Mon magazine, 1 septembre 1931, septembre
PER M-166 EX.2 VOL.VI _ No 7 Montréal, Revue Canadienne de la Famille et du Foyer Totem Indien de la Côte du Pacifique qui fait l'admiration des Touristes. Aux Pères et M ères de famille de la Province^ i i ! i i i i i t I S \ i i i * i * ! i I I i i i i i i \ i i i i i * | * i i ?Parents canadiens, vous ne pouvez donner une meilleure preuve d amour pour vos enfants qu'en leur donnant 1 instruction.Il y a maintenant dans la province des Ecoles bien organisées, faciles d accès et disséminées sur tout son territoire.Parents, qui.à cause de circonstances incontrôlables, n'avez pu.au temps de votre jeunesse, vous instruire, avez souvent regretté ce manque d'instruction qui vous a empêchés de donner la pleine mesure de votre intelligence et a limité votre initiative même dans le domaine strictement matériel, vous avez souffert de cette condition que nul n'a le droit de vous reprocher, vous avez été les victimes d une époque où l'instruction était de ce fait moins facile à acquérir.Aussi, constatant le changement qui s'est produit, les facilités qui sont offertes, vous avez à coeur d'en faire profiter vos enfants.Parents qui êtes instruits et qui appréciez les avantages de l'instruction, donnez à vos enfants plus que vous avez reçu vous-mêmes.Vous êtes heureux, lorsque viennent les longues soirées d'automne et d'hiver, de pouvoir en occuper les heures par des lectures qui vous instiuisent et vous intéressent; songez que votre bonheur d'être instruits, vous le devez faire partager par ceux qui dépendent de vous.Vos enfants n'oublieront jamais les sacrifices que vous aurez faits pour eux en leur donnant ce second baptême que doit recevoir tout enfant : l'instruction Tout un passé intellectuel français, tout un avenir intellectuel canadien que nous souhaitons nous font un devoir d'outiller la jeunesse de notre province pour qu'elle puisse jouer le rôle que nous attendons d'elle.Nos commissaires d'écoles, qui jouissent de la confiance de leurs concitoyens, se rendent compte davantage d'année •l'- en année, mais pas encore suffisamment, du rôle admirable de l'institutrice dans nos campagnes.Il n'en tient qu'à eux d'augmenter 1 efficacité éducatrice de nos écoles en payant à ces institutrices qui se dévouent au ministère éducationnel une rémunération qui les retienne dans l'enseignement.Les progrès accomplis ne peuvent être niés, mais ils ne sont pas suffisants J'hésiterais à mentionner ce fait.si.même dans les endroits les plus éloignés de nos campagnes, on ne reconnaissait pas la vérité de cette assertion Que les parents envoient donc leurs enfants à l'école ! Qu ils surveillent avec bienveillance et bonté le travail de l'enfant à la maison, qu'ils l'encouragent, qu'ils lui fassent, au besoin, réciter la leçon du lendemain, qu'ils portent intérêt à ses études, qu'ils se renseignent auprès de l'institutrice et accordent alors à leurs enfants la collaboration la plus utile.Que les commissaires d'écoles tâchent de donner à l'institutrice une rémunération équitable et juste: qu'ils la traitent avec égards, bienveillance, bonté: qu'ils lui manifestent leur respect et leur sympathie: en un mot.qu'elle soit considérée dans I arrondissement scolaire comme l'aide et la collaboratrice des parents! Je souhaite que vous soyez heureux des études faites par vos enfants durant l'année et que vous considériez leur succès à l'école comme le plus grand plaisir qui puisse vous être fait.ATHANASE DAVID, Secrétaire de la Province.i i ._.—¦• Septembre 1031 MON MAGAZINE Page 1 mm D'UN MOIS A L'AUTRE JL'LES LARIVIERE Pêche, Péché et Pèche Il semble que la pèche soit la plus vieille de nos institutions, elle date du temps de l'Eden, alors que ce pauvre Adam, sous l'invite de sa femme, se fit le premier pécheur.» » * // est tout de même curieux que le fruit du premier péché ait été une pomme .Pourquoi pas une pèche?C'est un péché d'illogisme.» » » On pèche en pensée, en parole et en action; mais pour pécher, s'il est loisible de pen*ir.B faut remuer le moins possible et surtout ne pas parler.» * * On pèche par impatience, mais par contre il faut une rude dose de patience pour faire un parfait pécheur.» * » Le pécheur peut se convertir et renier son péché; mais le pêcheur endurci ne reniera jamais sa canne à pêche.• * » Le pécheur par ivrognerie suit l'appat du verre, le pêcheur à la ligne tend l'appat du ver et le pécheur tout court mord aux appâts divers.» • » Le péché guette le pécheur, le pêcheur guette le poisson; mais il faut avouer que le premier mord plus souvent que le secmi'l.* * » Un pêcheur pécheur péchait près d'un pêcher; mais au lieu de continuer sagement sa pêche, il pécha par gourmandise.Il grimpa dans le pécher et mangea une pêche.Pinole punir de son pfché Di< u lui fit MmfMÉf sa pêche.» * * Autre illogisme: dons les parties di péchi .il se prend ordinairement plus de verres que de poissons.• * * "Petit poisson devùmira gros," a dit le bon Lafontaine.On réalise comment le Bonln ni-me avait raison en entendant deux ou trois fois l< mi nii récit de pèche.* » * Pour trouver la longueur du poisson capturé, telle qu'elle sera donnée aux amis, mesurez le poisson de l'extrémité de la tête à l'extrémité de la queue et multipliez par cinq, six, sept etc., suivant le nombre de récits que vous ferez de votre pèche.» * * Mais n'oubliez pas que le poisson que vous aurez échappé devra toujours avoir été le plus gros.Gros comme ça .Et ne craignez pas d'ouvrir les btas.» * » Pour le pêcheur revenant bredouille, il y a la ressource du marchand local qui tient toujours sur la glace quantité de poisson frais pour l'accommodation du pêcheur malheureux.* » • Oh.' si les poissons pouvaient parler, comme nombre d'exploits de pêche seraient passés sous silence! .* * * Il y a sept sortes de péchés et dix sortes de pêches.Expliquez-çà si vous pouvez?* » * Mais à part la pêche au poisson, il y a aussi la pêche à la poire.La première n'est permise que durant quelques mois de l'année; mais la seconde n'est jamais prohibée.» * * Cette sorte de pêche est surtout fructueuse en temps de prospérité.Comme appâts, on se sert des mots: argent, profits, gloire, etc.* * » Cette pêche se pratique sur une grande échelle dans les spacieux bureaux de courtiers: Courtiers en finmeubles, en bourse, surtout en valeurs minières.* » • La pêche à la poire est une profession très lucrative d'autant qu'elle n'a rien de barbare cninmi la pêche à la ligne.Le pêcheur n'accroche pas son hameçon aux lèvres de sa victime, mais à son porte-monnaie.* » • Une autre pêche qui se rapproche essen-Iu Veinent de la pêche à la poire est la pêche i littorale; nous venons d'en avoir une déni oust rat ion éclatante.* • » Cette pêche prend les proportions d'un événement national où tout le bon peuple est appelé à servir de poisson.* * * Il y a deux ou trois pêcheurs par comtés qui se font prêcheurs et distribuent à la populace l'appat des promesses.» » » La promesse électorale est aussi trompeuse que la mouche métallique de la pêche à la ligne; mais encore une fois, elle est beaucoup moins cruelle.* * * Dans cette sorte de ptche on se sert également de l'appat du petit verre qui remplace avantageusement les arguments divers.» » * Le 24 dernier.Monsieur Taschereau a fait une fameuse pêche sur les bords du Saint-Laurent, sur le Saint-Maurice, le Saguenay et l'Outaouais.» * • // m'œ pas tout pris le poisson toutefois et s'il avait un maskinongé dans sa seine, il a laissé échapper un crapet dans le Bassin de Chambly et une truite barrée dans la rivière des Hurons.• * » Par contre, Monsieur HoiuTe, qui avait fait une pêche miraculeuse à Montréal, l'an dernier, a baisé le .nez de la vieille dans Sainte-Marie et Saint-Jacques.» » * La différence entre la pèche à la ligne et la pèche électorale, c'est que dans la première, le pêcheur peut toujours acheter son poisson après sa pêche, au magasin du coin et s'en donner le crédit, ta~ndis que dans la seconde, il faut acheter le poisson avant la pêche.• • * C'est ce qui explique que.Monsieur Houdt.ayant péché par excès de confiance, ait men-i/on.Aujourd'hui, bien des gens mangent bouillis les pauvres grains qu'ils ont pu sauver.La misère est affreuse.On défaille dans les rues de Québec.Savez-vous qu'après la bataille, nous avons été deux jours sans avoir, à bien dire, autre chose que de l'eau à donner aux blessés?Jean de Tilly fixa sur elle ses yeux sombres et resta quelques instants à la regarder sans parler, et dit ensuite d'une voix altérée: — La faim.les blessures.Mère Catherine, cela se supporte.Ce qui est insupportable, c'est de savoir le pays à bas.Et trop faible pour se maîtriser, il s'affaissa dans son lit et pleura comme un enfant.La Soeur le regardait inquiète, toute saisie de cette prostation subite.Volontiers, elle aurait pleuré aussi.Mais, dominant son émotion, elle lui murmura les mots de douceur et d'espeir.Quand il fut un peu calmé: — Comme le docteur gronderait, s'il vous voyait, dit-elle, essuyant maternellement son visage baigné de larmes.Qu'est devenu votre courage?.Puis, vous le savez, la volonté de Dieu est dans les événements, et cette volonté, il faut l'accepter.Malgré tout, les Canadiens ont bien le droit d'être fier-.Cette bataille de Sainte-Foy, où vous avez laisse presque tout votre sang.Monsieur de Tilly, a été une victoire.— Mais, la Nouvelle-France n'en restera pas moins aux Anglais.Nous sommes des abandonnés, gemit-il.— Et après?dit Mère Catherine.Dieu peut ce qu'il veut, n'est-ce pas?.Pas une feuille ne tombe sans sa permission, le plus humble germe de la forêt n'est pas en oubli devant lui.Parce que la France nous abandonne, croyez-vous qu'il va nous abandonner ?Pourquoi désespérer de notre pays ?.Dites-moi, que savons-nous?.Qui a jamais vu l'avenir?-.Instamment, elle le conjura d'être raisonnable, de ne pas s'émouvoir, de chasser bien loin les tristes pensées, de ne pas nuire à son rétablissement.Il l'écouta, tranquille, silencieux, mais ses yeux profonds restèrent chargés de tristesse.La bonne hospitalière lui fit baiser la croix de son chapelet, et s'en alla à ses autres malades.II La lutte tragique et le soin des blessés, avaient fait négliger le beau jardin de l'hôpital-Général.Les herbes folles, les plantes, dites mauvaises, croissaient librement parmi les violettes et les roses, ei le gazon débordait dans les longues allées droites où les feuilles mortes gisaient, tassées par les neiges et les pluies.Mais les convalescents aimaient ce vaste jardin où tant d'oiseaux chantaient, où l'âpre arôme des cèdres et des sapins se mêlait aux parfums suaves des fleurs, et ils s'y tenaient souvent.Tous les matins, un infirmier y conduisait le capitaine de Tilly, et l'installait dans un hamac réservé pour lui.C'est là qu'il passait ses jours.La brise le berçait, se jouait dans ses cheveux.La belle lumière de vie — si douce aux mourants ressuscites — l'enveloppait, le pénétrait.Il en ressentait la vertu bienfaisante.Sa pâleur terreuse s'éclaircis-sait; il put bientôt faire quelques pas.Mais sa joie de vivre était bien diminuée, bien flétrie.Pour tous ceux qui l'approchaient, le souci du pain quotidien restait un problème angoissant.Quatre années de guerre avaient fait négliger l'agriculture.Pendant que les hommes étaient à l'armée, pour garder le Canada à la France, les vieillards, les femmes, les enfants avaient courageusement cultivé la terre; mais les infâmes coquins qui spéculaient sur la souffrance publique avaient tait enlever les grains et les bestiaux.La détresse était extrême, la noire misère, générale.Un soldat doit savoir affronter les privations comme la mort sanglante.Jean de Tilly ne l'ignorait pas.Passé des bancs du collège à la milice, il avait fait l'expérience des rudesses de la vie.Mais la bassesse le révodtait ; ce qu'il entendait raconter des hontes de l'administration Bigot lui mettait au coeur d'affreux dégoûts.Puis, comme celle de bien des Canadiens, sa formation avait été toute militaire.Sa carrière se trouvait brisée.Qu'allait-il faire de sa vie?.que lui réservait l'avenir?Le Canada allait devenir anglais, protestant.Cela était fatal, absolument inévitable.Il lui semblait que le passé se détachait, s'éloignait, se perdait dans le noir.Il lui semblait qu'une tristesse s'élevait du sol si longtemps français.Pour s'abandonner librement à ses tristes pensées, Jean de Tilly, blême et tremblant, gagnait la jolie rivière, et, couché dans l'herbe, regardait l'eau couler.Près de là, Jacques Cartier avait hiverné en 1535.Jean s'en souvenait.Il savait que Champlain, visitant l'endroit, y avait trouvé les débris d'une cheminée construite par les marins et qu'il en avait détaché quelques pierres pour les emporter à "l'Habitation"."L'Habitation"! Ce mot le faisait rêver.Sous le vaste ciel, il voyait monter la fumée des trois cheminées de ce foyer de la civilisation.Un frémissement courait douloureux dans ses veines.La souffrance l'avait mûri; son patriotisme, d'abord inconscient, était devenu une passion profonde et brûlante.Pour oublier le présent si mauvais, l'avenir encore pire, il se plongeait dans le passé; il évoquait les ombres chères et glorieuses.Ah! les nobles rêves, les divines ambitions des hardis explorateurs.C'en était fait.Sous le chaud soleil, Jean repassait l'histoire de la Nouvelle-France, pleine d'orages, de sang, d'héroïs- Page 16 MON MAGAZINE Septembre 1931 me.Comme les Français avaient été fraternels aux cruels indigènes! Il se rappelait tout ce qu'il avait entendu raconter par ses ancêtres, de leurs travaux, de leurs dangers.C'est dans les cendres qu'il lui faudrait chercher les débris de leur foyer.La vieille maison lui apparaissait_ avec le ciel pur au-dessus, et, tout autour, la forêt inconnue, infinie, telle que l'avaient vue les premiers pionniers.Leurs labeurs surhumains n'avaient-ils pas été bénis?Un jour qu'il se sentait encore plus abattu, plus triste qu'à l'ordinaire, le portier de l'hôpital vint au jardin lui remettre une lettre.