Le Réveil : revue politique et littéraire. --, 1 avril 1896, samedi 4 avril 1896
BOITE 2184.wo.aa TELEPHONE 892 Bévue Politique et Littéraire POLITIQUE—LITTERATURE—THEATRE—BEAUX-ARTS VOL.4 MONTREAL, 4 AVRIL 1886 No.88 LE NOUVEAU JOURNAL Noos ayons parlé la semaine dernière de la possibilité d'augmenter le nombre de pages du Réveil et de le rendre encore plus vigoureux qu'il ne l'est.Pour cela nous avons dit qu'il fallait le concours de toutes les bonnes volontés.Depuis, nous sommes entrés en relations avec une partie des anciens collaborateurs du Canada-Revue et de nouvelles recrues et nous avons décidé de suivre la même ligne de conduite.Nos amis voudront donc bien prendre note de l'avis qui suit : Tout lei membres du club organisé pendant la grande lutte du Canada-Revue et qui a fonctionné pendant dix-huit mois, sont priés de ae réunir samedi prochain, le U avril, à 10 heures du soir, au lieu convenu.Ceux des membres qni n'ont pas reçu d'invitation écrite sont priés de s'adresser au Directeur du Réveil.Le but de cette première réunion hebdomadaire est de rédiger le programme de la nouvelle publication et de s'entendre généralement sur la marche à suivre.SOMMAIRE Le nouveau journal, La Direction.— Les Ecoles publiques, Canadien.—Merci 1 La Rédaction.—Typographie sacrée, Encre Rouge.—La Sauce Cléricale, Vindex.—Affaires municipales, Civis.—" Francissons Canayens," Cannuck.— L'Enfant de l'Amour, Emile Ber-gerat.— Un livre d'Enfance, Georges d'Espartes.—Feuilleton: Rome,(.SWte) Emile Zola.Les conditions d'abonnement au Réveil ne NBt pas les conditions ordinaires des antres warn aux.Nous livrons le journal à domicile (franco) à raison de 25 cts par mois, payable au commencement de chaque mois.Tout ce que ¦ou demandons an public est de voir le journal.Les abonnements en dehors de Montréal sont payables tons les quatre mois et d'avance.Nous enverrons un numéro échantillon gratuitement ¦ tons ceux qui en feront la demande.Veuilles adresser vos lettres an Directeur dn Réveil, Boîte 2184, Montréal 60 LE REVEIL Aujourd'hui que la liberté de parole est acquise, grâce aux efforts incessants que nous avons faits depuis quatre ans, il est assez facile de faire une publication sérieuse avec les éléments que nous possédons.LA DIRECTION.LES ECOLES PUBLIQUES En aucun temps, dans aucun lieu l'on a vu comédie semblable à celle qui se joue en ce moment dans notre malheureux pays.Autour d'une question insignifiante-insignifiante parce qu'elle est tout-à-fait indifférente à ceux qu'elle intéresse directement—autour d'une question insignifiante, disons-nous, toute la théocratie du Dominion s'agite et jette le trouble dans la machine gouvernementale.On comprend que nous voulons parler de la question des écoles du Manitoba.Voyons un peu où en est cette question ; et puisque tous les journaux du pays n'ont pas le droit de dire ce qu'ils pensent à ce sujet, disons-le pour oux.La question des écoles du Manitoba n'est pas seulement la plus gigantesque blague de notre histoire politique, c'est par-dessus tout une infamie cléricale.La province de Manitoba est autonome ; elle a, par conséquent, le droit d'édicter les lois qui lui conviennent au sujet de l'éducation.Cette province a une forte majorité anglaise et protestante, majorité qui est fatiguée de payer pour les écoles catholiques, écoles très peu fréquentées, du reste, et dont les résultats étaient nuls.La preuve, c'est que lorsque les agitateurs politiques voulurent se servir de cette question comme d'un tremplin électoral, ils firent circuler une requête parmi les catholiques du Manitoba, lesquels, par or- dre, protestaient de leur violent désir de conserver les écoles séparées.Or, presque toutes les signatures qui ornaient cette requête étaient représentées par une croii, laquelle croix, signe d'ignorance crasse, indiquait éloquemment la valeur de l'hu.truction qu'ils avaient reçue.C'est cette même instruction que les pauvres diables, sans savoir ce qu'ils faisaient, réclamaient pour leurs enfants.En pareille matière, il est du devoir strict du gouvernement de veiller à la culture intellectuelle de la jeunesse et de briser le boisseau clérical, dont l'unique fonction est de cacher la lumière.Ce qui a provoqué la mesure radicale à laquelle le gouvernement manitobain a cru devoir recourir, c'est la honteuse infériorité des élèves des écoles catholiques, jointe à la grande infériorité numérique de ces derniers.C'était donc une double mesure qui imposait cette réforme : mesure économique, mesure de prévoyance.Il fallait s'attendre à des hurlements : il y en a eu.U fallait s'attendre à des manœuvres, à des mensonges, à des haines: il y en a eu, et les saintes âmes qui dirigent le mouvement ne sont pas prêtes à cesser leurs hypocrites clameurs Eh bien, puisque cela leur est agréable, laissons-les taire.Laissons-les faire, mais ne nous laissons pas déborder par ces sinistres farceurs, par ces insatiables ambitieux dont le but unique est notre asservissement.Du moment que les écoles publiques sont inconfessionnelles, que veut-on de plus?Que va-t-on faire de l'école primaire?— Apprendre à lire, à écrire, à compter ; on y va pour acquérir les notions élémentaires d'histoire, de géographie, de dessin, LE REVEIL 51 notions sans lesquelles un ouvrier ne peut que végéter au sein de notre société qui a besoin du concours éclairé de tous ses membres.Eh bien, ces notions, le temps et l'expérience l'ont démontré, ne se puisent pas ou se puisent trop insuffisamment dans les écoles catholiques du manitoba, et même dans les écoles catholiques de notre province.alors 1 qu'a-t-on fait ?comme le gouvernement manitobain a le bonheur de ne pas être sous la crosse des évéques ; comme ce gouvernement a le souci de l'avancement intellectuel de ses administrés, il a supprimé des écoles inutiles, et il n'a fait que son devoir, tout simplement.ah ! s'il avait proscrit l'enseignement religieux ; s'il avait imposé une confession exclusive, certes il aurait versé dans la tyrannie et nous serions les puemiers à le flétrir et à le combattre.mais il n'a rien fait de semblable.u a mis l'école dans l'école, le prêtre dans l'église et le pasteur dans son temple.chacun à sa place ; à chacun son rôle.en dehors des heures consacrées à l'étude, les enfants iront, les uns au temple, les autres à la chapelle, et, là, ils recevront l'enseignement religieux qui leur cou-riendra.de quoi donc se plaint-on ?acculé à ce point, on se plaint de payer 1» contribution pour des écoles inconfes-nonnelles.mais, vraiment, ce n'est pas sérieux 1 on ne peut diviser le budget d'une province «n menues fractions et le distribuer au gré des contribuables.ce serait l'éparpiller en vain et ruiner la masse sans compensation.vous voulez des écoles exclusivement catholiques ; vous voulez perpétuer le hideux système qui nous tient en esclavage, bons dévots du manitoba ?a votre aise.etablissez des écoles où le petit catéchisme et le psautier de david feront l'objet de votre culte unique ; c'est là votre affaire, mais payez cette fantaisie de vos deniers et ne prétendez pas en imposer la charge au budget,c'cst-à-dire à ceux qui ne veulent pas se laisser abrutir.la ville de montréal est alimentée par l'eau du st-laurent ; s'il prenait fantaisie à quelques habitants du mile-end, par exemple, de vouloir faire usage de l'eau de " back river," pense-t-on que l'on devrait faire droit à leur exigence ?evidemment non.c'est bien, leur dirait-on, canalisez, puisez votre eau où vous voudrez, nous vous laissons libre à cet égard ; seulement, vous continuerez à nous payer la taxe d'eau qui est exigible de tous les citoyens.la question des écoles séparées ne doit pas s'envisager autrement.u appartient au gouvernement d'assurer un bon service d'enseignement primaire, dégagé de toutes les fioritures qui l'entravent.c'est ce qu'il a fait en instituant des écoles publiques dans lesquelles on n'inculque que les connaissances utiles, quoique profanes.vous voulez, minorité catholique, puiser à une autre source, faites.c'est votre droit, et personne ne vous empêchera de faire à votre guise.seulement, vous paierez, avec la masse et pour la masse, la contribution des écoles bubliques.voilà, dégagée de toutes les gredineries politiques et religieuses, tout le secret du grand tra, la, la, qui se fait autour d'une question si simple, si logique et si juste.CANADIEN. S 2 LE REVEIL MERCI! Nous avons reçu la lettre suivante : New-York, le 1er Avril 1896.Mon cher Filiatrault:—Votre facture, reçue ce matin, est le poisson d'avril en sou .France, que je m'empresse de frire au gratin de ma signature.