais de là à faire des.bobines comme ça, il y avait de la marge.On n'avait jamais vu un mariage pareil.Trois pelés et un tondu et qui se regardaient en chiens de faïence, comme s'ils voulaient se jeter les uns sur les autres.Le départ des conjoints, un peu avant le dessert, fut presque un soulagement.Mme Bertin s'avisa que l'oncle de Pithiviers risquait d'emporter un bien fâcheux souvenir de son séjour à Paris, et elle l'interrogea sur ses occupations.— Je suis inventeur, Madame, répondit avec toute l'emphase désirable le témoin de Maurice Lefebre.— Inventeur! Quelle belle profession, s'extasia Mme Bertin.Cela doit être passionnant d'inventer de faire sortir de son cerveau des choses inédites. La Revue Moderne — Montréal, Juin 193k Page 25 : : Un Coeur Captif : : Elle eut une légère hésitation et demanda: — Peut-on savoir ce que vous avez déjà.inventé jusqu'à présent .Je m'excuse de mon ignorance, mais je suis fort peu au courant des nouvelles découvertes.— Rien, Madame, dit l'oncle, en vidant le verre de Château Yquem qu'un valet venait de poser devant lui, rien encore.Je cherche.On n'invente pas comme cela.Mme Bertin en était persuadée.— Cela doit être fatigant de toujours chercher, dit-elle, sans l'ombre d'un sourire.— Très fatigant, Madame Mais que voulez-vous?.Les nouveaux époux, qui étaient allés s'habiller pour le voyage, firent soudain leur apparition.L'oncle de Pithiviers, oubliant les soucis que lui occasionnaient ses incessantes recherches, ne put retenir un : "Cristi!" d'admiration à la vue de sa toute récente nièce.De fait, Nelly, dans un élégant tailleur beige, le cou emprisonné dans un immense renard argenté, était tout simplement ravissante.Son mari, enveloppé d'un ample pardessus à martingale, très jeune d'allure, très chic, se hâta de distribuer de vigoureuses poignées de mains à son beau-père et à l'oncle, trop ému pour lui tenir rigueur de ses critiques à l'égard de Pithiviers, cependant que Mme Bertin s'entretenait avec sa fille et lui prodiguait ses recommandations.— Ecrivez-nous dès votre arrivée, n'est-ce pas ?.— Nous écrirons, assurait la petite G 8, un peu pâle, et dont les lèvres tremblantes trahissaient une émotion grandissante.Je te le promets, maman.— Vous y veillerez, Maurice, appuya Mme Bertin.— Oui, Madame.Je nous écrirons tout de suite.— Pourquoi m'appelez-vous toujours "madame" ?reprocha la mère de Nelly.— Oui, maman, se reprit le jeune homme avec elort.— Et à moi aussi, renchérit l'oncle inventeur; faudrait voir à ne pas m'oublier.Je vous aime beaucoup tous les deux.Je.Je.ne veux pas qu'on m'oublie, moi.Le pauvre homme, que les vins de Mme Bertin avaient assez visiblement émotion-né, ne se rendait plus très bien compte de ce qu'il disait.Mlle Saint-Georges, profitant d'un moment d'accalmie, questionna son amie: — Heureuse ?Maurice Lefebre, qui avait entendu, sentit un petit frisson lui courir le long ou : < Ne plongez pas votre viande dons la salière ».Les grands nobles apportaient leur rouvert, un plat à leurs armes, une salière leur serviette et leur couteau.On avait plus besoin qu'aujourd'hui, et pour cause, de se laver les mains avant et après les repas.Les repas s'annonçaient à coups de trompette.LA FAMEUSE SALIERE DE BENVENUTO CELLINI .en or, émail et ébène, aujourd'hui au musée de Vienne.«Quand je posai cette salière devant le roi (François 1er de France)», écrit Cellini dans ses Mémoires, < il en fut si émerveillé qu'il ne cessait de la contempler.» Cellini dit encore de cette salière qui constituait alors un surtout de table : « J'en ai enfin fini avec cette pièce d'orfèvrerie >,ui m'a donné tant de mal.> Le sous-sol de ce domaine renfermait en effet du sel, comme nous avons vu.Les gisements de sel de l'Ontario méridional qui s'étendent sur 3,000 milles carrés, ont de quoi alimenter le genre humain pendant 90.000 ans.Et c'est par hasard que furent découvertes ces énormes salines.Un syndicat était à forer des puits pour en extraire du pétrole quand de l'eau sulfureuse, tout à coup, jaillit des entrailles de la terre.Ce voyant, deux hommes d'affaires entreprenants s'avisèrent d'installer à cet endroit une station thermale qui eut d'ailleurs son heure de célébrité.Les choses en seraient restées là si un chercheur de pétrole voisin, en creusant plus avant, n'avait atteint le gisement de sel gemme.Le Canada ne manquait certes pas de ëc\ à cette époque, mais l'exploitation en paraissait trop difficile et aucunement avantageuse.La découverte des énormes gisements de l'Ontario eut deux résultats immédiats.Sir William Van Ilorne, hoimiir d'affaires clairvoyant, y entrevit la source d'une grande entre* prise industrielle (il devint d'ailleurs le premier président de la Canadian Sait Company qui fait aujourd'hui partie de la Division du Sel & des Alcalis de la C-I-L), et l'importance du gisement permit de convertir le sel — au Canada du moins — en une grande industrie chimique.U ne s'agissait plus de savoir comment se procurer le sel, mais comment l'utiliser avec le plus de profit.Avec de pareils gisements, un pays comme le nôtre est en effet certain de n'en jamais manquer.On peut se procurer le sel à la manière de Ghandi, en évaporant l'eau de mer.Il existe en D'après une peinture de Chas.W.Simpson, k.ca.Californie des montagnes de sel extrait précisément de cette manière.Mais à Sandwich, le sel gît à 1,600 pieds sous terre.Le système usité ici est plus simple et plus rapide.Comme l'indiquent les schémas de la page précédente, un tuyau amène de l'eau sous pression jusqu'au niveau de 1,600 pieds, où elle dissout le 6el.La pompe foulante élève cette saumure jusqu'à la surface où elle est recueillie dans les réservoirs d'emmagasinage.On utilise un système analogue, aux Etats-Unis, pour l'extraction du soufre.Des réservoirs, l'eau salée passe à des évaporateurs à multiple effet dont l'objet est de concentrer la saumure.L'évapora-tion se fait dans le vide en vertu d'une loi bien connue de la physique.On sait, en effet, qu'un liquide bout plus facilement dans un récipient où on a fait un certain vide.L'eau salée bout donc dans le premier évaporateur et le sel cristallise.La vapeur produite par l'évaporation passe à la deuxième bouilloire, (où on a fait le vide).Nouvelle évaporation, cristallisation plus abondante.De là à la troisième bouilloire, où le vide est encore plus grand, et où l'opération recommence une dernière fois.Ce n'est pas plus malin que ça.Le sel est ensuite lavé et séché, puis il passe sur les tamis pour être assorti suivant la grosseur des grains.On peut encore le diriger vers des presses qui en font des gâteaux à l'usage des bestiaux.Disons en passant qu'on a tort de croire que le sel soit mauvais pour l'élevage du cochon.Le sel se prête de plus à bien d'autres opérations.On peut évaporer la saumure à l'air libre pour obtenir des trémies, ou gros cristaux en forme de pyrami- Page 32 La Revue Moderne — Montréal, Juin 19 3 1 des.Le soupçon d'iode qu'on y ajoute en fait un préventif du goître.Soumis à la fumée de carra ou noyer d'Amérique, il sert à la préparation des viandes fumées sans qu'il soit nécessaire de recourir au fumage habituel.Les usages du sel sont légion (on pourrait eu compter aujourd'hui plus de 1,400), et son histoire est intimement liée â celle de l'homme.C'est en sel que les légionnaires romains touchaient une partie de leur solde — ce qu'on appelait le solarium, d'où tire son nom l'auguste institution des salaires.Le sel servit de monnaie dans bien des pays et la Bible en parle à diverses reprises.Rappelez-vous seulement l'histoire de Loth dont la femme fut changée en statue de sel.Le sel est si important, qu'au dire d'un grand savant américain, nous ne pourrions vivre plus de deux jours si on le retirait de notre organisme.Gargarisme idéal, il est excellent pour les dents et les gencives.Il empêche la combustion spontanée du foin engrangé.Il chasse les fourmis, congèle la crème, efface les taches d'encre, que sais-je encore ?Réjouissons-nous donc qu'il y en ait tant à Sandwich.L'importance du sel est cependant encore plus gran comme produit chimique que commi denrée.Electrolysé, il donne du chlore et de l'acide chlorhydrique; de la soude caustique et 'I' I ammoniaque.L'eau dans laquelle vous pre-n./ vi.ln l>.un • -I ili -inl'i -clée ,111 chlore; lu soude caustique entre dans la fabrication du savon ri dit baa de soie artificielle (soie rayon), ainsi que dans celle des vitres de vos fenêtres.M 1 "(-.st dans toutes ces choses que se révèle l'invisible présence de la chimie, et aussi de la C-I-L.Sur le paquet de sel iir.|.n.1 Sandwich -out, de ce départ en un pareil moment.— Je sais, fait Nelly C'est la premiè-e chose qu'il m'a dite.Je crois, d'ail- urs, que le brave homme s'esl légèrement busé sur les causes de.de mon éva-ouissement.Mais.de toutes fa-¦ns j'avais grand besoin de repos.Et dans un rire qui sonne passablement faux, elle ajoute: — Ne parlons plus de cela, voulez-vous ?— Mais! objecte Maurice.La jeune femme secoue la tête.— Non.Vous ne tenez pas plus que moi à reparler de cet incident.Nous sommes et entendons rester des.amis.C'est bien votre avis, n'est-ce pas?.Maurice ne peut qu'approuver.— Alors, évitons soigneusement tout ce qui pourrait nous faire de la peine.Elle l'a regardé droit dans les yeux.— Je pense que vous me comprenez.S'il acquiesce, c'est le silence obligé.En souscrivant à ce pacte muet, il se condamne à lui taire ce qu'il a projeté de lui révéler.L'occasion est terriblement tentante, car c'est elle qui l'implore de n'en rien faire et jamais, sans doute, il ne retrouvera semblable occasion.L'espace d'une seconde, il hésite se demandant s'il est bien nécessaire de donner suite à ses intentions.En somme est-il tenu de se montrer plus royaliste que le roi, comme disent les bonnes gens, ne vient-elle pas, précisément, de lui dicter sa conduite.Il va peut-être s'en tenir à ce dernier parii.Mais il lui suffit de l'observer, d'observer combien ses traits tirés, sa face amaigrie, ses yeux rougis de larmes dénoncent le chagrin qui la mine et stoique, il énonce, en évitant cette fois de rencontrer son regard.