— C'est l'ordonnance du colonel d'Autrée qui l'a apportée, dit-il.Monsieur de Tilly regarda l'adresse.L'écriture fine, élégante, lui était inconnue et lui parut d'une femme.Il ne se trompait pas.La lettre fort courte était de la fille du colonel."Savoir que vous êtes en pleine convalescence nous est une joie, disait-elle.Mon père veut que je vous l'écrive"."Sa vie n'a jamais été en danger, mais il a beaucoup souffert et porte encore son bras droit en écharpe.Nous croyons tous que mon frère est mort de faim plutôt que de ses blessures.Ce pauvre Louis — si courageux pourtant — ne savait pas surmonter ses dégoûts"."Aussitôt que vous pourrez marcher, ma mère vous invite à dîner.Mais il est bien probable que nous n'aurons que du pain de seigle à vous offrir.Mon père parle souvent de vous.Votre conduite à la bataille de Sainte-Foy l'a charmé."Ah! la jeunesse! dit-il"."Monsieur, nous vous souhaitons tous un prompt et parfait rétablissement".Monsieur de Tilly connaissait à peine Mademoiselle d'Autrée, mais en lisant sa lettre, il sentit son coeur battre plus vite, et après il resta longtemps songeur, cherchant à se bien rappeler la jeune fille.C'est en vain qu'il y tâcha.Il ne l'avait vue qu'une fois, deux ans auparavant, le soir même de l'arrivée triomphale à Québec, après la bataille de Carillon.L'enthousiasme de la foule, les acclamations frénétiques l'avaient un peu grisé, et l'agréable souvenir qu'il gardait de la fille du colonel n'avait lien de précis.Il n'aurait pu dire si elle était brune ou blonde, mais il se rappelait bien qu'elle lui avait paru charmante.Et songer à cette jeune fille l'enlevait à la cruelle réalité, lui mettait une douceur dans l'âme.Plusieurs fois, il relut la lettre, cherchant à deviner ce que Mademoiselle d'Autrée pensait en écrivant ces lignes sur l'ordre de son père.Il lui semblait qu'une vive sympathie s'en dégageait, et il avait envie de baiser la signature: "Thérèse d'Autrée".Se pensant observé, il n'en fit rien, mais glissa sur son coeur le papier que ses mains avaient touché.L'avenir ne lui paraissait plus si lugubre, si désespéré.Quand pourrait-il voir Mademoiselle d'Autrée?Pour hâter ce moment, Jean de Tilly sentait que rien ne lui coûterait, qu'il était capable de tout.III Cette diversion eut un effet magique; elle amena un sursaut de vie, et quelques Jours plus tard, dans sa petite chambre, — ancienne cellule d'un récollet — Jean de Tilly, aidé de l'infirmier, s'habillait pour se rendre chez le colonel d'Autrée.Il se sentait fier, ému, triomphant: il avait su vouloir, il avait surmonté sa faiblesse, son abattement.Un rayon éclairait son chemin.Il s'en allait à son rêve; il allait la voir.Ce n'est pas sans anxiété qu'il déplia et inspecta son uniforme soigneusement lavé.O bonheur! Les accrocs, les taches de boue, de sang, les traces d'usure avaient disparu.Les doigts de Mère Catherine avaient fait ce miracle.Grâce à la bonne hospitalière, Jean pouvait se bien mettre et il en ressentait un vif plaisir.Le docteur Fauvel arriva comme il achevait sa toilette.Il le toisa de la tête aux pieds, d'un ceil de connaisseur et dit avec satisfaction: _ Ma foi, malgré votre maigreur, vous êtes un beau gars.Un sourire effleura les lèvres pales de 1 officier qui demanda: — Je ne fais pas peur?.En etes-vous bien sur?Il se regarda un instant dans son petit miroir et dit avec une moue expressive: _ "Docteur, j'avais une autre mine au retour de Carillon! Etiez-vous à Québec à notre arrivée?Vous en souvenez-vous?_ Si je m'en souviens!.Et dire que tant de vaillance n'a servi à rien, fit le docteur, avec un geste découragé., _ Ce jour-là, les miliciens furent autant acclamés que les régiments venus de France, continua Jean, fixant son ceinturon.Si vous saviez comme ce souvenir m'est resté vif._ Les acclamations, les transports de la multitude, les sourires et l'admiration des belles dames, ce doit être bien enivrant quand on a vingt ans._ Je crois avoir au front un petit rayon de gloire, dit Jean, rieur.— Qui sait si vous ne l'avez pas encore?.Qui sait si Mademoiselle d'Autrée ne le verra point.— Ne vous moquez pas de moi.Je suis prêt, fit Jean, jetant un dernier regard à son miroir.— Vous êtes prêt?.Allons, dit le docteur qui avait voulu le conduire dans sa voiture.Les deux hommes échangèrent quelques saluts courtois avec les blessés anglais qu'ils rencontrèrent dans l'avenue.Avec une émotion visible, Jean regardait vers les hauteurs de Sainte-Fojr.Le docteur qui s'en aperçut jugea prudent de lui épargner la vue du champ de bataille.— Nous allons prendre la rue Sous-le-Côteau, dit-il, en détachant son cheval.D'âpres et saines senteurs, des bruissement», des ramages d'oiseaux montaient de la vallée encore boisée de la rivière Saint-Charles.Le soleil resplendissait, une allégresse était dans l'air; tout ce qui avait des ailes était sorti des nids, mais malgré les six cents maisons reconstruites par les Anglais, Québec était bien triste à voir.Soixante-huit jours de bombardement avaient accumulé partout les décombres.Les églises, en partie démolies, n'avaient plus de clochers, «t le drapeau britannique flottait sur le château Saint-Louis.Ce Québec si beau, que Lévis voulait brûler plutôt que de le livrer, l'Angleterre le tenait.Jean serra les dents pour retenir le cri du sang.Sa fierté de race se révoltait; une acre tristesse l'envahit tout entier.Un grand calme régnait dans la ville en ruines et cette paix l'accablait, l'etouffait.Il aurait voulu revenir aux longs jours du siège, entendre encore le sifflement des balles, le bruit sinistre de la mitraille, musique de mort.Alors — si léger qu'il fût — un espoir restait.Maintenant, tout était fini.La terre natale, si jeune, si belle, il la voyait violée, livrée à l'étranger.Cette douceur, ce charme que la pensée de Mademoiselle d'Autrée avait répandu sur sa tristesse, lui pesait comme un remords.Il en ressentait une honte et se jugeait petit, puéril.Avoir oublié la ruine de son pays, le malheur de tous les siens, pour songer à une jeune fille à peine entrevue, l'humiliait profondément.Le colonel d'Autrée habitait rue des Remparts.Sa belle maison, un peu ravagée par les bombes, était encore solide.Un jardin l'entourait presque, et, en descendant de voiture, Jean y aperçut l'officier.La casquette sur les yeux, le bras droit en écharpe, il était appuyé contre un arbre cassé par les bombes et fumait en regardant la rade.Il avait terriblement vieilli, mais quand il reconnut Jean, son visage flétri, ravivé, s'éclaira.De son bras libre, il l'étreignit, puis, le reculant un peu, une lueur de joie dans les yeux, il s'écria: — Ni défiguré, ni infirme, que c'est bon à constater.Moi, je crois bien que mon bras droit ne me servira plus guère.Une grande jeune fille blonde, vêtue de noir, qui cueillait des fraises au fond du jardin, s'était redressée vivement! Ejnpressée, légère, elle vint à Jean dans la belle lumière et lui dit avec une gracieuse aisance: — Monsieur, je suis heureuse de vous voir si bien.Le trajet ne vous a-t-il pas fatigué?Leurs regards se rencontrèrent et II sentit les pensées noires s'envoler.Minée par la douleur et les privations, Madame d'Autrée vivait à peine.Mais, elle s'efforça de surmonter son abattement et sa tristesse pour rendre le diner agréable à son hôte.Le frugal repas, élégamment servi, fut plutôt abondant et réconfortant.— Sans ce pain de misère, n'est-ce pas que c« dîner serait passable?dit le colonel, quand ils furent à table.Et désignant ses deux fils, deux gamins d'une dizaine d'années qui regardaient le milicien avec une ardente curiosité: — Voici lés grands pourvoyeurs du festin.Nos chasseurs n'ont plus ni poudre ni plomb, mais ils s'entendent, ces moutards, à tendre les pièges et les rets.— Et à découvrir les oeufs de cannes sauvages, ajouta Thérèse, souriant à ses petits frères.Elle était bien mince, bien frêle dans sa robe noire très simple.Son teint avait perdu son éclat, mais sa pâleur restait fraîche; elle n'enlevait rien à la beauté de la peau et ajoutait au charme de son visage éclairé par de très beaux yeux.Monsieur de Tilly trouvait doux de l'avoir en face de lui, à la table large et hospitalière.Ses sentiments patriotiques flottaient à la dérive.Il ne songeait qu'à admirer, qu'à plaindre cette noble enfant, qui avait connu les souffrances de la faim, et mangeait tranquillement le pain noir si amer.On sentait que la douleur ne l'avait guère atteinte, que sa vive jeunesse, comprimée, restait avide de mouvements, de plaisirs.Jean était heureux de la voir occupée de lui.Il lui semblait qu'une sollicitude vive et tendre l'enveloppait.Le dîner fini, le colonel proposa de passer au jardin.— L'escalier, presque démoli pendant le siège, n'a pas été bien réparé, il s'en faut, dit-il.Faites attention, capitaine, comme moi, vous manquez encore d'aplomb.Ma fille va vous aider.Thérèse, un peu rougissante, tendit sa fine main.Il la prit avec un léger frémissement, et pendant qu'ils descendaient les marches branlante», il vint à Jean comme un écho d'une chanson autrelois entendue dans les bois, et il avait envie de chanter les parnles du refrain : "Nous irons tous les deux "Dans le chemin des cieux".Les boulets avaient mutilé les arbres et ravagé le sol du jardin, mais un doux parfum de violettes y flottait.^ Le colonel installa son hôte un peu à l'ombre, et s'asseyant près de lui : — Dites-moi, ne vous demandez-vous jamais à quoi a servi notre victoire de Sainte-Foy?— Mais, colonel, à prouver que nous sommes de bonne race, répondit vivement le jeune homme.Thérèse, debout devant eux, regardait la rade brillante.Ses cheveux blonds voltigeaient sur son front, sur ses tempes, sur sa nuque.Elle se retourna sérieuse et dit, frémisante: — Monsieur, si vous aviez vu l'émotion à Québec quand une voile ppparut à l'horizon, le 13 mai.Tout le monde était sur les Ramparts.Des militaires de tous grades bordaient la cime du cap.— Mademoiselle, l'heure décisive allait sonner-La destinée était là.— Les Anglais tâchaient de garder leur calme, mais quand ils reconnurent le pavillon de la frégate, leur joie éclata.Ce fut une folie, des cris de triomphe sans fin.un bruit à rendre sourds à jamais.Les cannonniers transportés ne firent que tirer et charger pendant des heures.et, à l'arrivée des autres frégates, ça recommença.— Dieu merci, s'écria le colonel, je n'eus connaissance de rien.Je n'avais pas la tête à moi .mais, j ai vu mon pauvre régiment s'embarquer pour la France.Je l'ai vu défiler, sans armes, sans tambours, sans drapeaux .et toute la ville qui regardait .J'aimerais mieux perdre les deux yeux que re revivre ce jour-là .Sans ma fille, je croi» que je me serais laissé mourir.Il se rappela, qu'il fallait ménager son hôte encore si faible, et se tut brusquement.Thérèse, restée debout, se rapprocha.— Mademoiselle d'Autrée sait donner du courage?demanda Jean de sa voix prenante.— Surtout aux héros, répliqua-t-elle gaiement.Et s'asseyant en face de lui, sur un tronc d'arbre façonné en siège: — Mettez-moi à l'épreuve, capitaine.Un éclair traversa ses yeux sombres, presque trop beaux.Sen visage décoloré s'illumina d'un sourire doux et il murmura: — L'avenir m'apparaît noir.