—Toujours je lis le Réveil avec plaisir.et toujours j'espère, contre toute espérance, que le crétinisme qui vous encombre et vous étreint finira par disparaître devant vos courageux assauts.J'admire votre courage, pour ainsi dire incompris dans votre milieu ; j'apprécie la vie de sacrifices à laquelle vous êtes voué.Vous avez du moins dans cette lutte d'abnégation continue, le consolant espoir que vos continuateurs finiront par réussir.— Avec une bonne poignée de main, à vous et à vos amis je me dis votre ami, N.Thompson.M.Napoléon Thompson est bon prophète.Oui, nos continuateurs triompheront certainement des abus que nous avons déjà si fortement ébranlés ; nous avons plus qu'un espoir à cet égard, nous avons une certitude.Mais comme nous ne voulons paa nous reposer uniquement sur nos successeurs dn soin de réduire nos adversaires, nous allons reprendre la lutte avec plua de vigueur que nous n'en avons jamais dépensée.Voici la aaison du renouveau.La saison qui régéuère la nature.La sève se glisse dans les arbres ; la chaleur dans la terre ; le parfum, dans la fleur naissante, et l'énergie virile, bien retrempée, s'infiltre par tous les pores dans l'homme de lutte.Nous avons eu un moment de recueillement ; nous avons laissé nos ennemis enterrer leurs morts ; mais la trêve est finie ; la trompette guerrière vient de lancer sa fanfare belliqueuse dana l'espace et la lutte va recommencer, avec d'autant plus d'Apreté que nous avons de nouvelles troupes, des troupes fraîches, pleines de jeunesse, de force, de détermination, et que nos ennemis sont affaiblis, épuisés, découragés.Leurs citadelles sont démantelées ; la bonne presse est cernée et ne peut se ravitailler ; toutes les publications ultra cléricales crèvent les unes après les autres, en dépit des bénédictions solennelles quisrrosent leur naissance et qui aspergent leurs colonnes durant leur éphémère existence.De tous les journaux de lutte, un aeul reste debout :1e nôtre.Mais celui-là est invincible et il se soucie autant des malédictions cléricales qa{ l'aigle dans son aire se soucie de la haine du mollusque.Nous remercions M.N.Thompson pour ses paroles d'encouragement et nous le félicitons d'avoir eu le courage de nous les adresser publiquement.Il peut se fier à nous, ainsi que les nombreux amis de notre cause, car nous allons recommencer la lutte avec la furia qui s'empare des vainqueurs lorsqu'ils montent à l'assaut de la dernière place forte qni leur barrait le chemin de la victoire.LA REDACTION TYPOGRAPHIE SACRÉE L'industrie, en général, est dans le marasme, mais l'industrie typographique, en particulier, est menacée de sombrer sous les coups du progrès implacable.Depuis quelques années, les machines à composer, employés dans la plupart de nos journaux, ont supprimé 75 pour cent des ouvriers compositeurs.Lorsqu'une semblable raréfaction se produit dans les ateliers au service des journaux, c'est-à-dire dans les ateliers qui absorbent la majorité des ouvriers typographes, il est utile, ponr 1st ouvriers qui peuvent résister au courant et s'occuper dans les ateliers où se font les trarsu ordinaires, de maintenir leurs prix et, pour les chefs imprimeurs, qui ne peuvent résister soi exigences du public que par l'union, de ne pu fléchir dans les tarifs auiquels lea consommateurs sont dès longtemps accoutumés.Certes, les travailleurs, les pauvres typos déjà malmenés par le sort, sont tous disposés à st ranger sous l'égide de leurs patrons et à ne travailler que dans des conditions assez rémunératrices pour gagner leur pain et celui de leur famille.Aussi, ces pauvres diables se courbent-ils avec résignation sous le joug terrible que li mécanique moderne leur impose, attendant arec patience que la crise provoquée par l'évolution nouvelle leur permette de se reprendre et de st soumettre aux exigences imprévues de leur nouvelle situation. LE REVEIL 58 Ponr eu triompher, ces braves gens doivent ie soumettre à bien des épreuves qu'ils subis* tent sans murmure ; mais il en est une ; une qni i nn caractère infâme, à laquelle ils ne peuvent l'accoutumer.C'est la concurrence déloyale, ce iont les manœuvres mercantiles dont, ils sont victimes de la part de ces établissements fastueux qui portent des noms sacro-saints, qui ne p»ient pas de taxes, et qui rapportent de gros dividendes anx gens de robe [noire ou crasseuse] usez bien avisés pour battre monnaie à l'aide de la détresse des ouvriers.Ainsi, il y a quelque temps, un malin ecclé-«astique de la Province de Québec a eu l'adies-ie de fonder une imprimerie, faite des débris occasionnés par les nouvelles méthodes typographiques.Les tristes affamés qui appartiennent à la corporation des typographes, ont été forcés d'entrer an Service des fermiers du bon pré t re-typographe qni consentent à les employer.Ceci n'est rien.Le nouvel entrepreneur avait et s encore l'intention de faire de l'argent, car il ne faudrait pas s'imaginer que c'est par philanthropie qu'il a monté cette boutique.Aussi, des runners vont-ils de porte en porte, solliciter des jobs, disant à ces futurs clients.^Monsieur, faites faire des sonmissions par tons les imprimeurs de la ville on de la Province.Lorsque vous aurez ces soumissions, vous me communiquerez la plus basse, et je m'engage i exécuter votre travail à un prix très sensiblement iutérienr.Vous entendez, monsieur, à-un-prii-très-sen-si-ble-ment-in-fé-rieur.Union typographique, êtes-vous dissoute ou ros membres, réduits à la misère, n'ont-ils pins •ncnn droit à votre utile intervention ?ENCRE ROUGE.PRENEZ CECI EN NOTE.La préférence accordée par lea médecin» au célèbre spé-¦5.françaii, le Baume Rhumal est due à ton action apilf tt énergique dan» le* ca» de rhume», toux, grippe, srcnchite» grave».Le «ouhgement est immédiat, Ta gué-Sun certaine.Seulement 25c.la bouteille.En rente PWOUi.lâ sauce clericale.Ce n'est pas un produit nouveau, mais c'est un produit qui, n'étant plus en faveur, ne se trouvait pas facilement.Aujourd'hui, grâce à une combinaison ingénieuse, mais non viable, on tente de le remettre à la mode et l'on assaisonne tous les événements à la sance cléricale.La grande usine de ce condiment nauséabond se trouve au No 1650, rue Notre-Dame, au Monde, qui vient d'être acquis récemment ponr cette fabrication.Le dernier échantillon lancé par le Monde date de jeudi dernier.Sons le prétexte de rappeler un des incidents de la Passion de Jésus-Christ, les castors du Monde ont cuisiné une sauce cléricale fortement pimentée.On a mis là-dedans beaucoup de Ponce-Pilate, une pincée de déicide et un reste de césar ; puis, à petit feu, on a fait mijoter ce mélange qne l'on a transformé savamment en nn liquide épais, trouble, noirâtre à qni l'on a donné le nom de gouvernement Greenway.On comprend aisément le rapprochement.Pilate, les Juifs, César étaient des déicides parce qu'ils ont tné un dieu.Le gonvernement Greenway et la majorité manitobaine sont également des déicides, parce qu'ils veulent tuer la poule aux œufs d'or du clergé, poule qui ne vent pas s'en aller et qui persiste à picorer dans les semailles des cultivateurs manitobains.Les cuisiniers du Monde mêlent le sacré et le profane avec une désinvolture telle, qu'ils tombent dsns l'hérésie.Exemple :—Après une longne tirade où domine l'absurde, la sainte phalange castorienne s'écrie ; " Qne le parlement du Canada écoute bien : c'est à lni qne s'adressent ces cris des persécuteurs; c'est à lui que l'on demande encore une fois le sang dn juste, " Que va-t-il faire ?" Pilate, lui, le faible et lâche Pilate s'est lavé les mains du sang du Christ.L'insensé ! Il n'en porte pas moins, i travers les siècles le stigmate infamant, la responsabilité terrible du déicide.Les Juifs ont crucifié Jésus ; mais lui, Pi late, qni pouvait empêcher le pins grand des forfaits, l'a laissé perpétrer.Il a laissé sacrifier à la haine de la populace amentée par les fanatiques de ce 54 LE REVEIL temps-là Gelai qa'il avait, hautement proclamé : le Juste.Complice, il est aussi coupable que les bourreaux du Christ, et jusqu'à la fin du monde, tant que l'on récitera le Credo, son nom sera livré à l'exécration ; " Passus sub Pontio Pilato." C'est sous Pilate, c'est à cause de sa lâcheté que le Sauveur a souffert tous les tourments de la passion." De quoi ! de quoi ! Messieurs les Castors ; vous vous émancipez singulièrement, il nous semble ! Comment, c'est la faute à Pilate, aux Juifs, à César, si Jésus a été crucifié ?Voilà du nouveau, par exemple, et qui devons-nous croire, la Bible ou vous ?Le Rédempteur n'était-il pas annoncé depuis le commencement ?Le fils de Dieu ne devait-il pas venir, volontairement, donner sa vie pour le rachat du genre humain ?Les prophètes n'avaient-ils pas prédit sa mort, le genre de son supplice, l'époque où il aurait lieu ?Et s'il était dans la volonté de Dieu de sacrifier son fils, Pilate et les autres pouvaient-ils s'opposer à cette volonté ?Tous ceux qui ont j >ué un rôle dans cette tragédie n'étaient-ils pas des instruments ?S'ils avaient la liberté d'agir, ce sont des assassins, deg déicides que l'on voue justement à l'exécration de l'humanité ; mais s'ils n'ont été que des instruments de la volonté divine, ainsi qu'il appert des Ecritures, vous êtes plus que des imbéciles de les rendre responsables de la mort de Jésus ; < vous êtes de misérables boutiquiers, vous bias phémez, et vous dénaturez les textes sacrés au profit de la vente de votre sauce iufâme.Et vous provoquez des nausées chez tous les honnêtes gens.VINDEX.AFFAIRES MUNICIPALES VOIERIE Il parait que l'on a proposé de changer le nom de la rue Fortier eu un nom plus relevé : celai d'avenue du Mont St-Louis, nom beaucoup plus retentissant, Or, il parait que les intéressés se sont violemment opposés à cette appellation nouvelle.Pourquoi ?.• .Nous l'ignorons ; mais nous pensons que c'est par modestie.On fait tant de sacrifices à la Superbe en temps pascal ! Hygiene Une épidémie de jaunisse menace tont le per.sonnel de l'Hôtel de ville.Depuis qne les employés, gros et petits, sont sous le coup d'une destitution aussi possible que prochaine, on s remarqué que la muqueuse occulaire de tonte 1s copulation des bureaux prenait nne teinte jau-nâtre alarmante.Que le dévoué docteur Laberge se tienne sur ses gardes, il va avoir de la business.FRANCISSONS "CANAYENS" Le révérend P.Z.Laçasse, O.M.I., de fort joyeuse mémoire, a trouvé nn jour une épithète, nous ne dirons pas extraordinaire, oe sersit trop peu, mais spirituelle—pour qualifier ces polissons de français qui se bourrent de saucisson le Vendredi-Saint, sans préjudice de tous les autres vendredis de l'année.Nous autres, gens crédules, nons avalons ça comme du petit lait—pas le saucisson, mais les blagues dn P.Zacharie— et nons nous figurons qu'en France on ne fait graa qu'un jour par année : le Vendredi Saint.Eh bien, il parait que nons devons modifier un peu notre façon de voir, en ce sens, du moins, que les Français de sont pas les seuls qui mangent du saucisson le Vendredi-Saint, ensuite que celui qu'ils mangent n'est pas du saucisson volé.Ce qui différeucie un peu leurs mœurs des nôtres.Ce que nous racontons ici est de la pins rigoureuse exactitude.Il existe, rue Amherst, une fabrique de saucis* sons, chacun sait ça.Ce que l'on sait moins, c'est que, dans le même immeuble, il y a d'au* très industries dont un des patrons de l'une d'elles est d'origine française.Cette tare suffit pour déchaîner contre lui les imprécatians de ses apprentis, deux jeunes morveux saintement dressés par les bons Frères.—Ouais, disaient-ils, le jeudi saint, à un bon, brave et pieux ouvrier du faubourg de Québec, n'est-ce pas que tous les Français c'est des gens qui font jamais leur pAques.L'ouvrier, naïf et rude, répondit : —J'sais pas s'ils les font, mais on les voit jamais.Le pauvre diable ignorait que ces devoirs, LE REVEIL 55 imposés par la conscience, n'ont pas besoin de témoins.Le colloque en resta là.Le lendemain, le brave ouvrier surprit les deux petits voyons, pieux comme des petits Stint-Jean lorsque l'on a l'œil sur eux, en train de voler du saucisson à la fabrique voisine, et, qai plus est, en train de se régaler de ce mets indigeste et prohibé, le Vendredi-Suint.—Petits malheureux, leur cria le brave homme, et vous parlez des Français ! Profanateurs, damnés, ne songez-vous pas à ce que vous /sites eu un jour pareil ?—Eh bien, quoi ! dirent les casuistes en herbe, puis qu'on ira à confesse demain soir on peut bien avoir du fun aujourd'hui.Hélas ! ce mot épouvantable sert de moralité à cette histoire absolument vraie, et sans auenne exagération.Nous pourrons donner le nom des trois acteurs de cette écœurante comédie, qui prouve que les Francissom peuvent être dans le voisinage et même parmi les élèves du Saint P.Z.L.O.M.I., littérateur boiteux ou boiteux littérateur.CANNUOK.L'ENFANT de L'AMOUR A nne portée de fusil du hameau breton qne j'habite, il y a une ferme importante, appelée la Tille-Eyrnaud, dn nom même de son fermier, ou plntôt de sa fermière, Jacquemine Eyrnaud, car Pierre Eyrnaud est mort l'an dernier.Dieu ait nn âme ! Etablie dans uue espèce de manoir, d'ailleurs uns caractère et d'un style hybride, la métairie ie relie par de hautes futaies de châtaigniers et dea allées magnifiques à cette forêt de Ponthual, lombre et légendaire, qui fut et redeviendrait, m besoin, un repaire de chouans.Un " doué " ou rnisseau aux eaux intermittentes, sépare le corpa d'habitation de ses dépendances, potagers, vergers, étables et prairies ; il aboutit à un vivier devenu unecauarderie tumultueuse, comique, toujours en batailles d'ailes ou do bacs.Un radeau, vert de graminées, y flotte et se déplace, «t c'est sur le pont rustique qui la traverse que, le soir, au soleil tombant, la mère Eyrnaud pré-ode à la rentrée de ses vaches.Les enfants qni •w minent, avec des baguettes de coudrier, ont 1'tir de les pousser avec des rayons.' Puis, c'est le tour des chevaux, reconduits à l'écurie par les gars de la fermière.Elle les voit venir, blancs sur le vert bruni des sentes, écartant du garrot les éventails des fougères, et quand ils ont bu au " dormoir ", chacun à leur tour, elle est contente et s'en va à la soupe.Au loin, l'orchestre de la mer enfle ses rumeurs, et les lignes violettes des bois tremblent à l'horizon.La mère Eyrnaud a sept enfants.Elle les a tous allaités, élevés et gardés.Elle les aime profondément Us l'aiment également.—Ah vère, dam, oui, par exemple ! Et, cependant, elle est toujours triste.Nul ne peut se vanter de l'avoir vue une senle fois rire ou chanter au rouet, et non seulement depuis la mort d'Eyrnaud, mais même auparavant.Une ride, creuse comme une ornière, lui fait deux fronts sous un seul bonnet, Et ils ne savent pas, les gars, ils n'ont jamais su la cause de sa mélancolie.Eyrnaud non plus, ne l'a pas sue, le pauvre cher homme ! Quand, de son vivant, il la surprenait les yeux perdus, l'ouïe tendue au bruit des chemins et l'âme toute hors du corps, il soupirait et lui disait : —A la fin des fins, Jacquemine, tu n'es donc pas heureuse.