— J'ai une nouvelle à vous apprendre, Nelly.Elle croit à une habile diversion et, presque gaiement, questionne: — Bonne ?— Oui Klle rit nerveusement.— Vous dites cela du ton dont vous annonceriez une catastrophe, mon cher Allez-y.Les bonnes nouvelles sont choses rares et puisque vous affirmez en connaître une Maurice ne s'est pas départi de son air grave.Nelly s'avoue ne l'avoir jamais vu comme cela .Malgré elle, elle soupçonne que la plaisanterie n'est plus de mise, et ose à peine le prier de poursuivre.— Vous avez, dit-il à voix basse, appris la mort de d'une personne qui vous est chère.Klle l'interrompit, véhémente.— Maurice.Je vous en supplie.— Permettez l'information était.inexacte.— Vous dites ?.Elle a jeté cela comme un râle.— L'information, l'accident.Mais parlez voyons M.de Rochas.— N'était pas à bord de l'avion sinistré, achève Maurice Lefebre, très vite 11 devait partir.Au dernier moment, il n'est pas parti.— Maurice?C'est vrai.C'est vrai.cela.?Dans son affolement, elle s'est suspendue aux épaules de son mari, guettant ses paroles avec une avidité qui lui fait mal.— Absolument exacte, reprend Maurice Les journaux se sont trompes.M.de Rochas, à l'heure où se passait la catastrophe, faisait route en chemin de fer.Anéantie, crispée.riant et pleurant à la fois, la jeune femme répète machinalement : — C'est vrai.alors .c'est vrai.Il n'est pas mort II n'a pas été tué.Qui vous a dit cela qui ?— Le directeur de la Compagnie de navigation aérienne, explique Maurice Lefebre.La famille a été aussitôt prévenue et, à l'heure qu'il est, M.de Rochas vogue vers l'Amérique.Nelly tressaille.— L'Amérique ?— Oui.M.de Rochas se rendait en Angleterre pour rejoindre à Liverpool le paquebot qui devait l'emmener en Amérique .La jeune femme n'ajoute rien, cette fois.Elle vient brusquement de réaliser combien Maurice s'est montré "chic" et elle s'en voudrait de se laisser aller, à nouveau, à une .démonstration qu'elle regrette déjà de tout son coeur.— Je suis heureux, dit-il, en manière de conclusion.d'avoir pu vous apporter cette bonne nouvelle.A son tour, Nelly évite son regard, mais il lui sembla bien, pourtant, sentir une petite main frémissante s'emparer de ses doigts et les presser, tout doucement, presque timidement, tandis qu'une voix à peine perceptible murmure un "merci" étouffé.; C'est tout.Ils ne reparleront plus jamais de cela, mais, qu'ils le veuillent ou non, depuis ce jour-là, il y a quelque chose de changé dans leurs rapports.Nelly a senti combien son mari l'aimait, combien il lui était dévoué.Elle a compris toute l'exquise délicatesse de cette nature un peu fruste, impulsive, véhémente, et toute sa patiente bonté, aussi, vis-à-vis de sa blessante indifférence.Sans doute n eprouve-t-elle pour lui aucun amour, mais une grande tendresse et une confiante amitié dont son cœur a toujours été avide.Meurtrie, elle ne veut plus, elle n'ose plus croire en l'amour, parce qu'elle ignore encore que les chagrins d'amour n'ont d'autres antidotes que l'amour lui-même.En apprenant que Robert de Rochas est parti, non pour l'Angleterre, comme elle le croyait, mais pour cette lointaine Amérique, terre d'oublis et d'aventures, elle a éprouvé une amère désillusion.Elle s'était imaginé que Robert, incapable de l'oublier, inconsolable comme elle-même, s'était rendu auprès de la jeune novice pour se ménager une occasion de s'entretenir d'elle, et voilà qu'il n'en est rien.Le brillant ingénieur, sans plus se soucier d'elle que si elle n'avait jamais existé, n'a rien eu de plus pressé que de s'occuper de sa carrière.Il a dit adieu à la vieille Europe et, sans regret, il est parti.Après la fausse nouvelle de sa mort, c'est comme si elle le perdait pour la seconde fois.A tout prendre, n'était-il pas cent fois plus mort dans son souvenir, que s'il avait réellement péri dans la catastrophe de l'avion Paris-Londres?Elle pleurait un ami fidèle, aujourd'hui c'est presque un parjure dont sa mémoire porte le fardeau.De son rêve, de sa chimère, que reste-t il, hélas, moins que rien, son héros lui-même s'est dépoétisé.Qu'en conclure, sinon que celui qu'elle aime — car elle l'aime encore — est pétri de la même argile que les autres, ces autres dont elle a entendu dire qu'ils oubliaient leurs amours et l'objet de leurs amours en moins de temps qu'il n'en faut à une girouette pour évoluer au gré du vent.Mon Dieu elle n'a jamais espéré de Robert de Rochas une fidélité de souvenir qui puisse se comparer à sa propre constance, elle n'a jamais cru à son désespoir, mais, tout de même, elle s'attendait à moins de désinvolture.Un doute lui vient, maintenant, touchant les sentiments du beau Robert à son endroit.L'aimait-il vraiment, sincèrement, exclusivement, comme elle l'aimait elle-même?.C'est peu probable, car lui qui n'avait pas à se soumettre au désir implorant d'une mère s'est montré par trop docile.Au premier mot que lui a dit Elisabeth d'Oultremont, non seulement il s'est incliné, mais voila que sans même chercher à obtenir une explication, sans s'étonner d'un revirement qui devrait, pourtant, lui paraître inexplicable, il tourne les talons et s'en va.Si respectueuse que soit Nelly de la liberté d'autrui et de l'observation des convenances mondaines, il lui semble bien qu'à la place de Robert de Roi lias elle aurait agi fort différemment.Quand on est homme et qu'on aime.on ne s'empresse pas de répondre "amen" aussi docilement que cela On se révolte que diable, on crie à l'injustice.on se remue, enfin, et surtout, surtout.on ne déserte pas la place.Le voyage de noce de Nelly et de Maurice touchait à sa fin.Après Bruxelles et ses curieux monuments, ils visitèrent Bruges, la ville morte, si remplie de calme beauté qu'on i pu I.np irei .1 la \ enise des doges, et ( (stende, l'orgueilleuse reine des plages, que détrônent aujourd'hui les pot ils trous très chers de la côte d'A/ur.IN virent S|m où il pleut Irente jours p.ir mois, mais dont les bols sont splendides, et liège, la coquette, qui n'a |>our elle que l'excellente humeur et l'affabilité de ses habitants.Ils admirèrent Anvers, sévère Vous songez à faire un napperon pour plateau?NATURELLEMENT, vous n'en avez jamais trop, et vous constaterez que celui qui est illustré ici présente une note de couleur prestigieuse.Taillez un morceau de toile crème mesurant 21" x 15", tirez 3 brins à 1" du bord tout autour et faites un bord de i".Rabattez le bord et finissez-le avec un point de languette crête (deux points au même endroit) avec F.558 (6 brins).F'aites alors un ran_; de points limaçon, avec F.593 (6 brins) le long du point de languette, faisant un nœud entre chaque groupe de points.Tirez un brin à 4J" du bord.Taillez les quatre motifs et placez-les à chaque coin à 1J" du bord, leur donnant une position invertie dans les angles opposés.Suivez le diagramme pour les couleurs et les points, vous servant de 3 brins tout le temps, et faites un rang de points limaçon au-dessus du rang de f,l tiré simple, avec F.558 (3 brins).Ce modèle peut servir pour petits chemins de table, tabliers, coussinets de théières, vêtements d'enfants, lingerie, etc.MATERIEL REQUIS: 2 écheveaux de Coton en Brins "Anchor" 1 écheveau | 1 j „ .1 1 1 Patron au fer chaud No D 13 - 703.F.558 Bleu marine F.404 Incarnat foncé F.498 Vert gazon F.515 Orange foncé F.484 F 463 F.593 Page J,8 La Revue Moderne — Montréal, Juin 1994.: : Un Coeur Captif : : et affairée et son port qui est un des plus grands du monde, puis ils songèrent au retour.Leurs jours de fantaisie et de liberté entière étaient révolus, et, déjà, cette mélancolie spéciale des retours de voyage de noce les étreignait, dans l'appréhension de la vie nouvelle qui allait être la leur, vie de tous les jours, au milieu des parents et amis, que l'un et l'autre redoutaient •ans oser se l'avouer.Nelly, dans le rapide qui les emportait vers Paris, relisait une lettre de sa mère qu'on lui avait remise au moment de quitter l'hôtel.— Mes parents désirent que nous habitions avec eux, fit-elle, qu'en pensez-vous, mon ami ?— Nous ferons comme vous en déciderez, répondit Maurice.Je croyais, d'ailleurs, que cette question avait été réglée entre vous et Mme Bertin.Nelly se mordit les lèvres.— Maman préférerait, en effet, que nous acceptions son hospitalité, dit-elle, mais quant à moi, j'aimerais mieux habiter ce pavillon de Saint-Cloud que nous avons visité avant notre départ, je le trouve charmant.— Va pour Saint-Cloud, acquiesça Maurice, sans paraître se douter que cette sempiternelle docilité exaspérait sa femme au delà de toute expression.Ce mari trop aimable, trop obéissant, qui jamais ne se permettait de discuter ses avis, était si peu l'image qu'elle s'était faite d'un seigneur et maître, que la jeune femme en était arrivée à souhaiter qu'il lui oppose, au moins une fois, une toute petite fois, un "non" catégorique.Dans ce but, elle lui proposait mille choses extravagantes, folles, déraisonnables, mais, hélas! Maurice en arrivait toujours à admettre ses suggestions, sans paraître •'en étonner le moins du monde.On aurait dit qu'il s'était donné le mot d'ordre de trouver parfait tout ce que lui conseillait sa femme, tout ce qu'elle disait, faisait, ou imaginait.— Vous êtes patient, lui avait-elle dit un jour, agacée par son imperturbable docilité.