La Revue moderne., 1 décembre 1943, décembre
Depuis longtemps nous devrions être dans la mêlée Maintenant que cette forteresse qu'est l'Europe est assaillie—aujourd'hui que nous avons atteint la phase critique du gigantesque conflit—il importe de plus en plus de remplacer par des femmes les hommes qui pourraient rallier le combat.Et c'est ici que nous, femmes, pouvons-^/i'i»») même—apporter notre appui.Depuis longtemps nous devrions être dans la mêlée.L'armée canadienne offre un choix varié d'emplois intéressants et importants — emplois que seules des femmes peuvent remplir parfaitement.Il existe sûrement dans les cadres du Corps féminin de l'armée canadienne une fonction qui vous conviendra tout particulièrement—fonction que vous serez d'ailleurs fières d'accomplir et qui vous procurera en même temps de nombreuses occasions d'avancement.En outre, ne serez-vous pas heureuses de l'effort vital que vous fournirez en vue de hâter la victoire?Vous y rencontrerez de plus un groupe de compagnes aimables et obligeantes.Le besoin est pressant.Enrôlons-nous.Ne laissons pas toute la tâche aux hommes: c'est aussi notre combat.Pour plus amples renseignements, présenteZ'VOus ou écrivez au bureau de recrutement le plus rapproché.Cette démarche ne vous engage à rien.Canadian Women's Army Corps I I ! Mont r é a I Décembre 1943 Vol.25 - No.8 PRESIDENT: HECTOR AUTHIER.M.P.V.-PRÉSIDENT ET DIRECTEUR : ROLAND BEAUDRY DIRECTEUR LITTÉRAIRE : GÉRARD DAGENAIS DIRECTEUR ARTISTIQUE : ROGER FRIGON SOMMAIRE oomnlmt PAGES Le refuge.Jacques Baschet l\ Le "lieutenant" Willie .Stanley Paul Confidences.Jean Desprez Le réveillon.Guy Jasmin Attielu Grandeur et décadence de Mussolini .Auguste V iatte Deux grands Français .Roger Duhamel Rocheuses ou Laurentides?.Jacqueline Boucher 5 9 «4 7 10 12 La mode — Séduisante La cuisine — Repas de famille La beauté — Se détendre Madeleine Caron 17 .Brigitte 44 Madeleine Caron 46 Les livres Les mots croisés Vous répondez?La petite poste Cdit&ual R oger 11 34 59 Entre Roland Beaudry 4 Pour qu'il revienne.(Photo — Bomac.manl«lu de Isabelle Fourrure, sculpture* de Syïvla Damât.) L-es manuscrits fournis aux éditeur* reçoivent toute la considération possible, maJs a redoutons l'effort, intellectuel surtout, nous consentons à apprendre, à condition que le maître fasse le travail pour nous, en un mot, nous mâche la vérité.C'est une paresse d'esprit qui explique beaucoup de choses.A quoi servirait-il ici d'analyser plus profondément toutes les implications d'une teUe disposition de caractère, contentons-nous d'en registrer le fait.M.Louis Bourgoin s'en est bien rendu compte et c'est ce qui l'a amené à publier un excellent volume de vulgarisation II est un professeur et un savant de belle réputation,- les diplômes enviés qu'il a obtenus en France et le prestige de son enseignement à Polvtechniqur en font un chef de fil dans notre petit monde scientifique.M.Bourgouin est, au surplus, un homme de culture générale, ce qui ne gâte nen.bien au contraire.11 manie une Langue claire, précise, d'intelligence facile.Et toutefois, il ne cède jamais à la facilité.Il expose les problème» les plus compliqués, sans se croire obligé de recourir à une terminologie qui rebuterait forcément la grande majorité de ses lecteurs.Dan» toute l'acception du terme, c'est un professeur de grande classe Tout profane que nous soyons dans le domaine des sciences, il demeure toutefois impossible de ne pas souhaiter avoir quelques lumières sur les principaux problèmes dont les applications pratiques soni quotidiennes.M.Bourgoin s'est employé à nous apporter des solutions claires et à nous fournir quelques notions sur ce dont nous entendons parler tous les jours.C'est ainsi qu'il nous explique les rapports nom breux de la science et de la guerre, les principes qui président à la déshydratation des aliments, les conditions de la respiration des aviateurs aux altitudes élevées, la nature du duralumin et du cyclotron, l'avenir des industries chimiques au Canada, etc., etc.M.Bourgouin ne se perd pas, n'égare pas surtout ses lecteurs dans les hypothèses, il veut au contraire ne faire état que de ce qui est aujourd'hui acquis et des découvertes dont l'industrie est aujourd'hui en mesure de se servir C'est véritablement la Science sans douleur qu'il nous apporte.Son livre s'adresse par sa nature même à un vaste public qui trouvera à la fois plaisir et profit à le lire.LA REVUE MODERNE — DÉCEMBRE 104) 12 91 ffcud cumha.été danA, l'Ôu&U pxuiSi bien a^ipAÀ- Au- nord d'Assiniboine, près de Ban//.Var national Jasper.Les Rocheuses, pour les skieurs, présentent un attrait, le grand attrait de l'altitude.Tout ardent partisan du ski de l'Est rêve d'aller un hiver, un mois, une semaine, essayer ces rameuses montagnes.Quand un concurrent des Laurentides va prendre part à une course à Banff, ceux qui restent à l'arrière soupirent: "La chance ne me sourira donc jamais, à moi! N'aurai-je pas mon tour?" Et comme eux, j'ai chanté la complainte: "Ah! faire du ski dans les Rocheuses, ensuite ma vie sera remplie et je pourrai mourir sans regret".La chance me choisit un jour et je passai un hiver dans les montagnes Rocheuses,- j'en suis revenue en chantant: "Vive les Laurentides pour le ski!" Skieurs de l'Ouest ne bondissez pas d'indignation! Malgré tout votre amour pour vos montagnes, admettez ce qui est.Les Rocheuses sont magnifiques, mais leur magnificence n'attache pas.J'offre mes hommages aux beautés de ces montagnes et rien n'est comparable à ces pics enneigés qui étincèlent dans le ciel bleu.La majesté de ces fiers sommets écrase de grandeur les Laurentides; on admire sans aimer.L'oeil s'enchante à la vue de ces forums de glaciers, de moraines, mais en fait de ski, ça n'arrive pas avec les Laurentides.En face de flancs immaculés qui offrent des descentes auxquelles tout skieur aspire, LA REVUE MODIRNE — DÉCEMBRE IÇM"' 13 Le "cross-country" près de Québec.les jambes fourmillent d'impatience, l'esprit veut mater.Ah! malheur à celui qui croit aux apparences, à celui qui croit aux conquêtes! Cette blancheur virginale n'est qu'une mince couche de neige sur un flanc aigu de roches.La neige ne peut pas s'agripper, adhérer à ces pentes trop raides, elle glisse sans cesse.Le coeur se dilate de joie en regardant des coulées qui partent à 8,000 pieds d'altitude et promettent des courses sans fin.Mais ces coulées sont les sentiers des avalanches.C'est par là que la roche et la glace dégringolent des sommets.Un skieur, en dérapant, peut provoquer des avalanches qui l'enterreront avant qu'il ait le temps de fuir.Alors, ces belles coulées sont "propriété privée" des glaces et des roches ! Somme toute, il faut se contenter de certaines collines.Les montagnes ont bien 7,000, 8,000 et même 10,000 pieds d'altitude, mais on doit grimper aux trois-quarts ou sur le sommet avant de trouvée un terrun propice au ski.Et l'on ne part pas du sommet et l'on ne finit pas la descente au pied de la montagne.Donc, on a ni plus ni moins qu'une descente de colline.Pour compenser cette déception, on a le plaisir d'être très haut au-dessus du niveau de la mer! Le cross-country, le ski de piste n'offre pas ou prou de variété.Ou faire du ski en terrain plat, ou se rendre sur les plateaux à dix, quinze milles du village.Les plateaux présentent de belles côtes nues,-(S.V.P., Usez la suite en page 2i) La grande cote du lac Heauport.LA REVUE MODERNE — DECEMBRE 1Q43 14 PAR GUY JASMIN Ses angoisses passées, il se redressa et reprit son souffle.L'air froid, goulûment aspiré, le saisit à la tête.Il pensa défaillir."Quelle chance ai-je jamais d'arriver dans un lieu assez reculé cour qu'on ne me reconnaisse pas"?se demanda-t-il en épiant les bouquets de sapins sombres au milieu desquels il s'était réfugié.Un cri qui lui avait semblé insolite l'avait fait se jeter dans le premier fourré venu sur sa route pénible, inconnue.Elle lui paraissait interminable maintenant.Il l'avait poursuivie sans autre but que de mettre, dans le moins de temps possible, la plus grande distance entre le camp et sa frêle personne.Il avait dû parcourir douze milles, estimait-il, avant cette première alerte.Mais au plus profond de sa cachette, il n'avait pas perdu de vue la ligne fuyante des pieux en bordure de la route sur laquelle rien ne parut qui pouvait justifier ses appréhensions de tout à l'heure."OswaM m'a appris qu'on nous tire dessus à bout portant dès qu'on nous retrouve", se dit-il, encore inquiet, en soufflant dans ses mains rougies.Ses vêtements ordinaires disparaissant sous un chandail qui se terminait par un grM bourrelet dans le cou, il se hasarda de nouveau à découvert et reprit son chemin après un prudent regard circulaire.L'évadé savait que sa photo devait avoir été affichée partout depuis l'avant-veille, que des policiers et des chiens étaient probablement à ses trousses.Il s'étonna de n'avoir rencontré encore personne dans sa fuite.Un film américain qu'il avait vu, il y a plusieurs années, là-bas, en Allemagne, lui revenait sans cesse en mémoire dans tous ses moindres épisodes.7 am a jutigive.Il se représentait les traits durs de l'acteur Paul Muni."Si peu de ressemblance avec moi", dit-il en souriant un peu.Et sa figure aux yeux clairs, mais pleine de poils blonds, s'illumina malgré sa grande fatigue."Ce qui peut me sauver, réfléchit-il, c'est que ces photos, comme celles des passe ports, nous font des gueules de bandit.Si j'en crois le miroir et les propos flatteurs d'Oswald, je n'ai pas du tout l'air d'un apache, même avec une barbe de deux jours.Je me demande encore pourquoi Oswald me parlait si souvent de mon expression candide, de ma voix chaude." Ainsi devisant, le jeune Nazi accéléra sa marche et rétablit sa chaleur.Les deux mains dans ses poches, les épaules légèrement haussées, il frappa de ses talons la neige durcie sous ses pas.II avait faim, mais il était si las qu'il aurait préféré un lit bien chaud à une table bien pourvue.De temps à autre, il se irottait les mains et le visage avec une poignée de neige.Vers quatre heures de l'après-midi, sous un ciel livide, dans le paysage décoloré qui l'enveloppait, il vit soudain se détacher une carriole.La masse du cheval et de la voiture avait surgi des fortes ombres qui s'appesantissaient sur la terre par cette journée terne en rétrécissant le champ visuel.Au solstice d'hiver, pa^ temps nuageux, les lieux les plus dégagés n'offrent «Il ¦ii presque pas de perspective.La grisaille désolante envahit et confond tout devant soi, malgré la réverbération d'un sol lisse et ouaté."Je reste sur la route, je siffle même un air pour paraître rassuré", fit le fugitif en regardant venir à sa recontre un véhicule comme il n'en avait encore jamais vu.Mais à deux cents pieds de lui, le conducteur de la carriole, emmitouflé dans une vieille pelisse de chat sauvage, fit exécuter un virage à son cheval, comme pour filer droit dans le champ, et s'arrêta ainsi, barrant la route de part en part.Le prisonnier de guerre 1322, lieutenant Polydor v.Bannistein, officier d'administration dans l'Afrika-Korps, sentit battre LA REVUE MODERNB — otCKMBRE n> I , 15 son coeur de façon précipitée.Il se crut traqué.A sa droite et à sa gauche, deux petites haies de cenellicrs dans lesquelles c'eût été folie de vouloir se cacher.D'ailleurs, il avait été vu.On l'interpellait maintenant.— Vous en venez-vous à Saint-Nicolas?Que disait donc cet homme du haut de son traîneau?Que me veut-il?Sans doute, un garde de protection civile qui épaulerait son fusil à l'instant.Les Canadiens, hons chasseurs et coureurs des bois, constituaient une armée de Home Quardi bien plus efficace qu'en Angleterre.On ne devait pas en rater un seul parmi ceux qui avaient la témérité de s'échapper des camps.Polydor ne savait plus que faire.S'enfuir et paraître doublement suspect aux yeux de l'inconnu.Crâner avec lui, pour ensuite avouer qu'il n'avait pas de papiers."Afo! se lamcnta-t-il, je comptais bien qu'il allait passer tout droit et que je me contenterais d'échanger avec lui une salutation rapide, pour ensuite me blottir moi-même dans les ombres d'où il vient d'émerger." L'homme allumait sa pipe.Ce geste accompli, il leva le bras dans la direction de Polydor — Avance, avance, il ne fait donc pas assez fret! Son hésitation vaincue, le fugitif montra du doigt ses lourdes chaussures comme pour signifier qu'un lacet s'y était rompu.Un peu rassuré par la physionomie bonhomme de son interlocuteur, il s'approcha Dans les paroles qu'on venait de lui orier, il avait reconnu enfin l'accent français.Les Bannistein, qui faisaient parti du Centre catholique allemand et se rangeaient parmi une minorité sauvagement domptée par Hitler, apprenaient le français à leurs fils depuis que leur bisaïeul, le philologue distingué, s'était acquis un certain renom en traduisant l'oeuvre de Joseph de Maistre.Polydor savait imparfaitement cette langue, mais il pouvait soutenir un brin de conversation sans trop de difficultés.Ce détail ne l'embarrassa plus lorsqu'il parvint à se souvenir qu'au camp, où il avait appris pour la première fois l'existence d'un fort élément de population française au Canada, on lui avait laissé entendre que ces gens simples, s'ils n'ont pas précisément de sympathie pour les Allemands, se réjouissent du moins satisfaits de la campagne de la Luftwaffe contre l'Angleterre.Le cheval piaffait et tendait les naseaux dans la direction de Saint-Nicolas Une petite montre y conduisait directement que l'évadé n'avait pas vue dans l'uniformité blafarde de la neige et qui venait aboutir, ici même, à la route.