— Laissez faire.Les nuages les plus noirs se dissipent .et un ciel gris est encore un ciel.— Mais quand le ciel le plus clair ne nous dit plus rien ?— C'est qu'on ne sait pas le regarder, répliqua-t-elle gravement._ — Peut-être?Je ne sais plus que me laisser vivre, je redoute l'effort.— Vous êtes encore convalescent.Vous revenez de si loin.— Je voudrais faire durer la langueur, prolonger la convalescence.J'aime à être s igné, choyé, poursuivit-il plaintivement.— Et vous mangez du pain de seigle, s'écria-t-elle, avec une tendre compassion.Il eut envie de répondre: — Le prendre de votre main me le ferait trouver bon.Mais il se contint et la regarda en silence.Elle rougit un peu et sentit son coeur battre plus vite.Ses beaux yeux mutins s'abaissèrent sous ses larges paupières.Ni lui ni elle n'échangèrent plus une parole.Délicieux silence.Un sentiment de bonheur les pénétrait jusqu'aux moelles profondes.La voir troublée devant lui le ravissait.Il n'avait plus souci ni du passé, ni du poignant mystère de l'avenir.La douceur du moment lui suffisait.Le colonel s'était endormi.Autour d'eux, dans le jardin ensoleillé, de petits chants montaient de terre avec le parfum des violettes.Dans l'air rayonnant, on entendait des bruissement, des gazouillis d'oiseaux.Jean de Tilly aurait voulu retenir l'heure, rester à regarder cette délicieuse jeune fille dans la brume lumineuse.( Suite à la page 29) Si iilrmlin 10-il MON MAGAZINE Page 17 Pour faire lire aux maris Pour bien connaître les devoirs du mari envers sa femme, il faut se rappeler que, par le mariage, il est à la fois l'égal et le supérieur de sa femme.Cest de cette double qualité qu'émanent tous ses devoirs.a) Comme égal de sa femme, le mari doit l'aimer.L'amour qui est un devoir réciproque des époux est pour le mari d'une obligation plus spéciale.Cet amour ne se bornera pas à des tendresses affectées; s'il est sincère, il produira nécessairement trois effets, qui en sont comme les qualités essentielles: lo L'Honorer, comme son rang et sa condition l'exigent.Elle n'est ni une esclave, ni une servante, mais sa compagne.Il serait coupable le mari qui ne se montrerait ni doux, ni prévenant envers son épouse, qui n'aurait pour elle que des paroles aigres, un ton sec et impérieux, des manières blessantes, le commandement rude; plus coupable encore s'il poussait la brutalité jusqu'à la frapper.Blâmable aussi le mari qui ne témoignerait à sa femme aucune confiance, qui ne la mettrait pas au courant de ses projets et de ses affaires matérielles, qui ne voudrait recevoir d'elle aucun avis, aucun conseil, se conduisant à son égard comme à l'égard d'une étrangère qui doit ignorer ses résolutions, surtout si elle est intelligente et judicieuse.2o L'assister, selon ses besoins, et d'autant plus qu'en raison de son sexe, elle est plus faible que lui.Par conséquent, il ne doit jamais la laisser manquer de ce qui lui semble nécessaire ou convenable à son rang et à sa condition.Qu'il évite à ce sujet deux excès condamnables: une folle prodigalité et une sordide avarice.Il s'interdira non moins sévèrement cet autre genre de tyrannie qui consiste à écraser sa femme de travaux accablants, à la tenir du matin au soir rivée au travail, sans repos, sans délassement, sans distraction, sans égard à sa faiblesse, à ses indispositions, à ses infirmités.Il aura des attentions toutes particulières pour elle quand.Dieu bénissant leur union, il en attend un nouveau rejeton.3o La supporter, dans ses défauts, du moins dans ceux que l'on peut excuser et pardonner, parce qu'ils viennent, soit du tempérament, soit du caractère, soit de l'état de santé, ou parce qu'ils ne tirent pas à conséquence.Il n'en fera pas un sujet continuel de plaintes, de récriminations, de reproches, de discussions.Au lieu de n'avoir l'oeil ouvert que sur les petits travers de sa femme, il lui sera avantageux de considérer un peu plus souvent les qualités qu'elle peut avoir: sa bonté, ses attentions délicates, son intelligence, son grand jugement, sa douceur, son esprit d'ordre et d'économie, sa vigilance, le soin qu'elle prend de sa famille.Ain«i la paix domestique ne sera pas troublée, et quantité de désordres seront évités.6) A titre de supérieur de sa femme, il a encore d'autres devoirs à remplir.On peut les ramener à trois principaux: la protection, la vigilance, la correction.Mais il n'oubliera pas, dans leur exercice, ce commandement sur lequel assiste tant saint Paul: "Maris, aimez vos épouses".Il doit: ta La protéger d'abord; il doit la soutenir de tout son pouvoir dans l'in-l'onstanci.la faiblesse, la timidité, Du citation si naturelle à son sexe.Il doit la protéger contre une sensibilité trop souvent aveugle, contre le découragement qui envahirait si facilement son âme, surtout à certaines heures difficiles, contre les dangers que pourraient courir sa foi, son honneur, sa vertu.11 doit autant que LA DOULEUR Comme une grande dame, elle a son jour, son heure.Mais elle n'est jamais désirée; jamais non plus elle avertit.Muette, sournoise, implacable elle arrive, elle agit.Elle n'est pas seulement une ombre, une pensée la douleur, elle est un être, une vie, une force, et presque l'égale du Soleil.Comme lui chaque jour elle se lève, certaine autant que lui d'asservir la terre.Elle est peut-être belle, mais sombre et glaçante toujours.Elle étend partout ses ténèbres et son silence.Sans pitié aucune, elle sépare les hommes d'avec le monde et les isole dans leur coeur.Tantôt elle est prompte, inattendue et secrète, tantôt elle retarde, se fait lente et semble marcher de dépit, mais, qu'elle tombe brutale tout d'un coup, ou bien qu'elle s'étende par degrés sur les êtres, elle vient infailliblement à son heure, elle n'a jamais oublié un seul jour de paraître sur la terre.Par elle, nous savons qu'il ne faut plus courir au devant de la vie et de ses promesses jxirce qu'elle pourrait bien ne pas avoir pour nous que des trésors.Et nous commençons d'avoir peur aitr tournants de la route.Par elle, nous savons que le bonheur, le maqnifique bonheur, qui se prête à quelques une, et qi'c tant d'autres sollicitent est toujours prêt à s'enfuir, et que fragile, il est limité aussi.Enfin la douleur, la vraie et intense douleur est une puissance sur la terre.Une âme qu'elle a frôlée de son aile noire ne s'éveille pas pareille à elle-même, quelles que soient sa vigueur et sa vaillance, et les vraies larmes, changent le regard et le stigmatisent.La lire sur des visages chers, la deviner sur des visages inconnus, savoir ce que veulent dire les plis qu'elle creuse au front, et a ux qu'elle marque soudainement au coin de la bouche, où vient de s'effacer un sourire, apprendre à la connaître où qu'elle soit, comprendre l'angoisse de toutes les choses qu'elle révèle, et de tant d'autres qu'un silence hé-roîi)ue sait garder, c'est peut-être possible, mais savoir la consoler'.Annette DUCHESNE possible lui éviter la peine et le souci des affaires, défendre sa réputation, sa dignité d'épouse et de mère, ses intérêts matériels eux-mêmes.Voilà, doit-il se dire en regardant son épouse, un dépôt qui m'est confié et que je dois défendre, la moitié de moi-même qui me demande ma protection en échange de son amour.2o Veiller sur elle, non pas de cette vigilance de mauvaise aloi qui dégénérerait en injuste soupçon, mai-cette vigilance qui tient le milieu entre la jalousie et l'aveugle confiance, et qui consistera, non pas à prendre ombrage de tout, ce qui serait inju- rieux et blessant, mais à ne pas fermer les yeux sur toutes choses, et en particulier sur les relations sociales de son épouse, sur l'administration temporelle de la maison, sur la manière d'élever les enfants et de traiter les serviteurs, et sur certains défauts si communs chez les femmes, comme le luxe effréné, l'ambition, le désir de paraître, et de rivaliser avec les autres, la vanité, l'amour excessif du monde, si désastreux pour la paix, la prospérité et le bonheur du foyer.3o La corriger.Je n'entends pas par ce mot de menaces, des injures, des emportements, mais plutôt des Les noms originaux Tout le monde vise à l'originalité, c'est-à-dire.à l'autrement.Nous sommes en plein siècle des trouvail-lesf chacun à sa petite manière veut .épater l'autre.Si vous ne voulez pas me croire comme ça, gratuitement, lisons ensemble les faire-parts de naissance et les avis de décès d'un journal: Nous apprendrons qu'un joli prupon vient d'être baptisé sous les noms délicieux et.originaux de.Arehéalas, Castorius, ce dernier en l'honneur du (Castoria) peut-être! Un autre vient de partir pour le ciel, sous le nom d'Arsenic, vraiment, il était difficile de vivre bien longtemps avec ce nom-là.J'ai lu quelque part, qu'une bonne et pieuse mère de famille se proposait d'appeler sa prochaine fille "Magna" c'est si beau, dans le "Magnificat", disait-elle quand on chante : "Qui fecit Mihi Magna" .Une autre non moins désireuse de trouver un nom rare à son fils, décida de l'appeler "Wolfrado" parce que demeurant dans le comté de Wolfe.Je frissonne encore à la pensée que le pauvre aurait pu naître dans le comté de Rimouski: C'était fini, il s'appelait "Rim:uskino" pour sa vie.Les noms de héros ou d'héroïnes de roman sont en grand honneur dans certaines familles, et dament le pion d'un bout, au calendrier religieux.En voulez-vous un exemple?Est décédée dans la deuxième année de son âge, "Marting-uette", enfant bien-ai-mée de M.et Mme X.Ce qui m'étonne, c'est que la pauvre petite ait pu vivre jusqu'à deux ans.car enfin, il y avait de quoi en finir avant.Mais, la plaie des plaies, c'est la manie des noms en "A", et pour en trouver, en fouillera les vieux alma-nachs de médecine, on consultera la liste des miraculés du "Tanlac" et des "Pilules Rouges".Aldéora, Vladiska, Léonisa, sont autant de trouvailles qu'il faudra se rappeler à l'occasion d'un baptême.Si la kyrielle des noms baroques est amusante en chronique, elle dénote néanmoins un travers bien enraciné dans certains coins du pays.Appeler un pauvre innocent d'un nrm ridicule, et qui lui sera sa vie durant, une.infirmité, voilà à quoi les parents devraient songer avant de choisir le nom épatant, contre lequel le nouveau-né, ne peut protester, ni se défendre dans l'occasion.Annette DUCHESNE.conseils, des avis, des insinuations.Si toutefois la persuasion et les amicales remontrances sont insuffisantes, le mari pourra recourir à l'autorité, mais en se rappelant que ses ordres doivent être raisonnables et ensuite qu'il doit les donner avec douceur, sans animosité, sans mépris, sans paroles piquantes.Qu'il se garde cependant, comme d'un autre excès, de cette faiblesse, de cette condescendance ridicule qui fait que le mari se laisse dominer, conduire par sa femme.Qu'il écoute ses avis, ses observations, ses appréciations en maintes circonstances, rien de mieux; mais que les rôles ne soient jamais intervertis.Maris chrétiens, selon le commandement de saint Paul, aimez donc vos épouses, comme le Christ, votre modèle, a aimé l'Eglise, et regardez-la comme une partie de vous-mêmes. Pa(Je 18 MON MAGAZINE Septembre 1931 l + LE COURRIER DE FRANCELINE +________ ., SECOND DEUIL A NOTRE FOYER Je recommande à vos prières, mes chers amis, l'âme de "Petite Amie" une correspondante, qui pendant longtemps fit partie de notre royaume.Cette petite qui iepuis son enfance marchait bras dessus bras dessous avec la douleur avait une âme exquise dont la délicatesse et la profondeur me laissaient toujours émue chaque fois qu'il m'était donné de l'approcher et de la comprendre mieux.Elle s'en est allée souriante et résignée et je désirerais pour vous comme pour moi une aussi vaillante générosité que la sienne quand viendra notre dernière heure.Priez pour elle.En retour, sa douce petite âme se penchera sur la vôtre pour vous cotyimuniquer, j'en suis sûre, un peu de sa consolante sérénité ! FRANCELINE * * * VIOLETTE ONT ARIENNE.— Non, je ne vous avais pas jugée ingrate parce que je sais trop combien il est difficile parfois de trouver les instants libres dont on aurait besoin pour sa correspondance personnelle.Votre gentille lettre me fut bonne à lire et je souhaiterais à notre revue nombre d'amis de votre trempe, vous comprenez jusqu'au fond, vous, tout ce que signifient la publication et le soutien d'une revue canadienne distinguée.Envoyez votre roman pour le concours Lévesque, vous pourrez quand même le publier dans notre revue plus tard, si vous le désirez, Monsieur Lévesque n'y mettra pas objection dès que vous lui en aurez donné l'approbation.Et travaillez quand même l'autre roman que vous avez en tête, une fois les deux terminés, vous verrez mieux leur valeur et leurs chances de succès.Je vous sais travailleuse et je serais bien contente si vous décrochiez la palme.Votre poésie est charmante, si elle eut été de saison, je l'aurais publiée.Je vais la garder dans mes filières pour la Pâques prochaine.Au revoir et tous les succès, ma chère petite Violette Ontarienne.