— Très, avait répondu Maurice avec une imperceptible nuance de défi.Et Nelly n'avait pas jugé bon de poursuivre plus avant l'entretien.Maintenant qu'elle connaissait mieux celui dont elle portait le nom, elle ne s'abusait plus sur la signification de cette apparente résignation.Elle savait que patience signifie aussi, pour certains, persévérance.XIV Mme Bertin fit fête au jeune ménage, entourant sa fille de mille soins attentifs, de gâteries et de prévenances qui trahissaient, trop visiblement, un obscur désir de se faire pardonner.Jamais Nelly dans ses lettres ou dans ses entretiens ne se serait laissée aller à faire part à sa mère des tourments — à la vérité moins vifs depuis quelque temps — que lui valait cette union contractée en dépit de son choix, mais Mme Bertin était trop femme pour n'avoir pas immédiatement deviné les sentiments de sa fille.On peut espérer et même sans grands frais, abuser là-dessus un homme, mais une femme ne se trompe pour ainsi dire jamais, si ce n'est quand il s'agit d'elle-même.Au premier coup d'oeil, la femme du constructeur s'était dit: "Ça va.mieux.que je n'osais l'espérer, mais pas trop bien.Elle est têtue comme une Normande et lui, sous son apparence souriante, tenace comme un Breton.Mais je connais le monsieur, je l'ai vu à l'œuvre; ainsi qu'il l'a fait précédemment, il attend son heure.sûr de la victoire, quant à elle, sa confiance est si grande qu'elle ne prend même plus la peine de.dissimuler.Maurice, très pris par l'usine où sa présence se faisait de plus en plus indispensable, ne faisait chez lui que de brèves apparitions.Au dernier moment, l'arrangement proposé par Mme Bertin avait prévalu et le jeune ménage occupait provisoirement une aile du magnifique hôtel particulier qu'habitait Max Bertin.Les repas, sauf le déjeuner de midi, se prenaient en commun, et les soirées que Maurice avait presque redoutées, se passaient à discuter affaires avec les invités quotidiens des Bertin, Mme Bertin ayant toujours souci d'entourer son mari de nombreux amis et connaissances pour l'arracher à l'absorption oppressive du mal qui le travaillait sourdement.Le moment où les deux époux se retrouvaient seuls était généralement le plus pénible.Leur retour à Paris n'avait en aucune façon modifié la.règle de conduite qu'ils s'étaient imposée au début de leur union.Il semblait même que chacun mettait une sorte de hâte maladroite à éviter les occasions de demeurer en tête à tête.La matinée tout entière appartenait à Nelly qui en usait à sa guise, soit pour de rapides courses dans Paris, soit pour de brèves promenades au volant de sa voiture particulière.Jeune femme, elle avait au moins acquis ce privilège de sortir sans chaperon, mais sans doute appréciait-elle médiocrement cet avantage inhérent à sa qualité de femme mariée, car s'il lui arrivait de sortir seule, c'était généralement pour aller prendre chez elle une amie d'enfance qu'elle invitait, comme naguère, à savourer le dangereux vertige que procure la vitesse.Impénétrable ou.stoïque, elle évitait très soigneusement de faire la moindre allusion à son.bonheur conjugal, affectait une humeur sereine, sinon joyeuse et mettait une telle mauvaise grâce à répondre aux questions indiscrètes, que la meilleure de ses compagnes aurait, certes, été bien en peine de pronostiquer la bonne ou la mauvaise entente du nouveau ménage.L'après-midi, il lui arrivait de recevoir quelques visites.Parfois Mme Bertin l'envoyait chercher pour figurer dans son salon, car la femme du constructeur se montrait, depuis que Nelly était mariée, exagérément fière de sa fille et ne négligeait aucune occasion de l'exhiber à ses nombreuses relations.Sans doute obéissait-elle, sans s'en douter, au désir de prouver, à quiconque aurait écouté d'une oreille trop complaisante les bruits malveillants qui avaient circulé à l'époque du mariage de Nelly, qu'elle entretenait avec sa fille les meilleures relations qui soient.Le monde, celui qui s'est donné le qualificatif de "grand" pratique la médisance et le commérage avec un art que pourrait lui envier le plus simple des bourgeois, peut-être même y met-il plus de malice sous sa feinte distinction et les regrets hypocrites dont il enjolive le récit des pires calamités.Au lendemain du mariage de la "Petite G.-8", les intimes du constructeur, ses amis et les amis de ses amis qui, sans doute, avaient "arrangé" pour Nelly un mariage selon leurs goûts personnels et leurs convenances, découvrirent, comme par hasard, avec une touchante unanimité, que l'union de l'héritière de Max Bertin avec ce "petit secrétaire" était chose assez peu reluisante.On se demanda "pourquoi" Nelly qui pouvait prétendre à un tortil, voire à une couronne comtale, accordait sa blanche main à un vague M.Lefebre sans particule ni fortune.On chercha la raison, et comme on ne trouvait pas, on supposa toutes espèces de raisons, exceptée la bonne, bien entendu.D'aucuns prétendirent que Nelly, empêchée par sa mère d'épouser celui qu'elle aimait — il y avait quelque peu de vrai là-dessous — avait épousé Maurice Lefebre par dépit, mais refusait, depuis lors, de revoir cette mère dénaturée qui avait fait échec à son bonheur.D'autres assurèrent que la petite était folle du jeune secrétaire et s'était presque fait enlever par lui au grand désespoir de Mme Bertin qui, toujours comme dans la première version, mais pour des raisons absolument opposées, aurait juré de ne plus revoir sa fille et moins encore le mari de sa fille.La femme du constructeur d'autos n'ignorait aucune de ces vilaines petites histoires — sans doute ceux qui les colportaient si charitablement s'étaient-ils arrangés pour que le bruit en parvint à ses oreilles — dans l'un et l'autre cas on la disait brouillée avec sa fille, il importait donc de prouver à la face du monde qu'il n'en était rien et que jamais mère et fille ne s'étaient aussi admirablement entendues que la tendre Mme Lefebre et elle-même.Nelly paraissait donc aux réceptions de sa mère et quand il plaisait à ces dames de l'interroger sur son mari, ce qui, au demeurant, arrivait rarement, les amies de Mme Bertin tenant le mari de Nelly pour quantité tout à fait négligeable, elle répondait avec une indifférence polie, absolument de circonstance.Max Bertin, lui, quand il recevait Nelly, lui faisait fête.11 aimait particulièrement l'avoir près de lui, après dincr, pendant que Mme Bertin parlait finances ou affaires avec Maurice Lefebre.Sa conversation si primesautière le récréait, le stimulait.Il n'était jamais aussi brillant causeur, aussi semblable à ce qu'il avait été autrefois que quand il causait avec Nelly, et la jeune femme, abusée par les moments d'accalmies, croyait de fort bonne foi que le miracle désiré par sa mère et les docteurs était désormais un fait accompli.Malheureusement, Maurice Lefebre qui travaillait toute la journée durant aux côtés du constructeur n'avait pas sujet d'entretenir d'aussi réconfortantes illusions touchant la prétendue guérison de Max Bertin.Obligé par ses fonctions de feindre une obéissance passive aux ordres trop souvent contradictoires du chef d'entreprise et craignant de nouvelles catastrophes, comment n'aurait-il pas déploré l'évidente puérilité de raisonnement chez un homme naguère supérieur dont toutes les décisions allaient à l'encontre de cet esprit des affaires dont il lui avait inculqué les principes quelques années auparavant.Bien entendu, Maurice Lefebre se gardait d'en rien dire à âme qui vive et moins encore à sa femme.Il n'était, d'ailleurs, jamais question entre eux de la santé de M.Bertin, Nelly affectait même de se désintéresser complètement des occupations de son mari, évitant de lui parler de l'usine et de tout ce qui avait trait à son travail.Un soir, pourtant, à l'heure du dîner, Nelly fut fort surprise de ne pas voir son père.Mme Bertin, après un rapide regard d'intelligence à Maurice Lefebre, expliqua à sa fille que son père, très fatigué, avait demandé à dîner dans sa chambre.— Je vais aller lui tenir compagnie, fit immédiatement la jeune femme.Mme Bertin secoua la tête.— Il ne faut pas, dit-elle vivement.Ton père a besoin de repos.tu le fatiguerais inutilement.Reste ici.— Mais! objecta Nelly, consciente de ne plus être une enfant à qui on donne des ordres.Il me semble que j'ai bien le droit d'aller lui dire bonjour.Je trouve même fort singulier que tu ne m'aies rien dit.— Je n'avais rien à te dire, rétorqua Mme Bertin sarcastique.Ton père a instamment recommandé qu'on le laisse seul., c'est tout.Si tu m'en avais donné le temps, je te l'aurais expliqué quand vous êtes arrivés, mais tout de suite tu as voulu aller le déranger.Nelly, point convaincue, mais désireuse d'éviter un esclandre et persuadée, au surplus, que si son père avait été réellement souffrant sa mère aurait été la première à lui conseiller d'aller le voir, consentit à ne pas bouger.Le repas entre ces trois êtres qui nourrissaient à l'égard les uns des autres une méfiance qui confinait à l'hostilité fut d'une morne tristesse.Nelly devinait confusément qu'on lui cachait "quelque chose", quant au jeune secrétaire, il songeait, en regardant le fond de son assiette, à la scène douloureuse à laquelle il venait d'assister ce même après-midi et qu'il n'avait pas pu, cette-fois, taire à Mme Bertin, son intervention devenant indispensable pour sauver, pendant quelques jours encore, cette façade à quoi Nelly devait d'avoir été sacrifiée Au retour d'une courte absence dans les ateliers de montage des moteurs, il avait trouvé l'industriel en proie à une véritable hallucination., parlant et discourant à tort et à travers, les traits crispés, le geste fou et criant à tue-tête en brandissant une feuille de papier à dessin : — Vingt-quatre.Je vous dis vingt-quatre cylindres.en ligne, bien entendu .traction par les roues avant et pas d.bougies.Je supprime les bougies.Je supprime les ressorts et les pneus.Je ne veux pas de pneumatiques.et j'ajoute une roue qui absorbe tous les chocs.Maurice avait vainement essayé de le' calmer, en lui donnant raison, comn toujours, mais Max Bertin semblait bic ' avoir perdu tout contrôle.Il continua | divaguer, disant que les Américain» lui ILe Canada célèbre cette année le I j quatrième centenaire de sa découverte.ABONNES ET LECTEURS DE LA REVUE MODERNE Procurez-vous l'Histoire du Canada Pour Tous (Tome I, Le régime français) par JEAN BRUCHESI Un volume, au prix de $1.25, en vente dans toutes les bonnes librairies et à LA REVUE MODERNE.Aiiv PllflirAO MaitlAlIft Chaque année, les statistiques cana* #"lU*e.