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Titre :
La ruche littéraire et politique
Paraissant mensuellement à Montréal, La Ruche littéraire et politique visait à publier des textes littéraires d'auteurs canadiens. [...]

La Ruche littéraire et politique est lancée en 1853 par Georges-Hippolyte Cherrier, qui nomme Henri-Émile Chevalier, proscrit français du Second Empire, rédacteur en chef de la revue. Paraissant mensuellement à Montréal, elle visait à publier des textes littéraires d'auteurs canadiens.

Libérale, La Ruche littéraire et politique publie donc des nouvelles et des poésies d'auteurs affiliés à l'Institut canadien. On y trouve entre autres des textes d'Eugène L'Écuyer, de Joseph Lenoir, de Félix-Gabriel Marchand, qui deviendra plus tard premier ministre du Québec, de George Batchelor, de James MacPherson Le Moine, de Charles Laberge, de Georges de Boucherville, de Louis-Joseph Fiset et d'une dame de Québec nommée Malvina D.

Passionné par l'histoire de son pays d'adoption, Chevalier écrit lui-même des récits inspirés de l'histoire canadienne qu'il publie dans La Ruche littéraire et politique. Assez tôt, le rédacteur constate l'insuffisance de contenu littéraire local pour soutenir la revue. Il se tourne donc du côté de son réseau d'expatriés français vivant aux États-Unis, de la Louisiane à la Nouvelle-Angleterre.

La publication est interrompue pendant quatre ans à partir du printemps 1855, quand son imprimeur disparaît avec l'argent des abonnements. Elle reprend pour quelques numéros en 1859 avec des auteurs français vivant aux États-Unis, avant l'amnistie et le retour de Henri-Émile Chevalier en France.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973, vol. I, p. 178-181.

LEMIRE, Maurice, « Les revues littéraires au Québec comme réseaux d'écrivains et instance de consécration littéraire (1840-1870) », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 47, no 4, 1994, p. 521-550.

VIATTE, Auguste, Histoire littéraire de l'Amérique française des origines à 1950, Québec / Paris, Presses universitaires Laval / Presses universitaires de France, 1954, p. 85-87.

Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1853-1855
Contenu spécifique :
avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ruche littéraire
  • Successeur :
  • Ruche littéraire (1859)
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Références

La ruche littéraire et politique, 1854-04, Collections de BAnQ.

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ET n n ¦ c â V ta I i e cl es ?T* QUESTION D'ORIENT, Guernesey, l& avril l$f)4>, î Voilà donc la guerre bien décidément j déclarée, J5onnparte et Victoria ont conclu i une alliance et décidé qu'il fallait s'oppo- j scr aux envahipsements de Nicolas.La .' résolution sYst fait attendre ; on a épuisé \ le portefeuille des notes diplomatiques, on ' s'est cuirassé de réticences, on s'est encastré entre la peur et la lâcheté ; puis enfin ; le moment est venu où, aveuglés par la j terreur, plutôt que conduits par leur propre volonté, les gouvernements français ( et anglais Be sont déterminés, à paraître sur la scène de faction.Que résultera-t-il île cette alliance ?qui triomphera dans la lutte 1 C'est assez difficile à prédire.Mais, en examinant froidement la question, je j ne puis ni'* dissimuler que le czar a ' de grands avantages, La publication des \ lettres échangées entre lui et le cabi- t net de Saint-James ou ses représentants ! a mis au jour un épouvantable complot.Il est aisé de voir que la conquête de Constantinople, ayant été le 'but de la Russie depuis plus d'un siècle et demi, des préparatifs immenses ont dû être poursuivis sans relâche afin d'arriver à ce but, lorsqu'une occasion favorable se présenterait.Si la division existe parmi les Moscovite» aussi bien que parmi les autres peuples île l'Europe, il n'en est pas moins vrai «pie tous les tinsses envisagent d'un fort bon œil uno : conquête qui assurerait à leur empire la do- : initiation sur l'Asie.Qu'on ne s'y trompe pas, l'esprit national anime aussi ardem- , ment les sujets de l'autocrate, que les :; sujets de Louis Napoléon ou de sa majesté britannique.Le prisme de In gloire est encore le miroir des nations.Et malgré la haine des boyards pour Nicolas, malgré le ; N désir qu'ils ont de briser le joug qu'il leur impose, ils marcheront vaillamment au combat.En face des alliés, ils oublieront tout, pour l'honneur de la Russie.D'ailleurs, armes, munitions, ne manquent pas aux usurpateurs.Ils ont fait des approvisionnements de tous genres; ils pourront facilement se ravitailler, si besoin est, tandis que les flottes conbinées auront à lutter contre lotis les obstacles de l'éloigné-ment ct de l'incertitude.En admettant même la solidité, la loyauté du pacte qui unit, pour un instant, la France et l'Angleterre, les secours qu'elles apportent aux musulmans sont-ils assez considérables, arriveront-ils assez vite, pour aider eflica-cement le sultan l Je ne le crois point.Nicolas ne s'est pas endormi ; nulle suspension d'armes n'a eu lieu, tandis que les puissances occidentales échangeaient avec lui leurs ridicules négociations.Habile à profiter des moindres circonstances, le colosse du nord, d'une main signait une réponse evasive à l'adresse des arbitres, de l'autre un ordre commandant à ses •jénéraux d'avancer sur le territoire des Osmanlis.Plusieurs victoires partielles ont enflammé le courage de ses Mildats, et à présent, il a jeté, sur les rives du Danube assez de troupes aguerries pour se flatter de réaliser le rêve de Pierre le Grand : la dislocation de l'empire ottoman ! Je sais que la France et l'Angleterre font des armements gigantesques ; je sais qu'il se confectionne dans leurs arsenaux des machines de destruction redoutables ; mais ne serait-ce pas niaiserie que de penser que la Russie n'a pas prévu ce qui arrive?ne serait-ce pas niaiserie que d'imaginer qu'elle s'est tenue en arrière dans 194 LA RUCHE.AGENTS rOl'R LA RUCHE LITTE RAI RE.Bureau df.la Ruche.Montréal Thos.-Et.Roy.Québec, Charles Giroux.Nicolet.J.F.G.Couru, N.P.Berthier.Louis G.dk Lorimier.L'Ammption.F.Banlier Laferlb, n.P.!.St.Valentin.Guillaume St.Jacques.St, Maire (t Bêlait.J.11.K.Doriox.ivenirville, K.T.L.G.Laçasse.St.Jean, Zephtrin Rousseau, N.P.Grande Baie.Isidore Thaversy.Bytown, Meohin et cie., Libraires, Leonard Street, III.AW- York.Le Meschaobbb (Louisiane,).St.J.-B.de la ^.-Orleans, a (jest de tiAvant-Coun >ir.l)onaldsoncilli(Un\i8\waQ.) Mile.Jacob, rue de Chabrol 19, à Palis,.France.Ls.OoRTAMBERT.St.Louie, (Missouri ) Gustave de Vitré, Strand, à Londres.A ngleterre.Editeur du Old Countryman.Toronto.A.A.DelahouSSAYE.Franklin, (Louisiane.) A.Gilbert.Boston, (Matt.) H.St.Jorre.N.P.Cacouna.V.Hébert & Cie., 1-19, Rue St.Charles, N.O.Louisiane.Bureau du Messager, paroisse St.Jacques,.Louitiane, lc funeste perfectionnement île la science homicide ?Si on ignorait qu'elle possède des chimistes et des mécaniciens distingués, ne se rappellerait-on pas que, d'après les rapports des officiers français et anglais, le désastre de Sinopc est dû en grande partie à l'usage de machines de guerre inconnues chez nous,quoique d'un eflet terrible ?Je ne prétends pas dire que la Russie l'emportera dans cette querelle si palpitante d'intérêt pour l'avenir de l'humanité; pourtant, j'avoue, que je ne serais pas surpris qu'elle iragnât les premières batailles.i\'a-t-elle pas en sa faveur, l'Autriche et la Prusse î Ces deux pouvoirs affirment qu'ils resteront neutres: leur neutralité est-elle supposante?est-elle possible ?—Non.Attachés à la Russie par mille liens divers, ils travailleront ouvertement ou tacitement à son profit.La seule chance qu'aurait la coalition franco-anglaise de triompher serait de déclarer libres l'Italie, la Pologne, la Hongrie et de leur prêter main forte pour recon- j quérir leur indépendance.Alors, pressé 4 par la révolution, enfermé dans un cer-f de de feu, Nicolas se désisterait de ses !