Le Réveil : revue politique et littéraire. --, 1 novembre 1895, samedi 9 novembre 1895
BOITE 2164 N° 62 TELEPHONE 2033 bevue politique et littebaibe !!—LITTÉRATUBE—THÉÂTRE—BEAUX-ARTS fol.3 MONTREAL, 9 NOVEMBRE 1886 No.62 SOMMAIRE: finance, A.Filiatreanlt.—La Grande Lutte» La Direction.— Féminisme, Duroc.— Naviunce : Réponse à " Vrai Canadien " Canadien.—Ia Dignité du Barreau, Vie — Charité et Juatice, IV, Jacques Lecmyant.- L'Œuvre de Proulx, Ex-V.R.U.L.M.Unirersitaire.—Bibliographie : Les Canadiens du Michigan, T.St-Pierre ; l'Affaire Deniers, Jean Badreux ; Mes Rêves, Dr J.E.Prévost, Bibliophile.—Un Canadien-Français à New-York.—Grèves d'Antan, G.Clemenceau —Feuilleton : Le Missel de lu Urand'mère, Ludovic Halevp.Les chu lit ions d'abonnement au Réveil ne nt pas les conditions ordinaires des autres •uruaux.Xous livrons le journal à domicile imco) ii raison de 25 cts.jhu mois, payable commencement de chaque mois.Tout ce que [¦¦is demandons au public est de voir le journal.Les abonnements en dehors de Montréal fut payables tous les quatre mois et d'avance, ws enverrons un numéro échantillon gravement à tous ceux qui en feront la demande, mille/, adresser vos lettres au Directeur du Réveil, Boite 2184, Montréal.Pour la troisième fois nous revenons sur ce triste chapitre : " Na- vrance." Nous avons promis à tous franc jeu et nous tenons parole.Espérons que les parties engagées sauront s'arrêter dans une lutte qui semble devenir personnelle, et où la question de nationalité joue un rôle trop proéminent pour nous plaire.En tous cas, nous n'avons pas choisi le terrain du débat.Nous le subissons.Tant pis pour les éclaboussés.Nous pensons cependant que ces messieurs voudront comprendre que la discussion doit être considérée comme close.7057 77 a.piliatrbault. 146 LE REVEIL la grande lutte Nous avons déjà dit que le réveil n'avait jamais eu l'intention de prendre le champ contre les institutions ni contre les privilèges d'aucune section du pays.Les protestations dont nous nous sommes fait l'écho étaient celles d'une masse de citoyens dont les porte-paroles ont trouvé chez nous livre ouvert, taudis que nous couvrions les auteurs du voile d'un anonyme loyal et sous lequel nous attrapions toutes les volées de bois vert d'une meute effrayée.Nous avons eu bon dos et nous avons tout supporté ; mais, qu'on ne l'oublie pas : toute cette histoire-là a été écrite et nous la conservons précieusement avec dates et noms à l'appui.Il parait que l'on cherche en certains quartiers à se venger sur le Réveil de désagréments qui s'élèvent dans la lutte de chaque jour et que notre attitude loyale et franche n'a permis d'éviter à personne.Les plus gros coups que nous ayons reçus, les articles qui nous ont valu des reproches coûteux provenaient des gens-mêmes qui avaient intérêt à se servir de bonnes bête» de somme pour écouler leur bile.Mais nos documents sont prêts et en lieu sûr.On remontera même jusqu'à l'époque agitée du Canada-Même.Un les énumérera alors les MODBBB8 avec titras à l'appui ! On supputera la part de chacun.Qu'on se le tienne pour dit.Nous sommes prêts à lutte.LA DIliKCCTIUN.J'ai vu jouer, il y a quelques seize ans, au Vaudeville, une pièce d'Alphonse Daudet — il me semble que c'était le Aabah — où le duc de Morny se trouvait en svene sous le pseudonyme do duc de Mora, j1 Tout le long de la pièce, jusqu'au coup pistolet final, son rôle, son attitude, ses se résumaient à ceci : de la tenue ! D§ la tenue ! Telle était sa maxime, code.Tin lieu 1 II nous semble qu'on manque dement de tenue dans notre monde politiqn et maintenant que la Patrie s'est attribué, rôle de conductrice de la campagne anti-tT ' cale, nous allons occuper nos loisirs à un peu de politique.Km t eiidons-iioiis, de politique générale.N ne faisons pas de politique militante ; oh ! n c'est trop ennuyeux et trop banal.La tenue fait absolument défaut dans moeurs politiques.Nous venons d'en avoir un curieux ex pie.Le chef d'un grand parti notifie par d ment un journal qui vagabondait sur