* * * DONA BLANCA.— Ne soyez pas surprise, ma petite amie, car l'en est rarement aimé dans la mesure où l'on aime.Ceuv que vous aimez le plus sont peut-être ceux qui vous aiment le moins et ceux qui vous adorent ne rencontrent peut-être chez vous que de l'indifférence.C'est ainsi pour que l'on souffre.la terre ne serait plus la terre si tous les coeurs étaient à l'unisson et si l'on savait s'aimer «ans égoïsme, sans défaillance et sans adieu, car après tout, le bon, le meilleur de la vie ne nous vient-il pas de nos tendresses?Ah! oui, il faut mettre beaucoup de raison, même dans les mariages d'amour, ma petite fille, pour fixer son bonheur sur des assises solides.Je vous sais assez sage et sé- rieuse pour bien peser le pour et le contre de eeïTé union et je désire de bontl mon âme que votre décision soit celle qui vous rende heureuse et vous permette de récolter le fruit de tous vos dévouements et de vos sacrifices envers les vôtres.Affectueuses salutations.* * * VERONIQUE.— Votre merci m'a rendue un peu confuse, je vous l'avoue, car la carte n'était pas celle que j'avais choisie.Je fus déçue et vous avez dû l'être, vous aussi.Heureusement que la disposition était la même.Excusez l'erreur en raison de ma bonne volonté.Votre santé reprend-elle le dessus?Je vous souhaite d'échapper à la noire perspective dont vous me parlez afin que vous connaissiez un peu de joie et de paix au sein de ves oeuvres de bienfaisance.Amitiés.J.P.GEAN.— Votre petite nouvelle a enfin été jugée et vous trouverez le verdict dans la page du Père Sévérant.Passez au bureau quand cela vous plaira, je vous remettrai votre manuscrit.Ne vous découragez pas pour ce petit échec, je crois que votre dernier travail avait été rédigé trop vite, il me parait moins mûri que vos précédents."Sur le métier, vingt fois remettez vetre ouvrage" .et revenez-nous, ma mie, votre place est toujours vôtre comme par le passé.Au revoir donc?ESPOIR.— Vos quelques lignes ont été les bienvenues et j'ai hâte de recevoir la longue lettre qui me dira toutes les bonnes nouvelles.J'apprécie toujeurs votre fidèles amitié et je suis heureuse de vos bonheurs comme je partage vos peines et vos tourments.Au plaisir de vous lire.MICHELLE.— Ce fut une surprise de vous trouver, ce matin-là, dans mon courrier, et voici le petit mot que vous demandez exclusivement pour veus dans la revue.Comment sont les bambines?J'ai grande hâte de les revoir et la maman aussi, vous pensez bien.Espérez un brin, cela ne tardera guère.et comme l'on ne perd jamais pour avoir attendu, les compensations ne se compteront plus pour chacun et je ne m'oublie pas quand je dis "chacun" car j'augure beaucoup de mon séjour là-bas, auprès de vous trus, bons amis de toujours.Bonjour et à très bientôt.Alors ?* * * MARJOLAINE.— Votre billet couleur de ciel m'est venu comme par enchantement.j'ai supposé qu'un messager était venu pendant mon absence du bureau.Mais oui, je veux bien être votre amie en plus d'être votre soeurette en journalisme.C'est une fa- veur insigne que vous me faites là et j'en suis trop contente pour penser même à refuser.Vos bonnes paroles me furent encourageantes et doublement puisqu'elles me venaient d'une consoeur qui me devance de beaucoup sur le chemin et qui veut bien quand même s'incliner vers moi.Merci aussi de bien vouloir m'adresser votre revue en échange de la nôtre et acceptez l'expression de ma fraternelle considération.ANNETTE DUCHESNE.— Votre lettre fleurant bon la mer m'est venue avec toutes «es douces choses.Grand merci pour tout, tout.J'ai aimé votre petite appréciation, sur "La Fin de la Terre" de monsieur Emmanuel Desrosiers et je la transcris ici pour l'auteur qui a la mauvaise habitude de lire mon courrier, parait-il, et qui se trouvera ainsi à savoir ce que vous pensez de lui."Que de neuf, que d'imprévu et d'original dans ce travail qui nous tient en haleine constamment.Les idées sont neuves et brodées de façon si personnelle, si unique, te dirais, et trahissent le talent sérieux de l'auteur.M.Desrosiers est un des rares écrivains qui sortent des sentiers battus du fade roman populaire et je le félicite de son oeuvre que j'ai aimée sur toute la ligne." Je partage votre opinion, sur toute lu ligne.Le style de "La Fin de la Terre" neus réveille pour ainsi dire par sa force, sa profondeur, et son exclusivité, et l'on est tout étonné quand on ferme le livre d'avoir pu lire tant de pages sur le même sujet scientifique, sans être ennuyé ou fatigué.C'est le genre tout à fait exceptionnel de ce volume qui lui a valu tant de succès.A l'oreille, je vous souffle que l'on prépare la seconde éditien.Si jamais vous passez à nos bureaux de l'Eclaireur, je me ferai un plaisir de vous présenter M.Desrosiers.Je passe ce mois-ci, quelques-unes de vos chroniques, c'est la balance de celles que j'avais en mains, celles que vous m'annoncez seront donc les bienvenues.Je vous attends bientôt et j'ai hâte de vous revoir.LA PALOMA.— Votre sympathie me fut bien consolante et je vous en remercie.Je suis toute fière si le "tout" fut à votre gré, et dans l'occasion, nous recommencerons.Je dis à Jules Larivière que ses pages vous captivent et que ce Bont les premières que vous cherchez à la re-vup et je dis aussi à Jules des Grèves qui pourrait bien être son frère jumeau que ses petits contes humoristiques vous amusent beaucoup.Je vous encourage à continuer l'oeuvre entreprise, son succès est assuré d'avance et nous avons hâte de vous applaudir.Reconnaissance et bon souvenir.* * * OEILLET DE POETE.— Votre letre est arrivée trop tard le mois dernier pour avoir sa réponse dans la revue, mais si je vous remercie un peu tardivement, ne croyez pas que j'aie été moins touchée de votre sympathique missive à l'occasion de nos récents deuils.Notre collaboratrice n'est pas celle que l'on croit, il y a erreur, je puis vous le certifier.Les deuils qui ont visité votre ami ne sont pas sans me causer de chagrin, je lui offre mes condoléances et le remercie de celles qu'il m'a gentiment adressées par votre entremise.Celle dont voui me parlez n'est pas à "La Patrie", C'est Louise qui est enc:re au Royaume des Femmes et à "Réponse-à-tnut" et qui continue vaillamment l'oeuvre qu'elle a fondée, il y a déjà plusieurs années et dont elle a su faire un succès.On vous a mal informée encore.Je ne saurais vous donner d'autres précisions, il n'y a rien de formel dans les rumeurs, jusqu'à date.Ne vous désolez pas de ne pouveir écrire souvent, je comprends toutes vos raisons, venez quand ce vous sera loisible, je serai contente de vous lire, et mes sentiments ne s'altéreront pas si parfois vous tardez un peu.Un bouquet de mes pensées pour v:us.MADAME BOISSt NNAULT.— Nous publions votre belle poésie dans notre présente édition.J'ai fait faire le cliché de votre vieille église, croyant que ce vous serait agréable.Je vous félicite pour le titre que l'on vous a décerné, et que vous avez mérité par vos travaux littéraires.J'ai :urveillé moi-même la correction des épreuves de votre pièce de vers et j'espère que vous n'aurez pas trop ù TOW en plaindre.Je vous ferai envoyer des copies de la revue à l'adresse que vous nous avez donnée sur votre yrv cédente lettre à moins que vous désiriez que l'envoi vous soit fait à M ntréal ou à Québec.Bonjour, chère madame et merci de votre collaboration.FRANCELINETTE.— Vos cartes, votre lettre et vos articles reçus.Je vous remercie pour les premières et vous donnerai le verdict quant aux seconds, dans le prochain currier.Je les passerai au Père Sévérant qui les jugera dans son courrier littéraire et les publiera s'il y a lieu.Je vous remercie de toutes vos gentillesses à mon endroit.Je regrette de n'avoir pu profiter de votre dernière invitation mais nous étions en pleine activité et c'était impossible de quitter le bureau.Beaucoup de succès dans vos études complémentaires et au revoir.(Suite à la page 37) Septembre 1031 MON MAGAZINE Page 19 UN ENFANT S'EQARA M.EMMANUEL DESROSIERS L'enfant c'est la joie.S'ë vient à nous quitter nos coeurs se brisent .— Que fais-tu là ?— Rien, Monsieur, je marche depuis le matin à travers la forêt.— Tu es seul?— Oui.— Quel est ton nom?— Marc.— Où sont tes parents?— Je ne sais plus.Je me suis égaré ce matin en cherchant dss fruits sauvages.— Des fruits sauvages ?Pauvre petit, il n'y en a plus de fruits sauvages.Tu ne vois pas que l'automne vient?L'homme frissonna.Le hasard l'avait fait rencontrer l'enfant avant la mort.— Quel âge as-tu?— Onze ans.— Tu as faim?L'enfant ouvrit de grands yeux pleins de convoitise quand l'homme toucha son havresac.— Tiens, prends ça! Le chasseur lui tendit un reste de viande qui goûtait le sapin et une galette brune appétissante.Le soir venait.Déjà la forêt de mélèzes brunissait et là-bas.très loin, très loin, vers le nord, le soleil descendait vers l'horiz n.— Suis-moi petit! L'homme et l'enfant marchèrent longtemps dans un sentier battu par les ours.Le silence qui précède la nuit avait quelque chose d'angoissant.Au bout d'une demi-heure ils arrivèrent à une clairière au bord d'une petite rivière qui coulait tranquille entre une double rangée d'épinettes.Il y avait là une cabane de tronc d'arbres qu'abritait un énorme sapin.Un chien vint à leur rencontre en aboyant.Reconnaissant son maître la bête montra une joie bruyante.Marc le caressa sans crainte.La porte du chantier s'ouvrit, une femme parut: — Où as tu ramassé le gamin?— Là-bas, dans les bois, il était perdu, heureusement que je l'ai trouvé.Enfin! tu as préparé le repas.Le petit a sans doute faim.Ils entrèrent.— Tu veux manger, mon enfant?demanda la femme.— Oh! oui, madame.Demain nous retrouverons maman ?— Sans doute, reprit le chasseur, demain nous descendrons la rivière jusqu'au village et nous aurons des renseignements.Pour le moment, nous allons manger de bon appétit, nous reposer et dès l'aube mus partirons.L'homme pensait que les parents de l'enfant devaient être dans l'anxiété la plus profonde.Marc était un joli bambin au teint légèrement bronzé, fc?5 joues rondes et rouges comme des pommes fameuses, une chevelure en désordre, des formes rondes que moulait un habit brun, la plus parfaite image d'une splendide jeunesse.Ils soupèrent de bon appétit sûrement.Dans une grande soupière mijotait un pot-au-feu de la foret relevé de condiments étrangers au pays qui avaient relevé la viande de chevreuil dont il était composé.Marc avait même été un peu glouton.L'heure passa.Depuis des heures la nuit était maîtresse partout et les bruissements de la foret s'accentuaient.Oti fit coucher l'enfant sur un tas de branches de sapin que recouvrait une moelleuse peau d'ours.Il s'end rmit.A cet âge on ne pense pas beaucoup aux affres de la mère qui a perdu son enfant.Marc fit dee rêves dorés jusqu'au matin.L'odeur du café s'était répandu partout quand il se réveilla.La ménagère du chantier lui avait préparé un baquet d'eau fraîche puisée à la source, dans les roches et une serviette de grosse toile grise.— Tu as bien dormi, petit?dit-elle en caressant la tète rés:lue du bambin.Fais bien ta toilette pour que maman te trouve beau.L'odeur des mélèzes aiguise l'appétit.Marc fit honneur au déjeuner frugal.Il dit adieu à la bonne dame et prit place dans le canot du chasseur.Bientôt, le chantier disparut.Au-devant du canot la rivière déroulait ses sinuosités et son paysage changeant.L'homme ne parlait guère.Ceux qui vivent dans les beis ne ressentent pas le besoin de bavarder qui caractérise les habitants des villes.Ils écoutent la grande voix sourde de la forêt.Marc regardait les rives qui fuyaient, les épinettes qui semblaient courir là-bas au-devant du soleil matinal.L'automne avait jeté ses couleurs sombres un peu partout et les sous-bois jaunis semblaient de- Marc était un joli bambin au teint légèrement bronzé, les joues rondes comme des pommes fameuses.mander protection aux cimes vertes des essences résineuses.Seul le clap.tis de l'aviron qui plonge dans l'eau noire troublait le silence.Marc, à l'avant de l'embarcation ne perdait rien du paysage et jouissait de l'aventure, sa joie était d'autant plus grande qu'il se rapprochait de sa maman.Au bout de quelques heures, des habitations de colons apparurent parsemées dans la plaine à demie Mb isée, puis vers midi le canot accosta au village de X.