—Très heureuse, Pierre, tout va bien.Mais elle repartait à rêver.Alors, il branlait de la tête et s'en allait fumer sa pipe au bord de la canaiderie.Une seule chose la tirait de son brouillard.Régulièrement, aux temps de la moisson, quand on embauche des gars pour les travaux de la récolte, elle s'activait.C'était elle qui recevait ceux qui venaient se proposer à la ferme, qui traitait avec eux et leur versait la bolée de cidre.Elle les examinait longuement, anxieusement, les tàtait et les faisait causer.Ceux qui avaient vingt ans étaient tous pris et acceptés, fussent-ils ivrognes avérées et fainéants reconnus.S'ils n'avaient pas d'outils, elle leur en procurait, et s'ils prolongeaient pins que de raison la sieste de qnatre heures, elle empêchait Eyrnaud de les malmener.Un jonr, il en vint un qui était faible et contrefait, un pauvre "diot" comme on dit ici, plus propre à mendier son pain qu'à le gagner. 66 LB REVEIL —D'où es-tu ?lui demanda Jacquemine.—De Saint-Brieuc.—Ton nom ?—Je n'en ai pas.Je sommes enfant trouvé.—Sors-tu de l'asile ?—Da, j'en sortions, comme vous me voyez.L'infortuné avait les vingt ans requis.La fermière devint pâle et s'accrocha à la table pour ne pas défaillir.—Je te garde, lui dit-elle, tu vas rester ici, et je te nourrirai.Elle a'empara du "diot," le décrassa, l'habilla et le fit coucher dans sa chambre.Il resta un mois entier à la Ville-Eyrnaud, inutile et béat ; il y aérait encore si Eyrnaud ne l'avait, un soir, remis sur le chemin de Saint-Brieuc.Il retourna à l'asile, et il conta son aventure aux Enfants-Trouvés.De telle sorte qu'à l'août suivant, il amenait quatre camarades à l'embauchage.Mais comme sur le nombre, il n'y en avait que deux qui eussent vingt-et-un ans, elle envoya les deux plus jeunes à la fauche et ne garda dans la ferme que les deux autres.Quinze jonrs, ils y vécurent comme coqs en pâte.Jacquemine, silencieuse à l'ordinaire, les harcelait de queations bizarres, lenr écartait les chevenx sur le front, leur prenait les mains et les gardait entre lea siennes, allait les écouter dormir, veillait à ce que leurs vêtements fussent en bon état ; enfin, elle semblait quelque vieille poule soignant les poussins d'une autre.Quand ils partirent, elle pleura.Pour le coup, ses sept enfants se fâchèrent, et ils lui adressèrent des reproches.Ils étaient jaloux : " Sont-ils donc du même sang que noua pour que tu te lamentes du départ de ces " hos-souèreB ?" (étrangers), que tes sept enfants ne te suffisent plus ?Tu n'en as que ponr eux, et les voilà dételés sans qu'ils t'aient tant seulement payée d un "merci, madame !" Eyrnaud mourut à la Saint-Michel dernière, et dans un mois on embauchera à la ferme, ponr lea moissons d'août.Il en viendra de Pleurtuit, de Ploubalay et de Plouher, de Saint-Caast et de Saint -Jacut, des solides et des malingres, des paresseux et des braves, et Jaquemine entre eux choisir».Mais pour ce qui est de ceux de Saint-Brieuc, oà est l'asile des Enfants-Trouvés, elle ne choisira pu, elle les engagera tous, et s'ils ont vingt-deux ans, ni plus ni moins, au prix qu'ils y mettront, encore.Eyrnaud n'est plus la pour parer à ce vertigo de charité.Et si les sept enfants ie fâcheront, il n'en ira ni mieux ni pis, et ce sers tout comme.Voici pourquoi : Il y a vingt-deux ans, Jacquemine n'était pu encore mariée, ni veuve.Elle s'appelait Morisot du nom de aes père et mère, et elle était jeune fille, belle jeune fille voire : les anciens se ls rappellent et ils l'ont encore dans les yeux.Sans compter qu'elle était aussi vive et chansonnière, en ce temps-là, autant qu'elle est, aujourd'hui, triste et taciturne.Un voyageur de commerce, qui vendait des rubans et des fanfreluches, la rencontra, une veaprée, an détour d'une aente.Il l'enjôla, lni donna des cravates de couleur et, la pauvrette succomba à la tentation.Oe qu'il est devenu, nul ne le sait et personne n'en a cure.Il faut que jeunesse m pssse.Papa Morizot,.d'ailleurs, n'en fit que rire, et la mère de même.Seulement, quand l'enfant arriva, nenf mois après, au jour requis, ils sellèrent l'Ane, mirent l'enfant dana une manne et allèrent le porter à Saint-Brieuc, où il y a un hospice pour les malvenus.Au retour, ils embrassèrent leur chère Jacquemine, la soignèrent, la guérirent, et quand elle fut sur pied, fraîche comme une rose et svelte comme un jonc, ils ls marièrent à Pierre Eyrnaud qui en était tern et proprement en dépérissait.Mariage heureux a'il en fut, et fameux dans tont le pays pour la suite de ses prospérités.Ils eurent sept enfants l'un de l'antre, tous forts, bien portants et avisés, comme pss un.Mais Jscquemine ne pense qu'à I'aotrk, l'enfant perdn et le premier ! O terre immense, où est-il ?l'aîné, l'enfant de l'amour ?EMILE bergerat.RAPIDITÉ D'ACTION.La laveur dont jouit le Baume Rhumal auprès de tou les malades atteints de rhume, toux, grippe, bronchite, «t due à sa grande rapidité d'action et à son uuurpaïubl* efficacité.20 cts.partout. LE REVEIL ON LIVRE D'ENFANCE En regardant les yenz de mon tont petit, verts comme des bourgeons, et devinant qne deriière enx, confusément , germait le donx jardin des pensées, je me suie souvent représenté l'homme que je voudrais qu'il fût.Il est gentil, Ce n'est rien encore, .on l'enlèverait de terre d'nne pincée ; c'est ce qni n'est pas sorti de la tige et qui va fleurir ; mais comment ?Je devinais que l'éducation des " autres " succéderait à la mienne, qu'un jour des hommes diraient à mon fils, en me montrant : Il avait tort.—Et moi je ne serais plus près de lui.Je rêvais donc d'un livre, admirable comme ceux qu'on doit faire ; d'un livre où ce que j'avais entendu de mon père et de ma mire se serait transcrit ; d'nn livre clsir et pur, d'enfance, où mon petit passé de gamin se serait miré, comme moi-même, jadis, aux ruisseaux dea routes ; d'un livre que mon fils aurait un jour appris, où il aurait vu mon àme et la sienne, ai doucement liées.Hais cette œuvre n'est pins i faire.Hugues Le Roux vient de nom l'offrir ; ce livre existe aujourd'hui, il s'appelle : O mon passé ! (Mémoires d'un enfant) ; et c'est un chef-d'oeuvre, émouvant toujours ; c'est, non une autobiographie, mais l'histoire intime de nous tons, l'étude d'un rien qui devient immenae, qui devient nn homme complet.Je repose la plume was jalousie.Rêve de mon livre, adieu.Et toi, petit enfant, si peu dans mes ma'na, plus tard, tu liras ce livre ; il sera d'un autre, mais c'est dans ses pages que tu m'aimeras.Les lecteurs du Journal, qu'Hugues Le Roux conduisit en face des divers paysages de son livre, n'ont vn que des aspects de cette campagne enchantée.Une longue jemaine séparait les horizons, comme d'une halte ; et pour le lecteur, sollicité d'autres côtés, se modifiaient, sans doute, la simplicité de ces lignes, et leur douceur.Mois l'harmonieuse impression que ne pouvait avoir le journal, le livre entier nons la donne.Une fois les chapitres serrés, les paysages ae complètent : et c'est un ciel da soie bleue, la colline, la maison sur la colline, la mer, ses mâts.Des fleurs qni n'étaient qu'éparses dans les articles se joignent alors ; et c'est le jardin.Des personnsges qn'on n'avait vus qu'une fois, mais qui tout de même se connaissaient, vent à la rencontre l'un de l'antre, so prennent les mains, espèrent, souffrent, vivent ensemble ; et o'est la famille.Et cette famille, à un moment de l'œu- vre, n'est plus une famille, son âme dépasse l'horizon : c'est toute une humanité.Ah ! mon cher Hugues Le Roux, comme je les connais, maintenant, ceux de votre Maison de la Colline, et que je les aime ! En lisant O mon passé ! je fis le gentil rêve de les surprendre, tenez, comme nn de Paris qui leur eût porté de vos nouvelles.Donc, avant-hier au soir, le front sur votre beau livre, et délicieusement las de ma lecture, j'aperçus la maison, dans une bonne odeur de mer, au soleil, sous sa vieille mante de glycines.Qu'il y en avait, de grappes, de bleues, de manves, et que d'abeilles ! Je frappai.Je ne dis pas mon nom.Je criai : " Je viens de sa part ! " Aussitôt, vite, on me fit entrer dans le salon vert, et je le reconnus, un battement au cœur.Il était comme vous Pavez décrit, cher ami, bon et frais, aux meubles sculptés, avec des tètes de chiens des torses de faunes.Il y avait, sur la table, le Magasine bleu, un dernier numéro, lu et relu, coupé par vos doigts.Le diable de la bibliothèque, un peu plus vienx, faisait la grimace, les fongêres montraient les mêmes frisures ; et je crus comprendre qne le Shakespeare, de garde pris des Œuvres, le grand poète qui intimida votre frêle enfance, était fier du gamin d'autan.Alors, tandis que je causais de vous, Virginie, la servante, alla chercher Paparel, votre bon grand-père Paparel, l'armateur aux yeux de taureau.Il rit d'abord, à pleine poitrine ; il me rappela les farces qu'il voua jouait, naguère, qn'il vous tirait par l'oreille, et vous défendait de couper les camélias.Je lui contai quels souvenirs vous aviez de son jardin, les belles volières de ses paons argentés, des marges qni pinçaient vos mollets au sang, de l'anglaise Bergère, aux narines de velours, et dont le hennissement vous hélait de loin, des messieurs veufs, "dessans-dimanche " qui venaient, après la messe, goûter à la " cuisine au bois " de Virginie, rafler les an-douillettes, les poulets à lard, et sécher les petits verres fins, remplis jusqu'aux bords de calvados cacheté.Cela fit penser à votre père que je devais avoir soif.—j'avais tant marché pour joindre votre enfance.— Le aonrire que vous avez dessiné, je le revis sur sa figure, et tandis que votre mère me faisait signe, Virginie me servit le bourgogne que vous buviez autrefois, cher ami, un doigt du fameux bourgogne " retour des Indes ".Oui, il en restait encore.Et je me levai, car il était tard.L'hercule Paparel me dit : " Alors, vous allez reprendre le large !" Ce mot large, comme il sonna ! Votre père mo serra la main : "U y a longtemps que nous ne lavons pas vu, mais je sais bien qu'il 58 LE REVEIL pense à nous, tonjours, et pais, ce livre." En m'en allant, reconduit par tous, je reconnaissais la Maison, la salle d'études avec sa même fente, au plafond, qui représentait le profil de l'Amérique dn Snd ; le piano "solide et patient comme un bon poney " où vous jouiez, vous et votre sœur Hélène, les sonates de Clémenti ; la lampe " système ColomLel," dont la flamme ancienne revécut pour vous éclairer, lorsque vous écrivîtes sur elle l'un de vos plus exquis chapitres.Enfin, au bas de la colline, le Bureau, ouvert snr les bassins dn port ; puis, levés à notre approche, l'employé Armand, le caissier Lalor, ai fier de ses ongles, Coq an nés raccommodé de bandes de taffetas ; et lorsque je passai, M.Ha-gerollc, l'aigre et honnête Rage roi le, "qui 'sentait le sur et la pipe froide," souleva sa casquette, avec un mouvement ve s moi, comme s'il eût voulu me parler de vons, lni aussi.Je les reconnus, les uns et les autres, vous les aviez si bien peints ï Votre père et votre mère riaient doucement.Paparel jura.L'oncle Paul me montra la ronte, et je partis.Je les entendais.Ils ne me dirent point adien, mais au revoir, car ils vivaient tons.Grâce à votre livre, aucun n'était mort, et vous qui les aves perdus, il y a vingt ans, vous vons trompes ; c'est hier, moi, pas plus tard qu'hier, je voua le jure, que je les ai tons revns ! « * Car rien ne meurt.Ah ! s'il reate à l'homme nne gloire, c'est bien celle de savoir aimer.Lorsque, battus de la vie, nous frappons nos cœurs, tels des étincelles les yeux des morts revendissent ! Ils disparaissent vite, mais il en est qni demeurent.Ces sourires de l'au-delà, c'est l'art qni lea fixe.Eh bien ! la divine impression de l'art ne m'a jamais saisi aussi fortement qu'à la lecture de ce livre, aur un père, sur une mère, aur une maison, aur un jardiu, sur un petit enfant qni fit ensemble, et tour à tour, partie de la vie de cette mère, de ce père, de cette maison et de ce jardin.Comment c'est fait ?Voilà, on ne sait paa bien, C'est simple, c'est écrit comme (a, bonnement, au gré du souvenir et de l'émotion.Et il y a tellement d'art, pt urtaut, jeté dans ce livre, il y a un tel don de vie et de couleur que-aa simplicité même halluciné, que les paysage», tout à coup, frissonnent : l'air y joue, lea figurée palpitent, on marche, on entend lea voix, le matin éveille la campagne, le soir l'endort, et on respire, on a froid ou chaud, on rit, on chante, on vit la vie de cette maison : rien, comme je disais, rien de tout cela n'est effacé, n'eat mort.Et o'eat admirable, ce talent d'artiste, cette force plus belle que tout, qui, avec une plume, quelques mots, et du cœur-met entre les mains de l'homme la joie épouvan* tée, le mystérieux bonheur, la puissance de rer susciter de l'ombre, après vingt ans, ceux qn'il i aimés., Car c'est nn exemple pour tons qae cet homme de treute cinq ans, arrêté soudain, qui récapitule, prend ton enfance par les deux joues, la regards, et l'oblige à la confetaion.Une vraie confession qui fleure la fraîche haleine de l'enfant, tandis qu'aux geuoux de l'homme, confesseur attentif rampent, au pea honteuses, les ailes espiègles des premiers péchés, Il faudrait parler, avec plus de détails, de quelques chapitres de cette œuvre : du bureau, do l'église, da jeune amour qui s'éveille, d'un portrait d'Anglaise, délicat, des "fantômes de navires" qui tombent comme on monte, duucemeut, qui ne sombrent pas, qui s'exhalent plutôt, des horizons de l'eau comme le léger nuage des p.ys da ciel.Cela semble écrit pour tous, pour le paveur, l'employé, le lettré, le boule var-di.-r.le millionnaire, pour tous ceux qui dirent, ou surent dire cet adorable mot ; maman.L'œuvre entière est nue " pomme d'éclat ", de celles, si friandes, qu'aimait l'auteur.Qu'on comparées fruit qui sent bon, resté dans l'armoire normande, entre deux piles de linge frais, aux vieilles pommes pourries de la littérature actuelle, et on devinera quel avenir s'ouvre aux purs artistes, sus artistes qui tout des hommes.Ce mauvais goût daus la bouche que nous avons tons, un jeune avenir vient qui le soufflera d'nne haleine.Adultères, blagues de cercle, perversions, vicescurieut, neurasthénies, vierges botticellesqaes, demi- vierges tiers, quart du vierges, aux quais ! Aux quais les livre» '• rojsea " ! Nous voulions aimer, nous voulions rêver, vous ne vous faites que vomir.Aux quais ! cat ins ! on en a assez ! on ne vous vent plus ! Il y a uu passager dans le livre d'Hugues Le Roux, vera le commencement, page 68, où il parle d'uu arbre.Dana cet arbre, en haut des branches, il avait construit nne cachette, invisible aux yeux, où il allait porter, tous les jours, son rêve de la vie.Pour le tirer de là, on lui construisit une belle tent* commode; il la quitta pour revenir à son arbre, et il y restait, têtu, des journées entières.Ce pauvre vieil arbre était nn laurier.Vous écrives, vous songez toujours au milieu de ses branches, mon cher Hugues Le Roux Mais le laurier n'abrite plus un enfant, la gloire, aujourd'hui, l'éclairé, et il a de belles feuilles : les 800 de ce livre-ci, et tant d'antrea.GEORGES D'ESPARBÈS. LE REVEIL 69 FEUILLETON par EMILE ZOLA II Il s'en allait à reculons, avec dea saluts qui pliaient en deux sa grande taille osseuse.Et Pierre, qui s'ét-tait intéressé vivement à la scène, retrouvait en lui le petit clergé de Rome et dea environs dont on lui avait Îtarie avant son voyage, Ce n'était pas le "scagnozzo," t prêtre, misérable, affamé, venu de la province à la suite de quelque fâcheuse aventure, tombé sur le pavé de Home en quête du pain quotidien, une tourbe de memliu nts en soutane, cherchant fortune dana les miettes du l'Eglise, se disputant voracement les masses du hasard, se coudoyant avec le bas peuple au fond des cabarets les plus malfamés.Ce n'était pas non plus le curé des campagnes lointaines, d'une ignorance totale, d'une superstion grossière, paysan avec les paysans traité d'égal a égal par ses ouailles, qui, très pieuses, ne le confondaient jamais avec le bon Dieu, à genoux devant le saint de leur paroisse, mais pas devant l'homme qui vivait de lui.A Frascati, le desservant d'une petite église pouvait toucher neuf cents francs ; et il ne dépensait que le pain et la viande, s'il récoltait le vin, les fruits, les légumes de son jardin.Celui-ci n'était pas sana instruction, savait un peu de théologie, un peu d'histoire, surtout cette hiaùire de la grandeur passée de Rome, qui avait enflammé son patriotisme du rêve fou de la prochaine domination universelle, réservée à la Rome renaissante, capitale de l'Italie.Mais quelle infranchissable distance encore, entre ce petit clergé romain, souvent très digne et intelligent, et le haut clergé, les hauts dignitaires du Vatican! Tout ce qui n'était paa au moins prélat n'existait pas.