Le Réveil : revue politique et littéraire. --, 1 juillet 1899, samedi 22 juillet 1899
k RUE SANGUINET No 227 BOITE 2184 BEVUE POLITIQUE ET LITTERAIRE POLITIQUE_THEATRE-LITTERATURE-BEAUX-ARTS YOL.X.MONTREAL, 22 JUILLET 1899.No.22Ï SOMMAIRE: I L'hon.C* A Geoffrion.Vieux Bouge — Encorele Bill d'usure, Vieux-Rouge— W.C, N.G.— Où cela ?, Justus — La Guerre, Canadien — Le Portique du Conclave, — Une lettre du P.Hyacinthe Loyson, Hyucinthe Loyson — M.W.Laurier, Augustin Filou — Bibliographie, A.Book — Messe Blanche, la religion de l'amour et ses rites délicats, Serge Basset — Les mésaventures d'un "Suisse", — Définition de L'américanisme par Mgr Ireland, — Réponse dc de M.Loubet à M.Leon XIII.Los conditions d'abonnement an Réveil ne • nul pas les conditions ordinaires des autres [.journaux.Nous livrons le jonrnal à domicile , (franco,] à raison de 25 cts par mois, payable au [Commencement de chaque mois.Tout ce que nous demandons au pnblic est de voir le journal.L'hon, C.A.Geoffrion " Pauvre Geff! Pauvre Geffl " C'est Pex-clamation peu banale qui a accueilli de toute part la nouvelle de la mort de cet excellent Canadien que fut C.Alphonse Geoffrion.On le savait malade depuis quelques mois d'une affection qui ne pardonne pas : on avait vu en peu de temps se produire un changement notable d'aspect chez ce bûcheur qui n'avait jamais été interrompu un seul jour par une indisposition dans l'écrasant travail de son bureau; mais on ne pouvait se faire à l'idée qu'il allait disparaître après avoir été tant d'années l'âme même dc la nationalité française à Montréal.C'est peut-être un bien gros mot que j'écris là, mais je suis convaincu qu'il n'en est pas de plus vrai.D'autres que lui ont pu avoir les grands succès oratoires, les triomphes politiques, les réussites financières, ont pu à ces titres synthétiser extérieurement la nationalité ; cependant dans tous ces succès, dans toutes ces œuvres accomplies, soyez sûr qu'il y avait du Geoffrion en dessous. 278 LB REVEIL Pas une où la main do Gcoffrion n'ait mis son empreinte, pas un dont il n'ait sa part.Rien ne se faisait sans qu'il fût consulté et aucune difficulté ne survenait dans laquelle il ne dût intervenir pour arriver à un règlement.Gcoffrion était l'homme qui pouvait tout dire et dont on pouvait tout entendre ; aussi, quel admirable négociateur il fut.Non pas qu'il condescendît aux finesses admises de la diplomatie.U avait sa méthode à lui avec ses nuances qui étaient bien personnelles.Pendant vingt ans il a porté sur ses épaules l'édifice complexe de la nationalité canadienne aux prises avec l'élément anglais et divisée contre elle-même en con* servateurs ct libéraux, tartistes et radicaux, castors et émancipés, ouvriers et bourgeois.Il fut l'armature qui tenait en forme ce mélange composite.Pas un jour ne se passait sans que, Geof-frion n'eût quelque chose à réparer où à préparer dans l'intérêt général ; il avait charge d'annoncor les bonnes et les mauvaises nouvelles, les nominations et les destitutions, les faveurs et les refus et jamais il ne se rencontra un homme pour sortir de son bureau avec un mot d'amertume ou d'envie.quelle que fut la nature de la communication qui avait motivé son présence.Et celui qui fut tout cela n'est plus.Deuil national, c'en est un sans conteste.Deuil profond pour tous ceux — et ils sont légion — qui ont bien connu l'homme que nous perdons et qni ne pourra pas être remplacé.S'il est quelque chose propre à rendre plus pénible encore la mort de ce bra- ve ami de tous, c'est le grand amour qu'il avait de la vie.Sa nature vigoureuse, sa constitution robuste, le sang de bonne source qui coulait dans ses veines lui faisaient un tempérament infatigable dont la richesse avait besoin de se dégager et de se consommer.Aussi quel travailleur et comme il en était fier, quel causeur, quel convive, quel discute ni'! Dans tous ses actes,même les moindres, il y avait un débordement de vitalité incessant.Ses bourrades, ses brusqueries pour lesquelles il était fameux, tout cela était une manifestation de cette surabondance d'élixir vital dont il se montrait joyeux et qui en faisaient de lui un type spécial dans sa profession et dans les groupes où il agissait.Notre peuple qui travaille et qui genit aime les forts; il a le respect inné de la force physique et Geoffrion réalisait pour lui un type attrayant.La popularité personnelle, il la possédait au plus haut degré et s'il prit du temps à se faire élire, lui-même, combien n'a-t-il pas fait élire de ses amis en venant la veille d'une élection passer une soirée avec les électeurs et exhiber au milieu d'eux sa bonne figure et sa belie nature.Il n'était pas une partie, un plaisir, un devoir dont il ne voulût avoir sa part, aussi semble-t-il bien douloureux de songer que cette vaillance, que tout cet élan du corps et de l'esprit sont maintenant restreints, annihilés par les quelques planches qui ferment son cercueil et les quelques pelletées déterre qui le recouvrent, symbole de la fragilité des plus grandes œuvres de ce monde et de l'éternelle sujétion à une volonté suprême.On ne s'attend pas que nous fassions ici une étude de cette vie si bien remplie, lei LE REVEIL 219 jUgrnnux quotidiens ont toute cetto serine sonné sur son nom la grande trom-ette de la gloire.Nous nous acquittons l'on devoir en laissant couler sur le papier jth] nés-unes des larmes que nous arrache disparition d'un élément puissant de potre race, d'un homme qui fut fort et ion.Peu nous importe que ces sanglots aient l'incohérence de la douleur, ils n'en sont plus vrais, plus spontanés et plus sin- ères.Lorsque nous repassons dans notre es- irit cette carrière si admirablement rem-lic, il nous revient un mot que Frédéric i Grand écrivait à Vol taira: " Distinguez, (isait-i!.l'homme d'Etat du philosophe ; sachez qu'on peut être politique par evoir ct philosophe par inclination.*' GeoiTrion fut un vrai philosophe.On cite de lui ce dernier mot, celui qu'il tirononça quelques instants avant sa mort jrsque l'Archevêque de Montréal après ui avoir administré les derniers sacre-mU, était revenu à son chevet pour l'ex-lorter.Il lui disait : " Mon pauvre ami, vous êtes bien heu-eux, vous allez monter à l'éternel séjour toute jouissance spirituelle." Alors le pauvre moribond se raccrochant wee un dernier effort à cette vie si belle «t si douce qui lui échappait "Mais, pas du tout, dit-il avec un regain [d'énergie, j'aimerais bien mieux rester ici." Et dans ce coquet village de Dorion qu'il chérissait, où il venait se retremper de ses labeurs continuels, la clochette de la chapelle qu'il avait aidé à édifier, sonnait une heure après un glas funèbre an* notant au travailleur dans le champ que I» fils de la terre était retourné à Celle qui lui avait donné avec profusion tont, bonheur, force et honneur.Telle, la rivière qui baigne les gazons du cottage où reposent ses restes inanimés, suit lentement mais sûrement sa course vers le grand fleuve qui l'absorbe pour aller lui-même disparaître dans l'insondable océan ; tels les plus hauts et les meilleurs d'entre nous passent et disparaissent mais laissent derrière eux un sillon tracé qni appelle les vaillants et les forts à un rôle utile et doux.Viedx-Rouub.Encore le Bill d'usure Le premier article que j'avais écrit sur l'usure et dans lequel je faisais à certains avocats la part très large, la plus large même, je l'avoue