¦ UlMItT» IVICIIIICIII9 dlennes nous révèlent que les mortalités maternelles et Infantiles, à la naissance des enfants, sont beaucoup trop élevées.U plupart de* décès par accidents de natalité, peuvent être prévenus par l'hrirlén* PRENATALE.OBSTETRICALE! ET POSTNATALE.Pour le propre Intérêt de chacun, pour l'amour de vos bébés et de votre famille.Instruises-vous afin que, possédant lca connaissances nécessaires, vous put Mies voua et vos enfants vous maintenir en santé et être heureux.Vous n'aves, pour vous Instruire très facilement, qu'A demander les lettres maternelles qui vous seront adressées gratuitement Adresses le coupon ci-dessous à: LE CONSEIL CANADIEN DE LA SAUVEGARDE DE L'ENFANCE ET DE LA FAMILLE 146, rue Cooper, Ottawa, Ont.—-— — — COUPON- Date probable de la nalasancs attendue Nom du médecin retenu:.Adreees du médecin: . La Revue Moderne — Montréal, Juin 19 3 4 Page 49 Les élégantes ceintures qui sont le dernier cri de la mode! VOUS n'ignorez certainement pas la place importante qu'occupent les ceintures cette année dans l'histoire de la mode.Vous savez également que, plus elles sont originales, plus elles prêtent d'élégance à votre ensemble.C'est pourquoi d'intelligents créateurs ont inauguré des ceintures crochetées, tricotées et même généreusement brodées, et se sont ainsi évadés des sentiers battus.L'espace ne nous permet malheureusement ici de n'illustrer qu'un seul des nombreux modèles de ceintures faites à la main et que les Parisiennes, assoiffées de nouveau, ont si cordialement adoptées.Cette ceinture doit son charme à sa grande simplicité et est faite avec le double point de crochet ordinaire que toutes connaissent si bien.La nuance "corde" populaire a été choisie pour le modèle original mais elle peut être faite, va sans dire, de n'importe quelle teinte assortie à la robe, et fini avec une boucle de teinte contrastante ou semblable.N'aimeriez-vous pas savoir comment on la fait ?Rien n'est plus facile et cela ne prend qu'une heure (ou même moins si vous êtes une crocheteuse très expérimentée).Tricotez une chaîne de deux pouces de longueur, tournez, tricotez des d.b.sur la chaîne.Continuez à tricoter des rangs de d.b.avec une chaîne chaque fois que vous tournez, jusqu'à ce que vous obteniez 34 pouces.A la fin, diminuez au commencement de chaque rang jusqu'à ce qu'il vous reste une seule m.Cassez le fil.Cousez la boucle au bout carré de la ceinture.Et c'est absolument tout! Vous pouvez employer le fil mercerisé Mercer-Crochet de J.& P.Coats, No 3 (on le vend écru ou blanc seulement) ou le Coton Perlé "Anchor" de Clark que vous pouvez obtenir dans toutes les nuances pastelles ou vives avec le même succès.Si vous préférez le tricot à la broche à celui au crochet, vous serez heureuse d'apprendre que les ceintures tricotées à la broche sont aussi très en faveur.L'une des femmes les plus élégantes de New-York a été vue dernièrement portant sur une robe d'après-midi en soie brune une ceinture orange vif tricotée à la broche et garnie d'une grande boucle de bois brune.L'ensemble était très frappant malgré la simplicité de la ceinture.Deux sortes de mailles seulement composaient le tout — maille à l'envers et maille à l'endroit.Cela ne semble-t-il pas ridiculement facile ?Et pourtant c'est ainsi.Vous montez d'abord dix-huit mailles avec le Coton Perlé "Anchor" de Clark avec des broches numéro 12.Tricotez le premier rang à l'endroit.2ème rang x tricotez S m.à l'endroit, 8 m.à l'envers puis 5 m.à l'endroit.3ème rang : tricotez à l'endroit.Répétez à partir de x jusqu'àla longueur désirée, puis diminuez d'une m.à la fin de chaque rang jusqu'à ce qu'il n'en reste que deux.Fermez.Cousez la boucle au bout carré, vous avez alors une ceinture parfaite.Voilà maintenant la ceinture brodée, variée à l'infini.La Maison de Bruyère, à Paris, la préconise extrêmement.Elle est ordinairement en soie mais, à l'occasion, cette firme emploie aussi des lainages légers.Très serrés les uns près des autres, des nœuds français y sont piqués, parfois tous de même couleur, parfois faisant dominer la couleur de l'ensemble.Un nœud remplace la boucle traditionnelle, ce qui rend cette ceinture plus attrayante.Il ne vous reste maintenant qu'à prendre votre crochet, ou vos broches, ou votre fil à broder pour donner à votre garde-robe complète une nouvelle note élégante et décorative.C'est très agréable, et tellement économique! Abréviations: — m.maille; ch.chaîne; d.b.double bride : : Un Coeur Captif : : offraient dix milliards pour ce nouveau modèle de voiture qu'il prétendait, lui, fabriquer en grande série à un prix déri-,oire de bon marché.Maurice Lefebre avait tenté une^di-version : — Nous mettrons ce nouveau modèle à l'étude demain, fit-il en s'emparant de la feuille blanche que tenait le patron.— Non, cria Max Bertin, c'est tout de fuite qu'il faut commencer, et c'est moi qui fabriquerai ce châssis, moi seul.l'ersonne d'autre que moi ne serait capable de mener à bien cette entreprise.Il voulait se rendre aux ateliers, disant qu'il entendait donner lui-même les ordres jux spécialistes de la mise au point.Le secrétaire particulier comprit que ;.i son patron abordait dans cet état les chefs d'ateliers et se montrait aux ouvriers, c'en était fait du secret si jalouse-ment'gardé.Comme une traînée de poudre la'nouvelle de la folie — les ouvriers n'appelleraient pas cela autrement — du grand constructeur se répandrait par tout l'usine; c'était l'écroulement irrémédiable de leurs espoirs, l'affreuse vérité étalée, connue.En désespoir de cause, il avait téléphoné j Mme Bertin, laquelle était aussitôt accourue.— La première crise! gémit Mme Ber-tin'quand elle eut réussi à lui faire regagner ses appartements.— Non, avoua Maurice Lefebre.Pas la première.mais la plus violente!.jusqu'à présent.— Nelly?questionna la femme de l'industriel.— Elle ne sait rien, avait répondu Lefebre.Il ne faut pas qu'elle sache.Le plus tard possible.Mme Bertin était tout à fait de cet avis et, sans doute, pour les mêmes raisons que son gendre.Il convenait d'éviter à tout prix que la malheureuse jeune femme n'apprenne qu'en lui faisant miroiter l'espoir d'une possible guérison on l'avait indignement trompée.Les deux complices se comprirent sans avoir à s'expliquer davantage.— Je vais faire appeler le docteur Blanckart, fit Mme Bertin.Il m'avait prévenue.Mais je ne croyais pas.que.ce serait aussi proche.Maurice Lefebre avait évité de répondre.Il savait que Mme Bertin ne disait pas ce qu'elle pensait.Après ce que lui avait révélé les deux médecins, elle ne pouvait pas ignorer que les crises menaçaient le malade d'un jour à l'autre.C'était miracle qu'elles lui aient laissé un aussi long répit.Maintenant, ils songeaient à tout cela, tandis que Nelly, muette, touchait à peine aux plats que lui présentait le domestique.Il fallait que Nelly continue à ignorer la vérité.Il devenait indispensable de leurrer la jeune femme pour qu'elle n'ébruite pas parmi leurs amis et connaissances une nouvelle qui devait rester secrète jusqu'au dernier moment, pour éviter de voir sur les lèvres des indifférents ce cruel suurire d'ironique compassion dont avait parlé le professeur Héraud.Déjà ils combinaient ce qu'ils diraient, le lendemain, à Nelly, pour l'éloigner de la chambre de son père, ou, tout au moins, pour qu'elle ne se doute pas immédiatement de l'affreuse vérité.Mme Bertin et lui aussi, hélas, savait trop bien quel serait le déssepoir et la rancœur de la jeune femme quand elle apprendrait que ce sacrifice qu'on avait exigé d'elle en lui jurant que la guérison de son père en dépendait, avait servi tout au plus à différer pendant quelques semaines la révélation d'une catastrophe que tous savaient d'ores et déjà irrémédiable.XV Nelly a réussi à se glisser, le lendemain niatin, dans la bibliothèque où la femme de chambre, sans méfiance, lui a dit «ju'était M.Bertin.Auparavant, elle s'est assurée du départ de sa mère; rien ne peut donc la trahir, rien, sinon l'industriel lui-ruême à qui elle n'oserait jamais recom-' mder de cacher sa visite.Elle trouve son père installé dans une ^ iste bergère et jouant au tric-trac avec ui monsieur encore jeune, au visage douloureux, qu'elle est bien sûre de n'avoir jamais rencontré nulle part.Ce dernier, à son approche, s'est empressé de se lever et esquisse une courbette cérémonieuse.— Mademoiselle, murmure-t-il, trompé par l'air d'extrême jeunesse de Nelly.Nelly lui rend furtivement son salut et se penche vers son père pour l'embrasser, un peu surprise qu'il n'ait pas encore tourné la tête.— Papa! Vous allez mieux, dit-elle de sa voix douce.Max Bertin a tressailli.— C'est toi, Nelle, fait-il.Tu es seule.— Mais oui.— Ton mari ne t'a rien dit ?Nelly hésite.Elle hésite toujours quand il est question de Maurice parce qu'elle redoute de commettre quelque impair — Non, dit-elle, à propos de quoi me demandez-vous cela ?Les yeux de l'industriel se font tout soudain plus brillants, et sa face amaigrie est envahie d'un subit afflux de sang.— Il ne t'a rien dit, répète-t-il d'une voix saccadée que la jeune femme ne lui connaît pas.Le compagnon de Max Bertin par-dessus la tête du constructeur fait signe à Nelly de ne pas insister.Il fonce les sourcils et met un doigt sur ses lèvres comme pour lui imposer silence.¦.Qu'est-ce que cela signifie ?Nelly ne comprend pas du tout.— Il ne t'a pas dit, poursuit Max Bertin en se dressant de toute sa haute taille, que je lançais un nouveau modèle .un modèle extraordinaire.un modèle comme on n'en a jamais vu.Le ton est d'une telle véhémence, et les gestes de son père si désordonnés, que, cette fois, la jeune femme a peur de comprendre.Grand Dieu!.Serait-ce possible?.Ce qu'elle redoutait est-il arrivé?.Hélas!.la présence aux côtés de l'industriel de cet inconnu au visage grave, de cet homme vêtu de noir dont la politesse a quelque chose d'obséquieux ne lui laisse guère d'espoir.Aussi bien, Max Bertin, poursuivant son idée fixe, s'est mis à lui parler de cette auto extraordinaire dont il fait une description incohérente, jamais la même, supprimant tantôt les roues et tantôt le moteur, sans remarquer que les yeux de sa fille se sont remplis de larmes.