—Milles grâces à Votre Eminence révérendtssisme, et que tout lui réussisse dans ses désira Lorsque Santobono eut enfin disparu, le cardinal revint à Pierre, qui s'inclinait, lui aussi, pour prendre congé.—En somme, monsieur l'abbé, l'affaire livre me parait mauvaise.Je vous répète que je ne sais rien de précis, que je n'ai pas vu le dossier.Mais, n'ignorant pas que ma nièce s'intéressât à voub, j'en ai dit un mot au cardinal Sanguinetti, le préfet de l'Index, qui était justement ici tout à l'heure.Et lui-même n'est guère plus au courant que moi, car rien n'est encore sorti des mains du secrétaire.Seulement, il m'a affirmé que la dénonciation venait de personnes considérables, d'une grande influence, et qu elle portait anr des nagea nombreuses, où l'on aurait relevé les passa-t" les plus fâcheux, tant au point de vue de la discipline qu'au point de vue du dogme.Très ému à cette pensée d'ennemis cachés, le poursuivant dana l'ombre, le jeune prêtre s'écria : —Oh I dénoncé, dénoncé ! si Votre Eminence savait combien ce mot me gonfle ic cœur i Et dénoncé pour des crimes à coup sûr involontaires, puisque j'ai voulu uniquement, ardemment le triomphe de l'Eglise.C'est donc aux genoux du Saint-Père que je vais aller me jeter et me défendre.Boccanera, brusquement, se redressa.Un pli dur avait coupé son grand front.—Sa Sainteté peut tout même vous recevoir, si tel est son bon plaisir, et vous absoudre.Mais, écoutez-je vous conseille encore de retirer votre livre de vous-même, de le détruire simplement et courageusement avant de vous lancer dans une lutte où voua aurez la honte d'être brisé.Entin, réfléchissez.Immédiatement Pierre s'était repenti d'avoir parlé de sa visite au pape, car il sentait une blessure pour le cardinal, dans cet appel à l'autorité souveraine.D'ailleurs, aucun doute n était possible, celui-ci serait contre son œuvre, il n'espérait plus que de faire peser sur lui par son entourage, en le suppliant de rester neutre.Il l'avait trouvé très net, très franc, au-dessus des obscures intrigues qu'il commençait à deviner autour de son livre ; et ce fut avec respect qu'il le salua.—Je remercie infiniment Votre Eminence et je lui promets de penser à tout ce qu'elle vient d'avoir l'extrême bouté de me dire.Pierre, dans l'antichambre, vit cinq ou six personnes qui s'étaient présentées pendant son entretien, et qui attendaient II y avait là un évéque, un prélat, deux vieilles dames ; et, comme il s'approchait de don Vigilio, avant de se retirer, il eut la vivo surprise de le trouver en conversation avec un grand jeune homme blond, un Français, qui s'écria, saisi lui aussi d'é-tonnement : —Comment I voua ici, monsieur l'abbé, vous êtes à Rome ! Le prêtre avait eu une seconde d'hésitation.—Ah I monsieur Narcisse Habert, je voua demande pardon, je ne vous reconnaissais pas ! Et je suis vraiment impardonnable, car je savais que vous étiez depuis l'année dernière, attaché à l'ambassade.Mince, élancé, très élégant, Narcisse, avec son teint pur, ses yeux d'un bleu pâle, mauve, sa barbe blonde, finement frisée, portait ses cheveux blonds bouclés, coupés sur le front à la florentine D'une famille de magistrats, très riches et d'un catholicisme militant, il avait un oncle dans la diplomatie, ce qui avait décidé de sa destinée.Sa place, d'ailleurs, se trouvait toute marquée à Rome, où il comptait de puissantes parentés : neveu par alliance du cardinal Sarno, son oncle ; cousin germain de monsignor Oamba del Zoppo, camérier secret participant, fils d'uno do ses tantes, mariée en Italie à un colonel.Et c'est ainsi qu'on l'avait attaché k l'ambassade près du Saint-Siège, où l'on tolérait ses allures un peu fantasques, sa continuelle passion d'art, qui le proinen tit eu flâneries sans fin au travers de Rome.Il était du reste fort aimable, d'une distinction parfaite ; avec cela, très prati- Îue au fond, connaissant à merveille les questions 'argent ; et il lui arrivait mémo parfois, comme ce matin-là, de venir de son air las et mystérieux, eauser ches un cardinal d'une affaire sérieuse, au nom de son ambassadeur. 60 LB REVEIL Tout de suite, il emmena Pierre dons la vaste embrasure d'une des fenêtres, pour l'y entretenir à l'aise, — Ah ! mon cher abbé, que je suis donc content de vous voir ! Vous vous souvenez dc nos bonnes causeries, quand nous nous sommes connus chez le cardinal Bergerot ?Je vous ai indiqué pour votre livre, des tableaux à voir, des miniatures du quatorzième siècle et du quinzième.Et vous savez que, dès aujourd'hui, je m'empare de vous, je vous fais visiter Rome comme personne ne pourrait lo faire.J'ai tout vu, tout fouillé.Oh ! «les trésors, des trésors.Mais au fond il n'y a qu'une œuvre, on en revient toujours à sa passion.Le Cotticelli de la chapelle Six tine.—Vous savez pourquoi je suis ici î dit enfin ce dernier.( n poursuit mon livre, on l'a dénoncé à la congrégation du l'Index.—Votre livre I pas possible ! s'écria Narcisse.Un livre dont certaines pages rappellent le délicieux saint François d'Assise I Obligeamment, alors, il se mit à sa disposition.—Mais, dites donc ! notre ambassadeur va vous être très utile.C'est l'homme le meilleur de la terre, et d'une affabilité charmante, et plein de la vieille bravoure frauçaise.Cet après-midi, ou demain matin au plus tard, je vous présenterai à lui ; et, puisque vous désirez avoir immédiatement une audience du pape, il tachera de vous l'obtenir.Cependant, je dois ajouter que ce n'est pas toujours commode.Le Saint-Père a beau l'aimer beaucoup, il échoue parfois, tellement les approches sont compliquées.Pierre, en diet, n'avait pas songé à employer l'ambassadeur, dans son idée naïve qu'un prêtre accusé, qui venait se défendre, voyait toutes les portes s'ouvrir d'elles-mêmes.Il fut ravi de l'offre de Narcisse, il le remercia vivement, comme si déjà l'audience était obtenue.—Puis, continua le jeune homme, si nous rencontrons quelques difficultés, vous n'ignorez pas que j'ai des parents au Vatican, Je ne parle pas de mon oncle le cardinal, qui ne nous serait d'utilité aucune, car il no bouge jamais de son bureau de la Propagande, il se refuse à toute démarche.Mais mon cousin, monsignor Uamba del Zoppo, est un h ohm e obligeant qui vit dans l'intimité du pape, dont son service le rapproche à toute heure ; et, s'il le faut, je vous mènerai à lui, il trouvera le moyen sans doute de vous ménager une entrevue, bien que sa grande prudence lui fasse craindre parfois de se compromettre.Allons, c'est entendu, confiez-vous à moi en tout et pour tout —Ah I cher monsieur, s'écria Pierre, soulagé, heureux, j'accepte de grand cœur, et vous ne saves pas qr.el baume vous m'apportez ; car depuis que je suis ici tout le monde me décourage, vous êtes le premier qui me rendiez quelque force, en traitant les choses à la française.Baissant la voix, il lui conta son entrevue avec le cardinal Boccanera, sa certitude de n'être aidé par lui en rien, les nouvelles fâcheuses données par le cardinal Sangninetti, enfin la rivalité qu'il avait sentie entre les deux cardinaux.Narcisse