le te politique, qu'il lui défend de parler au nom son parti, qu'il n'a aucun titre à parler en nom.Voue croyez peut-être que le personnage ' terpellé va répondre comme un homme d tenue, comme eût fait un Morny : " Le diab vous emporte, vous et votre parti ! Je vais ait rer mon drapeau et crier : qui m'aime me suive Me suivra qui voudra ! mais je ne vous plus." C'est ce qui sera't venu à l'idée d'un indi ' du de race masculine.Cela n'est pas venu à l'idée du directeur la Palm.Au contraire, le lendemain, il ci vait à pleines colonnes qu'il persistait à sui M.Laurier, que M.Laurier n'avait pas meilleur ami que lui, que personne ne serait plus heureux que lui de son complet succès, etc.Voilà le féminisme.L'exemple n'est pas nouveau.Nous avons dans Ontario un précédent : McCarthy a été chassé des rangs du parti conservateur ouvertement, officiellement.A bord de ÏOlbia, dans le port de Montréal, Sir John Thompson l'a rayé du parti dans un discours impromptu resté célèbre.fe.li bien, malgré D.?B LE REVEIL 147 sla, M.McCarthy se dit encore conservateur, spire au succès du parti conservateur et se jlle aux flancs de ceux qui le renient.Féminisme que cela Une crise a eu lieu à Ottawa,l'autre semestre, 'rois ministres sont sortis sur le refus du chef e faire justice aux intérêts qu'ils représentent.Deux de ceux-ci sont rentrés lécher la tain qui les avait frappés.Féminisme encore.Et comme je cherchais la clef de ces man-ueinents à la tenue et à la dignité, je suis inibé sur une bien curieuse brochure à titre ensationnel : L'Anglais est-il un Juif?éditée ar A.Sa vine et dont l'auteur, M.Louis Martin, lit une étude psychologique de l'Anglais et du uif pleine d'aperçus originaux.Il divise les races en deux catégories : races nasculines, races féminines.Les races qui /ont et les races qui font faire.Les i aces créatrices et les races consomma-ys».Les individus de races latine sont les lasculins.Les autres races sont féminines.D'où mon expression féminisme accolée à acte des Beaugrand, McCarthy, Ouimet et iron.Ce sont des américains, des anglais ou des igliiiés.Ce sont des féminins qui font faire, c'est-à-ire laissent travailler les autres, quitte à venir la curée.Mais, je puis vous montrer les masculins, et m venez comme ma thèse se tient bien.Un homme s'est déjà trouvé dans la même sition ¦ 111osaient ; fis avaient fait une bourse commune pour pouvoir prolonger la grève envers quelques gar- Spliers du i.it Saint-llilaire, il*«'étaient engagés k payer s nourriture de* plus nécessiteux d'entre eu», c'est-à-dire de ceux que la misère aurait pu contraindre à reprendre le travail avant le temps ; k plusieurs apprentis relieur*, qui étaient accourus de fa province à Pari* pour y travaillerais donnèrent même une indemnité, afin de lea déterminer à ne \>.i- mettre leur* projet* à exécution et à s'en aller.Atom le» patron» recoururent au lieutenant de police, qui fit le meilleur ucrueil d leur requite et «V»«prrx»n de prendre en oui in leur affaire.Dans la nuit du dimanche |:i au lundi Il octobre 17711, -ix ouviler* relieurs furent arrêté* et ml* en prison.Leur* camarade», intimide• par cette mesure de rigueur, reprirent le travail de* le lendemain.A la date du mardi I ."«octobre.Hardy insère dans son iwueil la note suivante : " Ce jour, en apprend que le* compagnon» relieur* lommellc.lient A se met tri- a la raison et que le plu* grand nombre avait repris le travail cbeiles maître* ; on nVnten-dait cependant point dire à quelle* conditions, ni «i ceux-ci avalent alNtndoiiné leurs prétention* relativement à la continuité dea seixe heure* de travail par chaque jour, ce qui paraissait un peueiorbilanl." On était alors tellement habitué k voir les ouvriers s'épuiser par un lutteur excessif, pour lin salaire misérable, que le Isnilieinnie Hardy, qui Cepen) dant était généreux et capable de pitié pour le* pauvre* gen*, trouve seulement un /su c.fnrliiluulr une journée de sei/.e heures." L'intervention de l'autorité, conclut M.Flammermont était comme de règle