— Bonjour, lança-t-il, en souriant.— Je vous amène à Saint-Nicolas?demanda le cultivateur en assénant des coups de poing dans la banquette de crin comme pour faire plus de place à ses côtés.— Merci, dit Polydor qui s'installa en passant la couverte de fourrure sur ses genoux.Et, cédant à ce confort soudain, il ne pensa plus à préparer les réponses qu'il aurait à faire sur son identité, sa nationalité, son état civil, sa vraie destination et tant d'autres choses.Le cheval était reparti.Abandonnant sa route et la neige durcie, la carriole enfonça dans les profondes ornières de la montée, balisée de minces sapins, plantés là comme autant d'arbres prêts à recevoir les fruits vermeils de la Noèl qu'on célébrerait cette nuit.— On va avoir une nuit plus douce qu'hier! — On le dirait, répondit avec réserve le jeune Allemand qui sentait le sommeil le gagner.L'air, l'immobilité, une circulation du sang plus forte aux extrémités agirent promptement sur lui.Il s'endormit en basculant la tête au rythme de la course à travers une campagne dénudée Lorsqu'il s'éveilla, la nuit était complète.Son conducteur l'avait étendu de tout son long dans la voiture Le cbeval était dételé, mais à une odeur de purin, Polydor devina la proximité d'une écurie.Ses vêtements et la couverte lui avaient zébré de nombreuses plissures le corps et le visage qui le démangeaient tout entier.II leva prudemment la tête, après avoir reconstitué tant bien que ma! sa rencontre d'il y avait plusieurs heures.Il tâta ses habits, reconnut qu'on ne l'avait pas fouillé.L'endroit où il se trouvait devait être la cour d'une maison du village.Un bruit de cloebes, très prononcé, qui l'avait réveillé, recommençait de plus belle.Dans une fenêtre éclairée, non loin de lui, des ombres s'agitèrent un moment pour s'effacer aussitôt."Que faire"?pensa-t-il."On m'aura tout simplement laissé ici parce qu'on n'est pas parvenu à me réveiller Oh! cette faim.La tête m'élance.Dans quelques heures, je serai plus malade que je ne l'étais au camp." le temps lui parut beaucoup moins froid et plus humide H ne discernait aucune étoile au firmament.Sortant de la voiture en hésitant, il se redemanda: "Que faire?'-Les cloches s'étaient tues et, maintenant, il entendait des voix, des grelots aussi, des salutations bruyantes I! devait y avoir de l'animation quelque part, non loin.Il se dirigea machinalement du côté le plus sombre de la maison et, arrivé à un coin de cet immeuble, la perspective changea tout à fait pour lui.Une procession de gens se dirigeant toute dans le même sens piqua sa curiosité.— Etais-tu en brosse quand je t'ai ramassé, cria tout à coup par derrière lui son interlocuteur de l'après-midi, en riant très fort.Polydor sursauta "L'interrogatoire, c'est pour maintenant", songea-t-il, perplexe Que voulait dire le bonhomme?— T'avais l'air pas mal perdu, le garçon, ajouta le cultivateur.Un petit coup de trop la veille des fêtes, ça joue des tours, hein! Tas été dévisagé par pas mal de gars quand je suis arrivé avec toi tout à l'heure, et c'est drôle, personne a l'air de te connaître ici.Mais ma fille t'a trouvé de son goût.— Je dois vous expliquer, commença le Nazi, en s'efforçant de sourire encore pour accentuer son air de candeur, naturel chez lui.— Ça serait trop long.On réservera ça pour le réveillon.T'as juste le temps de te raser pour la messe de minuit.Rentre vite.Et fais pas attention à ma grande fille si elle rougit trop en t'apercevant.En pénétrant dans la cuisine, Polydor, qui défaillait de faim et dont l'appétit n'avait pour ainsi dire qu'augmenté à la suite de son sommeil au grand air, pensa s'évanouir de joie en humant les fumets des tourtières et des beignes qu'on préparait déjà et en apercevant des plats chargés de saucisses en coiffe, de boudin et autres viandes.Dans cette euphorie momentanée, un regard admiratif et fixe rencontra bientôt le sien.Il s'inclina gracieusement, en découvrant ses dents et en se livrant à un très habile jeu des paupières, comme si on lui avait présenté la très belle Frau Goering elle-même En enlevant sa casquette de tweed, il fit aussi valoir la broussaille de ses cheveux."On dirait l'aviateur RAF.des annonces de l'Emprunt", se dit la jeune fille, avec un émoi qu'elle ne réussit pas à dissimuler.Polydor, constatant ce trouble, baissa la vue."Oswald, tu as peut-être raison1', se murmura-t-il en préparant sa voix la plus douce pour s'adresser tout bas à cette villageoise.— Vraiment, je ne croyais pas rencontrer ici une personne de ce charme.Si votre père m'avait prévenu.II ne vou'ut pas achever sa phrase, en calculant avoir déjà assez bien produit son effet.Son hôte, qui était allé à une armoire au fond de la cuisine, s'approchait de lui, tenant un rasoir droit.— Voilà, dit-il, il y a de l'eau chaude sur le poêle.Tu as encore trois minutes.On fera le; présentations en revenant de la messe et quand la famille sera au complet.Puis, examinant le rasoir dont Polydor s'emparait avidement: — C'éta t celui de mon fils aîné, que je n'ai jamais remplacé à la beurrerie.Si tu te cherches une job, on pourra parler d'affaires tout à l'heure.Les gages sont bonnes.— Votre fils?lança Polydor au hasard, en se tirant la peau du visage imbibé de savon, et en s'ajustant la lame sur la tempe gauche.— Mort à la guerre, depuis un an, expliqua le cultivateur.Si jamais je rencontre un Allemand dans ma vie, je le plains de tout mon coeur.Je fesserai dur, prends ma parole.En entendant ces mots qui le glacèrent d'effroi, Polydor trembla et s'infligea une petite entaille sur la joue.Mais il ne voulut pas chercher à voir dans le miroir, au-dessus de son épaule, l'expression de celui qui venait de parler ainsi.Il continua sa toilette."Universellement haïs, conclut-il.Même des Canadiens d'origine française.On s'est lourdement trompé sur le compte de ces gens-là au camp." Volontaire, cette nuit, pour les apprêts du réveillon, la jeune fille racontait à son père que monsieur le curé avait tout essayé pour faire recoller son Enfant Jésus qu'on avait brisé "pendant le petit feu qui avait commencé, le mois passé, dans la sacristie".Impossible de s'en procurer un autre en si peu de temps.On manquait de cire pour les faire en cire, il y avait des priorités sur d'autres matières plastiques, une rareté de main-d'oeuvre chez les marchands d'ornements d'église.— L'Enfant Jésus, du moins jusqu'au lendemain du Jour de l'An, dit-elle, ça sera la tête qui n'est même pas fêlée, les mains et les pieds qu'on a pu sauver, mais pour le reste du corps, c'est en linge stujjé comme on a pu à la dernière minute (S.V.P.Usez la suite en page 20) Ce oui a/i/Uaa à u+t p/UAantuesi ttayi éuadé, la veille de Aoël, d'un camp d'intesut&tft&nt.-K LA KEVUF.MODERNE — DÉCEMBRE IQ43 16 LE "LIEUTENANT" WILLIE (Suite de la page 6) presser son bras.FI avait la figure rouge, mais il salua lui aussi et dit: — Repos, les gars.Puis Jones lui tendit son élégante main de Yankee.Willie aimait particulièrement Jones.Cette moquerie de la part d'un ami dépassait presque ce qu'il pouvait supporter.Alors Jones, avec une malice de maître-chanteur, prit la parole: — Vous rappelez-vous, les copains, dit-il, ce qu'a promis le lieutenant?"S'il m'ar-rive de vous rencontrer à New-York, les amis, la veille du Jour de l'An, je paierai le dîner", vous rappelez-vous qu'il a dit cela?Carol demanda avec un regard d'admiration: — Est-ce vrai, lieutenant.Que vous êtes gentil et magnifique! — Oh! nous nous ferions tuer pour notre lieutenant, dit O'Brien.Mademoiselle Hollister, il est vraiment l'un de nos meilleurs offid«rs.— Vous vous rappelez, n'est-ce pas, lieutenant?demanda Jones.— Voilà, mes chers amis, dit Willie qui s'efforçait d'adopter un ton de voix amusé mais qui donnait surtout l'impression de souffrir de quelques mystérieuses végétations adénoïdes, voilà, j'avais oublié, quand je vous ai offert de vous joindre à moi, qu'on n'accepte pas les soldats dans les très bons endroits et.— Oh! ça va bien, se hâta de dire Jones.Nous ne sommes pas difficiles.Il y a une foule d'endroits sur le Broadway où on est heureux d'accepter la clientèle des soldats.Vous voyez, lieutenant, à dix pas d'ici, justement.— Dinde, dit Magowan, pour le Jour de l'An.— Um-m-m, des huîtres, dit O'Brien.;—Je n'ai pas grand'faim, dit Jones, de sorte que vous pourrez manger pendant que je danserai avec mademoiselle.C'est-à-dire si mademoiselle Hollister n'a aucune objection à danser avec un simple soldat.—Bien sûr que non! dit Carol en riant.J'adorerais cela.Venez, lieutenant.Willie savait qu'il était pris et que l'aventure lui coûterait sans doute assez cher, mais il suivit.il ne conduisit pas ses hommes qui lui étaient fidèles jusqu'à la mort.Cela coûta dix dollars seulement pour avoir une table.Willie savait, tandis qu'une serveuse prenait les commandes, que ce n'était là qu'un début.Jones parlait de Champagne.Magowan dit quelque chose au sujet d'un autre vin mousseux, "Magnum pour moi", dit O'Brien.— Mademoiselle Hollister ne boit pas, dit Willie d'un ton Iroid et je n'ai pas le goût de boire non plus.— Mais nous avons le goût, nous, lieutenant, dit Joncs gaiement et, se tournant vers Carol: raisonnablement, bien entendu.Hum.et à propos de danse, vous plairait-il de sautiller un peu avec moi?Les deux jeunes gens se levèrent et s'éloignèrent de la table.— Eh! bien, capitaine.je veux dire major.— O'Brien se renversait sur sa chaise d'un air satisfait — il est certes heureux que nous nous soyons rencontrés ce soir.Vous nous avez en quelque sorte sauvé la vie.Nous avons, voyez-vous, dépensé pas mal de pèse en faisant le tour de la ville et.Willie se pencha vers eux et il avait l'air plutôt furieux.— Ecoutez, dit-il, vous deux, et répétez à Jones pendant que je danserai ce que je vais vous dire.Je sais que vous m'avez par le cou.Mais il est une chose que, vous, vous savez.Vous m'avez vu dans les batailles du régiment.Je peux prendre deux de vous trois ensemble n'importe quand et régler l'affaire du troisième ensuite.Un mot, vous entendez, une simple allusion devant cette jeune fille et vous allez voir ce qui peut se passer ici.Alors, vous jouez franc et je joue franc.— C'est entendu, dit Magowan.— Oublions donc tout cela, ajouta O'Brien et amusons-nous.Un bataillon de girls apparut en se balançant les jambes au grand plaisir de Magowan, d'O'Brien et de Jones.Deux orchestres jouaient.On lança des serpentins et des ballons.On servit de la dinde et des huîtres et, naturellement, un magnum de Champagne puis, après des minutes qui durèrent une éternité, Willie put enfin tenir Carol dans ses bras sur le plancher de danse.Peu importe ce que cette soirée lui coûterait, seulement d'avoir près de lui cette jeune fille pendant qu'un orchestre jouait Bhie, Believe 7>ie et d'autres thèmes dont les rêves des jeunes gens sont faits, cela en valait la peine.Elle dit tout bas en le regardant, la tête un peu renversée: — Vos hommes semblent s'amuser plus que vous.Naturellement, je suppose qu'il vous faut sauvegarder votre dignité.Mais tous les trois, lieutenant, vous adorent.Chacun d'eux me l'a dit.Vous savez que vous êtes vraiment merveilleux.Marcia est une jeune fille bien chanceuse! — Ah! dit Willie, qui avait le cou aussi rouge que celui de l'animal dans l'assiette d'O'Brien.— Je suis sincère, dit Carol doucement et contre la sienne Willie sentit la jeune poitrine de Carol soupirer.Pourquoi, oh! pourquoi est-ce toujours Marcia qui connaît la première ceux qui valent quelque chose.L'effet de ces paroles sur Willie fut terrible.II voulut exécuter un pas langoureux mais ne réussit qu'à frapper sa cheville droite de son pied gauche.Carol sourit.Ce sourire était tout près de lui: une tête d'ange, deux étoiles à l'endroit des yeux et, au-dessous, la bouche était un petit soleil couchant dont l'éclat s'atténuait en un rose exquis sur le nez.Ce sourire déclencha le mécanisme.Willie pirouetta une seconde sur son arbre sentimental et, quand il eut retrouvé son équilibre, il aimait.Oui, il aimait.Et il aimait passionnément! Willie s'était déjà représenté la grande et délicieuse tristesse de l'amour, mais ce n'était pas cela.Cette jeune fille avait tout.Elle était délicieuse! Elle était ravissante! Et tellement gentille.— Voyez, soupira Willie qui avait son idée, il est passé onze heures.Carol, il faut partir.— Je sais, soupira-telle avec regret.Ce fut si agréable! Willie la ramena à la table.— Camarades, d."-il, c'est le bonsoir.Je vais payer l'additi ans se parler.Elle allait droite, le buste dressé, et son pas alerte entraînait Lucien D'une voix franche, posée, elle demanda — Tu sors bientôt des Chartes?— Dans quelques mois.— Que feras-tu ensuite?Tu as quelque hose en vue?— J'ai toujours l'idée de chercher dans 'es bibliothèques.— Oui, c'est ce qu'il te faut, une place >ûre.11 se tourna vers elle pour voir si elle raillait.Mais il rencontra son regard clair, sérieux, posé sur lui avec une sollicitude passionnée.Elle reprenait: — As-tu des chances?