> prétentions pour venir défendre son liomc ; | mais ni M.Bonaparte, ni la reine Victoria \ ne sont disposés à épauler In démocratie, s Au surplus, nous serions lâchés (pie la dé-j moeratie se laissât leurrer par la politique \ astucieuse de ces monarques qui, en fei-< gnanl de la soutenir, ne chercheraient que | la satisfaction de leur égoïsme.—L'Europe \ entière est sur un volcan, les signes pré-\ curseurs de l'irruption se manifestent de f, tous côtés: calme-plat dans les a flaires, \ excitation sourde dans les esprits, attente, | anxiété générales! Que va-t-il arriver?I Dieu le sait.Mais je suis assuré, et tous \ les gens qui réfléchissent paraissent ccr-$ tains, que nous touchons à une de ces | erses sociales qui métamorphosent en qucl-\ ques mois la face d'un continent.Repu- 5 ni.iCAiNS ou cosaques, le prohléiue posé | par le captif de Saint-Hélène, sera résolu / avant un lustre.\ Aug Kit Deldreau. LE CLERC DE NOTAIRE." DEUXIEME PARTIE.CHAPITRE IV.la mere et le fils.Un matin, peu de jours après les événements que nous venons de raconter, madame de Moissac étendue sur une bergère de sa chambre à coucher, paraissait en proie à la plus violente douleur.Des exclamations sans suite s'échappaient de sa bouche, tandis que ses doigts froissaient convulsivement une lettre portant, le timbre de Taris et que des larmes brûlantes sillonnaient ses joncs desséchées.Cet état d'agitation dura environ une heure.Au bout de ce temps, la comtesse composa son maintien, prit une pose plus grave et agita le cordon d'une sonnette.—Veuillez prévenir monsieur de Moissac que je désire lui parler, dit-elle à la soubrette accourue à son appel.Henry se présenta bientôt vêtu avec une recherche aussi fastueuse que ridicule, il tenait h la main une badine à pomme d'or.—Quoi donc ! vous êtes déjà habillé?dit la comtesse en remarquant la toilette extravagante de son fils.—Oui, madame; je me disposais à sortir, lorsque m'est arrivé votre message, auquel je m'empresse, comme vous le voyez, de répondre par ma présence.—C'est bien ; asseyez-vous, Henry, répliqua madame de Moissac d'un air froid qui contrastait singulièrement avec la légèreté du jeune homme.Henry ne put réprimer un geste d'ennui ; néanmoins, il obéit en silence.—J'ai plusieurs reproches à vous faire, commença la comtesse.—A moi, madame V — lit, poursuivit-elle, sans relever l'interruption, à vous témoigner mon mécontentement de la conduite que vous persévérez à tenir, malgré mes remontrances ultérieures—ne vous emportez pas, et me laissez continuer.Votre liaison avec cette petite couturière de la rue Saint-Amatie, a atiViandé toutes les mauvaises langues de la ville.Cependant vous m'aviez promis, sinon de rompre avec l'objet de ce caprice, du moins de vous entourer de circonspection.Pas du tout, vous n'avez cessé de faire des visites au magasin de la modiste et de contrecarrer toutes mes démarches pour presser votre mariage avec mademoiselle Clémence Cléry.Je veux bien ne pas croire que vous êtes engoué de cette grisette au point de compromettre pour cela vos plus chers intérêts, mais il faut que définitivement, j'appuie sur ce mot, vous brisiez des liens honteux qui déshonorent notre nom, ct élèvent des barrières à une union qu'il est de toute nécessité que vous formiez au plus vite.(•) Voir los numéros ilo l;i Ruche des mois d'août, septembre, octobre, novembre, janvier (Deuxième {Série) ; février, mars et avril {Troisième /Série). 190 LA RUCHE.—Je serais charmé, madame, de complaire à ce vœu qui est aussi le mien.—Votre peu d'empressement auprès de mademoiselle Cléry ne prouve guère l'ardeur de vos souhaits.—Dites plutôt que le peu d'empressement de Clémence a répondre à mes avances ne prouve guère son amour pour ma personne.—Ne voudriez-vous point qu'elle se jetât dans vos bras ! —Dieu m'en préserve! répliqua le comte avec une fatuité révoltante.Les mariages d'inclination sont la plus sotte affaire que puisse conclure un gentilhomme.Madame de Moissac, froissée par cette alljision, se mordit les lèvres pour ne pas éclater.—Cela n'excuse point vos incartades, reprit-elle aigrement.—Mes incartades ! ah ! madame, vous vous montrez bien sévère pour des peccadilles fort vénielles, vous devez le savoir.—Henry, s'écria la comtesse, ne pouvant plus modérer sa colère, vous le prenez sur un ton étrange.Oubliez-vous que je suis votre mère?—Pardon, madame, dit le jeune homme d'une voix plutôt ironique que soumise ; je n'ai, soyez-en persuadée, pas eu l'intention de vous blesser, et je connais trop les égards que je vous dois pour jamais me permettre une inconvenance.—Assez, assez ; ne perdons pas de temps dans une discussion oiseuse et revenons au sujet qui me préoccupe.—Je suis à vos ordres, madame.—Voyons, franchement, pourquoi témoignez-vous tant, d'aversion ;\ l'une des plus jolies héritières de Langres?—J'imagine qu'il vaudrait mieux demander à Tune des plus jolies héritières de Langres, pourquoi elle témoigne tant d'aversion au comte Henry de Moissac?—Toujours cette manie de jouer sur les mots ! Vous êtes insupportable.—Erreur, madame, je ne joue pas sur les mots; plût au ciel que cela fût ! car si les beaux yeux de l'une des plus jolies héritières de Langres ne m'eut heureusement pas brûlé le cœur, ses vingt ou trente mille livres de rente m'ont vivement impressionné l'esprit.—Bon, fit la comtesse avec un sourire ; cette fois, votre répartie m'enchante, et je vous absous, en son honneur, des frivolités précédentes.Henry s'inclina sans quitter son siège.—Vous voyez donc bien, reprit-il ensuite, que je serais tout disposé à seconder vos espérances si.—Si?—Si je lc pouvais.—En vérité.—En vérité, madame, je ne remplis pas le beau role dans cette comédie.Ce n'est point moi qui ai le bonheur de dédaigner, c'est moi que l'on dédaigne.—Je tombe de surprises en surprises.—Jusqu'à présent, je vous avais caché certain mystère, me flattant que vous n'insisteriez pas pour me pousser à une alliance impossible.—Impossible ! —Impossible, oui madame.Si étrange que cela vous paraisse, je lc répète, cette alliance est impossible.—Mais j'ai la parole dc madame Cléry.—Eussiez-vous aussi celle dc monsieur Cloiy que nous ne serions pas plus LE CLERC DE NOTAIRE.197 avancés.Celle de la jeune fille nous manquerait, et je puis vous assurer que nous ne l'aurons pas.—Que dites-vous là, ITcnrv?—Je dis, ma chère mère, que je n'ai pas eu l'avantage de plaire à mademoiselle Clémence, répondit le comte, en frisant sa moustache d'un air dégagé.Hélas ! mm ; quand j'ai frappé à la porte, on m'a pediment congédié : le cœur de la chaste pensionnaire était habité, il n'y avait plus place pour votre très honoré fils.—Vous plaisantez ! —Je n'aurais garde de le faire en votre présence, madame.—-Alors, je ne vous reconnais plus ! Devriez-vous vous soucier d'une amourette sans importance ?—Parbleu, répondit Henry,en ricanant, imaginez-vous que, s'il s'agissait dc moi seul, je m'en soucierais! que m'importe la femme pourvu que j'aie la dot.Ah ! madame, madame, me soupçonner de jalousie, c'est me faire une injure qtie je ne mérite pas.Pour Dieu ! n'allez pas communiquer vos observations .'• la baronne de Vermeuil ! elle me bafouerait jusqu'à me faire rougir, moi, qui pourtant suis loin de cousiner avec la timidité.—Si vous ne cousinez pas avec la timidité, vous fraternisez, outre mesure, avee la niaiserie ! 11 est incroyable qu'on ne puisse raisonner, dix minutes durant, avec vous.—Pourquoi diable !.—.Monsieur ! s'écria la comtesse exaspérée de cette interjection saugrenue.—Eh I madame, vous montez la gamme à un point.Je ne suis plus en tutelle, vous devriez, ce me semble, vous le rappeler.Madame de Moissac dévora cet outrage à ses droits maternels.—Mais, dit-elle doucereusement, quel est donc le nom de son amant?—Lc nom de son amant, repartit Henry, qui s'était levé et tapotait du bout des doigts les vitres de la croisée ; le nom de son amant.Tenez, le voici lui-même qui traverse la rue.La comtesse courut à la fenêtre.—Où ça?—('e grand jeune homme en redingote brune.—N'est-ce pas un commis de M.Jeannet ?