— Papa, dit-elle, calmez-vous.Max Bertin lui saisit brusquement le poignet, si violemment que Nelly ne |>cut retenir un cri de douleur.— Comment, fait-il.C'est toi qui me conseilles le silence.Tu voudrais peut-être que je me taise pour laisser aux autres le loisir de me dépouiller.Mais je ne me tairai pas.je défendrai mon invention dont tout le momie est jaloux.— Nous vous défendrons, intervient alors l'inconnu vêtu de noir — un infir- mier dont Mme Bertin a requis les services le matin même — nous vous protégerons Monsieur.— Certainement, approuve Nelly, la mort dans l'âme.Le constructeur parait se calmer.— Reprenons notre partie, dit-il, comme si de rien n'était.Je crois bien que j'allais gagner.Nelly s'est retirée, sur la pointe de» pieds.Cette terrible vérité qu'on a essayé de lui cacher, elle la connaît, maintenant, dans toute son horreur.Elle sait que la raison de son père adoré-sombre petit à petit dans l'hallucination d'une idée fixe, elle devine que le mal redoutable progressera chaque jour, emportant lambeau par lambeau celui qu'elle a cru sauver de la déchéance par le renoncement de son premier rêve d'amour, le plus grand sacrifice qu'un cœur de vingt ans soit à même d'accomplir.Et elle se dit que, peut-être, ceux qui lui ont demandé cette sublime abnégation, qui ont exigé d'elle cette immolation de son premier amour savaient que tout espoir était vain.Cette pensée lui est à la fois si odieuse et si déchirante qu'elle ne peut supporter le doute abominable qui est entré en elle, comme un venin dans une blessure.Sans prendre le temps de passer chez elle, nu-tête, elle est descendue au garage de l'usine et - asseyant au volant de la première voiture d'essais qui lui tombe sous la main elle file chez le docteur Blanckart qu'elle trouve prêt à sortir pour sa visite quotidienne aux hôpitaux.Las! Le praticien, ignorant au surplus des faux espoirs qu'a fait naître Mme Bertin, ne peut que lui confirmer ce qu'il a dit à la femme de l'industriel quelques mois plus tôt.Le mal est sans remède, et depuis le jour où s'est manifseté la terrible maladie, depuis la première hallucination, il est avéré que rien au monde ne peut conjurer la catastrophe.Ainsi donc, il n'était pas vrai qu'en s'assurant les services de Maurice Lefebre, en se l'attachant — et à quel prix! — son infortuné père s'immunisait contre le sort atroce prédit par le professeur Héraud.Elle avait cru sauver son père de la pire des déchéances, éviter, en devenant la femme de Maurice Lefebre, qu'il ait à donner sa démission.Elle avait cru maintenir son prestige en sacrifiant toute la poésie de sa jeunesse en fleur, et ce mirage auroral et charmant des ambitions adolescentes qui nous masquent si généreusement les années d'orage amassées à l'horizon de l'existence.Et que restait-il de tout cela.Un sacrifice vain.Un peu de cendre.Une vie manquée.et la sourde rancune qu'elle nourrissait à l'endroit de ceux qui 1 avaient indignement trompée; sa mère et son mari.Certes, il en coûtait à Nelly d'avoir à juger sa mère, à la juger et à l'accuser, mais l'évidence était si flagrante qu'elle ne pouvait même pas s'offrir le bénéfice du doute.Le docteur Blanckart le lui avait déclaré de péremptoire façon; Mme Bertin était prévenue.quand elle avait supplié sa fille de retenir Maurice Lefebre, en l'épousant, elle savait que l'immense sacrifice qu'elle exigeait d'elle et dont, au surplus, ii lui était loisible de mesurer l'étendue, ne pouvait offrir au malade qu'un sursis de quelques semaines.Elle savait.et, pourtant, elle n'avait pas craint de briser sa vie.Restait son mari .ou, tout au moins, celui que le monde regardait comme son mari; Nelly était persuadée qu'il avait, lui aussi, abusé de la situation et exercé à l'égard de Mme Bertin un véritable chantage pour obtenir d'elle qu'elle consente à son mariage.Des deux, lequel était le plus coupable; de celui qui fait pression sur une nature exaltée, sur une femme réduite aux abois, ou de celle qui, n'ayant en vue que l'opinion du monde, tente par tous les moyens de reculer la fatale échéance où il lui faudra avouer que le mari qu'elle aime est atteint de la plus terrible déchéance qui soit.Nelly n'essayait pas de se le demander, il suffisait que la question se pose pour la faire frémir d'horreur.Instruite de la visite de Nelly à son père — l'infirmier n'avait rien eu de plus pressé que d'informer Mme Bertin de son entrevue avec le malade — la femme de l'industriel ne pouvait plus ignorer que sa fille fut au courant des terribles progrès Page 50 La Revue Moderne — Montréal, Juin 1 9 3 U du mal, aussi évitait-elle de se rencontrer avec Nelly, redoutant confusément ses reproches et craignant plus encore qu'elle ne s'avise de lui demander telle ou telle explication qu'elle se sentait tout à fait incapable de lui fournir.Mais c'était mal connaître la jeune femme que de supposer qu'elle put adresser à sa mère la moindre question de nature à l'embarrasser.Pas plus qu'elle n'avait daigné formuler des critiques à l'égard de son mari ni lui demander compte de sa conduite, elle ne se serait permis d'émettre aucune réprobation touchant sa mère.Meurtrie dans ce qu'elle avait de plus cher au monde: son premier amour de jeune fille et la confiance aveugle qu'elle avait en celle qui l'avait bercée, elle entendait souffrir en silence et refouler au plus profond d'elle-même l'atroce chagrin qui endeuillait l'aurore de sa vie.Max Hertin ne quittait plus guère ses appartements où Nelly allait lui rendre visite aussi souvent qu'elle le désirait.Quant à son mari, très pris par ses multiples occupations — en lait, n'était-ce pas lui qui dirigeait l'usine — il ne faisait chez lui que de furtives apparitions.Toujours aussi épris de sa femme, le jeune fondé de pouvoir n'était pas sans avoir remarqué le changement qui était survenu dans l'attitude, déjà glaciale, de Nelly.Perdue en une rêverie sans fin, elle passait des journées entières sans desserrer les lèvres, se bornant à répondre par monosyllalies, quand son mari lui adressait la parole devant un domestique, s'éva-dant de table sitôt le dessert et témoignant de mille façons sa répugnance à lui tenir compagnie.Ils vivaient littéralement comme deux étrangers, comme «les gens que les nécessités d'un voyages obligeraient à se retrouver aux heures des repas, mais que rien ne rapprocherait.En sollicitant la main de Nelly et en l'épousant, contre son gré, Maurice l.e-febre ne s'était pas fait illusion.11 savait que la lutte serait âpre pour conquérir ce cour de jeune tille qu'un premier chagrin venait de meurtrir douloureusement, mais il comptait sur le temps qui est le grand médecin «les cnurs et comme il disposait de beaucoup «le douceur et de patience, il croyait pouvoir attendre indéfiniment, jusqu'à l'heure du triomphe final, mais aujourd'hui, devant l'attitude pres«|ue hostile «le la jeune femme il se demandait avec angoisse si elle lui pardonnerait jamais de l'avoir arrachée à son rêve.Quand il la voyait, muette, lui faisant \ i- i \ ; - .1 ' aille, • li i| » a ani v, m pain d'une main distraite et tout entière réfugiée derrière son front, son beau front sans une ride qui cachait tant de choses qu'elle ne disait pas, une folle envie lui venait de la questionner, de lui demander si elle lui tiendrait longtemps rigueur de l'avoir année .ni | m uni « l'avoir « isc l'épouser malgré elle.Mais cha«|ue fois la question mourait sur ses livres tant il lui paraissait difficile pour ne pas dire impossible, d'aborder une telle qustion avec une femme aussi impitoyablement courtoise et dont l'humeur invariable dénonçait une force île i aractère pour le moins égale à la sienne.Quand Maurice I.efebre avait signifié à Si me Hertin son intention de quitter l'usine, il était assurément sincère II était fermement décidé à s'en aller, à cette époque, parce que, précisément, il aimait la fille «le Min patron, et qu'il désespérait, non sans quelque apparence de raison, d'obtenir sa main.Au surplus, il venait «le surprendre le secret «le Nelly, son naissant amour pour Robert de Rochas, et en admettant qu'il ait nourri un invraisemblable espoir «le se voir un jour agréer comme fiancé, cette découverte anéantissait définitivement son rêve.Il avait donc résolu de partir, et il serait parti, avec son secret, si Mme Berlin, se méprenant sur ses intentions, ne l'avait contraint à avouer cet amour désespéré, et, sans même vouloir entendre ses explications, accusé de chantage Klle lui avait dit, affolée à la seule idée de son départ et du «lésarroi «|ui |iouvait en résulter à l'usine: "Si vous reste/ je vous accorde la main de ma fille Il aurait fallu être un saint pour refuser.Maurice I.efebre n'était pas un saint.Il n'était qu'un homme et.tiui moins est: un homme qui aime II avait donc accepté ce marché qu'il n'aurait, certes, jamais osé formuler Il aimait Nelly de toute son Ame, de toutes ses force» et, confiant en ton amour, il croyait conquérir ce orur de jeune fille.Il le croyait, alors, mais, de jour en jour, sa confiance s'amenuisait et sa peine était grande de penser 2 1771 1770 1775 I7S2 du Sème Casse-Tête 1784 1776 1772 176K 1760 historique I76K 1769 1774 177.1 1776 176.» 177° 1777 1780 1761 Solution du Sème Casse-Tête historique Page 58 La Revue Moderne — Montréal, Juin 1 9 •?L Les lignes les plus importantes des toilettes d'été 5690.— Robe de crêpe ondulé vert foncé et de lignes amincis-tantes.Le col et les manchettes de toile vert pâle sont de la plus haute nouveauté et deux fois plus intéressants que le blanc.Ce genre de parure a été lancé à l'ouverture des modes à Paris par la nouvelle maison de couture Jodclle, celle-ci nièce de Vionnet.Gants de toile vert pâle et chapeau de la forme la plus nouvelle.Métrage: pour un 36 (18 ans), 3H verges de crêpe en 39 pouces et % de verge de toile en 35 pouces.12 à 20 et 30 i 42.Prix: 45 sous.56X.1.