— C'est une affaire de piston.Et qui n'est pas recommandé aujourd'hui?— On se vante bien souvent, car c'est déjà un avantage que de créer un courant en sa faveur.Ne t'occupe pas trop des tutres.Tu as des amis, nous avons les nôtres.Il faudra les faire marcher.Et puis il y a les sympathiques qui, malgré tout, entrainent la confiance.Les intrigants ne sont pas les seuls qui arrivent.Tu doutes trop de toi.Aie donc foi dans la vie, et regarde-la comme si elle devait être belle.Elle se tourna vers lui.Et ses yeux brillèrent comme si le soleil, qui se dégageait de la brume, était entré en eux.— De quoi te plaindrais-tu?continua telle.Jusqu'ici tu as réussi.Tu vas sortir de l'Ecole.Il te reste un effort à faire et tu n'as plus qu'à suivre la carrière choisie, carrière honorée, enviée, paisible, où l'on peut se faire un nom.Ah! comme j'aime rais à te voir ambitieux, confiant.Un passant, en les croisant, la força à •e rapprocher de Lucien.Elle le frôla.Et elle ne s'écarta pas tout de suite.Ce n'était pas par manège de coquetterie, mais afin d'achever de le rassurer par sa présence toute proche, afin de lui faire comprendre qu'elle était là, prête à lui donner l'appui de sa volonté, de son énergie à vivre.Elle emblait lui dire: "Viens donc courageu-ement avec moi.Veux-tu que nous ruar-hions ainsi côte à côte toujours, soutenus un par l'autre, allant sans peur vers un ivenir qui ne peut être tout à fait mauvais, puisque nous nous aimerons?Nous nous prêterons l'aide de notre confiante jeunesse et qu'importe! la route peut être aride, puisque nous porterons en nous notre bonheur!'' D'une voix grave et chaude, qui semblait venir de plus loin que ses lèvres et être l'écho de choses qui restaient en elle.Germaine reprit: — La vie n'est généreuse qu'envers ceux qui se donnent à elle, bravement.Regarde, autour de toi, la pauvre destinée chétive qu'elle réserve à ceux qui n'osent jamais rien.Il se dégageait d'elle une telle puissance de persuasion que Lucien eut un élan pour saisir le bras qui s'offrait.Ses habitudes de temporisation le retinrent, mais déjà il ne tentait plus de résister à l'émotion qui de nouveau s'emparait de lui.Près de cette jolie fille troublante, dont la démarche révélait le corps jeune et robuste, sous ce regard lumineux et décidé, il se laissait gagner par la joie d'être entrainé, dominé.—-Tu as raison, il faut voir au delà des obstacles.— Donne donc un coup d'épaule dedans Bien souvent ils ne tiennent pas tant qu'on le croit.Des pensées de force et de volonté s'étaient éveillées en lui.Sous sa poussée tout allait crouler.Il dégageait son chemin et découvrait des horizons élargis devant lesquels son coeur se dilatait.Ils tournaient dans la rue Saint-Honoré Le hut de leur course approchait.Leur pas, d'un commun accord, se ralentit.Ils eurent le même regret d'être sitôt arrivés.Retrouveraient-ils jamais la douceur de cette émotion, grisante un peu, la complicité de cette belle matinée de soleil rose, où l'on sentait le printemps, où l'air immobile et léger semblait soulager les épaules du poids des peines habituelles?A l'église Saint-Roch, huit heures sonnèrent.— Déjà! dirent-ils ensemble Ces huit coups leur parurent interminables.Ils retenaient leur attention, leur prenaient de ce temps si mesuré.Germaine attendait de son compagnon un mot définitif.Elle sentait bien qu'il était conquis, qu'il allait faiblir, se livrer enfin.Mais déjà elle apercevait la ligne des fenêtres derrière lesquelles sa pensée évoquait le brouhaha des arrivées.Que cette route, si longue parfois, lorsqu'il fallait regagner un retard, lui avait paru courte! — Quel joli matin! Pourquoi faut-il aller s'enfermer! — Oui, il entre en vous.On aimerait que cette impression durât toujours.IK se comprenaient bien.Il est des heures qu'on voudrait arrêter.Celle-ci pour eux était décisive.Et voilà qu'ils commençaient à comprendre que le temps allait leur manquer, qu'il ne leur restait que quelques secondes pour1 se lier à jamais.Un moment, Germaine, que l'éncr-vement gagnait, eut l'idée de dépasser la porte cochère, d'errer encore avec son compagnon sous ce ciel embaumé.Mais n'eût-ce pas été donner à leur promenade un caractère apprêté, voulu, qui en eût rompu le charme?D'ailleurs des élèves, des retardataires, venaient de la devancer et, étonnées, lui avaient jeté un salut pressé.Ils s'étaient arrêtés.Un regret poignant les avait saisis.Lin moment, ils restèrent l'un devant l'autre, pleins des choses qu'ils eussent voulu se dire, déçus de n'avoir rien su fixer de leur rencontre.— Alors.au revoir! Elle semblait interroger, attendre encore.Du bout des lèvres, tremblantes d'émotion, il répondit: — Au revoir! Mais ils ne se détachaient pas l'un de l'autre.Et ils demeuraient face à face, avec des sourires pâles, presque désolés.— On te verra bientôt?— Bien sûr.Ils ne pensèrent même pas à se tendre la main.Sur le seuil de la porte cochère, la pensée lancée à la suite de Germaine, il était resté immobile, heurté par les passants, sans se décider à s'éloigner.Lentement, enfin, il sortit une cigarette qu'il alluma.Ce geste machinal de fumeur lui fit reprendre possession de lui-même.Il se sentit heureux, d'un bonheur nouveau, inéprouvé, qu'il fallait savourer.Alors, pour rester sous l'empire des souvenirs, à pas comptés, à pas de flânerie, il reprit le chemin qu'ensemble ils .iv.miit parcouru Quelles surprises réservait la destinée?Se cloutait il, une heure plus tôt, en des cendant sa rue montmartroise, que de son allure indifférente et pas pressée d'étu diant blasé il s'acheminait vers l'avenir ii in.qu'il redoutait, et dont tant de fois déjà il s'était écarté?Oui, cela s'était fait presque malgré lui, en dehors de sa vo lonté.Et cela valait mieux ainsi.Il aimait volontiers s'en remettre à la fatalité.Voilà que son existence était fixée maintenant Il ne s'en effrayait plus.La force du souvenir dressait à ses côtés la fière silhouette qui le rassurait.Quelles ressour ces de vie ardente il devinait en elle! Comme il semblait facile de la suivre! Puis il s'attendrit sur leur bonheur.Car ils seraient très heureux.Elle en était trop sûre pour qu'il pût en douter.Leur situa tion leur réservait des débuts matérielle ment médiocres.II ne fallait pas cependant s'en exagérer les difficultés.Combien de ménages modestes qui arrivent à s'en tirer avec de l'ordre, de l'économie! La brave fille ne redoutait pas le travail.Quant à lui, c'était faute d'une occasion s'il n'avait pas encore donné toute sa mesure.Ger maine l'avait bien compris; et il lui sut gré d'avoir découvert en lui ces réserves ignorées d'énergie.Il se sentait prêt à tous les efforts, à toutes les ambitions.Il s'enorgueillit de se sentir si résolu, et cette fierté inaccoutumée accrût son bonheur Il se trouva sur le pont Royal, à l'en droit où, tout à l'heure, ils s'étaient croisés Là, ses souvenirs l'abandonnèrent.Il sortit de sa rêverie.Alors, soudain, il se rappela qu'il avait manqué son cours.Qu'allait-il faire?L'amphithéâtre était fermé pour lui ce matin-là.Fallait-il alors retourner à Montmartre, consacrer à l'étude ces heures libres?Le soleil montait dans le ciel.La brume, en se dissipant, découvrait l'espace d'un bleu pâle encore lavé par les mauvais temps d'hiver, mais où se réchauffait la lumière des premiers beaux jours.L'eau traînait encore des lueurs roses.Jamais Lucien ne s'était senti si dispos, si pénétré de joie, l'âme si trempée de résolutions viriles.Cette humeur ne le prédisposait pas à un travail ingrat.Cet élan de volonté, si nouveau pour lui, méritait d'être savouré.Il décida de se donner congé * * * Par ses amis, il se laissa entraîner au cours de l'après-midi.Puis, le soir venu, il descendit vers la Seine, avec le dessein de passer quai Voltaire.Monterait-il?Il n'en savait rien encore.Si la pensée de revoir Germaine lui était douce, il s'in quiétait un peu de l'attitude à tenir vis-à vis d'elle.Rien de décisif n'avait encore été dit.Ils éprouveraient, à coup sûr, quelque embarras à se trouver face à face Et la présence de Mme Mazier et de ses autres filles n'allait-elle pas gêner cette première rencontre, gâter la joie si émou vante qu'ils en attendaient?Et pourtant, comme il avait hâte de se retrouver sous sa bienfaisante domination! Il allait à elle comme à une source d'énergie et d'espoirs, où l'idée de s'abreuver le remuait au plu» profond de lui-même.Mais aujourd'hui il avait sa provision de bonheur.II s'en rassasiait depuis le matin sans l'avoir épuisée.Pourquoi ne pas la savourer encore?A quelques pas de la porte, il hésitait toujours.II regarda sa montre.Germaine pouvait n'être pas rentrée.Brusquement, il traversa la chaussée et prit l'autre trottoir.LA REVUE MODERNE — DÉCEMBRE IQ45 des VIII (l"n coffret Trol» SecreU d« D*rny) man." Elle aussi poussait un cri.M'avait-elle oubliée?Ou déjà distinguait-elle si mal ce qui se passait autour d'elle?Pais elle posa sa tête douloureuse sur mon épaule et se mit à me dire, toute brisée: "Ah! ma pauvre enfant.ma pauvre enfant." Je pleurais avec elle, et je pleurais surtout de sentir cette grande détresse s'abandonner là, contre ma joue.Car je devinais bien le cruel supplice qu'elle avait cherché à nous cacher si longtemps.Tu comprends, cela avait dû venir peu à peu, progressivement.Elle m'a tout dit un peu après, quand ses larmes ont cessé.D'abord elle avait cru à un peu de fatigue.Puis ses craintes s'étaient précisées,- sa vue s'affaiblissait, usée par les pleurs et le travail.Il y avait de longues heures de troubles où l'ouvrage était séparé d'elle par un brouillard qui s'épaississait.Et comprends-tu que cette pauvre maman ait pu garder en elle cette angoisse?— On souriait de ses terreurs! — Et la nuit l'envahissait.— Elle se sentait seulement un peu plus chétive encore, plus désarmée, et elle ne songeait pas à s'en plaindre.— C'est tout de même du courage.Ils restèrent un moment sans parler.Puis Nicole reprit: — Quand Michèle est rentrée, à l'heure du déjeuner, nous l'avons mise au courant.Tu la connais.Elle n'aime pas céder à l'émotion.Presque sans rien dire, — mais je sentais qu'elle était toute raidie, — die a remis son chapeau, et, d'un bond, elle courut chercher Germaine à la sortie du cours.— Oui, qu'a dit Germaine?— Tu le sais, elle a le don de l'action.Tout de suite elle a conduit maman chez un spécialiste.Us sont a d m ir a b 1 e s, ces grands médecins! Veux-tu connaître son ordonnance?Pas de soucis.Vie paisible et saine.Un régime abondant.La campagne pendant six mois.Une vie de riche, quoi! — Au moins, espère-t-il?Sur le geste découragé de Nicole, il demanda, la gorge serrée: — Alors, qu'est-ce que vous allez faire?— Des économies d'abord.Il va falloir se restreindre et travailler davantage.Michèle abandonne sa licence pour se mettre en quête de leçons.Tu penses si c'est dur! C'est la ruine de ses grandes espérances.De mon côté, je vais me produire, courir les concerts.De plus, je suis chargée des soins intérieurs.La femme de ménage ne viendra plus qu'une heure le matin.Je préparerai les repas.Tu vois, je fais mon apprentissage.Sais-tu confectionner un gratin de pâtes?Non.Moi pas très bien.Aussi je ne t'invite pas encore.Un peu de gaminerie, qui remontait du fond de sa nature, venait de glisser dans son regard.Ses lèvres se détendirent dans un demi-sourire.Sa jeunesse prenait sa revanche.— Comprends-tu maintenant, ajouta-t- tt£VAEÛS£Mm./tovspowoûs compfersi/r c ela veut dire que l'on obtient des rations de viande plus de riche sauce brune et, des restes, plus de plats appétissants.Et vous n'avez jamais lieu de perdre une goutte de l'eau des légumes, riche en vitamines, quand vous avez de l'OXO pour la convertir en soupe délicieuse et nourrissante.L'OXO donne à votre cuisson la saveur et la substance nutritive du boeuf.Comptez sur lui dans cette entreprise ardue de la préparation de repas du temps de guerre."Essayez jTy^ ce//e-ci" "Elle est facile et très bonne" - dit le chef OXO SOUPE AUX OIGNONS (pour 6 personnes) 2 gros oignons 2 cuillerées à soupe de beurre 2 cuilleré.s à soupe de farine 8 tjsses d'eau (de légumes ou ordinaire) 2 cubes "OXO" ou 2 c.à thé de Fluid OXO 1 cuillerée à soupe de sel 1 2 cuillerée à thé de poivre 6 trinches dï piin sec ' 2 tasse de fromage râpé Hichez ou tranchez fin les oignons.Fûtes brunir dans du beurre.Ajoutez la farine et l'eau, l'OXO et l'issusonncmc-nt.Faites cuire à f md.Placez des tranches de pain dins dîs assiettes à soupe individuelles.Saupoudrez de fromage.Versez la soupe.Bouteille de 5 onces -20 Cubes 0X0 Bouteille de 11 onces 40 Cubes 0X0 I \ REVUE MODERNE — DÉCEMBRE 1Q4J Ce fut Nicole, le jour suivant, qui lui ouvrit.Il avait prévu que ce serait Germaine, et cette déception jeta le désarroi dans le plan qu'il s'était tracé de leur entrevue.Ce fut bien pis quand la jeune fille, d'un peste fébrile, lui eut saisi le bras et l'eut entraîné, en lui soufflant d'une voix étouffée: — Viens I.Il se trouva dans la petite cuisine où If fourneau ronflait, sous la lumière baissée d'un bec de gaz.— Excuse-moi de t'amener ici, continua Nicole sur le même ton mystérieux.Je t'expliquerai tout à l'heure.J'ai quelque chose à te dire.Elle avait pris un air grave, et ses yeux habituellement pleins de rire semblaient lavés par des larmes récentes.Lucien attendit, anxieux, n'osant l'interroger.Puis, quand il vit qu'un grand désespoir l'étouffait, allait éclater, il demanda pour l'aider: — Vous avez des ennuis?