alors, puisque les coalisa -tions étaient défendues par les ordonnances." N'est-elle pas de règle, encore aujourd'hui (avec des habiletés du forme), sous lo regime des coalisatioim permises f Consultez là-dessus Gambetta lui-même.Identique, lu t-ibleau, à cent uns de distance.Même cas dans l'aventure des commissionnaires «lo l'un-, dits uatinetleniers, dont le Journal tie Hani y nous fuit «'gaiement l'histoire.Le gouvernement avait autorisé lu formation d'une compagnie pour le trans LE REVEIL 157 port des petits paquets dans Paris au moyen de voitures à bras.C'était la ruine des commissionnaires.Le duc de Polignac, directeur général des Messageries, et le baron de Breteuil, ministre de la maison du roi, étaient intéressés dans l'affaire.On devine si les gagne-dénia'* furent sévèrement réprimés quand, le 2 janvier 1780, ils provoquèrent une bagurre rue Galande, en maltraitant les traineurs de petites voitures.Ile portaient atteinte à la liberté au travail de leurs concurrents, c'est vrai, et, par là, ils étaient en faute.Mais le duc de Polignac, sans l'excuse de la faim, attentait à la possibilité du travail des gagne deniers, ce qui n'est pas moins grave peut être.Seulement, il était du bon côté de la barricade sociale et il le fit bien voir.Deux gugne-iUniers furent mis au carcan, sur la place Maubert, le 19 janvier 1780.Le lendemain, ils subirent le même supplice snr la place des Halles, et le surlendemain, sur la place Maubert.Hardy lui-même ne put s'empêcher de les plaindre " et même de les excuser, maigre l'horreur instinctive, dont en bon l-ourgeois de Paris, il était pén'tré pour tout ce qui troublait l'ordre dans la rue." Et M Plammermont, qui fait cette remarque, nous apprend que le public, témoin du supplice, fut ému d'une telle compassion qu'on recueillit, pour les condamnés, 48 livres, place .Muuliert.et 2.'lli livres, place de Grèce.A quelques jours de là, c'était la grève des charpentiers qui éclatait Cinq des meneur* furent mis en prison " en attendant, dit Hardy, qu'on leur fit subir une peine quelconque pour leur opiniâtreté, leur révolte et leur insubordination, qu'il paraissait d'autant plus important de réprimer, qu'on voyait régner comme une espèce de fermentation parmi lea compagnons des différents métiers, tels que les maréchaux, les serruriers, le* boutiquier*, les maçons, etc.,." Un était au printemps de 1780, et cette espèce de fermentation était en voie du devenir la Révolution.L' sang allait couler à flots, pour changer des mots •i.il.or-1.et puis, par les mots, les faits-plus tard.(i.i I.I.MKN< KAI FEUILLETON le missel de la m On comprendra facilement l'émotion dont il fut saisi à la lecture de cette lettre, qui lui révélait tout d'un coup un fait inconnu.Il ne pouvait supposer qu'il eût .[taire à une intrigante.Ce n'était pas un secours qu'on lui demandait, mais seulement un prêt, et bien timidement, avec le ton que prennent les pauvres honteux.La lettre disait encore : " Ma mère était l'amie d'enfance de la vôtre, et si ce n'est pas une erreur de ma mémoire, elle a été assez, heureuse autrefois pour lui rendre un léger service.'- Qui était donc cette dame Duverger, née Mazurier, qui.malade, lui écrivait avec la main de sa tille' Ltnit-elle la -nui' de madame Caillet ou bien une parente éloignée ?Ou bien encore s'agissait-il d'un Mazurier étranger à la famille du banquier?Autant de questions auxquelles il lui était impossible de répondre.On vint le prévenir que le déjeuner était servi.Il s'empressa de descendre à la salle à manger où tout le inonde l'attendait.On s'apetçut tout de suite qu'il était préoccupé.—Aurais-tu reçu de mauvaises nouvelles du Havre ?lui demanda son fils.—Non, au contraire.—Alors, mon cher Pierrard, dit le banquier, votre contrariété, — car vous êtes contrarié, — vient d'une autre cause.Tenez, voilà ces dames inquiètes ; dites-nous vite de quoi il s'agit —Ma foi, c'est ce que j'ai de mieux à faire.— Parbleu! fit M.Caillet.—Avant tout, je dois vous déclarer que vous êtes trompés, car je ne suis nullement contrarié.