l'écoutait en souriant, et lui aussi s'abandonna aux commérages et aux confidences.Cette rivalité, cette dispute pré- maturée de la tiare, dans leur furieux désir à tous deux, révolutionnait le monde noir depu s longtemps.Il y avait des dessous d'une complication incroyable, personne n'aurait pu dire exactement qui conduisait la vaste intrigue.En gros, on savait que Boccanera représentait 1 intransigeance, ' le catholicisme dégagé de tout compromis avec la société moderne, attendant, immobile, le triomphe de Dieu sur Satan, le royaume de Rome rendu au Saint-Père, l'Italie repentante faisant pénitence de son sacrilège ; tandis que Sanguinetti, très souple, très politique, passait Eour n urrir des combinaisons aussi nouvelles que ardies, une sorte de fédération républicaine de tou les anciens petits Etats italiens mise sous le protectorat auguste du pape.En somme, c'était la lutte entre les deux conceptions opposées, l'une qui veut le salut de l'Eglise par le respect absolu de l'antique tradition, l'autre qui annonce sa mort fatale, si elle ne consent pas à évoluer avec le siècle futur Mais tout cela u noyait d'un tel inconnu, que l'opinion finissait par être que, si le pape actuel vivait encore quelques années, ce ne serait sûrement ni Boccanera, ni Sanguinetti qui lui succéderait.Brusquement, Pierre interrompit Narcisse.• ' —Et monsignor Nani, le connaissez-vous ?J'ai causé avec lui, hier soir.Tenez ! le voici qui vient d'entrer.En effet, Nani entrait dans l'antichambre, avec son sourire, sa face rose de prélat aimable.Sa soutane fine, sa ceinture de soie violette, luisaient, d'un lue discret et doux.Et il se montrait très courtois à l'égard de l'abbé Paparelli lui-même, qui raccompagnait humblement, en le suppliant de vouloir bien attendre que Son Eminence pût le recevoir.—Oh ! murmura Narcisse, devenu sérieux, monsignor Nani est un homme dont il faut être l'ami.II Il savait son histoire, il la conta à demi-voix.Né à Venise, d'une famille noble ruinée, qui avait compté des héros, Nani, après avoir fait ses premières études chez les Jésuites, vint à Rome étudier la philosophie et la théologie au Collège romain, que les Jésuites tenaient Ordonné prêtre à vingt-trois ans, il avait tout de suite suivi un nonce en Bavière, à titre de secrétaire particulier ; et de là, il était allé, comme auditeur de nonciature, à Bruxelles, puis à Paris, au'il avait habité pendant cinq ans.Tout semblait le estincr à la diplomatie, ses brillants débuts, son intelligence vive, une des plus vastes et des plus renseignées qui pût être, lorsque, brusquement, il fut rappelé à Rome, où, presque tout de suite, on loi confia la situation d assesseur du Saint-Office.On prétendit, alors, que c'était là un désir formel du pape, qui, le connaissant bien, voulant avoir an Saint-Office un homme à lui, l'avait fait revenir, en disant Ju'il rendrait beaucoup plus de service à Rome que ans une nonciature.Déjà prélat domestique, Nani était depuis peu chanoine de Saint-Pierre et protonotaire apostolique participant, en passe de devenir cardinal, le jour où lu pape trouverait un autre assesseur favori, qui lui plairait davantage, —Oh I monsignor Nani I continua Narcisse, un LE REVEIL 61 homme supérieur, qui connaît admirablement son Europe moderne, et avec cela un très saint prêtre, un croyant sincère, d'un dévouement absolu a l'Eglise, d'une foi solide de politique avisé, différent») il est vrai de l'étroite et sombre foi théologique, telle que nous la connaissons en France 1 C'est pourquoi il vous sera difficile d'abord de comprendre ici les gens et les choses.Ils laissent Dieu dans le sanctuaire, ils régnent en son nom, convaincus que le catholicisme est l'organisation humaine du gouvernement de Dieu, la seule parfaite et éternelle, en dehors de laquelle il n'y s que mensonge et que danger social.Pendant que nous attardons encore, dans nos querelles religieuses, à discuter furieusement sur l'existence de Dieu, eux n'admettent paa que cette existence puisse être mise en doute, puisqu'ils sont les ministres délégués par Dieu ; et ils sont uniquement à leur role de ministres qu'on ne saurait déposséder, exerçant le pouvoir pour le plus grand bien de l'humanité, mettant toute leur intelligence, toute leur énergie à rester les maîtres acceptés des peuples.Songes qu'un homme comme monsignor Nani, après avoir été mêlé à la politique du monde entier, est depuis dix ans à Rome, dans les fonctions lea plus délicates, mêlé aux affaires les plus diverses et les plus importantes.Il continue à voir l'Europe entière qui défile à Rome, connaît tout, a la main dans tout Et, avec cela, admirablement discret et aimable, d'une modestie qui semble parfaite, sans qu'on puisse dire s'il ne marche pas, de son pas si léger, k la plus haute ambition, à la tiare souveraine.Encore un candidat a la papauté I pensa Pierre, qui avait écouté passionnément, car cette figure de Nani l'intéressait, causait une sorte de trouble instinctif, comme s'il avait senti, derrière le visage rosé et souriant, t«ut un infini vague.D'ailleurs, il comprit mal les explications de son ami, il retomba à l'effarement de son arrivée dans ce monde nouveau, dont l'inattendu bouleversait ses prévisions Mais monsignor Nani avait aperçu les deux jeunes gens, et il s'avançait la main tendue, très cordial.—Ah I monsieur l'abbé Froment, je suis heureux de vous revoir, et je ne vous demande paa si voua avez bien dormi, car on dort toujours bien à Rome.Bonjour, monsieur Habert, votre santé est bonne, depuis que je vous ai rencontré devant la Sainte Thérèse du IV mi n, que vous admirez tant f.Et je vois que vous vous connaissez tous les deux Cest charmant Mm i s i eu rjl'abbé, je vous dénonce en momsieur Habert, un des passionnés de notre ville, qui vous mènera dans les beaux endroits.f Puis, de son air affectuenx, il voulut tout de raise être renseigné sur l'entrevue de Pierre et du Cardinal.H tn écouta très attentivement le récit hochant la tête à certains détails, réprimant parfois son fin sourire.L'accueil sévère du cardinal, la certitude où était le prêtre de ne trouver auprès de lui aucune aide, ne i'étonna nullement, comme il s'était attendu à ce résultat Mais, au nom de Sanguinetti, en apprenant qu'il était venu le matin et qu'il avait déclare l'affaire du livre très grave, il parut s'oublier un instant, il parla avec une soudaine vivacité.—Que voulez-vous ?mon cher enfant, je suis arrivé trop tard.A la première nouvelle des poursuites, j'ai couru chez Son Eminence le cardinal Sanguinetti, pour lui dire qu'on allait faire k votre œuvre une réclame immense.Voyons, est-ce raisonnable ?A quoi bon ?Nous savons que vous êtes un peu exalté, lame enthousiaste et prompte k la lutte.Nous serions bien avancés, si nous nous mettions sur les bras la révolte d'un jeune prêtre, qui pourrait partir en guerre contre nous, avec un livre dont on a déjà vendu des milliers d'exemplaires Moi, d'abord, je voulais qu'on ne bougeât paa Et je dois dire que le cardinal, qui est un nomme d'esprit, pensait comme moi.Il a levé les bras au ciel, il s est emporté en criant qu'on ne lo consultait jamais, que maintenant la bêtise était faite et qu'il était impossible d'arrêter le procès, du moment ue la congrégation se trouvait saisie, à la suite des enunciations les plus autorisées, lancées pour les motifs les plus graves.Enfin, comme il le disait, la bêtise était faite, et j'ai dû songer à autre chose.Mais il s'interrompit U venait d'apercevoir les yeux ardents de Pierre fixés sur les siens, tâchant de comprendre.Une imperceptible rougeur rosa son teint davantage, tandis qne, très à l'aise, il continuait sans laisser voir sa contrariété d'en avoir trop dit ; —Oui, j'ai songé à vous aider de toute ma faible influence, pour vous tirer des ennuis où cette affaire va sûrement vous mettre.Un souffle de rébellion souleva Pierre, dans la sensation obscure qu'on se jouait de lui peut-être.Pourquoi done n'aurait-t-il pas affirmé sa foi, qui était si pure, si dégagée de tout intérêt personnel, si brûlante de charité chrétienne ?