dans les malheurs qni accablent le pauvre miséreux tombés entre les mains des prêteurs d'argent, et dans les persécutions qui leur rendent amer le pain quotidien avait désagréablement chatouillé les membres de la sacro-sainte profession.Est-ce notre faute à nous si les pauvres gueux de la plume sont le gibier courant que rabattent trop souvent les coureurs de causes, et si de temps en temps cous nous vengeons un peu sur le dos de nos tortionnaires ?C'est de bonne guerre, cela.Ainsi, j'ai toujours pensé qu'un avocat, suivant la formule d'Arthemus Ward, était capable de tout sacrifier, même la vie de sa belle-mère pour sa peau et son mémoire de frais.On l'a bien vu dans la discussion du Bill de l'usure qui vient de passer au Sénat; on a vu un sénateur, fort galant homme, je l'admets, mais surtout avocat, s'élancer an secours des pauvres gens qui gémissent 280 LE RÉVEIL sous la poigne des shavers ct des usuriers.Il a opéré le sauvetage avec une'maês-tria et une ardeur invincibles.Les obstacles qui s'élevaient, il lésa sapés à grands coups d'éloquence Il était prêt à tout sacrifier pour briser les chaînes des opprimés.Son bill permettait de rouvrir toutes les transactions, do supputer tout les frais de toute nature, d'en faire un bloc global dans lequel on taillerait la réduction de l'intérêt et d'immoler partie de co globe sur l'autel de la postérité affranchie.Mais, si les avocats du Sénat •— j'avoue que l'hon.M.Dandurand n'était pas de ceux-là, mais son collègue au Sénat et confrère au Barictui, l'hon.M.Lougheed en était — si les avocats, dis-je, étaient prêts à passer le canif sur les commissions, renouvellements et escomptes, c'est-à-dire à "suriner" leur belle mère, ils mettaient soigneusement à l'abri du massacre leurs mémoires de frais.Ceux-ci restent inviolables, ils ont été retirés de la nomenclature des charges soumises à réduction en vertu de la loi pour arriver au minimum d'intérêt prescrit.Cette simple remarque suffira à confirmer dans l'esprit de ceux qui souffrent de ce malaise douloureux que l'on appelle le " mal d'argent ", la conviction que ce n'est pas encore dc la main des avocats qu'ils recevront le soulagement auquel ils aspirent.Vieux-Rouge.Ceux qui désirent se procurer la première livraison des Contemporains, par Vieux-Rouge, feraient mieux d'en faire la demande immédiatement.In en reste au plus une vingtaine d'exemplaires.Prix 50 cts.UN ENDOUCISSEMENT L'irritation de poitrine disparaît en prenant une dose de BAUME RHUMAL.W.C.Le ministre des travaux publics qni voyage et Europe met son nez partout.En voyageant, il examine tout, fouille dans le coins • omme s'il examinait ses bâtiments pa blics.Voici le résultat de tes observations dans dea lettres successives à la Patrie.I ' Bristol 8 Juillet 1899." L'on voyage encore en Angleterre dans de chars A compartiments qui contiennent bai personnes assises les unes en face des autres Vous montez dans ces compartiments, l'on fora les portes et vogue la galère.Pas de cabinet d'aisance, pas de lavabo, pas d'issue.Si vons été malade, tant pis pour vons."Et, cependant, j'ai rencontré de bons habitant de Londres qui trouvent que notre système di wagons en Amérique est inférieui à ce system de compartiments fermés que, pour ma part, j trouve absolument barbare." II Londres 0 Juillet 1899."Je me hâte de faire excuse aux chemins de fa anglais.Le Great Western Railway, qui nom transporté de Bristol à Londres, a des compsrti ment e de cinq sièges, munis de lavoirs et de ci bineta d'aisance.Us ne sont sana doute pas mu qués au sceau du luxe comme le sont nos chu d'Amérique.Mais cet arrangement est excel lent." Quelle fraicheur d'inspiration dans cette litlé rature.Mais, surtout, quelle suite délicieuse dans lf idées.On là dedans, tout entier, notre turbulen chef de l'Etat.Il contredit le lendemain ce qu'il écrit la veille Arrivé à Londres, il ne se 'rappelle plus soi calendrier,et date sa lettre deux jours avan celle de'Bristol où il a débarqué.C'est comme cela que ministère dea travail] publics fonctionne.N.G. LE REVEIL 281 Ou cela?Us journaux d'Ontario font sonvent des gor-p chaudes de la prétendue ignorance de nos canadiens français.Il est bien vrai qni l'instruction n'est pas toujours ce que nous la voudrions voir et qne beaucoup de l'argent qui se dépense à bâtir des presbytères serait mieux employé à construire jet écoles Mais nous avons au moins cette excuse que titillons quelque chose.Tandis que l'on ne peut rien invoquer pour tienser l'état de chose qu'indique la dépêche mirante : " Marmora 18 Juillet — A l'enquête tenue nr la mort de la fille de James McCoy, âgée de 16 ans que l'on suppose s'être empoisonnuée roc de la strychnine.Laura Maybee, 9 ans, fil e de M.McCoy a été interrogée, mais pas sous sérient.Elle a dit : " Je n'ai jamais été à l'école je ne sais pas s'il y a un Dien ; jamais les prédicateurs ne visitent notre maison ; je ne sais ni lite ni écrire " Marmot* où s'est passé cet incident est porté i l'Annuaire des postes ; comme un bourg du Comté de Hastings, Ontario.Qnand ces messieurs d'Ontario ont chez eux des cas de ce genre ils n'ont pss besoin de prendre en pitié les Csnadiens de Quebec! Justus.LA GUERRE On se rappelle que, dans les élections fédérales de 1887, feu M.N.Bourgouin, s'était attiré dans Mascouche le surnom de "LaGuerre" parce que dans la lutte qu'il faisait comme national, il dirigeait sa campagne contre les idées d'Union Législative et de Ligue de la Fédération Impériale chères à Sir John Macdonald.H prêchait alors aux ruraux que le resserrement des liens impérialistes amè- nerait pour le Canada la participation obligatoire aux guerres do l'Empire.Oh riait alors de ces frayeurs.Nous avons fait bien du chemin depuis cela.Les idées impérialistes sont plus en vogue que jamais.Les fêtes du Jubilé de 1897 nous ont jeté en plein dans ce mouvement dont M.Laurier est le grand prêtre.Il y a quelques jours a peine, il n'osait pas s'opposer ouvertement à uno proposition du Col.Sam.Hughes, demandant que le Canada offre à la Grande Bretagne le concours de ses milices pour subjuguer le Transvaal et tirer la barbe au président KrÛger.Nous nageons en plein impérialisme et la chose devient d'autant plus grave que pour la première fois l'Angleterre se propose de rompre avec la tradition de service volontaire pour suivre les errements de la vieille Europe et tomber dans le service obligatoire et la conscription.C'est uno proposition des plus graves et qui a mis en émoi toute la Grande Bretagne.Qui nous assure, si le mouvement impérialiste s'accentue, que la conscription ne s'éteindra pas jusqu'aux colonies ?C'est alors qu'on réalisera le jeu de dupes que nous avons joué à Londres en 1897 et combien la diplomatie anglaise a roulé tous les premiers ministres des colonies quand ils sont venus dans la métropole se faire passer la corde au cou sous forme de rubans multicolores et de médailles constellées.Voici le texte de la loi que Lord Lans-downe.secrétaire d'Etat à la guerre a présenté à la Chambre des Lords le 7 juillet dernier : 282 LE REVEIL " Le gouvernement déterminera le nombre des hommes devant constituer lo contingent de chaque année." Les lieutenants-gouverneurs des comtés et leurs députés seront les autorités locales chargées de veiller que chaque district fournisse le nombre d'hommes reqnis." La lisle des conscrits sera préparée sur le recensement par les officiers de recrutement du ministère de la guerre.Les listes comprendront tous les hommes de 18 à 86 ans." Chaque district recevra crédit des hommes figurent sur les listes des volontaires.Le reste sera fourni par tirage au sort." Les ministres de la religion, les membres du parlement et les médecins pratiquants seront exemptés." On n'acceptera pas de remplaçants." Tout homme qui refusera de servir pourra être arrêté et condamné à ciuq ans de service." Les conscrits soumis au service seront divisés en trois classer : " lu.Les hommes nou mariés agé3 de plus de 18 ans et de moins de 25 ans." 2o.Les hommes mariés âgés de plus de 18 ans et de moins de 80." 