— La jaquette tuxedo e*t la plu» nouvelle.Celle de notre modèle est en toile paysanne naturelle.La robe, de crêpe brun et blanc, a ries manches kimono, courtes, et une encolure carrée.On peut employer le crêpe de la robe pour les revers de la jaquette.Gants de toile naturelle et chapeau de paille naturel et blanc Métrage: pour un 36 (18 5 683 ans), 3% verges de crêpe en 39 pouces et 3 verges de toile en 35 pouces.12 à 20 ans et 30 à 44.Prix: 50 sous.5685.— Les chapeaux de tissu sont plus élégants quand ils sont assortis au costume, soit au collet d'imprimé, soit aux gants de piqué.Ce chapeau est en même toile que le costume 5681.On peut le confectionner en moins de deux heures.Métrage: pour 22 pouces de tour de tête, % de verge de toile en 35 pouces.21 Vî à 23 pouces.Prix: 25 sous.5i',Sl.— Rien ne peut plaire davantage à celles qui aiment les costumes de sport genre anglais que cette jaquette Norfolk avec toutes ses caractéristiques: plis, ceinture dans le dos et poches.Blouse de guingan écossais brun et accessoires brun foncé.Métrage: pour un 36 (18 ans), 5U verges de toile en 35 pouces.12 à 20 ans et 30 à 44.Prix: 50 sous.5685 5681 mire marchand local ne peut vous fournir ces )>atrons Butterick, demande; les directement à The Butttrick Company, i6S Wellington Street West Toron' La Revue Moderne — Montréal, Juin 1 9 S U Page 9» • Quatre traits principaux de la mode sont en évidence dans la redingote de gauche: l'emploi du taffetas pour la robe, une mode toute récente; la grandeur des carreaux; le long jabot qui descend jusqu'au bas de la robe, et la couleur marine et blanc.5696 •!>090.— Le costume redingote — manteau de lainage et robe de soie — est le favori de la saison.C'est le taffetas qui est la soie la plus nouvelle pour les robes, d'ailleurs on l'emploie pour tous usages.Métrage: pour un 36 (18 ans), 4 verges de taffetas en 39 pouces et 2% verges de lainage en 64 pouces.12 à 20 ans et 30 à 44.Prix: 60 sous.HOOi.¦— Costume de crêpe soie et laine.Les revers d'organdi blanc font partie de la robe et s'ouvrent par-dessus la jaquette.Peut aussi se faire en piqué "u en soie foulard.Métrage: pour un 36 (18 ans), 5H verges de crêpe en 39 pouces et 1 verge d'or-candi en 39 pouces.12 à 20 ans et 30 à 38.Prix: 50 sous.• La petite cape de piqué blanc éclaire la robe de crêpe brun et blanc et lui conserve sa place dans la mode actuelle.Le grand chapeau et les gants sont aussi en piqué blanc.• C'est le contraste des tons bleu clair et marine qui fait tout le charme de ce costume.Le crêpe est un mélange de soie et laine.Le chapeau est en drap suède assorti et le dessous du bord en paille marine.5688.— Toute la différence entre les autres robes d'imprimé et notre modèle consiste dans la courte petite cape de piqué blanc, une nouveauté jeune et charmante.Chapeau et gants de piqué.Métrage: pour un 36 (18 ans), 3M verges de crêpe en 39 pouces et 1M verge de piqué en 35 pouces.12 à 20 ans et 30 à 44.Prix: 45 sous.r> 6 ,,t West Toronto l'âge 62 La Revue Moderne — Montréal, Juin 19 Modèles Augustabernard : robe en deux tons de gris.manteau du soir en bengaline gris foncé.trois toilettes pour le chiffon et l'organdi /».'.w.— Un chiffon d'une jolie teinte rosée, des volants à l'encolure et en guise de manches font toute l'élégance de cette toilette du soir pour l'été.Le décolleté carré est annoncé "ommo prochaine nouveauté.Métrage: pour un 36 (18 ans), 4% verges de soie en 39 pouces.12 à 20 ans et 30 à 42.Prix: 50 sous.ï-îHI.Kobe de crêpe en deux tons de gris, d'après la célèbre création Augustabernard.Ce genre a un cachet de haute élégance.Métrage: pour un 86 (18 ans), 3% verges de crêpe de soie en 39 pouces (la jupe est coupée de biais), et 1V4 verge de tissu contrastant.12 à 20 ans et 30 à 42.Prix: 50 sous.S52S, — La fraise qui orne l'encolure de ce manteau de bengaline,gris foncé est une noie nouvelle d'une agréable originalité.Le manteau descend jusqu'aux genoux.Il compose un ensemble chic avec la robe de deux tons de gris ou avec les robes légères du soir.Métage: pour un 3any.itiS Wellington Street West Toronto Page 6U La Revue Moderne — Montréal, Juin 1981 Aperçu des ensembles élégants pour la jeunesse 5543.— Robe tyrolienne avec bretelles, noeud à l'encolure et petite jaquette courte.Métrage: pour un 30, 2% verges de lainage en 64 pouces et 1% verge de soie en 36 pouces.25 à 33 (7 à 15 ans).Prix: 25 sous.5558.— La soie écossaise est élégante pour un costume de jeune fille.Jupe à pli creux, jaquette genre boléro et blouse en tissu uni.Métrage pour un 30, 3',fe verge de soie en 35 pouces et 1% de tissu uni.26 à 33 (8 à 15 ans).Prix: 25 sous.4898.— Petit manteau de tweed, genre marin, conviendrait parfaitement pour accompagner la robe 5582.Métrage: pour un 23, 114 verge de tweed en 64 pouces.21 à 30 (2 à 12 ans).Prix: 30 sous.5546.manteau, robe et cha peau.Métrage: pour un 23, le manttai pro'JJ et le chapeau, 1% verge de lainage 0 54 pouces; pour la robe: 1% verge de co ton imprimé en 35 pouces et % de tissu uni.25 sous.21 à 25 (2 à 7 ans), r * ¦ I '-ail mit la; me luei D IU 5582.— Une autre robe à bretelles, a e^i u blouse rayée, petit collet rabattu et mal ches courtes bouffantes.Métrage: p un 23, % de verge de jersey de laine 54 pouces et IV* verge de coton en pouces.23 à 28 (4 à 10 ans).Prix: sous.¦a 5594.— Robe, manteau et béret, poj les fillettes de 7 ans ou à peu près, trage: pour un 25, 194 de lainage en pouces et 2% verges de soie imprirnj en 39 pouces.24 à 28 (6 à 10 ans).Pi' 25 sous.Si votre marchand local ne peut vous fournir ce» patron» Butterick, demandez-le» directement à The Butterick Company, 468 Wellington Street West Toron* 'et »l, le.rci, eau *ola "na t ne p; re g 'rage don nnel lablc Pas I Mi, « ea voi i dur< La Revue Moderne — Montréal, Juin 1934 Paye 6', \ M am MAGALI — Heureuse occasion qui me vaut le plaisir de votre joli billet! C'est oui, et je serai ussllheureuse que vous.— J'ignorais votre pré-;nce ce soir-là; sans cela combien j'aurais regretté itre timidité] C'est dommage.Il m'aurait été un de lire dans vos yeux ce que voua m'écrivez gentiment, Une autre foll vous serez plus brave, est-ce pas ?— Je vous parlerai certainement e la petite amie, c'est un sujet qui nous est égale-,riu cher et je sais sa pensée si fidèle I — Au re-nir, Magali; c'est une invitation toute sincère i - ma vieille amitié à la vôtre.RMILIENNE— J'ai reçu, je me suib rendue votre désir et je voua ai retourné.J'espère que v >us aurez reçu en bonne condition lorsque vous i rez cet entrefilet, et surtout que vous aimerez ce ait vous apporte.Cela ne m'a pas dérangée, le 11-«i était autant pour moi que pour voua.— i nmme vous devez être au travail dans le moment, iion amie, et que je ne veux pas vous distraire, je nus souris en vous glissant: à bientôt.CHARLES — Il ne faut pas perdre confiance; i lus l'épreuve est grande, plus fort est le secours i En-Haut, car le bon Dieu proportionne toujours ¦ i grâce à notre faiblesse.— La femme s'est énormément émancipée; certains changements ont été dei améliorations, d'autres ont été néfastes.Dans re.C'est un lien d'Ame, mon amie, rien ne peut le briser.Merci de votre aimable attention, j'en ajoute la douceur à celles déjà reçues.— Permettre calmement à la raison de juger une situation, c'est une sage prudence.On peut ainsi embrasser tous les détails sans prévention, et on a pour ainsi dire touché la vérité du doigt avant que le cœur ne l'embrouille.Vous avez raison, c'est une question grave et sérieuse qu'on a cru pouvoir traiter légèrement, chacun à sa guise, et dont la revanche a été la faillite des foyers.En ce temps-là vous a valu sûrement un aujourd'hui doux et bon.C'est aussi te souhait de mon amitié pour le demain qui suivra.Que Dieu entende le vôtre, mon amie.vous serez une marchande de bonheur et i) vous sera rendu au centuple.— Je glisse pour chacune un sourire.Que la joie fasse votre ciel clair.PETITE PESSIMISTE — Vous vous êtes demandée si je vous ferais bon accueil ?Allons! n'en doutez pas.Entrez, petite Pessimiste, il me fait plaisir de vous recevoir, de me croire, en vous lisant, en plein paysage laurentien et de répondre A votre confiance.Ce que vous me racontez, comme c'est bien LA la vie compliquée qui réunit, sépare, rapproche, éloigne tour à tour, faisant chanter ou pleurer les cœurs.Ce sont des circonstances imprévues, les surprises de l'Inattendu; il nous faut en subir le premier choc, il est inévitable.Mais si nous reconnaissons que ces complications nous sont une souffrance dont il peut s en suivre le m.ill.i ur de notre vie, il faut avoir le courage de se reprendre.Je comprends votre sympathie, petite Pessimiste; votre tendre geste a été spontané, vous ne pensiez pas qu'il vous conduisait A l'amour.Mais la lumière est faite maintenant, vous savez.Il faut donc bravement rilfWITHI la situation et prendre une décision.C'est dur, allez-vouk me dire.J'en conviens, le cœur a toujours tant de raisons) De deux choses, l'une: ou croire en la guériton et ouvrir la porte A l'amour.ou réflexion faite des conséquences possibles, bruer avant qu'il ne soit trop tard.Le mot briser est cruel, je le sais, mais ^«voyez-vous, il n'y a pas de milieu, et l'amitié ne peut pas entrer en jeu.Elle ne serait qu'un motjdc façade pour couvrir le danger.Réfléchissez, pesez La réalité A votre courage, priez, pensez longuement auxlde-voirs que vous assumeriez, et la sainte Vierge j va vous guider, j'en suis sûre.Combattez votre tristesse, vous vous déprimez et ce vous est tres|pré-judiciable.Jouissez de la campagne, de la saine atmosphère où vous vivez, afin de vous rétablir parfaitement et que vous soit salutaire doublement l'air pur que vous respirez pour moi.