— Plus que cela.Sa poitrine se souleva, comme si sanglots montaient avec les mots.— Je crois.Je crois.que maman, devenir aveugle.— Tu dis?.— Oui .Depuis quelque temps déjà ses yeux n'allaient plus.Elle ne nous le disait pas.Mais comment ne remarquions-nous rien?Je voyais bien pardi, qu'elle se penchait de plus en plus sur ses fuseaux ou son crochet, comme elle faisait toujours lorsque le soir tombait et que, par économie, elle retardait l'heure d'allumer la lampe.Je me rappelle seulement maintenant que c'était même en plein jour.Quelquefois aussi je m'étonnais de voir ses fils subitement se brouiller, s'emmêler.— Comment t'es-tu aperçue?.demanda-t-Ll, pressé de savoir.— C'est hier.Elle s'arrêta, oppressée, comme si le chagrin de nouveau allait la submerger.P, pensa, lui, à cette journée de la veille, si lumineuse dans ce Luxembourg ensoleillé et dans son âme joyeuse.— C'est hier.reprit-elle.J'étais dans on coin de la pièce, à lire.Ayant levé les regards de son côté, par hasard, je la vis inclinée sur son ouvrage avec une sorte d'épouvante, tandis que ses doigts, subitement maladroits, tâtonnaient, couraient en cherchant, éperdus, comme quand on est dans la nuit.Puis ils s'arrêtèrent, tremblants.Et je vis les mains blanches, ces longues mains blanches, — tu les connais, — si prestes, si dociles, monter à ses yeux, les couvrir de la paume, puis s'écarter.Et les regards fixes, agrandis par l'angoisse, semblaient votrlcrir s'emplir de lumière.Elle les recouvrit encore.Et ;'était si tragique, si cruel, cette expérience pour mesurer l'épaisseur du rideau tiré devant elle que j'eus peur et que je me ietai sur elle en criant: "Maman.ma- 38 elle, pourquoi je t'ai conduit ici?C'est désormais mon domaine privé, c'est là que je reçois.Cependant, depuis un moment, une quest on était sur les lèvres de Lucien.Il n'osait la formuler, par crainte de n'être pas assez maître de sa voix et de trahir un intérêt trop ému.Mais Nicole était, de son côté, trop absorbée par ses nouveaux devoirs pour prêter une attention particulière à l'intonation d'un mot.Lorsqu'il se fut décidé, avec une indifférence si marquée qu'elle en était invraisemblable, à demander: "Et Germaine?", ce fut donc le plus naturellement qu'elle répondit, sans soupçonner l'écroulement que provoquaient ses paroles: — Germa'ne?La pauvre fille crâne autant qu'elle peut.Mais on la sent à bout de courage, démontée.Il n'y a pas de ressort qui résisterait à des coups pareils!.Elle veut sourire quand même, faire croire à la confiance, mais qui peut-elle tromper?.Et elle se rend bien compte que c'est plus triste que tout, cet optimisme inutile.Tu la verras.C'est douloureux! Et elle ajouta: — Veux-tu venir près de maman?.Tu lui feras plaisir.I! la suivit.La salle à manger était plongée dans une pénombre où son regard chercha Mme Mazier.Il la découvrit, comme elle était d'habitude, près de la lampe posée sur la table, les coudes reposant sur les bras du fauteuil, les mains inertes, ses cheveux gris appuyés au dossier, petite et lasse, comme perdue dans la nuit.Avec un sursaut, elle se tourna au bruit de la porte.— C'est toi, Germaine?Toujours elle, cette Germaine, vers laquelle s'élançaient tous les espoirs, de qui l'on attendait le miraculeux réconfort! — Non, maman, c'est Lucien qui te rend visite.Un sourire de bienvenue éclaira le visage tout d'abord déçu.— O! comme tu as bien fait! Moins que jamais, vois-tu, il ne faut nous abandonner.M cherchait un mot charitable et tendre, un mot qui exprimât toute la peine qui était en lui, et les paroles suggérées par sa pitié semblaient souligner le désastre sans avoir la vertu de pouvoir consoler.— Oui.Nicole m'a dit.ma pauvre tante! Vous vous êtes épuisée.Il faut vous ménager maintenant.— Trop tard! Ma vue est usée, finie.Si tu savais! Ces points gris qui glissent continuellement devant moi, c'est comme une pluie de cendre qui aura bientôt rempli mes pauvres yeux.Un long silence s'était appesanti sur eux, un silence qu'aucun d'eux n'osait rompre.Et ils étaient là, tous trois, sans paroles, sachant qu'ils songeaient aux mêmes choses, accablés par la même désolation.Oh! cette pièce fermée, presque obscure où l'on se sentait aux prises avec une détresse qui vous étreignait la gorge! Est-ce qu'on n'aurait pas pu allumer une autre lampe, avoir plus de clarté?On étouffait dans ce noir sinistre! Personne ne parlerai donc pour briser ce silence qui pénétrait en vous comme la nuit!.C'était oppressant.Toute énergie se fondait là.Lucien se leva.Nicole, étonnée, demanda: — Tu n'attends pas mes soeurs?— Il est tard.Je repasserai.Comme il sortait, l'air vif de la rue le frappa au visage.Il respira.Son regard avide parcourut l'espace percé d'étoiles.Et une joie irraisonnée de liberté entra en lui, emportant sa pitié et ses regrets.IX Dans la chambre encore éclairée par le ciel d'un soir lumineux, Germaine attend.Le matin, elle a jeté à la poste un télégramme à l'adresse de Lucien pour lui demander de passer la voir à la fin de la journée.Il faut sortir de cette situation.M.Ducros renouvelle ses démarches.Lucien n'a pas paru.L'heure est venue de fixer sa vie.Elle est calme et résolue.Elle a rangé la pièce comme pour un tendre rendez-vous.Le feu est allumé.Sur le guéridon, un vase est fleuri d'un bouquet de violettes.Il fait tiède.Les choses familières et amies sont prêtes à l'accueil, avec des airs complices.Que va-t-elle dire?Quelle attitude prendra-t-il?Est-ce qu'on peut savoir comment le coeur va s'ouvrir?D'ailleurs, elle n'a jamais su préparer un entretien.En impulsive, elle se fie à l'insp'ration du sentiment.Germaine allume la lampe.Puis elle s'assied devant la cheminée et, penchée sur le feu, suit les petites flammes bleues qui dansent sur les bûches et font vivre des lueurs clignotantes aux cuivres des chenets.Pourquoi Lucien tarde-t-il?S'il allait ne pas venir?Oh! remettre cette explication! Non, tout de suite, il faut en finir.Une émotion qu'elle ne peut dominer commence à battre à grands coups dans sa poitrine.Et voilà que des doutes l'assaillent.Si elle allait s'y prendre mal avec ce craintif, prévenu par son appel?N'eût-il pas mieux valu attendre encore, profiter d'un jour, d'une occasion où l'on sent l'âme mollir, céder aux besoins des confidences?Des paroles de Mme Clémencin reviennent à sa mémoire: "La sagesse du bonheur.se contenter." Paroles de femme âgée, qui s'est résignée, tout juste bonnes à tromper les regrets quand on a la vie derrière soi.Est-ce que Mme Clémencin avait cette philosophie-là à vingt-cinq ans?Un coup de timbre.Elle se dresse, très pâle.II faut aller ouvrir.Hs sont entrés tous deux, dans la petite pièce tiède où les fauteuils attendent pour les causeries.Lin moment, ils restent face à face, dominés, étreints par la gravité de l'heure.C'est à peine s'ils ont échangé les paroles de bonsoir.D'un regard elle a scruté son visage, essayé de lire en lui, mais les yeux qu'elle cherchait se sont dérobés, fuyants, gênés.Elle se sent perdue.Alors, devant la défaite certaine, renonçant à ruser avec simplicité, gentiment, elle demande: — Tu as été surpris de mon télégramme?Ça ne t'a pas trop gêné de venir?Par crainte qu'il ne croie à une raillerie, elle se hâte d'ajouter, brûlant les préliminaires périlleux: — Je traverse une crise cruelle.Alors j'ai pensé à t'appcler pour te consulter.Nous n'avons pas beaucoup d'amis, tu sais.De s'entendre parler ainsi, avec calme, la rassure.Et puis elle s'est rappelée soudain que c'est par la franchise, la première fois, qu'elle a surpris sa réserve, et cela aussi l'encourage.Lui, venu avec la honte de sa lâcheté, reste sur la défensive, attendant de savoir où elle veut en arriver.II se contente d'acquiescer d'un geste vague qui peut signifier: "Tu sais bien que tu peux compter sur moi." — Je t'ai déjà parlé une fois d'une proposition qui m'avait été faite.— Tu reviens là-dessus?— Il le faut bien! Les événements me pressent.— Et tu résistes moins, tu te laisses gagner par la tentation?— Non, je lutte tant que je peux, mais le courant m'emporte.Pour ne pas paraître opposer à ce mariage un parti pris inexplicable, et surtout pour gagner du temps, il m'a fallu consentir quelques concessions, accepter les premières entrevues.Hélas! Je ne me suis pas engagée, que déjà tout semble convenu.Je me sens entrainée chaque jour davantage.Maman fait des projets.M.Ducros prend de l'assurance.Cela ne peut durer.— Et tu hésites?— Je ne sais plus.Oh! non, elle ne savait plus.Elle avait espéré qu'il aurait un mouvement, un élan vers elle, qu'il l'arrêterait d'un mot où il se livrerait lui-même.Qu'il fallait aller loin dans ce coeur pour l'émouvoir! Elle continua, plus tendue, avec une rancune contre son impassibilité: — Je ne sais plus parce que je ne suis pas seule.Il ne s'agit pas de décider uniquement de ma vie.Ce mariage, c'est le salut pour les miens.Je ne puis le repousser à la légère.On ne s'expliquerait pas.Pour moi-même, il offre toutes les garanties.— Mais alors, qu'attends-tu?Elle le regarda dans les yeux et, frémissante, répondit: — Ce que j'attends?.Rappelle-toi.Rappelle-toi ce que tu me disais ici même: "Ne t'engage pas.les jours heureux viendront.Carde-toi libre pour ceux qui ont peur." —Laisse-les préparer l'avenir.— Il n'est plus temps de ces prudences.Le présent est exigeant.Il faut vivre! — Et la précaution est bonne de s'acheminer vers le mariage de raison.Elle eut un sursaut de révolte.— Non, non.ne dis pas celai.C'est faux! Effrayée de ce qu'ils se disaient, elle s'arrêta.Etait-ce pour se jeter à la face ces choses mauvaises qu'elle l'avait appelé?Et quand ils se seraient déchirés?.Ce serait fini.Elle perdait donc la tête?.Il fallait se reprendre, abdiquer tout amour-propre, revenir en arrière.— Ecoute, j'ai tort.Je suis si désemparée!.Il faut bien me comprendre, vois-tu.Je ne dépens pas que de moi seule.Comme je voudrais garder ma vie libre! Mais tu connais notre situation.Tu sais qu'elle s'est beaucoup aggravée depuis l'accident de maman.Et les espoirs qu'a fait naître ce mariage la rendent moins tolérable encore.Alors la raison me conseille la résignation.Mais tout se déchire en moi.Cette lutte me brise.Il y a des heures où je suis résolue à jouer mon avenir à pile ou face; d'autres où je me dis: "Je vais sauver les miens." Je me grise de cette idée, mon imagination m'emporte et puis soudain me laisse en chemin, épuisée, plus découragée.Je ne sais plus.Alors.alors.j'ai pensé que peut-être tu m'aiderais à voir clair.Et comme tu ne viens plus guère à la maison — ce n'est pas un reproche, tu as tes occupations, naturellement — je me suis décidée à t'écrire.Devant cette douleur, il s'attendrit: — Comme tu te martyrises!.Ne t'exagères-tu pas tes devoirs?Pourquoi te sacrifier plus que tes soeurs?— Oh! pas de ces grands mots qui ne servent qu'à masquer de dures nécessités!.Songe seulement à la détresse de celle qui est là à côté, plus tremblante que jamais, plus perdue.Songe à Nicole, si jeune pour peiner, et songe que tout repose sur moi, uniquement parce que je suis l'aînée.Elle s'arrêta encore.Qu'est-ce qu'elle disait donc là! D'étaler ainsi leur misère, était-ce le moyen d'encourager cette volonté si peureuse?Quelque chemin qu'elle prit, il fallait donc aboutir à cette muraille qui se dressait entre eux et les empêchait de se joindre! 11 avait raison.C'était une folie d'unir leurs pauvretés.Cermaine s'est affaissée comme si la vie pesait trop lourd.Alors tout est fini?Que dirait-elle de plus?Sa pensée se perd dans l'immense! désolation qui la pénètre et semble gagner tout ce qui l'entoure.Elle aurait envie de crier: "Parle-moi.Ne me laisse pas dans ce silence." Il perçoit ce déchirement.Son coeur, bouleversé, étouffe sous les regrets.D'un mouvement involontaire, il s'est penché vers elle.(Un n6ceaM.tr* PeersT 6*««) LA REVUE MODERNE — DÉCEMBRE 1Q43 39 Résignée à l'inévitable, sans comprendre le geste, elle achève de découvrir sa détresse: — C'est amusant, n'est-ce pas?cette Jébâcle d'une Germaine qu'on croyait o.rgique! Oui, regarde bien cette pauvre loque.Un sourire triste, plus triste que des Urmcs, a détendu ses lèvres.La paume Je la main soutient le visage douloureux.A l'idée qu'il va la perdre pour toujours, Lucien s'approche encore et, d'une voix qui se brise sous l'émotion, il murmure: — Germaine! Elle a tressailli.Du fond d'elle-même remonte l'immense espoir.C'est comme si l'appel lui avait heurté le coeur.Est-ce qu'elle ne va pas défaillir?Comme elle était prête au bonheur! Car elle sent bien que Lucien va faiblir.— Germaine!.Tu te souviens de l'autre matin?.Si elle se souvenait de leur course à tous deux, sous le soleil rose! Ils avaient confiance.Leur chemin était tout embaumé par ce souffle inattendu et tiède qui sentait la fleur, et le bonheur leur semblait marcher devant eux, tout proche.— Quel mauvais cours j'ai fait! — Que de fois j'ai repensé à ce chemin! — Souhaiterais-tu le refaire?