3o.Tous les hommes soumis à la conscription et ne rentrant pas dans les deux catégories précédentes." Voilà la loi.Aux Canadiens de savoir s'ils ont envie de goûter de cette médecine-là.Sinon, qu'ils coupent court à tout projet d'impérialisme.Canadien.LE PORTIQUE DU CONCLAVE Dernièrement a ou lieu, au Vatican, par le pape Léon XIII, la remise solennel le du chapeau de cardinal aux nouveaux princes de l'Eglise.Dans les salons politiques où s'agitent les intrigues du Quirinal et du parti allemand, ou commente très aigrement le dernier Consistoire que l'on appelle la revanche du cardinal Rampolla.Le pape a dit à sa cour intime : "Ce sera le portique du futur Conclave." Le voyage à Rome de M.Dumay,directeur français des cultes, a préparé par des négociations habiles ce premier résultat.Guillaume II a envoyé ponr ¦ contrebalancer cette influence celui que l'on ap.pelle le père Joseph du Kaiser, luthérien dont U mot d'ordre n'est point resté secret en Italie, i; a mis la tiare du futur pape aux enchères publi ques pour l'entraîner dans l'orbite de la trip!, alliance.Son objectil était la rupture avec li politique française et la main mise sur le protec torat dans les deux Orient.C'est ce protectorat que M.Constant réclami et exige avec une habileté remarquable à Com tantinoble, tandis qu'auprès du Vatican M.Ni sard et qu'appuyé sur l'influence russe, M.Boni geois à la conférence de La Haye s'efforce de dé fendre les prérogatives séculaires de la Franc* Ou voit que le Vatican est redevenu le foye des intrigues internationales.UNE LETTRE DU P.HYACINTHE LOYSON Nous avons signalé samedi la pétition que publie le Siècle ct par laquelle il demande l'expulsion des jésuites.Ce journal insérait hierli lettre suivante : % Cher monsieur, " Je veux ètre des premiers à signer ls pétition que je lis dans les colonnes du Siècle, pou la suppression des jésuites.Je l'aurais rédigée différemment, mais, dsns son objet, elle est bonne et urgente." Je la signe comme Français, comme chrétien, comme prêtre et même comme ancien religieux." Et, en ceci, je suis royaliste avec nos anciens rois, catholique avec le pape Clément XIV." Les jésuites, malgré les talents et les vertu de plusieurs d'entre eux, à cause même do cet talents et de ces vertus, sont à mes yeux parmi les plus dangereux ennemis de la patrie et de la religion." Recevez, je vous prie, cher monsieur, l'asnt-rance de mes sentiments dévoués." Hyacinthe Loyson".AUX VOYAGEURS En voyage rien de mieux qne d'avoir daus «v valise une bouteille de BAUME RHUMAL.8Ï LE REVEIL 283 M.W.LAURIER Note de la Rédaction — L'étude suivante qni vient de paraître à Paris, en r.z de-chaussée du Journal des Débats, présente nn intérêt spécial vu qu'elle est la première expression française des sentiments soulevés là bas par l'attitnde britannique de notre premier ministre et par ses protestations impérialistes en tonte saison et hors de toute saison.On verra qn'on ne se fait pas là-bas d'illusion ear la portée réelle des déclarations de la visite parisiuuue de 1897 : Je n'ai pas l'honnenr de connaître M.Laurier le premier ministre dn Dominion.Je n'ai pas étudié d'ass-z près sa biographie, son caractère, ses idées et son rôle politique ponr avoir la droit d'exposer sur tons ces points nne vne qui me soit personnelle.J'en sais encore à faire des efforts pour le comprendre et me l'expliquer à moi-même et, dans cette pensée, je lie avec attention et avec curiosité ce qu'écrivent sur lut des hommes mieux renseignés.O'est une psychologie très intéressante que la sienne, non seulement parce qu'il eat un des menenrs de c î mouvement impérialiste qni est un si grave danger ponr la France et même pour l'Europe ; mais parce qu'il soulève un fascinant problème d'ethnographie morale et qu'il fait pressentir à ce problème une solution inattendue.J'ai passé ma vie à me demander a'il existe, en dehors de l'éducation traditionnelle, des souvenirs historiques et des influences du milieu, quelque chose de réel qui s'appelle la race et qui puisse se définir, s'analyser scientifiquement.J'ai passé ma vie à observer les croisements intellectuels, les expériences, plus ou moins volontaires, de greffe internationale.De ces expériences, j'ai vu sortir tantôt la mort et tantôt la vie ; mais je ne les ai jamais rues aboutir à un état d'âme semblable à celui que me semble offrir M Laurier.Cet homme là me déconcerte, je dirai tont à l'heure en .quoi.Un mot de reconnaissance pour le dernier livre où j'ai cherché son image.L'auteur en est M.Paul Hamelle dont le nom et le talent sont bien connus des lecteurs de la Nouvelle Revue et du public en général.On sait ce qu'il vaut en An- gleterre : témoin le jour où M.MacCartney, en pleine Chambre des Communes, jetait un de aes articles (snr la question d'Irlande), à la tête de M.Gladstone.Il ne faudrait par en conclure que M.Paul Hamelle soit uu ennemi du vénérable homme d'Etat qu'a vu disparaître l'année 1898.Bien loin de là ; il lui a consacré, dans la même Revue, des pag- s qui se retrouvent en tête du préseul volume.Elles constituent une des meilleures biographies qu'on ait faites du vétéran libéral, une des plus exactes, uno des plus animées une des plus éloquentes, uue de celles où il y a le plus d'intelligence politique.M.Paul Hamelle à la grande qualité du publiciste : c'est de démêler, d'un coup dœil, le point culminant, le trait domiuanl d'uu caractère ou d'uue situation.Je lui adresserai deux reproches.Le premier, c'est, — en cherchant lo mot qui frappe, la formule qui reste daus l'esprit, — de grossir quelquefois sa pensée par l'expression.Le second, c'est de croire nn peu trop volontiers aux bonnes intentions des politiques et de leur prêter sa propre droiture.Mon chère confrère, je vous en prie, un peu de scepticisme ! N'adorons pas h s héros ; car il n'y a pas de héros.N'élevons de statue à personne ; car personne n'en mérite ; mais surtout n'élevons pas de statues à ces gans-là ! Notre droit et notre devoir est de los disséquer, non de les idéaliser.L'étude sur Laurier est une des plus courtes du volume ; mais «lie est très suggestive.Nous y viendrons dans un moment.N'êtes vous pas d'avis qu'avant do placer sur le premier plan cette figure de l'homme d'Etat canadien, magistralement esquissée par M.Paul Hamelle, il fan-diaitun "fond" et n'est-il pas de bonne tradition artistique que le foad fasse ressortir cette figure par un contraste a-cusé : clair, si la figure présente de fortes ombres ; sombre, si elle est peinte en pleine lumière ?Du moins c'est ainsi que faisaient les peintres d'autrefois et jo ne vois pas pourquoi nous ne suivrions pas, uue fois de plus, la vieille méthode.Co fond que je cherchais, je l'ai trouvé