— Viens, petit, nous allons retrouver tes parents, dis le chasseur en entraînant Marc vers le bureau des gardes forestiers.Le radio avait annoncé qu'un enfant de ce nom s'était égaré dans les forêts du nord.Des battues s'organisaient dans l'espoir de retrouver le petit garçon.On téléphona la nouvelle aux parents qui s'apprêtèrent à venir chercher le petit.Cependant il fallait se hâter car la saison des pluies approchait et dans cette région du nord on ne sait jamais quand l'hiver sévit.Par voie de terre et plus près de la cabane du chasseur que ne l'était le village les parents de Marc pouvaient le rencontrer au bout d'un* dizaine de jours.Le chemin le plus court était celui qu'avait suivi l'enfant seul dans la forêt, en le suivant ils risquaient de s'égarer à leur tour.Le chasseur et l'enfant décidèrent d:nc le retour vers le chantier.I/e soir du même jour ils arrivèrent au camp de billots.La femme était surprise de revoir le bambin et ne put s'empêcher de l'embrasser.Ils soupèrent de b:n appétit.Le petit avait ramené la joie avec son retour.L'exacte position de la maison du chasseur donnée par téléphone à un guide aurait dû amener les parents de Marc à sa rencontre dans les quelque dix jours suivants.Il ne devait pas en être ainsi.Un soir la neige se mit à tomber.Elle remplissait l'espace de ses gros flocons blancs et très denses.La nuit, très tôt, s'abattait sur ce coin de forêt et le fourmillement des ombres rendait les ténèbres des sous-bois d'une opacité qui tenait de l'effroi.On verrouillait la grosse porte de chêne puis, sans hâte les bûches se succédaient dans la cheminée béante.Le petit Marc s'amusait maintenant qu'il savait que ses parents étaient moins inquiets.La femme du chasseur était bonne pour lui; elle le cajolait, lui contait des histoires naives, sans prétention et l'enfant écoutait la voix de la femme qui s'élevait doucement dans le silence du chantier, et cette autre voix émouvante de la forêt qui bramait au-dehors.derrière les murs de bois-rond.Avec novembre, pour de bon, le froid arriva et gela entièrement la rivière.Sans doute, à l'heure de l'accalmie, on verrait poindre l'équipage de chiens amenant les parents du petit.Mais aussitôt qu'une tempête cessait on lisait dans le ciel le présage d'une autre tempête et pendant tout ce mois l'ouragan se déchaîna presque sans accalmie.Au chantier il y avait des provisions et certains jours le chasseur pouvait visiter ses pièges et rapporter la viande fraîche qui ranime.Marc se plaisait en compagnie de cet homme qui l'amenait avec lui à la levée des pièges.C'était toujours du nouveau pour lui qui n'avait guère vu que la ville, cependant quand le soir venait il devenait rêveur, le cher enfant, mais vite le nuage se dissipait.Un matin de décembre très clair, le groupe vit au loin sur la glace de la rivière, un équipage qui s'avançait.C'était un guide avec ses chiens.Il s'arrêta devant la cabane, entra.— C'est vous Pierre Demeule?— C'est moi.— Et le petit, c'est Marc L.?— Oui.— Alors, je dois le ramener avec moi.Ses parents l'attendent à X.Voici un paquet de har-des.habillez-le chaudement, nous partons tout de suite.La femme du chasseur prit le petit dans ses bras et l'embrassa.Les larmes coulaient de ses yeux sombres.L'enfant partit.Ce soir-là, près de l'àtre trop rouge la femme sanglotait.L'homme ne disait mot, furtivement il arrachait une goutte eTeau qui s'acharnait à rester au coin de ses paupières.Ni l'un ni l'autre n'osait parler de l'enfant disparu, mais tous deux y pensaient éperdument MON MAGAZINE Septembre U).U Ministère des Travaux Publics et du Travail de la Province de Québec L'Hon.J.L.FRANCOEUR, C.R., Ministre Un Département d'avant-garde aux soins duquel sont confiés tous les travaux publics et tout ce qui a trait eux questions ouvrières.Onze années d'activités de ce département sous l'administration Taschereau : Travaux publics : Octrois aux municipalités pour la construction de ponts.— Construction de ponts aux frais de la province.— Octrois aux municipalités pour la prévention des incendies.— Aide aux chômeurs.— Construction, réparation et entretien des édifices publics.Travail : Inspection des établissements industriels et des édifices publics, inspection des installations électriques, bureaux de placement provinciaux.Commission du salaire minimum des femmes.Bureau de conciliation et d'arbitrage des différends industriels, enquêtes relatives au travail du dimanche.Montant des octrois pour les fins susdites : I.Travaux publics : a) Ponts .b) Edifices publics c) Prévention des incendies d) Octrois de chômage (Part de la province) .TOTAL II Travail proprement dit : a) Activités diverses du Dé- partement du Travail b) Compensations aux acci- dentés ou à leurs ayants - droits payées par la Commission des Accidents du Travail $1 5.561,724.04 13.435,178.15 654.125 96 3.459,317.00 $33,1 [0.345.15 $ 1.095,195.31 8.569.258.20 TOTAL $ 9,664.453.51 GRAND TOTAL $42.774.798.66 APPENDICE (a) Sommaire de la législation ouvrière Taschereau Chômage:—Loi ratifiant une convention en vertu de laquelle le gouvernement de la province s'engage à contribuer pour 25% dans le coût des travaux exécutés pour remédier au chômage.Loi permettant aux municipalités de contribuer pour 50% à ces travaux et facilitant les procédures d'emprunt et autres.( 1951, 21 Geo.V, ch.2).Chômage: — Loi ratifiant certaines autorisations données par le lieutenant-gouverneur en conseil à des municipalités afin de ne pas retarder l'exécution des travaux faits pour venir en aide aux chômeurs.(1931, 21 Geo.V, ch.3).Ministère: — Loi créant un ministère du travail.(1931, 21 Geo.V, ch.19).Différends ouvriers: — Loi concernant les différends entre employeurs et employés des services publics municipaux.(1931, 21 Geo.v, ch..Syndicat professionnel: — Loi permettant à un syndicat professionnel de changer le nom sous lequel il a été constitué en corporation.(1929, 19 Geo.V, ch.70).Syndicats professionnels: — Loi permettant aux syndicats professionnels et aux confédérations de syndicats d'établir des caisses de secours en cas de décès des membres et, en cas de maladie, de chômage et de retraite.(1931, 21 Geo.v, ch.9«).Syndicats ouvriers: — Loi accordant à l'ouvrier membre d'un syndicat ou d'une confédération de syndicats de bénéficier des dispositions d'une convention collective de travail, même s'il n'est pas personnellement partie à cette convention.(1931, 21 Geo.V, ch.9»).Exemptions de taxes: — Loi prohibant 1 imposition de taxes, de droit ou de cotisation sur une personne travaillant à un ouvrage dans une municipalité de 5.000 âmes et plus, à raison du seul fait que cette personne n'y réside pas ou n'y est pas domiciliée.(1927, 17 Geo.V, ch.14).Commission des Accidents du Travail: — Loi créant la commission chargée d'appliquer et d'administrer la loi des accidents du travail de 19 28.(1928, 18 Geo.V, ch.80).Loi des Accidents du Travail: — Nouvelle loi des accidents du travail, dont l'application et l'administration est confiée à une commission.(1928.18 Geo.V, ch.79) Nouvelle loi des Accidents du Travail: — Nouvelle loi des accidents du travail dnsi.21 Geo.v.ch.ioo>.Diminution des heures de travail: — Loi réduisant de 60 heures à 55 heures le total des heures de travail par semaine pendant lesquelles un garçon âge de moins de 16 ans et les femmes et filles peuvent être employés.(1930, 20 Geo.V.ch.80).Protection de l'ouvrier: — Protection de l'ouvrier employé à la taille, au polissage ou au finissage du granit par l'obligation de se procurer un certificat médical à l'effet qu'il est apte à être employé à ce travail, et par l'obligation imposée aux patrons de fournir tous les dispositifs voulus pour la protection d'un ouvrier employé à ce genre de travail, {ittt, 21 00.v, ch.46).Protection de l'ouvrier.— Protection de l'ouvrier employé dans les travaux souterrains de mines par l'obligation d'obtenir un certificat médical le déclarant apte à exécuter un travail dans ces conditions.(1931.21 Geo.V.ch.46).Syndicats professionnels: — Loi permettant à un syndicat professionnel ou à une confédération de syndicats de se porter demandeur dans une instance pour revendiquer les droits acquis à leurs membres en vertu d'une convention collective du travail, sous cession de créance par les membres.(1931, 11 Geo.v, ch.98). Srptemhre 1031 MON MAGAZINE Paye 21 Le Roi de Siam à la Malbaie L'Hôte de la Canada Steamship Lines Qiielqucs notes par M.Emmanuel Desrosiers 1ERNIEREMENT le Canada avait l'honneur de recevoir le roi de Siam et son épouse.Les journaux nous ont amplement renseigné sur le roi lui-même mais n'ont guère parlé de ce royaume de l'Indo-Chine qu'arrosent le Mékong et le Ménam.Prajahipok était venu en Amérique afin de subir l'opération de la cataracte.Son pays quoique très riche et sur la voie du progrès, ne possède pas encore le matériel scientifique qui fait la renommée des hôpitaux d'occident.Le Siam n'est pas plus mal partagé sur ce point que les autres pays orientaux.Partout, là-bas, en Chine, aux Indes, dans tous les pays qui bordent les océans, les peuples sont les vassaux de notre matériel scientifique.Sans doute, les blancs éri-g e n t des hôpitaux pour le traitement de maladies vieilles comme le monde; ils essaient de percer le mystère de la lèpre, cette "usure de l'humanité", comme dit Carrel.C o m m ent pourraient-ils, a v ec des moyens de fortune fouiller la cellule vivante et en saisir les causes de la dégénérescence?Les religieuses se chargent de traiter la multitude e n v a hie par la flore microbienne la plus disparate.Ils n'ont à leur disposition qu'un attirail vieillot et que des données scientifiques cent fois démenties.Sans doute, cette prétention n'enlève aucune valeur aux installations de certaines léproseries, qui sont pourvues de l'outillage le plus moderne, mais il faut avouer que ces institutions sont dirigées par des européens ou des américains.Naturellement le Japon et les différentes concessions étrangères possèdent un matériel hospitalier et scientifique de tout premier ordre.Le roi de Siam pouvait se payer le luxe d'une opération aux Etats-Unis.Il serait venu à Montréal qu'il aurait été aussi bien traité, car nos hôpitaux, et je n'en exclue pas ceux de Toronto, sont sur le même pied d'égalité que les institutions hospitalières de la République voisine.Après un repos aux Etats-Unis, la Canada Steamship lanes devait le recevoir a son Manoir Richelieu à La Malbaie et rehausser ainsi le presfige très grand qu'elle possède déjà.Le roi de Siam ! C'est du nouveau.Les maîtres du S'hen-mheng (éléphant blanc) ne sortaient guère.A propos de l'éléphant blanc on raconte que l'épouse du dieu Sivah.Parvati, étant allé au bain modela avec des fragments de sa.peau la statuette d'un enfant auquel elle donna la vie en soufflant dans la bouche.De retour de la guerre où il était allé Sivah apercevant l'enfant qui avait alors un an, saisi de fureur, lui trancha la tête.Pris de remords, il coupa alors la tête de son éléphant de guerre et la greffa sur le corps l'rajahipok.mi du Siam.jouant au cnlf sur If visite la Malbaie.Il esl l'hôte de la Canada Steamship Lines.On le voit ici magnifique terrain du Manoir Richelieu.Avec lui le prince Chirasakti.de l'enfant.C'est alors que naquit Ganes-ka, un des dieux de l'Inde et premier roi de Siam.Les Siamois sont boudhistes.Le royaume possède naturellement un système no-bilaire mais il est de beaucoup supérieur à nos systèmes nobilaires héréditaires en ce sens que les titres ne sont pas transmissi-bles.Chez nous, des débris de vieilles familles, des pelés, des êtres au sang vicié par les vices des ancêtres qui n'avaient eu pour peine que de naître dans la splendeur d'un château se voient investis de titres auxquels ils n'ont aucun mérite.Au Siam, rien "de tout cela.Il faut atteindre aux honneurs, les mériter.Quelquefois les moeurs de ces pays "barbares" constituent pour nous "les peuples supérieurs", la plus belle leçon de simple bon sens.Notre orgueil nous fait soutenir des théories fausses et, si nous voulions descendre au fond de nous-mêmes nous reconnaîtrions la mesquinerie de nos prétentions.Bangkok est la capitale et la principale ville du Siam depuis la décadence d'Aju-thia, l'antique capitale.Cette ville est bâtie sur une île traversée par le Ménam qui n'ayant pas beaucoup de pente rend boueux les approches de la cité.Sur la rive gauche se dressent les palais; le phrachedi, pyramide de trois cents pieds de hauteur qui renferme les reliques du Sommona-Kodom ; la pagode des Vat- baromanivat, avec ses portes d'ébènes et de nacre; la pagode de Vat - Scetuphan avec sa statue de Sommo-ra-Kodom toute couverte d'or, etc.A côté d e cette féerie, tout comme chez les peuples d'occident, il y a le paupérisme, plaie des villes riches.Le peuple des siamois est très frugal.Il se nourrit de riz et s'apparente aux Chinois en ce qui regarde la cuisine.Là-bas les cadavres sont incinérés.La seule crémation de l'épouse de Tiam-fa.noyée dans le Ménam en 1882 coûta plus de deux millions de dollars.C'est dire que les choses se font avec faste en ce pays.C'est la comédie renouvelée des César qui brûlaient dans Rome le corps des chrétiens afin d e donner un spectacle au peuple.Rien ne change moins que le coeur de l'homme sous tous les climats.dans tous les temps sous toutes les latitudes.Le roi de Siam est un grand seigneur qui voyage avec une suite assez nombreuse.Absolument moderne il s'est rite initié aux coutumes des occidentaux dont il porte le costume.Il est doué de grandes connaissances qui en font un charmant causeur, il est de plus polyglotte.Rien de trop beau pour lui.Aussi a-t-il voulu visiter le Manoir Richelieu et jouer au golf sur le magnifique terrain de cet hôtel.La reine également a voulu parcourir le terrain et jouer avec son royal époux.La visite du roi de Siam est un grand honneur pour la Canada Steamship Lines qui d'ailleurs le mérite amplement.Sa renommée se répand de plus en plus de par le monde et les activités de la compagnie sont tout à l'avantage de notre province. MON MAGAZINE Septembre 1981 LA LINQERIE BRODÉE No 2447.