— Ah! Si ru voulais!.I! avait dit cela dans un souffle, penché vers elle, sur un ton de prière ardente.Oh! elle comprenait bien ce qu'il demandait par cet appel.C'était de lui rendre la foi de ce matin-là, c'était de redire les mots qui lui dnoneraient le courage de la suivre sur la voie difficile.Elle eut un regard désolé pour ce qu'elle devinait autour d'elle, effacé dans l'ombre.Pauvres vieilles choses usées! Voilà donc tout ce qu'elle pouvait lui offrir avec ce fardeau de famille?Ah! s'il était venu à elle généreusement, avec quelle joie elle eût accepté le courageux partage d'une v i e hasardeuse ! Mais elle ne voulait pas de ce consentement inquiet, si près d'être une faiblesse, et dont il se repentirait.Il ne fléchissait que parce qu'elle était là, près de lui, ravivant des souvenirs, et que peut-être il avait pitié.Elle secoua la tête, la relevant comme lorsqu'on suffoque et qu'on cherche l'air.Sans doute voulait-elle dire aussi que c'en était fait de leur rêve, mais les mots lui manquaient.— Non.non.finit-elle par prononcer J'une voix étouffée, comme pour elle-même.— Que veux-tu dire?.demanda-t-il, ndu vers elle.Maintenant elle le regardait, comme uelqu'un que l'on va perdre, et dont on mplit ses yeux.Elle le regardait sans ¦eproche, sans haine.mais avec une ristesse infinie et douce, pleine de regrets.— Tu ne réponds pas?intcrrogca-t-il lEnu de Cologne J>&n d« Paj-ls) encore dans un souffle court étranglé par l'émotion.Mais il comprenait bien qu'elle renonçait à lui, qu'elle préférait se donner tout entière aux siens, que, sans doute, elle ne l'aimait pas assez pour renoncer au riche mariage.Alors, une colère mauvaise, rancunière, emporta sa douleur.— Pourquoi m'as-tu appelé?— Je ne savais plus où j'en étais.Tu m'as remise sur la bonne voie.Elle parlait sans ironie, lasse, accablée.Jusqu'à ce jour, elle avait vécu avec cette espérance confuse des imaginatifs, qu'un événement providentiel surviendrait à temps pour renverser les obstacles, tout arranger.Et l'heure douloureuse était arrivée, l'heure du renoncement.Il fallait se résoudre à laisser en route ce compagnon choisi pour le dur et beau voyage et qui, dès le premier pas, manquait de courage.— Tu ne regrettes donc rien?C'était le meilleur de sa vie qu'elle laissait derrière elle.Elle fit comme ceux qui se retournent pour retenir dans un suprême adieu la vision de ce qu'ils abandonnent.Que c'était dur! Mais elle comprit qu'elle était trop loin pour revenir sur ses pas.A quoi bon répondre?Leurs voix ne pouvaient déjà plus s'entendre.Elle laissa le silence les désunir.DEUXIEME PARTIE I Nicole parut sur la porte, une botte de roses dans les bras.— Tiens, maman, voilà ma récolte.Prends g3rde, elle est encore toute mouillée de rosée.Les longs doigts tâtonnants de l'aveugle, habitués à effleurer le contact des choses, s'étaient tendus et d'un frôlement reconnaissaient la forme de la gerbe, comme jadis ils couraient sur les fleurs de dentelle.Le visage de Mme M a z i e r s'éclaira.Sa poitrine se souleva et aspira les parfums.— Oui, elles sentent le matin, un beau matin.Une brise tiède était entrée avec Nicole.Et, par la porte laissée entr'ouverte, un rayon de lumière vivante et dorée se glissait, après avoir pris, au ras du mur, l'ombre de feuilles de lierre qui bougeaient dans le soleil.— M fait beau.Mène-moi dehors, dit Mme Mazier.— Oui.Un temps de joie, qui vous gonfle le coeur.Elles sortirent souriantes.Devant elles, la campagne s'étendait toute baignée de clarté matinale.Au bas du petit mur sur lequel s'appuyait le jardin et qui formait terrasse, une grande prairie verte s'étalait en pente douce jusqu'à la rivière, bordée de saules et de peupliers.Les hautes herbes, frissonnantes, semblaient fuir le geste des faucheurs qui taillaient au loin dans leur moire.Derrière l'autre rive, Voici comment vous pouvex faire durer vos dessous plus longtemps.Quand vous lavez votre lingerie —faites-le soigneusement et à la main.Employez un savon doux et pur.Et évite» de frotter et de tordre.Servez-vous d'un fer tiède, et repassez à l'envers.Rappelez-vous que la chaleur tbime la rayonne.Par les temps qui courent, ce n'est pas patriotique d'acheter plus que ce dont vous avez besoin.Cependant, quand il vous faut acheter de la lingerie, exigez la marque Mercury Van RaaJte.Les articles de lingerie Mercury Van Raalte sont taillés avec soin dans de la belle rayonne solide.La lingerie Mercury Van Raaltc est chic et durable.Quand vous achetez—assurez-vous que c'est de la lingerie Mercury Van RaaJte.Mercury Mills Limited, Montréal LA REVUE MODERNE — DECEMBRE 19-13 Jeunes et Vieux Le style moderne de ces portefeuilles en fait le choix des hommes et femmes de tout âge.Le portefeuille en véritable "Baby Calf" sans fermeture-éclair, portant la marque de commerce déposée "Billguard" que vous pouvez admirer dans cette annonce, est doté de deux innovations exclusives à Perkins.En effet, le nouveau dispositif de sûreté que cette ligne est la première à vous offrir ainsi que la fameuse "Cashctte", ce compartiment si commode pour vos fonds de réserve, sont deux intéressantes nouveautés.Si vous désirez obtenir notre catalogue illustré, écrivez à H.Perkins & Sons (Canada) Limited, 1191, rue Université, Montréal, Que.Prix variant entre $1.15 et $8.25.grimpait la côte où s'étageait le village.Plus loin, et plus haut, c'était dans la brume la ligne bleue des montagnes.Mme Mazier ne voyait pas cela, mais elle percevait l'étendue de cet espace comblé de lumière, de bruits, de senteurs fraîches.Elle murmura: — Comme c'est bon! C'était maintenant sa façon d'exprimer qu'elle devinait la beauté des choses.Nicole demanda: — Veux-tu aller du côté du château?— Non, nous pourrions gêner M.Du-cros qui n'aime pas, le matin, à être dérangé dans son travail, mais gagnons le parc.Il ne s'y promène pas encore à cette heure.Et, le chemin lui étant familier, elle prit d'elle-même l'allée qui conduisait vers les grandes pelouses vallonnées.Le mariage de Germaine était décidé pour l'automne.M.Ducros avait répugné à gâter son bonheur par le remords d'abandonner un important travail dont il destinait la communication à l'Institut.Les quelques semaines nécessaires pour le mener à bien les conduisaient en plein été, époque bien défavorable pour un mariage à Paris.Il avait donc proposé que l'on passât ensemble les mois de chaleur à la campagne.Il possédait une propriété dans le Jura.Tout à côté, séparés seulement de son parc par une haie vive, il connaissait un jardin délicieux, avec une maisonnette, toute couverte de lierre, que leur louerait à bon compte le propriétaire.On voisinerait, on apprendrait à se connaître.L'air des montagnes proches serait salutaire à la santé de Mme Mazier, et, en octobre ou novembre, au retour, le mariage, qu'il avait tant désiré, pourrait être célébré avec une certaine pompe.Malgré sa simplicité coutumière, il y tenait.On comprit qu'il voulait donner d'autant plus de solennité à la cérémonie qu'il épousait une institutrice pauvre.Comme les deux promeneuses arrivaient à la haie dont on avait écarté quelques ronces pour faciliter les communications, Mme Mazier demanda: — Tu n'as pas vu Germaine, ce matin?— La voici justement qui vient vers nous et me fait signe de l'attendre.Elle s'avançait dans l'ombre d'un petit bois très touffu, si proche de la maison que celle-ci semblait en être sortie pour regarder curieusement vers la plaine.Les fenêtres, derrière, s'ouvraient sous les feuillages frais, tandis que sa façade, coiffée d'un toit de chaumière, se tournait vers les soleils levants.Quand Germaine fut dans la lumière, tout son visage parut éclairé de la joie répandue partout dans ce matin clair.Mme Mazier lui ouvrit les bras: — Viens-tu avec nous?— De ce côté, déjà?— Nous ne rencontrerons pas M.Ducros qui travaille.Profitons de ce beau parc où nous pourrons marcher à notre aise.Elles ne prirent pas l'allée qui montait au château, mais celle qui dessinait le contour de la grande pelouse et qui, en s'arrondissant, gagnait la porte basse sur le pré vert.Des bouquets de buissons dissimulaient leur promenade.Au-dessus d'elles, le ciel, dégagé de la brume matinale, s'approfondissait et découvrait un azur infiniment bleu Elles allaient lentes et paisibles, pénétrées de cette douceur des choses qui commencent un beau jour.Un peu avant d'atteindre la porte, Nicole aperçut le filet de tennis affaissé entre les deux poteaux piqués dans l'herbe.Elle s'écria joyeuse: — Une partie, Germaine?Je me sens imbattable, ce matin.— Non, M.Ducros pourrait nous entendre.— Dici?Et puis il sera trop heureux de penser que tu t'amuses.Est-ce que, dans cette belle nature, tu n'éprouves pas le besoin de t'agiter, de vivre?— Ta jeunesse te grise, reprit Germaine en souriant.Je ne t'ai jamais vue si ardente, ni si jolie, du reste.— Merci.Que veux-tu?.On a une revanche À prendre sur le passé.— Et le présent te rassure?.— Tu l'as obligé à nous sourire.On le lui rend.— Va chercher les raquettes.Et tâche de ramener Michèle.La jeune fille était déjà loin, courant sur le chemin doré de soleil.— La petite folle! murmura Mme Mazier.Elle ne tient pas en place.— Oui.II faut qu'elle dépense sa joie.Laisse-la se détendre.Cet épanouissement fait du bien à voir.Un banc s'appuyait contre le tronc d'un frêne.Les deux femmes s'assirent.Les feuilles remuaient à leurs pieds une ombre transparente.Et, tandis que Mme Mazier était attentive aux bruits qui font la rumeur des belles journées, le regard de Germaine glissait sous la voûte des ombrages et s'arrêtait sur l'une des fenêtres du château, qui, de l'autre côté de la grande nappe verte unie, allongeait sa silhouette grise.Château?C'était un terme un peu pompeux pour désigner ce grand bâtiment d'un étage, surmonté d'un haut toit d'ardoises.Le clocheton qui couronnait la partie centrale de la façade, en saillie, autant que l'âge de la construction, qui datait de deux siècles, avait suffi à impressionner l'imagination populaire et à expliquer son prestige de demeure seigneuriale.C'était, en réalité, quelque ancienne ferme, au rez-de-chaussée de plain-pied avec le sol, et dont l'unique étage avait dû servir de remise à fourrage.Un hobereau, désireux de faire figure sans grands frais, l'avait aménagée en manoir, avec goût d'ailleurs, sans prétendre renier son origine.La vieille bâtisse paysanne, malgré l'adjonction de ses balcons en fer forgé, de son clocheton, restait d'aspect rustique, trapu, un peu triste.Comme il n'est pas rare pour les choses, plus fidèles que nous aux souvenirs, elle avait gardé, sous ses airs nouveaux, l'âme de son passé, et, par les beaux jours, il flottait encore, autour de ses murs épais, le salubre parfum des récoltes d'autrefois.Des voix résonnèrent dans le silence de ce matin calme.Bientôt, au tournant de l'allée, parut Nicole les bras levés en signe de triomphe.Elle ramenait sa soeur trouvée dans la solitude du bois.Michèle était toujours dehors, chargée de cahiers qu'elle ouvrait sur ses genoux dans les retraites les plus éloignées.Sa vie était réglée.Elle n'y mêlait guère les autres.On ne savait trop ce qu'elle pensait et on avait renoncé à heurter sa volonté un peu têtue.Elle sourit de l'allégresse comique de sa soeur, mais de ce sourire un peu fermé qui ne se livrait pas.Dès qu'elle eut embrassé sa mère: — Eh bien, on ne joue pas?Le temps lui semblait compté.Ger maine ne put s'empêcher de dire: — Tu ne souffles pas un peu?.Il faut si bon!.Mais déjà Michèle tirait sur le filet, en vérifiait la hauteur et, la raquette en main, s'écriait: — Qui fait le service?Le jeu fut animé.Les trois jeunes fi Ile > s'y donnaient avec cette joie ardente de dépenser des forces en réserve.Les corps jeunes, libres sous la toile blanche, semblaient heureux d'éprouver leur souplesse dans l'action.L'air calme résonnait des mots anglais, brefs et sonores, que saisissait au vol Mme Mazier, un peu pen chée, le cou tendu, et qui lui permet taient de suivre la partie sans la voir.Germaine, seule contre ses deux soeurs, triomphait d'elles.Ses coups droits, assu rés, les déconcertaient, et, presque sans bouger, sans se départir de cette harmonie de mouvements un peu solennelle qui lui était habituelle, elle lassait la mobilité nerveuse de Nicole.Celle-ci se trouvait partout devant elle, légère et bondissante, toujours courant, aussi rapide que les balles.Le gazon ras, élastique sous ses pieds, semblait la renvoyer d'un côté à l'autre, et Germaine s'amusait de cette adversaire exaltée dans une sorte d'ivresse du mouvement.— Toujours dans mes jambes! C'est insupportable! C'était l'impatiente Michèle qui s'irri tait de ce désordre.Celle-ci ne cédait que lentement au plaisir du jeu.Le tennis appartenait à son programme d'entraînement.Elle faisait alterner, à dose raisonnée, l'activité physique et la culture intellectuelle afin de maintenir un équilibre favorable au plus grand effort possible.Ses dents mordirent ses lèvres pleines.Elle assura d'un geste ses cheveux abondants, roulés sans art, et les regards mobiles, guetteurs s'embusquèrent sous le clignement des paupières lourdes de longs cils.Germaine sourit de cette attitude ramassée.C'était bien là sa Michèle, dont les forces, les moyens, et jusqu'aux dons de séduction semblaient se réserver dans une attente un peu énigmatique et s'épanouir intérieurement.Et elle s'apprêtait à relever le défi qu'il y avait dans cette attitude, lorsqu'une forme longue qui bougeait lui apparut à travers le feuillage.Net, elle s'arrêta.M.Ducros s'avançait dans l'allée.Elle s'excusait: — Vous nous avez entendues.Nous avons gêné votre travail?