dans le livre de Mme Th.Beutzon, Nouvelle France Nouvelle Angleterre.Ce livre est un des heureux fruits de certain voyage que j'ai le droit d'appe- 284 LE REVEIL 1er mémorable, puisqu'il a inauguré entre la littérature française et la pensée américaine uno nouvelle série de relations et d'échanges dont les conséquences se prolongent et se perpétuent.Mme Bentzon y a joué nn rôle important et utile dont sa modestie se garde bien de nous entretenir, mais que personne n'ignore.Au retour, elle nous a donné ses observations, où l'impression de voyage, le détail pittoresque et précis, le tableau de mœurs alterne avec la description et la critique raisonnée des institutions.J'ui retrouvé là avec uu plaisir sincère toutes les qualités auxquelles nous a habitués dès longtemps l'écrivain : élégauee, goût, bonue grâce,loyauté parfaite et pénétrante, finesse de jugement.Le livre est exactement ce qu'il a voulu être " La nouvelle France, uous dit l'auteur, c'est la vieille France." Et, assurément, c'était le côté piquant de ce pèlerinage que de conduire vers ce coin de la Frauce du dix huit-ièine siècle, conservé par miracle, celle qui, chez nous, comprend le mienx et aime le plus franchement ce siècle-là.Etrange pays que celui où le fantôme du grand roi plane au-dessus des fidèles sujets de la reine Victoria! Pays si moderne et si archaïque, si jeune et ci vieux, si français et si anglais, mélange du théocratie et de démocratie ; nne sorte de Paraguay libéral dont Voltaire n'aurait pas osé se moquer, éduqué, inspiré, gouverné par des prêtres et qui.cependant marche à l'avant-garde du progrès en tout genre! Mme Bentzon à très bien senti et indiqué ce dualisme ; mais il lui a plu, pour obéir à cotaines affinités de nature et d'éducation, de respirer, surtout, le parfum délicat et subtil de la vieille Frauce et nous ne demandons pas mieux que de le respirer à notre tour.D'ailleurs, nous tenons là le contraste dont nous avions besoin.Imaginez ce milieu conservateur, clérical, presque monacal, mais sans la froidenr et l'engourdissement de notre benoîte vie provinciale de jadis, parce qu'il s'y mêle des instincts d'aventure et des habitudes de danger qu'entretienneut des traditions héroïques, un climat mde qui tue les faibles et fortifie les forts.On honore le rang plus que l'argent ; ces enfants ne songent qu'à vivre comme ont vécu les pères.Uu magistrat eminent à dit à Mme Bentzon : " A Quebec on ne fait pas de grandes fortunes ; mais ont vit tranquillement, gaiement, sagement." Tout à coup, on s'aperçoit que cette Société qui est antique de manières, de langages, de sentiments et de croyances, est, en réalité, pleine de sève et de jeunesse.Ce sont les petits-fils qni ont endossé l'habit des grands-pères ; mais ils n'ont pas un jour de plus pour cela.Du milieu d'eux sort un homme très brillamment doué qui devient, avec Chamberlain et Cecil Rhodes, un des ptsncipaux ouvriers de l'impérialisme.Il vient à Londres au moment du jubilé de 1897 et vous savez de quels honneurs on l'accable.Franchement il y a de quoi.Aucun Anglais n'a fait plus ni même autaut pour l'empire pour cette Greater Britain dont on nous parle tant, que ce Français du Canada.Que serait-il arrivé si l'élément français de l'Amérique anglaise avait persisté dans l'attitude boudeuse, indifférente et hostile d'autrefois, s'il s'était comporté comme se se comporte l'élément hollandais dans l'Afrique du Sud ?Non seulement Laurior a apporté anx ministre de la reine la sympathie et l'appui des Français du Canada ; mais il leur a fait un magnifique cadeau et les a tirés d'un dilemme on ils étaient en quelque sorte prisonniers.En effet, comme l'explique très bien M.Hamelle, le grand obstacle au développement et au triomphe de l'impérialisme, c'était la politique libre échangiste qui empêchait la métropole d'assurer à ses colonies le moindre avantage.Ce qu'on réclamait, c'était nu Zollverein, en d'autres ter* mes, " une palissade de hauts tarifs qui fit le tour de l'empire britannique." Pour cela, il fa-lait renoncer au libre échange.Mon Dieu I ce n'était pas qu'on y tînt beaucoup, au libre échange ! Il avait donné tout ce qu'il pouvait donner, et, en présence des dispositions de l'Amérique et de la France, il devenait une duperie et un danger.Cependant, c'était une grosse affaire qu'nn tel changement de front.On avait dea traités avec la Belgique et avec l'Almagne.Sous quel prétexte les dénoncer ?C'est alors que se présente M.Laurier, aveo son " cadeau ".Il a persuadé au Parlement d'Ottawa d'o'frir, spontanément, à la mère-patrie une LE REVEIL 285 réduction de 25 p.c.sur les tarifs.Cette réduction est applicable aux produits de toutes les autres nations, mais à charge de réciprocité.Or, comme les autres nations ne songeront pas une minute à concéder cette réciprocité l'Angleterre sera seule à bénéficier de l'abaissement des tarifs.Seulement elle est mise, à son grand regret apparent et à sa grande joie secrète, dans la nécessité de dénoncer les traités avec la Belgique et l'Allemagne, traités odieux au boutiquier anglais je puis l'attester.Le Zollverein est envoyé, dit-on, aux calendes grecques.M.Chamberlain déclare qu'il " ne le toucherait pas avec une paire do pincette ".Mais, le voità, le Zollverein ! Il commence à se réaliser, et de telle façon qu'on acclame le libre échange au moment où on l'étrangla.Do toutes les hypocrisies politiques qui ont fait la gloire de John Bull dans sa longue carrière, celle-ci est une des plus étonnantes.Que n'eût-on pas fait pour récompenser l'inventeur ?Peut-être s'imaginera-t-ou que Laurier, au fond, doit être un anglais.Mais ce serait une erreur capitale.Je ne dirai pas comme M.Hamelle, qu'il est Français " plus et mieux que nons ", parce que c'est un Français du dix-septième siècle.Mais l'origine de M Laurier est indiscutable : c'est un Gallo-Latin, Cela se sent daus chacune des paroles.Il est semblable à nous non pas par ses goûts et ses sympathies, mais par la structure de son esprit et par ses facultés naturelles.Il a le cerveau et le tempérament français : là-dessus par de doute possible.Comment ce Français en est-il venu à être l'une des expressions les plus caractériatiques de la politique britannique ?Quel sentiment l'inspire ?L'ambition personnelle ?L'intérêt de la petite patrie canadienne française ?Celui de cette patrio plus vaste qui s'appelle le Dominion ?L'obéissance aux lois de l'évolution qui lui montre l'avenir des siens dans cet élargissement nécessaire ct progressif de l'empire anglais : liberté religieuse, fortune commerciale et grandeur politique ?Cède-t-il, simplement, à l'attrait de ce qui est fort et de ce qui réussit ?Ou est-il entraîné par des affinités dont il n'a pas pleine- _ ment conscience ?Français authentique et in- contestable, mais Français d'il y a deux cents ans, ne trouve t-il pas dans la société anglaise contemporaine et dans les idées qui la gouvernent quelque chose qui ressemble mieux à son idéal inné que dans notre confuse, ondoyante et anar-chique démocratie ?Ici l'idée de patrie se distingue nettement de l'idée de nationalité, et même de l'idée de race.Un peu plus, elle s'y opposerait La question est délicate : je n'oso y insister mais on a le droit d'être inquiet pour les peuples chez qui l'état politique et social ne répond plus à la définition morale et intellectuelle de la patrie.J'ai toujours considéré