— J'aurai une pensée pour vous.Pessimiste, et soyez assurée de mon plus sincère intérêt.Revenez-moi, je vous attends dans une lettre qu'il ne faudra jamais mesurer.ROBERTE— Je comprends votre pensée, j'éprouve si souvent moi-même cette impression! Mais peu de mots suffisent pour se comprendre entre amies, n'est-ce pas ?Après une journée de travail, les nerfs ont besoin d'une détente, l'esprit réclame un peu de répit, et le temps est bien court pour se remettre de ta fatigue du jour.Passent-elles vite les heures du soir, les heures de repos et de liberté! Ne vous excusez pas, ce que vous me dites n'est pas une plainte.Vous constatez un fait en expliquant une situation.— L'été évoque naturellement les vacances et, cette pensée ensoleille le courage.Cela vient vite et vous souriez aux vôtres, petite amie.Je désire qu'elles vous soient belles et bonnes, les meilleures, les plus joyeuses.— Oui, j'ai entendu parler et je suis le mouvement.Quel réveil d'un grand passél quelle leçon pour la jeunesse! Le programme va être magnifique quand même et il laissera un souvenir dont on parlera longtemps.On a jusqu'ici si mal fait connaître le Canada qu'il faut se réjouir que des Fêtes comme celles-là révèlent un peuple digne de son passé et soucieux de son avenir.Je ne pourrai profiter de cette occasion pour revoir ce joli coin de mon pays; merci de votre souhait tout de même, petite amie, je serai près de vous en pensée.Merci aussi pour l'indication, c'est bien meilleur maintenant.Au revoir, Roberte.que l'été vous apporte de bons jours reposants.PETITE EVE — Rien ne rend la vie plus intéressante que d'accomplir de bon cœur et de son mieux le devoir de chaque jour.Bien faire chaque chose, en élevant son cœur jusqu'à son âme.c'est un travail de perfectionnement qui nous permet d'accepter généreusement les petits ennuis quotidiens, et alors, quand il le faut, nous n'hésitons pas.Il est vrai que nous devons recommencer chaque matin, mais peu à peu les difficultés s'aplanissent.le courage est plus ferme, et notre attention est tellement prise que l'on n'a pas le temps de trouver la vie maussade.C'est si simple, faire son devoir.— J'aimerais beaucoup connaître toutes vos amies; impossible! Je vois par votre lettre que j'y perds; cependant, je suis toujours gagnante, puisque vous êtes ma petite amie.Il est vrai qu on ne fait pas toujours ce que l'on veut, mais une autre fois, il faudra vouloir, cela me fera grand plaisir.— Je vous remercie de votre sympathique intérêt auquel ma sœur est sensible.Je vous transmets son meilleur merci et je vous dis de sa part qu'elle a grande confiance aux prières de mes petites amies.— On ne peut empêcher le cœur de s'alourdir parfois.Seulement, quand on aime l'espérance, quand on se guide sur son rayon, on se ressaisit vite et on retrouve la paix.Je vous confie A elle, petite Eve, vous y serez tout près de moi.U ne sera plus question de distance, comme ce sera boni Et nous nous rapprocherons de Trude, l'indulgente petite Ame qui rayonne la beauté de la sublime résignation dans la souffrance la plus dure! — Au revoir, et en avant joyeusement, petite fille que j'aime bien.FLEUR D'AUTOMNE — Que je suis contente que vous ayiez trouvé A vous approprier quelque chose de ma causerie et qu'elle vous ait dédommagée du silence involontaire! Meici de vos mots aimables A mon égard.J'y suis d'autant plus sensible qu'ils me disent combien vous comprenez cet Idéal que j'aime et qui fait la vie belle et bonne.Si chacun de nous bâtissait une cathédrale, que le monde serait grandi — C'est l'excès qui a tout gâté, on a dépassé les bornes, je dirai, avec une rage folle; on a tout matérialisé, on a tenté de façonner des cœurs froidement modernes pour lesquels rien autre chose n'existerait que l'argent et les plaisirs.Le monde renversé a perdu son équilibre et nous ne savons plus si nous verrons la fin de ce bouleversement.Semons quand même, mon amie; quelques grains lèveront dont se nourriront des Ames fidèles aux convictions et aux principes qui font les vies saines.— Le printemps est avare de beaux jours, et qu'ils vous seraient bons pour vous rétablir tout-à-fait! Soyez prudente.Fleur d'Automne, les forces se refont si difficilementt Je désire que l'été vous soit clément, qu'il vous soit prodigue de loisirs pour de bonnes causeries au courrier.Il y a peut-être un brin d'égoisme ici, mais vous le pardonnerez bien à mon amitié, n'est-ce pas ?LINE — Ce n'est pas lorsque vous êtes triste que vous devez vous garder de m'écrirc.Dans ces moments-là apportez-moi tout ce qui ne va pas, nous chercherons A 1 "ensoleiller, et votre gaieté reviendra tout naturellement.Autrement, vous creuserez votre tristesse jusqu'à vous faire mal; voyez quel relard pour votre guértson.Et je vous voudrais en belle santé, heureuse de vivre cl continuant vos éludes d'art.Que de choses je désire pour vous petite fille que j'aime bien! — Je crois que le courage est presque impossible sans l'Idéal et la route n'est droite que par lui.On ne le cultive pas assez parce qu'on ne le comprend pas.On a peur de sa beauté, de sa droiture, de sa hauteur parce que te monde csl insouciant et lâche, qu'il se moque des grandes taches, des généreux efforts.Tant que les Ames d'enfants n'en porteront pas une empreinte très nette, qu'ils n'auront pas appris à en MM le monde sera vide des grands gestes qui écrivent l'histoire d'un pays.Je vous remercie.Line, de vos mots aimables A ce sujet el de me dire aussi gentiment que vous retires souvent ma causerie.— Pourquoi les mortels ne sont jamais contents?Il y a beaucoup de raisons, mais la priiu ip;ilr.c'est ijii'il n \ .i rn-ii -ur la terre qui puisse satisfaire le cœur humain, et qu'ici-bas le bonheur est relativement court.Tout meurt ici-bas.Line, les joies les plus profondes passent et lien ne dure de ce que nous aimons.Tout s'en va avec la viel Ce serait triste, si nous n'avions la certitude d'aller vers ce qui demeure toujours.— Votre pourquoi m'a intéressée — c'est bien le • ont rai re de l'ennui, n'est-ce pas?—et j'aime bien la façon dont vous dites: "Pourquoi'' ?Alors soyez sans crainte et redonnes-moi le plaisir de vous lire bientôt. Page 66 La Revue Moderne — Montréal, J U in 1 9 S A MME SANS-GENE — Pourquoi douterai-je de votre sincérité?Vous pouviez laisser paner ta chose tout simplement, n'est-ce pas?Mais puisque vous m'écrives, c'est que vos sentiments sont sincères et je vous remercie de vos félicitations.Il n'est pas "difficile" de monter jusqu'à l'idéal; ce qui est d'ff^l^ c'est d'aimer la vie et de lui donner de la valeur sans lui.Vous avez raison, c'est une école, mais une école qu'on est en train d'abandonner et qui, en disparaissant, livre le monde à la plus complète déchéance.C'est triste, et ce sera encore plus triste si 1a femme ne consent à redevenir l éducatrice des petites âmes de son foyer.Que de missions faussées, que de devoirs reniés! Je comprends votre indignation et je suit de votre avis.Espérons quand même; tout le tapage des ambitions n'empêche pas l'épanouissement de discrètes activités qui tendent vers plus haut et toujours mieux-— La lecture de votre lettre ne m'a pas "fatiguée"; je n'ai qu'un désir, madame, c'est que vous me renouveliez le plaisir qu'elle m'a donné.GOBELINE — J'avais deviné depuis longtemps que le départ était définitif.Mais l'espoir est si tenace! Ces deux années n'ont pas amoindri le sacrifice; je sais seulement que chaque jour quelque chose de nous reste accroché aux ronces de la route.Je ne puis que vous approuver; la-bas votre souvenir ne reconstitue pas sans cesse le passé et vous ne vivez pas dans son ombre.Ma pensée vous retrouvera fidèlement, mon amie.Aujourd'hui elle vous apporte mon amitié.et mon profond regret.GLAND D'OR — Votre appréciation m'a été une des meilleures.Je savais qu'elle viendrait, mais je ne savais d'où.Franchement, je regardât! loin, et vous étiez si près! Merci, mon ami, votre "joie" double la mienne-— Je ne pourrai descendre cette année encore.Mon projet si beau n'est plus que ruines! Il ne s'agit que de recommencer.— Je connais, à peu pris, et vous ne sauriez croire quelle lassitude morale je ressens depuis.La laideur me répugne, vous le savez, rien ne me coûte pour l'éviter.— Non, il n'y a aucun changement, les déménagements sont ma terreur! U vaut mieux attendre.les rosiers attendent leur place, eux.depuis longtemps! — Bon voyage, mon ami, je ne vous oublie pas.PICCIOLA — Merci, mon amie.Rien ne pouvait m'être plus doux que votre phrase: "Mon ftme était perdue dans la vôtre".La joie que vous avei éprouvée a été la récompense de votre générosité et la paix que vous ressentez est la confirmation de cette venté dont vous doutiez.