— Je ne m'en plains pas.Vous m'avez donné d'aimables distractions et je n'ai pu résister à l'appel joyeux de vos voix.Il n'y mettait pas d'ironie.Il souriait, simple, bon enfant, et son geste invitait à ne pas interrompre la partie.Mais tout de suite il se lança dans une digression sur l'historique du jeu.Assis aux côtés de Mme Mazier, sur le banc, tenant les trois jeunes filles debout, devant lui, il servit à ses auditrices les précisions infaillibles de son érudition.Ce n'était pas doctoral.Naturellement, san effort ni pédanterie, il lisait au livre ouvert de sa mémoire.Il y trouvait de anecdotes qu'il dédiait à Nicole, la ra quette basse, conquise pourtant par cert< documentation mise à sa portée.A conter son visage s'était éclairci, sa bouche pre LA REVUE MODERNE — DÉCEMBRE 10 1 nait un pli u.qui devançait le trait, comme pour l'attendre, tandis que la main souple et narrative soulignait le dessin des phrases et que 1a pointe du soulier, attentive, approuvait les mots qui portaient.Puis à peine eut-il lancé1 le mot final qu'un geste de lui sembla avoir rejeté dans l'oubli ces propos, et à brûle-pourpoint un: "Ah! J'oubliais." lui échappa, sur lequel personne ne se méprit.Comme si sa mémoire pouvait jamais se trouver en défaut: — Votre cousin?.je suis inquiet.Avez-vous de ses nouvelles?— Lucien Ciroux?Que lui serait-il arrivé?demanda, alarmée, Mme Mazier.— Rassurez-vous, rien d'autre, je pense, que d'être un peu négligent.Quel garçon difficile à comprendre! Sur votre prière, madame, je m'occupe de lui.On lui promet la première place vacante dans une bibliothèque de Paris.Son rêve, paraît-il.Je crois lui être agréable en lui faisant part de mon intervention.Il me regarde avec égarement.— La surprise.crut devoir expliquer Germaine.— Soit.Sachant les liens de véritable amitié qui I'unisserft à vous, je trouve un prétexte pour le rapprocher de vous pendant ces vacances; je lui confie un travail de recherches dans la Bibliothèque de Besançon en vue de la préparation d'un ouvrage que je médite sur le patois franc-comtois,- et je me propose d'associer son nom au mien, — ce qui ne saurait lui nuire, pensais-je.— Il ne vous en serait pas reconnaissant?s'exclama Mme Mazier.— Cela importe peu.Ce qui m'étonne, c'est qu'en vingt minutes de chemin de fer il pourrait être ici, et qu'il n'en profite pas!.— II craint de vous gêner.— II me gêne bien davantage en ne venant pas .! Mais bien plus.C'est à peine s'il répond à mes convocations.Il faudra que j'aille auprès de lui pour m'in-former où en est ce travail.— Il croit avoir raison, affirma Ger maine, en ne se distrayant pas de la mission que vous lui avez confiée.— Ne le défendez pas.Il suffit qu'il soit votre parent.Je me charge de sa carrière, qu'il le veuille ou non.— Tu devrais lui écrire, Germaine, proposa Mme Mazier.— Oh! moi, j'ai épuisé mon influence! Mais c'est au tour de mes soeurs d'essayer leur autorité.— Oui, je m'en charge, s'écria Nicole amusée.— Il est, je vois, en bonnes mains.Cela me rassure, répliqua M.Ducros.Il s'était levé.L'inaction lui pesait vite.— Je vais porter des lettres à Roche.Je prendrai le bac.M'accompagnez-vous jusqu'à la porte sur le pré?Le jeu était abandonné.Il ne s'en aperçut pas.Il avait offert son bras à (Un coffret Dentelle Noire de Mireille» Mme Mazier L'allée s'enfonçait dans l'ombre d'un petit sous-bois, tout recueilli encore, à peine éveillé.Mais en haut, le soleil criblait le feuillage et déjà l'odeur acre de résine chauffée coulait le long des branches tombantes des mélèzes et s'ajoutait aux senteurs fraîches des mousses.Le bois doucement se laissait pénétrer de la splendeur de ce matin d'été.Et Germaine se sentit une âme de fête.Devant elle, M.Ducros allait à petits pas, réglant sa marche sur celle de sa compagne.Sa haute taille se pliait un peu, penchée vers Mme Mazier, dans une attitude de déférence attentive.Germaine en fut touchée.Elle s'approcha.Des mots lui parvinrent.Il parlait de lui.Oui, sans doute, il était un peu personnel, et elle en sourit.Chacun n'a-t-il pas ses petits travers?Sa mère se laissait guider avec confiance.Ses soeurs riaient d'un entretien à voix basse, et le soleil piquait à leurs corsages des fleurs de lumière qui bougeaient, et, au hasard de la marche, leur tressait des guirlandes.Elle les vit entourées, courtisées, étabhes.Ah1 que c'était bon et nouveau pour elle, ces espoirs! Du bonheur était autour d'elle, et elle en était la dispensatrice! Que pouvait-il rester de ses regrets! Il Le train entrait dans la petite gare de Roche.Une seule portière s'ouvrit vers laquelle courut l'unique employé en bour-geron bleu.Lucien Giroux sauta à terre et parut soulagé de voir le quai désert.Pour gagner la sortie, il fallait traverser la voie, mais le train stoppait et le chef de gare, le sifflet aux lèvres, attendait l'heure réglementaire.C'était le matin.Le soleil était chaud déjà, et le souffle épuisé de la machine troublait seul l'air immobile-Soudain une voix claire résonna: — Lucien! Et Nicole, accompagnée de Michèle, du bout du quai, avec un grand geste s'écria encore: — Enfin! On le tient! Les voyageurs, désoeuvrés, montrèrent leurs têtes aux carreaux.Vu uidaui dt îlot B Mi Lucien n'avait pas revu la famille Mazier depuis le soir douloureux de son adieu à Germaine.Les événements s'étaient précipités, fiançailles, départ pour le Jura, grâce auxquels son éloigne-nient volontaire n'avait pas trop été remarqué.Dans sa rancune d'homme faible, toujours enclin à rejeter sur les autres la responsabilité des occasions manquées, il eût souhaité se tenir désormais à l'écart, bouder à son aise, dans son isolement.Les circonstances ne l'avaient pas servi.Mme Mazier s'étant empressée, à son insu, de le recommander à l'homme influent qui devenait son gendre, il n'eût pu, sans bonne raison ni sans éveiller de soupçons, se dérober à l'insistance que 1T?€élébre3 les ïêtes tQUÉBEC Si vous décidez de prendre un congé aux Fêtes, vous ne sauriez choisir de meilleur endroit pour le passer que le Château Frontenac, le somptueux hôtel qui fait le charme et l'orgueil du vieux Québec et où, il n'y a pas encore bien longtemps, se réunissaient en une conférence historique les grands chefs des nations alliées.La Noël et le Jour de l'An y seront célébrés avec tout l'éclat et l'entrain qui doivent caractériser ces grandes fêtes: cuisine délicieuse et abondante, musique, danse, chansons, réveillons et joyeux carillons.Et si vous aimez les sports d'hiver, n'oubliez pas vos skis ou vos patins.Cette année encore, l'expert Fritz Loosli enseignera les secrets du ski en parallèle à l'École de Ski du Château Frontenac.Pour imprimés dest riptifs et locations de chambres, écrivez au gérant de l'IjâteL AU VIEUX QUEBEC LA RE VU F MODERNE — DÉCEMBRE IO43 42 Captez la lueur aperçue dans ses yeux AVEC DES CHEVEUX D'UNE BRILLANTE COULEUR Essayez ce nouveau et merveilleux Rinçage-"Maquillage " pour les cheveux j^EPANDEZ avec votre brosse de l'enchantement dans vos cheveux en vous servant du rinçage-"maquil!age'' Marchand.Voyez-les resplendir et luire d'une flatteuse et brillante couleur de jeunesse! 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Marchanda J^-^RÂlMINSE 5 rinçages 35c 2 rinçages 15c Dans toutes les pharmacies PRODUIT DES FABRICANTS DU COI.DEN HAIR WASH mit tout de suite M.Ducros à s'occuper de lui.Il manifesta du moins beaucoup de mauvaise volonté à répondre à ces avances, et cette hostilité aigre et inefficace lui permettait de sauvegarder, à ses yeux, sa dignité.Cependant le jour devait arriver où il faudrait renouer les rapports d'autrefois.Il en avait jusqu'alors reculé l'échéance.Mais les appels référés de M.Ducros, les lettres comminatoires de Nicole l'avaient mis au p ed du mur.C'est pourquoi il avait annoncé son arrivée pour ce matin-là et qu'il débarquait, irrité de la soumission à laquelle on l'amenait, et armé de malveillance.— Tu nous restes la journée?demanda Nicole.— Non, j'ai des rendez-vous.—¦ Je suis contente tout de même.C'est un succès pour moi.Mais M.Ducros trouvera peut-être ton séjour bien court.• Il eut un geste pour exprimer qu'il s'en souciait peu.— Tu ne parais pas chaud de voir le patron.—¦ Et peut-être as-tu tort de ne pas li ménager davantage, ajouta Michèle.— Oh! je n'oublie pas que je lui dois beaucoup.Il avait mis tant d'âpreté dans sa réponse que la jeune fille spontanément repartit: — Ce n'est tout de même pas une raison suffisante pour lui en vouloir!.Il la regarda, étonné et fâché.Etait-ce une plaisanterie! Michèle avait son visage grave.Avec elle, savait-on jamais?Arrivée la première sur la grève, elle détachait la ebaine d'une barque amarrée au tronc d'un saule.II se hâta pour l'aider.— Non, tu es l'hôte, aujourd'hui.Assieds-toi au fond et laisse-nous faire.Puis elle expliqua: — Le pont est à deux kilomètres.C'est impraticable.Il y a bien un bac à quelques centaines de mètres,- mais, par un hasard qui a la régularité d'une loi, de quelque côté que l'on arrive, le passeur est sur l'autre rive.Et comme c'est un pauvre vieux, dur d'oreilles, inutile de le héler si le vent ne vient pas à notre aide.Alors, nous préférons nous passer nous-mêmes sur la barque du château.Sitôt le bac détaché, le courant les prit et les emmena.La rivière était sans ride, claire et transparente, toute glacée de cette jolie lumière des chaudes matinées.Les jeunes filles rament.Assises côte à côte, elles tiennent chacune à deux mains un des lourds avirons, et Lucien suit maintenant les mouvements rythmés de leurs corps jeunes et nerveux, qui se raidissent sous l'effort et puis se penchent ensemble vers lui, flexibles, détendus.Le sang colore leurs visages; de fines gouttes perlent à leurs lèvres.Il serait tenté de leur sourire, un peu sans raison, parce qu'une douceur le pénètre, mais une fausse pudeur le retient et un goût d'amertume remonte de sa rancoeur un moment oubliée.Dès qu'il eut sauté à terre, Lucien retrouva toute son agitation intérieure.Le charme était rompu.A mesure qu'il approchait de cette terrasse où Germaine l'attendait sans doute — que faisait-elle?quel chemin suivait sa pensée?— son irritation et son malaise croissaient.Il ne démêlait pas bien ce qu'il ressentait.C'était du regret d'être venu, du dépit d'avoir cédé aux instances d'une gamine comme Nicole, l'inquiétude de savoir quel ton prendrait l'entretien et la crainte de perdre contenance.Comment allaient-ils s'aborder?Eprouveraient-ils de la gêne en présence l'un de l'autre?Et que se diraient-ils?Oh! elle ne traînerait pas, sa visiteI Le temps de s'enquérir des nouvelles.Germaine ne devait pas tenir plus que lui à cette rencontre.Il n'y avait pas de quoi de sa part être fière!.Il imagina d'abord qu'ils seraient très froids, juste les mots nécessaires.Puis, fatalement, l'entretien tournerait à l'aigreur.Il y aurait des sous-entendus où ils chercheraient à s'atteindre.Depuis le temps qu'il se préparait à cette entrevue, il tenait des reparties toutes prêtes.Peut-être aussi joueraient-ils l'indifférence.Oui, c'était plus probable.N'êtait-ce pas encore la meilleure arme pour se blesser, l'apparence de n'avoir pas souffert l'un par l'autre, de n'avoir plus songé à leur déchirant adieu?.Mais avait-elle souffert?Que de fois, par la pensée, il était remonté au cinquième du quai Voltaire, dans la chambre sombre où s'éteignaient les braises du foyer! Il revoyait son départ désemparé.La porte refermée derrière lui, qu'avait fait Germaine?Eh! sans doute, soulagée de ses derniers scrupules, elle avait accueilli les séduisantes promesses d'un avenir désormais libre, et souri peut-être au souvenir du suppliant et inutile appel de tendresse jeté par lui.Ses deux compagnes ouvraient la barrière du parc.Elles expliquaient: — Te voilà dans le domaine de M.Ducros.Au sortir du bois, tu apercevras en face le château, à ta droite notre maison, et, un peu plus loin, il y a le trou dans la haie qui permet de gagner la terrasse.Ainsi, dans quelques instants, il allait la revoir.Etait-elle heureuse?Mais oui, puisqu'elle avait choisi cette destinée.Ah! si elle l'avait vraiment aimé! Si elle avait voulu! Que lui avait-il demandé en somme?Un peu de patience pour attendre sa situation.Pas même cela, un mot qui l'encourageât à offrir sa part de misère.Elle avait préféré suivre une voie plus facile.Soit! Mais, alors, il n'y avait pas de quoi prendre figure d'héroïne.Quand il fut à quelques pas d'elle, Germaine eut l'air seulement de l'apercevoir.