que ceux que les circonstances condamnaient à greffer une nationalité sur une autre étaieut réservés à de douloureuses épreuves.Laurier dément toute mon expérience ; car il est heureux.C'est le secret de cet optimisme que je voudrais lui demander.Lui, il n'a paa eu à abdiquer sa nationalité.Ce sont nos ancêtres qui se sont chargés de ce soin ponr lui, près de cent ans avant sa naissance.On peut prétendre qu'il a, dans un certain sens, sacrifié sa race en noyant ses destinées particulières dans celles d'une race plus puissante.Mais, après cette ablation de la nationalité, après oette evaporation de la race,la patrie survit, la patrie persiste, allégée et comme épurée O quel sujet de surprise et de méditation ! Auguste Filon.Bibliographie De la vraie representation politique (8e-verin de la Chapelle), chex F.Pichon, éditeur, 24 rue Soufflot Paris.Que nos amis ne s'y trompeut pas, l'auteur de cet ouvrage u'a rieu de commun sauf uue certaine similitude de nom avec notre ami le Dr Seve-rin Lachapelle ancien député d'Hochelaga aux Communes: A ce dernier il manque non pas une particule, mais la particule.L'ouvrage de M.de la Chapelle sur la représent at in politique est une œuvre très sérieuse d'économie électorale qui devrait être entre les mains des députés en ce moment surtout que le gouvernement s'occupe 286 LE REVEIL de remanier la carte électorale du Canada et de la gerrymander " sous prétexte d'assurer une expression plus vraie du vœu de la population représenté par ses votes.Ce système particulier au continent américain où les délimitations territoriales n'ont pas uue ancienneté suffisant-' pour en assurer l'inviolabilité et qui consiste à déchiqueter les divisions électorales pour les ramener, après le fait, c'est-à-dire d'après le vote donné, a une disposition correspondant au vote exprimé, eu un mot d'assurer la perpétuité de la majorité libérale dans nn comté qui a plusieurs fois affirmé sa foi électorale et la majorité conservatrice dans un comté conservateur, ne trouve sa place dans le livre de M.de la Chapelle que sous un aspect uégatif.puis qu'au contraire l'objet de cet-t-i étude ost d'assurer !o libre jeu des déplacements d'opinions et de solidariser autant que posssbie les opinions analogues du syminime dans les divisions territoriales et de leur donner voix au chapitre.La base du système préconisé par M.de la Chapelle sons le titre de " Votre fractionnaire", est le respect de la division territoriale, c'est è dire la condamnation absolue de tout gerrymander sous quelque forme et sons quelque prétexte qu'il se cache.Ponr arriver au vote fractionnaire, basé sur le scrutin de liste, comme mode suprême assurant la représentation proportionnelle, M de la Cha pelle écarte le système du vote limité en vertu dnquel l'électeur ne peut inscrire sur sa liste qu'un nombre de noms moindre que le nombre de députés à élire ce qui donne à la minorité la faculté de se concentrer sur quelque uoms tandis que la majorité doit normalement se répartir et se diviser sur nn plus graud nombre de candidats ; il écarte aussi le vote cumulatif en vertu dnquel un électeur ayant à voter pour dix députés, soit dix votes à donner, peut les accumuler et faire compter ses dix votes sur un seul candidat.Ces systèmes mis de coté, M.de la Chapelle oll're le voit fractionnaire qui est un composé des deux précédents, c'est-à-dire en vertu duquel l'électeur ue peut inscrire sur so.) bulletin que la moitié des noms à élire et où il a ie droit d'inscrire dos uoms tout différents ou uu ou plusieurs uoms cumulativement répétés.L'élection devant, pour être assurée réunir le quart du nombre des votants.Le travail de M.de la Chapelle est inspiré d'un esprit profondément chrétien.C'est dans le respect des doctrines chrétiennes de justice qu'il puise les bases de ses efforts d'épuration des énergies et des volontés.Une lettre remarquable de Jules Simon sert d'introduction à cet ouvrage et dans cette lettre se trouve cette belle expression qui devrait être inscrite en tête de toute réformo électorale, " chercher la vérité du vote." C'est par cela seulement qu'est possible le saint du systèmo parlementaire.De l'établissement d'un crédit aokicole général par des crédits fonciers départementaux (Chierry de la Loge d'Ausson), à la librairie de la Société du Recueil général des lois et des arrêts, L.Larose, 22 rue Soutllot, Paris.La question du crédit agricole ear une question du plus haut intérêt dans tous les pays du monde et elle attire l'attention de tous les économistes.Tout co qni s'écrit et se publie à cet effet est bien utile pour nous.La question de la création d'uu crédit agricole avec le concours du gouvernement a été discutée à la dernière session de la province de Québec, sous forme d'une résolution présentée et appuyée d'un très solide discours de M Plante, le jeuue député de Beauharnois et le gouvernement a promis d'étudier la question pondant la vaoanoe.Evidemment, les conditions de l'agriculture en France et et au Canada d i lièrent du tont an tout comme diffère l'organisation civile des deux pays, mais il n'en est pas moins vrai que o'est seulement par l'étude de co qui se fait là bas, que nous pourrons arriver i l'établissement de priucipea pratiques reposant sur des données sérieuses.L'ouvrage de M.la Loge coudent sur la création de la Banque Hypothécaire de France ot sur les organisations de crédit agricole en Allemagne des données que doit connaître t .ut homme destiné à discuter ces questions.Un crédit hypothécaire organisé sur des bases de coopération mutuelle avec ou sans le concours du gouvernement est ce qne nous cherchons en ce moment.Le crédit par war.rants est uue chose qui n'est plus à créer su LE REVEIL 28* Canada, la construction d'élévateurs ponr le grain et d'entrepôts frigorifiques pour les heur* res, les fromages et les fruits ont assuré un développement considérable de l'agriculture en permettant aux cultivateurs de trouver promp-tement l'argent qui leur est nécessaire et dont le prix diminue lorsqu'il y a dans la région assez de solidarité entre pour leur assurer les bénéfices de la coopération mutuelle.Ce qui manque aujourd'hui c'est la coopération financière en matière hypothécaire et le gouvernement ferait beaucoup mieux de tourner ses regards de ce côté plutôt que de s'entêter à passer une loi contre l'usure que personne ne demande et qui ne sera jamais qu'un obstacle aux affaires des gens ne disposant pas d'un capital suffisant, tant qn'on n'aura pas remplacé les usuriers et les shavers par d'autres pourvoyeurs monétaires.Nous recommandons à tous ceux qni s'occupent do crédit agi ic oie, la lecture de cet ouvrage d'une haute valeur, surtout au point de vue documentaire.Li chambre des députéh 1898-1902.Biographies des 681 députés (Alphonse Bertrand, secrétaire-rédacteur du Sénat) à la Société française d'éditions d'art, 9 et 11 rue St Benoit, Paris, prix, 4 frs.Nous avons ici le Parliamentary Companion qui nous donne tons les renseignements nécessaires sur les députés et qui nous sert spécialement le jour où ils sont nommés ministres et le jour où on les enterre, deux dates importantes de leur carrière politique.Il n'existait pas en France d'ouvrage de ce genre jusqu'à l'apparition du livre de M.Bertrand, qui sera spécialement utile à cenx qui suivent la politique française où les noms se renouvèlent si souvent et où