-En effet.—l'n de vos amis ?—Bast! simple connaissance.—Je vous ai fréquemment aperçu en sa compagnie.—Oui, je le vois.quelquefois.—Et c'est ça ?.—Oui, ça, c'est mon rival ; ça, c'est aimé de la petite Cléry; ça, ça l'épousera.—Cette tournure ! —Cette tournure.—Mais Henry, vous avez perdu la tète.—Je ne l'ai jamais mieux sentie sur mes épaules, madame.—Décidément, je renonce à vous deviner.—Eh bien, ma chère mère, je vais vous donner la clé de l'énigme, si vous daignez m'accorder quelques instants d'attention.—Je vous écoule, Henry, répondit la comtesse en se rasseyant.—Ce garçon, dit de Moissac, est le lils d'un jardinier, jadis au service de monsieur Cléry.Ce jardinier étant mort, le notaire prit à sa charge ses deux 193 LA HUCHE.enfants en bas âge, et les fit élever à grands frais.Lorsque ses études furent terminées, Georges demeura chez son protecteur en qualité de clerc.En contact incessant avec Clémence, il ne tarda pas à s'éprendre d'une, belle passion pour elle.Il paraît qu'on lui rendit la monnaie de sa pièce.Mais la tendresse de monsieur Cléry pour le (ils du jardinier, n'allait pas jusqu'à protéger l'engouement de Georges pour sa fille.Au notaire, il faut, vous le savez, un gendre possesseur de grands biens au soleil ; sa femme s'accommoderait mieux d'un blason.Georges n'avait pas un sou vaillant et signait Duval tout court.Aussi, nos deux tourtereaux comprirent-ils qu'ils ne parviendraient pas à séduire les grands parents.La profession de clerc est hostile a la fortune ; elle ne mène pas non plus à l'acquisition d'une particule.Georges abandonna le notaire pour se livrer au commerce.Ses opinions démagogiques lui gagnèrent l'affection de M.Jeannet.Celui-ci se chargea île l'avenir de notre homme, qui continua d'entretenir avec Clémence des intrigues assez.pudibondes.Ayant, par hasard, rencontré le commis, je feignis pour lui une grande amitié et il me livra son secret.—N'est-il pas frère de cette grisette?.—Oui, il est le frère de votre modiste, répondit Henry avec vivacité.—Je ne m'étonne.— Je vous disais qu'il me livra son secret.D'abord, je crus que rien ne me serait plus facile que d'évincer ce chétif employé ; mais bientôt, j'eus occasion de m'apercevoir (pie je me trompais grossièrement.11 était aimé, bien sérieusement, aimé.Luc lettre que m'envoya Clémence m'en convainquit.Cependant je ne nie décourageai pas et renouvelai mes instances, même a votre insu.Madame Cléry me voit d'un fort bon œil ; son mari subissant son influence, fera tout ce que voudra sa femme, ct leur fille, malgré sa répulsion, aurait peut-être fini par céder sans l'incendie où elle faillit être brûlée.—Quel rapport?.—Attendez, madame, attendez.On vous a appris qu'un jeune homme sauva ses jours.—Oui, je sais.—Eh bien ! ce jeune homme, n'est autre que Georges Duval.U est devenu l'idole de monsieur et madame Cléry.L'un et l'autre sont pour lui aux petits soins ; de son côté, M.Jeannet Ta associé â sa maison de commerce.—Mais cela.—Cela favorise ses amours.Clémence a juré qu'elle n'aurait pas d'autre époux que son libérateur.Elle sera fidèle ;\ ce serinent, n'en doutez pas.Elle l'aimait avant, que doit-ce être maintenant?—Tout est-il donc au pire, grand Dieu ! exclama madame de Moissac avec une expression déchirante.Moi qui comptais sur ce mariage pour réparer le désastre.—Quel désastre?Qu'avez-vous?Incapable d'articuler un son, madame de Moissac montra à son fils la lettre qu'elle avait déposée sur une console.Henry la saisit et la parcourut des yeux.—Ruinés ! s'écria-t-il, en pâlissant.Notre banquier a fait banqueroute !.et vous ne me disiez rien, ma mère ! ct depuis une heure.—Pas de bruit, Henry, répondit la comtesse, Peut-être, avec de la promptitude, parviendrons-nous à uous tirer de l'ornière.Tout le monde ignore notre malheur.Lue quinzaine s'écoulera, si nous le voulons, avant qu'il ne soit de notoriété publique.Si, dans cet intervalle. LE CLERC DE NOTAIRE.199 —Dans cet intervalle, murmura Henry, en appuyant son front contre le pommeau de sa canne ; dans cet intervalle.oui., —Vous auriez trouvé le moyen?.—Peut-être ! —Oh ! merci, mon Henry ! que le ciel te bénisse ! Lc comte haussa les épaules en grimaçant un sourire ironique.—Mais, ajouta la comtesse, confie-moi ton projet.Mon expérience.—C'est inutile, madame.Reposez-vous sur moi.Pas un mot de cette lettre à qui i solennel, et qui doit adoucir uns derniers instants ne sera pas rejetée.La sympathie pour un soldat engagera, j'en suis certain, votre excellence et le tribunal militaire à adapter le genre de ma mort aux sentiments d'un homme d'honneur."Permettez-moi d'espérer, monsieur,que si mon caractère peut vous inspirer quelque estime pour moi—que >'il existe dans mon malheur quelque oln se qui me p ise comme victime de la politique et non du ressentiment : j'éprouverai les effets de ces sentiments de votre cœur, parla nouvelle que je ne mourrai pas sur le lrit>et."J'ai l'honneur d'être, de votre excellence le très humble et obéissant serviteur."John André." A midi précis, le C octobre, 1780 il était pendu à Jappan.Le jour de la mort d'Arnold, longtemps après, l'arbre qui ombrageait la fosse politoire d'André, fut atteint de la foudre et mis en pièces.—Légendes et traditions de New-York, par limn/A.Buckingham, Traduit par II //?//•tv »//// PENSÉES DIVERSES.Les succès de beaucoup de gens de lettres en ont é^aré beaucoup dans celte carrière : tous se sont flattés de jouir des mêmes agréments, et plusieurs se sont trompés, soit qu'ils eussent moins de mérite, soit que leur mérite fût moins de commerce.Quantité de jeunes gens ont cru obéir au génie, et leurs mauvais succès n'ont fait que les rendre incapables de suivre d'autres routes oii ils auraient réussi si ds y étaient entrés d'abord.Pur là, l'état a perdu de bons sujets, sans (pie la république des lettres y ait rien gagné.DuCLOS.A tout «e que l'esprit conçoit de plus magnifique, des penchants grossiers s'opposent incessamment.Profitez du temps, il passe si vile ! Mais l'ordre vous apprendra à en gagner.A cheval donné, on ne regarde pas la bouche.Goethe.9062 MjE T Tit ES r^lllISlEJWYES, Paris, avril 185 k Monsieur le rédacteur, La nature commence à changer de vêtements, l'hiver secouant ses frimas fait place à une chaleur bienfaisante, qui ne tardera pas à vivifier la nature.—L'approche du printemps, c'est la naissance des poètes, l'épanouissement de la pensée, et la dilatation du cœur.Daphnis et Chloé vont reparaître sur les coteaux fleuris, et Tytire, couché à l'ombre d'un hêtre loufTu, va écouter les modulations du pipeau de nos chanteurs modernes: es chanteurs se nomment Joseph Autran et Gérard de Nerval.Laboureurs ct, Soldats, Lorély, les Filles de feu, tels sont les airs que vont résonner les pipeaux.On disait si bien, chaque jour: la poésie est morte ! que je n'osais plus ouvrir un de ces livres «à colonnes alignées qu'on appelle des vers, où la rime succédant à la rime, semble plutôt un essai de monotonie, qu'un champ libre ouvert à la pensée.Combien j'étais trompé!.0 noises! on a tant de fois sali votre pinceau, on vous a tant de lois travesties en badigeonneuses de vieilles murailles tpie j'ai été pris au piège; ('t il m'a fallu tout mon courage pour gratter la première couche de la couverture du livre d'Autran, et m'apercovoir que l'intérieur était en belle et bonne pierre de taille, que votre pinceau avait été remis à neuf, et que l'appartement était décoré des plus gracieuses images.Sans plus de préambule, je vois, pour commencer ma série de correspondances, rendre compte *de Laboureurs et Soldats, puis je passerai à la poésie en prose de Gérard de Nerval, l'homme aux conceptions bizarres, à la teinte germanique, et dont j'ai pris plusieurs (o;s les ouvrages pour une traduction de Gœthc, de Tieck ou de l'hland.Ces feuilles volantes sur lesquelles j'écris, et (pli constitueront dans quinze jours une lettre parisienne, n'arriveront peut-être jamais sous les yeux de mon poète; mais je serai heureux, en secret, d'avoir rendu hommage à un véritable talent, et si mes lecteurs se donnent la peine d'acheter son petit livre, ils me sauront gré de leur avoir procuré un moment de douce sensation en éveillant leur curiosité.