—Jamais, déclara-1-il, je ne retirerai, je ne supprimerai moi-même mon livre, comme on me le conseille.Ce serait une lâcheté et un mensonge, car je ne regrette rien, je ne désavoue rien.Si je crois que mon œuvre apporte un peu de vérité, je ne puis la détruire, sans être criminel envers moi-même et envers les autres.Jamais I entendez-vous, jamais 1 Il y eut un silence.Et il reprit presque aussitôt : —C'est aux genoux du Saint-Père que je veux faire cette déclaration.Il me comprendra, il m'approuvera.Nani ne souriait plus, la figure immobile et comme fermée désormais.Il sembla étudier curieusement la subite violence du prêtre, qu'il s'efforça ensuite de calmer par sa bienveillance tranquille.—Sans doute, sans doute.L'obéissance et l'humilité ont de grandes douceurs.Mais, enfla, je comprends que vous vouliez causer avant tout avec Sa Sainteté.Ensuite, n'est-ce pas T vous verrez, vous verrez.Et, de nouveau, il s'intéressa beaucoup à la demande d'audience.Vivement, il regrettait que Pierre n'eût pas lancé cette demande de Paris même, avant son arrivée à Rome : c'était la plus sûre façon de la faire agréer.Au Vatican, on n'aimait guère le bruit, et pour peu que la nouvelle de la présence du jeuno prêtre se répandit, pour peu qu'on causât des motifs qui l'amenaient, tout allait être perdu Mais, lorsque Nani sut que Narcisse s'était offert Sour présenter Pierre à l'ambassadeur de France près u Saint-Siège, il parut pris d'inquiétude, il se récria.—Non, non 1 ne faites pas cela, ce serait de la dernière imprudence I.D'abord, vous courez le risque de gêner monsieur l'ambassadeur, dont la situation est toujours délicate en ces sortes d'affaires.Puis, 3 62 LE REVEIL s'il échouait, ct ma crainte est qu'il n'échoue, oui I s'il échouait, ce serait fini, vous n'auriez plus lu moindre chunec d'obtenir, d'autre part, l'audience demandée; car on ne voudrait pas infliger à monsieur l'ambassadeur la petite blessure d'amour-propre d'avoir cédé à une autre influence que la sienne.Anxieusement, Pierre regarda Narcisse, qui hochait la tête, l'air gêné, hésitant.—En effet, finit par murmurer ce dernier, nous avons demandé dernièrement, pour un haut personnage français, une audience, qui a été refusée ; et cela nous a été fort désagréable.Monseigneur a raison.Il faut réserver notre ambassadeur, ne l'employer que lorsque nous aurons épuisé les autres moyens d'approche.Et, voyant le désappointement de Pierre, il reprit avec son obligeance : —Notre première visite sera donc pour mon cousin, au Vatican.Etonné, l'attention éveillée de nouveau.Nani regarda le jeune homme.—Au Vatican ?vous y avez un cousin î —Mais oui, monsignor Gamba dol Zoppo.—Gamba I.Gamba !.Oui, oui ! excusez-moi, je me souviens .Ah ! vous avez songé à Gamba pour agir près de Sa Sainteté.Sans doute, c'est une idée, il faut voir, il faut voir____ Plusieurs fois, il répéta la phrase pour se donner le temps do voir lui-même, de discuter intérieurement l'idée.Monsignor Gamba del Zoppo était un brave homme, sans rôle aucun, dont la nullité avait fini par être légendaire au Vatican.Il amusait par des histoires enfantines le pape, qu'il flattait beaucoup et qui aimait se promener à son bras, dans les jardina C'était pendant ces promenades qu'il obtenait à l'aise toutes sortes de petites faveurs.Mais il était d'une poltronnerie extraordinaire, il craignait à un tel point de compromettre son influence, qu il ne risquait pas une sollicitation, sans s'être longuement assuré qu'il ne pouvait en résulter pour lui aucun tort —Eh mais ! l'idée n'est pas mauvaise, déclara enfin Nani.Oui ! oui I Gamba pourra obtenir l'audience, s'il lo veut bien.Je le verrai moi-même,je lui expliquerai l'affaire.Tout do suite, d'ailleurs, il so répandit en conseils d'extrême prudence.11 osa dire qu il fallait se méfier beaucoup du l'entourage du pape.Hélas ! oui, Sa Sainteté était si l- unie, croyait si aveuglément au bien, qu'elle n'avait pas toujours choisi ses familiers avec le soin critique qu'elle aurait dû y mettre.Jamais on no savait k qui on s'adressait, ni dans quel piège on pouvait mettre le pied.Même il donna à entendre qu'il ne fallait, à aucun prix, s'adresser directement à Son Eminence lo Secretaire d'Etat, parce qu'elle-même n'était pns libre, so trouvait au centre d'un foyer d'intrigues dont la complication la paralysait, avec une onction parfaite, le Vatican apparaissait comme un pays gardé pur des dragons jaloux et traîtres, un pays ou l'on nu doit point franchir une porte, risquer un pas, hasarder un membre, sans s'être soigneusement assuré k l'avance qu'on n'y laisserait pas le corps entier.Pierre continuait à l'écouter, glacé de plus en plus retombé à l'incertitude.—Mon Dieu ! cria-t-il, je ne vais pas savoir me conduire____Ah! vous me découragez monseigneurI Nani retrouva son sourire cordial.Moi ! mon cher enfant.J'en serais désolé____ Je veux seulement vous répéter d'attendre, de ne rien faire.Surtout pas de fièvre.Rien ne presse, je vous le jure, car on a choisi seulement hier un consul-teur, pour faire le rapport sur votre livre, et vous avez devant vous un bon mois.Evitez tout le monde, vivez sans qu'on sache que vous existez, visitez Rome en paix c'est la bonne façon d'avancer vos affaires.Et, prenant une main do prêtre, dans ses deux mains aristocratiques, grasses et douces : —Vous pensez bien uue jai mes raisons pour vous parler ainsi____ Moi-même, je me serais offert j'aurais tenu à honneur de vous conduire tout droit à Sa Sainteté.Seulement, je ne veux mêler encore, je sens trop qu'à cette heure ce serait de la mauvaise beso- re.Plus tard, vous entendez 1 plus tard, dans cas où personne n'aurait réussi, ce sera moi qui vous obtiendrai une audience.Je m'y enga.age formellement .Mais, en attendant, je vous en prie, évitez de prononcer les mots de religion nouvelle, qui sont malheureusement dans votre livre, et que je vous ai entendu dire encore hier soir.Il ne peut y avoir de religion nouvelle, mon cher enfant ; i! n'y a qu'une religion éternelle, sans compromis ni abandon possible la religion catholique apostolique, apostolique et romaine.De même, laissez vos amis de Paris où ils sont ne comptez pas trop sur le cardinal Bergerots, dont la haute piété n'est pas appréciée suffisamment à Rome.Je vous assure que je vous parle en ami.Puis, le voyant désemparé, à moitié brisé déjà, ne sachant plus par quel côté il devait commencer ls campagne, il le réconforta de nouveau.—Allons, allons ! tout s'a r reniera, tout finira le mieux du monde, pour le bien de l'Eglise et pour votre propre bien.Et je vous demande pardon, mais je vous quitte, je ne verrai pas Son Eminence aujourd'hui, car il m'est impossible d'attendre davantage.L'abbé Paparelli, que Pierre avait cru voir rôder derrière eux, l'oreille aux aguets, se précipita, jura à monsignor Nani qu'il n'y avait plus, avant lui, que deux personnes.Mais le prélat assura très gracieusement qu'il reviendrait, l'affaire dont il avait à entretenir Son Eminence ne pressant en aucune façon.Et il se retira, avec des saluts courtois pour tous.Presque aussitôt, le tour do Narcisse vint Avant d'entrer dans la salle du trône, il serra la main de Pierre, il répéta : —Alors, c'est entendu.J'irai demain au Vatican voir mon cousin ; et, dès que j'aurai une réponse quelconque, je vous la ferai connaître.A bientôt (A suivre.) Uno Gène Pénible.En s'aooumulant dans les tuyaux des bronches, les sécrétions produisent uno gone très pénible de la respiration.Le Baume Rhumal en modifiant la nature de l'expectoration procure un très rapide soulagement au malade.En continuant lo traitement, on assure au malade une guérison très rapide.25c.la bouteille dans toutes le* pharmaciei et épiceries. 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