—En ce cas, rien de grave à redouter.—Connaissez-vous une dame veuve du nom de Duverger ?demanda-t-il.A cette question, à laquelle on s'attendait si peu, le banquier se troubla, sa femme pâlit; seule, madame Mazurier, assise en face de l'armateur, resta impassible.—Nous la connaissons, dit-elle avec aigreur, puisque nous avons le malheur qu'elle soit de la famille.Pourquoi nous demandez-vous cela, cher monsieur Pierrard ?—11 parait que cette dame et sa fille se trouvent en ce moment dans une position extrêmement difficile ; la mère est malade depuis plus d'un mois et elles sont à la veille de manquer de pain.—La malheureuse! s écria l'affreuse femme, qui n'hésita pas à appeler à son secours la pins odieuse des calomnies ; voilà les suites inévitables de sa mauvaise conduite.Sans se rendre compte du sentiment pénible qu'il éprouvait, le coeur de l'armateur se serra.—Il faut être indulgent quelquefois pour certaines fautes, reprit-il, et ne jamais rester impitoyable pour coux que frappe le malheur.Madame Duverger m'a écrit une lettre fort touchante.—En vérité, c'est trop d'audace I interrompit la mégère.— Elle me supplie île lui venir en aide, de lui prêter une somme, d'ailleurs fort minime.— Elle continue donc son métier de mendiante ' — J'ai lieu de m'étonner qu'elle ne se soit pas adressée à moi, dit madame Caillet d'une voix hypocrite.— Vingt fois déjà nous l'avons retirée de la misère, osa ajouter madame Mazurier.— Ne vous préoccupe/, plus de cette affaire, monsieur Pierrard, reprit la femme du banquier ; je me charge de votre réponse à madame Duverger.C'est à aa famille à lui venir en aide, comme elle l'a toujours fait Des aujourd'hui je ferai passer chez elle, et on lui remettra l'argent dont elle a un si pressant besoin.M.Pierrard ne trouva rien à objecter.Du moment que madame Caillet revendiquait le droit, qui lui appartenait, de secourir un membre de sa famille, il ne pouvait plus se mettre en son lieu et place.La façon dont on s'était exprimé sur le compte de madame Duverger avait obtenu le résultat qu on en attendait L'effet produit par la lecture de la lettre 158 LI RIYKIL était ilétruit.La sympathie de M.Pierrard se changeait en indifférence.Pourquoi se serait-il intéressé à ces deux femmes, qu'il ne connaissait point, et qu'on lui présentait comme indignes ?D'un uutre côté, par un sentiment de délicatesse facile à comprendre, malgré l'intérêt qu'il pouvait avoir à connaître la vérité, il ne fit aucune question sur madame Duverger et sa tille.Il avait touché a un secret de famille, il voulut le respecter.On parla d'autre chose.Dans la soirée, un domestique de madame Caillet se présenta chez madame Duverger.Son air dédaigneux, pour ne pas dire impertinent, était bien digne des maîtres qu'il servait.Il avait reçu des instructions et, tout fier de figurer un personnage, il ne voulait pas paraître au-dessous de la mission qui lui avait été confiée.La malade commençait à aller mieux : elle avait voulu se lever et elle était assise devant le feu.Adrienne travaillait près de la petite table.Elle se leva pour ouvrir au domestique et reprit aussitôt sa broderie.Madame Du verger s'était tournée à demi du côté du visiteur ; elle n'eut pas de peine à deviner en lui un valet de bonne maison.— Madame, vous avez écrit à M.Pierrard du Havre î — Oui, monsieur.Est-ce donc sa répouse que vous m'apportez 1 — Hélas ! se dit la jeune tille, cet homme ne se présente pas comme uu messager île bonne nouvelle.— Je suis envoyé par al.Caillet.répondit le domestique.Li mère et la tille tressaillirent — Je dois vous dire d'abord, reprit le valet, qu'il n'y a pas de réponse à votre lettre.M.Pierrard, du Havre, a été très étonné que vous lui ayez écrit, et il ne répond jamais k certaines demandes qui lui sont adressées |>ar des personnes qu'il no commit pas.Los deux femmes échangèrent un regard plein de tristesse, puis elles baissèrent la tête.