—La renommée d'Autran reposait jusque alors sur trois œuvres principales : Mil ion ah, ou la guerre d'Afrique, célébrée dans le courage de ses intrépides héros ; la Fille d}Eschyle, ou la peinture des passions humaines sous le ciel d'azur de l'ancienne Grèce, et les Poèmes de la ?ierf c'est-à-dire le murmure des vagues, le cri des goélands et l'horreur des abîmes sans fin.Aujourd'hui, rentrant dans une sphère plus champêtre, nous nous trouvons au milieu de ces tableaux agrestes que vous connaissez tous.—le laboureur au milieu de sa famille.— Un de ces orgueilleux blasés, qu'on appelle hommes du monde, après avoir joui de tous les plaisirs, après avoir vu s'enfuir une à une les illusions de sa jeunesse, quoique jeune encore, veut se donner la mort.Le suicide, au point de vue moral, est une lâcheté; jamais je n'en ferai l'apologie ! Armand, c'est le nom de cet homme du monde, ou du moins c.'cht le seul nom sous lequel il est désigné, a cependant la conscience de l'action qu'il veut accomplir, car au lieu de terminer sa vie par un coup d'éclat qui fasse parler de lui longtemps, il cherche un coin obscur pour faire abandon de son corps à la mère commune, la terre.—Que redoute-i-il'?Les riressardoniquesde ceux qu'il a fréquentés, sans doute ! car les mêmes qui partagent votre tabled votre bourse sont les premiers îi se moquer, quand vous ne leur ê;es plus utile à rien.— Le soir, par un de ces silences de la nature qui causent un froid glacial dans l'âme, Armand arrive auprès d'une ferme et se trouve au milieu d'une cérémonie religieuse; un prêtre vénérable portait le saint-viatique à un vieux métayer.O prodige de la croyance! Armand met un genou en terre, ses souvenirs se réveillent, des larmes coulent sur ses joues blafardes, amaigries par la luxure, et il suit le cortège, .le ne décrirai pas scène par scène ce poème, qui est un monde tout entier de pensées saisissantes ct de tableaux tracés sur ce que la nature a de plus vrai ; toujours est-il, qu'après la mort du metayer, l'homme blasé prend soin de sa veuve, dans laquelle il a reconnu sa nourrice, consacre sa fortune à secourir sa famille, marie la charmante Marcelle avec sou amoureux, puis enfin, donne un rempla- 91 50 115 of o LA RUCHE.çant à Maurice, le soldat qui gémit loin de sa famille; et, quand tous sont heureux, quand tous le bénissent et qu'il ne songe plus au suicide, il part à son tour rejoindre les phalanges guerrières.Six jours après, Armand débarquait en Afrique, M II saluait ces bords où la France héroïque " De nos jours a versé le plus pur de sen sang: '• C'est lui qui de Maurice était le remplaçant." Cette histoire m'a profondément emu ; c'est un des livres dans lequel j'ai trouvé la simplicité la plus franche unie à un talent sublime! Merci, Autran, d'avoir semé deux heures d'oubli dans le cours do mon existence, pendant que j'ai lu votre livre ! Désormais je serai à l'affût de vos boutades poétiques ; oui ! je dis boutades, car vous n'écrivez pas assez souvent.Après ça, la quantité ne fail pas la qualité.Gérard de Nerval, je le répète, est le poète prosateur: et certes cotte poésie-là a bien ?on beau côté, qui consiste dans la richesse de l'imagination.De chaque paya qu'il a parcouru il nous a laissé une trace ineffaçable; les Femmes du Caire et les Nuits du RJiamadan nous transportent avec lui au milieu de l'atmosphère luxueuse de l'Orient, et font oublier que c'est le même homme qui a écrit les Mémoires du vénitien Carlo Gozzi, dans lesquels nous retrouvons les aventures de l'auteur.La manière- d'écrire de Gérard de Nerval consiste à échauffer peu à peu son style, auquel il fait prendre des nuances ardentes, sans jamais rien perdre de toute sa clarté.Théophile Gautier s'est servi à son égard d'une expression bien juste, en disant qu'il " écrivait un conte d'Hoffmann avec la plume de Oazotte." En effet, on dirait que dans l'ardeur de la composition il reçoit la visite d'un inconnu qui lui parle en signes maçoniques, el qui est tout étonné de se voir compris sans qu'on puisse lui répondre! Je ne donnerai pas l'analyse de Lorély et des Filles de Feu: en sont des contes et des voyages qui ont déjà paru à différentes époques de la vie de l'auteur, et qu'on peut retrouver quand Gérard de Nerval se nommait alors Fritz ou Aloysius Block.—A cette époque-là, Lamennais était presque inconnu, et la mort a passe sur sa tète après l'avoir élevé sur le plus haut pavois de la renommée et de la gloire populaires ! Mais Lamennais n'appartient pas tout à fait à l'histoire, les portes du Pôre-ln-Chaise sont à peine fermées sur son cercueil, attendons un peu pour parler île ses œuvres.Esquissons, pour terminer, quelques nouvelles diverses de notre beau Paris, au-dessus duquel j'ai vu, ce soir, la lune briller dans tout son éclat, chose rare !.Le feu a pris à l'Hôtel-de-Ville ; grâce à de prompts secours on s'en est bientôt rendu maître, et l'on a eu aucune perte lâcheuse à regretter.Le feu a pris.aux jupes d'une chanteuse du concert de la rue Dauphine : elle en a été quitte pour une légère brûlure à la jambe, et pour appeler l'attention universelle sur rétablissement du concert qui possède un collier de femmes charmantes, dont une, entre autres, fait l'admiration des peintres par sa belle chevelure blonde ! D'accidents en accidents, j'arrive à mademoiselle Julie Tesseire, artiste vagabonde, qui refuse un rôle au VAUDEVILLE, sous prétexte qu'on veut l'habiller en feuilles de vigne (sic) dans les Vim de France, ot qui en refuse un autre au PALAIS-ROYAL, dans la M'irr/uisc de ŒhiHnnMn anno I.» .->.a«-~~ axiome.La satisfaction d'une passion laisse toujours vidp rlnn» In « 11 occupait.wujuurs viae dans le cœur la place qu'elle y Gabriel Ferrï.20 LA FEMME.(*) Jugée bar les grands écrivains des deux sens, ou la FEMME devant DIEU, a\ vant la NATURE) devant la Lui a devant la SOCIETE.Les affections de l'âme, les pensées ct la variété des désirs, donnent mille charmes à la beauté.Elles animent les regards, les gestes, les attitudes; les yeux surtout, les sourcils ct la bouche, sont les parties du visage qui reçoivent le plus d'expression.Les yeux sont le miroir de l'âme ; rien de plus séduisant que les regards animés par la tendresse ou par la douceur, par l'espoir et le désir, par la candeur et l'ingénuité, Les affections tendres et honnêtes donnent un lustre infini aux grâces naturelles, par la sérénité qu'elles répandent sur le visage ; mais l'union la plus parfaite, celle dont la beauté tire son plus grand prix, est celle de la modestie, de la sensibilité, de la douceur et de l'innocence, Chacune de ces qualités suffit pour plaire, et leur assemblage est le comble et le prodige de l'expression, Il est des femmes qui sont jolies avec un n'il louche, un nez retroussé, de grosses lèvres et des sourcils chinois.—Qu'y a-t-il" en elles ?—L'expression, Et la grâce, plus belle encor quo la beauté.