surtout il y en a tant d'obscurs qu'un hasard met quelquefois en lumière.Alors, tout le monde s'écrie : mais qu'est-ce que c'est donc que celui-là?Avec le livre de M.Bertrand, pins de doute à cet égard.Cet ouvrage contient de plus une foule de renseignements intéressants à l'égard de la statistique et de l'histoire parlementaires.A.Book.MESSE BLANCHE LA RELIGION DE L'AMOUR ET SES RUES DELICATS après la messe noire — chez les pur8 — dn décor candide—cantiques et baisers— l'isolement du profane—la sacristine secourable Saviez-vous qu il se produisait à Paris une renaissance des anciens cultes gnostiques?La réapparition, à notro époque, de la religion des Valentin, des Simon et des Montanus ne sera pas.pour l'historien* futur, une des moindres curiosités de cette fin de siècle, si étrange et si tronblje.Réapparition, ai-je dit?.Les Gnostiques soutiennent que, dans l'ombre des temples secrets, leurs rites mystérieux u'ont jamaia cessé d'être célébrés, et quo la pérennité de leurs mystères se prouve, nou seulement par la survivance indubitable de la tradition, mais aussi par leur martyrologuo.Il n'est pas d'âge, affirment-ils, qui n'ait vu des martyrs gnostiques, et ils s'en réjouissent, puisque, d'après eux, tout saug versé pour une Idée assure l'immortalité de cette Idée.Je ne pense pas que les Par/ails et les Parfaites, qui, en pleiu Paris, célèbrent les rites délicats et nuageux de la religion d'Amour aient à craindre des persécutions nouvelles.Tous ceux qui sssisteront à leurs cérémonies en reviendront plutôt charmés — même s'il n'ont vu, comme moi, que la première partie de l'office.Parmi les lettres qu'a values au Matin la publication d'un article sur la '• Messe Noire ", une était des plus intéressantes.Elle émanait de Synésius, patriarche de l'Eglise gaostique — le pape do celte religion.Justement soucieux de la confusion qui pouvait s'établir dans l'esprit de certains lecteurs, entre les pratiques infâmes où se complsisent les adorateurs du Bouc immonde et celles de son Eglise, Synésius me conviait à assister à un sacrifiée gnostique, célébré, avant-hier, dans le temple officiel de cette religion.Synésius est nn pseudonyme rituélique qui cache un écrivain des plus honorablement cou- 288 LB RÉVEIL nus, poète enthousiaste.L'autre jour, il Taisait applaudir d'éloquentes strophes, à l'inauguration de la statue de Fourier.Je tiens, d'ailleurs, à la disposition des lecteurs du Matin, le nom véritable du Patriarche des Parfaits, ainsi que l'adresse précise do l'Eglise guostique.la CÉRÉMONIE • .Dans la grande salle tendue de blanc, éclatante- de luminaires, une treutaiue de personnes D'un autre côté, les hommes eu habit ou en redingote, avec uue large écharpe blanche; de l'autre, les femmes, en noir, avec une écharpe semblable.Uu large rideau noir les sépale de l'autel qu'on devine immense derrière la leuture, et sur l'étoffe, brodées en bleu, jo lis ces paroles : " Veuez ici, vous tous qui avez soil d'amour vrai, Dieu est amour ! " Je prends place dans un coiu, où me conduit eu touriant, une sœur Parfaite, chargée de ln police de la salle.Presque aussitôt, une musique douce, d'uu caractère mystique s'élève derrière le rideau.Aveo uu nouveau sourire, — elle est très bieu, cette petite sacristine ! — la sœur Parfaitt me teud un rituel et je peux suivre le cantique qui s'élève de l'assistance, chanté, en deux tous rejoints et mêlés comme dans la musique antique : Lueerna Pleromatis Lucet nui senilis ; Inclinavi cor mtum Ad tuum eloquium, " O lumière de l'Esprit saint, luis sur mon i lu m in ; je dispose mon cœur à recevoir ta parole." D'un coup, le rideau se sépaie et i'autel apparaît, ruisselant de lumières, blauc tt or dans le fond.Le Patriarche officie lui-même.C'est un homme de taille moyenne, qui grisonne ; sa figure est majestueuse et douce.Dans la robe noire des Cathares, serrée è la taille par le knosti vert, orné de trente-trois nœuds, sous la mitre orientale, aux teintes violettes, il a réellement grand air.A ses côtés, deux officiants, deux évêques, ont également l'étole en sautoir, et, au cou, un tau en bois.Derrière eux, une femme d'une beauté éclatante — c'est la grande Diaconesse — étend les mains par-dessus une rangée de jeunes filles qui chantent.Toutes sont vêtues de la tunique et du peplum antiques, et, dans le rayonnement de lumière qui tombe des voûtes, elles apparaissent, bellea comme des statues de marbre, avec leur bras nus et leurs faces tranquilles.Après uu grand geste de bénédiction qui fait onduler les têtes courbées, comme des épis sous le vent d'ouest, le Patriar.he se retourne vers la Diaconesse et dit : ' — Accipe osculum pacis (Revois le baiser de paix).Ët ils s'embrassent.Les deux évêques s'approchent des rangs des jeunes filles.Nouvelles accolades et, de fidèles eu fidèles, du chœur au transept, le baist-r de paix circule, fraternel et tendre.Tout ceci, tr*s pur, élégant, délicat." credo " Cette communion des âmes précède le Credo que récite, avec des inflexions enthousiastes, ls Diaconesse.J'en ai copié des bribes.Que le Patriarche me pardonne cette indiscrétion : " Je crois en un Dien universel, Père Unique, dont la pensée, la sainte Ennoia, unie de toute éternité à lui-même, n produit la hiérarchie des saints Eons.Je crois que le dernier des saints Eons, Sophia, s'éprit d'amour pour le Père, s'efforça de monter à lui et fut entraînée vera les régions inférieures par le poids de son désir.Je crois que de ce désir naquit Sophia Achamoth qui donna le jour à 1 impart">it Démiurge, ordonnateur de la matière et créateur du ciel et de l'univers.Je crois que l'Eon Christos, fruit du Saint-Plérôme, après avo r rétabli l'harmonie du Plérôme, tronblée par le désir de Sophia, est descendu en Jésus ; que tous deux lui ont inspiré la doctrine de l'Evangile éternel et qn'ils ne l'ont abandouné qu'au moment de ta passion.Je crois au salut de l'Univers dans l'Amour et par l'Amour?L'aasistance écoute debout, très recueillie.Quand la diaconesse a terminé, elle se retourne vers le patriarche qu'elle salue, puis vers nous : — Parfaits, et Parfaites, et vous Hylique, que les saints Eons soient avec vous ! Le Hylique, c'est-à-dire le matériel, l'homme LE REVEIL 289 encore enfoncé dans la chair, il parait que c'est moi !.Alors commence l'office, assez semblable, au fond, à une raetee catholique.De notables différences, cependaut.L'Evangile de saint Jean est récité en grec, et solennellement.Et, ravissante vision d'uu autre âge, pendant l'office et la consécration, le chœur des jeunes filles exécute, entre l'autel et le parvis, sous la direc iou de la Diaconesse, une série de danses sacrées dont les reprises et l'euchainemeut figurent les plus hauts symboles de la religiou de Valentin, s'il en faut croire mou rituel.LA communion Peu importe, d'ailleurs.L'harmonieuse beauté et le caractère antique des évolutions du chœur, autant que les gracieux enroulements des jeunes Parfaites autour de l'autel suffisent à me passionner.Voilà qu'elles s'animent, les blanches statues de tout à l'heure.Dans le tournoiement mystique, leurs yeux s'enflamment, leurs jeuues corps tressaillent, et des poèmes de ligues et de formes pures s'ébauchent devant l'autel, cependant que, debout sur les marches, le Patriarche, très grand et très solennel, offre au Dieu pronator l'hostie pure eu forme de tau, l'hostie sainte, l'hostie sans tache.