— Lourde branche de roses avec motif assorti pour peignoir.Patron à tracer 35c, perforé 60c.au fer chaud, foncé seulement 50c.Etampage sur le tissu de la cliente comprenant frais de port et assurance $1.25.Le peignoir doit être taillé mais non cousu, les endroits où l'on désire avoir le dessin, indiqué par un faufil blanc.Soie française pour l'exécution du dessin environ $1.40.Il serait préférable que les fleurs et les feuilles soient entièrement remplies au passé empiétant, c'est-à-dire avec des points lancés de différents tons, rentrant les uns dans les autres.Chaque fleur comprendra au moins trois tons de rose, le plus foncé au centre, le plus pâle sur les bords.Les grosses roses seront plus foncées que les petites.Les petites feuilles seront vert clair avec rainures, vert moyen.Grandes feuilles vert moyen avec rainures vert foncé.Les tiges seront gris-brun.Nos 4024 et 4025 charmants kimonos courts très pratiques pour l'été.Le No 4025 les fleurs sont en trois tons de rose, le contour étant plus pâle que l'intérieur.Les pistils sont jaune or.marguerites mauves avec coeurs jaunes.No.4024.Petit feston délicat avec loupe au richelieu.grandes fleurs de deux tons de bleu avec co:ur jaune, marguerites jaunes avec coeur brun.Feuillages verts.Les couleurs varient suivant la nuance du tissu employé.Chacun patron à tracer 25c, perforé 50c, au fer chaud 35c.Etampé sur nansouk fin 90c.sur superbe toile de soie blanche, bleue, mauve, rose, jaune ou vert $1.40.Coton M.F.A.ou soie de couleur pour la broderie 25c.PATRON V EN NAT DETAIL DES ROSES Une réduction de 20% sur les patrons, 10% sur le tissu étampe sera accordée à toute personne qui accompagnera sa commande de la bande d'abonnement à "Mon Magazine'' durant le mois qui suit la publication de ce numéro.+- — + I UN AN D'ABONNEMENT POUR 25 SOUS COUPON D'ABONNEMENT Revue de Broderie et Musique, 1723, Saint-Denis.Montréal.Veuillez trouver inclus 25 sous en paiement d'un abonnement d'un an à la Revue Musique et Broderie de Raoul Vennat.RAOUL VENNAT NOM ADRESSE 3770, rue St-D cms Montréal | VILLE Septembre 1031 MON MAGAZINE Page 23 Nos Concours Littéraires IO Regis, de St-Césaire, Comté de Rouville, remporte la paime pour Septembre.Felicitation-.La Direction du Concours.La graphologie m'a trompé Pourquoi Florent Grégoire est-il encore garçon?Ses trente-cinq ans parsèment déjà ses tempes rasées de stries blanches pressées comme des points de faufilure.Mais il porte encore beau.C'est un homme très riche en qualités intellectuelles.C'est aussi un tendre.Son coeur idéaliste a toujours quelque rêve.Plus d'une fille l'estiment.Dans le village où il revient chaque soir après sa journée de bureau à Montréal, c'est presque un beau Brummel.Pas une soeurette d'Eve qu'il ne courtise un peu.C'est qu'il espère toujours trouver dans ce parterre de fleurs féminines l'âme-soeur.Et toute son attention se concentre sur l'étude psychologique du nouveau sujet qui passe en sa vie.C'est un romantique.Comme ses frères du XIXe siècle, il porte avec une langueur pathétique sa chevelure abondante et blonde.Des yeux bleus avec une transparence marine accentuent encore la pâleur de son teint.Mail il s'anime au cours d'une conversation, jusqu'à s'emballer parfois.Il croit à l'amour, il y croit avec ferveur.Ses théories sont enthousiastes comme celles d'un adolescent.Autour de lui, on l'accuse donc, tout bas, de naïveté.Mais il est sympathique à tous.On ne peut douter qu'avec ce caractère, Florent Grégoire ait connu plusieurs aven-t II res.Ainsi dans la phalange des visiteuses qui passent en son village chaque année, quelques-unes font marque.Car notre héros les connaît toutes.Tantes ou cousines qui reçoivent quelque jouvencelle en vacances n'ont rien de plus attrayant à offrir à leurs hôtes que cette rencontre.Il y a donc des québécoises, des ontariennes et des américaines dans l'innombrable cohue de ses connaissances.Il y a même une fille de ce pays libre qui a liasse le seuil du coeur de Florent.Le cher homme ne voyait d'abord qu'un p.i< e-temps aussi utile qu'agréable en la compagnie de Miss Daisy.Mais oui, puisqu'il perfectionnait sa prononciation anglaise et qu'une telle ambiance communiquait à ses phrases le tour allègre et vif qui leur manquaient.Seulement.quand on sème tous les soirs, sous les étoiles, une multitude de pas lents, que les yeux rêveurs cherchent à deviner le mystère qui passe au champ de l'azur, que les mots échangés à mi-voix sont d'inconscientes promesses, l'heure de la moisson est bien près de sonner.Qu'importe si nu parle la langue de Washington ou celle de Corneille, il n'y a qu'un dieu cupidon! Et quand l'américaine retourna dans son pays, elle emp rtait.outre le trésor invisible du coeur rie Florent Grégoire, un gage sensible de son amour.Pour la femme idéale, toujours attendue et que le hasard venait enflïa de mettre sur sa route, il avait payé d'une large part de ses économies un joyau magnifique.Au doigt blanc de sa deuxième fiancée, Florent Grégoire a mis un anneau de platine où s'étale un gros diamant entre deux saphirs taillés en triangle.Car le jeune homme, à vingt ans, s'était subitement épris d'une pensionnaire de seize ans qui venait d'avoir un prix d'écriture.Parce qu'elle était l'amie de sa soeur, il la vit souvent.Surtout parce que son coeur trop tendre s'enflammait vite, il lui offrit un jour, clandestinement, un jonc d'or surmonté de deux rubis : symboles de leur amour fervent.Mais voilà, les parents de cette jeune demoiselle ne prirent pas au sérieux les fiançailles célébrées à huis clos.Et leur fille dut oublier sa première aventure amoureuse, à l'ombre du pensionnat où se perfectionnait encore son écriture en même temps que les sciences académiques s'incrustaient dans son cerveau C'est qu'il a une manie notre beau Brummel, une toquade qui lui est fatale.Sa première fiancée était dotée d'une écriture fine et régulière, ce qui lui faisait présager le plus heureux tempérament.Jamais, cepuis cette histoire d'amour, il n'avait retrouvé de signes graphiques tracés par une main féminine, qui avaient pu l'émouvoir.Il s'était pris si lentement au charme de Daisy, qu'il en avait oublié ce point capital ! Au soir de leur séparation, alors qu'un peu fébrile, il comptait mentalement les heures que devait prendre le courrier de Buffalo apportant le premier message de sa fiancée, il sursauta soudain.C'est vrai qu'il n'avait jamais vu son écriture! Cette pensée le hanta.Deux jours plus tard, il eut une quasi-syncope en retirant de son casier postal l'enveloppe large et massive où s'étalaient des iambatres et des courbes surmonté?d'accents et de barres énergiquement tracés.Le toqué sourYre un mal presque physique quand sa monomanie est atteinte.Tou* les nerfs de Florent se sont crispés.Brusquement, comme un oiseau qui voit sa cage ouverte, il sentit que son amour s'enfuyait à tire-d'ailes.Les phrases éloquentes et ten ire ne recurent pas de réponse.Un autre message vint dix jours après renouveler le mal et l'agorra-ver.En raison de la surprise qu'il apportait, la fièvre fut plus dense, et le destinataire lança au oanier.sans même l'ouvrir, la lettre de l'américaine.Pour se consoler peut-être d'un tel déboire et donner un but à ses loisirs, le fervent amateur de belle écriture étudia la graphologie.Il se passionna pour cet art, avec le résultat que sa marotte grandit encore.Elle l'ob-cédait.le poursuivait partout.Il advint donc, au cours d'un voyage, que Florent Grétroire.à l'hôtel où il descendit, se trouva fasciné par une signature étalée dans le registre des visiteurs.Elle datait de quatre jours.Pourvu que Solange Lebel soit encore sous ce toit, pensa-t-il.Et les yeux brillants, la voix tremblante, il questionna le commis d'hôtel.— Cette dame est partie ce matin, lui fut-il répondu.Devant la mine déconfite du nouveau client, le gros homme sanguin et romanesque qui voyait M dérouler de son poste, des tragédies parfois et souvent, des comédies, pensa bien voir juste en s'imaginant que, pour l'heure, c'était un fiancé courant à la poursuite de celle qui lui échappait.Figé dans une attitude de désappointement, le voyageur laissa bientôt retomber sa main droite où s'appuyait son front.Il tira son calepin, nota l'adresse de Solange Lebel, et se retira dans sa chambre.Son idée fixe le mettait presqu'en délire et lui donnait déjà du bonheur.Sous l'influence de cette fièvre, il multiplia les pages adressées à l'inconnue.Sincère et confiant, il lui jetait les mots comme des pétales de fleurs, admirait les traits charmants révélés par son graphisme.Quand il s'arrêta, ayant couvert huit feuillets, la pensée lui vint au cours de cette pause, que sa verve enflammée pouvait surprendre, sinon déplaire.Il eut un tressaillement au coeur.Puis, plus calme, il écrivit une simple lettre, se présentant, et donnant l'explication de son audace: la sympathie qu'il ressentait en présence de sa signature faisait présager une amitié sentimentale.Il implorait une réponse.Dans la réplique attendue, qui vint, fidèle comme une tige aimantée vers sa soeur, Florent trouva cette exquise douceur qu'il avait rêvée.Elle parlait de son àme, de son coeur, de sa vie avec un fraternel abandon.Son goût artistique, sa culture intellectuelle en faisaient une personne rare.0 bienheureux art graphologique grâce auquel il trouvait la perle précieuse! La correspondance se poursuivait.L'amoureux se penchait avec tendresse sur la légère dentelle graphique: voile ténu derrière lequel passaient l'âme, le coeur et la figure de celle dont il s'était créé l'image.De part ni d'autre, photographie ne fut jamais offerte ni réclamée.Que pourraient venir faire les traits physiques dans une harmonie si parfaite des sentiments ?L'amitié tendre devint une intimité très confiante, et parce que la pente est douce, on s'aperçut un beau jour que l'on avait glissé jusqu'à l'amour.Les prières, les aveux, les promesses s'échangèrent.On parla d'avenir fait de tendresse mutuelle.Florent dut confier au courrier la bague achetée pour sa troisième fiancée.Solange parla la première de rencontre, elle invita son bien-aimé.Lui, perdu dans un monde de rêve, savourait sa joie.Ce fut le réveil.Non pas ce brusque sursaut qui chasse les visions, mais l'aube qui les continuent, douces, opalines, ailées.Au jour fixé pour le rendez-vous, cet homme heureux marchait comme un automate, tant le monde intérieur de son àme avait de primauté sur le cadre extérieur.Son regard un peu vague était fixé sur d'autres visions plus resplendissantes encore que ce midi plein de soleil d'août finissant.Il voyagea durant quatre heures, évoquant ce tableau qu'elle avait tracé: "Vous reconnaitrez mon home à son voile ce clématites bien avant que l'adresse connue ne vous avertisse que c'est là.Les clochettes des roses trémières s'agiteront sur leurs hampes pour carillonner ma joie.Emue, pressant mon coeur de mes deux mains, je vous guetterai, prête à vous aecueil-( Suite à la page 26) Pacte 2U MON MAGAZINE Septembre 1931 L'INTERPRETE (Suite de la page 14) Cette fois Elise ne pleura pas.Après avoir fini d'écrire elle plia et rangea soigneusement le manuscrit de Marcel, puis elle mit sa traduction sous enveloppe et la jeta à la poste en allant à sa tâche quotidienne.Pendant vingt jours elle ne revit pas son voisin, et s'ennuya comme le lecteur d'un feuilleton dont la publication est suspendue.Enfin, un soir, on frappa à sa porte.Elle alla ouvrir et trouva Marcel qui tenait une lettre et un pâté.