— M.Pierrard u communiqué votre lettre à madame Caillet, poursuivit le domestique, ear il est en ce moment à Paria — Oh ! quelle humiliation ! murmura la pauvre veuve.Les yeux d'Adrienne so remplirent du larmes.— Est-ce tout ce que vous avez a nous dire de la Itart de madame Caillet, monsieur < demanda madame hivorger.— Kilo m'a chargé de vous remettre ceci, répondit lu valut eu présentant à la veuve un billet du banque de vingt-cinq francs.— Ah ! une aumône ! lit elle d'un ton amer, comme k un men,liant qui tend la main! Jo no suis pa* heureuse, monsieur, mais n'ayant rien demandé à madame Caillot, jo n'ai rien à accepter d'elle Et elle cacha sa tiguro dans ses mains.Le domestique ne savait plus que dire.Il passa s -s doigta dans ses longs favoris et se deer la k remettre le billet dans sa poche.— Je dirai k madam*' Caillot quo n >us n't vex l>e*oiii ¦le rien, tit-il.Adrienne se leva.— Vous pourrez lui dire, si vous le voulez, répliquât-elle, que nous manquons de tout, que demain peut-être nous if suions ai feu, ni pain, ni asile, mais que nous avons toujours confiance en Dieu, lorsque tout le monde uous abandonne et nous oublie.Veuillez lui dire aussi qne nous lui souhaitons d'être toujours assez heureuse pour ne jamais recevoir l'affront qu'elle nous fait aujourd'hui.Le domestique pirouetta sur ses talons et gagna la porte.— Ah ! ma mère, ma pauvre mère ! s'écria la jeune fille en tombant à genoux près de la malade.— Nous boirons le calice jusqu'à la lie, murmura madame Duverger.— Tu le vois, reprit Adrienne, il faut que je travaille, que je travaille beaucoup.Puis, joignant les mains et rejetant en arrière sa tête charmante, elle s'écria : — Mon Dieu, conservez-moi ma mère st ne nous abandonnez pas.' IV C'était un homme dur et peu commode, le gérant de la maison où demeurait madame Duverger.On le supplia d'accorder un délai avec promess?de payer au demi-terme: il resta impitoyable, et le 10janvier,il fit signifier le congé par huissier.Il est vrai qu'il ne tenait nullement à conserver sa locataire.Le logement du rez-de-chaussée lui avait été demandé, et il voulait le transformer en écurie et remise.Après la signification vint la saisie.L'huissier chargé de l'opération mit la main sur tout ce que la loi lui permettait de prendre ; il n'oublia même pas de coucher le vieux missel sur son inventaire.— Je vous en prie, monsieur, lui dit Adrienne, laissez-nous ee livre, auquel nous tenons beaucoup, ma mère et moi.— Vous demandez cela trop tard, mademoiselle, c'est déjà écrit — En voici un autre que vous pouvez prendre à sa pince.— Impossible : voyez, j'ai fait ajouter : avec garnitures d'argent —C'est un souvenir de ma granl'mere, reprit la jeune fille en s'elforçant de retenir ses larmes.— J'aurais voulu vous être agréable, mademoiselle ; mais, je vous le répète, il est trop tard.Du reste, si vous tenez tant que cela à votre vieux livre de messe, vous n'auiv/ qu'à être là le jour de la vente et vous l'achèterez.Il ne aéra pas vendu plus de einq francs.Ce n'était pa» que le missel fut utile à madame Duverger et à sa fille ; elles avaient chacune leur livre ¦le messe ; depuis bien des années, celui de la graud'-mère n'était pas sorti de son étui ; elles l'avaient pieu-semunt conservé et y tenaient seulem -nt parce qu'il avait appartenu à madame Mazurier : le souvenir est la religion du cu-ur.Le jour fixé pour la vente du pauvre mobilier arriva Lt mère et la fille ue l'avaient pas attendu peu- quitter lo logement.elles étaient allées cacher leur douUur rue de Seine, dans uue chambra d'hôtel.t LE REVEIL 159 La santé de madame Duverger se rétablissait bien lentement, au milieu de si cruelles émotions.Les forces ne revenaient pas et il fallait attendre encore deux mois peut-être avant qu'elle pût reprendre son travail.La seule chose à redouter était une rechute ; aussi Adrienne redoublait-elle de soins et d'affection pour sa chère malade.La courageuse enfant se multipliait de toutes les manières.Pendant que la vente avait lieu dans la cour de la maison de la rue de Grenelle et que le commissaire-priseur adjugeait chaque objet du ménage à