— Je suis contente de savoir que votre ciel s'éclairât.La dernière rafale va emporter le dernier nuage, le soleil va luire, et vous chanterez encore, comme "au temps jadis".Ces derniers mots m'ont fait plaisir; voyez, vous disiez ne jamais vouloir te regarder, et voilà que vous lui souriez! Vous ne faites pas les choses à demi, Picciola, et comme je vous ai bien comprise! — Au revoir, je pense toujours à vous.OU I I I \IM l'MIII lit I K HI H - GERETTE — JE ANNIE — LABOUREUR — 1)1 ANE ANNEAU D'ARGENT — VIEUX ROUET — VIEILLE LECTRICE — Mes plus sincères remerciements pour l'aimable attention qui m'a valu les si encourageants billets que j'ajoute aux souvenirs de ma causerie.marjolaine En quel Mois Etcs-vous Né?Etes-vous née en janvier?Tant pis pour vous, car vous devrez besogner jusqu'à votre dernier soupir.En février?Tant mieux, car vous ferez fortune.En mars?.Vous aurez peu d'argent mais beaucoup de vertu .En avril?.Votre sauté laissera plutôt à désirer .En mai?.multiples seront vos séductions et grande votre amabilité .En juin?.Vous serez bonne épouse et bonne mère .En juillet?.Chacun admirera la constance de vos amitiés .En août?.Vous aurez de l'ambition et du courage .En septembre?.Vos caractéristiques seront: prudence et force de caractère .En octobre?.Vous manquerez de confiance en votre étoile .En novembre?Gare aux déceptions! .En décembre?.Amour! amour! amour! .SCRVICI D HYGIENE DE L ASSOCIATION MEDICALE CANADIENNE ET DE COM.FAGNI ES D ASS JRANCE-VIE DU CANADA La Prévention de la Tuberculose 1A tul>erculose est une maladie due à > un germe qui pénètre dans l'organisme, s'y multiplie, sécrète des poisons et ainsi cause des désordres.Ce germe s'attaque à tous nos organes; chez les enfants, il se cantonne surtout dans les ganglions et les os.Quand il se développe dans les poumons, organe de son choix chez l'adulte, il cause la maladie que l'on appelle communément "la consomption".On croit que pratiquement tout le monde reçoit l'infection tuberculeuse.Les germes pénètrent au cours de l'enfance; de cette infection, deux formes de tuberculose peuvent se développer, soit une forme active, soit une forme latente ou inactive qui dure des années sans causer aucun tort.Si, cependant, à un âge plus avancé, la résistance vitale diminue, les germes qui étaient déjà dans la place profitent de cette occasion pour se développer et se multiplier dans cet organisme affaibli, causant ainsi la forme de la tuberculose active.On nous pose souvent la question suivante: Que peut-on faire pour se préserver de la tuberculose?La réponse est la suivante:— 1.Prendre régulièrement trois repas par jour.Dans le menu doivent figurer quelque fruit et un légume frais à feuilles.2.Prendre une chopine de lait par jour.3.Dormir huit ou neuf heures dans une chambre fraîche et bien ventilée.4.Ne jamais se servir d'une coupe commune, même chez soi.5.Se protéger contre les toux et les éternuements des autres.6.S'habiller suivant la saison; se garder les pieds secs et chauds.7 Voir son médecin dans tout cas de toux persistant.8.Maintenir son poids moyen, et consulter son médecin si l'on perd du poids.9.Se faire examiner par son médecin tous les ans.10.Tous ceux qui vivent avec un tuberculeux ou qui sont venus en contact avec lui doivent demander à leur médecin les précautions que doit prendre le malade et les soins qu'ils requièrent eux-mêmes.Tour se préserver de la tuberculose, il suffit de prendre un soin raisonnable de sa santé en suivant les règles posées par l'hygiène; voilà le conseil pratique qu'il faut donner et qu'il faut suivre.Le progrès qui a fabriqué de la richesse, de la vitesse, de la force, a-t-il du même coup manufacturé de la vertu, du bonheur?— Mgr Baunard UN ARROSOIR DE GAZON SUPERIEUR Da nouveau modèle d'arrosoir Raln Klng, le favori national depuln dix ana.ponséde un double Jet d'eau avec nouveaux b«cs brevetés qui n'ajustent on un Instant pour n'Importa quoi volume d'sau dèalrè ; léger, moyen ou fort.Lances tournante* ou fixes g volonté La même pression fait Jaillir l'eau à plu» forte dlatance «t la répand plus uniformément Joli modèle d'une hauteur de 9 pouces.Jets, bras st becs de cuivra brillant à l'épreuve de la rouille.Voyez à re que le nom ds RAIN KINO aolt bl«n relui de l'arrosoir que vous achetés dans lee quincaillerie* ou dans Isa ma-Kiminw à ravons.RainKing .KS ARROSOIR» BONS POUR I.A V7B AJUSTABLES ibrxqui ri par Flriible Hhaft Co.ÎÀmitrd, Carlaw ave, Toronto, Ont.Où Trouver le Bonheur rw^OUS, tant que nous sommes, I nous rêvons le bonheur que toutes les générations ont poursuivi avec avidité.Nous cherchons le bien-être, les satisfactions, les plaisirs sous toutes les formes.Nous voulons sans cesse des joies nouvelles.Nous tâchons d'imaginer les moyens efficaces d'atteindre un degré de jouissances tel, que nous n'ayons plus rien à envier.Bref! notre vie est une course effrénée à la poursuite du dieu bonheur que nous désirons posséder! Le coeur humain est insatiable et cette soif de bonheur est naturelle; mais il faut réfléchir, raisonner, être logique.Il ne faut pas s'y méprendre et demander à la vie plus qu'elle ne peut nous donner.Sous la voûte céleste, il n'est pas de bonheur "parfait" mais il existe du "vrai" bonheur — ce doux nectar — que les âmes d'élite et les énergies trempées savent goûter! Gardons-nous d'envier le sort des autres, de nous leurrer, de nous éblouir pour des riens.Sachons nous contenter d'un bonheur relatif, le seul auquel nous ayons droit d'aspirer ici-bas.Resignons-nous à notre destinée quelles que soient les circonstances qui nous entourent et les événements que nous subissons.N'oublions pas de trouver un bon côté dans chaque chose.Pour être heureux — dans le sens restreint du mot — il y a la satisfaction du devoir accompli, la paix intérieure, les principes fondés, la grandeur d'âme, la volonté virile qui sont de nature à nous faire tirer le meilleur parti possible de notre situation, si modeste soit-elle.Enfin, il faut nous rendre utiles là où le bon Dieu nous veut.Certes! chacun n'est pas né sous une bonne étoile, et le hasard — ce dieu malin — semble parfois semer la fatalité sur certaines destinées.Tout le monde n'est pas également doué.Nul ne choisit l'époque ni le milieu pour naître, pas plus d'ailleurs que les auteurs de leurs jours.Mais chaque individu possède certaines aptitudes, certains talents qu'il lui faut faire fructifier à l'occasion afin d'être "quelqu'un" dans la société.C'est au milieu de personnes qui nour tont chères qi:e nous pouvons goûter cette douceur de vivre.Soyons gais, sachons sourire: un visage épanoui est le reflet d'une belle âme.Tâchons de faire la vie douce à ceux qui nous entourent, prodiguons-leur nos soins attentifs, consolons-les, édifions-les par notre conduite en pratiquant les vertus qui embaument un foyer.Ainsi, nous contribuerons pour une large part à rendre heureux ceux avec lesquels nous partageons la vie, tout en étant les artisans de notre propre bonheur! Rosalie BANVILLE Le roman du mois de juillet: LA BRUME SUR L'ETOILE par Jeanne de COULOMB La Petite Poste Les annonces de la Petite Poste sont publiées à raison de: — UNE INSERTION: 75c Cette somme donne droit à dix-huit (/.'?) mots abrégés.La Direction n'accepte aucune formule FANTAISISTE et se réserve le droit de retrancher ce Qui ne serait pas conforme au reniement.Chaque annonceur devra fournir, pour le renseignement de la Direction, outre te pseudonyme les nom et adresse véritables — ceci est OBLIGATOIRE.Chaque envoi devra tire accompagné du muittunl requis — bon postal ou timbres.Les annonces doivent nous être adressées avant le douze du mois qui précède la publication de la revue.Ceux qui désireront se faire adresser leur courrier il La Rei'ue Moderne, n'auront qu'à ajouter quelques timbres en plus, pour que nous leur en fassions l'expédition.Le courrier non réclamé, après une période de soixante (60) jours sera détruit.On devra adresser: — La Petite Poste, La Revue Moderne, 320, rue Notre-Dame est, Montréal.AVIS Nous ne nous chargeons d'aucun message pour les correspondants.La correspondance doit se faire DIRECTEMENT entre eux.On voudra bien aussi prendre note qu'il est ABSOLUMENT Inutile de demander le nom et l'adresse véritables des correspondants, et qu'à l'avenir nous ne répondrons plus aux lettres de ce ûenre.La Direction Désirent des correspondants, les jeunes filles dont les noms suivent— Mesdemoiselles: Colette D'Anjou.— Inst.gaie.(Corr.inst.dist.de 35 à 40 ans).1841, rue Sherbrooke est, App.2, Mont réal, P.Q.Marie Roy.— Gaie, dist.(Corr.célib.ou veuf seul de 35 à 46 ans).Station postale R, 6420, rue Saint-Denis, Montréal, P.Q.R.St-Maurice.— Veuve, âge moyen.(Corr.respectable, ser.de 40 ans ou plus).C.P.64, Station T, Montréal, P.Q.Elaine.— (Corr.dist.35 ans et plus).320, rue Notre-Dame est, Montréal, P.Q.Verte Pensée.— (Corr.inst.dist.cuit, but: culture et distraction intellectuelle, rep.à tous).320, rue Notre-Dame est, Montréal, P.Q.Claire Fontaine.— Dist.(Corr.inst.et dist.de 20 à 25 ans, but: distraction).Saint-Jérôme (Terrebonne).P.Q.Désirent des correspondantes, les messieurs dont les noms suivent— Messieurs: B.St-Louis.— Age moyen, ser.(Corr'tes filles ou veuves de tous âges, but ser.).C.P.164, Montréal, P.Q.Pa Joli.— Célib.(Corr'te de 35 à 4E ans).320, rue Notre-Dame est, Mont réal, P.Q.W.Leroux.— (Jeune homme corres pondrait avec jeune fille de 20 à 25 ans).50, boulevard Lévesque, L'Abord-à-Plouffe, P.Q.LA PETITE REVUE Format commode 112 pages de lecture BLANC D'ABONNEMENT La Petite Revue 320 est.rue Notre-Dame Montréal.Veuilles me faire parvenir votre revue pour un an (12 numéros).Ci-Joint, veuille! trouver la somme de $1.60.Nom.Adressa.Voron î Format tel que représenté ci-contre Lisez cette intéressante Revue de format commode.Paraît chaque mois.Réservez votre exemplaire chaque mois chez voire marchand de journaux.Notre prochain roman complet: La Tutelle de Georgette par Arthur DOURLIAC En Vente Partout Ceux qui désirent s'abonner pourront se servir du coupon paraissant en page 66 Exigez les Produits de Pétrole MUTUAL .ils sont de qualité supérieure L'ENSEIGNE MUTUAL vous guidera chez les meilleurs marchands de gazoline et d'huile à moteur.COMBUSTIBLE: HUILE A CHAUFFAGE Service prompt Qualité Supérieure Nos représentants sont à votre disposition pour de plus amples informations.BESTOL et PETROLENE Huiles à moteur de qualité supérieure_sont des produits de Pétrole MUTUAL L'huile à moteur EMPECO est garantie 100 % pure Pennsylvanie Certifiée par la Globe Indemnity Co.et la I ennsylvania Grade Cru.le (il Association Huile a Moteur 200 % Pure Pennsylvanie Alotor OU 100% Pure Pennsj/lvania Les produits de Pétrole MUTUAL sont vendus chez les meilleurs marchands La Gazoline et l'Huile à Moteur EMPECO sont distribuées aux postes de ravitaillement suivants: LA CIE GENERALE UTILITES C.A.DAVIS LIONEL LEBEL AUTOMOBILE Ltée 1780, IherVille 3111, Ste-Catherine Est 5115, Durocher CHerrier 2101 AMherst 3203 CRescent 5600 GARAGE PAGEAU GARAGE ST-JEAN LOUIS RICHARD GARAGE 1881, Papineau 11115, Notre-Dame Est 415, Gounod AMhcrsl i.v.-: P.Trembles 140 DUpont 5105 A.IOLICOEI R G VRAGE FEUILLE D'ERABLE SI -Vincent de Paul 2150, Sherbrooke Est The MUTUAL PETROLEUM COMPANY OF CANADA LIMITE
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.