(Etienne de Neuville.) Les grâces suppléent à la beauté et se font mieux sentir qu'elles ne s'expriment : c'est un secret merveilleux et une espèce de mystère dans la nature.Une femme plaît : ou parcourt en détail tous ses traits; elle n'en a pas un seul oui caractérise la beauté; cependant elle plaît ; elle plait mémo davantage qu'une personne réellement belle.C'est un don naturel, un je ne sais quoi ; en un mot, elle a des grâces.Ces graced consistent peut-être dans un certain tour tout décent, aisé, naïf et vrai, qu'elle donne à tout ce qu'elle dit ei fait.La bouche est le siège des grâces, e! le sourire est leur plus belle production.Les grâces sont de la nature, la grâce peut être l'ouvrage de l'art.Les exercices de la jeunesse, tels (pie la danse entre autres, assouplissent le corps, en rendent les mouvements plu- aisés, plus libres, et lui donnent par conséquent de la grâce.L'usage du monde forme aussi les jeunes personnes, et suffit quelquefois pour leur donner de la grâce ; niais les grâces ne s'acquièrent point.Cependant beaucoup de gens les confondent, et sans trop démêler ce que c'est relativement ou absolument, les grâces ou la grâce sont les mots qu'on a le plus souvent â la bouche.Les grâces se trouvent surtout dans les manières ; ces dernières naissent à chaque instant, et peuvent à tous les moments créer des surprises.Lue femme ne peut guère être belle (pie d'une façon, mais elle est jolie de cent mille.Les grâces naturelles, chez les femmes, ont le don de tout embellir ; niais ces grâces sont très rares.Les femmes â qui les grâces sont échues en partage, sont d'autant plus séduisantes, qu'elles mettent toujours de l'art dans leur conduite, par instinct, par projet ou par habitude.La beauté sublime, qui ne consiste pas seulement dans la douceur moelleuse d'une peau satinée, dans la couleur fleurie d'un teint de lis ct de roses, dans \\ langueur séduisante des yeux humides, dans la vivacité piquante des yeux pleins (') Voir les numéros d( L Ruche des mois tic mars et avril 1854, °l i d'un fou malin, mais consiste encore plus dans la justo proportion des traits ot dans leur assortiment le plus touchant, cette beauté se trouve plus fréquemment dans les pays qui jouissent d'un ciel pur, plus fertile ot plus bénin.I.'lialh renferme plus de Indies personnes (pie la Prance ; la Sicile, en plutôt Malle, produit plus de belles femmes (pie l'Italie ; l'Ionie en voit plus naître dans son sein que toutes les autres îles de la grande el de la petite Grèce, parce (pie le climat y est plus doux ; Ton y jouit d'un printemps perpétuel, la température «le Pair y est plus constante et plus soutenue que dans K' reste de la Grèce, la figure y est par conséquent moins altérée par les maladies.Les grâces, Pair et le bon ton des Françaises, et surtout des Parisiennes peuvent, ainsi (pie leurs modes, servir de modèle par toute la terre.Les Anglaises sont généralement trop blanches, ce qui fait qu'elles paraissent fades ; mais elles ont tant de sentiment qu'elles méritent bien .lu retour.Les Allemandes pèchent souvent par trop d'embonpoint : mais elles ont beaucoup de sincérité et de douceur, et peut-être aussi quelquefois un peu trop d'ingénuité ; elles conservent longtemps leur fraîcheur.Les Italiennes abondent eu sentiment, et quand elles ont de l'éducation, elles sont infiniment aimables : quoiqu'elles soient brunes, elles se passent bientôt.Les Espagnoles sont tendres, sincères et pleines de feu ; mais elle- pochent souvent par le contraire des Allemandes, c'est-à-dire par la maigreur j les Espagnoles se passent aussi bientôt, de même (pie les Italiennes.U est à présumer (pie les unes ot les autres se soutiendraient plus longtemps si elles étaient formées plus tard qu'elles ne le sont.Trop de feu chez les Grecques empêche qu'on ne s'attache à elles autant qu'elles le méritent (railleurs par les agréments de leur ûguro.Une Russe aimable ne Test jamais médiocrement.Les Polonaises ont plus de vivacité (pie les Allemandes, et elles ont assez d'agrément pour plaire et assez, de mérite pour se faire aimer : mai- comme elles s'attachent plus volontiers n Diane qu'à Vénus, leurs succès répondent à leur goût.Les femmes turques sont jolies en général; et dans le bas peuple même, en Orient, il n'est pas de femmes qui n'aient le teint frais connue une rose, une peau blanche, polie et douce comme du velours, sans doute à cause de l'usage fréquent des bains.(Belon.) Les Françaises sont-elles belles?On peut croire (pie mm ; mais il est impossible de sentir qu'elles ne le sont pas.Sans les avoir vues, on peindra la beauté, jamais les grâces.On peut bien dire pourquoi une femme paraît généralement belle, mais il serait impossible de trouver la raison qui la rend plus agréable à une personne qu'à une autre.Comment expliquer ce rapport inconnu entre nos organes et l'objet qu'ils aperçoivent v C'est vouloir découvrir pourquoi l'on préfère le rouge au noir.Cependant l'on pourrai! dire qu'une femme a toujours de la beauté lorsque l'ensemble de ses traits peint la douceur, la candeur et l'honnêteté.(Mme Necker.) Oui, la mission noble et sainte d'une femme, c'est de perpétuer l'œuvre de Dieu, d'enfanter à la vie l'homme, le roi de la nature, le (ils chéri de la Divinité.Èt quand un enfant du sexe vient a la lumière, Dieu dit : Voila une mère; quand elle meurt, il ajoute: Cieux, ouvrez-vous, voilà une mère ! La femme n'a pas d'autre nom dans le langage du ciel.On dirait que les femmes ressemblent aux (leurs, qu'elles ne sont faites «pie pour plaire.Les premiers mots qui viennent frapper leurs oreilles sont des éloges de leur beauté j on leur parle de parure, de grâces, d'agréments: elles LA RUCHE. LA FEMME.215 ne songent donc qu'à conserver la fraîcheur de leur teint, qu'à cultiver ou embellir leurs attraits.On leur répèle sans cesse que l'empire de l'univers appartient à la beauté ; qu'un be.iii visage est le plus beau de tous les spectacles : les plus modestes croient qu'il est contre la nature «le négliger ses dons; elles prennent des manières brillantes ou de petits airs; un roman ou des chiffons, voilà leurs occupations.Elevées ainsi dans la mollesse et dans la plus sotte vanité, elles se livrent au monde et à ses fausses opinions, Un beau visage peut être le plus beau des spectacles aux yeux de l'humanité .¦n général ; niais ce n'est jamais qu'un spectacle, qu'un plaisir passager et momentané, pour ceux môme qui, contents d'admirer un beau front, d'idolâtrer une belle statue, s'empressent peu de connaître ce qui l'anime; pour ceux môme qui, satisfaits cltfn peu de matière, d'une écorce, d'un physique, d'une enveloppe qui les éblouit un moment, négligent de chercher les vrais charmes, d'apercevoir l'essentiel, le solide, l'indispensable, le mérite, l'objet et la fin de toute existence.Lo vrai beau, le plus beau de tous les spectacles, est une belle âme ; elle est le plus durable ot le plus t menant : la vertu et la vérité, qui en sont l'essence, ont un extérieur et des signes certains qui ne sauraient tromper.L'âme véritablement bclleesf aussi apparente que les traits qui frappent nos yeux ; on l'aperçoit, ou la voit, on la suit, ou l'admire dans tout ce qu'elle pense, dans tout ce qu'elle est ; on l'imite lorsqu'on désire d'être vertueux, et on désire bien rarement de l'être quand on esl bien persuadé et si convaincu qu'elle e-t l'imanc, et la seule image sensible tie et litre suprême qui la créa, et qui ne la créa que pour lui.lu beau garçon, dit l'lut arque, ayant vuThéano, femme de Pythagorc, montrer le •oui-pend int qu'elle s'habillait, et s'étant écrié: Voilà un beaubrasf «die répondit : // n'est pis «>i ju>l>!ic.La même Théano ayant été interrogée sur le.devoir d'une femme vertueuse, et quel usage elle pouvait faire de la beauté, répondit (pie ce devoir et cet usage étaient Lien faciles, puisqu'il ne s'agissait que de plaire à son mari, La beauté seule n'est que fasto, qu'orgueil, que fierté, que légèreté ; elle attire moins qu'on ne croit ; idle éloigne à coup surtout ce qui est vraiment sage ct capable de réflexion.Une belle femme qui n'est (pie belle, n'a rien d'agréable ni de solide ; elle se regarde comme une idole: lui refuser de l'encens est un crime, ct toujours le crime des gens vertueux ; le lui prodiguer est un tribut : cette adoration, qu'elle attend, qu'elle exige de tout ce qui l'environne, la flatte peu ; le déni du culte l'offense ; elle est impérieuse, inconstante et diverse avec tout ce qu'elle subjugue et qui la contemple ; elle abhorre tout ci; qui la brave et la voit d'un nul indUlérent ; sa vie est agitée et malheureuse, et le choix (pli la termine est presque toujours détestable.On ne juge presque jamais les jolies femmes avec équité.Les jeunes gens qui les aiment et à qui elles cherchent à plaire trouvent de l'esprit et des grâces dans tout ce qu'elles font ; ceux au contraire ijiii sont revenus des folies de la jeunesse, et qui n'ont plus de prétentions ;\ la galanterie, ou (pli en auraient eu vain, les trouvent eu général plates et ridicules; le bruit et le papillotage de tout ee qui les environne, le ton de décision joint à l'étourderie qui règne dans leurs discours, tout contribue à les leur faire mépriser.U faut donc nécessairement attendre qu'une iv.uuk cesse d'etre jolie pour pouvoir juger sainement de son mérite et de ses talents.La plupart îles fiîmmes font encore plus jalouses de leur réputation sur la beauté que sur l'honneur: telle qui a besoin de toute la matinée pour perfectionner ses charmes gérait plus fâchée d'etre surprise à sa toilette (pie d'être surprise avec un galant ; cela n'est point étonnant: la première vertu, selon les 7713 7099 21G LA RUCHE.FEMMES, c'est de plaire aux hommes, et, pour plaire, la beauté est un moyen plus sûr (pie la sagesse.Une preuve que la mode exerce sa funeste influença sur la beauté, c'est qu'il y a un siècle à peine, on appelait jolio femme celle qui avait de petits yeux vifs et effrontés, un nez retroussé, un minois •••.