^— C'est pour vous, tout çà, dit-il d^un ton de bonne humeur; j'ai reçu pour ma fête ce panthéon de croûte et une bourriche de gibier.C'est demain dimanche; vous n'allez pas chez vos bourgeois.Vous croquerez ça.— Venez au moins m'y aider, fit-elle en rougissant; c'est trop formidable pour une femme seule.— J'en prendrai ma part très volontiers.— A cette condition, j'accepte.Mais que çà ne recommence pas! C'est sérieux, vous comprenez?D'ailleurs, j'en aurais moins de plaisir à vous rendre service.— Allons, soit! A demains alors?— A demain, midi pour le quart.Je vais vite vous faire votre traduction et vous la glisser comme l'autre jour.Elise n'avait pas osé ne pas inviter Marcel, mais elle était grandement mortifiée de son acceptation.Il lui répugnait de laisser voir au jeune homme son pauvre taudis poussiéreux; mais enfin, il n'y avait plus à reculer et l'important était de bien employer les heures.Tout d'abord, elle s'occupa de sa traduction.La deuxième lettre de Nadine ressemblait à la première.La jeune Russe y parlait beaucoup d'elle, à bâton rompus, avec ce même style allègre et fou tamisé par une coquetterie caressante, et ne dévoilait toujours pas ses projets sur Marcel.Seulement elle s'étonnait d'avoir reçu une réponse en russe et demandait le nom du traducteur.Quand Elise eut fini elle s'attela à une occupation: celle d'embellir son domicile.Activement, elle reprisa, récura, frotta, rinça; elle plaça dans l'ombre les meubles sordides et mit en valeur les objets présentables, elle sacrifia une robe pour rapiécer un rideau.Enfin, sa petite chambre était charmante quand elle eut fini.Elise s'apprêtait pour aller aux provisions quand une lettre fut glissée sous sa porte.Elle y lut ces mots: "Impossible de venir; une affaire urgente m'appelle pour toute la journée.J'en suis au regret.Je vous envoie ma réponse à traduire.Vous verrez au post-scriptum les nouvelles mesures que je prends.Si vous trouvez que j'abuse de vous, biffez tout simplement la phrase."Marcel".La lettre du jeune homme à Nadine était pressante et passionnée.Sur le chapitre du traducteur il affirmait avoir affaire à une personne sûre, et sur post-scriptum demandait à la belle étrangère d'adresser directement ses lettres à Mademoiselle Doublât.Par ce moyen, disait-il, on éviterait toute perte de temps, et en cas d'alerte on dépisterait les soupçons.Elise ne biffa pas le post-scriptum.Avant de s'acheminer vers le bureau de poste elle regarda en soupirant sa chambre si bien transformée.De ce jour elle la tint en ordre, toute prête à recevoir une visite qui n'arrivait pas.La correspondance franco-russe se poursuivit régulièrement à travers les mois de mars et d'avril.Marcel plaisait visiblement à Nadine, mais il était clair aussi qu'elle ne voulait en rien engager son avenir.Elle possédait merveilleusement l'art de parler pour ne rien dire et d'irriter sans décourager.Enfin elle profitait, en experte personne, du grand avantage qu'offre aux natures fuyantes la parole écrite: celui de pouvoir se dérober aux réponses précises qu'un entretien direct vous eût extorquées.Maintenant, c'était chez Marcel qu'Elise lui communiquait les lettres.Elle avait craint de paraître ridicule et prude en persistant à appeler le jeune homme sur le palier.D'ailleurs la saison était encore fraîche, et des courants d'air assassins guettaient dans l'escalier les bronches délicates.Souvent retenu au logis par un rhume aux retours perfides, Marcel demandait des ménagements et des gâteries.Sa jeune voisine s'en rendait compte et s'y prétait volontiers.Pendant qu'il lisait la prose de Nadine, Elise suivait sur le visage de Marcel les nuances de découragement tu de dépit qu'y amenaient toutes les phrases frivoles, toutes les fins de non recevoir.Puis elle attendait la réponse, qu'il traçait séance tenante d'une plume fiévreuse, tantôt raturant cent fois un alinéa, tantôt écrivant tout d'un trait quatre pages.L'épitre achevée, tandis qu'Elise la transcrivait, il lui disait l'énervante torture de ces attentes aboutissant à des déceptions, l'impossibilité où il se trouvait de fournir un bon travail avec cette lancinante idée sous le crâne.Et il ne lui disait pas, mais elle devinait que ce roman sans conclusion troublait son système nerveux, débilitait sa nature vibrante et faisait de lui un sujet tout préparé pour la première maladie qui flotterait dans l'air.Tout à coup une lacune se fit dans la correspondance.Par deux fois une lettre de Marcel demeura sans réponse.Assurément quelque chose était arrivé à Nadine, mal physique ou refroidissement moral.Qu'était-ce donc?N'osant choisir entre ces deux hypothèses Marcel écrivit une troisième lettre qu'Elise traduisit à ses côtés, écoutant les divagations de l'amoureux en délire.A mesure qu'il parlait il s'exaltait davantage.La fièvre du corps se mêlait à la fièvre de l'âme et grossissait à ses yeux l'immensité de son infortune.Elise le laissa dans un inquiétant état d'agitation.Une heure plus tard elle reparaissait, une lettre à la main : Nadine s'était décidée à répondre.La fantasque personne n'expliquait pas son long silence, mais comme si son coeur avait mûri danj ces trois semaines elle laissait pour la première fois percer dans sa prose brève et hardie un sentiment de tendre réserve, quelque chose comme une caresse effarouchée.La coquette se faisait femme.Il y avait décidément du soleil chez cette fille des neiges.Marcel le sentit, et une joie profonde entra dans son coeur.Mais le sort avait trop tardé à lui sourire.Le mal qui couvait éclata quand même.Au matin, quand la concierge monta lui faire s on ménage, elle trouva le jeune homme en proie au délire.La maison, qui abritait un échantillon de chaque corps de métier, contenait naturellement un médecin, installé peu après le départ de son collègue en jupons.Appelé de suite, il constata une pleurésie aiguë, et installa auprès de Marcel la concierge qui dans son jeune temps avait été infirmière.Quand Elise rentra, le soir, elle vit la bonne femme qui confectionnait une tisane "des quatre fleurs." — Mon Dieu, madame Pilot, dit-elle avec émotion, est-ce que Monsieur Vi-gneul est malade?— Ch, rien de contagieux, rassurez-vous, ma chère demoiselle, et ne déménagez pas pour ça! II a les deux poumons pris, voilà tout.Ce sera très long.Mais, à son âge, de quoi ne se tire-t-on pas?— C'est si dangereux que cela?balbutia la jeune fille.— Mais non, je vous dis! Il n'en mourra pas! Est-ce que vous avez tant peur que ça de loger près d'un mort?.Je ne l'aurais pas cru.D'ailleurs on vous avertirait, soyez tranquille.On doit ça, aux locataires! Elise s'éloigna, cachant son trouble.Longtemps, l'oreille collée à la cloison, elle écouta le va et vient de la garde-malade.Elle se décida enfin à prendre quelques heures de repos.Réveillée à l'aube elle courut demander des nouvelles, mais elle trouva la porte fermée.Peut-être Marcel dormait-il?Dans le doute elle n'osa frapper et dut se rendre chez son élève, le coeur lourd d'appréhension et de chagrin.Bien des jours se passèrent dans des alternatives de crainte et d'espoir.Elise eût donné tout au monde pour entrevoir le visage de Marcel, mais Madame Pillot défendait son malade en vrai cerbère et ne donnait de details sur son état que le dos appuyé à la porte.Un soir, cependant, elle vint d'elle-même au devant d'Elise.— Ah! Mamzelle Doublât! dit-elle, il a bien crié après vous tout aujourd'hui, allez! Il dit que vous devez avoir une lettre pour lui, que vous la gardez, que ça l'empêche de guérir-Moi, je me suis dit d'abord: il divague! Mais à force de l'entendre répéter la même chose, j'ai pensé qu'il disait peut-être vrai.Dame! vous en garderiez une à bonne intention que ça n'aurait rien d'étonnant.Un malade, on craint de l'émotionner.C'est tout le contraire, je vous assure, et un peu de satisfaction ne pourrait que le calmer.— En effet, dit Elise, je gardais une lettre.mais il y a là un cas de conscience très grave.Je ne me croirai autorisée à la lui remettre que si je la juge indispensable à sa guéri-son.Je vais la traduire et l'apporter.Au bout d'une demi-heure, elle reparut, tenant la lettre.— Maintenant, Madame Pillot, dit-elle avec fermeté, faites-moi voir Monsieur Vigneul.Mon remède est très actif.Je saurai par moi-même si le malade peut s'en passer ou si son état l'exige.D'ailleurs il y a des phrases en abrégé dont je puis seule lui donner l'explication.Allons, laissez-moi passer.La concierge s'effaça en bougonnant et Elise entra.La jolie chambre au confort élégant n'était plus reconnaissable.Tous les meubles avaient changé de destination.Il y avait des hardes sur la table et des biscuits sur le "auteuil.L'atmosphère maladive, renfermée, saturée d'émanations pharmaceutiques vous prenait à la gorge en entrait.Vermeil de fièvre, l'oeil brillant, les mains impatientes, Marcel gisait sur son lit en désordre.Sur l'oreiller blanc sa figure émaciée se profilait à angles aigus.Au pas d'Elise il tressaillit, t urnant les yeux vers la porte, et jeta un grand cri en reconnaissant sa voisine.— Vous! vous! ah merci! fit-il en joignant les mains.Puis comme elle restait immobile, à suivre d'un regard mouillé les ravages que la maladie avait faits sur ce mâle et gracieux visage, il reprit d'une voix inquiète: — La lettre?où est-elle?vite! Elle essaya de secouer la tête pour le dissuader: mais elle s'arrêta effrayée devant l'exipression farouche de Marcel.— Non! fit-il.non?vous n'en avez pas?Alors pourquoi venez-vous?Pour me voir mourir?Car cela seul pouvait me sauver! Cela seul, enten-dez-vous! Un sanglot suffoqua Elise.D'un geste subit elle prit la main de Marcel et y introduisit la lettre, puis haletante, elle guetta le résultat de son audace.Une petite secousse nerveuse, un tremblement suivi d'une douce averse de larmes qui le soulageaient visiblement, voilà ce qu'amena la vue du billet désiré.Maroel le déplia lentement, de ses doigts que la faiblesse rendait malhabiles, et il se mit à lire avec l'air extasié d'un affamé qu'on rassasie.Comme une mère qui voit, avec un mélange de joie pour le bien-être qu'il y puise et de jalousie envers celle qui le lui procure, son enfant sucer le lait d^une nourrice, Elise regardait Marcel boire à longs traits la lsttre de Nadine.A la seconde page, il s'arrêta, la lassitude reprenant ses droits, et tendant la lettre à Elise: — Continuez, dit-il; lisez tout haut.Elle lut, bien bas et bien clair pour lui éviter toute fatigue.Dans sa douce voix chantante, un reste de larmes mettait parfois des saccades.Ce frêle organe attendri était bien celui qu'il fallait pour lire la plus exquise effusion d'amour qui fût jamais sortie d'une plume féminine.A mesure qu'elle avançait dans sa lecture, les traits de Marcel se détendaient.Un air de souverain bien-être s'étendait sur son visage.Quand elle eut fini il resta un moment recueilli, puis s'agitant: — Maintenant je veux sa lettre.sa vraie lettre.— Comment?fit Elise troublée, que voulez-vous dire?— Oui.son papier, son écriture .je les veux là sous mon oreiller.Je dormirai mieux quand j'aurai près de moi quelque chose d'elle.— Ecoutez Monsieur Marcel, il faut être raisonnable, et ne pas vous désoler pour ce que je vais vous dire.J'ai agi en étourdie.J'ai laissé la fenêtre ouverte et le vent a emporté votre lettre.Il fronça les sourcils.— Et l'autre?dit-il, celle du 14 Mai?— Je crois, fit Elise en baissant les yeux, que je l'ai brûlée avec de vieux papiers.Si vous voulez que je la cherche ?— N'en parlons plus! dit Marcel en contrariété.Ce qui est fait est fait.Mais à l'avenir, apportez moi l'original avec la copie.— Je vous le promets.— Bon.Mais en attendant il s'agit d'écrire la réponse.Mettez-vous là que je vous dicte.si je puis, car mes idées sont encore confuses et je crains de m'exprimer mal.— Voulez-vous que j'écrive comme si j'étais vous?demanda ingénument Elise.— Quelle folie! Comment pour-riez-vous savoir?— Pourquoi pas?Voyons, si je disais par exemple: "Ma chère Nadine, j'étais bien malade mais je suis guéri grâce à votre lettre aimée.Mon coeur déborde de mille tendresses que je vous dirai plus tard.Aujourd'hui comme toujours je vous aime de toutes les forces de mon âme." Ce ne serait pas mal, ce me semble.