()W Naturellement curieuse, et assez perspicace dans l'ordre des sentiments qui préoccupaient son âge, elle avait aisément deviné que son cousin venait de traverser une crise passionnelle.Avec une imprudence émue, elle avait vite fait de rôder autour du foyer mal éteint pour en remuer les cendres, dans l'espoir inavoué d'y rallu mer des étincelles et de s'y brûler un peu le coeur.Il est rare que le résultat soit douteux.Il y en a toujours au moins un des deux chez lequel l'incendie se propage Lucien semblait jusqu'à présent rester in différent à ce jeu dangereux.Sa souffrance était trop récente et avait trop d'occasion de se réveiller.Peut-être, cependant trou vait-il de la douceur à sentir sa p!ai encore sensible pansée par des main inconsciemment caressantes.Car pourquoi ne partait-il pas?Il avan tant de fois annoncé la fin de son séjour! Le dictionnaire était pour ainsi dire achevé.Qu'est-ce qui le retenait LA REVUE MODERNE — DÉCEMBRE lui que tout autre Poli à Ongles au Monde 4e C'était cela surtout dont s'émouvait Germaine, et, tandis qu'elle ramait vers le Word, observant les deux jeunes gens assis côte à côte, occupés à ranger leurs engins de pêche, elle prit une décision oiidaine.Il fallait écarter le danger.Sous le grand tulipier, Mme Mazicr s'impatientait.C'était l'heure où, d'habitude, Germaine lui faisait la lecture et, tomme chez tous les infirmes soumis aux soins des autres, la ponctualité devenait une manie.— Ahl te voilà.— Oui.J'avais accompagné sur l'eau Nicole et Lucien.Et, à ce propos, j'ai .1 te faire part d'une découverte qui dépasse pour nous tout l'intérêt des ruiiuns, A certains indices, j'ai cru remarquer qu'ils pourraient n'être pas tout à fat indifférents l'un à l'autre.Ohl ce sont des nuances., des petites attentions détournées, de la part de Nicole surtout, une sorte d'intimité secrète qui leur fait tiouvcr du goût à être ensemble.Mais il faut arrêter cela lorsqu'il est temps encore.— Mais pourquoi, mon enfant?Germaine fut secouée d'un sursaut.— Parce que ce mariage est impossible.— Impossible?Interdite, Mme Mazier essayait de 11imprendre.— C'est singulier, continua-t-elle, j'aurais été presque heureuse de ce que tu m'apprends là.— Rappelle-toi, mère, ce que tu m'objectais, il y a quelques mois à peine, lorsque je plaidais le droit d'épouser qui me plaisait.— Mais, ma pauvre chérie, la situation n'est plus du tout la même.— Nicole est toujours sans fortune.— Socialement, elle n'est plus la petite institutrice besogneuse que toi et tes soeurs vous étiez alors.Ton mariage nous restitue notre rang.Quant à Lucien, il n'est pas sans position.— Il n'est riche encore que de promesses.— Je ne suis pas inquiète.La protection de ton mari aura vite fait de le lancer.L'évidence frappait Germaine.Non, vraiment, la pensée ne lui était pas venue que tout son effort pour sauver les siens, le sacrifice de son amour, de son bonheur aboutissaient à ceci: rendre possible, faciliter le mariage de sa soeur avec l'homme qu'elle avait aimé! Mais, Dieu merci! les ihoses n'en étaient pas là! Elle avait la tète un peu folle et l'imagination toujouri ÛWjpx poj cea pou» entrainée vers les chimères romanesques.11 suffisait que Lucien partit.Elle en revenait toujours là et cette idée s'enfonçait toujours plus avant dans son cerveau.Après un moment de silence, elle dit: — C'est égal, je ne crois pas que notre cousin soit le mari qu'il faille souhaiter à Nicole.Je craindrais la mollesse de l'un alliée à la légèreté de l'autre.Et c'est à nous d'être prudentes pour eux.— Il a bien du charme! murmura comme pour elle-même Mme Mazier, qui avait gardé de l'indulgence pour le prestige physique.Et, à la place de ta soeur, je passerais bien sur un défaut dont on peut le corriger pour sa séduction de joli garçon.Germaine ne répondit pas.V L'achèvement du dictionnaire subit, présicément, les jours qui suivirent, un temps d'arrêt.Des documents manquaient.Lucien entreprit de visiter les cures voisines.Des vieux prêtres érudits ou familiarisés, par toute une vie de ministère dans le pays, avec le dialecte du terroir, pouvaient fournir de précieuses indications.Nicole l'accompagnait le plus souvent.C'était le matin, alors que Germaine était retenue par les soins que réclamait Mme Mazier et l'heure de sa lecture.On voyait de moins en moins Michèle, fidèle à ses livres.Des projets furent mis en avant pour certains après-midi.Des raisons imprévues, par un hasard malheureux, surgissaient pour les contrecarrer.D'ailleurs la saison, particulièrement chaude, ne se prétait guère qu'aux excursions matinales.Pourtant — était-ce un effet de ses méfiances?— Germaine crut surprendre des indices d'un accord secret pour susciter ces obstacles.Les soupçons commençaient à l'assaillir.Elle les écarta, ne voulant pas céder à des appréhensions insuffisamment fondées.Son coeur restait ombrageux.Elle savait bien qu'il n'était pas guéri, mais elle le croyait plus apaisé.Comme elle devait s'en défier! Alors elle s'efforça de tromper ses inquiétudes en donnant toute sa pensée à M.Ducros.Il ne fallait pas que la petite émotion ressentie, le jour du thé, fût perdue pour l'avenir de leur intimité.Forte de sa sincérité courageuse et dans son ardeur à se dépenser, elle entreprit de se familiariser avec cet esprit un peu compliqué pour elle.Dans le domaine des idées abstraites, qui était familier au savant, elle se sentait dépaysée, perdue.Et les mots venaient vite à la submerger.Les solutions lui apparaissaient si simples parfois, sans qu'il fût besoin de les envelopper d'une telle abondance de subtilités! Elle sentait bien que, pour le plaisir, elle serait contredite, et qu'alors l'expression lui échapperait pour appuyer son opinion.Et c'était cela qui la paralysait, ce doute d'elle-même, la crainte de mal s'expliquer, de rester en route.En même temps, elle tenta de l'entraîner dans la campagne où l'émotion pour elle naissait à chaque pas.Ils aimaient tous deux la nature et ils ne s'y retrouvèrent pas.La formation scientifique de M.Ducros lui avait donné une habitude d'analyser, de disséquer la beauté, qui déçut chez elle le besoin de poétiser les choses avec une tendance un peu excessive à la sentimentalité.Sa confiance ne se laissa cependant pas rebuter par ces échecs et, comme »es craintes à l'égard des jeunes gens ne l'abandonnaient pas, elle résolut de s'en Un parfum d'un piquant enivrant et presque provocateur , mais divinement enchanteur par son charme féminin Eau Parfumée $2 00.Parfums: Fiole pour sacoche, 90 cents.Formofs réguliers, $1.75 à $10.00 Poudre faciale, $1.00.Poudre de bain, $1.50.BOURJOIS Vos mains ont—maintenant plus que jamais-besoin de la protection du baume Campana! 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Il semblait attendre, un peu anxieux.Elle lui donna sa main et la laissa prisonnière dans Jes siennes.Il sentit son émotion et, rassuré, il demanda: — Eh bien?— Que vous êtes généreux et délicat!.— Oh! vous vous méprenez, Germaine.Je ne vous demandais pas de remerciements Entre nous!.Je voulais dire: la question est résolue!.Oui, celle des jeunes gens.— Comme vous allez!.Il n'y a pas que des considérations de fortune.— La position de Giroux?J'en fais mon affaire.Avez-vous confiance?— Songez à son caractère si faible, un peu inquiétant.— Il me rassure, moi.On fait ce qu'on veut de ces natures malléables.Il suffit qu'elles soient en bonnes mains.Et voyez ce qu'en a déjà fait votre petite soeur.Car, il y a du vrai dans ses vantardises!.Quel obstacle y a-t-il encore?La famille! C'est la vôtre!.Le gaillard est solide, bien bâti.Us s'aiment, dites-vous.Allons! il y aura deux cérémonies cette année.Car, n'est-ce pas, nous ne les attendrons pas?U riait gaiement.Mais il s'arrêta sou- dam, surpris de l'effroi qu'il lisait sur le visage de Germaine.— Je vous en prie, s'écria-t-elle.C'est si grave!.Et puis, je ne suis pas sûre.non, pas sûre.Il n'y a encore que des indices, et je fais fausse route peut-être.Que pouvait-elle objecter à cette logique?C'était donc cela qu'elle était venue chercher, la solut on qui levait le seul obstacle opposable à ce mariage?— Tant pis.murmura M.Ducros, visiblement déçu.Mais comme vous êtes mpressionnable!.Elle état b'anche, elle avait les yeux de vertige des êtres qui se sentent perdus devant un danger.Comment revenir sur ce qu'elle avait dit?Comment empêcher cette chose, dont i'dé." seule l'emplissait d'épouvante: l'é-closion de cet amour sous ses yeux, de cet amour auquel elle avait renoncé, qu'elle avait sacrifié aux siens, et qu'elle allait vo'r librement s'épanou r dans le coeur d'une autre, de sa soeur?On pouvait tout exiger d'elle, mais pas cela! — Pardon! commença-t-elle, comme si elle reprenait ses sens.Pardon! Elle se rappela l'acte de générosité de son fiancé.Elle ne voulut se rappeler que cela, sans songer aux conséquences, pour ne pas amoindrir sa gratitude.— Vous êtes bon1 Oh! je le savais!.Oui, j'avais deviné.Vous voyez.j'ai été à peine étonnée et je vous ai mal remercié, comme si c'était tout nature) de votre part.— Je vous en prie.— Quelquefois, j'ai un peu peur de vous.c'est vrai.Vous m'apparaissez comme si supérieur à moi.un peu loin peut-être.Je sens bien que je ne m'élèverai jamais jusque là, où vous êtes.Cela décourage.C'est, voyez-vous, à mi-chemin qu'il faut nous efforcer de nous joindre.Elle éprouvait le besoin de s'accrocher à une espérance, et elle s'attachait à raffermir cette confiance où l'avait mise soudain cette rencontre dans le domaine des sentiments.Elle souriait et les larmes emplissaient ses yeux.Il s'expliquait mal un trouble si profond, mais son coeur était remué.La sérénité l'abandonna.II murmura: — C'est moi.c'est moi qui vous remercie de l'émotion que vous m'avez fait ressentir.Une joie naissait en lui, une joie nouvelle, imprévue, un peu inexpérimentée, mais qui, d'instinct, se tut devant l'écho de douleur qui vibrait dans la voix de Germaine.Il n'était pas homme à approfondir les mystères du coeur.Gaiement, ramassant les feuillets épars devant lui, il les jeta sur un coin de sa table, s'écriant: — Décidément, je ne ferai plus rien de bon aujourd'hui.— C'est une première concession?de-manda-t-elle gentiment, avec à peine d'ironie.— Mais non.C'est vous qui me découvrez des sommets trop hauts pour être accessibles.(ÎWu^lflt puA cca pouA (Une taible Jam Tout de même Germaine ne crut pas qu'il était absolument sincère.Comme clic descendait l'escalier de pierre sonore, le sang-froid lui revint.Elle eut peine à comprendre l'angoisse qui l'avait saisie et qu'elle avait laissé paraître "M.Ducros refusera de l'éloigner et je n'ai plus aucun moyen d'agir sur Lucien Mais j'ai cédé à une panique stupide Est-ce qu'il a jamais songé à cette petite?" Mais, à l'un des tournants de l'allée, un bruit de pas la surprit et la fit d'instinct s'arrêter.Et, comme Lucien et Nicole débouchaient, de retour de leur promenade, il lui sembla que d'un mouvement brusque ils se séparaient.VI Le lendemain, elle était prête à l'heure-de leur départ.— Je suis de la partie, aujourd'hui.Allez-vous loin?J'ai besoin de me rompre de fatigue.On sentait qu'elle disait vrai.Son corps souple, ardent, laissait deviner l'impatience de se détendre, de s'user.Leur but était d'aller dans la vallée, et ils prirent, derrière le château, la grande route qui, au pied de la muraille de rocher, suit à quelque distance la rivière.On était au début de septembre.La matinée était fraîche etbrumeus e.Un temps pour la marche.Leurs pas résonnaient sur la chaussée sonore.Us parlaient peu, car leurs pensées suivaient d'autres chemins.Germaine avait laissé sa soeur et Lucien aller côte à côte.Elle constata que sa manoeuvre réussissait sans effort.Comme elle s'appliquait cependant à ne point les observer ouvertement, elle s'aperçut que ses précautions étaient vaines et que sa surveillance ne les gênait en aucune façon.Insensiblement, ils avaient pris les devants, comme si leur marche, réglée l'une sur l'autre, les entraînait à leur insu.Quelquefois Lucien ralentissait un peu et jetait derrière lui, moqueur: — Eh bien, cette ardeur?Elle faiblit déjà?— Non, mais vous ne regardez rien.Au premier tournant, le pays avait changé d'aspect.La route, qui avait monté, surplombait le fleuve, élargi, desserré, plus souple entre les pentes des coteaux abaissés.Des rubans de chemins traînaient çà et là, dans le bas, coupés par des fermes aux toits d'ardoise, ruisselants de lumière, et des arbres qui abritaient une petite ombre étendue à leurs pieds, sur les prés.La route continuait à découvert, en corniche,- mais ils se décidèrent à prendre un raccourci et s'engagèrent dans un sentier qui grimpait à travers bois.La montée était rude,- les pierres roulaient sous leurs pas.Gaiement, ils se prirent par la main, et Lucien, en tête, soufflant, tira les deux soeurs.Germaine admirait son élan.Quel changement en lui depuis le jour où, descendu du train, il s'était pré- senté, contracté, armé de ripostes méditées dans l'amertume de sa rancune! Elle ne l'avait même jamais connu avec cette humeur un peu ardente et presque joyeuse Arrivés au haut du raidillon, haletants, ils s'arrêtèrent.Germa ne proposa une balte.L'ombre était fraîche, et le talus incliné offrait sa housse de fougères et démolisse.C'était à la lisière du bois.Une sorte de terre-plein paraissait avoir été aménagé là, pour la vue, couvert par un grand hêtre-trapu, solidement tenu au sol par des racines nerveuses, convulsées, qui étrei gnaient le roc D'une allure délibérée, Nicole alla s'as seoir au pied de l'arbre, sur l'herbe qui poussait, rare, les bras allongés sur les bois noueux des racines, radieuse, toute-rose, petite proe éclatante parmi ces serres géantes.Lucien avait pr s place à ses côtés.Et 'e silence sembla t p'c'n de pensées.Puis, soudain, des sillons roux d'un ehamp qui déva'ait devant eux, une alouette s'éleva et monta droit en plein c'el.Et ce vol, à peine visible, emportait un chant de joie passionnée.L'oiseau, étourdi de lumière semblait vocaliser sans su te, jeter éperdument toute sa petite âme au vent, et l'on s'étonnait qu'il ne tombât pas, épuisé, dans un cri où le gosier se serait déchiré.Mais il montait toujoun, et la voix devenait plus pure encore, et se faisait plus ardente, dans ce délire de vouloir emplir le ciel.Tous trois l'avaient suivi des yeux.Mais il avait disparu, petit point happé par l'infini, que son chant montait dans le grand silence, montait toujours.Nicole, l'oreille tendue, une main posée sur le bras de Lucien, dit à voix étouffée —-L'entends-tu toujours?Moi, oui.