— D.eu est Amour !.prononce-t-'l à cet instant; et, à l'énoncé de cette formnle prestigieuse, toute l'assistance, comme transportée, répète avec enthousiasme : — Dieu est Amour !.Aimons-nous infiniment, Parfaits et Parfaites ! En même temps, une prièro éclate, ardente et joyeuse, que jo transcris ici pour son étrangeté : Beali vos, Moues, Vera vita vividi, Vos Emanai'iones Pleromatis lucidi Adeste, Vivùiones Stolis albis candidi ! (O vous, bienheureux Eous, vous qui resplendissez dans la vie véritable ; ô vous, les émanations de l'éclatant Plérôme, apparaissez blanches visions!) Après la communion, sous les deux espèces, pain et vin.nouveau baiser de paix.J'ai quelque honte à rester ainsi, dans un coin, tenu à l'écart de toute accolade tendre, comme un excommunié.A un instant, il me semble que le Patriarche a pitié de mon isolement.A t-il fait un signe ?Je ne sais.Tout à coup In sacristine s'approche do moi et me dit avec une grâce chaste : — Atcipe oscutum pads.A la bonne heure ! je ne me fais pas prier ; je recommencerais même volontiers, car la Parfaite est tout simplement adorable.Mais dèj?, et très doucement, elle se dégage et reprend sa place.L'office se termiue dans uu murmure de voix qui appellent, sur les fidèl s el sur moi, les bénédictions du Plérôme, le Saint-Esprit des Gnosti-ques.Cette Messe blanche, dans ce décor de draperies immaculées et d'éblouissante lumière, dans cette atmosphère d'amour chaste, m'a ravi, et je vais me retirer, pu regrettant de ne pas avoir entendu parler le Patriaicho — j'ai appris depuis qu'il ast un merveilleux orateur, persuasif et fleuri — quand une cérémonie étrango commence .SAINTE MtDELEINE Voilée de blanc, un flambeau à la main, uue femme s'avance vers l'autel, secouée de sanglots.Une immensité de misère et de douleur semble peser sur elle.Comme effrayé par cette douleur, le chœur des jeunes filles se sépare, ct voilà la désespérée qui s'agenouille, chancelante, aux pieds du Patriarche.Alors, avec des paroles douces et des mots qui consolent, l'officiant s'approche de la Pécheresse, et je devine que c'est, chez la Prosternée, la transformation poétique des pratiques de la confession.Un court dialogue s'échange entre le pasteur et la pénitente.Puis, le Patriarche bénit la femme,[en lui imposant les mains : — Qu'Héiène Enuoia, qu'Hédoué, que Sophia t'assistent, ô femme, et soient avec loi ! Reçois le baiser de paix.Deux baisers tendres et miséricordieux, donnés en forme de tau redressent la désespérée de tout à l'heure.Ses yeux brillent de joie.Elle se peu- LB REVEIL che vers la Diaconesse qu'elle embrasse, après s'être prosternée devant elle.De nouveau, infiniment doux, délicatement chaste, le baiser d'amour unit rame des fidèles.Dans le fond, les coins de son manteau soutenus par les deux évoques, le Patriarche sourit, extatique, et redit gravement les paroles tain tes : — Dieu est Amour ! Tourbillonnantes et pressées,—telles les notes d'uu hymne ds foi enthousiaste—recommencent les danses sacrées de tout à l'heure, lît c'est uu spectacle à troubler les plus sceptiques, et j'ai la vision des filles de Grèce, célébrant, au renouvellement do l'année, sur les coteaux dorés d Ionic, les fêtes d'Apollon MuSugère et de Minerve Purificatrice.La seconde partie de l'office — le Consolamen-tum et XAppareillamenliim suivis de l'agape mystique — va comraeucer.Maie, pour des raisons initiatiques, les profanes ne peuvent y assister.Sur un signe des évéques, un fidèle se détache de l'assistance et vient conrtoi*em-nt me prier de me retirer.Je pars, courbé sous uue bénédiction solennelle — oh ! la grandeur de ce geste ! — et, malgré moi, dans la rue, les yeux encore pleins des poétiques visions de tout à l'heure, je suis hanté par cette phrase déconcertante du vieux Bacchylice : " — C'est parmi les chœurs où se plait Diane, et dans les danses conduites par Apollon, quo descend l'esprit de Zeus.Athéniens, tout ?st Amour ! " Sriu;k Basset.Les mésaventures d'un "Suisse" Depuis fort longtemps, uue inimitié profonde existait entre le " suisse " d'uue des paroisses les plus smart de Paris et deux de ses collègues : le bedeau et le Ills de celui-ci, qui est en fait de chœur Le suisse —l'un des plus remarquables de la corporation, comme .stature — en voulait au bedeau.La querelle était née à la suite d'un riche mariage ; les nouveaux époux avait laissé, pour le personnel laïque de l'église, une somme fort roudeiette et le suisse, de sou prénom, Bap- tiste, s'était plaint à François, le bedeau, de ne pas avoir touché In part exacte qui lui revenait dans le partage du " pourboire de la baronne ".Blessé dans son amour propre et furieux du soupçon qui pesait sur lni, M.François résolu de se veugor et, pour cela, il prépara tout un plan machiavélique, qu'il mit à exécutio i, hier, sur le coup de midi.Il couvient de dire que le suisse ne déteste pas la purée soptembrale, comme disait le joyeux curé de Meudon, et qu'il est l'un des clients les plus fidèl's du marchand de vin du coin.Connaissant le penchant de son ennemi, le bedeau eut bientôt fait de combiner sou affaire.L'autre matiu.devait avoir lieu uu grand mariage, et, à celte oecae-iou, Baptiste devait 6e mettre eu graude tenue : culotte rouge, bas blancs et souliers vernis.La cérémonie devait avoir lieu à onto heures et demie exactement.Le bedeau s'entendit avec deux de ses camarades qui invitèrent le suisse à faire une partie de mauille chez le marchand de vin.La partie, qui avait commeucé à neuf heures, se continua jusqu'à ouze heures et quart, el nombre de bouteilles de vin blanc défilèrent devant les joueurs.Tout à coup, les partenaires de Baptiste, qui commençaient à avoir la tète lourde, s'écrièrent : — Mais, sapristi ! et votre cérémonie, vous u'y peusez doue plus ?Rappelé à l'observation de ses devoirs, le suisse partit précipitamment et outra en coup de-vent dans la sacristie, afiu de revêtir sa grande tenue.Il trouva bieu son bicorne, son habit à la française, mais il lui fut impossible de mettre la main sur s.i culotte rouge et sur ses bas blancs.Et le temps passait, la noce arrivait; déjà les graudes orgues annonçaient l'entrée du cortège.Que faire ?mou Dieu ! que faire V Et de désespoir, le malheureux suisse s'aria-chait les cheveux, pendant que le-bedeau, les enfauls de chœur et les sacristius faisaient mine de chercher partout l'iutrouvaMe culotte.Soudain, so frappant le front, François s'écria, en s'adres.-.wit à Baptiste : — J'ai une idée qui va vous tirer d'embarras. LE RÉVEIL 291 Voue avez sans doute un cal'çon blanc ?.Eh Jiques d'Amérique par les personnes qui, en bien ! on va aller vous acheter nne paire de bas France, désignaient ces erreurs sous le nom d'a- rouges, et, comme vous êtes d'une tenue irrépro- raéricanisme.Me trouvant à Rome au moment v., , .•.i de la publication de la lettre du pape, i écrivis enable, personne ne s apercevra de ce petit chan- , .„ ., , .• ' 1 au saint-pere, rassurant qu aucune de ces erreurs gement dans votre accoutrement.Au lieu d'avoir théologiques n'avait cou's en Amérique.Le une culotte rouge et des bas blancs, vous aurez saint-père m'a dit personnellement qu'il était lo contraire, nne culotte blanche et des bas rou- enchanté de un lettre et que, pour m'en donner ges, roilà tout ! la preuve il avait immédiatement donué l'ordre Baptiste, quelque peu dans les vignes du Sei- de 1» Palier dans fOsservalore romano.