— Mais, c'est beaucoup mieux que je ne saurais le dire! .Ces romanciers russes sont de grands maîtres.— Croyez-vous?Enfin! pourvu que mon 9tyle vous convienne! — A merveille! Ecrivez pour moi, ma gentille voisine, écrivez tout ce que vous venez de dire, et merci! .merci! Rassénéré pour de bon, il se retourna vers la ruelle pendant qu'Elise se mettait à écrire.Au bout d'un moment elle releva la tête et le regarda: il s'était endormi paisiblement.Alors elle rassembla ses papiers, se leva sans bruit et quitta la chambre.Madame Pillot qui avait été donner un coup d'oeil à sa loge remontait justement l'escalier.Elise se pencha sur la rampe: (Suite à la page 28) Septembre 1931 Histoire pour rire MON MAGAZINE Page 25 Alphonse DAUDET he Cure de Cucugnan L'abbé Martin était curé de Cucugnan.Bon comme le pain, franc comme l'or, il aimait paternellement ses Cucugnanais, pour lui son Cucugnan aurait été le paradis sur terre, si les Cucugnanais lui avaient donné un peu de satisfaction; mais hélas! les araignées filaient dans son confessionnal, et , le beau jour de Pâques, les hosties restaient au fond de son Saint-Ciboire.Le bon prêtre en avait le coeur meurtri, et toujours il demandait à Dieu la grâce de ne pas mourir avant d'avoir ramené au bercail son troupeau dispersé.Or, vous allez voir que Dieu l'entendit.Un dimanche, après l'Evangile, M.Martin monta en chaire : "Mes frères, vous me croirez si vous voulez : l'autre nuit, je me suis trouvé, moi, misérable pécheur, à la porte du Paradis."Je frappai, saint Pierre m'ouvrit ! "Tiens, c'est vous, mon brave monsieur Martin, me fit-il; quel bonheur!.et qu'y a-t-il pour votre service?"— Bon saint Pierre, vous qui tenez le grand livre et la clef, pourriez-vous me dire, si je ne suis pas trop curieux, comment vous avez de Cucugnanais en Paradis"."— Je n'ai rien à vous refuser, monsieur Martin, asseyez-vous, nous allons voir la chose ensemble".Et saint Pierre prit son gros livre, l'ouvrit, mit ses besicles : "Voyons un peu: Cucugnan, disons-nous.Cu.Cu.Cu.Cucugnan.Nous y sommes, Cucugnan.Mon brave monsieur Martin, la page est restée blanche.Pas une âme, pas plus de Cucugnanais que d'arêtes dans une dinde."Comment! personne de Cucugnan ici! Personne! ce n'est pas possible! regardez mieux."— Personne! saint homme.Regardez vous-même, si vous croyez que je plaisante.Moi, pécaïre, je frappais les pieds et, les mains jointes, criais miséricorde.Alors, saint Pierre dit: "— Croyez-moi, monsieur Martin, il ne faut pas vous mettre ainsi le coeur à l'envers, car vous pourriez en avoir quelque mauvais coup de sang.Ce n'est pas votre faute, après tout.Vos Cucugnanais, voyez-vous, doivent faire à coup sur leur petite quarantaine en purgatoire."— Ah! par charité, grand saint Pierre, faites que je puisse au moins les voir! les voir et les consoler ! ! "— Volontiers, mon ami!.Tenez, chaussez vite ces sandales, car les chemins ne sont pas beaux du reste.voilà qui est bien.Maintenant, cheminez, cheminez droit devant vous.Vous voyez là-bas, au fond, en tournant?Vous trouverez une porte d'argent toute constellée de croix noires.A main droite.vous frapperez, on vous ouvrira.Adessias! Tenez-vous ferme et gaillardet".Et je cheminai.je cheminai !.Quelle battue! J'ai la chair de poule, rien que d'y songer.Un petit sentier, plein de ronces, d'escarboucles qui luisaient, et de serpents qui sifflaient, m'amena jusqu'à la porte d'argent.— Pan ! Pan ! — Qui frappe?me fait une voix rauque et violente.— Le curé de Cucugnan.— De.?— De Cucugnan.— Ah !.entrez.J'entrai, un grand bel ange, aux ailes sombres comme la nuit, avec une robe resplendissante comme le jour, avec une clef de diamants à sa ceinture, portait un gros livre, plus gros que celui de saint Pierre.— Finalement, que voulez-vous et que demandez-vous?dit l'ange?"— Bel ange de Dieu, je veux savoir, — je suis bien curieux peut-être, — si vous avez ici les Cucugnanais."Les?."Les Cucugnanais, les gens de Cucugnan, que c'est moi qui suis leur prieur."— Ah! l'abbé Martin, n'est-ce pas?"— Pour vous servir, monsieur l'ange."— Vous dites donc Cucugnan." "Et l'ange ouvre et feuillette son grand livre, mouillant son doigt de salive pour que le feuillet glisse mieux."Cucugnan.dit-il en poussant un long soupir.Monsieur Martin, nous n'avons en purgatoire personne de Cucugnan."— Jésus! Marie! Joseph! personne de Cucugnan en purgatoire! A Dieu! ô grand Dieu! où sont-ils donc?"— Eh! saint homme, ils sont en paradis! Où diantre voulez-vous qu'ils soient?"— Mais j'en viens, du paradis."— Vous en venez!.Eh bien?"— Eh bien! ils n'y sont pas!.Ah! bonne mère des anges !."— Que voulez-vous, monsieur le curé?s'ils ne sont ni en paradis ni en purgatoire, il n'y a pas de milieu, ils sont."— Sainte-Croix! Jésus, fils de David! ai! ai! ai! est-il possible?.serait-ce un mensonge du grand saint Pierre?."Pourtant je n'ai pas entendu chanter le coq.ai! pauvres nous! comment irais-je en paradis, si mes Cucugnanais n'y sont pas?"— Ecoutez, mon pauvre monsieur Martin, puisque vous voulez, coûte que coûte, être sûr de tout ceci, et voir de vos yeux de quoi il retourne, prenez ce sentier, filez en courant, si vous savez courir.vous trouverez à gauche, un grand portail.Là.vous vous renseignerez sur tout.Dieu vous le donne!" "Et l'ange ferma la porte."C'était un long sentier tout pavé de braise rouge.Je chancelais comme si j'avais bu; à chaque pas, je trébuchais, j'était tout en eau, chaque poil de mon corps avait sa goutte de sueur, et je haletais de soif.Mais, ma foi ! grâce aux sandales que le bon saint Pierre m'avait prêtées, je ne me brûlais pas les pieds."Quand j'eus fait assez de faux pas clopin clopant, je vis à ma main gauche une porte.non, un portail, un énorme portail tout bâillant, comme la gueule d'un grand four."Oh! mes enfants, quel spectacle!."Là on ne me demande pas mon nom ; là, point de registre.Par fournées et à pleine porte, on entre là, mes frères, comme le dimanche vous entrez au cabaret."Je suais à grosses gouttes, et pourtant j'étais transi, j'avais le frisson.Mes cheveux se redressaient.Je sentais le brûlé, la chair rôtie, quelque chose comme l'odeur qui se répand dans notre Cucugnan quand Eloy, le maréchal, brûle pour la ferrer la botte d'un vieil âne."Je perdais haleine dans cet air puant et embrasé, j'entendais une clameur horrible, des gémissements, des hurlements, des jurements."Eh bien ! entres-tu ou n'entres-tu pas, toi?— me fait en me piquant de sa fourche, un démon cornu."Moi?je n'entre pas, je suis un ami du bon Dieu! "— Tu es un ami de Dieu !.Eh ! b.de teigneux! que viens-tu faire ici?."— Je viens !.ah ! ne m'en parlez pas, que je ne puis plus me tenir sur mes jambes.Je viens.Je viens de loin.humblement demander.si.si par coup du hasard.vous n'auriez pas ici.quelqu'un.quelqu'un de Cucugnan !."— Ah! feu de Dieu! tu fais la bête, toi, comme si tu ne savais pas que tout Cucugnan est ici.Tiens, laid corbeau, regarde et tu verras comme nous les arrangeons ici, les fameux Cucugnanais!."Et je vis, au milieu d'un épouvantable tourbillon de flamme: "Le long Coq-Galine, — vous l'avez tous connu mes frères, — Coq-Galine, qui se grisait si souvent et si souvent secouait les puces à sa pauvre Clairon."Je vis Pascal Doigt de Poix, qui faisait son huile avec les olives de M.Julien."Je vis Barbet la glaneuse, qui en glanint, pour avoir plus vite noué sa gerbe, puisait à poignée aux gerbiers."Je vis maître Crapasi.qui huilait si bien la roue de sa brouette."Et Dauphine qui vendait si cher l'eau de son puits."Et puis Tortilard, qui, lorsqu'il me rencontrait portant le bon Dieu, filait son chemin la barette sur la tète et la pipe au bec.et fier comme Artaban.comme s'il avait rencontré un chien."Et Gouleau avec sa zette.et Jacques, et Pierre, et Toni." Emu, blême de peur, l'auditoire gémit,, en voyant l'enfer tout ouvert, qui son père et qui sa mère, qui sa grand'mère et qui sa soeur."Vous sentez bien, mes frères, reprit le bon abbé Martin, vous sentez bien que ceci ne peut pas durer.J'ai charge d'âmes, et je veux, je veux vous sauver de l'abîme où vous êtes tous en train de rouler tète première.Demain je me mets à l'ouvrage, pas plus tard que demain.Et l'ouvrage ne manquera pas! Voici comment je m'y prendrai.Pour que tout se fasse bien, il faut tout faire avec ordre.Nous irons rang en rang, comme à Jon-quières quand on danse."Demain, lundi, je confesserai les vieux et les vieilles.Cela n'est rien.(Suite à la page 27) Page 26 MON MAGAZINE Septembre 1931 L A SANTE PAR LE $4VCI R -VIVRE L.-P.Mercier, D.C., N.D., //.ent le violon, aimerait à correspondre avec de jeunes virtuoses.Mademoiselle Lola Pêne, rue Tara-gnat, Vallée des Coins, Nouméa, Nouvelle-Calédonie, aimerait à entrer en correspondance avec des amies canadiennes.Monsieur Maurice Clerc, Ly > ¦ c i ¦ Rouget de Lisle, Lons-le-Saunier, Jura.France, 17 ans, demande des amies canadiennes.Mademciselle Marcelle Borschneck, 43 rue de la Fraternité, Montreuil, Seine, France, 16 ans, aimerait à correspondre dans la langue anglaise, avec des amies canadiennes.Monsieurs J.Chorel, 6 Passage de la Rampe, Rouen, demande des amies canadiennes.Monsieur Emmanuel Rampn, 39 rue Pierre Dipont, Lyon le, très sympathique à notre pays, demande des amies canadiennes avec qui il pourraft échanger idées, goûts et sentiments.Mademoiselle Thella Rassool, Pert Victoria, Iles Seychelles, Océan Indien, 27 ans, aimable et cultivée demande des amies et amis canadiens.Mesdemoiselles Augustine Arand, Rivel, (Aude) Marie-Thérèse Albarel, 75 rue droite, Narbonne, (Aude), Ylanne Martin.Saline, Sainte-Lucie, La Nouvelle, Aude, Françoise Emmanuel, 4 rue de Metz, Lésignan, Aude, H ans, demandent des amis et amis canadiens.Monsieur Georges Benoit Gouin, 23 avenue de la Gare, Lons-le-Saunier, (Jura) France, désire correspondante canadienne.Monsieur De Vis Victor, le Régiment Etranger, CM.3N.1G760, Poste de Meridja, par Colomb-Bechar, Sud Oranais, Algérie, exilé dans les déserts du Sahara, serait heureux de recevoir quelques missives d'une gentille marraine canadienne.Mademoiselle Maryne Degand, 3e rue d'Alger, Saint-Vallier sur Rhône-Drôme, 20 ans, aimerait à correspondre avec une amie canadienne de son âge.Madame Paul Bastren, rue de Syrienne, Vauziers, (Audenne) France, désire correspondre avec une amie canadienne dans 35 ans.Elle est aimable et distinguée.Monsieur Brochenin Elie, chez Cou- jier et Couston, Pyons (Drôme) France, demande des amies canadiennes.Madame EL Briard, Onesse (Landes) France, veuve de guerre, très aimable et distinguée, demande une amie canadienne avec qui elle pourrait nouer des liens d'amitié.Monsieur André Fouquet, Pavillon 112, Sanatorium de Kerpape-en-Ploe-meur, (Morbihan) France, 17 ans, cherche une gentille correspondante canadienne, afin de nouer des liens d'amitié.Mademoiselle Simone Buré, 19 rue Joséphine, Evreux, Eure, France, 21 ans, rieuse dactylo, aimerait à correspondre avec des amies canadiennes.Messieurs Maleskeirtek et Guénin, Radiotélégraphistes, C.E,T.4e R.E.Marrakeck, Maroc, demandent des amies canadiennes.Monsieur A.Renaud, 9-m Timonier, Aviso "Malicieuse", Saigon, Cochin-chine, distingué et cultivé aimerait à correspondre avec gentille marraine canadienne.Mou-Mur An.In- .Ji-nn, Poste Res-tante, Colmar, (Haut-Rhin), France, 17 ans, aimant beaucoup l'étude, demande une amie canadienne, qui est encore aux études.Mademoiselle Marcelle Mounié, 7, rue Bombomel, Saint-Pierre, Oran, Algérie, 18 ans, originaire de France, très intéressante, demande une amie canadienne.Monsieur M.Henry Joaille, Mie.18090, 13e R.T.A.C.H.R.Meknès, Maroc, désire correspondante canadienne.Monsieur Mario, E.Euccé, 4 rue Masguid El Hadaré, Alexandrie, (Egypte) demande une amie canadienne.Monsieur P.Blanchard, Légionnaire Photographe, Mridja par Colomb Béchar, Sud Oranais, Aimerait à correspondre avec jeunes filles amateurs de la photographie avec qui il pourrait échanger des vues des différents pays.Messieurs Pierre Légée, Elève de 4e Année Sciences, Ecole Normale d« Versailles Seine et Oise, France, Jean Schrab, Elève de 4e Année Lettres, Ecole Normale de Versailles, Seine et Oise, France, Louis-Emmanuel Daniel, Elève de 4e année Sciences, Ecole Normale de Versailles, Seine et Oise, France, Christion Veillard, Elève de 4e Année Sciences, Normale de Versailles, Seine et Oise, France, Jean Depret, Elève de 4e année Arts, Pensionnat Gembert, Fournes (Nord) France, cherchent des correspondantes canadiennes, de seize à vingt ans.Monsieur P
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