(Québec, avril 1854.J LA BREBIS ET LE CHAMP DE BLÉ.227 On plaida : la brebis présenta sa défense ; Elle était sans argent et craignait la dépense D'un avocat, qui cher aurait coûté ; Mais le discours suivant, nonobstant fut goûté : Chaumes dorés qui, de la plaine, Fièrement couvre/, les sillons, Vous serez comme notre laine, Quand viendra le temps des moissons.En vain vous ondule/ sans cesse Sous la brise et sous le zéphir, Aujourd'hui le vent vous caresse, Demain la faulx vous fait périr!.Maintenant vos tiges altièrcs Balancent de riches épis 5 Bientôt, vous serez nos litières Et puis., quelque chose de pis.Et ce produit, à votre engeance, Prêtant un généreux concours, Ira compléter l'alliance Du grain, du sol et des labours.N'empêchez donc pas que je broute Le sucre que font vos pipeaux; Car nous suivons la même route, Epis sans nombre, ou gras troupeaux.Vous donne/ à l'homme vos gerbes, Il prend nos chairs et nos toisons, Ah ! pourquoi donc ces airs superbes, Nous sommes sœurs, fraternisons ! Morale.Grands ou petits, dans ce bas monde.Tenons-nous donc tous par la main.Le vent souille et l'orage gronde Qui sait où nous serons demain ?Quoi ! l'humanité tout entière Faute d'entente périrait?.Ce serait nier la lumière, Et douter d'elle est un forfait.F.Vogeu.Et me rudoyer sur ce ton 1 Qu'es-tu de pi is qu'un brin de chaume?Que suis-je de moins qu'un mouton, Répondit la brebis;—qui de nous deux l'emporte?—Oui-dà, tu le prends de la sorte, Lui repartit l'épi, va ! stupide animal Ce soir tu recevras notre procès-verbal. LE CORSAIRE AMERICAIN.Durant la dernière guerre de la Grande-Bretagne, un jour un long clipper, portant le pavillon des Etals-Unis, parut près des côtes de Barbarie, toutes voiles déployées.Le consul américain Tayaut aperçu au moment où il doublait le Cap Hen, prés des ruines de Carthage, tit appareiller une chaloupe et se rendit à son bord.—D'où venez-vous ?— De Boston, répliqua le capitaine, jeune homme à la mine audacieuse.— Combien de jours do traversée l —Vingt-trois, monsieur.—Vingt-trois jours ! répéta le consul, soupçonnant un mensonge; mais c'est impossible.—C'est comme ça, monsieur.— Bast ! votre navire a été frôlé à Marseilles pourécumer la .Méditerranée.UAlheleno, tel était le nom du clipper, son capitaine Wyer, ses six canons et ses soixante-cinq hommes, agiles, robustes, paraissaient singulièrement suspects.—Voulez-vous me suivre dans la cabine ! demanda le capitaine.Je vous convaincrai que nous venons de Boston, et vous montrerai des Boston notions fa toutes sortes, depuis des citrouilles et des harengs fumés, jusqu'à des muscades de bois.—Volontiers, dit le consul.Et ils descendirent dans la cabine.Le capitaine couvrit aussitôt la table de ces reliefs exquis et de ces friandises, dont les Bostoniens savent si bien approvisionner un navire.—Voici, dit-il, le 1> ston Sentinel, journal du major Russe).Tous les doutes étaient levés, et, tandis que le consul faisait honneur au régal du capitaine, celui-ci s'écria : —Si vous êtes surpris de la brièveté de notre passage, que direz-vous quand je vous apprendrai qu'il s'est écoulé si ulement soixante jours depuis que la quille de ce vaisseau a été mise sur chantier?—Se peut-il ?—Ce n'est pas t ait, continua le capitaine Wyer.Sur ma route, à la hauteur de Cagliari, j'ai capturé deux gros bâtiments anglais chargés de cargaisons précieuses et les ai envoyés à ce port.Demain ils seront ici.—Quoi,dans un port neutre, dans lequel l'Angleterre exerce une influence illimitée! On ne vous permettra jamais de vendre les cargaisons.— Eh bien ! monsieur, nous verrons.De bonne heure, le lendemain, l'ancienne ville de Tunis, jadis honorée par la présence de Scipion l'Africain, d'Annibal hommes—l'audace gravée sur leurs visages en traits indélébiles, Hormis cela, les routiers différaient autant au moral qu'au physique, Un officier subalterne fit l'appel; personne ne manquait; et comme l'officier terminait son rapport, Guillaume de la Roche, accompagné de Jean de Ganay, d'un marin, et d'une nombreuse suite, entra dans la cour du couvent.Le marin devant jouer nu rôle capital dam- la tragédie de l'Ile de Sable, nous allons essayer de reproduire son type.Il marquait quarante années.Ses traits étaient d'une hardiesse telle qu'à son aspect, on oubliait la taille lilliputienne que la nature lui avait accordée comme a regret, Ho son œil gris, jaillissaient des eclairs et sou front fuyant, son menton déjeté, sa lèvre supérieure proéminante, son nez en bec de corbmlui prêtaient le mascarond'un oiseau de proie.Il était vêtu avec une mesquinerie sordide, d'un chapeau de toile goudronnée, d'une jaquette amoureuse des solutions de continuité, d'une l>n>cn brise si vit s une Constitution—Les coups d'état étaient à Tordre du jour chez les femmes avant celui du pierrot hollandais.Jeune lille et barbon sont pôle nord et tropique, feu et glace, honnête homme et Bonaparte, chien et chat, etc.Le Lapon intelligent doit épouser une Laponne et ton une Cubienne ou une Espagnole ; c'est naturel et surtout c'est sage, Et puis, la jeune fille, avec son audacieuse imagin ttion de poète, c'est-à-dire de folie, aime à faire cette figure de rhétorique nommée comparaison, là quel est le nigaud assez vaniteux pour se croire le favorisé de la comparaison d'une pensionnaire qui ne connaît l'homme que par l'ange Gabriel suspendu dans la chapelle du couvent?Les anges sont tous beaux et plus d'une novice se passiomi • pour une toile coloriée.Luttez donc avee un Raphaël, v >us qui ave/, un mil de travers, du son dans la figure, et parfois des grains de petite vérole qui vous couturent b1 ne/, 1 Pour plaire à la jeune fille et à la femme-artiste, l'homme ne devrait ni manger, ni boire, ni dormir, ni ronfler.Et, quelle jeune lille ne se sent pas artiste quand il s'agit de fabriquer son Idéal d'amour! •'e ne me marierai pas à une jeune tille; c'est dangereux; les sylphides sont légères.Je prendrai doue femme de mon âge, ou plutôt femme de quarante ans—à cet âge on sait mieux la vie; on ne joue plus a cache-cache : on levasse moins; le positivisme 'mus paraît rationnel.Une femme de quarante ans m'aimera, parce que je serai plus jeune qu'elle, et qu'à part mes soins et mes gracieusetés, pour elle, elle ne fera plus de romans.Si elle se permet quelques comparaisons, elles seront peut-être à mon avantage.Ma femme sera vertueuse, car personne ne la recherchera.Attentive et bonne, elle me soignera comme son lils ; elle ne rira point en voyant mon bonnet dc coton, car elle n déjà dû en voir plusieurs—peut-être fera-t-elle chorus si mon sommeil est agité et bruyant.Je prendrai donc femme de quarante ans, mais je ne la veux ni riche ni jolie.Riche !—Depuis quand l'honnête homme prend-il une demoiselle pour sou Argent! 408735 16018? 242 LA KIT I IK._C'est Auvergnat et Bonapartiste !