„ « Si, cependant, par américanisme on entend gnour.trouva 1 idée excellente, et, en un r.en de nne adhégion loyale de M p„t deg catholique8 temps, il fut costumé.Il trouva môme que cette américains aux conditions politiques de leur tenue faisait beaucoup plus d'effet que l'autre et pays, à sa Constitution et à ses lois, alors certai- que les bigotes seraient enchantées.nement l'américanisme règne p.irmi eux.Les ca- La cérémonie se passa le mieux du moude ; tholiqnes américains ne proclament rien qui soit Baptiste obtint sou succès accoutumé, et jamais ;PPK«bleà d'autres temps et à d'autre, pays ., « i .i.,, Si par américanisme, on entend encore un since- .1 ne fit résonner plus bruyammeut, sur les dalles fe dégir d(J Mn tmma m profit de rBg|Ue le, du temples, sa canne à pomme d'argent ! circonstences que les temps modernes et l'état Soudain, Baptiste, qui se tenait droit comme spécial de notre pays out créées, alors oui.ramé-un I, se prit à rougir comme uno demoiselle et ricanisme peut nous être imputé.En Amérique, l'on a'aperçnl, pour la première fois, qu'un défaut D0U8 De PerdoDB Point de teraPf en th6orie8 ,ur , ., , ., , ., ±* ce qui pourrait être et ce qui uest pa», ni a rê-de coupe exista t dans la soi-d saut culotte blan- r ,., .?.r., v, , ver d un état de choses qui appartient au passé, che qui habillait ses nobles cuisses.NoU8 fftig(mg ,.œu„e qui egt deTant noU8->.Ce fut alors, dans l'assistance, des chuchote- •« Si, enfin, par américanisme, ont veut dire meute ironiques, des rires étouffés, dont Baptiste activité dans les œuvres religieuses, initiative Le tarda pas à s'aparcevoir.personnelle infatigable dans la recherche du suc- Voulez-vous connaître la fin de l'aventure?.Le ci»' mai8 t0Tu" ^gée par le pape et les évè- ,.,.„ ., ques, alors, oui 1 américanisme règne parmi nous, curé intervint, Baptiste 1 injuria et voulu même ^ ^ catholiqaeg araéricains.on ne se croise le frapper, et le pauvre suisse fut conduit au pa8 ieg bra8i on ne dit pag qu>ii „'y a rjen a faj.commissariat de police du quartier, ou on lui re.On ne proclame que des puissance anticatho- dressa procès-verbal pour " scandale dans un lieu liqne tiennent la campagne et que nous n'avons réservé au culte." "en a k're ^* noUB re,ireri l*8 wgria Quant au bedeau François, il se tient encore dan> les recoiu8 ob(,cu"" " les côtes de rire.REPONSE DE définition de M.LOUBET AM.LEON XIII L américanisme par Mgr Ireland Si je suis bien informé, le président de la Ré- Sous forme d'une interview avec le directeur Publi(lae aurait Bdre"é la lettre 8ai,raate a 84 de la New Era, Mgr Ireland a fait les déclara- Samtete Léon XiH : tious su'vantes, que uous empruntons au New " Mon cher pape, York Herald, "Vous avez bieu voulu ra'adresser vos félicitations au sujet du guet-apens dont j'ai été vu - "Si, par américanisme, on enteud des erreurs time.Je vous en remercie.Cependant vous me théologiques condamnées par le pape dans 6a permettrez de vous faire observer que vous jouez lettre, il n'y a rien de semblable en Amérique, un rôle singulier pour un honnête homme, et je " La seule chose eu rapport avec toute cette snppose que vous l'êtes, malgré les difficultés de affaire qui ait créé la moindre émotion aux Etats- votre coudition et les mauvais exemples de vos luis, ¦•'est l'insulte gratuitement faite aux catho- prédécesseurs.Lis individus qui m'ont assailli à 292 LE réveil Longchainp sont les fils de votre.Eglise ; ils ont été nourris, je ne dirai de sou fiel, mois de son lait.Leurs cerveaux ont été pétris par les Didon, les Oliviers, les Moutsabré, les Dilbuo, qui sont vos agents dévoués avant d'être citoyeus français."Ces honorables maîtres, experts en saintes écritures, ont dressé ces nobles chevaliers du crottin et eu font let brutes distinguées dont les violences me valent vos corn pli m -tits de condoléance."Il y a là une anomalie dont je ne puis pené trer les arcanes." Ces honorables crétins, élevés par vos moines, ont des compagnes qui ne valent guère plus qu'eux.Leurs directeurs de conscience (?l sont pris parmi vos moines les plus avenauts et les plus complaisants, ce qui ue les empêche pis de rôtir le balai et de mener une vie peu édifiante pour nos bourgeoises.Or, j'en couuais qni donnent de l'argent à de nobles escarpes pour l'or-gauisation d'une manifestâtiou nouvelle coutre ln République, dont je suis le Président." L'une d'elles s'est déjà signalée an temps de Boulanger.Ce qui du reste ne l'a pas empêchée d'entretenir de bous rapports avec certains ministres des gouvernements précédents, trss flattés de se frotter à une duchessa." Ces noble» garces, comme dirait Montaigne, sout toutes à vous, mou cher pape.Elle vivent daus l'intimité de vos gardes du corps ; elles ne s'inspirent que des enseignements de votre respectable Eglise." Et pourtant elles ne cessent de couspirer contre moi, tandis que vous, leur père spirituel, m'accablez de vos bénédictions." Saint-Père, je ne comprends pas." Il est vrai que je n'ai pas étudié la cahuis'i-que de Sanchez.Velasquez et autres Escobars, et que, comme dit l'Ecriture, Arcana voluntatis divnw sunt imprcnetrabilia pro/anis Aomitiibus." Mais tail profane que je suis, j'ai encore mon bon sens de vieux Français et je me demande 6i vous ne vous f.pas do moi et de mou gouvernement." Voyons, pape, suivez mou raisonnement." Vous m'avez fait déclarer par votre ambassadeur que vous ne demandiez qu'à entretenir de bous rapports avec mon gouvernement.Vos évéque, au cours do noi rencontres officielles, me déclarent quo pour se couformer à vos instructions, eux et leur clergé veulent bieu se soumettre aux institutions républicaines." De mon côté, je pousse la coudesceudance, d'autres disent la platitude, jusqu'à douuer du monseigneur à vos maroufles épiscopaux, Mes ministres, qui ne sont pas fiers envers les évéques pas plus qu'envers les duchesses, leur en donnent autant.'• Or vos légions de moines, capuc'ns, dominicains, jésuites, pères de l'Assomption, ne cessent par la parole dans les chaires, pai la plume daus leurs feuilles, de mener une campagne violente contre la République et coutre moi." En vérité, en ,-érité, je vous le dis, Saint-Père, vous vous payez ma tète et celle de mes ministres.• " Je ne crois pas, mon cher pape, que cela puisse durer longtemps.Mes cou.iloyens sout las d'être bernés par les gens de votre maison et, si je ne me trompe, les jours d'épreuve, annoncés par le prophète, vont revenir.Il est vrai que cela vous retrempe.C'est une faveur que le bon Dieu du P.Olivier réserre à ses élus." Agréez, mon cher bonze, etc., " Loubet." Pour copie conforme : " Delpech, " Sénateur de l'Artège," TRADUCTION ET REDACTION Souvent le monde commercial, industriel on financier désire confier la rédaction de ses circulaires, brochures ou annonces à des experts ; mais ou ne réussit pas ù les trouver, à moins que, comme cela arrive trop souvent, sa confiance ne soit accordée à des geus qui n'out ni la science ui l'expérieucc 11 ne suffit pas de faire beaucoup de publicité : il fuit encore et surtoat qu'elle soit à point.Si la forme ne vient pas à l'appui du fond, le but visé u'est pas atteint, la pensée de l'intéressé est mu' exprimée, peut-être même u'est elle pas du tout comprise par ceux dont on recherche la clientèle, Ou nous a ties souvent demaudé d'organiser i
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