tel ou te', marchand de bric-à-brac ou.de meubles d'occasion, un jeune homme s'arrêtait dans la rue devant les étalages, plus brillants que riches, d'une' douzaine de ces marchands ambulants, qui profitent toujours des ventes à la criée pour exercer leur petit commerce.Après avoir regardé un instant les couteuux, les petites cuilliers à café, les couverts argentés et dorés par le procédé Ruolz, les lorgnettes, les ronds de serviette et autres produits de la fabrique de Paris, le jeune homme entra dans la cour.Il vit ce qui se passait; c'était fort peu intéressant pour lui, et il se disposait à s'éloigner lorsqu'il aperçut une jeune fille qui cherchait à dissimuler sa présence en se cachant derrière une vieille armoire en bois de noyer.La beauté de cette jeune fille produisit sur lui une impression étrange, en même temps qu'il se sentait vivement intéressé par son air triste et résigné.Elle pleurait A chaque instant elle épongeait ses yeux avec son mouchoir.Dans sa main gauche elle tenait une pièce de cinq francs ; on voyait briller le métal blanc entre ses doigts tremblants et rougis par le froid.—Elle est ici pour acheter quelque chose, pensa le jeune homme ; mais pourquoi pleure-t-elle ?Sans oser l'approcher, il continua à l'examiner avec attention, et restait comme en extase devant cette admirable beauté, laquelle semblait protester contre la pauvreté des vêtements qui ne parvenaient pas à l'amoindrir, Tout dans sa personne, son regard, sa pose et ses mouvements était gracieux, modeste, distingué, honnête.Il se dégageait d'elle comme un parfum d'innocence et de pureté.Le jeune homme voyait toutes ces choses et se laissait aller à son ravissement Soudain, la jeune fille passa rapidement le mouchoir sur son visage et se mêla au groupe des acheteurs.Le crieur venait d'annoncer la mise à l'encan d'un livre de messe.- Allons, mesdames et messieurs, dit-il, trois francs le livre de messe avec son étui ; le fermoir et les autres Srnitures sont en argent.La mise à prix est trois mes.Au poids, l'argent seul vaut mieux que cela.Allons, trois francs ! —Dix sous de plus, dit nn acheteur.—Trois francs cinquante, reprit le crieur.—Quatre francs, répondit la jeune fille d'une voix douce et tremblante.—Nous disons quatre francs, mesdames et messieurs; à quatre francs, ce beau livre de mjsae.Voyez, il est tout neuf, on ne dirait pas qu'il a servi.LUDOVIC AI.KVV.(il suivre) Le"SUN" Compagnie d'Assurance sur la Tie du Canada.SIEGB SOCIAL, MONTREAL.Robertson Macaulay, Président.T.n.Macaulay, Secrétaire.Hox.a.Wt Ooilvib, Vice-Préxident.Ira B.Thaykk, Surintendant de» Agence».G.F.Johnston, AuUtant Surintendant de» Agence».L'année 1894 a, jusqu'à maintenant, été des plus satisfaisante et, avec un zèle o-saulnier*, ot publie par ArMlrio Fillalroault au No.BrtM Saint -Gabriel, Montreal.arthur globensky AVOCAT."H Y.L.B." Chambres 311 «t317.BURROUGHS & BURROUGHS, AVOCATS Chambres 613 et 614 Bâtisse de la New Vork Life, 11 Place d'Armes, Montréal.Téléphone 1521 Ckaa.8.Banœtb* W Herbert Burroucaa.J.A.DROUIN AVOCAT.BAI law du l'A«»urance "Now York life " l1 PLACK DAHMK8, Chambre- «Uot Jli Telephone IMU.et THEATRE Edifice du Monument National Le Seul Théâtre Français à 10c.4 REPRESENTATIONS Par Jour 2.15, 4.00, 8.00, 915 hrs.au theatre • CHANSONNETTES, ROMAN8E8.DANSES, ACROBATES, COMÉDIE kt OPERETTES.au musee MERCIER sur son LIT de 10BT 100 Figure de cire, Léon XIII.nocvbactks chaq.uk s k m a ink.Entrée du Musée - 10e.Entrée du Théâtre • 10c.Sièges réservées, 5e.ext.O" Le Musée aéra ouvert le Dieancbb de 1 heure k 10 heures du soir.JAGQ.VANPODCKE l'ItOKKSSKI'lt D8 Clarinette et de Solfège, 221—RUE CRAIO—221 POUR RELIER Lh8 FASCICULES " NAPOLÉON " N'ouï avona fait faire une étampe toute «pédale ; ceux qui ont l'Intention de faire relier lean fkacicme* feraient bien de venir voir un échantillon do notre relieur» k ao» bureaux, ou demander notre agent qui Irait le leur montrer.JOHN LOVELL A FILS sa im aatat-m—in, \ 94
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.