—Kn outre, mie jeune femme riche, dans ses momci ts de mauvaise humeur, à l'heure de ses vapeurs, me reprocherait ma pauvreté ; sous prétexte de me faire comprendre qu'elle m'a tiré de la crotte, elle me ferait voir l'abîme où je suis tombé en prononçant le oui indissoluble et sacramentel.Madame a apporté en dot 200,000 francs, un château crénelé et l'amour-propre le plus féminin.Sa famille est de vieille roche, son père porte jabot et poudre ses cheveux, sa mère a connu M.de Richelieu sont-oe là des garanties d'union?—Nenni — Et, ce n'est pas méchanceté au moms, mais les femmes pauvres sont les meilleures ; elles n'ont point eu l'esprit perverti par le marivaudage du monde et des salons; la ?Wr, ce ridicule tatouage indien, les a moins défigurées que les autres; elles sont plus modestes et moins marquises, elles n'ont pas de levrettes et n'aiment pas a voir guillotiner ou pendre un homme, elles n'ont pas des migraines de commande et ne portent point sous forme d'ornement un bracelet qui ressemble aux tenures d'un cheval qu'on a mis au vert.Kn outre, une femme riche ne vous appartient pas plus (punie femme-artiste, bas-bleu de la finance, elle se doit au momie ; sa place, dit-elle, est dans un salon où le beau resplendit sous toutesles formes.— l'Ile se gardera bien d'oublier un bal, une soirée: carie bal.c'est la vie, le mouvement, l'éclat, le rayonnement de madame.De bonne foi, peut-elle refuser de valser avec M.C"* qui loue la beauté de son cachemire, la finesse de son pied, le coloris de sa joue et peut-être môme la cambrure de sa taille ! — Oh ! non, .M.C'*' est un galant lu».unie et n'a pas de cors aux pieds.—Prendre une femme riche, c'est prendre une femme pour tout autre (pie pour soi— pour le monde collectif voire même individuel.E'ie aime tant la société ! n'est-ce pas pardonnable à son âge et à son rang! et quel est le mari assez barbare, assez turc, assez mal élevé pour rompre en visière avec la société en cloîtrant sa femme?Haro sur lui des quatre points du globe! Mais, vous dira-t-elle, monsieur, je ne me suis pas mariée pour être l'esclave de quelqu'un, vos exigences n'ont rien (pie de suranné ; s'il vous plaît de ne point venir au bal à cause de votre âge et de la goutte, vous êtes libre comme un rentier du Marais.Chauffez-vous dans mon salon, lisez mon journal de modes, mon cousin Alfred, l'étudiant en droit, m'accompagnera, Et l'heureux mari se chaude les mollets, s'endort et rêve à l'époque où il n'était m marié, ni vassal, ni ridicule.Refusez sans hésitation la main d'une reine de Saba—reine et riche sont deux qualités propres à damner Faust en deux jours.Ma femme ne sera pas jolie—je l'aimerais mieux Iaule comme les sept péchés capitaux.— Eh! pourquoi \ c'est pousser, dira-t-on, l'excentricité jusqu'à la folie.Non, non.ce n'est point folie mais sagesse ! Raisonnons un peu et tâchons d'être logique.On exige toujours des femmes la beauté et souvent l'on est un Triboulet ou un Thiers: ce nain veut épouser une grandi1 et belle femme à port de Romaine.(') Cet Hercule au grand pied et à la main de mastodonte adore les frêles et blondes filles du nord ; cette face patibulaire et idiote raffole des minois vifs, frais et roses.Ce blond fade, aux yeux rouges, au nez aplati, fait dos chansons pour les brunes Catalanes.Ce boiteux dédaigne les boiteuses et même celles qui ont le pied un peu gros.Ce bossu, grâce à la vanité qui nous fait croire rois de la création, s'admire dans le développement de ses formes et se gardera bien de porter son hommage sur quelque bonne et douce créature sans beauté et sans éclat.Si les Celadons ct les Ilélénes avaient seuls le privilège de jouir du sacrement de mariage, le monde périrait ; combien de célibataires maudiraient le destin en s'enfonçant le nez dans leur bonnet ! Soyons moins exigeant, et.après l'examen consciencieux de notre mine et de notre esprit, soyons assez raisonnables pour ne pas être fiers de nous-même.Corrigeons notre vanité au miroir de l'examen.(•) Notre collaborateur fait ici allusion à Mme Thiers, qui fut longtemps considérée comme la plUi belle femme de Paris.On sait que la petitesse et la laideur do l'ex -ministre 6ont devenues prorcr-biales.{Note Editoriale.) 04 RÉFLEXIONS D'UN HOMME QUI VEUT SE MARIER.243 Pour la beauté dans la femme,soyons le renard gascon delà fable.Retranchons-nous sur la bonté :—les dorures du contenant ne sont pas toujours preuves de l'excellence du contenu.Combien de maris pestent contre leur» femmes trop jolies! Chez la femme, l'exigence est en raison directe des attraits.Une jolie femme est le centre d'un cercle d'admirateurs; on lui envoie des bouquets avec des pensées, on lui fait dos vers, on se bat pour elle—le mari disparaît comme une ombre chinoise derrière la foule brillante des Don juans et passe jkmit un intrus qui n'a pas l'esprit et la gentillesse de M.le chevalier : il ne sait ni (aire un bouquet, ni débiter dc petits vers musqués et galants.—Il appelle les choses par leur nom et parfois a l'insolence de tutoyer madame—le mari est un barbare, un maître de pensum, un geôlier, un cuistre.et, pour peu qu'il soit laid et revêche, madame s'arntge le droit de le traiter en barbon de comédie.Oh ! oh ! pas de jolie femme ! il n'est pas toujours agréable de se donner un coup d'épée avec un séducteur, et d'entendre la Harpie-publique murmurer à vos oreilles des on-dit.Le mariage doit être le repos, le refuge des affections durables et solides et non une course au clocher.l'épouserai donc femme vieille—brune ou blonde (le diable n'a pas de couleur), pauvre—sinon laide, au moins d'une beauté plus (pie suspecte—et une épouse (carina femme sera mon épouse), dans de telles conditions d'âge, de tempérament, de beauté, de richesse, pourra, plus qu'aucune autre, me donner sécurité pour l'avenir.—Son amour sera vrai et sérieux ; nia moitié comprendra l'utilité des raccommodages de chaussettes et d'un sommeil à deux.—Inutile de dire que j'aimerai ma femme.Mon choix est donc fait: et, si la femme n'était pas plus line que le démon, si la mer n'avait ni caprices ni bourrasques, je pourrais presque dormir en paix.«I • G ¦.«.bL LA PASSION.t.t b vo\ages ont été de tout temps le refuge de amanis malheureux.Mais il est malheureux le jeune homme qui aime, qui se sent aimé, et qui promène sa souffrance au ¦milieu des pays enchantés.Kst-il à plaindre celui qui marche escorté dc l'amour et de la jeunesse ?ïl y a d'ailleurs dans les premiets désespoirs de la passion une exaltation, une ivresse qui nous grandit à nos propres yeux : On est fier de sa première douleur comme on le serait d'une première victoire; on est fier comme un enfant qui revêt la robe virile.Dans la jeunesse .nous croyons à l'éternité de nos regrets, nous disons adieu au bonheur, nous ne voulons pas être consolés, et quand on nous parle d'illusions renaissantes, de jours plus calmes et plus sereins, nous repoussons cette espérance comme une injure mortelle, mais qu'une femme inconnue, jeune et belle, nous sourie en passant, voilà que nous oublions, voilà que nous reprenons à la vie.Jules Sândeau. L A F A Y E T T B , EN AMERIQUE, Chapitre extrait dos VErJGZUP Us premiers rangs des gcutiluommcs français, (Mme de Staël.) LAFAYETTE 245 cible qui l'entraîna par de-là les mers, et cependant il compte à peine dix-neuf années, et cependant il est entouré dc toutes les jouissances du luxe, dc l'amour, du bonheur ! .Mais qu'est-ce que tout cela lorsqu'il s'agit de l'indépendance, dc la félicité d'un peuple courageux?L'homme n'a-t-il pus reçu à sa naissance la mission expresse de faire le bien et de n'être heureux qu'en tant (pie son prochain le sera !