— Moi aussi.Ils attendirent, suspendant leur souffle, toute leur âme soulevée vers cette voix qui se perdait d'être trop haut dans l'azur.— Je l'entends encore.— Non.— Ecoute.— Oui.peut-être.Ils ne savaient plus s'ils percevaient ou non l'appel trop lointain et ils prolongeaient ce jeu où, à l'unisson, s'exaltait leur sensibilité.Le même jour, Mme Mazier, qui, depuis quelque temps, se retenait d'aborder un sujet auquel elle ne cessait de penser, interrogea Germaine un peu timidement: — Que penses-tu de Nicole?Tu ne m'en parles plus.As-tu observé de nouveau quelque chose?— Oui.depuis ce matin, j'ai une certitude.— Tu les as surpris?demanda avide ment Mme Mazier.— Non, mais il m'a suffi de la regarder durant cette promenade.Tout en elle avouait un secret que son coeur croit si b en garder.C'est sa façon de le rechercher, après des petits détours innocents, de quêter son approbation,- c'est toutes les manoeuvres inconscientes de sa coquetterie pour lui plaire, et toute la radieuse émotion qui la transfigure quand leurs regards se rencontrent; c'est le battement des cils, et toute la lumière qui monte dans ses yeux.— Oui, c'est toute la joie qui chante en elle, et qu'elle jette dans des rires un peu fous, continua Mme Mazier, qui sourit à quelque vision lointaine.— Si tu voyais l'air de triomphe heureux qui lui fait lever sa petite tête comme pour un défi à nous tous, aux chosesI LA REVUE MODERNE — DÉCEMBRE IQ4"5 — Et ses longs silences, où elle écoute, étonnée, son âme en fêtel — Et puis, voyons, elle est dix fois plus jolie maintenant, et, ce rayonnement, il n'y a que l'amour pour le donner.Elle aime.Elle aime.Et je comprends si bien tout ce qu'elle éprouveI Elle allait ajouter: — Et c'est si délicieux I — Et lui?— Lui.je ne sais pas encore.Germaine croyait être sincère.Au déchirement qui aviva soudain sa blessure, elle sentit qu'elle ne disait pas la vérité.VII Ce furent des journées d'idylle qui suivirent, dans ce début de septembre attiédi par les premières brises d'automne.Dans le parc profond et complice, on les vit, sous des prétextes transparents, se chercher et se ménager des rencontres imprévues.Après un cri de surprise, ils allaient côte à côte, à petits pas graves, les visages émus, recueillis, et des chants plein l'âme.Puis, ils s'arrêtaient, regardaient la vallée, sous les ciels frais des matins, dans la beauté tranquille des couchants, et d'une même voix accordée s'écriaient: "Comme c'est beau!" Et leur cri s'appliquait plus à ce qu'ils sentaient qu'au décor déroulé sous leurs yeux.Leur amour fut discret, presque inconnu d'eux.Il embaumait leurs jours comme des fleurs cachées qui devancent le -printemps.Et ils prenaient des précautions pour ne pas froisser leurs émotions encore fragiles.A mesure qu'ils se découvraient, ils éprouvaient moins le désir de se parler.Leur joie neuve les étonnait et ils la goûtaient mieux dans le silence.D'ailleurs, par un accord tacite, ils ne se parlaient jamais de ce qui emplissait leur pensée.Il déployait pour elle ses moyens de plaire.Elle s'attachait à être charmante pour le séduire.Et ils ne se lassaient pas de savourer le mystère de cette demi-connivence qui leur faisait prolonger cette comédie un peu inutile et puérile, puisqu'ils savaient déjà qu'ils s'étaient conquis.Ils se déclarèrent, un après-midi d'éblouissant soleil, dans le dos de Germaine qui marchait devant eux.Celle-ci les avait accompagné-;, sans s'inquiéter de l'humeur qu'en avait lansé paraître Nicole.C'était après le déjeuner.II faisait une de ces journées où l'été semble ramené par la nature pour donner ses dernières grandes fêtes avant de céder le pas à cet autre magicien de b lumière qu'est l'automne.Ils avaient pris tous trois une allée qui s'enfonçait sous bois; mais, par des trouées de verdure, la vallée apparaissait dans une aveuglante flambée, et l'air était si brûlant qu'une vapeur bleue montait des champs comme d'un brasier.Peu à peu, Germaine se trouva précéder les deux jeunes gens et, derrière elle, elle entendait le sable craquer sous leurs pas toujours plus lents.Elle ne se retourna pas.Elle comprenait que l'heure était venue.H y avait trop de joie et de beauté dans cette lumière 1 Et l'ivresse éclatante de cette journée entrait dans les coeurs.Germaine, le regard perdu en avant, devinait le couple rapproché et ému.Leur trouble la gagnait, l'enveloppait.En passant devant l'une de ces brèches ouvertes dans le feuillage et par où entrait, ainsi que par les bouches d'un four, le souffle ardent de la vallée, elle sentit sur la nuque comme la chaleur d'un baiser.Ils se prenaient les mains.Et elle ne se retourna pas encore.Son âme défaillait.Ses yeux se fermèrent et, sur l'écran de ses paupières, elle vit distinctement ceci: la petite tête blonde de sa soeur pencher, comme une fleur trop lourde de parfum, et s'appuyer à l'épaule de son compagnon.Et elle continua d'aller, comme une aveugle, par l'allée criblée de rayons, trainant, comme un fardeau douloureux, tout le bonheur qui chantait derrière elle.VIII Dès lors, elle vécut dans leur sillage, cachée, mais vivant de leur amour.Elle eut des ruses pour les surprendre, assister i leurs joies sans être vue.Des heures, elle restait aux aguets, le coeur dans l'attente, anxieuse à chaque bruit, frémissante d'un souffle comme d'un contact.Et ses yeux, agrandis par cette fièvre, croyaient saisir des formes toutes proches et enlacées.Des sursauts la secouaient comme si elle eût été là, dans les solitudes du parc, ardente et nerveuse, pour des rendez-vous.Lucien et Nicole ne furent pas sans s'apercevoir de cette surveillance et ils s'en irritèrent, ingénieux en même temps à s'y dérober.Ce jour-là, ils s'étaient jetés dans un sentier peu fréquenté à cause des buissons qui l'envahissaient.Pouvaient-ils deviner cette misère avide des miettes de leur bonheur?Lui-même n'était troublé d'aucun soupçon.Dans l'égoisme de sa nouvelle passion, il oubliait.Germaine était le passé.La sagesse de ses conseils, sa sérénité un peu hautaine avaient décidé de sa guérison.L'avait-elle jamais aimé?Elle s'était si vite consolée! Plus le temps éloignait d'eux cet hiver douloureux, plus leur inclination lui apparaissait comme un caprice dramatisé par leur jeunesse.Oui, comme il en restait peu de chose ! L'autorité de Germaine lui en avait imposé, et il la craignait un peu.Mais jamais sa tendresse n'avait eu le parfum de celle-ci,-et il se pencha vers les lèvres qui, toutes proches, souriaient et offraient une petite âme câline et joyeuse.Comme le couple s'enlaçait, obéissant au même élan, le bruit de pas rôdeurs les surprit.Ils croyaient bien cependant avoir perdu Germaine.— Elle m'ennuie, bouda Nicole.— Chut! murmura tout bas Lucien.Il faut être indulgent.Elle est l'ainée et remplit son rôle.Elle a toujours aimé protéger.— Tu crois qu'elle sait?.— Peut-être bien.Mais qu'importe?— Si.C'est dommage! Elle les avait rejoints.Ils prirent des airs innocents, les bras ballants.Mais un peu de moquerie riait au coin de leurs yeux.« * * Ce jour-là, comme elle redescendait vers la rivière après avoir été prier à la petite église de Roche, elle trouva, assis sur les pierres de la grève, Lucien et Nicole qui, paisiblement, jouaient à lancer des cailloux dans l'eau.Au retour d'une promenade, i!< avaient aperçu la barque amarrée là, sur ce côté de la rive, et, pour éviter le détour par le bac, ils s'étaient décidés à attendre Germaine.Sitôt qu'ils furent embarqués, celle-ci, avec brusquerie, dit à sa soeur: — A ton tour de prendre les rames.C'est toujours moi qui ai la peine.51 Vous ne pouvez probablement pas changer EMPLOYEZ LA PEPSODENT A L'IRIUM ET EMBELLISSEZ VOTRE SOURIRE! Vous aurez plus d'aplomb .plus de charme .une personnalité plus agréable, si vous pouvez sourire avec confiance .à belles dents.Et vous le pouvez, si vos dents brillent de tout leur éclat naturel.Assurez-vous que vos dents sont brillantes et lustrées.La Pepsodent à l'irium enlève le film qui fait paraître les dents ternes.Quand le film est enlevé, l'agent de polissage supérieur de Pepsodent accroît le lustre .l'éclat de vos dents .l'éclat naturel de votre sourire.L'agent de polissage de Pepsodent est prouvé sans danger pour l'émail des dents.Ni grès, Fni pierre ponce ni décolorant.Rendez votre sourire plus beau.N'atten-dez Ipas.{Achetez aujourd'hui même la paie ou de la poudre à dents Pepsodent.L'IRIUM dans la Pepsodent découvre maintenant des dents plus brillantes Le film sur leg dents Ce miroir couvert d'un Mais voyei ce qui arriva C'est ainsi que In Pepso- absorbe des taches, donne "film" illustre l'apparence à re film avec l iriumt 11 dent à l'inum découvre le une vilaine apparence— des sourires dans le cas de est délogé et '-mporté, superbe éclat naturel de cache l'éclat naturel de méthodes ordinaires qui laissant la surface nette voire sourire .avec votre sourire.n'enlèvent pas le film.et brillante.douceur, sans danger LA REVUE MODERNE — DÉCEMBRE 1Q43 POUR AVOIR DE LA PERSONNALITÉ! 52 9SJ Il est encore facile, heureusement, de se procurer les parfums et eaux de Cologne CHANEL, de renommée mondiale—qui ajoutent au charme personnell'hommage d'une qualité et d'une délicatesse uniques.Pour Noël ou en toute occasion, aucun autre cadeau ne sera plus apprécié par vos amies en service outre-mer ou au pays, dans les divers services auxiliaires fér-.lnins ou dans les hôpitaux.Quoique la forme de la bouteille CHANEL ait été quelque peu modifiée pour se conformer aux restrictions de l'heure, les parfums et eaux de Cologne CHANEL sont toujours préparés avec des concentrés d'avant-guerre, importés en Amérique avant la chute de la France.Quatre odeun exquises! 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Et comme c'était lui, alors qu'il s'appuyait ferme sur les rames, vie garder aux lèvres son demi-sourire t.onchatant! Nicole, à son côté, portait un grand chapeau de paille molle, ondoyant à haque effort, presque vivant comme une aile, et qui ombrait le visage Ses yeux candides et un peu étonnés semblaient découvrir toujours des choses nouvelles.Elle était bien jolie ainsi.Germaine l'avait enveloppée dans un regard ardent.Ah1 si elle n'avait pas porté en elle cette doulrui secrète, comme elle se fût réjouie pour sa Nicole de cet amour qui l'embellissait! Sa Nicole! N'était-ce pas sa petite, son enfant?N'avait-elle pas rêvé mille fois pour elle cet épanouissement dans la joie?Quelques mois auparavant, le soir du grand renoncement, n'était-ce pas un peu en pensant à la gentillesse désarmée de ses sourires qu'elle s'était détournée de son propre bonheur?Sa petite! Enfin! Elle avait trouvé son chemin de résignation.Ce chemin s'ouvrait sur la mélancolie d'un automne prématuré, parmi ta jonchée des choses révolues, douce aux âmes mûries.Elle saurait goûter cette douceur.La barque touchait l'autre bord.Quand ils eurent tous trois sauté à terre, elle leur dit: — Allez devant.Et elle s'attarda un peu à attacher la chaîne pour les laisser côte à côte et, seuls, traverser le grand pré.IX Dès lors elle s'appliqua à se créer un coeur maternel.Sous le grand tulipier, où Mme Mazier installait son fauteuil et passait ses journées, un banc était à demeure, un de ces bancs appelés "Trianon", et juste assez grand pour offrir deux places.C'était bien l'affaire de Lucien et de Nicole.Ils se donnaient rendez-vous là, craignant que leurs absences, trop fréquentes pour ne pas devenir suspectes, ne finissent par donner l'éveil.L'aveugle, dans son fauteuil, vis-à-vis d'eux, les gardait sans les gêner.Elle était leur chaperon.Devant ces yeux fermés, les mains pouvaient se chercher, les regards se mêler, sans rien révéler du doux mystère.La bonne place! Ce qu'ils ignoraient, c'est que Mme Mazier était parfaitement au courant de leur clandestine intrigue.Bien plus, dans ses ténèbres, elle protégeait leur amour.Evidemment son aide, en dehors de ne point voir, ne pouvait être très efficace.Mais, enfin, elle prenait certaines pré- cautions pour ne pas effaroucher leurs confidences, comme d'avoir l'air de sommeiller.Les autres riaient en apercevant ta tête blanche s'incliner au-dessus des mains croisées.Elle aussi, mais intérieurement, contente de leur jouer le tour d'être sourd; aussi.Elle ne connaissait pas l'endroit où ils étaient.Mais sa pensée allait loin, loin, d."*wal de 3ftc vous convaincra, ou argent remis.1 >euifit. , ''^l'air joue son rôle.^crifices généreux ¦'^rche doivent 9 %t" > et Je vou.tracée a to .lui te ^7 'Message du Marfchal de l'Air William A.Bishop, V.C., D.S.O.avec agrafe, M.C., D.F.C., Directeur du recrutement pour la R.CA.F.
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