—Lafayette communique son dessein de passer aux Etats-Unis aux commissaires que le Congrès avait délégués à Paris.Ceux-ci l'encouragent à persévérer ; mut-, apprenant, ensuite, les désastres de New-Jersey, ils tentent de le dissuader d'une entreprise aussi périlleuse.Vains efforts! Le bouillant jeune homme, emporté par l'ardeur do son libéralisme, leur adresse cette digne réponse : (< Jusqu'ici je n'avais l'ait que chérir votre cause; aujourd'hui je.cours " la servir.Plus elle est tombée dans l'opinion publique, plus grand sera l'effet ': causé par mon départ ; et, puisqu'il vous est impossible de nie fournir un iJ vaisseau, je vais en acheter un et le fréter à nies frais." De ce moment, rien ne saurait l'arrêter ; ni la crainte de s'attirer la défaveur de la cour, (*) ni ses amis, ni la tendresse qu'il porte à sa charmante jeune femme.La voix, l'immortelle voix de la liberté lui a dit: 11 va, cours, hate-toi, aid k lbs frères de ton cœur !" el le voilà qui s'embarque, et vogue à toutes voiles vers un lointain rivage, pour en rapporter, nouveau Prométhée, le feu sacré de la souveraineté populaire.Ln avril 1777, il aborde à Georgestown, après avoir déjoué la croisière établie lans les (aux des Antilles, pour lui barrer le passage.Use rend aussitôt à Philadelphie, et demande au congrès la permission de servir comme simple volontaire et sans appointements.Les .membres de l'assemblée avaient l'esprit trop élevé pour ne pas rivaliser de générosité avec le magnanime Français.Un décret lui confère le grade de Major-Général dans l'armée des Etats-Unis.Lafayette est assez, modeste pour refuser; il part pour le camp du commandant en chef.Washington l'accueille avec nue rare distinction, et bientôt s'établit entre ces deux illustres citoyens une amitié qui ne s'éteignit qu'à la mort du patriote américain.Le 11 septembre de la même année, Lafayette reçoit le baptême de sang à la bataille de Brandywinc.Il est blessé à la cuisse., en s'offorçant de rallier les fuyards.Cette leçon comprimera-t-clle son essor, étoulfera-t-elle ses louables aspirations?-—Quoi ! ne le voyez-vous pas qui déjà revole à de nouveaux dangers?Sa blessure est à peine cicatrisée; qu'importe ! Dieu et la bonne cause sont pour lui; sa force de caractère est un topique infaillible, ses souffrances sont oubliées, il portera un coup formidable aux suppôts de la tyrannie ! A la tôte d'un détachement vie milices, il taille en pièces un corps d'Anglais et de Hessois, de beaucoup supérieur en nombre, au sien.Lc Congrès lui vote des remercîments et lui décerne, comme récompense, le commandement d'une division.Promu plus tard au grade dégénérai en chef dc l'Amérique septentrionale, il ne cousent à prendre cette charge qu'à condition de rester lc subordonné de Washington.La bataille de Monmouth, gagnée, le 27 juin 177S par les républicains, vient enrichir la panoplie de ses exploits.11 va presque immédiatement après, couvrir la retraite de Sullivan, qui était contraint d'évacuer Rhode-Island, et se tire glorieusement de cette délicate expédition.Sa bravoure et sou dévoûment pour défendre tantôt les droits dc l'humanité, (•) ." la résistance à la volonté* «lu roi daus cette circonstance, fut.eucouragée par los applaudissements du publia Et, quand l'autorité du prince est en défaveur auprès de l'opinion, le principe de la woDarcaie, qui pince l'honneur dans l'obéissance, est attaqué pur sa !>ase.M:.;r djs Stabi»— Considérations sur la Révolution Française.87 2244 64818?68 246 LA.RUCIIE.tantôt l'honneur (*) de ses compatriotes, avaient mis le jeune homme en liante faveur parmi les Américains.Le Congrès lui fit don d'une épéc, ornée d'emblèmes allégoriques, qui lui fut remise par Franklin h Paris3, où il se rendit en 1779.Il y était représenté blessant le lion anglais et recevant une branche de laurier de l'Amérique débarrassée de ses fers, i-lle était elle-même figurée par un croissant avec ces motsCrescam ut pnmm ; de l'autre côté on lisait : Car non?devise de Lafayette.Son retour dans la mère-patrie avait été accompagne" d'une veritable ovation.Mais le devoir qui réclamait son bras, lui était trop cher pour qu'il s'endormit sur la molle couche de l'inaction.Il s'empresse de réunir des secours d'hommes, d'argent, etc., et remet à la voile pour les Etats-Unis.Vers le milieu de l'année 1780, il aborde à Boston, où il est accueilli par le penpleavec des transports de joie, qui attestaient vivement la confiante et l'affection que lui ont vouées les sincères patriotes.Si, jusqu'à ce jour le fanatisme de la réputation avait joué un faible rôle dans les actes dc Lafayette, il n'en sera pas ainsi désormais : la conviction des esprits vigoureux, immuables, sera son seul mobile; il appartiendra intégralement aux époques, aux hommes, au dogme républicain ; car, qu'on le sache bien, la politique se divise en deux catégories parfaitement distinctes : ceux du moment —ou les vrais apôtres—et ceux du lendemain—ou les adorateurs du veau d'or; ceux qui triomphent au prix du martyre, et ceux qui exploitent le triomphe ! " ces hommes sont comme Vapanage des éjwqucs md>versives." Durant la campagne de 1780, Lafayette commanda l'avant-garde dc Washington, et échappa heureusement à la trahison du renégat Arnold.L'année suivante il fut chargé de la défense de la Virginie.Son effectif ne montait qu'à cinq cents hommes, dénués de tout, aigris par la misère, et eherebant sans-cesse dans la désertion, trêve à leurs maux.Il fallait déployer une énergie et un*1 habileté incroyables.Lafayette se sacrifia corps et âme, et renversa les obstacles qui semblaient devoir entraver sa brillante carrière.Il sut bloquer ce Lord Cornwallis que ses succès antérieurs avaient rendu l'effroi de l'Amérique, et qui, enivré par la victoire, avait écrit a Londres (pie " Venfant ne pourrait lui échapper." Renforcé par un corps de trois mille Français, récemment débarqués sous les ordres du marquis de Saint-Simon, (t) Lafayette prit à Williamsburg une position, jugée inexpugnable par le général anglais Puis, sûr que l'ennemi ne pouvait sortir de ses mains, il attendit tranquillement l'arrivée de Washington qui amenait le corps de Uochambeau et la division de Lincoln.Alors eut lieu l'attaque: Lafayette se surpassa par son intrépidité.A la pointe de la baïonnette il enleva une redoute, dans laquelle il était entre le premier.La capitulation de Lord Cornwallis, le 19 octobre 1781, à York-Town, décida du sort de cette guerre.La plus belle couronne militaire que nous puissions décerner à notre jeune héros, c'est de montrer qu'à une valeur toute française, il joignit quelque chose de la circonspection du teinporiseur Washington.(*) Des commissaires conciliateurs, envoyés d'Angleterre, ayant été repoussés par le Contrés, se servirent d'expressions injurieuses pour la France.Lafayette lundi on cartel & leur président, Lord Carlisle ; mais celui-ci ne l'accepta puiut.(f) C'est ce même Saint-Simon, si fameux dans la s,jite, comme fondateur de la socte de* St.Simo-niens, de l'époque politico-philosophique,dite dos Industriels.\\ naquit a Paris en 1760.entra en 1779 au service de l Amérique, fut fait prisonnier en 17K2 avec Cirasse, et reçut des Aim'tkiiins la décora tion de l'ordre de Cincinnati!*.Sa vie fut des plus aventureuses.L'un des plus hardis penseurs de sou époque, il eut le bonheur devoir fructifier sa doctrine, Imséo sur cette croyance quo la destinée de-l'homme sur la terre est de produire par le travail.Il mourut le 1?luni, ) S26. LAFAYETTE.247 Lafayette retourna en Europe au milieu du mois de novembre, emportant l'estime et les regrets des Américains.Il revint comblé des éloges et des marques de consideration du Congrès, qui le pria de veiller aux intérêts des Etats-Unis auprès du ministère français.Nous n'essaierons pas de peindre l'engouement que rencontra, chez ses concitoyens, rémule des Washington et des Franklin, disons seulement qu'il fut presque divinisé par l'esprit public Peu d'années après, Lafayette fit encore nu voyage aux Etats-Unis." Son u passage dans les villes et les campagnes présenta le spectacle d'une fête eon-u tinuelle." Le souvenir de ses services était gravé en caractères ineffaçables dans la mémoire de tous les citoyens.Admis en cérémonie dans la salle du Congrès, il adressa à l'assemblée un magnifique discours qu'il conclut ainsi : u Puissent la prospérité et le bonheur des Etats-Unis, attester les avantages de u leur gouvernement ! puisne er temple immense
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